JT ^^^^^ GUILLAUME APOLLINAIRE irammes POÈMES DE LA PAIX ET DE LA GUERRE (1913-1916) ONDES — ÉTENDARDS — CASE d' ARMONS LUEURS DES TIRS — OBUS COULEUR DE LUNE LA TÈTE ÉTOILÉE AVIC Vn P0HTR\1T DE L AUTEUR PAR PAULO PICASSO GRAVÉ SUR BOIS PAU R. JAl'DON PARIS MERCVRE DE FRANCE XXVI, RUK US CONDi, XXTI PERKINS LIBRARY IJuKe Universîty Kare iJooks DU MÊME ALTEUR l'enchanteur pourrissant, ia-4o tiré à 106 exemplaires, Paris, Kahnweiles 1909, avec bois gravés par André Derain. l'hérésiarque et C'e, in-18, Paris, P. V. Stock 1910. LE BtsTîAiRE ..ou CORTÈGE d'orphée, 10-4° tiré à 120 exemplaires, Par: s, leplanche 1911, avec bois gravés par Raoul Dufy. LES PEiNTFEs CUBISTES, pclit in-4o avcc portraits et reproductions, Paris, Figuièi-e 1912. ALCOOLS, poèmes avec un portrait de l'auteur par Pablo Picasso, ia-18, Paris, Mercure de France 1913. CASE t'armons, in-4*' polygraphié à 25 exemplaires sur papier qua- drili ^ i!^ ux Armées de la Piépnblique 1915. LE poÈTK ASSASSINÉ, in-18, couvcrturc en couleurs de Capiello, por- trait de l'auteur par André Rouveyre, Paris, L'Édition 1916. viTAM iMPENDERE AMORi, iu-S», poèmcs tirés à 215 exemplaires avec 8 dessins d'André Rouveyre, Paris, Mercure de France 191T. LES mamelles de tirésias, drame surréaliste en deux actes et un prologue, représenté le 24 juin 1917, texte, musique, dessina de Serge Férat, in-8o carré, Paris, Editions Sic 1918. CALLIGHAMMES IL A ETE TIRE A PART 4 exemplaires sur Japon ancien à la forme des manufactures impériales contenant, outre le bois qai orne l'édition toat entière, an second por- trait de l'autiur par Pablo Picisso gravé à l'eau forte par R. Jaudon. Ces exemplaires mont numérotés à la presse de i à 4- 33 exemplaires sur velin de cuve à Informe des papeteries d'Arches numérotés à la presse de5 à 3y . 3 exemplaires sur chine marqués A, B, G [hors commerce) . JUSTIFICATION DU UaAtiK Tous droHs ilo roproducii;)D, do tradiulion et d'adapUUon réservé» pour tous pays. ... >^ y^M^ GUILLAUME APOLLINAIRE Calligrammes POÈMES DE LA PAIX ET DE LA GUERRE (1913-1916) ONDES ÉTENDARDS - CASE d'aRMONS LUEURS DES TIRS OBUS COULEUR DE LUNE LA TÊTE ÉTOILÉE AVKC UN PORTRAIT DE l'aUTEUR PAR PABLO PICASSO GRAVÉ SUR BOIS PAR R. JAUOON i» PARIS MJERGVRE DE FRANCK XXVI, RT» DB OOMBB, XXVl A LA MEMOIRE DU PLUS ANCIEN DE MES CAMARADES RENÉ DALIZE MORT AU CHAMP D'HONNEUR le 7 mai 1917 ONDES LIENS Cordes faites de cris Sons de chc/tes â travers l'Europe Siècles pendus Rails qui iujotez les nations Nous ne sommes que deux ou trois hommes Libres de tous liens Donnons-nous la main Violente pluie qui peigne les famées Cordes Cordes tissées Câbles sous-marins Tours de Babel changées en ponts A ra ignées- Pontifes Tous les amoureux qu'un seul lien a liés D'autres liens plus ténus Blancs rayons de lumière Cordes et Concorde — i5 — J'écris seulement pour vous exalter O sens 6 sens chéris Ennemis du souvenir Ennemis du désir Ennemis du regret Ennemis des larmes Ennemis de tout ce que j'aime encore — i6 LES FENETRES Du rouge au vert tout le jaune se meurt Quand chantent les aras dans les forêts natales Abatis de pihis II y a un poème à faire sur l'oiseau qui n'a qu'une aile Nous l'enverrons en message téléphonique Traumatisme géant Il fait couler les yeux Voilà une jolie jeune fille parmi les jeunes Turinaises Le pauvre jeune homme se mouchait dans sa cravate blanche Tu soulèveras le rideau Et maintenant voilà que s'ouvre la fenêtre Araignées quand les mains tissaient la lumière Beauté pâleur insondables violets Nous tenterons en vain de prendre du repos On commencera à minuit Quand on a le temps on a la liberté Bigorneaux Lotte multiples Soleils et l'Oursin du cou- chant Une vieille paire de chaussures jaunes devant la fenêtre — 17 — Tour» Les Tours ce sont les rues Puits Puits ce sont les places Puits Arbres creux qui abritent les Câpresses vagabondes Les Ghabins chantent des airs à mourir Aux Chabines maronnes Et l'oie oua-oua trompette au nord Où les chasseurs de ratons Raclent les pelleteries Etincelant diamant Vancouver Où le train blanc de neige et de feux nocturnes fuit l'hi- ver 0 Paris Du rouge au vert tout le jaune se meurt Paris Vancouver Hyères Maintenon New- York et les Antilles La fenêtre s'ouvre comme une orange Le beau fruit de la lumière — ï8 — PAYSAGE ci 7 LA • Cl MAISON ,^T ARBRISSEAU OÙ NAISSENT Q^'I SE PRÉPARE LES È XOI LES ET LES DIVINITÉS A FRUCTIFIER TE RES SEM BLE c E 0 L u B c H a M E É S S MANTS N VOUS E VOUS SE PA MSS ÏIE M'EM R S È v^ ClG^ï^^ c tn u ï u q è m u \ \ a LES COLLINES Au-dessus de Paris un jour Combattaient deux grands avions L'un était rouge et l'autre noir Tandis qu'au zénith flamboyait L'éternel avion solaire L'un était toute ma jeunesse Et l'autre c'était l'avenir Ils se combattaient avec rage Ainsi fit contre Lucifer l'Archange aux ailes radieuses Ainsi le calcul au problème Ainsi la nuit contre le jour Ainsi attaque ce que j'aime Mon amour ainsi l'ouragan Déracine l'arbre qui crie — 20 — Mais vois quelle douceur partout Paris comme une jeune fille S'éveille langoureusement Secoue sa longue chevelure Et chante sa belle chanson Où donc est tombée ma jeunesse Tu vois que flambe l'avenir Sache que je parle aujourd'hui Pour annoncer au monde entier Qu'enfin est né l'art de prédire Certains hommes sont des collines Qui s'élèvent d'entre les hommes Et voient au loin tout l'avenir Mieux que s'il était le présent Plus net que s'il était passé Ornement des temps et des routes Passe et dure sans t'arrôter Laissons sibiler les serpents En vain contre le vent du sud Les Psylles et l'onde ont péri 21 Ordre des temps si les machines Se prenaient enfin à penser Sur les plag-es de pierreries Des vagues d'or se briseraient L'écume serait mère encore .Moins haut que l'homme vont les aij C'est lui qui fait la joie des mers Comme il dissipe dans les airs L'ombre et les spleens vertigineux Par où l'esprit rejoint le aonge Voici le temps de la magie Il s'en revient attendez-vous A des milliards de prodiges Oui n'ont fait naître aucune fable Nul les ayant imaginés Profondeurs de la conscience On vous explorera demain Et qui sait quels êtres vivants Seront tires de ces abîmes Avec des univers entiers — 22 — Voici s'élever des prophètes Comme au loin des collines bleues Ils sauront des choses précises Comme croient savoir les savants Et nous transporteront partout La grande force est le désir Et viens que je te baise au front 0 légère comme une flamme Dont tu as toute la 80ufi*rance Toute Tardeur et tout l'éclat L'âge en vient on étudiera Tout ce que c'est que de souffrir Ce ne sera pas du courage Ni même du renoncement Ni tout ce que nous pouvons faire On cherchera dans l'homme même Beaucoup plus qu'on n'y a cherché On scrutera sa volonté Et quelle force naîtra d'elle Sans machine et sans instrument — 23 — Les secourables mânes errent Se compénétrant parmi nous Depuis les temps qui nous rejoignent Rien n'y finit rien n'y commence Regarde la bague à ton doigt Temps des déserts des carrefours Temps des places et (des collines Je viens ici faire des tours Où joue son rôle un talisman Mort et plus subtil que la vie Je me suis enfin détaché De toutes choses naturelles Je peux mourir mais non pécher Et ce qu'on n'a jamais touché Je l'ai touché je l'ai palpé Et j'ai scruté tout ce que nul Ne peut en rien imaginer Et j'ai soupesé maintes fois Même la vie impondérable Je peux mourir en souriant - 24 - Bien souvent j'ai plané si haut Si haut qu'adieu toutes les choses Les étrangetés les fantômes Et je ne veux plus admirer Ce garçon qui mime l'effroi Jeunesse adieu jasmin du temps J'ai respiré ton frais parfum A Rome sur les chars fleuris Chargés de masques de guirlandes Et des grelots du carnaval Adieu jeunesse blanc Noël Quand la vie n'était qu'une étoile Dont je contemplais le reflet Dans la mer Méditerranée Plus nacrée que les météores Duvetée comme un nid d'archanges Ou la guirlande des nuages Et plus lustrée que les halos Emanations et splendeurs Unique douceur harmonies — 25 — Je m'arrête pour regarder Sur la pelouse incandescente Un serpent erre c'est moi-même Qui suis la flûte dont je joue Et le fouet qui châtie les autres Il vient un temps pour la souffrance Il vient un temps pour la bonté Jeunesse adieu voici le temps Où l'on connaîtra l'avenir Sans mourir de sa connaissance C'est le temps de la grâce ardente La volonté seule agira Sept ans d'incroyables épreuves L'homme se divinisera Plus pur plus vif et plus savant Il découvrira d'autres mondes L'esprit languit comme les fleurs Dont naissent les fruits savoureux Que nous regarderons mûrir Sur la colline ensoleillée — 2.6 — Je dis ce qu'est au vrai la vie Seul je pouvais chanter ainsi Mes chants tombent comme des graines Taisez-vous tous vous qui chantez Ne mêlez pas l'ivraie au blé Un vaisseau s'en vint dans le port Un grand navire pavoisé Mais nous n'y trouvâmes personne Qu'une femme belle et vermeille Elle y gisait assassinée Une autre fois je mendiais L'on ne me donna qu'une flamme Dont je fus brûlé jusqu'aux lèvres Et je ne pus dire merci Torche que rien ne peut éteindre Ou donc es-tu 6 mon ami Qui rentrais si bien en toi-même Qu'un abîme seul est resté Où je me suis jeté moi-même Jusqu'aux profondeurs incolores > - 27 - Et j'entends revenir mes pas Le long des sentiers que personne N'a parcourus j'entends mes pas A toute heure ils passent là-bas Lents ou pressés ils vont ou viennent Hiver toi qui te fais la barbe Il neige et je suis malheureux J'ai traversé le ciel splendide Où la vie est une musique Le sol est trop blanc pour mes yeux Habituez-vous comme moi A ces prodiges que j'annonce A la bonté qui va régner A la souffrance que j'endure Et vous connaîtrez l'avenir C'est de souffrance et de bonté Que sera faite la beauté Plus parfaite que n'était celle Qui venait des proportions Il neige et je brûle et je tremble — 28 - Maintenant je suis à ma table J'écris ce que j'ai ressenti Et ce que j'ai chanté là-haut Un arbre élancé que balance Le vent dont les cheveux s'envolent Un chapeau haut de forme est sur Une table chargée de fruits Les gants sont morts près d'une pomme Une dame se tord le cou Auprès d'un monsieur qui s'avale Le bal tournoie au fond du temps J'ai tué le beau chef d'orchestre Et je pèle pour mes amis L'orange dont la saveur est Un merveilleux feu d'artifice Tous sont morts le maître d'hôtel Leur verse un Champagne irréel Qui mousse comme un escargot Ou comme un cerveau de poète Tandis que chantait une rose — 29 — L'esclave tient une épée nue Semblable aux sources et aux fleuves Et chaque fois qu'elle s'abaisse Un univers est éventré Dont il sort des mondes nouveaux Le chauffeur se tient au volant Et chaque fois que sur la route Il corne en passant le tournant Il paraît à perte de vue Un univers encore vierg^e Et le tiers nombre c'est la dame Elle monte dans l'ascenseur Elle monte monte toujours Et la lumière se déploie Et ces clartés la transfigurent Mais ce sont de petits secrets Il en est d'autres plus profonds Qui se dévoileront bientôt Et feront de vous cent morceaux A la pensée toujours unique — 3o — Mais pleure pleure et repleurons Et soit que là lune soit pleine Ou soit qu'elle n'ait qu'un croissant Ah I pleure pleure et repleurons Nous avons tant ri au soleil Des bras d'or supportent