Qass. Book , X y COLLECTION DE DOCUMENTS DANS LES LANGUES INDIGÈNES, POUR SERVIR A L'ÉTUDE DE L'HISTOIRE ET DE LA PHILOLOGIE DE L'AMÉRIQUE ANCIENNE. VOLUME PREMIER. LE LIVRE SACRÉ ET LES MYTHES r r DE L'ANTIQUITE AMERICAINE [30481 SAINI-CÎ.OI P.— IMPRIHtl'.ri: DE Mme Ve BEL1N. IWYTHES DE L'AN lOUITE AMERICAINE * '** -y, Lgmsrcxer Vans. /AS F/ ANTIQUE UITE DU MUSEE NATIONAL DE MEXICO HAUTEUR. I POPOL VUH LE LIVRE SACRE ET LES MYTHES DE L'ANTIQUITÉ AMÉRICAINE, AVEC LES LIVRES HEROÏQUES ET HISTORIQUES DES QUICHES. OUVRAGE ORIGINAL DES INDIGÈNES DE GUATEMALA, TEXTE QUICHE ET TRADUCTION FRANÇAISE EN REGARD, ACCOMPAGNÉE DE NOTES PHILOLOGIQUES ET D'UN COMMENTAIRE •SUR LA MYTHOLOGIE ET LES MIGRATIONS DES PEUPLES ANCIENS DE L'AMÉRIQUE, ETC. COMPOSÉ SUR DES DOCUMENTS ORIGINAUX ET INÉDITS, c&5n quiche Chuvi-La, est une bourgade indigène d'environ 12,000 âmes, à trois lieues au sud de Santa-Cruz del Quiche, et à 22 lieues environ au N.-Ô. de Guate- mala. Le premier nom vient de chichi- caztli, arbre à feuilles très-causiiques, de tenan, auprès, eteo, le lieu, en lan- gue nahuatl. Le nom quiche a presque le même sens. (3) Ximenez était dominicain et dé- testait les franciscains. De tons les or- dres religieux qui allèrent dans ces contrées, ceux-ci furent le? plus sa- — XII — comme il le dit lui-même dans ses Scolies, une agence diabo- lique qui aurait travesti à dessein, dans la cosmogonie quichée, le récit des livres saints. Dans les noms symboliques donnés au Créateur et au Formateur, il reconnaissait la main du démon, obscurcissant à sa manière les vérités révélées, afin d'accom- moder plus aisément le mensonge et l'idolâtrie à l'usage des pau- vres Indiens. C'était, du reste, une idée reçue à cette époque, et on la trouve exprimée dans tous les ouvrages contemporains, que les rites et les formes religieuses du Mexique, auxquels on trouve tant de ressemblance parfois avec les rites de l'Eglise catholique, ne pouvaient être que des contrefaçons sacrilèges de l'esprit de ténèbres pour empêcher les indigènes d'ouvrir les yeux à la véri- table religion. Ce livre devenait donc plus que jamais un livre scellé entre ses mains : malgré la connaissance rare qu'il avait de la langue qui- chée, il lui fut impossible d'en rendre la traduction, je ne dirai pas seulement compréhensible, mais même supportable (1); tout y est vague et obscur, et, en bien des endroits, ce sont des ver- sets entiers qu'il passe sous silence ou qu'il abrège en quelques mots, dans l'impossibilité' où il était, d'après ce système, d'en faire même une traduction littérale. Ximenez était cependant profondément versé dans les langues guatémaliennes, surtout dans les trois dialectes du Quiche, dont il a laissé un vocabulaire complet, sous le titre de Tesoro de las lenguas quiche, cakchiquel y tzuiohil, encore manuscrit. Ce vo- cabulaire et sa traduction, tout imparfaite qu'elle soit, nous ont beaucoup servi néanmoins pour achever celle quenous donnons ici, ainsi que pour l'ensemble de nos études sur les langues de l'Amérique centrale. Quant à la vie de Ximenez, ce qu'on sait c'est qu'il était originaire de la ville d'Ecija, dans la haute Anda- lousie, et qu'il fut provincial de son ordre; mais on ignore la date de sa naissance, et, si ce n'était la mention que Mgr far- vants, surtout au Mexique, où ils con- servèrent à peu près tous les documents que l'on possède aujourd'hui. Ce furent des franciscains français et flamands qui enseignèrent, dès l'an 1522, les lettres européennes à la noblesse mexi- caine, qui les premiers apprirent les langues du Mexique, et fondèrent un peu plus lard le collège de Santa-Cruz de Tlatilolco à Mexico. (1) On peut voir la traduction espa- gnole que M. le Dr Scherzer a publiée à Vienne et dont l'éditeur ne compni pas même les provincialisme^. — XIII — chevèque actuel de Guatemala en fait fréquemment, en citant ses ouvrages dans ses Mémoires sur l'histoire de ce pays (1), il ne serait question nulle part de cet illustre dominicain. Juarros, qui se propose d'écrire également l'histoire de l'ancien royaume de Guatemala (2), entre autres biographies, donne celles de plusieurs hommes sans aucune valeur, omettant totalement le nom 'de Xi- menez. Nous savons de lui-même toutefois, qu'en 4721 il écrivait tapage 247 du troisième tome de son Histoire générale (3). Cet ouvrage, resté manuscrit, comprenait quatre volumes in-folio, et il en existait deux copies, qui des archives de son monastère passèrent à la bibliothèque de l'université, lors de la suppression des maisons religieuses sous Morazan, en 1830. Lorsque nous le vîmes en 1855, les deux copies étaient incomplètes, et il n'en restait ensemble que trois volumes qui ne concordaient même pas. Le bibliothécaire ne put nous donner aucun renseignement sur les autres ; c'est une perte d'autant plus regrettable, que le Père Ximenez savait beaucoup de choses qu'il avait consignées dans cet ouvrage (4). Le premier volume que nous eûmes occasion de consulter commençait avec le texte et la traduction du manuscrit quiche, qui fait l'objet de celui-ci. C'est là que nous l'avons transcrit pour la première fois, en y joignant l'original, lors de notre arrivée à Guatemala en 1855. Des autres ouvrages de Ximenez, il en est un encore, fréquemment cité dans les Mémoires de l'archevêque : c'est une Histoire naturelle du royaume de Guatemala, qui paraît avoir été fort complète; mais nous n'avons jamais été assez heu- reux pour la rencontrer (5). Quant au Tesoro de las très lenguas, il forme deux volumes petit in-folio, dont le premier, contenant le Vocabulaire, après avoir passé par des mains diverses, tomba (1) Memorias para la historia del antiguo reino de Guatemala, redacta- dos por el Ilmo Senor Dr. D. Francisco de Paula Garcia Pelaez, arzobispo de esta santa Iglesia metropolilana, 3 vol. in-8°. Guatemala, 1851. (2) Compendio de la historia de la ciudad de Guatemala, 2 vol. in-8°. Il y a deux éditions de cet ouvrage, la première est de 1810 et 1818, la se- conde de 1857. (3) Cet ouvrage a pour litre : His- toria de la provincia de predicad.ores de San-Vicente de Chiapas y Guate- mala, etc. (4) Les citations qu'en fait, dans ses Mémoires, Mgr l'archevêque de Gua- temala, prouvent une profonde connais- sance du pays. (5) Clavigero et Fabrégat citent une Histoire naturelle par un père Fran- cisco Ximenez, imprimée à Mexico; mais je ne la connais pas, et il est dou- teux qu'il s'agisse du même auteur. XIV — dans celles du colonel Galindo, d'où il trouva son chemin vers Paris : le second, outre une Grammaire extrêmement détaillée des trois dialectes, et un Confessionnaire dans les mêmes langues non moins étendu, renferme aussi une copie du manuscrit quiche de Chichieastenango. C'est la première qui paraît avoir été faite sur l'Original indigène par Ximenez ; elle est suivie de ses Scolies et d'une invocation en l'honneur de la religion de Saint-Domini- que, écrite à Rabinal, en date du 14 août 1734, signée Chaves, et c'est là que nous l'avons eue. Don Ramon de Ordonez y Aguiar, chanoine et proviseur de l'évêché de Ciudad-Real, autrement dit San-Cristobal de Chiapas, paraît avoir été le premier qui ait eu connaissance des travaux historiques de Ximenez, et qui se soit servi de la traduction du manuscrit quiche : il copia ce document, en l'altérant d'un bout à l'autre, afin de le fondre dans son indigeste ouvrage intitulé Historia del cielo y de la tierra, etc. (1), où il tend à établir que Votan, placé comme le troisième signe du calendrier tzendal, était le descendant des Hévéens, c'est-à-dire des Chananéens, chas- sés par Josué de la Palestine, et qui, émigrés aux Canaries, au- raient passé de là aux Antilles. Son objet était surtout de prouver que Quetzalcohuatl était le même que l'apôtre saint Thomas qui aurait été porté miraculeusement de l'Inde en Amérique pour y prêcher l'Évangile. L'ouvrage d'Ordonez, copié en partie par don Félix Cabrera, qu'il accuse de plagiat (2), se perdit au pillage de la bibliothèque de Guatemala ; mais les brouillons du premier volume, avec quelques fragments du second, ayant été réunis par les soins de don Manuel Larrainzar, sénateur de l'Etat de Chia- pas, furent déposés depuis aux archives du Musée national à Mexico, où nous les avons transcrits en entier, en 1849. C'est ainsi que nous eûmes connaissance de Ximenez, dont le nom, comme celui d'Ordonez, n'a été révélé pour la première fois au pu- blic que par la biographie que nous leur avons consacrée, dans la première de nos quatre Lettres, imprimées à Mexico en 1851. M. le docteur Scherzer apprit de cette manière l'existence des ou- (1) Voir pour le titre entier de cet ouvrage prolixe mon Histoire des na- tions civilisées du Mexique, etc., 10- m.e I, Introduction, page 79, note 4. (2) Je possède l'original du MS. de Cabrera. Voir ibid., page 80, note 5. — XV — vrages de Ximenez; et durant son séjour à Guatemala, il fit copier la traduction du manuscrit quiche, dont la publication, faite par lui à Vienne en 1856, fut un véritable service rendu aux études américaines. Dans l'original que nous publions ici intégralement, il n'exis- tait aucune division par livres ou chapitres : celle que nous avons adoptée a pour objet d'en faciliter la lecture, et nous avons à des- sein coupé chaque chapitre en alinéas fort courts, afin d'en ren- dre l'interprétation plus aisée aux philologues désireux de com- parer cette langue à d'autres, en en étudiant les mots et les formes grammaticales : la traduction du Livre Sacré est aussi littérale qu'il a été possible de la faire. On n'y trouvera donc ni élé- gance ni recherche de style : car le français souvent même cor- respond mot à mot à la phrase quichée, et .là où elle est cons- truite d'une manière trop contraire à notre génie, nous avons ajouté des notes pour en éclairer le sens, en attendant que nous puissions mettre sous presse la Grammaire de la langue quichée et le Vocabulaire des trois langues quichée, cakchiquèle et tzutohile que nous sommes en train de préparer. Le Livre Sacré est ainsi le premier volume d'une série d'ouvrages originaux que nous comp- tons publier, s'il plaît à Dieu, sous le titre général de Collection de documents dans les langues indigènes, pour servir à V étude de V histoire et de la philologie de V Amérique ancienne. -C'est là ce qui nous a obligé en quelque sorte à mettre en tête de cette série une introduction aussi longue, mais qui aura, nous l'espérons, l'avantage d'aider le lecteur, encore peu au courant de ces ques- tions, à embrasser d'un coup d'œil les fondements de l'histoire et des théogonies antiques du continent occidental. DISSERTATION MYTHES DE L'ANTIQUITÉ AMÉRICAINE, SUR LA PROBABILITÉ DES COMMUNICATIONS EXISTANT ANCIENNEMENT • . DUN CONTINENT A L'AUTRE, LES MIGRATIONS DES PEUPLES INDIGÈNES DE L'AMÉRIQUE, ETC., D'après les documents originaux, servant d'Introduction ET DE COMMENTAIRE AU LIVRE SACRÉ. Idée générale sur les races américaines. Causes du déclin des indigènes après la conquête Questions sur les sociétés primitives. Etats successifs de civilisation et de barbarie. « Le problème de la première population de l'Amérique n'est pas plus du ressort de l'histoire que les questions sur l'origine des plantes et des animaux, et sur' la distribution des germes or- ganiques ne sont du ressort des sciences naturelles. L'histoire, en remontant aux époques les plus reculées, nous montre presque toutes les parties du globe occupées par des hommes qui se croient aborigènes, parce qu'ils ignorent leur filiation. Au milieu d'une multitude de peuples qui se sont succédé et mêlés les uns aux autres, il est impossible de reconnaître avec exactitude la pre- mière base de la population, cette couche primitive au delà de la- b — XVITI — quelle commence le domaine des traditions cosmogoniques. Les nations de l'Amérique, à l'exception de celles qui avoisinent le cercle polaire, forment une seule race caractérisée par la confor- mation du crâne, par la couleur de la peau et par des cheveux plats et lisses. La race américaine a des rapports très-sensibles avec celle des peuples mongols, qui renferme les descendants des Hiong-nu, connus jadis sous le nom de Huns, les Kalkas, les Kal- mucks et les Burattes. Des observations récentes ont prouvé même que, non-seulement les habitants d'Unalaska, mais aussi plusieurs peuplades de l'Amérique méridionale indiquent, par des caractè- res ostéologiques de la tête, un passage de la race américaine à la race mongole. Lorsqu'on aura mieux étudié les hommes bruns de l'Afrique, et cet essaim de peuples qui habitent l'intérieur et le nord-est de l'Asie, et que des voyageurs systématiques désignent vaguement sous le nom de Tartares et de Tschoudes, les races cau- casienne, mongole, américaine, malaye et nègre paraîtront moins isolées, et Ton reconnaîtra dans cette famille du genre humain un seul type organique, modifié par des circonstances qui nous resteront peutrêtre à jamais inconnues (1). » Ces paroles qu'Alexandre de Humboldt écrivait il y a quarante ans, la science s'est depuis chargée de les vérifier, et chaque jour apporte un nouveau tribut au système de l'unité du genre hu- main. Quoique ce ne soit pas là la matière que nous ayons en vue clans ce travail, elle se présente néanmoins comme le résultat de toutes nos observations, et de l'étude que nous avons faite des tra- ditions américaines, pour arriver au classement des races et des migrations qui se sont succédé sur ce vaste continent. Sans aborder l'origine de celles qui le peuplèrent d'abord, nous croyons pouvoir affirmer, cependant, que l'existence de l'homme n'y est pas moins ancienne que dans le nôtre, et qu'elle doit y remonter, comme en Europe et en Asie, aux premiers temps de la disper- sion. Car. s'il est vrai qu'on ait remarqué une si grande confor- (1) Humboldt,- Vues des Cordillères j de l'Amérique, Introduction, tome I, et monuments des peuples indigèn es \ page 20. — XIX — mité dans les traits et le caractère physique des nations améri- caines, il est vrai dé dire aussi, comme nous l'avons observé ail- leurs (1), que les influences du climat et du sol, aussi bien que des aliments, exercent en Amérique une action d'une extrême puis- sance sur tous les organes et sur la physiologie de l'homme, et que même dès la première génération les Européens en subissent quelquefois les effets; aussi, de quelque part de l'ancien con- tinent que se soient dirigées les émigrations, croyons-nous que le contingent qu'elles ont apporté aux populations originales a dû promptement s'absorber dans le type commun de la race améri- caine. Quoique les peuples indigènes soient unis par des rapports généraux, ils offrent, toutefois, dans leurs traits mobiles, dans leur teint plus ou moins brun ou cuivré et dans la hauteur de leur taille, des différences aussi sensibles que les Russes, les Persans et les Slaves, qui appartiennent tous à la race caucasienne : si les unes se rapprochent si notablement du type mongol, les autres présentent bien plus d'analogie avec les peuples du Caucase. Ce- pendant, soit par suite de leurs croisements répétés, soit par l'effet des influences dont nous parlions tout à l'heure, elles pa- raissent conserver toujours, dans leur variété même, une sorte de ressemblance commune que les observateurs ont admise. Une grande inégalité règne dans la stature de l'Américain. Il a quelquefois les formes élancées de l'homme d'Europe, quoiqu'on le trouve souvent aussi massif et trapu ; mais il se distingue tou- jours par la largeur de sa poitrine ainsi que par la délicatesse de ses pieds et de ses mains. Sa taille varie suivant les familles plutôt que les tribus, et à tout prendre elle n'est pas au-dessous de la nôtre. Quant à ses traits, ils sont ordinairement plus mâles que gracieux et rappellent quelquefois ceux des nations mongoles : celles-ci, en effet, occupant le nord-est de l'Asie, auraient pu se trouver autrefois dans le voisinage de quelques-uns des essaims qui passèrent en Amérique; la ressemblance la plus marquée se (1) Voir mon Histoire des nations civilisées du Mexique, etc., tome Ier, page 7 . — XX — représente dans la rondeur dn visage, la saillie des pommettes, la raideur de la chevelure et quelquefois dans la . rareté de la barbe (1). Mais chez la plupart des nations indigènes la coupe du visage est presque européenne, et dans un grand nombre le nez est aquilin. Pour n'avoir connu que des peuplades retombées à l'état sauvage, abruties- par le contact des Européen s ou dégradées par les conséquences de la conquête, la plupart des voyageurs ne leur ont trouvé qu'un développement médiocre des facultés intel- lectuelles : mais cette inactivité habituelle de l'esprit qu'on reproche au plus grand nombre des nations américaines, et qui donne quelque chose de si froid, de si morne à leur physionomie, à leur caractère, à toute leur existence, n'est qu'apparente chez celles qui ont conservé quelque reste de la civilisation antique ; elle est produite uniquement par la défiance que nous leur ins- pirons et la haine sourde, que les enfants sucent avec le lait de leurs mères, contre les descendants de ceux qui les asservirent ou les étrangers qu'ils confondent avec eux (2). Cette sorte d'apathie morale que les colons espagnols leur reprochaient,en disant qu'ils ne savaient pas rougir, n'existe point : l'Indien ne rougissait point sous les coups de sangle ou les mépris d'un maître cruel; il renfermait tout dans son cœur, en attendant qu'il pût se ven- ger. Les insurrections dont on ne parle point et qu'on ne connaît pas en Europe en sont la preuve. - Quant aux populations sauvages, leur intelligence et leur sensi- bilité se développent rapidement dès qu'elles entrent en contact avec l'homme civilisé. A cet égard, le témoignage des voyageurs est presque unanime. Ce n'est donc pas une infériorité naturelle et pour ainsi dire innée, mais une éducation sociale plus impar- (1) La rareté de la barbe dans les Américains a.donné lieu à de graves erreurs ; mais on sait que chez un grand nombre de tribus, c'était un usage de s'épiler à l'aide de pâtes ou de pincettes : car la barbe n'est pas une chose rare. Dans la plupart des pays montagneux que nous connaissons, au Mexique et dans l'Amérique centrale, loin du contact européen, les indigènes ont pour la plupart des barbes à peu près aussi fournies que nous. (2) Nous avons longtemps vécu avec les indigènes et nous les avons tou- jours trouvés, quand ils perdaient leur défiance, aussi gais, aussi intelligents et aussi bavards que les Européens. — XXI — faite qui est la cause du peu d'activité d'esprit que les races incul- tes ont montrée jusqu'ici, comparées à celles de l'Europe ou de l'Asie. En effet, si l'on considère dans quelles vastes solitudes elles se sont trouvées répandues depuis la découverte de l' Amérique, à quels excès de cruautés les conquérants, d'après leurs propres relations, se portèrent contre elles, les décimant par le fer et par le feu, par le travail des mines et l'esclavage, on s'étonnera moins de l'abaissement de leur caractère. Si Ton y réfléchit sérieusement, on verra que les populations qu'on désignait comme sauvages l'étaient bien moins qu'on ne se le représente aujourd'hui; car il faut bien qu'on s'entende sur- la valeur des mots. Dans l'une et l'autre Amérique, au nord du Mexique comme dans les immenses territoires arrosés par l'Amazone, par l'Orénoque, le Rio de la Plata et leurs affluents, il y avait sans doute des sauvages errants, comme les Sioux et les Pieds-Noirs aux États-Unis, comme les Charmas et les Puelches dans les Pampas : mais il y avait aussi un grand nombre de peuplades agricoles vivant dans de grands villages, mieux bâtis même que ceux où nichent actuellement la plupart des descendants avilis de la race conquérante (1), capables de les fortifier, au besoin, avec des fossés et des retranchements au pied desquels les Espagnols trouvèrent souvent la mort (2) ; ces sauvages, disons-nous, tissaient des étoffes d'une grande beauté, fabriquaient des poteries également admirables de formes et de peintures, et se gouvernaient généralement sous leurs chefs par des institutions régulières. A la vérité, leur organisation, soit civile, soit religieuse, était moins savante que celles des nations (1) Que l'on compare, à l'aide de» relations anciennes dès historiens espa- gnols, les villages et maisons des popu- lations dites sauvages avec celles des Indiens, métis ou descendants d'Espa- gnols, en beaucoup de localités du Mexique et de l'Amérique centrale, et l'on verra que l'avantage est presque toujours pour les premiers. (2) Hans Staden, Hist. d'un pays situé dans le Nouveau-Monde, nommé Amérique en 1547 / passim. — Ulrich Schmidel, Hist. véritable d'un voyage curieux au Rio de la Plata en 1537. — Narration du premier voyage de Nicolas Federmann en 1529. — Hist. de la prov. de Santa-Cruz en 1500, par Pedro Magalhanes de Gandavo. — Oviedo, Hist* de Nicaragua. — Com- mentaires d'Alvar Nunez Cabeça de Vaca, gouverneur du Rio de la Plata en 1537. — Relations et naufrages du même dans la Floride. — Castaheda , Relation du voyage de Cibola. entre- pris en 15-50 (Coil. Ternaux). — XXII — policées du Mexique ou du Pérou; mais ils étaient bien moins sauvages que ne le sont encore aujourd'hui beaucoup de nations asiatiques ou africaines, que ne l'étaient les Celtes ou les Ger- mains nos ancêtres, il y a deux ou trois mille ans. Qu'ils aient eu des coutumes barbares, cruelles, comme de faire périr leurs captifs dans les tourments, de dévorer quelquefois leurs chairs, nous sommes loin de le contester : mais les sacrifices humains, l'anthropophagie même, ont existé parmi les nations qui nous ont précédés et dont nous sommes descendus, et, après tout, les horreurs qu'ont exercées les Espagnols en Amérique, les Anglo- Saxons aux États-Unis, les Anglais dans l'Inde, sont-elles plus excusables que celles des ïroquois ou des Caraïbes ? La conquête de l'Amérique n'a pas plus épargné les nations civilisées que les populations qu'on appelle sauvages, et la condi- tion des unes comme des autres est bien inférieure aujourd'hui à ce qu'elle était il y a trois siècles. Dans ce vaste continent, l'espace était immense, la végétation effrayante : or, la destruc- tion, fut telle qu'un demi-siècle après l'asservissement de ces races malheureuses, des forêts couvraient déjà des villes où Cortès avait été reçu par un peuple innombrable (1) ; la dispersion fut si grande, que les langues déjà nombreuses se diversifièrent à l'in- lini, chaque petit groupe d'hommes finissant par s'isoler dans les bois où il s'enfonçait, pour échapper à la fureur de ses nou- veaux maîtres ou aux maladies nouvelles importées par eux et qui moissonnaient par milliers les familles indigènes. Cet iso- lement, chez les nations incultes, tendait à produire d'abord (1) CempoaUan, la première cité où. fut reçu Cortès et qu'il trouva si belle, perdit la moitié de sa population par la petite vérole, moins de deux ans après ; elle n'existait plus à la fin du xvrsiéde. On voit dans les rôles de la population de cette époque une multi- tude de villes et de villages, cités comme fort peuplés, avec de vastes couvents, de grandes églises et dont les noms sont à peu près oubliés aujourd'hui, soit au Mexique, soit dans l'Amérique centrale. Si on cher- che, on trouve encore -parfois, sur l'emplacement désigné une ferme ou une métairie , mais le plus souvent des ruines espagnoles à deux ou trois lieues des ruines indigènes ; depuis quelques années, cependant, la popu- tion indienne est en voie d'accroisse- ment ! Voir Sahagun, Relation de la Conquista, etc. cap. 30. — Torque- mada, Monarq. lnd. lib. iv, cap. 66. — Herrera, Hist. gen. de las lndius Occid. Decad. h, lib. I0,cap. 5 — Gomara, Cronica de Nueva-Espana, etc. cnp.\02. — XXIII — l'ignorance et la faiblesse, puis, quand les distances diminuè- rent, la défiance mutuelle, la crainte et la cruauté, qu'on trouve encore dans la plupart des sauvages du nord comme dans ceux des contrées méridionales. Les provinces centrales, situées sous un ciel ardent, au sein d'une nature puissante et féconde, ainsi que les régions tempérées qui les environnent, furent celles où les conquérants s'établirent de préférence : la civilisation antique qui s'y était maintenue à travers les vicis- situdes des siècles fut remplacée par la civilisation européenne, et les ministres de l'Evangile travaillèrent au moins à nous en conserver les débris, tout en s'efforçant de combattre le fléau de la dépopulation. C'est là qu'en étudiant les traditions primitives .on croit retrouver le berceau des premiers peuples policés, et que semblent. avoir existé, de temps immémorial, les tribus in- digènes, organisées en corps de nations. Par la raison inverse des circonstances qui, il y a trois siè- cles, rendirent à la vie des forêts les peuplades semi-civilisées du nord et du sud de l'Amérique, on peut conclure des causes qui auraient contribué anciennement à réunir les tribus épar- ses dans les contrées où la civilisation américaine paraît avoir pris naissance. Dans les régions de l'Amérique centrale et du Mexique, largement ouvertes du côté du nord, mais presque sans issue vers le midi, ainsi qu'au plateau du Gundinamarca et dans la Vallée du Pérou, qui est pressée entre les Andes et la mer Pacifique, des bornes naturelles s'opposaient, pour ainsi dire, à leur dispersion illimitée et les mettaient, malgré elles, en un contact continuel : c'est dans ces parages que l'histoire américaine, longtemps mystérieuse, commence, à entr'ouvrir les pages de ses annales et nous montre des nations civilisées, exis- tant à une époque où l'Europe presque entière était encore plongée dans les ténèbres de la barbarie. C'est de l'origine de ces na- tions qu'il est parlé dans le Livre Sacré des Quiches : ce sont leurs longues migrations sur le continent américain dont il raconte les péripéties et que nous allons cherchera élucider ici à l'aide des — XXIV — autres documents que nous avons recueillis parmi les indigènes. Les principaux essaims d'hommes qui vinrent se joindre à la souche primitive de la population américaine, paraissent s'y être répandus graduellement du nord au sud et de l'est à l'ouest, ainsi que nous l'enseignent les souvenirs traditionnels de ceux dont on peut encore suivre les traces dans le passé : c'est la mar- che naturelle qu'on a observée de tout temps dans les migra- tions de. l'ancien monde et qu'aujourd'hui encore on observe dans les relations de l'Europe avec l'Amérique. Mais nous n'a- vons aucun renseignement certain sur l'ordre dans lequel leurs différents groupes se sont suivis, et les seules indications qui répandent quelque lumière sur ce sujet sont celles qu'on peut tirer des mœurs, des croyances et des traditions qu'ils appor- tèrent. Ils offrent, en effet, dans leur civilisation ou dans leur barbarie, des rapprochements divers qui nous révèlent jusqu'à un certain point leur différence d'origine, d'âge, de fortune et presque le secret de leur histoire (1). Ces essaims et ceux qui les suivent présentent ordinairement un caractère violent et fa- rouche, l'usage des sacrifices humains ou la coutume de dévorer les captifs. Ils font du courage et de la ruse la première des vertus, se plaisent à la destruction, affectent le mépris de la douleur. Mais les contrées qu'ils traversèrent ou dont ils firent la conquête renfermaient aussi d'autres populations dont le ca- ractère pacifique et religieux faisait contraste avec la violence des nouveaux-venus. Elles étaient sans doute plus anciennes, et elles possédaient des éléments de civilisation qui révèlent un état progressif. C'est à cette race antérieure, soumise plus tard ou confondue avec les guerriers du nord, mais non détruite par eux, qu'appartiendraient les nations primitives du Mexique et de l'Amérique centrale. On croit la reconnaître aussi dans les Antilles, où quelques-unes de ces tribus avaient trouvé un séjour paisible et d'où, suivant Lizana (2), elles auraient successive- (1) Moke, Histoire des peuples amé- I (2) Historia de Nuestra Senora de ricains, page 7. (Biblioth. illustrée/ | fzamal, Parle primera, cap. 3. — XXV — ment peuplé PYucatan et les contrées adjacentes. Peut-être en- core seraient-ce les mêmes qui auraient pénétré dans l'intérieur des États-Unis, et commencé ces constructions gigantesques et ces ouvrages de terrassement en forme pyramidale; dont on dé- couvre les ruines sur les bords du Mississipi et de TOhiQ. . Y aurait-il donc eu un âge primordial où les races guerriè- res ne dominaient pas encore dans le continent américain? S'il exista, il faut le reculer à de longs siècles avant le commence- ment de notre ère : c'est à cette période qu'il faudrait reporter la tradition d'un sabéisme antique dont il est question dans le Livre Sacré (1) et qu'on retrouve longtemps après dans les val- lées du Nouveau-Mexique (2). On voit naître presque simulta- nément ensuite le culte astronomique du soleil et celui du ser- pent qui répandit alors ses dogmes parmi les tribus indigènes, des sources du Mississipi à celles de J'Orénoque. L'Asie paraît le berceau de cette religion et des institutions sociales qu'elle consa- crait : mais on ne sait pas comment elle aurait pénétré en Amé- rique ; car, s'il est possible qu'elle y ait été apportée par quelque peuple émigré de l'ouest, il n'en est pas moins vrai que la plupart des traditions indigènes l'attribuent à des hommes blancs et bar- bus venus de l'est ou des grandes eaux septentrionales. Ce qui est certain, c'est qu'elle exerça sur les nations antiques de cet hémisphère une action assez puissante pour faire sortir les unes de la barbarie, et modifier les institutions des autres. Darts le nouveau . comme dans l'ancien monde, ce fut d'abord sous des formes théocratiques qu'on vit s'organiser la vie sociale. Ces tribus, différentes d'âge et d'importance, mais qui toutes semblent groupées autour des mêmes autels, avaient commencé par s'organiser en monarchies religieuses. Mais en assouplis- sant l'homme pour le rendre calme et docile, leur culte impé- rieux avait pu lui ôterde son ressort et de sa vigueur; et comme (1) Voir à ia.page 211« (2)Casianeda, Relation duvoyage de Cibola, chap. 3. Relation de la navi- gation, etc., faitepar le cap. Francisco Alarcon, page' 315 (coll. (Je Mémoires sur l'Amérique de Ternaux). — XXVI — les essaims guerriers qui se formèrent dans le nord joignaient à l'énergie des races indépendantes les avantages de la force corporelle et l'habitude des armes, le développement des groupes pacifiques fut presque toujours interrompu ou poussé dans des voies nouvelles par des invasions étrangères. Cependant une partie de cette civilisation qui, d'un côté, com- mençait à grandir, et ailleurs, peut-être, penchait vers son déclin, put survivre au choc des races. Quelques-unes des tribus con- quérantes, non moins policées que celles qui les avaient précé- dées, apportaient des institutions qui rappellent également le monde asiatique. Dans leur contact avec les vaincus, elles se transformèrent mutuellement, et des sociétés, à la fois guerrières et civilisées, naquirent de. ce mélange de populations diverses et d'éléments hétérogènes. Ainsi se développèrent les monar- chies puissantes des Chichimèques-Colhuas et des peuples de la race nahuatl dont les institutions se répandirent d'un bout à l'autre du continent occidental : car les hordes victorieuses, au lieu de conserver leurs conquêtes, s'en virent généralement chassées après un siècle ou deux de domination. Forcées alors de conti- nuer leur- émigration, les unes remontèrent au nord et à l'ouest, les autres. descendirent dans les Vastes contrées du sud et dans les vallées des Cordillères, où elles fondèrent de nouveaux États, ou bien, trouvant devant elles la solitude et l'espace, elles se dispersèrent et brisèrent les liens qui les avaient unies aupara- vant. Malgré les ténèbres qui recouvrent encore la -plus grande partie de l'histoire américaine, on discerne, cependant, plusieurs époques bien distinctes où des événements de cette nature ont dû avoir lieu et où, par suite de guerres civiles ou de nouvelles invasions septentrionales, des émigrations considérables bou- leversèrent le continent, à diverses reprises , . durant les siècles antérieurs à notre ère et dans ceux qui suivirent jusqu'à deux ou trois cents ans avant la découverte. Entre autres sujets que cette histoire présente à notre atten- tion, n'est-ce pas un phénomène bien remarquable que ces temps — XXVII — de barbarie où successivement nous trouvons plongés, dans les deux Amériques, des peuples sortis du centre, possesseurs d'insti- tutions sociales et d'une unité politique et religieuse qui au- raient dû les empêcher de se dissoudre ? Soit qu'on interroge les anciens navigateurs qui voyaient avec effroi les côtes du Bré- sil et de la Nouvelle-Angleterre habitées par des peuplades an- ' thropophages, soit qu'on pénètre, avec les voyageurs modernes, dans les forêts de l'intérieur ou dans ces plaines immenses que parcourent les hordes nomades, on n'aperçoit que tribus divisées, que clans ennemis, que bandes éparses. Les alliances se sont rompues et les croyances s'effacent chaque jour davantage; l'in- dustrie même a reculé, si ce n'est chez les peuples qui ont em- brassé la vie pastorale. La possession du cheval et du bœuf, ces deux espèces nouvelles introduites par les blancs, devait causer une sorte de progrès dans l'état matériel des nations qui sauraient se les approprier; mais ce progrès est le seul qu'on observe, et il paraît loin de compenser tout ce que le temps a fait perdre aux peuples de ce continent, depuis trois siècles qu'ils nous sont connus. Cependant, au milieu de ce désordre et de cette décadence, les vestiges dupasse ne sont pas devenus tout à fait méconnaissables : car, tout en se rompant, les races antiques n'ont pas disséminé leurs débris au hasard. A part les populations primitives et dès longtemps vaincues, dont les traces même sont pleines d'obscurité, les essaims qui traversèrent ou qui conquirent, depuis vingt siècles, les régions renfermées entre le Nouveau-Mexique et l'isthme de Panama, ne se confondent point entre eux. Des observations ré- centes, qu'on ne saurait contester, ont montré que, dans une vaste partie du Nouveau-Monde, les événements accidentels ont rarement séparé une tribu quelconque du groupe auquel la rat- tachent son origine, son langage, ses mœurs. Aussi est-il encore possible aujourd'hui de tracer assez exactement sur la carte les principales familles de peuples qui se partagent le sol dans l'une et l'autre Amérique. La plupart ne forment plus qu'un petit — xxvm — nombre de masses régulièrement échelonnées dans Tordre de leur ancienneté (1). En comparant les diverses notions recueillies par les voyageurs et les antiquaires aux documents que les races indigènes ont laissés au Mexique et dans l'Amérique cen- trale, on finit par découvrir leur âge, la marche qu'elles ont suivie, le caractère de leurs institutions et la loi générale de i leur destinée. Ainsi commence à s'éclaircir une des pages les plus mystérieuses de l'histoire humaine. Elle offre sans doute encore bien des lacunes, mais on peut du moins les mesurer. Si, dans l'Amérique du Nord, où les divisions générales ne se dessinent que d'une manière assez vague, la confusion est plus fréquente, on y découvre du moins un ordre de faits correspon- dant à celui qui se manifeste dans le Midi. Les caractères des groupes principaux sont les mêmes des deux côtés : tantôt des nations errantes dont les autels sont brisés; tantôt des hordes anthropophages qui cultivent la terre avec des mains sanglantes ; puis des ruines de cités renversées par les brusques débordements de la barbarie. Ce qui manquait le plus à l'histoire des races di- verses, c'est la mesure des temps. Or cette mesure nous est don- née d'une manière assez régulière par les chronologies conser- vées au Mexique et dans l'Yucatan, et par leur concordance avec les émigrations qu'on voit arriver dans l'Amérique centrale et les régions situées au delà de l'isthme de Darien jusqu'au Pérou. Elles offrent ainsi des termes de comparaison à l'aide desquels on verra que les indications historiques viennent se lier entre elles et se prêter un appui imprévu. (1) Alcide d'Orbigny, L'homme amé- ricain, passim. — Moke, Histoire des peuples américains, page 12.— School- craft, History of the Indians of the United States, vol. 1, passim. XXIX § II. Origine symbolique des Américains. Questions sur leur berceau. Notions de géographie phy- sique américaine. Distances de l'Asie, de l'Europe et de l'Afrique à l'Amérique. Possibilité des voyages anciens des deux premiers continents àl'autre. Dans un paragraphe d'une extrême concision, qu'on trouve rapporté dans presque tous les auteurs qui ont traité cette matière (1), les vieux chroniqueurs mexicains paraissent avoir voulu résumer en quelques lignes toute l'histoire des anciennes races américaines. Ils disaient que les habitants des pays con- quis par Gortès étaient venus successivement des terres lointaines du nord ou de Forient, en douze ou treize compagnies ou esca- dres : que les premiers avaient été les Chichimeques (2), qui vi- vaient de la chasse, abandonnés qu'ils étaient aux instincts de la vie sauvage. Qu'ensuite arrivèrent les Col huas (3), qui ensei- gnèrent aux Chichimeques à cultiver la terre, à cuire la viande et à se servir des autres choses en usage dans la vie civilisée ; enfin, que longtemps après, vinrent les Nahuas ou races mexi- caines et que ce furent eux qui changèrent la religion du pays et in- troduisirent le culte des idoles. Ils ajoutent que le père des familles nahuas était un vénérable vieillard, nommé Iztac-Mixcohuatl (4), lequel eut deux femmes : de la première, Ilan-cueitl (5), il procréa sixfds qui furent Xellma, père des Tecpanèques (6) ; Tenuch^ève (1) Gomara, Cronica, etc. cap 66. — Torquemada , Monarq. Ind. lib. 1, cap. 31. (2) Chichimèque, prononcez .tchit- chimec ; c'est le nom que les auteurs mexicains donnent généralement aux populations aborigènes les plus an- ciennes du Mexique. (3) Colhua, ou culhua, culua, de coltic, chose courbée. De là le nom de la cité de Colhuacan, qu'on traduit in- différemment, ville de la courbe, de choses recourbées (des serpents), et aussi des aïeux, de coltzin, aïeul. (4) I%1ac-Mixcohua.il , blanc serpent nébuleux. Mixcohuatl exprime le tour- billon de nuages, tornado en espa- gnol, phénomène fort commun et fort remarquable dans le Mexique et l'A- mérique centrale (Aubin, Mém. sur la peinture didactique, etc., page 54). (5) Ilan-cueitl, vieux jupon, c'est-à- dire, vieille femme, de ilantli, vieille, et de cueitl, jupon; enaguas en espa- gnol. (6) Xelhua, nom d'un de ceux qui se sauva de l'inondation, suivant le Codex Vaticanus, annoté par Rios. Tecpanè- ques se prend ici pour les populations anciennes des pays qui relevaient de Tecpantlan, nom mexicain de la ville capitale des Zoqui, dans l'Etat de Chia- pas, appelée par eux Ohcaray dans leur langue. — XXX — des Mexicains (1); Ulmecatl, père des Ulmecas ou Olmecas (2); Xicalancatl, père des Xicalancas (3); Mixtecatl, père des Mixte- cas (-4),- et Otomitl , père des Otomis (5). De la seconde femme Chimalmatl (6) il n'eut qu'un seul fils, lequel s'appela Quetzalcohuatl (7). Ces lignes que nous lisions, en quelque sorte, comme une énigme, il y a vingt ans, jettent aujourd'hui une lumière inattendue sur nos études en débrouillant le chaos de tant d'émigrations diver- ses qui ont sillonné l'Amérique, et résument avec une étonnante exactitude l'origine et la provenance des principales races qui ont peuplé cet hémisphère. Sous le nom générique de Chichi- mèques, qui a tant embarrassé les auteurs anciens et moder- nes, la tradition mexicaine admet l'ensemble des populations aborigènes du nouveau monde, et en particulier les premières peuplades qui colonisèrent ce continent à l'Origine des temps. Ainsi s'expliquent les contradictions apparentes de Sahagun, de Torquemada, etc., dans les récits relatifs à ces Ghichimèques, qu'ils représentent tantôt comme des brutes et des barbares, tantôt comme les plus civilisés des peuples anciens : en effet, si, parmi les innombrables nations désignées sous ce nom si vague, les unes s'abandonnèrent à la vie sauvage, il y en eut d'autres qui se policèrent ou surent améliorer leur con- dition sociale au contact d'une race nouvelle, désignée dans l'his- toire par le nom de Colhua; celle-ci indique à la fois une autorité paternelle et peut-être aussi le culte du soleil et du serpent. C'est cette race qui serait venue par delà les mers, directement (1) Tenuch et les Mexicains repré- sentent ici les ancêtres primitifs de la xace nahuatl, T.oltèques et autres. (2) Ulmeca, nom des anciennes popu- lations du plateau de Cholula et des pays voisins, dans l'Etat de Puebla de los Angeles. (3) Les Xicalancas avaient leur capi- tale à Xicalanco, ville située naguère à la pointe du même nom, vis-à-vis l'ilé de Carmen, entre la mer Atlanti- que et la lagune de Terminos. (4) Sous le nom de Mixlecas, on en- tend les populations de la Mixtèque et peut-être aussi les Zapotèques dans l'Etat d'Oaxaca. (5) Les Oiomt's habitaient la vallée de Mexico et s'étendaient surtout au nord et à l'ouest vers le Michoacan ; Otom- pan, aujourd'hui Otumba, fut leur ca- pitale. (6) Chimàlman , porte-bouclier, de chimalli, bouclier, et marna, porter. (7) Torquemada, Monarq. Ind. lib. i. cap. 12. — Gomara, Cronica, etc., cap. 66. . — XXXI — de l'orient, et qui aurait introduit en Amérique, neuf ou dix siècles avant l'ère chrétienne, la civilisation dont Palenqué et Mayapan présentent encore des traces si remarquables : c'est cette race dont les descendants se seraient trouvés ensuite en lutte avec des nations énergiques, signalées généralement sous le nom de Nahuas, et qui commencèrent à émigrer du nord-est longtemps avant notre ère. Toutes les traditions, toutes les his- toires et les théogonies même, l'ensemble des documents origi- naux que nous possédons en Europe ou en Amérique, dans les collections publiques ou privées, ne seraient, pour ainsi dire, que des commentaires de ce précis et la relation succincte des événements qui furent la conséquence de la dernière invasion, laquelle continua, presque sans interruption, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne jusqu'au onzième ou douzième après. D'où venaient ces races guerrières qui, durant tant d'années, fourni- rent l'émigration américaine, qui bouleversèrent plusieurs fois cet hémisphère, en le renouvelant, en changeant ou en modi- difiant ses institutions, c'est ce que nous examinerons à l'aide des traditions indigènes, après avoir exposé brièvement ce que les modernes ont pensé de la possibilité de leur passage par le nord-ouest, ainsi que les idées reçues à cet égard. Au commencement de la conquête de l'Amérique, des sys- tèmes de toute nature s'élevaient sur l'origine et l'existence des populations qui venaient de se révéler : en voyant la vie sauvage et abrutie des unes, les mœurs policées et les institu- tions sociales des autres, on se demanda plus d'une fois s'il était possible qu'elles appartinssent à une même famille et qu'el- les eussent eu le même berceau. On oubliait que dans l'ancien continent il existait plus d'un exemple semblable, et que dans des régions naguère réputées pour leur haute civilisation, l'in- vasion étrangère et la tyrannie en avaient réduit les habitants au dernier degré de l'échelle sociale. Malgré la condition avilie où l'on trouve aujourd'hui un grand nombre de tribus sur le continent américain, il y a de fortes présomptions pour ad- — XXXII — mettre qu'elles descendent de peuples dont l'intelligence comme •l'état social a dû être plus développée anciennement. Par les tra- ditions et les monuments épars en tous lieux, on reconnaît sans peine les traces d'une civilisation perdue et qui fut probablement dans les temps passés la condition normale des nations du nou- veau monde. « C'est, en effet, une question importante, dit ici Guillaume de Humboldt, de savoir si l'état sauvage qui, même en Amérique, se retrouve à différents degrés, doit être regardé comme l'aurore d'une société à naître, ou si ce ne sont pas plutôt les derniers débris d'une civilisation perdue, disparaissant au milieu des tempêtes, bouleversée et dispersée par d'effroyables catastrophes. Pour moi, ajoute l'éminent écrivain, cette dernière hypothèse me paraît la plus rapprochée de la vérité. » Voyons maintenant ce qu'à l'appui de cette opinion nous trouvons sous les symboles contenus dans le Livre Sacré. Sui- vant les traditions toltèques et mexicaines, le mérite de la civi- lisation américaine reviendrait entièrement à la race nahuatl, qui ne se serait pas moins distinguée par la supériorité de sa culture intellectuelle que par l'empreinte énergique qu'elle laissa de son- existence et de ses institutions dans toutes les nations où elle passa ou qu'elle soumit à sa domination. En supposant maintenant, avec la plupart des auteurs qui ont traité cette ma- tière, que l'Asie ait été le berceau de ces institutions, qui pré- sentent d'ailleurs avec les siennes des analogies si frappantes, on ne se refuserait que difficilement à admettre qu'il eût existé anciennement des communications entre les deux continents, à moins de prétendre que ces analogies soient le simple ré- sultat d'une identité de position, dans laquelle se trouvent les peuples à l'aurore de la civilisation. Dans le premier cas, par quelles voies ces communications lointaines se seront^elles ac- complies? Comment la culture intellectuelle se sera-t-elle con- servée en traversant les régions boréales où ils se rapprochent l'un de l'autre, si, comme on le prétend, ce passage n'a pu s'opérer que par le nord? Voilà des problèmes qui, depuis trois — xxx ni — siècles, n'ont cessé d'intéresser la science, et qui aujourd'hui up sont pas encore résolus. L'exposé que nous voulons faire ici des traditions indigènes en regard de celles que l'ancien monde a pu conserver d'une terre lointaine au delà de l'Océan Occidental, servira, sans nul doute, à éclaircir cette question : c'est ainsi seulement qu'on commencera à connaître l'histoire des antiques communications entre les deux continents. Les détails des annales des sciences ne sont utiles qu'autant qu'on les réunit par un lien commun. L'accumula- tion des faits isolés ne produirait qu'une sécheresse fatigante, si l'on ne tendait, tout en y fouillant, à quelque vue générale sur les progrès de l'intelligence et la marche de la civilisation. Ils sont la base principale de toute discussion soumise à une saine critique, et leur indication est indispensable pour faire juger le lecteur du degré de confiance que méritent les résultats obte- nus. Dans les développements qui suivent, nous tâcherons de ne pas nous étendre inutilement sur des sujets qui ont été suf- fisamment traités auparavant, nous nous bornerons à ce qui peut conduire, dans l'état actuel de nos connaissances, à de nouvelles combinaisons d'aperçus historiques, y ajoutant quel- ques notions d'histoire et de géographie physique puisées à une source sûre (1) et qui pourront, en les éclairant, devenir une mine féconde de rapprochements utiles. Lorsqu'on s'élève à des considérations générales de physique du globe et que l'on examine le relief des deux grandes masses continentales qui dépassent aujourd'hui le niveau de la surface de l'Océan, on distingue, soit leur configuration individuelle (articulation, élargissement vers le nord, terminaison pyrami- dale vers le sud à différents éloignements du pôle, abondances d'îles opposées aux côtes orientales), soit les rapports de proxi- mité ou d'éloignement entre les deux mondes. Ces circonstances (1) Humboldt, Essai sur l'histoire de la géographie du nouveau conti- nent, Paris 1837. c — XXXIV — auxquelles on lie la position géographique de quelques groupes d'îlots, interposés comme lieux de passages ou stations intermé- diaires, ont nécessairement influé sur les chances qu'ont eues les habitants des deux continents de se révéler leur existence mutuelle. Par 60° et 70° de latitude boréale, l'accroissement des masses continentales est tel, que la largeur des mers y forme quelque chose de plus que la huitième partie de la circonfé- rence du globe correspondant à ces parallèles. L'Amérique se rapproche de l'ancien continent, sur trois points, à moins de six cents lieues marines (de 20 au degré équatorial), entre l'Ecosse ou la Norwége et le Groenland oriental, entre le cap nord-ouest d'Irlande et les côtes du Labrador, entre l'Afrique et le Brésil. « La première de ces distances, dit ici Humboldt (1), n'est presque que la moitié des deux autres. Le canal de l'Atlantique entre le cap Wrath d'Ecosse et Knighton-Bay (lat. 69° 15'), au sud de Scoresby-Sound du Groenland oriental, n'a que 270 lieues de largeur, et l'Islande se trouve dans la direction de cette traversée. La vallée longitudinale de l'Atlantique qui sépare les deux grandes masses continentales, en offrant des angles saillants et rentrants qui se correspondent (du moins de 75° N. à 30° S.), s'élargit vers le parallèle de l'Espagne où, du cap Finistère à Terre-Neuve, il y a 617 lieues marines. Elle se rétrécit une seconde fois dans le voisi- nage de l'équateur, entre l'Afrique (côte du cap Roxo, près du banc des Bissagos et Sierra-Leone) et le cap San-Roque. La distance de continent à continent, dans une direction N.-E. S.-O. sur la- quelle se trouvent les îlots et écueils de Rocas, de Noronha, du Pinedo de San-Pedro et de French-Shoal, est de 510 lieues, en supposant le cap de Sierra-Leone, d'après les observations du capitaine Sabine, lg. 15° 39' 24", et le cap de San-Roque, d'après l'amiral Roussin et Givry, lg. 37° 37' 26". Le point le plus rap- proché de l'Afrique est probablement la pointe Toiro, près de Bom-Jesus (lat. 5° 7' aust.), tandis que la saillie la plus orientale (1) ld. ibid. toni. n, pag. 52. — XXXV — de ^Amérique est de 2° à 3° plus au sud, entre le rio Parahiba do Norte.et la rade de Pernambuco. » Les traversées si communes de la Méditerranée fournissent là-dessus des comparaisons faciles à saisir. Il y a de l'Ecosse au Groenland oriental (minimum de distance), comme de Gibraltar au cap Bon ; de l'Afrique au Brésil, comme de Gibraltar à Bengasi et aux côtes de Cyrénaïque. Mais le rapport de ces distances change entièrement si on se rappelle que les terres si- tuées au nord du cercle polaire, peuplées par quelques misé- rables tribus d'Esquimaux, l'immense péninsule du Groenland, les Arctic-Highlands au nord de la baie de Baffin et les terres formant les côtes septentrionales du canal de Barrovv, sont entiè rement séparées de l'Amérique continentale et Fenveloppeni vers le nord. C'est ainsi que sur une moindre échelle, la Scan- dinavie, habitée par des peuples de race germanique, enveloppe le nord-est de l'Europe et rappellerait un phénomène de confi- guration semblable, si l'isthme de Finlande, rempli de lacs, était rompu entre le golfe de ce nom et la mer Blanche. La Scandina- vie américaine, tout insulaire et circumpolaire, ayant des limites encore peu déterminées vers le nord-est et le nord-ouest, malgré les découvertes récentes de Franklin, de Mac-Glure, de/|ane et de Mac-Glintock, appartient à l'Amérique au même titre que l'Archipel de laTerre-de-Feu; elle lui appartient, comme la Nou- velle-Zemble, le Japon et Ceylan font partie de l'Asie. La direc- tion des côtes orientales de l'Amérique, depuis la Floride jus- qu'au 70° de latitude, est, malgré la vaste étendue d'une mer in- térieure, communiquant avec l'Atlantique par le détroit de Davis, si uniforme du sud-ouest au nord-est (1), que la partie la plus orien- tale du Groenland, la terre d'Edam, vue l'an 1665 (2) par les Hol- (1) Direction presque parallèle aux côtes occidentales de l'ancien continent (&■ S. 0.— N. N. E.) des caps Blanc et Bojador au cap Nord de la Norwége. (2) Si l'on voulait objecter l'incerti- tude de cette position, ajoute ici Hum- boldt, je rappellerais que le capitaine Sabine, dans son courageux voyage pour la détermination de la figure de la terre par l'observation du pendu. e. s'est avancé, en 1823, sur celte côte jusqu'à 76° de latitude, au nord de Ro- seneath-lnlet et 1° 1/2 au sud de la terre d'Edam, il se trouvait déjà par — XXXVI — landais, en latitude 77° 25' , est de 3°y plus orientale que le cap Blanc d'Afrique, et seulement de la même quantité plus occi- dentale que le cap Slyne en Irlande. Il résulte de cette direction que la région continentale de l'Amérique reste plus éloignée de l'Europe que la côte déserte du Groenland oriental : aussi la moindre distance de l'Irlande au Labrador est-elle de 54-2 lieues marines, presque d'une trentaine de lieues de plus que la dis- tance de l'Afrique au Brésil. Mais tel est le froid qui règne sur la côte orientale d'un conti- nent par les latitudes où il tombe de la neige en abondance et où dominent les vents de terre ; telle est la différence de position et l'inflexion des lignes isothermes en Amérique et en Europe, que, pour trouver une terre que l'Européen puisse habiter avec quelque agrément, il faut avancer du Labrador vers l'embou- chure du Saint-Laurent. Nous marquerons encore cette distanee (690 lieues marines) de l'Irlande au Saint-Laurent avec quelque précision, parce que l'embouchure du grand fleuve a été l'objet des premières incursions de colons islandais, plus de cinq cents ans avant les voyages de Colomb et de Cabot. Dans ces conditions de géographie physique, continue l'au- teur de1 Y Essai sur F histoire de la géographie du nouveau conti- nent, il ne s'est agi jusqu'ici que d'évaluations de distances di- rectes, non de routes que suivent les peuples à travers l'Océan, favorisés ou contrariés par les vents ou les courants, attirés et déviés par les avantages qu'offrent des îles interposées ou des stations intermédiaires. L'Islande, les Açores, les Canaries, sont les points d'arrêt qui ont joué le rôle le plus . important dans l'histoire des découvertes et de la civilisation, c'est-à-dire de la série des moyens qu'ont employés les peuples de l'Occident pour étendre la sphère de leur activité et pour entrer en rapport long. 21e 23'. Des caries plus anciennes avançaient le Groenland encore plus vers l'est , de sorte que la partie la plus orientale était sous Je méridien d'Edimbourg. (Essai sur Vhist. de la géog. du N. Continent, tom. n, note de la pag. 54). On sait que depuis les expéditions chargées de la recherche de Franklin et celle de Kane atteigni- rent presque l'extrémité du pôle. — XXXVII — avec les parties du monde qui leur étaient restées inconnues. Près de l'entrée de l'antique fleuve Ogenos, océan, les îles Fortunées furent connues aux Phéniciens et aux Hellènes, dès qu'ils ten- tèrent de dépasser les colonnes de Briarée. La découverte de l'Islande précéda celle des Açores, groupe intermédiaire par sa position en latitude, mais de quelques degrés plus occidentale que l'antique Thulé (1), dont la côte de l'est coïncide presque avec le méridien de Ténériffe. Ces îlots, jetés entre les deux continents (2), ont perdu de leur importance, depuis qu'ils n'ont plus été les avant-postes de la civilisation européenne, des points d'attente et d'espérance. Lorsque l'exploration des côtes d'Afrique et d'Amérique a été consommée, ils n'ont plus eu d'intérêt historique. Il ne leur est resté que l'avantage ma- tériel de servir de lieux de relâche et de colonisation agricole. L'étendue du continent américain est immense dans sa par- tie boréale, surtout au delà des soixantièmes degrés de latitude, où le maximum de sa largeur continentale de l'ouest à l'est, du cap du Prince-de-Galles à la terre d'Edam, ou, si l'on préfère un point déterminé avec plus de certitude astronomique par le ca- pitaine Sabine, à Roseneath-Inlet, dans le Groenland oriental, où sa largeur, disons-nous, est de 154° f, ou (3) de 148° 20'. A cette hauteur les deux mondes vers l'est de l'Asie sont telle- ment rapprochés qu'un détroit de dix-sept lieues et demie ma- (1) Dans la supposition qu'avec M. de Humboldt ou admette que l'Is- lande soit YUltima Thidé, opinion qui est aujourd'hui rejetée de beaucoup de savants. (2) Il y a de l'extrémité septentrio- nale de l'Ecosse à l'Islande 162 lieues marines ; de l'Islande à l'extrémité sud-ouest du Groenland, 240 lieues; de celte extrémité aux côtes du La- brador, 140 lieues ; à l'embouchure du Saint-Laurent,- 260 lieues; de l'Islande directement au Labrador, 380 lieues. Il y a du Portugal (embouchure du Tage) aux Açores (Saint-Michel) 247 lieues; des Açores (Corvo) à la Nou- ye le-Ecosse, 412 lieues; des Canaries (Ténériffe) au continent de l'Amérique méridionale (à l'embouchure de l'Oya- pok, dans la Guyane française, en sup- posant le fort de Gayenne, avec M.Gi- vry, à 3° 38' 35"), 820 lieues marines (Id. ibid. noie, page 57). (3) La différence de longitude de 148° 5 offre à peu près 59° 4 de moins que le maximum de la largeur de l'an- cien continent, entre les méridiens du cap Oriental (détroit de Behring) et le cap Vert d'Afrique. Celte différence se fonde sur les observations de MM. Bee- chey et Sabine. Si l'on se borne à la masse vraiment continentale depuis le cap du Prince-de-Galles (détroit de Behring) jusqu'au cap de Saint-Louis (Labrador), on trouvera 1 12° 35' (Hum- boldt, tbid. note, pag. 58). ■ xxxv m -— rines de largeur seulement les sépare (1), et que les Tchouktches d'Asie, malgré leur haine invétérée contre les Esquimaux du golfe de Kotzebue, passent quelquefois aux côtes américaines. Cette grande proximité des continents se révèle aussi dans la distri- bution géographique des végétaux. C'est surtout au nord du dé- troit de Behring que le Rhododendrum, l'Azelia procumbens, ï'Uvolaria asplenifolia, et les Liliacés de la flore alpine du Kamt- chatka, couvrent (2) le littoral américain, qui, bas et sablon- neux, jouit d'une température plus douce que la côte asiatique. Lorsqu'on considère attentivement la configuration extraordi- naire de l'Asie et cette chaîne d'îles qui, presque sans interrup- tion, se prolonge de la péninsule du Kamtchatka, par les Kou- riles, Yeso, le Japon, les Lie-ou-Kieou (Loo-Choo), Formose, les Bachis et les Babuyanes aux Philippines, du 20° au 52° de lati^ tude, on conçoit comment cette longue traînée d'îles de gran- deurs si diverses, formant avec le littoral du continent diverse- ment articulé quatre Méditerranées à plusieurs issues (3), les mers d'Okhotsk , de Taraïkaï, du Japon et de la Chine, devait exciter les peuples du continent à former des rapports de com- merce, de colonisation et de propagande religieuse avec les ha- bitants des îles opposées. L'étude plus approfondie que, grâce aux travaux d'Abel Rémusat, de Klaproth et de Siebold, et, dans ces derniers temps, de Stanislas Julien, 'de Landresse, de Léon de Rosny, etc., on a faite de l'histoire de la Chine, du Japon et de la Corée, prouve l'influence que ces rapports ont exercée sur les (1) D'après les observations faites pendant l'expédition du Blossom (Bee- chey, tom. n, page 673), la largeur du détroit de Behring est déterminée par la position du cap Est (d'Asie); latitude, 66° 3' 10"; longitude, Paris, i72° 4' 14', et, par celle du cap (américain) du Prince-de-Galles, latitude, 65° 33' 30"; longitude, 170° 19' 34". La dislance entre les deux caps est, par consé- quent, en la calculant, dans la suppo- sition de la terre sphérique, de 52° 9' 2". Cook croyait la largeur du détroit de 44 milles seulement. A peu près au milieu du canal se trouvent les lies de Sainl-Diomède (Iles de Krusenstern, 1, Rannanoff tt Fairway-Rock). Ibid. ut sup. (2) Ad. Chamisso, Bemerkungen auf der Entdeckungs Reise des Rurik, 1821, pag. 166 et 177. La hauteur qu'acquièrent les pins réunis en petites forêts dans la baie de Norton, vis-à- vis du promontoire rocailleux des Tchu- koizkoy-Noss et du golfe d'Anadyr, prouve surtout celte différence de tem- pérature entre les côtes de l'est et cel- les de l'ouest. (3) C'est la -nomenclature hydrogra- phique de M. de Fleurieu. — XXX IX — progrès de la civilisation et sur l'extension du buddhisme. Dans tout l'est et le nord de l'Asie, cette extension semble liée à l'adou- cissement des mœurs et au goût pour les lettres. Deux cent neuf ans avant notre ère, l'expédition mystique de Thzin-chi-Houang-ti parcourut la mer de l'est « pour chercher un remède qui procure l'immortalité de l'âme. » A cette occasion, trois cents couples de jeunes gens se fixèrent au Japon (1). Le caractère particulier du littoral continental, et d'une chaîne d'îles qui s'offre à la vue du navigateur, tantôt comme une longue terre brisée, tan- tôt comme des soulèvements volcaniques, suivant une même direction (S.S.O.-N.N.E.), donnerait à croire que des nations commerçantes et qui connaissaient très-anciennement l'usage de la boussole, auraient pu être conduites progressivement vers l'Amérique occidentale, par le détroit de Behring, ou par la lon- gue chaîne arquée des îles Aléoutiennes, qui joint presque les pénin- sules d'Alaska et du Kamtchatka, par le 60° de latitude. Rien ne prouve cependant jusqu'ici que , dans les temps historiques, la violence d'une tempête soit devenue le motif d'une communi- cation entre les deux continents. Des savants annonçaient, il y a déjà près de cent ans (2), que les Chinois avaient connu l'Amérique dès le cinquième siècle de notre ère et que leurs navires allaient au Fousang, situé à 20,000 li de distance de Ta-Han ; que le Fousang est la côte nord-ouest du nouveau continent, tandis que le Ta-Han désigne le Kamtchatka. Malgré les judicieuses réfutations que M. Klaproth a publiées contre cette hypothèse (3), elle s'est reproduite à plusieurs reprises sous la plume de savants estimables qui croient retrouver dans ce Vinland d'Asie (-4) plus d'un trait caractéristique désignant l'Amé- (1) Humboldt, Tableaux de la na- ture (deuxième édition), tom. î, pag. 169. (2) Deguignes, le père, dans les Mé- moires de VAcadémie des Inscrip- tions, etc., Lom. xxviii, pag. 505. (3) Recherches sur le pays de Fou- sang, mentionné dans les livres chi- nois et pris mal à propos pour une partie de l'Amérique (Nouvelles An- nales des Voyages, tom. xxi, deuxième série). (4) Cette expression est de M. de Humboldt, qui ajoute à ce propos : C'est une analogie curieuse qu'otïVe le pays des vignes de Fousang (l'Âme- ~ XL — rique (1). Si Ton peut d'ailleurs ajouter foi aux cartes des Japo- nais, leurs voyages se seraient étendus anciennement jusqu'à Java, et vers le nord jusqu'au détroit de Behring ; au sud, leurs navigations étaient longues et dirigées par des cartes marines. Ils recevaient des épiceries des Moluques à une époque fort reculée, et il y eut probablement un temps où leurs entreprises commer- ciales s'étendaient jusqu'au golfe Persique. Du côté opposé, on croit en trouver des traces jusque sur les côtes de Californie (2), et Gomara assure qu'au temps des expéditions de Gortès dans cette région, on y découvrit les débris d'un navire du Cathay (3) : il existait, du reste, une tradition constante alors parmi les popula- tions américaines^de l'océan Pacifique, que des nations lointaines venaient, auparavant d'une région d'outre-mer commercer aux ports de Coatulco et de Pechugui, dépendants du royaume de Tehuantepec. Les Wabi, .réduits aujourd'hui à quelques milliers de pêcheurs répandus sur les lagunes voisines de la ville de ce nom, disaient de leur côté y être venus par mer, du côté du sud (4), et il y aurait peut-être quelques points de comparaison à rique chinoise de Deguignes), avec le Finland des premières découvertes Scandinaves sur les côtes orientales de l'Amérique. (1) « Le Fou-Sang est l'objet d'une curieuse notice dans le Wa-kan-san taïdzon-yé. ou Grande Encyclopédie japonaise. Cette région éingmatique est située à l'est du Ta-nan-kouëh, à nne distance d'environ 20,000 li à l'est, suivant l'autorité de Tong-tien. Ce pays est à l'est de la Chine. Il y croit un grand nombre de fou-sang (hibiscus'rosa sinensis), donl les feuil- les ressemblent à l'arbre long. Ses ha- bitants possèdent une écriture et se font des vêtements avec l'écorce de l'arbre fou-sang. Ils élèvent des cerfs comme des bœufs, et se font une bois- son avec du lait. Le sol ne renferme point de 1er, mais on y trouve du cui- vre » — Uiie autre notice est consa- crée au" pays des Amazones, Nyo-mi- gok, « le royaume des femmes, » pays situé au sud-est du Grand-Océan et" à l'est du pays dû Fou-Sang. Je dois ces notes à l'obligeance de M. Léon de Rosnv, qui, outre son savant Essai sur la langue japonaise, a publié des travaux d'un grand intérêt sur le Ja- pon. J'ajouterai que les lecteurs qui voudraient établir des comparaisons entre la description japonaise du Fou- Sang et quelque région américaine trouveront d'éLonnantes analogies dans les pays décrits par Castaiïeua et Fra Marcos de Niza dans la province de Cibola (Relation du voyage de Cibola, entrepris en 1540. Coll. Teruaux). Le royaume des Amazones pourrait se retrouver dans les Etats des Natchez et de la Floride, où les femmes avaient la suprématie. On sait, du reste, que le lait n'était pas inconnu aux peuples du Mexique, qui avaient l'habitude de traire les vaches de bisons et les bi- ches privées, et en faisaient du fro- mage. (2) Hrddfovà,Amer.Antiq;,\)BLg. 233. (3) Hist. gen. de las Indias, pag. 117. — Bustamante, Annot. ad Sâ- hagun. Hist. gen., etc., post. lib. in, cap. 9. (4) Burgoa, Géogr. descript. Jiist. de la prov. de Guaxaca, etc., cap. 72, fol. 307, y cap. 75, fol. 390. — XLt — établir entre eux et les Aïno, sujets du Japon (1). Cependant, de toutes les nations asiatiques voisines de l'océan Pacifique, les plus entreprenantes étaient les Malais^ rivaux des Arabes pour le com- merce et la navigation dans la mer des Indes. Ils sont encore renommés de nos jours par l'attrait qu'ils éprouvent pour les aven- tures maritimes. On est tout étonné de voir qu'à l'époque où les Portugais pénétrèrent pour la première fois dans l'Archipel Indien, il soit fait mention de flottes malaises qui, pour le nombre et Té- tendue des vaisseaux, annoncent des puissances maritimes du pre- mier ordre. Une de ces flottes, au dire d'un écrivain instruit (2), comptait jusqu'à quatre-vingts navires, dont trente-cinq étaient des galères considérables ; une autre se composait de trois cents voiles, dont quatre-vingts étaient des jonques de quatre cents ton- neaux ; une autre enfin avait, compté cinq cents vaisseaux de tout bord, portant soixante mille hommes. Devant ces témoignages réunis, ne serait-il pas permis de conclure que, si jusqu'ici aucun fait historique n'offre l'indice d'une communication spon- tanée des peuples civilisés de l'Asie orientale avec le continent opposé, il n'en est pas moins possible qu'elle ait pu exister dans des temps antérieurs, et qu'en plus d'une occasion la tempête ait pu jeter des Japonais, des Sianpi, de la race coréenne, ou des Ma- lais sur la côte occidentale de l'Amérique (3) ? Si la grande proximité de l'Asie et de l'Amérique appartient à une zone inhospitalière et glacée, sous la latitude du Labrador, de la baie de Hudson, du lac des Esclaves et du fleuve Anadyr, les côtes des deux continents, en avançant vers le sud, se dessinent, dès le parallèle des 60es degrés, dans une direction tellement opposée et en se fuyant pour ainsi dire, que par les 30 degrés de (1) Rosny, L'île de Yéso et ses ha- bitants, dans la Revue Amer, et Orient., tom. î, pag. 177. (2) Marsden's Sumatra, p. 424, etc. (3) Le lieutenant Maury, de la ma- rine des Etats-Unis, hien connu pour les observations qu'il a faites, affirme que des marins japonais ont été sou- vent entraînés'sur les côtes de l'Améri- que; j'étais moi-même en Californie en 1850, lorsqu'une jonque japonaise, re- cueillie à 100 milles de la côte par un navire américain, fut conduite à San- Franciscoavec les hommes qui la mon- taient. — XLII — latitude sous le parallèle de Nanking et de la Nouvelle-Orléans, le littoral de la Chine est déjà éloigné de 123 degrés du littoral de la Basse-Californie, c'est-à-dire trois fois autant que l'est l'Afrique de l'Amérique méridionale. C'est là, dit encore ici Humboldt, un des caractères distinctifs de l'océan Pacifique, appelé avec raison le Grand-Océan. Son bassin n'offre pas la forme d'une vallée lon- gitudinale à angles saillants 'et rentrants qui se correspondent comme dans celui de l'Atlantique. Depuis le détroit de Behring les côtes opposées s'écartent avec une égale rapidité, celles de l'Asie étant dirigées S.O.-N.E., celles de l'Amérique S.E.-N.O. On dirait que, dans le soulèvement des deux masses continentales, il y ait eu, du côté oriental américain, une connexité de forces qui ait dé- terminé simultanément les contours des masses du nouveau con- tinent et ceux du vieux monde, tandis que, dans le bassin plus vaste de l'océan Pacifique, des causes plus indépendantes entre elles ont produit des effets entièrement dissemblables. En rattachant des vues, de géologie ou plutôt de géographie physique aux chan- ces qui se sont présentées aux races humaines d'entrer en rapport les unes avec les autres, il faut encore signaler cette zone d'îles élargie vers l'Asie, qui s'étend de l'est à l'ouest par Juan Fernan- dez, Salas et Gomez, l'île de Pâques, la métropole de Taïti, les Fidji et les Hébrides, vers la Nouvelle-Calédonie, puis, comme une circonstance bien importante (1) pour les besoins de la navigation, (1) Carte du mouvement des eaux à la surface de la mer dans le grand Océan austral, par l'amiral Duperrey, 1831. Le courant qui porte à l'est- nord-est, vers les côtes de Conception et de Valdivia, se divise, en suivant les côtes du Chili, à la fois vers le sud et le nord. C'est un point de partage analogue à ceux que l'on connaît sur les côtes occidentales d'Afrique, entre la baie de Biafra et le cap Lopez, sur les côtes du Brésil, au sud du cap San- Boque (Bennell, Invest. of the Cur- rents of the Allant. Océan, 1832, pag. 436 et 288). La branche septentrionale du courant de Chili est celle dont M. de Humboldt a fait connaître l'a- baissement extraordinaire de tempé- rature. Le thermomètre centigrade marque dans le courant 15° 7, et hors du courant, 26° 4 à 29° 7 {Relation hisl 'or i que, tom. ni, pag. 508). Comme le mouvement partiel des eaux, dans l'océan Pacifique , a exercé une in- fluence marquante sur la distribution d'une même race d'hommes et la filia- tion des idiomes (dialectes), M. de Humboldt rappelle encore ici l'exis- tence des courants vers le nord-est., observés quelquefois dans la région tropicale, même sur la limite des vents alizés du sud-est et du nord-est (Bee- chey, tom. n, pag. 676. — Meyen, Rei'se um die Erc/e auf der Princessin Luise, 1835, tom. », pag. 84-88), — XLUI — celle d'un courant qui porte entre les parallèles de 35° et de 40° Sud, du méridien de ïaïti aux côtes du Chili, dans une direction O.S.O.-E.N.E., et se trouve par conséquent opposé au courant équatorial. Si de l'océan Pacifique nous passons à l'autre, on remarquera que dans la vallée longitudinale de l'Atlantique, l'ancien conti- nent s'approche deux fois et presque à la môme distance (de 510 à 5 -42 lieues marines) des côtes du continent américain. La vallée a le minimum de largeur, dans une direction S.S.O.-N.N.E.,près de l'équateur, entre l'Afrique et le Brésil. Du cap Roxo (entre l'em- bouchure de la Gambie et les Bissagos) au cap San-Roque, il n'y a que dix lieues marines de moins que de ce dernier cap à Sierra- Leone (1). En Europe, c'est l'Irlande occidentale qui, dans le pro- montoire entre Tralee et Dingle-Bay, avoisine le plus l'extrémité S.E. du Labrador, un peu au nord de Terre-Neuve. L'Atlantique n'a, sous ce parallèle (et les deux points ont à 9' près la même lati- tude), qu'une largeur de 542 lieues (2). La différence des largeurs entre l'Europe et l'Amérique continentale du nord, entre la Guinée et l'Amérique du Sud, n'est donc, malgré l'accroissement de plus de 40 degrés de latitude, que de 94 milles de soixante au degré équatorial. Ces rapports de proximité des deux mondes changent considérablement, lorsqu'on considère comme partie de l'Amé- rique la vaste île du Groenland, dont le prolongement vers le nord- ouest, au edlà de la mer de Baffi'n et du détroit de Barrow, com- mence à peine à être connu. En effet cette contrée septentrionale semble être une dépendance naturelle du continent occidental, d'après l'identité de direction (S.O.-N.O.) de ses côtes orientales, depuis la Géorgie jusqu'à la terre d'Edam, des 30 aux 77 degrés 1/2 (1) En calculant dans l'hypothèse de la terre sphérique, il y a du cap San- Roque (latitude 5° 28' 'il" austr. ; lon- gitude, 37° 3f 26") au cap Roxo (lati- tude, 12° 20' nord; longitude, 19° 14'), 1531, 2 milles nautiques. Du cap San- Roque à Sierra-Leone (latitude, 8" 20' 55"bor.; longitude, 15" 39' 24"), 1558, 7 milles (Humboldt, Essai sur l'hisî. de la géogr. du N. Continent, tom. n, pag. 74, note 1). (2) Du promontoire d'Irlande au sud de Tralee (lat., 52" 20'; long., 12° 40') au cap Charles du Labrador (lat., 52° 11'; long., 57u 40), 1025, 7 milles (ld. ibid., n. 2). XLIV — de latitude. Le Groenland oriental, dans les terres de Scoresby, s'approche tellement de la péninsule Scandinave et du nord de l'Ecosse, que de cette dernière au cap Barclay (1° 1/2 au sud du parallèle de l'île volcanique de Jan Mayen) il n'y a que 269 iieues marines (1), ce qui est à peu près la moitié de la largeur de l'Atlantique entre l'Afrique et le Brésil. Par un vent frais et con- tinu de N.O. on franchirait cet espace en moins de quatre jours. Le rapprochement de toutes les masses continentales vers le cercle polaire arctique et au delà se révèle aussi , comme le prou- vent les recherches les plus exactes sur la géographie des plantes, dans le grand nombre des végétaux propres à l'Europe, à l'Asie et à l'Amérique boréale (2). L'Amérique du Sud et, en général, toute la portion tropicale du nouveau monde, porte un caractère différent. La grande loi de la nature reconnue par Buffon dans la disparité de la création animale qui est propre à ces régions et à l'Afrique peut s'appliquer, sous de certaines restrictions, au règne végétal. Les exceptions à la loi sont rares, mais elles existent, non- seulement dans les plantes monocotylédones, surtout dans les fa- milles des graminées et des cypéraGées (3), mais encore dans les dicotylédonées en arbres et qui ne sont pas des espèces littorales ou aquatiques (4). . (1) Cap Wreath (extrémité nord- ouest de l'Ecosse), lat. 58° 39"; long., 7° 18". — Cap Barclay, au sud de la. baie de Scoresby, lat., 69° 10"; long., 26° 4'. Distance, 807 milles nautiques (Id. ibid.). (2) Les bruyères que l'on croyait manquer à toute l'Amérique, comme au nord-est de la Sibérie, ont été trou- vées dans l'intérieur de l'île de Terre- Neuve. (3) Humboldt, De dist. geogr. plant, secundum cœli temperiem et altil. montium, 1817, pag. 61-67. (4) Comme Avicennia tormentosa, Suriana maritima , Jussiena erec- ta, etc., etc. 11 est bien remarquable sans doute, ajoute ici l'illustre écrivain, que, d'après les travaux de M. Robert Brown sur la flore du Congo, et, d'a- près les discussions de MM. Perrottet et Guillemin sur la flore du cap Vert et de'la Sénégambie, ce soient princi- palement les côtes africaines et celles du Brésil et de la Guiane qui offrent ces analogies avec l'Afrique équino- xiale. Il suffit de citer des espèces du Rio-Zahir et du Sénégal, dont les noms spécifiques mêmes indiquent le lieu où les voyageurs botanistes les ont recueillies pour la première fois : Schwenkia americana, Urena ameri- cana, Cassia occidentalisa Ximenia americana,Waltheria americana, qui est identique avec le Waltberia indica. D'autres exemples de dicotylédonées communes aux côtes équinoxiales d'A- frique et d'Amérique sont : Sida jun- cea, Pterocarpus lunatus, OEschino- mené sensitiva, Scoparia dulcis et le Dodonœa viscosa, que j'ai recueillies, continue Humboldt, au Mexique, sur le plateau de Guatiaxualo et sur les collines de pouces agglomérées près — XIV — Les courants portent du Congo à l'ouest vers le Brésil, tandis que, à l'embouchure du Sénégal et au delà jusqu'à la baie de Biafra, le mouvement des eaux est au S. et au S. E., par consé- quent entièrement contraire au transport de fruits et de graines aux côtes américaines. Ce que nous savons de l'action délétère qu'exerce l'eau de mer dans un trajet de cinq ou six cents lieues sur l'excitabilité germinative de la plupart des graines n'est, d'ailleurs, pas en faveur du système trop généralisé sur la migra- tion des végétaux au moyen de courants pélagiques. Nous ne sau- rions terminer cet aperçu de la grande vallée atlantique, au. point où elle offre le moins de largeur entre des masses de terre entiè- rement continentales, sans ajouter aux traits du tableau physique l'indication d'un petit nombre de faits, généralement négligés par les historiens modernes de l'Amérique, mais que l'éminent écri- vain que nous suivons dans cette partie de nos études a recueillis pour expliquer comment des causes, peu importantes en apparence, ont pu servir à Christophe Colomb pour lui inspirer une si grande confiance dans son premier voyage vers le nouveau continent encore inconnu. § III. Vents et courants entre l'Afrique ou l'Europe et l'Amérique. Exemples tirés des anciens. Voyages des Irlandais, des Normands en Islande et en Amérique. Recherche .du paradis terrestre. "Rêves des voyageurs à ce sujet. Légendes du moyen âge. Dans l'état moyen des mouvements de l'Atlantique, les fleuves pélagiques, que nous distinguons sous les noms un peu vagues de Gulf-Stream, de courant équinoxial, de courants du golfe de Guinée, des côtes du Brésil et d'Afrique méridionale, sont sépa- rés par des eaux tranquilles, ou stagnantes qui n'obéissent qu'à du Rio Mayo, dans le chemin de Po- payan à Paslo, tandis que M. Perrot- tet l'a trouvé au Sénégal (Essai sur l'hist. de la géogr. du nouveau conti- nent, tom. ii.pag. 77,— Robert Brown, Remarks on the botany of the Congo river, pag. 57. — Perrottet, Guillemin et Richard , Flore de la Sénégambie pag. 18, 41, 73). — XLVI l'impulsion locale des vents ; mais par la réunion fortuite des causes météorologiques, quelquefois très-éloignées, les fleuves pé- lagiques s'élargissent ou se prolongent, en inondant pour ainsi dire des espaces de mer dépourvus de mouvements de translation propre. Alors les courants de différentes dénominations commu- niquent temporairement entre eux et produisent des phénomè- nes qui ont dû surprendre à une époque où la géographie phy- sique du bassin de l'Atlantique était moins avancée. On lit, dans une Histoire des îles Canaries, de George Glas, imprimée en 1764, que, peu d'années avant la date de cette publication, un petit bâ- timent chargé de blé et destiné à passer de Lancerote à la rade de Santa-Cruz de Ténériffe, fut poussé au large par une tempête qui l'empêcha de regagner le groupe des îles d'où il s'était éloi- gné. Emporté vers l'ouest par le courant équinoxial et les vents alizés, il se vit, à deux journées de distance de la côte de Vene- zuela, hélé par un navire anglais, qui s'empressa de porter se- cours aux Canariens qui avaient survécu, et les amena au port de la Guaira (1). En 1731, un accident analogue arriva à un ba- teau chargé de vin qui faisait route de Ténériffe à la Gomera. Après avoir, durant plusieurs jours, lutté contre les vents con- traires, il aborda avec six matelots à l'île de Trinidad, où la foule avide accourut pour le voir (2). La communication établie entre le courant de l'Afrique septen- trionale, dirigé vers le sud, et le courant équinoxial, dirigé vers l'ouest, agissait ici dans un sens diamétralement opposé à celui qui, du temps de Colomb, transporta un morceau de bois artiste- ment sculpté, et que Martin Yicente, pilote du roi de Portugal, lui dit avoir trouvé à plus de quatre cents lieues du cap Saint- Vincent. Pedro Correa, beau-frère du grand navigateur, racontait avoir tiré de l'eau, près de l'île de Madère, un morceau de bois en tout semblable, ajoutant qu'il avait entendu, de la bouche (1) Glas, History of the discovery and conquest of the Canary lslands, part. v. — Vieiia, ïïist. gen. de las is- las Canarias, tom. n, page 167. (2) Gumilla*, Orinoco Ilusirado , cap. 31. — XLYII — même du roi, qu'on avait recueilli dans ces parages de gros bam- bous qui, d'un nœud à l'autre, pouvaient mesurer neuf garrafas de vin (1). Les habitants des Açores disaient que lorsque le vent soufflait de l'ouest, la mer portait sur la plage, principalement à Graciosa et à Fayal, des pins d'une espèce étrange; d'autres joi- gnaient qu'on trouva un jour, sur les sables de, File de Florès, deux cadavres d'hommes, dont la large face et la physionomie, tout autre que celle des chrétiens, indiquaient une race étran- gère. Une autre fois on vit deux canots ou almadies, à couvert mobile, remplies d'hommes dont on n'avait jamais ouï parler, et qui, chassés par le vent, passèrent d'une île à l'autre (2). Le transport de ces objets, bambous, troncs de pins, cadavres humains, bateaux remplis d'hommes vivants à faces étrangères, rejetés par les flots sur la plage des Açores, est attribué par Her- rera à l'action des vents d'ouest. Mais cette explication ne serait pas suffisante aujourd'hui : la véritable cause de ce phénomène ne peut être que le grand courant d'eau chaude, connu des ma- rins sous le nom de Gulf-Stream (3). Le vents d'ouest et du nord- ouest contribuent simplement à augmenter la vitesse moyenne de ce fleuve pélagique, à prolonger son action vers l'est, jusqu'au golfe de Biscaye, et à mêler les eaux du Gulf-Stream à celle des courants du détroit de Davis et de l'Afrique septentrionale (4). Le même mouvement océanique vers l'ouest qui portait, dans le quin- zième siècle, les bambous et les pins sur le littoral des Açores, (1) Hevrera, Hist. gênerai, decad. i, lib. I, cap. 2. L'historien des Canaries, Vieira, raconte qu'à plusieurs reprises, des fruits et des grains, provenant d'arbres indigènes aux Antilles, ont été jetés par la mer sur le rivage des îles de Fer et de la Gomera. Avant la découverte de l'Amérique, les Cana- riens regardaient ces fruits des tropi- ques comme provenant de l'île de St- Brandan. Rien ne prouve mieux les ramifications temporaires des fleuves pélagiques que le phénomène du trans- port de productions végétales des An- tilles aux côtes de Norwége, des Hé- brides, d'Irlande et des Canaries. (2) Herrera, Hist. gen.,'ûec. I, lit», i, cap. 2. Ces larges faces d'hommes morts rappellent celles des Mayas d'Yucatan. Un bateau à couvert mobile, et proba- blement dans le genre de ceux qui se virent aux Açores, fut arrêté par Co- lomb sur la côte du Honduras; c'était une grande barque qui marchait à voile et à rames, et contenant vingt- cinq Indiens d'Yucatan (Herrera, Hist. gen., dec. 1, lib. v, cap. 5. — Cogol- ludo, Hist. de Yucatan, lib. I, cap. 1). (3) Humboldt, Relation hist. ,lom. i, page 71. (4) Rennell, Investig. of the Cur- rents ofthe Atlant. Océan., page 20. — XLV11Ï — dépose annuellement en Irlande, aux Hébrides et en Norwége des graines de plantes tropicales (1), quelquefois même des ton- neaux de vin de France, parfaitement conservés, épaves de navi- res qui ont fait naufrage aux Antilles. Des barils remplis d'nuile de palmier, faisant partie d'un chargement de navires anglais naufragés au cap Lopez, sur les côtes d'Afrique, ont été recueil- lis en Ecosse, après qu'ils eurent traversé deux fois l'Atlantique, une fois de l'est à l'ouest, entre le 2e et le 12e degré de latitude, à la faveur du courant équatorial ; une autre fois de l'ouest à l'est, au moyen du Gulf-Stream, par les 45e et 55e degrés de latitude. Par les temps calmes, ce dernier courant, venant du cap Hatteras, se termine sous le méridien de la grande bande de Sargasso (Fu- cus natans), qui est placée un peu à l'ouest de Corvo; mais dès que les vents d'ouest commencent à dominer, ou que, par d'au- tres causes météorologiques, le courant élève le niveau des eaux dans le golfe du Mexique ou dans le canal de Bhhama, les îles Corvo ou Florès se trouvent enveloppées par le Gulf-Stream, qui se partage alors en deux branches, dont l'une se porte vers le nord-est, et l'autre sur le sud et le sud-est (2). L'histoire, tant ancienne que moderne, signale d'ailleurs un grand nombre de faits analogues à celui des objets transportés aux Açores, et qui durent faire une si forte impression sur l'es- prit observateur de Colomb. On sait que des Groënlandais ont été poussés souvent par les courants et les vents du nord-est vers les Orcades ; en 1 682 , on en vit un à la pointe méridionale de l'île d'Eda , qui se déroba aux poursuites lorsqu'on chercha à le prendre. Dans l'église de l'île de Burra, on conserve un canot des Esqui- maux, arrivé par une tempête (3). Dans l'histoire de Venise de (1) Le Mimosa scandens, Guilan- dina bonduc, Dolichos urens. (2) Voir le témoignage de M. Boid (Description of the Azores, page 96). Au commencement de son voyage en Amérique , Humboldt lui-même dit avoir vu la preuve que, de temps en temps, le Gulf-Stream des Açores communique avec le Courant de Gui- née ou du nord de l'Afrique, la mer ayant alors porté- sur la rade de Santa- Cruz un tronc de Cedrela odorata, couvert d'écorce et de lichens, arbre américain qui ne peut être confondu avec aucun autre, et qui, sans doute, avait été arraché de la côte du Paria ou du Honduras. (3) Wallace, An account of the Is- lands of Orkney, 1700, page 60. — XLIX — Bembo (1), on trouve l'exemple d'un bateau rempli d'indigènes américains, rencontré en 1508 par un vaisseau français qui navi- guait dans l'Océan, non loin des côtes d'Angleterre. D'autres exemples de translations involontaires ont été souvent cités à l'occasion d'un morceau célèbre des fragments historiques de Cornélius Nepos (2), sur lequel la recherche d'un passage au nord- ouest, dans la navigation de l'Inde, avait gravement fixé l'atten- tion publique au moyen âge. Humboldt, commentant ce passage, ajoute : « Pomponius Mêla, qui vivait à une époque assez rapprochée du temps de Cornélius Nepos, raconte, et Pline répète, que Metellus Celer, tandis qu'il était proconsul dans les Gaules, avait reçu en cadeau, d'un roi des Boit ou Boeti (le nom est assez incertain), et Pline le nomme roi des Suèves (3), quelques Indiens qui, chassés des mers de l'Inde par des tempêtes, avaient abordé sur les côtes de la Ger- manie. Il est inutile de discuter ici si Metellus Celer est le même qui fut préteur de Rome l'année du consulat de Cicéron, et dans la suite consul avec L. Afranius, ou si le roi germain était Ario- viste vaincu par Jules César. Ce qui est hors de doute, par la liai- son des idées qui conduisent Mêla à citer le fait, regardé comme certain, c'est que l'on croyait alors à Rome que ces hommes ba- sanés, envoyés de la Germanie dans les Gaules, étaient venus par (\) Bembo, Hist. Ven., lib. vu , page 257.' (2) Bosius, In Corn. Nep. Fragm., tom. il, page 336. — Pline, h, 67. « Idem Nepos de septentrionali cir- cuilu tradit, Quinto Metello Céleri, L. Afranii (sic Jul. Sillig. C. Atranii Sal- manl.) in consulatu collegae, sed tum Galliae proconsuli, Indos a rege Sue- vorum (ita omnes PliniiCod;) dono da- tos, qui ex India commerça causa na- vigantes tempeslatibus essent in Ger- maniam abrepti. » — Pomp. Mêla, lib. m , cap. 5, § 8 : « Ultra Çaspium sinum quidnam esset, ambigu um ali- quandiu fuit; idemne Oceanus , an Tellus infesta frigoribus, sine ambitu ac sine fine projecta. Sed praeter phy- sicos, Homerumque, qui universum orbem circumfiisum esse dixerunt , Cornélius Nepos, ut recentior, ila auc- toritate certior; lestem autem rei Q. Meiellum Celerem adjicit, eumque iia retulisse commémorât: Cum Galliae pro consule praeesset, Indos quondam a rege Boiorum (Boiorum, Bœtorum, Gelorum , inepte Lydorum., Codd.) dono sibi datos ; unde in eas terras de- venissent , requirendo cognosse , vi tempestatum ex Indicis aequoribus ab- reptos, emensosque, quae intererant, tandem in Germaniae littora exiisse. » (3) C'est à tort que Pelloyfier fait dire à Pomponius Mêla : Suevorum rex. Aucun manuscrit de Pomponius Mêla n'a la leçon Suevorum ( Voir Tzchukke, Ad Met., vol. Il, part, m, page 147). L — l'Océan qui baigne l'est et le nord de l'Asie, en faisant le tour du continent au delà de l'embouchure de la mer Caspienne. Une telle supposition était entièrement conforme aux idées géographiques de cette époque, c'est-à-dire aux fausses idées que, depuis l'expé- dition d'Alexandre, on se formait sur la communication de la mer Caspienne avec l'Océan septentrional, et que l'on substituait mal- encontreusement à celles qu'Hérodote avait recueillies à Olbia et sur les bords de l'Hypanis (1). « La mer Baltique était encore, du temps de Ptolémée, une mer ouverte à l'est; la péninsule scandinavienne était une île qui n'empêchait pas de naviguer vers l'est, à partir de l'extré- mité de la Chersonèse cimbrique et de l'ile Scandia. « Ces bou- ches sont, selon Strabon, le point le plus septentrional de la côte qui s'étend de là jusqu'à l'Inde, et auxquelles on ne peut arriver de ce pays par mer, comme l'atteste Patrocle, qui commanda dans ces contrées. » Dans un autre endroit, Strabon revient sur cette possibilité. « Le fait, dit-il, que certains navigateurs se soient rendus par mer, de l'Inde dans l'Hyrcanie, n'est pas regardé comme certain, mais que cela soit possible, Patrocle nous l'as- sure. » Strabon qui, en général, consultait peu les auteurs latins, n'avait donc aucune connaissance de ce prétendu voyage des né- gociants indiens amenés dans les Gaules. Pline, souvent très- inexact dans les notes qu'il recueillait presque en courant [adno- tabat et quidem cursim, dit son neveu), convertit la conjecture de Patrocle en un fait circonstancié (2). Les idées géographiques ayant changé toutes ces théories, surtout depuis la découverte de l'Amé- rique, « on a soulevé la question de savoir de quelle race peuvent avoir été les hommes de' couleur que le proconsul Metellus Celer a pris pour des Indiens. La supposition que ces hommes étaient (l) Humboldt, Essai sur l'hisl. de la géngr. du JV. Continent, tom. u, page 264, note 2. " • (2) 11 existe au musée du Louvre un busle en bronze antique, présentant des caractères de tète fort analogues a ceux des indigènes de l'Amérique, et un savant de grand mérite, M. Egger, croit v avoir reconnu un des Indiens dont parle Pline, et dont la tête aurait été moulée alors. des pêcheurs esquimaux du Labrador et du Groenland, jetés par les vents du nord-ouest sur les côtes britanniques, remonte jus- qu'à la première moitié du xvie siècle. L'analogie du fait non con- testé de l'arrivée de Groënlandais aux îles Orcades, semble jeter une vive lumière sur celui que nous examinons ici ; et quand on considère les nombreux exemples d'individus tombés entre les mains de barbares et traînés comme captifs de nation à nation, loin du lieu du naufrage, on trouve moins surprenant que des étrangers aient été conduits dans les Gaules, en passant des îles Britanniques en Batavie et en Germanie : mais ce qui est bien étrange, c'est que dans des événements semblables, et également énigmatiques, du moyen âge, il ne soit toujours question que des côtes germaniques. » En rapprochant ces faits de ceux qui concernent la découverte de l'Amérique, dans les temps antérieurs à Colomb, il est intéres- sant de remarquer que les premières notions que nous en donne aujourd'hui l'histoire, sont dues à des populations septentrionales ou d'origine germanique. Deux circonstances ont pu favoriser cette découverte qui coïncide avec le dixième siècle de notre ère. La première appartient encore à la géographie physique. Entre les parallèles de 58° 1/2 et de 64°, le canal de l'Atlantique, déjà très-rétréci, est parsemé de plusieurs groupes d'îles, les Orcades, les Fœroé, l'Islande, qui offrent comme une série de stations intermédiaires, et conduisent, par d'autres soulèvements volca- niques, aux côtes de l'Amérique insulaire du nord. La seconde circonstance favorable tient à l'activité et à l'esprit d'entreprise des peuples de l'Europe qui avoisinaient, au moyen âge (1), cette même région d'une mer boréale couverte d'îles, théâtre de leurs exploits. C'est à la réunion de ces causes physiques et morales qu'est due la découverte du continent occidental par les Scandinaves. Les Normands et les Arabes sont les seules nations qui, jusqu'au (1) Le précieux ouvrage du moine ' est devenu d'une haute importance Dicuil,De mensura orbis terrœ, dont pour éclairer l'histoire de ces diverses nous devons (et seulement depuis 1807) expéditions.Voir ï\nmho\dt, Essai, etc., l'édition princeps à M. Walckenaer, totn. h, page 88. LTI douzième siècle, aient partagé la gloire des grandes expédition? maritimes, le goût des aventures étranges, la passion du pillage et des conquêtes éphémères. L'histoire nous dit que les Normands ont successivement occupé l'Islande et la Neustrie, ravagé les sanctuaires de l'Italie, conquis la Pouille sur les Grecs et la Sicile sur les Sarrasins. Ce qu'elle n'a pas encore été à même de révéler, ce sont leurs expéditions en Amérique, avant le temps assigné à leurs voyages par les Sagas, ce sont les bouleversements que cette race turbulente et inquiète a dû causer dans des royaumes, dont on commence à peine à connaître les noms et dont l'existence remonte à une haute antiquité. Si l'on veut suivre avec précision la série des faits qui ont con- duit aux côtes boréales de l'Amérique, il ne faut pas oublier que, dans les îles placées entre l'Ecosse, la Norwége et le Groenland, les expéditions des missionnaires irlandais ont rivalisé avec celles des Normands. Dans le nord de l'Europe, des anachorètes chré- tiens, comme dans l'intérieur de l'Asie des religieux buddhistes, ont exploré et mis en rapport de civilisation les contrées les plus inaccessibles. L'esprit de propagande et le désir de répandre des croyances religieuses ont également préparé les voies aux invasions hostiles, comme à l'échange paisible des idées et des productions. Cette ferveur propre aux religions de l'Inde, delà Pa- lestine et de l'Arabie, si différente du polythéisme des Grecs et des Romains, a donné une physionomie particulière aux progrès de la géographie dans la première moitié du moyen âge. En com- mentant deux passages importants de Dicuil (1), Letronne a prouvé d'une manière également ingénieuse et satisfaisante que les îles Fœroé, habitées depuis une centaine d'années par des ermites sortis de Scottia (2), furent abandonnées par eux, dès l'an 725, époque de la première invasion des Scandinaves dans les îles Britanniques ; et que l'Islande a été visitée, peut-être même colo- (1 ) Recherches géographiques et cri- tiques sur le livre De mensura orbis terrœ, !8l4,pag. 129-I4fi. (2) L'Irlande porta le nom de Scot- tia jusqu'au règne de Malcolm II. — LU nisée par les irlandais en 795, c'est-à-dire soixante-cinq ans avant qu'elle le fût par les Scandinaves. Le Landnumabok, publié de nouveau dans une collection de Sagas historiques (1), rapporte textuellement que les Norwégiens trouvèrent en Islande des livres irlandais, des sonnettes et d'autres objets que les Papœ (Papar), m* hommes d'occident qui professaient la religion chrétienne, y avaient laissés, surtout dans les deux cantons de Papeya et Pa- pyli, sur la côte orientale.» Or il est constant, d'après les Sagas des Orcades (2), que ces îles étaient habitées vers la fin du neuvième siècle par deux nations, les Peti, probablement descendants des Pietés, et les Papœ (3). D'après Snorro Sturlœson, l'Ecosse même portait le nom de Pettoland. Les îles Fœroé et l'Islande devinrent des stations intermédiai- res, des points de départ pour arriver à la Scandinavie américaine. C'est ainsi que l'établissement de Carthage servit aux Tyriens pour atteindre le détroit de Gadiraet le port de Tartessus, et que Tartessus conduisit ce peuple navigateur de station en station jus- qu'à Cerné, le Gauléon (île des vaisseaux) des Carthaginois. Lorsqu'on ne peut suivre une même côte, l'agroupement et le voi- sinage des îles déterminent souvent la direction de découvertes géographiques. Celles des Scandinaves ont été exposées si souvent en diverses langues, depuis quelques années, et si victorieusement démontrées par les travaux de la Société royale des Antiquaires de Copenhague, qu'il serait superflu de les reproduire ici de nou- veau (4). Il suffit de rappeler que l'Islande, visitée, après les moi- nes irlandais, par les Peti, et par le pirate Naddoc, vers l'an 860, ne (t) Voir V Histoire d'Islande dans le Islendenga-Sagur, YHistoire des îles Fœroé dans le Fœreyinga-Saga. (2) Letronne, Additions, etc., pag. 90-93. On peut faire un rapproche- ment fort curieux entre ce nom de Papœ ou Papar et le même litre donné en plusieurs provinces mexi- caines aux prêtres du pays. On appe- lait aussi Papahua-Tlamacasque les anciens prêtres du soleil à Teotihua- can. Faudrait-il attribuer à d'anciens moines irlandais les traces de chris- tianisme et de staurolàtrie qu'on a ren- contrées depuis dans les religions amé- ricaines? (3) Papœ, pères, prêtres, religieux, probablement les clerici de Dicuil. Olassen et Povelsen affirment déjà que le Bijgde Papyle, dans le Horne- fiord, porte ce nom à cause des Pa- par, premiers prêtres irlandais (Reise durch Island, tom. n, page 124). (4) Antiquilates americanœ sive — - L1V — ■ reçut de colonie norvégienne stable qu'en 874 et que la véritable colonisation du Groenland ne remonte pas au delà de 986. On place à quelques années plus tard la découverte du Vinland, qui paraît avoir été la même région que la Nouvelle-Angleterre ; mais quoique les Scandinaves aient poussé leurs explorations au sud des Etats-Unis, aussi loin que la Caroline du Nord, les stations prin- cipales de ces intrépides navigateurs auraient été à l'embouchure du Saint-Laurent, surtout dans la baie deGaspé, en face de l'île d'An- ticosti, où l'abondance et la facilité de la pêche pouvaient les attirer. En examinant le concours de faits qui tendent à éclaircir la question d'une communication ancienne de l'Europe au continent américain, on ne saurait se mettre trop en garde contre les systèmes et les théories que cette matière féconde a enfantés, depuis trois siècles, ou renouvelés d'après les rêveries du moyen âge et des temps antérieurs : le devoir de l'historien impartial n'est pas ce- pendant de repousser entièrement ces idées, mais de les réduire à leur juste valeur par une saine critique, en cherchant à décou- vrir les vérités qu'elles pouvaient cacher. Par la liaison intime qui existe entre tout ce qui tombe sous l'empire de l'intelligence, les erreurs mêmes des âges éloignés ont coopéré souvent à la recher- che de la vérité. Lorsque Colomb, l'imagination remplie d'idées bibliques, parlait de la côte du Paria, qu'il venait de découvrir, comme du site du Paradis terrestre, où il avait trouvé les richesses du pays montagneux d'Ophir (1), ces idées, au lieu d'être le reflet d'une fausse érudition, étaient le résultat d'un système compliqué de cosmologie chrétienne, exposé par les Pères de l'Eglise et qu'on retrouve avec étonnement dans les traditions même des peuples américains. «Ceux qui placèrent le Paradis dans notre terre habi- table, dit Letronne (2), supposèrent qu'il en occupait la partie la scriptores septentrionales rerum ante- columbianarum in America, etc. Haf- niae, 1837. M. Beauvois a donné de ces écrivains et dès Sagas islandaises plusieurs analyses fort intéressantes dans divers articles qu'il a publiés dans la Revue orientale et américaine de 1858. (1) Navarrete , Colec. de documen- tas, etc., tom. i, pag. 70 et 244. (2) Mémoire lu à l'Académie des Inscriptions, etc., en 1826. Voir aussi Humboldt , Essai sur l'hist. de ta yéogr. du N. Continent, tom. m, page 119, I.V plus orientale; ils se fondaient sur l'expression des Septante : «Dieu avait planté vers l'orient un jardin délicieux. » C'est en con- séquence de ce texte que Josèphe et les premiers Pères grecs s'ac- cordèrent à mettre le Paradis vers les sources de l'Indus et du Gange. Cette opinion devint générale dans tout le moyen âge. On la retrouve dans l'anonyme de Ravenne, elle est clairement exprimée dans la carte d'André Bianco ; et c'est par suite de cette idée si répandue que Christophe Colomb, parvenu sur la côte de l'Amérique méridionale, crut toucher au Paradis terrestre (1). » Mais par suite de la difficulté qu'il y avait à découvrir le site du Paradis dans les régions connues de l'Asie, «on fit revivre, conti- nue Letronne (2), Yantichtone ou terre opposée des anciens, située dans la zone australe. Cette notion, qui se lie à celle des zones, des terres océaniennes et des antipodes par des rapports curieux à observer ; cette notion, dis-je, de Yantichtone, fut toujours, au moins depuis Platon, distinguée de celle des îles plus ou moins éloignées qu'on supposait répandues dans l'Océan. La grande terre méridionale, proprement Yantichtone, habitable comme la nôtre, dont elle est séparée par l'Océan, est admise par Aristote et Eratosthène ; Virgile, dans les Géorgiques, n'a fait que iraduire les vers de l'Hermès du philosophe alexandrin Mais ceux qui plaçaient le Paradis dans l'antichtone, pour expliquer comment il était resté inconnu depuis le déluge, n'auraient pas beaucoup gagné à cette hypothèse, s'ils n'avaient pas en même temps sup- posé innavigable la mer qui séparait cette terre de la nôtre. C'est à quoi Cosmas (Indicopleustes) a pris soin de pourvoir. Et encore ici il n'a été que l'écho d'une des opinions les plus anciennes parmi les géographes grecs. » Car une fois que l'existence des terres hyperocéaniennes eut été admise, il fallut trouver une cause qui empêchait les naviga- teurs d'y parvenir. Voss croit que les Phéniciens avaient beau- (1) Conf. Lud. Vives Ad S. Aug. | dans le savant Mémoire de Letronne. de Civitale Dei, tom. n, page 50, | (2) Ibid. — LVI — coup contribué à répandre cette opinion, pour détourner les na- vigateurs des autres nations de suivre leurs traces. Gela se peut. Mais ce qui est certain c'est qu'on voit cette opinion se montrer à presque toutes les époques. Déjà Sésostris, dans les navigations lointaines, avait été arrêté par les bas-fonds de l'Océan extérieur. Selon Pindare, la mer est innavigable au delà des Colonnes ; Euripide le dit également... Une notion aussi répandue chez les savants du paganisme ne pouvait manquer d'être adoptée par ceux des Pères qui croyaient en avoir besoin pour lever certaines difficultés d'interprétation. Saint Clément de Rome, au dired'Ori- gène et de Clément d'Alexandrie, croyait qu'il existait un Océan im- possible à traverser au delà duquel il y avait d'autres mondes ! etc. Ainsi, comme on le voit, l'opinion que nous a transmise Cosmas, ainsi que beaucoup d'autres des Pères de l'Eglise que j'ai expli- quées ailleurs, avait sa racine dans des hypothèses fort anciennes, fort répandues, presque populaires, et qui devaient leur paraître tout à fait raisonnables et concluantes (1). » On voit donc par les éclaircissements qui précèdent comment l'idée du site du Paradis terrestre avait pris naissance dans l'esprit de Colomb : « H en résulte, ajoute l'amiral lui-même, dans une de ses lettres, que les saints théologiens et les philosqphes ont eu raison de dire que le Paradis terrestre est situé à l'extrémité de l'orient, parce que c'est un lieu fort tempéré, et les terres que je viens de découvrir (les grandes Antilles) forment cette fin de l'orient. » Il répète encore une fois à la fin de sa lettre de 1498 : « J'ai dans l'esprit l'assurance que là (dans ces terres de Paria nou- vellement découvertes) est le Paradis terrestre, % celui que saint Isidore, Beda, Strabon et saint Ambroise placèrent en orient (2). Humboldt, commentant à ce sujet le poëme admirable du Dante, ajoute avec lui que « au-dessus des eaux se montre la montagne du Purgatoire, couronnée par le Paradis des bienheureux, qui est (1) Letronne, ibid, 2) Navarrete, Colec. de document., toni. i, page 24 i. — LVII — aussi la montagna brima vers laquelle Ulysse navigua d'abord de l'est à l'ouest, dietro al sol, et puis au sud, « vers l'hémisphère sans ha- bitants; » et l'on peut être surpris, ajoute-t-il (1), qu'un commen- tateur si ingénieux que M. Ginguenéait pu reconnaître dans cette montagne le Pic de Ténériffe. » Ainsi que nous le remarquions plus haut, ces idées se retrou- vent partout dans les traditions de l'Amérique ancienne comme dans celles du vieux monde. Sahagun, parlant des premières tri- bus de la race nahuatl, dit de son côté (2) : « De l'origine de cette » nation, la relation qu'en donnent les anciens est qu'ils vinrent » par mer du côté du nord, et il est certain qu'il vint quelques » vaisseaux ; de manière toutefois qu'on ne sait comment ils » étaient travaillés, sinon qu'on conjecture par une idée qu'ils » ont que tous ces naturels sortirent de sept grottes, et que ces » sept grottes sont les sept navires ou galères dans lesquelles vin- » rent les premiers qui peuplèrent cette terre, selon des conjec- » tures fort vraisemblables. Ces gens vinrent d'abord peupler » cette terre du côté de la Floride; ils vinrent en côtoyant et » débarquèrent au port de Panuco, qu'ils appellent Panco (3), ce » qui veut dire lieu où arrivèrent ceux qui passèrent l'eau. Ces » gens venaient à la recherche du Paradis terrestre et avaient » pour nom Tamoanchan, ce qui veut dire cherchons notre de- » meure, et ils s'établirent auprès des plus hautes montagnes » qu'ils trouvèrent (4), En venant vers le sud, à chercher le Pa- (1) Essai sur Vhist. de la géogra- phie, etc., tom. m, page 134. Com- ment, dit-il, une navigation de cinq mois, dans laquelle on contemple les stelle del altro polo, et où l'on voit s'abaisser jusqu'à l'horizon la constel- lation de la Grande-Ourse, pourrait- elle ne pas conduire plus loin qu'aux îles Canaries? (2) Hist. gen. de las cosas de Nueva- Espana, Prolog., page xvm. (3) Panuco, aujourd'hui village sur la rivière du même nom, l'un des af- fluents du fleuve qui se décharge au port de Tampico, dans le golfe du Mexique, et situé à huit ou neuf lieues dans l'intérieur, au-dessus de cette ville. (4) D'après le même Sahagun (lib.x, cap. 29j, ces tribus s'établirent au lieu qu'elles appelèrent Tamoanchan , au pied des montagnes qui s'élèvent vers les frontières guatémaliennes, c'est-à- dire de la chaîne des monts de Tum- bala, qui couvre les abords des ruines de Palenqué. Des allusions ont lieu fréquemment encore sur une sorte de paradis terrestre, et les commenta- teurs des livres mexicains ont cru en voir la trace dans le Tlallocan, VO- meyocan et le Tonacatepetl, dont nous parlerons plus loin. — LVIII — » radis terrestre, ils ne se trompaient certainement point,parce que » c'est l'opinion de ceux qui savent, qu'il est situé sous la ligne » équinoxiale : et en pensant que ce devait être quelque très- » haute montagne, ils ne se trompaient pas davantage, parce que, » ainsi le disent les écrivains, que le Paradis terrestre est sous la » ligne équinoxiale et que c'est une montagne fort élevée dont la » cime touche presque à la lune. Il paraît que ces gens ou leurs » ancêtres eurent quelque oracle sur cette matière, ou de Dieu ou » du démon, ou par une tradition des anciens qui de main en » main arriva jusqu'à eux. » Voilà comme on retrouve jusque chez les Américains eux-mêmes ces traditions d'un monde idéal, et aujourd'hui ils ne les ont pas encore perdues. Il est si naturel à l'homme de rêver quelque chose au delà de l'horizon visible, de supposer, en voyant la vaste étendue de l'Océan, d'autres îles, d'autres continents semblables à celui qu'il habite. Dans l'Atlantique, les groupes des Canaries et des îles Britanniques dirigeaient de préférence l'imagination vers de certains parages. On se plaisait à multiplier conjecturalement ce que l'on ne connaissait que d'une manière confuse. Au sud- ouest des colonnes d'Hercule, la difficulté de saisir avec précision le vrai nombre et la position relative des îles Fortunées donnait lieu à de vagues fictions. UAprositos de Ptolémée ne justifiait son nom (inaccessible), "que parce que c'était une terre introuvable (1) ; elle n'existait point dans le lieu où elle était indiquée aux navi- gateurs. Vers le nord, Albion et Jerne, entourés d'îles nombreuses plus petites, offrirent très-anciennement un champ aux conjectu- res, comme on le verra quand nous parlerons des mythes de la terre Cronienne. L'importance donnée à des îles qui étaient sinon la source, du moins l'entrepôt du commerce de l'étaim, les opi- nions erronées, longtemps conservées sur le gisement des côtes et la configuration de l'Europe péninsulaire, enfin l'agroupement des îles et leur disposition par série presque continue, depuis les Cas-. (1) Piol., iv, 6. — L1X — sitérides jusqu'aux Orcades, aux Shetland et aux Fœroé, donnè- rent lieu de bonne heure à des hypothèses et à des mythes adap- tés à la nature des régions boréales. Dicuil (1) et Adam de Brème, l'un du commencement du neu- vième, l'autre de la seconde moitié du onzième siècle, prouvent bien, cependant, par leurs écrits, que, dans le nord de l'Atlanti- que, le zèle religieux des missionnaires de l'Irlande et de la Frise avait fait connaître de nouvelles terres. Mais ces voyages et ces découvertes, que le prosélytisme chrétien avait produits dès la première période du moyen âge, même avant les expéditions des pirates normands sur les côtes de la France, d'autres causes pou- vaient y avoir donné lieu antérieurement, et le Thylê lointain, où les Hérules, sortant du Danemark, avaient abordé, selon Proco- pe (2), était peut-être le même que d'anciennes cartes Scandinaves placent à l'occident sur la terre américaine. Le même auteur, qui était contemporain de saint Brandan, prouve, ainsi que plusieurs autres, que les anciennes croyances aux merveilles de la mer Bri- tannique s'étaient conservées dans les lieux mêmes où le christia- nisme avait pénétré. Sous ce rapport l'ouvrage de Dicuil est un monument très-remarquable : il témoigne avec quel enthousiasme un moine, né en Irlande, dans la seconde moitié du vme siècle, étudiait Pline, Solin, Orose et les autres auteurs anciens. Les tradi- tions des Grecs et des Romains, les mythes qui* offraient un ca- ractère local, pouvaient donc se mêler dans le nord aux légendes historiques de la vie des saints. Les voyages de deux saints, de l'abbé irlandais de Gluainfert, Brandamis, etdeMacloviusousaintMalo, la persuasion répandue dans le vie siècle de l'existence d'une île des Bienheureux dans le nord-ouest de l'Europe, sont un reflet des traditions de l'antiquité sur les merveilles de la mer Cronienne. Les moines cherchaient le paradis de l'île Ima dans le mare Pigrwn et Cœnosum des Ro- (1) L'an leur de l'ouvrage De men-\de cette matière, pages 25 et 139. sura orbis terrœ. Voir Letronne, dans (2) Procop., De Bello Gothico, lib. le remarquable Mémoire qui traite |n, 15. — LX — mains, qui est leur Klebersee ou océan visqueux. Plutarque nous dépeint les îles Sacrées de la mer Cronienne, près de la Bretagne, « où règne une douce température, où Saturne, enfermé dans un antre profond, sommeille sous la garde de Briarée.» Ce tableau rap- pelle la fertilité d'Eden et les délices du Paradis (1). La première po- sition géographique assignée à l'île qui est marquée sur toutes les cartes du moyen âge, est dans le parallèle de l'Irlande et même dans une latitude plus septentrionale. Saint Brandan, avec les soixante-quinze moines qui l'accompagnent pendant sept ans, revinrent parles îles Orcades (2). On sait qu'avant ses courses il avait habité les îles Shetland. Lorsque les Arabes, après la victoire de Guadelète où périt Ro- deric, envahirent presque toute la péninsule ibérienne, il se ré- pandit une croyance populaire suivant laquelle six évêques, con- duits par l'archevêque de Porto (3), s'étaient réfugiés avec de grands trésors dans une île de la mer de l'ouest. Ils y fondèrent,dit la tradition, sept villes (4) où s'établirent des émigrés espagnols et portugais. Cette île des évêques prit le nom portugais de Septe Cibdades, nom qui a été singulièrement déformé sur les cartes du xve siècle. Les érudits y virent le reflet de cet asile que, selon Aristote et Diodore de Sicile, les Carthaginois s'étaient préparé au sein de l'Atlantique. Cette tradition, confondue avec celle des sept îles ou Antilles (5), le fut également avec l'histoire de saint Brandan qui concerne l'île des Bienheureux, et on en chercha alternativement la réalisation aux Canaries, aux Açores et enfin aux Antilles même qui en reçurent leur nom. Au milieu de tant (1) Traditions recueillies par M. de Murr, Diplom. Gesch. von Martin Behaim, page 33. (2) Johan. a Bosco, Bibliot.Floriac, page 602. (3) Letronne a rendu ce fait très- probable par l'interprétation d'un pas- sage de Solin, qui prouve que ce groupe d'iles était habité du temps des Romains (Dicuil, dans les Additions, page 134). (4) Les sept villes rappellent cu- rieusement les sept villes du pays de Cibola, dont il sera question plus loin, ainsi que les sept grottes des tradi- tions loltèques, citées dans le passage de Sahagun, et dont nous aurons oc- casion de reparler assez souvent. Les sept évêques rappellent également les sept tribus si souvent mentionnées dans les mêmes traditions, chacune avant son chef. "(h) Voir Humboldt , Essai, etc. tom. m, page 173, article AntiUia et lie des Sept-Villes. — 1X1 — ■ de traditions plus ou moins fondées sur des mythes ou sur la vé- rité, on ne saurait cependant révoquer en doute que les Basques et les peuples d'origine celtique de l'Irlande, exerçant la pêche sur des côtes lointaines, n'aient constamment rivalisé dans le nord de l'Atlantique avec les Scandinaves, et que ces derniers, au huitième siècle, n'aient même été précédés, dans le groupe des îles Fœroé et en Islande, par des navigateurs irlandais. Malgré ces preuves d'activité nautique, il ne paraît pas moins extraordi- naire de voir Madoc et ses partisans chercher des aventures en mer, en voguant vers l'ouest, laisser les côtes d'Irlande tellement au nord, qu'il ait pu aborder à une terre inconnue et inhabitée où ils virent des choses très-étranges. Il serait donc vrai que ce prince aurait évité alors les stations intermédiaires qui avaient favorisé les découvertes des Scandinaves et aurait pu pousser ses courses aventureuses jusqu'aux Etats-Unis, d'où il serait retourné, dit-on, dans le pays de Galles pour chercher de nouveaux colons. « Il serait vivement à désirer, de nos jours où la critique est sévère sans être dédaigneuse, dit judicieusement Humboldt (1), en parlant de ces voyages curieux, qu'on voulût, sur les lieux mêmes, se livrer à de nouvelles recherches et recueillir dans les traditions et les vieux chroniqueurs gallois ce qui est relatif à la disparition de Madoc ap Owen Guineth. Je ne partage aucunement le mépris avec lequel ces traditions nationales ont trop souvent été traitées: j'ai au contraire la ferme persuasion qu'avec plus d'assi- duité la découverte de faits entièrement inconnus aujourd'hui éclaircira beaucoup de ces problèmes historiques, relatifs aux na- vigations du moyen âge, aux analogies frappantes qu'offrent les traditions religieuses , les divisions du temps et les ouvrages de l'art en Amérique et dans l'est de l'Asie, aux migrations des peu- ples mexicains, à ces anciens centres de civilisation d'Aztlan, de Quivira et de la Haute-Louisiane, comme des plateaux du Cundi- namarca et du Pérou. » (1) îd. ibid., page 149. — I.X1I — §IV. Idées des indigènes de l'Amérique sur leur origine. Histoire du déluge, suivant le Codex Chimalpopoca. Antique éruption des volcans. Traditions sur les Quinamés ou Géants. Pa- trie ancienne des Américains, suivant le Livre Sacré. Au temps de là découverte de l'Amérique par Colomb, aucune contrée au nord du Rio-Gila ne présentait de traces considérables de culture intellectuelle, et, à l'exception des peuples du Nouveau- Mexique et de quelques autres nations des bords du Mississipi et de la Floride, les Européens ne découvrirent que des tribus nomades, en général peu nombreuses et bien inférieures aux races éteintes qui ont laissé, au sud des grands lacs, jusqu'aux bords même du golfe du Mexique, ces terrasses pyramidales et ces circonvallations polygones qui étonnent encore toujours les voyageurs. Nous venons de voir un peu plus haut que c'est de ces régions que les notions, conservées par Sahagun et Ixtlilxochitl, font arriver les premières peuplades de la race nahuatl, dont le caractère énergique a laissé son empreinte à toutes les nations avec qui elle fut en contact ou par lesquelles elle passa dans le cours des siècles. Les traditions écrites ou orales des peuples conquis par les Espagnols en Amérique viennent presque unani- mement à l'appui de cette observation ; mais elles proclament en même temps que leurs ancêtres étaient sortis du nord, ainsi que des contrées où le soleil se lève. Plusieurs écrivains, néanmoins, ont exprimé l'opinion que ces populations, soit nomades ou civili- sées, seraient venues du nord-ouest, en passant d'Asie en Amérique, plusieurs siècles avant notre ère (1), et les faits qu'ils signalent semblent corroborer cet avis ; d'autres encore en montrant des peuplades qui abordèrent par mer aux côtes occidentales du Mexique et du Pérou, élargissent la voie aux écrivains qui, comme Glavi- (1) Herrera, Hist. yen. de las Ind. | quemada, Monarq. Ind.,]\b. i, cap. 11 Oc, decad. i, lib. i, cap. 6. — Tor- 1 et 12. — LXIII — gero et Acosta (1), cherchent à découvrir, dans les premiers ha- bitants de l'Amérique, des Asiatiques et des Malais, aussi bien que des naturels sortis de l'Afrique. On a donc pu voir par ce qui précède que notre étude ne tend en aucune manière à présenter un système conçu à l'avance sur l'origine des Américains ; ce que nous cherchons uniquement, c'est d'éclaircir une matière encore fort obscure, et de réunir, dans un tableau d'ensemble, les traditions et les faits conservés par les indigènes, en les mettant en regard des faits corrélatifs qui se présentent dans l'histoire de l'ancien monde. Notre objet est de classer après cela les groupes les plus importants, en les accom- pagnant dans leurs migrations diverses, selon les routes qu'eux- mêmes signalent dans leurs livres et cartulaires, et qu'ils par- coururent avant de se fixer aux localités où les conquérants es- pagnols les trouvèrent au seizième siècle. En remontant dans les tables chronologiques des Mexicains, par les périodes de treize en treize ans, on trouve marqué à un signe Ce- Tecpatl, Un Silex, le récit encore fort obscur du voyage des Chichi- mèqaesfô) au pays de Tlapallan, Terre colorée, ou ffuehue- Tlapal- lan (3). Terre colorée des Anciens, dont la situation a été, depuis (1) Hist. nat. y moral de las In- dias, etc., lib. i, cap. 20. — Storia antica di Messico , lom. n, dissert. i. (2) Le nom de chichimec, suivant Beiaucurt, aurait été donné par mé- pris aux populations sauvages ou barbares, chichime étant le pluriel de chichi, chien en mexicain; de là, chichimecatl , de. chichimeca-tlacatl, homme-chien (Teatro Mexicano, tom. i, part, ii, cap. 3). D'autres font venir ce nom de la ville de Chichen, dans l'Yu- caian, d'où serait sortie une nation chichimèque pour aborder aux côtes de Tampico. Mais l'une et l'autre éty- mologie paraissent arbitraires. Veytia ajoute ailleurs qu'il serait venu d'un chef chichimèque, nommé lichen. Ce mot chichimec viendrait peut-être aussi de chichiltic, rouge , ce qui pourrait s'appliquer à toute la race indienne en général. (3) Tlapallan, de tlapalli, couleur pour peindre ou chose teinte (Molina, Vocab. de la leng. mex.). Le mot tla- palli a aussi le sens de noble, d'an- cien; tlapalli eztli , mot à mot sang de couleur, et, métaphoriquement, noblesse de sang et de famille (Mo- lina, ibid.), comme la sang re az-ul en Espagne. M. Aubin croit que le nom de Tlapallan avait un sens mystérieux et sacré comme berceau de la race antique des Chichimèques. Nous ajou- terons que c'est peut-être à cette ori- gine que faisaient allusion les onc- tions de peinture d'ocre rouge et jaune, dont les indigènes se servaient au sa- cre de leurs rois. Elliot (Polynesian Researches, tom. i, page 180) dit que les Areoisùe la Polynésie se peignaient le visage de rouge, dans leurs cérémo- nies religieuses, et qu'une tradition polynésienne, d'accord avec celle de plusieurs nations du continent améri- cain, disait que l'homme avait été créé _— LXIV — l'époque de la conquête, une source d'incertitude et d'embarras pour les auteurs qui se sont occupé de cette question. Les opinions contradictoires qu'ils ont émises à ce. sujet, donnent à penser que des contrées fort distinctes auraient été autrefois désignées de cette manière, et que les populations les plus anciennement civi- lisées de l'Amérique auraient eu pour berceau primitif une ré- gion appelée Huehue-Tlapallan, située aux latitudes les plus sep- tentrionales du continent (1). Sans chercher à nous appesantir sur une matière encore enveloppée de trop d'obscurité, nous ajoute- rons que la géographie mexicaine, contemporaine de la décou- verte, n'appliquait alors cette dénomination qu'aux provinces situées au nord de Guatemala, entre les affluents du fleuve Uzu- macinta et le Honduras (2). Aussi, de quelque manière qu'on interprète les traditions indigènes, c'est dans l'Amérique centrale qu'il faut chercher les traces de l'empire primitif qui donna nais- sance, sinon à toutes les nations antiques, au moins à la civili- sation d'un grand nombre de celles qui fleurirent sur le continent occidental. La chronologie mexicaine remontait par des séries périodiques à une antiquité fort reculée, et « un calcul très-simple pouvait leur faire trouver l'hiéroglyphe de l'année qui précédait de 5206 ou 4804 ans une époque donnée (3). » Au signe Ce-Tec- de terre rouge, araea (Ibid., page 95). Dans les ruines de Palenqué, diverses figures sont peintes en rouge brun. Les Egyptiens sur les murs des tombes royales sont aussi peints en rouge. Dans les grottes et les tombes des Hindous et des Etrusques, on retrouve plus ou moins la même chose, et, dans Ezéchiel , on parle d'hommes peints de vermillon sur les murs des temples de Babylone. Au dire de Pline (Hist. nat., xxxm, 7), Camille n'entra triomphant dans Rome qu'a- près s'être peint le visage et le corps de rouge, et l'un, des premiers actes des censeurs, au moment d'entrer en charge, était de laire peindre le visage de Jupiter avec du minium. Ajoutons que, chez nous encore, le rouge ou l'é- carlate est la couleur sacrée des pon- tifes et des princes. (1) Belancurt , Tealro Mexicano , lom. i, part, ir, cap. 4. — Veytia,#wL antigua de Mexico, lom. i? cap. 2. — Ixllilxochitl, Hist. des Chichimèques, tom.i, ch. 2. Ce dernier auteur donne le nom de Huehue-Tlapallan à la côte de Sonora, voisine de la Califor- nie. (2) Les auteurs voisins de la con- quête appellent ces contrées Tlapallan de Cortès, parce que ce conquérant y pénétra. Hibueras ou Honduras est aussi appelé Tlapallan par Ixtlilxo- chitl, Decima-tercia Relation, Horri- bles Crueldades , etc. , édit. Buéta- mante; Mexico, 1829; page 112. — Pedro de Alvarado, Seconde lettre à Cortès, en parle également sous ce nom. (3) Humboldt, Vues des Cordillères, toin. h, page 132. — Fabregat, Espo- sizione del Codice Borgia , MS. in prœf. — LXV — patl correspondait une date, antérieure de plus de trois mille ans à l'ère chrétienne, qui fixait l'arrivée des Chichimèques en Huehue-Tlapallan avec la fondation de leur empire : des écri- vains qui se sont occupé de ces annales, frappés de l'analogie qu'offrent au premier abord diverses peintures indigènes avec l'histoire mosaïque, ajoutent que cet événement eut lieu cinq cents ans environ après le déluge universel, rattachant ainsi les traditions du nouveau monde à celles de l'ancien. Mais il est cons- tant qu'on n'y trouve rien de bien précis à cet égard, le déluge dont il est parlé au Livre Sacré étant plutôt une inondation locale, accompagnée, à la vérité, d'une grande commotion des éléments, et qui se serait fait sentir à la fois dans plusieurs por- tions considérables de l'Amérique : c'est aussi de cette manière que se présentent la plupart des événements analogues qu'on lit dans presque toutes les traditions. En ce qui concerne l'Améri- que centrale, le déluge paraît appartenir à une période qui touche à de grands événements historiques dont il sera question plus loin. C'est peut-être à tort, donc, qu'on a cherché à comparer l'époque de l'inondation, ainsi que les trois ou quatre autres catastrophes mexicaines, aux quatre âges ou cataclysmes des peuples de l'Asie. Le nombre de ces périodes varie d'ailleurs dans la plupart des documents, et l'ordre dans lequel ces catastrophes se sont succé- dées y a été entièrement confondu (1) : elles semblent, du reste, avoir eu pour but de rappeler des séries de générations détruites (1) Id. ibid. Fabregat et Rios, l'un dans le commentaire du Codex Bor- gia, l'autre dans ses annotaiions au Codex du Vatican, trouvent également de la confusion dans l'ordre de ces di- verses catastrophes; mais je crois qu'el- les sont en sens inverse de l'idée qu'ils s'en étaient formée. Dans leur opinion, le déluge ou l'inondation mexicaine devrait êLre la première époque après la création de l'homme,- parce qu'ils s'imaginaient y voir une tradition cer- taine du déluge de Noé; mais l'examen attentif des documents semble partout impliquer un déluge partiel, qui aurait eu lieu un an ou deux avant ou après Y ouragan, qui est une autre des épo- ques mentionnées. Humboldt , qui donne les quatre époques d'après le Manuscrit du Vatican, s'est trompe, je crois, en expliquant les signes nu- méraux qu'il y a trouvés indiqués: se- lon lui, le chiffre 6206 ans serait la du- rée de la première, appelée Tlal-To- natiuh, soleil de la terre ; le chiffre 4804, celle de la seconde, appelée 11e- tonatiuh, soleil de feu (ailleurs Quia- tonatmh); le chiffre 4010, la durée de la troisième, Eheca-Tonatiuh , soleil de vent (ouragan-; et le chiffre 4008, celle de la dernière époque, Atonatiuii, soleil d'eau (le déluge); ce qui donne- — LXVI — ou qui, à la suite de convulsions de la nature ou de grands bou- leversements politiques, enchaînés à dessein les uns avec les autres dans les mythes religieux, se seraient éloignées vers d'au- tres climats. Dans une partie du Codex C 'himàipopoca , exclusive- ment consacrée aux mystères de la théogonie antique et de l'his- toire primitive de la race nahuatl, Y Atonatiuh, ou Soleil d'Eau, n'est présenté que comme la quatrième époque. La première est appelée Ocelo-Tonatiuh ou Soleil de Tigres et fait allusion à une famine, commencée en l'année Ce-Acatl, ou Une-Canne, au jour Nahui-Ocelotl, ou Quatre^Tigres, et qui fit périr tout le monde. Une variante qu'on trouve dans les annales historiques du même document (1), rapporte au même jour une éclipse de soleil et dit qu'alors vivaient les Qninamés, nom qu'on traduit ordinairement par celui de géants (2). Le récit de la période suivante est re- marquable à cause des détails qu'on y trouve sur la formation volcanique des montagnes : « Le troisième soleil qui se déroule, » est-il dit, du jour Nahui-Quiahuitl, Quatre-Pluie, est appelé » Quia-Tonatiuh, Soleil de Pluie, parce qu'en ce jour tomba une » pluie de pierres de sable (xaltetl). On dit que pendant que ces rait aux quatre âges l'ensemble fabu- leux de 'dix-huit mille vingt-huit ans. Je crois voir, dans le premier chiffre, une date chronologique, indiquant le nombre d'années écoulées depuis la première catastrophe jusqu'au temps où le Codex fut peint ou écrit. Or, en supposant que ceci eût eu lieu en l'an 1500 de notre ère, le soleil de la terre (peut-être le commencement de la co- lonisation de la terre mexicaine) re- monterait à 3706 ans avant noire ère; l'éruption des volcans, à l'an 3304 ; le grand ouragan, à l'an 2510, et l'inon- dation à l'an 2508. Mais je donne cette idée comme une simple hypothèse et sous toutes réserves. (1) Dans le Codex Chimalpopoca (Histoire des Soleils), les époques se suivent ainsi: Ocelo-Tonatiuh, soleil de tigre (différente du Tlal-Tonatiuh du Cod. Vat.); Eheca-Tonatiuh, soleil de vent; Quia-Tonatiuh , soleil de pluie (de feu); Atonatiuh . ou soleil «l'eau. Dans la partie historique de ce même document, la première époque est [' Atonatiuh; la seconde , Ocelo- Tonatiuh; la troisième, Quia-Tona- tiuh ; la quatrième, Eheca-Tonatiuh, et la cinquième, Ollin-Tonatiuh, soleil du mouvement, c'est-à-dire celui qui était alors en marche. (2) Quinametin, pluriel de quina- metl, en langue nahuatl ; c'est le nom générique donné à la race qui occu- pait le Mexique et l'Amérique centrale avant les Nahuas. Peut-être vient-ïl de quinan, qui ferait au pluriel qui- nanme. Le mot quinan, dit M. Aubin (Mémoire, etc.), prétérit inusité des fréquent, quiquinaca , gémir, gro- gner; quiquinatza, bramer, rifar el cavallo (Molina, Yoc. Mex.); grunir el perro (Hor. Car., Arte, etc., fol. 75). De ce même mot est dérivé le nom de Quinantzin, le seigneur bramant, l'un des plus grands rois de Tetzcuco. Les Qninamés jouent partout, dans les traditions, le même rôle que Vucub- Cakix et' ses fils, ainsi que les rois de Xibalba, comme aussi- les Géants ou CKiîrms, aux côtes du Pérou. — LXVÏÏ — » pierres se répandaient ainsi, le tetzontli (amygdaloïde poreuse) » bouillait et les rochers de couleur rouge se formaient (l). Or » c'était en l'année Ce-Tecpatl, Un-Silex; c'était le jour Nahui- » Quiahuitl et le troisième Nahui-Quiahuitl ou Quatre-pluie (2). » Or, en ce jour, les hommes furent perdus à cause de la pluie de » feu et ils furent changés en oisons, le soleil même brûla et tout » se consuma avec les maisons (3). » Ces circonstances, ainsi que celles qui viennent d'être relatées ailleurs, prouvent bien qu'il ne s'agissait pas d'époques purement allégoriques : les Quinamés, dont il est parlé fréquemment, soit sous ce nom, soit sous celui de Tzocuilloque, qu'on a traduit également parle mot géants (A), n'étaient pas non plus des êtres fictifs, quoiqu'on puisse le supposer au premier abord : par une (1) Le tetzontli, appelé par Hum- boldt amygdaloïde poreuse, est la pierre dont sont bâtis la plupart des édifices de Mexico. Suivant Busta- mante, commentateur de Sahagun, ce seraient les petits volcans qui envi- ronnent la vallée de Mexico au sud- ouest, qui auraient formé le tetzontli; et le volcan d'Axuzco, de Quauhnexac, suivant Belancnrt (Teatru Mexicano, part, i, tret. 2, cap. 4), appuyé sur les traditions de quelques vieux Indiens, aurait donné naissance à la célèbre couche de lave, appelée El Pedregal de San-Âgustin, et vomi les vastes torrents de lave qui s'étendent jusqu'à Acapulco ; ce serait encore, d'après Bustamante, le volcan du Coffre de Perote qui aurait couvert de lave toute la contrée qui s'étend au sud-est jus- qu'au golfe du" Mexique. (2) Le troisième Nahui- quiahuitl, c'est-à-dire le troisième de la treizaine commençant par Ce-Tecpatl, I. Silex. Si l'on peut s'en rapporter aux tables coordonnées par Veytia, on trouve que l'éruption de ces volcans a commencé le douzième jour du vne mois, Huei- Tozcoztli, de l'an lit Tochtli, 3e de la treizaine €e-Tecpatl, et fini le 20e jour du mois Pachtzintli, quinzième de l'année mexicaine, et qu'elle dura juste sept mois. (3) Le soleil désigne-t-il ici un prince qui aurait porté ce titre, comme on le voit ailleurs ? Le texte ajoute plus loin que tous les seigneurs périrent; on comprend ce qu'une telle éruption dut jeter d'épouvante et occasionner de destruction . Une preuve singulière de l'existence de villes antiques enseve- lies alors sous la lave, se retrouve au Pedregal de San-Agustin, ainsi nommé de la ville de ce nom qui est près de Mexico ; car, de dessous la lave qui l'entoure, sort un large ruisseau qui roule avec ses eaux des débris de po- teries et de vases de terre cuite, pro- venant indubitablement des habitations ensevelies sous les masses de lave qui coulèrent dans la vallée. Combien d'Herculanum et de Pompéia ont re- couvert les laves des volcans mexi- cains! Le Livre Sacré fait également allusion à celte catastrophe, mais il la mêle au récit du déluge (page 27); on en trouve également des traces dans les traditions péruviennes (Her- rera, Hist. g en. decad. v, lib. m, cap. 6). (4) Ce mot tzocuilloque , qu'on trouve écrit dans Ixtlilxochitl tzocuil- hioxime, par corruption ou par 'a faute du copiste, est probablement un sobriquet qui vient de tzoeuit- layoa; henchirse el cuerpo, 6 el ves- tido de mugre à de suciedad de sudor (Molina, Vocab. M ex.), se gonfler, s'é- paissir le corps ou le vêtement de crasse ou de malpropreté, de sueur ; ou bien de zo, piquer, saigner, et de cuilontia , cornet er pecado nefando (Molina, ibid.), à cause du péché con- tre naiure qu'on leur reprochait. — LXVIT1 — lecture attentive des traditions anciennes, on reconnaît encore- en eux ces nations puissantes des premiers temps qui, plusieurs siècles avant la race nahuatl, arrivèrent par mer aux provinces méridionales du Mexique (1), dont elles subjuguèrent les habi- tants, tout en leur apportant les bienfaits d'une vie policée. Ixtlilxochitl les appelle indifféremment Quinamés et Chichimè- ques, identification importante, et tout porte à croire que c'étaient les mêmes que le texte, cité plus haut% désigne sous le nom de Colhuas, d'où serait venu, à la première cité bâtie par eux, celui de Colhuacan, appelée par d'autres Nachàn (2), c'est-à-dire Cité des Tortueux, des Serpents ou des Aïeux, et que plusieurs auteurs identifient avec les ruines de Palenqué. Ainsi que les Géants que les traditions péruviennes font également aborder par mer à la côte de Manta, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne, les Qui- namés se distinguèrent par la grandeur et la solidité de leurs œuvres, plus encore que par les débordements de tout genre que leur attribuent les populations de race nahuatl : c'est donc proba- blement moins à cause de leur taille gigantesque et de leurs vices contre nature, qu'en raison de leur puissance et de la difficulté que les Nahuas eurent à les vaincre , que ceux-ci leur infïigèrent4e sobriquet méprisant de Tzocuilloque. Ce qui démontre, d'ailleurs, la haute antiquité des uns et des autres, tout en établissant comme un fait historique la période marquée par l'éruption des volcans, c'est que les Nahuas, qui n'entrèrent au Mexique que fort long- temps après les Colhuas, s'y trouvaient déjà fixés alors, et qu'au rapport d'Ixtlilxochitl (3) , ils profitèrent de l'épouvante et de la désolation que cette catastrophe répandit dans ces contrées, pour (1) Ixtlilxochitl , Sum. Rel. ap-. j sur quel fondement; Nachan signifie Ringsborough , tom. îx , suppl. — ! lieu des serpents, dans un dialecte Caria al muy noble seiîor Gonzalo J maya qu'on parle près de Palenqué. Les Fern. de Oviedo, ibid., tom. vin. — \ Tzendales appellent ce lieu Hochàn, Torquemada, Mon. /nrf., lib.i, cap. 11, qui a le même sens. Dans le dernier 12 et 13. , i siècle, il existait encore parmi les (2) Ordonez, flist, del ci do y d'e la \ Lacandousune tribu du nom de Chan tierra, etc., MS. Cet écrivain identifie ou Serpent. Colhuacan avec les ruines de Païen- j (3) Ixtlilxochitl , Hisi. des Chichi- qué, qu'il appelle Nachan, j'ignore ' mèques, lom. i, chap. 1. — LXIX — travailler à s'affranchir du joug auquel les Quinamés les avaient soumis en leur qualité d'étrangers. Cependant au milieu de l'obscurité qui environne le berceau de ces différents peuples, quelques lueurs éclatent de loin en loin dans les écrits des premiers écrivains espagnols, et viennent à l'appui des traditions indigènes. Lizana (-1), parlant des popula- tions civilisées de l'Yutacan, affirme, d'après les documents qu'il eut entre les mains, qu'elles étaient passées originairement de Haïti à Cuba, et de là à la péninsule yucatèque, ajoutant que, sui- vant l'exposé de leurs relations, elles auraient traversé des côtes d'Afrique aux Canaries, d'où elles se seraient transportées aux Antilles. Herrera, traitant la même question (2), écrit : « Un » grand nombre d'Indiens instruits disaient avoir appris de leurs Galère antique sculptée sur un rocher de l'île de Pedra, dans le Rio-Negi affluent de l'Amazone. » ancêtres que cette terre (d'Yucatan) avait été peuplée par des »• nations venues du côté de l'Orient, que Dieu avait délivrées des » autres, en leur ouvrant un chemin sur la mer. » Ordonez, com- mentant les traditions de Tzendales, cherche k établir la parenté ( <) Hist. de Nueslra Senora de fza~ mat, pan. i, cap. 3. (2) Ris t. fien.. deead, cap. 8. — LXX — des fondateurs de la monarchie « palenquéenne des Serpents (Chanes ou Colhuas) » avec les Chananéens chassés par Josué de la Palestine. Après avoir parcouru successivement les rivages de l'Afrique septentrionale, ils auraient été refoulés sur les côtes voisines des colonnes d'Hercule, d'où ils auraient cherché un refuge aux Canaries et ensuite aux Antilles (1). Sans nous arrêter de préférence à aucune de ces opinions, con- tentons-nous de citer ici un passage fort curieux du Livre Sacré des Quiches, qui semble venir à l'appui de l'origine orientale des premières tribus, en les rattachant aux peuples sabéens de l'an- cien monde: « Ils vivaient tous ensemble, est-il dit (2), et grande » était leur existence*' et leur renommée dans les contrées de » l'Orient, Alors ils ne servaient pas encore et ne soutenaient » point (les autels des dieux) : seulement ils tournaient leurs vi- » sages vers le Ciel et ils ne savaient ce qu'ils étaient venus » faire si loin. Là vivaient alors dans la joie les hommes noirs » et les hommes blancs (3) : doux était l'aspect de ces gens, doux (1) On sait combien Colomb lin- même fut surpris de lu ressemblance qu'il trouva entre les premiers indi- gènes qu'il vit à Haïti et ceux des iles Canaries qu'il venait de quitter. Un voyageur instruit trouva la même ana- logie entre les noms des personnes et des localités et ceux des Canaries (Ber- thelot, Hist. nat. des Canaries, t. i, page 23). (2) Page 209. (3) Cette diversité de couleurs est certainement fort remarquable ici; car, avec les Indiens qui rapportent cette tradition, cela faisait irois, le blanc, le noir et le rouge, ou plutôt le cuivré, qui est la leur. On sait qu'un grand nombre de traditions anciennes, tal- mudiques et autres, font allusion éga- lement à ces trois couleurs, caractères dislinctifs, suivant plusieurs,, des trois races noachiques, et au sujet desquel- les il est notoire que les Juifs avaient anciennement des croyances très-arrê- tées. Ce qu'on trouve de plus curieux à cet égard, ce sont les détails que donne le Livre apocryphe du prophète Enoch, ouvrage qui partit avoir été écrit quelque temps avant l'ère chré- tienne. Ce livre fut traduit d'un ma- nuscrit de la Bibliothèque bodléienne (d'Oxford), par Bichard Lawrence, ar- chevêque de Cashel, et imprimé à Oxford, en 1833. Nous ne pouvons nous empêcher d'en donner ici les passages suivants: « Et voila qu'une » vache surgit de la terre (ch. lxxxiv, » sect. 17, v. 2), et cette vache élait » blanche (v. 3). Après cela, une gé- » nisse surgit, et, avec elle, une autre » génisse; l'une d'elles était noire, et » l'une était rouge , etc. (v. -i). » — « Alors un de ces quatre alla aux va- i) ches blanches, et leur enseigna un » mystère. Tandis que la vache trem- » blait, il naquit et devint un homme, » et il se bâtit un grand vaisseau. Il » demeura dedans et trois femmes de- » meurèrent avec lui dans ce vaisseau, » qui les couvrit (chap.Lxxxvni, v.l).» Après cela, vient en substance le récit du déluge; puis l'allégorie continue: « Le vaisseau resta sur la terre; les » ténèbres s'éloignèrent et il se fit de » la lumière (v. 11). Alors, la vache » blanche, qui étaitdevenue un homme, » sortit du vaisseau, et les trois vaches » allèrent avec lui (v. 12). L'une des — l.X XI — » le langage de ces peuples Or tous n'avaient qu'une seule ■ langue ; ils n'invoquaient encore ni le bois ni la pierre ; ils ne » se souvenaient que de la parole du Créateur et Formateur, du » Cœur du ciel, du Cœur de la terre. Ils parlaient, en méditant » sur ce qui cachait le lever du jour, et remplis de la parole sacrée, » remplis d'amour, d'obéissance et de crainte, ils faisaient leurs ■ prières, puis levant les yeux au ciel, ils demandaient des filles » et des fils. » Le texte du Livre Sacré, en rapportant cette tradition, indique constamment l'Orient. Cependant, il est bon d'observer qu'à l'é- poque oiil'écrivain la consignait dans ces antiques annales, l'Orient pouvait être ailleurs qu'en Afrique relativement à celui qui les rédigeait. Quoi qu'il en soit, elle remonte évidemment à un temps fort ancien : remarquons ici que le verset qui le précède énonce que le peuple qui en est l'objet aurait été chassé de l'Orient par des nations* nomades qu'il avait insultées, ce qui ajouterait sans nul doute quelque poids à l'opinion d'Ordonez, citée plus haut. Est-ce la présence de ce peuple qui aurait développé les germes de la civilisation qu'on voit naître en Amérique, ainsi que le culte du soleil, identifié dans quelques contrées avec le culte de l'Ara, ailleurs avec celui du Serpent, et qui répandit ses dogmes dans un si grand nombre de contrées ? Malgré la distance et l'in- tervalle des mers, c'est vers l'Asie qu'on tourne involontairement, les regards, en voyant l'Orient si clairement indiqué dans les sou- venirs primitifs dis Américains, c'esten Asie qu'on cherche le ber- ceau de cette religion et des institutions sociales qu'elle consacrait. Aussi est-ce de laque la plupart des écrivains qui ont traité cette matière font venir par des routes plus ou moins directes les pre- miers législateurs de l'antiquité américaine. Cependant, il est bien difficile aujourd'hui de discerner les dogmes qu'enseignèrent les Colhuas ou leurs prédécesseurs de ceux qu'apportèrent les chefs trois vaches était blanche, ressem- I » d'elles était noire: et la vache bJan- » blant à colle vache-là ; l'une d'elles » che le laissa (v, 13). » 1 était rouge comme du sang, et l'une I LXX11 de la race nahuatl, et c'est avec peine que Ton parvient à faire sortir quelque clarté de cet antique chaos. § v. Premiers mythes nahuas. Arrivée des Toltèques. Leur caractère septentrional. Ils parais- sent de la Floride à Panuco. L'empire primitif de Xibalba. Second cataclysme, ouragan et inondation. Traditions sur l'existence première des Nahuas et sur Tamoanchan. Voya- ges de Votan. Notions sur les divers Tula. A l'époque de la conquête, on conservait encore à Xicalanco et dans les régions voisines (1) la tradition des vingt chefs qui avaient abordé dans plusieurs navires, venant de l'Est, avec une colonie nombreuse d'étrangers, ayant à leur tête celui qu'on appe- lait tantôt Quetzalcohuatl, Cuculcan ou Gucumatz, suivant l'idio- me où ce nom est énoncé (2). Ces vingt sont ceux dont les noms furent depuis placés dans les divers calendriers du Mexique et de l'Amérique centrale, et c'est d'après eux ou d'après les signes qui les distinguaient, que furent marqués les vingt jours du mois nahuatl ou toltèque, universellement suivi dans ces contrées. Dans plusieurs de ces calendriers, le personnage placé le premier est ordinairement Imox , regardé comme le père de la race indi- gène, vénéré dans l'arbre Ceiba (3), que l'on continue à encenser encore de notre temps, qu'on orne de fleurs à certains jours de fête et à l'ombre duquel se font aussi quelquefois les élections d'alcades. Or Imox est le même que le Cipactli du calendrier mexicain'; il est représenté par le même signe, traduit par Espa- (1) Las Casas, Hist. apol. de las planté au milieu de la place, devant Ind. occid., tom. m, cap. 124 (2) Quetzalcohuatl , en langue na- huatl signifie Serpent (recouvert) de plumes de quetzal (vertes et azur), serpent empanaché ou orné d'une ai- grette de plumes. Le même mot en langue maya est Cuculcan; en tzen- dal, Cuchulchan, et, en quiche, Gucu- matz. (3) Nu nez de la Vega, Constit. dio- ces. del obispado de Chiappas, prae- ambul., n. 33. Dans chaque localité, j suiv.) on von encore généralement un ceiln l'église ou la municipalité; c'est encore aujourd'hui l'arbre sacré des Améri- cains, comme l'arbre bo à Ceylan et en d'autres endroits de l'Inde, où il est consacré à Buddha ; comme l'arbre toujours verd qui existait jadis près du temple de la vieille Upsala, en Suède, et comme il y en a. encore en Norwége (Holmboe, "Traces du bud- dhùme en Norwége avant l'introduc- tion du christianisme , pag. 46 et — LXX111 — darte en espagnol , c'est-à-dire par une sorte de serpent ou de monstre marin (1). Ce mythe est suivi de celui d'/#,en mexicain Ehecatl, l'un et l'autre signifiant également le souffle, le vent ou l'esprit ; puis vient Votan, dont le nom se retrouve souvent entre les traditions tzendales et celles du pays d'Oaxaca. Dans le mexi- cain, c'est le signe Calli, maison, à côté duquel vient se placer, dans les anciennes peintures (2), le symbole de Quetzalcohuatl, personnage moitié historique et moitié mythique, auquel se rat- tachent les notions primitives des peuples de race nahuatl, con- temporaine des Colhuas, Ghanes ou Serpents en Amérique, si l'on en croit Ordonez (3). Ce qui paraît certain c'est que cette race, personnifiée dans les vingt chefs dont nous venons de parler et dont Quetzalcohuatl aurait été le principal, arriva du nord-est : elle aborda pour la première fois à Panuco, port intérieur situé sur la rivière du même nom, à quelques lieues plus haut que son embouchure sur le golfe du Mexique (-4) . La description que nous en a laissée Torquemada mérite d'avoir ici sa place tout entière. «Ces gens, » dit-il (5), étaient des hommes de bonne apparence et bien vêtus » d'habits longs d'étoffe noire, comme des soutanes de prêtres, » ouverts par devant ; mais sans capuchons, au col échancré, les » manches courtes et larges et qui n'arrivaient pas aux coudes, » comme ces vêtements dont les indigènes usent encore aujour- » d'hui dans leurs ballets, en imitation de cette nation. Ces gens » passèrent, en avant de Panuco, usant de bonnes manières, sans (1) Ne serait-ce pas le Cipactli ou Imox, qu'on voit représenté sur le beau vase rapporté du Pérou, que nous montra le savant conservateur du Mu- sée américain? M. de Longpérier en a fait l'acquisition pour le compte de ce Musée; mais on regrette de ne pas l'y voir non plus que les autres beaux vases péruviens, etc. Les scènes cu- rieuses, peintes sur ce vase, parais- sent appartenir à l'ordre des faits que nous traitons ici; on y trouve, entre autres choses, le signe de l'eau, aÛ, figuré deux fois. (2) Fabrégat , Esposizione del Co- dice Borgia, manuscrit de ma collec- tion. (3) Hist. del cielo y de la tierra, etc., MS. de ma collection. (4) La rivière de Panuco est un af- fluent du fleuve de Tampico, fort rap- proché de son embouchure ; celui-ci entre dans la mer auprès du port de Tampico, qui est situé au nord de la Véra-Cruz. (5) Torquemada, Monarq. lnd„ 1. in, cap. 7. — LXXIV — » aucune occasion de guerre ni de combat, et venant d'étape en » étape jusqu'à Tullan (1), où ils furent reçus et hébergés des na- » turels de cette province qui les accueillirent de fort bonne » grâce, parce que c'étaient des gens parfaitement entendus, ha- » biles, de beaucoup d'ordre et d'industrie : ils travaillaient l'or ^> et l'argent, étaient de grands artistes en tout art, grands lapi- » daires par-dessus tout, autant dans ces choses délicates que » pour produire d'autres industries par rapport à la sustentation » de l'homme, pour travailler et rompre la terre. En sorte qu'à » cause de leur bon gouvernement, de leurs grandes industries » et habiletés, ils reçurent un fort bon accueil, et partout où ils » arrivaient on les tenait j en grande estime, leur faisant beau- » coup d'honneur. Mais cette nation, on ne sait pas d'où elle » avait pu venir, ajoute Torquemada, parce que de cela il n'y a » d'autre notion que celle que nous avons dite d'abord, qu'ils vin- » rent débarquer en la province de Panuco. Quelques-uns préten- » dent que ce seraient des Romains ou des Carthaginois, que des » tempêtes et des vents contraires auraient poussés à quelque » côte vers le Nord, et qui, n'ayant pas trouvé le moyen de s'en » retourner par une mer si vaste, se seraient aventurés à cher- » cher à l'intérieur du pays. D'autres prétendaient que ce seraient » des Irlandais (2)...., et la raison qu'ils donnent pour que ce » soient des Irlandais, c'est Qu'ils se rayaient le visage comme ». ceux-ci et qu'ils mangeaient de la chair humaine (3), qu'ils (1) Jusqu'à la province où depuis s'éleva Tulan. La diversité des per- sonnages qui portèrent le nom de Quelzalcohuatl cause ici quelque dif- ficulté; mais il est bien probable, et le texte en suivant l'indique bien, que cette description de la nation toltèque et de son arrivée se rapporte évidem- ment à la race nahuatl, lors de sa première apparition au Mexique. (2) 11 ne manque pas de légendes ou de traditions sur le passage des lande ancienne avait été colonisée par des Phéniciens. Un saint irlandais nommé Vigile, vivant au vme siècle, accusé près du pape Zacharie d'avoir enseigné des hérésies au sujet des an- tipodes, lui écrivit d'abord, et ensuite alla en personne se justifier à Rome, où il prouva que les Irlandais com- muniquaient habituellement avec un monde transatlantique. : (3) Strabon {Géogr., lib. îv) appelle les habitants de l'Angleterre et de l'Ir- Irlandais en Amérique et sur leurs I lande des Mangeurs d'hommes, et communications habituelles avec le saint Jérôme écrit (Contra Jovin ion,, nouveau monde, bien des siècles avant lib. n) qu'étant jeune homme, il vil Colomb, On doit se souvenir que l'Ir- I un Ecossais manger de la chair lui- — LXXV — v étaient d'ailleurs rapprochés des îles où Ton jpèche la morue » (Bacallaos ou Terre-Neuve), et qu'il n'y a là qu'un détroit fort » restreint (celui de Belle-Isle) par où ils pussent passer et s'en » venir. » Peiuture antique à Chichen-Itza, dans l'Yucatan. Un peu plus bas l'auteur ajoute que leur chef était un person- nage considérable du nom de Quetzalcohuatl, homme de bonne Peinture antique à Chichen-Itza, dans l'Yucatan. mine, rond de visage, blanc et barbu, aux cheveux longs et noirs, suivant Las Casas (1), blonds au dire de Torquemada, et dont la mairie; il ajoute que les parties du corps que les Hiberniens aimaient le plus manger, étaient le postérieur des bergers et les seins des femmes. Au dire de Strabon et de Solin., les Mes- sagèies avaient la même coutume (Géogr., lib. iv et vu, et Solin, n. 25 et 26). Il ne manque pas d'autres exemples de peuples anthropopbages en Asie ei en Europe, d'où très-pro- bablement ce vice abominable peut être passé en Amérique. (1) Hist. apolog., etc., tom. m, cap. 124. Torquemada, qui générale- ment conserve peu d'ordre dans ses récits, confond probablement le por- trait de deux des personnages les plus célèbres connus sous le nom de Quet- zalcobuatl; le premier, d'un caractère plus ou moins mythique et le prolo- — LXXVI — robe noire était parsemée de petites croix de couleur rouge (1). Or, si Quetzalcohuatl est le même que Votan, « ceux qui ont étu- » dié l'histoire des peuples Scandinaves dans les temps héroï- » ques » seront moins frappés peut-être que ne le fut Hum- boldt (2)', « de trouver au Mexique un nom qui rappelle celui » de Wodan ou Odin, qui régna parmi les Scythes et dont la race, »■ d'après l'assertion remarquable de Beda (3), a donné des rois » à un si grand nombre de peuples. » Ce nom se retrouve en ef- fet d'une manière bien plus complète et plus significative dans celui à'Odon, qui est en tête du calendrier toltèque au Michoa- can (4), et dans celui ftOton, dieu et chef primitif des Otomis, qui, ainsi que les Oton-Chichimèques, tiraient de lui leur nom (5) : ajoutez qu'avec Odon ou Oton, les Tarascas adoraient aussi un autre dieu, dontfils prenaient leur appellation, Tor-as, qui emporte également, ainsi que le Teutl des Mexicains, un souvenir de l'Eu- rope septentrionale : mais Toras avait en outre le nom de Mixco- huatl (6), Serpent-Nébuleux, ou à'Iztac-Mixco/iuatl, le Blanc Ser- pent-Nébuleux, qui peut-être ferait allusion à la contrée septen- trionale et nébuleuse dont il serait sorti (7). De sa femme Ilan- cueitl, ainsi que nous le remarquons plus haut, il avait eu six lils, pères d'autant de races, et un septième d'une autre femme : Oton ou Otomitl et Quetzalcohuatl étaient de ce nombre. Cela voudrait-il dire que ces six nations fussent sœurs dans un sens type des autres, et celui qui fut roi à Tollan vers le ixe siècle de noire ère; les légendes qui concernent l'un et l'autre sont, d'ailleurs, fréquemment confondues. (1) Id. ibid. ' (2) Vues des Cordillères, etc., t. i, pag. 208. (3) Beda, Hisl. Ecclesias., lib. i, cap. 15. (4) Veyiia, Hist. antig. de Mexico, tom. i, cap. 12. (5) Sahagun, Hist.. de las cosas de Nueva-Espana, lib. x,. cap. 29, § 4, 5,11. (6) Id. ibid. (1) Le nom de Mixcohuall est ap pliqué au tourbillon de nuages, tor- nado, phénomène commun au Mexi- que, et peut-être aussi à ce vent vio- lent des mers des Antilles, nommé ou- ragan, du mot espagnol huracan, qui, lui-même, vient de hurakan, sous lequel les indigènes de ces contrées désignaient ces ouragans formidables qu'ils regardaient comme l'expression delà puissance divine, et ils n'avaient pas tort. Or, il est à remarquer ici, comme on le verra tout a l'heure, que c'estàlasuitedu grand ouragan, signalé comme la quatrième époque de la na- ture, que les Nahuas commencèrent à s'étendre dans le Mexique et que les pères des sept familles de cette race sont nommés fils de Mixcohuatl. Est-ce parce qu'ils vinrentd'un pays nébuleux ou parce qu'ils ne commencèrent à s'étendre qu'à la suite les peintures antiques (3). Quoiqu'ils fussent venus ensemble, » ils ne restèrent pas, toutefois, avec le reste du peuple en Ta- » moanchan : mais ils y laissèrent les autres, et ils s'en retour- » nèrent pour se rembarquer,' emportant avec eux toutes les » peintures qui avaient trait aux rites et aux offices mécaniques. (i) Codex Chimalpopoca, dans YHist. des Soleils. Peut-être trouve- rait-on dès le berceau de la race na- huatl en Amérique l'origine des dis- sensions et des schismes qui existèrent entre les deux grandes sec^s de la religion toltèque, personnifiées dans Quetzalcohuatl et Tetzcatlipoca, qui tout en se revêtant parfois des symboles l'un de l'autre, représentent cependant deux ordres d'idées distinctes. Hun- Ahpu-Utïu, le meurtrier d'Utïu, qui est bien le même que Cipactonal, est représenté souvent comme un serpent engloutissant le symbole de Quelzaico- huatl. Il pouvait y avoir d'autres cau- ses à ces antiques dissensions. Le nom de Chimalman donné à la mère de Quetzalcohuatl indique assez une autre race, peut-être le produit d'une pre- mière colonisation unie aux femmes du pays. Ailleurs il est dit que Quetzalco- huatl fut le père et le chef des Cbichi- mèques (RiosinCod. Vat.). Une autre tradition énonce que le nom de Chi- chimèque vient de Chichen (ville de l'Yucatan), fondée par un Queizalco- huatI. (2) Hist- gen. deN. Espaiia, lib. x, cap. 29. (3) Amoxoaque, pluriel û'amoxoac, celui du livre, en langue nahuall. — LXXXVI1 — » Cependant, avant de partir, ils firent à ceux qui restaient le » discours suivant : « Sachez que le Seigneur notre Dieu vous » commande de demeurer dans ces terres dont il vous rend les » maîtres et qu'il vous donne en possession. Pour lui, il s'en re- » tourne d'où il est venu, et nous autres nous l'accompagnons : » mais il ne s'en va que pour revenir plus tard ; car il retournera » vous visiter, lorsque le temps viendra que s'achève le » monde (I). En attendant, demeurez, vous autres, dans ces » terres, dans l'espérance de le revoir. Jouissez de ce que vous » possédez et de toutes les choses que ces régions renferment; » car c'est pour les prendre et les posséder que vous êtes venus en » ces lieux. Ainsi, demeurez en bonne santé, tandis que nous » partons avec notre dieu. » Et ainsi ils se mirent en route avec » leur dieu, qu'ils portaient roulé dans une enveloppe d'étoffe, et » il continuait à leur parler, leur indiquant ce qu'ils avaient à » faire. Et ainsi ils s'en furent vers l'Orient. » Que ceux-ci fussent ou non des personnages identifiés avec Quetzalcohuatl, il n'en est pas moins certain qu'un grand nom- bre d'histoires sont unanimes à déclarer que ce chef principal devait retourner un jour, et, qu'en effet, il revint, soit lui-môme, soit par un de ses représentants : c'est de la bouche de Montézuma que nous en avons le détail (2). Mais avant de le rapporter et de chercher par où ils se seraient éloignés, en se séparant de leurs compagnons, il nous parait intéressant de rapprocher ici les fragments conservés par Ordonez (3), concernant les voyages de Votan, que tout concourrait à identifier avec Quetzacohuatl. « Votan, est-il dit, écrivit un recueil sur l'origine des Indiens (i) (1) Ceci aurait l'air de faire allusion à la ruine d'une patrie lointaine et s'accorderait avec le passage de Dio- dore (lib. îv, cap. 19 et 20) où il rap- porte que les Carthaginois ayant dé- couvert une île magnifique à l'occident de l'Océan Atlantique, s'en réservaient le monopole , espérant que si jamais leur ville était détruite, encore maîtres de l'Océan, ils y trouveraient an refuge contre leurs vainqueurs. (2) Cartas de Hernan Cartes, ap. Lo- renzana, pages 81 et 96. (3) Hist. del Cielo, etc., fragm. du tome n. (4) Dans un autre fragment, Ordoùez dit que ce ne fut pas ce Votan qui écri- vit ce livre, mais un autre qui était le huitième ou neuvième descendant du premier. Quetzalcohuatl est donné éga- lement comme le premier historien de l'antiquité américaine. (Ixtlilxochitl , LXXXYilï — et leur transmigration à ces contrées. Le principal argument de son ouvrage se réduit à prouver qu'il descend d'Imox, qu'il est de la race des Serpents (Chari) et qu'il tire son origine de Chivim (1); qu'il fut le premier que Dieu envoya à cette région pour partager et peupler les terres que nous appelons aujour- d'hui Amérique (2) . Il fait connaître la route qu'il suivit et ajoute qu'après avoir fondé son établissement, il entreprit diffé- rents voyages à Valum-C hivim. Ces voyages, dit-il, furent au nombre de quatre. Dans le premier, il raconte qu'étant parti de Valum- Votan (3), il prit sa route par le parage qu'on appe- lait Demeures des Treize Serpents {A). De là, il alla à Valum- Chivim, d'où il passa à la grande ville, où il vit la maison de Dieu, que l'on était occupé à bâtir (5). Il alla ensuite à la cité antique, où il vit, de ses propres yeux, les ruines d'un grand édifice que les hommes avaient érigé par le commandement de leur aïeul commun (6), afin de pouvoir parla arriver au ciel. Hisl. des Chichimèques, tora. i, eh- 1.) Voir aussi Nunez de la Vega, Constilul. Diœcps. in Praeamb. n. 34. (1) Ordonez lire un argument du mot chivim, qu'il écrit aussi hivim, pour rappeler le chivim du pays des Hévéens de la Palestine, d'où il fait sortir les ancêtres de Votan. Dans la langue izendale, qui était celle du livre attribué à Votan, la racine du mot chivin pourrait être chib ou chiib, qui signifie patrie, ou ghib qui veut dire armadille. (2) Un passage fort curieux avec lequel commence YHisloire des So- leils, dans le Codex ChimoÂpopoca, fait remonter d'une manière fort exacte l'é- poque de ce partage àl'an 955 avant l'ère chrétienne, comme on le verra plus loin. (3) Yalum-Votan;onrïer\,eôe Voian, serait suivant Ordonez l'ile de Cuha. Mais dans mon dernier voyage, en contournant les montagnes qui envi- ronnent le plateau élevé où est situé Ciudad-Real de Chiapas, j'ai visité de giandes ruines qui portent le nom de Valum-Votan , a deux lieues environ du village de Teopixca, situé à 7 1. de Ciudad-Real, et où Nimez de la Vega dit avoir encore trouvé,en 1G005 des l'a- milles du nom de Vola ri. (4) Ordonez place les Demeures des Treize Serpents aux iles Canaries qui, dit-il, sont au nombre de treize : mais ces treize pourraient bien être treize chefs du pays même où était Xibalba. (5) C'était, suivant Ordonez etNunez de la Vega, le temple que Salomon était occupé à bâtir à Jérusalem. Le MS. Cakchiquel, parlant des quatre villes qui portaient le nom deTulan, dilque l'une d'elles était la cité où était Dieu ou le dieu (la maison de Dieu ?). (6) Ordonez commentant ce passage y trouve tout naturellement la tour de Babel : mais il s'indigne contre les Ba- byloniens, de ce qu'ils avaient en la mauvaise foi de dire à Votan que la tour avait été bàlie par ordre de leur aïeul commun (Noé) : « H faut remar- » quer ici, dit-il, que les Babyloniens » n'ont fait que tromper Votan, en lui » assurant que la tour avait été cons- » truite par ordre de leur aïeul Noé, » afin d'en faire un chemin pour arriver » au ciel : jamais certainement le saint » patriarche n'eut la moindre part » dans la folie arrogante de Nemrod. » (Mémoire M S. surPalenqué.) Nunezde la Vega rapporte la même tradition sur Votan et ses voyages (Constitut.Diœces. in Praeamb. n. 34). LXXX1X » Il ajoute que les hommes avec lesquels iî y conversa lui assit- » rèrent que cet édifice était le lieu où Dieu avait donné à chaque » famille un langage particulier. Il affirme qu'à son retour de la » ville du temple de Dieu, il retourna une première et une seconde » fois à examiner tous les souterrains par où il avait déjà passé, » et les signes qui s'y trouvaient. Il dit qu'on le fit passer par un » chemin souterrain qui traversait la terre et se terminait à la » racine du ciel. A l'égard de cette circonstance, il ajoute que ce » chemin n'était autre qu'un trou de serpent où il entra parce qu'il » était fils de serpent (1). » Nous avouons que ce n'est, maintenant, qu'avec une extrême défiance que nous accueillons ce récit, dont nous n'avons pu voir l'original indigène ; et quoique le fond nous paraisse véridique, les détails nous en semblent bien évidemment altérés. Cependant, on ne peut plus aujourd'hui révoquer en doute la réalité des commu- nications qui existèrent anciennement entre les deux continents : à la vue des traditions si nombreuses et si significatives où les indigènes de l'Amérique affirment que leurs pères y abordèrent de l'Orient, venant par mer, il faut bien se décider à en admettre la véracité, et tout ce qui reste à faire à cet égard, c'est de discuter les moyens qu'ils employèrent et de rechercher de quels lieux ils sortirent pour s'y rendre. On revient alors, malgré soi, aux an- ciennes théories relatives à l'existence du continent occidental, renouvelées au temps de Colomb, et que Humboldt a résumées d'une manière si remarquable dans son Examen critique de' V his- toire de la géographie du nouveau continent. C'est dans cet ou- vrage que nous puiserons au besoin les citations dont l'objet con- corderait ici avec les traditions américaines. Disons d'abord que s'il est un fait acquis à l'histoire, et dont on ne saurait plus révoquer en doute l'authenticité, ce sont, comme on l'a vu, les relations des Scandinaves avec l'Amérique dès le (1) Ici le commentateur se lait: il I ciel (à la sagesse?) n'indiquerait-il n'y comprend tien. Ce trajet souterrain, | pointqueique initiation analogue à celles celle qualité de serpent pour arriver au ! de l'Egypte ? neuvième siècle, ce Sont leurs voyages du nord de l'Europe en Islande, de là encore au Groenland et jusque sur les côtes de la Nouvelle-Angleterre, durant les siècles suivants. Les détails de ces voyages sont connus par les Sagas islandaises (1), par les chroniques de plusieurs monastères du Nord et même de la France (2). Mais dans ces chroniques il ne peut être question, naturellement, que des voyageurs qui eurent la chance de revoir leur patrie ou de renouer des communications avec elle : elles ne sauraient nous entretenir de ceux qui, antérieurement aux voya- ges de Biarne, fils de Heriulf, auraient entrepris d'émigrer en Amérique et qui y seraient restés indéfiniment. On ignore de quel côté les Irlandais poussèrent leurs migrations : on ne sait pas davantage en quels lieux abordèrent les nombreux bateaux qui, chaque année, partaient de nos côtes et des côtes de la Grande- Bretagne pour la pêche à la morue, portés par les vents et les flots; mais si les Islandais et les Scandinaves furent assez heureux pour fonder des colonies au Groenland au neuvième siècle, il n'y a rien qui puisse nous prouver qu'eux ou d'autres n'aient pu en établir ail- leurs dix siècles auparavant. Les phénomènes qui ont occasionné le refroidissement progressif du Groenland n'avaient pas encore eu lieu alors, et il est avéré, par des observations récentes, que les terres arctiques étaient anciennement plus habitables qu'aujour- d'hui : on sait, d'ailleurs, que les voyages par l'Islande aux con- (1) Antiquilates americanœ , sive scriptores septentrionales rerum ante- colombianarum in America, opéra et studio Caroli G. Rafti ; Copenhague 1837. Cet ouvrage malheureusement trop rare, et dont nous ne connaissons que l'exemplaire de la Société de géo- graphie de Paris, renferme des détails d'un très-grand intérêt. Dans une suite d'articles publiés dans la Revue Amé- ricaine et. Orientale (tom. 1er et suiv.), notre confrère M. E. Beauvois a donné une traduction des fragments les plus curieux des Sagas {Découver- tes des Scandinaves en Amérique, au xe et o,u xme siècle). (2) Dans les fragments d'Ordéric Vi- tal, écrivain du xne siècle, édiles par Du- ches'nc à Paris en 1619, nous avons des preuves touchant le Vinland (la Nou- velle-Angleterre) et Je Groenland : « Orcades insulae, dit-il, et Finlanda » {Vinlanda) , islanda quoque et » Grenlanda, ultra quam ad septen- » trionem terra non reperitur, aliae- » que plures usque in Godandam » Régi Noricorum subjicitur et de toto » orbe divitiœ navigio illuc advehun- » tur. » Notre savant confrère M. de la Roquette a communiqué dans le temps à la Société des Antiquaires du Nord la traduction de ce fragment faite par M. Guizot (Voir les addenda et emendanda de l'ouvrage Antiquitates Americanœ, pag. 461). — XC1 — trées adjacentes , étaient extrêmement fréquents aux premiers siècles 'de notre ère (4). • C'est dans ces régions septentrionales qu'existait YUltima Thule, dont parlent tous les géographes anciens, longtemps avant l'ère chrétienne, et que les commentateurs modernes ont placé alterna- tivement au Danemark et en Islande. Les relations indigènes de l'Amérique prouvent, d'une manière irrécusable, que ce nom avait été donné à plusieurs localités tout à fait distinctes, et que chacune d'elles avait pu jouer un rôle à part dans l'histoire. « Dans une mappemonde islandaise datant du milieu du dou- '.» zième siècle, que j'ai fait inscrire dans les Antiquités russes, » rédigées par moi, nous écrit le savant Garl Rafn (2), on ren- » contre au nord-ouest, loin des autres pays de l'Europe, le nom » tflsland, et plus loin vers l'ouest, on trouve le nom de Tila. Il » s'ensuit donc que l'ancien géographe islandais a appliqué le nom » de Tyle ou de Tula à une des contrées américaines décou- x vertes par les habitants du Nord. » C'est de Tula qu'un grand nombre de traditions indiennes font également sortir la race nahuatl, et voici ce que dit à ce sujet le MS. Cakchiquel: «Quatre » personnes [vinak, gentes) vinrent de Tulan, du côté où le soleil » se lève, c'est un Tulan. Il y en a un autre en Xibalbay (3) et un » autre où le soleil se couche, et c'est là que nous vînmes, et du » côté où le soleil se couche il y en a un autre où est le dieu (4) : » c'est pourquoi il y a quatre Tulan ; et c'est là où le soleil se cou- » €he que nous vînmes à Tulan, de l'autre côté de la mer où est ce » Tulan, et c'est là que nous avons été conçus et engendrés par nos » mères et nos pères. » De ces deux textes qui viennent se rencon- trer de si loin, comme pour mettre toutes les opinions à leur aise, (1) Äntiq. Americ. passim: ; le Tile désigné par M. Rafn, qu'il fau- (2) Lettre particulière du 23 février drait placer au nord des Etals-Unis, et 1861, datée de- Copenhague. enfin le Tulan où est le dieu, qui cor- (3) Tulan en Xibalbay, c'est-à-dire respondrait à Tula, ou Tollan, l'une la cité bâtie par les Nahuas après leur des capitales toltèques de l'Anahuac, à colonisation en Tamoanchan. 14 lieues au nord de Mexico, aujour- (4) Un troisième Tulan, à l'occident, d'hui la petite ville de Tula, route de du côté américain de l'Océan, peut-être Queretaro. XCU il résulte donc qu'il existait plusieurs Tula : il y en avait un à l'Orient, de l'autre côté de la mer (1), origine probablement du nom des trois autres qui auraient existé en Amérique, et dont le plus septentrional devait être YUltima Thule des anciens, situé dans le pays de l'Ombre, dont il est fait mention plus haut. § VI. idées des anciens sur la forme de la terre et sur les pays transatlantiques. Examen" du sys- tème relatif au Grand Continent et à la Terre Cronienne de Plutarque. Iles sacrées de Saturne. Autres notions tirées des anciens à ce sujet. Conformité de ces notions avec les traditions indigènes de l'Amérique. Les Phéniciens et les Carthaginois qui s'étaient réservé le mo- nopole dû commerce dans les îles de la mer Britannique, avaient poussé leur navigation dans les contrées les plus septentrionales, et l'on conjecture que c'était là la route qu'ils prenaient pour se rendre aux côtes de l'Amérique ou plutôt pour en revenir. Car il serait possible que se laissant entraîner par les vents alizés de l'Afrique au continent opposé, ils prissent ensuite la direction du nord pour s'en retourner, en touchant à l'Islande et aux Iles Bri- tanniques. Ce sont les idées que les anciens s'étaient faites sur l'existence de l'hémisphère occidental que nous allons examiner maintenant : nous verrons par leur confrontation avec les tradi- (1) Ces quatre villes ou localités du nom de Tuia, sans compter peut-être encore deux ou trois autres, explique- raient jusqu'àun certain point lesdissen- liments entre les divers auteurs anciens et même la différence de leur orthogra- phe, les uns écrivant TouToi, les autres Tukt\, d'où Thyle et Thule, etc. Voir Cluveri Germania Antiqua, cum Vindelica et Norico, etc., con- tracta opéra JoannisBunonis, Guelfer- byli, 1663, pag. 667 et suiv. Colomb, qui raconte avoir été plusieurs l'ois à Thule, environ vingt ans avant la dé- couverte de l'Amérique, et qui désigne la situation dç ce lieu assez loin au nord-ouest de la Grande-Bretagne, ne se doutait pas alors qu'il avait touché celte même terre, objet de ses espé- rances et de ses vœux. Botturini, Vey- lia et d'autres auteurs voient dans le premier Tulan, la Babylonie et la tour de Babel ; parce que ce fut là qu'eut lieu le changement des langues, tradi- tion que semblerait confirmer au pre- mier abord un verset du Livre Sacré (voir pages 217 et 221). D'autres ajou Len t que Tulan est la prononciation nahuatl de Turan (Touran), la Mongolie et la ïartarie, ainsi appelées d'après Tur, fils de Féridoun, ancien roi de Perse (Malcolm's Hist. of Persia, vol. î, pag. 2, note). — Drummond's Origines , etc. vol. I, pag. 298.' Ce n'est pas ab- solument invraisemblable. — XClil — lions indigènes de l'Amérique le degré de confiance qu'on peut accorder à des théories, regardées jusqu'ici comme des fictions par les modernes. « En soulevant des questions qui offriraient déjà de l'importance dans l'intérêt des études philologiques, dit à ce sujet Humboldt (1), je n'ai pu gagner sur moi de passer entière- ment sous silence ce qui appartient moins à la description du monde réel qu'au cycle de la géographie mythique. Il en est de l'espace comme du temps : on ne saurait traiter l'histoire sous un point de vue philosophique, en ensevelissant dans un oubli absolu les temps héroïques. Les mythes des peuples, mêlés à l'histoire et à la géographie, ne sont pas en entier du domaine idéal : si Le vague est un de leurs traits distinctifs, si le symbole y couvre la réalité d'un voile plus ou moins épais, les mythes, intimement liés entre eux, n'en révèlent pas moins la souche antique des premiers aperçus de cosmographie et de physique. Les faits de l'histoire et de la géographie primitive ne sont pas seulement d'ingénieuses fic- tions ; les opinions qu'on s'est formé sur le monde idéal s'y reflètent. . « La grande terre, située vers le nord-ouest, indiquée comme Méropis, dans les fragments de Théopompe et comme Continent Cronien dans deux passages de Plutarque que nous examinerons plus tard, tient à un cercle de mythes qui, malgré les sarcasmes peu spirituels des Pères de l'Eglise (2), remonte à une haute anti- quité, dans la sphère des opinions helléniques, comme tout ce qui a rapport, soit à Silène (3), devin et personnage cosmogonique, soit à cet empire des Titans (4) et de Saturne, refoulé progressi- vement vers l'ouest et le nord-ouest (5). Le mythe de l'Atlantide ou (1) Essai sur l'histoire de la géogra- phie du Nouveau-Continent, lom. 1, pag, d 12 et stiiv. • - (2) Tertullien, de Pallio, cap. 2. (Opp. éd. Paris 1664, pag. 112.) « Vi- » derit Anaximander si plures (mun- » dos) pulat: viderit si quis uspiam. ■» alius ad Meropas, ut Silenus pênes » aures Midae hlattit, aptas sane'gran- » dioribus fabulis, etc. » Comp. aussi Tertullien, Adversus Hermog. cap. 25 (Opp. page 242), sur « Silenum illum de alio orbe obseveranterri. » (3) Creuzer, Symbol., tom. u, pag. 213, 215,225. (4) Comparez ici les traditions sur les géants Quinamés loltèques et celle qui a rapport à Zipacna, créant les monta- gnes en une nuit, et à Cabrakan (le tremblement de terre) qui les remuait et secouait le monde, dans le Livre Sa- cré, pages 37, 47, 55 et 61. (5) Voss, Krit. Bi'dtter, lom. n, pag. 364, 366. Selon Théopompe, Saturne même est, chez les Occidentaux, une in- carnation de l'hiver. (Plutarq., de Iside, — XCIV — d'un grand continent occidental, lors même qu'on ne le croirait pas importé d'Egypte et purement dû au génie poétique de Solon, date pour le moins du vie siècle avant notre ère. Lorsque l'hypo- thèse de la sphéricité de la terre, sortie de Fécole des Pythagori- ciens, parvint à se répandre et à pénétrer dans les esprits, les discussions sur les zones habitables et la probabilité de l'existence d'autres terres, dont le climat était égal au nôtre sous des paral- lèles hétéronymes et dans des saisons opposées, devinrent la ma- tière d'un chapitre qui ne pouvait manquer dans aucun traité de la sphèïe ou de cosmographie. Ceux qui n'avaient pas entrevu, comme Polybe et Eratosthène, que l'élévation des terres, le ra- lentissement de la marche apparente du soleil en approchant des tropiques et l'éloignement des deux passages du soleil par le zé- nith du lieu, rendaient, dans la zone équatoriale, l'équateur même moins chaud (1) que les régions plus voisines des tropiques, ceux-là submergeaient, par l'effet d'un courant équatorial, cette partie de la surface du globe qui, brûlée par le soleil, ne leur paraissait aucunement propre à être habitée. C'était l'opinion ré- pandue surtout par Cléanthe le stoïcien et par le grammairien Cratès (2). Elle fut réfutée par Geminius, mais reparut dans toute sa force au commencement du ve siècle, dans la théorie des impulsions océaniques, que Macrobe émit comme une théorie du flux et du reflux de la mer (3). Au delà de ce bras de l'océan équatorial qui traverse la zônetorride, au delà de notre masse de terres' continentales, qui sont étendues en forme de chlamyde (4) et isolées dans une partie de l'hémisphère boréal, on supposait d'autres masses de terres dans lesquelles se répètent les mêmes phénomènes climatériques que nous observons chez nous. Il ne cap. 69, tom. m, pag. 177, éd. Hutt.) (1) Slrabon, Geogr. n, pag. 153, 155, Alm. 97-98 cas. — CleOmed., î, 6, éd. Schmidt, 1832, pag. 25.— Gemin. Elé- ment. Astron. cap. 13. (Petau, Uran., pag. 54.) Comparez, pour prononcer sur la justesse de ces idées, les résul- tais des températures moyennes sous l'équateur, sous les tropiques et dans la zone sous-tropicale, consignée dans Humboldt, Relation historique, tom. m, pag. 498-501. (2) Stra.bon, Géogr. pag. 56. Alm. pag. 31, cas. — Macrob. Sat. cap. 23. (3) Macrob. in Somn. Scip., n, 9. (4) Strabon, Géogr., n, pag. 173 et 179. CH ô' otxoupLévTf) /^ajJLoôoetôr,!; èv TOUTIO VTjiTOÇ.... — xcv — paraissait guère probable que la grande portion de la surface du globe non occupée par notre oïxoufxsvv], fût uniquement couverte d'eau. Des idées d'équilibre et de symétrie, dont la fausse appli- cation a conduit jusque dans les temps modernes à de nombreux rêves géographiques, semblaient même s'y opposer. « C'est sous l'empire de ces idées que prirent naissance les groupes isolés de continents dans l'hémisphère opposé, indiqués par Anstote et son école (1) ; les doubles Ethiopiens de Cratès, dont les uns habitaient au sud du bras de mer équatorial (2) ; Vautre monde, aXkr\ atxoufjiv?], de Strabon (3), le alter o?*bis de Mêla (A), une véritable terre australe (5) ; les deux zones (cinguli) habitables de Cicéron (6), dont l'une est celle de nos antipodes insulaires ; enfin la terra quadrifida ou les quatuor habitationes vel insulœ (quatre masses de terres séparées les unes des autres) de Macrobe (7). Dans le système pythagoricien de Philolaus, d'après lequel le soleil n'était qu'un immense réflecteur recevant la lu- mière d'un corps central (Hestia), la terre et l'Antichthon d'Hicé- tas de Syracuse (Nicetas, selon quelques manuscrits de Cicéron) se mouvaient parallèlement dans leur orbite commun; mais cet Antichthon n'était que l'hémisphère opposé au nôtre (8), hémi- (1) Meteorologica, n, 5, de Mundo, cap. 3. (2) Strabon, Geogr. i, pag. 55. (3) Ibid. n, pag. 179. (4) Mêla, i, 9,4. (5) « Quod si est alter orbis suntque » oppositi nobisameridie Antichthones, » ne illud quidem à vero nimium obs- » cesserit, in illis terris orlum amnem » (Nilum), ubi subter maria caeco » alvec- penetraverit, in nosiris rursus » emergere et bac re solstitio accres- » cere, quod tune biems sit unde ori- » tur. » (Tzschucke, Ad. Mel.\o\. II, Part. 1, pag. 226 et 334.) C'est quant à l'opposition de la saison des pluies sous le tropique du Cancer et celui du Capricorne, la tbéorie des prêtres égyp- tiens, exposée par Eudoxe (Plut. De plac. phil., IV, 1). L'hypothèse de l'Océan remplissant la région équato- riale rendait nécessaire le subter- fuge du passage sous-marin du Nil. Cette idée, adoptée par Philostorge (III, 10), au cinquième siècle, pour la lier à des rêveries théologiques (Le- tronne,C7imf. de Nub., 1832, pag. 33), ne répugnait pas à la physique des anciens, qui supposaient hardiment des communications fluviales entre le Pélo- ponèse et la Sicile (à Syracuse le peuple y croit encore aujourd'hui); et Cosmas Indicopleustèsfait encore naitreles qua- tre fleuves du Paradis dans son conti- nent transocéanique, et arriver par des canaux souterrains à notre terre habitée. (6) Somn. Scip., cap. 6. « Duo » {cinguli) sunt habitabiles; quorum » australis ille, in quo qui insistunt, » adversa nobis urgent vestigia, nihil » ad vestrum genus. Hic autem alter » subjectus Aquiloni, quem incolitis — » parva qusedam estinsula, circumfusa » illo mari quod Oceanuïn appellatis. » (7) Comment, in Somn. Scip., II, 9. (8) Boeckh, Disp. de Plat. Syst. cœl. glob., 1810, pag. -i9. Id. Philo- laos. 1819, pag. 115, 117. — Voss. — Xf.Yl — sphère que les géographes peuplaient à leur gré (1). J'ai cru devoir donner cet aperçu général des idées que les hommes se sont constamment formés, dès les temps les plus reculés, sur l'existence d'un autre monde ou de continents trans-ocêaniques. Les Pères de l'Eglise, dont le moine Cosmas s'était fait l'interprète, ont travesti ces conceptions primitives de la manière la plus bizarre, en sup- posant une terra ultra oceanum (2), qui encadre le parallélogramme de leur mappemonde. Le moyen âge ne vivant que de souvenirs qu'il supposait classiques, et n'ayant foi dans ses propres décou- vertes qu'autant qu'il croyait en trouver des indices chez les anciens, a été agité, jusqu'au temps de Colomb, par tous les rêves cosmogoniques des siècles antérieurs. « A côté de cette tendance si naturelle, et pour cela même si générale, de supposer plusieurs terres' habitées, séparées par des mers, s'en retrouve une autre non moins ancienne, celle de regar- der des îles ou des pointes de terre nouvellement découvertes, comme contiguës et faisant partie d'un grand continent. C'est sous cette dernière forme que se présentèrent d'abord les Iles Bri- tanniques (3), et c'est par un procédé semblable que, dan» la célèbre carte de l'Amérique que Jean Ruysch a ajoutée à l'édition de la Géographie de Ptolémée, publiée à Rome en 1508, on trouve, d'après l'observation d*eM. Walckenaer, non-seulement le Gruen- lant (Groenland), mais aussi Terre-Neuve et les Bacalaurœ, entièrement séparés de l'Amérique insulaire, c'est-à-dire du Muridus Novus de la Terra Sanctœ Crucis et réunis au continent septentrional de l'Asie. Cependant, « depuis que l'hypothèse du disque de la terre nageant sur l'eau, ajoute Humboldt (4), eut fait place à l'idée de la sphé- Krit. Bldtter, 1828, lom. II, pag. 150. (1) Aniichlhones alteram (terras par- tem) nos alteram incolimus. » (Mêla, 1 , pag. 1,2). Nous venons de voir plus haut que ces Antichthones de Mêla, ha- bitants de l'hémisphère austral, sont séparés de notre masse continentale par l'Océan, qui remplit le milieu de la zone torride. (2) Cosmas Indicopleustès , Topo- grayh. Christ, dans Mon tfaucori, Go llec- tio Nova Patrum, 1709, tom. il, pag. 189, fig. 5, 6. (3) Dio Cassius, xxxix, 50 ; Floi\ m, 10. (4) Essai sur Vhist. de la géog. du Nouveau -Continent, tom. i, p. 38 et suiv. — xevii — ricité de la terre, propre aux Pythagoriciens (1), comme à Parme- nides d'Elée, exposée et défendue avec une admirable clarté par Aristote (2), il ne fallut pas un grand effort d'esprit pour entrevoir la possibilité d'une navigation de l'Europe et de l'Afrique aux par- ties occidentales de l'Asie. Nous trouvons en effet cette possibilité clairement énoncée dans le Traité du ciel du Stagirite (dernières lignes du second livre) et dans deux passages célèbres de Strabon (3). Il suffit pour le moment de faire observer que l'un et l'autre de ces auteurs parlent d'une seule mer qui baigne des côtes opposées. Aristote ne regarde pas la distance comme très- grande et tire ingénieusement de la géographie des animaux un argument en faveur de son opinion. Il reconnaît comme très-pro- bable que, outre la grande île que forment l'Europe, l'Asie et l'A- frique, il en existe d'autres plus ou- moins grandes dans l'hémi- sphère opposé (4). Strabon ne trouve d'autre obstacle à- passer de Flbérie aux Indes que dans la largeur démesurée de l'Océan Atlantique ; mais ce qui rend son texte plus remarquable, c'est cette assertion « que dans la même zone tempérée que nous ha- » bitons, et surtout aux environs du parallèle qui passe parThince a et traverse la mer Atlantique, il peut exister deux terres habi- y> tées et peut-être plus de deux (5). » C'est une prophétie de l'A- mérique et des îles de la mer du Sud, plus raisonnée du moins que la vague prophétie de la Médée de Sénèque. Strabon, dans le second livre, fait encore allusion à cette probabilité de l'existence de terres inconnues placées entre l'Europe occidentale et l'Asie orientale. « Chercher à donner une idée exacte, dit-il, de toutes (1) Hicetas, Ecphantus et Héraciide de Pont. Copernic, dans sa dédicace du traité de Revolutionibus ordium cœlestium au pape Paul 111, attribua, peut-être moins par manque d'érudi- tion que pour cacher son audace, son propre système de la révolution des planètes autour du soleil aux Pytha- goriciens, tantôt à Hicetas et à Héra- clide de Pont, tantôt à Philolaus, et à Ecphantus. Il n'y a qu'Arisiarque de Samos et Séleucns d'Erythrée qui dans l'antiquité soient de vrais Coper- niciens, n'employant ni Hestia , ni Antichlhon. (2) De cœlo, lib. n, cap. 14, pag. 297 et 298, édit. Bekker. (3) Strabon , Geogr. lib. i, pag. 103, et. lib. il, pag. 162 Alm. (4) Aristot., De Mundo, cap. 3, pag. 392, édit. Bekker; et Meteor., lib. u, cap. 5, pag. 362. (5Ï Strabon, Geogr. lib. n, pag. 113, 114 XCVIÏI — » les autres portions du globe, ou même simplement de la totalité » de cette vertèbre ou zone dont nous avons parlé, cela est du » ressort d'une autre science (ce n'est pas du ressort de la géogra- » phie positive), comme aussi d'examiner si la vertèbre est habitée » dans l'autre quadrilatère, comme elle l'est dans celui où nous » sommes. En effet, supposez, ce qui est assez probable, qu'elle le » soit, ce ne saurait être par des peuples de même origine que » nous : dès lors cette terre habitée doit être différente delà nôtre » et c'est la nôtre seule que nous avons à décrire. » L'existence d'une terre ou de plusieurs terres dans l'Atlantique à l'est de Thinœ paraissait donc assez probable au judicieux géographe d'Amasée, qui craignait de s'égarer dans le vaste champ de la géographie conjecturale. Quant àAristote, non-seu- lement il entrevoit que la terre habitable est très-étendue en longi- tude, mais il donne ailleurs la description d'une région transatlan- tique, située du côté opposé aux colonnes d'Hercule, fertile, abon- damment arrosée et couverte de bois qui aurait été trouvée par les Carthaginois (1). Diodore de Sicile en fait honneur aux Phéni- ciens (2). Il ajoute que le paysage y est embelli par des monta- gnes et que l'air y est d'une douceur constamment égale. <^On dirait que c'est plutôt l'habitation des dieux que des hommes. » Cependant, Diodore a soin de ne pas confondre cette terre déli- cieuse avec l'Elysée d'Homère, les Iles Fortunées de Pindare ou le site du Jardin des Hespérides, Y Hesperitis continental. Les Phéniciens ayant commencé à fonder des colonies au delà de Ga- dès, avaient découvert cette île, poussés par des tempêtes. La di- rection de la navigation que le Pseudo-Aristote n'indique cepen- dant pas, était de la Libye vers le couchant. Les Tyrrhéniens, lors- qu'ils acquirent la domination sur la mer, avaient tenté d'y envoyer des colonies ; mais les Carthaginois les en empêchèrent. Ils espéraient que si jamais leur ville était détruite, encore maîtres (1) Aristot. De Mirab. Auscult. cap. j (2) Diodore, Hist. édition Wessel, lo- 84, pag. 83G. ) me i, pag. 244, 346. XCIX — de l'Océan, ils pourraient trouver un refuge dans cette île incon- nue aux vainqueurs. Ce même asile s'offrit, du moins en espé- rance, à Sertorius (1), lorsque à l'embouchure du Bœtis, il vit arriver un navire revenant « de deux îles atlantiques qu'on croyait éloignées de dix mille stades. » Sans entrer dans les détails que les anciens ont laissés au sujet de l'Atlantide, contentons-nous pour achever l'examen des tradi- tions de l'ancien monde qui pourraient avoir trait à ses communi- cations avec l' Amérique/de rapporter ici les passages que nous of- frent Plutarque et Théopompe. « C'est, ajoute encore Humboldt (2), c'est dans un ouvrage de Plutarque, d'un texte très-corrompu, mais rempli de considérations de physique et de cosmologie fort remarquables (3) et en grande partie très-justes, dans le dialogue de Facie in orbe lunx, que se trouve le passage dans lequel, au seizième siècle, le géographe Ortelius (4) croyait reconnaître, non les îles Antilles, mais tout le continent américain. Cette fxsyàXyj Tyrcscpo; placée au delà de la Bretagne, vers le nord-.ouest, lui rap- pelait sans doute les côtes du Canada et le chemin que les navi- gateurs normands avaient trouvé aU commencement du ixc siècle, vers les parties les plus septentrionales de l'Amérique. Le mythe qui nous est conservé dans le petit Traité des taches dans l'orbe lunaire de Plutarque appartient à un ordre d'idées étroitement liées, plus symboliques que chorographiques , embrassant tout l'occident au delà des colonnes d'Hercule, appelées elles-mêmes (1) Plutar. in Vita Sertorii, cap. 5. — Sallust. Fraym. pag. 189. (2) Essai sur Vhist. de la géogr. du N.-Continenty tom. i, pag. 191. (3) Sur la pesanteur universelle à la surface de la terre, du soleil et de la lune : Plutar. de Facie in orbe Lunœ, pag. 924, 8 et 39 ; sur les effets de la réflexion des miroirs en agrandissant ou multipliant les images, pag. 930, 1 1 ; sur la visibilité de la lune dans les éclipses totales, pag. 933, 56, et 934,28 ; sur les montagnes particuliè- rement lumineuses de la lune (dp-rç (pXoyoeÔYi, le texte moins correct a ÔpY) xaxacp^oYoeiÔYi : on croirait une allusion à Aristarque et aux volcans dont quelques astronomes modernes ont yr étendu apercevoir l'activité d'ici- bas), pag. 935,4 ; sur le manque de chaleur dans les rayons lunaires, pag. 937, 1G, etc. Le mythe du Grand-Con- tinent se trouve de la pag. 940,52- a 942,29. (4) Après avoir répété le passage de la Médée de Sénèuue, si souvent cité depuis 1492, .le célèbre géographe ajoute : ' On enleva tout d'un souterrain (ou » caverne) où cela se trouvait, et ce » fut la dame et les tapianes (gar- » diens ou prêtres) eux-mêmes ou » gardiens de la grotte, qui me les re- » mirent. Tout fut brûlé publiquement » sur la place de Hnehuetan, quand » nous fîmes notre visite pastorale » dans cette province, l'an 1691. Or » les Indiens vénèrent encore beau- » coup ce Votan,et en quelques bour- » gades on le regarde comme le Cœur » du Peuple. » (Constititt. diœces., in Praeamb. n. 34.) Ces actes et d'autres du même genre exécutés par ce prélat furent cause du grand soulèvement des Tzendales,qui n'eut lieu cependant qu'après sa mort, en 1713, et dont les premières victimes furent les curés espagnols. Cette révolte manqua d'a- néantir le gouvernement colonial dans l'Etat de Chiapas. — dix — » aussi bien que moi, de vos prédécesseurs, leur dit-il (1), que » nous ne sommes pas naturels de cette contrée. Ils vinrent tous » d'une terre lointaine, conduits par un chef auquel ils étaient » soumis. Longtemps après, ce chef revint et trouva que nos » aïeux s'étaient mariés avec les femmes du pays et avaient bâti » des villes qu'ils avaient peuplées de leur nombreuse postérité : » vous savez aussi qu'il refusèrent de l'accompagner,' lorsqu'il re- » partit pour son pays et t même de le recevoir comme le suzerain » de celui-ci. Il s'en alla alors, en les menaçant de retourner avec » des forces- ou d'en envoyer de si considérables qu'elles rédui- » raient nos pères à l'obéissance. » § VII. Populations civilisées de l'Amérique. Leur antiquité. Calendrier nahuatl. Sa corrélation avec les mythes primitifs. Quatre mythes ou personnages principaux, la Grand'mère et le Grand-père, Oxomoco et Cipactonal, Tlaltetecui et Xuchicaoaca. Quetzalcohuatl, que signifiait-il? Trinité du tonnerre, de l'éclair et de la foudre. Cette concordance entre les traditions de l'ancien et du nou- veau continent est certainement une chose fort remarquable et ne saurait faire autrement que de jeter un grand jour sur les ori- gines de la civilisation américaine. Nous ne rechercherons pas ici si le personnage dont il est question partout, si ce conducteur de tribus est le même que Quetzalcohuatl ; mais nous ferons observer que le temps de son apparition semble coïncider avec un état social déjà fort avancé, et que les Quinamés (Ghanes ou Golhuas) (2), sti- mulés par la présence des Nahuas, dont la supériorité ne tarda pas à leur porter ombrage, auraient fait à cette époque de grands pro- (1) Cartas de Hernan Cor lès, ap. Lorenzana, pag. 96. (2) Le nom de Chan, serpent, appartient, comme nous l'avons dit, à une ancienne tribu lacandone des environ=de Palenqué; dans l'ignorance où nous sommes du nom des popula- tions primitives de cette contrée, nous les appellerons Colhuas ou Chartes, Serpents, d'après Ordonez et d'au- tres auteurs, chan ayant plus ou moins aussi la signification qu'on donne à Colhua, d'où Colhuacan (la capitale du Xibalba ?) identifiée avec Nachan, la cité des Serpents, etc. grès dans les arts. On voit ces derniers travailler activement à consolider leurs établissements, tandis que d'autres nations, con- fondues sous la même dénomination, viennent, en suivant le même chemin qu'eux, coloniser les contrées environnantes. Tor- quemada (1) remarque, en continuation à son récit de l'arrivée des Toltèques primitifs, que la prodigieuse multiplication de ce peuple ne lui permettant plus de rester dans le pays de Tulan, ils s'étendirent vers le plateau Aztèque, où ils fondèrent la cité de Cholullan (2), attribuée ailleurs à Xelhua, l'un des sept qui échap- pèrent au naufrage de la grande inondation (3), ou' à Olmecatl, père des Olmecas : car, au dire des mêmes auteurs et de quelques autres (4), ces derniers peuplèrent les rives du fleuve Atoyac, de- puis les environs de la Puebla de los Angeles jusqu'aux rivages de l'océan Pacifique, où l'on connut plus tard leurs descendants sous le nom iïOlmeca-Vixtoti (5). Les Otomis ou Odomis, ainsi appe- lés de leur vice-dieu Oton ou Odon, colonisèrent, comme nous l'a- vons vu plus haut, avec leurs frères, fils de Toras, les alentours de la vallée d'Anahuac et une partie des provinces du Michoacan jusqu'au delà de Queretaro. Les Tzoqui, plus connus, dans les his- toires mexicaines, sous le nom de Tecpanecas, à cause de leur ca- pitale Tecpantlan (6), remplissaient les plaines fertiles qui s'éten- dent entre le fleuve Coatzacoalco et le Tabasco, tandis que les Xicalancas occupaient les rivages du golfe du Mexique, de la Vera- Cruz à Potonchan, où leurs, entreprises commerciales leur valu- rent une renommée presque égale en Amérique à celle des Phé- niciens sur la Méditerranée. Mais il serait peut-être présomptueux (1) Monarquia Indiana, lib. m, cap. 7. (2) Torquemada (ubi supra) ajoute qu'on appelait aussi cette ville Tullan- Cholullan, en souvenir des Toltèques; seraient-ce des Toltèques primitifs ou Nahuas, ou bien des Toltèques qui sor- tirent de Tollan au nord de Mexico ?.. (3) Rios in Cod. Vatic. et Fabregat, Esposizione del Cod. Borgia. (4) Ixtlilxochitl, Hist. des Chichimè- ques, tom. i, chap. i. (5) Sahagun, Hist. gen. de Nueva- na, lib. x, cap. 29. (6) Tecpantlan signifie auprès des palais ; c'est le nom que les Mexicains donnaient à la cité capitale des Zoqui, appelée par ceux-ci Ohcahuay ; la ville espagnole de ce nom, située ä peu de distance de l'antique cité indi- gène, n'est plus qu'un village presque dépeuplé, appelé Tecpatan, à 25 lieues environ au nord-ouest de Ciudad- Rea! ou San Oistobal de Chiapas. — CXI. — de se prononcer sur l'origine de ces différents peuples, d'après les appellations que leur attribuent les histoires mexicaines, appella- tions relativement modernes et sous lesquelles leurs descendants ne furent connus, qu'après avoir été conquis, à diverses reprises, par d'autres nations qui se confondirent, ensuite plus ou moins avec eux. Sans chercher à assigner une date à l'émigration des premières tribus nahuas, ni à leur établissement dans les contrées où nous voyons encore leurs restes, nous ne saurions passer ici sous si- lence ce que présente sur ce sujet intéressant le premier ver- set de l'histoire des soleils dans le Codex Chimalpopoca : « C'est » ici, dit-il, le commencement des histoires de toute sorte » qui se vérifièrent il y a longtemps, celle de la répartition de » la terre, comment elle fut partagée à chacun, son origine et » sa fondation, comme quoi le Soleil commença à la donner par » partie à chacun, en lui assignant ses bornes; il y a six fois qua- » tre cents ans, plus cent, plus treize, aujourd'hui 22 mai de l'an » 1558 (1). » En déduisant donc les années écoulées depuis cette époque, on trouve l'an 955 avant l'ère chrétienne. Quoique rien à la suite de ce texte ne vienne continuer l'histoire dont il semble être le préambule, on voit parfaitement que le partage dont il est question ne peut être que le partage d'un pays conquis ou récem- ment colonisé, ainsi que l'établissement du cadastre ; que cette origine et cette fondation ne sauraient être autre chose que la fondation et l'origine d'un empire dont malheureusement les an- nales nous manquent aujourd'hui. D'après les traditions que nous avons citées précédemment et celles que nous aurons encore lieu d'amener ici, cette histoire serait celle d'une des premières colonies de la race nahuatl dans les régions maritimes, dont nous avons parlé, et se rattacherait à l'origine de plusieurs des premières villes du pays. A l'appui de cette opinion, nous ajouterons, avec (1) Suivant les tables chronologi- ques adoptées par Veytia, la grande inondation ou déluge partiel des Nahuas remonterait, ainsi que le fa- meux ouragan, à un peu plus de mille ans avant notre ère. (1X11 Nufiez de la Vega, au sujet de Votan : « Que celui-ci fut (1) le » premier homme que Dieu envoya diviser et répartir cette terre y> des Indes. » Votan, Gucumatz ou Quetzalcohuatl, c'est toujours la même image qui se présente dans les annales américaines lorsqu'il s'agit, sinon de la civilisation primordiale, de celle, au moins, qui paraît avoir eu les Nahuas pour auteurs. On ne saurait donc révoquer en doute, la haute antiquité de cette race dans l'Amérique centrale et le Mexique : mais il y a tout lieu de croire aussi que les régions d'où elle sortit continuè- rent, pendant de longs siècles, à fournir de nouveaux contingents d'émigration. Des royaumes, des Etats surgirent dont les noms sont oubliés ; mais dans ce grand mouvement de peuples, tous pa- raissent, à cette époque reculée, converger autour de l'empire de Tlapallan ou de Xibalba, dont les princes nahuas continuèrent, malgré leurs rivalités, à être encore longtemps les feudataires. C'est là tout ce qu'on peut entrevoir dans l'obscurité qui enve- loppe les événements antérieurs à la grande lutte que cette race soutint ensuite pour secouer le joug des Quinamés (Chanes ou Colhuas). Le seul fait intéressant qu'on trouve à enregistrer dans cet intervalle, c'est la correction du calendrier : « Leur année est » luni-solaire, ditBotturini (2), et anciennement elle ne différait pas » de celle des Egyptiens, jusqu'à ce que les astronomes, réfléchis- » sant qu'il y avait chaque année un excès de près de six heures, » s'assemblèrent dans la ville de Huehue-Tlapallan, et ajustèrent » les années à l'équinoxe du printemps, quelque temps avant » l'incarnation de Notre-Seigneur. » Veytia , suivant Ixtlilxo- chitl (3), présente cet événement comme une assemblée de sages, appelés à délibérer sur l'opportunité de ce changement. Mais les traditions conservées par Sahagun, d'accord avec l'en- semble de celles qu'on trouve dans les documents indigènes, prê- ( I ) Constitut. Diœces. etc. in Praeanib. n. 34. (2) Idea de una nveva hist. Çen. de la America Septentrional, etc., pag. 3. (3) Sumaria Rclacion- ap.Kingsbo- rough, suppl. tom. ix. — Veytia, Hist. antigua de Mexico, lom. î, cap. 4. — c,\i n — lent à cette assemblée un tout autre caractère et laissent entre- voir qu'il s'agissait d'un nouvel ordre de choses à introduire dans le pays ; elles nous montrent les chefs nahuas, réunis en secret pour délibérer sur les intérêts de la nation, après que le prince qui les avait amenés se fut séparé d'eux. « Il ne resta avec ce peuple-là, dit-il, que quatre de leurs sages » qu'on appelait Oxomoco, Cipactonal, Tlaltetecui et Xuchi- » caoaca (1), lesquels, après le départ des autres, entrèrent en con- » sultation et se concertèrent, disant : « Le temps viendra où la » lumière existera (2) pour le gouvernement de cette république; » mais tant que le seigneur, notre dieu, restera absent, quel » moyen y aura-t-il pour pouvoir régir convenablement la na- » tion? quel ordre y aura-t-il en toutes choses, puisque les » sages ont emporté les peintures au moyen desquelles ils » gouvernaient? » C'est pourquoi ils inventèrent l'astrologie ju- » diciaire et l'art d'interpréter les songes : ils composèrent le » comput des jours, des nuits, des heures et' des différences des » temps, ce qu'ils gardèrent tant que dominèrent et gouverné*- » rent les princes des Toltèques et des Mexicains, des Tecpanè- .» ques et des Chichimèques (3). » C'est donc ici l'introduction, sinon l'origine du calendrier, dit (1) Hist. gen. de N.