la vie Pénétrez le secret doré Tout n'est qu'une flamme rapide Que fleurit la rose adorable Et d'où monte un parfum exquis — 3i - ARBRE A Frédéric Boulet Tu chantes avec les autres tandis que les phonographes g^alopent 0 ù sont les aveugles où s'en sont-ils allés La seule feuille que j'aie cueillie s'est changée en plu- sieurs mirages Ne m'abandonnez pas parmi cette foule de femmes au marché Jspahan s'est fait un ciel de carreaux émaillés de bleu Et je remonte avec vous une route aux environs de Lyon Je n'ai pas oublié le son de la clochette d'un marchand de coco d'autrefois J'entends déjà le son aigre de cette voix à venir Du camarade qui se promènera avec toi en Europe Tout en restant en Amérique 32 - Un enfant Un veau dépouillé pendu à l'étal Un enfant Et cette banlieue de sable autour d'une pauvre ville au fond de l'est Un douanier se tenait là comme un ange A la porte d'un misérable paradis Et ce voyageur épileptique écumait dans la salle d'attente des premières Engoulevent Blaireau Et la Taupe-Ariane Nous avions loué deux coupés dans le transsibérien Tour à tour nous dormions le voyageur en bijouterie et moi Mais celui qui veillait ne cachait point un revolver armé Tu t'es promené à Leipzig avec une femme mince dégui- sée en homme Intelligence car voilà ce que c'est qu'une femme intel- ligente Et il ne faudrait pas oublier les légendes Dame-Abonde dans un tramway la nuit au fond d'un quartier désert Je voyais une chasse tandis que je montais Et l'ascenseur s'arrêtait à chaque étage 33 Entre les pierres Entre les vêtements multicolores de la vitrine Entre les charbons ardents du marchand de marrons Entre deux vaisseaux norvég-iens amarrés à Rouen Il y a ton image Elle pousse entre les bouleaux de la Finlande Ce beau nègre en acier La plus grande tristesse C'est quand tu reçus une carte postale de La Corogne Le vent vient du couchant Le métal des caroubiers Tout est plus triste qu'autrefois Tous les dieux terrestres vieillissent L'univers se plaint par ta voix Et des êtres nouveaux surgissent Trois par trois - 34 - LUiNDI RUE CHRISTINE La mère de la concierge et la concierge laisseront tout passer Si tu es un homme tu m'accompagneras ce soir Il suffirait qu'un type maintînt la porte cochère Pendant que l'autre monterait Trois bec de gaz allumés La patronne est poitrinaire Quand tu auras fini nous jouerons une partie de jacquet Un chef d'orchestre qui a mal à la gorge Quand tu viendras à Tunis je te ferai fumer du kief Ça a l'air de rimer Des piles de soucoupes des fleurs un calendrier Pim pam pim Je dois fiche près de 3oo francs à ma probloque Je préférerais me couper le parfaitement que de les lui donner 35 Je partirai à 20 h. 27 Six glaces s'y dévisagent toujours Je crois que nous allons nous embrouiller encore davan- tage Cher monsieur Vous êtes un mec à la mie de pain Cette dame a le nez comme un ver solitaire Louise a oublié sa fourrure Moi je n'ai pas de fourrure et je n'ai pas froid Le Danois fume sa cigarette en consultant l'horaire Le chat noir traverse la brasserie Ces crêpes étaient exquises La fontaine coule Robe noire comme ses ongles C'est complètement impossible Voici monsieur La bague en malachite Le sol est semé de sciure Alors c'est vrai La serveuse rousse a été enlevée par un libraire , Un journaliste que je connais d'ailleurs très vaguement Ecoute Jacques c'est très sérieux ce que je vais te dire — 36 — Compagnie de navigation mixte Il me dit monsieur voulez-vous voir ce que je peux faire d'eaux fortes et de tableaux Je n*ai qu'une petite bonne Après déjeuner café du Luxembourg Une fois là il me présente un gros bonhomme Qui me dit Ecoulez c'est charmant A Smyrne à Naples en Tunisie Mais nom de Dieu où est-ce La dernière fois que j'ai été en Chine C'est il y a huit ou neuf ans L'Honneur tient souvent à l'heure que marque la pendule La quinte major -37 f « o I 'M 1-4 !■ yyi - u. o '! s s 1 •3 *-' ': < ' % c« 5i 3 ;: \ï ^ u C3 — a. .<^ .^ I; 3 1 o« i '> *-t *~* *?5 1 ce *^ u 3 .Si eraCruzquines sommes dans s pour le listance i à la Vera Cru ir > S 'c/3 Ui 3 O CL 3 Ci 3 P S —g parti me d f3 en O c3 3 O _ u ci }< s 5 ""^ C^ ZSS KJLS hin quand tu malgré Féno =» il cr ^ il QJ \l Il TD du courrier aime ici et lents. C [l 55 >^ 0) u, o 3 û^ ^ ■ ~" (? $ O CJ QJ QJ 3 _CJ 'o > c /^ p ^ > "O ■> co o V QJ o ^CJ .^^" î=; *- -0» T3 Ct3 'rt II : -J > ^ =3 ^ OJ -^ OJ -a t- -o h: G. > >< '\ 1 a T3 Correos AAexico 4 centavQs Posta g ents 2 a Hi < C ^; f^i ) 3 3 r: -I- Bn^ ^ UmK Z u a o' •t, .'V ■<> c ;;^ Cj. N eb o * a> 7- •* — t, -a a CIÛT3 JJ "O -JH a V) -* o » o G 5:2? — <>>? < C/3 < a: < Z Z O u z w r- Z ce o Ci Te souviens-tu du Inembkment de lerre ' en (re i885 et i< on coucha pius d'un mots sous la tenle EOHjoiiH HOll FRÈRMILBEST iiBiaïc» ton» 634 Wl Jeitnes fiHes a Chapultepcc . $1. X '^., L£S OHAUSSURES NEUVES DO POË-TS ' cr^ orfl G R AM OPM OIVES «Kï "* Cf< «1^ «ilons circulez Me 1er Vtav 300 ou Uq^ * r» Mof o« IVeo «^ dwls de ou ou OÏP tiag 'ai. d«^° ^^"^r^ d » 6. ;\ es j^ V" 1 ^ ÇV f^ S ^ 1. 1» ^ 5 ^ *-.- 1^ SUR LES PROPHETIES J'ai connu quelques prophétesses Madame Salmajour avait appris en Océanie à tirer les cartes C'est là-bas qu'elle avait eu encore l'occasion de parti- ciper A une scène savoureuse d'anthropophag^ie Elle n'en parlait pas à tout le monde En ce qui concerne l'avenir elle ne se trompait jamais Une cartomancienne céretane Marguerite je ne sais plus quoi Est également habile Mais Madame Deroy est la mieux inspirée La plus précise Tout ce qu'elle m'a dit du passé était vrai et tout ce qu'elle M'a annoncé s'est vérifié dans le temps qu'elle indiquait J'ai connu un scioraancien mais je n'ai pas voulu qu'il interrogeât mon ombre Je connais un sourcier c'est le peintre norvégien Dirikb -42 - Miroir brisé sel renversé ou pain qui tombe Puissent ces dieux sans fig-ure m'épargner toujours Au demeurant je ne crois pas mais je regarde et j'écoule et notez Que je lis assez bien dans la main Car je ne crois pas mais je regarde et quand c'est possi- ble j'écoute Tout le monde est prophète mon cher André Billy Mais il y a si longtemps qu'on fait croire aux gens' Qu'ils n'ont aucun avenir qu'ils sont ignorants à jamais Eît idiots de naissance Qu'on en a pris son parti et que nul n'a même l'idée De se demander s'il connaît l'avenir ou non 11 n'y a pas d'esprit religieux dans tout cela Ni dans les superstitions ni dans les prophéties Ni dans tout ce que l'on nomme occultisme Il y a avant tout une façon d'observer la nature Et d'interpréter la nature Qui est très légitime — 43 - LE MUSICIEN DE SAINT-MERRY J'ai enfin le droit de saluer des êtres que je ne connais pas Ils passent devant moi et s'accumulent au loin Tandis que tout ce que j'en vois m'est inconnu Et leur espoir n'est pas moins fort que le mien Je ne chante pas ce monde ni les autres astres Je chante toutes les possibilités de moi-même hors de ce monde et des astres Je chante la joie d'errer et le plaisir d'en mourir Le 21 du mois de mai igiS Passeur des morts et les mordonnantes mériennes Des millions de mouches éventaient une splendeur Quand un homme sans yeux sans nez et sans oreilles Quittant le Sébasto entra dans la rue Aubry-Le-Boucher - 44 - Jeune l'homme était brun et ce couleur de fraise sur les joues Homme Ah I Ariane Il jouait de la flûte et la musique dirigeait ses pas Il s'arrêta au coin de la rue Saint-Martin Jouant l'air que je chante et que j'ai inventé Les femmes qui passaient s'arrêtaient près de lui Il en venait de toutes parts Lorsque tout à coup les cloches de Saint-Merry se mirent à sonner Le musicien cessa de jouer et but à la fontaine Qui se trouve au coin de la rue Simon-Le-Franc Puis Saint-Merry se tut L'inconnu reprit son air de flûte Et revenant sur ses pas marcha jusqu'à la rue de la Verrerie Où il entra suivi par la troupe des femmes Qui sortaient des maisons Qui venaient par les rues traversières les yeux fous Les mains tendues vers le mélodieux ravisseur Il s'en allait indifl^érent jouant son air Il s'en allait terriblement Puis ailleurs A quelle heure un train partira-t-il pour Paris -45- A ce moment Les pig-eons des Moluques fientaient des noix muscades En même temps Mission catholique de Bôma qu'as-tu fait du sculpteur Ailleurs Elle traverse un pont qui relie Bonn à Beuel et disparaît à travers Pûtzchen Au même instant Une jeune fille amoureuse du maire Dans un autre quartier Rivalise donc poète avec les étiquettes des parfumeurs En somme ô rieurs vous n'avez pas tiré grand chose des hommes Et à peine avez- vous extrait un peu de graisse de leur misère Mais nous qui mourons de vivre loin l'un de l'autre T endons nos bras et sur ces rails roule un long train de marchandises Tu pleurais assise près de moi au fond du fiacre -46- Et maintenant Tu me ressembles tu me ressembles malheureusement Nous nous ressemblions comme dans l'architecture du siècle dernier Ces hautes cheminées pareilles à des tours Nous allons plus haut maintenant et ne touchons plus le sol Et tandis que le monde vivait et variait Le cortège des femmes long comme un jour sans paîn Suivait dans la rue de la Verrerie l'heureux musicien Cortèges ô cortèges C'est quand jadis le roi s'en allait à Vincennes Quand les ambassadeurs arrivaient à Paris Quand le maigre Suger se hâtait vers la Seine Quand l'émeute mourait autour de Saint-Merry Cortèges ô cortèges Les femmes débordaient tant leur nombre était grand Dans toutes les rues avoisinantes Et se hâtaient raides comme balle Afin de suivre le musicien -47- Ahl Ariane et toi Pâquette et toi Aminé El toi Mia et toi Simone et toi Mavise Et toi Colette et toi la belle Geneviève Elles ont passé tremblantes et vaines Et leurs pas lég-ers et prestes se mouvaient selon la cadence De la musique pastorale qui guidait Leurs oreilles avides L'inconnu s'arrêta un moment devant une maison à vendre. Maison abandonnée Aux vitres brisées C'est un logis du seizième siècle La cour sert de remise à des voitures de livraisons C'est là qu'entra le musicien Sa musique qui s'éloignait devint langoureuse Les femmes le suivirent dans la maison abandonnée Et toutes y entrèrent confondues en bande Toutes toutes y entrèrent sans regarder derrière elles Sans regretter ce qu'elles ont laissé Ce qu'elles ont abandonné Sans regretter le jour la vie et la mémoire Il ne resta bientôt plus personne dans la rue de la Ver- rerie Sinon moi-même et un prêtre de Saint-Merry - 48 - Nous entrâmes dans la vieille maison Mais nous n'y trouvâmes personne Voici le soir A Saint-Merry c'est l'Angélus qui sonne Cortèges ô cortèges C'est quand jadis le roi revenait de Vincennes Il vint une troupe de casquettiers Il vint des marchands de bananes Il vint des soldats de la garde républicaine O nuit Troupeau de regards langoureux des femmes 0 nuit Toi ma douleur et mon attente vaine J'entends mourir le son d'une flûte lointaine -A9- LA CRAVATE ET LA MONTRE ^' A M U Bl EN «-'On SE elle vers dantesque luisant et cadavérique le bel inconnu les î'iuùeG. aux portes de ton corps l'infini redressé pav un fou de philosophe les hçijres II est Et tout se en ra fin fi ni la Mon cœur DOU LOU REUSE QUE TU PORTES ET QUI t' ORNE O Cl VILISÉ OTE- TU VEUX LA BIEN SI RESPl RER beau semaine \2 main te de la les yeux vie pas se i' enfant la dou leur Agla de mou lir Tircis UN FANTOME DE NUEES Comme c'était la reille du quatorze juillet Vers les quatre heures de l'après-midi , Je descendis dans la rue pour aller voir les saltimbanques Ces gens qui font des tours en plein air Commencent à être rares à Paris Dans ma jeunesse on en voyait beaucoup plus qu'au- jourd'hui Ils s'en sont allés presque tous en province Je pris le boulevard Saint-Germain Et sur une petite place située entre Saint-Germain-des- Prés et la statue de Danton Je rencontrai les saltimbanques La foule les entourait muette et résignée à attendre Je me fis une place dans ce cercle afin de tout voir - 5i — Poi(J.