-Espana, lib. x, cap. 29. Ces quatre noms sonl fort difficiles quant à leur étymologie. Oxomoco est écrit ailleurs Xomico, Xomunco , Oxomozco , etc., traduit, suivant Yeytia, par la prenada go- losa (femme grosse gourmande). Quant à Cipactonal, il le fait venir de ce, un, ipan, sur, et tonalli, le soleil, celui qui est supérieur au soleil. Tlatetecui pourrait venir de tlalli, terre, et de tetecuica, faire grand bruit, faire ré- sonner par le feu , feu qui fait réson- ner la terre (Molina, Voc. Mex.), Xu- chicaoaca, de Xuchitl, fleur, et peut- être de caua, enlever, etc.; mais je ne réponds d'aucune de ces étymolo- gies. (2) Cette expression est encore en usage aujourd'hui dans la plupart des sociétés secrètes : eile fait allusion à des événements, à des idées dont on souhaitait la réalisation, à laquelle on travaillait en conspirant. C'est un lan- gage mystérieux, cabalistique, qui a le même sens ici qu'il a encore dans nos loges maçonniques ; il se retrouve presque à chaque page dans le Livre Sacré. La lumière qu'attendent les Na- huas est l'époque où ils pourront éta- blir publiquement leur calendrier (mettre en marche le soleil, la lune, les étoiles, comme ils le disent ail- leurs), c'est-à-dire organiser tout à leur gré, le gouvernement , la société civile, la religion, etc. (3) Sahagun ne suit pas ici l'ordre rigoureusement chronologique : les Toltèques furent les premiers ; puis vin- rent, après la destruction de l'empire toltèque de l'Anahuac et le moyen âge, les Tecpanèques d'Azcapotzafco ; ensuite les Chichimèqnes-Acolhuas et J en dernier lieu les Mexicains. — CXÏV — toltèque ou mexicain, parmi les nations de l'Amérique. Entre tous les usages qui étaient propres à cette race, nul ne fait mieux écla- ter l'ordre de connaissances qu'elle avait apporté des régions mystérieuses d'où elle était sortie, que la manière qu'elle adopta dans ce calendrier, pour mesurer le temps et diviser l'année. Par- tout la formation d'un calendrier à la fois exact et simple a offert aux nations primitives un problème d'une grande difficulté : mais peut-être aucune des méthodes employées pour le résoudre, n'égale en élégance le système dit toltèque, système perpétuel et infailli- ble, ajoute Botturini, propre à la véritable science. Dix-huit mois de vingt jours, formant soixante et douze semaines de cinq jours chacune, se succédaient sans interruption; puis une soixante et treizième semaine, d'égale longueur, complétait l'année à quelques heures près. On suivait cette marche pendant cinquante-deux ans et au bout de cette période on intercalait treize jours, ce qui sup- pléait au manque d'années bissextiles. Non contents d'avoir ainsi réglé le calendrier civil (tonalpohualli), les sages nahuas l'avaient fait coïncider avec un autre calendrier (metztlapohualli), servant de rituel dans l'ordre des choses sacrées, dans lequel ils comptaient par demi-lunaisons de treize jours. Vingt-huit treizaines formaient une année, trop courte d'environ trente heures ; mais au bout de treize ans l'on ajoutait une demi-lunaison de plus, qui se trouvait être la trois cent soixante-cinquième, et par ce moyen l'année ci- vile et l'année religieuse recommençaient ensemble. A la fin du cycle de cinquante-deux ans, une nouvelle treizaine (la quatre cent soixante et unième) venait répondre aux jours intercalaires du calendrier civil (1). L'harmonie se maintenait donc entre les deux calculs, sans que le calendrier sacré parût jamais altérer en rien sa mesure immuable. «LesToltèques, reprend Botturini, avaient (1) Ces périodes de cinquante-deux ans , dont deux formaient un âge, huehuelilizlli de cent quatre années, servent de base à toute la chronologie mexicaine, dont Humboldt et Arago ont eu plus d'une fois l'occasion de reconnaître la justesse, dans le com- put de diverses éclipses, signalées par les chronologistes mexicains, assez longtemps avant la découverte de l'Amérique. (Humboldt, Vues des Cor- dillères, tom. il, pag. 302.) — cxv quatre calendriers différents, ce à quoi les historiens européens n'ont pas fait suffisamment attention. Le premier, naturel, au moyen duquel se réglait l'agriculture ; le second, chronologique, servant à l'histoire ; le troisième, consistant dans le rituel, gardé par les prêtres pour tenir l'ordre des fêtes mobiles et fixes de leurs dieux ; enfin le calendrier astronomique dont se servaient les ma- thématiciens pour se gouverner à la mesure du cours du soleil et à la situation des planètes. » Ces combinaisons vastes et ingénieuse» attestent que le culte dont elles dépendaient n'était pas moins digne d'attention. Mais ici nous rencontrons le même obstacle que dans Pétude des reli- gions antiques, le mystère. On remarque chez plusieurs essaims, venus d'Asie en Europe, des calculs astronomiques, appliqués tan- tôt à la division de l'année, tantôt à celle des peuples, ou au par- tage des terres, comme on peut en voir la trace dans le verset chro- nologique que nous citons plus haut, et toujours ils sont d'une régularité et d'une complication étonnantes (1). Mais quand on cherche le sens dogmatique de leurs croyances, il échappe ordi- nairement à tous les efforts. On dirait même que les vieilles races avaient retenu les mesures et les chiffres établis jadis par leurs lé- gislateurs, mais qu'elles avaient perdu leurs doctrines. Il en était de même chez les tribus conquérantes du Mexique : leur religion offrait une mythologie compliquée, dont les symboles compris seulement par les prêtres et les nobles étaient aveuglément accep- tés par la foule. Ce sont ces symboles qu'on voit reparaître en partie dans les trois documents précieux que nous possédons, mais sous un voile plus ou moins transparent et dont le Livre Sacré présente des notions fort complètes (2). Llarrivée des Nahuas en Tamoanchan, leurs tentatives pour civiliser les peuples et les for- mer à l'image de leurs propres institutions, la destruction de leur (1) Citons la formation des peuples pélasgiques, d'après le nombre \, 4, 12, 30 et 360; la division des terres dans le système étrusque; enfin les débris de l'ordre social gallo-germa- nique, où ces deux éléments se re- trouvent. (2) Ces documents sont le Codex Chimalpopoca, le MS. Cakchiqucl et le Livre Sacré en question. CXV1 — colonie par l'ouragan et l'inondation, la découverte du maïs à Pan- Paxil, leur fondation, leurs luttes, sourdes d'abord, puis leur ré- volte ouverte contre Xibalba, leurs périls, leurs épreuves et enfin leur triomphe, qui se termine par l'apothéose des héros morts dans cette lutte formidable, tel est le résumé du récit historique qui découle de l'ensemble des deux premières parties du Livre Sacré et qu'on retrouve au fond du rituel mexicain, dont les mys- tères s'éclaircissent ici singulièrement. Au commencement se développent quelques idées génésiaques qu'on pourrait croire reproduites des livres de Moïse : mais une lecture attentive fait voir qu'il s'agit ici purement des origines de la race nahuatl, dont les chefs se trouvent associés à des mythes primitifs où le culte des éléments joue un rôle d'une grande im- portance, où ils se transforment les uns avec les autres, revêtant parfois les symboles les plus différents. Leur nombre primordial parait avoir été celui de quatre. L'histoire nous les montre d'abord dans la personne des quatre sages, réunis pour délibérer sur la formation du calendrier : ce sont, comme dans le Codex Chimal- popoca et dans la plupart des fables mexicaines, les dieux, les Teoti (I), qui se demandent ce qu'ils feront pour soutenir le ciel et faire marcher le soleil et la lune, c'est-à-dire pour établir les combinaisons astronomiques dont ils sont les inventeurs et subs- tituer leur civilisation à l'état social existant en Xibalba. C'était une révolution avec toutes ses conséquences civiles et religieuses et dont le fait ressort avec la dernière évidence des textes con- servés dans les documents originaux. On sait déjà, d'ailleurs, que des sept sages échappés à l'inonda- tion, il n'en restait plus que quatre. Les autres avaient pris le che- min de l'Orient; mais où était alors cet Orient relativement à eux, (1) Teuti ou Teoti, du nabuail teutl, dieu, seigneur; au pluriel redoublé, ieteo, nom générique que le Codex Chimalpopoca donne à ces premiers dieux, héros ou chefs nahuas. De là encore le nom de Teul, attribué à cer- taines populations guerrières du nord, au Mexique, et que les indigènes mê- me donnèrent aux Espagnols, à leur arrivée. Ce mot aurait-il par hasard la même origine que le îeodiski, des an- ciens Germains? — CXVIJ — en quels lieux se rendirent-ils, c'est ce qu'il serait difficile de 'dé- terminer (1) ? Dès lors l'intérêt des actions suivantes roule sur ces quatre ou sur ceux qui leur succédèrent dans le même rôle, sous des noms ou des titres qui varient suivant le temps et les lieux : dans toutes les histoires nahuasou toltèques, ce sont eux ou leurs représentants qui reparaissent sans cesse au nombre de quatre, comme les prêtres ou porteurs du dieu ou de la majesté envelop- pée et cachée ; comme les conducteurs et les chefs des tribus, du- rant leurs migrations; comme les rois et les chefs de la monarchie, après sa fondation ; et, jusqu'au temps même de la conquête, ce sont toujours quatre princes qui, avec les attributions antiques, établies par les sages primitifs, composent à degrés différents le gouvernement suprême, aussi bien chez les Guatémaltèques que chez les Mexicains (2). Quelle que soit l'époque où il faille placer les premiers incidents de l'histoire des Nahuas et l'origine des symboles sous lesquels se voilèrent leurs héros primitifs, on ne saurait les trouver ailleurs que dans les quatre sages dont il est ici question, Ozomoco, Cipac- tonal, Tlaltetecui et Xuchicaoaca, figurés ensemble dans le Livre (1) D'après une tradition conservée par Herrera (Hist. gen., decad. iv, lib. x, cap. 2), on pourrait croire que ces trois sages auraient pris le chemin de l'Yucatan et fondé alors la ville de Chichen-Itza, attribuée à trois saints personnages venus de l'ouest dans des temps fort anciens. (2) Dans les traditions et histoires guatémaltèques, à la suite des quatre héros ou demi-dieux, ce sont les qua- ire chefs ou sacrificateurs, quatrième et dernier ordre d'hommes, créés par les dieux, les Âhqixb et Ahqahb, mai- ires de la sagesse et de toutes les connaissances terrestres et célestes; ce sont les quatre frères sortis de Tu- lan, ce sont les quatre Tuful-Jiu, qui vont auYucatan, etc. Après l'établis- sement de la monarchie, il existe tou- jours trois Etais suprêmes confédérés; ce sont les trois rois, chefs des mai- sons ^ régnantes de Cavek, de Nihaïb et cVAhau-Quiché, auxquels s'adjoint le quatrième roi, l'héritier présomptif de la couronne dans la maison de Ca- vek ; dans chacun des lro:s Etats con- fédérés,il y a aussi trois princes assis sur le trône à degrés divers, et qui gouvernent avec le roi, avec qui ils font quatre. A Cholullan, quatre dis- ciples de Quetzalcohuatl sont chargés du gouvernement; à Tlaacallan et ail- leurs, quatre princes forment le con- seil suprême de la république; dans l'Anahuac, ce sont d'abord, dans le royaume toltèque, les rois de Colhua- cau, d'Otompan et de Tollan, auxquels s'unit l'héritier présomptif de la cou- ronne de Colhuacan ; et, plus lard, vers l'époque de la conquête, les rois de Mexico, de Tetzcuco et de Tlaco- pan, avec le lieutenant général des ai- mées royales, qui est en même temps grand-prêtre de Huitzilopochtli. Enfin, presque toutes les villes ou tribus sont partagées en quatre clans ou quar- tiers» dont les chefs forment le grand conseil. — t.XVlll — Sacre, sous les titres de Créateur et de Formateur, de Celui qui engendre et de Celai qui donne l'être. Les deux premiers sont nommés alternativement Hun-Ahpu- Yuch (un tireur de sarbacane au sarigue) et Hun-Ahpu- Ut'iu (un tireur de sarbacane au chacal). On les voit fréquemment représentés avec des nez d'une dimen- sion extraordinaire, remplacés assez souvent aussi par des trom- pes, analogues à celle de l'éléphant ou du tapir, animal sacré chez les anciens indigènes; leur nom est encore Xmucané et Xpiyacoc, la Grand'' Mère et le Grand-Père, Conservatrice et Pro- tecteur, deux fois Grand'Mère et deux fois Grand-Père : ils sont les enchanteurs et les devins par excellence, la Grand'Mère etleGrand- Père du soleil et de la Tune (1). Les deux seconds sont nommés, dans le texte quiche, Tcpeu (Celui d'en haut ou le Dominateur) et Gucumatz (Serpent orné de plumes, le même que Quetzalco- Jiuatl) ; mais, sous ce dernier, nom, ils sont désignés aussi tous en- semble, parce que, ajoute le texte, « ils sont enveloppés (comme d'un manteau) dans une ombre de vert et d'azur, » c'est-à-dire revêtus, voilés de mystère et de sainteté (2). En général les deux derniers paraissent commander, ce sont les deux premiers qui agissent. Oxomoco et Cipactonal (Xmucané et Xpiyacoc), souvent confondus dans les anciennes traditions, alternativement mâle et femelle, ont bien Tair cependant d'avoir été deux êtres distincts : Oxomoco serait la femme, Cipactonal le mari. Celui-ci fait inter- venir le soleil pour former l'homme (3), celle-là recueille le maïs dont elle* le nourrit. On la voit fréquemment représentée, ac- croupie devant le metlatl ou pierre à broyer, occupée à préparer les aliments dont elle a inventé l'usage, et c'est pour cela que la langue nahuatl l'appelle Centeotl ou plutôt Centeocihuatl, la (i) Ces litres se retrouvent dans plusieurs religions antiques de notre continent. (2) Tous étaient quetzalcohuatl, à cause du caractère sacré et mystérieux dont ils étaient revêtus. Ce mystère t'ait allusion aussi à l'enveloppe sacrée tlaquimîlcMï) rlont il? sont les gar- diens, à la majesté, au feu enveloppé du Livre Sacré, qui parlait la nuit aux chefs sacrificateurs. (3) Dans le Livre Sacré on les appelle aussi l'un et l'autre Ahgih,^ ceux du soleil ou les maîtres du soleil (astrolo- gues), titre qui devint celui des prê- tres dans ces contrées. GK1X — déesse du Maïs (1). On la nomme aussi Téteoïiuui, la Mère des dieux, etToci, notre aïeule (Atit (2.), dans la langue quichée). Mais c'est à tort qu'on a voulu la confondre avec l'Eve de Moïse, la mère du genre humain. Elle était simplement la mère et l'aïeule de la race nahuatl : ce serait encore la môme que Xochitl (Fleur), xx° signe du calendrier, interprété Hun-Ahpu dans celui du Guate- mala (3). Ne serait-ce pas en mémoire de ce génie femelle, associé ici aux trois dieux mâles, que l'on aurait vu plus tard au nord et au sud, une femme-chef, associée à la souveraineté des princes floridiens et natchez, ainsi qu'aux trois rois du Zenu, sur les bords du Magdalena? Les uns et les autres avaient, d'ailleurs, comme on le verra bientôt, des institutions et des symboles qui procédaient évidemment d'une origine nahuatl. ACipactonal on donne dans les langues de l'Amérique centrale le titre de Mam, l'Ancien ou l'Aïeul ; il porte celui de Cipactli, ou fmox, sous lequel il commence le calendrier. Il est appelé aussi Tonacateuctli ', le seigneur de notre subsistance, et Ometeuctli, deux fois seigneur, comme la femme Oxomoco est appelée Tona- cacihuatl, la dame de notre subsistance, et Omecihuatl, deux fois dame, en leur qualité de seigneurs de VOmeyocan, lieu de délices mystérieux, qui parait être un second nom du Touacatepetl, la Montagne de notre subsistance, le Pan-Paxil et Pan-Cayala du quiche, découvert par Quetzalcohuatl, et dont ils s'étaient rendus (1) Centeotl ou Centeuhtli (seigneur ou dieu du maïs) est plutôt 1« mâle de Centeocihuall (la déesse du maïs), ap- pelée aussi Chicomecohuall, Sepi-Ser- pents (peut-être parce qu'elle nourrit les sept dieux survivants au naufrage. Sahagun dit qu'elle était repré-entée avec une couronne sur la tête, ayant dans la main droite un vase, et dans la gauche un bouclier orné d'une grande fleur; ses sandales et ses vêle- ments étaient de couleur verte {Hist. yen. de Nueva-Espana, lib.i, cap. 17). (2) Atit, dit une tradition guatémal- tèque, était la femme de Copichoch, de la race de l'an, Dan ou Tamub. D'elle vient le nom d'Atital-huyu, montagne d'Atit, au volcan d'Atiilan, Son nom est aujourd'hui synonyme d'un fantôme cpie les Indiens s'ima- ginent voir de nuit dans un rocher en saillie, un tronc d'arbre isolé, etc.; ils en ont fort peur. (3) La différence du signe et du personnage dans les jours du calendrier embarrassait beaucoup Ximenez, qui ne pouvait s'en rendre compte, quand les indigènes lui disaient queHunahpu et le signe Heur étaient la même chose. Dans le n" 35 du Codex Borgia, le xxc caracière est le signe Xochitl, fleur; mais la figure qui est assise à gauche du tableau est relie de Toci, notre aïeule, dite aussi Tecitzin, aïeule des humains (Fahregat, Esposizwne ilal Codiçè Borgia). — GX5 — les maîtres par la violence, en tuant Utïu ou le chacal, qui en était le gardien (1) : c'est là qu'on trouve encore Oxomoco représentée sous la figure de C ihuacohuatL la femme serpent ou le serpent fe- melle, également confondue quelquefois avec Eve par des auteurs modernes, mère des deux serpents jumeaux, cocokua, qui ne sont autres que les deux frères qui se succèdent mystérieusement de génération en génération, dans leur lutte contre Xibalba (2). Dans Tlaltetecui et Xuchicaoaca on revoit les personnages de Tepeu (le Dominateur) et de Gucumatz (le Serpent orné de plumes), qui paraissent quelquefois n'en faire qu'un seul, pour former une sorte de trinité mystérieuse avec Oxomoco et Cipactonal. Car, ajoute le texte quiche, développant ici le dogme le plus élevé de la théologie américaine, « ils sont sur l'eau comme une lumière » grandissante. Ils sont enveloppés de vert et d'azur, voilà pour- » quoi leur nom est Gucumatz (Quetzacohuatl) . Des plus grands sa- » ges est leur être : voilà pourquoi le ciel existe, comment existe » également le Cœur du ciel, cartel est le nom de Dieu, c'est ainsi » qu'il s'appelle . » C'est alors que sa parole vint ici avec le Dominateur, le Puis- » sant Serpent dans les ténèbres et dans la nuit et qu'elle parla » avec le Dominateur, le Puissant Serpent. Et ils parlèrent : alors » ils se consultèrent ; ils se comprirent, ils joignirent leurs paroles o et leurs avis. » Alors il fit jour, pendant qu'ils se consultaient : au moment » de l'aurore, l'homme se manifesta tandis qu'ils tenaient conseil (i) On dirait Hercule luani le dragon pour enirer au jardin des Hespérides. (2) Cocohua. littéralement, signifie deux serpents; mais il est employé joujours pour exprimer l'idée de deux tumeaux; de là, le mot provincial es- pagnol du Mexique coache, qui ne dit pas autre chose. Ges jumeaux sont dan^ [e Livre Sacre le» Hun-Ahpu, qui se succèdent deux par deux pour com- battre Xibalba ; on les voit représentés quelquefois comme deux serpents rou- lés autour d'un bàtoh, assez semblable au caducée de Mercure, inexplicable dans la mythologie européenne ou asiatique, et dont M. Aubin dit qu'on doit chercher l'origine en Amérique. C'est le même symbole qu'on voit placé au titre de ce livre, l'anneau en pierre du jeu de paume, par où les joueurs devaient faire passer le ballon pour gagner la partie. Celui-ci était ratta- ché à la muraille du jeu de paume an- tique, dont on voit les ruines à Chi- chen-Itza, où il a été dessiné. Son dia- mètre réel est de 4 pieds anglais. — CXXI — » sur la production et la croissance des bois et des lianes, sur la » nature de la vie et de l'humanité, (opérées) dans les ténèbres de » la nuit, par celui qui est le Cœur du ciel, dont le nom est Hurakan. » L'éclair est le premier de Hurakan ; le second est le sillonne- » ment de l'éclair (le petit doigt de l'éclair j ; le troisième est la » foudre qui frappe, et ces trois sont du Cœur du ciel (1). » Ce dogme de la trinité dans l'ouragan , n'est exprimé que trois ou quatre fois de cette manière dans le Livre Saci^é; quoi- qu'il y soit fait allusion assez souvent sous d'autres noms. Mais Tepeu et Gucumatz, Celui d'en haut ou le Dominateur, et le Serpent orné de plumes, reparaissent fréquemment, parfois sous des noms et des symboles analogues, au point qu'ils sem- blent se confondre en une seule personnification , d'autres fois sous des caractères entièrement distincts. Dans l'inscription des divers calendriers d'origine nahuatl, ainsi que nous l'avons dit plus haut, le premier après Cipactli (Imox), c'est Êhecatl \Ig. dans l'Amérique centrale), l'esprit, le souffle qui anime tout, le vent de la nuit, Opu ou l'invisible, personnification, sans doute, de Hurakan, l'ouragan, appelé aussi le Cœur de la mer, le Cœur du cieL le Centre de la terre, où il souffle la tem- pête. On lui prête par conséquent les mêmes attributs qu'à Tlaloc (le fécondateur de la terre), représenté la foudre à la main et commandant aux orages (2), puis ceux de Xiuhteuctli (le maî- tre du feu ou de l'année) et aussi ceux de Tetzcatlipoca (celui du miroir fumant?) lançant la foudre et qui souvent paraît avec de grandes lunettes devant les yeux (3). Cependant, par l'effet d'une transition assez ordinaire dans cette théogonie, Éhecatl, l'esprit J) « C'est le Pu issant qui a créé les dieux et qui leur survivra. Les hom- mes n'osenl point lui donner un nom. Peut-être est-ce lui qu'ils adorent dans cette trinité mystérieuse , nommée deux fois seulement dans l'Edda (mais plusieurs t'ois dans le Livre Sacré des Quiches}, Har, Jafn-har et Thriddi, c'est-à-dire le Haut, celui qui est égale- ment haut et le troisième. Il est dit que le Fort d'en haut, qui gouverne idoles choses, viendra juger le monde et que le temps ne peut rien contre ses décrets (Ozanam, Etudes germaniques. — Les Germainsavantle Christianisme, tom.i, page 30.) Le Dominateur (Celui d'en pan t), le Puissant-Serpent, c'est presque le Fort d'en haut des Scandinaves. (2) Torquemada, Monarq. lnd. lib. vi, cap. 23, et iib. x, cap. 31. '3) Ainsi que dans la planche qui est en tête de ce livre. CXXll — ièo ou le vent, se personnifie dans Quetzalcohuatl ; celui-ci devient alors le dieu de la pluie ; ensuite il se trouve chargé de balayer les nuages devant Tetzcatlipoca, qui devient le soleil, Tonatïuh, le resplendissant, dans la langue nahuatl. C'est pour cela sans doute qu'il reparaît dans les mêmes calen- driers, immédiatement après Éheco.tl (ou Ig, dans le quiche), sous les noms divers de Votan, d'Orfon et à'Akbal, mot vieilli de la langue sacrée du Quiche, signifiant le Vase (1), avec les attributs de Quetzalcohuatl; par une transformation analogue à celle du Wodan germanique (2), il est représenté comme le dieu des ba- tailles, Huitzilopochtli, et revient sou s l'image de Teo-yao-tlatohua, Celui qui proclame la guerre sacrée (3). Il est appelé aussi Toteouh, notre dieu, de Teotl, dans la langue nahuatl, et la tradition qui- chée dit expressément qu'il est le même que Toh ou Tohil (la pluie, le bruit du tonnerre et le cliquetis des armes) ; c'est le Han-pic-toh des Mayas (Un chef de huit mille Lances), adoré quel- quefois sous l'image d'une lance de silex ou d'obsidienne, le Tec- patl mexicain. Ces divinités, dont on pourrait multiplier ici les dénominations et les symboles, si divers en apparence, représen- taient simplement la diversité des attributs dont les fondateurs de la religion antique avaient revêtu les grands dieux ou héros échap- pés à l'ouragan et qu'ils identifièrent avec la nature entière. Ce culte se rapportait sans doute à celui dont les Nahuas avaient reçu les principes dans leur patrie primitive et qu'ils travaillèrent à in- troduire dans les contrées qu'ils colonisèrent. (1) C'est le Vase ou la Marmite mys- térieuse, le Con ou Comitl de la lé- gende mexicaine qui joue un grand rôle dans les mythes primitifs, comme nous le verrons ci-après. Constatons seulement ici qu'il parait identique avec Quetzalcohuatl. (2) Hunziker, Etudes de Mythologie allemande, dans la Revue Germani- que, du 15 mars 1861, pag. 9. (3) Fabregal, Expos, dcl Codice Borgia. < .XX I 11 — § VIII. Vukub-Cakix, Zi'pacna et Cabrakan, symboles des géants américains. Xibalba ou l'empire primitif, symbole de l'enfer. Tulan ou Toltecat, cité de la race nahualt. Rivalités des di- verses races. Le Jeu de paume, image de leurs luttes. Epopée de Hun-Ahpu et de Xba- lanqué. Triomphe de la race nahuatl. A la suite des idées relatives à la divinité, le récit du Livre Sacré passe à la création des animaux, que les créateurs ren- voient dans les forêts, à cause de leur inaptitude à glorifier, par leur langage, le nom de leurs auteurs (1). Ceux-ci procèdent après à la création de l'homme, qu'ils font de terre glaise, mais dont l'intelligence bornée les dégoûte de leur ouvrage. Ils le détrui- sent et demandent aux deux enchanteurs, Xmucané et Xpiyacoc, de leur faire connaître de quoi ils devraient former un homme capable de célébrer leurs louanges et de soutenir les autels des dieux. Les deux devins jettent le sort; ils déclarent que l'homme doit être fait de faite (2) et la femme de zibak (3). Ce récit de deux catégories d'hommes, créés à des époques diverses, appartient à une idée d'une grande importance. On croit y reconnaître en même temps une allusion à deux races distinctes, et à la différence des castes de la société américaine , la caste servile et grossière vouée au travail des mains, et la classe des artisans et des labou- reurs, composée d'hommes utiles, matériellement parlant, mais incapables de soutenir le ciel, de supporter les autels des dieux ; car « ils ne pensaient ni ne parlaient devant leur Formateur et leur Créateur. » Cette faculté était réservée à la noblesse et au sacerdoce, aux prêtres et aux guerriers, dont l'institution n'arrive, dans le Livre Sacré, qu'après le long récit de la lutte contre Xi- (1) Livre Sacré, pag. 15. (2) Le tzité, appelé tzonpantli, dans 1 a langue nahuail, estime sorte de liège américain; il produit de longues baies, venfermant des haricots d'un beau rouge, qu'on appelle, je crois, graine d'Amérique, lesquels servaient et ser- vent encore aujourd'hui à tirer le sort parmi les indigènes. (3) Zibak, suivant un de mes Voca- bulaires quiches, est la moelle d'une sorte de petit jonc, avec lequel les in- digènes l'ont des nattes. D'après un autre document* c'est le sassafras, — CXXIV — balba et le triomphe définitif de la race nahuatl; mais elle est ac- compagnée ici de circonstances d'un extrême intérêt pour l'his- toire de la civilisation américaine. Ce qui mérite encore de fixer l'attention, c'est l'analogie que présente le fond de ce récit avec celui du Pàgsmaal, dans les antiques annales sacrées du Nord (1). Observons, en passant, d'ailleurs, que la première création qui est celle des animaux, paraît désigner une classe distincte d'hom- mes, séparés de la première société américaine, les sauvages, comparés à -des brutes et à des bêtes fauves (2) . La facilité avec laquelle on discerne ici le mythe de la vérité historique est re- marquable : à la suite de la seconde création humaine, vient la description de l'ouragan qui détruisit cette société ; elle continue avec l'étalage de l'orgueil de Vukub-Cakix, qui devient une des premières victimes de l'ambition des Nahuas, après les événe- ments de l'inondation et la découverte de la région de Pan-Paxil, Pan-Cayalà. Pour connaître les incidents de cette lutte, soulevons, à l'aide du Livre Sacré, les voiles dont elle s'enveloppe dans les rituels du Mexique et de l'Amérique centrale, où ses conséquences ont si puissamment influé sur les doctrines et sur les sociétés dès les temps les plus anciens. Les traditions qui rapportent à Oxomoco et à Gipactonal l'ori- gine du nouveau calendrier, sj accordent à dire qu'il commença à courir au signe Ce-Tochtli, Un-Lapin, caractère de la nation tol- (1) Complément de l'E?icyclopédie moderne, Paris, Didoi, 1856. Dans un article fort remarquable sur VEdda, M. Oscar de Watte ville termine ainsi :«Par cette analyse du Rigsmaal on peut entrevoir peut-être combien ce chant soulève de questions imporiantes. On peut y rechercher- les origines de la constitution sociale des anciens peu- ples Scandinaves. On y voit la religion invoquée pour expliquer la séparation de la société en trois classes ou, pour mieux dire, en trois castes bien dis- tinctes. La caste noble, sacerdotale et militaire, qui commit les Runes, qui s'entretient directement avec les dieux, dépositaires de la doctrine, du culle et de l'épée. La caste libre, celle des artisans et des laboureurs. Enfin la caste servile, vouée aux travaux les plus grossiers. » Ce sont exactement les mêmes attributs que les Créateurs accordent aux quatre hommes de la quatrième création. Voir Livre Sacré, pag. 199 et suiv. (2) Le mot chicop, animal, brute, peut impliquer à la fois les bêtes fau- ves, oiseaux, etc., ainsi que les hom- mes brutes, sauvages ou barbares. — VA XV — lèque : tout, dans les mêmes documents, tend à faire croire qu'il fut inauguré à Téotihuacan et solennisé dans cette ville parles pre- miers sacrifices humains (1). Jusqu'à présent, les calculs chronolo- giques n'ont donné rien de précis sur l'époque de cet événement ; ce qui parait certain, toutefois, c'est qu'entre le temps où il fut composé et celui où il fut publiquement adopté et mis en vigueur, il se passa un intervalle de plusieurs siècles. Alors eurent lieu ces guerres fameuses des dieux et "des géants, dont toutes les tradi- tions américaines sont remplies, comme celles de l'ancien monde, mais que l'histoire, conservée dans le Livre Sacré des Quiches, se charge d'interpréter d'une manière bien plus rationnelle et plus satisfaisante que ne le font les annales de notre continent. Y •.Vassaux et tributaires des Quinamés (Ghanes ou Colhuas), après leur colonisation à Pan-Paxil ou à Tulan, les Nahuas, du moment qu'ils se sentirent assez forts, travaillèrent à affaiblir la puissance de Xibalba, d'abord au plateau de Cholullan, où l'un de leurs chefs avait bâti la grande pyramide connue sous le nom de Tlachihualtepec (2), ou le Mont de la Sentinelle, en mémoire des désastres de l'inondation, ensuite {Jans les provinces plus rap- prochées de la capitale, et soumises plus directement à l'autorité de l'empire primitif. Les noms anciens conservés à quelques lo- calités de la république actuelle de Guatemala (3), donnent tout lieu de croire que les premières tentatives faites par les Nahuas, soit pour conquérir leur indépendance, soit pour renverser la puissance chane, éclatèrent dans cette contrée, voisine, d'ailleurs, de celles auxquelles les Mexicains conservèrent, jusqu'au temps (1) Codex Chimalpopoca , dans YHist. des Soleils. (2) Rios in Cod. Vatic. Un grand nombre d'auteurs depuis la conquête crurent voir dans les légendes généra- lement mal traduites relatives à la py- ramide de Cholullan une allusion à la tour de Babel. (3)Cesnoms se retrouvent d'ordinaire dans les Titres territoriaux et gé- néalogiques des populations indigènes, titres constatant les possessions terri- toriales des villes et des tribus, portant les noms de toutes les anciennes limi- tes, des villages, des bourgs limitro- phes, des champs, des montagnes et des rivières, titres, contrôlés et légali- sés depuis la conquête, par ordre des rois d'Espagne, valables encore aujour- d'hui devant les tribunaux, dans les contestations qui s'élèvent entre les indigènes ou entre eux et les descen- dants des Espagnols. Nous possédons plusieurs originaux et les copies de plusieurs autres, dont nous aurons oc- casion de parler plus loin. — CXWl — de la conquête, le nom de Tlapallan, et les traditions locales ce- lui de Xibalba (1). Dans le Livre Sacré, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, la lutte se dessine à la suite de l'ouragan et de l'inondation : comme nous le disions également, elle se personnifie du côté colhua dans un prince puissant du nom de Vukub-Cakix, chef apparemment d'une nation limitrophe de Pan-Paxil et pour cela même plus im- médiatement en contact avec les Nahuas. Lé portrait que le texte antique a laissé de ce prince et de ses deux fils, répond assez à celui que la tradition mexicaine a tracé des Quinamés, et si l'on n'était en Amérique, à voir leur orgueil qui défie les dieux, on croirait y retrouver l'origine des Titans, escaladant le ciel pour détrôner Jupiter. Vukub-Cakix se vante d'être l'égal du soleil et de la lune- : son fils aîné, Zipacna, roule les montagnes et en une nuit fait sur- gir les volcans du Guatemala. Le second, Cabrakan, dont le nom est encore aujourd'hui synonyme de tremblement de terre, les remue par le seul effet de sa volonté et bouleverse la terre et le ciel (2). Qui saura mettre un terme à cette puissance malfaisante, qui parviendra à humilier ^es êtres superbes? Hurakan suscite pour les ruiner deux frères (cocohua, deux serpents ou jumeaux), deux Hun- Ahpu (Un Tireur de Sarbacane), petits-fils deXmucané et de Xpiyacoc. Ceux-ci reparaissent sous les noms de Zaki- {\)lxl\i\xoc\i\l\txme Relation, Cruel- dades de los conquistadores, etc.'pag. 112. — Alvarado écrivant de Tecpan- Gualémala à Cortès dit : « Je partirai » de cette ville pour aller reconnaître » le Tapallan, qui est dans l'inté— » rieur, à quinze journés de marche » d'ici. On prétend que la capitale, est » aussi grande que Mexico, etc. » Cette désignation parait se rapporter au Honduras, qui fut depuis conquis par Alvarado, mais tellement désolé et saccagé qu'il n'est guère resté d'autre souvenir de cette conquête qu'un mas- sacre continu et à peine quelques noms. Quant au nom de Xibalba, quoique pris généralement en mau- vaise part, on le regardait, à l'époque de la conquête, comme une contrée située au nord de la Verapaz ; c'est à peu près la situation de Palenqué. (2) Cabrakan est un mot de la même origine que hurakan, c'est-à- dire des Antilles, où ils avaient appa- remment un sens plus intelligible que dans le quiche. Il y a encore à peu de distance de Quezaltenango, au Guate- mala, un village indigène de ce nom, dit aujourd'hui Cabrican. En rappe- lant ici ce mythe, ajoutons avec Hum- boldt « qu'il est bien remarquable que «la Lyctonie et l'Atlantide soient les » seuls (mythes) qui, sous l'empire de » Neptune'dont le trident fait trembler » la terre, soient engloutis par de » grandes catastrophes. » Essai sur l'hist. de la géogr. du N. -Continent, tom. i, page 171. — ■ (1XXVII — Nim-Âh (le Grand-Sanglier-Blanc), et de Zaki-Nima-Tzyiz (le Grand-Blanc-Piqueur d'Epines) et travaillent avec eux à la défaite de Vukub-Cakix. La ruse et la perfidie sont leurs armes princi- pales, ce qui laisserait croire que les Nahuas étaient faibles en- core. Vukub-Cakix est vaincu le premier ; on le prive de la vue et des richesses qui le rendaient si superbe. Zipacna, après avoir fait tomber dans le piège les Quatre-cents-Jeunes-gens (1), com- pagnons de Hunhun-Ahpu, est pris lui-même dans une embûche que les deux frères lui avaient dressée, au pied du mont Meavan (2) : ceux-ci excitent sa gourmandise avec une écrevisse monstrueuse, qu'ils ont fabriquée par leurs enchantements, au fond d'une ca- verne où Zipacna entre pour la chercher; mais dès qu'il y est en- tré, les deux frères font écrouler sur lui la montagne, et il de- meure dessous changé en rocher. Restait Gabrakan : c'est aussi par son appétit vorace qu'ils le prennent; après l'avoir dépouillé de sa puissance, ils retendent sur le sol et l'ensevelissent sous la terre. Ainsi périssent Vukub-Cakix et ses deux fils, qui paraissent avoir été les personnifications les plus importantes de la race des géants américains. Dans une tradition, conservée par Ixtlilxo- chitl (3) , les Nahuas, à bout d'oppression et de tyrannie, auraient invité à un festin les plus fameux d'entre les Quinamés, qu'ils égorgèrent après les avoir enivrés. Ce sont peut-être des tribus de cette race qui, après succombé sous les coups des Nahuas, émigrè- rent, quelques siècles avant notre ère, vers l'Amérique méridio- (1) Omuch- Qaholab; le premier mot omuch, en quiche, ainsi que centzôn, dans la langue nahuatl, est un nombre indéfini pour dire, monceau, multitude, beaucoup ; défini il signifie 400. Qaho- lab, pluriel de qahol, garçon, jeune homme, fils. Dans la province de Xuchiltepec, au Guatemala, ou trouve encore une localité, nommée Omuch- Qaholab, souvenir peut-être d'un fait historique ou d'un mythe antique. Plus loin au sud-ouest une autre localité aujourd'hui couverte de bois et de broussailles s'appelait Omuch- Cakha, les 400 Pyramides, à cause des nom- breux tumuli qu'on y voyait, tombeaux peut-être des Nahuas vaincus. Omuch, monceau, est le nom qu'on donne aux Pléiades, qui devinrent le séjour des 400 compagnons des Hunahpu, après leur apothéose. Comme ils périrent dans une orgie de liqueur fermeniée (chicha), on les retrouve au Mexique comme les patrons des ivrognes sous le nom de Centzon-Totochtin, les 400 Lapins. (2) Meavan est le nom d'une mon- tagne considérable baignée par les eaux du Lacandon ou Uzumacinta et qui s'élève au nord-est du Quiche. (3) Hist. des Chichimèques, tom. i, chap. 1. GXXVUI — nale, où elles auraient porté le culte du soleil, figuré par l'Ara, des- cendant du ciel ( Vukub-Cakix, Ara sept fois couleur de feu), que quelques voyageurs croient reconnaître dans les têtes de perroquet ou de condor, sculptées sur le portique monolythe deTiahuanaco, au Pérou. La grande épopée qui comprend l'histoire des Hun-Ahpu et où, sous l'image des neuf épreuves de Xibalba, on trouve les événe- ments de la lutte des Nahuas, se présente à la suite du chapitre de la défaite de Cabrakan. Malgré les voiles dont l'auteur du texte quiche cherche encore à couvrir la vérité, son récit prend cepen- dant un caractère tout à fait historique, et à mesure que l'action avance, elle se dégage de plus en plus des symboles primitifs. En- tre les divers Hun-Ahpu qui apparaissent sur la scène, on distin- gue aisément plusieurs générations de chefs qui combattent tour à tour contre Xibalba, dont le nom mystérieux se rencontre ici pour la première fois dans le Livre Sacré. Inventé par la haine, le res- pect ou la terreur, pour caractériser l'empire primitif, Xibalba désigne indubitablement la nation ou le pays que les annales du Mexique font connaître sous celui de Tlapallan, quoique, dans les traditions religieuses de cette contrée, Mictlan corresponde plus di- rectement à la dénomination de Xibalba. Les missionnaires, son- geant peu à se rendre compte de la signification que l'antiquité attachait à ce mot, crurent y découvrir Y enfer du dogme chré- tien, dont il avait jusqu'à un certain point l'acception dans l'idée du vulgaire (1). C'était là, disait-on, que les âmes descen- daient après qu'elles avaient été séparées de leur enveloppe maté- rielle. Mictlan, en effet, étymologiquement est le séjour des morts (2), comme Xibalba, le pays des fantômes, bien qu'ancien- (1) Sahagun, Hist. gen. de las cosas de N. -Espana,\\b. m, in append. cap. 1. (2) Demie, racine de miqui, mourir, et tlan, les dents, au bord, auprès. Il existait plusieurs localités du nom de Mictlan, au temps de la conquête ; on en connaît un surtout fort célèbre à 1 I. de la ville d'Oaxaca, séjour d'un pontificat souverain et où l'on enterrait les princes et les prêtres du Zapoteca- pan. C'est de là que M. Charnay a rap- porté une collection de photographies qui donnent une haute idée des anti- ques édifices de Mictlan (Mitla). Il y en avait un autre, non loin du lac Huixa, au Guatemala , sanctuaire dédié à Quetzalcohuatl , dont on retrouve encore la trace dans le village de Mita. GXXIX nëment ils aient dû présenter une idée différente (1) ; mais la caste noble et sacerdotale savait fort bien que les assemblages d'édifices qu'on désignait de cette sorte, outre qu'ils servaient aux rois et aux pontifes de lieux de sépulture, étaient destinés aux épreuves des initiations antiques. Le Manuscrit Cakchiquel, mentionnant la classe guerrière des Nahuas, au moment de sa création pour la dé- fense de Tulan, qui est en Xibalba, donne à cette contrée les titres de riche (forte) et de glorieuse ou puissante. Les rois de Xibalba sont deux, le premier et le second, désignés, dans le Livre Sacré, sous les noms allégoriques de Hun-Camé (Un Mort) et de Yukub- Camé (Sept Morts), juges suprêmes de l'empire : ils ont sous eux dix autres rois, toujours nommés deux par deux, souverain chacun d'un grand royaume et formant avec eux le grand conseil de l'É- tat (2). Tous les princes de la terre, est-il dit, étaient tributaires de leur puissance et ils n'étaient princes que par la volonté de Hun- Camé et de Vukub-Camé. Le Livre Sacré étant, avec le Manuscrit Cakchiquel, le seul do- cument qui offre quelques données sur Xibalba, c'est de là qu'il faut chercher à extraire tout ce qui peut servir à éclairer ce sujet obscur. Dans la route qu'on fait suivre aux Hun-Ahpu pour y arri- II peut donc y avoir eu aussi plusieurs Xibalba. (1) Par le changement des consonnes qui a lieu fréquemment d'une langue à une autre, il pourrait y avoir eu Tzibalba, pour Xibalba, ce qui don- nerait taupe peinte au lieu de taupe effrayante, titre qui serait assez d'ac- cord avec l'usage où les Xibalbaïdes étaient de se peindre. (2) Sans chercher à faire prévaloir ici aucune opinion particulière, il ne sera pas inutile de faire remarquer au lecteur les analogies que présente l'empire de Xibalba avec celui des Atlantes, dont il est question dans le dialogue de Critias de Platon. L'un et l'autre sont des contrées magnifiques, puissamment fertiles et abondantes en métaux précieux : l'empire des Atlan- tes est partagé en dix royaumes, et ce sont cinq couples d'enfants mâles et jumeaux, fils |d'Atlas, qui en ont le gouvernementt Ces dix royaumes for- ment une confédération, dont les chefs s'assemblent pour composer un tribu- nal d'où ressortent toutes les grandes affaires de l'Ktat. Les descendants de ces dix princes gouvernent après eux : mais la prospérité finit par les perdre. La soif du luxe et des richesses les porté à dépouiller les peuples, à con- quérir les provinces, etc. Alors Jupi- ter, gardien des mœurs et vengeur des lois, vit leur dépravation et réso- lut de les punir. Il convoqua l'assem- blée des dieux... Ici finit le texte de Platon, dit Bailly, le reste manque. Mais on voit que le philosophe allait raconter la submersion de l'Atlantide, la destruction de ses habitants et la présenter .comme un châtiment cé- leste... {Lettres sur l'Atlantide de Platon, pag. 39.) Les dix rois soumis au sceptre de Hun-Carné et de Vukub- Camé, leur portrait que nous donnons un peu plus loin, d'après le Livre Sa- cré, etc., prêtent certainement à de eu- — GK XX — ver, il est fréquemment question de descentes rapides, qu'on pren- drait pour des escaliers, si on ne savait par l'expérience qu'on ac- quiert, en voyageant dans l'Amérique centrale, combien sont rai- des les chemins par où l'on passe des plateaux supérieurs aux val- lées inférieures ou aux plaines situées sur l'un ou l'autre océan (i). Ajoutons à ce renseignement le trajet d'un fleuve impétueux qui roule ses ondes entre des rochers amoncelés, une ou deux rivières bourbeuses, une contrée où croissent les calebassiers, et l'on pourra en conclure que celle où les rois de Xibalba faisaient leur séjour, devait se trouver sous une latitude assez chaude. Quoique vague, cette description répond au territoire où l'on arrive, en des- cendant le versant septentrional de la dernière Cordillière de la Verapaz, dans laquelle existe encore aujourd'hui la bourgade de Garchah. C'est le point de départ de cette vaste région qui est presque déserte actuellement, arrosée par les eaux des deux grands bras de l'Uzumacinta, le Lacondon et le Gancuen (Rio Pasion) com- prenant le Peten, avec ses lacs, et l'ancien pays bas d'Acallan, jusqu'au delà peut-être des limites de l'Yucatan. Les noms à'Ah- Tucur et tfAh-Tza, attribués aux populations xibalbaïdes et à leurs chefs (2), donneraient à penser même que les Âh-Itza, ou habitants du Peten et les Itzaob, chassés à diverses reprises de Potonchan rieuses comparaisons. 11 n'ymanque ni l'inondation qu'on a vue plus haut, ni même le nom d'iif/as,dontl'étymologie ne se trouve que dans la langue nahuatl, iïatl, eau, et l'on sait qu'une cité à'At- lan (Acla), Auprès de l'Eau, existait en- core sur l'isthme de Panama, du côté de l'Atlantique, au momentdela conquête. (1) Pour descendre de Tumbala à Palenqué et de la Verapaz aux régions basses du nord, il est impossible à la plupart des voyageurs de se servir de chevaux ou même de mules ; à moins d'aller à pied, il faut se faire porter assis sur une chaise sur le dos d'un Indien : la route ou plutôt le sentier ressemble à une suite d'escaliers dans le roc, descendant ou montant à des hauteurs prodigieuses. (2) A h- Tueur, que nous traduisons dans le texte du Livre Sacré par ces mots de la nature des hiboux, veut dire aussi habitants ou maître du lieu qui s'appelait Tueur ou Tucurub. et il v aencore un village de ce nom dans la Verapaz, San Miguel Tucurub, L'autre nom, ah-iza, en réunissant les deux mots, signifie méchant, celui du mal, celui de l'inimitié, ou l'ennemi. Mais il se pourrait qu'il se prit anciennement de itza, les mots de ce genre perdant fréquemment leur première voyelle. Itza vient de itz, le mal, le sortilège, la sorcellerie, d'où ah-itz, celui du sortilège, le sorcier. Tza et itza sont souvent confondues. Ah-ltza était le nom des populations voisines du lac de Peten, dont les îles furent leur der- nier refuge. Une tradition (qui me pa- raît peu sûre) les fait venir de Chi- chen^ltza, dans l'Yucatan ; dans la langue maya, itz-a ou itz-ha signifie douce eau, et Chichen-Itza, ouverture du puits d'eau douce.. Gravé chez. Erhard. . Paris- Inip .B cctpust — GXXX1 et de Chichen-Itza par les Tutul-Xiu (1), auraient été des débris de cette race antique : retendue, comme le caractère remarquable des ruines qu'on découvre tous les jours dans ces contrées, tend à confirmer ces limites et à accréditer l'opinion que l'une ou l'au- tre de 'ces grandes cités, ensevelies aujourd'hui dans l'épaisseur des forêts, devait être le siège de l'empire primitif. On a voulu le trouver dans les ruines de Palenqué : mais rien encore n'est venu confirmer cette assertion, et on n'a pas davantage de certitude pour Tulan, quoiqu'on prétende reconnaître sa situation dans les environs d'Ococingo. Ce qu'on peut regarder comme avéré, ce- pendant, c'est que la vallée de Ghovel (Giudad-Real de Chiapas) faisait partie du royaume de ce nom, et que la ville de Zotzlem, autrement dit Izinacantlan (2), en était comme un poste avancé à l'ouest : la tradition, conservée par Ordoïïez, assignait également aux Nahuas la fondation de la ville de Ghovel, et l'on sait que Teo- pixca, qui en était voisin, fut considéré, même après la conquête, comme l'héritage de la famille des prêtres de Votan (3). Le peu de traditions fournies par Ixtlilxochitl, au sujet de Tla- pallan ou de Huehue-Tlapallan, ne nous renseigne en aucune ma- nière sur le caractère du peuple ou des princes de cette contrée : c'est encore a.» Livre Sacré que nous devons avoir recours. Le portrait qu'on en trouve dans le texte quiche emprunte naturel- lement à l'hostilité séculaire de Nahuas pour Xibalba les couleurs odieuses dont il est revêtu. « Ils aimaient, dit-il, à faire la guerre a aux hommes. Ils n'étaient pas des dieux (ainsi qu'ils le disaient), » mais ils inspiraient la terreur : ils étaient méchants (ah-tza), de » la nature des hiboux (ah-tucur), excitant le mal et la discorde; » ils étaient également de mauvaise foi, en même temps blancs et (1) Chronologie en langue Maya, MS. de doD Pio Perez. Les Tutul-Xiu étaient une famille sortie de Tulan et de la race nahuatl. du mont où s'élève l'ancienne forte- resse, à 2 1. de Ciudad-Real. (3) Hist. del cielo y de la tierra< Ghovel ou Hovel signifie en tzendal (2) Zotzlem,, demeure des Chauves- Lieu de paille ou d'herbe; de là le Souris, en langue zoizlem et tzendale; nom de Zacatlan que donnaient les Tzinacantlan dit la même chose en Mexicains au pays voisin. —A une lieue langue nahuatl. C'est aujourd'hui le de Teopixca se trouvent de grandes pauvre village de Cinacantan, au pied I ruines appelées encore aujourd'hui — cxxxn — » noirs, hypocrites, tyranniques, à ce qu'on disait, En outre, ils » se peignaient avec de la couleur (4). » Ce portrait est loin d'être flatteur : il offre toutefois quelques indications, la principale, que Xibalba n'était nullement un mythe, et que ses habitants, comme encore ceux de l'Yucatan, au temps de la conquête, se peignaient le visage et s'oignaient le corps de diverses couleurs. Ajoutons qu'on trouve, également dans le texte du Livre Sacré l'usage de sacrifier des victimes humaines, en leur arrachant le cœur cje la poitrine, mais qui paraîtrait n'avoir été employé alors qu'envers les criminels. Sahagun, qui prend à la lettre ce que le vulgaire racontait de Mictlan, l'appelle en un endroit Chicuna-Mictla, les Neuf séjours des Morts, lesquels passaient pour y arriver, dans l'opinion po- pulaire, le fleuve C/ùcimaoapan, ou les Neuf-Fleuves. Ce séjour inspirait l'épouvante ; c'était une prison sans portes ni fenêtres (2). Mais il est bien certain que les Neuf-Mictlan sont les lieux d'é- preuves dont il est parlé deux fois dans le Livre Sacré et qui étaient au nombre de neuf, quoique six seulement soient nom- mément spécifiés dans le texte ; ce qu'il y a à remarquer cependant, à ce sujet, c'est que ces épreuves, tout en constatant l'existence des initiations antiques, semblent faire allusion ici à un nombre allé- gorique de localités où les Nahuas auraient tenté l^feort des armes contre Xibalba. Quoi qu'il en soit , on ne saurait douter que le Mictlan ou l'enfer du rituel mexicain ne soit un symbole de l'empire dont Hun-Camé etVukub-Camé sont représentés comme les chefs, et que ceux-ci ne soient à leur tour les mêmes person- nages que le Mictlanteuctli (seigneur du séjour des morts) et la Mictecacihuatl (la dame qui étend les morts) des traditions reli- gieuses du Mexique. L'ensemble de l'histoire, le caractère des rois, les attributs qu'on leur prête, ainsi que leurs fonctions, tout Valum-Votan, ou Terre de Votan, (1) Livre Sacré, page 189. (2) Les demeures ou lieux d'épreu- ves sont au nombre de neuf; mais i! n'y en a que six de nommées dans le Livre Sacré et moins encore dans la tradition mexicaine; ce sont : Geku- mal-ha, la Maison Ténébreuse, Chaim- ha, (aMailon des Lances d'Obsidienne, Balami-hai la Maison des Tigres, Teuh- Ha, la Maison du Froid, Gagal-ha, la Maison du Feu, etZotzin-ha,\a Maison des Chauves-Souris. Celle-ci se retrouve dans Zotzïem ou ville de Tzinacantlan. — CXXXîlI — cela confronté avec les explications du Codex Borgia ei du Codex du Vatican, ne laisse pas le moindre doute sur l'identité des per- sonnages et des traditions qui les concernent (1). Suivant les histoires toltèques, conservées par Ixtlilxochitl (2), les provinces, habitées par les Nahuas dans l'empire de Huehue- Tlapallan, étaient nombreuses et fort peuplées, et les princes na- huas les gouvernaient d'une manière à peu près indépendante du monarque chichimèque. D'après les mêmes histoires, leur cité principale, nommée Tlackicatzin, avait été fondée par des hom- mes sages et d'une grande habileté dans les arts, ce qui avait fait donner en outre à cette ville le nom de Toltecatl, qui, dans la lan- gue nahuatl, signifie ouvrier ou artiste (3). Ailleurs, les mômes auteurs racontent que les Toltèques ou Nahuas, soumis au joug des Chichimèques-Quinamés, se soulevèrent contre eux de toutes parts et en firent une grande destruction ; ils en rapportent la date au signe Ome-Toc/itli, IL Lapin, c'est-à-dire .à l'an 298 de notre ère (4). Leur ville aurait alors succédé à la suprématie de la ca- pitale desQuinamés, qu'elle aurait gardée durant près d'un siècle; de nouvelles guerres se seraient ensuite élevées entre les deux races, après quoi les Toltèques, vaincus à leur tour, se seraient décidés à abandonner leur capitale et à émigrer vers d'autres cli- mats. Ce récit* quelque court qu'il soit, concorde néanmoins avec celui du Livre Sacré et permet .d'identifier cette capitale de l'em- (1) Fabregat, Esposisione ciel Codice Boruia. (2) Ixtlilxocbiil, Sumaria Relation, etc. — Veytia, Hùt.antigua de Mexico, lom. 1, cap. 12. (3) Tlackicatzin. paraît dans sa forme un nom de personne plutôt que de lieu; Tlachicatsinco serait plus con- forme à la grammaire. Ce mot vien- drait-il de Tlachtii, le jeu de paume? Le nom de Tolfecatl qu'on donnait aussi à cette capitale toltèque primir live semblerait, avec celui de Tlachi- caizin, indiquer plutôt les noms des deux chefs de cette ville. Cependant on trouve Toltecatùma le Livre Sacre comme le nom de la cité dont Xmu- Kixvté et Xpiyaçoc (OxomocQ et fii- pactonal) étaient les fondateurs cl les princes. L'Histoire de Tcotiliuacan M S,, appartenant à la coll. de M. Au- bin, donne également à celle dernière ville le nom de Tollecat, qui est ac- compagné d'un caractère ou signe in- diquant l'espérance. Mais Toltecat a pu être aussi le nom de diverses cités de Tula ou Tulan, et il y a quelque pré- somption qu'outre celles dont nous avons déjà parlé, on pourrait bien eu découvrir une dans l'intérieur du Hon- duras ou aux frontières deSan-Salvador où parait avoir existé le Tlapatlan, dit de Cortèsî (4) Ixililxocbiil, Segunda Relation, ap. Kingsborougli, Sup. tom. ix.— Ses dates ne sont, pas toujours sûres. — cxxxiv — pire toltèque (1) avec le ïulan de Xibalba, reconnu, dans toutes les. traditions guatémaltèques, pour avoir été une source de migra- tions considérables, entre le 111e et leve siècle de l'ère chrétienne. Cependant, si Ton en croit une autre tradition , recueillie par Las Casas, c'est de la ville d'Utlatlan, choisie depuis pour la capi- tale de l'empire quiche (2), que seraient partis les chefs de la con- juration et *où elle se serait nourrie, durant plusieurs généra- tions, dans la famille symbolique des Hun-Ahpu. Mais le Livre Sacré indique clairement que les premières tentatives révolu- tionnaires eurent lieu à Nimxob-Carchah (3), qu'on retrouve dans une grande bourgade de la haute Vérapaz. Ce qui mérite ici une attention toute spéciale, c'est que cette conjuration, ces ten- tatives, et les combats qui en furent la conséquence, sont cons- tamment présentés sous l'image d'une partie de ballon, et la salle du jeu de Paume comme le grand champ de bataille des conju- rés (4). Pa-Hom, tel est le nomqivon donne à cet édifice dans la langue quichée (5), Tlachco dans la langue nahuatl : les rituels (l) Id. Tercera Rel. ibid. Dans cette relation, Ixtlilxochitl donne encore une fois un 'antre nom à Ja capitale de l'empire toltèque de cette époque; il l'appelle Huey-Xalac, et c'est de là que seraient partis les sept chefs toltè- ques dont il est question dans beaucoup d'histoires, en l'an 386. (?) Hist. apol. de las Ind. Occid. tom. ni, cap. 125. Utlatlan, dont il sera souvent question dans la dernière partie du Livre Sacré? sous le nom quiche de Gumarcaah, était une an- cienne ville dont les ruines existent encore auprès du pueblo de Saiita- Cruz del Quiche; c'est, suivant Las Casas, celle d'où serait partiXbalanqué, le vainqueur de l'Enfer. (3) Carchah, aujourd'hui transporté avec sa nombreuse population au bourg voisin, appelé San-Pedro Car- dia, à deux lieues à l'est de Coban ; celle-ci est l'ancienne capitale espa- gnole de la province de Vérapaz au Guatemala, située à 30lieues'environau nord de cette ville. Las Casas ajoute que près de là était un des chemins de l'Enfer, c'est-à-dire de Xibalba, et dans mon dernier voyage à Coban j'appris des Indiens qu'il y avait encore à six journées de là, au nord-ouest et dans la direction de Palenqué, un lieu appelé Xibalba-tzul, ou Mont de Xibalba, en langue cakchi. (4) Le jeu de paume, tlachtli, dans la langue nahuatl, ne pouvait être usité que parmi les princes ; c'était un jeu sacre, et le tlachco, ou salle du jeu, était considéré comme un temple (Voir toute la description dans Torquemada, Monarq.Ind. Mb. xiv,cap.l2).llétaitfort en usage à Haïti et à Cuba, avant la dé- couverte de l'Amérique; on l'y appe- lait batey; on Je retrouve également chez un grand nombre d'autres popu- lations américaines (Voir aussi mqn Hist. des Nations civilisées du Mexi- que et de l'Amérique centrale, tom. m, livre xii, chap. 6, p. 667). . (5) Hom, jeu fle paume ; pa hom, au jeu de paume ou de balle. Ce mot n'a pas d'autre signification dans la langue. La balle ou ballon était de gomme élastique ou caoutchouc; chez les Mexicains on ne pouvait la toucher ni avec les mains, ni avec les pieds, — ex xxv — mexicains y font également allusion à plusieurs reprises; Ton voit en particulier une scène de ce genre, représentée dans le Codex Borgia et qui, d'après les explications de son commentateur (1), a pour objet un combat entre deux races ennemies. Les chefs de la révolte sont tour à tour Hunhun-Ahpu et Vukub- Hun-Ahpu, fils de Xpiyacoc et de Xmucané (2), Hun-Ahpu et Xbalanqué (3), en qui elle est personnifiée jusqu'au moment de son triomphe et de la défaite de Xibalba. Les deux premiers ont été engendrés durant la nuit et l'obscurité, c'est-à-dire avant que le nouveau calendrier eût son cours ; mais leur père était mort (4), et ils demeuraient avec leur mère et leurs deux fils Hun-Batz et Hun-Chouen (5), auxquels ils avaient enseigné tous les arts utiles et d'agrément, c'est-à-dire tous ceux qui constituaient la civili- sation toltèque (6). «Or, ajoute le Livre Sacré, ils s'occupaient » uniquement à jouer aux dés et au ballon, et tous les deux jours » ils s'exerçaient tous les quatre et se réunissaient en grand nom- » are dans la salle du jeu de Paume. » Mais le bruit en arrive aux oreilles des rois ; ils en prennent l'alarme : « Qu'est-ce donc , » s'écrient-ils, qui se fait sur la terre, qui sont ceux qui la font fe trembler et qui excitent tant de tumulte? qu'on les envoie cher- » cher à l'instant; qu'on les amène ici pour jouer à la paume, » afin que nous les vainquions. En vérité, nous ne sommes plus mais seulement avec les reins; le joueur la recevait sur une culotte de cuir dont il se couvrait le derrière. (1) Fabregat, Esposizione del Codice Borgia, quadro \ infer. delîapag. 21, l'acciata xvin, et seg. (2) Hunhun-Ahpu signifie Chaque Tireur de Sarbacane; Vukuh-Hun- Ahpu, Sept un Tireur de Sarbacane : le nombre sept revient sans cesse dans ce livre. (3) Xbalanqué, de balam, tigre, ja- guar; le que final est un signe plu- riel, et le x qui précède, prononcez sh (anglais), est alternativement un di- minutif ou un signe féminin. (4) Leur père était mon : c'était Xpiyacoc, lu Cipactonal mexicain, qui parait plusieurs fois baigné dans son sang devant Mictlanteuclli, le chef de Xibalba, dans les figures du Codex Borgia. (5) Hun-Batz, Un Singe (ou un Fi- leurj; Hun-Chouen, un qui se blan- chit ou s'embellit. Ces deux person- nages paraissent correspondre exacte- ment à tous les attributs que les livres mexicains donnent à Ozomalii, le Singe, et kPiltzinteuctli, le seigneur enfant ou des enfants. Ce dernier pa- raît le même que le dieu Chuvenila, cité par Rios et dont jamais aucun sa- crifice humain ne pouvait satisfaire la soif sanguinaire (Rios in Cod. Vat. pag. 4S). — Chouen (Hun-Chouen) est un des signes du calendrier maya. (fi) Voir page 73. — cxxxyi — » obéis par eux ; ils n'ont plus pour nous ni respect, ni révérence, -» et ne font que se batailler au-dessus de nos têtes, dirent tous » ceux de Xibalba. » La situation de cette capitale dans les terres chaudes du Peten et d'Acallan, si basses en comparaison des hautes montagnes de Garchah, où était le jeu de Paume, ne laisse aucun doute sur le sens de cette phrase, et explique parfaitement l'expression des- cendre du ciel à l'enfer, employée ici par les écrivains espagnols qui eurent connaissance de quelques-unes des traditions relatives à Xibalba (1). Quatre Tueur, ou Hiboux, sont chargés d'aller pren- dre les coupables (2); les deux fils de Xmucané sont emmenés devant leurs juges, et après diverses épreuves, ils sont condamnés à mort : on tranche la tète à Hunhun-Ahpu, dont le tronc seul est enterré avec le corps de son frère dans le Cendrier ou cimetière de Xi- balba (3). Mais pour conserver la mémoire de leur châtiment, ordre est donné de placer la tête de Hunhun-Ahpu entre les branches arides d'un calebassier, planté au milieu du chemin : à peine y est-elle, que l'arCre se charge de fruits verts et spontanés au mi- lieu desquels sa tête disparaît, devenue calebasse elle-même. Au bruit de ce prodige, tout Xibalba accourt pour en être témoin : mais défense, est faite par ses princes de toucher désormais à cet arbre merveilleux sous les peines les plus graves. L'un d'eux avait une fille, Xquiq ou Ixquic, c'est-à-dire la Femme-Sang ou la Gomme-Noire (4-) ; entraînée par la curiosité, celle-ci quitte ses (1) Ainsi parlent Las Casas, Torque- mada, Ordonez et Ximenez. Dans la langue quiçhée, chi cak signifie égale- ment au ciel bu en haut. (2) Tueur, c'est-à-dire hibou ; c'est le nom qui est donné dans le Livre Sacré -aux satellites de Xihalba; mais il leur donne; un titre, celui à'Ahpop- achih, capitaine des gardes du corps, qui explique le mythe apparent. Tu- curub, la ville des hiboux, étaiilacapi- lale d'une province connue dans les histoires mexicaines sons le nom de Tecolotlan, Auprès des hiboux, de tecololl, hibou. Les pages figuratives du Codex Borgia nous montrent con- tinuellement ces satellites de Xibalba, occupés visiblement aux divers actes dont il est question dans le Livre Sa- cré ; c'est pourquoi on les appelait tlaca-tecolotl, homme-hibou, dont les missionnaires ont t'ait le diable. (3) Le Cendrier; il y a dans le texte pucbal-chah, le lieu où l'on dépose, où l'on jette les cendres. (4) Xquiq, ce nom, symbolique com- me tous les autres, se compose du si- gne féminin x nu ix, et de qniq, qui — CXXXVII — montagnes et s'approche de l'arbre, dans le dessein d'enlever un de ses fruits, malgré la défense des rois. La voix de Hunhun- Ahpu la prévient et lui demande ce qu'elle veut. Sur sa réponse il lui ordonne d'étendre le bras et lui lance dans le creux de la main un crachat qui disparaît aussitôt : mais dans le même ins- tant elle sent qu'elle devient mère (-1). De retour chez son père, elle ne tarde pas à paraître grosse, et celui-ci ne pouvant lui ar- racher l'aveu de son crime, la fait condamner à mort par le tri- bunal suprême de l'empire. Xquiq trouvé le moyen de se sous- traire à sa vengeance en gagnant ses bourreaux (2) et se retire chez la mère de Hunhun-Ahpu, à qui elle se présente comme sa bru. Elle met bientôt après au monde deux jumeaux, Hun-Ahpu et Xbalanqué, dont la sagesse et la prudence ne tardent pas à éveiller la jalousie de leurs aînés Hun-Batz et Hun-Chouen. Mais ceux-ci seront châtiés de leur haine : leurs deux Jeunes frères les amènent dans les bois sous prétexte d'une chasse aux oiseaux et, par leurs enchantements, les métamorphosent en singes (3). Dans toute cette première partie de l'épopée «quichée, il ne faut pas une bien grande perspicacité pour découvrir la réalité sous signifie le sang et'la gomme élastique. Xquiq se retrouve dans les documents mexicains sous le nom à'itzpapalotl, Papillon d'obsidienne ou aux couteaux d'obsidienne; elle paraît probablement aussi sous celui d'un des tzontemo- que, qui s'applique aux divers person- nages condamnés par MictlanLeuctli en Xibalba (FabregaC, in Cod. Bor- yian.). (1) C'est, à peu de chose près, la même légende que les Mexicains ra- contaient de la naissance de Huitzilo- pochtli. Sa mère Cohuatlicue (Jupon de serpent), étant occupée un jour à balayer un temple auprès de Tulan, au lieu nommé Colmatepec (Mont des serpents), vit tout à coup une pelote ornée de plumes qui volait dans l'air. Elle la reçoit et la cache dans son sein; bientôt après, elle se sent en- ceinte. La voyant grosse, ses frères, les Centzon-Vitznahua .(ou 400 Mé- ridionaux, nu Nahu.is du sud), veulent la tuer. Mais, des entrailles où. il est retenu, Huitzilopochtli la rassure. Bien- tôt il nait tout armé, s'avance contre les ,Centzon- Vitznahua, les lue ou les disperse, et reste triomphant. C'est évidemment une autre version du récit du Livre Sacré. Ce sont toujours les métis combattant tour-à-tour les des- cendants légitimes des INahuas, ou les Xibalbaïdes. (2) Livre Sacré, pag. 99 et suiv. (3) De là peut-être le nom de Hun- Batz, Un Singe, à l'un d'eux. Serait-ce à la scène des deux princes changés en singes que ferait allusion le nom d'Uzumachita , mieux Ozomatzin- tlan , Auprès des seigneurs singes, sous lequel est connu le fleuve Uzu- macinta, qui sépare les terres de Pa- lenqué du pays Lacandon, ainsi que plusieurs localités de ce nom, une sur le même fleuve et une autre dans le département de San-Marcos (Guatema- la), non loin des frontières de Chiapas? — GXXXVI1I — l'allégorie. Dans l'union clandestine de Xquiq avec Hunhun- Ahpu, on reconnaît celle des Nahuas avec les femmes du pays qu'ils gagnent par leur supériorité. Hun-Ahpu et Xbalanqué re- présentent la descendance de leur amour, non moins odieuse à ceux de la race étrangère, restée pure de tout mélange, et figurés dans Hun-Batz et Hun-Chouen, qu'aux anciens aborigènes. Il n'est pas question de Xibalba dans cet intervalle, et l'inimitié ré- ciproque des quatre frères laisse entrevoir une lutte entre les Na- huas légitimes et les métis, où les premiers ont le dessous (1). Avec les fils de Xquiq la civilisation continue ses progrès. Loin des lieux où Xibalba commande, l'allégorie les montre abattant à diverses reprises les forêts pour y tracer un champ et semer le maïs : deux fois les sauvages, figurés par des animaux de toute espèce, y mettent obstacle, en commandant de suite aux arbres de se relever, aux lianes de repousser et de s'entrelacer de nouveau. La colombe, image de la vie domestique, se perche au haut d'une branche par ordre de Hun-Ahpu et de Xbalanqué, pour surveiller ces ennemis invisibles et les avertir dès qu'ils reparaîtront. Les deux frères les mettent en fuite, et c'est un rat, le seul animal qu'ils aient pu attraper, quileur révèle, avec le secret de leur origine, l'existence des instruments du jeu de Paume, que leur aïeule Xmucané leur avait constamment dérobée. Ils s'en emparent à l'insu de la vieille et pleins d'allégresse s'en vont à leur tour à Nimxob-Car- chah jouer au ballon, c'est-à-dire, s'essayer à la révolte contre Xibalba. Ce bruit inaccoutumé répand de nouveau l'alarme parmi les princes de l'empire. Hun-Ahpu et Xbalanqué sont également appelés à leur tribunal : mais ils luttent d'adresse et d'habileté avec les Xibalbaïdes et passent sans y succomber parles principales épreuves, dont les détails, dans le Livre Sacré, offrent plus d'une fois un intérêt dramatique. Mais à la suite de plusieurs incidents (1) Une lutte.de ce genre se repro- ! quérants, métis ou blancs, n'importe duisit dans notre siècle dans les mê- j à quel degré, chassèrent les Espagnols mes contrées, lorsqu'au temps de l'iri- du Mexique, puis les métis se tourné- dépendance, 'es descendants des cou- I rent contre les autres, — GX.WIX — mystérieux, ils se trouvent prisonniers à Tzotzim-ha du grand chef des Chauves-Souris, et Hun-Ahpu a la tête tranchée par une circonstance plus mystérieuse encore. Par l'effet d'un enchante- ment, il en reparaît bientôt un autre à sa place, tandis que Xba- lanqué fait un appel aux bêtes fauves, c'est-à-dire aux barbares. A travers l'allégorie qui continue encore plus ou moins, on revoit la lutte reprendre entre les deux frères et les princes de l'empire ; ceux-ci finissent par obtenir de nouveau la victoire, malgré le soin de l'écrivain • pour voiler la défaite de ses héros. Hun- Ahpu et Xbalanqué ont bien l'air de commander eux-mêmes leur supplice; mais ils n'en sont pas moins condamnés au feu, et expient leur audace sur un bûcher où ils ne tardent pas à être consumés. Leurs cendres sont jetées à la rivière par le commandement des rois : mais les deux princes en renaissent bientôt, d'abord sous la forme de deux beaux jeunes gens, ensuite sous celle de deux hom- mes-poissons qui apparaissent le cinquième jour au-dessus de l'eau. Cette fable qui rappelle à la fois le mythe du phénix et ce- lui de Oannès, l'komme-poisson qui se montre comme un pro- phète à Babylone (1), n'est pas une des moindres singularités de ce livre curieux. Sans chercher à l'expliquer entièrement, ne pourrait-on pas y découvrir l'origine du mythe de Cipactli, sous la forme d'un monstre marin, et ne serait-il pas permis d'y voir des hommes nouveaux, ayant un berceau commun avec les Nahuas et arrivant par mer pour s'unir avec leurs descendants contre la puissance de Xibalba ? Il faut le dire, d'ailleurs, cette allégorie vient à peu près ici comme un hors-d'œuvre et les lignes qui ont rap- port aux deux hommes-poissons n'ont aucune relation avec la suite du sujet. Les personnages de Hun-Ahpu et de Xbalanqué retournent sur la scène, non plus comme deux guerriers, mais sous la figure et le costume de deux pauvres saltimbanques : ils émerveillent avec leurs compagnons les rois et les princes de (1) Beros., Vragm. Hiit. Grœc, Um\, n. — t;xL — Xibalba par leurs prestidigitations et les prodiges qu'ils opèrent en spectacle public, se servant de tous les secrets de la magie pour les abuser et les mettre hors de leurs gardes. C'est ainsi seulement qu'ils réussissent à les surprendre et à jeter à bas leur puissance. Le meurtre de Hun-Camé et de Vukub-Camé couronne leurs en- chantements : princes et vassaux fuient épouvantés et sont rame- nés par les Fourmis aux pieds de leurs vainqueurs, qui pro- clament à la face du peuple de Xibalba, avec leurs noms, l'apo- théose de leurs pères, transformés dans le soleil et dans la lune. Tel est le résumé de cette épopée américaine qui mérite à tous égards d'être étudiée par ceux qui s'intéressent aux origines des peuples anciens. Les Mexicains, qui se glorifiaient de descendre des Nahuas, leur avaient emprunté la plupart des circonstan- ces dont ils avaient orné la naissance du dieu Huitzilopoch- tli (1). Sahagun, qui les a conservées en partie (2), ajoute une par- ticularité que nous ne saurions passer sous silence ; c'est qu'après sa victoire sur les Centzon- Vitznahuas (Quatre cents Méridionaux ou Nahuas du sud), qui représentent ici les Xibàlbaïdes, les uns, à la vérité, se soumirent au vainqueur, maisfm'if y en eut un grand nombre qui se retirèrent de devant sa face et descendirent au sud [Vitzlampa). Cette notion, si courte qu'elle soit, est pré- cieuse, en ce qu'elle nous montre comme certaine une émigration de cette race primitive, dont nous retrouverons plus tard des groupes dispersés* sur une étendue considérable de l'Amérique. Les traditions qui concernent ces événements laissent entrevoir que le triomphe des chefs nahuas n'aurait pas été -de bien longue durée : un des princes de Xibalba, échappé à la première fureur du massacre, avait trouvé grâce aux yeux de ses vainqueurs et continué à gouverner ses sujets de leur consentement (3). Xibalba, cependant, était humilié : Tulan paraît avoir succédé alors pour quelque temps à sa prééminence, et les provinces que (1)V. la note 1 précédente, p. cxxxvii. j (3) Las Casas, Eist. apol. , fie, (2) Sahagun, Hist. gen.} etc., lib. ni, tom. m, cap. 125. — Turquemada, cap. i, S 1. I Monarq, [nd., lib. vi, cap. 20. — oxr.i — les racés étrangères avaient particulièrement colonisées, en obte- nant leur indépendance, se seraient érigées en plusieurs États souverains. Il ressort néanmoins des courts fragments que nous a laissés l'histoire de ces temps éloignés, que l'antique métropole des Xibalb'aïdes aurait promptement recouvré sa suprématie, au moins dans les régions immédiatement soumises à son influence, et que Tulan serait rentré sous sa domination. Des dissensions en- tre les Nahuas eux-mêmes, peut-être de nouvelles querelles entre la race restée pure et celle des métis, occasionnaient-elles ce re- virement, en leur mettant les armes à la main les uns contre les autres; peut-être donnèrent-elles lieu à ces migrations immenses des nations toltèques (1), dont on trouve des vestiges dans l'Amé- rique entière et dont le souvenir est conservé dans tant d'his- toires. Malgré l'obscurité et l'incertitude qui recouvrent cette époque intéressante, une tradition ancienne rapportée par Las Casas (2) nous met jusqu'à un certain point sur la trace de ces événements et laisse entrevoir une phase nouvelle à l'histoire de Xibalba. Après avoir raconté comment Xbalanqué était sorti d'Utlatlan pour faire la guerre à l'Enfer et la victoire qu'il avait remportée sur le souverain du séjour infernal, il ajoute qu'étant retourné au pays d'où il était parti, on ne l'accueillit pas, à son arrivée, avec les chants et les fêtes qu'il espérait ; qu'à cause de cela, il s'en alla à un autre royaume, où on le reçut avec plus de complai- sance, et que ce vainqueur de l'Enfer introduisit alors l'usage de sacrifier des victimes humaines. Ces traditions, si remplies d'intérêt, sont malheureusement celles qui ont le moins préoccupé les écrivains qui les recueilli- rent. L'auteur ne dit pasle nom du royaume où Xbalanqué se retira, quoiqu'il y ait des raisons pour supposer que ce fut à Copan ou (I) C'est seulement à dater de ces I teque aux principales nations de la race premières migrations que Veytia et les nahuatl. autres auteurs donnent le nom de toi- | (2) ïbid., ut sup. — t'.XLH — au pays d'Anahuac (1). On sait, par le Codex Chimalpopoca, que Teotihuacan fut un des premiers endroits où l'on introduisit ces sacrifices abominables et qu'ils servirent à solenniser l'inaugu- ration du calendrier nahuatl. Dans les histoires mexicaines, le so- leil et la lune ne se mettent en marche qu'après le sacrifice volon- taire de deux personnages mystérieux, Nanahuatl et Tecuzizte- catl, transformés ensuite dans ces deux astres, ainsi que Hunhun- Ahpu et Vukub-Hun-Ahpu, dans le Livre Sacré. Suivant l'un, le sacrifice paraîtrait avoir eu lieu à Teotihuacan, suivant l'autre à Xibalba ; le Codex Chimalpopoca donne à entendre, d'ailleurs, que, si l'holocauste se fit en Tamoanchan, où demeurait Naga- huatl(2), son apothéose se célébra dans l'Anahuac. Quoiqu'il en soit, celui-ci est le personnage principal ; mais ce qui donne à toutes ces scènes un caractère étrange, c'est que son nom qui paraît simplement un redoublement, énonçant d'habitude le signe du pluriel dans la langue mexicaine, ne peut se traduire que par Buboso en espagnol et en français par le Vérole (3). Il souffre d'un mal incurable, et c'est à lui que les dieux ordonnent de se sacrifier pour faire marcher le soleil et la lune. « C'est à toi, lui » disent Tonacateuctli (le seigneur de notre subsistance) et » Xiuhteuctli (le seigneur de l'année), à soutenir le ciel et la » terre. » Nanahuatl obéit, mais avec tristesse. Ici le voile de l'allégorie se déchire légèrement. Les Nahuas, figurés par les deux dieux que nous venons de nommer, envoient un des leurs contre Xibalba , (3) Anahuac, Auprès de l'eau, nom donné à tous les pays voisins des gran- des eaux, comme certaines contrées mari limes du Nord-Est et du Sud-Ouest, mais spécialement aux rivages des lacs de la vallée de Mexico. (2) Codex Chimalpopoca, dans Y His- toire des soleils. A la suite de la glo- rification de Nanahuatl et de Metzlli, le Codex ajoute: « Niman yeic teomi- » cohua in yeyeoncan in Teotihua- » can. Aussitôt on commença à im- » moler des victimes humaines là, à » Teotihuacan. » Dans la langue na- huatl, teomicohua, tuer divinement ou ce qui est sacré, exprime l'idée du sacrifice humain (Molina, Vocal), en leng. Mexic, etc.). (3) Ce nom étrange doit avoir eu dans l'origine une signification mys- térieuse, dont il est fort difficile au- jourd'hui de se rendre compte. S'agi- rait-il d'une lèpre analogue à celles dont parle l'Ecriture, ou hieny aurait- il une simple confusion de mots dans les manuscrits antiques? — CXLII1 — il doit s'exposer à un péril évident ; c'est la cause de sa tristesse. Mais il n'y va pas seul, Quauhtli et Ocelot l (l'Aigle et le Tigre) raccompagnent, c'est-à-dire le peuple, toujours symbolisé par ces deux animaux dans les histoires mexicaines. Pour se préparer à la mort, il fait pénitence durant quatre jours, dit Sahagun (1) ; il. va faire des captifs, suivant le texte du Codex Chimalpopoca ce qui signifie combattre), peut-être pour avoir des prisonniers à faire immoler sur sa tombe. Au jour du sacrifice, il parait devant le bûcher autour duquel sont rangés les dieux qui l'excitent à s'y précipiter. Evidemment ce ne sont plus les mêmes qui font envoyé comme une victime volontaire ; aucun texte ne le dit, et, dans le Livre Sacré (2), ce sont les princes de Xibalba qui plaisantent cruellement les deux frères, au moment où ils vont pour se jeter dans les flammes. Une série d'images qui font à la fois allusion aux phénomènes naturels accompagnant le lever du soleil et sa course dans le ciel, où il est suivi de la lune, signalent l'apothéose de Nanahuatl dans plusieurs documents. Mais la marche de l'astre du jour est encore interrompue : la mort de Nanahuatl et celle de son compagnon n'ont pas suffi pour faire avancer le soleil et les autres astres. Les dieux qui avaient assisté à leur sacrifice deman- dent la mort à leur tour, et le vent se charge de les tuer. S'il nous est possible de voir clair entre toutes ces images, historiquement parlant, ces dieux sont les princes de Xibalba, immolés par Hun- Ahpu et Xbalanqué, figurés eux-mêmes sous le symbole du vent, Ehecatl, l'une des personnifications de Quetzalcohuatl. Métapho- riquement, dans la religion élémentaire de ces contrées, ce se- raient les nuages voilant le soleil après son lever, dissipés bientôt' par le zéphir matinal (3) . _ Ces fables sont racontées encore de diverses manières, suivant les documents. Dans l'une, c'est Xolotl que les dieux désignent pour aller demander à Mictlanteuctli un os de mort, afin qu'il (1) Hist. gen. de las cosas de Nueva- Espana, lib. vïi, cap. l. [2) Voir page 175. (3).Sabaguii, Ibid., ut sap. Chimalpopoca, ubi sup. Codex — CXLIY — en puisse, créer de nouveaux hommes; plus loin, les dieux, voyant que le soleil continue à rester immobile, se font tuer par ce même Xolotl, qui se tue à son tour avec un couteau d'obsidienne, duquel sort une race nouvelle (1). Ces variantes font peut-être allusion aux événements qui accompagnèrent la chute du pouvoir de Xibalba, l'établissement du nouveau calendrier et la création de la caste guerrière, que le Manuscrit Cakchiquel désigne, d'ailleurs, sous le nom de Chay A bah, oula Pierre d'Obsidienne ; nous en reparlerons plus loin. Nous avons à dessein rappelé ici les diverses fables concernant la marche du soleil ; leur confrontation avec le Livre Sacré ne peut manquer de mettre en lumière les origines des principales reli- m gions américaines. Nous terminons cette matière par l'histoire de l'apothéose des Hun-Ahpu, telle que nous la trouvons ici, en la faisant suivre de quelques notions concernant les pyramides de Teotihuacan. Si, dans le Codex Chimalpopoca et les autres docu- ments de la langue nahuatl, la fable cherche à voiler les événe- ments de ses couleurs poétiques, àansle Livre Sacré, au contraire, le récit prend de plus en plus la forme historique à mesure qu'il se rapproche du dénoûment, Vainqueurs de Xibalba, les meur- triers de Hun-Camé et de Vukub-Camé se rendent au Cendrier, où reposent les os de leurs pères, afin de célébrer dignement leurs" funérailles. Ce qu'il y a de curieux à. cet égard, c'est qu'on n'y retrouva que le nom (u bi, l'épitaphe ?) de Yukub-Hun-Ahpu, avec sa bouche, son nez, ses os et sa face (sa ressemblance). « Il ne » consentit pas à prononcer avec son nom celui des (autres) » Hunahpu. » Mais l'invocation adressée à leur mémoire a quelque chose de solennel : « Soyez invoqués désormais, leur di- » rent leurs fus, pour consoler leurs âmes. C'est vous qui vous » élèverez les premiers (sur la voûte du ciel) ; vous serez les pre- » miers adorés par les peuples civilisés et votre nom ne se perdra » point, ainsi soit-il ! Nous sommes les vengeurs de votre mort (1) Id, ïbid. — Torquemada, Monarq. TncL, 5ib. vi, cap. 41, 42, 43. — r.XLv — » et de votre ruine, des souffrances et des travaux qu'on vous a » fait endurer. Tels furent leurs ordres, en parlant à tout le peuple » de Xibalba qu'ils avaient vaincu. Alors ils montèrent au milieu » de la lumière, et aussitôt (leurs pères) montèrent aux cieux. » A l'un échut le soleil et à l'autre la lune qui éclairent la voûte » du ciel et la surface de la terre, et au ciel ils demeurent. » Soit que les cendres de ces héros fussent demeurées en Xibalba, soit qu'on les eût transportées ensuite à Teotihuacan, il n'en parait pas moins avéré que ce fut en leur honneur qu'on érigea dans cette ville les deux pyramides appelées du Soleil et de la Lune, qu'on y voit encore aujourd'hui. En même temps que l'apo- théose de Hunhun-Ahpu, eut lieu celle des quatre cents jeunes gens, leurs compagnons, tués par Zipacna, et qui furent person- nifiés avec les Pléiades (1). L'ère nouvelle marquée par cet événe- ment est signalée sous le nom de Nahui - Ollin-Tonatiuh , Soleil de IV. Mouvement, ainsi appelé du jour Xahm-Ollin ou IV. Mou- vement : cette ère, qui datait de la mort de Nanahuatl, s'ouvrit avec son apothéose solennisée par des sacrifices humains à Teo- tihuacan. Un texte fort obscur du Codex Chimalpopoca semble indiquer un intervalle de vingt-cinq ans entre ces deux événe- ments. Si l'on pouvait s'en rapporter aux dates chronologiques fournies par Ixtlilxochitl, il serait aisé de découvrir celles qui nous intéressent en ce moment ; mais ces calculs n'accusent qu'une seule émigration toUèque à la suite de la révolution de l'empire primitif, tandis qu'on en voit évidemment plusieurs, à l'une des- quelles se rattache probablement l'apothéose des héros nahuas à Teotihuacan. C'est à quoi réfère ce passage de Sahagun : « De Tamoan- » chan, ajoute-t-il (2), on allait offrir des sacrifices dans la ville » de Teotihuacan... et c'était là qu'on élisait ceux qui devaient (1) Voir le Livre Sacré, pag. 193. — Autour des pyramides du Soleil et de la Lune, à Teotihuacan, existe un grand nombre de tumnli de moindre dimen- sion, qui étaient dédiés, dit Boiturini, aux étoiles errantes [Idea deuna mieva historia, etc., pag. 43 . (2) Sahagun, Hist. de Kueva-Espafia, lib. x.? cap~. 29. -— CXLVI — » gouverner les autres. Là aussi on enterrait les princes et les » seigneurs, et sur leurs sépultures ils commandaient d'élever des » monticules de terre qu'on voit encore aujourd'hui et qui pa- » raissent comme des collines faites à la main ; l'on voit encore » les carrières d'où ils tirèrent les pierres ou roches dont ils. fa- » briquèrent ces tumuli, et ceux qu'ils édifièrent au soleil et à la » lune sont comme de grandes collines élevées de main d'hom- » mes et qui paraissent naturelles, quoiqu'elles ne le soient » point*.. Or le lieu se nomme Teotihuacan, c'est-à-dire la Ville » de Teutl, qui est le dieu, parce que les seigneurs qu'on y en- » terrait, on les canonisait pour des dieux après leur mort et on » disait qu'ils ne mouraient point, mais qu'ils s'éveillaient comme » d'un songe qu'ils avaient vécu. C'est pourquoi les anciens di- » saient que lorsque les hommes mouraient, ils ne périssaient » point, mais qu'ils commençaient à vivre à nouveau, comme » s'éveillant d'un songe, et devenaient des esprits ou des dieux; et » ainsi ils disaient : Seigneur, ou Madame, éveillez-vous, voilà que » déjà commence l'aurore; voici l'aube, puisque lés diseaux aux » plumes jaunes commencent à chanter, que les papillons aux » diverses couleurs s'en vont volant dans les airs. » Et lorsque » l'un d'eux mourait, ils avaient coutume, de dire de lui qu'il était » déjà Teutl, c'est-à-dire qu'il était mort pour être un esprit ou dieu. » Et les anciens croyaient par erreur qu'en mourant ils devenaient » des dieux, ce qu'ils disaient afin d'être obéis ou respectés de ceux -» qu'ils gouvernaient. Ils ajoutaient que les uns se convertissaient » en soleil, les autres en lune et d'autres en diverses planètes. » Ges lignes ne laissent aucun doute sur l'origine sacrée de Teo- tihuacan : ces sépulcres gigantesques, érigés à la mémoire des pre- miers héros de la race nahuatl, devinrent de bonne heure un lieu de pèlerinage où toutes les nations issues d'elle ou qui adoptèrent sa civilisation, affluèrent des diverses régions de la terre améri- caine, longtemps, peut-être, avant que les troubles de Tulan eussent commencé à provoquer les grandes migrations dont nous aurons lieu de nous occuper tout à l'heure. On ne voit nulle part claire- — CXLVII nient ce qui excita ces commotions formidables; mais par les événements qui en furent la conséquence on reconnaît suffisam- ment que des dissensions intestines, auxquelles Xibalba n'était point étranger, affaiblirent au bout d'un petit nombre d'années la puissance qui avait tenté de s'élever sur ses ruines. Voyons main- tenant s'il est possible, à l'aide des vagues données qui nous res- tent à cet égard, de reconstruire l'itinéraire des nations et des tribus qui de Tulan émigrèrent au nord et au sud, dans les diffé- rentes contrées où l'on croit avoir retrouvé les traces des institu- tions civiles et religieuses desNahuas. § IX. Quatrième création de l'homme» -La caste sacerdotale et guerrière» Description de Tulan d'après les traditions indigènes. Emigrations des tribus de la race nahuatl. tribus qui retournent vers le Nord. Leur retour vers l'Anahuac. Après avoir, relaté longuement les épreuves et le triomphe des Hun-Ahpu, le Livre Sacré retourne subitement aux époques ge- nésiaques, et l'on se retrouve de nouveau en face des quatre demi- dieux, envoyés par Hurakan pour travailler à la création de l'homme. C'est ici seulement que, dans ce document curieux, se présente la scène qui se rapporte à la découverte du maïs et à la recherche de la substance qui doit alimenter les créatures raison- nables. La première partie de ce chapitre appartient évidemment à la période qui précède l'histoire des Hun-Ahpu. L'écrivain, après avoir relaté ce qui concerne les temps primitifs, passe sous silence les événements qui ont suivi la victoire des Nahuas sur Xibalba et ne reprend son récit qu'au moment où les nations tol- tèques, violemment arrachées à leur patrie, commencent à émi- grer en différentes directions. Les tribus de. la famille de Dan ou Tamub (1) paraissent avoir été des premières qui' de Tulan en (1) Tamub, ailleurs écrit Tanul, pa- rait être le nom de la plus ancienne des dynasties royales du Quiche; tous les documents que je possède sont d'accord à ce sujet. Ximenez (Tesoro de las lenguas quiche, cakchiquel y tzutuhil) traduit ce mot par juntados, unis, joints, du verbe tam, réunir, — CXLV11I — Xibalba dirigèrent leurs pas vers les plateaux guatémaliens, entre le troisième et le cinquième siècle de notre ère : elles y fondèrent une monarchie dont les annales sont perdues, à laquelle succéda, au xive siècle, celle de la nation quichée qui domina jusqu'au temps de l'invasion espagnole. C'est l'histoire de cette nation que l1 compilateur quiche du Livre Sacré emreprend de raconter; mais pour pouvoir rattacher l'origine de sa race au berceau de la civilisation américaine, il s'efforce constamment, dans le com- mencement, d'assimiler les Quiches aux Tamub, et d'entremêler le récit de leurs migrations avec celles de cette famille antique, confond à dessein les divers Tulan et réussit ainsi à faire passer lès quatre chefs ou sacrificateurs de la nation quichée pour ceux qui guidèrent les Tamub ; les traditions des uns et des autres sont de cette manière continuellement embrouillées, au point qu'il est souvent fort difficile d'assigner à chacun sa part. Source de la noblesse, qui tout entière se vante de descendre d'eux, ces quatre chefs sont présentés ici comme les premiers hommes formés par les quatre créateurs ou demi-dieux, à l'origine des temps, et l'an- naliste rassemble autour de ces quatre premiers pères tout ce que les traditions avaient transmis sur l'œuvre de cette quatrième création. C'est donc ici que nous reprenons nos commentaires sur le Livre Sacré. La scène a quelque chose de solennel ; les dieux viennent de dé- couvrir le maïs en Paxil ; ils sont assemblés et s'entretiennent sur ce qui doit les alimenter : « Déjà l'aurore est proche, disent-ils ; » l'œuvre» est (1) achevée : voilà que sont ennoblis le soutien, le * nourricier (de l'autel) , le fils de la lumière, le fils de la civilisation ; * voilà qu'est honoré l'homme, l'humanité à la face de la terre. » augmenter ; Tamub serait donc le plu- riel de Tarn. Cependant, on trouve ce nom écrit alternativement Dan, Tarn ou Tan, et le Livre Sacré parle fré- quemment de Amag-Dan, tribu, ville de Dan; les chefs de cette race avaient fondé une ville de ce nom à quelques lieues de la localité connue sous le nom d'Ullatlan, capitale ancienne du Quiche. On sait que Dan etDanp sont des noms dé princes ou de seigneurs- dans les antiques souvenirs du nod (Voir le dernier verset du Rigsmaal, trad. de M. de Ring ; Paris, 1854). (1) Au ton du livre, on croirait qu'il s'agit du grand oeuvre, comme dans le langage symbolique des sociétés se- crètes. — CXI. IX — Ce ne sont plus, comme dans les créations précédentes, des hommes de terre et de bois; mais, continue le Livre Sacré : « on v les appela simplement des êtres façonnés et formés; ils n'eurent » ni mère, ni père, et nous les nommons simplement des hom- » mes. La femme ne leur donna pas le jour, et ils ne furent pas » engendrés par l'Edifîcateur et par le Formateur, par Celui qui 4 engendre et par Celui qui donne l'être. Mais ce fut un prodige, » un véritable enchantement que leur création et leur façon, » (opéré) par le Créateur et le Formateur, par Celui qui engendre » et par Celui qui donne l'être, Tepeu et Gucumatz (1); en appa- » raissant comme des hommes, hommes ils furent : ils parlèrent, » ils raisonnèrent ; ils virent, ils entendirent ; ils marchèrent, ils » palpèrent, hommes parfaits et beaux, et dont la figure était une » figure d'homme. » La pensée fut et exista en eux : ils virent et aussitôt leur re- » gard s'éleva. Leur vue embrassa tout : ils connurent le monde » entier, et lorsqu'ils le contemplaient leur vue se tournait en un » instant de la voûte du ciel à regarder de nouveau la surface de » la terre. Les choses les plus cachées ils les voyaient toutes à » volonté, sans avoir besoin de se mouvoir auparavant, et lors- » qu'ensuite ils jetaient la vue sur ce monde, ils voyaient de même » tout ce qu'il renferme. Grande fut leur sagesse ; leur génie s'é- » tendit sur les bois, sur les rochers, sur les lacs et les mers, sur » les montagnes et sur les vallées (2). » (1) La femme ne leur a point donné îe jour, ils n'ont pas été engendrés, mais uniquement formés par le Créa- teur et le Formateur (la Grand'-Mère et le Grand-Père, Xmucané et Xpi- yacoe), par celui qui engendre et celui qui donne l'être, Tepeu et Gucumatz. (2) Dans l'analyse du Wgsmaal, nous lisons au sujet de larl (le Noble), fils de Rig: « La Mère enfanta un fils qu'on enveloppa avec des langes de soie, après l'avoir arrosé d'eau lus- trale ; on l'appela larl (le Noble). Ses cheveux étaient dorés (zakil al zakil qahol,\es brillants, les blancs fils), ses joues vermeilles, son regard vif et pé- nétrant. Il apprit à dompter les che- vaux, à courber les arcs, lancer le javelot, se servir de la lance, à chassi r et à nager. Kig alors le reconnut pour son fils, lui donna sou nom, lni.appr'it les Runes. larl épousa, avec des céré- monies magnifiques, la fille du Baron; il en eut plusieurs enfants, le Fils, l'Héritier, le Descendant, le Roi (Konr}. Les fils de larl s'exerçaient dans I art des armes, mais Ronr seul connut les Runes, les Runes du temps, et les Ru- nes de l'éternité; il comprit le chant des oiseaux, il sut calmer la mer, éteindre les incendies ; il avait la force de huit hommes. Alors, il fut appelé On ne pouvait énumérer avec plus de grandeur les dons accor- dés à l'homme, à celui-là seul qui avait le droit de porter ce nom, c'est-à-dire à celui de la caste noble, guerrière et sacerdotale. C'est un des traits de ressemblance les plus remarquables qu'offre, pour ce qui concerne l'origine de la société, le Livre Sacré avec le Rigsmaal des races du nord de l'Europe. Dans le Manuscrit Cak- chiquel (1), le récit présente quelques variantes pleines d'intérêt. Le Chay-Abah, c'est-à-dire la pierre d'obsidienne, personnifie la caste militaire (2). «Chay-Abah, est-il dit, est sorti de Xibalbay, » du riche et puissant Xibalbay (3); l'homme est l'œuvre de son » Créateur et de son Formateur, et celui qui soutient' son Créa- » teur, c'est Chay-Abah. » Le même document, après avoir rap- pelé les créations antérieures, ainsi que la découverte mi maïs dont le corps de l'homme devait s'alimenter, ajoute que « du de- » dans de la mer vint le sang du tapir et du serpent avec lequel » il devait se pétrir, » expression symbolique dont nous ne cher- cherons pas à découvrir le sens. Ce qui n'est pas moins remarqua- ble, c'est que la création de cette noblesse, au lieu de se borner, comme dans le Livre Sacré, à quatre hommes et à quatre fem- mes, origine des rois du Quiche, énonce clairement que ces chefs de l'aristocratie primitive, à l'imitation peut-être de ceux de Xi- balba, furent créés au nombre de treize, et qu'il y eut,' en même temps, quatorze femmes , dont deux devinrent les épouses d'un seul (4). « Ils engendrèrent, ajoute le manuscrit, des filles et des Rig, c'est-à-dire le Riche, le Puissant. >< (0. de Watteville, Edda, art. dans le Complément de V Encyclopédie mo- derne, etc., 1856, torn. n.) • (1) M S. Cakchiquel ou Mémorial des Rois de Guatemala. Manuscrit de ma collection. (2) Chayesl le mot quiche et cakchi- quel pour l'obsidienne; abah, pierre. Les capitaines généraux sont fréquem- ment appelés Ah-Chay, celui de l'obsi- dienne (ou de la lance), et simplement chay, obsidienne ou lance. De laie dieu Chay, en maya Hun-pic-Tok, Un de 8000 obsidiennes, etTecpatlouTecpatl- teuhtliy chez les Mexicains. (3) MS. Cakchiquel, etc. « Tan qa Valax ri Chay-Abah ruina raxa Xi- balbay, gana Xibalbay, etc., mpt à mot.: « Alors donc fut créé le Chay » Abah par le (ou à cause du) riche «.(fort où florissant) Xibalbay, du » puissant (royal) Xibalbay. » N'est-il pas curieux de voir ici se reproduire les expressions mêmes du Rigsmaal au sujet de Iarl (le Noble), appelé le Riche et le Puissant ? nous n'en vou- lons cependant tirer aucune consé- quence. (4) MS. Cakchiquel. Serait-ce là l'o- rigine du droit que s'arrogeaient les princes de prendre plusieurs femmes? — en — » fils, et ce fui 'là le premier homme : ainsi se lit cet homme ; » ainsi fut formé Chay-Abah, qui protège l'entrée de ïulan. » Voilà donc la noblesse créée, pour être le soutien et le nourri- cier de l'autel, pour protéger l'entrée de Tulan; pour être l'appui et le défenseur de cette royauté nouvelle qui vient de s'élever par la défaite et l'humiliation de Xibalba. Malheureusement, c'est là que s'arrêtent nos notions de l'histoire de Tulan ; après cela, tout devient si vague et si obscur, qu'il est impossible de rien recueil- lir qui puisse les éclaircir ou les compléter. Les divers pays aux- quels on donne ce nom, soit du nord, de l'est ou de l'ouest, sont constamment confondus dans les histoires, et quoique le Livre Sacré désigne particulièrement une de ces localités sous la déno- mination de Tulan-Zuiva ou Tulan et Zuiva ; une fois on est tenté de l'appliquer à une cité voisine de Palenqué ou de Comi- tan, une autre fois au Tulan lointain du nord ; en un autre mo- ment, on croit entrevoir que ce Tulan, tout en étant sous la do- mination de Xibalba, se serait trouvé à l'est du pays Quiche, dans l'intérieur des provinces du Honduras, où, depuis, se fonda au xne siècle une nouvelle monarchie toltèque. Ce qu'on parvient à constater, cependant, c'est la vaste étendue des régions soumises à l'empire de Xibalba, qui pouvait sans difficulté embrasser à l'est un Tulan, eût-il été situé même au delà du Honduras, et à l'ouest les vallées où l'on croit découvrir le Tulan dont il est question ici, entre Ococingo et Comitan, aux frontières occidentales de l'Etat de Guatemala (1). C'est donc celui-ci auquel il faudrait attribuer / (1) Ils allaient, dit le Livre Sacré, recevoir leurs dieux à Tulan-Zuiva, Vukub-Pek, Vukub-Civan, c'esL-à-dire Tulan-Zuiva, (dit aussi) les Sept-Grot- tes et les' Sept-Ravins , les mêmes lieux qui dans la tradition mexicaine sont appelés Chicomoztoc. Ce Tulan Zuiva é i aï t— il en Xibalba, ou ailleurs, Zuiva était— il un nom donné aussi à Tulan en mémoire d'un autre endroit? on pourrait le penser. Ximenez, dans satraduction,écrit toujours Tulan-Zuy, ne faisant des deux mots qu'un seul en omettant la particule va, Peut-être l'un et l'autre n'étaient-ils que deux cantons ou quartiers de la même ville. Je remarquerai encore que le Titre des terres et possessions de la ville de Co- mitan, dans l'Etat de Chiapas, l'ait mention d'un lac, nommé Tolati-tzuyub, à 20 lieues environ à l'est de celte ville, et aux bords duquel existent, au dire des gens du pays, de magnifiques niines. Tzuyub est le pluriel de zuy ou tzuy, calebasse ou citrouille en langue tzendale; D'après le MS. 'Cakchiquel, Tolan et Zuiva étaient en Xibalba. les grands événements qui sont surtout liés à l'histoire des Na- huas ; ce serait le même où les populations lointaines, attirées par ' la renommée de sa sagesse, accouraient pour entendre ses oracles, pour recevoir des notions inconnues sur la divinité, ainsi que les symboles sous lesquels les dieux daignaient se manifester. C'est ainsi qu'en parle le Livre Sacré. Le Tulaou Toi tan de l'Anahuac, fondé par des émigrés sortis de son sein, aurait plus tard succédé à sa grandeur et à sa prospérité, quoiqu'il semble que ce soit au premier que se rattachent les descriptions merveilleuses dont nous entretiennent les traditions. « Terre de l'abondance et de là richesse, répétait Sahagun, qui » en avait recueilli Un grand nombre de la bouche des Mexicains, » après la conquête (\) ; terre où les calebasses ont une brassée de » diamètre, où le maïs a des épis qu'on ne peut enlever qu'à force » de bras, où les gerbes montent si haut qu'elles ressemblent à » des arbres : terre où l'on semait le coton qu'on récoltait de tou- y tes les couleurs, rouge, écarlate, jaune, violet, blanchâtre, vert, » bleu, brun , gris , orangé , fauve ; et où toutes ces couleurs » étaient des couleurs naturelles au coton ; car il croissait ainsi. » Terre de Tulla, où l'on voyait, dit-on, tous les oiseaux aux plus » riches plumages, aux couleurs les plus brillantes; où se trou- » vaient réunis le xiuhtototl, le quetzal, le zacuan, le tlauhque- » chol, et où une foule d'autres oiseaux font entendre de doux et » mélodieux ramages.... C'est dans cette terre si riche, si abon- » dante en vivres de toute espèce , que se trouve le meilleur » cacao et la rose aromatique teunacaztli , qu'on recueille la » gomme noire de l'arbre ulli et la rose xiloxuchitl, au milieu » d'une foule d'autres variétés de fleurs délicieuses. C'est la patrie » des oiseaux aux panaches étincelants, des perroquets de toute » grandeur, des limpides émeraudes, des turquoises, de l'or et de y l'argent. Terre, qu'enfin, à cause de son excessive fertilité, les (1). Hist. de las cusas.de N.-Espana, lib. m, cap. 3. Sahagun donne le nom de Xumiïtepec à la ville ou au pays qui succéda à Tamoanchan. (lbid, lib. x, cap. 29.) — CM II » anciens avaient nommée Tlaltucan, qui veut dire la terre des ri- » chesses (de l'abondance) et le paradis dé la terre (1), et dont les » habitants étaient surnommés les enfants de Quetzalcohuatl. » Sahagun, qui nous a conservé ces restes précieux delà géogra- phie antique et des. traditions toltèques, ajoute ailleurs que les anciens reconnaissaient sous le nom de Tlallocan, cette vaste con- trée comprise entre les trois Etats actuels d'Oaxaca, de Chiapas, de Tabasco et les frontières guatémaliennes, et que de ses montagnes, comme d'un immense réservoir, sortaient toutes les grandes eaux qui arrosaient la terre (2). Dans leurs longues migrations, les tri- bus ont sans cesse à la mémoire le souvenir de cette heureuse rér gion, le nom .de Tulan est continuellement sur leurs lèvres : ils chantent, avec leurs regrets d'avoir laissé cette patrie, ses gran- deurs et ses délices qui ne sont plus (3). Qu'avaient-elles fait qui les eût obligés à cette séparation douloureuse ? nul ne le dit : ce qu'on discerne au milieu de leurs plaintes, ce sont des guer- res terribles, guerres, civiles et étrangères, causées par l'op- pression et la tyrannie. Des nations s'y rassemblent avec leurs chefs : on les voit venir du levant et de l'ouest ; on en voit d'au- ires qui descendent des régions plus lointaines du septentrion, où elles étaient dans l'ombre et dans la nuit. Les unes arrivent pour recevoir des dieux de bois et de pierre, qu'elles ne connais- saient point auparavant, ainsi que des dogmes nouveaux ; les au- tres pour offrir leurs bras et prendre part à des combats de toute sorte. Plusieurs sont mises sous le joug ; il en est qui trouvent le moyen de s'y soustraire ; elles s'échappent avec leurs chefs qui, pour les animer, leur montrent, au delà même des mers, une pa- trie nouvelle, où elles cesseront d'être esclaves, où elles vivront li- bres dans leurs montagnes et leurs vallées, à l'abri des tyrans. Telle est la confusion que présentent, pour cette époque, les deux do- (1) Encore une ibis lu Paradis que cherchaient les anciens, et que Colomb espérait avoir découvert à la côle de Paria. (2) Curieuse coïncidence! ne semble- rait-on pas voir, là par hasard cette montagne d'où sortaient les quatre grands fleuves du Paradis ? (3) Ces regrets sont continuels dans le Livre Sacré. CL IV — cuments que nous possédons, les plus complets, cependant, qui existent jusqu'à présent sur cette matière intéressante, le Ma- nuscrit Cokchiquel et le Livre Sacré des Quiches. Avant d'arriver à la séparation des tribus et à leur sortie deTu- lan, on lit, dans ce dernier document, plusieurs versets à la suite de la création de la noblesse et qui peuvent servir, jusqu'à un cer- tain point, à jeter de la lumière sur l'origine de tous ces événe- ments. Après que les nouvelles créatures « ont achevé de connaî- » tre et de voir tout ce qui existe aux quatre coins et aux quatre » angles dans le ciel et sur la terre, » leurs Edificateurs et. For- mateurs se repentent de leur avoir concédé une si grande sagesse : ils trouvent trop clairvoyants les hommes qu'ils ont faits ; leur vi- sion est trop étendue ; ils seront bientôt eux-mêmes des dieux, si on ne la leur raccourcit point. Les Créateurs se consultent : ils leur soufflent alors un nuage aux yeux ; et pour les consoler sans doute, ils les endorment de façon qu'ils trouvent à côté d'eux, à leur réveil, chacun une belle femme, qui devient leur épouse (1). Dans ce passage excessivement curieux, si l'o'n en excepte l'or- gueil insensé des humains et l'édification de la tour de Babel, dont il n'est nullement question ici, on croirait entendre le dis- cours des personnes divines (les Elohim) de la Genèse. Ce passage a tout à fait l'air d'un hors-d'œuvre qui appartiendrait à une épo- que plus ancienne ; mais s'il faut le rattacher aux événements de la séparation de Tulan, on y verrait difficilement autre chose que les efforts, tentés par un sacerdoce puissant, pour mettre une bar- rière aux connaissances humaines devenues trop vastes et rabais- ser le niveau d'une civilisation trop avancée : aussi appelons-nous sur ce morceau toute l'attention de la critique et de la science. Quant aux événements dont Tulan fut le théâtre à cette époque, on ne saurait se dissimuler, en comparant l'ensemble des détails qu'on trouve dans ce chaos, qu'il ne se fût opéré alors un vaste (1) Voir le Livre Sacré ', pag. 215. Peut-être ces lignes ne sont-elles aussi que le souvenir d'une iradilion anté- rieure appliquée à des événements plus récents, ou bien celte dernière phrase serait-elle une interpolation P GLV mouvement parmi les populations de l'empire de Xibalba, mouve- ment causé sans doute par les efforts d'une caste souveraine pour garder le pouvoir et par l'invasion de races nouvelles, sorties des mêmes contrées septentrionales, d'où étaient venus les Nahuas, ou des régions plus sauvages du nord-ouest : barbares ou civili- sés, il y eut naturellement de leurs essaims qui s'amalgamèrent aux nations soumises à l'empire, tandis que d'autres, continuant leur route vers l'Amérique méridionale, y portèrent, sinon les institutions entières des Quinamés et des Nahuas, au moins les symboles qui les avaient le plus frappés au passage ou qui con- venaient davantage à leur génie. Dans cette confusion, on est bien loin des annales chronologi- quement coordonnées par les historiens du Mexique : mais si va- gues qu'elles paraissent, ces choses se relient entre elles, et on parvient, sans trop de difficulté, à les renouer dans un tableau d'ensemble. Quant aux Relations d'Ixtlilxochitl, les faits qui s'y trouvent concernant cette époque, sont rares et obscurs : l'une parlant des Chichimèques-Quinamés, se contente de dire que leur principale ruine eut lieu vers la fin du ine siècle de notre ère, et l'autre que les Toltèques (Nahuas) dont la suprématie avait sup- planté la leur, vaincus à leur tour, à la suite de plusieurs guerres désastreuses, se virent obligés d'abandonner leur capitale, moins de cent ans après l'établissement de leur monarchie, etd'émigrer dans toutes les directions (1) ; c'est donc dans cet intervalle qu'on doit placer les événements, si confusément relatés dans les tradi- tions guatémaltèques, et suivant toute probabilité l'émigration des Tutul-Xiu, vers l'Yucatan, qui eut lieu aux dernières années du 11e siècle (2). Ceux-ci auraient été des premiers à quitter leur pa- trie : « C'est ici, dit la chronologie maya qui assigne cette époque, » la série des katun (3), qui se sont écoulés depuis que les quatre (1) Ixtlilxochitl, Scgunda y tercera Rel. ap. Kingsborough,Supp. lom. îx. (2) Chronologie en langue maya, MS. (3) Katun, c'est-à-dire pierre posée, en langue maya : c'étaient des séries de pierres qu'on incrustait dans les mnrs de certains édifices au Yucatan et sur lesquelles on gravait, comme dans les cartouches égyptiens, des inscriptions historiques et chronolo- giques. — CLVI — » Tutul-Xiu sortirent de la maison de Nonoual,qui est à l'ouest de » Zuiva, dans la terre de Tulapan (1). Herrera, référant les choses qui ont trait aux antiquités de l'Yucatan, ajoute que les Coco- mes (2) régnaient sur la péninsule en grande harmonie et pros- périté, lorsque des régions méridionales, les Tutul-Xiu, accom- pagnés d'une population nombreuse, descendirent des montagnes du Lacandon, et qu'on tenait pour certain qu'ils sortaient de l'Etat de Chiapas (3.). La chronologie Maya ajoute que la contrée où ils entrèrent d'abord, s'appelait Chacnouitan, et que leur première colonie fut Bakhalal (4), qui avait aussi pour nom Ziyan-Caan, ou les limites du ciel, et que le chef qui les guida portait le titre curieux de Ho lon-C han-Tepeuh (5). On sait par le même document que les Tutul-Xiu firent successivement la conquête de Chichen- Itza, et de Potonchan, qu'ils ruinèrent au ixe siècle, après en avoir chassé les Cocomes : ils fondèrent ensuite le royaume d'Uxmal, qui en union des rois de Ghichen et de Mayapan constitua la monarchie des Mayas, l'une des plus glorieuses et des plus fé- condes, sous le rapport des arts, qu'il y eut en Amérique, si l'on s'en rapporte aux monuments dont on trouve les ruines éparses sur toute l'étendue de la péninsule .(6). La tradition guatémaltèque attribue également à quatre frères la fondation des premières monarchies toltèques de l'Amérique centrale : à compter de Tanub, qui aurait été le premier roi de Tu- lan, quatre autres princes auraient régné successivement dans cette (!) *Nonoual parait avoir été le nom ancien d'une partie de la côte de Ta- lasco ; de ce nom serait venu celui de Nonohualco ou Onohualco que les Mexicains donnaient au fond du golfe jusqu'à Potonchan. Tulapan,vn maya, Mur ou Etendard de Tula ; ce mol est suffisamment expressif pour qu'il soit inutile de l'expliquer davantage. (2) Cocom,en maya signifie. écouteur, auditeur, qui entend ; c'est le nom de la plus ancienne dynastie royale que l'on connaisse dans l'Yucatan.. (3) Herrera, Hisi. gen.. decad. îv, lîb. 30, cap. 2. (4) Bakhalal , c'est-à-dire Enceinte de bambous, eu maya; nom original de Bacalar. (5) Ziyan-Caan, ou Limites du ciel, rappelle le pays montagneux qu'on appelait le ciel à cause de sa hauteur, par opposition à Xibalba,\e pays bas, l'Enfer. — Holon-Chan, c'est-à-dire Tête de Serpent; ceci rappelle, ainsi que le nom suivant Tepeuh, les deux personnages de Tepeu et deGucumatz dont il est souvent question plus haut. (d) Chronologie en langue Maya, MS. Voir Slephens, Incidents of travel in Yucatan, tout, i et 'n. — CLVII — ville, et le dernier, sur la foi d'un oracle, aurait abandonné sapa- trie avec ses trois frères avec qui il se serait ensuite partagé toutes les contrées environnantes (1). Les deux premiers auraient fondé au Guatemala les royaumes des Mams et des Pokomams ainsi que celui des Quiches (2); le troisième aurait établi sa puis- sance sur la Verapaz et le quatrième sur la nation des Quélènes, dans l'Etat de Chiapas (3). Sous le nom de Quélènes, on comprenait, au temps de la conquête, les diverses populations de la langue zotzile (4), établies entre le haut plateau de Ghovelou de Ciudad- Real et les montagnes de Soconusco au midi : à l'ouest de ce pla- teau, entre les Zotziles ou Quélènes du sud et les Zoqui du nord, habitaient les Chiapanèques, dont le nom fut depuis acquis à toute la province (5) : ceux-ci attestaient leurs droits aux villes et aux terres voisines du grand fleuve, par une occupation continue de plus de mille ans avant la domination espagnole, et ils en commandaient les alentours, du haut de la citadelle imprenable de Chapa-Nanduimé, ou l'Ara couleur de feu, dont le nom rappelle encore l'antique légende- de Vukub-Cakix (6). Leur langue, qui n'a d'affinité qu'avec celle des Zoqui leurs voisins, offre des res- semblances frappantes avec l'idiome des Dirias et des Ghorotecas de Nicaragua : leurs titres .territoriaux reconnaissent encore aujourd'hui, ceux-ci pour des frères, et ils affirment que ce furent leurs ancêtres qui, à une époque lointaine, dont la mémoire était perdue, envoyèrent peupler les bords du lac de Nicaragua et du (1) H ist. de la prov. de Guatemala. MS. — Juarros, Bist. de la ciudad de Guatemala, tom. i,trat. iv, cap; 1. (2) Nous reviendrons plus loin sur les émigrations guatémaliennes. (3) Juarros» ioid. (4) La langue' zotzile, dialecte du Tzendal avec lequel elle n'offre que des nuances extrêmement légères. Au temps delà conquête, la ville principale, des Quélènes était Copanahuazllan, actuellement tout à fait abandonnée depuis 40 ans. Tzinacantlan ou Cina- cantan, ou Zotzlem dans leur langue (Pays des Chauves-Souris), élait leber- ceau de la langue et de la nation; les Mexicains y entretenaient une nom- breuse garnison, destinée à contenir les Chiapanèques. (5) L'Etat de Chiapas actuellement, fut ainsi nommé par les Mexicains du fleuve de Tabasco ou Grijalva, nommé plus haut Chiapan, d'où Chiapane- catl, homme de Chiapan. (6) Chapa-Nanduimé, l'Ara couleur de Feu, est le nom de la cité fortifiée du rocher d'où les Chiapanèques, ré- duits à toute extrémité par les troupes espagnoles, se précipitèrent dans le fleuve avec leurs femmes et leurs en- CLVIII — golfe de Nicoya (1) :..les populations de la langue zotzîle disent, au contraire^ que les Chiapanèques sont des étrangers, à la vérité établis depuis de longs siècles dans leur pays, mais qui n'en sont pas moins des usurpateurs qui se sont mis par la violence en possession des territoires qu'ils occupent (2) . Les Zotziles, en effet, descendaient des Nahuas qui avaient les premiers colonisé la vallée de Ghovel et les montagnes voisines : mais il est probable que, de leur côté, les Chiapanèques apparte- naient à un des groupes de l'antique nation des Chanes ou Quina- més, que la tradition mexicaine nous montre sous le nom de Centzon- Vitznahua, fuyant devant la colère du vainqueur de Xibalba vers les régions du sud. Ce qui corrobore cette opinion, c'est que les Chiapanèques gardèrent jusqu'à la fin la tradition du gouvernement de deux rois, comme à Xibalba, et une réputation d'habileté et d'élégance remarquables dans les objets d'art et de luxe, dont la fabrication était chez eux supérieure à celle de toutes les nations environnantes (3). Après avoir vécu durant plusieurs années en paix sur les bords de l'Océan Pacifique, ils se seraient vu de nouveau assaillis par les Nahuas, à leur tour proscrits de Xibalba et partagés en divers groupes ; les uns auraient continué leur migration au sud, tandis que les autres se seraient jetés dans le nord-ouest par delà les montagnes des Quélènes, où ils se seraient trouvés en face des Zotziles. Ce mouvement eut lieu évidemment lorsque les Nahuas, déroutés de toutes parts, aban- donnèrent Tulan en si grand nombre, fuyant devant la colère de ceux qu'ils avaient vaincus naguère. fants, pour éviter de se rendre ou de mourir de faim. La ville d'en bas, appe- lée Chiapa de Indios par les mo- dernes, avait pour nom indigène Nambi-hina-Yaca, c'est-à-dire Cité grande du Singe. (1) Je possède ces Titres territoriaux qui m'ont été donnés par Don Angel Corso, gouverneur de l'Etat de Chiapas. Ces titres rappellent l'existence anti- que des Chiapanèques et leur coloni- sation au Nicaragua. (2) Les Chiapanèques proprement dits, à l'exception d'un certain nom- bre de vieillards, ont aujourd'hui laissé leur langue pour l'espagnol. Indiens ou métis, ils sont supérieurs à leurs voisins par leur activité et leur éner- gie ; leurs pères tinrent toujours en échec les armes mexicaines. Lorsque je les connus- ils étaient peu nom- breux ; mais ilsisontles maîtres de l'E-, tat et le dominent. (3) Herrera, Hist. gen., decad. iv, — CLIX — Cette nombreuse émigration, dont le souvenir revient si souvent dans le Livre Sacré et que tous les peuples rappelaient avec tris- tesse dans leurs chants (1), était la même que celle desToltèques dont ïxtlilxochitl suit l'itinéraire à l'aide des cartes laissées par ses ancêtres dans les archives de l'Anahuac (2). Malgré la brièveté des détails consignés dans ses Relations, on voit que les chefs toltèques ne cédèrent, cependant, le terrain qu'en combat- tant pied à pied, jusqu'à leur arrivée sur les bords de la mer du Sud, où, déjà, à quelque distance de leurs ennemis, ils bâtirent la ville de Tlapallantzinco (3), ainsi nommée en mémoire de la terre sacrée de Tlapallan d'où ils avaient été exilés. C'est là qu'un grand nombre de familles, dont le sort était uni au leur, les rejoignirent de différentes parties de l'empire, en particulier de la cité dé Tlaxi-Coliuhcan (4), qui paraît avoir été identique avec l'ancienne capitale des Quinamés : mais le nombre des fugitifs augmentant chaque jour, et les Toltèques se trouvant pressés da- vantage par leurs adversaires, sentirent bientôt la nécessité de songer aune nouvelle émigration. Au bout de trois ans de séjour à Tlapallantzinco, la nation proscrite se partagea en plusieurs groupes qui s'établirent à des distances respectables les uns des autres ou qui s'éloignèrent dans des directions inconnues. Alors sans doute les tribus de Tamub et d'Ilocab prirent leur route vers les montagnes guatémaliennes, tandis que le gros de la nation, commandé par les. sept chefs qui l'avaient guidé dès le commen- cement, se mettait en chemin, en côtoyant les rivages de la mer Pacifique vers le nord-ouest. C'est cette séparation à laquelle les lib. 50, cap. 11. — Sahagun, Hist. gen. de N. Espana, lib. cap. ix, 4, etc. (1) Voir le Livre Sacré, pages 245 el 247. (2) Voir les diverses Relations et Veytia , Hist. antigua de Mexico , loin. 1, cap. 21 et suiv. (3) Tlapallantzinco (non Tlapallan- conco; qui est erroné) paraît avoir existé dans le territoire actuel de Socouusco : les histoires guatémaltè- ques citent une ville de ce nom, sur les bords du Pacifique, qui fut con- quise par Gucumatz, roi des Quiches, et ensuite par le, roi Quicab. Tlapal- lantzinco est placé par ïxtlilxochitl sur les bords de la mer, à soixante lieues environ de l'ancienne capitale abandonnée par les Toltèques; c'est à peu près la distance qu'il y a des val- lées entre Ococingo et Comitan aux rivages de l'Océan méridional. (4) Veytia, Hist. antigua de Mexico, tom. i, cap. 21. Tlaxi-Coliuhcan, peut- — CLX — rédacteurs du Livre. Sacré font sans cesse allusion, dans leurs la- mentations sur leur départ de Tulan, en disant que « ce fut alors » qu'ils laissèrent derrière eux leurs frères de la nation des » Yaqui (1), que leur aurore éclaira dans les contrées qu'on » appelle aujourd'hui Mexico (2). » Malgré l'extrême rareté des détails consignés dans les histoires, on parvient, cependant, à suivre d'étape en étape cette étonnante migration, durant plus d'un siècle, à travers les régions les plus lointaines du Mexique ; on la voit s'avancer lentement par les provinces de Tehuantepec et duMichoacan, jusqu'aux extrémités de la Sonora et de la Haute-Californie, laissant partout des traces durables de son passage. Elle colonise à mesure qu'elle monte vers le nord; ses moindres colonies, les plus légers essaims qui pénètrent dans l'intérieur, deviennent des centres de civilisation qui réduisent les tribus sauvages, en adoucissant leurs mœurs, ou qui modifient les sociétés existantes. On ignore où s'arrêta cette marche extraordinaire : mais on a cru découvrir dans le calen- drier et dans la langue des habitants de Noutka (3) des analogies qui semblent annoncer d'antiques communications avec les Tol- tèques ; on n'a cependant signalé jusqu'ici au delà de la Califor- nie aucun monument qui pût, comme en d'autres localités, faire présumer qu'ils y eussent fait aucun séjour stable (-4). Pour retrouver des traces certaines de nations civilisées, il faut retour- ner aux vallées arrosées par le Rio-Gila, remarquables par les ôire Tlaxi-Culhuacan ou Colhuacan du centre de la terre, parait encore faire allusion à l'antique capitale, ber- ceau central des naLions primitives. (J) Yaqui parait être dérivé de la langue nahuatl, c'est celui qui va, qui marche, le nomade. Dans les langues de l'Amérique centrale il se prend pour la sauterelle. Il a aussi le même sens que le mot toltecdll et exprime par conséquent l'idée de toltèque, d'artiste, de personne bien élevée et de bon goût; en un mot, les Yaqui sont ceux de la race nahuatl, les Toltè- ques et les Mexicains. (2) Livre Sacré, pag. 247. (3) Les Indiens de Noutka ont les mois mexicains de 20 jours, mais leur année n'est que de 14 mois, auxquels ils ajoutent, d'après des méthodes très- compliquées , un grand nombre de jours intercalaires; quant à la langue, elle renferme beaucoup de sons ana- logues à ceux des mots mexicains, mais le sens en est totalement diffé- rent. (4) Bradford, American Antiquitics, pag. 199 et 205. — CLXI — ruines dé plusieurs grandes cités, dont les conslructeurssont de- meurés inconnus (4), bien qu'elles paraissent appartenir à une époque postérieure à celle des Toltèques. En effet, le flot de l'émi* gration régulière de cette race entreprenante aurait eu son terme dans le nord, au bord du golfe de Californie où ils fondèrent une monarchie puissante, dont la capitale reçut le nom sacré de Colhuacan ou Teo-Colhuaccm, en mémoire de celle qu'ils avaient laissée derrière eux en Tlapallan. Cette ville, dont les annales se retrouveront peut-être un jour, subsistait encore au temps de la conquête, dans une condition florissante, et Las Casas (2) lui accorde une population qui égalait, si elle ne surpassait même pas celle de Mexico-Tenochtitlan. Mais quoiqu'on n'y tolérât ni les sa- crifices, ni la manducation des victimes humaines, les institu- tions phalliques qu'on y trouve établies de temps immémorial, avaient produit dans les mœurs une dissolution effrayante. Des hommes habillés en femmes y faisaient métier de pédérastie : les jeunes filles à marier étaient déflorées solennellement par un prêtre avant d'être livrées à leurs maris, et d'autres femmes se consacraient par des fêtes scandaleuses, ainsi qu'à Babylone, au service du public. Teo-Colhuacan était , d'ailleurs , orné d'un grand nombre de temples et de tombeaux superbes ; ce qui la fai- sait considérer comme une ville sainte par les nations voisines qui s'y rendaient chaque année en grand nombre pour y offrir des sacrifices. Dès le xie siècle on y voit paraître les Mexicains, et des auteurs prétendent qu'ils passaient annuellement le golfe de Californie, pour aller assister aux solennités du culte qu'on cé- lébrait dans cette ville (3). A dater de cette station importante, l'itinéraire des Toltèques, conservé par les auteurs, cesse de présenter la même clarté qu'au- (1) Des ruines analogues se rencon- trent dans l'Etat de Chihuabua et dans les vallées du Nouveau-Mexique, où l'on trouve, d'ailleurs, plusieurs gran- des bourgades bâties de la même ma- nière et habitées par les Zunis. (2) Hist. apol. de las Ind. Occid., lom. i, cap. 53 et 54, manuscrit. — Belation de Castaneda, coll. de Ter- naux, deuxième partie, chap. 1, page 150. (3) Castillo, Hist. Mexic, en langue nahuatl, MS. de M. Aubin. — 01X11 — paravant: au Heu de continuer vers le nord, on les voit se diriger vers le levant, d'où ils retournent ensuite vers le sud, et, à la fin du sixième siècle, ils arrivent au lieu nommé Tollantzinco, au nord de la vallée d'Anahuac (1). Cette ville devint alors la capitale d'un nouvel Etat; mais au bout de peu d'années elle céda la pré- éminence à une nouvelle Tulan, dite aussi Tollan et Tula, située à quatorze lieues de Mexico et qui fut édifiée sur les débris de la cité otomie de Mamheni ou Xocotitlan (2). Confédérée avec les villes d'Otompan et une autre Colhuacan, bâtie vers le même temps sur le lac de Tenochtitlan, par un autre essaim descendu du nord, elle constitua la fameuse monarchie toltèque de l'Ana- huac qui dura jusqu'à, la fin du onzième siècle. Ce qu'il y a à remarquer dans l'ensemble de ces migrations, c'est que le ber- ceau primitif, Colhuacan de Tlapallan, est souvent confondu par les auteurs avec Teo-Colhuacan ou le Colhuacan de Sonora : aussi cette confusion a-t-elle donné lieu à des commentaires fort contradictoires sur les routes signalées par les Toltèques. C'est là aussi ce qui est cause qu'à partir de la station où, du nord-ouest, ils prirent la direction du soleil levant, pour ensuite rebrousser vers le midi, les notions de leurs étapes deviennent vagues et in- déterminées : on ne les suit plus qu'imparfaitement sur la carte, et l'on dirait, en examinant celles qui nous sont parvenues de leurs longues pérégrinations, qu'une main plus-moderne a tenté de combiner en un seul voyage les itinéraires de plusieurs tribus distinctes. Il est donc fort probable que le gros de la nation avait fixé sa demeure au lieu où elle érigea la cité de Teo-Colhuacan, comme au terme définitif de ses fatigues : mais des causes in- connues, peut-être des dissensions entre les chefs, des distinctions de castes entre les Nahuas de sang pur et les métis, occasionnè- rent-elles la séparation violente des tribus qu'on voit s'éloigner de cette capitale nouvelle et s'acheminer vers l'Anahuac. On ne (1) Motolima, Rites aittiguos y aa- ! (2î Id. ibid. — Suhagun, Hist. gen. crtficios, etc., ap. Kingsborough) t. ix de Nueva-Espana, etc., lib. x, cap. Supp. ' I ~!)- — CLXlll — saurait clouter que d'autres essaims n'aient, pour des raisons analogues, émigré à leur tour, soit en passant à la péninsule californienne, où l'on a cru trouver dans les temps modernes des traces de leur séjour, soit au Nouveau-Mexique, ou bien dans la Louisiane, le long des rives du Mississipi. § x. Migrations anciennes à l'ouest et à l'est du Mississipi et aux Florides. Populations de ces contrées au temps de la conquête. Leur état social. Coutumes et religion des Natchez. Monuments antiques aux Etats-Unis. Pyramides, enceintes, tumuli, etc., bâtis par un peuple inconnu. Les Allighewi ; traditions à leur sujet. Lorsqu'un peuple a laissé des souvenirs si faibles de son his- toire, ce n'est pas une tâche aisée, après tant de siècles, d'en recoudre les lambeaux et de présenter une idée satisfaisante d'une migration antique, trop souvent confondue avec d'autres émigrations qui eurent lieu postérieurement. Mais au fond de ce chaos il est un trait qui distingue évidemment la race toltèqne entre toutes les autres et qu'on ne saurait passer sous silence, sans manquer à l'histoire : en effet, quel qu'ait été dans l'origine le nombre des tribus qui émigrèrent, en emportant avec elles cette dénomination générique dans les contrées qu'elles occupè- rent, il est remarquable qu'elles eurent l'art de se multiplier tou- jours d'une manière si rapide qu'elles paraissaient couvrir le monde américain de leurs ramifications. Cette prodigieuse mul- tiplication avait deux causes : la première tenait évidemment à la facilité avec laquelle les Toltèques réussissaient à s'assimiler les peuples de races diverses, la seconde à la nature de leurs insti- tutions politiques et religieuses dont le caractère superstitieux convenait admirablement au génie américain. Leur nombre réel fut peut-être bien moindre qu'il ne paraît en suivant leurs traces dans l'histoire, mais il est positif que partout où ils plantèrent des colonies, ils policèrent les populations : usant tour à tour de la violence ou de la persuasion, ils les soumettaient à l'influence de — CLXIV — leurs rits et de leurs dogmes, au point de les transformer insensi- blement en Toltèques ; à leur tour, ceux-ci tentaient sur leurs voisins les effets de leur prosélytisme. C'est de cette manière qu'on parvient à s'expliquer comment leurs idées pénétrèrent en tant de régions diverses. C'est ainsi naturellement que procédèrent les essaims vaga- bonds qui se séparèrent de leurs frères, soit avant leur arrivée à Teo-Colhuacan, soit après la fondation de cette colonie impor- tante : les uns s'amalgamèrent parmi les nations de la Califor- nie, les autres se créèrent des alliés entre les tribus sauvages ou policées du Nouveau-Mexique ou du Texas, à l'aide desquelles ils descendirent ensuite sur l'Anahuac. On ne saurait douter, en ef- fet, qu'ils eussent contracté à l'ouest du Rio-Colorado des alliances avec des populations, peut-être, venues d'Asie par une route di- verse et à l'est du Rio-Gila, avec celles qui habitaient les vallées arrosées parle Rio-Brqvo et la Rivière-Rouge jusqu'au Mississippi. Peut-être encore ne faisaient-ils que renouer ainsi les liens d'une parenté antique, et la. civilisation mystérieuse dont on découvre tant de traces aux Etats-Unis, n'est-elle autre chose qu'une série des anneaux de la grande chaîne, qui rejoignait les Tula du nord aux diverses cités qui en avaient reçu leur nom dans les contrées plus méridionales (1). Les leçons de l'histoire et les monuments de l'antiquité améri- caine s'accordent, en effet, pour démontrer que ce n'est qu'en dirigeant nos regards vers les régions du Levant qu'on peut es- pérer de signaler les traces continues de la race toltèque, à par- tir des bords de l'océan Pacifique. Dans l'incertitude que présen- tent ses itinéraires, on a de la peine à les découvrir au nord du 34e degré de latitude ; mais on les retrouve en tournant à l'est, où un grand nombre d'essaims paraissent se perdre, les tradi- (1) On trouve encore une aulre ville i Hïst. apol.. etc., lom. i, cap. .54. — du nom de Tula sur la rive droite du Relation delà Floride par leFr. Gre- Mississipi, probablement vers l'em- gorio de Beteta (coll. Ternaux, Recueil bouchure de l'Arkansas (Las Casas, | de pièces sur la Floride, pag. 95). — CI XV — lions mexicaines ne s'altachant qu'à ceux qui redescendirent vers la vallée de l'Anahuac. Ces essaims, suivant toute apparence, auraient traversé le Rio-Bravo au-dessus du Paso-del-Norte, et de là ils se seraient internés dans le Texas, d'où ils auraient ga- gné les vallées du Mississipi et la Floride. Car, dans ce long tra- jet, on discerne encore des vestiges de leur langue et de leurs institutions. Un grand nombre de localités, au Texas, portaient des noms mexicains à l'époque de la découverte de l'Amérique, et, de l'extrémité delà péninsule lloridienne aux bords du Missis- sipi, on reconnait, dans un grand nombre de noms, soit de vil- les, soit de provinces ou des chefs qui les gouvernaient, une origine alternativement maya, nahuatl ou haïtienne (l). Dans les Sagas islandaises (2), toute cette contrée, comprenant même la Géorgie actuelle et les Carolines, apparaît désignée sous le nom à'Irland-ik-Mikla ou la Grande-Irlande et par celui de Hvitramanaland ou la Terre des hommes blancs. Est-ce vers ces rivages que les Irlandais et les Gallois naviguaient au moyen âge? Au xe siècle, reprennent les Sagas (3), une tempête y jeta Ari, fils de Mar de Holum qui s'y laissa baptiser, et qui s'étant marié se fixa dans cette contrée par suite de la considération qu'il s'y était ac- quise. Au xvie siècle, ce sont des bandes espagnoles, altérées d'or et de conquêtes, à qui l'on voit parcourir à plusieurs reprises la partie de ces régions qui est la plus rapprochée des Antilles. Elles y ren- contrèrent des nations guerrières, d'une taille et d'une force re- marquables, mais qui se rattachaient moins aux races septen- trionales qu'aux anciennes populations du Mexique et de l'Améri- que centrale (A). Sous l'appellation commune de Floridiens, elles s'étendaient des rives de la Savannah à celles du Père des Eaux et sur l'un et l'autre bord du grand fleuve, au moins aussi haut que l'embouchure de l'Arkansas,où elles formaient plusieurs Etats flo- (1) Las Ca*as, ibid. — Relations, ibid. passim. (2) Beauvois, Découvertes des Scandi- naves en Amérique, éfc ., dans la Hevnt orientale et américaine, t. ir, päg. 1 10. (3) Id. ibid. (A) Bpadford, American AnliqUiHes, pag. 199. — CLXY1 — rissants encore poiû' ce temps-là : on connaît surtout ceux de 8b- toriva et à'Alimacani, dans la péninsule de la Floride, ceux d' Utina, (ÏOlagal, d' Olocatan, à'Apalachi , à'Altapaha, ÏÏAUbanio, de Tuz- caloza, deTalahazé, à la gauche du Mississipi, et les grandes pro- vinces de Pacaha, de Chicaza, de Coligua et de Tula, sur la rive droite (1). Ces provinces obéissaient à des princes dont la puissance, s'étendait sur un grand nombre de chefs d'une catégorie infé- rieure et même sur quelques groupes de l'Archipel des Antilles (2). Leurs villes ou bourgades étaient d'ordinaire construites au bord des lacs ou des fleuves et quelquefois au milieu des maré- cages, entourées d'enceintes fortifiées avec de larges et profonds fossés : là dominait, au-dessus des huttes de la foule, le tertre mas- sif aux formes pyramidales, sur l'esplanade duquel était érigée la demeure du chef, gardien du sanctuaire. La confusion des anciens récits, écrits d'ordinaire par des hommes qui n'avaient eu d'autre occupation que de chercher de For ou de se défendre contre les Indiens , permet difficilement de discerner les détails propres à éclairer l'historien : on voit, toutefois, qu'il existait parmi ces po- pulations des édifices couverts par de hautes murailles, du para- pet desquelles les indigènes cherchaient à repousser les invasions ennemies et se servaient de cottes de mailles de coton [ichcahui- pil), Comme les Mexicains : les conquérants parlent d'étangs arti- ficiels, de routes, de canaux, de vergers, de parcs clos, où les princes réunissaient des troupeaux considérables de cerfs privés, et ce qui est plus étonnant, de vaches domestiques dont le lait leur servait à faire du fromage (3) ; toutes choses qui annoncent une société bien éloignée de l'état barbare. Les mêmes récits dé- crivent la poterie des nations floridiennes comme étant d'une re- (1) Las Casas, Hist. apol., etc., t. i, cap. 54. — Recueil de pièces sur la Floride, d'Escalante, de Soto, Biedma et Beteta, etc., coll.ïernaux. L'inexac- titude de ceux qui écrivirent ces let- tres ne permet pas de déterminer en- tièrement la topographie de ces lieux. (2) Recueil, etc., page 22. (3) Ce fait, qui est fort extraordi- naire, se trouve répété plusieurs fois, entre autres, dans la Lettre de Soto, pag. 47, etdans la Relation de Biedma, pag. 101- On trouve également des dé- tails à ce sujet dans Gomara, dont on ne saurait suspecter la véracité. — GUXV.11 — marqiiable finesse, dîme richesse de couleurs et de formes égale- ment admirables; car « ces Indiens sont peintres et ils peignent tout ce qu'ils voient, » ajoute le narrateur (1). Les villes d'Aquèra, à'Ocale, de Nandacaho et de Haïs, situées dans les vallées voisi- nes du Mississipi, frappent les Espagnols parleur étendue: il s'y tenait des marchés importants ; on y voyait un commerce actif, et les Indiens trafiquaient de quantités considérables d'or et de per- les. Les rois s'y faisaient porter en litière, comme ceux du Mexi- que, par les seigneurs de leur cour, tandis qu'on élevait au-dessus de leurs têtes des parasols de plumes, richement ouvragés, pour les garantir du soleil. Ce qui ajoute à la ressemblance avec les con- trées d'origine toltèque, c'est que les hommes y faisaient l'office de portefaix et de bêtes de somme, exactement comme dans l'A- nahuac, et on voit quelquefois jusqu'à huit cents tlamèmes, requis par les officiers espagnols pour porter leurs bagages à travers le pays. L'agriculture y était en honneur, pratiquée sur une grande échelle, et sur les bords du Mississipi les chefs possédaient des flottilles de canots dont quelques-uns pouvaient porter jusqu'à quatre-vingts hommes (2). Ainsi que chez les Ghichimèques de Quauhtitlan et à Xalizco, les femmes, dans la Floride, héritaient quelquefois de l'autorité suprême, et alors on les voit disposer des temples nationaux comme du produit des récoltes publiques (3). Quant à leurs institutions religieuses, elles sont généralement peu connues. On sait, cepen- dant, que le feu sacré brûlait perpétuellement dans le sanctuaire, en l'honneur du soleil : les temples des Maubiliens auraient même joui à cet égard d'une prérogative particulière ; c'est que, si le feu venait à s'éteindre chez les Natchez ou dans quelque autre des nations de la Louisiane, c'était aux autels de Maubile que le rite les obligeait à le rallumer (4). Le soin en était commis à des vier- ges qui avaient la garde du sanctuaire, ce qui donne à croire que (\) Relation d'Escalante Fontanedo, pag. 24. '2) Relation de Biedma, pag. 104. (3) Charlevoix, Voyages dans la Nouvelle-France, tom. ri, pag. 242. 0) liï.ibid. — liLXVHl — le# soleil en était la divinité principale : mais son culte n'était ni plus pur, ni plus pacifique aux bords du Mississipi ou de l'Ala- bama, qu'il ne l'était chez les Nahuas. La plupart immolaient leurs captifs, mais en réservant ces sacrifices barbares pour solenniser leurs fêtes religieuses; d'autres les dévoraient. A la mort des chefs, on égorgeait, ainsi qu'au Michoacan et ailleurs, un grand nombre de serviteurs et de femmes, destinés aies accompagner et à les servir au delà du tombeau. Les Natchez ayant conservé plus longtemps que les autres po- pulations de ces contrées leur organisation antique, Charlevoix a -pu y observer, au commencement du xvine siècle, des usa- ges depuis longtemps disparus autour d'eux : le tableau qu'il en fait, mérite toute notre confiance ; il complète les renseignements fournis par ses prédécesseurs. Le grand chef de la nation portait là le titre de Soleil, comme à Teotihuacan (1), et partageait avec sa plus proche parente, la femme-chef (2), l'exercice de la puis- sance souveraine. Pontife et roi, il jouissait ainsi d'une double autorité, et réglait les travaux, les entreprises militaires, en un mot, toute l'existence de la nation. Au-dessous de lui, les chefs de guerre, d'une part, les devins de l'autre, présidaient aux combats et à l'accomplissement des rites imposés par la religion. La plupart étaient de sa race divine : car il prétendait descendre de l'astre dont il prenait le nom; mais leur filiation ne se comptait que par les femmes, le désordre des mœurs publiques ne permettant pas de la régler autrement. En effet, une dissolution effrénée résultait de l'état social des Natchez, autant que de leurs coutumes : le so- leil et la femme-chef étaient obéis dans toutes leurs passions ; à leur exemple les principaux de la nation profanaient le mariage par une licence sans bornes et qui ne laissait même plus exister la jalousie. On y retrouvait les institutions phalliques en honneur (1) Codex ChimalpG'poca,ûîmsYHist. des soleils. (2) Institution qui remontait , appa- remment, à Oxomoco et Cipactonal, qui firent marcher le soleil en inven- tant leur calendrier, et qui se retrou- vent dans la dualité ù'Ometeuctli et û'Omecihuatl, — CLXlX — ainsi qu'à Teo-Côlhuaean, et les prostitutions babyloniennes se renouvelaient sur les rives du Mississipi comme au bord de TO- céan Pacifique, en vertu des commandements du pontife suprême. Cette dissolution, qui rappelle également les désordres existants parmi les populations civilisées de Panuco (1) au temps de la conquête, avait été importée au xi- siècle dans cette contrée par des tribus émigrées de Test et qui parurent alorsàTollan et dans l'Anahuac. On les connaît, dans l'histoire, sous le nom à'Ixcui- namé (%},et entre autres coutumes qu'elles introduisirent dansTol- lan, on leur attribue le rite monstrueux d'écorcher les victimes humaines pour se revêtir de leur peau toute fraîche (3). Serait-il étonnant, d'après la perversion d'idées et de sentiments qu'en- traînait un pareil état de choses, que le contact de ces tribus mé- ridionales eût contribué plus tard aux dérèglements autorisés parmi les peuplades du nord, comme chez les Iroquois et les Hu- rons, ainsi que l'observèrent les missionnaires du siècle dernier. C'était une combinaison monstrueuse que ce système social qui admettait simultanément la barbarie des sacrifices, le despotisme effréné des chefs et l'impureté de la vie domestique. Mais ce sys- tème était loin d'être sans exemple, puisqu'on retrouve les mêmes notions, consacrées par le culte du soleil et du serpent (A) à Pa- (1) « Dans certaines contrées , et ■» particulièrement à Panuco, on adore » le phallus {il membro che portano » gli uomini fra le garnie), et ils le » conservent dans des temples. Il est » représenté aussi sur la place avec » des statues en ronde-bosse, qui figu- » rent toutes les sortes de plaisirs dont » l'homme peut jouir avec la femme. » On voit des figures humaines ayant » les jambes en l'air de différentes » façons. Les hommes de la province » de Panuco sont très-adonnés au vice » contre nature; ils sont fort lâches » et si ivrognes, que lorsqu'ils sont fa- » tigués de boire leur vin par la bou- » che, ils se couchent, élèvent les jam- » bes en l'air et s'en font introduire » dans le fondement au moyen d'une » canule, tant que le corps peut en » contenir » (Relation sur la Nou- velle-Espagne, écrite par un gentil- homme de la suite de Cortès, coll. Ternaux, Premier recueil de pièces sur le Mexique, pag. 84). Voir encore, sur l'ivrognerie des Cuextecas, ou ha- bitants de la province de Panuco, Sa- hagun, Hist. de las cosas de Nueva- Espana, lib. x, cap. 29. (2) Codex Chimalpopoca, ad anu. ix, Acatl, 1059. — Ixcuiname, Femme au visage peint ou masqué. Ce nom rappelle les hommes peints ou mas- qués de Xibalba; il paraîtrait que cette race venait del'Yucatan. (3)ld. ibid. ad ann. xm, Acatl, 1063. Ce rite s'intitulait Xipe, l'écor- chement, ou Xipe-Totec, notre seigneur de l'écorchement. (4) Relation sur la Nouvelle-Espa- gne, ubi sup. — CLXX — nuco, dans quelques autres régions du Mexique, bordant les ri- vages du Pacifique, et même chez un grand nombre de nations de l'Amérique méridionale jusqu'à la Colombie et au Pérou. En reconnaissant si loin, à l'intérieur de l'Amérique du Nord, ces institutions impies, réformées en partie dans le Mexique par un Quetzalcohuatl, ailleurs par d'autres prophètes sortis de son école, conservées par les montagnards des Andes et par des nations nombreuses sur l'un et l'autre Océan, on se demande si elles avaient exercé leur action sur des nations plus septentrionales que les Floridiens. Les récits des premiers voyageurs français et anglais qui visitèrent le côte orientale des Etats-Unis ne laissent aucun doute à cet égard. Tout le littoral était alors habité par de petites tribus, dont les chefs exerçaient un commandement des- potique, et dans les temples, ainsi que dans ceux de la Floride et du Mississipi, on trouva, malgré leur barbarie, des traces d'un état social et d'un culte analogues. Cependant, elles n'élevaient point de tertres pour y placer l'habitation de leurs souverains, et leurs villages, pareils en tout à ceux des nations actuelles, indiquaient une origine commune. L'examen détaillé de toutes leurs coutu- mes indique clairement que c'étaient des clans du nord, sembla- bles jadis à ceux de l'intérieur, mais parmi lesquels s'étaient propagées des formes religieuses et politiques empruntées au midi. Toutefois, cette propagation ne remontait pas à une époque bien reculée : car les Floridiens eux-mêmes étaient un peuple d'origine assez récente dans leur pays et ils se souvenaient pour la plupart d'y être venus de contrées plus' occidentales (1). Les Natchez surtout avaient à ce sujet des traditions précises qui mettaient leur patrie dans le pays du sud-ouest , d*où ils préten- daient n'être partis qu'à l'approche des blancs (2). On sait d'ail- leurs qu'à l'instar de plusieurs nations d'origine nahuatl à Ni- (lj Vater a réuni une parrie des témoignages qu'on possède enco- re sur cetLe émigration (Mithrid. , tome m, troisième partie, page 247). (2) Avant ou après la découverte de l'Amérique par Colomb? CLXX1 — earagua, au Yueatan, et ailleurs au Mexique (1), les Natchez avaient la coutume de comprimer le front de leurs enfants à leur naissance (2), et un auteur ajoute (3)* que le même usage existait parmi les peuplades de la Caroline du Sud et chez les autres tri- bus indigènes, tout le long de la route jusqu'au Nouveau-Mexique. On le retrouvait également chez les Choctaws et chez les Têtes- Plates qui en avaient reçu leur nom (4), ainsi que certaines na- tions caraïbes de l'Amérique méridionale. On voit de cette ma- nière que les coutumes, en apparence les plus insignifiantes, de même que les rites les plus sacrés, concouraient avec les tradi- tions, chez les populations de la Floride et du Mississipi, à les rattacher à un berceau plus méridional. Ce qui donne encore à ces traditions un caractère plus authentique, c'est que les régions même qu'elles habitaient à cette époque, offraient des monuments d'une race bien antérieure, mais dont le départ ou la destruction ne paraît remonter tout au plus qu'à sept ou huit siècles. Elles n'avaient donc pu s'établir là que depuis que celle-ci en avait dis- paru, et les similitudes qu'elles conservaient avec les nations du Mexique montrent qu'elles ne s'en étaient séparées que depuis peu de temps. Ainsi s'explique le peu d'influence que leurs rites et leurs mœurs paraissent avoir exercé sur la masse flottante des peuples septentrionaux, avec lesquels elles n'avaient eu généralement que fort peu de contact. LesPawnies seuls, parmi les tribus nomades, semblent leur avoir emprunté l'usage des sacrifices humains. (I) Oviedo , Hist. de Nicaragua, coll. Ternaux, pag. 71. — Herrera, Hist.gen., decad. iv, lib. ni, cap. 3. — Il y a dans le Livre Sacré, pag. 125, un passage assez curieux qui semble l'aire allusion à l'établisse inent de cette coutume parmi les populations qui fu- rent soumises ou civilisées par les Na- huas.Sous l'image d'un champ défriché par les deux frères Hunabpu et Xba- lanqué, on reconnaît le commence- ment de la civilisation ; les bêtes fau- ves, tes brutes, c'esl-à-dire les sauva- ges, les barbares, cherchent à s'y op- poser, l/es.deiax frère!* les combattent, mais ils ne se saisissent d'abord que du Rat, à qui ils brûlent le poil de la queue, dont ils pressent la tête, en faisant ressortir ses yeux. Ne serait-ce pas là un symbole pour rappeler l'ori- gine de l'usage de s'epiler et de com- primer la tête? (?) Morton, Crania Americana, etc. pag. 161, 16°2. (3) Adair, History of the North- Âmerican Indians, etc., pag. 8. (4) Charlevoix, Voyage dans l'Amé- rique septentrionale, etc., tom. i, pag. 83, 84. CLXX1I — C'est donc à d'autres groupes qu'il faut parvenir pour distin- guer les foyers ultérieurs de croyance et d'association qui s'étaient formés jadis dans ce monde sauvage. Pour nous guider ici nous rencontrons d'abord les monuments érigés par une race plus ancienne que les Louisianais et les Floridiens, et qui offrent le témoignage le plus irrécusable de sa force et de son étendue. Les principaux, qu'on peut comparer aux pyramides de l'Yucatan et du Mexique, sont, soit des monticules artificiels, en forme de parallélogramme, dont la terrasse supérieure devait servir de base au sanctuaire de la divinité ou à la demeure du chef, soit des tu- muli, représentant des monuments funéraires. Répandus dans toute la vallée du Mississipi et principalement dans les régions qui sont à l'est du fleuve, ils augmentent en nombre à mesure qu'on descend vers le sud. Leur élévation varie suivant les lieux ; mais elle atteint quelquefois cent pieds anglais et l'on en cite qui ont jusqu'à deux mille cinq cents pieds de diamètre à la base. Souvent il existait à l'entour d'autres travaux que le temps a rendus moins reconnaissables. « Dans une plaine, dit un auteur qui avait eu l'occasion de les examiner avant notre épo- que (1), j'ai vu plusieurs montagnes artificielles qui ont sept à huit cents pieds de circonférence et trente à quarante de hauteur; une pyramide, dont les dimensions sont beaucoup plus considé- rables ; quatre terrasses de forme. carrée, ayant dix à douze pieds d'élévation ; et enfin une arène creusée avec quatre rangs de ban- quettes qui pouvait contenir trois mille spectateurs. » Nul doute que la population qui avait laissé dans les vallées de ces régions des traces si durables de son passage, n'eût été nombreuse et compacte, qu'elle n'eût possédé des institutions sociales, assez puissantes pour tenir unies les masses de la nation, et un culte assez intelligent pour régulariser leurs efforts. On a travaillé vai- nement jusqu'à présent à découvrir à quelle race de pareils (i) Saint-John de Crèvecœw, Voyage I membre adoplif de la nation Onci- dans la Haute-Pensylvanie, par un | du, etc., tom. m, pag.liU. — OiLXXïIl — ouvrages avaient pu appartenir : des squelettes humains trouvés dans les tumuli ont donné lieu de croire à quelques savants qu'elle présentait de l'analogie avec la race Scandinave ; mais le problème est loin d'être résolu. Arrêtés par l'incertitude et forcés de créer une dénomination nouvelle pour ce peuple inconnu, les antiquaires américains , appuyés sur une tradition iroquoise, le désignent en général sous celle d' Allighéivi , empruntée aux montagnes qui dominaient son territoire. Dans les comparaisons qu'on a établies fréquemment entre ce peuple et les autres nations de l'Amérique, on a conclu généra- lement que ses monuments ne présentant partout que des ou- vrages de terrassement, ses progrès dans les arts, comme sa po- sition sociale , devaient avoir été inférieurs à ceux des peuples policés du Mexique et du Pérou. « Mais je dois dire, observe un » écrivain (i), que si tous les ouvrages que j'ai vus sont de terre, » c'est qu'ils existent tous dans des régions absolument dénuées » de pierres. » On prouve encore, par l'examen d'un grand nom- bre de ruines, que les Allighéwis n'ignoraient pas entièrement l'art de se servir de pierres dans la construction de leurs édifi- ces : outre les pierres sculptées trouvées dans l'excavation de plusieurs pyramides, il existe des forteresses entourées d'en- ceintes en pierres, et, dans le Missouri, des édifices avec des ap- partements intérieurs en pierre, construits avec régularité et of- frant des voûtes à degrés renversés comme, à Palenqué. Brad- ford (2) parle des ruines d'une ancienne ville existant dans cet Etat, où l'on découvre encore les directions des rues et des pla- ces, avec les fondements de maisons en pierre, et Ulloa a vu, dans la Louisiane, d'anciennes constructions qu'il compare à cel- les du Pérou (3). Du caractère général des principaux vestiges qui existent aux Etats-Unis, on peut conclure que les peuples qui les construisirent (1) Flint's Recollections, pag. 164. (2) American Antiquities, etc., pag. 168 et 171. (3) Voyage au Pérou, etc., tom. u, pag. 113, ^et Noticias Amérieanas, pag. 43. — CLXX1Y — appartenaient à la même nation, ou du moins qu'ils avaient eu un berceau commun. Commençant dans l'Etat de New-York, ils s'étendent à la base occidentale des Alléghanies, tournent à l'est dans la Géorgie et ne se terminent qu'au bord de l'Océan, à l'ex- trémité la plus méridionale de la Floride. Dans l'ouest, on les trouve en grand nombre au bord de toutes les eaux occidentales, jusqu'aux sources mêmes du Mississipi, éparpillés le long du Missouri et de ses affluents, et de là, continuent jusqu'au golfe du Mexique, s'étendant même au delà de la Rivière-Rouge, au nord-ouest du Texas : « Or, la distance qu'il y a de la grande pyramide de la rivière Rouge aux premiers teocalli de la Nou- velle-Espagne, dit M. Brackenridge (1), n'est pas si grande qu'on ne puisse les considérer comme des monuments de la même contrée. » Ce qu'il y a de remarquable, c'est qu'en aucun endroit, ex- cepté dans la Floride, ils ne s'étendent dans la direction de l'o- céan Atlantique : aussi loin que les découvertes modernes ont permis de s'en assurer , ces vestiges s'arrêtent en approchant des régions plus froides du nord et n'atteignent nulle part au cou- chant les rivages du Pacifique ; tandis qu'au sud et à l'ouest, on les voit pousser presque en ligne droite et sans interruption vers le Mexique (2). Quoique les traditions mexicaines fassent descen- dre par la Floride, et ensuite, le long des côtes du golfe jusqu'à Panuco, les tribus nahuas qui bouleversèrent la face du monde américain, on ne saurait cependant, sans témérité, affirmer que cette péninsule ait été le premier berceau de ces nations incon- nues, et que de là elles se soient ensuite répandues vers les vallées de l'ouest. Sans compter que le fait même du passage des Nahuas prouve qu'ils venaient de plus loin, il faut reconnaître que la tendance naturelle à tous les peuples, a été constamment de s'étendre d'abord sur les rives des fleuves ou sur les plages ma- (l) Transact. Amer. Phil. Soc, v. i, I (2) Bradford , American Antiqui- pag.158. I ties, etc., pag. 61. — CLXXV — ritimes. Si la Floride avait été le lieu de leur origine, elles au- raient naturellement poussé leurs établissements le long de l'A- tlantique ; mais on ne trouve de ce côté aucune trace de leur existence : aussi est-ce là ce qui a conduit les écrivains améri- cains, indistinctement, à penser que leurs migrations avaient dû se diriger par les grandes vallées de l'ouest dans les contrées méridionales jusqu'à la Floride. L'étonnante multiplicité de ces monuments, décrits, d'ailleurs, indistinctement dans un grand nombre d'ouvrages spéciaux, ne per- met pas de douterque cette vaste région n'ait été très-anciennement occupée par ces nations ; cette extension même et le caractère de leurs constructions sont des arguments en faveur de leur antiquité : car ce ne sont pas, comme on pourrait le supposer, des retran- chements hâtivement élevés par des tribus actuellement en voie d'émigration,, mais bien des ruines de villes et de temples, dont plusieurs présentent des dimensions si massives et si durables, qu'on ne peut les attribuer qu'à des populations établies depuis longtemps et d'une manière permanente dans le pays. Des voya- geurs superficiels, guidés par les vieux préjugés qui se refusent à accorder l'antiquité et la civilisation à l'Amérique d'avant Colomb, n'avaient trouvé là que les tombeaux de quelques hordes nomades : en effet, que les tumuli et la plupart des pyramides tronquées aient servi de lieux de sépulture, rien de plus probable, mais est-ce à dire pour cela que tel ait été l'unique objet de tous ces grands édifices? La plate-forme qui les couronne, le soin par- ticulier avec lequel ils étaient retranchés, leur situation relative quant aux enceintes fortifiées et la régularité qui avait présidé à la disposition de certains groupes, suggèrent autre chose que l'idée d'un tombeau. Dans l'arrangement de ceux qui avoisinent les fortifications, tout tend à prouver qu'ils prêtaient leur appui à la défense des positions militaires ; d'autres, et cette remarque s'applique à la majorité des grandes pyramides, par leur corres- pondance astronomique aux quatre points cardinaux, aussi bien que par leur analogie avec des monuments analogues chez les — CLXXVI — nations méridionales du continent, donnent raison de supposer qu'ils étaient destinés à des usages purement religieux. Les enceintes appartiennent également à deux ordres d'idées bien distinctes. Quelques-unes, d'une forme régulièrement géo- métrique et de dimensions restreintes, comme celle qu'on voit à Circle ville, dans l'Etat d'Ohio, avaient évidemment une origine sacrée. On en voit d'autres de figure irrégulière, renfermant une vaste étendue de terrain et qui doivent avoir servi naguère de villes ou de forteresses. On ne saurait trop remarquer, cependant, que la disposition particulière de certains terrassements autour du site des villes, et leur existence en lignes continues le long des rivières, n'aient eu pour objet, probablement, de protéger l'ap- proche des lieux habités et de mettre les plaines adjacentes à l'abri des inondations ; des digues du même genre qu'on trouve encore ailleurs, s'étendant à de longues distances, semblent, d'un autre côté, faire juger, par leur largeur, leur situation, ainsi que d'autres circonstances, qu'elles avaient pu servir de routes et de chaussées. Les grandes enceintes ovales, souvent en forme de fer à cheval, autour d'une pyramide, qui présentent quel- que ressemblance avec le Cursus des Romains, avaient peut-être été consacrées à des usages analogues; peut-être avaient-elles servi, aux jours de fête, à des processions nombreuses, comme on en voyait dans les solennités de la religion mexicaine. Lorsqu'on observe avec attention l'étendue et la disposition de ces monuments, le nombre des tumuli, rangés autour des pyra- mides principales, on tourne involontairement le iyeux vers les pyramides de Teotihuacan et de Cholula, dont elles rappellent quelquefois la forme jusque dans les moindres détails. Quoique le plus grand nombre se présente d'une seule venue, on en voit qui se composent, comme au Mexique, de terrasses superposées et dont les assises, quoique dégradées, sont encore fort visibles. « Le grand tertre de Gahokia, ajoute Brackenridge (1), est cons- (I) Braekenridge's Journal, pag. 138. — CLXXV1I — truit avec autant»de régularité que les teocalli de la Nouvelle-Es- pagne ; il était indubitablement revêtu extérieurement de brique ou de pierre et couronné de grands édifices. » Le culte du soleil, conservé jusqu'au siècle dernier parmi les Natchez, aurait été celui de ces anciennes nations perdues, opinion que confirment les traditions générales du genre humain et en particulier, dans ce cas, les médaillons à l'effigie du soleil et de la lune, décou- verts dans les débris de divers monuments (1). Entre les tribus qui paraissent avoir conservé dans cette contrée quelque souve- nir de cette religion antique, dans ses rapports avec celle des Nahuas, nous citerons, avec Adair, la nation des Choctaws, qui donnait aux pyramides le nom à&Nanne-Yah, ou les Collines de Dieu, que cet écrivain compare au mot teocalli des Mexicains (2). Le vase orné de trois têtes, trouvé dans un tombeau, rappelle la trinité dont nous avons parlé plus haut ; les masques, analogues à ceux du Mexique, dont on se servait dans certaines cérémonies religieuses, les objets en cuivre de toute sorte, d'une ressemblance si frappante avec ceux des populations toltèques, sont encore au- tant de témoignages, sinon en faveur d'une communauté d'ori- gine, au moins des relations qui pouvaient exister anciennement entre ces dernières et les nations sans nom des Etats-Unis (3). Quand on songe après cela au temps qu'il a fallu pour peupler l'étendue des territoires où l'on découvre aujourd'hui ces vesti- ges et pour mettre ces nations en éjtat d'ériger ces monuments ; qu'on réfléchit à l'intervalle qui a dû s'écouler ensuite entre leur construction et l'époque de leur abandon définitif, on se voit for- cément amené à leur accorder une haute antiquité. Cependant le sort de ce peuple ne paraît pas avoir été le même dans les dif- férentes provinces qu'il occupait. Vers le nord et dans la région des lacs, il avait érigé des places de guerre qui semblent annon- (1) Archeol.Amer., vol.i, pag.243. (2) Transact. Amer. Phil. Soc. ,v. m, pag.216. — Le nom de Nanne-Yah rappelle encore celui de Nanahuatl, qui fut transformé dans le soleil à Teotihuacan. (3) Bradford, Amer. Antiq., pag. 167. / — CLXXVIIt — cer les périlleuses nécessités d'une longue défense. On ne décou- vre rien de pareil vers le sud, comme si les tribus qui habitaient " ces parages les eussent abandonnés sans combattre. C'est là un contraste d'autant plus singulier, que les principaux monticules artificiels se trouvent précisément dans ces contrées méridio- nales et attestent l'importance des anciennes populations. Mais elles pouvaient avoir émigré ou péri sans soutenir une lutte du- rable. Leur mémoire même s'était si complètement effacée depuis longtemps, que les Chérokées, en arrivant dans ce pays, auxve siè- cle, n'avaient pu rien apprendre des nations qu'ils avaient vain- cues, touchant l'origine de ces pyramides. Il ne restait plus même la moindre tradition relative à ces débris d'un passé mystérieux (1) . Au contraire, des souvenirs d'anciens combats et de victoires chèrement achetées se rattachaient aux ouvrages militaires que des peuples du même sang avaient érigés dans les régions sep- tentrionales des Etats-Unis. Ces ouvrages, situés pour la plupart à l'ouest de la chaîne des Alléghanies, occupaient les positions les plus avantageuses pour commander le cours des fleuves et as- surer la possession des vallées. On les trouve sur les bords de l'Ohio et de ses affluents, sur les eaux du Mississipi et dans la région des lacs, sans qu'on sache exactement jusqu'ici, s'il en existe encore au delà de la carrière sacrée, d'où se tirait le mar- bre rouge des Calumets (2). Ce sont quelquefois des remparts de terre, ou même des murs d'y ne grande longueur, destinés à fer- (1) Bartram's Travels, etc., p. 365. Moke,\Hist. despeup. americ, p. 223. (2) Depuis longtemps on avait ob- servé que le calumet servait aux na- tions des Etats-Unis d'emblème paci- fique, quand il était fait de marbre rouge et garni de plumes de la même couleur. Mais ce n'est que depuis peu d'années qu'on a découvert que cette pierre rouge, qui est toujours la même, provient d'une seule carrière, située au centre de l'Amérique du Nord, près de l'endroit nommé Coteau des Prairies. Là, parmi des rochers d'un quartz dur et brillant, se trouve une couche de cette matière (une sorte de stéaiite), jusqu'alors inconnue aux minéralogis- tes, et peut-être unique dans le monde. Quand et comment les peuples indi- gènes se sont entendus pour en adop- ter l'usage et lui attribuer une vertu mystérieuse, c'est là un problème au- jourd'hui insoluble. Mais tous s'accor- daient sur ce point, et, d'après une tradition généralement admise , le Grand-Esprit avait autrefois déclaré aux Indiens que- cette pierre était leur chair commune, qu'il fallait l'employer 'à faire leurs pipes de paix, et qu'alen- tour les nations ennemies devaient se rencontrer sans bander l'arc ni lever le tomahawk. Y aurait-il là encore — ULXXÏX — • mer un passage, mais plus souvent des enceintes de villes ou de forteresses, dont la forme est plus ou moins régulière, dont les boulevards, quelquefois doubles, sont encore garnis de fossés, et dont les portes étroites se trouvaient munies d'ouvrages de dé- fense. Leur étendue, très-inégale, embrasse jusqu'à trente hec- tares, et souvent on en voit plusieurs à côté l'une de l'autre, réu- nies par des chemins couverts qui mènent parfois aussi aux ri- vières du voisinage. A l'intérieur sont épars un certain nombre de tertres, de différentes grandeurs, dont quelques-uns, comme nous l'avons déjà observé, servaient encore à la défense. Des tu- muli d'élévation médiocre se trouvent en dehors, mais à proxi- mité de la forteresse. Le plus souvent, il n'y en a qu'un seul et qui aurait servi de tombeau : car en fouillant à la base, on dé- couvre des ossements et des cendres qui reposent quelquefois sur un lit de briques bien cuites. Quelquefois plusieurs de ces mo- numents funèbres avoisinent la même enceinte, la première tombe étant, sans doute, devenue insuffisante pour la famille des chefs qui les occupaient. L'examen des squelettes a montré que ce peuple appartenait à une race d'hommes de taille médiocre, quoique robuste (1), et dont la tête avait quelque ressemblance avec celle des Scandina- ves, d'autres disent avec celle des Indiens du Brésil. Elle a dis- paru depuis si longtemps, qu'une partie de ses fortifications a été trouvée couverte d'arbres de la -plus grande dimension, et, en plus d'un endroit même, des forêts nouvelles ont pu succéder à d'autres forêts tombées avec l'âge. Cependant les Delawares se souvenaient que la grande nation des Leni-Lenape, après avoir longtemps ha- bité une contrée lointaine de l'ouest, étant descendue, plusieurs siècles avant la découverte de l'Amérique (2), dans les contrées du soleil levant, avait trouvé les territoires, situés à l'est du Mis- un souvenir éloigné de Tlapallan, la terre rouge, sacrée, ou de la couleur? (l) On leur donne en général cinq pieds anglais (1 mèire 52 cent.), mais la moyenne est plulôt un peu au-des- sus, car on y a trouvé aussi des sque- lettes de six pieds (1 mètre 82 cenl.). (2) On s'accorde généralement t penser que cet événement a dû avoii lieu vers le xii' siècle. — CLXXX — sissipi, occupés par un peuple nombreux et civilisé, qu'elle nom- mait Allighéwi, et qui habitaient des villes fortifiées. Ces barba- res demandèrent à passer le fleuve, afin de se rendre au levant à travers leurs terres : on leur répondit par un refus. Ensuite on le leur accorda, à condition qu'ils ne s'arrêteraient qu'après avoir laissé derrière eux les frontières des Allighéwis. Mais, au passage, ils furent attaqués à fimproviste et rejetés en arrière. Indignés de ce procédé perfide, les Leni-Lenape conclurent un traité d'al- liance avec les Iroquois, qui venaient d'arriver à leur tour sur le Mississipi : ils revinrent avec fureur sur les Allighéwis qui, après avoir souffert à plusieurs reprises des pertes considérables, se vi- rent forcés de céder leur territoire aux Indiens alliés, et de fuir vers les vallées inférieures du fleuve. Une des tribus iroqùoises, les Senécas, racontait, de son côté, qu'aune époque fort éloignée ses ancêtres avaient détruit une nation puissante et nombreuse, qui habitait les bords des grands lacs. Plusieurs des plus beaux et des plus fertiles cantons, occupés depuis par les Six-Nations, avaient, d'après leurs traditions, été possédés et cultivés, avant leur arrivée , par un peuple dont elles signalaient facilement les tombeaux : ce qu'elles avaient appris à ce sujet de leurs pères, c'est que ce peuple occupait anciennement une vaste étendue de territoire, et qu'il avait été exterminé peu à peu par les Iroquois après de longues et cruelles guerres. Elles ajoutent que la der- nière fortification fut attaquée à 'la fois par quatre tribus qui éprouvèrent d'abord une défaite; mais qu'ayant appelé les Mo- hawks à leur aide, elles emportèrent la ville assiégée et en dé- truisirent tous les habitants (1). Ainsi périrent obscurément des peuples qui auraient pu jouer encore un grand rôle dans ces contrées, s'il leur avait été donné de survivre aux invasions barbares jusqu'au xve siècle. .C'est par la civilisation que les Allighéwis paraissent avoir étendu naguère (I) Yate and Moullon, History ofjvol. n, pag. 486 et 487.— BrailfbnJ New-York, pag. 40.— Life of Brant,\ Amer. Antiq. , pàg. 206. — CLXXXI — leur influence sur ces immenses territoires de rotiio- et du Mis- sissipi : leurs villes détruites devaient avoir été le centre d'où rayonnaient les idées pacifiques et religieuses, représentées par le calumet solennel, et qui avaient entretenu longtemps, parmi ces races lointaines, plus d'ordre, d'union, de consistance, qu'on n'eu a observé dans les âges modernes. Les vagues traditions qui nous sont parvenues à leur égard, par leur accord avec les événements qui survinrent au Mexique du xie au xne siècle, leur donnent une importance qu'elles n'auraient point autrement. Elles procè- dent aussi de nations qui, par leur multitude, l'étendue de leur dispersion ' dans ces vastes contrées, et quelques traits particu- liers à leur caractère et à leurs coutumes, paraissent avoir été parmi les premiers et les plus anciens occupants, après que le pays eut été abandonné par ses autres habitants. Les Algonquins- Lenape et les Iroquois sembleraient avoir été emportés par le pre- mier flot de ces grandes migrations de l'ouest qui, en se refou- lant les unes les autres, poussèrent alors tant de hordes étrangères sur l'empire toltèque de l'Anahuac, déjà ébranlé par les factions civiles et religieuses : policées ou barbares, ces hordes accélérè- rent sa chute, et décorées tour à tour du nom de Chichimèques ou de Toi tèques, elles se confondirent avec les anciens habitants, ou contribuèrent, en continuant leur marche vers le sud, à la fondation des divers États qui surgirent, au xinc siècle, dans le Mexique et dans l'Amérique centrale. Voilà comment le Nord, après avoir été le foyer d'une civilisa- tion inconnue, aurait été la source de ces migrations redoutables, et comment le contre-coup de sa ruine se serait fait sentir si cruellement dans les régions du Midi. Des événements de cette nature ne sont pas rares dans l'histoire des peuples, et l'on ne saurait douter qu'un bouleversement analogue n'eût eu lieu à l'époque où les révolutions de Xibalba dispersèrent dans toute l'étendue du monde américain les rameaux du grand tronc de la race nahuatl. Mais il reste un problème dont la solution serait d'un grand intérêt historique, c'est de savoir si c'est à la même — GLXXX1I — source qu'il faut ramener les puissantes tribus anthropophages qu'on voit à plusieurs reprises déborder sur l'une et sur l'autre Amérique : on serait tenté de le croire, à la vue de ce que. dit Torquemada , dans ces notions concernant les premiers Toltè- ques (1), qui mangeaient de la chair humaine et dont la religion même autorisait cet usage comme un rite sacré. Les Cannibales de l'Amérique du Sud avaient jadis apporté du Nord ces habitudes barbares qui chez eux, comme chez les Mexicains, faisaient partie d'un ordre systématique ;de croyances religieuses ; paisibles peut- être par instinct, ils auraient été rendus féroces par artifice (2). On sait, d'ailleurs, que les Iroquois et les nations environnantes dévoraient leurs captifs avec la même solennité que les Caraïbes et les Brésiliens. Cette coutume monstrueuse aurait-elle existé chez les Allighéwis et chez les Indiens de la race algonquine et iroquoise, qui paraissent eux-mêmes avoir appartenu à un peuple civilisé et vêtu (3) ; auraient-ils reçu d'eux , en même temps que les idées pacifiques du calumet, cette institution effroyable ? Ce qui est constant c'est. que cette incohérence dénaturée on la rencontre chez les Mexicains et chez d'autres nations tout aussi policées, et Dieu a permis peut-être que la mystérieuse dispari- tion des premiers, ainsi que la facile conquête des seconds , fût comme un châtiment de cette abomination. (1) Monarq.Ind., lib.m, cap. 7. (2) Moke, Hist. des peuples amé- ricains, pag. 230. (3) Hennepin, Voyage, etc., tom.ii, pag. 79, édit. amer. « Les sauvages de l'Amérique septentrionale, y est-il dit, au rapport de leurs ancêtres, ont tou- jours été vêtus, même avant qu'ils eussent eu aucun commerce avec les Européens. » CLXXXin § XI. Les Caraïbes et les populations du Nouveau-Mexique. Constructions étonnantes de celte contrée. Les Néo-Mexicains au temps de la conquête. Pays de Cibola tet des Sept-Villes. Religion et mœurs primitives. Antiquité de ces peuples. Anciens rapports avec les Tol- tèques. Aztlan-Chicomoztoc. Les Mexicains du Xie siècle. Invasions récentes. Les Apaches ; leur caractère destructeur. De toutes les nations anthropophages de l'Amérique, les Ca- raïbes sont sans contredit ceux qui, depuis la découverte, ont le plus fixé l'attention de la science. Qu'on vienne en effet à examiner le Caraïbe dans son existence intime, on voit sa vie domestique réglée par une loi d'ordre qui lui est propre, la réunion de tous les guer- riers dans le carbet commun : cette salle de conseil, ainsi que le ealpul ou teepan (maison municipale des Nahuas) qui était autan I celle du repas et des fêtes, devenait un atelier de travail pour les hommes de la tribu, tant ils tenaient à rester rassemblés entre eux, laissant leurs cases à leurs femmes et à la famille. La cou- tume partageait les occupations entre les deux sexes, assignant au plus fort quelques ouvrages dont auraient rougi les Indiens du nord, comme le tissage des étoffes dont se faisaient les hamacs, celui des tamis à manioc, et des nattes, avec la fabrication des pote- ries.Cette tâche, réservée en beaucoup d'endroits aux femmes, était exécutée dans le carbet par le Caraïbe, qui s'y complaisait autant qu'à préparer ses armes. On reconnaît là des usages si différents de ceux des nations environnantes qu'ils attestent une origine à part. Les luttes qui avaient jeté le Caraïbe dans l'Amérique du Sud, son orgueil de conquérant, sa dispersion dans les régions conquises, avaient étouffé cette organisation sociale qui lui était propre ou empêché qu'elle se développât jusqu'à produire un état plus avancé. Mais ce progrès ou ce reste de civilisation perdue existait ailleurs chez un peuple que les mêmes institutions pri- mitives séparaient de la barbarie. En effet, lorsque les Espagnols pénétrèrent pour la première — CLXXXIV — lois dans les régions montagneuses qui portent aujourd'hui le nom de Nouveau-Mexique, ils y trouvèrent aux bords du Rio- Bravo-del-Norte une nation à demi civilisée qui bâtissait de •grands édifices et récoltait d'abondantes moissons. Elle possédait alors soixante et dix bourgades dans la vallée étroite que sillonne ce fleuve, et à la force des positions qu'elle avait choisies se joi- gnaient encore pour la défendre, la hauteur et la solidité de ses maisons, dont chacune formait une véritable forteresse. Qu'on se figure un large édifice, ou plutôt une enceinte carrée de bâtiments, habitée par une vingtaine de familles et n'ayant pas moins de trois ou quatre étages, échelonnés comme les assises d'une pyramide, les uns au-dessus des autres. Au rez-de-chaussée le mur se continue sans interruption comme un rempart et n'est percé sur chaque face que d'une seule porte étroite. Mais au-dessus régnent des balcons qui, embrassant pour ainsi dire le contour de cette vaste ruche, mettent en communication ses nombreuses cellules. Du haut de ces balcons, et de la plate-forme qui sert de toit, les guerriers peuvent sans péril accabler de flèches ceux qui s'avan- ceraient pour les attaquer. Ils passeront même de maison en maison pour courir tous au point menacé par l'ennemi, les toits de la bourgade entière se rejoignant de manière à former en quelque sorte une seule terrasse. Un mur d'enceinte qui sert de clôture commune, achève de mettre les habitants à l'abri d'un coup de main, et quoique la construction de ces divers ouvrages paraisse grossière, la plupart n'étant que de terre battue ou de pisé, ils peuvent défier les efforts dune armée barbare dépourvue d'artillerie et de machines de guerre (1). Au seul aspect de ces bâtiments vastes et réguliers, si supé- rieurs aux cabanes des sauvages et même des maisons de la plu- part de nos paysans européens, on reconnaissait une race déjà parvenue à un degré assez élevé de civilisation. Mais là, comme dans presque tout le reste de l'Amérique, cette civilisation avait (I) ÇastailcUa , Voyagea Cibola, coll. Ternaux, pari. 1. — CLXXW — décliné avant même les invasions espagnoles au xvic siècle : car si ces indigènes possédaient encore des villages d'une force et d'une construction si remarquables, leurs ancêtres avaient eu autrefois des cités populeuses, qu'avaient vues même les premiers conquérants et dont les ruines attestent l'importance. Lorsque, au dernier siècle, les voyageurs et les missionnaires commencèrent à parler des cités abandonnées sur les bords du Rio-Gila et dans les vallées du Rio-Yaquimi, on s'étonna avec raison de cette mer- veille ; car on avait oublié ce qu'en avaient raconté les Espagnols deux cents ans auparavant, et l'on s'était accoutumé en Europe, avec les livres de quelques philosophes dédaigneux et ignorants (1), à considérer l'Amérique comme une terre malsaine et abrutis- sante et les aborigènes en masse comme s'élevant à peine au-des- sus du niveau des singes. Depuis lors, les expéditions entreprises par ordre du cabinet de Washington, et les explorations récentes d'un voyageur hongrois instruit, ont contribué à faire découvrir un grand nombre de ruines du même genre/ non-seulement au Nouveau-Mexique et dans la vallée du Gila, mais encore dans plusieurs cantons isolés de la Basse-Californie, des Etats de Chi- huahua et de Sonora. Bien plus, il existe des églises chrétiennes bâties sur le même plan depuis la conquête, les unes déjà rui- nées à leur tour, les autres encore debout, et aujourd'hui le voya- geur peut parcourir les villages des Zuni au Nouveau-Mexique, encore habités par les indigènes qui ont conservé avec leurs cou- tumes, les antiques demeures de leurs ancêtres (2). Ainsi les bourgades du Rio-del-Norte n'offraient, au temps de la conquête, ni un progrès récent ni un essai unique : c'était l'ouvrage1 d'un peuple qui, à d'autres époques et sur d'autres (!) Carli, Lettres Américaines, t. i. Leure première, où l'auteur réfute les arguments faux de Raynal et de De Paw contre les Américains. Aujour- d'hui même, il ne manque pas de sa- vants à la manière du philosophe alle- mand et de l'historien français. 2 Johann Xantus. Reise durcli die Kalifornische Halbinsel, 1858. (Mit- theilungen, elc. von Dr A. Petermann, iv. 186!.) — Emory, Notes of a mili- lary reconnaissance , etc. Washing- ton, 1848. — Bartlett's Journal through Chihuahua, New-Mexico, etc. — Sit- greaves. Report ofan expédition down the Zuni and Colorado rivers, 1863. — CLXXXVT — points, avait déjà déployé sa puissance par de grands travaux. On retrouvait des constructions analogues dans la plupart des provinces de la Sonora et même à Teo-Colhuacan, dont les mo- numents d'une architecture mixte, autant qu'on peut en juger d'après les rares détails qui nous en sont parvenus (1), auraient réuni à l'art toltèque de l'Amérique centrale le style et la ma- nière des peuples du Rio-Gila ; d'où l'on peut conclure jusqu'à un certain point, qu'ils auraient reçu le joug ou subi l'influence des Nahuas du sud, à leur arrivée dans cette contrée, et que les deux races se seraient fusionnées dans cette grande ville et dans les contrées adjacentes (2). Aussi voit-on clairement que les diverses populations situées entre le golfe de la Californie et le Nouveau- Mexique ne formaient pas une famille unique, leurs types étant loin d'être uniformes. Les Espagnols qui avaient observé surtout les hommes des tribus nomades, dépeignaient les uns comme de petite taille, mais fort agiles : un voyageur américain, Pikes, qui avait vu les Querès, une des plus considérables d'entre les nations néo-mexicaines, les compare aux Osages, c'est-à-dire aux plus gigantesques des Indiens de la prairie ; une autre tribu du même groupe nous est signalée comme portant de longues bar- bes, phénomène, du reste, qui est loin d'être rare parmi les ha- bitants du nouveau monde; et, dans le rapport du colonel Emory\ on trouve des types d'hommes et de femmes qu'on peut comparer aux races les plus belles et les plus pures de l'Europe (3). • Ces populations ne formaient donc pas une seule famille, unie par les liens du sang, mais un assemblage de clans hétéro- gènes, que rattachaient seulement des habitudes et un système commun de défense. A défaut, toutefois, de traits distinctifs, les usages qui leur étaient propres semblaient les séparer de tous les (1) Las Casas, Hisl. apol., tom. i, cap. ,33! — Castaneda, Ibid. ut sup. Alegre, Hist.de la Comp. de Jésus en Nueva-Espana, tom.n', lih.vi. (2) D'après les descriptions ancien- nes, il y aurait eu à Teo-Colhuacan des édifices analogues à ceux du Rio-Gija et du Nouveau-Mexique, et des teocalli comme au Mexique et dans l'Amérique centrale. (3) Emory, Notes, etc. Voir les plan- ches. — GLXXXVIl — groupes environnants. Si nous pénétrons, avec les anciens voya- geurs, dans l'intérieur de leurs bourgades, nous y voyons les hommes vivant ensemble dans de grandes salles qui leur sont destinées et qui occupent la cour de chaque habitation. Ces salles sont creusées dans la terre et leur toit seul vient au niveau du I sol, quoique leur étendue égale quelquefois celle d'un jeu de paume. Le feu qu'on entretient au centre y maintient une tem- pérature assez élevée, ce qui leur avait fait donner le nom iïestufas ou étuves par les premiers Espagnols qui les virent. Les femmes n'y pénètrent que pour entretenir ce feu ou pour porter à manger à leurs époux et à leurs fils qui, réunis dans ce carbet souterrain, filent et tissent le coton, fabriquent leurs outils ou leurs armes. En revanche, le reste de la maison appartient à l'autre sexe qui en est seul maître et s'y livre sans contrôle à ses propres travaux (1). A l'époque de la conquête, ce pays qu'on appelait vulgairement pays de Cibola , des Sept- Villes, ou des Sept-Royaumes (2), comprenait encore environ soixante- dix bourgades, réparties- en sept provinces qui étaient C ibola, Tiguex, Quirix, Bernes, Tuta- haco,.Cicuyê et Acha (3). Chaque bourgade était gouvernée par un conseil de vieillards, et en cas de guerre un chef militaire , prenait le commandement : ce chef avait à subir des épreuves analogues à celles des sauvages et de la chevalerie mexicaine. Mais le plus souvent la guerre était de médiocre durée et se bor- nait à la défense des villages que les nomades venaient assaillir. Dans les négociations qui s'engageaient ensuite, on faisait usage du calumet comme d'un gage d'alliance. On sait peu de chose des croyances des Néo-Mexicains. « Us ne sont point idolâtres, » dit le moine Benavidès, qui en avait con- verti une partie ; mais ils conservaient des rites superstitieux où (1) Castaneda , Voyage à Cibola, part. ii, chap.3. (2) ld.ibid.Ce nom rappelle les Sept- 6YoMem les Se/^itavi/m:les auteurs an- ciens, mais il est indubitable qu'il y eut diverses localités ainsi nommées, durit le Nouveau-Mexique pouvait être l'une; (3) Ces noms et bien d'autres offrent une grande analogie avec les noms mexicains ; mais étaient-ce des noms originaux, ou bien avaient-ils été don- nés par les soldats mexicains qui sui- vaient les Espagnols? La première sup- position parait le plus plausible. CLXXXVI11 — l'on reconnaît une sorte de fétichisme grossier. Outre des devins, dont Finfluence était quelquefois assez puissante pour balancer celle des chefs, ils avaient pour prêtres des vieillards qu'on voyait, chaque matin, monter sur la terrasse la plus élevée de la bourgade et prendre la parole au lever du soleil. Le peuple assis à l'entour écoutait en silence les conseils qu'ils lui donnaient sur la manière de vivre. L'objet de leur culte était-il le soleil ou le J)ieu qui l'avait créé, c'est ce qui échappe au lecteur, en parcou- rant les relations du temps : on sait cependant que la croix était chez eux un symbole de paix. L'usage de monter sur les terrasses au soleil levant, rappelle jusqu'à un certain point le sabéisme dont le Livre Sacré semble offrir des traces à une époque éloignée (1), et des modernes qui ont visité les montagnes du Nouveau-Mexi- que ont cru découvrir quelque chose d'analogue à la religion des mages dans le foyer des estufas, où les femmes ne peuvent entrer qu'une aune, pour jeter une poignée de thym sauvage sur le feu, dont l'entretien leur est commis. On ne peut douter, cepen- dant, que le fond de leur religion ne fût profondément moral : car ils ne se livraient ni à la violence, ni au larcin, ni aux excès * de la boisson, ni aux dérèglements des mœurs reprochés à ceux de Panuco ou de Teo-Golhuacan (2). Le mariage, qui était en honneur chez eux, marquait pour ainsi dire le passage de l'adolescence à la virilité. Le jeune homme avait été jusque-là au service de la tribu et chargé des corvées domestiques, comme de l'approvisionnement du bois. En quelques endroits, la jeune fille n'avait pas encore eu le droit de se vêtir : son futur époux tissait le premier manteau qu'elle dût porter et qu'elle recevait de sa main, le jour où elle lui était ame- née par les anciens du village. Après la mort, ils brûlaient avec les cadavres les instruments qui leur avaient servi de leur vivant. Leurs vêtements les plus ordinaires étaient des peaux de bêtes fauves qu'ils tannaient si merveilleusement qu'elles devenaient (1) Voir àlapag.209. (2) Caslaiïeda, Voyage à Ciboia, pari, n, chap. 3. — CLXXXIX — aussi souples que Te linge le plus fin. Ils se servaient également d'é- toffes de coton parfaitement tissées, de draps de laine qu'ils rece- vaient en échange d'une province plus septentrionale nommée Totonteac, et chaussaient des brodequins de cuir.: ils avaient des bijoux d'or, des pierres précieuses bien taillées, des poteries ver- nissées, aussi remarquables par leur forme que par le dessin et les couleurs, et connaissaient en outre le chant et la musique, dont ils accompagnaient leurs divertissements. A leur caractère d'étrangeté, les institutions néo-mexicaines' joignaient donc un développement remarquable. La vie domes- tique et les formes du gouvernement qu'on y entrevoit se re- trouveront plus tard chez les tribus caraïbes : mais il est évident que, si l'organisation intérieure offre de l'analogie d'un peuple à l'autre, l'ordre ici est plus complet, le travail plus régulier, et, dans les restes de sa civilisation, circonscrits dans les vallons du Rio-del-Norte, l'Indien a conservé une supériorité marquée sur le barbare de l'Amérique méridionale. Mais où cette civilisation avait-elle pris naissance ? Nous n'avons à cet égard que des in- dications approximatives. Les souterrains où les hommes se te- naient réunis semblent déceler un peuple septentrional, accou-: tumé jadis à chercher de pareils abris contre la rigueur du froid; car ce n'était là qu'un vieil usage et une tradition immémoriale, f qui pouvaient l'engager encore à creuser ses étuves dans le sol, comme il aurait eu raison de le faire dans des régions glacées. Mais comment le trouvons-nous à une si grande distance de son berceau, réfugié dans les montagnes et réduit à un état de fai- blesse, qui fait un si grand contraste avec le progrès de ses arts et de ses institutions. Avait-il occupé anciennement les plaines centrales de l'Amérique du Nord, ou bien aurait-il étendu sa puissance autrefois sur les Etats septentrionaux du Mexique, ainsi que le laisseraient supposer les débris qu'on y rencontre? L'une et l'autre hypothèse est également probable ; mais divers indices se réunissent pour assigner une date lointaine aux révo- lutions qui les chassèrent du Nord et ensuite du Midi, révolutions — cxc — oubliées, comme tant d'autres qui eurent l'Amérique pour théâtre. C'est d'abord l'isolement des Néo-Mexicains, qui paraissent au premier abord parfaitement étrangers aux peuples dont ils sont entourés aujourd'hui. Dernier reste d'un groupe antérieur, ils n'ont de rapport qu'avec des races déjà éteintes ou déplacées. Leur industrie, si supérieure à celle des nomades de la plaine, conservait au xvie siècle et même aujourd'hui conserve encore quelque ressemblance avec celle des Toltèques, ainsi que des na- tions inconnues, dont les forteresses et les pyramides subsistent dans la région des lacs et sur les deux rives du Mississipi. Mais la preuve la plus frappante de leur ancienneté, c'est que, hors de la contrée qu'ils habitaient et de quelques parages plus méridio- naux de la Basse-Californie, de la Sonora et de Chihuahua, les traces de leurs hautes constructions et de leurs vastes souterrains n'ont été retrouvées nulle part, bien qu'il eût fallu sans doute un grand nombre de siècles pour effacer si complètement de pareils ouvrages. Castaneda, dans sa relation, parlant du pays d'où ils se disaient sortis, fournit lui-même les plus fortes présomptions en faveur d'une origine septentrionale : « D'après la route qu'ils ont suivie, dit-il, ils ont dû venir de l'extrémité de l'Inde orientale et d'une partie très-inconnue, qui, d'après la configuration des côtes, serait située très-avant dans l'intérieur des terres, entre la Chine et laNorvvége. Il doit y avoir, en effet, une immense distance d'une mer à l'autre, suivant la forme des côtes, comme l'a découvert le ca- pitaine Villalobos, qui alla dans cette direction à la recherche de la Chine. Il en est de même quand on suit la côte de la Floride ; elle se rapproche toujours delà Norwége, jusqu'à ce que l'on soit arrivé au pays des Bacallaos (1). » Il était impossible de signaler plus clairement alors les terres du Labrador et du Groenland. Maintenant si nous consultons les rares documents qu'on pos- sède sur les anciens habitants de la Sonora et des vallées du Gila (1) Castaneda , Voyage à Cibola, I est identique avec Terre-Neuve, ou le part. ii, chap.G On sait que Bacallaos | pays de la pèche à la morne. — GXCÏ — jusqu'au Nouveau-Mexique, nous trouvons dans le centre le plus civilisé de cette contrée les TaJmès: leur capitale était Téo-Colhua- can dont nous avons parlé plus haut; les Pacaxas, moins civilisés qu'eux, et les Acaxas, habitant les montagnes de la côte du golfe de Californie, où ils possédaient, comme ceux du Rio~del- Norte, des bourgades fortifiées, situées sur les cimes les plus inac- cessibles. Ces deux dernières tribus, plus barbares que les pre- mières, possédaient cependant des éléments d'une civilisation avancée; mais elles joignaient aux vices des peuples de Téo-Golhua- can l'usage abominable de manger de la chair humaine. On trou- vait ensuite les provinces de Petatlan et de Suya, dont les habi- tants, quoique moins policés, étaient fixés dans de grands villages ayant les mêmes vices et la même religion que les autres. On arri- vait en dernier lieu au désert de Chichi Iticale (2), ainsi nommé des ruines du palais situé au bord septentrional du Rio-Gila, connues, depuis le siècle dernier, sous le nom de Casas grandes de Mocte- zuma, dont les voyageurs exaltaient alors l'étendue et la magni- ficence. En effet, quel est le voyageur en Amérique qui n'a depuis en- tendu parler de ces palais, des vastes bassins circulaires, tou- jours remplis de l'eau du fleuve, et des ruines de cette ville im- mense, située à deux lieues plus loin, dont les rues, tirées au cordeau, sont formées de vastes quadrilatères à trois ou quatre étages, comme les îles régionnaires de la ville de Rome (3) ? Si Ton rapproche cette description des traditions mexicaines, il y aurait lieu de supposer que ce sont là les débris de la grande cité dont il est parlé dans les chroniques, sous le nom à'Aztlan-Chi- (1) /b«d.,chap.l.Les Ta hues étaient probablement les mêmes que ceux que l'on désigne plus lard sous le nom de Tarahumaras. (2) Chichillicale, ainsi appelé, dit la relation de Castaneda, parce que les lina, Voc. mex.), chose rouge ou ver- meille, et de calli, maison. (3) Castaneda , Voyage à Cibola, part. h, chap.2. — Rivera, Diario y derrotero de la visita gen. de los presidios de Nueva-Espana, etc . , Goa- murs de ce palais étaient bâtis d'une themala, 1736. — Arricivita. Chronica terre ou pisé rouge (Tlapallan?). Ce mot I serafica del colegio de Prop. fide de vient probablement du mexicain chi- Sanla-Cruz de Queretaro,\rà\t.\i,\ . iv, chiltie, cosà colorada 6 bermeja (Mo- 1 cap. 4 ; Mexico, 1792. , — CXCII — comoztoc (•]), et qui fut longtemps dans le nord le séjour dîme tribu toltèque de qui descendent les fondateurs de Mexico. Avant de commencer leur longue pérégrination, les Aztèques auraient exercé sur le bord du fleuve la profession de bateliers, passant d'une rive à l'autre les voyageurs qui se rendaient à Aztlan-Chi- comoztoc ou qui en sortaient pour aller ailleurs. Là régnait, au xie siècle, un souverain puissant, du nom de Montézuma '(2), dont la dureté et la tyrannie donnèrent lieu alors à l'émigration de ces tribus, d'abord vers Teo-Golhuacan et ensuite vers le midi. C'est d'Aztlan et de Chicomoztoc que prétendent être sor- ties ces diverses peuplades, et si le premier de ces deux noms convient à plus d'un canton de la Sonora, le second semble se rapporter avec également de justesse aux régions montagneuses, / sillonnées par le Rio-del-Norte (3). On sait d'ailleurs que ce fu- rent les Mexicains qui apportèrent aux vallées plus méridionales de l'Anahuac l'usage de construire des maisons à plusieurs éta- ges, surmontées de toits en terrasse, telles qu'on les voit encore à Mexico, maisons dont le style ne se retrouve auciermement que parmi les nations avoisinant le Nouveau-Mexique. On ignore l'é- poque de la destruction des palais deChichilticale : lorsque Cas- tafieda y passa, ils étaient ruinés depuis longtemps; mais on se souvenait encore, chez les tribus voisines, qu'ils avaient été ha- bités auparavant par le même peuple que celui de Cibola. Dans la route qu'ils suivirent avant d'atteindre cette contrée, si célèbre encore sous le titre fabuleux des Sept-Villes, les Espa- (1) Alonso Franco, Histoire de Me- xico, manuscrit en langue nahuatl de la coll. Aubin. — Chimalpain, Mémo- rial de Culhuacan, manuscrit de la même collection. — Alonso Franco dit de cette ville : Cerca huey altepetl, fort grande ville. L'étendue de ses rui- nes le prouvé bien. (2) la. ibid. — Rivera, parlant du palais, ajoute: « Les Indiens nous di- rent que c'était par ces ouverLures (les fenêtres), qui sont fort grandes, que le" souverain, qu'ils nomment Vhomme déplaisant (hombre amargo, ce qui est à peu près la traduciion du nom de Moctézuma, «qui signifie seigneur sévère), regardait le soleil à son lever et à son coucher, afin de le saluer » (Diario y derrotero, etc.). (3) Le nom d'Aztatlan, plus exact qu' Aztlan (pays des Flaments), se trouve, dans l'expédition de Nuno de Guzman, non loin du rio de Yagui ou Yaquimi (des Mexicains). Voir Her- rera, Hist. gen., decad. iv, lib. vm, cap. J. — CXClll — gnols aperçurent un grand nombre de localités, récemment déso- lées par une invasion de barbares qu'on croyait venus du Nord et auxquels on donnait dans le pays le nom de Teyas ou de vail- lants. C'était une nation étrangère et puissante qui, avec celle des Querechos, qui étaient de la même race, habitait depuis cinq ou six ans les confins de la province de Quivira : on croyait qu'ils avaient des machines de guerre ; car les Espagnols avaient vu une quantité de boulets de .pierre qui paraissaient avoir servi à sa destruction (1); ils avaient même assiégé Cicuyé, mais sans avoir pu s'en rendre maîtres. Depuis lors, ils retournaient quel- quefois pour commercer sous les murs des bourgades néo-mexi- caines, sans, toutefois, qu'on les admît dans l'intérieur. A cette invasion passagère d'un essaim obscur, substituons un grand peuple nomade, comme les Sioux et les Pieds-Noirs, traî- nant après lui les hordes associées à sa fortune, et nous aurons une de ces émigrations formidables qui avaient jadis inondé les con- trées méridionales et qui achevaient actuellement de détruire les restes de l'antique civilisation du Nouveau-Mexique. Les Teyas et les Querechos, qui paraissent s'être fixés, depuis, dans cette contrée, racontaient que pour y arriver ils avaient traversé des pays fort peuplés et florissants. Ainsi que les autres tribus no- mades que les Espagnols observèrent a cette époque au nord du Rio-Gila, ils vivaient comme les Arabes, sous de vastes tentes de peaux de buffle tannées, faisant de la chasse aux bisons leur res- source principale et leur occupation favorite ; mais ils ne se dé- plaçaient guère qu'en été et revenaient passer l'hiver dans leurs habitations. Leurs vêtements étaient de cuir comme leurs tentes: ils se nourrissaient de viande crue, buvaient du sang, mais ne se nourrissaient point de chair humaine. Ils avaient l'art de con- server la viande, et pour cela « ils la coupent en tranches très- minces, ajoute Castaneda (2), et la font sécher au soleil ; ils la I : Ca de chaque côté et un creux au mi- » lieu, car nos dieux ont dit à nos » ancêtres qu'ainsi nous aurions l'air » beau et noble ; cela rend aussi Ja » lêle plus dure pour porter des far- » deaux » (Oviedo, Relation de Nica- ragua, coll.Ternaux, pag.71). (4) « Ceux qui parlent la langue » chorotega et qui soni leurs ennemis » (des Niquiras), ont aussi la même » religion; mais leur langue, leurs » mœurs, leurs coutumes et leurs cé- » rémonies sont si différentes, qu'ils » ne s'entendent même pas » (Oviedo, ibid, , pag.8); — CCI 11 — d'abandonner de nouveau leurs foyers : la tradition nous les montre d'abord sur les côtes et dans les îles du golfe de Nicoya : mais on continue à suivre les traces de leur langue et de leurs coutu- mes dans les provinces de Costa-Rica et de Veragua, et au delà du Darien, jusque dans les régions de la Nouvelle-Grenade qui longent le littoral de la mer Pacifique. Du côté opposé, le même fait se répète exactement pour lesNahuas, que ïorquemada nous montre s'arrètant sur l'Atlantique, aux environs de Porto-Belo, et Ton continue à reconnaître leurs traces sur la plus grande partie des territoires du Darien, quoique mêlées parfois à celles de leurs adversaires (1). Les siècles n'ont pas encore achevé de les effacer: c'est ainsi qu'aujourd'hui on distingue les indigènes du Darien sous deux noms, les Mandingas et les Tulé, dont la différence rappelle peut-être encore leur origine distincte. Dans les tumuli qui furent ouverts, il y a deux ou trois ans, auprès de la ville de David, dans la province de Chiriqui (2), on trouva un grand nombre d'objets travaillés en or d'une grande perfection, et les forêts de Veragua continuent à révéler les restes imposants d'une civilisation antique; tombeaux, palais, colonnes colossales, couvertes de sculptures fantastiques, mais qui n'ont rien de commun avec les nobles débris de Palenqué et de l'Yu- (1) Citons pour exemple quelques noms encore existant aujourd'hui, soit de localités, soit de rivières, et dont nous chercherons àrélablir l'orthogra- phe : Cuiti (cuitic ou cuiltic), Pu tri - gandi , Navagandi (de nahua, etc.), Sasardi, Carreto, Gandi, Tutumate (de toioma), Aclatomate, nom de la ri- vière à l'embouchure de laquelle était située la célèbre ville d'AcIa (Allato- mate et Atlan, auprès des eaux, sur l'Atlantique), Urraba (Ullahuan), Alrato (Àtlalon), Chucunaqua (Choco- nacuan), Artuganti (Atlacantin), Ta- panaca (Tlapanecan), Uziacapanti (Oz- tocapan), etc. Presque tous ces noms sont d'origine nahuatl, et ont un sens parfaitement approprié aux localités où on les trouve; il faut remarquer encore l'analogie éloignée qu'il y a entre les mots terminant en andi,anli, ando, qui paraissent encore être une corruption du nahuatl. Ex.: Nava- gandi, lisez Nahuacantli. Ces noms appartiennent aux Indiens du Darien, qu'on appelle encore aujourd'hui Tule (Voir Cullen's Islhmus of Darien, ap~ pendix, pag. 99). Cet appendice, qui renferme un vocabulaire de mots de leur langue, semble appartenir 'à la race choroteca. Ajoutons encore ici les noms, conservés au temps des Espa- gnols, de plusieurs princes de cette contrée : Dobayba, Abi-Beiba, Aben- Amechey, Abrayba, etc., qui nous pa- raissent avoir une tournure tout à fait moresque ou biblique (Herrera, Hist. gen., decad . i, lib. îx, cap. 6). (2) La province de Chiriqui, située entre les deux océans, est disputée par les Etats de Costa-Rica et de Vera- gua (Nouvelle-Grenade), entre lesquels elle se trouve, et la ville de David est du côté du Pacifique. — OC IV — catan (1). Les Domehus., considérés comme les plus policés des habitants de cette contrée, au temps de la conquête, ne paraissaient pas en avoir été les auteurs. D'autres peuples avaient-ils donc passé par là, ou bien faut-il attribuer ces monuments aux Gho- rotecas proscrits à Nicaragua ou à leurs ancêtres plus anciens, les Vitznahuas, adorateurs de l'Ara Vukab-Cakix, ou bien à ceux du singe Hun-Batz, symbole des premiers Nahuas? Ce qui est certain c'est que lorsque les Espagnols arrivèrent dans ces con- trées, cette civilisation était déchue, sinon éteinte : les popula- tions du Darien, quoique policées jusqu'à un certain point, par- ticipaient à la fois des institutions alors existantes à Cuba, à Haïti et parmi les Nahuas, et des écrivains ont cru y retrouver même des analogies avec celles des Japonais. On n'y voyait guère d'é- difices en pierre; les maisons des chefs, quoique grandes et commodes et d'une structure fort remarquable, étaient générale- ment en bois et assises sur pilotis, précaution jugée nécessaire pour les mettre à l'abri des inondations sur les côtes maréca- geuses de Darien. Le palais du prince Gomagre avait cent cin- quante pas de long sur quatre-vingts de largeur, et les pilotis qui en formaient la substruction étaient environnés d'un mur de pierre solidement bâti : l'intérieur en était distribué avec beau- coup de goût, et les parois comme les planchers étaient tendus de nattes admirablement tissées. Dans une des salles de sa maison, le chef gardait avec piété les corps de ses ancêtres, desséchés au feu ou embaumés et enveloppés d'étoffes de prix. Cette installa- tion était celle de la plupart des villes du littoral du Honduras et de Nicaragua jusqu'aux embouchures de l'Orénoque sur l'Atlan- tique. Il en était de même de la plupart des nations qui occu- paient le vaste territoire renfermé entre la mer et ce fleuve : d'o- rigine caraïbe ou alliées à cette race puissante, elles se parta- geaient en une foule de tribus, classées d'ordinaire au dernier degré de l'échelle sociale, mais à qui les relations, tout à fait con- (I) Seéjman's Voyages, etc. Trans , Amer. ethiioL, 1853, pag. 175. — ccv — iemporaines de la découverte, accordent des institutions bien plus policées qu'on ne saurait se l'imaginer aujourd'hui. En effet, les relations subséquentes les représentent comme des sauvages, dont le nom seul suffisait pour jeter l'épouvante dans les Antilles : leur énergie, leur impétuosité guerrière et surtout l'usage abominable où plusieurs de leurs tribus étaient de manger de la chair humaine, leur avait valu cette renom- mée. Mais , ainsi qu'on l'a déjà vu chez les Nahuas, cette cou- tume, liée à des rites mystérieux, était loin d'exclure les arts et les notions sociales, et quoique à cette époque la civilisation parût à son déclin parmi ces peuples, que l'invasion européenne achevait de précipiter dans la barbarie, il existait encore un état de culture assez avancé. Outre les maisons dont nous venons de parler et dont aujourd'hui les descendants des conquérants se- raient incapables de reproduire les modèles, il s'y fabriquait des étoffes de la plus grande finesse et des ouvrages en plume aussi beaux qu'au Mexique (1). Si les hommes en quelques endroits allaient presque nus (2), les femmes s'y distinguaient par la re- cherche de leurs vêtements, par la beauté artistique de leurs bi- joux d'or et d'argent, et surtout la taille admirable des émeraudes et des autres pierres fines dont toutes aimaient à séparer également. Herrera (3), sans entrer dans beaucoup de détails sur leur gou- vernement et leurs institutions, en dit cependant suffisamment sur Acla, Comagre, Careta et les autres Etats de la côte jusqu'à Cumana, pour donner à entendre qu'ils étaient au niveau des na- tions de Nicaragua et du Cundinamarca. Il loue la perfection de leurs peintures, sans dire toutefois s'il s'agit de caractères à l'aide desquels ils auraient conservé leurs annales : mais on sait (!■) Herrera, Hisi, yen., decud . i, fib.ix, cap. 2, 6, etc., passim. (2) Les relations sont fort contradic- toires à ce sujet: parfois on représente les hommes comme très-bien vêtus ; ailleurs, comme allant à peu près nus; il est probable que les classes infé- rieures se couvraient beaucoup moins, surtout dans un climat si chaud. Au Japon, les femmes du peuple s'habil- lent également fort peu, et les hom- mes se présentent absolument nus, si ce n'est que parfois ils ont une cein- ture assez légère autour des reins. (3) Ibid., ut sup.Voïv à la table gé- nérale les noms ci lés ici. ccvr — que chez les Caramari de Carthagène, qui se vantaient également d'appartenir à la puissante nation des Caraïbes , on trouvait, comme parmi les indigènes d' Urraba, les traces d'une culture con- sidérable, importée anciennement, ainsi que des notions de li- vres et de l'art graphique (1). Les chefs du Darien et des côtes d'Urraba prenaient les titres de Quevi et de Sako, qui correspondaient à ceux de prince ou de roi : ce dernier, qui se retrouve au Cundinamarca, est également mentionné comme un titre princier et sacerdotal dans la Mixtè- que (2). Si chez quelques-unes de ces nations on trouvait la cou- tume de dévorer la chair humaine, en d'autres endroits les mœurs montraient une dissolution analogue à celles des populations de Natchez, de Panuco et de Teo-Colhuacan. Partout on voit établi le culte du soleil, ainsi que des traces d'institutions phal- liques. Entre les rares notions religieuses qui nous ont été trans- mises sur ces peuples, Herrera parle du culte de Dobayba, nommée aussi la Mère des dieux, créatrice du soleil et de la lune, et dont Balboa chercha inutilement à découvrir le temple, afin d'en piller les trésors. Ces notions, malgré leur brièveté, nous ramènent aux dieux des Nahuas, Oxomoco et Cipactonal, la grand'-mère et le grand-père du soleil et de la lune : mais ce qui achève d'identi- fier cette race avec les Caraïbes, c'est, ajoute Blas-Valera (3), que « toute cette génération dliommes si terribles et si cruels » était sortie des régions du Mexique pour peupler ensuite celles de » Panama et de Darien, ainsi que toutes ces immenses contrées qui » vont d'un côté jusqu'au nouveau royaume de Grenade et de » l'autre jusqu'au delà de Sainte-Marthe. » Ce sont les mêmes, en effet, qu'on retrouve, plus bas, sous des dénominations diverses, quoique la tradition leur ait conservé généralement celles de Cara, Cari, Coro, Cali, etc., dont la première syllabe est de- (1) Petr. Mart., Océan., pag. 22 et 65. — Humboldt, Essai sur l'histoire de la géographie du Nouveau-Conti- nenl, tom. n, pag. 83. (2) Hist . dH nations civilisées du Mexique et de l'Amer, cent., 10m . ni, cliap.l, pag. 17. (3) Garcilaso de la Vega , Comen- tarios Reaies, etc., lib.l, cap. 11. — CCV1I — meurée attachée à une foule de localités où ils établirent leur sé- jour, soit en passant, soit d'une manière permanente (1). Les foires et marchés qui se tenaient dans ces contrées, à l'instar de ceux du Mexique et de l'Amérique centrale, constatent l'existence d'un commerce actif et continu : maison en ignore les particularités et l'on ne sait pas davantage jusqu'où il s'étendait. Cependant des communications paraissent avoir été établies anciennement avec les peuples du Pérou : on ne saurait donc s'étonner, en lisant les relations du temps, que les premières nouvelles qu'en apprit Balboa, ainsi que de la mer Pacifique, lui eussent été données par un jeune chef de Comagre qui, en lui désignant le Sud, lui disait que dans cette direction il trouverait des princes qui n'usaient que de vaisselle d'or et qu'on y naviguait dans des barques à voiles et à rames peu inférieures à celles des Espagnols (2) : Un peu plus tard, c'était le chef de Tumaco qui traçait à Balboa, à son arrivée dans la baie de Panama, la figure des côtes de Quito, lui décrivant en même temps la richesse de l'or du Pérou et la forme extraordinaire des Hamas que l'on charge de minerais dans les Cordillères et que les Castillans prirent pour des chameaux. Cependant il y avait plusieurs centaines de lieues depuis l'isthme jusqu'aux régions dont le Cacique avait une connaissance si pré- cise. Combien y en a-t-il parmi nous ou parmi les Hispano-Amé- ricains, même dans les classes instruites, qui seraient aujourd'hui en état d'en faire autant ? En observant ainsi sur le grand isthme qui unit les deux Amé- riques les débris de ces races, qu'on peut regarder comme les plus anciennes entre celles qui fondèrent les institutions sociales sur ce continent, on voit déjà comment leurs migrations ont dû s'opérer du nord au sud, et par quel concours de circonstances des nations ennemies, différant de coutumes et de religion, se ( 1 ) De Cariari , première localité que Colomb découvrit après le cap Gracias â Dios, sur la côte orien- cdU- de Nicaragua, on retrouve ces noms jusqu'à l'extrémité du Pérou. (2) Petr. Mart., Océan., pag. 22 et 66. — Herrera. Èist. gen., decad. i, lib.x, cap. 3. — IÎCV11I — sont trouvées simultanément sur la même route et auront pu quelquefois se fondre l'une avec l'autre : ce fait intéressant dans l'histoire des migrations humaines nous conduit par analo- gie à en supposer beaucoup d'autres ; il servira peut-être à ex- pliquer bien des anomalies apparentes, en indiquant de quelle ma- nière des populations, soit sauvages, soit civilisées, ont dû na- turellement se rencontrer sur cette route étroite, afin de passer pour ainsi dire d'un pôle à l'autre. Si nous n'avions d'autre objet que de soumettre à un rapide • examen les diverses nations que l'on s'accorde généralement à considérer comme ayant possédé, antérieurement à la conquête, des institutions sociales supérieures, nous passerions sans nous arrêter de l'Amérique au plateau de Bogota, et de là par les An- des au Pérou. Mais ce que nous cherchons à découvrir, ce sont les traces des peuples que nous venons de suivre jusqu'aux con- fins de l'isthme de Darien : car dans les régions intermédiaires, en grande partie aujourd'hui recouvertes de forêts, c'est à peine si, à l'exception des villes et dés États modernes, on trouve un souvenir du passé. Ce que nous avons déjà vu suffit, cependant, pour dé- montrer que ces solitudes où l'on discerne encore de loin en loin quelque tribu indigène, se reliaient par des anneaux d'une chaîne rarement interrompue d'existences maintenant éteintes, aux civi- lisations méridionales. En les interrogeant, nous verrons jaillir en- core quelque lumière sur les problèmes qui se rattachent à l'his- toire des grands peuples environnants. En effet, qu'on suive, en longeant le littoral, les navigateurs et les conquérants du xviesiècle, de Darien à Cumana, on trouve ces contrées occupées, comme nous venons de le voir, par des populations qui paraissent appartenir presque invariablement à la même race que celles des Caramari de Carthagène et de Sainte-Marthe, race guerrière et souvent fa- rouche, à laquelle toutes les autres se vantaient d'être unies, si- non par des liens du sang bien étroits, au moins par des allian- ces nombreuses. Vivant à des degrés divers de civilisation ou de barbarie, c'est la même race qu'on voit se répandre sur les deux — QÇIÏ — rives de rOrénoque, envahissant tour à tour les différente régions de l'Amérique méridionale jusqu'aux confins même du Chili. Peu d'années avant l'arrivée des Espagnols, un essaim de Ca- raïbes avait débarqué aux Antilles, où leur force et la coutume de dévorer leurs ennemis avaient répandu la terreur. Fiers de leur puissante stature, ces guerriers formidables se sentaient doués des qualités personnelles que semblent avoir presque toujours possédées les races conquérantes. Aussi* se plaçaient-ils au- dessus des peuples qui les environnaient, et ils répétaient avec orgueil qu'eux seuls étaient des hommes, tandis que les autres n'étaient que des esclaves. La même pensée leur faisait redouter pour leurs fils la petitesse des yeux, qu'ils regardaient comme une disgrâce, sans doute parce qu'elle était une marque distinc- tive des tribus brésiliennes qui les avoisinaient. Polir la préve- nir, ils avaient, ainsi que les Nahuas de -Nicaragua, adopté la coutume de repousser en arrière le front du nouveau-né, ce qui lui déformait le crâne, mais en faisant ressortir les yeux comme ils le désiraient (1). Leur nom même, si l'on ajoute foiàl'étymolo- gie qu'on en donne (2), attestait l'orgueil d'une race puissante et belliqueuse, car il aurait signifié l'homme par excellence, et, ainsi que nahuo.l dans le Nord, celui de cara dans le Sud n'était dans l'origine qu'une sorte de titre d'honneur qu'on décernait aux chefs qui s'étaient distingués par quelque action d'éclat. Les Caraïbes se souvenaient d'être sortis du nord, et l'on h recueilli des traditions qui leur donneraient pour berceau les (1) Dans l'épopée de Hunahpu et de Xbalanqué, il y a un passage curieux, où les saltimbanques mystérieux, qui se montrent en Xibalba pour exécuter leurs prestidigitations merveilleuses, refusent de se présenter devant les rois, dans la crainte que leurs grands yeux ne paraissent quelque chose de difforme (Voir le Livre Sacré, pag. 179). (2) Suivant Rochefort (Histoire des Antilles , pag. 455), Caribe signifie guerrier ; c'est le même sens qu'on donne au mot Guarani, qui veut dire guerre, suivant le P. Antonio Ruiz; Guarini-hara , guerre ro , guerrier (Tesoro de la lengua guarani , pag. 130). Alors Guarani, Carini, Caribe auraient la même origine que le mot war, guerre, ainsi que la plupart des mots germaniques qui s'y rattachent (A. d-'Orbigny, L'homme Américain, tom. il, pag.*268). D'autres donnent à ce mot la même origine qu'au mot Cara des Turcomans, neau, fort, puis- | saut, excellent, etc. — GfiX — plaines des Florides, aussi loin même que1 les Alléghanies (4 . On a déjà vu par quel concours de circonstances la race na- huatl avait pénétré dans l'Amérique méridionale , et les pre- mières colonies qu'elle y avait établies : avant elle, et de- puis, d'autres essaims, identifiés avec les Caraïbes par un contact prochain, auraient pu suivre la même route, les uns, en descendant les côtes du Pacifique, à la suite des Chorote- cas, les autres en remontant les rives du Magdalena ou en tra- versant même un bras de mer, d'un point de la terre ferme à l'autre, afin de se fixer dans quelque autre partie du continent, comme aux embouchures de l'Orénoque, où plusieurs de leurs tribus se maintinrent fort longtemps. Autour d'eux s'étaient répandus, dans cette direction, une foule de peuples de mœurs analogues et parfois de même langage (2) ; ceux-ci avaient sans doute partagé naguère leur fortune ; mais les Caraïbes les re- gardaient si peu comme leurs égaux, qu'aujourd'hui même ils ne peuvent encore se résoudre à vivre auprès d'eux dans les mis- sions espagnoles. Aussi s'efforçaient-ils constamment de les sou- mettre ou de les détruire, et de là naissaient des guerres mor- telles où se consumaient les forces des nations voisines. On les représentait surtout comme de terribles chasseurs d'hommes, qui entreprenaient les expéditions les plus hardies pour aller au loin surprendre des clans étrangers et y faire des prisonniers. C'est ainsi que les Nahuas , dans les temps les plus anciens, allaient au loin chasser aux captifs, et que les Mexicains, à une époque rapprochée de la conquête, s'engageaient à dessein dans des combats avec les Tlaxcaltèques et les autres États voisins, afin d'avoir des victimes à ramener aux autels des dieux. Quelque inférieure que nous paraisse aujourd'hui la condi- tion des Caraïbes, les relations des premiers conquérants, d'ac- (.!•) Veiv . M art., De Marc Océan., pag.6.— -Hflchëabt'i, Binées Antilles, pug.3&|. (2) D'iît'bigpy, L'homme Américain, loin, n, passim. — GGXï — cord avec les observations d'un voyageur moderne (lj, nous font voir, chez cette nation ambitieuse et intelligente, des traces d'ins- titutions vastes et savantes, destinées à consolider le pouvoir aris- tocratique et l'influence sacerdotale. Mais comme elles étaient partout en décadence, même chez les tribus les plus policées, à l'époque' de la découverte de l'Amérique, c'est à peine si l'on en aperçoit actuellement quelques débris presque effacés. On y re- trouve cependant l'hérédité consacrée dans les familles régnan- tes, le respect des princes et de la religion, l'obéissance aux lois, une extrême ténacité aux anciennes coutumes, les épreuves de l'initiation guerrière, sanctifiées par des pénitences cruelles et des austérités extravagantes qui rappellent les rites des Mexi- cains ; on y retrouve, comme parmi les Iroquois, l'usage de pré- parer, par des supplices atroces, le sacrifice du prisonnier qu'on dévorait ensuite religieusement. Le récit qu'on lit de ces horreurs dans les histoires du temps, les représente généralement comme une simple coutume populaire ; mais des descriptions plus an- ciennes et plus spécifiées ajoutent aux détails ordinaires d'autres rites qui nous montrent le bourreau se préparant au meurtre par des veilles austères, comme le sacrificateur mexicain. Parmi les tribus du Brésil qui avaient appris des Caraïbes à dévorer leurs prisonniers, c'était le prêtre qui les excitait, au nom des dieux « qui" demandaient de la chair humaine. » Ainsi les scènes monstrueuses où la peuplade entière s'associait au meurtre de l'ennemi, dont elle mangeait les restes, étaient dans le principe de véritables sacrifices humains, analogues à ceux qui existaient daris l'Anahuac. Ils faisaient partie de cet ensemble de croyances et d'institutions, systématiquement conçu dans l'ori- gine, comme une satisfaction mystérieuse par le sang, et dont le sacerdoce se servait actuellement pour endurcir le guerrier à tou- tes les horreurs du carnage. On ne saurait méconnaître qu'une pensée bien profonde eût présidé à cette organisation de la tribu (l) Hiïmboldt, Relation historique) pag,47j,etc. — - CCXII — barbare. C'est une vaste combinaison que celle dont, nous trouvons ici les débris : car elle renfermait de tous les côtés la vie du guerrier et lui traçait une route uniforme vers le but militaire et religieux qu'elle lui avait assigné ; mais là, comme au Mexique, elle n'atteignait ce but qu'en sacrifiant les sentiments d'huma- nité, qu'en étouffant la voix de la conscience, qu'en faussant en- tièrement l'idée vraie de la religion (1). Faut-il s'étonner après cela qu'elle imprimât aux peuples ce mouvement rétrograde que nous signalions tout à l'heure? Elle ne formait le guerrier qu'en dénaturant l'homme. Du reste, les faits paraissent s'accorder par- tout pour montrer que les cruautés du sacrifice humain et l'an- thropophagie qui en était la conséquence, s'accroissaient dans le sens contraire de la civilisation. On peut en juger parles nations de la Zapotèque et du Yucatan, dont la religion était moins cruelle et chez qui la culture sociale était bien supérieure à celle des Mexicains et des Tlaxcaltèques ; il en était de même chez les nations du littoral, depuis la commerçante cité d'Acla auDarien, jusqu'à Gumana, où les coutumes étaient généralement plus douces et la condition plus policé^ que chez les tribus caraïbes de l'intérieur. Si des bords de l'Orénoque nous passons à des régions plus mé- ridionales, nos regards, en embrassant cette vaste étendue de fleuves et de forêts qui s'étend entre les bords de l'Amazone et ceux du Rio de la Plata, découvrent des populations homogènes, au teint jaunâtre, à la taille ramassée, à la physionomie presque mongole et qui, pour la plupart, parlent des dialectes de la même langue. Ce sont les Guarani-Brésiliens, sortis évidemment d'une autre souche que les Caraïbes à la haute stature et aux traits cau- casiens : mais leurs usages guerriers et religieux, l'organisation de leurs tribus, les détails même de la vie domestique, les assi- milent si complètement à ces derniers, qu'on peut dire, au point de vue social et historique, qu'il devient impossible de séparer (i) Moke, ïïist . des peuples américains, pag.5'i. — GGXIIJ — les deux familles. Or, quelque obscur que soil le passé chez les peuples qui n'ont point d'histoire, les mœurs et le caractère du Caraïbe le rattachent visiblement à ces Américains du Nord parmi lesquels il se souvenait d'avoir vécu autrefois. Les Brési- liens, aussi, venaient de contrées plus septentrionales., et ils en avaient rapporté des coutumes qui rappelaient leur séjour dans ces parages : tels étaient l'anthropophagie et l'usage de scalper les prisonniers (1), celui d'entretenir du feu auprès de leur cou- che et l'emploi d'une sorte de calumet. Une autre habitude qu'ils ne pouvaient pas tenir de la race caraïbe, atteste encore mieux leurs relations avec les tribus qui occupaient jadis le territoire des États-Unis : c'est l'arrangement particulier de leurs habita- tions, disposées sur un autre planque le carbet,mais pareilles de tout point à celles que construisaient les Hurons et les Iroquois. C'est donc bien du nord que venait la race brésilienne, et ses coutumes propres le démontrent aussi clairement que celles qui lui étaient communes avec les Caraïbes. Mais en était-elle sortie en même temps qu'eux ? Les vagues traditions qui répondent à cette question prouvent seulement que les deux peuples avaient été entièrement unis à l'époque d'une grande crise qui avait me- nacé leur existence et qui fut suivie de leur départ pour leur séjour actuel, fhevet, parlant du respect dont les Caraïbes étaient entourés chez les Tupis, ajoute (2) : « La réputation des Canni- bales est si grande en ce pays-là, que tous nos sauvages, pour se dire et porter vaillants, se disent en être descendus. Car comme après leur déluge, plusieurs (de leurs ancêtres) se furent sauvés sur les montagnes de ce peuple, ils se marièrent là et revinrent ensuite avec leurs femmes, les enfants qui en étaient nés et quelques-uns des parents de leurs épouses. Par ce moyen ils re- peuplèrent leur région, ce qui est cause qu'ils sont si vaillants. » (I) « Voici maintenant ce qu'ils font , cbeeti signe de Victoire,» etc. [Voy^ç (les Catios) avec les têtes qu'ils ont d'Ulrich Schmidel au Rio de la Plat a, «■oupées dans un combat: ils enlèvent coll.Ternaux, pag. 181). la peau avec la chevelure, la font se- (2) Thevet, Cosmographie, Jiv. xxn, cher, et la placent au bout, d'une pèr- cinq). 