>< formidaltles, Villes de Belgique soulevées à bras tendu par uu ouvrier russe de Long-wy Haltères noirs et creux qui ont pour tige un fleuve figé Doigts roulant une cigarette amère et délicieuse comme la vie De nombreux tapis sales couvraient le sol Tapis qui ont des plis qu'on ne défera pas Tapis qui sont presque entièrement couleur de la pous- sière Et où quelques taches jaunes ou Alertes ont persisté Comme un air de musique qui vous poursuit Vois -tu le personnage maigre et sauvage La cendre de ses pères lui sortait en barbe grisonnante Il portait ainsi toute son hérédité au visage Il semblait rêver à l'avenir En tournant machinalement un orgue de Barbarie Dont la lente voix se lamentait merveilleusement Les glouglous les couacs et les sourds gémissements Les saltimbanques ne bougeaient pas Le plus vieux avait un maillot couleur de ce rose violàtre qu'ont aux joues certaines jeunes filles fraîches mais près de la mort — 52 — Ce rose-là se niche surtout dans les plis qui entourent souvent leur bouche Ou près des narines C'est un rose plein de traîtrise Cet homme portait-il ainsi sur le dos La teinte ignoble de ses poumons Les bras les bras partout montaient la garde: Le second saltimbanque N'était vêtu que de son ombre Je le regardai longtemps Son visage m'échappe entièrement C'est un homme sans tête Un autre enfin avait l'air d'un voyou D'un apache bon et crapule à la fois Avec son pantalon bouffant et les accroche-chausette» N'aurait-il pas eu l'apparence d'un maquereau à sa toi- lette La musique se tut et ce furent des pourparlers avec le public — 53 ~ Oui sou à sou jeta sur le tapis la somme de deux francs cinquante Au lieu des trois francs que le vieux avait fixés comme prix des tours Mais quand il fut clair que personne ne donnerait plus rien On se décida à commencer la séance De dessous l'orgue sortit un tout petit saltimbanque habillé de rose pulmonaire Avec de la fourrure aux poignets et aux chevilles Il poussait des cris brefs Et saluait en écartant gentiment les avant-bras Mains ouvertes Une jambe en arrière prête à la génuflexion Il salua ainsi aux quatre points cardinaux Et quand il marcha sur une boule Son corps mince devint une musique si délicate que nui parmi les spectateurs n'y fut insensible Un petit esprit sans aucune humanité Pensa chacun Et cette musique des formes Détruisit celle de l'orgue mécanique Que moulait l'homme au visage couvert d'ancêtres - 54- Le petit saltimbanque fit la roue Avec tant d'harmonie Que l'org-ue cessa déjouer Et que l'organiste se cacha le visage dans les mains Aux doigts semblables aux descendants de son destin Fœtus minuscules qui lui sortaient de la barbe Nouveaux cris de Peau-Rouge Musique angélique des arbres Disparition de l'enfant Les saltimbanques soulevèrent les gros haltères à bout de bras Ils jonglèrent avec les poids Mais chaque spectateur cherchait en soi l'enfant miracu- culeux Siècle ô siècle des nuages — 55 CŒUR œURONNE ET MIROIR E^ ''"«é.m'^ l r. u m r M l> ES OIS I EU ENT M R ^ A r TTouR /^. ■ TOu|J L A P R J^Er«rA1$SE>lT AU CŒ'JR DES 1>0ÈTeS E E N I U L à Dans FLETS CE RE MI LES ROIR SONT JE ME SUIS COM EN „o„ Guillaume clos ^■^ Apollinaire ''^ CES VA NT AN ET LES VRAI NE COM . Gl ME ^A ON \\ TOUR A R. D. Au Nord au Sud Zénith Nadir Et les grands cris de l'Est L'Océan se gonfle à l'Ouest La Tour à la Roue S'adresse -57- VOYAGE Adieu amour «uage ^^^ PUIS REFAIS LE VOYAGE DE DANTE BT s'a dac pluie CHU PAS PÉCON Z3 ZM "^ ou VA DONC CE TRAIN QUI MEURT DANS LES VALS ET ^ LES BEAUX BOIS o D U CE É T D O P E I N E \ ,SE . QOi ■ TOMBER »"*" E ? ^'^ AU , LOIN FRAIS DU L A TENDRE ÉTÉ SI P L U N A ET I R E c TON EST SA VI GE V O PLU S QUE I S A TRAVERS L'EUROPE A M. Ch. Rotsoge Ton visage écarlate ton biplan transformable en hydro- plan Ta maison ronde où il nage un hareng saur Il me faut la clef des paupières Heureusement que nous avons vu M. Panado Et nous sommes tranquilles de ce côté-là Qu'est-ce que tu vois mon vieux M. D... 90 ou 824 un homme en l'air un veau qui regarde à tra- vers le ventre de sa mère J'ai cherché longtemps sur les routes Tant d'yeux sont clos au bord des routes Le vent fait pleurer les saussaies Ouvre ouvre ouvre ouvre ouvré Regarde mais regarde donc — 60 — Le vieux se lave les pieds dans la cuvette Una volta ho inteso dire Chè vuoi Je me mis à pleurer en me souvenant de vos enfances Et toi tu me montres un violeté pouvantable Ce petit tableau où il y a une voiture m'a rappelé le jour Un jour fait de morceaux mauves jaunes bleus verts et roug-es Où je m'en allais à la campag^ne avec une charmante cheminée tenant sa chienne en laisse Il n'y en a plus tu n'as plus ton petit mirhlon La cheminée fume loin de moi des cig^arettes russes La chienne aboie contre les lilas • La veilleuse est consumée Sur la robe ont chu des pétales Deux anneaux d'or près des sandales Au soleil se sont allumés Mais tes cheveux sont le trolley A travers l'Europe vêliie de petits feux multicolores iHi i»i^3Êîoi:' I e 8 e 0 m m a 1 m a e b n e P e » s 1 t s i c e a I a t e q b s u r t 1 i é a 1 S n d 1 e P s i n t e 6 9 e u P tt q t r u e e u i m n e a 1 t r e e ^ V D e t r r 1 « o 1 4 e t l r i i e h a e a e t e s n 1 e n e 1 ■s î t e r -s r 1 e t e é n 0 t c > u à m a e 0 i h d a a a i t 0 9 P t ^ e « n « p e h n » t s k S 1 1 a. ) o e n B a. s c t i 1 t a o e é a- % s 1 e r i % o a \ c u nt T. e I a a s a s & i i i p « r e . 5 ÉTENDARDS LA PETITE AUTO Le 3i du mois d'Août 1914 Je partis de Deauville un peu avant minuit Dans la petite auto de Rouveyre Avec son chauffeur nous étions trois Nous dîmes adieu à toute une époque Des géants furieux se dressaient sur l'Europe Les aigles quittaient leur aire attendant le soleil Les poissons voraces montaient des abîmes Les peuples accouraient pour se connaître à fond Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres de- meures Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières Je m'en allais portant en moi toutes ces armées qui se battaient - 65 — Je les sentais monter en moi et s'étaler les contrées où elles serpentaient Avec les forêts les villages heureux de la Belgique Francorchamps avec l'Eau Roug-e et les pouhons Région par où se font toujours les invasions Artères ferroviaires où ceux qui s'en allaient mourir Saluaient encore une fois la vie colorée Océans profonds où remuaient les monstres Dans les vieilles carcasses naufragées Hauteurs inimaginables où l'homme combat Plus haut que l'aigle ne plane L'homme y combat contre l'homme Et descend tout à coup comme une étoile filante Je sentais en moi des êtres neufs pleins de dextérité Bâtir et aussi agencer un univers nouveau Un marchand d'une opulence inouïe et d'une taille pro- digieuse Disposait un étalage extraordinaire Et des bergers gigantesques menaient De grands troupeaux muets qui broutaient les paroles Et contre lesquels aboyaient tous les chiens sur la route 60 « "'^•^o^ **, o "% c t/5 V •\ • ^ tu Vi <> "a •X' i; ■^ « « © % a ^ tc^KJ K <^ El quand après avoir passé l'après-midi Par Fontainebleau Nous arrivâmes à Paris Au moment où l'on affichait la mobilisation Nous comprîmes mon camarade et moi , Que la petite auto nous avait conduits dans une époque Nouvelle Et bien qu'étant déjà tous deux des hommes mûrs Nous venions cependant de naître — 68 — LA MANDOLINE L'ŒILLET ET LE BAMBOU V ^^ ^ ^^^ ^,\. "^^^^^a/ ri tes. ,<'o ovi-^t^te Tutu re ''>* Douces figures poi ^^lères lèvres fleuries MI A MAREYE YETTE LORIE ANNIE et toi MARIE o ù êtes- vous ô jeunes Biles MAIS près d'un jet d'eau qui pleure et qui prie cette colombe s'extasie ^ amis n ^ \ e f^^W^, O % ^ ^^^<^etAA. "e .v-^ ... mo. . * «"ondamraenl le lattrtef '«*' ■fl 2« CANONiNIER CONDUCTEUR Me voici libre et fieï parmi mes compagnons Le Réveil a sonné et dans le petit jour je salue La fameuse Nancéenne que je n'ai pas connue AS- TU CON Ji"" tain"' a foutu la vxxxxx a toute l artillerie aperçu qB"eH« avatt Les 3 servants bras dessus bras dessous se sont endor- mis sur l'avant-train Et conducteur par mont par vol sur le porteur Au pas au trot ou au galop je conduis le canon Le bras de rofficier est mon étoile polaire Il pleut mon manteau est trempé et je m'essuie parfois la figure Avec la serviette-torchon qui est dans la sacoche du sous-verge Voici des fantassins aux pas pesants aux pieds boueux La pluie les pique de ses aiguilles le sac les suit - 7A- r.1 L_ ^ LJ H — •J o Q Û ^u -J eu < D < 3 a a o LU UJ X U o (/) < tu C/5 O Û::: ex < H ^ a. UJ UJ ^ O 0^ •H O X H < C/5 Q Z < UJ iu (/) > Û û:î "3 c/5 < cyo Z a. < rD — < o c/^ X < t^ :d -J û: O — -OJ û- < o H < c/î 9 y UJ UJ O z •UJ — ) Cii UJ -J Ul U a a < ûi 3 ZD-H u UJ UJ Q Ul a Ul û: Z z UJ o. UJ L> Fantassins Marchantes mottes de terre Vous êtes la puissance Du sol qui vous a faits Et c'est le sol qui va Lorsque vous avancez Un officier passe au galop Gomme un ange bleu dans la pluie grise Un blessé chemine en fumant une pipe Le lièvre détale et voici un ruisseau que j'aime Et cette jeune femme nous salue charretiers La Victoire se tient après nos jugulaires Et calcule pour nos canons les mesures angulaires Nos salves nos rafales sont ses cris de joie Ses fleurs sont nos obus aux gerbes merveilleuses Sa pensée se recueille aux tranchées glorieuses J'ENTENDS CHAjs^ E TER l'oiseau B E EL OISEAU R A P A C 76 VEILLE Mon cher André Rouveyre Troudia la Champignon Tabatière On ne sait quand on partira Ni quand on reviendra Au Mercure de France Mars revient tout couleur d'espérance J'ai envoyé mon papier Sur papier quadrillé J'entends les pas des grands chevaux d'artillerie allant au trot sur la grand-route où moi je veille Un grand manteau gris de crayon comme le ciel m'en- veloppe jusqu'à l'oreille — 77 — Quel Ciel Triste Piste Où Va le Pâle Sou- rire De la lune qui me regarde écrire t8 — ombrï: Vous voilà de nouveau près de moi Souvenirs de mes compagnons morts à la guerre L'olive du temps Souvenirs qui n'en faites plus qu'un Gomme cent fourrures ne font qu'un manteau Gomme ces milliers de blessures ne font qu'un article de journal Apparence impalpable et sombre qui avez pris La forme changeante de mon ombre Un indien à l'affût pendant l'elternité Ombre vous rampez près de moi Mais vous ne m'entendez plus Vous ne connaîtrez plus les poèmes divins que je chante Tandis que moi je vous entends je vous vois encore Destinées Ombre multiple que le soleil vous garde Vous qui m'aimez assez pour ne jamais me quitter - 79 — Et qui dansez au soleil sans faire de poussière Ombre encre du soleil Ecriture de ma lumière Caisson de regrets Un dieu qui s'humilie — 80 — C'EST LOU QU'ON LA NOMMAIT Il est des loups de toute sorte Je connais le plus inhumain Mon cœur que le diable l'emporte Et qu'il le dépose à sa porte N'est plus qu'un jouet dans sa main Les loups jadis étaient fidèles Comme sont les petits toutous Et les soldats amants des belles Galamment en souvenir d'elles Ainsi que les loups étaient doux Mais aujourd'hui les temps sont pires Les loups sont tigres devenus Et les Soldats et les Empires Les Césars devenus Vampires Sont aussi cruels que Vénus - 8i — J'en ai pris mon parti Rouveyre Et monté sur mon grand cheval Je vais bientôt partir en guerre Sans pitié chaste et l'œil sévère Comme ces g-uerriers qu'Epinal Vendait Imag-es populaires Que Georgin gravait dans le bois Où sont-ils ces beaux militaires Soldats passés Où sont les guerres Où sont les guerres d'autrefois CASE D'AHMONS La l""» édition à 25 exemplaires de Case d' Armons a été poly- graphiée sur papier quadrillé, à l'encre violette, au moyen de gélatine, à la batterie de tir (45* batterie, 38^ Régiment d'artille- rie de campagne) devant l'ennemi, et le tirage a été achevé le 17 juin 1915. LOIN DU PIGEONNIER Et VOUS savez pourquoi Pour. coi*^ , ^j ^'^Vj ,. . ^ . èdres de^S^ï Xexa tjîrt/5 7/n secret collines bleues o ^ «« sentinelle % dans la \ ^ gerbes Forêt -^ -^^ OÙ o ^^^ nous chantons g^ déroute REGOxNNAISSANCE A Mademoiselle P. Un seul bouleau crépusculaire Pâlit au seuil de l'horizon Où fuit la mesure angulaire Du cœur à l'âme et la raison Le galop bleu des souvenances ~|~raverse les lilas des yeux Et les canons des indolences ~|~irent mes songes vers les^ cicux 86 — 5 y /^u maréchal des logis René Berthief Qu'est-ce qu'on y met Dans la case d'armons i^ A. nol^u de mon cœur Espèce de pouu tic .^î- n 9^' oer^^^ \> ,e> ^o"^ ... ^<. ;^ carbo ^ nate de ^î? / •/ " s A*' C. > ci?- O ^ cr S *•« o AM.Ô VK CARTE POSTALE ^ v^ORRESPONOaNCB ÏUuJy Wu^^Hfi^ ^^Jé/^L " I lUL on ïes aura ^ t^. SAILLANT A André Leuel Rapidité attentive à peine un peu d'incertitude Mais un dragon à pied sans armes Parmi le vent quand survient la S torpille aérienne Salut A Le balai de verdure Grain Le Rapace L T'en souviens-tu de u 11 est ici dans les pierres blé T Du beau royaume dévasté Mais la couleuvre me regarde dressée comme une épée Vive comme un cheval pif Un trou d'obus propre comme une salle de bain Berger suivi de son troupeau mordoré Mais où est un cœur et le svastica — 91 — Ay Ancien nom du renom Le crapaud chantait les saphirs nocturnes Lou VIVE LouVerzy ^J^^^^^ Et le long du canal des filles s'en allaient GUERRE Rameau central de combat Contact par l'écoute Ou tire dans la direction « des bruitf entendus » Les jeunes de la classe igiB Et ces fils de fer élecirisés Ne pleurez donc pas sur les horreurs de la guerre Avant elle nous n'avions que la surface De la terre et des mers Après elle nous aurons les abîmes Le sous-sol et l'espace aviatique Maîtres du timon Après après Nous prendrons toutes les joies Des vainqueurs qui se délassent Femmes Jeux Usines Commerce Industrie Ag-riculture Métal Feu Cristal Vitesse Voix Regard Tact à part Et ensemble dans le tact venu de loin De plus loin encore De l'Au-delà de cette terre -93- xMUTATION Une femme qui pleurait Eh! Oh! Ha! Des soldats qui passaient Eh! Oh! Ha! Un éclusier qui péchait Eh! Oh! Ha! Les tranchées qui blanchissaient Eh 1 Oh 1 Ha ! Des obus qui pétaient Eh! Oh! Haï Des allumettes qui ne prenaient pas Et tout A tant changé En moi Tout Sauf mon Amour Ehl Ohl Ha! -94- ORACLES Je porte votre bague Elle est très finement ciselée Le sifflet me fait plus plaisir Qu'un palais ég^yptien Le sifflet des tranchées Tu sais Tout au plus si je n'arrête pas Les métros et les taxis avec 0 Guerre Multiplication de l'amour Petit Avec un m Sifflet la mesure ^ a trous du doigt -95- i4 JUIN 1915 On ne peut rien dire Rien de ce qui se passe Mais on change de Secteur Ah ! voyageur égaré Pas de lettres Mais l'espoir Mais un journal Le glaive antique de la Marseillaise de Rude S'est changé en constellation Il combat pour nous au ciel Mais cela signifie surtout Qu'il faut être de ce temps Pas de glaive antique Pas de Glaive Mais l'Espoir -96- y DE LA BATTERIE DE TIR Au maréchal des logis F. Bodard Nous sommes ton collier France Venus des Allantides ou bien des Nég^rities Des Elderados ou bien des Cimméries Rivière d'hommes forts et d'obus dont l'orîenl chatoie Diamants qui éclosent la nuit O Roses ô France Nous nous pâmons de volupté A ton cou penché vers l'Est Nous sommes l'Arc-en- terre Signe plus pur que l'Arc-en-Ciel Signe de nos origines profondes Etincelles O nous les très belles couleurs 97 — ECHELON Grenouilles et rainettes Crapauds et crapoussins Ascèse sous les peupliers et les frênes La reine des prés va fleurir Une petite hutte dans la forêt Là-bas plus blanche est la blessure Le Ciel g Coquelicots g o o ■> Flacon au col d'or ^ "S g 'g A la lisière du bois ^ '© «u ^ >■ On a pendu la mort § § "^ Et ses beaux seins dorés Ni> "^^ 5 1;?=^^ ^ ^ " CL. JL. • •• LA NUIT D'AVRIL 191 5 A L. de C.-C. Le ciel est étoile par les obus des Boches La forêt merveilleuse où je vis donne un bal La mitrailleuse joue un air à triples-croches Mais avez-vous le mot Eh ! oui le mot fatal Aux créneaux Aux créneaux, Laissez là les pioches Comme un astre éperdu qui cherche ses saisons Cœur obus éclaté tu sifflais ta romance Et tes mille soleils ont vidé les caissons Que les dieux de mes jeux remplissent en silence Nous vous aimons ô vie et nous vous agaçons Les obus miaulaient un amour à mourir Un amour qui se meurt est plus doux que les autres Ton souffle nage au fleuve où le sang- va tarir 1 12 Les obus miaulaient Entends chanter les nôtres Pourpre amour salué par ceux qui vont périr Le printemps tout mouillé la veilleuse l'attaque Il pleut mon âme il pleut mais il pleut des yeux morts Ulysse que de jours pour rentrer dans Ithaque Couche-toi sur la paille et songe un beau remords Qui pur effet de l'art soit aphrodisiaque Mais org-ues aux fétus de la paille où tu dors L'hymne de l'avenir est paradisiaque ii3 — LUEURS DES TIRS LA GRACE EXILEE Va-t'en va-t'en mon arc-en-ciel Allez-vous-en couleurs charmantes Cet exil t'est essentiel Infante aux échappes changeantes Et l'arc-en-ciel est exilé Puisqu'on exile qui l'irise Mais un drapeau s'est envolé Prendre ta place au vent de bise — 117- LA BOUCLE RETROUVÉE Il retrouve dans sa mémoire La boucle de cheveux châtains T'en souvient-ii à n'y point croire De nos deux étrang-es destins Du boulevard de la Chapelle Du joli Montmartre et d'Auteuil Je me souviens murmure-t-elle Du jour où j'ai franchi ton seuil Il y tomba comme un automne La boucle de mon souvenir Et notre destin qui t'étonne Se joint au jour qui va finir — ii8- REFUS DE LA GOLOMIBE Mensong-e de l'Annonciade La Noël fut la Passion Et qu'elle était charmante et sade Cette renonciation Si la colombe poig^nardée Saig-ne encore de ses refus J*en plume les ailes l'idée El le poème que tu fus — 119 — LES FEUX DU BIVOUAC Les feux mouvants du bivouac Eclairent des formes de rêve Et le songe dans l'entrelac Des branches lentement s'élève Voici les dédains du reg-ret Tout écorché comme une fraise Le souvenir et le secret Dont il ne reste que la braise LES GRENADINES REPENTANTES En est-il donc deux dans Grenade Qui pleurent sur ton seul péché Ici l'on jette la grenade Qui se change en un œuf coché Puisqu'il en naît des coqs Infante Entends-les chanter leurs dédains Et que la grenade est touchante Dans nos effroyables jardins lai — TOURBILLON DE MOUCHES Un cavalier va dnns la plaine La jeune fille pense à lui Et cette flotte à Mitvlène Le fil de fer est là qui luit Comme ils cueillaient la rose ardente Leurs yeux tout à coup ont fleuri Mais quel soleil la bouche errante A qui la bouche avait souri 1281- L'ADIEU DU CAVALIER Ah Dieu ! que la guerre est jolie Avec ses chants ses long's loisirs Cette bague je l'ai polie Le vent se mêle à vos soupirs Adieu I voici le boute-selle Il disparut dans un tournant Et mourut là-bas tandis qu'elle Riait au destin surprenant — laS LE PALAIS DU TONNERRE Par l'issue ouverte sur le boyau dans la craie En reg-ardant le paroi adverse qui semble en nougat On voit à g-auche et à droite fuir l'humide couloir désert Où meurt étendue une pelle à la face effrayante à deux yeux réglementaires qui servent à Tatlacher sous les caissons Un rat y recule en hâte tandis que j'avance en hâte Et le boyau s'en va couronné de craie semée de branches Gomme un fantôme creux qui met du vide où il passe blanchâtre Et là-haut le toit est bleu et couvre bien le regard fermé par quelques lignes droites Mais en deçà de l'issue c'est le palais bien nouveau et qui paraît ancien Le plafond est fait de traverses de chemin de fer Entre lesquelles il y a des morceaux de craie et des touf- fes d'aiguilles de sapin Et de temps en temps des débris de craie tombent comme des morceaux de vieillesse — 124 — A côté de l'issue que ferme un tissu lâche d'une espèce qui sert g^énéralement aux emballages Il y a un trou qui tient lieu d'âtre et ce qui y brûle est un feu semblable à l'âme Tant il tourbillonne et tant il est inséparable de ce qu'il dévore et fugitif Les fils de fer se tendent partout servant de sommier supportant des planches Ils forment aussi des crochets et l'on y suspend mille choses Comme on fait à la mémoire Des musettes bleues des casques bleus des cravates bleues des vareuses bleues Morceaux du ciel tissus des souvenirs les plus purs Et il flotte parfois en l'air de vagues nuages de craie Sur la planche brillent des fusées détonateurs joyaux dorés à tête émaillée Noirs blancs rouges Funambules qui attendent leur tour de passer sur les trajectoires Et font un ornement mince et élégant à cette demeure souterraine Ornée de six lits placés en fer à cheval Six lits couverts de riches manteaux bleus — 125 — Sur !e palais il y a un haut tuniulus de craie El des plaques de tôle ondulée Fleuve fig"ë de ce domaine idéal Mais privé d'eau car ici il ne roule que le feu jailli de la mélinite Le parc aux fleurs de fulminate jaillit des trous penchés Tas de cloches aux doux sons des douilles rutilantes Sapins élégants et petits comme en un paysage japonais L€( palais s'éclaire parfois d'une bougie à la flamme aussi petite qu'une souris O palais minuscule comme si on te regardait par le gros bout d'une lunette Petit palais où tout s'assourdit Petit palais où tout est neuf rien rien d'ancien Et où tout est précieux où tout le monde est vêtu comme un roi Une selle est dans un coin à cheval sur une caisse Un journal du jour traîne par terre Et cependant tout paraît vieux dans cette neuve demeure Si bien qu'on comprend que l'amour de l'antique Le goût de l'anticaille Soit venu aux hommes dès le temps des cavernes Tout y était si précieux et si neuf Tout y est si précieux et si neuf Qu'une chose plus ancienne ou qui a déjà servi y apparaît Plus précieuse — laG — Que ce qu'on a sous la main Dans ce palais souterrain creusé dans la craie si blanche et si neuve Et deux marches neuves Elles n'ont pas deux semaines Sont si vieilles et si usées dans ce palais qui semble anti- que sans imiter l'antique Qu'on voit que ce qu'il y a de plus simple de plus neuf est ce qui est Le plus près de ce que l'on appelle la beauté antique Et ce qui est surchargé d'ornements A besoin de vieillir pour avoir la