1, — C.CXtV — Il ne saurait donc rester aucun doute sur l'ascendant qu'avait ja- dis obtenu ce peuple roi, et les Brésiliens désignaient eux-mêmes le Caraïbe comme leur protecteur et comme le brave par excellence, opinion qui était encore admise au xvi° siècle chez toutes les tri- bus du littoral. Ainsi l'idée d'amitié, d'alliance, de communauté de fortune entre les deux races se trouvait généralement établie, quelque vague que fût devenue la mémoire des événements qui les avaient réunis. Les Caraïbes avaient donné aux Brésiliens les devins ou piayes qui prenaient encore au Brésil le nom de Caraïbe ou rneyre qui signifiaient étranger (1). A ces prêtres d'une reli- gion sanguinaire, les populations voisines attribuaient les habi- tudes féroces qui les élevaient à leurs propres yeux et consti- tuaient le guerrier. On voit donc partout l'action du même peu- ple dominer l'existence des autres, comme si les tribus au teint jaunâtre, à la physionomie chinoise, dont se compose le groupe brésilien, avaient obéi sans résistance à la supériorité d'une race à la fois plus intelligente et plus énergique. Ces indications suffisent pour montrer l'influence que le Ca- raïbe dans l'Amérique méridionale, comme ailleurs le Toltèque ou le Nahua, avait exercée à une époque ancienne sur ces nations inférieures. Issu d'une autre souche et formé, pour ainsi dire, d'éléments plus actifs, il les avait rencontrées épàrses, désunies, timides, peut-être, ou étrangères du moins à la passion des armes : mais après s'en être emparé comme d'une masse inerte, il leur avait donné sa propre impulsion. De lui venaient leurs pensées comme leurs lois, leur caractère comme leurs rites, et ce n'est pas de lui que nous l'apprenons, mais d'elles seules. Nous n'essaierons pas de déterminer l'époque, ni la région où s'était formé le lien qui attachait la race brésilienne à la fortune des Caraïbes : les événements accomplis avant les temps historiques ne peuvent être ramenés qu'à demi à la lumière. Cependant, les 1 i JThèyëtyi&tïL— Jean cte Lery, cl , de- I marque,ainsiqueM. Ferdinand Denis, le puis lors, Tïum!)oldf,en font aussi la re- 1 savani bibliothécaire deSte-Gcneviève. CCXY notions que nous avons relatées dans les chapitres précédents permettent de distinguer vers quel temps ces grands essaims ont pu s'acheminer du nord au midi, pour prendre possession des vastes contrées où les Européens les découvrirent. Le Livre Sacré nous fait assister à trois grandes périodes de dispersion des races américaines : c'est celle du déluge de Gucumatz où probablement de nombreuses nations, épouvantées de ce cataclysme, s'éloignè- rent, ainsi que semble l'indiquer la tradition des Tupis, du théâtre de ce grand désastre; ce sont les révolutions, causées dans l'empire de Xibalba par les différentes migrations de la race nahuatl, migra- tions qui occasionnèrent évidemment le déplacement d'un grand nombre de nations plus anciennes, durant les siècles qui précé- dèrent ou qui suivirent immédiatement le commencement de l'ère chrétienne ; c'est enfin l'irruption des tribus du nord sur le Mexique, au temps de la chute de l'empire toltèque, au xf siècle, et qui paraissent avoir causé également d'immenses bouleverse- ments dans le monde américain. On voit clairement à ces diverses époques les mouvements qui s'opèrent parmi les peuples, tant barbares que civilisés, et si, dans les traditions mexicaines, on ne les aperçoit guère au delà de Panama,- dans celles du Pérou, au contraire, on les voit s'avancera droite et à gauche, descendre dans les régions situées au delà même du lac de Titicaca et tra- verser toute l'étendue du continent. Ainsi qu'on l'a vu précédemment, la marche des tribus avait en général suivi les bords de l'Océan ; d'autres vinrent, cepen- dant, directement par mer, comme on le verra par les traditions que nous rapporterons plus bas. Chacune de ces migrations , • encore qu'elles fussent d'une même race, s'accomplit à plusieurs reprises et quelquefois même à des périodes fort éloignées. Les nations pampéennes, qui semblent avoir occupé primitivement la partie méridionale du continent, furent naturellement balayées Tune après l'autre devant ces invasions redoutables, quel que fût le degré de civilisation qu'elles eussent atteint, ou bien se confon- dirent avec les nouveaux venus. Chez un grand nombre de ces — CGXVI — nations, on reconnut à l'époque de la conquête des traces nom- breuses d'institutions policées qui rappelaient une civilisation antérieure, déchue comme tant d'autres, et dont les tradi- tions religieuses, quoique bien vagues déjà, les rattachaient aux dogmes antiques propagés par la race nahuatl. Chez les Yuracarès (hommes puissants), c'était un incendie général des forêts dont le récit rappelle en partie l'ouragan dont il est question au Livre Sa- cré, et l'éruption des volcans, telle que la raconte le Codex Chimal- popoca ; cette catastrophe remplace chez eux le déluge des autres nations. Chez les mêmes encore, Ulé, de l'arbre le plus brillant des forêts qu'il était d'abord (1), se métamorphose en homme, à la prière d'une jeune fille, qui, devenue mère d'une manière mer- veilleuse, donne le jour à Tiri qu'arrache de son sein la fe- melle d'un jaguar. De leur côté, les Mbocobîs racontent que la lune est un homme (Adago) et le soleil sa compagne (Gdazoa). Ce dernier tomba du ciel : un Mbocobi le releva et le plaça où il est ; mais il tomba une seconde fois et incendia toutes les forêts. Les Mbocobis se sauvèrent en se changeant en Gabinis et en Caï- mans. Un homme et une femme seuls montèrent sur un arbre pour fuir le danger et voir couler les flots de feu : une flamme leur brûla le visage et ils furent changés en singes (2). En résumé, chez la plupart de ces populations, dont on a si mal recueilli les traditions religieuses, on retrouve sous une forme ou une autre le culte du soleil souvent mêlé à celui du serpent ; celui du Tamoïy ou le Vieux du ciel, de la Grand'Mère ou du Grand-Père qui rap- pellent constamment les titres d'Oxomoco et de Cipactonal. C'est le même dieu qui a vécu parmi eux, qui leur a enseigné l'agri- culture, qui, avant de les quitter, leur a promis de les secourir au besoin et qui ensuite a disparu à l'orient. C'est aussi en mé- (1) D'Orbigny, L'homme Américain, tom. i, pag.365. Le lecteur se rappel- lera que la balle avec laquelle jouait Hunhun-Ahpu était d'ulé, ulli, ou gomme élastique. La fable ici paraît un souvenir confus «le ces événements antiques, comme d'Oxomoco, épouse de Cipactonal , représenté quelquefois comme Tlaca-Oceloll, J'Homme-Ti- gre. (2) V. le Livre Sacré, pag.31 — ccxvn — moire de son ascension au ciel qu'ils bâtissaient des temples octo- gones où ils allaient demander par leurs prières et leurs austéri- tés l'accomplissement des promesses de leur législateur (1). 8 xiii. Origine antique du Pérou. Ecritures et chronologie. Premières émigrations. Arrivée des Chimus ou Géants. Leur migration vers les montagnes, puis à la côte. Invasions étran- gères. Ruine de la dynastie primitive du Pérou. Période inconnue jusqu'aux Incas. Ré- forme religieuse et sociale opérée par ces princes. Traditions antiques de Tijahuanaco et du lac de Titicaca. Les Viracocha. llla-Ticci et Con-Ticci-Yiracocha. Pacaric-Tambo et le Tonacatepetl. Les quatre Ayar, souvenir des traditions nahuas. L'Inca Yirococha. Culte de Con chez les Chibchas. Traditions et institutions toltèques au Rogota et au Zenu. Si des plaines centrales de l'Amérique du Sud on jette les re- gards vers la grande chaîne des Andes, on reconnaîtra que la côte occidentale du continent forme ici comme une étroite vallée, resserrée entre l'Océan et les montagnes. Au rapport de quelques observateurs modernes, une seule race d'hommes aurait peuplé toute cette contrée dont la longueur est de plus de mille lieues. On ne voit pas, disent-ils, qu'aucune invasion y soit venu déplacer violemment les peuples, et le rempart de montagnes que la na- ture y a mises, aurait partout couvert les anciens habitants des révolutions qui s'accomplissaient dans les autres régions de l'A- mérique. Ces peuples, c'est sous le nom çYAndo-Péruviens qu'un de ces observateurs (2) les a classés dans le tableau des races américaines. Cependant, si l'on en croit les traditions antiques du Pérou et de l'Equateur, le mouvement des grandes migrations et le choc des masses, pour être plus anciens, ne s'y seraient pas moins fait sentir qu'ailleurs. Les notions que nous comptons présenter à ce sujet sont en partie tirées d'un auteur accusé quelquefois d'avoir exagéré l'antiquité des annales péruviennes (3), (1) D'Orbigny, L'homme Américain, tom.il, pag.102, 277, 319 et 329. (2) Id.ibt'd., passim. (3) Montesinos, Mémoires sur l'An- cien Pérou, coll.Ternaux.Munoz, his- toriographe de l'Amérique, nommé par le roi d'Espagne, dans une note jointe au manuscrit de cet ouvrage, — coxvm — mais à qui Ton accorde cependant une connaissance approfondie des choses de cette contrée. Après avoir hésité à nous servir de ses Mémoires, nous avons cru, sur un examen attentif de cet ouvrage, ne pas pouvoir lui refuser la confiance qu'il nous paraît mériter. Il est d'accord, pour la plupart des faits les plus impor- tants, avecHerrera, Zarate, Balboa et Garcilaso lui-même ; mais ce qui a surtout entraîné notre suffrage, c'estque ces faits coïncident d'une manière singulière avec les époques mémorables de l'an- tiquité américaine , telles qu'on les trouve exposées dans le Livre Sacré et dans lé Codex Chimalpopoca, qu'on ne le peut en aucune façon soupçonner d'avoir connus auparavant. Quant à Garcilaso, écrivain véridique en tout ce qui touche au côté glo- rieux de l'histoire des Incas, on ne saurait dire qu'il soit contraire à l'ensemble des annales, rapportées par Montesinos : Inca lui- même et considérant comme barbare (1) tout ce qui était anté- rieur à sa famille ou établi diversement de la législation des fils du Soleil, il se contente de commencer l'histoire de son pays avec Sinchi-Roca, réformateur religieux et fondateur d'une nouvelle dynastie, dont il fait naturellement le second monarque du Pé- rou, afin de le rattacher immédiatement à Manco-Capac, que les peuples étaient accoutumés à vénérer, comme la souche sacrée des rois et des nations dès la plus haute antiquité. Les divers écrivains qui ont traité de l'histoire du Pérou, et dit que Montesinos avait été deux fois visiteur ^visilador) au Pérou, qu'il l'a- vait parcouru dans tous les sens et y avait résidé plus de quinze ans. Le P. Rodriguez, dans son Histoire du Ma- ragnon, dit que personne ne connut mieux les antiquités du Pérou. Ajou- tons que les monuments de Tiahua- naco et d'antres si supérieurs à ceux de la civilisation des Incas, sont 'le meilleur témoignage en laveur des na- tions civilisées, dont Montesinos donne les annales, et contre les assertions de Garcilaso, qui ne peut s'empêcher de le reconnaître lui-même (Comentar. Renies, lib. m, cap. 1). fl') C'est dans le même esprit que (es historiens romains omirent àdes- sein toutce qui avait trait à la civilisa- tion et aux annales étrusques, dé- truites par leurs consuls après la prise de Veies, et que Scipion ordonna la destruction des monuments et des bi- bliothèques de Carthage. De même encore les Grecs considéraient les Perses et les appelaient des barbares comme leurs successeurs appelaient aussi nos pères des barbares, au mo- ment même où de vrais barbares, les Turcs, s'apprêtaient à leur prendre Constaniinople. Du reste Garcilaso dit, avec ses préjugés ordinaires, que les Incas étaient incapables de faire le mal et en dit le moins qu'il peut. Bal- boa ne parait pas du même avis. — GÇX1X — Garcilaso le premier, s'accordent à donner aux régions, oonapri- ses actuellement sous ce nom, une origine fort ancienne et à re- culer, bien au delà de la monarchie des Incas, le berceau des na- tions qui furent depuis soumises par leurs armes (1). La plupart sont d'accord également à reconnaître qu'en outre des quipos ou nœuds de diverses couleurs, dont ils se servaient pour compter les temps et les choses, les peuples de cette contrée possédaient, plusieurs sortes d'écritures, les unes calcul/ 'formes, ainsi qu'elles étaient surtout à Quito, les autres figuratives et monosyllabi- ques (2), d'autres enfin phonétiques comme les nôtres, si l'on en croit Montesinos et, peut-être, Herrera lui-même. Le papier fabri- qué des feuilles du bananier, dont on se servait encore pour écrire (1) Garcilaso parlant des populations appelées Géants dans la tradition, et auxquels on attribuait les édifices de Tiahuanaco, dit : « Sera bien démos » cuenta de una hi^toria notable y de » grande admiracion, que los Natu- » raies délia (région de Marna) tienen » por tradicion de sus antepasados, » de muchos siglos atras, de unos » gigautts , que dicen futrou por la » mar â aquella tierra.... {Cornent. Real. lib. ix, cap. 9.) — Montesinos fait remonter la première dynastie pé- ruvienne à 2,500 ans avant J.-C. — Suivant Velasco, Hist. du roy. de Quito, coll. ïernaux, tom. 1, pag. 12, la race des peuples, dits géants, ha- bitait encore la côte de Manta, dans le commencement de l'ère chrétienne, et elle en avait chassé des nations plus anciennes. Au Cundinamarca la tradition faisait remonter à vingt cycles la réforme religieuse due au prophète Suhacon : on sait que ces cycles étaient de soixante ans chacun, comme au japon. (Zamora, Hist. del Nuevo Reyno de Granada, lib. n, cap. 14, pag. 134.) (2] Voici ce que dit Herrera : « In- » dioschristianos hahavido quesehan » confesado por el .Quipo, como un » Castellano por escrito, i algunos In- » dios se han confesado Uevando la » Cou lésion escrita con pintvras , i » caractères, pintando cadaunode los » diez Mandamientos por cierto modo, » i luego haciendo ciertas senales *> como cifriis... de donde se puede o colegir la vîveça de aquellos iu- » genios , pues por este modo escri- » ven tambien muchas oraciones , » i asi nunca, los Indius tuvieron Le- » iras, sino cifras, 6 Memoriales, en la » forma dicha. Por unas cuentas de » pedreçuelas aprenden quanto quie- » ren tomar de memoria.... Sus es- » crituras, como no eran letras, sino » dicciones, sin necesidad de travarse » unas con otras, las ponian de arriba » abajo ; i de esta manera, con -sus » figuras se entendian. » {Hist. gen. deead. v, lib. iv, cap. 1.) — Balboa, parlant du testament écrit de Huayna- Capac, dit : « On prit un long bâton ou » espèce de crosse et on y dessina des «raies de diverses couleurs d'où l'on » devait avoir connaissance de ses » dernières volontés ; on le confia » ensuite au Quipocamaijoc ou no- » taire (ou plutôt archiviste-général).» (Hist. du Pérou. Coll. Ternaux, pag. 198.) Ainsi on- écrivait aussi les signes qu'on faisait avec les quipos. Voir encore Aubin, Mém. sur la pein- ture didactique et l'écriture fig. des anciens Mexicains, Paris, 1849, pag. 59. Quant aux quipos, ils étaient con- nus au Paruhuas de Quito longtemps avant les lncas; les chefs araucaniens s'en servent encore aujourd'hui et les lisent couramment. Les écrivains des États-Unis comparent les quipos au Wampum ou colliers de porcelaine dont parlent Lafilau et Charlevoix et disent que les Indiens du nord s'en servaient de même pour conserver leurs annales (Smilh's Ilistory of Y. c-Yark, vol. i, pag. 74). . — cexx — au Chili, vers l'époque de la conquête, aurait existé dix-huit cents ans au moins avant notre ère , ainsi que les quilcas, peaux de hètes préparées ou parchemins, sur lesquels on écrivait alors les annales du pays : car « on connaissait l'usage des lettres, et il y » avait des hommes savants et des maîtres qui enseignaient à » lire et à écrire, ajoute l'auteur (1), comme le font aujourd'hui » les Amo.utas. » Dès cette époque reculée, « le roi Inti-Capac avait » établi l'année solaire de 365 jours et six heures, et partagé les » années en cycles de dix, de cent et de mille ans, au moyen des- » quels ils conservèrent l'ordre des dynasties royales (%) et la » mémoire des événements les plus reculés de leur histoire. » C'est ainsi que les traditions, d'accord avec les chants histori- ques des Amautas, avaient transmis le souvenir des premières tribus qui, vingt-cinq siècles avant notre ère, avaient peuplé le Pérou, depuis les côtes qui sont sous l'équateur jusqu'à l'extré- mité du Chili. Ces tribus seraient venues indistinctement des Andes, de terre ferme et par la mer du Sud ; elles seraient demeu- rées en paix les unes avec les autres, pendant une période d'envi- ron deux siècles, après quoi des contestations s'étant élevées sur la possession des sources et des pâturages, les premières guerres auraient éclaté à cette occasion. Chaque tribu se choisit alors un (1) Montesinos, Mémoires sur l'an- cien Pérou, pag. 33. « Quand D. Alonso de Ercilla se trouvait au Chili, dit-il, il manqua de papier pour écrire les vers de son poème, et un Indien lui enseigna l'usage de ces feuilles. Ils écrivaient aussi sur les pierres. Un Espagnol a trouvé des inscriptions de ce genre sur les édifices de Quinoa, à trois lieues de Guamanga (à 60 1. en- viron à l'O. N. 0. du Cuzco), et per- sonne ne put les lui expliquer... » Cette écriture serait-elle la même que M. Aubin a si bien appelée cal- culiforme? elle serait entièrement pho- nétique, et lesArauçaniens, au dire des voyageurs, en auraient conservé le secret. Remarquons ici que le mol quil- ta, qui n'a pas de sens dans le qqui- ehua, pourrait avoir sa racine dans le mol cuiloa (nahuatl), écrire, peindre. (2) « Ce dernier cycle celui de mille ans) se nommait Capac-hesata uu Intip-huatan , c'est-à-dire grande année du soleil. C'est au moyen de ces cercles qu'ils ont conservé la chro- nologie de leurs rois. Les Indiens se servent très-habituellemeut de cette phrase. Isa ay Iiitiapilliscampincay, cay caria; telle ou telle chose est arrivée, il y a deux soleils. C'est parce que le licencié Polo de Indagardo n'a pas compris cette phrase, qu'il a avancé que les Ingas n'avaient pas plus de 450 ans d'antiquité ; il a con- fondu le cercle de cent ans avec celui de mille ans. Les Indiens disent 4500, ce qui les fait remonter au déluge. Ce- pendantil est très-vraisemblable que le* Ingas n'ont en effet régné que 400ans.» [Méin. sur l'ancien Pérou, pag. 62. Nous ne changeons rien aux mots qquichuas, qui sont fort peu corrects par la faute du copiste ou du cor- é cAex 'Er'hard Pœris-Irrvp .Becquet — - CCXXf — chef capable de la conduire au combat, et ceux-ci auraient pro- fité de cette circonstance pour étendre leur pouvoir. Tel était Fêtât des choses, lorsqu'apparurent les quatre frères avec qui commencent d'ordinaire toutes les histoires péruviennes, mais dont la légende rappelle si clairement les antiques traditions du Livre Sacré, que nous croyons devoir la laisser momentanément, pour la reprendre plus bas, lorsque nous traiterons des notions religieuses conservées dans ces contrées. Le nom du fondateur de la première monarchie péruvienne aurait été Pirhua, qui réu- nit plusieurs peuplades éparses et qui aurait bâti la ville du Cuzco, afin de pouvoir les retenir plus aisément sous son au- torité (1). Sous le règne de Manco-Capac Ier, arriva au Pérou, suivant Montesinos, la première émigration étrangère : ses bandes nom- breuses sortaient à la fois des provinces méridionales à'Arica et de Collao, tandis que d'autres descendaient des Andes au nord- est vers le Cuzco. La tradition leur donnait le nom iïAtumu- Runas (1) : c'étaient des hommes grands et forts; mais leur ca- ractère paisible les fit regarder comme une classe inférieure. Plusieurs de leurs tribus s'établirent dans les provinces de Puma- cocha, de Quinoa, de Huaitara et de Chackapoyas, qui s'étendaient jusqu'à plus de cent lieues au nord du Cuzco et où l'on trouvait encore au temps de la conquête des débris d'édifices antiques, recteur du traducteur de Montesinos. (1) Id. ibid. pag. 6. Les diverses lé- gendes qui regardent Pirhua nommé d'abord Ayar-Uchu-Topa, n'ont rien de précis ni d'arrêté et elles paraissent confondues avec des traditions d'une date postérieure. Sous la dynastie des Incas, on distinguait la monarchie qquichua par le nom des quatre aires des vents. Ainsi Cuzco étant consi- déré comme le centre ou l'ombilic de la terre, on appelait ce qui était à l'o- rient de cette ville Antisuyu, région des Anlis, ce qui était à l'occident Cuntisuyu, région de Cunti, au nord Chinchasuyu, région de Chincha, et au midi Colla- suyu, région de Collao. C'est dans celle- ci qu'existait le lac fameux deTilicaca. (2) Montesinos, Mémoires sur l'an- cien Pérou, page 26. M. Ternaux a laissé passer tant de fautes de co- piste ou d'impression dans les ou- vrages qu'il a traduits de l'espagnol, qu'on a le droit de douter si le mot Atumuruna est correct. Tel qu'il pa- rait on ne le trouve point dans le vocabulaire de la langue qquichua. Cependant, il serait possible qu'il vînt de hatun, supérieur ou ancien ou grand, et de runa, homme. Ceci corres- pondrait à — nommes anciens ou grands, peut-être à géants, cette der- nière dénomination étant généralement celle de toutes les populations ancien- nes, dont l'origine a quelque chose de mvstérieux. — GGXXIÏ monuments de cette vieille race : il y en eut d'autres, qui, on ne sait pourquoi, ajoutent les Amautas (1), ayant construit des ca- nots, descendirent le fleuve Apurimac, pour aller peupler sans doute les contrées arrosées par le Maragnon. Deux comètes, qui se montrèrent, dix-sept cents ans environ avant l'ère chrétienne, auraient été suivies d'une grande sécheresse, dont les consé- quences auraient fait périr la plupart des habitants de la côte entre Tumbez etArica (du 3° au 18° sud), après quoi le pays serait demeuré à peu près désert. Mais quelques années plus tard, il aurait été repeuplé par des étrangers de haute stature et d'un aspect monstrueux, dont l'apparition aurait jeté l'épouvante parmi ceux qui y étaient restés. Ces étrangers sont indifférem- ment appelés les Géants et les Chirnus (2), dans les histoires ; c'est à la côte où se trouve le port de Manta sur l'Océan Pacifique qu'on les vit débarquer (3), sans qu'on sache d'où ils étaient partis. Ces étrangers occupèrent d'abord tout le pays qui s'étend entre la rivière de Guayaquil et le rivage de l'Océan, où l'on voit encore divers travaux qui leur sont attribués : à la pointe de Santa- Elena, ce sont des puits creusés dans le roc, et dans l'île de la Plata, qui est en face du continent, un temple dédié à Umina, (1) Ceci donnerait à penser que c'était une race primitive et conquise, provenant d'une de ces grandes mi- grations antiques de peuples chassés de leur pays. (2) Montesinos, Mémoires, etc. pag. 67 et 74. L'auteur n'identifie les Géants avec les Chirnus qu'à la pag. 78, où le récit prend un ton plus con- forme à l'histoire. Sous le nom de Chirnus, Garcilaso les reconnaît lui- même comme une des plus anciennes et des plus puissantes races du Pérou: à la même famille auraient appartenu les Chinchas, quoique les deux na- tions eussent été souvent en guerre pour la possession des pâturages (Corn. Real. lib. vi, cap. 32). (3) Manta, aujourd'hui petit port de mer au N. de Monte-Cristo, dans la république de ['Ecuador (0C57' sud). C'est là également que Garcilaso et les auircs auteurs font aborder ceux qu'ils appellent Géants, d'après la tradition ; tous également sont d'ac- cord sur les grands édifices qu'ils y laissèrent et dont on voit encore des restes à la Punta-Santa-Elena (2° 11' sud). Conf. Garcilaso, Corn. Real., lib. ix, cap. 9. — Herrera, Hist. gen., decad. v, lib. n, cap. 1. — Monte- sinos, Mémoires, pag. 75. — Velasco, Hisl. du roy. de Quito, chap. 1, pag. 12. Suivant ce dernier, ils occupaient encore toute la côte de Mania et de Charapoto, au commencement de l'ère chrétienne. Les traditions disent qu'ils furent consumés par le feu, à cause de leurs sodomies -. mais les mêmes histoires ajoutent plus loin, qu'ils en furent chassés pour la plu- part par une autre nation qui arriva également par mer, les Puruhas ou Puruhuas qui paraissent avoir appartenu à la race nahuatl. (4) Umifta , pierre précieuse en — GGXXHJ — qu'on appelait le dieu de la santé et qui n était pas moins célèbre autrefois que celui de Pachacamac. Chassés plus tard par d'autres populations, ces géants pénétrèrent dans l'intérieur des montagnes jusqu'à Huaitara et Quinoa, où, ajoute l'annaliste (1), ils trouvè- rent des édifices déjà. commencés. Gieça de Léon mentionne des ruines d'une grande importance (2), ornées d'inscriptions sculp- tées qui paraissent se rapporter à cette indication ; elles existaient encore de son temps sur les bords du Rio- Vinaque, et suivant la tradition des Indiens de Guamanga ces monuments avaient été édifiés de longs siècles avant la domination des Incas, par des hommes blancs et barbus, semblables à ceux qui avaient cons- truit les palais et les temples de Tiahuanaco. Quant aux Ghimus ou Géants, des montagnes ils seraient redescendus sur les côtes du Pacifique jusqu'auprès de Truxillo, et ils auraient été des premiers à coloniser toute la région, dite des Yuncas, c'est-à-dire les plaines de terre chaude, jusqu'aux confins du Chili (3). Les Amautas, qquichua. La tête de cette idole était faite d'une émeraude d'une grosseur prodigieuse (Velasco, Hist. du roy. de Quito, liv. u, §4, n. 6). (1) Quinoa, près de Guamanga, à 601. environ O.-N.-O. du Cuzco. Ceci est une preuve de l'étendue de la puis- sance antique des Chimusuu Géants, dont on retrouve le nom dans plu- sieurs localités, telles que Chimbo, non loin de Riobamba, et le célèbre pic du Chimborazo (ou neige de Chimbo), ce qui tendrait encore à prouver que les très-anciens habitants du royaume de Quito furent aussi des Chirnus, longtemps avan t les conquêtes des Scyris ou Garas. Cependant, si ce que Montesinos dit est vrai, ils au- raient été précédés encore dans ces montagnes par d'autres peuples civi- lisés, puisqu'ils trouvèrent des édifices commencés à Quinoa. (2) Cieça de Léon, Chronica del Peru, part. 1, cap. 87. — Herrera, Descrip. pag. 42. (3) Toute la côte parait avoir été originairement peuplée par la même race, à laquelle d'autres vinrent peu à peu se mêler." Les Incas les dési- gnaient tous sons le nom générique de Yuncas > gens des plaines ou de terre chaude. M. Léonce Angrand, ancien consul et consul général au Pérou et en Bolivie, qui nous a fourni sur ces contrées un grand nombre de renseignements, dit que les langues des populations Yuncas différaient essentiellement du qquichua et de l'aymara. Des auteurs tout à fait mo- dernes désignent sous le nom de Chis les hommes de la race la plus ancienne du Pérou, établie le long des côtes du Pacifique, entre les 10e et 14e degrés de latiiudesud (Rivero et Tschudi, Anti- quités Péruviennes, trad. française dans la Revue des races latines, avril 1859, chap. 2, pag. 511). Suivant les mêmes, la capitale antique des Chi- mus, portant comme le chef de cette nation le nom de Chimu-Canchu (En- clos du Chimu), existait auprès de remplacement de la cité actuelle de Truxillo, et les ruines de cette ville, décrites par Rivero, couvriraient, sui- vant son dire, presque toute l'éten- due qu'il y a entre le village de Man- siche et le Rio Mocha (Id. ibid. oct. 1859, chap. x, pag. 450). Suivant M. Angrand qui a visité également ces ruines, et qui les a dessinées, le — CCXXIV — dans leurs récits merveilleux, disaient qu'ils étaient les fils de la mer, au sein de laquelle ils avaient été créés par le dieu Pacha- camac, ou créateur de toutes choses ; car tel était le titre qu'ils donnaient à la divinité suprême à qui les chefs de cette nation bâtirent le temple fameux de ce nom dans la vallée de Lurin. Leur arrivée au Pérou datait de quinze siècles avant l'ère chrétienne, et on les regardait comme la race la plus anciennement civilisée de cette partie du continent (1). Ce qu'il y a encore de remarquable à leur sujet, c'est qu'ils travaillaient les pierres avec des instru- ments en fer qu'ils avaient, dit l'annaliste (2), apportés de leur pays. Du reste on les accusait d'être des hommes superbes et or- gueilleux, adonnés à tous les excès de la table et de la chair, mais en particulier au vice contre nature (3). Dans la suite, lors- que les Incas tentèrent de les soumettre à leur puissance, ils n'y groupe principal existe à un quart de lieue de Truxillo, vers le S.-O. dans la direction du port de Huanchaco : de l'autre côté de la roule à droite, se trouve la huaca dite de San-Pedro, une des plus vastes nécropoles du Pérou. Les restes des palais du Grand- Ghimu sont généralement en adobe et en tapia (pisé antique des Indiens). (1) C'est en quoi les historiens cités plus haut paraissent s'accorder géné- ralement. (2) Montesinos, Mémoires, etc., pag. 75. A la page suivante l'auteur répète que la vue de leurs armes de fer jeta l'éponvante dans les popula- tions. Velasco dit de son côté , en parlant des armes des Péruviens : « Ils n'employaient pas le fer, quoi- qu'ils le connussent sous le nom de Quillay, parcequ'ils savaient tremper le cuivre comme l'acier. (Hist. du roy. de Quito, liv. n, § 7, art. armes.) — « Il est remarquable, dit Molina, que le fer, qu'on suppose universellement avoir été inconnu aux nations améri- caines, a un nom particulier dans la langue chilienne. On l'appelle panil- gue et les instruments qui en sont faits chioquel, pour les distinguer de ceux faits d'autres matières et qui sont compris sous le nom générique de nulin. (The geographical nati and civil history of Chili, translaied from ihe original italian, etc. London, 1809, chap. 4.) Le Mercurio Peruano, tom. 1 , pag. 201, an. 1791, mentionne les mines suivantes comme ayant été tra- vaillées par les Incas (ou bien ceux qui les précédèrent) : Escamera, Chilleo etAoatanis,d'or',ChoquipinaelPorco, d'argent; Curahuato, de cuivre ; Ca- rabuco, de plomb (probablement le voi- sinage- à'Oruro, dit Bollaert, Antiqui- ties, pag. 90, donnait de l'étain) et les magnifiques mines de fer d'Anco- riamès (16° 25' sud) sur la rive orien- tale du lac de Titicaca. L'Amérique est encore à découvrir ! il faut ôter les voiles sous lesquels la politique espa- gnole a voulu ensevelir son ancienne civilisation. (3) Ce nom de géants donné aux Chimus, les reproches qu'on fait par- tout à leur orgueil et à leur luxure sont exactement les mêmes que les Nahuas opposaient auxQuinamés : re- marquons que nulle part encore il n'est question de l'anthropophagie ni des sacrifices humains, importés par la race nahuatl, ce qui pourrait bien faire croire que dans le culte de Pacha- cama, créateur du monde, on re- trouvât l'origine de celui des Incas qui paraît n'être qu'une rénovation de la religion primitive, après la ruine de la religion toltèque. — CCXXY — réussirent qu'en admettant en quelque sorte leurs rois comme leurs alliés et en recevant eux-mêmes le culte de Pachacamac dans l'empiré. Le xme siècle avant l'ère chrétienne est signalé par la réunion d'un grand nombre d'Amautas, qui travaillèrent à la correction du calendrier civil et religieux et par des modifications dans le culte du royaume du Cuzco. Dans les huit ou dix siècles suivants, on trouve encore, de temps en temps, des invasions sortant du sud ou du nord : mais ce qu'il y a de plus remarquable, ce sont les progrès de l'astronomie introduits successivement par les rois qui s'en occupaient d'une manière particulière ; c'est ainsi que trois siècles avant la naissance du Christ, Yahuar^Huquiz, l'un des plus habiles astrologues de son temps, « découvrit la nécessité d'intercaler un jour tous les quatre ans, pour former les années bissextiles; mais, ajoute la tradition (1), il imagina au lieu de cela d'intercaler une année au bout de quatre siècles, calcul que les Amautas et les autres astrologues qu'il consulta, trouvèrent très-juste. » Cent cinquante ans après, des peuples nouveaux enva- hissaient le Pérou du côté de la province de Tucuman (2) ; bientôt après, d'autres arrivaient en descendant les Andes, demandant à s'établir paisiblement dans le pays : ils venaient, disaient-ils, d'une contrée .lointaine, riche et puissante, d'où ils avaient été chassés par des étrangers de haute taille, et pour arriver au Pérou ils avaient dû traverser d'immenses forêts et des contrées maréca- geuses remplies de bêtes féroces (3) . (1) Ce tut Ayay-Manco, trente-lroi- sième roi du Cuzco, qui convoqua la seconde assemblée pour la réforme du calendrier, 700 ans environ av. J.-C. C'est alors qu'on décida qu'on ne compterait plus par lunes, mais par mois de trente jours, et par semaines de dix. Ils nommèrent petite semaine les cinq jours qui restaient à la fin de ans ; l'espace de cinq cents ans se nommait pacha cuti. La réforme dont il est question ensuite sous Yahuar- Huquiz eut lieu environ 350 ans plus tard. (Montesinos, Mémoires, etc. pag, 95 et 101.) (2) Au 26° sud, dans la république Argentine. (3) Montesinos, Mémoires, etc. l'année; ils y ajoutèrent un jour pour l pag. 103. Ces notions sembleraient les années bissextiles et les nommèrent Allacauqui. Ils comptaient aussi par décades d'années et décades de dé- cades, qui faisaieiu un soleil ou eeni indiquer que ces étrangers auraient traversé les contrées de l'intérieur arrosées par l'Amazone : d'où ve- naient-ils ? c'est un problème; mais o GCXXVI Entre tant d'invasions et de migrations différentes, il est bien difficile de reconnaître à quelles races ces populations pouvaient appartenir. Mais il ne serait pas impossible qu'on retrouvât dans ces hommes, chassés par des étrangers à la taille élevée, un groupe de la race antique des Vitznahv.as, et qu'on pût les identifier avec ces hommes, à la complexion blanche et à la face barbue, dont parlent les traditions du lac de Titicaca ; leur civilisation aurait eu ainsi sa source dans J'empire de Xibalba, antérieurement aux changements apportés par la race nahuatl (1). Les deux siècles qui suivirent leur arrivée sont regardés comme l'époque la plus flo- rissante de l'histoire ancienne du Pérou (2), ce qui ferait supposer encore qu'ils ne furent pas étrangers au progrès de la civilisation. La fin de cette période de prospérité coïncide d'ailleurs avec les noms de deux rois suffisamment significatifs, Manco-Capac III et Manco-Capac IV (3) : mais elle fut suivie d'une longue période de douleur et d'angoisse ; on vit des signes effrayants dans le ciel et l'on éprouva des tremblements de terre qui durèrent deux mois. Le Pérou fut envahi par des nations féroces, dont les unes arri- vèrent par le Brésil et les Andes, les autres du côté de terre ferme, ce qui causa de terribles et sanglantes guerres, pendant lesquelles se perdit l'usage des lettres qu'on avait conservé jusqu'alors (4). nous inclinons à penser qu'ils étaient de la même race que les Chimus et qu'ils avaient élé déplacés par une des premières révolutions arrivées en Xibalba depuis l'invasion nahua. Nous ne prétendons point toutefois imposer celte opinion. (1) 11 reste trop peu de chose sili- ces temps anciens pour qu'il soit possible d'émettre une opinion sans se hasarder. Cependant, disons que les tètes d'oiseaux gravées sur le portique monolithe de tiahuanaco , et dont M. Angrand a rapporté jusqu'au moindre détail avec une exactitude si parfaite, rappeileni, et c'est aussi l'opi- nion de notre savant ami, le culte du so- leil figuré par l'Ara au Yucatan, dans quelques parties de la Mixlèque et par le rnvthe de Vukub-Cakix (Sept-Aras) au Guatemala. Ce culte, établi avec la -civilisation qui en était la conséquence, à Tiahuanaco et ailleurs, donna nais- sance à ces vastes et magnifiques édi- fices qui faisaient l'admiration même des Incas et qui restèrent inachevés, par suite de l'invasion subséquente de la race nahuatl qui arriva à peine 200 ans plus tard. (2)Montesinos,iHfemorres,eic.,p.l07. (3) Le nom de Manco-Capac, uni- que dans l'histoire de la dynastie inca, qu'il commence, suivant Garci- laso, pourrait bien avoir été attribué comme un titre aux chefs des diverses dynasties qui régnèrent antérieure- ment. (4) Montesinos, Mémoires, etc., pag. 108. 11 paraîtrait plutôt que ces lettres furent remplacées par des caractères différents, apportés probablement par la race conquérante. — GCXXVH — Titu-Viipanqui, qui régnait en ce temps-là, se prépara à les com- battre : mais « on l'avertit bientôt qu'une armée nombreuse s'a- vançait du côté du Gallao ; que les nations féroces qu'on avait aper- çues dans les Andes s'approchaient également, et que parmi elles il y avait un grand nombre de noirs (1); que les habitants des plaines commençaient aussi à se soulever et avaient réuni une armée considérable (2). » Le roi, malgré l'avis de ses ministres, voulut marcher en personne au-devant d'eux ; mais, dans le fort de la bataille il fut tué, et sa mort plongea le royaume entier dans l' anarchie. Les traditions qui nous ont conservé la mémoire de ces événe- ments, laissent, malgré leur brièveté, entrevoir suffisamment l'é- tendue des changements qui s'opérèrent alors dans le Pérou. L'in- dépendance des provinces, dont chacune se donna un chef partif culier, l'abandon du Guzco par les habitants et par l'héritier même du dernier souverain, à qui les historiens n'accordent plus que le titre de roi de Tambotoco, non moins que la confusion qui règne dans les récits subséquents, jusqu'à la fondation de la monarchie, des Incas, ouvrent un vaste champ aux conjectures : il y a tout lieu de croire que d'autres dynasties, également étrangères à ces princes et aux dynasties primitives, par leur culte comme parleurs institutions, auront rempli ce long intervalle qui dura plus de (1) Cette invasion qui vient duBrésil et des bords de l'Amazone, accompa- gnée d'un grand nombre de noirs, est fort remarquable. Ce n'est pas la pre- mière fois qu'il est question dépeuples noirs en Amérique avant la conquête. Colomb avait appris lors de son se- cond voyage que l'île de Haïti était attaquée quelquefois par une race d'hommes noirs, gente negra , qui avaient leur demeure dans le sud ou le sud-ouest. 11 les distingue parfaite- ment des Caraïbes, qu'il appelle Cari- oales (Herrera, Hist.'gen. decad. i, lib. iv, cap. 9). Vasco Nunez de Bal- boa, qui franchit le premier l'isthme pour parvenir à la mer du Sud, trouva des hommes noirs au Darien : « Ce » conquérant, dit Gomara, entra dans » la province de Quareca. Il n'y trouva » point d'or, mais quelques nègres » esclaves du seigneur du lieu. Ayant » demandé à ce seigneur d'où il avait )> tiré ces esclaves noirs, il reçut pour » réponse que des gens de cette cou- » leur vivaient assez près de là et » qu'on était constamment en guerre » avec eux. » (Hist. de Inclias, loi. xxxiv.) Gomara ajoute que ces nègres étaient en tout semblables aux nègres de Guinée et pense qu'on n'en a jamais plus vu d'autres en Amérique. Gu- milla parle également de nègres qui habitaient les bords de l'Orénoque. (El Orinoco ilustrado , etc. tome 1 , pag. 78.) (2) Montesinos, Mémoires, etc., pag. 110. — GGXXVÏH — mille ans. La ville du Ctizco, abandonnée même par les prêtres du Soleil à la suite de plusieurs nouveaux tremblements de terre, aurait été entièrement détruite alors et cessé d'être la capitale du pays (I). L'époque de ces invasions formidables et de ces désas- tres, fixée vers le premier siècle de notre ère, concorde avec celle des premières migrations de la race nahuatl et des grandes révo- lutions de l'empire de Xibalba. Il ne serait donc pas impossible o|ue les nations barbares qui changèrent alors la face du Pérou eussent été de celles qui se laissèrent entraîner par cette race énergique à conquérir des régions nouvelles : descendant des An- des et venant du Brésil, elles auraient suivi les routes indiquées plus haut, ravagé l'intérieur de l'Amérique méridionale, peut-être même jusqu'au Rio de la Plata, envahi, ensuite les bords du lac de f iticaca et refoulé les anciens Qquichuas (les Aymaras ?) à Tambo- toco. Car c'est alors apparemment que sortit des vallées de Co- quimbo ce vaillant capitaine du nom de Cara, qui conquit Chucu- vitu et les îles du lac (2), où il massacra les hommes blancs et barbus qui avaient établi dans cette ville, ainsi qu'à Tiahuanaco, le siège de leur empire et de leur religion (3). C'est probablement (1) La barbarie la plus complète succéda à la civilisation, suivant la tradition, au point que les lettres se perdirent. Mais il est évident que c'est dans cet intervalle que devait régner la civilisation nahuatl. Quant aux let- tres dont on se servait, il faut remar- quer que le roi de Tambotoco, regar- dant les lettres comme la source des malheurs publics, en défendit lui-mê- me l'usage (dans son petil royaume, bien entendu), et un Amauta ayant in- venté, quelques années après, une nou- velle espèce de caractères, fut brûlé vif pour ce délit. Ceci inclinerait bien à penser que ces caractères étaient ceux des nations étrangères, dont le culte venait de supplanter l'ancienne religion. Tambo-Toco, que Balboa tra- duit Maison de l'Aurore ou de îa Fe- nêtre, était le même lieu que Pacaric- Tambo, regardé par les auteurs comme le berceau de la première monarchie péruvienne. C'était une ville à 7 ou 8 lieues au sud du Guzcô (Balboa, Hi.st. du Pérou, pag. 4). (2) Herrera, Hist. gen., decad. v, lib. m, cap. 6. (3) Garcilaso, Comentarios Reaies, lib. m, cap. 1. Cet écrivain décrit avec admiration les grands édifices de Tia- huanaco , que l'Inca Mayta-Capac trouva abandonnés et inachevés lors- qu'il réduisit à son obéissance la po- pulation riveraine du lac de Titicaca. Les monuments de Chuquivitu ou Chucuytu n'étaient pas moins remar- quables. M. Angrand a dessiné les rui- nes de Tiahuanaco et en a levé les plans avec un talent et une exactitude dont la science ne saurait lui témoi- gner trop de gralitude. Dans la grande colline artificielle dont nous avons exa- miné avec attention les dessins, nous avons cru reconnaître le système des grandes pyramides , sur le sommet desquelles les peuples de Palenqué et d'Yucatan construisaient leurs tem- ples et leurs palais; on n'y distingue que difficilement, cependant, les tra- ces de plusieurs terrasses superpo- sées. — ccxxtx — ce prince qui, après ses victoires, fixa son séjour dans la cité (U< Tapac-riy où ses descendants régnaient encore sous le môme nom, gardé comme un titre royal, au xne siècle, lorsque l'Inca Gapac-Yupanqui les soumit à son autorité (1). Cette race qu'on reconnaît, d'un côté, à ses grandes institu- tions sociales, de l'autre, à ses mœurs désordonnées, à ses coutu- mes sanglantes, à l'anthropophagie religieuse, aux sacrifices hu- mains, comme au culte du serpent, de Con et de Viracocha (2), se répandit sur la plus grande partie de l'Amérique méridionale, en- traînant de gré ou de force les peuples à ses autels superstitieux. Ses traces se discernent, ainsi qu'on le verra tout à l'heure, dans toute l'étendue du Pérou : durant mille ans entiers elle domina, changeant et se modifiant sans doute, comme dans l'autre moitié de l'hémisphère, au contact des populations ou des inspirations schismatiques de ses divers Viracochas ou prophètes (3), jusqu'à ce que les Incas, profitant de leurs dissensions, eussent réformé le culte, en brisant les idoles et ramené la monarchie à son exis- tence primitive. L'origine de cette dynastie est racontée diverse- ment par les auteurs. Il était naturel que ses admirateurs la ra- menassent à MancorCapac, ce mythe ou ce héros déifié qu'on trouve, comme ailleurs Quetzalcohuatl, au commencement de toutes les histoires. La plupart, cependant, sont d'accord pour les (1) Garcilaso, Comentarios Reales, lib. in, cap. 14. Cet auteur donne au chef de Tapac-ri le nom de Cari, qu'il tient, dit-il, comme un titre des rois ses ancêtres. C'est la province de Ta- pacari, dans le département actuel de Cochabamba. (2) ld., ibid., passim. Nous verrons plus loin les notions religieuses des Nahuas, qui s'étaient eonservées mal- gré la domination des Incas. (3) La religion des Nahuas ou Toi- fèques avait cela de commun avec les sectes entamées dans le sein du chris- tianisme qu'elle donna naissance a des schismes fort nombreux. Au milieu des rites sanglants de l'anthropopha- gie et des sacrifices, humains, il s'éleva fréquemment des hommes , animés d'un esprit véritablement religieux, qui travaillèrent à abolir ces coutumes cruelles. Ces dissidences, dont les chefs prirent souvent pour drapeau les noms de Telzcatlipoca, dans ses sym- boles guerriers ou ennemis de l'hu- manité, et de Quetzalcohuatl, dans ses symboles pacifiques . occasionnèrent des guerres civiles et religieuses, qui, dans l'Analmae, contribuèrent puis- samment à la ruine de l'empire tollé que au xi" siècle. Voir mon Histoire des nations civilisées du Mexique, etc., tom. i et il, passim. Les mêmes causes produisirent probablement les mêmes effets au Pérou, et aidèrent les Incas dans la réforme pditique et religieuse dont ils firent la base de leur monar- chie. — c.cxxx — faire sortir d'une contrée voisine du lac de Titicaca, et suivant un écrivain digne de foi (1), la révolution qui porta les Incas au trône aurait pris naissance dans le Collao, avec un prince du nom (ÏInca-Zapana, qui s'éleva le premier et prit les armes con- tre les femmes qui gouvernaient dans la ville de Chuncara (1). Vainqueur de ces Amazones, dont le gouvernement et la défense rappellent encore les femmes-chefs qui exerçaient le commande- ment entre diverses nations de la race nahuatl, Zapana marcha des bords du lac de Titicaca vers le Cuzco, dont il s'empara, après avoir soumis les contrées environnantes. Rien n'empêche que ce ne soit là le héros réformateur de la religion que les princes de sa famille auraient depuis environné des légendes sacrées relati- ves à Manco-Capac. Mais que ce soit lui ou seulement son succes- seur qui ait eu la gloire de relever la splendeur du Cuzco, il pa- rait que des princes de son nom continuèrent à régner après lui dans la province de Coehabamba d'où il était sorti et qui se sou- mirent dans la suite aux Incas (3). Dans les premiers temps de la monarchie qquichua, l'ordre de la succession au trône aurait conservé les traditions des Nahuas ; après la mort du souverain c'était son frère qui lui succédait, et ce n'était qu'à la suite de son oncle qu'il était donné à l'héritier du premier de saisir le sceptre (4). Les choses changèrent sans doute avec l'affermissement de la nouvelle dynastie : mais on lui trouvait encore, même au xnie siècle, des traces frappantes des nstitutions toltèques. Dans plusieurs nations voisines elles con- servèrent une vigueur plus grande encore : c'est ainsi que chez les Chancas, peuple puissant au nord des Qquichuas (5), la royauté (1) Zaraie, Hist. del descitb. y con- quista del Peru, lib. i, cap. 13. (2) Herrera, Hist. gen., decad. v, lib. m, cap. 6. (3) Garcilaso, Cornent. Real., 1. m, cap. 14. (4) Zaraie, Hist. del desmh., etc., ut snp. (5) Les Chancas, nation puissante, dont les dernières provinces étaient situées à 40 lieues environ au nord du Cuzco, et dont faisait partie celle d'Aîitahuaylla. Ils se vantaient d'a- voir conquis autrefois une portion fort considérable de l'Amérique, et se gou- vernaient en trois royaumes, suivant la constitution toltèque. Ils menacè- rent, jusqu'au temps de l'Inca Vira- cocha, la puissance des Incas, et leur dernier roi Huanca-Huallu s'exila avec — CCSX30U — se composait encore de trois souverains confédérés, Huunca- Huallu, Tumai-Huaraca et Aztu-Huaraca, dont le premier pré- féra alors l'exil à la domination des Incas. Avant cette époque, toutefois, l'histoire fait connaître encore diverses migrations qui ont besoin d'être relatées ici : les peu- ples qui en faisaient partie arrivèrent au Pérou, en traversant les Andes, comme la plupart de ceux qui les avaient précédés. Ils se livraient, dit la tradition (1), à la sodomie et à toute sorte de vi- ces et mangeaient de la chair humaine. A ce caractère, exagéré d'ordinaire, cependant, par des relations ennemies, on ne saurait méconnaître leur origine : de près ou de loin, ces hordes devaienl appartenir à la race nahuatl. L'époque de leur arrivée paraît coïncider avec le ixe siècle : dans le même temps apparurent d'au- tres nations, non moins barbares dans leurs coutumes, venant du port de Buena-E speranza (2) : elles traversèrent l'isthme de Pa- nama et s'établirent sur les côtes voisines de l'Equateur, où elles fondèrent plusieurs villes. On leur donna, entre autres noms, ceux de Çolima, de Paceha et àePirao ou Puruhua (3), et sous ce der- nier, il exista un Etat puissant qui se confondit, un siècle environ avant la conquête, avec celui de Quito. Les Puruhuas avaient parmi leurs divinités le dieu Con, dont le temple, édBé à Lin- fvuit mille de ses partisans dans l'inté- rieur du continent, plutôt que de rece- voir le joug de l'étranger et de chan- ger ses coutumes (Garcilaso, Goment. Real., lib. iv, cap. 15, 23 et 24, et lib. v,cap. 26). Les Qquichuas avaient été autrefois soumis aux Chancas; sous ce nom on comprenait les provinces dites de Cotanera, Cotapampa et Ay- maraes. L'opinion de M. Angrandest que les Incas, fondateurs de la der- nière dynastie du Pérou, étaient origi- naires de ces provinces qui sont au nord du Cuzco. (1) Moutesinos, Mémoires, etc. , pag. 122. (2) Id., ibid. L'auteur ne dit pas quel est ce lieu de Buena-Esperanza, d'où venaient ces tribus; il y avait un poil de ce nom près de Colima, au Mexique, et il y a lieu de croire qu'ils venaient de là; le nom de Colimas, que Veiasco donne à l'une de ces tri- bus, nous y autorise suffisamment. bes Colimas paraissent avoir colonisé également le Rio Calima, qui descend des montagnes voisines de Cali, dans la Nouvelle-Grenade, au 4° nord, sur l'Océan Pacifique, et l'on sait que des populations vaillantes et nombreuses du nom de Colimas habitaient aussi dans le voisinage de Hunza, au 6* degré nord, dans les vallées voisines du Rio Magdalena (Veiasco, Histoire du royaume de Quito, liv. î, § 3. — Herrera, Hist. gen., decad. vni.l.iv, cap. 6, 7, 58). (3) Moutesinos, Mémoires, etc., pag. 120 et 121. Cet écrivain les appelle Piraos, mais, en le comparant avec Veiasco, on voit que ce sont les mêmes quelesPurw/raow," nous ignorons quelle était leur langue. — COXXXli — bamba* leur capitale, était journellement ensanglanté par l'im- molation des victimes humaines (1). Avant l'arrivée des Puruhuas, toute cette côte, depuis la pointe de Santa-Elena jusqu'à la baie de Manta, avait été occupée par des tribus qui y avaient succédé aux Géants du peuple de Chimu (2) : mais vers la même époque que les Puruhuas, d'autres nations, également arrivées par mer, s'étaient établies entre Manta et le cap San-Francisco, et de leur chef Car an, avaient nommé leur capitale. Carangui ou Camé- ras (3). Ces étrangers avaient, ainsi qu'un grand nombre de tri- bus de la race nahuatl, l'usage de comprimer et d'allonger la tête des enfants : leurs nombreuses familles se confondirent ensuite avec les autres populations, au loin même dans l'intérieur, et leur communiquèrent leur nom générique de Cara ou Vaillants, qui leur resta; mais leurs chefs, peu satisfaits du séjour de Carangui, remontèrent au nord jusqu'à Atacamès, et dans l'espace d'un siè- cle ou deux s'emparèrent de tout le pays qu'arrose le fleuve Esme- raldas. A la suite de cette conquête, ils portèrent leurs armes dans le royaume de Qui tu (4), qu'ils achevèrent de soumettre à leur do- mination, vers la fin du xe siècle : ce qu'il y a de remarquable à observer à ce sujet, c'est que les Caras, malgré l'origine caraïbe ou nahua^a laquelle ils paraissent' appartenir, aient introduit dans le royaume de Quito, qu'ils gouvernèrent sous le titre de Scyri. la langue et la religion des Qquichuas (5). (J) Velasco, Histoire du royaume de Quito, liv. i, S 3, n. 2, et liv. n, §4, ii. 4. (2) Les tribus qui occupèrent cette côte prenaient leurs noms des villes û'Apichiqui, de Càncebi, de Chara- poto, de Pichota, de Picoaca, de Pi- chunsi, de 3Ianavi, de Xarahusa, de Xipixapa et à'Yzapil (Velasco, ibid., liv. i, § 1, n. 7). Plusieurs de ces noms rappellent des noms mexicains ou de l'Amérique centrale. Il y avait une tribu principale parmi les Mams du Guatéma'a qui portait le nom de Can- cvbi. (3) Velasco, ibid., liv. i, § 1, pas- sim. — Les Indiens iVIca et ceux tVA- rica disaient qu'anciennement ils avaient coutume de naviguer à des îles situées au couchant et fort éloignées, et que le voyage se Taisait avec des ra- deaux soutenus sur des cuirs de loup marin gonflés d'air (Garcia, Origen de los Indios, lib. i: cap. 4, § 1, pag. 35). A (4) Id., ibid. On ignore dans quelle condition étaient les Quitus et la langue qu'ils parlaient avant leur conquête par les Caras; l'inspection de quel- ques ruines qui paraissent antérieures à la période des Scyris atteste une ci- vilisation déjà puissante, et celle des Caras n'était pas inférieure à celle des lucas, qu'elle surpassait en bien des branehes d'art et d'industrie. (5) Velasco, Histoire du royaume — GGXXXU1 — Tant d'invasions diverses devaient avoir pour conséquence de mélanger singulièrement les populations, et dans un tel chaos ce ne saurait être une chose aisée de reconnaître la souche ori- ginale de la plupart d'entre elles. On sait encore qu'à l'époque où les régions méridionales, comprises sous le nom de Callao, se virent envahies par des tribus qui massacrèrent les hommes bar- bus de Tiahuanaco, un grand nombre des habitants de ces con- trées, ainsi que des montagnes plus orientales du Cuntisuyu, se réfugièrent dans les plaines d'Aréquipa, dont le climat les avait éloignés jusqu'alors : là ils se confondirent probablement avec les races des Chimus, que leurs traditions faisaient également descendre des Andes, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Les habitants de Lambayeque (Llampallec), désignés aussi sous le nom de Yun- cas, qui est commun à toutes les natiqns des plaines de terre chaude, surtout du côté du Pacifique, racontaient à leur tour que leurs ancêtres étaient venus, à une époque reculée (l),d'un pays plus septentrional, montés sur une grande flotte de radeaux (2). La tradition montre leur chef Naymlap, débarquant à l'embouchure de la rivière Faquizllanca (3), accompagné d'une suite brillante de Quito,\\v.u, § 8, n. 7. M. Angrand, dont l'opinion est ici d'un grand poids, croit que les Caras ou Scyris s'étaient trouvés en contact avec les Qqui- chuas dans les provinces voisines du Cuzco, ou peut-être étaient-ils issus d'un mélange de Caras ou Nahuas avec les Qquichuas. Quant aux Incas, après avoir fait la conquête de Quito, ils poussèrent leurs armes plus au nord jusqu'à la province des Quillacencàs, c'est-à-dire des Nez de mêlai ou Nez- Perces. Garcilaso (lib. vin, cap. 3) dit que le nom de Quillacenca veut dire «Nez de fer, parce que ces peuples mettaient à leurs nez des anneaux d'or, d'argent ou de cuivre. » On de- vrait plutôt supposer qu'ils s'appelaient Nez-Percés , Nez - Cicatrisés , parce qu'ils se perçaient en effet le nez pour y passer des anneaux... (Noie de M.L. Angrand dans le Pérou avant la con- quête espagnole, par M. Ernest Des- jardins; Paris, i 858, pag. 80.) Plusieurs populations de la côte voisin.- portaient également des joyaux au cartilage du nez, ainsi que le faisaient les Nahuas, Tolièques, Mexicains et Guatémaliens. (1) Balboa, Histoire du Pérou, pag. 87, 89 et suiv. Llampallec, aujourd'hui Lambayeque. En calculant la moyenne du règne des rois de Llampallec à 30 ans, et en prenant une centaine d'an- nées pour l'anarchie que l'auteur ap- pelle république, on trouve, pour le commencement de cette nation, envi- ron la fin du ixe siècle. (2) Balza, radeau de cannes atta- chées sur des courges ou autrement; ces balzas sont fort légères, et peuvent porter un grand poids; on s'en sert encore aujourd'hui au passage de cer- taines rivières et pour naviguer sur les côtes. (3j M. Ternaux (Balboa, Hist. du Pérou, pag. 90) dit, dans une note, qu'il possède une grammaire de la langue yunga (une des langues yun- cas, comme dit fort bien M. Angrand) de Lambayeque, composée par Fer- — CCXXXIY — de femmes et cToiliciers de tout rang : ils occupèrent les terri- toires de Montupey, de Lallanca, de Cal lança et de Collique, dans la vallée de Llampallec, ainsi nommés de leur idole princi- pale, à laquelle ils bâtirent un temple qu'ils appelaient Chot (1). Après un long règne, Naymlap aurait été enlevé au ciel, et plu- sieurs de ses compagnons , affligés de sa disparition , se rembar- quèrent, abandonnant femmes et enfants, pour courir à sa re- cherche. Gium, fils de Naymlap, régna après son père, et de ce prince descendit une longue série de rois qui, dans la suite, fu- rent soumis au Grand-Chimu, et plus tard aux Incas. Dans les re- cherches que nous avons faites pour découvrir à quelle race ceux de Llambayèque pouvaient appartenir, nous avons cru trouver de l'analogie entre leur langue et celle des Araucans du Chili, d'un côté, et de l'autre a,vec celle des Wabi, habitants des lagu- nes de Tehuantepec (2). Ceux-ci, du reste, racontaient que leurs pères étaient venus de la mer du Sud, également montés sur des barques ou radeaux, en côtoyant le rivage. Suivant Burgoa(3), la langue des Wabi ne différerait guère non plus de celle des Naga- randas de Nicaragua. Les invasions étrangères qui, du nord, descendirent si souvent mtndo de la Carrera, et imprimée à Lima, en 1644, in-12. Il dit que cette langue yunga est parlée par plus de 40,000 Indiens, dans les corregimien- tos de Piura, Truxillo, Zana et Caxa- marca, ainsi que dans quelques dis- tricts des montagnes, où les Incas avaient transporté une partie (Je la po- pulation. Le nom de Cuelap, dont les ruines importantes encore existent dans le district de Santo-Tomas (Ri- vero et Tschudi, Antiq. Péruv., ibid. ut sup., pag. 454), indique une origine de la même langue. (1) L'épouse du roi s'appelait Ce- temi; ses principaux officiers étaient Pilazofi , Ninacolla , Nimagentue , Fongasigde, Ochocalo,' Xam, OUop- Copoc, Llapchilulli. Les successeurs de Naymlap furent Cium, Ezcunain, Mascuy, Cunti-pallec , Allascunti, Nnfanech, Mulu-Muslan, Llamecull, Lanipatcum, , Àcunta et TempeU'ec. Ensuite se passe un temps indétermi- né, après lequel gouvernèrent, Pong- massa, Pallomassa et Oxa ; puis, sous les Incas, Llempisan, Chultum- pisan, Cipromarca, F e llempisan, Ef- quempisan et Tecfunpisan* qui ré- gnait; quand vinrent les Espagnols (Balboa, Histoire du Pérou, pag. 93 et suiv.). L'idole placée au temple de Chot s'appelait Llampallec : elle était faite d'une pierre brillante de couleur verte. (2) Voir mon article sur les Wabi de Tehuantepec dans la Revue orientale et américaine, lom. v, pag. 261, jan- vier 1861. M. Hyacinthe de Charen- cey, qui a écrit plusieurs notices in- téressantes de philologie comparative, croit avoir trouvé des analogies égale- ment entre ces diverses langues. (3) Burgoa, Geographica description historia de la provincia de Guaiaco, cap. 72, fol. 367. — GÇXXXV — dans les temps anciens sur l'Amérique méridionale, paraissent avoir diminué graduellement avec le cours des siècles. Cepen- dant, elles n'avaient pas entièrement cessé à l'époque de la con- quête espagnole : car deux ans seulement avant l'entrée de Bal- boa dans la province de Paris, au Darien, ce territoire avait été envahi soudainement par une horde considérable d'anthropopha- ges à la haute stature, sortis, à ce qu'il paraît, des régions voi- sines de Nicaragua (1). Ainsi, à dater des temps les plus anciens, c'est toujours du nord au sud qu'on peut observer ces grands mouvements de peuples dont l'Amérique fut le théâtre : c'est dans cette direction que roule à l'intérieur du continent ce vaste torrent de migrations, refoulant devant lui, à droite et à gauche, les populations qui les y avaient précédées. C'est alors aussi que celles-ci, se rapprochant des plaines, affrontaient les dangers de la terre chaude, dans l'espoir d'y trouver un abri contre la tempête, ou s'exposaient sur les flots de l'Océan, retournant à leur tour vers le nord, d'où leurs pères étaient partis dans l'origine. Dans les traditions religieuses qui restent à examiner, nous verrons que les notions les plus anciennes du culte et des institutions politi- ques se rapportent également au berceau commun signalé par le Livre Sacré. Au Pérou et dans les contrées adjacentes, ainsi que dans l'A- mérique centrale, l'idée de l'Être suprême se confond d'ordinaire avec celle du tonnerre, qui renferme, comme Hurakan, la trinité redoutable des voix qui mugissent dans la tempête, exprimée chez les Qquichuas et au royaume de Quito, par le mot Illapa, trinité invisible du tonnerre, de l'éclair et de la foudre, à qui même on avait dédié des. temples (2). Seulement, sous la dynastie inca, ces trois, au lieu d'avoir le premier rang, ne sont que les servi- (1) Herrera, Hist. g en., decad. iv, lib. i, cap. 11. Paris était le nom du chef de Cutaturà, ou celui-ci le nom du chel' de Paris; ils sont alternative- ment confondus. (2) Garcilaso, Comenlarîos Reaies, lib. i, cap. 2. Cet auteur ajoute: « Tu- vieron que residian en el ayre, mas no en el Cielo. » C'est encore l'idée du Tonnerre, de l'Eclair et de la Fou- dre, contenus dans un seul Hurakan, le centre, le cœur du ciel, la tempête, le vent, le souille (Ibid., 1. it, cap. 23, el I. m, cap. 21). — GGXXXVT — leurs de la divinité du soleil (1) : car au Pérou, la religion domi- nante, après avoir renversé les- autels sanglants des Nahuas, était redevenue astronomique. Par une politique dont on ne peut as- sez admirer l'énergie et la persévérance, les rois de cette dynas- tie, confondant à dessein toutes les notions de l'histoire et de la religion, antérieures à leur avènement, sous le nom méprisant d'antiquité barbare (2), avaient ramené le culte et la société, dont ils étaient les rénovateurs, uniquement au soleil et à son fils Manco-Capac, dont ils prétendaient descendre en ligne di- recte. Cependant, malgré leurs efforts pour anéantir tout ce qui les avait précédés, on en retrouve partout les traces dans les tra- ditions, dans les monuments, dans les noms des lieux les plus célèbres, jusque dans la personne d'un des Incas les plus puis- sants, Viracocha. Après avoir rapporté l'histoire d'un déluge ou d'une inondation, dont les circonstances varient suivant les lo- calités, on dit que le monde était déjà depuis longtemps habité par des hommes, quoique le soleil ni les autres astres n'existas- sent pas encore : alors apparut, sortant du lac de Titicaca, un personnage blanc de visage, barbu et couvert de longs vête- ments flottants, auquel toutes les traditions s'accordent à donner le nom de Viracocha (3). Ce personnage s'étant arrêté au lieu où existent encore actuellement les ruines imposantes de Tiahuanaco, créa le soleil et lui commanda de se mettre en marche pour éclai- rer le monde, après quoi il créa la lune et les autres astres (-4). Il est impossible de ne pas reconnaître, dans ce mythe, le langage symbolique du Livre Sacré, comme des autres traditions d'ori- gine nahuatl, langage employé constamment pour exprimer le temps où la nation, privée de la lumière véritable, n'avait pas (1) ld., ibid. Dans le système des Nahuas, le culte des éléments précède celui des astres; dans celui des lncas, le culte du soleil et des astres reprend sa place première. (2) C'est constamment l'idée que présente Garcilaso (Ibid., lih. i, cap. A et suiv., passim). (3) Herrera, Hist. gen., decad. v, lib. ni, cap. 6. — Garcia, Origen de ios Indios, lib. v, cap. 3. — Balboa, Histoire du Pérou, pag. 40. — Garei- laso, Conieiitarios .Reaies, lib. v, cap. 2L et passim. (41 M-., ibid. — GÇXXXVIl — encore vu lever le* soleil de sa liberté, avec le système astro- nomique et les institutions que ce système représentait (1). On a longuement discuté sur la valeur du nom de Viracocha ; mais il a été d'autant plus difficile d'en donner une explication sa- tisfaisante, qu'il paraîtrait ne pas s'interpréter étymologiquement suivant les règles de la langue qquichua (2). Il est évident, toute- fois, d'après les circonstances particulières qui environnent les personnages, désignés sous ce nom, que l'idée mystérieuse qu'il renferme est identique avec celle que le Livre Sacré attribue à Gucumatz ou Quetzalcohuatl. Viracocha, ainsi que Quetzal- eohuatl , est représenté comme un homme blanc et barbu, aux vêtements longs, prêchant une religion nouvelle, arrivant par mer, suivant lés uns (3), sortant d'un lac, selon les au- tres (4) ; c'est sous ce nom qu'on désigna les Espagnols, au moment de leur débarquement ; c'est celui que leur donna , par analogie, Atahualpa lui-même, à sa première entrevue avec eux, imitant ainsi, sans le savoir, Montézuma qui, prenant Cortès pour un descendant de Quetzalcohuatl, à son arrivée à Tabasco, lui envoya en présent les ornements de ce demi-dieu (5). Main- tenant, si on l'envisage dans les autres titres qui précèdent le symbole principal, on le trouve confondu avec la divinité su- prême sous celui à'Illa-Ticci- Viracocha, qu'un auteur traduit par l'Eclat, le fondement et l'abîme de toutes choses (6), d'autres par l'Éclat de la foudre, le Principe des choses et l'Écume ou la graisse des eaux ou de la mer. Or, quelles que soient les altéra- (1) Voir le Livre Sacré, p. 31 et suiv. (2) Les vocabulaires écrits après ia conquête n'en donnent aucune étymo- logie qui soit bien d'accord avec la langue qquichua. (3) Velasco, Histoire du royaume de Quito, liv. lu, § 7, n. 14. — Bal- boa, Histoire du Pérou, pag. 40. (4) Herrera, Hist. gen., decad. v, lib. m, cap. 6. — Garcia, Qrigen de los lndios}\ib. v, cap. 3, etc. (5) Garcilaso, Comentarios Reaies, lib. v, cap, 21 et passim. — Velasco, Hist. du rôy. do Quito,], m, § (>, n. 17. (6) Montesinos, Mémoires, etc., pag. 94. Voici l'étymologie qu'en donne cet auteur, elle vaut bien les autres : « Le roi voulut que le grand dieu Pirhua fût adoré par-dessus tous les autres; et, comme le mot Pirhua avait changé de signification, il ordonna qu'on le nommât lllatici-Huiracocha, ce qui veut dire l'éclat, l'abîme et le fonde- ment de toutes choses, car illa signi- fie éclat ; tici, fondement; huira, cor- ruption du mot pirua, veut dire réu- nion de toutes choses, et cocha signifie abîme. » — ccxxxvni — lions que le temps ou la politique des ïncas ait fait subir à ce nom célèbre, il n'est pas moins vrai qu'au fond on y recon- naît les symboles mystérieux du Livre Sacré sur le Formateur et le Créateur, si poétiquement exprimés par ces paroles : « Ils » sont sur l'eau comme une lumière grandissante ; ils sont en- » veloppés de vert et d'azur, voilà pourquoi leur nom est » Gucumatz (Quatzalcohuatl) Voilà pourquoi le ciel existe, » comment existe également le Cœur du ciel...., dont le nom est » Hurakan (la voix qui gronde dans la tempête, le tonnerre » Il lapa). y> Ainsi, comme dans le Livre Sacré, le nom de Viracocha ne s'applique pas à un seul mythe, à un seul individu. Viracocha, de même que Quetzalcohuatl, exprime l'idée d'une religion de mystère, le symbole du feu, de la majesté enveloppée, et que les prêtres s'appliquaient à eux-mêmes, comme le titre le plus au- guste de leur pontificat. Dans l'Amérique centrale, les Créateurs et les Formateurs sont quatre : ils sont aussi quatre Gucumatz, représentés surtout dans Tepeu, Celui d'en haut, le Dominateur, et Gucumatz, le Puissant-Serpent, orné de plumes , le Tupac- Amaru (serpent sacré) qu'adoraient également les populations antisiennes. Au Pérou, les quatre se reconnaissent dans les qua- tre personnages divins de Manco-Capac, de Colla, de Tocay et de Pinahua, à qui un être supérieur, un Viracocha a partagé le monde à la suite du déluge (1). Dans les mythes de Pachacamac et de Pachacutec (2), on entrevoit le Créateur et le Formateur su- prême, Celui qui engendre et Celui qui donne l'être (A loin, Qa- holom, dans la langue quichée) ; mais on ne saurait méconnaître (1) Garcilaso, Comentarios Reaies, lib. i, cap. 18. Il est à remarquer que To- cay appartient àun dialecte de la langue quichée: c'est l'Oiseau-Mouche; et Pi- nahua appartient au nahuaLl, et signi- fie Celui qui rougit, qui est honteux; il correspond à Yahqixb quiche. Ve- lasco (Histoire du royaume de Quito, lib. m, § 7, n. 14) ajoule que le nom de Viracocha était porté par le frère de Manco-Capac, fondateur de l'em- pire. (2) Garcilaso dit très-bien que Ticci- Vira-Cocha est le même que Pacha- camac, le créateur de toutes choses, le Très-Puissant (Poderosisimo), autre nom de Gucumatz, qui est aussi l'un des deux ou des quatre créateurs. Pacha-cutec signifie qui change le monde. — CCXXXIX ~ dans llla-Ticci et Cuit-Ttvci-Virococfio l'idée de Httrakan retins à Gueumatz pour créer l'univers. Quiconque se donnera la peine d'étudier tant soit peu les éty- mologies savantes de la langue nahuatl, dont M. Aubin s'est fait l'interprète (1), reconnaîtra aisément une origine nahuatl au mo- nosyllabe initial du second de ces deux noms ; nous ajouterons qu'il renferme, d'ailleurs, une allusion aux symboles les plus pro- fonds de la religion antique (2). C'est, avec Viracocha et Pacha- camac, le nom le plus connu entre ceux des divinités antérieures à la dynastie des Incas, dans les histoires péruviennes, et il en- tre dans la composition d'une foule de noms de localités, tant au Chili et en Bolivie, qu'au Pérou, sans compter un grand nom- bre de villes situées dans l'autre partie de l'hémisphère (3). Con, (1) Mémoire sur la peinture didac- tique et l'écriture figurative des an- riens Mexicains. (2) Ce mot ne parait avoir aucun sens dans la langue qquichua. Co,con, radical de corw il, vase, marmite, chau- dron, dans la langue nahuatl. Dans l'ancien langage symbolique du Mexi- que, ce nom fait allusion à des mythes religieux d'une haute antiquité. Un fragment tronqué d'un très-ancien chant chichimèquey fait allusion, dans le Codex Chimalpopuca, signalant à plusieurs reprises le huey-comitl, mot à mot grand vase ou marmite, dont le sens mystérieux est encore à décou- vrir. Peut-être s'agit-il de l'union fé- condante de la race nahuatl, figurée par Mixcohua-Xocoyotl, et la race an- tique colhua-chichimèque, représentée par Itzpapaintl (le Hunhun-Ahpu du Livre Sacré et la femme Xquiq). Se- rait-ce là l'origine des institutions dont parle M. Aubin, à propos des conjectures hasardées sur les inscrip- tions calculiformes. « Ces conjectures, » dit-il , recevraient un haut degré » d'intérêt et de vraisemblance de ce » qu'on pourrait ajouter sur Quetzal- » cohuatl, introducteur des arts gra- » phiques au Mexique et adoré depuis » la Californie jusqu'au Pérou: sur » les institutions phalliques, commu- » nés au Mexique et à la Colombie, » d'après le Codex Mexicanus du Pa- » lais-Bourbon, » etc. Mémoire sur la peinture didactique, etc.). Dans la langue quichée, cun exprime l'idée du vase pudendum muliebre, et aussi celle de la médecine. Comitl , ajoute M. Aubin, est aussi la petite bisuaga à chiles rouges acidulés, comestibles, appelés clirlcholl ; le huey-comitl est la grande bisuaga , boule végétale, énorme , dont on fait des conser- ves. (3) M. d'Orbigny et Castelnau citent plusieurs villes dont le nom commence par ce mot dans l'Amérique méridio- nale. Ce dernier dit avoir visité les ruines d'une ville antique considéra- ble, du nom de Concon, à 4 lieues de Lima (Voyage dans l'Amérique méri- dionale, etc., tom. iv, pag. 188). A la même divinité paraissent faire allu- sion les noms de plusieurs villes con- nues au Mexique et dans l'Amérique centrale. Telles sont: Tetzcoco, l'A- thènes de l'Anahuac, dont l'étymologie serait tetz-con-co, dans le vase bril- lant ou émaillé (Auhin, Mémoire, etc., pag. 102); Comitlan, Auprès du vase ou de la marmite, ville près de laquelle il y a de grandes et belles ruines, dans l'Etat de Chiapas; Gopan, Sur le vase ou sur la .marmite, célèbre par ses magnifiques débris, aux frontières de Guatemala et de Honduras. A l'ouest du Cuzco, ancienne capitale du Pérou, était une petite province, appe- lée Cun-ti, d'où vint le nom générique de Cunti-Suyu (ou Conti-Suyu, ainsi ccxt première et suprême puissance, dit Velasco, qui n'avait ni chair ni os, de même que les autres hommes, qui avait créé le monde et qu'on croyait venu du septentrion, abaissant les montagnes et soulevant les vallées par sa seule volonté. Dans la description, que cet auteur nous a- laissée du temple de cette divinité à Liri- bamba, capitale des Puruhuas, au sud du royaume de Quito, on retrouve tout le caractère des mythes religieux de la race na- huatl. « C'était une idole d'argile qui représentait seulement la » tête d'un homme. Elle avait la forme d'une marmite (1) : la » bouche et les lèvres étaient sur le sommet de la tête, et c'est » par là qu'on versait le sang des sacrifices, dont on frottait x» aussi la face de l'idole, qui représentait le Dieu de la guerre ou » de la vengeance. On lui immolait les prisonniers qu'on avait » faits à la guerre. » Pachacamac, au dire des uns, était fils de Con ; suivant les autres, il se serait manifesté seulement au moment où celui-ci disparut. Ce qui est certain, c'est que le culte de Pachacamac con- tinua, malgré les efforts des Incas pour le remplacer par celui du soleil, à garder la suprématie, surtout dans les contrées baignées par l'Océan Pacifique. Son temple, bâti par la race antique des Chimus, dans la vallée de Lurin, était un des plus anciens de l'Amérique et le plus vénéré de tout le Pérou : à l'instar de ceux de Palenqué et d'Izamal, il était construit sur une éminence que l'écrit aussi Garcilaso), indiquant la région de l'ouest. Le nom de Cuzco, mieux Cozco, pourrait bien avoir la même origine ; il n'appartient pas au qquichua, dit Garcilaso (Comentarios Reaies, lib. n, cap. 11), mais à la lan- gue particulière des Incas, oubliée en- tièrement, dans laquelle^ on sait ce- pendant que Cozco avait le sens d'om- bilic. Or, cette langue sacrée pourrait bien avoir eu un grand rapport avec le nabuail, dans lequel on retrouve l'é- tymologie de ce mot, qu'on écrirait parfaitement, d'après le système dé- veloppé par M. Aubin, avec le signe co redoublé, et la ligature ou con- sonne z, exprimée par le poinçon (fig. 31) (fig. 18) (fig. 31 c'est-à-dire dans le vase ou la marmite (Aubin, Mémoire, etc., pag. 39 et 56. Voir aussi le même dans la Revue améri- caine et orientale, tom, iv, pag. 39, 41 et 276). (1) Velasco. Histoire du royaume de Quito, liv. n, § 2, n. 4, et § 4, n. 4. 00X1. I — artificielle (1), où l?on montait par une multitude de degrés. Son enceinte réunissait un grand nombre d'édifices, destinés à divers usages, entre autres un vaste hospice pour les pèlerins et une université où s'enseignaient toutes les sciences ; aussi la cité de Pachacamac passait-elle pour l'Athènes de l'Amérique méridionale, et le collège de ses Cushipatas ou prêtres était regardé comme la plus savante des corporations religieuses du Pérou. Quant au dieu Con, après qu'il eut doté le pays des institutions dont il était le fondateur, il se retira vers l'ouest, remonta au nord jusque chez les Suyos, dans la province de Manta (Puerto- Viejo), et là, ayant étendu son manteau sur la mer, disparut pour ne plus se mon- trer (2). Si, des traditions relatives à cette divinité redoutable, nous pas- sons à celles qui concernent les créations diverses, rapportées dans le Livre Sacré, nous les reconnaîtrons également au Pérou, ou les hommes, alternativement tirés des eaux, des cavernes ou des ro- chers, sont détruits, changés en chats, ou ruinés par le feu du ciel, que Con ou Viracocha, mécontent d'eux, fait descendre sur leurs têtes : mais il est évident, comme l'observent fort bien Gomara et Velasco (3), que toutes ces traditions furent à dessein altérées et modifiées par la politique des Incas. Un de ces récits, expliquant l'origine des classes diverses de l'antique société pé- ruvienne, disait qu'il était tombé du ciel trois œufs, l'un d'or, le second d'argent et le troisième de cuivre : du premier sorti- rent les Curacas ou chefs souverains ; du deuxième les nobles ordinaires et du dernier la masse du peuple (4). Calancha, d'ac- cord avec plusieurs autres, ajoutait (5) que le personnage mer- (1) Velasco, Histoire du royaume deQuito, liv. n, § 2, n. 5. (2) Garcia, Origen de los Indios, lib. v, cap. 3. — Gomara, Hist. gen. cap. 122. — Velasco, Hist. du roy. de Quito, liv. n, S 2, n. 3. — Acosta, Hist. nat. y mor. lib. V, cap. 3. — Herrera, Hist. gen. decad. v, lib. ni, cap. 6. (3) Hist. gen. cap. 122. (4) Avendaho, Sermones ,en lengua qquichua , Lima, 1649, serrn. 9, pag. 100. . (b)Cronicadela OrdendeSan Agus- tinenelPéru, lib. n, cap. 19.— Garci- laso, Comm. Real. lib. 1, cap. 15. — Acosta, Hist. natur. y mor., lib. i, cap. 25. —Herrera, Hist. gen. decad. v, lib. m, cap. 7. Celui-ci, ainsi queGarcia, d'après Acosta qui eut les MS. de — ccxi.ii ■ veillcux qui avait créé les quatre premiers hommes de la légende citée plus haut, les avait fait sortir d'une caverne auprès de Pa- caric-Tambo, que les auteurs traduisent généralement par la Maison de Production. On ne saurait méconnaître ici le Pan- Paxil du Livre Sacré, et le Tonacatepetl des traditions mexicai- nes : à ces origines il faut joindre une foule de. variantes, nées sans doute des notions diverses que les populations avaient reçues du mythe primitif,- dont le berceau était trop éloigné, pour qu'elles eussent pu se conserver pures de tout mélange ou des superfétations qquichuas. Aux quatre chefs qu'il avait créés, Viracocha donna autant de femmes et leur partagea l'empire du monde. Les auteurs ne sont pas également d'accord sur leurs noms ; on les trouve appelés le plus souvent Ayar-Manco-Topa, Ayar-Cachi-Topa, Ayar-Auca- Topa et Ayar-Uchu-Topa(i). Le premier ayant gravi la montagne de Huanacauti, lança de la cime, avec une fronde qu'il portait roulée autour de sa tête, quatre pierres aux quatre points cardi- naux, annonçant ainsi qu'il prenait possession du monde (2). Suivant une autre -tradition, laquelle rappelle exactement celle de Zipacna, dans le Livre Sacré, il se servait de sa fronde pour Bëlanços, dit que Pacaric-Tampu si- gnifie Maison de la substance ou de la production, casa de mantenimiento 6 de production; c'est exactement le sens que donne le mot tonacatepetl, nom dn pays d'abondance que les dieux des Nahuas trouvèrent après l'i- nondation et que le livre sacré appelle Pan Paxil pa Cayala(\o'w p. lxxxiii). Pacaric, dit M. Angvand, donne le sens de principe, d'origine, de com- mencement, ce qui n'exclut pas le sens antique donné par Herrera et Garcia. Pacaric-Tampu. devint une ville; elle était située à sept ou huit lieues au sud du Cuzco ; c'était la même que Tambotoco , dont il est parlé dans Montesinos et qui aurait été probablement une des plus anciennes capitales du Pérou et peut-être le ber- ceau de la famille des Incas. (l)Monlesinos,¥tfmom>s,etc.pag. 3. Le nom de Topa donné aux quatre frères esi fort remarquable. Dans la langue qquichua il a le sens de roi ou prince. Tupa (pron. toupet) t cbez un grand nombre de tribus de diverses races, signifie sacré, divin; tupan est Dieu, surtout chez les nations brési- liennes, guaranies et paraguaies; il exprime l'idée divine dans le tonnerre et la foudre comme le Hurakan de l'Amérique centrale; qu'on le rappro- che de tabu ou tabou, et voilà un en- chaînement avec les naiions polyné- siennes, où tout ce qui est tabou est sacré. Au Chili, chez les Arancans, Toqui est le chef du monde invisible, appelé aussi Pillan, la Foudre. (2) C'est à peu près de cette manière que le prince chichimèque Nopaltziu prend possession de la vallée de l'A- nahuac au xne siècle. Voir Veytia, Hist. antigua de Mexico, tom. n, cap. 2, et aussi mon Histoire des na- tions civilisées du Mexique et de l'A- mérique centrale, tom. n, pag. 227. , — CCXLIIÏ — ébranler les montagnes et s'amusait à les entasser Tune sur l'autre jusqu'au ciel. Sous le prétexte d'un sacrifice à Illa-Ticci- Viracocha, ses deux plus jeunes frères l'engagent à entrer dans une caverne dont ils bouchent ensuite l'ouverture : les cris pous- sés par ce malheureux font trembler le ciel et la terre, et bientôt après, le second, par un châtiment céleste, diversement raconté, sent ses pieds s'attacher au sol où il est changé en rocher (1). Qui ne reconnaîtrait, en effet, dans ces traditions, les notions altérées de l'histoire de Zipacna et de Cabrakan, dont l'orgueil et la témérité sont punies exactement de la même manière, à la voix de Hurakan, par les deux frères Hun-Ahpu et Xbalanqué (2) ? Si l'on peut s'en rapporter aux histoires péruviennes, ces mythes seraient des plus anciens de cette contrée , et la source où ils auraient pris naissance seraient les îles du lac de Titicaca ; ils y auraient été apportés par des hommes blancs et barbus, Viraco- cha, qui s'y substituèrent peut-être à d'autres hommes blancs plus anciens qu'eux, Xibalbaïdes ou Vitznahuas, à une époque rapprochée du commencement de l'ère chrétienne. Des invasions successives où l'on discerne toujours les traits distinctifs de la race nahuatl, au nom de Car ou de Cara, dans les régions méri- dionales du Pérou, auraient tour à tour modifié ces institu- tions, jusqu'au moment où, anéanties par des convulsions inté- rieures, elles auraient, dans le cours du xiie siècle, cédé au pro- sélytisme armé des chefs de la monarchie Qquichua , qui se présentèrent comme les rénovateurs des lois antiques. Aussi, dans les histoires écrites par les Incas ou par leurs par- tisans, cette antiquité civilisée, si supérieure à la société péru- vienne de l'époque de la conquête et vivante encore, en partie, dans les principautés des Yuncas qui occupaient les bords de l'Océan Pacifique, est-elle rejetée généralement dans le chaos d'une barbarie abrutissante. Cependant les traces de cette période (1) Montesinos, Mémoires, etc., pag. 4 et suivantes. — Balboa, Hist. du Pérou, pag. 4 et suiv. — Herrera, Hist. gen. tlecad. v, lib. in, cap. ?. (2) Voir le Livre Sacré. Dag. 45, 59 et G7. — CCXLIV — mystérieuse se retrouvent encore en une foule de lieux ; on les si- gnale surtout, en remontant vers le nord. À côté du culte du Soleil, que les Incas se virent eux-mêmes dans la nécessité de subordonner à celui de Pachacamac, afin de rendre leur gouver- nement supportable aux Chimus, on voit surgir, dans les contrées septentrionales, soit maritimes, soit antisiennes, une multitude d'idoles et d'attributs divers, dont les autels, réputés impurs au commencement, finirent néanmoins par être tolérés et encensés même par les Fils du Soleil [\], Ce revirement paraît avoir pris naissance avec un Inca, exilé dans sa jeunesse par son père Yahuar-Huacac, à cause de ses désordres et de son insubordina- tion : il assura qu'étant occupé à garder les troupeaux du soleil, l'antique Viracocha lui était apparu et lui avait annoncé les mal- heurs qui menaçaient l'empire. C'est de cette vision que le jeune ïnca prit le nom de Viracocha, qu'il illustra bientôt après , en se mettant à la tête des armées royales et en battant les Chan- cas qui s'étaient avancés jusqu'aux portes même du Cuzco. Le premier il rétablit le culte de cette divinité et lui éleva un temple avec une statue dans la ville de Con-Cacka (le Messager de Gon), à quelques lieues de la capitale. Il y a tout lieu de croire d'après ce détail qu'un sentiment de gratitude l'anima dans cette occa- sion pour les services que lui auraient rendus les prêtres aymaras ou les sectaires cachés de l'ancienne religion (2). Si l'on continue à chercher entre les cérémonies religieuses et les rites des Péruviens, on n'y découvre pas moins de traces des institutions toltèques. Nous avons parlé plus haut du temple de (1) Garcilaso et Bal boa représentent cet esprit des Incas. Le premier cherr che constamment à les défendre, sur- tout, de l'idolâtrie commune à mus les Indiens, mais que, dans les commence- ments de leur monarchie, les Incas pa- raissent avoir travaillé à éxiirper ou à amoindrir. (2) Garcilaso, Cornent. Real. Mb. m, cap. 21. Il est bien possible que l'Inca Viracocha eut, durant son exil, des entretiens avec les sectateurs du culte a inique supplanté par ses ancêtres; et sa prétend ue vision où il dit avoir vu le dieu Viracocha était sans doute un prétexte pour autoriser les modifications qu'il introduisit dans la religion de sa fa- mille. La révolte des Chancas et la facilité avec laquelle l'Inca Viracocha trouva de l'aide autour de lui pour re- pousser l'invasion , semblent dénoter une alliance secrète avec les partisans du culte déchu, dont il releva enpartie les autels, après avoir détrôné son propre père. Gon à Liribamba et de la forme du gouvernement des Chancas. A Quito, on voyait également des autels dédiés à Con-Ticci-Viraco- cha, àcôté de ceux du Soleil et de la Lune. Là, aussi bien qu'au Guzco, il existait pour les enfants une espèce de baptême ou d'ablution, lavant la souillure originelle, comme le baptême administré à Mexico, au nom de Chalchiuhlicué ou la déesse des eaux. En outre de cette sorte de sacrement venait une confession des pé- chés, suivie d'une communion de pain et de vin {chicha), consa- crés par le grand prêtre, et à laquelle tous les étrangers même par- ticipaient. Ainsi qu'au Mexique, le pain consacré était pétri avec du sang humain, et, bien que Garcilaso assure que ce sang était uniquement celui que les princes et les prêtres se tiraient volon- tairement, en esprit de pénitence, de certaines parties du corps, il n'en présente pas moins un site entièrement d'accord avec celui dont il est si souvent question dans le Livre Sacré. Ce rite, qui se pratiquait chez un grand nombre de nations du nouveau et de l'ancien monde, avait évidemment pour objet, au Pérou, ainsi qu'au Mexique, une expiation mystérieuse, où le sang de l'homme, rendu sacré par son immolation, était seul jugé capable d'apaiser la divinité. Des sacrifices et des festins du même genre avaient lieu dans une foule de circonstances : quelquefois, cepen- dant, le sang des Hamas remplaçait celui de l'homme, notamment aux époques solennelles, où l'Inca recevait dans son ordre les nouveaux chevaliers, après qu'ils avaient subi, ainsi que dans l'Anahuac, les rudes épreuves de l'initiation (1). A l'occasion des personnages merveilleux qui, comme Viraco- cha, travaillèrent à fonder ou à purifier les autels de l'ancien Pé- rou, Gomara rapporte (2) que celui qu'il appelle Con et Sahagun était descendu des contrées situées au nord, en opérant les pro- diges dont il est question ailleurs à propos de ce prophète. Ge (1) Garcilaso, Corn. Real, lîb; i, cap. 10. — Velasco, Uisl. du roy. de Quito, liv. h, § 5, passim. (2) Hist. gen. cap. 122. Sahagun ésl une corruption évidemment espa- gciolt, ce nom tei qu'il se présente étant celui d'une ville d'Espagne d'où le père Francisco de Sahagun est ori- ginaire. Il doit s'écrire probablement Suha-con, — CCXLV1 — nom, présenté de cette manière, devient une transition naturelle entre le royaume de Quito, où sans doute il avait apparu d'abord, et le Cundinamarca (1) ; car il y a tout lieu de supposer que ce n'est là qu'une corruption du nom de Suha-Con (l'homme blanc Con), Suha ou Suhé étant l'un des titres de Bochica, l'un des hé- ros mythiques du plateau de Bogota (2), où on l'appelait aussi Nemterequeteba. Il était représenté ayant une grande barbe et des cheveux fort longs, revêtu d'une tunique qui lui descendait à mi- jambes, avec un manteau noué par-dessus l'épaule. Sous la dé- nomination de Suganmoxi (3)- ou Sugamoso, un autre personnage analogue, si ce n'est le même, apparaît, suivant d'autres tradi- tions, plus de vingt cycles de soixante ans chacun avant l'époque de la conquête espagnole ; il venait de l'est, c'est-à-dire des grandes plaines arrosées par les confluents de l'Orénoque, tels que le Guaviaré, le Meta et YArauco, encore aujourd'hui célèbres par les grandes ruines qu'on y découvre à l'approche des Cordil- lères et par les rochers sculptés entre les bras de l'Amazone. Il entra au plateau de Bogota par Pasca, d'où il passa. à Boza et à Fontivon, en traversant les montagnes qui sont au nord : ce fut lui qui apprit aux Chibchas à peindre des croix sur leurs man- teaux, et sa doctrine entière, à l'instar de celle du Quetzalcohuatl de Tollan, était d'une extrême pureté. On le vit, kZipacon, ensei- gnant des arts nouveaux aux indigènes, et à Zuache il laissa la mar- que de ses pieds imprimée sur un rocher. On le vit à Hunza (Tunja), et au lieu nommé de lui Sogamoso, couchant dans des grottes aux bords de la rivière du même nom, où la tradition populaire le fait vivre deux mille ans, après lesquels il aurait été enlevé au ciel. En général ces traditions, comme celles du Pérou, sont extrê- mement vagues et obscures, et l'on a de la peine à les discerner les (1) Cundinamarca, nom peut-être donné improprement au plateau dit de Bogota, au centre des montagne^ de ia iNouvelle-Greiiade. Ses habitants étaient les Muyscas, autrement dits Chibchas. (?) Plaza, Mcmnrias para la histo- ria de la Nueva-Granada , cap. îv, pag. 51. (3) Ce nom parait composé encore de Su ou Suha, de con et de moxi. Voir Zamora, Hist. delà prov. de.N,- Granada, lib. n, rap, 16. — tCXLYll unes d'avec les autres. On y distingue, cependant, quelques tra- ces des institutions politiques et religieuses contenues dans le Livre Sacré. Trois chefs confédérés gouvernaient souverainement le pays : le Zipa, qui avait son siège à Muequeta, aujourd'hui Funza; le Zaque de Ramiriqui qui se transféra plus tard à Huma, et enfin le Sogamoso, successeur du prophète qui lui avait légué, avec son nom, l'héritage de sa puissance et de sa sainteté. Cette confédération devait évidemment son origine au dernier, et la tradition, en nous disant que le Zaque de Ramiriqui était le neveu de Sogamoso, laisse entrevoir la parenté qui devait exister entre les trois princes. D'accord avec les notions toltèques que nous avons trouvées également au bord du grand lac qui s'étend entre les ruines de Chicuvitu et celles de Tiahuanaco, elle racontait que les hommes avaient eu l'existence longtemps avant le lever du soleil et de la lune : le monde alors vivait dans les ténèbres et dans la nuit, parce que l'astre du jour n'avait pas encore reçu l'or- dre de se mettre en marche. Cependant, il n'y avait que deux hommes (de la caste noble et sacerdotale), le Zaque de Ramiriqui et le Sogamoso : ils commencèrent par créer des hommes avec de Y argile jaune et des femmes avec des paquets d'herbes (zibak) ; après quoi, voyant la nécessité d'éclairer l'univers, le Sogamoso commanda à son neveu de Ramiriqui de monter au ciel où il de- vint le soleil. Trouvant encore cette lumière insuffisante, il s'éleva lui-même ensuite aux astres et devint la lune. Après ce que nous avons déjà dit, ces notions n'ont plus besoin de commen- taires. Quelques idées relatives au Grand-père et à la Grand'mère se distinguent encore dans les rares notions qu'on a de ces contrées. On sait en outre qu'au sanctuaire de Sogamoso, où le vicaire du pro- phète continua à demeurer jusqu'à l'arrivée des Espagnols, on offrait fréquemment des victimes humaines, et que les Xèqucs ou prêtres du temple s'obligeaient à une continence perpétuelle et à des austé- rités aussi rigoureuses (4) que ceux de Quetzalcohuatl à Teohuacan . (l) ïd.f Ibid. — ccxLvm — Cependant, entre les traditions confuses concernant ces divini- tés ou les personnages merveilleux dont on a conservé les noms, on voit s'élever des luttes et des combats, dont les causes se déro- bent sous des fables puériles en apparence, mais dont le côté sé- rieux se retrouve, dès qu'on les confronte avec celles des autres peuples et surtout de la race nahuatl. On en conclut que les mis- sionnaires ou législateurs qui apparurent au Cundinamarca, soit du nord, soit de l'est, y apportèrent, comme tous les apôtres de cette race ambitieuse et turbulente, des dogmes différents ou les semences des hérésies qui bouleversèrent tour à tour et ruinèrent les empires du Mexique et de l'Amérique centrale. Les Chibchas adoraient Chibchacum (1) comme la divinité protectrice de la na- tion ; ainsi que Quetzalcohuatl à Cholullan, il était le patron des marchands et des laboureurs. Nencatacoa était celui des peintres et des tisserands : il présidait aux orgies et s'y montrait sous la forme d'un ours, couvert d'un manteau, qui dansait avec les ivro- gnes ; il portait en outre le nom de Fo ou le Renard, suffisamment significatif et qu'on retrouve dans la composition des noms de plusieurs localités de ces contrées (2). Un souvenir de .la trinité nahuatl se représente dans la statue à trois têtes qui existait au temple de Boyamà près de Tunja ; nous ne saurions affirmer, cependant, qu'il eût un rapport direct avec le Hurakan du Livre Sacré. Mais la diversité des actions attribuées à Bochica et autres personnages merveilleux confondus avec lui, (1) Simon, dans Zamora, ibid. — Acosta, Compendio historico del dis* cubrimiento y colonizacion de la N,- Granada, Paris, 1848, cap. xi, pag. 195. Chibcha est le vrai nom des peu- ples de celte contrée que nous appe- lons Muyscas. Chibcha-Cum parait encore faire allusion au dieu Con du Pérou. (2) On sait que Fox est le renard en anglais, fugs en allemand, voss en flamand, etc. Fun%a paraît en ve- nir, ainsi que Fuquene, etc. Le re- nard à jeun ou en deuil (Nezahuat- Coyotl , nom d'un souverain de Tetzcuco) était un fétiche adoré au Mexique et au Pérou, à qui on offrait de la chiclia comme au Fo du Bogota (Aubin, Mémoires sur la peinture di- dactique, etc., pag. 79). Une autre coutume commune aux Nahuas, Tol- tèques, etc., qu'on trouve encore au- jourd'hui jusqu'à la Nouvelle-Grenade, c'est la danse appelée en espagnol del Palo Volador, et qu'un voyageur mo- derne a vu exécuter à Angostura, sur les rives du Magdalena ( Hippisley's Narrative of the expédition to the ri- vers Orinoco and Apure, pag, 312). — GCXMX donne bien à penser que là, comme aux bords du Grand-Fleuve que nous appelons le Bio-Magdalena, les trois royaumes princi- paux du Gundinamarca auraient été fondés simultanément par trois de ces personnages, dont l'origine toltèque ne saurait se ré- voquer en doute. Cette forme de gouvernement qui était établie au Menu, à l'époque où les Espagnols y entrèrent, devait son existence à trois dieux qui y étaient apparus ensemble, suivant la tradi- tion (1), en un temps déjà fort éloigné, et à qui les indigènes des bords du Rio-Cauca et des contrées adjacentes attribuaient l'ori- gine des royaumes de Zenu, de Tinzenk et de Panzenù, situés entre le Magdalena, les montagnes d'Abibe et le golfe de Tolu (2) : mal- gré la rareté des détails laissés par les conquérants, on reconnaît, cependant, partout les traces des institutions toltèques et celles d'un état de société analogue à ce qui se voyait au Gundinamarca d'un côté et au Darien de l'autre. C'est là que les conquérants de la suite de Quesada découvrirent ces sépultures tant vantées dans les relations et auxquelles seules ce pays doit de n'avoir pas été entièrement oublié. C'étaient des tumuli semblables à des collines, dont l'intérieur renfermait des tombeaux en pierre de taille et voûtés où l'on trouva, avec les cendres des princes, des trésors con- sidérables. Depuis Caramari (Carthagène) la vallée entière du Zenù et du Cauca jusqu'au delà d'Antioquia était parsemée de ces tumuli ; de vieux seibas étendaient au-dessus leurs branches entre lesquelles pendaient des multitudes de cloches d'or fin, aussi grosses que des mortiers. Là, ainsi qu'en tant d'autres lieux, la civilisation avait déchu considérablement, depuis les temps an- tiques, à la suite de révolutions de toute sorte et d'invasions suc- cessives dont les peuples avaient perdu le souvenir: mais on retrou- vait ses vestiges dans les monuments en pierre, abandonnés dans l'épaisseur des forêts, et surtout dans les arts admirables que les (1) Zamora, Hist. de M.-Granada, lib. m, cap. 3. (2) Tolu, ville sur le bord du golfe dit aujourd'hui de Morrosquîllo, non loin du Darien. Ce nom, chez ces na- tions d'origine caraïbe, rappelle en- core celui de Tula ou Tolan. — i;cl — Garas de toute dénomination avaient conservés ; on la reconnais- sait à la taille des pierres précieuses, au travail de la bijouterie d'or et d'argent, à la richesse et à l'élégance des étoffes qu'ils con- tinuaient à tisser, et même à la structure si remarquable de leurs temples et de leurs palais qui, quoique en bois, présentaient un air de grandeur et de solidité dont s'étonnèrent à juste titre les conquérants (1). Ainsi, des lacs glacés du nord jusqu'aux extrémités du Chili, sous les couches diverses que le temps, les invasions des tribus barbares ou civilisées, venues par mer ou par terre, de l'est ou du couchant, ont étendues dans les deux Amériques, on reconnaît constamment, à côté d'un sabéisme primitif et d'une religion as- tronomique, les vestiges des institutions apportées par la race na- huatl ou développées par elle sur le sol qu'elle avait conquis. Ces institutions s'étaient mêlées à une foule d'autres, introduites na- turellement par des nations qui lui étaient étrangères, ou enne- mies, elles s'y sont modifiées à leur contact, ainsi qu'il est arrivé de- puis trois siècles que les missionnaires espagnols leur ont annoncé l'Evangile; mais partout où cette race énergique a passé, elle a laissé l'empreinte ineffaçable des superstitions et des rites qui la dis- tinguaient: ni les prédications persuasives des Las Casas, ni le fanatisme brutal des Valverde , n'ont réussi à lui ôter son carac- tère, pas plus que le prosélytisme armé des Incas qui les précé- dèrent, à la manière de Mahomet et d'Omar. En comparant les populations agricoles des Andes et les clans vagabonds du Brésil et du Chili, aux habitants du Mexique ou aux tribus guerrières des Etats-Unis, qui en sont éloignés de plus de deux mille lieues, on est surpris d'observer encore une similitude frappante d'idées et d'usages entre l'Araucan qui habite vers le 50e degré de latitude méridionale, et leChippeway, situé à la même distance de l'équa- teur dans les contrées du nord. A côté des habitudes agricoles et (1) Herrera, Hist. gen,, deead. v, lib. n, cap. 4, . — Zamora, Hist. de IV. Granada, lib. il, cap. 3. — GCLI — des traces d'une culture en commun, qui parait avoir été une des lois primitives des sociétés régulières de l'Amérique, on rencon- tre des maximes de désordre et de dissolution, mêlées aux sim- ples lois d'une existence paisible : les rites magiques des devins, l'usage de vouer l'enfant dès sa naissance à un génie familier (nagual ou manitou), souvent représenté par un animal, un rep- tile ou un oiseau, enchaîné plus ou moins à son existence, se re- trouvent encore aujourd'hui au fond des coutumes des populations civilisées et chrétiennes, comme dans celles des plus sauvages, d'un bout à l'autre du continent (1). D'un autre côté, quelque soit le Contraste de leurs institutions, telles qu'elles se présentent à nous actuellement, elles marquent toutes un état plus avancé que celui où nous voyons encore les peuples barbares du nord-est de l'Asie. Cette frontière de l'an- cien monde, d'où tant d'écrivains prétendent que l'Amérique a dû recevoir sa première population, n'est plus habitée elle-même que par des tribus nomades, refoulées depuis longtemps vers la mer Glaciale, par les grandes hordes des Mongols et des Mant- choux, et si de nouveaux déplacements devaient aujourd'hui les conduire d'un continent à l'autre, ils n'y porteraient avec eux que l'ignorance et l'anarchie. Il restera donc toujours malaisé d'expliquer comment des nations à demi policées sortirent jadis de ces parages pour se répandre dans les contrées américaines, à moins d'admettre qu'un ordre de choses tout différent régnait alors dans le monde asiatique, et que ses vieilles institutions rayonnaient librement jusque dans les steppes du Nord, main- tenant livrées aux Tartares : c'est encore ce qu'on peut in- férer, jusqu'à un certain point, des monuments pyramidaux et des tumuli qu'on trouve en grand nombre dans la Sibé- rie, et qui attestent une culture antique depuis longtemps anéan- (1) Moke, Histoire des peuples amé- ricains, cliap. h. — Herrera, Hist. gen., decad. iv, lib. vm, cap. 4 et 5 in fine. — Torquemada, Monarq. hid., lib. xiv, cap. ullimo. — La Peyrere, Relation de l'Islande, art. 12. — Nufiez de la Vega, Constit. diœces., in Prseamb., n. 36. — Smith, Voyages ani disco- veries, vol. i, pag. 140. — CGLU — tie. Nous ajouterons que le culte d'un dieu invisible, adoré sous trois noms différents, l'art de la magie si universellement prati- qué chez les Nahuas, et les effets d'hallucination- extraordinaires qu'on y observe, rappellent sensiblement le culte de diverses tribus sibériennes et le chamanisme des Mongols (1). Ainsi au- raient pu partir de ces régions aujourd'hui sauvages et inacces- sibles des essaims déjà organisés régulièrement; ainsi encore il aurait pu en arriver de très-loin, jusque des confins de l'Inde et de la Chine, comme l'ont cru reconnaître des hommes émineuts aux croyances savantes de quelques nations. Mais de quelque part qu'aient pu sortir ces migrations de peuples initiés à l'ordre social, que leur marche ait été dirigée de l'est à l'ouest ou de l'orient au levant, elles n'appartiennent pas moins à une époque déjà bien reculée, qui répond au développement de la vie politi- que dans l'intérieur de l'Asie et qui précède de plusieurs siècles la domination des Mongols dans ces vastes contrées. § XIV. Traditions du Livre Sacré locales au Guatemala. Expédition de Xbalanqué contre Xibalba. Migration des tribus de Tamub et d'ilocab. Titres anciens des tribus guatemalienries. Etat des nations guatémaliennes au Xie siècle. Commencement des nations de la langue quichée. Leurs conquêtes. Etablissement de la monarchie quichée. Cotuha, Balam-Co naché, Gucumatz et Quicab, les plus célèbres de ses rois. Abaissement de l'aristocratie au Quiche. Après avoir suivi jusque dans les régions les plus lointaines les populations issues ou alliées de la race nahuatl, il est temps de retourner à celles dont l'histoire se rattache d'une manière plus spéciale à la dernière partie du Livre Sacré. Ainsi que nous l'avons fait remarquer auparavant, ce document a surtout pour objet de nous instruire des destinées de la nation quichée, dont il ramène l'origine aux quatre premiers chefs de l'ordre aristo- (1) Strahlcnburgb , Hist. Kami- j mentionne également l'ait de la divi- schatka, pag. 16. — Malle-Brun, Géo- \ nation chez les Scythes, etc. (Hist., graphie, liv. xxxvm. — - Saner's Ex- \ lib. iv, cap. 59). pèdiHvn, vol, i, pag, 116, — Hérodote . — ÛGLI1I — cratique et sacerdotal, créé à l'inauguration du système social des Xahuas dans l'Amérique centrale. Cependant, entre l'époque de cette création et la fondation de la monarchie des Quiches, il a dû s'écouler un intervalle dont il est difficile d'évaluer la lon- gueur, mais qui n'est peut-être pas de moins de onze à douze siè- cles. Durant cette longue période, l'auteur de ce livre, qui ne re- connaît que le peuple auquel il appartient, passe sous silence toute l'histoire de ceux qui ont précédé les siens dans cette con- trée ; il se contente de mentionner indirectement les anciennes familles régnantes de Tamub et d'Ilocab, en prolongeant la mi- gration des Quiches jusqu'au moment où ceux-ci commencèrent à prendre rang parmi les nations, sous la domination desquelles ils avaient vécu auparavant. Cette lacune nous allons essayer de la combler en partie, à l'aide des données que nous fournissent les autres documents guatémaliens que nous avons été à même de consulter. Les premières luttes de la race nahuatl paraissent avoir eu pour objet, ainsi qu'on Ta constaté ailleurs, la possession des pa- rages où se rencontrent les symboles primordiaux de leur sys- tème religieux, c'est-à-dire en Paxil et en Cayala : il serait dan- gereux toutefois de considérer cette localité même autrement que comme un mythe, si le Manuscrit Cakchi quel n'en laissait en- trevoir le côté historique, en nous apprenant qu'un des chefs de Paxil fut tué parles héros auxquels il avait servi d'introducteur. Dans le récit de la défaite de Vukub-Cakix, et de ses fils Zipacnà et Cabrakan, par les ffv7i-Ahpu,\es rédacteurs du Livre Sacré con- tinuent à couvrir de voiles plus ou moins épais les réalités de l'histoire : mais la vérité se fait jour malgré leurs efforts, et l'on voit grandir insensiblement la "lutte entre les races qui se dispu- taient l'empire en Xibalba. Les siècles qui se sont écoulés depuis lors n'en ont point effacé le souvenir, et il est resté attaché au nom de diverses localités existantes encore aujourd'hui dans les provinces guatémaliennes. Une vallée déserte, située à peu de distance de TOcéan Pacifique, a gardé celui iïOmueh-Qaholab, — CCLIV — ou les Quatre-cents Jeunes-gens, compagnons des Hun-Ahpu, tués par Zipacnà, et, à quelques lieues de là, une plaine, parsemée de tumuli, ombragés d'antiques seibas, s'appelle encore Omuch- Cakha ou les Quatre-cents Pyramides, sans doute parce qu'ils furent érigés sur la sépulture des héros primitifs de la religion toltèque (1). Les noms même de Zipacnà et deGabrakan sont jus- qu'aujourd'hui ceux de deux bourgades bien connues dans le pays des Mams (2), et les montagnes contre lesquelles s'exerçait la puissance surnaturelle des deux géants continuent d'être dési- gnées comme dans le Livre Sacré. Le ballet parlé de ffunahpu- Qoy, ainsi que les autres représentations scéniques dont il est question dans le même document, se dansent aujourd'hui comme il y a mille ans ; tout y respire les mêmes idées mystérieuses, et c'est dans les mêmes lieux que nous en avons recueilli les traditions de la bouche des indigènes, qui se plaisent à les raconter, chaque fois qu'on parvient à dissiper leurs défiances. Répétons donc qu'il y a des raisons suffisantes pour penser que c'est dans ces contrées qu'il faut chercher le berceau de ces épopées primitives. C'est à la cité de Tulan, dite aussi Toltecat, que les nations guatémaliennes réfèrent leur origine. En quelque partie du con- tinent américain qu'on doive placer les autres Tulan dont parle le Manuscrit Cakchiquel, il paraît hors de doute qu'un Tulan existait entre le site des ruines connues sous le nom* de Palenqué,et là ville moderne de Comitan, dans l'Etat de Chiapas : siège principal des princes de la race nahuatl, cette ville, aurait été fondée à une époque contemporaine de la capitale des Xibalbaïdes, plusieurs siècles avant l'ère chrétienne (3), et, au rapport de toutes les tra- (1) Titre territorial des Seigneurs de Totonicapan, manuscrit. — Titre royal de la maison d'Itzcuin-Nehaib, ses possessions et conquêtes, etc., ori- ginal légalisé de la main du conqué- rant dom Pedro de Alvarado, manus- crit de ma collection. (2) Zipacnà parait avoir laissé son nom au bourg indigène de Zipacapan, au département de San-Marcos (Gua- temala); de nombreuses ruines et des traditions fort curieuses rappellent en- core le souvenir du dieu-géant. — Ca- brakan, aujourd'hui Cabrican, bour- gade à 8 lieues au sud de Zipacapan, et à 12 lieues environ au nord deQue- zallenango. (3) Ordonez, Hist. de] cielo y de la tierra, etc. CCLV ditions, aile aurajt rivalisé constamment avec sa métropole, dont elle cherchait à se rendre indépendante. Ce n'est cependant pas à Tulan -qu'aurait été le foyer de la conspiration, personnifiée dans les Hun-Ahpu : car l'épopée qui en développe les principaux incidents, sous l'image d'une partie de ballon, en place les pre- mières scènes à Nimxob-Carchah, à l'extrémité de la Haute- Ve- rapaz, où Las Casas, citant sans les comprendre quelques-unes des traditions de cette contrée, raconte que se trouvait une des entrées du chemin de X Enfer, c'est-à-dire de Xibalba (1). C'est là, comme on l'a déjà vu, que les deux princes Hunhun-Ahpu et Vukub-Hunahpu, symboles, ainsi que leurs deux fils Hun-Chouen et Hun-Batz, de la race nahuatl pure et légitime, se réunissaient pour jouer en présence d'une multitude nombreuse. La défaite et la mort des deux premiers indique suffisamment la victoire de Xibalba sur les Nahuas. Mais les métis, représentés dans les deux autres héros Hun-Ahpu et Xbalanqué, nés du mélange des deux peuples, triomphent dans la lutte intestine engagée avec leurs propres frères ; ils sont censés ensuite, les avoir changés en singes, mais en réalité ils les obligent à rétrocéder au nord-ouest vers l'Etat d'Oaxaca, dont Hun-Batz et Hun-Chouen sont regardés comme les premiers civilisateurs (2). A la suite de ces événements, qu'on entrevoit vaguement sous les voiles de l'allégorie, dans le Livre Sacré, commence cette série d'entreprises contre l'empire de Xibalba, figurées par les épreu- ves de Hun-Ahpu et de Xbalanqué. Se réclamant des liens du sang qui les unissent par leur mère aux races anciennes du pays, ils s'attachent les brutes, c'est-à-dire les classes inférieures ou les populations barbares; qu'ils finissent par entraîner à leur suite au moyen de la violence ou par des bienfaits. La cité à'U- tlatlan, connue sous le nom de Gumarcaah, quand elle devint la capitale de l'empire quiche, paraît avoir été, dans ces temps an- (1) Hist. apolog. de las Ind. occid., lom. m, cap. 125. — Torquemada, Mon. fnd.,\\h. vi, cap. 26. (2) MS. vicarii Cuilap. ord. prœd., in Garcia, Origen de los Indios, \\b.