beauté qu'on appelle antique Et qui est la noblesse la force l'ardeur l'âme l'usure De-ce qui est neuf et qui sert Surtout si cela est simple simple Aussi simple que le petit palais du tonnerre — 127 — k PHOTOGRAPHIE Ton sourire m'attire comme Pourrait m'attirer une fleur Photographie tu es le champignon brun De la forêt Qu'est sa beauté Les blancs y sont Un clair de lune Dans un jardin pacifique Plein d'eaux vives et de jardiniers endiablés Photographie tu es la fumée de l'ardeur Qu'est sa beauté Et il y a en toi Photographie Des tons alanguis On y entend Une mélopée Photographie lu es l'ombre Du Soleil Qu'est sa beauté — 128 — L'INSCRIPTIOxN ANGLAISE C'est quelque chose de si ténu de si lointain Que d'y penser on arrive à le trop matérialiser Forme limitée par la mer bleue Par la rumeur d'un train en marche Par l'odeur des eucalyptus des mimosas Et des pins maritimes Mais le contact et la saveur Et cette petite voyageuse alerte inclina brusquement la tête sur le quai de la gare à Marseille Et s'en alla Sans savoir Que son souvenir planerait Sur un petit bois de la Champagne où un soldat s'efforce Devant le feu d'un bivouac d'évoquer cette apparition A travers la fumée d'écorce de bouleau Qui sent l'encens minéen Tandis que les volutes bleuâtres qui montent D'un cigare écrivent le plus tendre des noms — 129 — Mais les nœuds de couleuvres en se dénouant Écrivent aussi le nom émouvant Dont chaque lettre se ^ove en belle anglaise Et le soldat n'ose point achever Le jeu de mots bilingue que ne manque point de susciter Cette calligraphie sylvestre et vernale — i3o DANS L'ABRI-CA VERNE Je me jette vers toi et il me semble aussi que tu te jettes vers moi Une force part de nous qui est un feu solide qui l'O'is soude Et puis il y a aussi une contradiction qui fait que nous ne pouvons nous apercevoir En face de moi la paroi de craie s'effrite Il y a des cassures De longues traces d'outils traces lisses et qui semblent être faites dans de la stéarine Des coins de cassures sont arrachés par le passage des types de ma pièce Moi j'ai ce soir une âme qui s'est creusée qui est vide On dirait qu'on y tombe sans cesse et sans trouver de fond Et qu'il n'y a rien pour se raccrocher Ce qui y tombe et qui vit c'est une sorte d'êtres laids qui me font mal et qui y viennent de je ne sais où ■L ,3, - Oui je crois qu'ils viennent de la vie d'une sorte de vie qui est dans l'avenir dans l'avenir brut qu'on n'a pu encore cultiver ou élever ou humaniser Dans ce grand vide de mon âme il manque un soleil il manque ce qui éclaire C'est aujourd'hui c'est ce soir et non toujours H eureusement que ce n'est que ce soir Les autres jours je me rattache à toi Les autres jours je me console de la solitude et de toutes les horreurs En imaginant ta beauté Pour l'élever au-dessus de l'univers extasié Puis je pense que je l'imagine en vain Je ne la connais par aucun sens Ni même par les mots Et mon goût de la beauté est-il donc aussi vain Existe-tu mon amour Où n'es-tu qu'une entité que j'ai créée sans le vouloir Pour peupler la solitude Es-tu une de ces déesses comme celles que les Grecs avaient douées pour moins s'ennuyer Je t'adore ô ma déesse exquise même si tu n'es que dans mon imajorination — l32 — FUSEE La boucle des cheveux noirs de ta nuque est mon trésor Ma pensée te rejoint et la tienne la croise Tes seins sont les seuls obus que j'aime Ton souvenir est la lanterne de repérage qui nous sert à pointer la nuit En voyant la large croupe de mon cheval j'ai pensé à tes hanches Voici les fantassins qui s'en vont à l'arrière en lisant un journal Le chien du brancardier revient avec une pipe dans sa gueule Un chat-huant ailes fauves yeux ternes gueule de petit chat et pattes de chat Une souris verte file parmi la mousse — i33 — Le riz a brûlé dans la marmite de campement <,~ Ça signifie qu'il faut prendre garde à bien des choses Le mégaphone crie Allongez le tir Allongez le tir amour de vos batteries Balance des batteries lourdes cymbales Qu'agitent les chérubins fous d'amour En l'honneur du Dieu des Armées Un arbre dépouillé sur une butte Le bruit des tracteurs qui grimpent dans la vallée O vieux monde du xrx« siècle plein de hautes cheminées si belles et si pures Virilités du siècle où nous sommes O canons Douilles éclatantes des obus de 76 Carillonnez pieusement — i34 — DESIR Mon désir est la rég^ion qui est devant moi Derrière les lig^nes boches Mon désir est aussi derrière moi Après la zone de?? armées Mon désir c'est la butte du Mesnil Mon désir est là sur quoi je tire De mon désir qui est au delà de la zone des armées Je n'en parle pas aujourd'hui mais j'y pense Butte du Mesnil je t'imagine en vain Des fils de fer des mitrailleuses des ennemis trop iûrs d'eux Trop enfoncés sous terre déjà enterrés Ca ta clac des coups qui meurent en s'éloignant En y veillant tard dans la nuit Le Décauvillc qui toussote La tôle ondulée sous la pluie Et sous la pluie ma bourguignote — i35 — Entends la terre véhémente Vois les lueurs avant d'entendre les coups Et tel obus siffler de la démence Ou le tac tac tac monotone et bref plein de dégoût Je désire Te serrer Si décharnée sur la carte Te serrer dans ma main Main de Massig es Le boyau Gœthe où j'ai tiré J'ai tiré même sur le boyau Nietzsche Décidément je ne respecte aucune gloire Nuit violente et violette et sombre et pleine d'or par moments Nuit des hommes seulement Nuit du a4 septembre Demain l'assaut Nuit violente ô nuit dont l'épouvantable cri profond devenait plus intense de minute en minute Nuit qui criait comme une femme qui accouche Nuit des hommes seulement — i36 CHANT DE L'HORIZON EN CHAMPAGNE A M. Joseph Granié Voici le tétin rose de l'euphorbe verruqué* Voici le nez des soldats invisibles Moi l'horizon invisible je chante Que les civils et les femmes écoutent ces chansons Et voici d'abord la cantilène du brancardier blessé Le sol est blanc la nuit l'azuré Saigne la crucifixion Tandis que saigne la blessure Du soldat de Promission Un chien jappait l'obus miaule La lueur muette a jailli A savoir si la guerre est drôle Les masques n'ont pas tressailli - i37- Mais quel fou rire sous le masque Blancheur éternelle d'ici Où la colombe porte un casque Et l'acier s'envole aussi Je suis seul sur le champ de bataille Je suis la tranchée blanche le bois vert et roux L'obus miaule Je te tuerai Auimez-vous fantassins à passepoil jaune Grands artilleurs roux comme des taupes Bleu-de-roi comme les golfes méditerranéens Veloutés de toutes les nuances du velours Ou mauves encore ou bleu-horizon comme les autres Ou déteints ' Venez le pot en tête Debout fusée éclairante Danse grenadier en agitant tes pommes de pin Alidades des triangles de visée pointez-vous sur les lueurs Creusez des trous enfants de 20 ans creusez des trous Sculptez les profondeurs Envolez-vous essaims des avions blonds ainsi que les avettes Moi l'horizon je fais la roue comme un grand Paon Ecoutez renaître les oracles qui avaient cessé Le grand Pan est ressuscité — i38 — Champagne viril qui émouslille la Champagne Hommes faits jeunes g'ens Caméléon des autos-canons Et vous classe i6 Craquements des arrivées ou bien floraison blanche dans les cieux J'étais content pourtant ça brûlait la paupière Les officiers captifs voulaient cacher leurs noms Œil du Breton blessé couché sur la civière Et qui criait aux morts aux sapins aux canons Priez pour moi Bon Dieu Je suis le pauvre Pierre Boyaux et rumeur du canon Sur cette mer aux blanches vagues Fou stoïque comme Zenon Pilote du cœur tu zigzagues Petites forêts de sapins La nichée attend la becquée Pointe-t-il des nez de lapins Comme l'euphorbe verruquée Ainsi que l'euphorbe d'ici Le soleil à peine boutonne Je l'adore comme un Parsi Ce tout petit soleil d'automne — i39 — Un fantassin presque un enfant Bleu comme le jour qui s'écoule Beau comme mon cœur triomphant Disait en mettant sa cagoule Tandis que nous n'y sommes pas Que de filles deviennent belles Voici V hiver et pas à pas Leur beauté s'éloignera d'elles 0 Lueurs soudaines des tirs Cette beauté que j'imagine Faute d'avoir des souvenirs Tire de vous son origine Car elle n'est rien que l'ardeur De la bataille violente Et de la terrible lueur Il s'est fait une muse ardente Il regarde longtemps l'horizon Couteaux tonneaux d'eau Des lanternes allumées se sont croisées Moi l'horizon je combattrai pour la victoire — i4o — Je suis l'invisible qui ne peut disparaître Je suis comme l'onde Allons ouvrez les écluses que je me précipite et renverse tout - i4i - •1 OCEAN DE TERRE A G. de Chirico J'ai bâti une maison au milieu de l'Océan Ses fenêtres sont les fleuves qui s'écoulent de mes yeux Des poulpes grouillent partout où se tiennent les mu- railles Entendez battre leur triple cœur et leur bec cogner aux vitres Maison humide Maison ardente Saison rapide Saison qui chante Les avions pondent des œufs Attention on va jeter l'ancre Attention à l'encre que l'on jette Il serait bon que vous vinssiez du ciel Le chèvrefeuille du ciel grimpe Les poulpes terrestres palpitent — 142 — El puis nous sommes tant et tant à être nos propres fossoyeurs Pâles poulpes des vag-ues crayeuses ô poulpes aux becs pâles Autour de la maison il y a cet océan que tu connais El qui ne se repose jamais — i43 — OBUS COULEUR DE LUNE MERVEILLE DE LA GUERRE Que c'est beau ces fusées qui illuminent la nuit Elles montent sur leur propre cime et se penchent pour regarder Ce sont des dames qui dansent avec leurs regard pour yeux bras et cœurs Jai reconnu ton sourire et ta vivacité C'est aussi l'apothéose quotidienne de toutes mes Béré- nices dont les chevelures sont devenues des comètes Ces danseuses surdorées appartiennent à tous les temps et à toutes les races Elles accouchent brusquement d'enfants qui n'ont que le temps de mourir Comme c'est beau toutes ces fusées Mais ce serait bien plus beau s'il y en avait plus encore S'il y en avait des millions qui auraient un sens complet et relatif comme les lettres d'un livre — i47 — Pourtant c'est aussi beau que si la vie même sortait des mourants Mais ce serait plus beau encore s'il y en avait plus en- core Cependant je les regarde comme une beauté qui s'offre et s'évanouit aussitôt Il me semble assister à un grand festin éclairé à giorno C'est un banquet que s'offre la terre ille a faim et ouvre de longues bouches pâles La terre a faim et voici son festin de Balthasar canni- bale Qui aurait dit qu'on pût être à ce point anthropophage Et qu'il fallût tant de feu pour rôtir le corps humain C'est pourquoi l'air a un petit goût empyreumatique qui n'est ma foi pas désagréable Mais le festin serait plus beau encore si le ciel y man- geait avec la terre il n'avale que les âmes Ce qui est une façon de ne pas se nourrir Et se contente de jongler avec des feux versicolores Mais j'ai coulé dans la douceur de cette guerre avec toute ma compagnie au long des longs boyaux - i48 — Quelques cris de flamme annoncent sans cesse ma pré- sence J'ai creusé le lit ou je coule en nie ramifiant en mille petits fleuves qui vont partout Je suis dans la tranchée de première ligne et cependant je suis partout ou plutôt je commence à être partout C'est moi qui commence cette chose de« siècles à venir Ce sera plus long- à réaliser que non la fable d'Icare volant Je lègue à