\. cap. 4. — CCLVI ciens, le siège principal de. la race métise, et c'est de là que ses princes. commencèrent à diriger leurs opérations contre l'empire antique. Les conséquences de leur victoire sur Xibalba, ainsi qu'on l'a déjà vu, n'eurent pas une bien longue durée. La race nahuatlpure existait, et c'est peut-être à ses influences ennemies que Xbalanqué dut, à son retour, de n'être pas reçu par les siens avec les honneurs auxquels il prétendait. Suivant la tradition à laquelle on doit ce détail (1), il se serait alors retiré dans une province plus éloignée, et c'est à lui qu'on attribue les premiers sacrifices humains dans l'Amérique centrale. Copan , dont le nom fait mystérieusement allusion aux symboles religieux de la race métise des Nahuas, aurait-il été choisi alors par ce prince, dont la mère personnifiait l'idée fondamentale de ce culte sangui- naire? Ce qui paraît avéré, c'est que cette ville devait son origine à un guerrier farouche, du nom de Balam, qui était entré dans cette contrée par les terres du Peten-Itza (2), environ quinze siè- cles avant la conquête espagnole. Dans les derniers temps de la domination indigène on appelait la province dont Copan était la capitale Payaqui, ou royaume de Chiquimulà (3) : elle était re- nommée par la splendeur de ses temples et par le concours des nations qui y accouraient pour sacrifier à Xbalanqué, dont les autels ne furent brisés qu'après avoir été arrosés du sang de plu- sieurs Espagnols (4-). Que ce soit de cette époque ou de plus haut que datent les dis- sensions qui déchirèrent les nations issues de la race nahuatl, il n'en paraît pas moins constant que l'empire de Xibalba et en par- ticulier le royaume de Tulan en demeurèrent le théâtre durant (1) Las Casas, Hisl. apol. , etc., ubi sup. (2) Isagoge historico, cap. 4, ma- nuscrit cit. ap. Garcia Pelaez, Mem. para la historia del antiguo reino de Guatemala, tora. i, pag. 45 et suiv. (3) Id., ibid. C'est sans doute à Co- pan qu'Ordonez fait allusion quand il dit que Ghiquimula fut fondé au même temps que Nachan, Mayapan et Tu- lan... « El principado de Payaqui ô Chiquimulà, dit {'Isagoge historico, cuya capital era Copan. » Copan, étym., Sur la marmite ou le vase. Pa- yaqui, Dans ou sur les Yaqui (Na- huas). (4) Herrera, Hist. gen., decad. m, lib. iv, cap. 19. — Juarros, Hist. de Guatemala, tom. h, trat. 6, cap. 13. — cc.i.vii — les derniers siècles de leur existence. C'est un enchaînement con- tinuel de guerres, de combats, de discordes civiles et religieuses, tantôt entre les familles de cette race célèbre, qui se disputaient le pouvoir et la suprématie dogmatique, tantôt entre les Nahuas et les rois de Xibalba qui travaillaient à ressaisir leur prépondé- rance antique, au milieu des dissensions de leurs adversaires. Ces luttes, dont on entrevoit obscurément les traces entre les frag- ments historiques conservés dans les documents indigènes, pa- raissent s'être prolongées fort longtemps ou s'être renouvelées à plusieurs reprises : ce n'est que du vie au vne siècle de notre ère qu'elles se seraient terminées par la destruction totale de Tulan, et probablement .aussi de plusieurs autres grandes cités adjacen- tes (1). Durant cet intervalle de nombreuses migrations se seraient succédé, tantôt dirigeant leur marche vers le nord-ouest, tantôt vers le sud et l'est, selon que l'un des divers partis triomphât des autres, et c'est à quoi on peut attribuer ces luttes acharnées entre les autels d'une même religion et les descendants d'une même race qu'on observe partout où les Nahuas ont laissé quelque trace de leur passage. Nous ne parlerons pas ici des princes qui régnè- rent à Tulan; car les listes en sont apocryphes ou incertaines (2). En ce qui concerne l'émigration des tribus qui fondèrent la mo- narchie guatémalienne, elle aurait eu lieu vers le temps même de (1) Livre Sacré, passim. — MS. Cak- chiquel, passim. (2) Juarros, Historia de Guatemala, toni. ii. tràt. 4, cap. 1. Cet auteur, qui suit presque invariablement le chro- nisle mcnieur Fuentesj donne pour rois de Tulan: Tanub, Copichoch, Ca- lel-Ahus et Ahpop, qu'il l'ait suivre par Nima-Quiché. Nous ne possédons malheureusement aucun document qui constate leur authenticité, et la mau- vaise foi deFuentes ne nous permet pas d'avoir confiance dans ses assertions. — Dans le Codex Chimalpopoca (His- toire des soleils), il y a une liste de cinq rois de Tulan (ou Tollan), qui pa- rait ici distinct du Tollan de rAnahuac. Seraient-ce les rois nahuas de Tulan en Xihalba? C'est possible; mais nous ne l'affirmons point, quoique leur nom- bre se rappofte à celui qui est donné par les tradiiions guatémaltèques. Le premier est appelé Topiltzin Quetzal- cohuatl (peut-être le premier Ce-Acatl, un Hunahpu?)', le 2e est Huemac; le 3e, Nequameti; le 4e, Tlacateoizin, et le dernier, Huitzilpopoca. Celui-ci, éiymologiquement. peut signifier Fu- mée d'épines, et, dans ce cas, il aurait quelque analogie avec celui de Gaga- vitz (Hacavitzj, feu d'épines, qui pa- raît dans le Mainiscrit Cakchiquel, comme le chef et le conducteur des premières tribus de cette langue; c'est ai^sile dieu à'Ahau-Quiché, ce dernier mot ayant aussi le sens d'épine ou de broussailles dans la langue quichée, ce qui nous rapprocherait, du Nima- Quirhé de Juarros. V — (1CLVII1 — la destruction de Tulan, et ses principaux chefs auraient été des princes alliés à la famille royale, portant dans les documents le nom de Tamvb(ï). Le peu d'écrivains qui ont eu l'opportunité de s'occuper de la migration des tribus, dites toltèques, soit au Mexique, soit dans l'Amérique centrale, se sont étonnés souvent et avec raison de l'incohérence que présentent à ce sujet les histoires indigènes : ces incohérences se remarquent non-seulement dans les noms des chefs et des localités, mais plus encore dans les dates et la chro- nologie. Elles disparaissent, toutefois, devant une lecture attentive des originaux : ce qu'on n'a pas suffisamment observé, c'est que chaque tribu, chaque chef de clan, souvent même chaque ville, ou chacun de ses quartiers, tenait un registre exact dans lequel étaient inscrits après la légende qui concernait son berceau, celui de ses voyages, étape par étape, jusqu'à son arrivée au lieu où on s'était fixé, registre qui se continuait ensuite avec l'histoire lo- cale et la généalogie des familles principales de chaque tribu. Ces diverses migrations avaient bien, peut-être, eu le même point de départ : mais leurs routes étaient distinctes, les unes les ayant effectuées par les montagnes ou les plaines de terre chaude, les autres ayant eu l'opportunité de se servir de barques ou de radeaux et ainsi de se transporter par mer. Il n'y a pas d'autre raison à ces incohérences qui ne sont donc qu'apparentes. Après la conquête des pays où l'on voit ces groupes divers s'éta- blir, chaque tribu s'organise avec un soin extrême dans les limites du territoire qui lui est échu en partage : elle en mesure l'étendue, en fait le cadastre, impose des noms nouveaux à tous les lieux, à chacune de ses bornes, aux villes et aux villages, aux bois, aux ra- vins, aux montagnes, aux rivières, tout en fondant des centres communs, destinés aux assemblées du peuple et de la noblesse, encore aujourd'hui appelés le Tecpan, le Palais, le Calpul, la Mai- son grande, d'après la tradition nahuatl antique. Il n'y a peut- li Voir pour Tamub, au Commentaire, pageèxiii. — CU.MX — être pas de pays au monde où la propriété ait été si bien définie, où les cadastres soient aussi anciens et tenus avec autant d'ordre, que chez ces nations, aujourd'hui regardées avec un si* grand dédain par l'Europe. Les titres de ces tribus, de ces familles, écrits dans leur forme et leurs caractères originaux, existent encore en bien des lieux (1), quoique les indigènes s'efforcent de les dérober aux re- gards des profanes et des étrangers. A l'époque de la conquête par les Espagnols, la plupart des tribus s'empressèrent, dans l'intérêt de leurs possessions, d'en faire des copies en caractères latins, afin de les rendre accessibles aux conquérants à qui ils en demandè- rent la légalisation ; un grand nombre y joignirent même une traduction officielle en langue castillane. Ce sont ces titres, soit originaux, soit copiés ensuite, qui ont encore servi depuis lors à fixer les limites de leurs propriétés territoriales et qui sont au- jourd'hui même la base des décisions légales et judiciaires dans toutes les contestations des indigènes, soit entre eux, soit avec les descendants des Espagnols. Ces titres si intéressants sous ces di- vers rapports, sont en outre de véritables monuments historiques, comme le sont les chartes et les cartulaires de nos municipalités et de nos anciens monastères. D'accord à l'origine avec les faits consignés dans le Livre Sacré, ils contiennent toujours avec plus ou moins de détails les faits de l'histoire primitive et ensuite des faits subséquents. Ces titres, nous le répétons, sont nombreux en- core, nous en possédons plusieurs, soit en laugue quichée ou cak- chiquèle, soit en espagnol, et c'est là-dessus que nous avons recom- posé, autant qu'il nous a été possible, l'histoire des pays guaté- maliens. Entre les familles ou tribus mentionnées au commencement des récits historiques du Livre Sacré, la plus ancienne paraît être celle de Tan ou Tamub : les noms de Tepeu, à'Oloman, de Cohah, de Quenech et à\Ahau (2), quoique cités simultanément, appartien- (1) La magnifique collection de mon I (2) Nous avons parlé ailleurs du sens savant ami M. Aubin renferme plu- de Tepeu et d'Ahau. Le mol Oloman, sit'iirs de- ces cadastres originaux, en- écrit aussi Oliman, parait venir du mi- tre autres le Codex Vergara. ' lmatl olli, ulli, gomme élastique, M- — CCLX — lient, suivant toute apparence, aune époque postérieure, et la ré- gion orientale, signalée ici comme leur berceau commun, serait probablement différente de l'Orient d'où sortit Tamub. Cette con- fusion, qu'on ne discerne pas toujours avec facilité, ne provient pas moins de la brièveté des détails que du dessein arrêté de Tanna- liste qui travaille constamment à identifier les quatre chefs ou con- ducteurs de la nation quichée avec ceux de la race qui aurait établi la première monarchie guatémalienne (1). Ceux-ci, dont l'origine remonte encore à une haute antiquité, sont désignés sous les noms de Copichoch, de Cochochlam, de Mahquinalon et à'Ahca- nabil (2), qui sembleraient n'être après tout qu'une autre série de symboles ou de substituts des quatre chefs primitifs de la race na- huatl. Tout ce qu'on peut inférer des documents où il en est parlé, c'est que la famille de Tamub, avant de venir en Tulan de Xibalba, habitait une contrée lointaine où elle pratiquait les préceptes de la loi naturelle unis à une sorte de sabéisme : pour sortir de cette contrée, elle passa la mer en compagnie de la maison d'Ilocab (3), ([tiide, man de marna, prendre. Cohah vient de Coli, lion ou masque, et de ah, particule possessive rarement pla- cée à la fin dans la langue quichée. Quenech, de quen, vain, présomptueux, ecli, la chose, la possession. (1) Les chefs quiches avaient les titres û'ahqixb et ahqahb (Voir au Livre Sacre, note 2, page 206). Ceux de Zacapulas, qui furent peut-être les mêmes qui; les chefs de Tamub et d'Ilocab, avaient pour noms Chumul- Gag, i\iw. le Titre de cette ville traduit Conejo de Fuegn, Lapin de feu ; Ah- Toltccat, celui de Tula ou de Toltecat; Canza-Qitzal, peut-être de Can, ser- pent, deserfc, blanc, et de quetzal; en- fin ~Xcanil. composé du signe féminin ou diminutif x et de canil détermina- tif de can, serpent, forme, marne. (Ti- tulo de los Senures de Sacapulas.) (2) Titulo ter rit. de los Senores de Totanicapan, MS. Ces noms n'ont pas une étymologie rigoureusement qui- chée : Copichoch parait venir de cop, zarcillos, boucles d'oreilles, ru copil nu xiquin, la punta baja de mis ore- jas (Ximenez, Tesoro de las leng. quiche, etc ) ; choch n'est pas quiche, à moins qu'il vienne de chochobe, sorte de guêpe (id. ibid.)] ou bien du pokomam chocho, sorte de perroquet, especie de papagayo bozal. (Fr, Pedro Moran., Vocab. de la leng. pokomam, MS.) Dans un autre document Copi- choch est donné pour le mari d'Atit, la vieille ou l'aïeule, ce qui en ferait le même personnage que Xpiyacoc ou Cipactonal. Cochochlam et Mahqui- nalon n'offrent aucune étymologie sa- tisfaisante. Ahcanabil, composé de la particule possessive ah et de canabib, forme marne de canab et qui signifie- les captifs ou la captivité. (3) Ilocab, en quiche, pourrait se composer de ilol, voyant, et de gab, main : mais il est probable que c'est une ancienne forme plurielle de Hoc, dont le sens serait oublié aujourd'hui. Ainsi que Tamub, Dan, Tan elDaqui, il rappelle une origine Scandinave : M. C. Rafin m'écrit qu'il a « lu le nom » d'Iloh sur une pierre runique trou- » vée en Suède : il appartenait aussi » à un Herser ou baron de Sogn, que » l'on considère comme l'aïeul primi- » tif de presque ious les hommes no- » tables de l'Islande à l'époque de sa » première colonisation au ixe siècle.» Retire pari., du 23 fév. 1861.) CCLX! — avec laquelle elle fut ensuite initiée, en Tùlan, au\ mystères de l'idolâtrie nahuatl et au culte d'une triple divinité, analogue à celle dont il est question au commencement du Livre Sacré, quoique sous des symboles distincts de ceux des Quiches fi). Quelle était leur condition en Tuian et de quelle durée fut leur séjour dans ce lieu, c'est ce qu'on ne découvre nulle part d'une manière satisfaisante, quoiqu'il paraisse avoir été suffisamment long pour avoir fait de ces deux tribus une nation tout à fait tol- tèque. C'est pour se soustraire aux rigueurs de l'oppression que leurs chefs prennent plus tard la résolution d'abandonner cette autre patrie, et l'on y démêle les mêmes causes qui avaient donné lieu aux émigrations précédentes. Le titre de Cakoh-Ehome (2), que prennent ici les chefs de Tamub, est allusif à leur caractère sacré, comme celui d'ahqixb et tfahgahè, ou sacrificateurs, que portè- rent les princes quiches : quant à ceux d'ïlocab, qui sont au nombre de cinq, leurs noms qui paraissent s'appliquer à des villes ou à des tribus sont : Chi-Ya-Toh, Chi-Yo-Tzigiiin. Xol-Chi-Tum, Xol-Chi-Ramocj et Chi-Pel-Camuhel (3). À ces deux familles se joignent, au moment du départ, les chefs des Treize plans de Tecpan (4), connus depuis comme les ancêtres des Pokomams. Ces diverses tribus paraissent avoir émigré directement vers les (1) Tohil, Avili® etHacaviîs compo- sent la trinilé divine des Quiches, et ceux-ci l'attribuent également aux tri- bus de Tamub et d'Iiocab; mais il y a grandement raison de supposer que quoique la divinité fût la même, elle avait d'autres noms et d'autres sym- boles. (2) Cakoh-Ekome, probablement les Porteurs de l'enveloppe de feu. Cakoh doit venir de cak ou gag, le feu, oh très-anciennement une chose roulée, Yahuacatl, fruit de l'avocatier. Ekome, pluriel ù'ekom, participe présent â'p.ko, porter, charger. C'est toujours une al- lusion à la divinité invisible dont les quatre chefs étaient censés les porteurs et les interprètes. (3) Ces noms sont plutôt des noms le lieux; seraient-ce c^ux des localités oùces chefss*établirent primitivement? Chi-ya-Toh, A l'eau de Toh (pour To- hil ou l'obsidienne); Chi-ya-Tziqnin , A l'eau des oiseaux; Xol-clii-Tum, entre les feuilles (d'aloès) ; Xol:chi' R'amag, entre les tribus; le dernier n'offre pas d'élymologie satisfaisante eu quiche. (Tit. 1er. de los Senores de Sacapulas.) (4) Les XIII Bras (clans) de Tecpan désignent d'ordinaire les tribus de la race pokomame et poknmchie, peut- être aussi les Mams ou Meins, suivant le MS. Cakchiquel. Ce document dési- gne les Pokomams comme des hommes à la poitrine recouverte de cuir, ce qui les rapprocherait des Acolhuas et des populations du Hio-Gila et du Nou- veau-Mexique. — CCLX1I bords de l'Océan Pacifique, comme celles qui, de Tlapallantzinco, se dirigèrent vers le nord-ouest; après quoi, suivant au sud-est les bords de la mer, elles vinrent donner à la plaine des Quatre- Cents-Pyramides. Du vie au vne siècle, elles s'étendirent par droit de conquête ou autrement sur la plus grande partie du ter- ritoire guatémalien qu'elles occupèrent, depuis les Lacandons, au nord, jusqu'àla mer Pacifique : peut-être, faudrait-il en excepter les districts orientaux, voisins du lac d'ïzabal et du fleuve Motagua, ainsi que les provinces maritimes de la côte d'Ezcuintla où l'on continue jusqu'à présent à parler un dialecte de la langue nahuatl. Ce vaste territoire, qu'on trouve habité vers le xme siècle par des populations distinguées sous les noms génériques de Mam, de Po- komam et de Pokomchi, était partagé alors en plusieurs Etats diffé- rents, quoique unis par de fortes alliances et les liens d'une pa- renté commune. Il serait difficile, avec le peu de documents que nous possé- dons , de déterminer clairement leurs positions respectives ; nous allons tâcher, cependant, d'en donner une idée générale. Au centre, c'est-à-dire dans le Quiche propre, commandaient les chefs de Tamub, dont la capitale, Amag-Dan (1), existait, sui- vant toute apparence, entre les monts Tohil et Mamah, à trois lieues à peine au nord d'Utlatlan (2) : c'est peut-être aux mêmes lieux qu'on voyait le temple encore fameux au temps de la con- quête, appelé Cahbaha, où l'on vénérait la fontaine sacrée de Tzutvha et la pierre mystérieuse dont les princes allaient de temps immémorial consulter les oracles (3). Ilocab étendait sa domina- (1) On trouve alternativement Dan et Tan; il s'agissait donc d'un nom étranger à la langue q nichée, puisque le son n'en était pas fixe. Le pluriel antique faisait Danub ou Tanub, nom que portent encore 1rs ruines â'Amag- Dan (Ville ou tribu de Dan). (2) Près de Santa-Cruz del Quiche, bourg du département actuel de Solo- la, à 25 lieues environ au N.-O. de Gua- temala. Il serait fort possible que Acxopil et XiulUemal, dont les noms sont rappor.es par Fuenles et Juar- ros, aient été les deux premiers rois de la dynastie de Tamub, laquelle au- rait compté neuf souverains, avant la domination quichée proprement dite, si l'on peut s'en rapporter à une no- tion fort vague de Ylsagoge historico, citée dans les mémoires de Mgr Garcia Pelaez. (3) Livre Sacré, pag. 329. Cahba-ha ou Maison du sacrifice ; Tzutuh-a^ Eau fleurie ou des fleurs. — CGLXÏJ] — lion à l'ouest et au sud deTamub, et la citéd1 Uquiiteat, siège prin- cipal de cette maison (1), occupait un plateau étroit, situé entre les mêmes ravins qui ceignent un peu plus bas les ruines d'U- tlatlan. Cette famille se partageait en deux branches principales, la première appelée de Gale-Ziha (2) et la seconde de Tzununi-ho. Le chef des Ilocab était le second des trois souverains, dont la confédération régissait l'empire, selon le régime toltèque, oùTa- mub occupait le premier rang. Nous n'avons pu découvrir en- core quel était le troisième : peut-être était-ce le chef de la tribu d'Ahau-Quiché, d'où la nation des Quiches aurait tiré son nom, étendu depuis à tout le pays, lors de l'élévation de la maison de Ca- vek. Peut-être, et quelques indices le donneraient à penser, était- ce le souverain de la nation puissante des Agaab (3), dont les possessions s'étendaient sur les deux rives du Chixoy ou La- candon (4), ou bien encore les Canil de Sacapulas, dont l'antiquité remontait aux temps les plus reculés de T'histoire guatéma- lienne (5). Les autres maisons princières de cette époque étaient-elles feu- dataires de celles de Tamub et d'Ilocab, ou bien vivaient-elles indépendantes des trois couronnes, c'est ce qu'il paraît difficile de décider : mais il est certain que sous le nom cYUxab et de Po- il) Livre Sacré, page 237.— Tit. ter. de los Senores de Totonicapan. La ville à'Uquincat (forme antique), Avec le filet (à mettre le maïs), était sur un pla- teau au nord-ouest de ceux d'Utlatlan, dont elle n'éiait séparée que par ses ra- vins; on en voit encore les ruines connues aujourd'hui sous le nom de P'-Ilocab,en Ilocab. (2) Gale-Ziha paraît avoir été an- ciennement le nom de la tribu puis- sante, encore aujourd'hui connue sous le nom de Santa-Catarina Iztlahua- can, dont le vrai nom quiche est Ziha. (3,) Les Agaab, de Aga ou Aca, dont l'étymoiogie peut venir de ak, sanglier, de aq, coq, de aka, parenté, ou de aga, ou agab, la nuit. C'était une nation puissante dont les principales villes existaient à peu de distance de la rive gauche du fleuve Chixoy ouLacandon (Rio Grande de Sacapulas), L'une d'elles était Carinal, dont j'ai visité le premier, en 1860, les belles inities, si- tuées sur les bords du Pacalag, ri- vière qui se jette dans le Lacandon, presque vis-à-vis l'embouchure de celle de Rabinal, dans la Vérapaz. Les no- tions sur les Agaab sont extraites du Tit. ter. de los Senores de Totonicapan , du Tit. rtal de la casa de Itzcaiii- Nehaib, etc. (4) Le fleuve Uzumacinta se torme de deux grandes rivières principales, le Rio-Pasion qui son du Peten, et le Lancandon, appelé aussi Chixoy, Rio- Grande de Sacapulas, Rio-Negro et en- fin Rio-Rlanco, à peu de distance de s;i source principale qui est à dt ux ou trois lieues à l'ouest de Malacatan (dé- partement de Huehuelenango). (5) TU. ter. de los Senores de Saca- pulas. GCLX1V — komam, une partie des treize tribus de Tecpan, dont la capitale était la grande cité de Nimpokom, était maîtresse de la Verapaz et des provinces situées au sud du Motagua jusqu'à Palin (1). A l'ouest, jusqu'aux frontières de Chiapas, s'étendaient les Mams, proprement dits Mam- Yoc, dans leurs histoires (2), partagés en plusieurs familles également puissantes qui gouvernaient sou- verainement cette contrée, alors désignée sous le nom commun à'Otzoya (3) : c'étaient d'un côté les Chiin-Zak-Yoc, qui avaient pour capitale Qulaha, que son opulence et son étendue avaient fait surnommer Nimo.-Amag ou la Grande-Ville , dite depuis Xelahun-Quieh, ou Xelahuh, et Quezaltenango [A) ; les Tzitzol, dont la capitale était peut-être Chinabahul ou Huehuete- nango (5), les Ganchebi (6) et les Bamaq. Ceux-ci (7), dont nous avons connu les descendants , étaient seigneurs iïlztlahua- (1) Les ruines de Nimpokom (Grand- 1 Pokomam) existent sur une suite de hantés collines dominant la vallée de Rabinal, à 2 lieues nord-ouest de celle bourgade, reconnu- s pour la première l'ois par moi en mai 185G. — Palin est un gros bourg a 9 lieues environ sud-ouesl. de Gualémalu. (2) Tit. de los Senores de Quezalle- nanqo y de Momostenango. — Tit. lcr.de los Senores de Totonicapan. — fit. real de la casa de Itzcuin-Nehaib. (3) ïbid. Le pays ù'ûtzoya, de ot- zoy, sortes d'éerevisses d'or dont ils taisaient des colliers, et a, l'eau. (4) Ibid. Suivant Us documents cités plus haut, Qulaha est le nom mam du Quezaltenango indigène, qui était situé, non dans la plaine de Zakaha, mais au pied du volcan de Santa-Ma- ria. Le nom de Xelahuh, Sous les Dix, ou plutôt Xelahun-Quieh, Sous les dix Cerfs, suivant les mêmes documents, fut donné à celle ville après sa con- quête par Quicab, roi des Quiches, qui la prit sur les Mams. Les dix seigneurs ou princes de qui serait venu le nom de Xelahuh, suivant Fuentes, est donc encore une invention de cet annaliste menteur et sans foi, dont on ferait bien de brûler les manuscrits; (5) Chinabahul est le nom même de l'ancienne cité de Huehuetenango, appelée Zakuleu (Terre blanche ou claire) par les Quiches. C'était une ville importante avant la conquête espa- gnole, mais je n'oserais affirmer que c'était celle des Tzilzol, dont parle le document. Ses ruines, que j'ai visitées en octobre 1859, en compagnie du cor- regidor de Huehuetenango, don Ma- nuel Fuentes y Franco, sont très-cu- rieuses. Je sai;is cette occasion pour re- mercier ce magistrat de son obligeance. (6) Ganchebi,, écrit alternativement Canchebiz, Canehevez et Ganchebirse. Rien n'indique d'une manière, pré- cise où régnait celle famille: mais il se pourrait que ce fût à Zipacapan ou à Chivun, dont les ruines existent à trois lieues au sud de celte dernière localité; là était l'ancien Oztoncalco, dont les habitants furent transportés par les Espagnols au grand bourg de ce nom près de Quezaltenango. (7)11 y a dans la république de Gua- temala plusieurs localités du nom na- huatl û'tztlahuacan, mais se désignant autrement dans leur langue propre. Celui dont il s'agit ici est San-Miguel- Iztlahuacan, autrement dit Zakchoh (silex en langue manie). José Ramaq, le principal représentant de cette an- tique maison, vivait alors à Zipacaca- pan,dontil était governador, quand je quittai les montagnes des Mams, en juin 1860 : c'était un homme d'une oelle prestance, Indien fort fin et rusé et qui exerce encore en secret les j fonctions d'ahgih, prêtre du soleil GGLX-V — nui , dont le plateau est encore aujourd'hui parsemé de ruines au milieu desquelles s'élève 1 numble bourgade de ce nom : au-dessus domine, à une hauteur formidable, Xubilte- nam (ville du Souffle), forteresse aux débris imposants, avec son palais et ses nombreux teocalli, d'où les Bamaq commandaient naguère le plateau et les montagnes environnantes. Ces no- tions sont les seules qu'il soit possible de condenser avec les rares détails, épars dans nos documents, au sujet des popula- tions qui occupaient ces contrées antérieurement aux conquêtes des Quiches. Ce n'est guère que vers la fin du xne siècle, que ceux-ci com- mencent à faire parler d'eux. Ils ne formaient alors probablement qu'un groupe insignifiant de petites tribus, campées entre les cimes arides des montagnes du Lacandon ou de la Verapaz : le nom même de quiche, s'ils ne le prirent point d'une alliance avec la maison (ÏAhaii-Qiiiché, leur serait venu des bois où ils vivaient errants et dispersés (1). Au rapport des traditions, ils seraient sortis de Tulan, en même temps que les tribus de Tamub et d'Ilo- cab, ayant à leur tête Xurcah et Totomay, qui sont regardés comme les premiers chefs delà maison de Cavek (2). Durant l'es- pace de trois ou quatre siècles, ils n'auraient eu qu'une existence vagabonde, transportant leurs foyers avec leurs dieux d'un en- droit à un autre ; asservis souvent par les nations plus puissantes qui les environnaient. Les Babinaliens, les Cakchiquels, les Ah- Tziqianaha, composaient, avec la famille de Cavek, les princi- paux clans de leur langue, suivant plus ou moins les traces les uns des autres, et partageant des destinées analogues. On ignore la nature des événements qui se passèrent entre l'époque de la fondation des États mams et pokomams et celle de la chute de l'empire toltèque de l'Anahuac, au xie siècle. Si, dans cet dans le pays. On le désignait en es- pagnol sous le titre de grand Za- hori; il conduirait, comme Xmu- eané vingt siècles auparavant, à tirer le sort avec le maïs et le tzité. (1) Quiche, de qui, beaucoup, plu- sieurs, et de che, arbre, ou de queche, quechelah, qechelah, la forêt (Ximenez, Tesom de las îenguas, etc.). (2) MS. Cakrhiquel. — fiCLXVI — intervalle, le mouvement de l'émigration s'était ralenti, il pa- raît bien certain qu'il recommença alors avec une force nou- velle : ce torrent tumultueux reprit son cours, et une foule de nations, soit barbares, soit civilisées, poussées encore une fois par le débordement du Nord, envahirent l'Amérique centrale, d'où elles refluèrent jusqu'au delà de l'isthme de Da- rien. Les Quiches et les autres tribus de leur langue, répandus en- tre les régions humides des montagnes qui s'échelonnent sur la rive gauche du Chixoy (Lacan don), au delà de Cunen et de Cha- hul (1), se grossissaient insensiblement par l'incorporation des tribus étrangères : en échange du feu qu'elles recevaient, celles- ci offraient à Tohil le sang de leurs fils qui, par un pacte mysté- rieux (2), devenaient la chose de la divinité des Quiches. C'est ainsi que s'agrandit cette nation et qu'elle se rendit redoutable aux populations aux confins desquelles elle avait établi les autels de ses dieux. Ses chefs, qui se disaient issus du sang des Toltè- ques, se vantaient d'avoir reçu des mains de leur dernier mo- narque, Acxitl (3), le Giron-Gagal, la Majesté ou le Feu Enveloppé qui leur révélait, durant la nuit, la volonté divine. Dans les his- toires nationales, ces chefs paraissent au nombre de quatre, sous les noms de Balam-Quitzé, de Balam-Agab, de Mahucutah et iïlqi-Balam, décorés des titres à'Ahqixb et d'Ahqahb ou sa- crificateurs. Le Livre Sacré, après avoir raconté les incidents qui ont rapport aux migrations générales des tribus guatéma- (1) Cunen.el Chahul, petits villages dépendants de la cure de Nebah, au nord du Quiche, autrefois villes im- portantes et le berceau probablement de la famille royale de Cavek dont ces deux villes étaient les plus anciennes seigneuries. Les Cavek, sont appelés les Yaqui de Cunen, les Yaqui de Cha- hul,ccqn\ indique clairement leur ori- gine toltèque (Xahoh-Tun Rabinal- Achi, Ballet parlé de Rabinal, M.S.). (2) Tohil, Avitix et Hacavitz, divi- nités de la nation quichée, souvent résumées dans Tohil seul, autre sym- bole de Quetzalcohuatl, To/i, à Rabi- nal et Tofc dans l'Yucatan. Voir p. 225. (3) La monarchie des Toltèques de l'Anahuac, composée des trois Ktats fédérés de Colhuacan (à 2 1. de Mexi- co), d'Olompan et de Tollan (Tula) , fleurit du huitième au onzième siècle; les haines religieuses, la guerre civile, l'invasion étrangère mirent fin à cet empire, dont le dernier roi légitime Topiltzin-Acxitl-Qnetzalcohuatl se ré- fugia dans le Honduras où il fonda un nouveau royaume; il y mourut au commencement du douzième siècle. — CGI.XY1I — lionnes, nous font voir les Quiches se retirant devant un en- nemi qu'il ne fait point connaître, et se retranchant par ordre de Tohil au sommet du mont Chipai, à quelques lieues de la rive droite du Ghixoy (1). C'est là que les quatre chefs, inter- prètes de sa volonté, réunissent pour la première fois les grou- pes épars de la nation autour de la pyramide dédiée à Haca- mtz, dieu d'Ahau-Quiché (2), dont l'enceinte sacrée devient ainsi le site de leur première ville et le siège de leur gouver- nement. Durant plus d'un siècle, ce fut le refuge des bandits et des va- gabonds, dont les guerres civiles et religieuses, allumées dans les contrées voisines, inondaient l'Amérique centrale, mais que l'am- bition des princes quiches sut transformer promptement en sol- dats audacieux : s'aidant de la violence et du brigandage, mais surtout delà ruse et de la cruauté, ils se rendirent la terreur des nations pokomames, aux limites desquelles ils venaient de se fixer. On ignore comment ils parvinrent à établir leur demeure en ces lieux : ce qui est certain, c'est que celles-ci s'aperçurent trop tard de la faute qu'elles avaient commise, en n'y mettant point d'obstacle. Après avoir tenté, durant plusieurs années, d'i- nutiles efforts pour les chasser de leurs positions et détruire ce nid de bandits, elles se virent réduites au silence, et, des treize princes de Tecpan, cinq, qui étaient ceux de Rotzaïb, de Quibaha, à'Uxab, de Bacah et de Quebatzuna, se virent obligés de payer tribut à la maison de Cavek. Ahcan, fils de Tziquin, était alors à la tête des sacrificateurs, et c'est de lui qu'étaient fils Qocaïb et Qocavib, que le Livre Sacré donne pour les chefs de la royauté quichée (3). Au moment de mourir, trouvant son peuple sufii- (1) Chipai ou Chipel, appelé aussi Hacavitz-Chipal, localité aujourd'hui déserte entre les hautes cimes des monts qui s'élèvent au nord de Rabi- nal, dans laVerapaz, à 3 I. environ à l'est du fleuve Lacandon. (2) Tahil était le dieu de la maison de Cavek, Aviiix, le dieu de la mai- son de Niha'ib, el Hacavitz delà mai- son (VAhau-Quichê. Ces trois divinités, qui remplacent ici le Tonnerre, l'Eclair et la Foudre, sont souvent unifiées dans le seul Tohil. (3) TU. 1er. de los Seriores de Toto- nicapan. Le Livre Sacré fait Qocaïb et Qocavib, fils de Balam-Quitzé. Mais, ain>i que je l'avais prévu en écrivant mon Histoire des nations civilisées du CCLXYlil — sammeut affermi, il remit à ses enfants le dépôt divin qu'il avait reçu de ses pères, en les exhortant à se rendre à la cour du grand roi de l'Orient, afin de lui demander, comme au représentant des antiques traditions toltèques, l'investiture avec les insignes de la puissance royale. C'était une injonction à laquelle ils n'au- raient eu garde de manquer. Le Livre Sacré ne mentionne à ce sujet qu'un seul voyage, dans les contrées qu'il appelle de l'Orient, celui que les deux frères en- treprirent ensemble : mais le Titre des Seigneurs de Totonicapan en fait connaître un autre qui précéda celui-ci et dont les circons- tances méritent d'être rapportées. Ces deux documents se com- plètent ainsi l'un par l'autre : ils démontrent surtout combien les princes d'origine -toltèque tenaient à ce que leurs droits fussent légitimés suivant l'usage antique et combien ils craignaient de manquer les moyens d'obtenir cette consécration auguste. Les deux fîlsd'Ahcan, au lieu de se mettre ensemble en chemin, se séparèrent donc au moment de leur départ : le premier, Qocaïb, prit sa route vers le Honduras, où Acxitl avait établi le siège de son empire et où sans nul doute devait régner encore un de ses descendants (1). Mais comme avant d'abandonner l'Anahuac il y avait laissé éga- lement un fils, dont les rejetons étaient censés alors en possession du. trône deColhuacan (2), ce fut du côté du Mexique que se diri- gea Qocavib afin d'obtenir l'investiture royale de ces derniers, pour Mexique et de V Amérique centrale, le nom do Balam-Quitzé, comme ceux de Balam-Agab, de Mahucatah et d'Iqi-Balam, avaient dû se perpétuer à leurs héritiers successivement. Le document cité plus haut le dit expres- sément et donne ainsi la lignée de Ba- lam-Quitzé : Il engendra deux fils, Qotzaha eiQoraxon-Amag. — Qotza- ha engendra, Tziquin-, — celui-ci en- gendra Ahcan. — Ahcan engendra Qocaïb et Qocavib, dont le premier eut cinq fils qui fuient Quehnay, Qoyoy, Xmaïqueh, Chocoy ot Qoca- mel, qui tous s'appelèrent aussi Ah- can, mais ne régnèrent point. (1) Topiltzin-Acxitl-Quetzalcohuatl, dernier roi légitime de Tollan dans PAnahuac, chassé de ce royaume par d'implacables ennemis, fonda plus lard le royaume de Huey-Tlato ou du Grand-Seigneur au Honduras, appelé l'empire d'Orient par les Quiches; il y mourut, suivant Ixtlilxochill, à l'âge dé- cent quatre ans, dans l'année V.Acatl, 1107 ou 1159 de notre ère (Quinla y decima-tercia Relation). (2) Dès l'an 1200, il y eut une usur- pation à Colluiacan, CuolzaI s'étant em- paré du trône, à la suite de diverses querelles. Cette usurpation dura plu- sieurs années avant que les petits- fils d'Achitomell, fils de Pochotl, fils d'Acxitl, eussent recouvré le trône, et ce fut peut-être dans cet intervalle qu'arriva le prince quiche. — ecLxtx — le cas où le succès ne couronnerait pas les démarches de son frère, au côté opposé. On ignore combien de temps ils passèrent dans ce voyage : ce qui est certain, c'est qu'il ne fut pas* sans danger ni pour l'un ni pour l'autre. Autant qu'on peut en juger, c'était au commencement du xme siècle. L'Amérique centrale ainsi que le Mexique continuaient d'être bouleversés par le choc violent des migrations de tout genre, qui avaient continué encore après la chute de l'empire toltèque, et par les prétentions rivales des chefs, barbares aussi bien que civilisés. L'Anahuac surtout était dé- chiré par des luttes intestines, et les débris de la race toltèque commençaient à peine à se relever de leur ruine. Le prince quiche parvint jusqu'à la vallée de Tenochtitlan : mais en arrivant aux bords du lac, il fut saisi des difficultés et des périls qui s'offraient à l'accomplissement de sa mission. Rempli d'épouvante, il reprit brusquement le chemin de son pays et retourna à Hacavitz sans avoir rien fait. De retour dans cette ville avant Qocaïb, il connut illicitement sa belle-sœur, épouse de oe prince, qui, en l'absence de son mari, donna le jour à un fils, fruit de cet adultère incestueux. Sur ces entrefaites, des courriers annoncèrent que Qocaïb revenait chargé d'honneurs. Cette nouvelle jeta le coupable prince dans une pro- fonde tristesse, et il songeait à se donner la mort, lorsque son frère parut. Ayant étalé aux yeux de tous les insignes qu'il avait apportés, Qocaïb reçut les félicitations des chef» des diverses tribus et entra ensuite dans sa maison. A la vue de l'enfant entre les bras de sa mère, il demanda : « De qui est cet enfant, d'où est-il venu? — Il est de ton sang, répondit la princesse, formé de ta chair et de tes os. — Puisqu'il en est ainsi, reprit Qocaïb, loin de moi de l'abhorrer, au contraire je le comblerai d'honneurs. Et prenant le berceau avec l'enfant dans ses bras, il s'écria : « Dorénavant et pour toujours cet enfant se nommera Balam-Conaché. » C'est de là, ajoute le document (1), que commença la souche de la maison de l) Tit. ln\ de los Sennreé deTotonicapan. — OCLXX Gonachéet d'Iztayul, ainsi que la dignité ÏÏAkpop-Camha (1), se- cond titre de la maison d'Iztayul. Ce titre était* celui de l'héritier présomptif du trône, c'est-à-dire du roi en second. Les documents dont nous nous servons, trop rares et trop abrégés, ne disent pas comment il se fit que Qocaïb qui arrivait avec son droit d'aînesse, celui de l'investiture royale et des honneurs dont il était la source à l'égard de tous les autres chefs de sa nation, accepta si facilement l'affront que lui avait fait son frère : ce qui est tout aussi inexplicable, c'est que son nom ne figure même pas dans les listes royales ; car c'est Qocavib qui pa- raît en tête, à la suite du chef symbolique de la race, Balam-Quitzé. Soit par affection pour son frère, soit par politique, afin d'éloigner les dissensions toujours si fâcheuses à la prospérité d'un Etat nais- sant, Qocaïb renonça peut-être au trône en sa faveur, se contentant pour sa part d'être le distributeur des titres et des dignités dont fu- rent investis alors plusieurs des chefs delà nation quichée. Ceux-ci de leur côté se considérèrent, dès ce moment, comme pères et chefs d'autant de tribus, se répandant avec plus de fureur et d'audace qu'auparavant sur les Etats voisins qu'ils conquirent l'un après l'autre. Ainsi se fondèrent les principautés puissantes de Rabi- nal, duCakchiquel, d'Ah-Tziquinaha, qui demeurèrent jusqu'àlafm les branches les plus puissantes de la famille quichée, en dehors de la maison de Gavek (2). C'est dans cet intervalle, apparem- ment, que les princes entreprirent leur second voyage à la cour du grand roi de l'Orient, qui acheva de les investir alors de (!) Ibid. Voir à la fin du Livre Sacré l'énuinération des tilres divers de la cour quichée. (2) La maison de Cavek se compo- sait de trois familles régnant séparé- ment, chacune sur un Etat différent, mais toujours confédérées, comme on le verra plus loin. Les grands vassaux paraissent avoir été d'abord Rabinal, dont la capitale était à Zamaneb, dans les montagnes de Xoyabah ou {Xola- bah, Entre les rochers) ; le litre du prince de Rabinal était Galel-Ahpop- Achi ; en second lieu, le Cakchiquel, donllacapitalefut,endernierlieu,/#im- ché ou Tecpan-Guatemala, lors de la déclaration de l'indépendance de cette nation, et Ah-Tziquinaha, réuni en- suite auxTzutohiles d'Atillan. Voir mon Histoire des nations civilisées , etc. , t. il, liv. v, ch. 4 et 6, et liv. vin, ch. 1 et 2. Nous n'avons consigné ici que des détails relatifs à l'origine et au commencement de la nation quichée, que nous ignorions à l'époque où nous écrivîmes ce premier ouvrage; ils se complètent maintenant l'un par l'autre. — CCLXXI — l'autorité nécessaire pour consolider la monarchie nouvelle. Durant le règne de Qocavib, la puissance quichée continua à grandir par les conquêtes de ce prince : ses armes se firent redouter au nord jusqu'au delà de Carchah dont les histoires du temps vantent les richesses et la splendeur (1). Uxab et Pokomams fu- rent déroutés dans le reste de la Verapaz; Tucurub^ Cubul, Ro- penal avec son territoire (2) jusqu'à Patzima, devinrent la proie des guerriers quiches. Les châteaux, les forteresses les plus inac- cessibles virent escalader leurs murailles, et les chefs des cités conquises furent mis à mort pour faire place à de nouveaux sei- gneurs. Maîtres de Pachalib, ils prennent d'assaut Qoxbaholam, la plus importante des villes fortes des Agaab, qu'ils s'apprêtent à attaquer sur toute la ligne du fleuve Ghixoy. A la suite de ces victoires le prince des Agaab est fait prisonnier : conduit de- vant Itzcuin-Nihaïb, chef de la seconde famille de Cavek, qui commandait l'armée, il se jette à ses pieds, en s'écriant : « Vous » êtes nos anciens et nos pères, vous êtes nos princes. Nous paie- » rons tribut et nous donnerons du poisson au grand roi des » Quiches. » Alors ils adorèrent Tohil, Avilix et Hacavitz, en of- frant des oiseaux à leurs autels (3). Déjà maîtres de Pachalum, et sur le point d'entrer dans Zqui- na (4), les Quiches se voyaient arrêtés par des forces imposantes, quand un allié imprévu s'offrit à eux : c'était Çotuha, prince de Cakulgi, gardien héréditaire de la pierre sacrée de Tzutuha, au temple de Cahbaha, qu'ils venaient de faire prisonnier. En habile politique, Qocavib mit à profit cet événement si providentiel pour lui. L'histoire laisse entrevoir qu'au milieu de leurs conquêtes (1) Titulo real de la casa de Itzcuin- Nehaib. Carchah, qui est encore au- jourd'hui la bourgade indigène la plus peuplée et la plus riche de la Verapaz (?0,000 âmes au moins), était renommé pour ses plumes précieuses, ses belles émeraudes et la beauté de ses filles. Dans le drame-ballet Xahoh-Tun-Ra- binal-Achi, c'est une belle princesse de Carchah qui est l'épouse légitime du prince de Rabinal. (2) Ibid. Au lieu de Rabinal, dans^ les titres anciens on trouve souvent Ropennl et Robenal. (3) Ibid. (4) La situation de la plupart des villes dont il est question ici se retrouve encore dans la Verapaz, où il y a beau- coup d'anciennes ruines; les indigènes connaissent toutes ces localités, et c'est avec eux que nous les avons reconnues pour la plupart. — gclxxii — les Quiches étaient divisés par des rivalités de famille ; aussi pa- rait-il probable que Qocavib, dont le nom se présente à la place de celui de son frère aîné, avait pour ennemis tous les princes de la maison d'Ahcan, issus de Qocaïb. Comptant peu naturelle- ment sur l'appui de ses proches, il devait chercher à s'affermir en se faisant des alliés parmi les chefs vaincus : c'est ainsi que Co- tuha étant devenu son captif, il lui offrit généreusement, dans l'ordre des ahqixh et ahqakb, le quatrième rang, vacant alors par la mort du titulaire, décédé sans postérité ; ce qui assurait à ce prince des droits éventuels au commandement de la nation en- tière (i). Cotuha, acclamé par la noblesse, prouva bientôt qu'il était digne de cette haute faveur : après avoir aidé puissamment les Quiches dans la conquête de Zquina, de Bayai, de Chamilah, de Ginom, de Tocoy et de Patzima, de retour au fleuve Ghixoy avec ses nouveaux alliés et sujets, il les guida par des passages que lui seul connaissait (2) jusqu'au cœur de la grande cité de Cavinal, sise à l'autre bord du fleuve, ce qui fut suivi bientôt après de la soumission de la nation entière des Agaab, dont elle faisait partie (3). Les rois du Quiche, se trouvant désormais trop à l'étroit sur le mont Hacavitz, abandonnèrent alors cette ville pour celle de Cavinal, où ils établirent le siège de leur gouver- nement. Cette capitale ne devait cependant pas être définitive. A la mort de Qocavib, Balam-Conaché passa le fleuve du nord au sud, pro- bablement même avant d'avoir été couronné, et alla fixer sa ré- sidence à Izmachi (4) ; c'est là qu'il se fit proclamer Ahau-Ahpop et sacrer avec tout le cérémonial toltèque ; il conféra en même (1) Tit. real de la casa de Itzcuin- Nehaib. — Tit. ter. de los Senores de Totonicapan. (2) Cavinal, dont j'ai visité les bel- les ruines en mars 1856, est à une lieue du fleuve Chixoy ou Lacandon, rive gauche, sur la rivière Pacalag; le pas- sage pour y arriver est d'une extrême difficulté, fortifié par la nature et par un grand nombre d'ouvrages fort re- marquables. (3) Tit. real de la casa de Itzcuin- Nehaib. (4) Dans le Livre Sacre', ce nom est constamment écrit Izmachi, ou Chi- Izmachi, la barbe ou à» la barbe, de izm, cheveux, poils, elde chi, labouche. Mais Xirnenez (Tesoro de las très len- guas, etc.) affirme que ce nom vient d'Izmaleg (chevelure noire), nom d'une famille puissante à qui cette ville ap- partenait; au pluriel, Izmalchi. CCLXXTH — temps la dignité à^Àhpop-Camha à son fils Iztayul, qu'il avait eu de son union avec Tzipitaban, princesse dont la chronique (4) exalte avec admiration les charmes et la beauté. C'est peut-être à la suite de cette cérémonie que l'investiture fut donnée aux autres princes, chefs de villes et de tribus qui avaient com- mencé à se partager les territoires conquis, et de là date, autant qu'on peut en inférer des divers documents, l'établissement des grandes seigneuries tributaires du Quiche. Balam-Gonaché mou- rut lorsque son fils Iztayul était peut-être encore trop jeune pour prendre les rênes du gouvernement ; car ce fut Gotuha qui s'en saisit avec le titre d'Ahau-Ahpop ou roi suprême. Quoique étran- ger au Quiche, dont il n'était devenu un des souverains que par l'adoption politique, ce fut lui qui imprima à la nation ce carac- tère de grandeur qui la distingua promptement entre toutes celles de l'Amérique centrale. Izmachi s'embellit par ses soins d'édifi- ces somptueux, et fut entouré de remparts capables de mettre cette capitale à l'abri d'un coup de main. Alors seulement se cons- titua la monarchie suivant toutes les formes antiques des Toltè- ques : elle se partagea en trois royautés distinctes entre les trois branches principales de la maison de CaVek, dont Gotuha se re- gardait comme le représentant. La première continua de se dis- tinguer sous le nom de Cavek ; la seconde fut celle de Nihaïb (2), dont le chef Itzcuin échangea son nom nahuatl contre celui de Hun-Tzi et fut proclamé Galel-Ahau et roi de Momostenango (3), qu'il avait conquis sur les Mams. La troisième fut celle à'Ahau- Quiché, dont la capitale, portant le même nom, existait à peine à cinq ou six lieues d'Izmachi. De la race de Tamub, il n'existait (1) Tit. ter. de los Seriores de Toto- nicapan. (2) Nihaïb, pluriel Nihaibab. Ce nom vient de Nim-ha, grande-maison, titre de la seconde branche de la fa- mille royale de Cavek; on le trouve écrit souvent aussi ISehaib. (3) Tit. real de la casa de Itzcuin- Nehaib. Ce fut ce prince, à ce qu'il paraît , qui conquit Momostenango, autrement dit Tzunun-Che (Arbre du Colibri), et par les Quiches Va-Tzak ou Patzaka, Au château ou A la for- tification; il conquit également Tzo- loh-Ché, le Saule, aujourd'hui Chiqui- mula, qui était, avec la première, la principale ville de ses États. îî ne faut, pas confondre cette ville avec Chiqtii- mala de la Sierra, aux frontières de Honduras. — CCLXXIV — déjà plus peut-être, comme princes souverains, que les Canii de Sacapulas, déjà très-affaiblis eux-mêmes par les conquêtes des Quiches (1), pour oser remuer. Mais ceux d'Ilocab possédaient encore des domaines considérables entre le fleuve Chixoy et le lac d'Atitlan, et leur capitale, assise à peine à une lieue de dis- tance d'Izmachi, se trouvait menacée chaque jour davantage par ces puissants voisins. La guerre paraît avoir recommencé à la suite du mariage de Cotuha, L'Ahpop avait épousé la belle Hamai-Uleù, ou la Rose de la terre, fille du seigneur de Malah (2) : à cette occasion, il avait incorporé ce prince à la nation quichée, et afin de l'attacher da- vantage à ses intérêts, lui avait conféré, du consentement de la noblesse, le titre ftAhpop-Camha-Alaituy. Ces distinctions exci- tèrent vivement la jalousie des seigneurs tzutohiles, déjà irrités de la protection que Cotuha avait accordée aux sept tribus de la nation Ah-Actulul, qui s'étaient établies sur des territoires dépen- dants de la souveraineté d'Atitlan (3). Ils se mirent bientôt après en campagne contre les Quiches ; mais ils furent défaits avec une grande perte, et deux de leurs princes, Tecpan et Xutzin, demeu- rèrent prisonniers. Les seigneurs d'Ilocab, incapables de supporter plus longtemps des succès si menaçants pour eux-mêmes, prirent les armes à leur tour et envahirent à l'improviste les alentours d'Izmachi : l'attaque fut si subite et si imprévue, qu'ils réussi- rent à pénétrer dans cette ville ; mais ils en furent repoussés aussitôt et déroutés ensuite dans plusieurs batailles. Leur capi- tale, Uquincat, fut prise et ruinée de fond en comble; Chiquimu- la, C huila, Ziha, et d'autres villes tombèrent aux mains de leurs (i) TU. ter. de los Senores de Saca- pulas. Le nom de l'ancienne famille régnante de Sacapulas était Canil ou Xcanil, que portait un de ses fonda-' tours ; elle paraît être contemporaine des Tamub. Après la conquête par les Quiehés, Sacapulas fut nommé Tuhal ou Tuhalha, Maison des bains de va- peur. (2) Hamai-Uleu est une fleur pour- prée, sorte û'oximalva , que les Mexi- cains appellent quajocote, du nahuatl quauhxocotl. Cette princesse était fille du teigneur de Malah (Canne ointe), l'un des petits rois tzutohiles du lac d'Atitlan (fit. de los Senores de Toto- nicapan). (3) Ces sept tribus sont: Âh-Tzuque, Ah-Oanem, Manacot, Manazaquepet, Vancoh, Yabacoh et Ah-Tzakol-Quei ou Queh. (Ibid.) — Ac-Tvlnl peut-être pour Ah-Tuhd, — CCfcXXV — ennemis, qui réduisirent en esclavage un grand nombre de leurs habitants et traînèrent une multitude de captifs aux autels deïohil. La ruine de la maison d'ilocab mit le sceau à l'indépendance et à la grandeur de la nation quichée : quelques tentatives de ses - princes pour relever la tête ne servirent qu'à aggraver le joug qui pesait sur leur race. Ils réussirent cependant à souffler la dis- corde entre les branches de la famille de Gavek, en excitant les espérances ambitieuses de quelques seigneurs contre Cotuha et Iztayul, représentant le premier comme un étranger et le second comme le fils d'un bâtard adultérin, qui occupaient la place des héritiers légitimes du trône. Les insinuations les plus periides furent mises en œuvre pour semer la mésintelligence entre l'Ahau-Ahpop et FAhpop-Camha ; au premier on disait : «L'ahau » Iztayul te méprise : il dit que tu es un misérable et que tu ne » te nourris que d'écume de chiquivin (1) et d'autres vils ali- » ments, indignes d'un grand roi. » Puis, à Iztayul ils répétaient : « Le roi Cotuha est rempli de dédain pour toi ; tu n'es pour lui » qu'un homme inutile, qui ne te nourris que de fumier, d'œufs » de mouches et d'autres insectes, tandis que sa propre table est » toujours couverte de poisson frais excellent, de moharms (2) et » d'autres mets dignes d'un grand prince. » Ces discours, sou- vent réitérés , finirent par allumer une telle envie entre les deux rois, qu'ils furent sur le point de prendre les armes l'un contre l'autre. Mais, sur Favis de quelques sages conseillers , ils s'enquirent des faits, et les imposteurs, ayant été dégra- dés de leur rang, furent chassés de la cour. Dans leur fu- reur , ils tentèrent alors d'assassiner Cotuha , en l'étouffant dans un bain de vapeur où il était entré (3) ; mais leur (1) Chiquivin, mot corrompu d'ori- gine nahual!,dont la signification n'est pas claire. (2) La moharra, poisson fort re- nommé à Guatemala, qu'on pêche, entre autres endroits, dans le lac dJA- matitlan. (3) Ce bain était un bain de vapeur, en quiche tuh ou tuha (nahuatl, te- mazcalli) ; de là est venu probable- ment le nom de ce prince qui ne pa- rait être qu'un sobriquet , Cotuha, mieux Qo-tuJia, Où il y a un bain de vapeur. Ces détails sont tirés du même document, ubi sup. — CCLXXVI — dessein ayant été découvert, ils 'furent saisis et lapidés. A la mort de Cotuha (1), Iztayul régna avec Gucumatz, qui prit le titre d'Ahpop-Camha : il continua les conquêtes de son prédécesseur. Mais les dissensions qui avaient déjà si vivement agité l'empire auparavant, se renouvelèrent durant la royauté d'Iztayul, et après lui, au commencement du règne de Gucumatz : elles prirent alors un caractère si grave qu'elles ébranlèrent la monarchie jusque dans ses fondements. Gucumatz était un prince d'une sagesse consommée ; mais hors d'état d'arrêter les débor- dements de la noblesse, il l'abandonna à elle-même dans Izma- chi et transporta le siège de son gouvernement au plateau voisin de Gumarcaah ou Utlatlan. Les hommes les plus sages delà na- tion s'empressèrent de l'y suivre : ils l'aidèrent à organiser la monarchie sur de nouvelles bases et à réformer cette aristocra- tie turbulente. Il satisfit l'ambition des nobles en partageant la maison royale en vingt-quatre grandes familles, qu'il subdivisa encore, de manière à les affaiblir, tout en les comblant de titres et d'honneurs (2). Par lui-même ou parle Galel-Ahau, roi de Ni- haïb, il étendit les conquêtes de ses prédécesseurs jusqu'aux ri- vages de l'océan Pacifique : un grand nombre de princes et de nations, admirant sa prudence, accoururent lui rendre leurs hommages, et l'histoire, en lui décernant le titre de Merveilleux (naual), avec le nom de Gucumatz, reconnaît qu'il soumit plus de peuples par la renommée de sa sagesse que par la force de ses armes (3). Cotuha II, qui paraît avoir succédé à Gucumatz, fut assassiné après un règne dont on ignore la durée, dans une embûche où il avait été traîtreusement attiré par les seigneurs de Qohaïl et d' Ula- haïl (-4) ; mais on ignore la cause .de cette trahison. Ses fils, Qui- (1) D'après le même document, il paraîtrait qu'il finit par mourir assas- siné dans une conjuration de princes quiches et autres. (2) TU. de los Senores de Totonica- pan. (Te document renferme un grand nouiLre de litres de dignités qui ne se trouvent point énumérés dans le Livre Sacré. Voir ci-aprçs, page 311. (3) Livre Sacré, pag. 315 et 335. — .Titulo de los Senores de Qaezalte- nanç/o. etc. (i) Tit. de los Senores de Totonica- pan. — f.CLXXVIl — caà et Cnclzanah, qui régnèrent suivant leur rang, conjointe- ment avec Iztayul II, et ensuite par eux seuls, se chargèrent de venger sa mort : ils s'emparèrent de treize de ses meurtriers, qui furent aussitôt tués par leurs ordres. A son avènement comme Ahau-Ahpop, Quicab, dont les conquêtes sont célébrées par tous les historiens de cette contrée, déclara la guerre aux Mams et aux Pokomams, ainsi qu'aux princes cakchiquels et tzutohiles, qui avaient embrassé leur cause. Il extermina sans pitié les prin- cipaux chefs de la noblesse de Sacapulas, de Momostenango, de Chiquimula, avec ceux de tout le pays d'Otzoya jusqu'au lac d'Atitlan, comprenant les districts de Chichicastenango, de Ziha, de Totonicapan, &lztlahu.omn, de Tzolola et de Quezaltenango, les remplaçant partout par des princes de sa famille. Zamaneb-, Cakyug et les autres villes soumises aux Galel de Rabinal s'obli- gèrent à lui payer tribut : après avoir subjugué le reste de la Yerapaz, il porta ses armes aux bords du lac de Peten-Itza, péné- tra au nord jusqu'au centre du Yucatan et à l'est jusqu'à Cuz- catlan (San Salvador). Au sud, il imposa son joug aux Ahpo-Zotzil et aux Ahpoxahil, souverains des Cakchiquels ; aux Baqahol, aux Gekaquchi, de la même famille ; aux Uchubaha, aux Chimaloha, aux Ahcab de Balamiha, aux Gabaleal, aux Nolitiha, aux Qui- baha, aux Ahaqabauil, aux Ahpova, aux Ahpo-Bulaxa, mxAhpo- Runum, aux Ahpo-Zakacha, aux Ahpo-Goche, aux Ahpo-Tuctwn, aux Ahpo-Bum, aux Ahpuali, aux Lolmet-Cuminay , etc. (1). Il anéantit la puissance des Mams, de Huehuetenango à Guilco, et jusqu'à l'océan Pacifique, imposant aux princes, comme à leurs sujets, des tributs onéreux, des bords du Paxa jusqu'aux embou- chures du Xcw.alat et du Nil (2). (1) lbid. — MS. Cakchiquel. (2) Ce nom de Nil donné à un fleuve de l'Amérique centrale surprendra peut-être plus d'un lecteur ; cepen- dant, c'est bien un nom indigène à ces contrées, et le fleuve qui le porte est un des grands cours d'eau qui descendent de la Cordillère de Soco- traduit en quiche par les mots cosa sosegada, que esta en yaz, selon Xi- menez , chose paisible , tranquille. Deux documents fort anciens en font mention: le Titulo de los Senores de Totonicapan et le Titulo de los Seno- res de Quezaltenango, en rapportant conquêtes de Gucumatz, d'Itzcuin- nusco à l'océan Pacifique. Ce nom se | Nihaïb et de Quicab — GCLXXV11I — ; Pour contenir un si grand nombre de provinces, Quicab cons- titua de nouvelles tribus et bâtit partout des forteresses, dont il donna le commandement à des princes de sa famille. Mais en éloignant de cette sorte de sa personne les chefs naturels de la noblesse et de l'armée, il se. vit amené forcément à revêtir sou- vent de charges importantes les officiers d'un ordre inférieur ou des hommes sortis des rangs du peuple, qui autrement n'eus- sent jamais songé à porter leurs prétentions au-dessus de leur condition accoutumée. Ce fut l'origine de la réaction des races vaincues anciennement contre la race conquérante : excités par les rejetons des familles de Tamub et d'Ilocab, qui voyaient dans ce changement le moyen de secouer le joug qui pesait sur eux depuis plus d'un siècle, les chefs du peuple ouvrirent bientôt les yeux sur la nouvelle position que leur faisait le monarque. Ils s'agitèrent tumultueusement et finirent par envoyer une députa- tion au roi Quicab, pour lui demander l'abolition des corvées et des privilèges de l'aristocratie féodale. Le superbe Ahpop s'indi- gna de leur audace et, sur l'avis de son conseil, envoya les dépu- tés au supplice : mais leur mort fut promptement suivie de l'in- surrection des classes populaires, dont la vengeance s'exerça par les plus sanglantes représailles. Un grand nombre de nobles péri- rent dans ce conflit, et les trois souverains de la famille des Ca- vek se virent obligés d'admettre les délégués du peuple au par- tage des dignités de la cour. Les descendants de Tamub et d'Ilo- cab en profitèrent pour se faire réintégrer dans leurs droits anti- ques et se virent alors assimilés à leurs vainqueurs. C'est ainsi qu'après moins de deux siècles disparurent les distinctions entre les anciennes et les nouvelles tribus, et qu'une révolution de courte durée réunit en une seule nation tous les peuples du Qui- che (1). De leur côté, les princes de Rabinal, de Charnel et de Carchah; (I) Livre Sacré, page 327. — MS. Cakchiquel. — TU. de los Sehores de Tolonicapan. — CCLXXIX — dans la Verapaz ; ceux du Cakchiquel et des Mams , naguère hu- miliés par les armes de Quicab, saisirent cette occasion pour re- couvrer l'indépendance qui leur avait été ravie au commence- ment de son règne : les luttes qui surgirent de cette autre révo- lution se prolongèrent pendant près d'un siècle, et elles duraient encore lorsque la première nouvelle du débarquement des Espa- gnols, suivie bientôt de celle de la prise de Mexico,- vint mettre un terme à leurs rivalités mutuelles : elles achevèrent de s'étein- dre sous la compression brutale des conquérants européens, dont l'astucieuse et cruelle politique fit passer en peu d'années tous les royaumes de l'Amérique sous le sceptre des rois d'Espagne. Telle est, en résumé, l'histoire des migrations et de l'établissement des nations indigènes de l'hémisphère occidental, avec l'ensemble des faits ressortant des documents divers que nous possédons à ce sujet dans leur relation avec le Livre Sacré. FI\T DU COMMENTAIRE. POPOL VUE LE LIVRE SACRE ET LES MYTHES DE L'ANTIQUITÉ AMÉRICAINE. POPOL VUE. HUPAH CHI VUH. NABEBIBAL. Are li xe olier tzih varal Quiche u bi. Varal x-chi-ka tzibah, x-chi-ka tiqiba vi. oher tzih, u tiqaribal, u xenabal puch ronohel x-ban pa-tinamit Qui- che, r'araag quiche vinak : Are eut x-chi-ka qam vi u qutunizaxic, u calahobiz- axic, u tzihoxicpuch euaxibal, zakiribal rumal Tzakol, Bi- tol, Alom, Qaholom, qui bi Hun-Ahpu-Vuch, Hun-Ahpu- Utïu, Zaki-Nima-Tzyiz , ïepeu, Gucumatz, u Qux-Cho, u Qux Palo, Ah-Raxa-Lak. Ah-Raxa-Tzel : Observation importante. — Cha- que alinéa de la traduction corres- pond au verset de la page opposée. Au lecteur, qui s'étonnera de ne pas voir ici d'accents, nous répondons que la longue ou la brève d'un grand nombre de mots varie suivant le can- ton ou la tribu où la langue quichée est parlée, et l'accentuation écrite ne pourrait même pas rendre toujours la prononciation particulière de beau- coup d'autres. Pour ce cpii regarde celle des lettres, nous disons que le G est toujours guttural, quoique cette gutturation varie aussi suivant les lieux. Le Q non suivi d'un u annonce un son bref, tant soit peu guttural; le que, qui., comme en fiançais ; le Ch se prononce tche; la lettre H est follement aspirée comme la jota espagnole; L final est légèrement as- piré ; YX se prononce comme le Sh anglais, le Z comme le Ç , le F comme Wel U comme ou français. Quant aux notes, la nécessité nous a contraint de les placer indistinctement sous le texte et la traduction, quoiqu'elles cor- respondent directement au français. (1) Hun-Ahpu , presque toujours écrit Hunahpu en un seul mot, nom d'un des principaux dieux ou héros di- vinisés dans les anciens royaumes du Guatemala : c'est celui du vingtième ou dernier jour du mois dans le ca- lendrier quiche et cakchiquel. Ce nom se compose de hun, et de oh pu, LE LIVRE SACRE, PREMIÈRE PARTIE. PREAMBULE. Voici l'origine de l'ancienne histoire (du pays ici appel Quiche. Ici nous écrirons et nous commencerons l'histoire d'au- trefois, le principe et l'origine de tout ce qui s'est fait dan* la cité du Quiche, clans les tribus de la nation quichée Voici donc que nous amènerons la manifestation, la découverte et l'éclatement de ce qui était dans l'obscu- rité, l'œuvre de son aurore par la volonté du Créateur et du Formateur, de Celui qui engendre, de Celui qui donne l'être^ et dont les noms sont : Un Tireur de Sarbacane au Sarigue (1 ), Un Tireur de Sarbacane au Chacal (2), lé Grand (3 ) Blanc Pi queur (d'épines), le Dominateur, le Serpent couvert de plu- mes (4), le Coeur des Lacs, le Cœur de la Mer, le Maître, du Planisphère verdoyant, le Maître de la Surface azurée (5) . tireur de sarbacane, composé lui- même de ah, particule possessive ou préposition tres-fréquente dans les langues de ces contrées, et de -pub, la sarbacane. Vuch ou uch est le sa- rigue, animal de l'Amérique , que l'on nomme ilacuatzin au Mexi- que et opossum aux Etats-Unis. (2) TJiïu est l'animal nommé coyotl au Mexique; c'est une sorte de cha- cal. (3) Zaki-Nima-TzrjizMànc-gvdind- piqueur, mot à mot. Tzyiz, qui pi- que, du verbe tzizo, coudre, et, dans un sens plus élevé, se tirer du sang en l'honneur des dieux, coutume gé- nérale dans toutes ces contrées. An- Hguamente sansrarsepara sacrificar â los idolos. (Fr. Domingo de Basseta, Vocaoulario quiche, Ms.) (4) Tepeu,Gucumatz, le très-haut, ou le puissant, le serpent couvert de plu- mes. Le premier, dans le quiche, a le sens de grand, puissant, majestueux ; il est d'origine mexicaine, et peut ve nir de tepeua , echar algo por eî suelo, esparcir (Molina, Vocàb. de la lengua mexicana), jeter par terre, ré pandre,ou de tepeuani, conquistador, vencedor en batallas. (Moiiria, lb.) Gucumatz est composé de gug ou guc, plume, plume verte et riche, surtout celle du quetzal, et de cumatz, ser- pent; c'est le même sens que Quet- zalcohuatl. (5) Ces noms ou titres appartiennes 4 _ 4 Ch'u chaxic r'achbixic, r'aehtzihonie riy lyom, Ma- nïora, Xpiyacoc, Xmucane u bi ; Malzânel, Chukenel; ca- mul iyom, camul mamom; ch'u chaxic pa quiche tzih : ta x-quï tzihoh ronohel ruq x-qui ban chic chi zakil qolem, zaki! tzih. Vae x-chr-ka tzibah chu pan chic u chabal Dios, pa Ghristianoiîchic; x-chi-k'elezah, rumal ma-habichicilba! re Popo-Vuh, ilbal zak petenak chaka palo, « u tzihoxic ka muhibal, ilbal zak qazlem, » ch'u chaxic. HUPAH CHI TZIH. Qo ha.be vuhil, oher tzibam puch ; xa eual u vach ilol re bizol re ; nim u peoxic, u tzihoxic puch, ta chi qiz tzuk ronohel cah, uleu, u cah-tzukuxic r'etaxic, u cah-cheexic, u meh-qamaxic, u yuc-qamaxic upa cah, npa uleu, cah tzuk, cah xucut, ch'u chaxic rumal ri Tzakol, Bitol, u aux quatre personnages plus ou moins allégoriques dont il est parlé dans le commentaire. (1) Xpiyacoc, Xmucane, deux noms d'une interprétation fort difficile : ils sont identiques avec le Cipacto- nal et YOxomoco des antiques tradi- tions mexicaines. (2) Chi Zakil qolem, zakil tzih, mot à mot, dans la blancheur ou lumière de la vie, blancheur de la parole. Métaphore qui signifie quelquefois le bonheur, une sorte d'âge d'or, la ci- vilisation, etc. (3) Chupan chic u chabal Dios, mot à mot, en dedans déjà de la langue de Dieu, c'est-à-dire depuis le chris- tianisme, ou le temps du Dieu des Espagnols, exprimé par le mot Dios, que les missionnaires mettaient par- tout au lieu du mot Qabauil, qui dit Dieu en langue quichée. (4) Voici la traduction littérale de cette phrase : x-chi Je' elezah; x-chi, signe du futur; k' pour ka, nous; elezah, ferons sortir; el est le verbe radical sortir, elezah, faire sortir, ti- rer ou produire; rumal, à cause d« C'est ainsi qu on nomme, qu'on chante et qu'on cé- lèbre ensemble ceux (qui sont) la GrancTmère et l'Aïeul, dont le nom est Xpiyacoc, Xmucané (1); Conservateur et Protectrice; deux fois grand'mère, deux fois aïeul; ainsi qu'il, est dit dans les histoires quichées : de qui on racontait tout avec ce qu'ils firent ensuite pour la prospé- rité et la civilisation (2). Voilà ce que nous écrirons depuis (qu'on a promulgué; la parole de Dieu (3), et en dedans du Christianisme; nous le reproduirons, parce qu'on ne voit plus ce Livre national, où Ton voyait clairement qu'on était venu de l'autre côté (4) de la mer, (c'est-à-dire) « le récit d<; notre existence dans le pays de l'ombre (5) et comment nous vîmes la lumière et la vie, » ainsi qu'il est ap- pelé (6). CHAPITRE PREMIER. C'est le premier livre, écrit anciennement ; mais sa vue est cachée à celui qui voit et qui pense. Admirable est son apparition et le récit (qu'il fait) du temps auquel acheva de se former tout (ce qui est) au ciel et sur la terre, la quadrature et la quadrangulation de leurs signes, la ou que, pour le motif de; mahabi, il n'y a, no hay espagnol dit mieux ; lo- cution négative composée de ma, non ou ne pas, et habi, ancien verbe imper- sonnel il y a, rarement usité; chic, avec, plus, déjà; ilbal, instrumentai de ilo, voir, comme le videndus latin ; rePopo vuh,ce national livre, ilbal tak, qu'on pouvait voir clairement, ou à voir clairement ; petenak, qui était venu ; chaka, composé de ■hi aka, do outre; pain, la mer, (5) T! tzihoxic ho muhibal* mot ?i mot, son être raconté de notre om- bragement. Le u est un article déter- minant possession ou pronom posses- sif; tzihoxic, passif de tzihoh, racon- ter, éclaircir; muhibal, instrumental du verbe muhih, faire de l'ombre, ayant à peu près le sens du latin obumbraculam . (6) Ch'u chaxic, avec ou par son être appelé (ou c'est la titre du) Pop<| Vuh ou Livre national, dont on vient de parler. — 8 c huch, u cahau qazlem, vmakirem, abaneî, quxlaneh alay reeh, quxlaay rech zakil amagii, zakil al, zakil qahoK ahbiz, ahnaoh chirech ronohel ato qol-vi cah, uleu, cho7 Dalo. Are u tzihoxic vae ca ca tzinin-oc, ca ca ehamam-oe ca tzinonic; ca ca zilanic, ca ca lolinic, ca tolonapuch u pa cab. Vae cutenabe tzih, nabe uchan. — Ma-habi-oc hun vi- nak, hunchicop ;tziquin, car, tap, che, ahah, hul, civan, quim, qichelab : xa-utuquel cah qolic. Mavi calah u vach uîea ; xa-utuquel remanie palo, u pa cah ronoheî. Ma-habi nakila ca molobic, ca cotzobic : hunta ca zilo- bic ; ca mal ca ban-tah, ca colz ca han-tah pa cah. X-ma qo-vi nakila qolic vacalic ; xa remanie ha, xa lianic palo, xa-utuquel remanie ; x-ma qo-vi nakilalo qolic. Xa ca chamanie, ca tzininic chi gekum, chi agab. Xa- utuquel ri Tzakol, Bitol, Tepeu, Gucumatz, e Alom, e Qa- holom qo pa ha zaktetoh : E qovi e mukutal pa gug, pa raxon ; are u binaam vi ri Gucumatz ; enimak ahnaoh chi qui qoheic. Quehecutxax (1) Ma-habi-oc, location négative I impersonnel habi, il y a, et Je la composée delà négation m a, du verbe ! particule optative oc. mesure de leurs angles, leur alignement, et 1 établisse- ment des parallèles au ciel et sur la terre, aux quatre ex- trémités, aux quatre points cardinaux, comme il fut du par le Créateur et le Formateur, la Mère, le Père de la vie, de l'existence, celui par qui font agit et respire, père et viviticateurde la paix des peuples, de ses vassaux civilisés, celui dont la sagesse a médité l'excellence de tout ce qui existe au ciel, sur la terre, dans les lacs et la mer. Voici le récit comme quoi tout était en suspens, ton? était calme et silencieux; tout était immobile, tout était paisible, et vide était l'immensité des cieux, ¥oilàdonc la première parole et le premier discours. Il n5 y avait pas encore (1 j un seul homme, pas un animal ; pas d'oiseaux, de poissons, d'écrevisses, de borê, de pierre, de fondrières, de ravins, d'herbe ou de bocages : seule- ment le ciel existait. La face de la terre ne se manifestait pas encore : seule la mer paisible était et tout l'espace des cieux. Il n'y avait encore rien qui fît corps, rien qui se cram- ponnât à autre chose : rien qui se balançât, qui fit (le moindre) frôlement, qui fît (entendre) un son dans le ciel. 11 n'y avait rien qui existât debout; (il n y avait) que. F eau paisible, que la mer calme et seule dans ses bornes ; car il n'y avait rien qui existât. Ce n'était que l'immobilité et le silence dans les ténè- bres, dans la nuit. Seuls aussi le Créateur, le Formateur, le Dominateur, le Serpent couvert de plumes, Ceux qui en- gendrent, Ceux qui donnent l'être, sont sur F eau comme une lumière grandissante : Ils sont enveloppés de vert et d'azur; voilà pourquoi leur nom est Gucumatz (2) : des plus grands sages est (2) Gucumatz, serpent couvert de I parce que M'ukutal pa gug,paraxnn, vert et d'azur. Ils sont ainsi nommes I enveloppes, ombragés de vert et d'à- — 8 — qovi n cah, qo naipuch uQux cah; are u bi ri Qabauil, ch'u chaxic. Ta x-pe eut u tzih varal x-ul cuq ri Tepeu, Gucumatz varal chigekumal, chi agabal, x-chau ruq ri Tepeu, Gu- cumatz : X-e cha eut, ta x-e naohinic, ta x-e bizonic : x-e riqo quib ; x-qui cuch qui tzih, qui naoh. Ta x-calah, fa x-qui quxlaah quib : xe vi zak ta x-ca lah puch vinak, ta x-qui naohih u tzukic, u vinakiric che, caam. u tzukic puch qazlem, vinakirem, chi gekumaVrch* agabaj, rumal ri u Qux cah, Hurakanu bi. Cakulha Hurakau nabe ; u cab eut Chipi-Cakulha; r'ox- chic Raxa-cakulha; chi e eu oxib riy u Qux cah. Ta x-e ul cuq ri Tepeu, Gucumatz : ta x-naohixic zak qazlem ; hupacha ta ch'auax-oc, ta zakiro puch, apachinak tzukul coqI. Ta ch'ux-oc. Qu'yxnohin-tah; Are ri ha ch'el-tah, chi hama-tah, chi vinakir va uleu, u lakel-ta eu rib, cha-ta eut, ta ch'auax-oc, la zakir-oc cah uleu ; ma-ta eut u gihi- zur (c'est à-dire de vêtements sacrés et mystérieux). (1) Ces ténèbres et cette nuit ex- priment dans ce livre, comme dans tous ceux de la même origine, Je temps où la civilisation nahuatl n'existait pas encore. (2) Hurakan. Ce nom, dont on ne trouve nulle part l'explication ; dans les livres ou dictionnaires de la lan- gue quichée ou cakchiquèle, parait venir des Antilles, où il désignait la tempête et le grondement de l'orage. De là le mot huracan adopté par les Espagnols et dont nous avons fait ouragan. Le père Ximenez, qui en cherche l'étymologie, le tire de hun, un, et de r'akan, sa jambe; ce qui ne signifie rien. (3) L'éclair, Cakulha, se compose de cak ou gag, le feu, de ul, venir, et de ha, l'eau; mot à mot Feu qui sort de Veau. —Chipi-Cakulha est le sil- lonnement de l'édair,et Raxa-Cakul- leur être. Voilà comment le ciel existe, comment existe également le Cœur du ciel; tel est le nom de Dieu; c'est ainsi qu'il s'appelle. C'est alors que sa parole vint ici avec le Dominateur et le Gucumatz, dans les ténèbres et dans la nuit (1), et qu'elle parla avec le Dominateur, le Gucumatz : Et ils parlèrent : alors ils se consultèrent et méditè- rent : ils se comprirent; ils joignirent leurs paroles et leurs avis. Alors il fit jour pendant qu'ils se consultaient : et au moment de l'aurore, l'homme se manifesta, tandis qu'ils te- naient conseil sur la production et la croissance des bois et des lianes, sur la nature de la vie et de l'huma- nité, (opérées) dans les ténèbres et dans la nuit, par celui qui est le Cœur du ciel, dont le nom est Hura kan (2). L'Eclair est le premier (signe) de Hurakan ; le second est le sillonnement de l'Eclair; le troisième est la Foudre qui frappe; et ces trois sont du Cœur du ciel (3). Alors ils vinrent avec le Dominateur, le Gucumatz : alors on tint conseil sur la vie civilisée; comment se feraient les semailles, comment se ferait la lumière (4); qui serait le soutien et le nourricier (des dieux) (5). Qu'il soit ainsi fait. Remplissez-vous (6), (fut-il dit). Que cette eau se retire et cesse d'embarrasser, afin que la terre ici existe, qu'elle se raffermisse et présente sa sur- ha, l'éclair ou la foudre qui frappe subitement; Raxa ou rax, vert, neuf, subit,etc. C'est dans ce sens qu'on dit rax camic, mort subite. (4) Zakiro, faire jour, luire, blan- chir l'aube, etc., du radical zak, blanc. Ce mot s'entend presque constam- ment dans un sens métaphorique : faire jour s'applique à la lumière de la civilisation pour les peuples encore plongés dans les ténèbres d'un état social autérieur à celui de Gucumalz. (5) Apachinak, qui. lequel, interro- gatif, tzukul, participe présent du verbe tzukuh, chercher ou soutenir, le soutien; cool, participe présent de co ou coo, nourrir, alimenter, comme l'oiseau ses petits. Il s'agit ici des hommes dont les dieux civilisateurs veulent faire les soutiens, les nour- riciers de la religion, c'est-à-dire les nobles et les prêtres. (6) Qiïyx nohin*ta'tuque\QUS rem- plis soyez, !() — sabcil, u calaibal ri y ka izak. ka bu, ta vinakii-oe vinak tzak, vinak bit. X-e cha eut ta x-vinakir cun uleu cuniai, Xa quitzih x-qohe vi u vmakinc chi vinakir uleu: Uieuh, x-e cha ; libah chi x-vinakiric. Queheri xa tzutz, xa may vi u vinakinc chi eu pu putv eic, ta x-tape pa ha ri huyub ; huzuk nimak huyub x-uxic. Xaki naual, xaki puz x-bana-tah vi u naohixic huynb, fcagâh, huzuk r'achvinakiric u qizizil u pachahil u vach. Quehecut x-quicot-vi ri Gucumatz : Utz im-x-at ulic, ai u Qux cah, atHurakan, at pu Chipi-Cakulha, Raxa-Ca kulha ! X-ch'utzinic ka tzak, ka bit, x-e cha-cut. Nabecut x-vinakir uleuh, huyub, tagah : x-chobochox u be ha ; x-biniheic colehe r'akan xol-tak huyub ; xa chobol chic x-e qohe vi ha , ta x-qutuniheic nimak huyub. (1) Vinak qui se présentes! souvent avec ses dérivés veut dire l'homme en général, l'être raisonnable, et aussi fort souvent la nation, comme le gens des Latins. De vinak vient vinakir, exister, vivre, naitre,etc. Vinakir'em, existence, création, naissance, huma- nité, etc. Vinakirizah, faire exister, donner la vie; mnakiribal, ce avec, par quoi ou en quoi on existe, on uait, etc., etc. (2) X-uxic, furent, existèrent ou fu- rent faites. X (prononcez sh), signe du passé, prétérit; uxic, être ou être, fait, dont le radical ux est aussi le souffle par lequel on vit, on respire, et de là uxlo, uxlab, respiration, qnx, — 11 — face, afin qu'elle s'ensemence et que le jour luise au ciel et sur la terre ; car (nous ne recevrons) ni gloire ni honneur de tout ce que nous avons créé et formé, jusqu'à ce que existe la créature humaine, la créature clouée de raison . C'est ainsi qu'ils parlèrent, tandis que la terre se for- mait par eux. Cest ainsi véritablement qu'eut lieu la création comn»£ quoi la terre exista : Terre, dirent-ils; et à l'instant elle se forma (1). Comme un brouillard ou un nuage (eut lieu) sa forma- tion dans son état matériel, lorsque semblables à des ho- mards apparurent sur l'eau les montagnes ; et en un ins- tant les grandes montagnes furent (2). Seulement, par une puissance et un pouvoir merveil- leux (3), on put faire ce qui s'était résolu (sur l'existence* des monts et des vallées, instantanément avec la création des bois de cyprès et de pins (qui apparurent) à leur sur- face (4) , Et ainsi Gucumatz fut rempli d'allégresse : Tu es le bien- venu, (s'écria- t-il), ô Cœur du ciel, ô Hurakan, ô Sillon- nement de l'Eclair, ô Foudre qui frappe î Ce que nous avons créé et formé, aura son achèvement, répondirent-ils. Et d'abord se formèrent la terre, les monts et les plai- nes : le cours des eaux fut divisé ; les ruisseaux s'en allè- rent serpentant entre toutes les montagnes ; c'est dans cet ordre que les eaux existèrent, lorsque les grandes monta- gnes se furent dévoilées. le cœur, l'âme, quxlaah, la pensée, etc. (3) Naual se prend ordinairement dans le sens de puissance surnatu- relle, d'une science supérieure comme la magie, du radical na ou nao, sen- tir, penser, savoir,etc; il prend plus de force encore lorsque le mot puz s'y joint comme ici. et ensemble ils dé- terminent la puissance merveilleuse la plus élevée. Cependant, dans son sens propre, yu% exprime la moisis- sure, la pourriture, et dans un autre le sacrifice par excellence, l'immola- tion humaine. (4) Qisis est le cyprès américain. qizizil le bois de cyprès ou la oy prière. J2 Quehecut u vinakiric uleu ri, ta x-vinakiric cumal ri u Qux cah, u Qux uleu, que u chaxicriy cute nabe x-qui nohih, x-colo vi ri cah, x-eolo naipuch uleuhchupam ha. Quehecut u nohixic ri, ta x-qui nohih, ta x-qui bizoh r'utzinic u banatahic cumal. GAPAH GHI TZIH. Ta x-qui nohih chic u chicopil huyub, chahal re qichel- ah ronohel; u vinakil huyub, ri quieh, tziquin, coh, ba- iam, cumatz, zochoh, qanti, chahal caam. Ca cha ri Alom, Qaholom : Xa-pa chi lolinic, ma xa- on chi tzininic, u xe che, caam? qate utz chi qohe cha- hal re. X-e cha eut ta x-qui nohih, x-qui tzihoh puch ; huzu eu x-vinakir queh, tziquin. Ta x-qui zipah eut r'ochoch queh, tziquin. At, queh, pa be yaa, pa zivan c'at var vi : varal c'at qohe vi pa quim, pa zacul ; pa qechelah qu'y pogo-vi y vib, eahcah y binibal, y chakabal. Ch'uxic x-e u chaxic. (1) Le qanti est un serpent d'une es- pèce fort dangereuse dans l'Amérique centrale; il est fort beau de couleurs. (î) Alom. Qaholom, celui (fui engen- dre, celui qui donne l'être; pour ex- primer le créateur. Ce sont deux par= ticipes présents l'un du verbe alah, enfanter, accoucher, de al. enfant. ~ 13 — Ainsi fut la création de la terre, lorsqu'elle fut formée par ceux qui sont le Cœur du ciel et le Cœur de la terre ; car ainsi se nomment ceux qui les premiers la fécondèrent, le ciel et la terre encore inertes étant suspendus au milieu de Teau, Telle fut sa fécondation, lorsqu'ils la fécondèrent, tandis que sou achèvement et sa composition se méditaient par eux. CHAPITRE DEUXIEME. Ensuite ils donnèrent la fécondité aux animaux de la montagne, qui sont les gardiens de toutes les forêts; des êtres qui peuplent les monts, des cerfs, des oiseaux, des lions, des tigres, des serpents, de la vipère et du qanti, gardiens des lianes (1 ). Alors parla celui qui engendre, celui qui donne l'être (2) : Est-ce donc pour (rester) silencieux, est-ce pour (demeurer) sans mouvement, qu'il y a l'ombre des bois et des lianes? Après quoi il est bon qu'il y ait des êtres pour les gar- der. C'est ainsi qu'ils parlèrent, pendant qu'ils excitaient la fécondation, qu'ils s'en entretenaient; et aussitôt existèrent les cerfs, et les oiseaux. Alors donc ils distribuèrent aux cerfs et aux oiseaux leurs demeures (3). Toi, cerf, au bord des ruisseaux, dans les ravins tu dormiras ; c'est ici que tu resteras entre les broussailles et le fourrage ; dans les bois vous vous multiplierez, sur quatre pieds vous irez, sur quatre pieds vous vivrez. Ainsi fut fait comme il leur fut dit. chose suspendue, poids, et l'autre I (3) Tiiquin, nom générique de Foi- du verbe qaholah, engendrer, avoir seau; queh ou qttieh, delà bète fauve, des fils, formé de qahol, fils. ! en particulier du cerf. u — Tax-qiuehie cutc'ochoch chuti tziquin, nima tziquin yx-yx, tziquin chu vi che, chu vi caam qu'yx ochochin vi, qu'yx hain vi; chiri qu'yx pog-vi ; qu'yx quiritah-v; chu gab che, chu gab caam. X-e u chaxic quieh, tziquin, ta x-qui bano qui banoh * ronohel x-u qamou varabal, u yaealibal. Quehecut co- choch vi chicop riuleu x-u yao Alom, Qaholom. X-utzininaka chic ronohel ri queh, tziquin, ta x-e u chax chicut riy queh tziquin rumal Tzakol, Bitol, Alom > Qaholom ; Qu'yx chau-oc, qu'yx ziquin-oc; mi-x-yonoliquinic, mi- x-ziquinic ; qu'yx chauahetah, chi huhunal chu hutal: cho- bil, chi hutak molahil ; x-e u chaxic ri queh, tziquin, coh, balam, cumatz : Ch'y biyh nacut ri ka bi, koh y gaharizah, oh y chuch oh y cahau, qu'y cha va nacut Hurakan, Chipi-Cakulha. Raxa-Cakulha, u Qux cah, u Qux uleuh, Tzakol, Bitol, Alom, Qaholom ; qu'yx cha-oc, koh y ziquih, koh y gihila ; x-e u chaxic. Ma eu x-utzinic x-e chauic quehe ta ri vinak; xa que vachelahic, xa que caralahic, xa que vohonic; mavi x~ vachinic u vach qui chabal, halahoh x-qu'ogibeh chi qu» huhunal. s Ta x-qui ta ri Tzakol, Bitol mavi mi-x-utzinic mi-x-e chauic, xe chachic chi quibil quib ; Mavi mi-x-utzin u bixic — 15 — Alors turent (réparties) également les demeures des oiseaux grands et petits : Vous autres oiseaux, vous vous logerez en haut des bois, en haut des lianes; vous y ferez vos nids, vous vous y multiplierez ; vous vous développe- rez sur les branches des arbres, sur les rameaux des lianes. Ainsi fut dit aux cerfs et aux oiseaux, tandis qu'ils fai- saient ce qu'ils devaient faire, et tous prirent leurs demeu- res ou leurs tanières. C'est ainsi qu'aux animaux de la terre Celui qui engendre, Celui qui donne l'être donna leur habitation. Etant donc tous achevés, cerfs et oiseaux, il leur fut dit également à ces cerfs et à ces oiseaux par l'organe du Créateur et du Formateur, de Celui qui engendre, de Celui qui donne l'être : Bramez, gazouillez maintenant, puisque la puissance de bramer et de gazouiller (vous est donnée) ; faites enten- dre votre langage, chacun suivant son espèce, chacun suivant son genre ; ainsi leur fut dit aux cerfs, aux oi- seaux, aux lions, aux tigres et aux serpents : Dites donc notre nom , honorez-nous , nous votre mère, nous votre père ; invoquez donc Hurakan , le sillonnement de l'Eclair, la Foudre qui frappe, le Cœur du ciel, le Cœur de la terre, le Créateur et le Forma- teur, Celui qui engendre et Celui qui donne l'être; parlez, appelez-nous, et nous saluez; ainsi leur fut dit. Mais il leur fut impossible de parler ainsi que l'homme; ils ne firent que caqueter, que glousser, que croasser; sans qu'il se manifestât (aucune) forme de langage, cha- cun dans son espèce murmurant d'une manière diffé- rente. Lorsque le Créateur et le Formateur entendirent qu ils ne pouvaient parler, ils se dirent encore une fois les uns aux — 1(> — kabi, ruinai oh c'ahtzak^oh pu c'ahbit : Mavi utz, x-cha chic chi quibil quib ri Alom, Qaholorn. X-e u chax eut : Xa qu'yx halatahic, rumal mavi mi- x-utzinic mavi mi-x-yx chauic. Mi eu x-ka hal ka tzih : yv'echa, y cuxun, y varabal. y yacalibal x-yvech vi, mi- x-e uxic zivan, qechelah; rumal mavi x-utzin ka gihilo- xic, mavi yx ziquiy. Que ca qo, qo^vi lo gihilonel, nimanel chi ka ban chic. Xa ch'y qam y patan ; xa y tiohil chi cachic, ta ch'uxoc. Are eut ch'y patanih. Xe u chaxic, ta x-e pixabaxic chuti ehicop, nima ehicop qo chuvach uleu. X-r'ah eu qui tih chic qui gih; x-r'ah qui tihtobeh chic, x-r-ah pu qui nuq chic gihilabal :. X-ma x-qui ta vi qui chabal chi quibil quib; x-ma x- nauachir vi eut, x-ma x-bana-tah vi puch. Quehecut x-e chakatah vi qui tiohil; x-qui patanih x-e tyie, x-e camizaxic ri ehicop qo varal chuvach uleuh. Quehecut u tihtobexic chic vinak tzak, vinak bit cumal ïzakol, Bitol, Alom, Qaholorn : Xa eu tiha chic ; mi-x-yopih r'auaxic u zakiric ; ka bana tzukul ke cool ke. H u pacha ta koh ziquix-oc, ta koh nabax puch chuvach (1) Chicop, qui signifie toute es- 1 si aux hommes, dans le sens de pece de bête vivante, s'étend aus- 1 brute , mal élevé , sauvage , bar- — 17 — autres : Ils n'ont pu dire notre nom, quoique nous (soyons) leurs créateurs et leurs formateurs. Gela n'est pas bon, répé- tèrententre eux Celui qui engendre et Celui qui donne l'être. Et il leur fut dit (aux animaux) : Voilà que vous serez modifiés, parce qu'il vous a été impossible de parler. Nous avons donc changé notre parole : votre nourriture et votre alimentation, vos tanières et vos habitations vous les aurez ; (mais) ce seront les ravines et les bois ; car notre gloire n'est pas parfaite et vous ne (nous) invoquez point. Il en est encore (/les êtres) il y en a sans doute encore qui puissent nous saluer; nous les rendrons capables d'obéir. Maintenant faites votre devoir; quant à votre chair elle sera broyée sous la dent, ainsi soit-il. Voilà donc quelle est votre destinée. C'est ainsi qu'on leur parla, et en même temps on leur notifia (ces choses) aux grands et petits animaux qu'il y a sur la face de la terre (1). Or ils voulurent essayer de nouveau leur fortune; ils voulurent faire une nouvelle tentative, ils voulurent concer- ter un nouveau mode d'adoration. Mais ils n'entendirent point le langage les uns des autres ; ils n'aboutirent à rien, et rien ne put se faire. Ainsi donc leur chair fut humiliée ; et tous les animaux qui sont ici sur la face de la terre furent réduits à être mangés et tués. C'est ainsi qu'il dut y avoir un nouvel essai de créatures à former par le Créateur et le Formateur , par Celui qui engendre, par Celui qui donne l'être : Qu'on essaie de nouveau ; déjà s'approche le temps des semailles, voici l'aurore (qui va paraître); faisons ceux (qui doivent être) nos soutiens et nos nourriciers. Comment (faire) pour que nous soyons invoqués et que bare. La création dont il s'agit ici | sauvages ou barbares de l'Améri- parait faire allusion aux tribus | que, 18 — uieuh ? Mi-x-ka ùho chirech ri nabe ka tzak, ka bit : mavi x-utzinic ka gihiloxic, ka calaixic puch cumaL Que- hecutka tiha vi u banic ahnim ahxob tzukul cool. X-e cha. Ta u tzakie eut, u banic puch ; uleu xocol u tiohil x-qui bano ; Mavi utz x-qu'ilo ; xa chi yohomanic, xa tzubulic, xa ne- belic, xa lubanic, xav'ulanic, xa pu chiumaric ; mavi chi colol u holom, xabum benak vi u vach ; xa culuvach, mavi chi mucun chirih ; chi chau nabec, ma-habi u naoh ; xa hu- zuk chiumar pa ha mavi qo. "X-e cha chi eu ri Ahtzak, Ah bit : Cavach-iabek ta eh'ux-oc, xalabe mavi chi binic, ma pu chi pogotahic : ta ch'ux-oc xa u naoh chiri, x-e cha. Ta x-qui yoh eut, x-qui yoc chic ri qui tzak, qui -bit. X-e cha chicut : Hupacha chi ka bano ch'utzin-ta vi chi nauachir-ta vi gihiloy kech, ziquiy kech ? X-e cha ta x-qui naohih chic : Xa ka byih chique Xpiyacoc, Xmucane, Hun-Ahpu-Vuch, Hun-Ahpu-Utïu : Qu'y tiha chic u gihixic, u bitaxic. X-e uchan qui quib Ahtzak , Ahbit, ta x-qui byih eut chire Xpiyacoc, Xmu- cane. Qatecut u bixic ri chiquech ri e nievachinel, r'atit gih, (1) Uleu xocol u tiohil x-qui bano, mot à mot: terre, boue sa chair firent. On voit ici le commencement de la création des castes diverses; mais ce qu'il y a de particulier, c'est que cette première classe de terre glaise, qui ne réussit pas, paraît avoir été destinée d'abord à devenir la caste 19 nous soyons commémorés à la face de la terre ? Nous avons essayé déjà avec notre première œuvre et créature : il n'a pas été possible que nous fussions salués et honorés par elles. C'est pourquoi essayons de faire des (hommes) obéissants et respectueux qui (soient nos) soutiens et nour- riciers. Ils dirent. Alors la création et la formation (de l'homme eurent lieu) ; de terre glaise ils firent sa chair (I); Ils virent qu'il n'était pas bien ; car il était sans cohé- sion, sans consistance, sans mouvements, sans force, inepte et aqueux ; il ne remuait point la tête, sa face ne se tournant que d'un seul côté ; sa vue était voilée et il ne pouvait voir par derrière ; il avait été doué du (don du) langage, mais il n'avait pas d'intelligence, et aussitôt il se consuma dans l'eau sans (pouvoir) se tenir debout. Or le Créateur et le Formateur dirent encore une fois : Plus on y travaille, plus il est incapable d'aller et de se mul- tiplier : qu'il se fasse donc là un être intelligent, dirent- ils. Alors ils défirent et détruisirent encore une fois leur œuvre et leur création. Ils dirent ensuite : Comment ferons- nous pour qu'il puisse éclore des (êtres) qui nous adorent et qui nous invoquent (2) ? Ils dirent alors, tandis qu'ils se consultaient de nouveau t Disons-leur à Xpiyacoc et à Xmucané, au Tireur de Sar- bacane au Sarigue, au Tireur de Sarbacane au Chacal : Essayez de nouveau de tirer son sort et (de voir le temps de) sa formation. Ainsi se dirent l'un à l'autre le Créateur et le Formateur, et ils leur parlèrent alors à Xpiyacoc et à Xmucané. Ensuite (eut lieu) le discours avec ces devins, l'aïeule du noble et sacerdotale, pour soutenir les dieux et les nourrir. Il n'est pas moinscurieux d'observer quel'homme en Amérique est formé toujours de terre rouge ou jaune; c'est ce qu'on voit dans toutes les traditions. (2) Gihiloy kech, Ziquiy kech, ado- rateurs de nous, invocateurs de nous. 20 aiit zak, que ù chaxic eùroàl ri i Xpiyacoc, Xmucane. Tzakol, Bitoi; are qui bi X-e cha eu ri Hurakan ruq Tepeu, Gucumatz ; ta x-qui hyih chirech ahgih, ahbit, e nicvachinel : X-u culu, xa pu eh'u riqo ch'eta chic ehi ka vinak bitoh, chi ka vinak tzakoh, ta chic tzukul cool, kohziquix-tah,kohnabax-tah puch : C'at-oc-ta eut pa îzih, iyom, mamom, k'atit, ka main, Xpiyacoc, Xmucane; ch'a-tah ta ch'auax-oe , ta zakir- oc, kaziquixic, ka toquexic, ka nabaxic ruinai vinak tzak, vina k bit, vinak poy, vinak anom; ch'a-ia eh'uxoc; Ch'y qutun ybi, Hun-AhpuVuch,Hun-AhpuUtïu-, camul alom,camul qaholom, Nim~Ak> Nima-Tzyiz,ahqual, ahya- manic, ahehut, ahtzalam, -ahraxa-lak, ahraxa-tzel, ah- goî, ah-Toltecat, r'atit gih, r'atît zak, qu-yx uehaxic ru- mal ka tzak, ka bit; Ctry rnalaeh'y ixiin, ch'y Usité, xa ehi banatahic, xa (i) IVatit gih, l'aïeule du soleil, r'atit zak, l'aïeule de la lumière ou de l'aurore, indiquée ici particuliè- rement comme l'auteur du calendrier. Ri, re ou r' est ici un article détermi- natif de possession comme le u. (2) Celui du soleil, Ahgih, compo- sé de la particule possessive ah et de gih, soleil. Ce mot est pris d'ordinaire dans le sens d'astronome, astrologue ou prêtre; aujourd'hui il a encore, parmi les indigènes du Guatemala, le sens de devin, (3) Ka vinak bitoh, notre homme créé, ka vinak tzakoh, notre homme formé, dit le texte. (4)Entredonc en parole, dit letexte. (5) Vinak poy, l'homme manne- quin, poupée; c'est le sens de poy que nous traduisons ici par dresse. (6) Celui de l'émeraude, de la bi- jouterie, du poinçon, comme si c'é- tait celui qui travaille l'émeraude, la bijouterie et se sert du poinçon. Ah- tzalam nous paraît bien signifier ar- chitecte ; le mot tzalam signifie une — M — soleil, 1 aïeule de la lumière ri), ainsi qu'ils sont appelés par ceux (qui sont) le Créateur et le Formateur, et ce sont là les noms de Xpiyacoc et de Xmucané. Et ceux de Hurakan parlaient avec Tepeu et Gucumatz ; alors ils dirent à celui du soleil (2), à celui de la formation, qui (sont) les devins : Il est temps de se concerter de nou- veau sur les signes de V homme que nous avions formé (3), pour (qu'il soit) encore une fois (notre) soutien et (notre) nourricier, afin que nous soyons invoqués et commé- morés. Commence donc à parler (4), ô toi qui engendre et mets au monde, notre grand'mère et notre aïeul, Xpiyacoc, Xmucané -, fais donc que la germination se fasse, que Fauber blanchisse, que nous soyons invoqués, que nous soyons adorés, que nous soyons commémorés par l'homme formé, par l'homme créé, par l'homme dressé (5), par l'homme moulé; fais qu'il en soit ainsi; Manifestez votre nom, ô Tireur de Sarbacane au Sari- gue, ô Tireur de Sarbacane au Chacal, deux fois engen- dreur, deux fois procréateur, Grand-Sanglier, grand pi- queur d'épines, celui de l'émeraude, le bijoutier, le cise- leur, l'architecte (6), celui du planisphère verdoyant, celui de la surface azurée, le maître de la résine (7), le chef de Toltecat (8), aïeule du soleil, aïeule du jour-, car ainsi soyez appelés par nos œuvres et nos créatures; Faites vos passes sur votre maïs, sur votre tzité (9), pour planche, une dalle, unepen te de mon- tagne, etc. Voilà bien des titres qui annoncent la civilisation toltèque. (7). Ahgol, maître de la résine. Gol ou col signifie toute espèce de gomme découlant des arbres résineux ; se- rait-ce une allusion à la médecine? (8) Ah-Toltecat. Ces mots sont fort curieux. Signifient-ils maître de Tol- tecat ou bien habitant ou prince de Toltecat. Ah est pris dans ces diffé- rents sens et d'après un manuscrit de l'histoire de l'antique cité de Teo- tihuacan, pies de Mexico, et que pos- sède M. Aubin, Toltecat serait le nom le plus ancien de cette ville célèbre. C'est probablement aussi le nom de la cité de Tulan en Xibalba. (9) Le tjtitéesï un arbre appelé tzom- pan-quahuitlyàï les;Mexicains; il porte des baies contenant des haricots rou- ges, que nousappelonsenfrançaisgrai- nes d'Amérique: les sorciers où devins du pays s'en servent pour tirer le sort en les mêlant avec des grains de maïs, comme autrefois, ce qui prouve l'an- w>w-> pu ch'el apon=oc chi k'ahah, chi ka qotab pueh u chi u vach che ; x-e u chaxic e ahgih? Qatepuch u kahic u gihiloxic ri x-malic chi ixim chi tzité; Gih, Bit, x-e cba curi hun atit, hun marna chiquech : Areri marna areahtzité, Xpiyacocu bi; are curi atit ahgih, ahbit, Chirakan Xmucane u bi. X-e cha eut, ta x-qui tiqiba gih : Xa ch'u culu, xa pu ch'u riqo; ch'a byih; ca ta ka xiquin,ka chanic, katzihon tah xa ch'u cuiu ri che ch'ahauaxic, chi qotox puch eu- mal Ahtzak, Ahbit; ve are tznkul, cool, ta ch'auax-oc, ta zakir-oc. At ixim, at tzite, at gih, at bit, c'at chogonic, c'at ta- qen-tah ; x-cha chire ixim, tzité, gih, bit. C'at qix la uloc, at u Qux cah, m'aqahizah u chi, u vach Tepeu, Gucumatz. X-e cha ta x-qui bih eut u zukuliquil : Utzare ch'uxic ri y poy, aham-che, chi chauic, chi tzihon bala chuvach uleu. ïa ch' ux-oc, x-e cha-cut, ta x-qui bih. Huzuk x-banic poy aham-che; x-e \inak vachinic, x-e vinak tzihonic puch ; are viuakil u vach uleu. X-e uxic, x-e pogic; x-e mealanic, x-e qaholanic ri poy, aham-che : ma-cu-habi qui qux, ma-pu-habi qui naoh ; l'antiquité de ce genre de divina- tion. (1) Ahtsite, celui du tsité. ou l'en- chanteur par le Uité, (2) 11 y a dans le texte c'at chogo- nic, c'at taqen-iah , appelle (comme le mâle appelle sa femelle), monte tant que tu peux sur l'autre. Lee — 23 — (voir) s'il se fera et s'il arrivera que nous élaborions et sculptions sa bouche et son visage de bois; ainsi qu'il fut dit aux devins ? Alors (ce fut le moment) de jeter (le sort) et de saluer ce qui composait l'enchantement avec le maïs et le tzité : Soleil et Créature! leur dirent alors une vieille et un vieillard. Or, ce vieillard' était le maître du tzité (4), Xpiyacoc (était) son nom; mais la vieille était la devi- neresse, la Formatrice, dont le nom (était) Chirakan Xmucané. Or ils parlèrent ainsi, au moment où le soleil s'arrêtait (au midi) : Il est temps qu'on se concerte ; parle, que nous entendions, que nous parlions et que nous disions s'il faut que le bois soit charpenté et sculpté par le Forma- teur et le Créateur ; si ce sera le soutien et le nourricier, au moment où se fera la germination et où le jour blan- chira. Omaïs, ô tzité, ô soleil, ô créature, unissez-vous^ ac- couplez-vous l'un sur l'autre (2); ainsi fut dit au maïs et au tzité, au soleil et à la créature. Et toi, rougis, ô Cœur ' du ciel, ne fais pas baisser la bouche et la face de Tepeu, de Gucumatz (3). Alors ils parlèrent et dirent la vérité : C'est bien ainsi qu'il faut faire vos mannequins, travaillés de bois, qui parlent et raisonnent à leur aise sur la face de la terre. Ainsi soit-il, répondirent-ils, lorsqu'ils parlèrent. Dans le même instant se fit le mannequin travaillé de bois; les hommes se produisirent, les hommes raisonnèrent, et ce sont les gens qui (habitent) la surface de la terre. Ils existèrent et se multiplièrent; ils engendrèrent des tilles et des fils, mannequins travaillés de bois : mais ils deux verbes ont un sens fort lascif. (3) Cette phrase est difficile à comprendre. C'at qix-la uloc, rou- gis, ou viens rougir ici, peut si- gnifier également, viens te piquer, t'ensanglanter avec des épines, sui- vant la coutume de ce peuple. Qix est l'épine dans son sens ordinaire. — u — mavi natal c ahtzak, cahbit; xaiog x-e binie, x-e ehaka- nic : Mavi x-qui natah chic ri u Qux cah, quehecut x-e pah chiri : xa u tihtobexic, xa pu u vababexic chi vinak; que chau nabec, xa chakih qui vach; mana zonolc'aka^qui gab; ma-habi qui quiqel, qui comahil, ina-habi qui ticovai, qui gabchiyal; chakih cotz qoh qui vach ; ca pichipoh c'akan, qui gab, ca yeyoh qui tiohil. Quehecut mavi x-e nau chi vi chuvach Tzakol, Bitol, alay quech, quxlaay quech. E nabe tzatz chi vinak x-e uxic varal chuvach uleu. R'OXPAH CHI TZIH. Qatecut qui qizic chic, qui mayxic, qui gutuxic puch, x-e camizax chic poy aham-che. Ta x-nohix qui butic rumal u Qux cah, nima butic x- banic, x-pe pa qui vi ri e poy e ahamche. Tzité u tiohil ri achih : ta x-ahaxic rumai Tzakol, Bitol (1) Xalog x-e binic, x-e chakanic, sans but ils allaient et marchaient comme des bètesj chakanic, aller à quatre pattes. (2) D'après ce texte, il parait bien évident qu'il y eut une caste noble et sacerdotale créée avant celle dont il est question plus tard : elle est re- poussée ici par les écrivains du Livre sacré comme inutile, ingrate et in- forme, et détruite en partie, à ce qu'il parait, par le déluge, ou l'ouragan dont il va être question. Une tradi- tion historique, conservée par Garcia (Origen de los Indivs, lib. v, cap. 4), donne lieu à penser qu'effectivement ce cataclysme en abîma une partie et que les autres se retirèrent aux n'avaient ni cœur, ni intelligence, ni de souvenir de leur formateur et de leur créateur ; ils menaient une existence inutile et vivaient comme des animaux (1). Us ne se souvenaient plus du cœur du ciel, et voilà com- ment ils déchurent là : ce n'était donc qu'un essai et une tentative d'hommes ; qui parlèrent d'abord, mais dont la face se dessécha; sans consistance (étaient) leurs pieds et leurs mains ; ils n'avaient ni sang, ni subsistance, ni hu- midité, ni graisse; des joues desséchées étaient (tout ce qu'offraient) leurs visages -r arides étaient leurs pieds et leurs mains, languissante leur chair (2). C'est pourquoi ils ne pensaient point (à élever) leurs têtes vers le Formateur et le Créateur, leur père et leur provi- dence (3). Or, ceux-ci furent les premiers hommes qui en grand nombre existèrent ici sur la face de la terre. CHAPITRE TROISIEME. Ensuite (arriva) la fin (de ces hommes), leur ruine et leur destruction, de ces mannequins, travaillés de bois, qui furent également mis à mort. Alors les eaux furent gonflées par la. volonté du Cœur du ciel ; et il se fit une grande inondation qui vint au-des- sus de la tête de ces mannequins et de ces (êtres) travaillés de bois. Le tzilé (composa) la chair de l'homme : mais lorsque montagnes de Chiapas et d'Oaxaca et que d'eux descendirent les nations civilisées de la Zapotèque. Les deux frères Hun-Chouen et Hun-Batz,dont il est question plus loin, s'y seraient retirés avec eux, d'où il résulterait que les hommes de cette création étaient les Nahuas purs, nés sans mé- lange avec les femmes de ce pays, et véritables Toltèques des pays d'Oaxa- ca et de Tehuantepec « qui se di- saient les amis et fils de Quetzalco- huatl. » (Sahagun, Hist. gen. de las cosas de Nueva-Espana, lib. x, cap. xxix, S 10.) (3) Alay quech, l'enfantant eux ; quxlaay quech, pensant (pour) eux. — 20 — ixok, zibak eut u tiohil ixok Bitol. x-r'ah oquie ruinai Tzako! Mavi x-e nauic,ma-pu x-e chauic chuvach c'ahizak, c'ahbit, banol que, vinakirizay quech. Quehecut qui camizaxic ; x-e butie, x-pe nima gol chila çhicah. Xecotcovach u bi x-qotin uloc u bakqui vach; x-e peCamalotz x-cupin ula qui bolom; x-pe Cotzbalam x-tio qui tiohil ; x-pe Tucum-balam x-tukuvic, x-quichouic qui bakil, qui bochil; x-qahixic, x-muchulixic, kahizabal qui vach ; Rumal mavi qui nauic chuvach qui çhuch, chu- vach puch qui cahau, riu Qux cah, Hurakan u bi; cumal x-gekumaric u vach uleu, x-tiqaric gekal hab, gihil hab, agabal hab. X'oc ula chuti chicop, nima chicop, x-qut qui vaçh ru- mal che, abah. X-chauiç ronohel qui quebal, qui xot, qui lak, qui boh, qui tzi, qui aq, haruh-pala ronohel, x-qutu qui vach : Qax x-y ban çhike; x-oh y tiô; yx chiçut x-qu 'yx qati chic, x-cha ri qui tzi, c'aqçhiqueçh. Are curi caa : X-oh qokoniç yvumal ; hutagih , hutagih, xgek, zakiriç, amagel , holi, holi, huqni, huqui, ka vach yvumal : are-tanabe ka patan ch'y vach; yx-tana vinak vacamiç eut x-ch'y tih ka chugab; (1) Zibak, c'est la moelle d'un petit jonc dont les indigènes font leurs nattes, dit un vocabulaire manuscrit; un autre ajoute que c'est le sassafras. (2) Ces noms sont ceux de divers oiseaux de proie inusités aujourd'hui et dont la traduction nese trouve point. (3) Kahizabal qui vach, châtiment de leurs faces, ou pour humilier, abaisser leurs faces. Kah, descendre, abattre; kahigah, faire descendre ou faire abattre; kahimbal, ce avec quoi la femme fut charpentée par le Formateur et le Créateur, le zïbak (1 ) (fut ce qui entra dans) la chair de la femme : c'est là ce qui dut entrer (dans sa construction) par ordre du Formateur et du Créateur. Mais ils ne pensaient ni ne parlaient devant leur Tor- mateur et leur Créateur, celui qui les avait faits , qui les avait fait naître. Et ainsi fut leur destruction; ils furent inondés, et une résine épaisse descendit du ciel. (L'oiseau) nommé Xecotcovach leur vint arracher les yeux de l'orbite, le Cajnàlotzv'mt leur trancher la tête; le Cotzbalam dévora leurs chairs; le Tecumbalam brisa et broya leurs os et leurs cartilages; et leurs corps furent réduits en poudre et dispersés (2), pour le châtiment de leurs personnes (3); Parce qu'ils n'avaient pas pensé devant leur mère et leur père, celui qui (est) le Cœur du ciel, dont le nom est Hurakan ; à cause d'eux la face de la terre s'obscurcit, et une pluie ténébreuse commença, pluie de jour, pluie de nuit. Arrivèrent (alors tous) les animaux grands et petits (et les hommes se virent) maltraités en face par le bois et la pierre : tout ce qui leur avait servi parla, leurs tourtières, leurs plats, leurs marmites, leurs chiens, leurs poules, tous autant qu'il y en avait, les maltraita en face (4). Vous avez mal agi avec nous ; vous nous mordiez ; à votre tour vous serez tourmentés, leur dirent leurs chiens et leurs poules. Et voilà que les metates (dirent à leur tour (5) : Nous étions tourmentés par vous; quotidiennement, quotidien- nement, de nuit comme de jour, toujours, holi, holi, huqui, huqui(6), (disaient) nos surfaces à cause de vous : ou par quoi on fait descendre, etc. (4) Maltraita en face. Le texte dit x-qutu qui vach, manifesta ou mon- tra leurs visages. (5) Metate, du mexicain metlatl, pierre sur laquelle les femmes broient le grain de maïs pour en faire les tor- tilles, caa en quiche. (6) Holi, huqui, sons imitatifs du bruit que fait la pierre quand on y broie le maïs, 28 x-chi-ka queeh, x-chi ka hoc puçh y tiohil, x-cha ri qui caa chique. A reçu ri qui tzi x-cha chic, ta x-chauic : Nakipa rumal mavi ch'y ya ka va ? Xa koh mucunic, xa pu koh y cuxih uloc, koh y tzak pu uloc ; yaçal u bi ka cheel yvuuial, ta x-qu'yx vaic : Xere koh yv'uchaah vi ; mavi koh chauic. Ma-ta eu mi- x-oh camic chyve ? Hupacha mavi mi-x-yx nauic, x-yxnau ta eut chyvih ta eut? X-oh zach vi, vacamic eut x-ch'y tih ka bak qo pa ka ehi ; x-qu'yx ka tio, x-e eha ri tzi chi- que,, ta x-qut qui vach. Are chi cun qui xot, qui boh x-chau chic chique : Qax. ra x-y ban chike xak ka chi, xak ka vach, amagel oh rzacal chuvi gag, koh y qato, mavi qax x-ka nao ; X-ch'y tih eut, x-qu' yx ka poroh, x-cha ri qui boh, ro- nohel x-qutu qui vach. Are ri abah ri qixcub, ehi ta ninic hi pe pa gag tagal chi qui holom, qax x-ban chique. Anilabic que mal, malihab chic : que rah akamc chuvi ha, xa chi u ulih ha que tzak uloc ; que r'ah akan chuvi (1) Nahipa-rumal mavi ch'y ya ka j (2) Ces animaux et ces instrumente va, mot à mot quoi-pour ne vous qui insultent à l'homme en ce mo- tionniez pas notre nourriture. 