l'avenir l'histoire de Guillaume Apollinaire Qui fut à la guerre et sut être partout Dans les villes heureuses de l'arrière Dans tout le reste de l'univers Dans ceux qui meurent en piétinant dans le barbelé Dans les femmes dans les canons dans les chevaux Au zénith au nadir aux 4 point cardinaux Et dans l'unique ardeur de cette veillée d'armes Et ce serait sans doute bien plus beau Si je pouvais supposer que toutes ces choses dans les- quelles je suis partout Pouvaient m'occuper aussi Mais dans ce sens il n'y a rien de fait Car si je suis partout à celte heure il n'y a cependant que moi qui suis en moi — i49 — EXERCICE Vers un village de l'arrière S'en allaient quatre bombardiers Us étaient couverts de poussière Depuis la tête jusqu'aux pieds Ils rea:ardaient la vaste plaine En parlant entre eux du passé Et ne se retournaient qu'à peine Quand un obus avait toussé Tous quatre de la classe seize Parlaient d'antan non d'avenir Ainsi se prolongeait l'ascèse Qui les exerçait à mourir i5o — A L'ITALIE A Anlengo Soffîci [/amour a remué ma vie comme ou remue la terre dans la zone des armëes J'alteii^nais l'ây^e mûr quand la guerre arriva Et dans ce jour d'aoïU igiB le plu.s chaud de l'année Bien abrité dans l'hypogée que j'ai creusé moi-môme C'est à toi que je songe Italie mère de mes pensées Et déjà quand vou Kluck ruarcliail sur Paris avant la Marne J'évoquais le sac de Rome par les Allemands Le sac de Rome qu'ont décrit Un Bonaparte le vicaire espagnol Delicado et l'Arétin Je médisais Est-il possible que la nation Qui est la m ère de la civilisation Regarde sans la défendre les efforts qu'on fait pour la détruire — jji — Puis les temps sont venus les tombes se sont ouvertes Les fantômes des Esclaves toujours frémissants Se sont dressés en criant SUS AUX TUDESQUES Nous l'armée invisible aux cris éblouissants Plus doux que n'est le miel et plus simples qu'un peu de terre Nous te tournons bénignement le dos Italie Mais ne t'en fais pas nous t'aimons bien Italie mère qui es aussi notre fille Nous sommes là tranquillement et sans tristesse Et si malgré les masques les sacs de sable les rondins nous tombions Nous savons qu'un autre prendrait notre place Et que les Armées ne périront jamais Les mois ne sont pas longs ni les jour» ni les nuits C'est la guerre qui est longue Italie Toi notre mère et notre fille quelque chose comme une sœur J'ai comme toi pour me réconforter Le quart de pinard Qui met tant de différence entre nous et les Boches J'ai aussi comme toi l'envol des compagnies de perdreaux des 75 — 162 — Comme loi je n'ai pas cet orgueil sans joie des Boches et je sais rigoler Je ne suis pas sentimental à l'excès comme le sont ces gens sans mesure que leurs actions dépassent sans qu'ils sachent s'amuser Notre civilisation a plus de finesse que les choses qu'ils emploient Elle est au delà de la vie confortable Et de ce qui est l'extérieur dans l'art et l'industrie Les fleurs sont nos enfants et non les leurs Même la fleur de lys qui meurt au Vatican La plaine est infinie et les tranchées sont blanches Les avions bourdonnent ainsi que des abeilles Sur les roses momentanés des éclatements Et les nuits sont parées de guirlandes d'éblouissements De bulles de globules aux couleurs insoupçonnées Nous jouissons de tout même de nos souffrances Notre humeur est charmante l'ardeur vient quand il faut Nous sommes narquois car nous savons faire la part des choses Et il n'y a pas plus de folie chez celui qui jette les gre- nades que chez celui qui plume les patates Tu aimes un peu plus que nous les gestes et les mots sonores — i53 - Tu as à ta disposition les sortilèges étrusques le sens de la majesté héroïque et le courageux honneur in- dividuel Nous avons le sourire nous devinons ce qu'on ne nous dit pas nous sommes démerdards et même ceux qui se dégonflent sauraient à l'occasion faire preuve de l'esprit de sacrifice qu'on appelle la bravoure Et nous fumons du gros avec volupeté C'est la nuit je suis dans mon blockhaus éclairé par l'é- lectricité en bâton Je pense à toi pays des 2 volcans Je salue le souvenir des sirènes et des scylles mortes au moment de Messine Je salue le CoUeoni équestre de Venise Je salue la chemise rouge Je t'envoie mes amitiés Italie et m'apprête à applaudir aux hauts faits de ta bleusaille Non parce que j'imagine qu'il y aura jamais plus de bonheur ou de malheur en ce monde Mais parce que comme toi j'aime à penser seul et que les Boches m'en empêcheraient Mais parce que le goût naturel de la perfection que nous avons l'un et l'autre si on les laissait faire serait vite remplacé par je ne sais quelles commodités dont je n'ai que faire i54 Et surtout parce que comme toi je sais je veux choisir el qu'eux voudraient nous forcer à ne ptus choisir Une même destinée nous lie en cette occase Ce n'est pas pour l'ensemble que je le dis Mais pour chacun de toi Italie Ne te borne point à prendre les terres irrédentes Mets ton destin dans la balance où est lo nôtre Les réflecteurs dardent leurs lueurs comme des yeuxd'es- carg-ots Et les obus en tombant sont des chiens qui jettent de la terre avec leurs pattes après avoir fait leurs besoins Notre armée invisible est une belle nuit constellée El chacun de nos hommes est un astre merveilleux 0 nuit ô nuit éblouissante Les morts soi\\. avec nos soldats Les morts sont debout dans les tranchées Ou se glissent souterrainement vers les Bien- Aimées O Lille Saint-Quentin Laon Maubeu'^e Vouziers Nous jetons nos villes comme des grenades Nos flsuves sont brandis comme des sabres Nos montag^nes chargent comme cavalerie — i55 — Nous reprendrons les villes les fleuves les collines De la frontière helvétique aux frontières bataves Entre toi et nous Italie Il y a des patelins pleins de femmes Et près de toi m'attend celle que j'adore 0 Frères d'Italie Ondes nuages délétères Métalliques débris qui vous rouillez partout 0 frères d'Italie vos plumes sur la tête Italie Entends crier Louvain vois Reims tordre ses bras Et ce soldat blessé toujours debout Arras Et maintenant chantons ceux qui sont morts Ceux qui vivent Les officiers les soldats L es flingots Rosalie le canon la fusée l'hélice la pelle les chevaux Chantons les bagues pâles les casques Chantons ceux qui sont morts Chantons la terre qui bâille d'ennui Chantons et rigolons Durant des années Italie Entends braire l'âne boche — i56 — Faisons la guerre à coups de fouets Faits avec les rayons du soleil Italie Chantons et rigolons Durant des années - i57 - LA TRAVERSÉE Du joli bateau de Port-Vendres Tes yeux étaient les matelots Et comme les flots étaient tendres Dans les parages de Palos Que de sous-marins dans ixion âme Naviguent et vont l'attendant Le superbe navire où clame Le chœur de Ion regard ardent. — i58 — IL Y A Il y un vaisseau qui a emporté ma bien-aimée Il y a dans le ciel six saucisses et la nuit venant on dirait des asticots dont naîtraient les étoiles Il y a un sous-marin ennemi qui en voulait à mon amour II y a mille petits sapins brisés par les éclats d'obus au- tour de moi Il y a un fantassin qui passe aveuglé par les gaz asphy- xiants Il y a que nous avons tout haché dans les boyaux de Nietzsche de Goethe et de Cologne Il y a que je languis après une lettre qui tarde Il y a dans mon porte-carte plusieurs photos de mon amour Il y a les prisonniers qui passent la mine inquiète Il y a une batterie dont les servants s'agitent autour des pièces Il y a le vaguemestre qui arrive au trot par le chemin de l'Abre isolé '9 — 'f?^ Il y a dit-on un espion qui rôde par ici invisible comme l'horizon dont il s'est indignement revêtu et avec quoi il se confond Il y a dressé comme un lys le buste de mon amour Il y a un capitaine qui attend avec anxiété les communi- cations de la T S F sur l'Atlantique Il y a à minuit des soldats qui scient des planches pour les cercueils Il y a des femmes qui demandent du maïs à grands cris devant un Christ sang-lant à Mexico Il y a le Gulf Stream qui est si tiède et si bienfaisant Il y a un cimetière plein de croix à 5 kilomètres Il y a des croix partout de ci de là Il y a des figues de barbarie sur ces cactus en Algérie Il y a les longues mains souples de mon amour Il y a un encrier que j'avais fait dans une fusée de i5 cen- timètres et qu'on n'a pas laissé partir Il y a ma selle exposée à la pluie Il y a les fleuves qui ne remontent pas leurs cours Il y a l'amour qui m'entraîne avec douceur Il y avait un prisonnier boche qui portait sa mitrailleuse sur son dos Il y a des hommes dans le monde qui n'ont jamais été à la guerre Il y a des Hindous qui regardent avec étonnement les campagnes occidentales — i6o — Ils pensent avec mélancolie à ceux dont ils se deman- dent s'ils les reverront Car on a poussé très loin durant cette guerre l'art de l'invisibilité — i6i — L'ESPIONNE Pâle espionne de l'Amour Ma mémoire à peine fidèle N'eut pour observer cette belle Forteresse qu'une heure un jour Tu te déguises A la guise Mémoire espionne du cœur Tu ne retrouves plus l'exquise Ruie et le cœur seul est vainqueur Mais la vois-tu cette mémoire Les yeux bandés prêle à mourir Elle affirme qu'on peut l'en croire Mon cœur vaincra sans coup férir — 162 — LE CHANT D'AMOUR Voici (le quoi est fait le chant sym phonique de l'amour Il y a le chant de Tamour de jadis Le bruit des baisers éperdus des amants illustres Les cria d'amour des mortelles violées parles dieux Les virilités des héros fabuleux érigées comme des pièces contre avions Le hurlement précieux de Jason Léchant mortel du cygne Et l'hymne victorieux^que les premiers rayons du soleil ont fait chantera Mcmnon l'immobile Il y a le cri des Sabines au moment de l'enlèvement Il y a aussi les cris d'amour des félins dans les jongles La rumeur sourde des sèves montant dans les plantes tropicales Le tonnerre des artilleries qui accomplissent le terrible amour des peuples Les vagues de la mer où naît la vie et la- beauté Il y a là le chant de tout l'amour du monde — i63 — AUSSI BIEN QUE LES CIGALES ne savez pas creuser que vous ne sa gens du midi gens du mi di vous n' avez donc vez pas vous pas regar éclairer ni dé les ciga voir Que vous les que vous manque- t-il donc pour g' M ais vous savez encore boire com le jour me les ci de gloire aies ô se voir aus gens du mi c ra si bien di gens du reusez ce que les soleil gens qui voyez bu lui ciga devriez savoir vcz pissez où les creuser el voir comme vous aussi bien pour le les ciga sau moins aussi bien les rez que les cigales creu Eh quoi 1 vous savez gens du Midi il faut ser boire et ne savez creuser voir boire pour plus pisser utile pisser aussi bien que bien ment comme les les cigales sor eigales LA JOIE pour chan tir ADORABLE ter com au DE LA PAIX me elles se SOLAIRE leil i64 — SIMULTANEITES Les canons tonnent dans la nuit On dirait des vag-ues (empote Des cœurs où pointe un grand ennui Ennui qui toujours se répète Il regarde venir là-bas Les prisonniers L'heure est si douce Dans ce grand bruit ouaté très bas Très bas qui grandit sans secousse Il tient son casque dans ses mains Pour saluer la souvenance Des lys des roses des jasmins Eclos dans les jardins de France Et sous la cagoule masqué Il pense à des cheveux si sombres Mais qui donc l'attend sur le quai 0 vaste mer aux mauves ombres i — i65 — Belles noix