1 ment semblent encore faire allusion _ 29 — voila ce que nous avons supporté pour vous ; maintenant que vous avez cessé d'être des hommes, vous allez sentir nos forces; nous moudrons et nous réduirons vos chairs en poudre, leur dirent leurs metates. Et voici ce que leurs chiens, parlant à leur tour, leur dirent : Pourquoi nenousdonniez-vous pas à manger (1)? A peine étions-nous regardés, et vous nous chassiez dehors et vous nous poursuiviez; l'objet qui vous servait à nous frapper était (toujours) prêt, tandis que vous preniez vos repas. C'est ainsi que vous nous traitiez ; nous étions incapa- bles de parler. Sans cela nous ne vous aurions pas (donné) la mort maintenant. Comment donc ne raisonniez-vous pas, comment ne pensiez-vous donc pas à vous-mêmes? C'est nous qui vous détruisons, et maintenant vous éprou- verez les dents qu'il y. a dans notre gueule ; nous vous dévorerons, leur dirent les chiens, tout en leur déchirant la face. Et voilà que leurs tourtières et leurs marmites leur par- lèrent à leur tour : Mal et dommage vous nous causiez, en enfumant notre bouche et notre surface ; toujours nous exposant au feu, vous nous brûliez, quoique nous ne sen- tissions rien (2) ; Vous le sentirez à votre tour et nous vous brûlerons, dirent les marmites, en les insultant tous en face. Ainsi (firent) les pierres qui (servent à former) le foyer, (de- mandant) que le feu s'allumât avec violence sous leurs têtes étendues dessus, pour le mal qu'ils leur avaient fait. (Alors on vit les hommes) courir en se poussant, rem- plis de désespoir : ils voulaient monter sur les maisons, et à une révolution entre les races de cette époque, qui aurait concordé avec les convulsions de la nature. C'est ce qui parait résulter encore des traditions rapportées par Garcia, Ori- gen de los Fndios. lib, v, cap. iv et vi. — 30 ehe, que chaki& uïoc ruma che; que r'ah oe pa hul, sa chi yuch hul chi qui vach. Quehecut u gayohic vinak tzak, vinak bit, e tzixel, e tzalatzoxel chi vinak ; x-mayxic, x-qutuxic qui chi qui vach conohel. X-cha eut are r'etal ri qoy qo pa qechelah vacaraic ; are x-qohe vi r'etal, rumal xa che qui tiohil x-cohic ru- mal Ahtzak, Ahbit. Arecuri qoy queheri vinak chi vachinic, r'etal hule vinak tzak, vinak bit, xa poy, xa pu aham-che. GAHPAH CHI TZIH. Are eut xa hubic zaknatanoh u vach uleu ; ma-habi gih . Hun eut c'u nimarizah rib, Vukub-Cakix u bi. Qo nabe cah, uleu ; xa ca moymot u vach gih, iq. Ca cha curi: Xavixere u zak étal vinak riy x-bulic, queheri naual vinak u qoheic. (1) X-mayxic, x-qutuxic qui chi, qui vach conohel; furent détruites et rui- nées leurs bouches et leurs faces tou- tes. Le mot chi, bouche, porte, ou- verture, bord, etc., est aussi la pré- position en, dans, sur, à, etc., et entre dans la composition d'une foule de mots. Vach, qui paraît se compo- ser de m ach, son va avec, son com- pagnon, signifie alternativement l'œil, le front, la face, la figure, la tète, la personne, le nom même ou le titre quelquefois. (2) Qoy, espèce de singes fort petite qu on trouve dans la haute Vérapaz. (3) Are x-qohe-vi r'etal, ceux-ci de- meurèrent ou furent leur signe ou postérité. Etal, déterminatif' de et> signe, signal, marque, signifie aussi postérité, descendance; de là une -- 31 — les maisons, s'écroulant, les faisaient tomber (à terre) ; ils voulaient monter sur les arbres, et les arbres les secouaient loin d'eux; ils voulaient entrer dans les cavernes, et les cavernes se fermaient devant eux. Ainsi (s'accomplit) la ruine de ces créatures humaines, gens qui étaient destinés à être détruits et bouleversés ; (ainsi) leurs personnes à tous furent livrées à la destruc- tion et au mépris (1). Or on dit que leur postérité (se voit clans) ces petits singes (2) qui vivent aujourd'hui dans les bois ; c'est le si- gne (3) qui resta (d'eux), parce que de bois seulement leur chair se composa par les soins du Formateur et du Créateur. C'est pourquoi ce petit singe ressemble à l'homme, signe qu'il est d'uneautregénérationd'êtreshumains(quin'étaient) que des mannequins, que (des hommes) travaillés de bois. CHAPITRE QUATRIEME. Or (il n' y avait alors) que peu de clarté sur la face de la ter- re ; le jour n'était pas encore (4). Mais (il y avait) un homme qui s'enorgueillissait, et son nom (était) Vukub-Cakix (5). Le ciel et la terre existaient ; seulement la face du soleil et de la lune était voilée. Or (Vukub-Cakix) disait : Véritablement ce qui reste de ces gens qui se sont noyés est extraordinaire, et leur exis- tence est comme celle d'êtres surnaturels (6) . foule de mots qui s'y rapportent plus ou moins. Quant à la tradition des hommes changés en singes, on la trouve encore parmi les Indiens : ils disent que les hommes d'alors se transformèrent ainsi pour s'exempter du travail et des tributs. (4) Le jour, le soleil, le calendrier toltèqueet la législation qui en était la conséquence n'existaient pas encore. (5) Vukub-Cakix, Sept-Aras. C'est un nomdont l'origine parait toltèque. Le prince qui le portait, et dont Xi- menez fait Lucifer, était probablement le souverain d'une grande portion de l'Amérique centrale, avant l'arrivée des étrangers qui le mirent à mort. (6) Il y avait eu une inondation ou un naufrage dans lequel avaient péri quelques-uns des compagnons de Gu- — 32 — In nim qui qohe chic chuvi vinak tzak, vinak bit. In u gih, in pu u zak, in naipu r'iqil ; ta ch'uxoc. Nim nu zakil ; in binibal, in pu chakabal rumal vinak : Rumal puvak u bak nu vach, xa ca tiltotic chi yama- nic raxa quval ; naipu v'e raxçavacoh chi abah queheri u va cah. Are curi nu tzam zakhuluhuh chi nah queheri iq, puvak eut nu galibal ; ca zakpaque u vach uleu, ta qu'in el uloc chuvach nu galibal. Quehecut in gih vi, in pu iq, rumal zakil al, zakil qahol. Ta ch'uxoc, rumal chi nah c'opon vi nu vach. Cha ri Vukub-Cakix. Ma-cu quitzih are ta gih ri Vukub- Gakix ; xere c'u nimarizah rib ri u xic, u puvak : Xere eut togol vi u vach ri chi cube vi, mana ronohei ta u xe cah ç'opon vi u vach. Ma-ha eut qui qu'iloc u vach gih, iq, chumii ; ma-ha-oc ca zakir-oc. Quehecut c'ucobizah vi rib ri Vukub-Cakix chi gihil, chi iqil; xa ma-ha chi qutun-oc, chi calahob-ocu zakil gih, iq : xa x-u raih nimal iqouen. Are ta x-banie butic çumal poy aham-che. cumatz, et cette inondation a un rapport étroit avec le déluge dont il est parlé dans le chapitre précédent. (Conf. Codex Vatican, ap. Rios, et Codex Borgian., ap. Fabregat, et le commentaire précédent. (1) Queheri u va cah, comme la face du ciel; va souvent pour vach. (2) Rumal zakil al, zakil qahol, mot à mot, à cause des blancs enfants, des blancs fils. Les mots al, enfant, et qahol, fils, lorsqu'ils se suivent, ont d'ordinaire le sens de vassaux ou su- jets. (3) Richesses; puvak signifie tout métal précieux indifféremment, quoi- qu'aujourd'hui on le dise plutôt pour 1 argent : cependant, pour exprimer tout à fait l'argent on dit saki-puvak . Je serai donc grand encore une fois au-dessus des êtres créés. Je suis leur soleil ; je suis leur aurore el je suis leur lune; ainsi soit-il. Grande est ma splendeur ; je suis celui par qui vont et marchent les hommes: Car d'argent est le globe de mes yeux, qui sont res- plendissants de pierres précieuses, et mes dents brillent dans leur émail comme la face du ciel (1). Voilà que mes narines reluisent de loin comme la lune, et d'argent est mon trône ; la face de la terre se vivifie lorsque je m'avance devant mon trône. Ainsi donc je suis le soleil, je suis la lune, à cause de la civilisation, de la félicité de mes vassaux (2). Ainsi soit-il , car ma vue s'étend au loin. (Ainsi) parlait Vukub-Cakix. Mais véritablement ce n'était pas lui Vukub-Cakix qui était le soleil ; seulement il s'enorgueillissait de ses pierreries, de ses richesses (3). Mais en réalité sa vue terminait où elle tombait et ses yeux ne s'étendaient pas sur le monde entier (4). Or, on ne voyait pas encore la face du soleil, de la lune ni des étoiles; il ne faisait pas encore jour. Ainsi donc Vukub-Cakix se faisait superbe (à l'égal) du soleil et de la lune, la lumière du soleil et de la lune n'ayant pas encore commencé à briller et à se manifes- ter : seulement il désirait s'agrandir et (tout) surpasser. Or, ce fut en ce temps qu'eut lieu l'inondation à cause des mannequins et des (hommes) faits de bois. blanc métal précieux, et gana-puvak, jaune métal précieux pour l'or. Le métal commun se dit chich; un ad- jectif le détermine, gana chich, cui- vre ou laiton. (4) Mana ronohel ta u xecah c' opon- vi u vach; non toutefois tout cepen- dant du monde atteignait sa vue.FÏ, qui suit le verbe, est presque toujours une particule d'élégance ou de force dans ce cas; cependant elle a un sens fort déterminé ailleurs, elle signifie le bout, la tête, ex. : Ru v'i nu gab, le bout de mes doigts (ou de ma main). Xecah, le monde, est composé de xe, monosyllabe qui signifie ra-1- eine et qui est aussi la préposition au-dessous; de cah, ciel, c'est-à-dire tout ce qui est sous le ciel. Quehecut x-chi ka byih chic ta x -canne Vukub-Cakix, x-chakatahic, ta x-banalahic vinak rumal Ahtzak, Ahbit. KOOPAH CHI TZIH. Vae u xe u chakatahic u yicoxic chi puch u gih Vukub- Cakix cumale caib qaholab, Huuahpu u bi hun, Xbalan- que u bi u cab. Xavi e qabauil. Rumal itzel x-qu'ilo ri nimarizay rib, x-rah u ban chuvach u Qux cah, x-cha eu ri qaholab : Mavi utz ta cb'ux-oc, mavi obi qaze vinak varal chuvach uleu. Quehecut chi ka tih u ubaxic chuvi r'echa, chi ka vubah vi chiri, chi ka coh vi u yab ta qiz-oc u ginomal, u xit, u puvak, quai, u yamanic ri gagabeh, quehecut ch'u bano ronohel vinak. Mavi are chi vinakir vi gagal ri xa puvak. Ta ch'uxoc, x-e cha ri qaholab, huhun chi ub qui telen qui cabichal. Are eu ri Vukub-Cakix e caib u qahol ; are nabeal ri Zipacna; u cabal chi eut ri Cabrakan ; Chimalmat u bi qui chuch, r'ixokil ri Vukub-Cakix. (1) Au lien deHunahpu, il devrait y avoir Hunhun-Ahpu, chacun des Ti- reurs de sarbacane, comme on le voit plus loin. Quant au nom de Xbalan- qué, il signifie le Petit-Tigre, com- posé qu'il est de a; qui, placé devant un nom propre, indique un diminu- tif ou féminin, et baZam, qui est le tigre ou jaguar; le que indique un pluriel; il est probable que les deux avaient les mêmes noms, ou qu'on les désignait par les mêmes dé- nominations : chacun des Tireurs de sarbacane et des Petits-ligres. (2) Les hommes vivaient, mais pas comme le voulaient les civilisateurs, de la vie intellectuelle qu'ils ap- portaient, Tordre des prêtres et de — 35 — Ainsi donc nous raconterons maintenant quand mou- rut Vukub-Cakix, (quand) il fut abattu et en quel temps se fit l'homme par la main du Formateur et du Créateur. CHAPITRE CINQUIEME. Voici l'origine de la défaite et de la destruction de la gloire de Vukub-Cakix par les deux jeunes gens, (dont) le premier s'appelait //wft/2/2/m et le second Xbalanqué(\). Véritablement c'étaient des dieux. A cause du mal qu'ils voyaient en celui qui s'enorgueillissait et qu'il voulait commettre à la face du Cœur du ciel, ils dirent ces mêmes jeunes gens : Il n'est pas bon que cela soit, l'homme ne vivant pas encore ici sur la terre (2), Ainsi donc nous essaierons de tirer de la sarbacane sur sa nourriture, nous y tirerons et nous lui inoculerons une maladie qui mette fin à ses richesses, à ses pierreries, à ses métaux précieux, à ses émeraudes et à ses bijoux dont il s'enorgueillit ; ainsi le fera tout le monde. Ce n'est pas pour enfler sa gloire que les richesses (exis- tent). Qu'il soit donc ainsi fait, dirent les deux jeunes gens, chacun d'eux avec sa sarbacane à l'épaule. Or, ce Vukub-Cakix (avait) deux fils; et le premier (était) Zipacna ; et le second (était) Cabrakan; Chi- malmat (était) le nom de leur mère, l'épouse de Vukub- Cakix (3). ]a noblesse n'étant pas encore créé. (3) Zipacna, ce nom est difficile a décomposer., parce au' il ne présente aucnn sens raisonnable. Zipac signi- fie ergot de coq, talon. Si on le dé- compose davantage, %i est le bois, pac un fruit, l'annone des pays chauds; na signifie beaucoup de choses, par exemple l'actualité, etc., et peut ve- nir de nao, penser. Cabrakan est tra- duit par Ximenez, de deux jambes; mais il signifie le tremblement de terre; je le crois d'origine haïtienne, comme hurakan. Chirrïalmat, dans le quiche, dit avec empressement; peut- être vient- il du mexicain chimal- U, bouclier ; ce nom rappelle celui de Chimalman, mère deQnetzalcohuatl. - 30 — Are curi Zipaena are chire chaah ri nimak huyub, ri Ghicak, Hunahpu, Pecul, Yaxcanul, Macamob, Hu~ liznab, ch'u chaxic, u bi huyub x-qolic ta chi za- kiriCj xa hun agab chi vinakiric ramai ri Zipaena. Areri chicut Cabrakan chi zilab huyub rumal, chi ne- bouic chuti huyub, nima huyub rumal ; Xavi quehe. nimarizabal quib x-qui bano u qahol Vu- kub-Cakix : Yx, va in gih, x-cha Vukub-Cakix. — In va in banol nleu, x-cha ri Zipaena. — In chicut quiyou cah, ch'in ulihronohel uleu, x-cha ri Cabrakan. Xavi u qahol Vukub-Cakix, xavi x-chi vi x-qui qam vi qui nimal chirih qui cahau. Are eut itzel x-qu'il vi qaholab. Maha chi ban-tah-oc ka nabe chuch, ka nabe cahau. Quehecut x-nohix vi qui ca- oiic, qui zachic, cumal qaholab. VAKPAH CHI TZIII. Vae cute u ubaxic Vukub-Cakix cumal caib qaholab; x-chi ka byihqui chakatahic chi qui huhunal ri nimarizay rib. (1) Are curi Zipaena are chire chaah, mot à mot, de celui-ci donc Zipaena de lui pour jouer. (2) Ces montagnes appartiennent aux 'pays guatémaliens, Le Hunahpu n'est autre que le volcan , dit de Fuego, qui domine la Antigua-Gua- lemala, encore aujourd'hui en érup- tion. Le Yaxcanul, autrement dit par lesjCakchiquelsGaçawnu/, est le volcan Oi donc, ce Zipacna (avait pour occupation; de rouler (1) ces grandes montagnes qu'on appelle Chicak, Hunàh- pu, Pecul, Yaxcanul, Macamob, Huliznab (2), et (c'est là) le nom des montagnes qui existèrent avec le le- ver de l'aurore et qui en une nuit furent créées par (la puissance de) ce Zipacna. De même aussi Cabrakan remuait les montagnes par sa volonté, et les montagnes grandes et petites s'agitaient par lui; Ainsi donc les fils de Yukub-Cakix s'en faisaient une cause d'orgueil : Attention, c'est moi qui suis le soleil (3), dit Vukub-Cakix. — C'est moi qui ait fait la terre, dit Zipacna. — Et c'est moi qui secoue le ciel, c'est moi qui bouleverse toute la terre, dit Cabrakan. C'est ainsi que les fils de VukubrCakix, c'est ainsi vrai- ment qu'ils s'arrogeaient la grandeur à la suite de leur père. C'était donc là le mal que virent les (deux) jeunes gens. Mais en ce temps notre première mère et notre premier père n'étaient pas encore créés (4). C'est ainsi que fut ré- solue leur mort (celle de Vukub-Cakix et de ses fils), avec leur destruction, par ces jeunes gens. CHAPITRE SIXIEME. Voici donc maintenant le (récit du) coup de sarbacane tiré sur Vukub-Cakix par les deux jeunes gens : nous ra- conterons leur défaite de chacun en particulier de ces (êtres) qui se faisaient si superbes. de Santa-Maria, près de Quetzaltenan- go, dans les Altos ; les autres son t dans les contrées voisines, entre la grande chaîne de Soconuscoet le Lacandon. /3) Yx, va in gih, mot à mot Vous ! voilà moi le soleil, comme s'il y avait : vous autres regardez. (4) C'est-à-dire les hommes que les Quiches regardaient comme leurs an- cêtres. Areri Vukub-Cakix hun nima che ri tapai, are eu r'eçha ri Vukub-Cakix; are ch'ulo ri h vach tapai ch'akan ehu vi che hulagih, x-iloni akut r'echabal cumal ri Hunahpu, Xbalanque : ' Qui qakalera chicul chu xe che ri Vukub-Cakix, emat- zamoh ulo ri caib qaholab pa xak che, ta x-opon eut Vu- kub-Cakix takal chuvi r'echa ri tapai. Qatecut ta x-ubaxic cumal ri Hunhun-Ahpu takal u bak u ub chu cacate ; ch'u rakuh u chi, ta x-pe chu vi che ta- kal chuvach uleu. Chi malmat eut ri Hunhun-Ahpu, amm x-bec quitzih vi x-be u chapa : qatecut ta x-cupix ula u gab ri Hunhun- Ahpu rumal ri Vukub-Cakix, huzuk x-tzak uloc, x-meho uloc tzam u teleb; Ta x-u tzocopih chicut Hunhun-Ahpu ri Vukub-Cakix : xavi utz x-qui bano, ma nabe qui chakatahic-tah rumal Vukub-Cakix. U caam chicut u gab ri Hunhun-Ahpu rumal ri Vukub- Cakix, ta x-be chi r'ochoch, xa chi eu ulo tem u cacate x-oponic. Nakipa mi-x-qamou chi La,x-cha eu ri Chimalmat, r'rx- okil Vukub-Cakix? — Nakipa-ri, ri e caib qaxtok mi-xi- quivubah, mi-x-zilibatah nu cacate : Humai xa ca chuyu ahe, v'e, ca coxou chic; mi nabe mi-x-nu qam uloc chuvi gag eut, chi xeque-vi, chi tzayaba (1) Tapai, arbre des climats chauds, qu'on appelle Nanze au Mexique; son fruit est rond et petit, jaune, aroma- tique et savoureux. (?) Au heu de Hun Âhpu, k texte donne ici Hunhun-Ahpu, qui est appelé ailleurs le père du premier. L'histoire serait plus exacte, si dans ces quatre chapitres il y avait Hun- hun-Ahpu et Vukub- H un- Âhpu ; Étais — :\9 - Ce même Vukub-Cakix avait un grand arbre, (de ceux qu'on appelle) Nanze(\),zi c'était là la nourriture de Vu- kub-Cakix ; lequel venait au nanze et montait chaque jour à la cime de l'arbre, pour voir les écosses (des fruits) qui avaient été mangés par Hunabpu et Xbalanqué : De leur côté, donc, épiant Vukub-Cakix au pied de l'ar- bre, les deux jeunes gens venaient se cacher dans le feuil- lage, tandis que Vukub-Cakix arrivait pour se jeter sur les nanzes (qui faisaient) sa nourriture. Ensuite il fut frappé d'un coup de sarbacane de (la main de) Hunhun-Ahpu (2) qui lui tira la balle de la sarba- cane dans la joue ; il poussa (aussitôt) de grands cris, en venant tomber de la cime de l'arbre à terre. Hunhun-Ahpu s'empressa donc aprèslui et courut promp- terùent afin de s'emparer de lui : mais Hunhun-Ahpu se (laissa) saisir d'un bras par Vukub-Cakix qui aussitôt le secoua et le lui arracha avec) violence de l'extrémité de l'épaule. Mais alors Hunhun-Ahpu laissa aller Vukub-Cakix : c'est bien ainsi qu'ils firent, sans pouvoir être vaincus les premiers par Vukub-Cakix. Ainsi portant le bras de Hunhun-Ahpu, Vukub-Cakix gagna sa maison, où il arriva soutenant sa mâchoire. Qu'est-il donc arrivé à Votre Seigneurie (3), demanda alors la Chimalmat, l'épouse de Vukub-Cakix ? — Que serait-ce (autre chose) que ces deux méchants qui m'ont tiré de leur sarbacane et démonté la mâchoire : C'est de quoi sont ébranlés ma denture et mes dents, qui me font beaucoup souffrir; (son bras que j'ai arraché) d'abord, jeviens de l'apporter sur le feu , pour qu'il demeure tous ces noms sont plus ou moins symboliques, et il faut se garder de les prendre à la lettre (3) Chi La, a votre seigneurie. La\ seigneur! est une particule révérentielie qui équivaut à votre seigneurie, votre altesse, seigneur, ou bien, ô puissant — 40 — cliiwi gag, ta ciii qui qania chic quitzih chi e qaxtok ; x- cha ri Vukub-Cakix, ta x-u xequeba u gab ri Hunhun- Ahpu. Qui naohiuic chic ri Hunhun-Ahpu, Xhalanque, ta x- qui-bih eut chireçh hun marna, quitzih zak chic r'izmal vi chi marna, hun atit, quitzih quemel atit chic, xa que lueu- kila chic chi rihitak vinak. Zaki-Nim-Ak u bi marna ; Zaki-Nima-Tzyiz eut u bi atit. X-e cha eut qaholab chique ri atit, marna : Qu'yx k'achbilah-tah chi be-ta qama ka gab mq Vu- kub-Cakix. Xa koh tere chy vih : Qui ri ka main ri k'ach- bilan ; caminak qui chuch, qui cahau. QueheciU que tere cotila vi chikih ta la que ka zipah vi; ruoial xa elezan u chicopil eiah ca ka bano, qu'yx cha. Quehecu ri oh acalab chi r'ilo ri Vukub-Cakix, xavi oh qoh yauic y rsaoh, x-e cha ri e caib qaholab. — Utzbala ! x-e cha eut. Qatecut ta x-e bec tzamal cubi ri Vukub-Cakix chuvaeh u galibal; ta x-e iqouic ri atit, marna, que etzeyah çuri e caib qaholab chîquih^ ta x-e iqou chuxe r'ochoch ahau, e'u rakuh eu u chi ri Vukub-Cakix ruinai r'e Ta x-il çut Vukub-Cakix ri marna, atit c'achbilan (1) Ici reparaissent sous une forme plus humaine deux autres des per- sonnages divins du premier cha- pitre. (2) Qu'yx k'achbilah'tah chi be-ta, que vous nous accompagnions à aller. Le tah qui suit le verbe accompagner et ta le verbe aller, indiquent le sub- jonctif et aussi le pouvoir ou la volonté de faire ce que dit le verbe; — il — suspendu au-dessus du brasier jusqu'à ce qu'ils le vien- nent en vérité reprendre ces démons; dit Vukub-Cakix, tandis qu'il suspendait le bras de Hunhun-Abpu. Ayant tenu conseil Hunliun-Ahpu et Xbalanqué, ils en parlèrent avec un vieillard, et véritablement la chevelure de ce vieillard était toute blanche, ainsi qu'à une vieille femme, et cette vieille était vraiment toute courbée et pliée en deux par la vieillesse. Le Grand-Sanglier-Blanc était le nom du vieillard; le Grand-Blanc Piqueur d'Epines était le nom de la vieille. Or, les jeunes gens leur dirent à la vieille et au vieil- lard (4) : Veuillez nous accompagner pour aller(2) prendre notre bras de chez Vukub-Cakix. Nous irons derrière vous (et vous direz) : Ce sont nos petits-fils (3) que nous accom- pagnons ; leur mère et leur père sont morts. Ainsi ils nous suivent partout où il nous convient de leur permettre ; car nous faisons (le métier) de tirer les vers des dents, di- rez-vous. Ainsi Vukub-Cakix nous regardera comme des enfants et nous serons là pour vous donner nos conseils, dirent les deux jeunes hommes. — C'est fort bien ! répondirent (les deux vieillards). Ensuite ils se mirent en chemin (vers) l'extrémité où Vukub-Cakix était couché sur le devant de son trône; la vieille et le vieillard passèrent alors, les deux jeunes gens jouant derrière eux, et comme ils passaient au pied de la maison du roi, (ils entendirent) les cris que poussait Vu- kub-Cakix à cause de ses dents (4). Or, dès que Vukub-Cakix aperçut le vieillard et la quelquefois on le voit faisant seul I office même du verbe, ex. Jn tah ulz, que je sois bon,(mot à mot, moi puisse (être) bon. (3) Mam ou mania est le vieillard. l'ancien ou l'aïeul, et quelquefois il signifie le petit-fils. (4) Cu rakuh eu u chi, il vociférait, mot à mot, il raclait sa bouche. - 4-2 — quib : Apa qiryx pe-vi, ka mam, x-cha cunahau.J — Xa oh tzukubei kib, Lai ahauî x-e cha eut. Nakipa y tzukubal? Ma yv'alcual ri ■ y v'achbilan ? — Mahabi, Lai ahau ; e ka mam ri ; xere nare ça ka tokobah qui vach, ri yaaxel hupir chakapea ka ya chiquech, Lai ahau, x-e cha-cut ri a lit, marna. G'utzin eu ri ahau rumal u coxom u e, xa eu niinakva- chih chicca chauic : In taba canih chyvech eh* y tokobah ta nu vach. Nakipa qui ch'y bano, nakion qui clry cunah, x-cha-cut ahau ? Xa u chicopil eiah çhi k'elezah, xa eu u bak u vach chi ka cunah, xa bak chi ka viko, Lai ahau, x-e cha-cut. Utzbala. Ch'y cunah-ta ba v'equilzih ca coxouic huta- gih ; mavi ch'ogitahic, ma-habi nu varam rumal, ruq u bak nu vach ; Xaxi qui ubah e caib qaxtok ta x-tiqaric; mavi qu'm echauic rumal : Quehe-ta-cut ch'y togobah vi nu vach ; xa ca ch'u yub v'ehe chic ri v:e. Utzbala, Lai ahau. Chicop ba ca coxuvic; xa ch'oc u gexel ch'el ri e La. — Ma-ba utz-lo ch'el ri ve; rurnal xere in ahau vi, nu caubal ri v'e ruq u bak nu vach. X-chi ka coh chic na-cut u gexel, hogom bak x- (1) Tzukubei kib, de quoi nous soutenir, de tzukuh, soutenir, qui forme tzukubeh, soutenir avec quel- que chose, ex, Au tzukubeh va, je me soutiens avec du pain, le mot avec étant exprimé par beh, qui devient participe en changeant h en i. il) Ca ka tokobah que vach, mot — m — vieille, ainsi que ceux qui les accompagnaient : D'où ve- nez-vous, mes anciens? leur dit aussitôt le roi. — -Nous allons cherchant de quoi nous soutenir, ô mon seigneur! répondirent-ils (1). Quel est votre moyen de subsistance ? Sont-ce vos en- fants que vous accompagnez? — Point du tout, mon sei- gneur: ce sont nos petits-fils; mais voyez-vous, nous avons pitié d'eux (2), nous partageons et leur donnons la moitié (de notre nourriture), répondirent la vieille et le vieillard. Or, le roi était à bout, à cause de la souffrance de ses dents, et c'était avec effort qu'il parlait : Je vous en con- jure, tout de suite ayez pitiéde moi (dit-il). Que faites-vous, quelles choses guérissez-vous? ajouta le roi. Nous tirons simplement les vers de la mâchoire; nous guérissons (les maux) du globe de l'œil et nous remettons les os, ô mon seigneur, répondirent-ils. C'est fort bien. Guérissez donc bien vite, je vous en prie, mes dents qui me font vraiment souffrir chaque jour; car je n'ai ni repos ni sommeil à cause de cela et de mes (maux d') yeux ; Deux démons me tirèrent un coup de sarbacane pour fc commencer; (ce qui fait que) je ne mange plus : ainsi donc ayez pitié de moi ; car tout remue (dans ma bou- che), mes dents et ma mâchoire. C'est fort bien, mon seigneur. C'est un ver qui vous fait souffrir; il suffit qu'on change (votre mâchoire) en ôtant les (mauvaises) dents de Votre Altesse (3). — Sera- ce bien bon d'ôter mes dents; car c'est ainsi seulement que je suis roi, et toute ma beauté (vient) de mes dents et du globe de mes yeux. Nous en mettrons aussitôt d'autres en échange, (c?est- à mot, nous plaignons leurs fa- ces. Le premier ca indique le pré- sent. '3) Xa ch'oc u gexel, ch'el n *> la, mot à mot, seulement qu'il entre son échange et sorte les dents de votre altesse. — a — choc chic; arecut hosom bak x-ri xa zaki ixnu. Utzbala; ch'yv'elezah, ch'y too uloc, x-cha-cut. Ta x-el curi r'e Vukub-Cakix; xa zaki ixini u gexel r'e x oquic, xa chi eu zakhuluhuh chi ula ixira pu chi. Huzuku x-kah u vach, mavi ahau chic x-vachinic : x- qiz elic ri r'e quai, raxçauacoh pu chi. Ta x-cunax chi eut u bak u vach Vukub-Cakix, ta x-choliç u bak u \ach x qiz elic ri puvak. Mani ca x-tah x-u nao : xavi xere ca mucunic ta x-qiz eu elic ri u nimarizabal rib, xavi qui naoh ri Hunahpu, Xbalanque. Ta x-cam eut ri Vukub-Cakix, ta x-u qam eut u gab ri Hunahpu, x-cam naipuch Chimalniat, r'ixokil Vukub- Cakix. Quehecut u zachic u ginorual Vukub-Cakix; ri xa aheun x-qamouic ri quai yamanic x-u punabeh varal chuvach uleu. Naual atit, naual mama x-banouic. Ta x-qui qam cul qui gab x-tiqui ta x-uq-oc utzohic x-uxic Xa rumal u camic Vukub-Cakix x-c*ah quehe x-qui bano; itzel x-qu'ilo nimarizabal ib. Qatecut x-e be chic e caib qaholab, xa u tzih ri u Qux cah ta x-qui bano. (1) On a découvert au Pérou et i funéraires), contenant entre autres dans l'Equateur des vases de terre objets un squelette qui avait dans la cuite de grande dimension (urnes | bouche de fausses dents .ittachrc:? a à-dire que) des os purs et nets seront mis à leur place (1); or, ces os purs et nets n'étaient autre chose que des grains de maïs blanc. Fort bien; tirez-les donc et me venez en aide, répondit- ii. Alors on enleva les dents de Vukub-Cakix ; maison ne lui mit que des grains de maïs blanc en échange, et (l'on vit) aussitôt briller ces grains de maïs dans sa bouche. Sa splendeur aussitôt tomba, et il cessa de paraître roi. On acheva de lui enlever ses dents de pierres pré- cieuses, qui brillaient dans sa bouche. Tandis qu'on opé- rait les yeux de Vukub-Cakix, on écorcha le globe de ses yeux, en achevant de lui ôter ses richesses. Mais il n'était plus en état de le sentir : il voyait bien encore, mais ce qui faisait son orgueil avait fini par lui être enlevé (entièrement), parle conseil de Hunahpu et de Xbalanqué. Alors mourut Vukub-Cakix, tandis que Hunahpu re- prenait son bras, et (ensuite) mourut également Chimal- mat, l'épouse de Vukub-Cakix. Telle fut la destruction des richesses de Vukub-Cakix ; or ce fut le médecin qui lui prit les émeraudes et les pierres précieuses dont il s'enorgueillissait ici sur la terre. La vieille et le vieillard qui firent (ces choses) étaient des êtres merveilleux. Or, ayant repris les bras (des deux jeunes gens) ils les replacèrent, et les ayant rattachés, le tout demeura bon. Uniquement pour (amener) la mort de Vukub-Cakix, ils voulurent agir ainsi ; car il leur paraissait mauvais qu'il s'enorgueillît. Après cela, les deux jeunes gens se mi- rent en chemin, ayant exécuté (de cette manière) la parole du Cœur du ciel. Ja mâchoire avec un fil d'or (Bollaert, I dor, Peru, Chile, etc. London, ïrù- Antiquarian, ethnological and other bner and co. page 83). researches in New-Granada, Ecva- \ 46 VUKPAH CHI TZIH. Vae chi cute u banoh chic Zipacna, u nabe qahol Vukub- Cakix : In banol huyub, ca cha ri Zipacna. Are ciiri Zipacna c'atinic chu chi ha, ta x-e iqouic omtich qaholab, e hur vi che r'akan qui cabal , omuch ch'u binic, ta x-qui gat cuthun nima che u vapalil qui cabal. Qatecut x-beri Zipacna, x-opon eu chila cuq ri omuch qaholab : Nakipa qui bano, yx qaholab? — Xa che inavi ca kayaco chi teleba. — X-ch'in teleh. Apa c'opon vi? Na- kipa u chak chi y qux ? Xa u vapalil ka cabal. — Utzbala, cha-cut. Ta x-u hu- ruh eut, x-u teleba eu akan-oc chu chi qui cabal omuch qaholab. Xatavi c'at qohe kuq, at qahol. Qo-pa a chuch a ca- hau? — Ma-habi, x-cha-cut. — Caka chakimah tanabaîa chuvek chu vabaxic chic hunka che r'akan ka cabal. — Utz, x-cha chicut. Qatecut x-qam qui naoh rri omuch qaholab : Areri ala, hupacha chi ka ban chire chika camizah-tah ; rumal mavi utz ri c1 u bano, xa utuquel mi-x-u yac ri che. Ka qoto hun nima hul, chiri ta eut chi ka tzak vi ka- hoc pa hul : H'a qama gaha uleu pa hul, koh cha-ta — 47 — CHAPITRE SEPTIEME. Voici ensuite les faits de Zipacna, le' premier engendré de Vukub-Cakix : Je suis le créateur des montagnes, di- sait Zipacna. Or, voici que Zipacna se baignait au bord de la rivière, quand vinrent à passer quatre cents jeunes gens, traînant un arbre pour pilier de leur maison ; quatre cents ensem- ble cheminant, après avoir coupé un grand arbre pour (servir de) poutre mère à leur maison. Alors Zipacna s'en allant arriva où étaient les quatre cents jeunes gens (et leur dit) : Que faites-vous, ô enfants? — Seulement cet arbre que nous ne pouvons soulever pour le charger sur nos épaules. — Je le porterai1 (ré- pondit-il). Où (faut-il) qu'il aille? Quel service désirez- vous? Seulement la poutre principale de notre maison (que nous vous prions de porter). — C'est fort bien, répondit- il. Alors il P enleva avec force, le chargea sur ses épaules et le porta à l'entrée de la maison des quatre cents jeunes gens. Eh bien, donc, reste avec nous, jeune homme. As-tu mère et père? — Je ne les ai plus, répondit-il. — Or ça, (reprirent-ils), nous vous reprendrons encore une fois de- main pour signaler un autre arbre pour pilier de notre mai- son.— C'est bien, dit de nouveau (Zipacna). Ensuite les quatre cents jeunes gens tinrent conseil : Voilà ce jeune homme (dirent-ils), comment ferons-nous pour que nous puissions le tuer; car il n'est pas bon qu'il fasse ces choses, ayant à lui seul soulevé cet arbre. Creusons une grande fosse et nous le jetterons en le faisant tomber dans la fosse : Va prendre et tirer de la — 48 — ehire; cbi are ta eut pachal kahoc pa hul, ta ka tarife ka- hoc ri nima che chiri ta eut chi carn vi pa hul. X-e cha-cut omuch qaholab ta x-qui qot eut hun nima hul naht x-kahic : ta x-qui tak eut ri Zipacna : Oh canih chavech ; chi be-ta a qoto chic uleuh, mavi ca ka riqo, x-u chaxic. LUzbala, x-cha-cut. Qatecut x-kah pa hul. C'a ziquin uloc ta qoto-tah-oc ri uleu : naht ta chi kahic aumal,x-u chaxic? — Ve, x-cha-cut, ta x-u tiqiba u qotic hul; xa cuu hul x-u qoto u colbal rît». X-r'etamah ri u camizaxic, ta x-u qot eut hun vi chi hul, chu tzalanem, u ca hul x-u qoto x-colo-tah vi. Ca hanican pala, x-u chax eu kahoc ciunal omuch qaholab? — Qui na nu qoto ; ve x-qivyx nu ziquih akan- oc, ta ch'utzin-oc u qototahic, x-cha uloc Zipacna chiri pa hul. Ma eu are c'u qot u xe hul ri u mokikil, xa u hul c'u qoto colbal rib. Qatecut ta x-ziquin uloc ri Zipacna, colon chu ca chiri pa hul ta x-ziqui uloc. Qu'yx pet-oc ch'ul y qama uleu r'achak hul mi-x-qoto- tahic; quitzih nah mi-x-kah vumal. Mapa qu'y ta nu zi- quibal lo ? Are curi y ziquibal xa u bi ca xohanic, queheri hun elebal, caib elebal, yx qo-vi ca nu tao ; X-cha ula ri Zipacna pa u hul chiri eut matzal chi vi uloc ca ziquiyah chi ula pa hul. (1) Hun nima hul naht x-kahicy mot à mot, une grande fosse (qui) loin descendait. (2) Oh canih chavèch, nous aimons h toi ou pour toi. — Canemouganem. amour. — 49 terre du trou, lui' dirons-nous; et une fois incliné et des- cendu dans la fosse, nous y lancerons un grand arbre et il mourra promptement là dans la fosse. Ainsi parlèrent les quatre cents jeunes gens, et ils creusèrent une fosse bien profonde (1); ensuite ils appe- lèrent Zipacna : Nous te chérissons (véritablement) ; va donc et creuse davantage la terre, que nous n'en pouvons plus, lui fut-il dit. C'est fort bien, répondit-il. Ensuite il descendit dans la fosse : et l'appelant tandis qu'il creusait la terre : Es-tu descendu déjà bien profondément (2)? lui dit-on. — Oui, répondit-il (3), pendant qu'il commençait à creuser la fosse; mais la fosse qu'il creusait (était) pour se sauver. Il savait qu'on voulait le tuer tandis qu'il creuserait cette fosse, et décote il creusa une seconde fosse pour se sauver. Est-ce bientôt fini? lui fut-ii dit d'en haut par les quatre cents jeunes gens. — Je suis encore occupé à creuser, mais je vous appellerai d'en bas, quand ce sera fini de creu- ser, leur répondit Zipacna du fond de la fosse. Mais il ne creusait nullement le fond de la fosse (qu'on lui destinait) pour tombeau ; sinon qu'il creusait le trou où il voulait se sauver. Après quoi Zipacna appela, ne criant toutefois que lorsqu'il se vit à l'abri dans l'autre trou. Venez chercher et emporter la terre avec les débris de la fosse que j'ai creusée : car vraiment je suis arrivé bien bas. N'entendez-vous donc pas mon cri? Mais voici votre voix, et le son en est répercuté comme un, comme deux échos, j'entends où vous êtes; Disait Zipacna de la fosse où il s'était abrité, et il (con- tinuait) à crier du fond de la fosse. (3) Naht tu chi kahic aumal, loin déjà avec la descente par toi. — Vumal, par moi ou à cause de moi ; aumal, par ou pour toi; rumal, par ou à cause de lui ; humai, par ou pour nous; yvumal, par ou pour vous; 4 50 Are eut ca hurux uloc ri qui nima che rumal qaholab qatepnch x-qui tarih kahoc ri che pa hul. Ma qo ma chauie; chi-ka tana-ta ch'u rakuh u chi, ta cam-oc, x-e cha chi quibil quib; xa que hazlahic, xa pu chi màtzalah qui vach chi qui huhunal, ta x-qui tarih ka- hoc ri che. Are eu x-cha eut ta x-u rakuh u chi, xa hupah chic x-ziquinic, ta x-kah apan-oc ri che. Oka mi-x-utzinic qui utz mi-x-ka bano chire! mi-x-ca- mic : atalabe chi taken ch'u bano ch'u chakuh, ta clvuxoc ; u nabe la x-u qoh ula rib kuq, chi kaxol puch la, ohomuch qaholab. . X-e cha-cut que quicot chic : Qo ri u banic ka quiy oxih, que eqouic oxih puch chik'uqah lakabebal ka cabal la, oh, omuch chi qaholab. X-e cha : Chauek eut chi k'ilo ; cabih puch chi k'ilo mapa chi pe zanic pu uleu, ta chuin-oc, ta gey-oc; qa- tecut cul chi ka.qnx ta k'uqah ri ka quiy? x-e cha-cut. G'u ta eu uloc ri Zipacna chiri pa hul, ta x-qui bih qah- olab ri. Cu chu cabih puch, ta x-tubukih zanic, que bi~ nouic, que buchuvic, ta x-e culun xe che; cumal, par ou pour eux ; umal est le pro, per et propter des Latins. (1) Qo ri u lanic ka quiy oxih, mot à mot, il y a ceci son (ou de^- faire nos vins trois jours. Le mot quiy que nous rendons par vin est le nom générique de toutes les bois- sons fermentées que faisaient et que — 51 — Et voilà que le'grand arbre (qu'ils avaient amené pour leur maison) fat emporté violemment par les jeunes gens, et ils lancèrent ensuite le bois en le faisant tomber vive- ment dans la fosse. Que personne ne parle ; attendons seulement qu'il crie et qu'il meure, se dirent-ils les uns aux autres, en parlant en secret et se contentant de se couvrir la bouche et de se regarder mutuellement, tandis qu'ils faisaient tomber le bois. Or, voilà que Zipacna parla alors, en poussant un cri; mais il ne lit entendre sa voix qu'une seule fois, tandis que le bois tombait au fond. Oh! combien nous avons réussi dans ce que nous lui avons fait ! il est bien mort : si par malheur il avait conti- nué le travail qu'il avait commencé, ce serait fait (de nous): il s'était introduit le premier avec nous, parmi nous-mê- mes, nous autres les quatre cents jeunes gens. C'est ainsi qu'ils dirent, se réjouissant davantage : Ce qu'il y a à faire maintenant, c'est notre vin (1) pendant trois jours et à passer trois jours de plus à boire à la fondation de nos maisons, nous autres, les quatre cents jeunes gens. Ils dirent : Or , demain nous verrons ; après de- main nous verrons encore si par hasard les fourmis sont venues dans la terre (attirées) par l'odeur, pour enlever cette charogne; ensuite notre cœur se repo- sera, tandis que nous boirons notre vin, ajoutèrent- ils. Or Zipacna entendait là dans la fosse ce que disaient les jeunes gens. Puis au deuxième jour, les fourmis arri- vèrent tout à coup, allant et venant en masse, pour se réunir sous l'arbre ; font encore les Indiens : on le traduit souvent par le mot chicha, et c'est un des noms qu'on donne à la boisson tirée du maguey ou aloës américain, I eau-de-vie ou pulqué, octli, en mexi- cain. — Le mot oxih est composé de ox-gih, trois jours, - 52 — Humah qui cayeloon iz, qui cayeloon puch r'ixgag Zi- pacna. Ta x-qu'iîcurî qaholab : Mi-pa x-ulzin ri qaxtok? Ch'yv 'ila na zanic mi-x-e culun uloc, mi-x-e tubukih uloc, humah iz qui eayen, qo r'ixgag; ri chila mi-x-ka bano. Ca x-e cha chi quibil quib. Are curi Zipacna xavi qaz~ lie, x-u gat uloc r'izmal u vi, xa pu c'u eux uloc r'ixgag chi re, c'u ya ula chiquech ri zanic. Quehe curi x-camic x-qui nao omuch qaholab. Qate- cut x-tiqar qui quiy chi r'oxih, ta x-e gabar puch cono- hel qaholab. E eu gabarinak chic conohel omuch qaholab, ma-habi ca qui na chic : qatepuch x-ulix ri cabal pa qui vi ruinai ri Zipacna; x-e qiz chayatahic conohel. Mahabi chic hun, caib x-cololah chiquech ri omuch chi qaholab, x-e camizaxic rumal Zipacna, u qahol ri Vukub-Cakix, Queheeut qui camic omuch qaholab ri, x-cha chicut are ri x-e oc chi chumilal ri motz u bi cumal ; ve eut xa zakbal tzih lo. Are chicut chi ka biyh u chakatahic chic Zipacna ru-' mal ri ecaib qaholab, Hunahpu, Xbalanque. (i) C'u cuxul-oc r'ixgag chi r'e, il | séparation, et donnant plus de force au avait scié ses ongles avec ses dents, verbe qu'il accompagne, comme si l'on Ul, qui suit le verbe eux, scier, est un disait scier dehors ; oc, particule op- autre 'verbe qui signifie venir, des- tative, indique le pi us -que -parfait, cendre ; mais il est souvent auxiliaire quoique celui-ci s'exprime encore au- comme ici, indiquant une sortie, une trement. Oc est aussi le verbe entrer. — 53 — Les unes portaient des cheveux et les autres des ongles de Zipacna. En voyant ces choses, les jeunes gens (dirent) : A-t-il fini, ce misérable? Voyez-vous que les fourmis se montrent et qu'elles arrivent en masse, les unes portant des cheveux, et les autres sont (chargées) de ses ongles ; voilà ce que nous avons fait. Voilà ce qu'ils se disaient les uns aux autres. Mais Zi- pacna était bien vivant; il s'était coupé (lui-même) les cheveux de la tête et s'était scié les ongles avec ses «lents (1), pour les donner aux fourmis. Et ainsi les quatre cents jeunes gens pensèrent qu'il était mort. Ensuite au troisième jour commença leur festin, et tous les jeunes gens s'enivrèrent. Et les quatre cents jeunes gens étant tous ivres, il ne leur restait plus de sentiment : et alors leur cabane fut renversée sur leurs têtes par Zipacna; et ils finirent par être tous détruits. Ni un ni deux ne se sauva d'entre ces quatre cents jeu- nes gens, tués qu'ils furent par Zipacna, le fils de Vukub- Cakix. Or telle fut la mort des quatre cents jeunes gens, de qui Ton dit également qu'ils entrèrent dans le groupe d'é- toiles qu'on appelle le Groupe (les Pléiades) à cause d'eux (2), quoique ceci puisse être une fiction. Nous raconterons ici également la défaite de Zipacna parles deux jeunes gens, Hunahpu et Xbalanqué. (2) Motz, groupe ou amas, c'est le nom des Pléiades en quiche. Omuch- qaholab, les quatre cents jeunes gens, dont il est ici question et qui périssent dans une orgie, sont les mêmes qu'on adorait au Mexique, sous le nom de Ceritzon-Totochtin, les quatre cents lapins, invoqués comme les divinités protectrices du vin (pulqué) et des ivrognes. Omuch comme Centzon est une multitude; pris particulièrement, il signifie 40P, VAHXAKPAH CHI TZIHL Are chic u chakatahic, u camic Zipacna, ta x-chak chic cumal ri e caib qaholab Hunahpu Xbalanque. Are chic u yok qui qux qaholab ri omuch chi qaholab x-e camic rumal Zipacna. Xa car, xa tàp ch'u tzukuh chi tak a, xere chi r'echaah hutagih : pa gih chi vacatic ta ch'u tziikuh r'echa, ch'agab eut chi r'ekah huyub. Qatecut u halvachixic hun ninia tap cumal Hunahpu Xbalanque, are eut x-qui coh ri u vach ek : ri maq ek qo pa tak qechelah. Are u xul tap x-uxic, pahac chicut u cok gab : x-qui cohozelabah curi u va r'achak tap rihouohic. Qatecut ta x-qui coh u coc chu xe pek, chu xe nima huyub, Meavan u bi huyub, x-chakatah vi. Qatecut ta x-e pe ri qaholab x-qui eu ri Zipacna chi ya : Apa c'at be vi, at qahol, x-chax curi Zipacna? — Ma- habi quin be vi, xa v'echa ca nu tzukuh, yx qaholab, xr cha curi Zipacna. (1 ) U halvachixic hun nima tap cumal Hunahpu, Xbalanque, mot à ïiiot, il fut imité une grande écre- visse par Hunahpu et Xbalanque. (2) Ek est le nom d'une plante sylvestre, à grandes feuilles, dont les CHAPITRE HUITIEME. Voici à son tour la défaite et la mort de Zipacna, quand il fut vaincu à son tour par les deux jeunes gens, Hunahpu et Xbalanqué. Ce qui blessa le cœur de ces jeunes gens, (c'est que) les quatre cents jeunes gens (dont nous avons parlé plus haut) eussent été tués par Zipacna. De poisson et d'écrevisses seulement il s'alimentait au bord des rivières, et c'était sa seule nourriture de chaque jour : de jour il se promenait, en cherchant sa nourriture, de nuit il chargeait les montagnes sur ses épaules. Ensuite Hunahpu et Xbalanqué fabriquèrent une fausse écrevisse d'une grande dimension (1) et ils lui mi- rent une tête d'ek (2) : or Tek se recueille dans les bois où il y en a partout. De cela se firent les grandes pattes de l' écrevisse et de pahac les petites pattes (3) : ils lui mirent une cara- pace de pierre, ce qui acheva la face postérieure de l'é- crevisse. Ensuite ils introduisirent cette ; espèce de) tortue au fond d'une grotte, au pied d'une grande montagne, et Meavan est le nom de la montagne, (dans l'espoir) d'être les vainqueurs (de Zipacna). Puis les jeunes gens allèrent à la rencontre de Zipacna au bord de la rivière : Où donc vas-tu, jeune homme ? dirent-ils à Zipacna. — Je ne vais nulle part, c'est seule- ment ma nourriture que je cherche, ô jeunes gens, répon- dit Zipacna. indigènes ornent leurs ares de tiiom- j présent ce quêtait le pahac; mais plie, etc. ailleurs je trouve paak, sorte d'an (3) Je n'ai pu découvrir jusqu'à jnââe, ^ 56 ~ Nakipa av'echa? — Xa car, xa tap; x-ma qo chiri ca nu riqo; cabihir eh1 in canah r'echaxic, mavi ca nu chih chic vaih, x-cha Zipacna chiquech Hunahpu, Xbalanque* Huna re la tap qo ula xe zivan ; quitzih chi nima tap, ca gih-tala ch' av'echaah lo. Xa koh u tio mi-x-r'ah ka chapo, ca ka xibih kib rumal. Ma-chi-be-on ka chapa, x-e cha ri Hunahpu, Xbalanque. Qu'y togoba nu vach, qu'ybeta y vaba, yx qaholab, x-cha ri Zipacna. — Ma-ba chi k'ah. Xata c'at bec; ma zachibal-tah ; xa r'akan ha c'at bec, at eu ta c'ul apon-oc xe nima huyub, hovol ula chu-xe zivan ; xa c'at el apan- oc, x-e cha Hunahpu, Xbalanque. Lakiba! togobnu vach! ma^ba x-u culu, yx qaholab? Qu'yxbena eu nu vaba ; qo qui xo viri tziquin chi be-tah yv'ubah v'etaam qo-vi, x-cha chicut Zipacna. X-elahic x-oc na chi qui vach qaholab : La maqui eu x-ch' a chap-lo, ta xa quehex-koh tzalih avumal : ma-xa- mavi x-ka tiho, xa huzuc chi tionic ri oh hupulic koh oc ubic. Qatecut ka xibih rib, ri oh pagalic koh oc ubic ; xa eu zcaquin chic mavi chi ka riqo. Qatecu utz at pagalic c'at oc ubic, x-u chax eut. (1) la se rencontre assez souvent dans le discours; outre qu'il est révé- rentiel, c'est une particule d'élégance, d'euphonie, etc. Lo est une particule dubitative. Ma est une négation et une particule d'interrogation plus ou Quelle est ta nourriture? -r Seulement du poisson et des éçrevisses; mais il n'y en a point ici que j'aie pu trou- ver; (voici) le deuxième jour que j'ai laissé de manger et je n'en puis plus de faim, leur dit Zipacna à Hunahpu et à Xbalanqué. Il y a là-bas une écrevisse au fond de la ravine (dirent- ils alors); véritablement c'est une grande écrevisse, et ce serait un fameux morceau pour ton dîner. Seulement elle nous a mordus (quand) nous voulions la prendre et nous nous en sommes effrayés. Pour rien nous n'irions la pren- dre maintenant, dirent Hunahpu et Xbalanqué. Ayez pitié de moi, venez me montrer (par où il faut que j'aille), jeunes gens, dit Zipacna. — Pour rien au monde nous ne le voudrions. Vas-y seulement; il n'y a pas où pouvoir se perdre ; suis le bord de la rivière et tu arriveras au pied d'une grande montagne qui résonne au fond de la ravine; vas-y (sur) d'y arriver, répondirent Hunahpu et Xbalanqué. Hélas! que je suis malheureux! Où donc se trouvé-t- elle, ô jeunes gens? Venez me la montrer; il y a beau- coup d'oiseaux que vous pouvez aller tirer à coups de sar- bacanes, et moi je sais où ils sont, reprit Zipacna, Son humilité trouva grâce devant les jeunes gens : La sauras-tu prendre (reprirent-ils), si nous retournons ainsi à cause de toi (1) : car il est bien certain que nous n'avons plus essayé, (parce qu'elle cherchait) aussitôt à nous mor- dre, quand nous entrions en nous baissant (où elle était). Alors nous nous prîmes de peur, en entrant ainsi rasant la terre, et il s'en est fallu de peu que nous ne l'ayons saisie. Il est donc bon que tu y entres toi-même en te baissant, lui dirent-ils. moins négative, et pa à la tin d'uni gatif. Ex: Qo-pa ahait? Est-il (là) le verbe ou d'un pronom est interro- 1 maitre ? — 58 Utzbala, x-cha eu ri Zipacna, ta x-be eut achbilan chicut ri Zipacna, x-bec x-e opon chuxe zivan, tzaiam cula ri tap, cakvacavoh ula rih : xe zivan ri cute qui cumatzih. Utzbala, chi quicot curi Zipacna; ca r'ah-tahx-c'oc-ta pu chi. Rumal quitzib c ulzin chi vaih. X-r'ah eu tih ri xa x-r'ah hupunie x-r'ah oquic, pagal curi tap x-akanic. Qatecut x-el ch'u uloc. Mavi x-a riqo, x-u chaxeut? — Mahabi ; xa pagalic c'akanic, xa nabe zcaquin chic mavi mi-x-nu riqo. Qate utz-lo qui paqueic qu'in oc ubic, x-eha chicut. Qatecut pagal chic ta x-oc ubic ; x-qiz eu oc ubic ; xa u vi u chek chic x-qutun uloc, x-qiz bikitahic, x-lilob eu kahoc nima huyub chi u qux : mavi x-tzolcopih chic ; abah eut x-uxic ri Zipacna. Quehe u chakatahic chic Zipacna cumal qaholab Hun ahpu, Xbalanque. Ri banol huyub, x-cha u tzihoxic oher, u nabe qahol Vukub-Cakix. Chu xe huyub Meavan u bi x-chakatah vi ; xa naual x- chakatah-vi u cab nimarizay rib. Hun chicut x-chi ka biyh u bixic. .(1) Meavan u bi, Meavan son noni; c'est une montagne fort élevée, bai- gnée au sud et à l'est par le Ghixoy bu Lacandon, l'un des grands ra- meaux de l'Uzumacinta, dans l'an- cien Quiche ; ce tleuve, dit aussi Rio — 59 — Tout va bien, répondit Zipacna, en s'avançant de com- pagnie avec eux : puis en arrivant Zipacna descendit au fond de la ravine, où l'écrevisse était couchée de côté, présentant une superficie fort rouge : or, (c'était) au fond de la ravine (qu'ils avaient caché) leur enchantement. Tout va bien (répondit) Zipacna avec allégresse. Je voudrais qu'elle se trouvât déjà dans ma bouche. Car vé- ritablement il se mourait de faim : or il voulait tenter de se mettre à plat ventre, pour tacher d'entrer, l'écrevisse s'étant mise en marche en montant. Alors il se retira : Ne l'as-tu pas encore prise ? deman- dèrent (les jeunes gens). — Pas encore; sinon qu'elle s'est mise à monter, pour peu je la saisissais. Mais peut- être serait-il bon que j'entrasse, répondit-il. Ensuite il se mit à entrer de nouveau à plat ventre; or il achevait d'entrer et il ne montrait plus que l'extrémité de ses jambes, (quand) la grande montagne, minée par en bas, achevant de se détacher vint couvrir sa poitrine : il ne retourna plus et Zipacna fut changé en pierre. Telle fut à son tour la défaite de Zipacna par les jeunes gens Hunahpu et Xbalanqué. C'est lui, dit l'antique tradition, qui faisait les montagnes (et qui était) l'aîné des fils de Vukub-Cakix. Au pied de la montagne, appelée Meavan (1), il fut vaincu, et seulement d'une manière surnaturelle fut vain- cu le second de ceux qui s'enorgueillissaient. (Il en reste) un encore dont nous allons raconter l'histoire. de Sacapulas, la contourne pour couler | courbe, à huit lieues environ à de l'est au nord, formant une grande! l'ouest de Rabinal, dans la Verapaz, 00 - BELEHPAH CHI TZIH. R' ox chicut nirnarizay rib, u cab u qahol Vukub-Cakix, Cabrakan u bi : In yohol huyub, x-cha. Xavi-cu-xere Hunahpu, Xbalanque x-chakou re Cabra- kan. X-cha ri Hurakan, Chipi-Cakulha, Raxa-Cakulha , ta x-chauic chiqaech ri Hunahpu, Xbalanque : U cab u qahol Vukub-Cakix hunchic chi chakatahic ; xavi nu tzih : rumal mavi utz qui banoh chuvach uleuh, ca qu'iqouizah gih chi nimal chi alal ; ma eu quehe ch'uxie. Ch'y bochiyh eu ubic chila r'elebal gih, x-cha eut ri Hu- rakan chique ri e caib qaholab. Utzbala, Lai ahau, que vi na eut. Mavi utz vi ca k'ilo. Ma-pa Lai qolic, Lai pu Yacalic, Lai u Qux cah, x-e cha- cut ri qaholab, ta x-qui culuba u tzih Hurakan ! Are puch ca tahin ri Cabrakan yohol huyub : xa zca- quin ch'utinih r'akan chuvach uleuh, huzu chi bulih nîma huyub, chuli huyub rumal. Ta x-culutah cumal ri qaholab : Apa c'at be vi, at qa- hol, x-e cha chirech ri Cabrakan ? — Mahabi qu'in be-vi : xa in uliy huyub ; in puch yohol rech chi be gih, chi be zak, x-cha eut, ta x-chauic. (1) In puch yohol rech, chi be gih, I tracteur d'elles, tant va le soleil, tant c/u|be %ak, mot à mot, moi donc -des* | va la lumière, expression éléganle - M — CHAPITRE NEUVIÈME Or le troisième de ceux qui s'enorgueillissaient, était le second fils de Vukub-Cakix, appelé Cabrakan : C'est moi qui détruis les montagnes, disait-il. De même aussi Hunahpu et Xbalanqué vainquirent Cabrakan. Alors Hurakan, le Sillonnement de l'Eclair et la Foudre qui frappe dirent à Hunahpu et à Xbalanqué, leur parlant ainsi : Que le second fils de Vukub-Cakix à son tour soit hu- milié; telle est notre volonté : car ce n'est pas bien ce qu'ils font sur la terre, d'exalter leur gloire, à ce degré de grandeur et de puissance ; qu'il n'en soit donc plus ainsi. Attirez-le avec douceur par là vers l'orient, dit encore Hurakan aux deux jeunes gens. Fort bien, puissant seigneur, répondirent-ils. Ce n'est pas bien ce que nous voyons. N'est-ce pas Vous qui êtes, n'est-ce pas Vous qui êtes la Paix, Vous le Cœur du Ciel, ajoutèrent les jeunes gens, en écoutant la parole de Hu- rakan ! Or, Cabrakan était en ce moment occupé à remuer les montagnes ; pour si peu qu'il battait des pieds sur la terre, aussitôt se déchiraient les grandes montagnes, les petites montagnes à cause de lui. , C'est alors qu'il fut rencontré par les jeunes gens : Où vas-tu, jeune homme? lui dirent-ils à Cabrakan. — Je ne vais nulle part : seulement je suis ici bouleversant les montagnes ; car je suis celui qui les abat, en quoi je suis continuellement occupé (1), dit-il pour sa réponse. pour dire sans cesse, toujours. -^La I du tremblement de terre presque cou- réponse de Cabrakan est un symbole I tinuel dans l'Amérique tropicale. — 62 — X-cha chicut ri Gabrakan chique ri Hunahpu, Xbalan- que : Hupaclia x-petic? maviv'etaam u vach. Nakipa y bi? x-cha Cabrakan, Ma-habi ka bi, xa oh ubom, xa pu oh tzarabom pa tak huyub; xaohmeba, ma-habi nakila kech, at qahoK Xa chuti huyub, xa nima huyub koh bec, at qahoL Are curi hun nima huyub x-k'ilo, xa qo qu'il cakiyc ; qui- tzih naht c'akanic, xa ca cupupih qu'iqovic chuvi huyub ronohel. Ma-cu-habi hun caib tziquin mi-x-ka qam chuvach, at qahoL Ve eut quitzih c'av'ulih ronohel huyub, at qahol, x-e cha ri Hunahpu, Xbalanque chire Gabrakan? Ma quitzih x-yv'ilo ri huyub qu'y biyh? Apa qo-vi? X- chi v'il na, x-ch'in v'ulih kahoc ; apa x-yv'il vi? — Chi- la-ba qo-vi chi r'elebal gih, x-e cha-cut Hunahpu, Xba- lanque. Utz. Ch'y qama ka be, x-e u chax curi e caib chi qaho- lab. — Mahabi : xa ka chape nicah chi kaxol, cutqohe vihun ch'a mox, hun ch'a vi qui gab chike, rumal qo ka vub ; ve qo tziquin chi ka vubah, x-e cha eut. Que quicot chi qui tihtobela qui vubanic. Are curi ta que vubanic, mana uleuh-tah u bak qui vub, xa chi c'ux- labih ri tziquin, ta chi qui vubah. (1) Xa oh ubom, xa-pu oh tzara-\Pu ou puch, qui est ici pour et, bom,, seulement nous sarbacanant, suifeeJa même règle que le que con- seulement et nous chassant au glu, j jonction en latin , comme dans — ë3 — Puis Cabrakan .leur dit à son tour à Hunahpu et à Xbalanqué : Quel est (le motif de) votre venue? Je ne connais pas ce visage. Comment vous nommez-vous? dit Cabrakan . Nous n'avons point de nom, seulement nous chassons avec la sarbacane; nous attrapons (les oiseaux) au glu (1) dans les montagnes; nous sommes orphelins, (n'ayant) rien à nous, ô jeune homme. Seulement nous parcourons les montagnes grandes et petites, ô jeune homme. Mais nous avons vu une grande montagne, et où elle est on voit de grands précipices ; vé- ritablement elle s'élève à une grande hauteur, et elle est si haute qu'elle surpasse les cimes de toutes les montagnes. Nous n'ayons ainsi pu prendre ni un ni deux oiseaux devant elle, ô jeune homme. Mais s'il est vrai que toi tu renverses toutes les montagnes, ô jeune homme, dirent Hunahpu et Xbalanqué à Cabrakan? Vraiment avez-vous vu la montagne que vous dites ? Où est-elle? Je la verrai et je la jetterai par terre ; où l'a- vez-vousvue? — Par là-bas elle est au soleil levant, ré- pondirent Hunahpu et Xbalanqué. C'est bien. Montrez-nous le chemin, leur dit-il aux deux jeunes gens. — Non point : il faut que nous te prenions entre nous et qu'il y en ait un de nous à ta gau- che et un autre à ta droite, parce que nous avons nos sar- bacanes; s'il y a des oiseaux, nous les tirerons^ répon- dirent-ils. Ils (allaient) joyeux, essayant leurs sarbacanes. Or, en tirant de leurs sarbacanes, ils ne (se servaient) point de balles de terre dans le tuyau, seulement ils soufflaient (pour abattre) les oiseaux, en usant de leurs sarbacanes (2). ego, paterque, moi et mon père. (2) C'est-à-dire qu'ils les abattaient de leur seul souffle. sans leurlancer les boulettes de terre, avec lesquelles les- enfants et les hommes chassent encore les oiseaux à l'aide de la sarbacane. — 04 — Çh'u' maihah curi Cabrakan. Ta x-qui bak eu qui gag ri qaholab, x-qui bol eut qui tziquin chuvach gag : hun eut tziquin x-qui cul zahcab chirih, zaki uleu x-qui coho. Are eut chi ka y a chire, ta higon-oc, ta ch'u tzica puch r'uxlab. Ka tziquin la ch'u kah-oc. Arecuri uleuh x-ch'oc chirih tziquin kumal ; p'uleu chi ka tzak vi quehecut p'u- leu chi muk vi. Ve nimà etamanel hun tzak, hun bit ta ch'auax-oc, ta zakir-oc, x-e eh a ri qaholab. Rumal xax chi rain vi u quxlal ri chi tiyc, chi haku- xic, quehe x-ch'u raih u qux ri Cabrakan,, x-e cha chi quibil quib Hunahpu, Xbalanque. Ta x-qui bol ri tziquin, x-chagah eut gan u bolic, chi yipouic chi cabehiyanic quih ri tziquin chi coinic zimizoh r' uxlab. Arecuri Cabrakan c'u raih chic r'echaxic, xa gavahin uvaal pu chi, xa gabiquilahic, ca curulah puch u chub, u gaxah rumal u zimzohil tziquin. Ta x-u tzonoh eut : Nakipa ri yv'echa ? Quitzih guz r'- uxlab ca nu nao. Ch'y ya-ta zcaquin vech, x-cha-cut. Tax-ya eut hun tziquin chire Cabrakan^ u chakatahic curi. Qalecut x-u qiz ri tziquin, ta x-be chicut x-e opon eu chila r'elebal gih, qo-vi ri nima huyub. (1) Zahcab ou Timte, du nahuatl I et dont ils se servent pour polir tkatl, terre blanchâtre fort friable j les métaux, faire du ciment, etc. — 65 — Or Cabrakan était émerveillé. Alors les jeunes gens battirent du feu et mirent rôtir leurs oiseaux devant le feu : mais ils frottèrent l'un des oiseaux avec du tizate (1) et lui mirent de la poussière blanche à l'en tour. Voici celui que nous lui donnerons pour exciter son ap- pétit par le fumet qui en sortira. Cet oiseau doit être sa défaite. De même que la terre enveloppera tout autour cet oiseau par nos soins, sur la terre nous l'abattrons de la même manière et dans la terre nous l'ensevelirons. Il est grand, il est sage (de penser à) former la créa- ture, au moment où vont paraître les semailles et où le jour va se montrer, dirent les jeunes gens (2). Gomme c'est (une chose) extrêmement (naturelle) au cœur de l'homme de désirer de manger et de broyer sous la dent, ainsi le cœur de Cabrakan convoite (cet oiseau que nous avons préparé), se disaient entre eux Hunahpu et Xbalanqué. Pendant ce temps ils faisaient rôtir l'oiseau qui se cui- sait et prenait couleur en tournant, le jus de l'oiseau ruis- selant de toutes parts avec sa graisse qui exhalait le fu- met le plus appétissant. Et voilà que Cabrakan éprouvait le plus vif désir d'en manger, au point que l'eau lui en venait à la bouche, qu'il en bâillait et que la salive et la bave lui découlaient à cause de l'odeur appétissante de l'oiseau. Alors il demanda : Quel est donc ce mets que vous avez là? Vraiment (rien n'est si) savoureux (que) le fumet que je sens. Donnez-m'en donc une petite part, ajouta-t-il. On lui donna alors un oiseau à Cabrakan, ce qui devait être sa ruine. Ensuite qu'il eut fini Poiseau, ils se mirent en chemin de nouveau, se dirigeant du côté où le soleil se lève, au lieu où était la grande montagne. (2) Ve nima elamanel hun tzak, l est fort obscure et ne parait pas avoir hun bit, cette phrase dans le texte! beaucoup cTà-propos. — 66 — Are curi Cabrakan xa tubul chic r'akaîi u gab, mavi cbt couin chic, rnmal ri uleu x-cul chirih tziqnin x-u tio: ma- cu-habi chic nakila x-u ban chic chire huyub, mavi x-utzi- nie x-u ulih-tah, Ta xim cutcumal qaholab chirih, xim vi u gab, x-rilih u gab cumal qaholab : xim eut u cul r'akanu cabichal, qatecut x-qui tarih kahoc p' uleu, x-qui rauku. Queheeut u chakatahic Cabrakan, ri xavixere Hunahpu Xbalanque : mavi ahilan qui banoh varal chuvach uleuh . Are chicut x-chi ka biyh chic c' alaxic Hunahpu, Xba- lanque : are nabe mi-x-ka biyh ri qui chakatahic Vukub- Cakix, ruq Zipacna, ruq Cabrakan, varal chuvach uleuh. — 67 — Et voilà que Cabrakan, déjà chancelant des pieds et des mains, n'avait plus de force, à cause de la terre dont on avait frotté l'oiseau qu'il avait mangé : il était également incapable de rien faire avec les montagnes et il ne pouvait plus les renverser. Ayant ensuite été lié par les jeunes gens, ses mains (furent) attachées derrière son dos et gardées par les jeu- nes gens : lui ayant ensuite lié le col et les jambes ensem- ble, ils retendirent par terre et l'y enterrèrent. Telle fut la défaite de Cabrakan (exécutée) réellement par les seuls Hunahpu et Xbalanqué : mais on ne sau- rait compter tout ce qu'ils firent ici sur la terre. Mais voici que nous raconterons également la nais- sance de Hunahpu et de Xbalanqué : car nous avons ra- conté premièrement la défaite de Vukub-Cakix, avec celle de Zipacna et de Cabrakan, ici sur la terre. ERC RAPAH GHJ VUH. HUPAH CHI TZIH. Are chicut x-chi ka biyh chic u bi qui cahau ri Huuah- pu Xbalanque. X-ka gamuh chu vi, xa-pu x-ka gamuh u bixic u tzihoxic puch qui qaholaxic ri Hunahpu, Xbalan- que ; xa nicah x-chi ka biyh, xa chakab u bixic qui cahau. Vae eu te u tzihoxic. Are qui bi ri hunhun Ahpu, que u chaxic. Are eut qui cahau ri Xpiyacoc, Xmucane chi- que. Cumal chi agab x-e alaxic ri Hunhun-Ahpu, Vukub- Hunahpu, cumal Xpiyacoc, Xmucane. Are curi Hunhun-Ahpu e caib x-e ralcualah e pu caib u qahol, Hunbatz u bi nabeal, Hunchouen chicut u bi u cabal. Are eut u bi qui chuch va Xbakiyalo : ch'u chaxic r'i- xokil Hunhun-Ahpu. Are curi Vukub-Hunahpu ma-habi r'ixokil, xa ulaquel. (i) C'est-à-dire que les pères de Hunahpu et de Xbalanque étaient les tils de Xpiyacoc et de Xmucane. . (2) Chi agatf, dans la nuit, c'est-à- dire avant la marche de leur soleil (de leur calendrier, de leurs institu- tions). — Vukub-Hun-Ahpu , sept-un- tireur de sarbacane, peut-être chacun des sept. (3) ici Hunhun-Ahpu cesse d'être le nom d'un seul; il s'agit des deux, puisqu'il y a ot-e alcualah, ils engen- drèrent légitimement. Ce verbe fait sans doute allusion à la différence des races ; Hun-Batz et Hun-Chouen représentent la race pure, née de femmes étrangères comme eux, tan- dis que les deux suivants dont nous parlerons tout à l'heure, sont des métis, nés de femmes du pays. DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE PREMIER. Or, voici que bous allons dire également le nom du père de Hunahpu et de Xbalanqué. Mais nous jetterons un voile mystérieux sur leur origine, nous couvrirons du mystère la relation et l'histoire de la naissance de Hun- ahpu et de Xbalanqué; nous n'en dirons que la moitié et seulement une partie de la relation de leur père. Voici donc son histoire. Leur nom à chacun est Ahpu (Tireur de Sarbacane), comme on les appelle, et leurs pè- res sont Xpiyacoc et Xmucané (1). Par eux dans la nuit furent engendrés Hunhun-Ahpu et Vukub-Hunahpu, par Xpiyacoc et par Xmucané (2). Or, ces Hunhun-Ahpu étaient deux; ils avaient engen- dré deux fils légitimes (3;, et le nom du premier-ne (était) Hunbatz, et Hunchouen le nom du second (4). Mais le nom de leur mère était celui-ci, Xbakiyalo (5); ainsi s'appelait l'épouse de Hunhun-Ahpu. Quant à Vu- kub-Hunahpu, il n'avait point de femme, car (i! était) célibataire. Quant au célibal du Vukub-Hun- ahpu dont il sst parlé plus bas, faisait- il allusion à la continence ins- tiluée par Quetzalcohuatl? (4) Hun-Batz, qui peut se traduire par un fil on un singe; batz signifie également le fil ou le coton filé et le [ileur. Batz est le onzième signe ou jour dans les calendriers des Tzen- dales, des Quiches et des Cakchiquels. — Hun-chouen, un qui s'embellit, on zième signe du calendriermaya(vme). (5) Xbakiyalo; ce nom est symbo- lique comme tous les autres. Ximenez singe de la grande espèce, peut-être [Je traduit par huesos atados, os liés; à cause des grimaces qu'il fait avec Yaloh en quiche signifie séparer, ses pattes et qui lui donnent Pair d'un | retenir, demeurer. Le x qui précède — 70 — Xa-pu u cab xa qahol a qoheic e nimak alinaoh, nim puch qu'etamabal; e nicvachinel varal chuvach uleuh, xautz qui qoheic, qui yaqueic puch. X-qui qutu nauiquil chi qui vach ri Hunbatz , Hun» chouen, u qahol Hunhun-Ahpu ; e ahzu, e ahbix, e ahpub, ahtzibenai pu, ahqot, e ahxit, e ahpuvak, x-e uxic ri Hunbatz, Hunchouen. Are curi Hunhun-Ahpu, Vukub-Hunahpu, xa zak, xa chaah chi qui bano hutagih, xa e cacab chi qui culelaah quib e cahib chi conohel ta que cuchmaihic pa hom. Ch'ul eu ri Voc ilol que, u zaniahe! Hurakan, Ghipi- Cakulha, Raxa-Cakulha : are curi Voc mavi nah varaS chuvach uleuh , mavi nah chi Xibalba, chire libahehi ch'opon chic chicah ruq Hurakan. le mot, comme dans Xbalanqué, ex- prime le féminin comme le she anglais, dont il a le son : ainsi coh signifiant lion, comme nom d'homme on dira pour lionne Xcoh (prononcez Sh-coh). " (1) Qoheic, que je rends ici par vie et un peu plus haut par nature, a également le sens de caractère, de coutume, de condition, d'essence, d'être. Il vient du radical absolu, qo, être, être présent, être debout, estar en espagnol, formant ensuite qoh, qohe, qoheic, etc. (2) Ahtzibenai, mot composé de la préposition ou particule possessive ah, et de tzibenai,^ participe présent peu usité de tzibah, peindre ou écrire, dont le radical est tzib, l'é- crire ou l'écriture. Ah-tzibenai est donc plus que peintre ou écrivain simplement, qui se dit Ahtzib; il signifierait plutôt ici chef des pein- tres. ('3) Xa zak, xa chaah chi qui bano huta-gih, seulement les dés, seule- ment le jeu de paume ils faisaient chaque jour. Zak veut dire blanc, tout ce qui est clair; de là une foule de mots qui en dérivent où se com- posent avec lui. Ici il s'agit du jeu de dés ou des osselets à cause de leur couleur blanche. — Chaah; ce mot signifie à la fois la cendre^ Faction de jouer où il y a un défi, mais surtout le jeu de paume ou de ballon. (4) Hom, nom qu'on donnait à a salle du jeu de ballon en quiche, et tlachco, en nahuatl. Ce lieu était d'ordinaire consacré par des rites mystérieux, et en réalité c'était un temple. (5) Voc ou roc, que Ximenez tra- duit par gavilan, sorte d'épervier qui dévore les serpents. (6) Xibalba, nom d'un empire puis- sant, antérieur aux premières inva- sions dites toltèques, remontait pro- bablement à plusieurs siècles avant l'ère ciî retienne. Toute cette deu- xième partie du Livre sacré des Qui- ches cache sous des voiles plus ou — 71 — Seulement (par) leur nature ces deux fils étaient de très-grands sages et grande était leur science; ils étaient devins ici sur la terre, et leur vie comme leurs coutu- mes (1) étaient tout à fait bonnes. On leur montra l'ensemble de la science à la face de Hunbatz et de Hunchouen, les fils de Hunhun-Ahpu ; joueurs de flûte, chanteurs, tireurs de sarbacane, pein- tres (2), sculpteurs, joailliers, orfèvres, Hunbatz et Hun- chouen devinrent (habiles en tout). Or Hunhun-Ahpu et Vukub-Hunahpu (s'occupaient) chaque jour uniquement à jouer aux dés et à la balle (3), et, tous les deux jours, ils s'exerçaient tous les quatre et se réunissaient en grand nombre dans la salle du jeu de paume (4). Et pour les voir venait le Voc (5), messager de Hu- rakan, de l'Eclair qui sillonne le nuage et de la Foudre qui frappe : or ce Voc ne (restait) pas bien loin d'ici de la terre, ni bien loin de Xibalba (6), car en un moment i! se transportait au ciel auprès de Hurakan, moins symboliques la lutte ouverte contre l'empire de Xibalba par une na- tion ou une dynastie étrangère, dont la civilisation était essentiellement toltèque. L'étymologie du mot Xi- balba est fort difficile à découvrir : j'en dirai tout ce qui pourra aider ie, lecteur dans ses investigations, sans me décider pour rien. Xibal est le nom que la femme quichée donne à son frère aine. U Xibal huyub, le fantôme de la montagne. Xibalba, en quiche, et Xibalbay, en eakchiquel, fut pris partons les mis- sionnaires dans le sens d'enfer, de lieu des morts, comme le fut le mot mexicain Mictlan, nom propre de plusieurs villes où d'ordinaire régnait un souverain pontife: tel le Mictlan ou Yopaa des Zapotèques, à huit lieues environ d'Oaxaca, dont les ma- gnifiques ruines existent encore, et le Mictlan, célèbre par le culte antique de Quetzalcohuatl, à peu de dislance du lac Guixa, à l'ouest de Gua- temala, aux frontières dè.San-Salva- dor, aujourd'hui Mita. Dans l'Yu- catan encore aujourd'hui, Xibalba exprime l'idée d'un fantôme ef- frayant. Dans la langue des Marnes, population plus ancienne que les Quiches qui les conquirent, Xibil signifie une foule de mots qui sont les mêmes qu'en quiche, sauf que ceux qui dans le quiche commencent en x, commencent avec ch dans le mam, et vice versa; le t% également remplace souvent le ch ou le x, de l'un à l'autre : c'est une des grandes différences entre le quiche et le mam. Ne serait-il pas possible que au lieu de Xibal-ba, il y eût autrefois tjsibal- ba, c'est-à-dire taupe-peinte. Une des catégories des initiés aux mys- tères antiques s'appelait des taupes, tus an, en mexicain, et l'on sait que certaines populations entre Palenqué et l'Yucatan avaient l'habitude de se peindre et non de se tatouer. Ce sont des populations de ce genre, les Ixcui- narnés, ou femmes aux visages peints ou masqués, qui s'introduisirent en — 72 X-e yalub varal chuvach uleuh ; x-caminak ca cul qui chuchri Hunbatz, Hunchouen. Are eut u beel Xibalba x-e chaah-vi, ta x-qui ta eut Hun-Came, Vukub-Came, rahaual Xibalba. Nakipa ri ca ban chuvach uleuh? xa quenienotic, xa pu que huminic? Que be-ta tak-oe varal tah, que ul chaah vi,que ka chak-tacut. Xa ma-habika niniaxie cumal, ma- habi qui nim, ma-pu-habi qui xob k'uxic, xax que hi- giculocpa ka vi, x-e cha-cut conoh Xibalba. Ta x-qui qam qui naoh conohel : ri qui bi Hun-Came, Vukub-Came, e nimak gatoltzih. Are curi ahauab ronohel yaol u patan r'ahauarem puch huhun chi ahauab ruma! Hun-Came, Vukub-Came. Are curi Xiqiripat, Cuchumaquiq, u bi ahau ; are eut qui patan ri quiq ch'u yabih vinak. Are chi curi Ahal- puh, Ahalgana chic, qui ahauab. Are eut c'ahauarem ri chi zipohic vinak, chi pe puh r'akan, chi pe gana chirih u vach Chuganal ch'u chaxic, qatecut r'ahauarem Ahalpuh, Ahalgana vi, Are chi curi ahau Chamiabak, Chamiaholom, r'ahehami 1058 dans la ville de Tollan et con- tribuèrent par leurs désordres et leur audace à la ruine de l'empire toltèque. (1) Hum-Came, un mort, Vukub- Came, sept-morts, noms des deux rois de Xibalba, c'est-à-dire du roi et de son héritier présomptif. Ces noms sont symboliques comme les autres; ils sont en rapport avec le ca- lendrier ; Cam ou Camey, mort, est le cinquième desvingt signes du mois. (2) Conoh Xibalba, tous ceux de Xibalba, ou tous les Xibalba. Conoh est ici pour conohel, pluriel de rono- hel, tout, qui souvent même s'em- ploie au pluriel. Onohel, tout, fait vonohel, tout moi ; auonohel, tout toi ; ronohel, tout lui ou cela ; konohel, — 73 — Tandis qu'ils demeuraient ici sur la terre, mourut la mère de Hunbatz et de Hunchouen. Et voilà que cheminant vers Xibalba, ils jouaient à la balle, ce qu'entendirent aussitôt Hun-Camé et Vukub- Camé, monarques de Xibalba (1). Qu'est-ce donc qui se fait sur la terre? qui sont ceux qui la font trembler et qui excitent tant de tumulte? Qu'on les envoie à l'instant chercher; qu'on les amène ici et qu'ils viennent jouer à la pelote, afin que nous les vain- quions. En vérité nous ne sommes plus obéis par eux ; ils n'ont plus ni respect, ni révérence pour notre être et ne font plus que se batailler sur nos têtes, dirent tous (2) ceux de Xibalba. Alors ils prirent conseil tous ensemble, et ceux-ci, Hun- Camé et Vukub-Camé, sont les noms des juges suprêmes (3). Or, tous les princes étaient tributaires de leur empire, et chacun de ces princes (ne l'était que) par la volonté de Hun-Camé et de Vukub-Camé. C'étaient donc Xiqiripat et Cuchumaquiq, nom des sei- gneurs dont l'office s'exerçait sur les gens qui avaient des flux de sang (A). D'autres encore (s'appelaient) Ahalpuh et Àhalgana, et ceux-ci aussi étaient princes. Or, leur commandement (s'exerçait) . à enfler les hom- mes, de leur faire arriver les humeurs aux jambes et de leur faire monter la lividité au visage, ce qu'on appelle Chuganal; tel était l'office de Ahalpuh et de Ahal- gana (5). D'autres seigneurs étaient Chamiabak et Chamiaho- nous tous; yvonohel, vous tous; et conohel, eux tous. (3) Nimak-Gatoltzik, juge suprême. Nim, grand, nimak, le plus grand. Gatoltzih, juge, composé de gatol, participe présent de gat ou gato, trancher, décider, et de tzih, parole, sentence; gatoltzih est, mot a mot, celui qui tranche la sentence. (4) Xiqi-Ripat, hotte volante; Cu- chuma-Quiq, sang réuni; quiq est le sang et aussi la gomme élastique liquide. (5) Ahal-Puh, qui travaille le pus ou la matière corrompue ; Ahal-Gana, qui travaille l'eau découlant des plaies. Ce que les Indiens appellent chuganal est une espèce de jaunisse, Xibalba, xa bak qui ehamiy : are eut c'ahchamiyal ri chi bakir vinak, quitzih chi bak cbi bol om chic, ta chi camic, ziyah bak x-u pan chi qamouic. Are u patan vi Chamia- bak, Chamiaholom qui bu Are chi curi ahau Ahalmez, Ahaitogob qui bi : are qui patan ri xa chi culvachih vinak uve tzamez, ve pe pu chirih ha, chuva ha, chi culvachix vi, xa chi qui togo-ta chi be hupul-oc chuvach uleuh ta chi camic : are eut c'ahauarem Ahalmez, Ahaltocob que u chaxic. Are chi curi ahau Xic, Patan qui bi, are c'ahauarem ri vinak chicam pa be, xa rax camic ch'u chaxic, chi pe quiq pu chi ta chi camic chu xavah quiq ; xa huhun chi patan qui telelaon, xa chi qui gozih u culel u qux vinak ta chi cam pa be, xa chi qui culmah apon-oc, ve chi bi- nie, chi cul. Are eut c'ahauarem Xic, Patan ri. Are eut x-qui c'uq qui naoh ri ta x-e tzaixic, ta x-e eotobaxpuch Hunhun-Ahpu, Vukub-Hunahpu. Are x-qui raih Xibalba ri qu'elzabal Hunhun-Ahpu, Vukub-Hun- ahpu, ri qui tzuun, qui bâte, qui pachgab, qui yachvach, vachzot puch , qui cauubal Hunhun-Ahpu, Vukub-Hu- nahpu. Are chicut x-chi ka biyh chic qui biyc chi Xibalba, x-e canah eu canoë ri Hunbatz, Chouen, u qahol Hunhun- (1) Chamia-Bak, qui porte une est le mot que les Espagnols tradui- baguette d'os; chamia-holom, qui saient par alguazil. porte une baguette de tête de mort. (2) Ahal-Mez, qui travaille les im- Ces noms font allusion aux charges mondices; Ahàl-Togob, qui travaille symboliques inventées par là haine ou produit la misère, des Nahuas contre Xibalba; a hchami (3) Xic, épervien palan, hotte qui — 75 — lom (1), massiers de Xibalba, et dont les masses n'étaient que d'os : leur office de massier (consistait) amaigrir les hommes, au point que n'ayant plus qu'une tête sans chair et des os, en mourant il n'y eût plus qu'un squelette à prendre. Tel était l'emploi deChamiabak et de Chamiaho- lom, ainsi qu'on les appelait. Il y avait encore les seigneurs nommés Ahalmez et Ahaîtogob : leur office était de faire trouver l'homme en face avec la trahison, soit qu'il la rencontrât derrière ou devant sa maison et qu'il eût le malheur de tomber la bouche en l'air sur le sol et d'y trouver la mort : tel était l'office d' Ahalmez et d'Alialtocob, ainsi qu'onles nommait. Ensuite (venaient) d'autres seigneurs, nommés Xic et Patan (2), dont l'office (consistait à conduire) l'homme à mourir en chemin, de ce qu'on appelle mort subite, lui amenant le sang dans la bouche pour le faire mourir en vomissant le sang; chacun d'eux ayant pour emploi d'é- treindre la^orge et la poitrine de l'homme, pour qu'il pé- rît sur le chemin, en ie lui faisant arriver subitement à la gorge, pendant qu'il marchait. Tel était l'office de Xic et de Patan. Et voilà qu'ils se réunirent en conseil pour poursuivre et châtier Hunhun-Ahpu et Vukub-Hunahpu. Ce que dési- raient ceux de Xibalba, (c'était de) livrer au mépris Hun- hun-Ahpu et Vukub-ïïunahpu, leurs boucliers de cuir, leurs anneaux, leurs gants (3), leurs couronnes avec les casques dont se revêtaient Hunhun-Ahpu et Vukub-Hun- ahpu (4) . Nous conterons donc maintenant leur voyage à Xibalba, laissant derrière eux Hunbatz et Ghouen (5), fils de Hun- sert à porter des fardeaux; de là l'of- fice, la charge et le tribut qui se ren- dent souvent par le même mot. (4) On voit dans celle èntiméra- tion les objets divers qui servaient aux joueurs. (.r>) Cliouen, pour Hunchoucn. — 76 — Ahpu. X-caminak-oc qui chuch, cachuvi chic qui chaka- tahic chic Hunbatz, Hunchouen, cumal Hunahpu, Xba- lanque. CAPAH CHÏ TZIH. Qatecut qui petic zamahel rumal Hun-Came, Vukuh- Came : Qu'yx bec, yx r'ahpop-achih, he y taka ri Hun- hun-Ahpu, Vukub-Hunahpu, qu'yx cha-ta : Qu'yx apon kuq. Que petoc que cha ahauab chyvech : Varal-tah que ul chaaha vi kuq ; chi ka qaztah-ta ka vach cuq ; quitzih ca ka maihah qui chi ; quehecut quepe-vi, que cha ahauab. Chi qui qam eu uloc ri qui chokonizan, qui bâte, qui pachgab, chi pe naipuch ri qui quiq, que cha ahauab. Qu'yx cha-ta : Qu'yx oponoc ; x-e-u chaxic ri zama- hel. K A reçut qui zamahel ri Tueur, Ghabi-Tucur, Hurakan- Tucur,Cakix-Tucur,Holom-Tucnr; que u chaxic u zamahel Xibalba. Areri Chabi-Tucur queheri chab xa copqiiic : are eu ri Hurakan -Tueur, xa hun r'akan qo uxic. — Are curi Ca- jxix-Tucur gag rih qo uxic; are chi naipuch ri Holom- (1) Ahpop-Achili, titre de la cour de Xibalba qu'on retrouve longtemps après à celle des rois du Quiche. Ahpop, composé de la particule pos- sessive ah et de pop, natte, c'est-à- dire maitre d'une natte ou d'un tapis, parce que les seigneurs seuls avaient droit à s'asseoir sur une natte. Achih, composé de ach, parti- cule comitative, et de ih, cote ou reins, qui vient avec les reins ; Achih servait à exprimer l'idée d'homme, comme le vir en latin, héros, guer- rier, garde du corps; donc Ahpop- Achih répondait à capitaine des gardes. (2) He, y taka, allez, vous por- tez le message. He est pour ho-e, troisième personne plurielle du sub- jonctif présent du verbe irrégulier Ho, aller, le même que le go anglais; i i hun-Ahpu. Or leur mère était déjà morte et ensuite de cela la défaite de Hunbatz et de Hunchouen par Hunahpu ef par Xbalanqué. CHAPITRE DEUXIEME. Ensuite. arrivèrent les envoyés de Hun-Camé et de Vu- kub-Camé : Partez, vous autres, Ahpop-Achih (1), allez porter ce message (2) à Hunhun-Ahpu et à Vukub~Hun- ahpu et dites-leur : Venez avec nous. Qu'ils viennent, vous disent les princes (3) : Qu'ils vien- nent ici jouer à la balle avec nous ; que nous vivifiions nos visages avec eux (4); en vérité nous sommes émerveillés de leurs (hauts) fails(5);ainsiqu'ils viennent, disenUes princes. Qu'ils apportent (les instruments dont ils se servent) pour faire tout ce bruit, leurs anneaux, leurs gants^et qu'ils viennent également avec (leurs balles de) gomme élasti- que, dirent les princes. Dites-leur : Venez; ainsi fut-il dit aux messagers. Or, leurs messagers étaient des Hiboux (6), Flèche-de- Hibou, Une-Jambe-de -Hibou, l'Ara-Hibou et la Tête-de- Hibou; ainsi se nommaient les messagers de Xibalba. Quant à Flèche-de-Hibou, il était rapide comme une flèche; pour Une-Jainbe-de-Hibou, sa nature.(était de n'a- voir) quune jambe. Quant à l'Ara-Hibou, sa nature était il n'existe dans le quiche qu'à l'im- pératif et aux temps du subjonctif. Hin pour ho-in, que j'aille; h'at, pour ho at, que tu ailles, ou vas, etc. (6) Mot à mot, qu'ils viennent, ils disent les princes à vous. (4) Vuq, avec moi ; c'est le mecum des Latins. Avuq, tecum, ou avec toi ; ruq, avec lui; kuc, avec nous; yvuq, avec vous; cuq, avec eux. (5) Ca ka maihah qui chi, nous admirons leurs bouches. (6) Ce nom de Tueur ou hibou, donné à ces messagers de Xibalba, parait venir du lieu d'où ils étaient originaires, Tucurub, les Hiboux, en- mexicain Tecolollan, ville ancienne., aujourd'hui réduite au village de San- Miguel Tucuru, dans le département de la Vérapaz (Guatemala). — 78 — Tueur xa ufuquel u holom, ma-habi r'akau xa u xie qolic. E eahib ri zamahel r'ahpop-achihab qu'ekalem. Ta x-e pe eut chila chi Xibalba, libahchi x-e ulice eu takal cbuvi hom que cbaah eut Hunhun-Ahpu, Vukub-Hunahpu pa ho m ri Nim-xob-Carchah eh'u ebaxic. E eu takatoh ri Tueur chuvi hom ta x-qui zak eut qui tzih, xavixere u cholic u tzih Hun-Came, Vukub-Came, Ahalpuh, Ahalgana, Chamiabak, Chamiaholom, Xiqi- ripat, Cuchumaquiq, Ahalmez, Ahaltocob, Xie, Patan qui bi conohel ahauab, x-tzak qui tzih cumal Tueur. Ma quitzih ca cha ahau Hun-Came, Vukub-Came? Quitzih bala, que cha, oh na eu achbilai yve? — Chi qam uloc ri ronohel qu'etzabal, que cha ahauab. — Utz-. bala. Koh yv-oyobeh ; na, oh, na, ka pixabah can na ka chuch, x-e cha-cut. X-e be eut chi c'ochoch, x-e cha eut chire qui chuch ; x-caminak-oc qui cahau : Ho na, yx ka chuch : xaet k'ulie. Mi-x-ul u zamahel ahau qamol ke.Que petoc; ca cha-cut : que cha takol ke. X-chi canah eu gana va ka quiq , x-e cha-cut. Qate x-be qui xima can-oc pu viha qo hul. Na qate : Chi ka chokonizah chic. Xa qu'yx tzuan-oc, xa pu qu'yx bixan- oc, qu'yx triban-oc, qu'yx goton-oc, ch'y megoh k'och- (1) Pa-Hom ri Nim-Xol-Carchah, dans la salle du jeu de paume du Grand-Affront de Carchah. Nom qui parait faire allusion à l'insulte offerte aux princes de Xibalba par leur rébel- lion ou à leur propre arrestation. Carchah, qui signifie poisson de cendre, fait peut-être allusion à une scène de l'épopée actuelle et dont nous ferons mention plus tard : c'est le — 79 — de feu tout autour; et enfin Tctc-de-Hibou n'avait que sa tête, il n'avait point de jambes, mais des ailes. Ces quatre messagers avaient la dignité d'Ahpop-Achih (ou capitaines des gardes). En partant de Xibalba ils ar- rivèrent aussitôt porteurs de leur message en haut du jeu de paume où Hunhun-Abpu et Vukub-Hunahpu étaient à jouer à la pelote, dans la salle du jeu de Nimxob-Carchah, ainsi qu'elle s'appelait (1). Or les Hiboux envoyés à la salle du jeu de balle, déli- vrèrent leur message dans le même ordre du discours que Hun-Camé et Vukub-Camé, Ahalpuh, Abalgana, Chamiabak, Chamiaholom, Xiqi ripât, Cuchumaquiq, Ahalmez, Ahal- tocob, Xic et Patan, car c'étaient la les noms de tous les princes, leur avaient arrangé leur parole pour les Hiboux. Est-ce bien sûr que le roi Hun-Camé et que Vukub- Camé aient (ainsi) parlé ? Est-il bien vrai, s'écrièrent (les deux frères) que nous devions vous accompagner? — Qu'ils apportent tous les instruments de leur divertisse- ment, ont dit les princes. — C'est bien. Attendez-nous d'abord un moment; nous allons de ce pas prendre congé de notre mère, répondirent-ils. Ils prirent donc le chemin de leur maison et dirent à leur mère ; car leur père était déjà mort : Voilà que nous nous en allons, notre mère : mais notre voyage sera inutile. Les messagers du roi sont venus nous prendre. Qu'ils viennent, a-t-il ajouté, disentceux qui sont envoyéspournouschercher* Mais il restera un témoin (de notre existence) cette pe- lote de gomme élastique, ajoutèrent-ils. Ensuite ils allè- rent la suspendre dans un enfoncement au toit de la mai- son. Puis, après : Nous jouerons encore à la balle (ajou- uom d'une bourgade indienne fort importante, existant à 2 lieues à l'est de Coban, dans la Vérapaz, et à cin- quante environ au nord de Guate- mala. Je n'ai puTetrouver le Nima-ob. dont il est question ici ; mais il est probable qu'on le découvrirait plus au nord du Carchah, où il existe encore un grand nombre de ruine* de cités antiques. — 80 — och, eh y megoh puch uqnxyv'atit; x-e uchax-cut Hunbatz, Hunchouen. Tax-e pixabaxic, guzguz eut eh 'oc qui chuch, riXmu- cane. Ho na, ma-habi koh camic, m'yx bizonic, x-e cha ta x-e bec Hunhun-Ahpu, Vukub-Hunahpu. Qate puch ta x-^e bec Hunhun-Ahpu, Vukub-Hunahpu, x-qam qui be cumal ri zamahel. Ta x-e kah eut pu beat Xibalba, xuluxuh u ehi curauk : X-e kah eut ta x-e el chi eu apon-oc chu chi hal-ha zivanub, Nuzivan-cul, Cu-zivan u bi, x-e eqo vi. X-e eqo vi chi eut chupan halhal ha zimah; mavi ahilan zimah ; x-e iqo vi, mavi x-e togotahic. Ta x-e opon chicut chi u chi quiqi a : x-e iqou chiri, mavi x-c' uqah : x-e opon chi a utuquel puch chi a, mavi x-e chakatahic : xavi x-e iqou chic, ta x-e opon chicut pa cahib xalcat be, ca cliiri eut x-e chakatah vi pa cahib xalcat be. (1) Tasc-e kah eut pu beal Xibalba, alors ils descendirent donc dans le cheminant de Xibalba. La préposi- tion pu est ici pour pa u, contracté en p*u, dans le, comme le au pour à le français. De Coban ou de San- Pedro Carchah, il y a une route au nord-ouest, connue seulement des Indiens, qui par là gagnent en fort peu de temps les bords de l'Uzuma- cinta et les approches d'Ococingo et de Palenquéoù se trouvent, à ce qu'il parait, des ruines» considérables et d'une grande magnificence qui se- raient celles de l'antique Xibalba; durant mon séjour à Coban en 1860, les indigènes m'indiquèrent une montagne éloignée comme de qua- rante à quarante-cinq lieues au nord- ouest, appelée par eux Xibalba-tzul, ou mont de Xibalba, dans la direction d'Ococingo. (2) Cette déclivité est telle en des- cendant les monts de la Vérapaz au — 81 — tèrent-ils). Quant à vous, faites de la musique, occupez- vous à chanter, à peindre (ou à écrire), à ciseler, ré- chauffez notre maison et réchauffez le cœur de votre aïeule, dirent-ils à Hunbatzet à Hunchouen. Au moment de prendre congé de leur mère, l'émo- tion gagna Xmucané et. elle pleurait : Nous partons, mais nous ne sommes pas encore morts; ne vous affligez pas, dirent en partant Hunhun-Ahpu et Vukub-Hunahpu. Ensuite Hunhun-Ahpu et Vukub-Hunahpu s'étant mis en chemin, les messagers prirent la route devant eux. Alors ils commencèrent à descendre par le chemin qui mène à Xibalba (1), les premiers degrés ayant une décli- vité fort grande (2) : Etant donc descendus, ils arrivèrent au bord d'une ri- vière rapide (coulant au fond) de gorges profondes, appe- lées Nuzivan-Cul et Cu-zivan (3), qu'ils passèrent : ils passèrent également sur des eaux bouillonnantes (couver- tes) de calebassiers, et les calebassiers étaient innombra- bles ; mais ils y passèrent sans se blesser. Ensuite ils arrivèrent au bord d'une rivière de sang (4) : ils la passèrent, mais sans boire de son eau : puis ils vin- rent à une autre rivière, mais qui n'avait que de l'eau seu- lement (et jusque-là) on n'avait pu les prendre dans au- cune embûche : ils la traversèrent donc aussi : mais ensuite ils arrivèrent (à un endroit) où quatre chemins se rencon- traient et là ils se laissèrent prendre aux quatre chemins. nord-ouest vers les régions inférieures, qu'elle ressemble à un véritable esca- lier de deux à trois mille pieds de hauteur entre des précipices insonda- bles, ce qui fait que l'Européen n'y voyage qu'à pied comme les Indiens, ou porté sur le dos de l'un d'eux assis sur une chaise. (3) Nu zivan-cul, ma ravine de gorge, eu zivan, gorge-ravin, pour exprimer leur profondeur et leurs détours étroits: ces noms correspon- dent parfaitement aux sinuosités pro- fondes où coule le Lacandon ou haut Uzumacinta. (4) Chi quiqi-a, à la rivière de sang. Si ou connaissait davantage les solitudes lacandones où passèrent ces béros pour se rendre à Xibalba, on retrouverait probablement cette ri- vière : on sait que dans le Honduras il y aune fontaine d'où coule une matiè- re qui ressemble exactement à du sang et se corrompt de la même manière. 82 — Hun caka be, hun eut geka be, zaki be bun, hun eut gana be, cahib be. Are eut x-eha u ri geka be : In quin y qamo, in u be ahau, x-cha u ri be Chiri eut x-e chakatah-vi : are x-qui takeh ri be Xi- bal ba, ta x-e opon eut pa qui popobal r'ahaual Xibalba, x-e chakatah chicut chiri. Are nabe cubulel ri xa poy xa ahamche cautalic cumal Xibalba : are eut nabe x-qui gihila : Cala, Hun-Came, x-e cha chire ri poy ; cala , Vukub-Came , x-e cha chic chire ri ahamche. Mavi x-e chacouic. Qatecut x-e humuhub r'ahaual Xibalba chi tze,xa que humin chic chi tzeconohel ahauab, rumal x-e chakomahic chi qui qux, x-qui chak ri Hun- hun-Ahpu, Vukub-Hunahpu ; x-e tzeen na. Qatecut x-e chau chic Hun-Came, Vukub-Came : utz- bala mi-x-yx ulic; chuvek ch'y qaza a vach, y bâte, y pachgab, x-e u chaxic eut. Qu'yx eu uloc chuvi ka tem, x-eu chaxic. Utuquel eu qatanalah abah qui tem, x-yâic, x-e qat chicut chuvi tem ; quitzih vi x-e pizcalih chic chuvi tem , mavi x-e yacamaric, quitzih vi x-e valehic, x-qat qui culibal. Qatecut x-e tzeen chic Xibalba, x-e pichicharic chi tze : x-vinakiriheic u cumatz tze chi qui qux , chi qui (1) X-cha u ri be, dit celui de ce chemin. Dans la traduction de Xi- rnenez c'est le chemin même qui parle., mais il est évident d'après le texte que c'est celui qui y est préposé. (1) Cala, salut. La signification de ce mot est, clair, éclatant, ouvert ; c'est encore un salut en usage chez les Grecs, qui disent pour bonjour, calos ; comme si l'on disait : que tout vous — 83 — Un de ces chemins était ronge, un autre était noir ; un était blanc et le dernier était un chemin jaune, (ce qui fai- sait) quatre chemins. Et voilà que celui du chemin noir parla : C'est moi, moi que vous devez prendre, je suis le chemin du roi, dit celui du chemin (1). En ce lieu donc ils furent pris au piège; car ils se virent dirigés sur le chemin de Xibalba, et en arrivant à la salle où trônaient les rois de Xibalba, ils y (reconnurent qu'ils) avaient perdu la partie. Or les premiers (qu'ils virent) assis étaient un manne- quin et un homme de bois, arrangés par ceux de Xibalba : ce furent les premiers qu'ils adorèrent : Salut, Hun-Camé, dirent-ils au mannequin ; salut (2), Vukub-Camé, conti- nuèrent-ils à l'homme de bois. Mais ils ne leur répondirent point. Déjà les rois de Xi- balba éclataient de rire et tous les princes faisaient avec eux grand bruit de risées, parce qu'ils regardaient déjà comme vaincus (3) Hunhun-Ahpu et Vukub-Hunahpu, qu'ils venaient de jouer ; et ils rirent de plus belle. Ensuite Hun-Camé et Vukub-Camé ajoutèrent : C'est fort bien ; vous voilà arrivés ; demain préparez vos orne- ments de tête, vos anneaux, vos gants, leur fut-il dit. Asseyez-vous sur notre siège d'honneur, leur fut-il dit. Mais leur siège d'honneur n'était qu'une pierre incandes- cente, et s'asseyant ensuite sur ce siège d'honneur, ils se brûlaient : de fait ils se roulaient sur ce trône, sans trou- ver de soulagement, et voulant se lever, ce siège les brû- lait. Ensuite ceux de Xibalba se mirent à rire de nouveau ; ils pleuraient à force de rire, s'étouffaient soit clair, éclatant, sans embûche. Cette salutation n'est plus en usage que dans la haute Vérapaz et parmi les po- pulations de la langue pokomchi et du cakchi, entre Coban,CarchahetTaktic. (3) X-e chakomahic chi qui qux, ils étaient vainqueurs dans leur cœur , ou leur pensée. — 84 — quiqib, chi qui.bakib chi tze conohel r'abaual Xibalba.' Xa h'yx chi ha, ve chi be yaoç.y chah, y ziq chi vara- bal, x-e u chax eut. Qatecut x-e oponic pa Gekuma ha, utuquel gekum u pain chi ha, ta x-qui qam eut qui naoh Xibalba : Xa que kapuzu chuvek, xalabe huzu huzu que camic, ru m al ri qu'etzabal ri ka chahibal, que cha curi Xibalba chi quibil quib. Are curi qui chah xa coloquic cha zakitok u bi ri chah, u chah Xibalba; xa hukul qui chaah, xa huzuk chi yohyox-bak chi couviri qui chaah Xibalba. X-e oc eut ri Hunhun-Àhpu, Vukub-Hunahpn chupan ri Gekuma ha ; ta x-be eu ya-oc qui chah, xa hun chi chah tzihom chic x-el ruq Hun-Came, Vukub-Came, ruq huhun qui ziq xavi tzihon chic x-el cuq ahauab, ta x-be eu ya-oc cuq ri Hunhun-Ahpu, Vukub-Hunahpu. (1) Tout ce verset est d'une traduc- tion fort difficile. (2) Ziq ou ciq, c'est le tabac et par extension le cigare et quelquefois la pipe. Ziq signifie aussi parfum, voix, cri lamentable; ziqar, fumer, parfu- mer. C'est évidemment l'origine de l'espagnol cigarro et de notre cigare. (3) Gekuma-ha, la ténébreuse mai- son; Nunez de la Vega fait allusion à une maison ténébreuse, casa lo- hrega, que Votan construisit à Hue- huetan, province deSoi-onusco [Cons- tit. diœcesanas, in pra?amb., n. 34, <$ 30Ï. (Â) Chahibal, affront, insulte et les- Mve, (5) Il y a ici des jeux de mots sur le monosyllabe clia ou chah, qui suivant qu'on le prononce plus ou moins bref ou long a un sens assez différent. Cha bref est la parole et la flèche et la pointe de la flèche, ob- sidienne ou silex; chah bref est plus ou moins la même chose, quoique plus particulièrement il signifie laver ou blesser, insulter, Jet aussi le pin ou les éebardes de cet arbre qui sont fort résineuses et servent de chan- delles ou de torches. Chah long ou avec deux a, c h a a h, signifie la cendre et le jeu de paume et autres, etc. La moindre inflexion dans la pronon- ciation de ces mots ou de leurs dérive- — 8f> — dans leur poitrine de rire, et à force de rire tous les princes de Xibaîba menaçaient d'être frappés d'apo- plexie (1). Allez à votre demeure, où Ton vous portera votre (flam- beau de) résine et votre cigare (2) pour vous endormir, leur dit-on, Ensuite ils arrivèrent à la Maison Ténébreuse (3) où il n'y avait que ténèbres à l'intérieur de la maison, et pen- dant ce temps ceux de Xibalba prenaient conseil : Sacri- fions-les demain et qu'ils meurent le plus tôt possible ; car leur jeu est un affront (4) pour nous, dirent entre eux ceux de Xibalba, Or, leur écharde de résine était une flèche ronde et du pin qu'on appelle zakitok (ou blanc silex), le pin de Xibalba; Irès-pointu donc était leur jeu (5), et promptement devait- il arriver au bout et encourager ainsi le jeu de ceux de Xibalba. Et Hunhun-Ahpu et Vukub-Hunahpu entrèrent dans la Maison Ténébreuse ; on leur donna alors leur écharde de résine, à chacun d'eux son écharde allumée, qui leur ve- nait de Hun-Camé et de Vukub-Camé , et à chacun son ci- gare, également allumé, que leur envoyaient les princes et qu'on apporta alors à Hunhun-Ahpu et à Vukub-Hunah- pu (6). donne un sens parfois tout à fait dis- tinctetprêteàunefouledequiproquos. (6) Les répétitions sont si fréquentes dans cette langue et si recherchées comme une beauté, que le même mot s'y présente souvent avec un sens assez distinct. Dans cette phrase c'est le mot uq, avec, qui paraît quatre fois: Xa-hun chi chah tzihom chic x-el ruq Hun-Came, Vukub-Came, ensemble des échardes allumées aussi sortentd'avec (or) Hun-Camé et Vukub- Camé. — Ruq huhun qui %iq xavi tzihon chic x-el cuq ahauab, avec cela {et) chacun de leurs cigares également allumés aussi sortit d'avec les rois. — Ta x-bec u tja-oc cuq ri MunlmnAk'pu, Vukub-Hunahpu, tandis qu'on allait le donner avec (à) Hnnhun-Ahpu et à Vukub-Hunahpu. Le mot uq ou ruq a d'ailleurs une étymologie fort curieuse, uq est une sorte de pou, créé par la malpropreté, qui s'attache au corps, fort commun parmi ceux des indigènes qui ne se baignent pas fréquemment: Ximenez prétend que c'est de cette attache que vient la préposition avec. Uq se dit familière- ment pour un ami intime, en sorte que lorsqu'on dit par ex. : Vuq, avec- moi, le sens étymologique dit aussi: mon ami, mon pou; avuq, avec toi, ton ami, ton pou; ruq, avec lui, son ami, son pou, etc. — 86 — E chocochoh chi uloc pa gekum, ta x-opon ri yaol qui chah ruq qui ziq ; ca hulhut ri chah x-'oc apon-oc. Ri qui chah e qui tziha ri huhun qui ziq. He ch' ul qui ya chi zakiric : mavichi qizic xavixere u vach, ch' ulqui molo ba, que cha ahauab chyve. X-e uchaxic : x-e chakatah eut. X-qui qiz ri chah, x~ qui qiz curi ziq, x-ha yao chique. Tzatz curi u tihobal Xibalba, quia molah chi tihobal. Are u nabe ri Gekuma ha, utuquel gekum u pam. U cab chicut Xuxulim ha u bi, tzatz chi teu u pam zakxu- ruxuh, zakcaracoh chi xurulah teu ch'oc uloc chupam. R'ox chicut Balami-ha u bi, utuquel balam qo chupam que quichouic, que buchuvic chi matât, que chi qui tit, que e tzapim balam pa ha. Zotzi-ha u bi u cah u tihobal ; utuquel zotz u pam chi ha, que tzitzotic, qui tzitilahic, que ropoppa ha, e tzapin zotz, ma-habi que el vi. R'oo chicut Ghayim-ha u bi , utuquel chakol chupam zaklelohre chi cha, chi tzininic, chi yohohic, chiri pa ha. (1) Le mot tïhohal, épreuve, montre bien qu'il y avait en Xibalba des mystères et une initiation rendue ici d'autant plus formidable qu'il s'agis- sait d'y faire succomber des rebelles ou des conspirateurs. — 87 — 4 Quand on arriva pour leur donner leurs, éehardes de pin, et les cigares, ils étaient repliés sur eux-mêmes dans l'obscurité , où (la flamme de) la résine éclata aussitôt en entrant : Que chacun d'eux allume sa torche et son cigare. Qu'ils viennent les rapporter au lever du jour, mais qu'ils se gardent bien de les user et qu'ils nous les rendent (comme ils les ont reçus), vous disent les princes . C'est ainsi qu'on leur parla : c'est ainsi également qu'ils furent vaincus. Leur pin se consuma, de même se consu- mèrent les cigares qu'on leur avait remis. Or, les épreuves en Xibalba étaient nombreuses, ces épreuves étaient de bien des manières diverses (1). La première était celle de la Maison Ténébreuse, toute d'obscurité au dedans. La seconde (était celle) de la mai- son appelée Xuxulim (2), au dedans de laquelle pénétrait un vent piquant, vent froid et insupportable qui remplis- sait tout au dedans. La troisième (était celle) de la maison dite des Tigres où il n'y avait au dedans que des tigres (3) qui s'entre- mêlaient et s'attroupaient (avec un air) féroce, des tigres qui (se regardaient en) ricanant, enfermés qu'ils étaient dans cette maison. Zotzi-ha, ou maison des chauves-souris, était le nom de la quatrième épreuve; il n'y avait que des chauves-souris au dedans de cette maison, criant, battant des ailes et vol- tigeant dans la maison, chauves- souri s enfermées sans en pouvoir sortir. La cinquième (était celle) dite Ghayim-ha (ou maison des combattants) où il n'y avait au dedans que des (guer- riers) vainqueurs alternativement avec leurs lances, alter- nativement se reposant et là combattant dans cette maison . (2) Xuxulim, ce mot parait signi- fier la bise ou le frémissement du vent du nord. (3) Balami-ha, maison des Tigres. Ces maisons d'épreuve font aussi allusion h des villes dont plusieurs — 88 — Qui nabec u tihobal Xibalba : ma u x-e oc ri Hunhuu- Ahpu, Vukub-Hunahpu chnpam ; xa u bixic apon-oc u bi tihobal ha. Ta x-e oc eu apan-oc Hunhun-Ahpu , Vukub-Hunahpu chuvach Hun-Came, Vukub-Came : Apa qo-vi ri nu ziq, aon qo-vi ri nu chahx-be ya-oc chyvech xgek? x-e u chax eut. — X-ka qizo, at ahàu. — Utzbala, vaeamic bala x- ■qiz gïh, qu yx canne. X-qu'y zachic, x-qu'y ca cup puch, varal x-ch1 yv'euah vi y vach. Qu'yx puzic , x-cha Hun-Came, Vukub- Came. Ta x-e puz eut, x-e muk eut chi Pucbal-Chah u bi; x- gat u holom ri Hunhun-Ahpu, xa u nimal x-mukic ruq ri u chag. Ch'yya ri u holom xol che ri tiquil pa be, x-cha eut Hun-Came, Vukub-Came. Ta x-be eu ya-oc u holom xol che, ta x-vachin eu ri che, ma habi u vach, maha ch' oco ri u holom ri Hunhun-Ahpu chu-xol che. Are curi tzima koh cha chire vaeamic u holom Hunhun-Ahpu, ch'u chaxic. Ta x-u maihah eut Hun-Came, Vukub-Came u vach ri che. Humah colocak u vach : ma c'ucalah qo chi viri u holom Hunhun-Ahpu ; xa hunam chic u vach ruq u vach tzima : eu r'ilo ronohel Xibalba ta ch' ulqui cayih. existent encore sous le mémo nom. (1) Les deux frères n'y, entrèrent point, il était inutile de les initier pour les faire mourir ensuite. Mais ces noms seuls et les détails que nous trouverons aux chapitres ix — 89 — * Ce sont là les premières épreuves de Xibalba ; mais Hunhun-Ahpu et Vukub-Hunahpu n'y entrèrent point (1 ), etil a suffide mentionner les noms decesmaisonsd'épreuves. Lorsque Hunhun-Ahpu et Vukub-Hunahpu arrivèrent dans la présence de Hun-Camé et de Vukub-Camé : Où sont mes cigares, où sont mes torches de pin qu'on vous a apportés la nuit dernière? s'écrièrent-ils. — Nous les avons finis, seigneur ! — Eh bien, aujourd'hui donc sera le terme de vos jours, vous mourrez. Vous serez détruits, on vous tran- chera (dans la poitrine), et votre souvenir demeurera ense- veli dans ces lieux. Vous serez sacrifiés, dirent Hun-Camé et Vukub-Camé. Alors on les sacrifia, et ils furent enterrés au lieu nom- mé le Cendrier ; on coupa (auparavant) la tête de Hun- hun-Ahpu, et (le corps de) l'aîné fut enseveli avec celui de son jeune frère. Qu'on aille mettre sa tête dans l'arbre qui est au milieu du chemin, ajoutèrent Hun-Camé et Vukub-Camé. Au mo- ment où on alla placer la tête au milieu de l'arbre, cet arbre se couvrit aussitôt de fruits, car il n'avait pas de fruits avant qu'on eût mis la tête de Hunhun-Ahpu au milieu de l'arbre. Or, c'est la calebasse que nous appelons encore aujourd'hui tête de Hunhun-Ahpu, comme on le dit (2). Hun-Camé et Vukub-Camé considérèrent alors avec éton- nement les fruits de cet arbre (merveilleux). Ce fruit était également rond tout autour : mais on ne vit plus où était la tête de Hunhun-Ahpu ; car elle ne (faisait) plus qu'un fruit de la même espèce avec les autres fruits du calebas- sier : c'est là ce que voyaient tous ceux de Xibalba, lors- qu'ils allaient le considérer. et x ne laissent pas le moindre doute sur l'existence des épreuves mystérieuses de Xibalba qui parais- sent avoir été au nombre de neuf. (2) Il s'agit du calebassier qu'on appelle tzima en quiche, — 00 - Nimu qoheic ri che x-ux chi qui qux, rumal huzu x-u banic, ta x-ocu holom Hunhun-Ahpu chu xol. X-echa eu ri Xibalba chi quibil quib : Ma qo ma chupuvic ri u vach; ma qo naipu ma oc apan-oc chuxe che, x-e cha x-qui catah quib, x-qui gil quib Xibalba cohohei. Ma u calah chiri u holom Hunhuu-Ahpu ; xa hunarna- tal chic ruq u vach che ri tziuia u bi x-uxic. Nim eut u tzihozicx-u ta hun gapoh : va cute x-chi ka biyh r'oponic. R'OXPAH CHI TZIH. Va chi. cute u tzihoxic hun gapoh, u meal hun ahau Cuchuniaquiq u bi. Are eut ta x-u ta hun gapoh u meal hun ahau ; Cuchu- maquiq u bi u cahau, Xquiq eut u bi ri gapoh. Ta x-u ta eut u tzihoxic ri u vach che, ta chi tzihox chic rumal u cahau, chu maihah eut ta chi tzihoxic. Maquina oh v'ila riche ca bixic : quitzih guz u vach ca cha ca nu tao, x-cha-cut? Qate x-bec xa utuquel, x-apon eut chuxe che, tiquil chi Pucbal-chah tiquil vi : Hiyaa! Nakipe u vach vae che? (1) Xquiq ou ixquiq, nom com- ! tique, et de la préfixe x ou ix qui posé de quiq, saug ou gomme élas- I en fait un nom de femme : c'est — 91 — Grand' dans leur pensée devint (aussitôt) le carac- tère de cet arbre, à cause de ce qui s'était accompli si subitement, quand on avait mis la tête de Hunhun- Ahpu entre ses brandies. Alors ceux de Xibalba se par- lèrent entre eux : Qu'il n'y ait personne qui (soit assez hardi) pour s'asseoir au pied de l'arbre, dirent tous ceux de Xibalba , s' interdisant mutuellement et se défendant (d'en approcher). Dès lors la tête de Hunhun-Ahpu ne se manifesta plus ; car elle s'était réunie aux autres fruits de l'arbre du cale- bassier, ainsi qu'est son nom. Mais une jeune fille entendit ce récit merveilleux, et voici donc que nous raconterons son arrivée. CHAPITRE TROISIEME. Suit ici l'histoire d'une jeune fille, issue d'un prince nomm é Cuchumaquiq . Et voilà qu'une vierge, fille d'un prince, entendit ^ces merveilles) ; Cuchumaquiq était le nom de son père, et Xquiq était celui de la jeune fille (1). Et lorsqu'elle en- tendit l'histoire des fruits de cet arbre qui lui fut racontée par son père , elle s'émerveilla aussi beaucoup de ce récit. Pourquoi n'irais-je pas voir cet arbre dont on parle (tant) : en vérité ses fruits doivent être bien savoureux, suivant ce que j'entends dire, ajouta-t-elle? Alors elle partit seule, et s'approchant du pied de l'arbre planté debout au milieu du Cendrier : Ah! ah ! (s'écria-t-elle le personnage appelé ltzpapalotl l dienne de la théogonie mexicaine, ou Papillon aux couteaux d'obsi- I •— 9°2 — Maquipa guz chi vachin va che? Ma-qu'i cam-tah, ma- qu'i zach-lah laquita x-ch'in chup hunoc? x-cha eu ri gapoh. Ta x-cha u eut ri bak qo ula xol che : Nakipa c'a raih chire? ri xa bak ri colocoxinak chu gab-tak che, x-cha ri u holom Hunhun-Ahpu ta x-chauic chire ri gapoh. Ma c'a raih, x-u chaxic? — Ga nu raih, x-cha eut ri gapoh. — Utzbala; ch'a liquiba uloc ri a vi qui gab vi- la na, x-cha ri bak. — Ve, x-cha eu gapoh, x-u liquiba akan-oc u vi qui gab chuvach bak. Qatecut chi pitz ca ban u chub bak ta x-petic takal eut pu gab gapoh : ta x-r'il eut u pa gab huzuk xu nicoh ; ma-cu-habi u chub bak pu gab. Xa r'etal mi-x-nu ya chave ri nu chub, nu qaxah. Areri nu holom ma-habi ca chokonchi vi, xabak, ma-habi ehi u çhae. Xavi quehe u holom ve qui nim ahau ; xa u tiohil utz vi u vach : are eut ta chi camic ch'u xibih chirih vinak ru mal u bakil. Quehecut xa u qahol queheri u chub u qaxah u qoheie, ve u qahol ahau, vepuchu qahol naoî, ahuchan, x-ma chi zach vi chi bec, chi tzakatahic, mavi chupel, ma pu maixel u vach ahau, achihnaol, ahuchan, xaxi chi cana- hic u mial, u qahol ta ch'uxoc, quehe mi-x-nu ban chave. (1) C'est le fond de la fable de la naissance de Huitzilopochtli, dieu des Mexicains, bâtie sur celle-ci. (2) Sorti du peuple. C'est le mot achih que nous traduisons ainsi ; il signifie régulièrement héros, guer- rier; il semble toutefois s'appliquer à ceux qui n'appartenaient point à — 93 — avec admiration) . Quoi ! c'est là le fruitdeeet arbre. N 'est-ce pas admirable comme cet arbre s'est couvert de fruits? En mourrai-je donc et sera-ce ma ruine si j'en cueille un? ajouta la jeune fille. Alors la tête de mort qui était au milieu de l'arbre parla : Est-ce donc que tu en désires? Ces boules rondes qui sont entre les branches de l'arbre ne sont que des têtes de mort, ditla tête de Hunhun-Ahpu, en parlant à la jeune fille. En veux-tu toujours? ajouta-t-elle. — J'en veux, ré- pondit la jeune fille. — Eh bien! étends seulement le bout de ta main, dit la tête de mort. — Oui, répondit la jeune fille, en avançant sa main qu'elle étendit devant la tête de mort. Alors la tête de mort lança avec effort un crachat dans la main de la jeune fille tandis qu'elle était étendue vers elie : elle regarda aussitôt le creux de sa main, en y jetant un coup d'œil curieux ; mais la salive de la tête de mort n'était plus dans sa main (1). Cette salive et cette bave c'est ma postérité que je viens de te donner. Voilà que ma tête cessera de parler; car ce n'est qu'une tête de mort, qui n'a déjà «plus de chair. Ainsi également est la tête même des plus grands princes ; car la chair seule est ce qui embellit le visage : de là la terreur qui assiège les hommes au moment de la mort, à cause des ossements ( qui seuls leur restent). Il en est de même des fils dont la nature est comme la salive et la bave, qu'ils soient fils de prince ou fils d'ar- tiste ou d'orateur, laquelle ne se perd point, mais se trans- met avec la génération sans que s'éteigne ni s'anéantisse la représentation du prince, de l'artiste sorti du peuple (2) ou de l'orateur ; ainsi en est-il également des filles ou des fils (3) qu'ils laissent, et c'est ainsi que j'ai agi avec toi. l'aristocratie, mais à une classe inter- 1 (3) 11 est à remarquer ici que quand ifiédiaire entre la noblesse et les serfs il s'agit simultanément d'hommes et ou paysans. 