du vivant noyer La grand folie en vain vous gaule Brunette écoute gazouiller La mésange sur ton épaule Notre amour est une lueur Qu'un projecteur du cœur dirige Vers i'ardeur égale du cœur ^ui sur le haut Phare s'érige O phare-fleur mes souvenirs Les cheveux noits de Madeleine Les atroces lueurs des tirs Ajoutent leur clarté soudaine A tes beaux yeux ô Madeleine — i66 J DU COTON DANS LES OREILLES Tant d'explosifs sur le point VIF! l'o guerre tu en si toujours mot âme un mon Ecris dans feu d'impacts le ? points crache Les féroce v troupeau ■ Ton OMé« APHOn. — 1 67 — Ceux qui revenaient de la mort En attendaient une pareille Et tout ce qui venait du nord Allait obscurcir le soleil Mais que voulez-vous c'est son sort Allô la truie C'est quand sonnera le réveil ALLÔ LA TRUIE La sentinelle au long- regard La sentinelle au long regard Et la cagnat s'appelait I LES CÉNOBITES | I ■ TRANQUILLES | fÂV.VAVAVAVAV//ASV/AVAVV/AVAVAV.'r La sentinelle au long regard la sentinelle au large regard Allô la truie — 168 _ Tant et tant de coquelicots D'où tant de sang- a-t-il coulé Qu'est-ce qu'il se met dans le coco Bon sang- de bois il s'est saoulé Et sans pinard et sans tacot Avec de l'eau Allô la truie Le silence des phonographes Mitrailleuses des cinémas Tout l'échelon là-bas pialTe Fleurs de feu des lueurs-frimas Puisque le canon avait soif Allô la truie Et les trajectoires cabrées Trébuchements de soleils-nains Sur tant de chansons déchirées Il a l'Etoile du Bénin Mais du singe en boîtes carrées Crois-tu qu'il y aura la guerre Allô la truie Ah ! s'il vous plaît Ami l'Ang-lais Ah I qu'il est laid Ton frère ton frère ton frère de lait — 169 — Et je mangeais du pain de Gênes En respirant leurs g-az lacrymogènes Mets du coton dans tes oreilles D'siré Puis ce fut celte fleur sans nom A peine un souffle un souvenir Quand s'en allèrent les canons. Au tour des roues heure à courir La baleine a d'autres fanons Eclatements qui nous fanons Mais mets du coton dans des oreilles Evidemment les fanions Des signaleurs Allô la truie [ci la musique militaire joue Quelque chose Et chacun se souvient d'une joue Rose Parce que même les airs entraînants Ont quelque chose de déchirant quand on les entend à la guerre Ecoute s'il pleut écoute s'il pleut puis sol des con la é dats Flan fon pluie cou a dres dez- si lez veu à vous len lom gles r a dre ber per a vec la la dus go r pluie pluie par nie ho si si mi sous ri dou teu les la zon ce dre che plui*^ beaux et vaux fi é si de ne 1res dou tri la in ce se pluie vi sous si si la ten blés lu dre sous ne el la li si pluie qui dou fi de ce ne Les longs boyaux où tu chemines Adieu les cagnats d'artilleurs — 171 Tu retrouveras La tranchée en première lig^ne Les éléphants des pare-cclats Une girouette maligne Et les regards des guetteurs las Qui veillent le silence insigne Ne vois -tu rien venir au Pé ris co pe La balle qui froisse le silence Les projectiles d'artillerie qui glissent Gomme un fleuve aérien Ne mettez plus de coton dans les oreilles Ça n'en vaut plus la peine Mais appelez donc Napoléon sur la tour Allô Le petit geste du fantassin qui se gratte au cou où les totos le démangent La vague Dans les caves Dans les caves — 172 — LÀ TETE ÉTOILÉE LE DÉPART Et leurs visag-es étaient pâles Et leurs sanglots s'étaient brisés Comme la neiçe aux purs pétales Ou bien tes mains sur mes baisers Tombaient les feuilles automnales — 176 LE VIGNERON CHAMPENOIS Le régiment arrive Le village est presque endormi dans la lumière parfumée Un prêtre a le casque en tête La bouteille champenoise est-elle ou non une artillerie Les ceps de vigne comme l'hermine sur un écu Bonjour soldats Je les ai vus passer et repasser en courant Bonjour soldats bouteilles champenoises où le sang fermente Vous resterez quelquesjours elpui» remonterez en ligne Echelonnés ainsi que sont les ceps de vigne J'envoie mes bouteilles partout comme les obus d'une charmante artillerie La nuit est blonde ô vin blond Un vigneron chantait courbé dans sa vigne Un vigneron sans bouche au fond de l'horizon Un vigneron qui était lui-même la bouteille vivante Un vigneron qui sait ce qu'est la guerre Un vigneron champenois qui est un artilleur : — 176 — C'est maintenant le soir et l'on joue à la mouche Puis les soldats s'en iront là-haut Où l'Artillerie débouche ses bouteilles crémantes Allons Adieu messieurs tâchez de revenir Mais nul ne sait ce qui peut advenir _ 17-7 -- CARTE POSTALE Je t'écris de dessous la tente Tandis que meurt ce jour d'été Où floraison éblouissante Dans le ciel à peine bleuté Une canonnade éclatante Se fane avant d'avoir été — Ï78 — EVENTAIL DES SAVEURS AUols singulierâ . de browjiings que) goût de viv re Ah! a«5 , qui n'a pas ^ 'P ^^^"«»ee» et ta ftoi,^. \ qui s'envole '^ ^^ ^ quand OQ > '^Ou %, lui en met ^ C ouW oais ,e ,^. ^es P^» »« p^^ NOQIUPEE ouïs OUÏS L'AlOlS '"^^'«r « ,e peut ^^'"^ SOUVENIRS Deux lacs nègres Entre une forêt Et une chemise qui sèche Bouche ouverte sur un harmonium C'était une voix faite d'yeux Tandis qu'il traîne de petites gens Une toute petite vieille au nez pointu J'admire la bouillotte d'émail bleu Mais le rat pénètre dans le cadavre et y demeure Un monsieur en bras de chemise Se rase près de la fenêtre En chantant un petit air qu'il ne sait pas très bien Ça fait tout un opéra Toi qui te tournes vers le roi Est-ce que Dieu voudrait mourir encore i8o L'AVENIR Soulevons la paille Regardons la neige Ecrivons des lettres Attendons des ordres Fumons la pipe En songeant à Tamour Les gabions sont là Regardons la rose La fontaine n'a pas tari Pas plus que l'or de la paille ne s'est terni Regardons l'abeille Et ne songeons pas à l'avenir Regardons nos mains Qui sont la neige La rose et l'abeille Ainsi que l'avenir — i8i — UN OISEAU CHANTE Un oiseau chante ne sais où C'est je crois ton âme qui veille Parmi tous les soldats d'un sou Et l'oiseau charme mon oreille Ecoute il chante tendrement Je ne sais pas sur quelle branche Et partout il va me charmant Nuit et jour semaine et dimanche Mais que dire de cet oiseau Que dire des métamorphoses De Tâme en chant dans l'arbrisseau Du cœur en ciel du ciel en roses L'oiseau des soldats c'est l'amour Et mon amour c'est une fille La rose est moins parfaite et pour Moi seul l'oiseau bleu s'ég-osille i8î Oiseau bleu comme le cœur bleu De mon amour au cœur céleste Ton chant si doux répète-le A la mitrailleuse funeste Qui claque à l'horizon et puis Sont-ce les astres que Ton sème Ainsi vont les jours et les nuits Amour bleu comme est le cœur même — i83 — CHEVALTX DE FRISE Pendant le blanc et nocturne novembre Alors que les arbres déchiquetés par l'artillerie Vieillissaient encore sous la neige Et semblaient à peine des chevaux de frise Entourés de vag-ues de fils de fer Mon cœur renaissait comme un arbre au printemps Un arbre fruitier sur lequel s'épanouissent Les fleurs de l'amour Pendant le blanc et nocturne novembre Tandis que chantaient épouvantablement les obus Et que les fleurs mortes de la terre exhalaient Leurs mortelles odeurs Moi je décrivais tous les jours mon amour à Madeleine La neige met de pâles fleurs sur les arbres Et toisonne d'hermine les chevaux de frise Que l'on voit partout Abandonnés et sinistres Chevaux muets — i84 — Non chevaux barbes mais barbelés Et je les anime tout soudain En troupeau de jolis chevaux pies Qui vont vers toi comme de blanches vagues Sur la Méditerranée Et t'apportent mon amour Roselys ô panthère ô colombes étoile bleue ô Madeleine Je t'aime avec délices Si je songe à tes yeux je songe aux sources fraîches Si je pense à ta bouche les roses m'apparaissent Si je songe à tes seins le Paraclet descend 0 double colombe de ta poitrine Et vient délier ma langue de poète Pour te redire Je t'aime Ton visage est un bouquet de fleurs Aujourd'hui je le vois non Panthère Mais Toutefleur Et je te respire ô ma Toutefleur Tous les lys montent en toi comme des cantiques d'amour et d'allégresse Et ces chants qui s'envolent vers toi M'emportent à ton côté Dans ton bel Orient où les lys Se changent en palmiers qui de leurs belles mains — i85 — Me font signe de venir La fusée s'épanouit fleur nocturne Quand il fait noir Et elle retombe comme une pluie de larmes amoureuses De larmes heureuses que la joie fait couler Et je t'aime comme tu m'aimes Madeleine — j86 -- CHANT DE L'HONNEUR LE POÈTE Je me souviens ce soir de ce drame indien Le Chariot d'Enfant un voleur y survient Qui pense avant de faire un trou dans la muraille Quelle forme il convient de donner à l'entaille Afin que la beauté ne perde pas ses droits Même au moment d'un crime Et nous aurions je crois A l'instant de périr nous poètes nous hommes Un souci de même ordre à la guerre où nous somme» Mais ici comme ailleurs je le sais la beauté N'est la plupart du temps que la simplicité Et combien j'en ai vu qui morts dans la tranchée Etaient restés debout et la tête penchée S'appuyant simplement contre le parapet J'en vis quatre une fois qu'un même obu^ frappait Ils restèrent longtemps ainsi morts et très crânes Avec l'aspect penché de quatre tours pisanes — 187 — Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit Dans les éboulements et la boue et le froid Parmi la chair qui souffre et dans la pourriture Anxieux nous gardons la route de Tahure J'ai plus que les trois cœurs des poulpes pour souffrir Vos cœurs sont tous en moi je sens chaque blessure 0 mes soldats souffrants ô blessés à mourir Cette nuit est si belle où la balle roucoule Tout un fleuve d'obus sur nos têtes s'écoule Parfois une fusée illumine la nuit C'est une fleur qui s'ouvre et puis s'évanouit La terre se lamente et comme une marée Monte le flot chantant dans mon abri de craie Séjour de l'insomnie incertaine maison De l'Alerte la Mort et la Démang-eaison LA TRANCHEE 0 jeunes gens je m'offre à vous comme une épouse Mon amour est puissant j'aime jusqu'à la mort Tapie au fond du sol je vous guette jalouse Et mon corps n'est en tout qu'un long baiser qui mord LES BALLES De nos ruches d'acier sortons à tire-d'aile Abeilles le butin qui sanglant emmielle Les doux rayons d'un jour qui toujours renouvelle Provient de ce jardin exquis l'humanité Aux fleurs d'intelligence à parfum de beauté LE POETE Le Christ n'est donc venu qu'en vain parmi les hommes Si des fleuves de sang limitent les royaumes Et même de l'Amour on sait la cruauté C'est pourquoi faut au moins penser à la Beauté Seule chose ici-bas qui jamais n'est mauvaise Elle porte cent noms dans la langue française Grâce Vertu Courage Honneur et ce n'est là Que la même Beauté LA FRANCE Poète honore-la Souci de la Beauté non souci de la Gloire Mais la Perfection n'est-ce pas la Victoire - 189 - LE POETE _. \ O poètes des temps à venir ô chanteurs Je chante la beauté de toutes nos douleurs J 'en ai saisi des traits mais vous saurez bien mieux Donner un sens sublime aux gestes glorieux Et fixer la grandeur de ces trépas pieux L'un qui détend son corps en jetant des grenades L' autre ardent à tirer nourrit les fusillades L'autre les bras ballants porte des seaux de vin Et le prêtre-soldat dit le secret divin J'interprète pour tous la douceur des trois notes Que lance un loriot canon quand tu sanglotes Qui donc saura jamais que de fois j'ai pleuré Ma génération sur ton trépas sacré Prends mes vers ô ma France Avenir Multitude Chantez ce que je chante un chant pur le prélude Des chants sacrés que la beauté de notre temps 'Saura vous inspirer plus purs plus éclatants Que ceux que je m'efforce à moduler ce soir En l'honneur de l'Honneur la beauté du Devoir 17 décembre 1915 — 190 - CHEF DE SECTION Ma bouche aura des ardeur de géhenne Ma bouche le sera un enfer de douceur et de séduction Les anges de ma bouche trôneront dans ton cœur Les soldats de ma bouche te prendront d'assaut Les prêtres de ma bouche encenseront ta beauté Ton âme s'agitera comme une région pendant un trem- blement de terre Tes yeux seront alors chargés de tout l'amour qui s'est amassé dans les regards de l'humanité depuis qu'elle existe Ma bouche sera une armée contre toi une armée pleine de disparates Variée comme un enchanteur qui sait varier ses méta- morphoses L'orchestre et les choeurs de ma bouche te diront mon amour Elle te le murmure de loin Tandis que les yeux fixés sur la montre j'attends la mi- nute prescrite pour l'assaut — 191 — TRISTESSE D'UNE ETOILE Une belle Minerve est l'enfant de ma tête Une étoile de sang me couronne à jamais La raison est au fond et le ciel est au faîte Du chef où dès longtemps Déesse tu t'armais C'est pourquoi de mes maux ce n'était pas le pire Ce trou presque mortel et qui s'est étoile Mais le secret malheur qui nourrit mon délire Est bien plus grand qu'aucun âme ait jamais celé Et je porte avec moi cette ardente souffrance Comme le ver luisant tient son corps enflammé Comme au cœur du soldat il palpite la France Et comme au cœur du lys le pollen parfumé — 192 — LA VICTOIRE Un coq chante je rêve et les feuillards agitent Leurs feuilles qui ressemblent à de pauvres marins] Ailés et tournoyants comme Icare le faux Des aveugles gesticulant commeMes fourmis Se miraient sous la pluie aux reflets du trottoir Leurs rires amassés en grappes de raisin Ne sors plus de chez moi diamant qui parlais Dors doucement tu es chez toi tout t'appartient Mon lit ma lampe et mon casque troué Regards précieux saphirs taillés aux environs de Saint- Claude Les jours étaient une pure émeraude Je me souviens de toi ville {des météores Ils fleurissaient en l'air pendant ces nuits où rien [ne dort — 193 — i3 Jardins de la lumière où j'ai cueilli des bouquets Tu dois en avoir assez de faire peur à ce ciel Qu'il garde son hoquet On imagine difficilement A quel point le succès rend les gens stupides et tranquilles A l'institut des jeunes aveugles on a demandé N'avez-vous point de jeune aveugle ailé 0 bouches l'homme est à la recherche d'un nouveau lan- gage Auquel le grammairien d'aucune langue n'aura rien à dire Et ces vieilles lang-ues sont tellement près de mourir Que c'est vraiment par habitude et manque d'audace Qu'on les fait encore servir à la poésie Mais elles sont comme des malades sans volonté Ma foi les gens s'habitueraient vite au mutisme La mimique suffit bien au cinéma Mais entêtons-nous à parler Remuons la langue Lançons des postillons On veut de nouveaux sons de nouveaux sons de nou- veaux sons — 194 — Ou veut des consonnes sans voyelles Des consonnes qui pètent sourdement Imitez le son de la toupie Laisser pétiller un son nasal et continu Faites claquer votre langue Servez-vous du bruit sourd de oelui (]ui maniro sans civilité Le raclement aspiré du crachement ferait aussi une bel- le consonne Les divers pets labiaux rendraient aussi vos discours claironnants Habituez-vous à roter à volonté Et quelle lettre grave comme un son de cloche A travers nos mémoires Nous n'aimons pas assez la joie De A'oir les belles choses neuves O mon amie hâte-toi Crains qu'un jour un train ne t'émeuve Plus Regarde-le plus vite pour toi Ces chemins de fer qui circulent Sortiront bientôt de la vie Ils seront beaux et ridicules Deux lampes brûlent devant moi Comme deux femmes qui rient - 195 — Je courbe tristement la tête Devant l'ardente moquerie Ce rire se répand Partout Parlez avec les mains faites claquer vos doigts Tapez-vous sur la joue comme sur un tambour 0 paroles Elles suivent dans la myrtaie L'Eros et l'Antéros en larmes Je suis le ciel de la cité Ecoutez la mer Li mer g^émir au loin et crier toute seule Ma voix fidèle comme l'ombre Veut être enfin l'ombre de la vie Veut être ô mer vivante infidèle comme toi La mer qui a trahi des matelots sans nombre Engloutit mes grand cris comme des dieux noyés Et la mer au soleil ne supporte que l'ombre Que jettent des oiseaux les ailes ép'oyées La parole est soudaine et c'est un Dieu qui tremble Avance et soutiens-moi je regrette les mains De ceux qui les tendaient et m'adoraient ensemble Quelle oasis de bras m'accueillera demain — 196 — Connais-tu cette joie de voir des choses neuves 0 voix je parle !e langage de la mer Et dans le port la nuit les dernières laVernes Moi qui suis plus têtu que non l'hydre de Lerne La rue où nagent mes deux mains Aux' doigts subtils fouillant la ville S'en va mais qui sait si demain La rue devenait immobile Qui sait ou serait mon chemin Songe que les chemins de fer Seront démodés et abandonnés dans peu de temps Regarde La Victoire avant tout sera De bien voir au loin De tout voir De près Et que tout ait un nom nouveau — '97 LA JOLIE aOUSSE Me voici devant tous un homme plein de sens Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant peut connaître Ayant éprouvé les douleurs et les joies de l'amour Ayant su quelquefois imposer ses idées Connaissant plusieurs langages Ayant pas mal voyagé Ayant vu la guerre dans l'Artillerie et l'Infanterie Blessé à la tête trépané sous le chloroforme Ayant perdu ses meilleurs amis dans l'effroyable lutte Je sais d'ancien et de nouveau autant qu'un homme seul pourrait des deux savoir Et sans m'inquiéter aujourd'hui de cette guerre Entre nous et pour nous mes amis Je juge cette longue querelle de la tradition et de l'in- vention De l'Ordre et de l'Aventure _ 198 - Vous dont la bouche est faite à l'image de celle de Dieu Bouche qui est l'ordre même Soyez indulgents quand vous nous comparez A ceux qui furent la perfection de l'ordre Nous qui quêtons partout l'aventure Nous ne sommes pas vos ennemis Nous voulons vous donner de vastes et d'étranges do- maines Où le m} stère en fleurs suiire à (jui veut le cueillir II y a là des feux nouveaux des couleurs jamais vues Mille phantasmes impondérables Auxquels il faut donner de la réalité Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se lait "Il y a aussi le temps qu'on peut chasser ou faire revenir Pitié pour nous qui combattons toujours aux frontières De l'illimité et de l'avenir Pitié pour nos erreurs pitié pour nos péchés Voici que vient l'été la saison violente Et ma jeunesse est morte ainsi que le printemps 0 Soleil c'est le temps de la Raison ardente Et j'attends Pour la suivre toujours la forme noble et douce Qu'elle prend afin que je l'aime seulement — 199 - Elle vient et m'attire ainsi qu'un fer l'aimant Elle a l'aspect charmant D'une adorable rousse Ses cheveux sont d'or on dirait Un bel éclair qui -durerait Ou ces flammes qui se pavanent Dans les roses-thé qui se fanent Mais riez riez de moi Hommes de partout surtout gens d'ici Car il y a tant de clioses que je n'ose vous dire Tant de choses que vous ne me laisseriez pas dire Ayez pitié de moi — 200 TABLE ONDES LIENS 1 5 17 19 LES FENÈni ES PAYSAGE LES COLLINES. 20 ARBRE 32 LUNDI UUK GHUISTINE 35 LETTI\E-OCÉ.\N 38 SUK LES PROPHÉTIES ......... 4* LE MUSICIEN DE SAINT-MEURY 44 LA CKAVATE ET LA MONTRE 5o UN FANTOME DE NUEES . 5 1 CŒUR COURONNE ET MIROIR 56 TOUR . 5t VOYAGE 58 A TRAVERS I V.UKOPE 60 IL PLEUT 62 ÉTENDARDS LA PETITE AUTO . . . 65 LA MANDOLINE l'cEILLET KT LE BAMBOV . . 69 FUMÉE no A Nl.MES ni LA COLOMBE POIGNARDÉE ET I.E JET d'eA 7 3 2' GANONNIER CONDUCTEUR ^4 VICILLE ; OMBRE ^ 77 • • • ■ 79 c'est LOU qu'on la NOMMAIT ^ . 8 1 CASE D'ARMONS loin du pigeonnier 85 reconnaissance 86 s. «' 87 — 2o3 — .■-J<' viaiï 88 igiS 89 CARTE POSTALE QO SAILLANT , . . . 91 OUEIVRE gS MUTATION 94 ORACLES 96 i4 JUIN igiS 96 OK LA BATTERIE DE TIR 97 ÉCHELON 98 VERS LE SUD 100 LES SOUPIRS DU SERVANT DE DAKAR lOI TOUJOURS I04 FÊTE 100 MADELEINE IO7 LES SAISONS 1 08 VEMU DE DIEUZB IIO LA NUIT d'avril 1 9 1 5 ... IIS LUEURS DES TIRS LA GRACE EXILÉE • . I 1 7 LA BOUCLE RETROUVÉE I 1 8 REFUS DE LA COLOMBE * 1 19 LES FEUX DU BIVOUAC • 120 LES GRENADINES REPENTANTES 121 TOURBILLON DE MOUCHES 12» l'adieu DU CAVALIER 123 le palais du tonnerre " 124 photooraphik 1 28 l'inscription anglaise 129 DANS l'abri -CAVERNE ï3l FUSÉE i33 DÉSIR • . 1 35 CHANT DE l'horizon RN CHAMPAGNE 187 OCÉAN DE TERRE 1 4» OBUS COULEUR DE LUNE MERVEILLE DB LA GUERRE l47 EXERCICE l50 204 — A L ITALIB jC. LA TRAVERSÉE Cg '^^^ v//.ï.ï.ï.'!!!'ii; i59 l'espionne. , _ g LE CHANT d'amour , gq AUSSI BIEN QUE LES CIGALES ,gA SIMULTANÉITÉS gc DU GJTON DANS LES OREILLES , (J_ LA TÊTE ÉTOILÉE LE DEPART LE VIGNERON CHAMPENOIS. CARTE POSTALE ÉVENTAIL DES SAVEURS. . . SOUVENIRS l'avenir UN OISEAU CHANTE CHEVAUX DE FRISE CHANT DE l'hONNEUII. . , . CHEF DE SECTION TRISTESSE d'une ÉTOILE. . LA VICTOIRE . . . LA JOLIE ROUSSE .75 176 178 180 181 182 184 187 '9' 192 193 198 205 I ACHEVÉ O- IMPRIMER le quinze avril mil neuf cent dix-huit PAR G. IlOY A POITIERS pou:' le MERCVRE DE i-RaN(.E MERCVRE DE FRANCE" XXTl, RTB DK COIfDé -~ PARIS-VI* Paraît le i*' et le i6 de chaqoe mois, et ferme dans l'anaée tix roiumes Llttèratnre, Poésie, Tbéfttre. Beatuc-Arts Philosophie. Histoire, Sociologie, Sciences. Voyages Bihliophille, Soienoes oocaltea Critique, Littératures étrangères, Revae do la QninxalEe La Revue de la Quinzaine s'ahmente à retran^er antent qn rn France; eljC offre nn nombre considérable de documents, et constitae une sorte d' « en- cyclopédie «a joar le ionr » dn roonvement nniTcrsel de« idées. Les Poèmes : Georges Dahamel. L«a Romans : Rachilde. Littérature^: Jean de Goarmont Shtoire : Edmond Bartbèlemj, Philosovkie : Georges Palante. Le Mouvement tcitntifiqat : Georges Bobn Sciences médicales : D' Paul Voivencl. Scienc» Bociale : Henri Àiazel. Ethnographie, Folklore : A. Van Geonep. Archéologie, Fojra^c».* Charles Merki. paesliûiu juridiques : Joaé Thérj. Qwestions militaires et maritimes : Jeaii Norel. Ç'Uéêitont coionicles : Cari Siger. êxotérisme et Sciences psychiques : jacqaea Brtca. Les Revues : Charles Henry Hirsch. Les Journaux : R. de Bury. Théâtre : Matirice Boissard. iâwiique : Jean Marnold. Art : Gastave Kabn. Musées et Collections: Aagnste Mar* guiliier . Chronique belge: G. Bekhond. Chronique de ta suisse romande : René de Week. Lettres allemandes : Henri Albert. Lettres anglaises : Ilenry-D. L'avray, Lettres italiennes : Giovanni Fapini. IjCitres espagnoles : Marcel Robin. Lettres portugaises : PLilea^ Lebrsgne Lettres américaines : Théodore Stan- lon. Lettres hispano-américaines • Fran- cinco Contreras. Lettres t>résilier.nes:TT\fiXikr> rt« Ciuiha. Lettres néo-grecques ■ Démctri.iS Asteriotia. Lettrées roumaines : Marcel Montaa duH Lrit^e* russen : Jean Chozerille. Lettres polonaises:M^ic]it:l Mulermilcb . Lettres néer Landaises : J,-L. Walch. Lettres Scandinaves .*P.-&. La Ckes nais. Lettres tchèques .- Janko Cadra. La France jugés à l'Etranger : I,acil T^KOIS MOIS 11 a Poitteps — Insprimerie dn Mercure d« France, G. ROT', 7, rue Vietor-Huge.