1 de femmes dans le discours, les- — 94 — C'atakan eut chila chuvach. uleu, mavi c'a camic. Cat oc pa tzih, ta ch'uxoc, x-cha ri u holom Hunhun-Ahpu, Vukub-Hunahpu. Xavi qui naoh ta x-qui baûo are u tzih Hurakan, Chipi-Cakulha, Raxa-Cakulha chiquech» Quehe eu u tzalihic chic gapoh chi r'ochoch, quïa pixab x-biyx chirech . Huzu eu x-vinakir r'al chu pam rumal ri xa chub; are eut qui vinakiric Hunahpu, Xbalanque. Tax-opon eut chi r' ochoch ri gapoh, x-zakat eut va- kakib iq, tax-nauachil rumal u cahau ri Cuchumaquiq u bi u cahau. Qatepuch u natahic gapoh rumal u cahau ta x-il ri r'al qo-chic. Ta x-qui cuch eut qui naoh conohel ahauab Hun-Came, Vukub-Came ruq ri Cuchumaquiq. Areri nu meal qo chi r'al, yx ahauab, xa u hoxbal, x-cha eu ri Cuchumaquiq, ta x-oponic cuq ahauab. — Utzbala ! ch'a qoto u chi ri, ta ma e'u biyh, chi puz eut, chi naht chi be puzo vi. — Utzbala, Alak ahauab, x-cha- cut. Qatecut x-u tzonoh chirech u meal : Apa ahchoke ri av'al qo ch'a pam, at nu meal ? — X-cha-cut : Ma-habi Val, Lai nu cahau, ma-habi achih v'etaam u vach. femmes ont presque toujours la pré- séance sur les hommes. Considérés comme bâtards par les Nahuas pur sang, les métis devaient avoir d'au- tant plus de respect pour les femmes qui leur avaientdonnéle jour, qu'elles appartenaient à la souche la plus an- cienne et la plus illustre du pays. C'est peut-être en mémoire de la mère de Hun-Ahpu que les femmes- chefs en bien des contrées devaient leurs prérogatives. (1) Chuvach uleu, pour cKu vach uleu, sur la face de la terre. Cette scène se passait-elle à l'entrée d'une grotte, d'un souterrain, dans quelque vallon retiré et profond, c'est ce qu'on ne saurait vérifier. Ce qui parait pro- — 95 — Remonte donc vers la terre (1); tu ne mourras point. Crois en ma parole qu'ainsi il en sera fait, ajouta la tête de Hunhun-Ahpu et de Vukub-Hunahpu (2). Or, ces choses ainsi arrangées se faisaient par Tordre qu'ils avaient reçu dé Hurakan, de l'Éclair qui sillonne et de la Foudre qui frappe. Ainsi donc la jeune fille retourna à la maison (remplie des) nombreux avertissements qui lui avaient été commu- niqués. Et aussitôt elle conçut dans son sein par la vertu seule de la salive ; et ce fut là la conception de Hunabpu et de Xbalanqué. La jeune fille étant alors arrivée à sa maison et six mois s'étant écoulés, elle fut observée (avec soupçon) par son père, et Cuchumaquiq était le nom de son père. Ensuite son père remarqua la jeune fille avec plus d'atten- tion, lorsqu'il vit qu'elle portait un enfant (dans son sein). Alors les rois Hun-Camé et Vukub-Camé réunirent tous les avis avec celui de Cuchumaquiq. Voici ma fille qui est enceinte (3), ô rois, et véritable- ment pour son déshonneur, dit Cuchumaquic, en arrivant devant les rois. — C'est bien ! sonde sa bouche, et si elle ne parlé pas, qu'elle soit mise à mort et qu'on aille la sa- crifier loin d'ici. — Fort bien, ô m ©s seigneurs, répondit- il (4). Alors il demanda à sa fille : De qui est l'enfant que tu portes dans ton sein, ô ma fille? — Mais elle répondit : Je n'ai point d'enfant , ô mon seigneur et père , il n'y a point d'homme dont je connaisse la face. bable c'est que les épreuves de l'ini- tiation antique avaient lieu au fond des cavernes et des souterrains. (2) Vukub-Hunahpu reparaîtrai t- il ici comme le représentant de l'ordre sacerdotal. (3) Areri nu meal qo chic r'al, celle-ci ma fille est avec son entant. AI, qui signifie enfant, dansson sens absolu dit poids, chose pesante, rral chu pam, son poids dans son ventre, c'est-à-dire, être enceinte. De al vient alah, qui signifielibre ; alahil, liberté; alah, mettre au monde, accoucher, se délivrer d'un poids ; alaxih, être délivré, être enfanté ou naître, etc. (4) Alak est le pluriel du révère»- tiel lai, grandeur, altesse, etc. — 96 — X-cha-cut: Ut^bala! quitzih vi chi, athoxol. Ch'ekch'y puzu, yx r'Ahpop-Achih; clr y qama uloc ri u qux chu- pan zeî, chi qu'y cololeh ahauab vacamic, x-e uchax eut ri Tueur. v E cahib ta x-e bec qui tiquem ri zel, ta x-e bec qui che- lem rigapoh, eu caam ri zakiiok, puzbal re. Mavi ch' utzinic qu'in y camizah, yx zamahel, rumal mavi nu hoxbal ri qo chi nu pam ; xaki x-vinakiric xere x-be nu maihah ri u holom Hunhun-Ahpu qo chi Pucbal- chah ; quehe-ta-cut mavi qu'y puz, yx zamahel, x-cha ri gapoh, ta x-chauic. Nakipa x-chi ka coh u gexel ri y qux? Mi-x-biyx uloc rumal a cahau : Ch' y qam uloc ri u qux ; x-chi qu'y tzo- loleh ahauab; x-chi qu'y tzakix-tah, x-chi qu'y hunam vachih u tzakic ; ch'anim ch'y qama ula pu zel, chi coloba kahoc u qux chupan zel. Ma-pa mi-x-oh uchax uloc? Nakila eut x-chi ka ya pa zel ? ca k'ah-ta nabec ma-ta c'at camic, x-e cha u ri zamahel. Utzbala! Mavi quech ri qux ta ch'uxoc; ruq mavi va- ral yv'ochoch ch'uxic; ma-cu-xa ch'y chih vinak chi camic, qate quitzih yvech ri quitzih hoxol, qate naipu vech Hun-Came, Vukub-Came ; xa>quiq xa holomax rech ta ch'uxoc are chicutchuvach. (1) Ch' ek, qu'on l'emporte. Ek, ra- dical de ekahy emporter, charger sur Jes épaules, porter en litière : c'est la distinction des princes qu'on accorde encore à la princesse, quoiqu'on l'em- porte pour la sacrifier. (2) U gexel ri y qux, sou échange, (son substitut) de votre cœur. Voici la seconde fois que nous trou- vons votre mis au pluriel pour ton. Les deux frères disent en par- tant à leur mère : ne vous affligez point. Ce mode respectueux dans le langage, si analogue au nôtre, se — 97 — îl ajouta : Eh bien, tu es en vérité une fornicatriee ! . . . Emportez-la (1) et faites-la mourir, vous autres les Ahpop- Achih; rapportez son cœur dans un vase et soyez de re- tour aujourd'hui avec les rois, dit-il aux Hiboux. Ils étaient quatre qui allèrent prendre le vase et qui se mirent ensuite en chemin, portant la jeune fille sur leurs épaules, et emportant un couteau de silex destiné à l'im- moler. Vous ne sauriez me tuer, ô mandataires (de Xibalba); car ce n'est pas le crime que je porte dans mon sein ; seul (ceci) s'est engendré, tandis que j'allais admirer la tête de Hunhun-Àhpu qui est au Cendrier ; ainsi donc vous ne me sacrifierez point, ô mandataires (de Xibalba), dit la jeune fille, en leur parlant. Mais que mettrons-nous en échange de votre (2) cœur ? Ainsi nous a parlé votre père : Rapportez son cœur : vous retournerez vers les rois ; soyez formels et d'accord ma- nifestez-en l'accomplissement ; vite apportez-en (la preuve) dans un vase. Vous placerez son cœur au fond du vase. N'est-ce pas ainsi qu'on nous a parlé ? que mettrons-nous donc dans le vase? cependant nous aimerions mieux que tu ne meures point, dirent les mandataires (de Xibalba). Fort bien î ce cœur ne peut être à eux ; votre demeure ne peut pas non plus être ici, et non-seulement vous aurez en votre pouvoir de faire mourir les hommes, mais à vous véritablement seront les véritables fornicateurs, à moi se- ront ensuite Hun-Camé et Yukub-Camé ; le sang seul passe contrat pour lui-même, ainsi soit-il donc devant leur face (3). rencontre assez souvent dans ce livre. (3) Cette phrase est d'une extrême difficulté, plusieurs motsétantinusités aujourd'hui. Nous la donnons donc sous toute réserve. Max est le nom de certaines feuilles qu'on met pour rougir dans une boisson que 1 r I es parties prenaient ensemble après avoir fait un contrat de vente. Holomaxen un seul mot signifie, être à la tête, dominer, et quiq-holomax, ensemble, font allusion à une sorte de maladie secrète. — 98 Mavi are ri qux chi qat chuvacli tach'uxoc. Çh' y coho ri u vach elle, cha-cut ri gapoh. Cak cul u vaal ri chex- elic, x-culpa zel : x-u von rib, coloquic x-uxic ; u gexel u qux ta yitz cbi c'ul u vaal cak che : Quehe ri quiq u vaal che x-elic u gexel u quiqel ; ta x-u colo chila ri quiq chu pan, ri u vaal cak che, quehe curi quiq r'ih x-uxic cakluhluh chic colom chi pa zel la x-copcot ri che rumal gapoh. Chuh-Cakche ch'u chaxic, are eu ri quiq x-u binaah l 'iimal quiq holomax ch'u chaxic. Chila eut qu'yx logox vi, chuvach uleu qo yvech eh' uxic, x-cha-cut chique ri Tueur. — Utzbala, at gapoh. X- ka be ba, ka vaba akan-oc ; xa c'a bin apan-oc, oh na ka yaix-tah u va u gexevach a qux chi qui vach ahauab, x-e cha-cut ri zamahel. Ta x-opon eut chi qui vach ahauab, quezelevachin co- nohel. Mavi x-utzinic, x-cha eut Hun-Came? — Mi-x-ut- zinic, yx ahauab; va nacu uqux xe qo pa zel. — Utzbala ! v'ila eut x-cha-cu ri Hun-Came. . Ta x-u chuyeh eu akan-oc, ca turur rih chi comah cak- luhluh rih chi quiq : Utz ch'y luu u vach gag, ch'y ya chuvi gag, x-cha eut Hun-Came. (l)Sang-de-Dragon est le nom fran-j à-dire cochenille de l'arbre rouge, çais de l'arbre appelé par les Mexi- (2) C'était an contrat de sang entre eains ezquahuitl, arbre de sang, et la princesse et les Tueurs ou Sbires de par les Quicfrés "Chuhr'cakcïie, c'est- ! Xibalha. — 99 — Quant à briller ce cœur devant eux , cela ne sera pas «davantage). Mettez (dans le vase) le produit de cet arbre, ajouta la jeune fille.. Et rouge la sève de l'arbre sortit et coula dans le vase : elle se coagula et devint (comme) une boule : (c'était) l'échange de son cœur qui sortait jaillis- sant, ce liquide de l'arbre rouge. Semblable à du sang sortait la sève de l'arbre, en échange du sang ; alors il se figea là ce sang au fond (du vase), ce liquide de l'arbre rouge, et semblable à du sang son apparence devint brillante , rougeâtre et coagulée dans le vase, tandis que l'arbre devenait célèbre à cause de la jeune fille. Sang-de-Dragon (1) il fut appelé; c'est donc ce qui fut surnommé sang, parce que sang passé en contrat il fut appelé (2). Là donc vous serez aimés, et tout ce qu'il y a sur la sur- face de la terre deviendra votre héritage (3), dit-elle encore aux Hiboux. — Fort bien, jeune fille. Pour nous, nous partons, nous allons rendre compte (de notre mis- sion) ; va ton chemin, tandis que nous allons mettre l'image et ressemblance de ton cœur sous les yeux des rois, ré- pondirent les mandataires (de Xibalba). Lorsqu'ils arrivèrent devant les rois, tous étaient dans une attente inquiète. Est-ce déjà fini? dit alors Hun-Camé. — C'est fini, ô rois, voici présentement son cœur au fond de ce vase. — C'est fort bien, que je le voie donc, reprit Hun -Camé. Alors il le souleva délicatement du bout des doigts, et le liquide ensanglanté, brillant d'une couleur rougeâtre, commença à se répandre avec le sang : Avivez bien les braises et placez-le au-dessus du feu, ajouta Hun-Camé. (3) Ce contrat est d'autant plus cu- rieux qu'il révèle un des côtés les plus intéressants de la conspiration: Ja princesse promet aux ahpop achih, capitaines des gardes ou chefs du peuple, la possession des héritages dont ils sont exclus et qui n'appar- tient qu'à la noblesse. Ceux-ci seraient- — 100 — Qatepuch x-qui chakih chuvi gag, c'oc eut x-qui na Xibalba, x-e qiz yacatah uloc conoliel x-e chike chuvi quitzih chi guz x-qui nao ri u zibel quiq. Arecut e chiquichoh vi canoc, ta-xe be ri Tueur e vabai rech gapoh x-u quia akan-oc chi hul chuvi ulenh, x-zalih chi eu cahoc ri vabanel. Quehecut x-e chakatah vi r'ahaual Xibalba ri rumal gapoh x-e moyvachixic conohel. GAHPAH CHI TZIH. Arecut e qo riu chuch Hunbatz, Hunchouen, ta x-ul ri ixok Xquiq ruq ri u chuch Hunbatz, Hunchouen ; x-qol-oc r'al chupam xa zcaquin chic mavi que yaqueic ri Hun- ahpu, Xbalanquequi bi. Ta x-ul eu ri ixok chire ri atit, x-cha curi ixok chire ri atit : Mix-in ulic, Lai chichu, in alib La, in puch al- cual La, Lai chichu, x-cha ta x-oc uloc ruq ri atit. Apa c'at pe-vi uloc? qo chi pa ri v'al? ma-pa x-eca- mic chiXibalba? e eu caib canoc qu'étal qui tzihel puch, Hunbatz, Hunchouen, qui bi, ve av'ila ? C'at pe-vi, c'at- el ubic, x-u chax ri gapoh ramai atit. ils les mêmes dont on créa plus tard l'ordre des nobles et des prêtres. (ii C'est la suite de la conjuration. Le mot hul, trou, profondeur, ca- verne, fondrière, symbolise avec une sorte dé mépris les lieux souterrains — loi — Après donc qu'ils eurent jeté (le cœur) sur le l'eu et que ceux de Xibalba eurent commencé à sentir (l'odeur (jui^s'en exhalait), tous se levèrent à la fois et se tournè- rent avec un étonnement inquiet vers le parfum qu'ils sentaient de la fumée de ce sang. Tandis qu'ils demeuraient (étourdis de ce qui se passait) , les Hiboux, prévenus par la jeune fille, s acheminaient montant en grand nombre de la fondrière vers la terre, où ils tournaient aussitôt ses partisans (1). Ainsi furent joués les princes de Xibalba par celte jeune tille par qui tous se laissèrent aveugler. CHAPITRE QUATRIEME. Or, la mère de Hunbatz et de Hunchouen (2) était chez elle, lorsque la femme Xquiq arriva auprès de la mère de Hunbatz et de Hunchouen ; elle était enceinte et peu s'en fallait pour la naissance de ceux qui se nommèrent Hun- ahpu et Xbalanqué. Lorsque la femme arriva auprès de la vieille, cette femme donc dit à la vieille : J'arrive, ô ma dame et mère; je suis votre belle-fille, je suis la fille adoptive de votre seigneurie, madame et mère, dit-elle en entrant auprès de la vieille. D'où viens-tu ? où sont mes fils? ne sont-ils pas morts en Xibalba? et leurs deux descendants, les signes de leur parole, qu'on appelle Hunbatz et Hunchoven, ne les vois- tu donc pas ? Sors d'ici, va-t'en! fut-il répondu par la vieille à la jeune fille. et bas ou jusque-la ces sbires de Xi- balba avaient servi les rois, avant d'être appelés par la princesse à une position plus élevée et à posséder des châteaux au sommet des monta- gnes. (2) La mère apparemment pour l'aïeule' 102 Xerela quitzih vi chi in alib La x-qo nare ; in qovi rech Hunhun-Ahpu ; va u caam e qazlic, mavi e caminak ri Hunhun-Ahpu, Vukub-Hunahpu, xa u gatbal rib ^ak mi-x-qui bano ; Lai v'alib. Quehecut yv'ila-tà chi tog u vach ri u caam, x-u chaxic ri atit- Arecut que cakal ri Hunbatz, Hunchouen : xa zu, xa bix ca qui bano ; xa tzibanic, xa pu qotonic qui chakih chi hutagih; are eut çubul vi u qux ri atit. X-cha chicut alit : X-ma ca v'ah-vi at-ta v'alib ; xa a hoxbal ri qo ch'a pam ; at qaxfok, x-e cam vi v'al c'a biyh. X-cha chicut ri atit : Quitzih ibare va ça nu biyh. Utz- bala, at v'alib ca nu tao. Uh'at bala, h'a qama qu'echa vichi qui veeh, h'a hacha hun chi nima cat; chi petic, at nacu v'alib ca nu tao,x-uchaxcut ri gapoh. Uîzbala , x-cha-cut. Qatepuch ta x-bec pa abix qo vi c'abix riHunbatz, Hunchoven, hocam u beel cumal; x-u takeh eut gapoh x-opon puch chi ri pa abix. Xacu huvi ri abix, x-ma qo chivi u ca-vi r'ox-vi, xu vachelaam vi u vach chi huvi : ta x-qiz eut u qux ri ga- poh. Quilain makol, in qazbol! Apa x-ch'in qam viri hun cat echa ca bixic, x-cha-cut. Qatepuch u ziquixic Chahal echa rumal, ta t'ul va uloc, ta t'ul takal-oc. -— io:{ — « Croyez-moi véritablement, je suis certainement votre belle-tille ; car je suis (l'épouse) de Hunhun-Ahpu ; les voici portés vivants, Hunhun-Ahpn, Vukub-Hunahpu ne sont pas morts, et la sentence qui les a frappés ne les a rendus que plus illustres; Vous êtes ma belle-mère. Ainsi donc voyez leur image chérie dans ceux que je porte, fut-il dit à la vieille. Et voilà que Hunbatz et Hunchoven se mirent en co- lère (contre la jeune femme) : à jouer de la flûte et à chan- ter ils s'occupaient uniquement; à peindre et à sculpter ils employaient tout le jour, et ils étaient la consolation de la vieille. La vieille alors répondit : Je n'ai nullement besoin de toi pour ma belle-fille ; c'est ton adultère qui est (renfermé) dans ton sein ; tu es une menteuse ; ils sont morts mes en- fants dont tu parles. Et la vieille reprit : Ce n'est que trop vrai tout ce que je t'ai dit. Mais c'est bien, tu es ma belle-tille à ce que j'entends. Va donc ramasser des provisions pour ceux qui mangent; va, moissonne un grand filet tout plein ; reviens ensuite puisque tu es ma belle-fille à ce que j'en- tends, fut-il répondu à la jeune fille. Fort bien, répondit-elle. Ensuite elle s'achemina vers le champ où étaient les semailles de Hunbatz et de Hun- ehouen, et le chemin avait été ouvert et nettoyé par eux; la jeune fille le suivit et arriva ainsi au champ. Mais (elle n'y trouva) qu'une seule gerbe; car il n'en restait ni deux, ni trois, une seule gerbe sortant encore son image (sur la surface du champ) : alors le cœur de la jeune fille se brisa : Malheureuse pécheresse que je suis! où irai-je cher- cher ce filet tout plein de provisions qu'on m'a com- mandé, ajouta-t-elle ? Alors (elle pensa) à invoquer le Gardien des aliments, afin d'obtenir qu'il en rapportât. — iOi — Xtoh, Xganil, Xcacou, yx pu tziya ; at Chahal re qu7e- cha Hunbatz, Hunchouen, x-cha ri gapoh ! Ta x-u qani eut ri tzamiy, u tzamiyalu vi hal, x-u bok akan-oc, mavi x-u hach ri hal, chi eau eut ri hal eeha pa cat, x-caxinic ri niraa cat. Ta x-pe eut ri gapoh : xa eu chieop x-ekan ri cat, ta x-peticx-be quiya u coc xucut ha queheri r'ekan.X-opo- nie x-r'il ri atit; qatepuch ta x-r'il ri atit ri eeha hun chi nimacat: Apa mi- x-pe -vi ri eeha aumal, mi-xe a galaba vi, ve mi-x-qix a qam uloc ri k'abix? Chi be na v'ila, x-cha ri atit ta-x-be puch, x-be r'ila ri abix. Xavixereqo-vi ri huvi abix, xavi-cu-xere calah u qo~ libal cat chuxe. Anim chicut x-pe ri atit x-ul chicut chi r'ochoch , x-cha chicut chire ri gapoh : Xerevi retal ri quitzih vi chi at v'alib ; chi vil chi na a banoh, ri e qo ri vi e nauinak chic, x-u chax eut gapoh. (1) Xtoh, Xganil, Xcacou, noms des trois divinités qui présidaient à Ja nourriture, à l'abondance. Xtoh, composé de la particule x ou t'a;, femme, et de toh, neuvième signe des jours du calendrier quiche et cakchi- quel, que les auteurs traduisent par le mot pluie, averse. Xtoh ou Ixtoh était donc celle de la pluie, la déesse de, la fécondation terrestre. Xganil, composé de la même particule x ou ix, et de ganil, déterminatif de gan, jaune, désignant probablement la maturité, ce qui ferait de Xgani' ou Txganil la déesse des moissons. Xca- cou, composé de L'a et de cacou, ca- cao, ce qui fait de Xcacou ou ftlxca- com. la déesse de ce fruit véritable- Xtoh, Xcanil, Xeacau, vous qui préparez (1) le maïs avec la cendre, et toi, Gardien des provisions de Hun- balz et de Hunchouen (venez à mon. aide) , s'écria la jeune fille! Alors elle prit les barbes et l'extrémité de la gerbe, les arracha doucement, sans déraciner la gerbe, les arrangea (ces barbes devenant des) gerbes de maïs au fond du filet, et elle réussit ainsi à remplir un grand filet. Alors la jeune fille se remit en chemin : mais des bar- bares chargèrent le filet (2) et allèrent porter leur far- deau dans un coin de la maison, comme leur fardeau (or- dinaire). La vieille accourut pour le voir, et quand elle vit un si grand sac rempli de provisions : D'où t'est venu une telle provision? aurais-tu donc ruiné (mon champ) ou aurais-tu achevé d'emporter tou- tes nos semailles? Je vais y voir à l'instant, dit la vieille en se mettant en chemin et en allant voir le champ. Mais le seul épi du champ était debout (à la même place) et Ton voyait de même l'endroit où avait été placé le filet. Avec la même vélocité, la vieille s'en revint à sa maison et dit à la jeune fille : C'est là véritablement un signe que tu es ma belle-fille ; je verrai encore tes œu- vres et celles des sages que tu portes (actuellement dans ton sein), lui fut-il dit à la jeune fille. ment divin. Vous donc qui préparez le maïs, dit la princesse, yx pu tzhja; ce dernier mot signifie dans son ac- ception ordinaire, cuire le maïs avec de la cendre ou de la potasse, prépa- ration ordinaire en Amérique où les femmes font passer le maïs par un bouillon d'eau de cendre ou de po- tasse pour l'adoucir et lui enlever plus facilement sa pellicule et peut-être aussi par mesure hygiénique. (2) Chicop exprime l'idée de la bête quelle qu'elle puisse être, mais ce mot est pris aussi comme en français dans le sens de brute, de sauvage, d'homme barbare et sans éducation. Ximenez traduit par animal ;nousavons cru que le mot barbare convenait davantage. \m — ROOPAH GHI TZIH. Are ehix-chi ka tzihoh c'alaxic Hunahpu, Xbalanque. Arecut c'alaxicyae x-chika biyh. Ta x-u riqu gih c'a- laxic, ta x-alan puch ri gapoh Xquic u bi. Macu x-u vachih atit, ta x-e* alaxic ; libahchi yaqueic e caib chi c1 alaxic, Hunahpu, Xbalanque qui bi, pa huyuh x-e yaque vi. Ta x-e oc cul pa ha : macu que varie : Hea tzaka uloc, quitzih chach qui chi, x-cha ri atit. Qate eut ta x-e va pu zanic ; guz eu qui varam phiri : x-e el chi eu chiri, x-eya chic chuvi qix. Are ta eut x-c'ah Hunbatz, Hunchouen, x-e cam-ta chiri pa zanic, x-e cam-ta pu chuvi qix; x-c'ah rumal qui chakimal, qui cakvachibal puch cumal Hunbatz, Hun- chouen. Mavi x-e culax pa ha cumal qui chagnabec; xa mavi qu'etaam, xavi eu pa huyub x-e quiyi vi. E eu nimak ahzu, ahbix ri Hunbatz, Hunchoven : x-e nimakir eut nima qaxcol rail x-e iqou vi x-e qaxcobizaxie e nimak etamanel chic x-e nxic : xavixere e ahzu e ahbix e pu ahtzibab, ahqot xe uxic, ronchel ch'utzin cumal. Xa x-qu etaam vi x-e alaxic, xa x-e nauinak e pli u — 10" CHAPITRE CINQUIEME. Ce que nous raconterons (maintenant c'est) la nais- sance de Hunabpu et de Xbalanqué. Voici donc leur naissance que nous allons raconter. Lorsqu'elle eut atteint le jour de leur naissance, la jeune fille, nommée Xquiq, enfanta. La vieille n'assista pas toutefois, quand ils naquirent ; instantanément ils se produisirent, et tons les deux furent délivrés, Hun ah pu et Xbalanqué (car tels furent) leurs noms, (et c'est) dans la montagne qu'ils se produisirent. Alors ils rentrèrent dans la maison; mais ils ne dor- maient point : Va les jeter dehors, car en vérité ils ne font que crier, dit la vieille. Après quoi on les porta sur une fourmilière, mais leur sommeil y fut savoureux : ils les emportèrent de là et allèrent les mettre sur des épines. Or, ce que désiraient Hunbatz et Hunchouen, c'est qu'ils mourussent là sur la fourmilière; ils le désiraient parce qu'ils étaient leurs rivaux (dans les arts) et ils étaient un objet d'envie pour Hunbatz et Hunchouen. Dans le commencement même, leurs jeunes frères ne fu- rent pas reçus par eux dans la maison; ceux-ci ne les con- naissaient point, et ainsi ils furent élevésdans la montagne. Or, Hunbatz et Hunchoven étaient de très-grands mu- siciens et chanteurs; ayant cru, au milieu de gran- des peines et de grands travaux, qu'ils avaient pas- sés, tourmentés de toute manière, ils étaient devenus de grands sages : ils s'étaient rendus également (habiles comme) joueurs de flûte, chanteurs, peintres et sculp- teurs ; tout sortait parfait de leurs mains. Ils savaient certainement quelle était leur naissance et — 108 — gexel qui cahau ri x-e be chi Xibalba, caminak vi qui cahau ; e eu nimak etamanel ri Hunbatz, Hunchouen chi qui qux ronohel nabec qu'etaam ta x-e vinakir ri qui chag. Macu x-el apanocqui nauiquil rumal quicakvachibal, xa chiquih x-kah vi u yog qui qux, mavi banoh x-e poi- zaxic cumal ri Hunahpu, Xbalanque. Xa eu u ubanic chi qui banc- hutagih : mavi que logo- xic rumai ri r'atit, Hunbatz, Hunchouen; mavi chi ya qui va ; x-baninak vaim x-e pu vainak ri Huubatz, Huncho- ven, ta que u ulic. Macu cakaric oyovaric, xa chi qui euyu; xere qu'e- taam ri qui goheic, queheri zak ca qu'ilo. C'u caam eut qui tziquin ta que ulic hutagih ; chi qui ti eut ri Hunbatz, Hunchouen, mahabi nakila chi ya chique chi qui cabi- chal ri Hunahpu, Xbalanque, Xacu zu, xa pu bix chi qui bano Hunbatz, Hunchouen. Ta x-e ul chi puch ri Hunahpu, Xbalanque, ma-habi chic qui tziquin c'u caam; x-e oc ul-oc, x-cakar pu ri atit. Nakipa rumal mahabi chi tziquin yv caam, x-e u ehax eut ri Hunahpu, Xbalanque? — - Are vi, yx k'atit, xa mi- x-e tanatob ka tziquin ehuvi che, x-cha-cut : ma-cu-habi ch'akan chuviche chiquech, yx k'atit: chi cah-ta pu ri k'atz, que be-ta kuq, chi he-ta qui kazah uloc ri tziquin, x-e cha-cut. — 109 — étaient également instruits qu'ils étaient les représentants de leurs pères qui étaient allés en Xibalba, où leurs pères étaient morts; c'étaient donc de bien grands sages que Hunbatz et Hunchouen, et dans leur intelligence ils avaient su dès l'abord tout ce qui concernait l'existence de leurs jeunes frères. Mais leur sagesse ne se montra pas à cause de leur en- vie, le mauvais vouloir de leur cœur ayant pris le dessus contre eux, quoique aucun acte ne les eût provoqués delà part de Hunahpu et de Xbalanqué. Car ils ne faisaient que chasser à la sarbacane chaque jour : ils n'étaient aimés ni de leur aïeule, ni de Hunbatz, ni de Hunchouen : on ne leur donnait point à manger; seulement quand le repas était terminé, quand Hunbatz et Hunchouen avaient fini de manger, ils venaient. Mais ils ne s'offensaient point et ne se mettaient point en colère, se contentant de souffrir; car ils connaissaient leur nature et ils voyaient (tout) clairement comme leN jour. Ils apportaient donc des oiseaux quand ils venaient chaque jour ; mais Hunbatz et Hunchouen les mangeaient sans leur en rien donner à l'un ou à l'autre de Hunahpu et de Xbalanqué. Hunbatz et Hunchouen ne faisaient autre chose que jouer de la flûte et chanter. Or Hunahpu et Xbalanqué vinrent une fois, sans apporter aucun oiseau, et quand ils entrèrent, la vieille se mit en colère. Pourquoi donc n'apportez-vous point d'oiseaux, leur fut-il dit à Hunahpu et à Xbalanqué? — Voici ce que c'est, notre aïeule, seulement nos oiseaux se sont embar- rassés dans les branches touffues de l'arbre, répondirent- ils : nous ne sommes pas capables de grimper sur l'arbre pour les prendre, notre aïeule ; mais que nos frères aînés y montent; qu'ils viennent avec nous et qu'ils descen- dent les oiseaux, ajoutèrent-ils. — 1 10 — Utzbala, koh be yvuq zakiric, x-e cha-cu ri c'atz, ta x-e chacouic. X-caminak eut qui naoh qui cabichal chi- recii qui chakic Hunbatz, Hunchouen : Xa ka tzolcomih qui qoheic, e u pam, ka tzih ta ch'uxoc rumal nima qaxcol mi-x-qui ban chike. X-oh cam-tah, x-oh zach-tah puch, x-kah ri oh qui chag. Queheri ala x-oh pe-vi uloc chi qui qux; quehecut que ka chak-Vi, xa r'etal chi ka bano, X-e cha chi quibil quib, ta x-e be eut chila chu xe che Gante u bi. C'achbilan curi c'atz ta x-e bec, x-qui tiqiba chicut u ubanic. Mavi ahilan chi tziqnin chuvi che que chititic, x-e maihan eut ri c'atz ta x-qu'il ri tziquin. Are curi tziquin, ma-habi hun oc x-kah uloc chuxe che ; ri ka tziquin e mavi que kah uloc : xa h'yx kazah uloc, x-e cha-cut chire c'atz. — Utzbala, x-e cha-cut. Qatepuch x-e akanic chuvi che, x-nimar eut ri che, x- zipoh u pam : qatecut x-e rah kah uloc, macu utz chic qui kahic uloc chuvi che Hunbatz, Hunchouen. <• X-e cha eu uloc chuvi che : Hupacha koh u chanic, yx ka chag ? togob ka vach ! Are ri che ca xibin chic ca qu'ilo, yx, ka chag, x-e cha uloc chuvi che. (1) Canté, c'est-à-dire, bois jaune, en langue tzendale et maya, le mot dans son ensemble n'appartenant pas à la langue quichée : c'est, dit Ordonez, le même auquel les teintu- riers et les fabricants de couleurs au Mexique donnent le nom de toztet, peut-être tochtetl. Le mot can-té veut dire également en maya bois de serpent. Le nom de ce bois qui ne — m — C'est bon, nous irons avec vous demain dès le jour, firent les aînés dans leur réponse. Or la sagesse de Hun- batz et de Hunchouen était morte dans l'un et dans l'au- tre relativement à leur défaite : Nous changerons seule- ment leur existence et (la forme de) leur ventre, et que no- tre parole ait son effet à cause des grands tourments qu'ils nous ont donnés. Que nous périssions et que nous fussions anéantis, qu'il nous arrivât malheur à nous leurs jeunes frères (voilà quel était leur désir). Comme des ser- viteurs, ils nous ont abaissés dans leur pensée; de même donc nous les humilierons, et nous le ferons en signe (de notre puissance), Disaient entre eux (Hunahpu et Xbaîanqué), tandis qu'ils s'en allaient au pied d'un arbre, appelé Canté(\)^ accompagnés de leurs aînés ; ils cheminaient, s'exerçant a tirer à la sarbacane; sans nombre étaient les oiseaux qui gazouillaient à la cime de l'arbre, et leurs deux aînés s'émerveillaient de voir tant d'oiseaux. En voilà des oiseaux ; mais pas un seul n'est encore venu tomber au pied de l'arbre, et de nos oiseaux il n'en est pas encore tombé : allez donc les faire tomber, vous autres, dirent-ils à leurs frères. — C'est bon, répondirent-ils. Mais après qu'ils eurent grimpé sur l'arbre, cet arbre s'agrandit et son tronc grossit; et après, quand voulurent descendre Hunbatz et Hunchouen, ils ne réussirent pas à descendre de la cime de l'arbre. Ils dirent donc du haut de l'arbre : Comment ceci nous est-il arrivé, ô nos jeunes frères? Malheureux que nous sommes ! Voilà que cet arbre épouvante ceux qui le re- gardent, ô vous, nos frères, dirent-ils du haut de l'arbre. croit que dans les contrées chaudes et basses, propres au bois de teinture : mais la langue à laquelle il appartient, semblerait indiquer que la scène dont il s'agit un peu plus loin aurait eu pour théâtre le pays voisin de Pa- lenqué ou les plaines arrosées par le fleuve de Chiapas. — 112 X-e cha curi Hunahpu, Xbalanque : Ch'y quira y vex, ch'y xima xe y pam nahlic u tzam, ch'y hure lie ch'yvih ; qatecut ulz y binic, x-e u chax chic cumal qui chag. Uve, x-e cha eut, ta x-qui huriiba eut u tzam qui tok : xa pu huzu qui he chi x-uxic, xa qoy x-qui vachibeh chic. Qatecut x-e be chuvi tak-che chuti huyub, nima huyub x-e bec pa tak quechelah, que vohon chic, qui zilah chic chu gab tak-che. Quehecut qui chakatahic Hunbatz, Hun- chouen cumal Hunahpu, Xbalanque, xa rumal qui naual ta x-qui bano. Ta x-e opon eut chi c'ochoch. X-e cha-cut x-e oponic ruq c'atit, ruq pu qui chuch : Yx k'atit, nakila mi-x-qui eulvachih ri k'atz? xa rax qui vach mi-x-e bec queheri e chicop chic, x-e cha eut. Ve nakila m i-x-y ban chique yv'atz ; mi-x-in y galaba, mi pu x-in y chikiba. Mata quehe x-y ban chique yv'atz, yxvi, x-cha ri atit chiqnech Hunahpu, Xbalanque. X-e cha chicut chire c'atit : M'yx bizonic, yx k'atit ; x-ch'yv'il chic qui vach ri k'atz : x-que ulic; xere chicut u tihouic va chyve, yx k'atit, taqui m'yx-tzeenic. C'a tiha na qui gih, x-e cha-cut. Qatepuch x-qui tiqiba zuanic Hunahpu-Qoy x-qui zuah. Qatepuch x-e bixanic, x-e zuanic, x-e gohomanio, ta u qamic ri qui zu, qui gohom : ta x-cube puch ri c'atit (1) Le Hunahpu-Qoy ou singe de Hunahpu est un ballet fort curieux encore aujourd'hui en usage au Gua- temala parmi les Indiens; ils l'exé- cutent à certaines fêtes de l'année, portant des masques en bois fort bien laits, représentant les divers person- nages, ainsi que les costumes qui y — 113 — Et Himahpiret Xbalanqué répondirent : Otez vos cein- tures, attachez-les vous sous le ventre (ayant soin d'y laisser) un long bout pendant que vous tirerez par der- rière ; et ainsi vous marcherez à votre aise, ajoutèrent leurs deux frères. C'est fort bien, répondirent-ils en tirant les extrémités de leurs ceintures : mais dans le même instant elles de- vinrent des queues et ils furent changés en singes. Ensuite ils s'en allèrent sur la cime des arbres, entre les monts grands et petits; ils s'en allèrent partout dans les bois, grimaçant et se balançant sur les branches des arbres. Ainsi furent vaincus Hunbatz et Hunchouen par Hunahpu et Xbalanqué ; mais c'est seulement à cause de leur pouvoir magique qu'ils le firent. Ils s'en retournèrent alors à leur demeure. En arrivant, ils dirent à leur aïeule et à leur mère : Grand'mère, qu 'est-il donc arrivé à nos frères, qu'en un instant leurs visages soient devenus comme ceux des bêtes? dirent-ils. Si c'est vous qui avez fait ces choses à vos frères, vous m'avez ruinée, vous m'avez abîmée de tristesse. N'agis- sez donc pas ainsi avec vos aînés, ô mes enfants, leur ré- pondit la vieille à Hunahpu et à Xbalanqué. Us répondirent alors à leur aïeule : Ne vous affligez pas, grand'mère; vous reverrez la face de nos frères; ils retourneront : seulement aussi ce sera une épreuve pour vous, grand'mère; prenez garde de rire. Eprouvez maintenant leur fortune, ajoutèrent-ils. Aussitôt ils commencèrent à jouer de la flûte et ils jouèrent l'air du Hunahpu-Qoj (1). Après quoi ils chantèrent, jouèrent de la flûte et du tambour, en prenant leurs flûtes et leurs atabales (2) ; ont rapport. Chacun de ces ballets ou comédies a ses masques, costumes et musique qui lui sont propres. (2) Le moUuaft, formai! t ailleurs zua- nie est un verbe qui signifie jouer, tou- cherd'uninstrument,en particulier un instrument à vent, comme la flûte ; le radical est nu, flûte; delà ah,su, flûtiste, 8 — 114 — ctiq, fa x-c zuanic, x-e ziquix pa zu, pa hix ta x-u binaab ri Hunahpu-Qoy u bi zu. Ta x-e oc eu uloe ri Hunbatz^, Hunchouen que xahouic ta x-e ulie : qatepuch ta x-mucun ri atit itzel qui -vacb, x-r'il atit ta x-tzeenic, mavi x-u cuy *u tze atit : xa eu huzu x-e bec, mavi x-il cbiqui vacb. Eya! k'atit; x-e be pa quechëlah. Nakipa ch'y bano, yx k'atit ? xa cabmul x-chi ka tiho, xa oxmul chic. X-que ka ziquih pa zu pa bix, qui ch'y cuyu y tze, ca liha chi na, x-e cha-ctiic Hunahpu, Xbalanque. Qate x-e zuan chic; ta x-e oc chi uloc que xahou cbic x-e ul chic chi u nicahal u va-ha, xavi eu guz ca qui bano, xavi ca qui takchyih ri c'atit chi tze, libahehi x- tzeeu chiri c'atit; quitzih tzeebal qui vach ri qoy, chi xiri ri e xe qui pam, chi chitila he, u chi qui qux, ta xe oc uloc, are eut qui ch'u tzeeh atit. Qate x-e be chic patak huyub. Nakipa chi ka bano, yx k-'atit? Xere chi va r1 oxmul chic x-chi ka tiho., x-cha ri Hunahpu, Xbalanque. • X-e zuan chic : x-e ulchic quexahauic; xacu ch7u cuyu ca u tze ri c'atit. X-e akan eu uloc chu qatanah tzak, ca- kruxruh u chitak qui vach, mutzumak qui chi, chi qni- mal qui chi, qui vach makamo chi qui hogih chique. musicien ; — le gohom est un tambour formé d'un bois creux, surmonté aune extrémité seulement d'un cuir d'ani- mal; les Espagnols le traduisaient par atabal, sorte de tambour mauresque qui ressemblait à celui des Indiens. — 115 — puis, faisant asseoir leur aïeule avec eux, ils touchèrent de leurs instruments pour provoquer leurs frères aînés par leurs sons et par leur chant, dont on appela l'air alors le Hunahpu-Qoy. Alors entrèrent Hunbatz et Hunchouen, qui se mirent à danser en arrivant ; mais, lorsque la vieille eut aperçu leurs laides figures, elle rit en les regardant, sans pouvoir empêcher son rire : mais à l'instant même ils se retirè- rent et elle ne vit plus leurs visages. Voyez-vous ! grand'mère ; ils sont partis dans les bois. Qu'avez- vous fait grand'mère? Quatre fois seulement nous pouvons faire cette épreuve, il n'en manque plus que trois. Nous les appellerons (au son) de la flûte et du chant, retenez votre rire et que répreuve recommence, ajoutè- rent Hunahpu et Xbalanqué. Ensuite ils se mirent à jouer de nouveau de la flûte ; (les deux singes) retournèrent en dansant jusqu'au milieu de la salle, donnant tant de plaisir à leur aïeule et excitant si bien sa gaîté, qu'elle partit bientôt d'un éclat de rire : il y avait véritablement quelque chose de si grotesque dans leurs faces de singes, avec l'ampleur de leur bas- ventre, le frétillement de leurs queues et le plat de leur estomac, qu'il y avait bien de quoi faire rire la vieille, lorsqu'ils entrèrent. Alors ils s'en retournèrent dans les montagnes. Qu'al- lons-nous faire maintenant, grand'mère? Pour la troi- sième fois seulement nous recommencerons l'épreuve, dirent Hunahpu et Xbalanqué. Ils jouèrent encore une fois de la flûte : (les singes) ar- rivèrent de nouveau dansant; et leur aïeule (réussit mo- mentanément) à retenir son rire. (Les singes) grimpèrent à la terrasse de la maison (montrant) leurs grands yeux rouges, leur museau allongé et leurs grimaces de toute sorte qu'ils se faisaient à eux-mêmes. — 116 — Ta x-r'il chicut ri a'iit, qàtè x-pokolih chi ti Ize rî e'atif. Ma chi ru x-il chi qui vach runial u tzebal atil. Xere vi cua, yx k'atit, x-queka pixabah ubic chu cahmul eut. X-e zuax chic; macu x-e ul chic chu cahmul, huzu x-e bec pa quechelah. X-e cha eut chire c'atit : Mi eu x- ka tiho, yx k'atit, mi nabe x-e ulic, mi pu x-ka tih chic qui ziquixic. M'yx bizon eut ; oh qolic, oh y'viy, xa ch'ilo koh ri ka chuch, yx k'atit que nabax ri k'atz ta ch'uxoc mi x-e cobic, mi pu x-e binahic Hunbatz, Hunchouen que u chaxie, x-e cha ri Hunahpu, Xbalanque. X-e ziquix eut rumal ri ahzu, ahbix ri oher vinak, are puch chu ziquih ri ahtzib, ahqot oher. X-e chicopiric e qoy x-e uxic rumal xax qui nimarizah quib, x-qui yog ri qui chag. Quehe vi galabil chi qui qux, quehecut qui maixic ri ta x-e zachic ri Humbatz, Hunchoven, e chicop x-e uxic. Are eut e r'amagelal qo c'ochoch chic xavixere e ahzu e ahbix nim chic, x-qui bano ta x-e qoheic ruq ratit, ruq pu qui chuch. (1) Quehe vi galahil chi qui qux, I ruine à leur cœur. Qux est pris ordi- raot à mot : De celte manière donc la I nairement dans ce sens; mais il est — 147 — Or la vieille les regarda de nouveau et bientôt elle éclata de rire. Maison ne revit plusieurs faces, à causedela risée de la vieille : Cette fois seulement, grand'mère, nous les appellerons hors (des bois) et ce sera la quatrième fois (dirent Hunahpu et Xbalanqué). Ils furent appelés une fois de plus au son de la flûte ; mais ils ne revinrent pas la quatrième fois et s'en furent aussitôt dans les bois. (Les deux frères) dirent alors à leur aïeule : Nous avons essayé, grand'mère; mais ils ne sont pas venus, quoique nous ayons tenté de les appeler. Ne vous en affligez pas : nous sommes ici, nous, vos petits^- fiîs, et nous vous regarderons comme notre mère, mère grande, puisqu'il advient ainsi que (nous restions) en mé- moire de nos aînés, qui s'appelaient et se surnommaient Hunchouen et Hunbatz, ainsi qu'on les désignait, dirent Hunahpu et Xbalanqué. Or (Hunbatz et Hunchouen) étaient invoqués par les mu- siciens et les chanteurs du peuple d'autrefois, et ancien- nement c'étaient eux qu'invoquaient également les pein- tres et les sculpteurs. Mais ils furent changés en bêtes et devinrent des singes, à cause qu'ils s'enorgueillissaient et qu'ils maltraitaient leurs frères. Ainsi fut Tanéantissement de leur raison (I); ainsi fu- rent perdus et anéantis Hunbatz et Hunchouen, quand ils furent changés en bêtes. Or, ils étaient (avant cela) constamment dans leurs maisons, et de même qu'ils étaient grands musiciens et chanteurs, ainsi ils firent de grandes choses, pendant qu'ils existèrent avec leur aïeule et leur mère. évident qu'il s'agit ici de l'âme, de l'intelligence et par conséquent de la raison, que les Quiches ainsi que d'autres peuples anciens exprimaient par le mot cœur. 1J8 — VAKPAH CHI TZIII. Ta x-qui tiqiba cbicut qui banoh, qui qutbal quibchu- vacb c'atit, chuvach pu qui chuch. Nabe x-qui bauo 11 abix. Xa koh abixic, yx k'atit, yx pu ka chuch, x-e cha. M'yx bizonic, oh qolic oh y viy, oh qui gexel k'atz, x-e cha-cu ri Hunahpu, Xbalanque. Ta x-qui qam eut qu'icah, qui mixquina, qui xokem, x-e bec ruq huhun qui uub x-qui teleh : x-e el chi c'ochoch, ta x-qui pixab eu c'atit chire u yaic qui va : Chi tiqohna gih, chi be ya ka va, yx k'atit, x-e cha. — Utzbala, yx viy, x-cha-cut ri c'atit. Qatecut x-e opou chiri que abix*vi, xaki x-qui chikiba ri mixquina pu uleu, xacn qui chi tahin ri mixquina pu Taleu, ma eu qui chi tahin ri mixquina ch'utuqueh Are curi icah xavi chi qui chikiba chu toloc che, xavi chu gab rib che chi bec chi lahahic chi bec ronohel che, caam, cakchacachoh chic chi gatoh che ch'u ban ri xa huna icah. — Il<> — CHAPITRE SIXIEME. A leur tour, ils commencèrent leurs travaux, pour se manifester aux yeux de leur aïeule et de leur mère. La première chose qu'ils firent (fut d'ouvrir) un champ (1). Nous allons travailler aux champs, notre aïeule, notre mère, dirent-ils. Ne nous affligez point; nous qui sommes ici, nous sommes vos petits-fils, nous som- mes à la place de nos frères aînés, ajoutèrent Hunahpu et Xbalanqué. Alors ils prirent leurs haches , leurs pioches et leurs charrues, et se mirent en chemin, chacun avec sa sarba- cane qu'il portait à l'épaule : ils sortirent de leur maison, en recommandant à leur aïeule d'envoyer leur nourri- ture : A midi juste, qu'on nous apporte notre dîner, grand1 mère, dirent-ils. — -C'est bien, mes petits-enfants, répon- dit leur aïeule. Bientôt après, iis arrivèrent (à l'endroit) où ils avaient à ouvrir le champ et partout ils enfoncèrent la pioche dans Sa terre, la pioche seule (leur servant pour enlever les ronces de dessus la terre, seulement (employant) la pioche à nettoyer le sol. Et la hache aussi ils l'enfonçaient dans la souche des arbres, comme également dans leurs branches , jetant par terre, taillant, faisant tomber tout, bois et lianes de toute espèce, une seule hache coupant tous ces bois et faisant seule (tout cet ouvrage). 1) Abix en quiche, chez les Mcxi- I mailles d'un champ défriché : c'est ca-ins, milpa, exprime l'idée des se- ! la première œuvre de la civilisation. — MO Are curi mixquina tzatz chi cupuh; mavî ahilan tum9 qixic c'a ban ri xa hun chi mixquina, mavi ahilan capuh xa chuti huyub, nima huyub ca hec. Ta x-qui pixabah eut hun chicop Xmucur u bi, x-qui tuyuba akan-oc chuvi nima culam, x-e cha eut Hunahpu, Xbalanque : xa ch'av'il ri k'atit chi petic yaol ka va : huzu c?at ogic ta petoc, qalecut chi ka chap ri mixquina ruq icah. — Utzbala, x-cha-cu ri Xmucur. Are eut xa nubanic chi qui bano, mana quitzih abixic ta chi qui bano.Qatepuch ch' og ri Xmucur : anim eut que petic hun chi chapo mixquina, hun eut chi chapon ri icah : Chi qui piz la qui vi, xalog ch7u bakula uleu pu gab ri hun xa quehe ch'u tzi'loh u vach, queheri quitzih abixom. Are curi hunchic xalog ch'u pukih u vebal che u hoîom quehe viri quitzih gatoh cheenel. Ta x-il rumal c'atit : qatecut que vaic, ma quitzih abi- xic chi qui bano ; xalog chi be yaoc qui va. Ta x-e be eut chi c'ochoch : Quitzih mi-x-oh cotzic, yx k'atît, que cha, que oponic, xalog chi qu'ikiquih chi qui yug puch c'akan, qui gab chu vach c'atit, Ta x-e be chicut chaka gih, x-e opon eut pa c'abix, qiz (1) Nous l'avons déjà dit, chicop est j (2) Xalog, composé de xa seule- l'animal, la bête, la brute et par exten- ment et de log t primitif de lo- sion le barbare. I^o, aimer, apprécier, se traduit — 121 — Et ce que la pioche arrachait était tout aussi considé- rable : on n'aurait pu calculer (le nettoyage) de ronces et d'épines qui s'était fait avec une seule pioche, on ne pouvait calculer ce qui s'était nettoyé et ce qu'ils en avaient jeté par terre dans les montagnes grandes et pe- tites. Alors ils donnèrent leurs ordres à un (1) sauvage, nommé Xmucur (ou lePigeon-Ramier), et l'ayant fait mon- ter sur un grand tronc d'arbre, Hunahpu et Xbalanquélui dirent : Tu n'as qu'à regarder quand notre aïeule vien- dra apportant notre dîner : Roucoule aussitôt qu'elle ar- rive et alors nous prendrons la pioche avec la hache. — Fort bien, répondit le Pigeon-Ramier. Et voilà qu'ils s'occupèrent à chasser à la sarbacane et en réalité ils ne firent aucun défrichement. Après quoi le Pigeon-Ramier roucoula : aussitôt ils accoururent, l'un pour prendre la pioche et l'autre pour saisir la hache. S'étant enveloppé la tête, l'un se couvrit gratuitement les mains de terre, salissant également son visage, comme un véritable laboureur. L'autre se remplit aussi inutile- ment la tête d'échardes de bois, comme si véritablement il eût été occupé à tailler en charpentant. C'est alors qu'ils furent aperçus par leur aïeule. Ensuite ils prirent leur nourriture, quoique en vérité ils n'eussent fait aucun travail au champ pour les semailles; et ce fut bien gratuitement (2) qu'on vint leur apporter à man- ger. En arrivant à la maison : Nous sommes véritable- ment fatigués, grand'mère, dirent-ils en arrivant, allon- geant sans raison leurs jambes et leurs bras devant leur aïeule. Lorsqu'ils retournèrent le jour suivant, (ils trouvèrent,) d'ordinaire par l'adverbe inutile- I gratuitement , par pure chari ment, en vain : le plus exact est ! té. — m — yacatahinak chic ronohel che, caam n chapom chi rib ro- nohel tum, qixic, tax-eoponic. Apachinak koh michoujc? x-e cha eut. Are eut que bano u ri ronohel chuli chicop, nima chicop, Coh, Balam, Queh, Umul, Yak, Utïu, Ak, Ziz, chuti tziquin, ni ma tzi- quin, are x-e banouic, xa hun agab x-qui bano. Qate-chi-cut x-qui tiqiba chic abixic : xavi x-u ban chi rib uleuh ruq gatoh che, ta x-qam ehicu qui naoh chirï pa gatoh che , pa cupuh puch : Xa ka varah ri k:abix. Ana-vi chi na ca bano ulo la- quita chi ka riqo, x-e cha-cut, ta x-qam qui naoh, X-e opon chicut chi ha. Naki r'ilo, koh michouic, yx k'atit ? Nima quim chic, nima quechelah chi puch ri k' abix, ta x-oh opon mier, yx k'atit, x-e cha-cut chire c'atit, chire pu qui chuch. X-koh be eut, x-chi ka varah; rumal mavi utz ca ban chike, x-e cha. Qatecut x-e batzonic ; qatecut qui bic chic pa qui ga- toh che chiri eut x-e matzehe vi e mukumuxinak chic chiri. Ta x-e cuchu eu quib ronohel chuti chicop, xa hun x-qui zep vi quib ronohel chuti chicop, nima chicop. Are puch tiqil u qux agab ta x-e petie, are qui chabal ri : Yaclin che^jaclin caam. (1) Les brûles petites 'et grandes, c'est-à-dire les sauvages petits et Grands détruisent le défrichement; c'est la réaction de la barbarie contre la civilisation qui parait ici sous cette image. — m — en arrivant au champ, que tout avait été remis debout, ar= breset lianes, et que ronces et épines tout ensemble s'étaient enchevêtrées de nouveau, au moment où ils arrivèrent. Qui donc nous a ainsi j«ués? s'écrièrent-ils. Ce sont certainement eux qui ont fait cela, toutes les brutes, pe- tites et grandes (1), le Lion, le Tigre, le Cerf, le Lapin, le Sarigue, le Chacal, le Sanglier, le Porc-Epic ; les oiseaux, grands et petits, ce sont eux qui ont opéré ces choses, et dans une seule nuit ils Font fait. Ensuite ils recommencèrent à préparer de nouveau le champ : ils en tirent de même à la surface du sol avec les arbres coupés, tout en prenant conseil (l'un de l'autre) entre la taille des arbres et le nettoyage des broussailles. Seulement, (dirent-ils), nous veillerons sur notre défri- chement. Peut-être entre temps parviendrons-nous à sur- prendre ceux qui sont venus faire cela, ajoutèrent-ils en s' a visant. Puis ils s'en retournèrent à la maison. Que vous en semble, nous avons été joués, grand'mère? De grandes broussailles, et la forêt toute grande (avaient repris la place) que nous avions défrichée, quand nous sommes arrivés tout-à-rheure, grand'mère, dirent-ils à leur aïeule et à leur mère. Mais nous y retournerons et nous veillerons; car il n'est pas bon qu'on agisse ainsi avec nous, ajoutèrent-ils. Ensuite ils s'armèrent ; puis ils s'en retournèrent à leurs arbres coupés, et s'y cachèrent, abrités qu'ils étaient dans l'ombre. Alors toutes les brutes se rassemblèrent, chaque espèce s'unissant à part entre toutes les brutes petites et grandes. Et voilà qu'au point de minuit ils arrivèrent, disant dans leur langue : Arbres, levez-vous; levez-vous, lianes (2). (2) Yaclin die, yaclin caam. Le mot j tient probablement à une langue lever yaclin ne répond pas aux formes plus ancienne, même que la langue grammaticales du Qiuché: il appar- 1 marne qui est antérieure au quiche- 124 X-e cha ta x-epetic, que nebebic xe che, xe caam, ta x-e yopihic, ta x-e qutun eu chi qui vach. Are eut u nabe ri Goh, Balam : x-r'ah eu quiehapo ; mavi x-u ya rib. Ta x-yopih chic Queh, Umul, xa cuch u lie; x-qui chap vi ; xa eu x-cupu cub, canahoc u heQueh pa qui gab, ta x-u qam ri u he Queh ruq u he Umul ri x-zcatak qui he. Ma eu x-qui ya quib ri.Yac, Utïu, Ak, Ziz, x-e iqouic conohel chicop chi qui vach ri Hunahpu, Xbalanque; chi gatat chi eut qui qux, rumal ri ma-habi x-qui chapo. X-^pe curi hunchic u xambe chic, ca tzotzotic ta x-petic : qatecut x-qui cateh, x-qui ze eut pa qui ri cho, qatepuch x-qui chapo, x-qui yoteh puch chirih u vi ; x-r'ah qui bio. X-?qui poroh u he chuvi gag : ta x-u qam ri u he cho ma-habi r'izmal u he, are naipu u bak u vach la x-r'ah biyc cumai qaholab ri Hunahpu, Xbalanque. Ma-ta qu'i camic yvumal ; mavi are y patan ri abixic qo yve, x-chari ri cho. — Apa qo-vi que ch'a biyh nacut ? x-e cha eu ri qaholab chire cho. — La qu'in y tzocopih tanaba la; qo nu tzih chi nu pam, qatecut ch'in biyh chyve; ch'y ya tana zquin v'echa, x-cha ri cho. Qate chi ha yao av'echa, ( h'a biyh na, x-u chaxic. — — 12-> - C'est ainsi qu'ils parlèrent en arrivant, leurs multitu- des se pressant sous les arbres et sous les lianes ; enfin ils s'approchèrent, se découvrant aux regards (de Hu- nahpu et de Xbalanqué). Or, les premiers étaient le Lion et le Tigre : (les frè- res) voulurent les saisir ; mais ils ne se laissèrent pas (prendre). A leur tour, s'avancèrent le Cerf et le Lapin, les queues rapprochées l'une de l'autre; ils les saisirent; mais ils n'en arrachèrent que l'extrémité, et la queue du Cerf leur resta dans les mains, et ayant pris ainsi la queue du Cerf et celle du Lapin, il ne resta plus (à ces animaux) qu'une queue tout-à-fait courte. Le Renard et le Chacal ne se rendirent pas davantage , non plus que le Sanglier et le Porc-Epic, et tous les ani- maux passèrent devant Hunaphu et Xbalanqué, dont le cœur aussi brûlait de colère pour n'avoir pu en prendre un seul. Mais il en arriva un autre, qui venait en sautant, tout le dernier : alors (les deux frères,) lui barrant le passage, prirent le Rat dans un mouchoir : l'ayant ensuite saisi, ils le serrèrent vivement à la tête et voulaient l'étouffer. Ils lui brûlèrent la queue au-dessus du feu : c'est alors que le Rat commença à porter la queue, mais une queue sans poil, ainsi que les yeux (à fleur de tête,) comme s'ils eus- sent été pressés dehors pour les jeunes gens, Hunahpu et Xbalanqué. Que je ne meure pas de vos mains ; (sachez que) ce n'est pas votre profession de travailler à la terre, leur dit le Rat. — Qu'est-ce donc que tu nous contes maintenant, répondirent les jeunes gens au Rat. — Lâchez-moi un moment ; car ce que j'ai à vous dire est dans mon ventre; ensuite je vous le conterai ; mais d'abord donnez-moi un peu à manger, dit le Rat. Après, nous te donnerons à manger, dis d'abord (ce — 120 — Utzbala. Are bari r'eck y cabau ri Hunhun-Ahpu, Vukub- Himabpuu bi, ri x-e cam cbi Xibalba, qo cucanoc cbuvi ba ri qui bâte, qui pachgab, qui quïq pucb. Xa mavi ca r'ah ch'y vach rumal yv'atit, rumal ri are x-cam vi y ca- bau. » Ma quiizih av'etaam, x-e cba curi qabolab chire cbo ? Niai x-quicot qui qux ta x-qui tao u tzihel quiq. Ta x-u biyb cbo, ta x-qui ya r'ecba cbo. Are curi r'ecba ri, ixim, zakil ic, quinag, pek, cacou, are eut av'ech ri, uve nakilaquvun, cbi mezeutabinak av'ecb eut, cb'a quxu, x-u ebax curi cbo cumal Hunabpu, Xba- lanque. Utzbala, yx qabolab. Nakila eu qui-nu u cba b uve qui r'il ri yv'atit? x-cha-cut. — Mavi cbi tzak a qux ; oh qo- lic, koh nobinic qo ru ebaxie ri k'atit. Xa buzu ca ka y a akan-oc xiquin ba ; ta eu bo qo apan-oc, buzu c at opon chiri x-e quel vi chiri eut; ca k'il vi pu tumba, xapu ka ti ca k'il vi, x-e cba eut chire cbo. Tax-qui pixabah bun agab, x-qam qui naob riHunalpu, Xbalanque, qui eu tiqil gih x-e oponic. Ma c'u calah ri cho, c'u caam ta x-e oponic hun ri yaçalic x-oc pa ha, (1) Zakil ic, blanc chilé, du mot nahuatl chilli, sorte de piment amé- ricain, dont il y a beaucoup de va- riétés. (2) Pek, sorte de cacao de qualité inférieure, dont les indigènes font toutefois des breuvages, mais qui sert surtout de monnaie dans les marchés. (3) Nakila eu qui-nu uchah, uve qui fil ri yv atit, quoi donc je dirai, si me elle voit celle votre aïeule? (4) Ca k'ilvipu lum ha, que nous que tuas à dire), lui fut-il répondu. — Fort bien. (Sa- chez) donc que ce sont les biens de Vos pères Hunhun- Ahpu et Vukub-Hunahpu, ainsi nommés, et qui moururent en Xibalba, qu'ils existent ainsi que les instruments de leur divertissement, qui sont demeurés suspendus au- dessus de la maison, leurs anneaux 7 leurs gants, leur balle de gomme élastique. Mais on n'a pas voulu (les montrer) à vos yeux, à cause de votre aïeule, parce que c'est pour cela que vos pères sont morts. Es-tu vraiment certain (de ces choses), dirent les jeunes gens au Rat? Et ils étaient remplis de joie en en- tendant Thistoirede la pelote élastique. Ce qu'ayant dit le Rat, ils lui donnèrent à manger au Rat. Voici la nourriture (que nous te donnerons) ; le maïs, lechiié blanc (I), les haricots, le pek (2), le cacao, seront à toi; et s'il reste quelque chose de gardé ou d'oublié, ce sera encore à toi, et tu le grignoteras, lui dirent au Rat Hunahpu et Xbalanqué. Fort bien, jeunes gens. Mais que dirai-je si votre aïeule me voit (3), ajouta-t-il. — Ne crains rien; nous sommes là; nous sommes tout prêts pour ce qu'il y a à répondre à notre grand'mère. Vite donc, montons à ce coin de la maison ; allons-nous-en où il faut aller, et vite monte à l'endroit où (ces choses) sont suspendues, que nous voyions dans les liens de la maison (4) et que nous voyions pour notre nourriture, dirent-ils au Rat. x41ors ayant avisé pour une nuit, après avoir pris con- seil (l'un de l'autre), Hunahpu et Xbalanqué arrivèrent à midi précis. Portant le Rat sans le montrer, ils s'avan- voyions dans les cordages de la mai- son. Tum désigne toute sorte de corde ou de lien tordu, soit d'écorces d'ar- bres, soit de lanières de cuir; les in- digènes s'en servent encore aujour- d'hui pour amarrer les pièces de charpente dans le toit d'une maison, au lieu de clous : ces liens avec les- quels j'ai vu monter plus d'un toit sont plus solides et plus durables que les clous ou les chevilles, dont les in- digènes commencent à se servir.* ■128 hun eu x-oc xiquiii ha, libahchi x-u va akan-oc ri cho; Ta x-qui tzonoh eut qui va chire c'atit : Xa cli'y cutu ka ti, ca ka raih ri cutum ic, yx k'atit, x-e cha-cut. Qate- cutx-cut qui ti hun Iak u vaal x-tiqibax chi qui vach : Xavi qui michbal re c'atit, qui chuch puch , x-qui tzahizah eu ha pa quebal : Quitzih chakih ka chi ; ch'y qama k'uquia, x-e cha chire c'atit. — Ve, x-cha-cut, ta x-bec. Are eut que va canoc ; ma eu quitzih ta que numic, xa que moyvachibal x-qui bano. Ta x-quil eut ri chu chupam cutum ic, colon uloc ri cho chirih quiq x-e quel vi pu vi ha. Ta x-qu'ilo pa cutum ic, ta x-qui tak cat hun Xan ri chicop ri Xan queheri uz, x-opon chi a : are eu x-voro u vach quebal atit, xa yacal ha ch'el chuvach u quebal ch'u tiho, x-ma chi tzapi-tah vi u vach quebal. Nakipa mi-x-u ban ri k'atit ? Oh hizabah chi ya, koh utzin rumal chakih chi, x-e cha chic chire qui chuch, ta x-qui tak ubic Qatecut x-u ca gat ula cho ri quiq, x- kah ula pu tum ha, ruq baie, pachgab, tzuum. X-qui (1) Xa ch'y cutu ka ït, seulement broyez notre manger. C'est l'usage de broyer sur le metate ou pierre à mou- dre américaine avec un rouleau de pierre la plupart des aliments : on broie sur la même pierre le maïs pour en composer des aliments divers, le poivre, le cacao, le café, le sucre, etc. (2) Chilmol, du nahuatl chilmulli, que Molina traduit Salsa 6 guisado de — 129 — cèrent, l'un entrant délibérément dans la maison, l'autre dans le recoin, où aussitôt il laissa monter le Rat. Et alors ils demandèrent leur dîner à leur aïeule: Moudez-nous donc notre manger (1); nous désirons un chilmôl (2), grand'mère, dirent-ils. Aussitôt on leur prépara une écuelle de bouillon, qui fut placée devant eux : Mais ce n'était qu'une (ruse) pour tromper leur aïeule et leur mère, et ayant renversé l'eau de la cruche : Vrai- ment nous mourons de soif (3); allez donc nous chercher à boire, dirent-ils à leur aïeule. — Oui (j'y vais) répondit- elle en s'en allant. Quant à eux, ils continuèrent (4) à manger : mais ils n'éprouvaient en réalité aucun besoin de boire, et ils ne îe faisaient que pour l'empêcher de voir (ce qu'ils vou- laient faire). Et ayant eu soin du Rat (pour ce qui était) du chilmol, le Rat monta librement à cô(é de la pelote élas- tique, suspendue (avec les autres instruments) au sommet de la maison. Ayant fini avec le chilmol, ils commissionnèrentun cer- tain Xan ; or ce Xan était un animal semblable à un mou- cheron, et il se rendit au bord de la rivière : et il se mit aussitôt à percer le côté de la cruche de la vieille et l'eau se répandit au dehors de la cruche qu'elle essaya (d'arrê- ter) sans pouvoir boucher le côté de la cruche (par où l'eau coulait). Que fait donc notre grand'mère? Nous étouffons faute d'eau, nous mourons de soif, dirent-ils à leur mère, en l'envoyant dehors. Aussitôt (qu'elle fut sortie), le Rat alla couper (la corde qui retenait) la pelote élastique ; elle tomba axi, sauce ou ragoût de piment, en qui- che, cuium ic.Ce sont des mets encore très en usage dans leMexiqueetl'Amé* rique centrale, fort appréciés aussi par les descendants des conquérants. (3) Quitzih chakih ka chi, mot à mot, véritablement ardentes (ou des- séchées sont) nos bouches. (4) Are eut que va canoc, eux donc ils mangeaient cependant. — 130 — mahix-tah eut; qate x-pe qu'euah pa be u beel hom. Qatecut x-ebe chic ruq c'atitehi ya,catahin curi c'atit, qui cbuch tzapi u vach quebal huhun. Qatecut ta x-e opo- nic huhun chi eu chi uub, ta x-e oponic chi ya : Nakipa mi-x-y bano? Xa mi-x-coz ka qux x-oh peti'c, x-e cha. Ch'yv'ila naii vach nu quebal, mavi ca tzapitahic, x- chac'atit. Libahchi cutx-qui tzapih chic, hunam eut x-e pe chic, e nabe chuvach c'atit. Quehecut u canaic quiq ri . VUKPAH CHI TZIH. Que quicofc chi eut x-e bec e chaahel pa hom; naht eu x-e chaahic qui-tuquel, x-qui mez ri hom qui cahau. Ta x-qui ta eu uloc r'ahaual Xibalba : Apa chi na chiri mi-x-n tiqiba chic etzanem pa ka\i, ma pu que qixbic que nienot uloc ? Ma pa x-e cam ri Hunhun-Ahpu, Vukub- Hunahpu x-r'ah qui nimarizah quib chi ka vach ? He eu y taka chic, X-e cha cliic ri Hun-Game, Vukub-Came, eonohel ahauab. X-e tako uloc, x-e cha-'eut chire qui zamahel : — 131 — des combles de la maison avec les anneaux, les gants, et les boucliers de cuir. Ils s'en emparèrent immédiatement et allèrent ensuite les cacher sur le chemin qui menait à la salle du jeu de paume. Après cela ils s'en allèrent trouver ieur aïeule au bord de la rivière, or leur aïeule et leur mère étaient eu ce mo- ment occupées l'une et l'autre à boucher le côté de la cru- che. Alors ils arrivèrent tous les deux avec leur sarbacane et s'avancèrent au bord de la rivière : Que faites-vous donc ? Nous sommes fatigués (d'attendre) et nous sommes venus, dirent-ils. Voyez donc le côté de ma cruche, qu'on ne peut pas le boucher, répondit leur aïeule. Mais aussitôt eux le bou- chèrent et ensemble ils s'en revinrent, eux marchant de- vant leur grand'mère. Et voilà comment leur fut livrée la pelote élastique. CHAPITRE SEPTIEME. Or, (Hunahpu et Xbalanqué) se sentaient remplis d'al- légresse, en se mettant en chemin pour jouer à la pelote à la salle du jeu de paume ; et bien loin (ils se rendirent) pour jouer à la pelote tout seuls, et (ils commencèrent par) balayer la salle du jeu de paume de leurs pères. Or, les princes de Xibalba vinrent à les entendre : Qui donc sont ceux qui recommencent maintenant à jouer sur noi têtes, et qui ne craignent point d'ébranler (la terre)? Ne sont -ils donc pas morts Hunhun-Ahpu et Vukub- Hunahpu, qui voulurent s'exalter devant notre face? Allez donc chercher ceux-ci à leur tour : Ainsi dirent encore une fois Hun-Camé et Vukub-Camé et tous les princes (deXibalba\ Ils envoyèrent et dirent à Qu'yx elui, qu'fx opônic : Que pctoc, que cha ahanab : varal-tah koh ehaah vi cuq, vukubix koh etzanic, que ehaahauab; qu'yx cha qu'yx oponic, x-e u chax-cut ri zamahel. Ta x-e pe eut nima hoc eu qui be ri qaholab chi c'o- choch ca togol chi c'ochoeh, xa eu yacal ri zamahel x-opon ruq e'atit. Are eut qu'echahic, ta x-ul eanoc u zamahel Xibalba. Quitzih que petic, que cha ri ahauab ; x-e cha-cut ri u zamahel Xibalba. Ta x -choyé eu canoc qui gih cumal ri u zamahel Xibalba : Vucubix que tzelavachixic, x-u chax eanoc Xmucane. — Utzbala, x-que be tak-oc, \x zama- hel, x-cha ri atit. X-e be curi zamahel, x-e tzalihic. Ta x-qiz eut u qux ri atit : Naki x-qui v'uchah qui ta-. kic ri vïy ? Mavi quitzih ri Xibalba xa quehe r'ulic zama- hel oher, ta x-e beqam-oc ri qui cahau? x-cha ri c'atit, guz ch'oc pa ha utuquel. Qatecut x-cah ulo hun Uq ch'u cayac; qateca x-u chap akan-oc, ta x-u ya eut pu gab, chi malmat ib curi Uq x- binic : At viy, ch'av'ah-tah ca nu tako, que beta a taka ri viy pa hom? x-uchax ri Uq : Ta x-bec takonei mi-x-ul zamahel ruq yv'atit, ca cha : C'at oponic vukubix eut que oponic, ca cha u zamahel Xibalba. Ca cha yv'atit, ca cha x-u chax ri Uq. — 133 — leurs émissaires : Allez leur dire : Qu'ils viennent, disent les princes : ici même nous voulons jouer avec eux, dans sept jours nous voulons nous mesurer (avec eux), disent les princes ; allez leur dire cela, leur fut-il répété aux émissaires (de Xibalba). Ils prirent donc le grand chemin que les jeunes gens avaient déblayé depuis leur maison et qui allait tout droit à leur maison, et par où les envoyés entrèrent directement auprès de leur aïeule. Or ils étaient occupés à manger, quand les envoyés de Xibalba arrivèrent. En vérité, qu'ils viennent (Hunahpu et Xbalanqué), di- sent les princes, répétèrent les envoyés de Xibalba. Et alors les envoyés de Xibalba marquèrent le jour (qu'ils devaient venir) : Dans sept jours, ils seront attendus, fut-il dit à Xmucané. — C'est bien, ils s'y rendront, ô mes- sagers, répondit la vieille. Et les envoyés s 'étant mis en chemin s'en retournèrent. Et alors le cœur de la vieille se brisa : A qui comman- derai-je d'aller chercher mes petits-fils? N'est-ce pas vé- ritablement de la même manière que vinrent autrefois les envoyés (de Xibalba) pour prendre leurs pères? dit leur aïeule, en entrant seule et triste clans la maison. Après cela un Pou vint à tomber de dessous (son ju- pon); elle le saisit aussitôt, le soulevant, et le mit sur sa main, où le Pou se remuant, commença à marcher. Mon neveu (1), aimerais-tu que je t'envoie, pour aller appeler mes petits-fils au jeu de paume? dit-elle au Pou : Des envoyés sont venus trouver votre aïeule et lui ont dit : (Il faut) que tu te prépares dans sept jours et qu'ils vien- nent, ont dit les envoyés de Xibalba. Ainsi parle votre aïeule, dit-elle en le répétant au Pou. (1) Al viy, toi neveu (ou petit-fils), j dit mon neveu, le plus jeune mon expression familière. Le plus âge | oncle. 134 Ta x-bec chi malmat cutx-bec. Cubul curi qahol pa be, Tamazul u bi, ri Xpek : Apa c'at be vi, cha eu ri Xpek chire Uq. — Qo ba nu tzih ehi nu pam ; qu'in be cuq qa- holab, x-cha ri Uq chire Tamazul. Utzbala ! Ma-ba c'at anaic ea v'ilo, x-uchax eu Uq rumal Xpek * ma ch'av'ah c'a nu bigo ; ch'av'ila na pe qu'in anic va ; x-koh opon ch'anim. — Utzbala, x-cha ri Uq chirech Xpek. Qatecut ta x-rictaxic rumal Xpek. Chi bec nah curi Xpek ta x-bee, chi mavi ca anic : Qatecut ta x-u cul chicut hun nima Cumatz, Zakicaz ubi : Apa c'at be vi, at Tamazul qahol, x-uchax chic ri Xpek rumal Zakicaz? — In zamahel. Qo nu tzih chi nu pam, x-cha chicut Xpek chire Gumatz. — Ma ba c'at anic ca v'ilo ; in ta-on x-qu'iu opon ch'anim ? x-cha Cu- matz chire Xpec. Cat-oho, x-uchaxic. Qatecu x-big chic ri Xpek rumal Zakicaz. Ta x-u qam ri r'echa Gumatz, que bigo u xpek vacamic. Ch'an eu ri Gumatz ta x-bec ; x-culutah chi-vi-cut ri Cumatz rumal Vac, nima tziquin ; x-big chi viri Gumatz rumal Vac. Qatepu x-opon ri chuvi hom. Ta x-u qam r'echa ri xic que tio u cumatz pa tak huyub. Ta x-opon puch ri Vac, (1) Tamazul, de tamaçolli, cra- paud, en langue nahuatl.° Ces indi- cationssont précieuses pour indiquer le rôle que les ancêtres des Toltè- ques ont joué dans ce drame. (2) Qo ba nu tzih chi nu paru, il y a mon message (ou ma parole) à mon ventre. Ba est une particule d'élé- — 135 — Alors il s'en alla en se dandinant en chemin, Or, assis sur la route (se trouvait) un jeune homme, nomme Ta- mazuî, ce qui veut dire Crapaud (1). Où vas-tu, lui dit le Crapaud au Pou ? — Je porte un message à la ceinture (2), et je vais trouver les jeunes gens, répondit le Pou à Ta- mazul . Fort bien. Tu ne cours guères cependant, à ce que je vois, fut-il dit au Pou par le Crapaud : Veux-tu que je l'avale; tu verras bien comme je cours,* nous arriverons tout de suite. — C'est fort bien, répondit le Pou au Cra- paud. Et aussitôt il se laissa avaler par le Crapaud. Or le Crapaud marcha longtemps, en s'avançant dans son che- min ; mais il ne courait pas. Après cela il rencontra à son tour un grand serpent nommé Zakicaz : Où vas-tu donc, Tamazul, mon garçon, lui fut-il dit au Crapaud par Zakicaz? — Je suis un messager. Je porte un message dans mon ventre, dit aussi le Crapaud au Serpent. — Tu ne cours guères à ce que je vois; n'arri- verai-je pas plus vite (que toi)? dit le Serpent au Crapaud. Viens ici donc, lui dit-il. Alors le Crapaud fut à son tour avalé par le Zakicaz. C'est depuis lors que les serpents les prennent pour leur nourriture, et aujourd'hui encore ils engloutissent les crapauds. Le serpent courait en cheminant; et le ser- pent, de son côté, ayant été rencontré par le Vac, (qui est un) grand oiseau, au même instant ledit serpent fut en- glouti par le Vac (3). Bientôt après, il arriva au-dessus du jeu de paume. C'est depuis lors que l'Epervier en fait sa nourriture et gançe et de doute qui exprime beau- coup de choses, comme : ce me sem- ble, vraiment, cependant. '.')) Vac, qui est un grand oiseau, dit le texte ; ailleurs se trouve écrit voc. Le verset suivant dit que c'est l'oiseau de proie appelé Xic, c'est -a- dire l'Epervier américain. — 136 — x-chakachob chuvi u tzutzil hom, que quicot curi Hun- Ahpu, Xbalanqne que chaahic. Ta x-opon eut ri Vac, ta x-ogeuri Vac : Vacco, vacco, x-cha r'ogibal, vacco! — Nakipa ri ch'ogic? pe-ta ka uub, x-e cha. Qatepuch x-qui uubah ri Vac, qui eu takal u bak uub chu bak u vach : chi tzelet eut, x-kah uloc. Quitzih vi eut x-be qui chapa, qate x-qui tzonoh : Hupa a petic? x-e cha chi re Vac. Qo ba nu tzih chi nu pam. Ch'y cunah-ta na u bak nu vach nabe, qatecut x-ch'in biyh, x-cha ri Vac. — Utzbala, x-e cha eut. Qate x-qu'elezah zcaquin rih quiq ri chaah, x-qui coh chi u vach ri Vac ; Lotzquiq x-u binaah cumal ; libahehi eut x-cachoh cumal utz chic u mucubal ri Vak x-uxic. Ch'a biyh eut, x-e cha chire Vac. Qatecut x-u xauah nima Cumatz. — Ca chau-oc ; x-e cha chic chire Cumatz. — Ve, x-cha chicut, ta x-u xauah chi Xpek. — Nakipa qotakikil ca tzihon-oc, x-uchaxchi curi Xpek? — Qoba nu tzih chi nu pam, x-cha chi curi Xpek. Qatecut x-u tih, xa big, mahabi x-u xauah, xa quehe chu qaxah u chi ch'u tiho ; x-ma qo-vi chu xauah. Qate- cut x-r'ah chayie cumal qaholab. (1) Lotzquiq est une herbe améri- caine des tropiques, appelée par les Mexicains Xocoyolli et, a ce qu'il pa- rait, omlis, dans notre classification d'histoire naturelle. Les indigènes de l'Amérique centrale m'ont assuré — i;n — dévore les serpents dans les montagnes. En arrivant, le Vac s'abattit sur la corniche du jeu de paume, où Hun- ahpu et Xbalanqué s'amusaient à jouer à la balle. Et se mettant sur pied, le Vac croassa : Vacco, vacco, dit son cri, vacco ! ~ Qu'est-ce que ce croassement- là? Vite, nos sarbacanes, s'écrièrent (les deux jeunes gens). Ensuite ils tirèrent au Vac, lui envoyant la balle de la sarbacane dans la prunelle de l'œil : il tourna aussitôt sur lui-même et vint tomber (aux pieds des deux frères) . Sur le coup, ils coururent le prendre et lui demandèrent ensuite : Que viens-tu faire ici? parlant au Vac. Je porte mon message dans mon ventre. Mais guéris- sez d'abord la prunelle de mon œil, et ensuite je vous le ferai connaître, dit le Vac. — Fort bien, répondirent-ils. Alors ils prirent un peu de la gomme de la balle avec la- quelle ils jouaient et l'appliquèrent à l'œil du Vac ; (ce remède) fut appelé par eux Lotzquiq (1 ) , et en même temps la vue du Vac se trouva parfaitement guérie par eux. Parle, maintenant, dirent-ils au Vac. Alors il vomit le grand serpent. — Parle donc, toi, dirent-ils aussitôt au Serpent. — Oui, répondit-il, et à l'instant il vomit le Crapaud. — Où est le message que tu as annoncé, lui fut- il dit à son tour au Crapaud? — Je porte mon message dans mon ventre, répondit le Crapaud. Alors il fit des efforts comme s'il étouffait ; mais il ne vomit point et sa bouche se couvrait comme de bave dans l'effort qu'il faisait, sans qu'il lui vînt aucun vomisse- ment. Après cela, les jeunes gens voulaient le mal- traiter. qu'ils s'en servaient pour enlever la cataracte et m'en ont enseigné le moyen. Il est impossible, d'ailleurs, que ce remède soit indiqué sans des- sein dans cet ouvrage; les indiens ne font rien hors de propos. 138 Àt qaxtok, x-u chaxic, ta x-yic u va rachak chi akan ; x-kah eu bakil u va r'achak chi r'akan. X-u tih chicut, xa quehechu chub u chi. Qatepuch x-qui rech u chi ri Xpek, x-rech cumal qa- holab, x-qui tzukuh pu chi : xa eu nacal ri Uq chu va r'e Xpek, xa pu chi qo-vi. Mana x-u bigo, xa quehe xa big. Quehecut x-chakatah vi ri Xpek : mavi cal ah ru vach r'echa x-qui yao ; ruq mavi ch'anic, xa u chac cumatz x- uxic. C'a tzihon-oc, x-uchax chicut ri Uq, ta x-u biyh eu u tzih : Ca cha ri yv'atit, yx qaholab : He a taka. X-ul takol que ca pechiXibalba u zamahel Hun-Came, Vukub-Came. Vukubix que ulic varal, koh chaah vi ; chi pe ri qu'etza- bal, quiq, bâte, pachgab, tzuum, are chi qaztah u Vach varal, que cha ahauab. X-ul quilzih, ca cha ri yv'atit. Ta x-i petic. Quitzih ca cha ri yv'atit ; c'ogic, ca ziquinic yv'atit ; x-i petic. — Ma quitzih, x-e cha-cut qaholab chi qui qux, ta x-qui tao. Hiizu x-e petic, x-e opon eut ruq c'atit ; xa e pixabay chire c'atit x-e bec. — 139 — Tu es un imposteur, lui dirent-ils en lui donnant du pied au derrière ; alors son échine descendit sur ses jam- bes. Il essaya encore (de vomir, mais ses efforts ne pro- duisirent encore) qu'une sorte de bave autour de sa bou- che. Ensuite ils ouvrirent la bouche au Crapaud, et sa bou- che étant ouverte par les jeunes gens, ils cherchèrent dans sa bouche ; or le Pou se trouvait arrêté dans les gencives du Crapaud : il était tout simplement dans sa bouche. Jl ne l'avait pas avalé, mais seulement comme s'il l'avait avalé. C'est ainsi que fut joué le Crapaud : (aussi) ne con- naît-on pas le caractère de la nourriture qu'on lui donne; il ne sait pas non plus courir, seulement (on sait qu'il) est fait de la chair des serpents. Parle, lui fut-il dit ensuite au Pou, et il expliqua son message : Ainsi parle votre aïeule, jeunes gens : Va les appeler. Des envoyés de Hun-Camé et de Vukub-Camé sont venus les chercher de Xibalba. Qu'ils viennent dans sept jours ici pour jouer avec nous à la paume; viennent également les instruments avec lesquels ils se divertis- sent, la balle de gomme élastique, les anneaux, les gants et les cuirasses, et qu'ici se vivifie leur visage, dirent les princes. Et véritablement ils sont venus, dit votre aïeule. Alors je suis venu (1). Car c'est véritablement cela que dit votre aïeule; elle gémit, elle se lamente, votre aïeule; je suis donc venu. — Serait-ce bien vrai, répondirent les jeunes gens dans leur pensée, en écoutant (le message). A l'instant même ils se mirent en route et arrivèrent au- près de leur aïeule : et uniquement pour prendre congé de leur aïeule, ils allèrent. (1) Ta x~i petic, alors je suis venu. ! du parfait *, est ici pour in, je, le » La lettre t isolée, qui suit le signe 1 étant retranché par euphonie. — 140 — Ho na, yx k'atit; xa oh pixabai yve. Vae ente p'etal ka tzih x-chi ka canali : huhun x-chi ka tic chire va ah, chu nicahal k'ochoch x-chi ka tic vi : are r'etal ka camic, ve chi chakihic : Mi pa x-e camic, qu'yxcha, ta chichakihic. Ve eut ta chi pe u tux : E pa qazlic, qu'yx cha eut. Yx k-atit, yx ka chuch, m'yx ogic, qo r'etal ka tzih ca canahic yvuq, x-e cha. Ta x-e bec> hun x-u tic Hunahpu, hun-chi eu x-ticou Xbalanque ; xa pa ha x-u tic vi. mana pa huyub tah, mana- ipu pa rax uleu-tah,xa pa chakih uleu chu nicahal upa c'ochoch x-qui tic vi canoc. VAHXAKPAH CHI TZIH. Ta x-e be eut huhun chi uub chique, x-e kah chi Xi- balba ; libahehi x-e kali chuva cumuk x-e iqou chi vi eut chupan halha civan, xa chuxol tziquin x-e iqou vi, are ri Iziquin Molay qui bi. X-e iqou chi eut pa Puh-ya, pa Quiq-ya, chakbal ta que (i) Qo r'etal ka tzih ca canahic yvuq, il y a ce signe de notre parole qui est resté avec vous. C'est le sens direct; mais ces mots signifient éga- lement : Il y a ce signe de notre pos- térité qui est resté avec vous. Ce ré- cit renferme beaucoup de vérités his- toriques.C'est un voile qui couvre l'u- nion clandestine du nanuatl étranger avec les femmes du pays, de qui naî- tront les vainqueurs de Xibalba, union symbolisée, suivant toute ap- parence, dans le huey-comitl, de la mythologie mexicaine, le dieu Con de l'Amérique méridionale. (2) Quel était l'oiseau appelé ici Molay? (3) Pa-puh-ya, Dans la rivière (ou l'eau) de boue. Puh signifie boue, fange, matière, pus, et le nom parait convenir parfaitement aux régions basses arrosées par rUzumacinta et ses affluents, à son issue des monta- gnes, après avec sa jonction le rio San- — 141 — Nous partons, graad'mere; seulement nous sommes venus prendre congé de vous. Mais voici le signal de la parole que nous laisserons : chacun nous plan- terons une canne par ici; au milieu de la maison nous la planterons : ce sera le signe de notre mort, si elle se dessèche. Auraient-ils donc péri? clirez-vous, si elle sèche. Mais si elle vient à fleurir : Ils sont vivants, direz-vous. 0 notre aïeule, ô notre mère, ne pleurez point, voici le signe de notre parole qui reste avec vous, dirent-ils (1). Et aussitôt ils s'en allèrent, Hunahpu ayant planté l'une et Xbalanqué rautre ; ils les plantèrent au milieu de la maison, et non au milieu des montagnes ou dans une terre humide, mais bien dans une terre sèche, au milieu de l'intérieur de leur maison, où ils les laissèrent plantées. CHAPITRE HUITIEME, Alors (Hunahpu et Xbalanqué) se mirent en chemin, chacun avec sa sarbacane, en descendant vers Xibalba. Ils descendirent avec célérité les gradins précipités (de la montagne) et passèrent de même dans les eaux bouillon- nantes de la ravine ; ils la passèrent entre des oiseaux, et ces oiseaux sont ceux qu'on appelle Molay (2). Ils passèrent de même.par la rivière de (3) Fange et la Pedro, près de Palisada. Encore au- jourd'hui les indigènes donnent ce nom à plusieurs rameaux de ce fleuve, ce qui déterminerait presque la situation de la cité même de Xi- balba, que l'on croit avoir existe dans la région qui s'étend entre le cours du fleuve, les ruines d'Ococin- go et Palenqué. Ce qui est certain c'est qu'Ixtlilxoehitl donne aussi le des Toltèques, tirent leurs premiers établissements : or, Xicalanco, leur ville principale, était située à l'extré- mité de l'île de Carmen, entre la nier et Ja lagune de Terminos, où débou- che i'Uzumacinta. Nous avons tou- jours eu de fortes présomptions pour croire que la région renfermée entre lamer et lepieddes montagnes deTum- baJa, au-dessus de Palenqué, avait nom de Papuha à la contrée mari- j été Je premier théâtre des civilisateurs lime où les Xicalancas, prédécesseurs I dont u est question dans ce livre. 1-42 — chi qui qux Xibalba : inavi x-qui yiqou, xa chirih uub x~e iqou vi, x-e el chi eu apan-oe pa cabib xalcat be. Xa x-qu'etaam vi eut qui be Xibalba, Geka be, Zaki be, Caka be, Raxa be : ehiri eut x-qui tak vi hun cbicop Xan? u bi. Are qamol qui ta x-qui tak ubic : Huhunal que a tio : nabe ch'a ti ri nabe cubulel, ch'a tzakonizah qui tiie conohel : x'av'ech vi eut cîii tzubah vi u quiqel vinak pa be, x-u chaxic ri Xan. — Utzfcala, x-cha curi Xan. Ta x-oc pa Geka be, takal eu chirih ri poy? ahamche, nabeculel e cautalic, nabe eut x-qui tio; mavi x-ehajiie. X-u ti chi eu, ta x-u ti chi u cab culel ; ma chi vi x- chauic. X-u ti chi eu r'ox ; ca chi r'ox culel qo vi Hun-Came. Âqui, x-cha-cut7 hun ta x-tiie. — Naki, Hun-Game, na- kila mi-x-y tiouic? x-cha Vukub-Came? — Xahina qui- china, x-cha-cut Hun-Came. — Ahi ! x-cha chic u cah cu- lel. — Naki, Yukub-Came, nakila mi-x-y tiouic, x-cha chi r'oo culel ? Ahi, ahi! x-cha na Xiqiripat. — X-cha Vukub-Came chire : Nakila mi-x-y tiouic? — X-cha chic x-tiiç u vakak culel : Ahi! — Naki, Cuchumaquiq , x-cha Xiqiripat chire. — Nakila mi-x-y tiouic, x-cha chic, ta x-ti û vuk culel? Ahi! x-cha chic. — 143 — rivière de Sang, «où ils devaient être pris au piège, dans l'idée de Xibalba ; mais ils n'y touchèrent pas du pied, les ayant traversés sur le côté de leurs sarbacanes, d'où étantsortis, ils arrivèrent au carrefour des Quatre-Chemins. Or, ils savaient eux les chemins qu'il y avait en Xi- balba, le chemin Noir, le chemin Blanc, le chemin Rouge et le chemin Vert ; c'est pourquoi ils commissionnèrent de là un animal nommé Xan. Celui-ci devait recueillir les nouvelles qu'ils l'envoyaient chercher au dehors. Mord-Ies l'un après l'autre ; d'abord mords le premier assis et finis par les mordre tous : car ta part sera de su- cer le sang des hommes sur les routes, lui fut-il dit au Xan. — C'est fort bien, répondit alors le Xan. Alors il entra par le chemin Noir, et en arrivant auprès du mannequin et de l'homme de bois, qui étaient les pre- miers assis, couverts de leurs ornements, il piqua le pre- mier ; mais il ne parla point. Alors il piqua l'autre, (c'est- à-dire) qu'il piqua celui qui était assis le second ; mais il ne parla pas davantage. 11 piqua donc le troisième : et celui qui était assis le troisième était Hun-Camé. Ah! ay ! s'écria-t-il, au moment où il fut piqué. — Qu'est-ce, Hun-Camé, quoi donc vous a piqué? lui dit Yukub-Camé. — Quelque chose que je ne sais, répondit Hun-Camé. — Ay ! ay ! dit à son tour ce- lui qui était assis le quatrième. — Qu'est-ce donc, Vukub- Camé, qu'est-ce donc qui vous a piqué, lui dit celui qui était assis le cinquième? Ay! ay! dit au même moment (celui-ci qui était) Xi- qiripat. — Et Yukub-Camé lui dit ; Qu'est-ce donc qui vous a piqué? — Celui qui était assis le sixième, piqué à son tour, s'écria : Ay! — Qu'est-ce donc, Cuchumaquiq, lui dit Xiqiripat ? -— Qui est-ce qui vous a piqué? ajouta ce- lui qui était assis le septième, au moment où il était éga- lement piqué. Ay ! ajouta-t-il. Naki, Abalpuh, x-cha Cuchumaquiq chire? — Nakila mi-x-y tiouic, x-cha chic, la x-ti chic u vahxak culel. Ahi ! x-cha chic. — Naki, Ahalcana, x-cha chi Ahalpuh chire? — Nakila mi-x-y tiouic, cha chic, ta x-ti chic u beleh culel? Ahi! x-cha. Naki, Chamiabak, x-cha Ahalcana chire? — - Nakila mi-x-y tiouic, x-cha chic, ta x-ti chic u lahuh cubulel. Ahi ! — Naki, Ghamiaholom, x-cha Chamiabak? — Na- kila mi-x-y tiouic, x-cha chic ta x-ti chic u hulah culel. Ahi ! x-cha chic Naki, cha chic Chamiaholom chire? — Nakila mi-x-y tiouic, x-cha chi, ta x-ti chic u cablahuh culel ? Ahi! x- cha chic. — Naki, Patan ? x-cha-chic chire. Nakila mi-x-y tiouic, x-cha .chic, ta x-ti chic r'oxlahuh culel, Ahi ! — Naki, Quiqxic, cha Patan chirech ? — Na- kila mi-x-y tiouic, x-cha chi, ta x-ti chic ucahlahuh culel. Ahi ! — Nakila mi-x-y tiouic x-cha chic, Quiqrixgag, x- cha Quiqre chirech ? Quehecut u bixic qui bi ri x-qui biyh conohel chi qui- bil quib, x-qui eut u vach x-qui biyh qui bi, huhun chi ho- loman u bixic cumaî, are chi biyn u bi hun ri cubul chu xucut. Ma-habi hun-oc x-qui zach u bi ; quiz qui biyh qui bi co- nohel, ta x-e ti rumal r'izmal u vach u chek Hunahpux-u (1) Le onzième, dit le texte, sans donner son nom. La suite le désigne, mais ces derniers noms sont changés. Dans la première nomenclature des princes de Xibalba, après Chamiaho- lom, viennent Ahalme? et Ahallocob, — 145 — Qu'est-ce donc, Ahalpuh? lui dit Cuehumaquiq. — Qui donc vous a piqué? ajouta celui qui était assis le huitième, aumomentoùil se sentit lui-même mordu. Ay! s'écria-t-il. — Qu'y a-t-il, Ahalcana? lui répondit Ahalpuh. — Quiest-ce qui vous a piqué ? dit à son tour celui qui était assis le neu- vième, et alors il se sentit piqué également, et dit: Ay! Qu'est-ce donc Ghamiabak? lui dit Ahalcana. — Qui est-ce qui vous a piqué? dit de son côté celui qui était le dixième assis, et dans le moment il se sentit mordu à son tour et (cria:) Ay ! — Quoi donc! Chamiaholom, dit Ghamiabak. — Qui vous a piqué? ajouta celui qui était assis le onzième (3), et se sentant piqué à son tour, il s'é- cria : Ay ! Qu'est-ce? lui dit Chamiaholom. — Qui vous a piqué? dit également celui qui était assis le douzième, et se sen- tant mordu de même, il ajouta : Ay! — Qu'est-ce que c'est, Patan ? répliqua (son voisin). Qu'est-ce qui vous a piquet* dit alors celui qui était assis le treizième , et dans l'instant, se sentant piqué lui- même (il cria) : Ay ! — Qu'est-ce que c'est, Quiqxic, lui dit Patan? — Qui est-ce qui vous a piqué? demanda celui qui était assis le quatorzième, et dans le moment se sentant piqué à son tour, (il cria) Ay ! — Qui donc vous a piqué, Quiqrixgag, lui dit Quiqre, en lui adressant la parole. Ainsi fut l'appel de leurs noms, que tous énoncèrent les uns aux autres ; c'est ainsi qu'ils se manifestèrent, en s'appelant par leurs noms, chacun de ceux qui comman- daient (en ces lieux) étant interpellé par l'autre et qu'ils dirent le nom du dernier qui était assis dans 4e coin. Il n'y en eut pas un dont ils oublièrent le nom , ils ache- vèrent de dire les noms de tous, au moment où ils furent pi- puis Xio et Patan. Celui-ci reparait; mais au lieu des trois qui le précèdent, on trouve ici Quiqxiç (Sang-d'Eper- vier), Quiqre (Sang-de-la-Denture), et Quiqrixgag (Sang-des-Grift'es ou des Ongles). 10 — 14(3 — ïnich ubic ; mana quitzih Xan ri x-e tiouie, x-be lao qui bi eonohei rumal Hunahpu, Xbaianque. Qatecut ta x-e bec ta x-e opon pucli cliila e qo-vi Xibalba : Ch'y gihila ahau, x-cha, ri cubulic, x-cha hun lakchiinel. — Mavi are ahau, ri xa poy, ahamche ri, x-e cha la x-eoponic. Qatecut ta x-e calainic; Cala-ta, Hun-Camé; Cala-ta, Vukub-Came. Cala-ta, Xiquiripat ; cala-ta, Cuchumaquiq. Cala-ta, Ahalpuh ; cala-ta, Ahalcana. Cala-ta ; chamiabak; cala-ta, Chamiaholom. Cala-ta, Quiqxic ; cala-ta, Patan ; cala-ta, Quiqre; cala- ta, Quiqrixgag, x-e cha, ta x-e oponic, ronohel x-quiz eut u vach, x-qui biyh u bi ronohel ; fhahabi hun x-qui zach u bi. Are ta x-ahauax chiquech, ma-ta x-eanai u bi cumal : Qiryx eu uloc, x-e uchax eut, x-e r'ah-oc chuvi tem ; ma eu x-c'ah : Mavi are ka tem ri xa chohim abah ri tem , x-e cha Hunahpu, Xbaianque, mavi x-e chakatahic Utzbala, xa-ba h'yx pa ha, x-e uchaxic. Qatecut ta x-e oc pa Gekuma Ha, mavi x-e chakatahic chiri. (1) Ahau, roi ou seigneur, composé de la particule possessive ah, et de au, collier, ce qui fait possesseur d'un collier ou qui a droit à un collier, in- signe de noblesse et de supériorité. Ahaù est donc pris dans le sens ordi- naire de seigneur, dom.invs, et son pluriel est ahauab. Le déterminatif à'ahau est r'ahaual, écrit d'ordinaire en un seul mot, ce qui lui donne le sens absolu de la souveraineté. Ex. : Rahauat Xibalba, le monarque de Xibalba. De ahau vient encore ahau- ar, régner; ahauaric, se faire roi ; ahauarizah, faire un autre roi, faire, monter sur le trône ; ahauarem, la — 147 — qués par le poil delà jambe de Hunahpu que celui-ci s'ar- racha ; car ce ne fut pas un véritable Xan qui les mordit et qui alla écouter leurs noms à tous pour Hunahpu et Xbalanqué. Ensuite s'étant mis en chemin, ils arrivèrent là où étaient ceux de Xibalba : Adorez le roi (1), leur dit-on, celui qui est là assis, leur dit-on, pour les tenter. — Celui- ci n'est pas le roi ; ce n'est qu'une statue et un homme de bois, répondirent-ils en s'avançant. Alors ils commencèrent à les saluer : Salut, Hun-Camé ; salut, Vukub-Camé; salut, Xiqiripat; salut. Cuchumaquiq. Salut, Ahalpuh; salut, Ahalcana; salut, Chamiabak; sa- • lut, Chamiaholom. Salut, Quiqxic; salut, Patan, salut, Quiqré; salut Quiq- rixgag, dirent-ils, en arrivant, leur découvrant à tous la face, disant leurs noms à tous, sans oublier le nom d'un seul . Ce qui leur eût été agréable, c'est que leurs noms n'eus- sent pas été découverts par (les deux jeunes gens) : Asseyez-vous, leur dirent-ils, (en leur montrant) le siège où ils désiraient qu'ils se missent ; mais ils ne le voulurent point : Ce n'est pas là notre siège, mais c'est (2) un banc de pierre chauffée que ce siège, dirent Hunahpu et Xba- lanqué, sans pouvoir être pris au piège. C'est fort bien ; allez donc à votre demeure, leur dit-on. Alors ils entrèrent dans ta Maison Ténébreuse^ mais sans pouvoir y être vaincus. royauté, l'empire ; ahauaribal , la grandeur, la majesté, ahauih, pren- dre un ou s'engager sous un maître, etc. Ces formes si multiples, si élé- gantes et si simples se retrouvent les mêmes dans à peu près tous les ver- bes ou substantifs. (2) Chohim-abah, pierre chauffée ou rocher embrasé ; ces mots ensem- ble expriment aussi l'idée d'un bû- cher ou pile de bois destiné à brûler quelqu'un mort ou vivant : c'est presque une allusion au teo-tecalco, de Teotihuacan, dans le Codex jChi- malpopoca (Hist. des soleils). MS. de ma collection. 448 — BELEHPAH CHI TZIH. Are nabe u tihobal Xibalba ri ; x-e oc vi que chi eu u ti- qaric qui chakatahic ta chic chi qui qux Xibalba . Nabe x-e oc pa Gekuma Ha : qatecut ta x-be ya-oc qui chah ca ti- louic, ta x-oponic ruq huhun qui ziq rumal u zamahel Hun- Came. Vae qui chah e, ca cha ahau, ch'ul qui ya-chic ri chah zakaric, ruq ri ziq ch'ul qui moloba ca cha ahau. X-cha zamahel, ta x-oponic. — Utzbala, x-e cha eut. Ma eu quitzih ri chah, xa caka hu gexvach x-oquic ; are u he cakix quehe ri chah x-qu'ilo varanel : are chi eu ri ziq xa gaga chicop x-qui coho chuvi ziq. Hun agab chi yogouic eu mal : Mi-x-e ca chako, x-e cha varanel. Ma-cu-habi x-qiz ri chah, xavixere u vach, are eu ri ziq, mahabi nakila x-qui tzih chire, xavixere u vach. X-be ya-oc cuq ahauab : Nakipa que uxic? apa x-e pe- vi, achinak x-e qaholanic, x-e alanic ? Quitzih ca qatat ka qux rumal. Ma utz ca qui bano chike. Halan qui vach, ha- lan naipuch qui qoheic, x-e chi quibil quib. J 49 CHAPITRE NEUVIEME. C'était là la première épreuve de Xibalba ; et à leur en- trée (dans ce lieu) devait commencer leur défaite, dans la pensée de ceux de Xibalba. D'abord ils entrèrent dans la Maison Ténébreuse : ensuite on leur apporta leurs échar- des de pin, tout allumées, avec chacun son cigare, qui leur fut remis par les messagers de Hun-Camé. Voici leurs flambeaux de pin, dit le roi ; mais ils devront être rendus ces flambeaux demain matin ainsi que les ci- gares, rendus entiers, dit le roi. Ainsi parlèrent les messa- gers, en arrivant. ■ — C'est fort bien, répondirent (les deux jeunes gens). En réalité ils ne (brûlèrent) point l'écharde de pin, ayant mis quelque chose de rouge à la place, c'est-à-dire une plume d'ara, qui leur parut comme le pin (allumé) aux veil- leurs, et, pour les cigares, ils mirent des lucioles au bout des cigares. Toute une nuit, ils furent gardés par ceux qui les veil- laient et ceux-ci disaient : Ils sont tombés dans le piège. Mais l'écharde de pin n'était pas usée, sa forme était la même ; ainsi en était-il des cigares, dont ils n'avaient ab- solument rien allumé et qui avaient la même apparence (qu'auparavant). On les porta aux princes : Comment ont pu se faire ces choses ? d'où viennent ces gens-là, qui les a engendrés et mis au monde ? En vérité notre cœur en est brûlant ; car ce n'est pas bien ce qu'ils font avec nous. Etranges sont leurs visages, étranges sont leurs façons d'agir, se di- saient-ils entre eux.. - 150 — Ta x-e takon eut conohel ahauab : Oho chah -oc, vx qaholab, x-e uehaxic. Ta x-e tzonoxeut rumal Hun-Came, Vukub-Came : Apa qu'yx yx pe-vi, ch'y biyh-tah, yx qa- holab, x-cha-cu Xibalba chique ? Alaba x-oh pe vi lo ! mavi k'etaam, xa x-e cha, mavi x-qui biy. — Utzbala • xa ka beco ka chaah, yx qaholab, x-e cha Xibalba chique? Utz, x-e cha ; re-ba chi ka coh ri va ka quiq. — X-c cha Xibalba : Ma ta hare-ta ch'y coh, va ke. — - X-e cha qaholab : Ma-habi are, chi ka coh va ke. X-e cha chic Xibalba : Utzbala. — X-e cha qaholab : He ba!a xa hu chil. — X-e cha Xibalba : Ma ba-la, xa holora coh. — Cha-chic, x-e cha qaholab. — Ma-habi, x-e cha Xibalba. — Utzbala, x-cha Hunahpu. Ta x-zak eu uloc rumal Xibalba, qui eu takal chuvach u bâte Hunahpu : qatepuch ta x-qu'il Xibalba ri zaki tog, ta x-elchupam ri quiq chi tzininic x-be he chuva tak uleuh ri chaa. Nakipa-la, x-cha ri Hunahpu Xbalanque ! Xa camic qu'yv'ah chikech. Ma-ta x-oh bey taka, ma-ta-pu x-be y zamahel ? Quitzih togob ka vach ? Xa koh bec, x-e cha qaholab chique. (1) On sait que les Indiens de l'A- mérique du Nord, qui ont gardé l'u- sage de jouer à la paume, sont aussi extrêmement réservés sur le choix de la halle : chaque parti a la sienne, que les devins ont soin de consacrer avec des rites et des enchantements mystérieux, et pour rien au monde ils n'accepteraient de jouer avec la balle du parti contraire; ce serait porter malheur à sa propre cause. On conçoit des lors la discussion qui a — loi — Alors tous les princes ensemble les envoyèrent chercher. Allons, jouons à la balle, jeunes gens, leur dirent-ils. Ensuite ils furent interrogés par Hun-Camé et Vukub-Ca- mé: D'où donc venez-vous, vous autres, racontez-le nous, jeunes gens, leur répétèrent ceux de Xibalba ? Qui saurait dire d'où nous venons? nous ne le savons point nous-mêmes, dirent-ils, sans parler davantage. — Fort bien. Alors jetons^ notre ballon élastique, jeunes gens', reprirent ceux de Xibalba. C'est bon, dirent-ils ; mais c'est avec celle-ci que nous jouerons, celle-ci, notre pelote élastique. — Ceux de Xi- balba repondirent : Point du tout, n'employez pas celle-là, mais la nôtre que voici. — Les jeunes gens répliquèrent : Ce n'est pas celle-là, mais celle-ci la nôtre que nous met- trons (1). Ceux de Xibalba répondirent : C'est fort bien. — Les jeunes gens reprirent : Allez donc, pour un chil (2).— Non certes, dirent ceux de Xibalba, mais pour une tête de lion. — C'est dit ! répondirent les jeunes gens. — Pas encore î s'écrièrent ceux de Xibalba. — C'est bon, ditHunahpu. Alors le jeu commença avec ceux de Xibalba et ils en- voyèrent donner (la pelote) devant l'anneau de Hunahpu : ensuite pendant que ceux de Xibalba regardaient le coup, la pelote s'élançant s'en alla bondissant partout sur le sol du jeu de paume. Qu'est-ce que cela, s'écrièrent Hunahpu et Xbalanqué ! C'est la mort que vous nous souhaitez. Ne nous avez-vous donc pas envoyés chercher, ne sont-ce pas vos mandatai- res qui sont venus D En vérité, malheureux que nous som- mes! Alors nous nous en allons, leur dirent les jeunes gens. lieu ici. C'est à M. César Daly, qui a été témoin de ces spectacles parmi ies Indiens du Nord, que nous devons cette explication. (2) Chili insecte qui hiùle là où il passe. (XimeneZj Tesoro de las lenguas quiche, cakchiquel y tsutohil, elc.MS.). Suivant le même auteur, chil est un verbe qui signitie écorcher, etc. Serait- ce une allusion au Xvpe-totec, ou le dieu de l'Ecorchement humain? Chil, rhili ou rhilin, en pokomciii, est un m — Are ta eu x-ahauax chique qaholab, huzu ta x-cam ri chiri chi chaa, x-e chakatah-tah. Mavi quehe,xa Xibalba x-e chakatah chic cumal qaholab. Ma-ba qu'yx bec, yx qaholab, koh chaah na, xa are ca ka coho ri yvech, x-uchax-cut qaholab. — Utzbala , x-e cha-cut, are eu x-oc ri qui quiq, ta x-kah eu chaah. Qatecut ta x-qui choi qui chakon : Nakipa chi ka chako, x-e cha Xibalba ? He na qui eut xax e cha qaholab, xa- encha ca kah cah tzel cotzih, x-e cha Xibalba. Utzbala. Nakipa chi colzihal, x-e cha qaholab chique Xibalba? — Huticab caka-muchih, huticab zaki-muchih, huticab gana-muchit, huticab cari nimak, x-e cha Xibalba. — Utzbala, x-e cha-cut qaholab. Ta x-kah eut qui cha, hunam qui chucab tzatz pu qui cha ri qaholab : xa eu qui r'utzquiqux ta x-qui ya quib chi chakatahic ri qaholab. Que quicot eut ri Xibalba, ta x-e chakatahic. — Utz mi- x-ka bano, nabe mi-x-e ca chako, x-e cha Xibalba : Apa x-ch'y be qu'y qama vi ri cotzih? x-e cha chi qui qux. Quitzih ta agab ch'y ya ri ka cotzih ; ka chakom puch, grillon. ChiUi , piment en langue nahuall. Ce dialogue est à peu près inintelligible ; pour le comprendre il faudraitêtre initié aux mystères du jeu de paume américain. (i) Ces Heurs sont toutes de la classe de ce qu'on appelle chipilin dans l'A- mérique centrale, mot de la langue nahuatl dont nous ignorons la tra- duction française, s'il y en a une. (2) CMko, °qui veut dire vaincre, combattre, humilier dans un combat, — 153 — Or c'était là précisément ce qu'ils désiraient, que les jeunes gens mourussent au plus tôt dans le jeu de paume et qu'ils fussent battus. Mais il n'en fut pas ainsi ; car ceux de Xibalba furent vaincus de nouveau par les jeunes gens. Ne partez donc pas, jeunes gens, jouons à la balle ; mais prenons maintenant la vôtre, leur dit-on aux jeunes gens. — C'est bon, répondirent-ils, et ils lancèrent leur balle, ce qui mit aussitôt fin à la partie. Ensuite de cela, ayant compté leurs défaites : Comment ferons-nous pour les vaincre, dirent ceux de Xibalba ? Qu'ils s'en aillent donc à l'heure même, ces jeunes gens, et qu'entre temps ils nous apportent quatre vases de fleurs, dirent ceux de Xibalba. C'est fort bien. Quelles sont les fleurs (que vous dési- rez) ? dirent les jeunes gens à ceux de Xibalba. — Un bou- quet de cakarnuchih, un bouquet de zaki-muchih, un bouquet de gana-jnuchitet un bouquet de carinimak (1), dirent ceux de Xibalba. — Fort bien, répliquèrent les jeu- nes gens. Alors descendirent leurs fgardes armés de) lances, tous égaux par la force, et nombreux (étaient également) les gardes de ces jeunes gens : mais tranquille était l'âme de ces jeunes gens, en se remettant à ceux qui étaient char- gés de les vaincre (2). Ceux de Xibalba se réjouissaient dans l'espoir qu'ils seraient vaincus (3) : — Nous avons bien fait (cette fois), ils vont tout d'abord être pris au piège, disaient ceux de Xibalba : Où donc irez-vous prendre les fleurs ? disaient- a également le même sens pour bat- | exprimant le temps, l'espoir, le con- tre au jeu, tromper, tricher, etc. Cha- katahic est le gérondif, pour être, de- vant être joué, battu. (3) Ta x-e chakatahic, mot à mot, tandis qu'ils. Ta est une conjonction itionnel et se traduit alternativement par alors, lorsque, pendant, en ce temps. Placé à la suite d'un verbe, ta ou tah exprime le subjonctif, le désir et le pouvoir de faire quelque chose. — 151 — x-e u chax puch qaholab Hunahpu, Xbalanque 1 umal Xi- balba. Utzbaia. Agaba chicut koh chaahic, x-e cha-cut, ta x-e pixaban quib, Qate chicut la x-e oc chi qaholab pa Chaim-ha, u cab tihobal Xibalba : are-ta eut x-ahauax chic x-e gatacox-tah ruinai cha, clranim-tah chi qui qux, x-e cam-tah chi qui qux. Ma-cu x-e camic. Ta x-e cha chire cha, ta x-qui pixa- bah : Are yve ri ronohel u tiohil chicop, x-e cha chire cha. Ma-cu x-ë zilab chic, xa-hun kah chi vi cha ronohel. A reçut e qo chi chiri pa Chaim-ha ch'agab, ta x-qui zi- quib ronohel zanic :Chai-zanic, Chequen-zanic, qu'yx pe- tic, qu'yx oho yvonohel, oh y qama ronohel u vach cotzih chi chacon ahauab. Utzbaia , x-e cha-cut. Ta x-e be eu ri zanic conohel e (]amol cotzih u ticon Hun-Came, Vukub-Came. Mier-occut chi qui pixabah chahal qui cotzih ri Xibalba : La qu'y ch'yv'ila ka cotzih, m'y ya chi elegaxic ruinai ri mi-x-e ka chako ri qaholab. Ana-vi x-pe vi r'ilo ka chacon cumal ? Ma-habi. Ch'y varah hun agab. — Utzbaia, x-e cha eut. (I) Cha, pour chai, lance ou lan- cier, flèche ou archer. Chai propre- ment dit est le couteau d'obsidienne ou l'obsidienne. La beauté que les Indiens voient à répéter constamment les mémos mots et à jouer sur le sens leur fait trouver souvent des signifi- cations différentes, ce qui dépend beaucoup de la prononciation plus ou moins accentuée et de l'ensemble de la phrase. Ainsi dans ce verset le mot cka signifie alternativement le verbe ilsen eux-mêmes. En vérité, c'est cette nuit que vous avez à nous donner nos fleurs ; nous sommes les gagnants maintenant, leur disait-on aux jeunes gens, Hunahpu et Xbalanqué, de la part de ceux deXibalba. Fort bien. Cette nuit également nous jouerons à la paume , répondirent-ils , en s'avisant mutuellement. Ensuite de cela, les jeunes gens entrèrent dans la Maison des Lances, la seconde épeuve de Xibalba : or c'était bien encore le désir (des princes) qu'ils fussent tués par les lanciers et qu'au plus tôt ils fussent mis à mort, c'était ce qu'ils souhaitaient au fond du cœur. Mais ils ne moururent point. Pariant alors aux lan- ciers (1 ), ils leur firent cette recommandation : C'est à vous qu'appartiendront les chairs de tous les animaux, dirent- ils aux lanciers. Ils cessèrent alors de se remuer et unani- mement ils baissèrent leurs armes (2). C'est ainsi qu'ils étaient dans la Maison des Lances, durant la nuit, lorsqu'ils firent un appel à toutes les four- mis : Fourmis tranchantes et zampopos (3), venez et tou- tes ensemble allez chercher les têtes des fleurs que nous ont dit les princes. Fort bien, répondirent-elles. Alors toutes les fourmis se mirent en chemin pour aller prendre les fleurs du jardin de Hun-Camé et de Vukub-Camé. D'avance, ceux-ci avaient averti les gardiens des fleurs de Xibalba. Quant à vous faites attention à nos fleurs ; n'en laissez point enlever par ces deux jeunes gens que nous avons pris au piège. Où donc pourraient-ils venir voir ailleurs celles que nous leur avons dit ? Il n'y en a point. Veillez donc bien toute la nuit. — C'est fort bien, répondirent-ils. dire ou parler , lance et lancier. (2) Par des promesses ils séduisent leurs gardiens. (3) Zanic est le nom générique de la fourmi. Chequen-Zanic est une grosse fourmi qui rôde de nuit et qui coupe les tiges des légumes et fleurs tendres, comme avec des ciseaux. Son nom, parmi les populations hispano- guatémaliennes, est zanpopo. — 156 — Macu x-qui na ri chahal ticon :■ Xalog chi qui rakuh qui chi chu gab tak che ticon puch, que be chakala chiri, xa- vixere chi qui chabeh ri qui bix : Xpurpuvek, Xpurpu- vek cha ri hun la ch'ogic. — Puhuyu, puhuyu ! cha chic ta ch'ogic. Ri Puhuyu u bi e caib chi chahal ticon Hun-Game, Vu- kub-Came. Ma eu ca qui na ri zanic elegai qui chahem ca bolouic, ca tuguvic e rai cotzih, ri ca be ca toua uloc cot- zih chuvi che r'e ca ziqou cuq chuxeche ri cotzih. Xa quehe chi qui rakuh qui chi ri chahalib mana r'e ca qui nao ca eux qui he, ca eux qui xic : are ca quirixic cotzih, ca eu kah uloc re, ca ziqouic, r'e ca be ca toua uloc. Libahchi eut x-noh cahib tzel cotzih, tiquitoh chicut ta x-zakiric. Qatecut ta x-ul zamahel takonel : Que petoc, ca cha ahau, huzuc chi qui qam ula ri ka chacon, x-e u chax eut qaholab. Utzbala, x-e cha-cut. Qui tique laon curi cotzih cahib tzel : ta x-e bec, ta x-e opon eu chi qui vach ahau, ahauab, e'u caam cotzih guz u vach.Quehecut x-e chaka- tah vi Xibalba. (1) Xpurpuvek, Puhuyu. Ximenez, qui, dans tout l'ensemble de ce livre, a toujours cru reconnaître systéma- tiquement des symboles chrétiens et apostoliques, même dans les person- nages dont il est ici question et l'en- fer dans Xibalba, laisse de côté la traduction de ces mots, comme de bien d'autres. Mais il est évident que ces gardiens des jardins de Xibalba sont des veilleurs de nuit, comme il y en avait chez tous les anciens peu- ples du Mexique, comme aujourd'hui les serenos, et ces deux mots sont deux phrases ou cris de nuit fort intelli- gibles. Le seul mot difficile peut-être est pur, (jui n'est plus usité dans le sens où il apparaît ici et qu'on tra- duit par creuser, cavar, mais qui ici a le sens d'entrer. X-pur puvek, en — 4Î>7 — Mais les gardes du jardin n'entendirent rien (de ce qui se passa) : En vain allaient-ils criant de toutes leurs forces entre les branches des arbres du jardin, cheminant sur •leurs jambes et répétant le même chant : Xpurpuvekv Xpurpuvek ! disait l'un en chantant. — Puhuyu, Pu- huju (1), répétait l'autre en chantant (2). Puhuyu était le nom des deux gardes des plantations du jardin de Hun-Camé et de Vukub-Camé. Mais ils ne re- marquèrent pas les fourmis dérobant ce qui était commis à leur garde, allant et revenant en troupes innombrables, coupant les plates bandes de fleurs, s'acheminant avec ces fleurs qu'elles portaient avec leurs pinces par-dessus les arbres, et par-dessous les arbres ces fleurs répandaient une douce odeur. Cependant les gardes continuaient à crier de toutes leurs forces, sans observer les dents qui sciaient à la fois leurs queues et leurs ailes (3) : c'était une moisson de fleurs que leurs dents descendaient et que leurs dents transportaient tout odoriférantes (dans la Maison des Lances.) Bien promptement se remplirent donc les quatre vases de fleurs, et ils étaient tout pleins, lorsque le jour se leva. Bientôt après entrèrent les messagers pour les chercher. Qu'ils viennent dit le roi et qu'ils apportent aussitôt ce dont nous avons parlé, dit-on aux jeunes gens« Fort bien, dirent-ils. Ils allèrent ensuite chercher les quatre vases de fleurs : puis s'étant présentés devant le roi et les princes, ceux-ci prirent les fleurs dont l'aspect faisait plaisir (à voir). Ainsi furent joués ceux de Xibalba. espagnol, y a se entrô en la noche, on est entré dans la nuit. Pu est une contraction de pa u, dans la ; vek est pour gek, noir, ténèbres, nuit. Pu huyu, sur la montagne. Un veilleur crie : déjà la nuit est venue; l'autre répond : au-dessus des montagnes. Ce doit être l'ancien cri des veilleurs de nuit en Xibalba. (?,) Ta ch'ogic, tandis qu'il chantait. Ogic de og, qui exprime le chant des oiseaux, le cri des bêtes, le hurle- ment et toute sorte de gémissement ou de chant mélancolique comme ce- lui qu'emploient les veilleurs de nuit, (3) Ca eux qui he, ea eux qui xic, étant à scier leurs queues, étant à scier leurs ailes. Il y a ici une allu- sion que nous ne comprenons point : nous nous contentons de la signaler. ■*■ 158 Xa zanic x-qùi tak ri qabolab, xa bun agabil x-qui cîiap zanic ta qui ya pa tzel. Quehecut x-e zakcah e ri conohel Xibalba, zakbu e qui vach ru mal ri cotzih. Quetecut x-qui tak ri chahal cotzih : Nakipa rumal m'yx ya ka cotzih chi elegaxic,c Are ka cotzih vae kav'ilo, x-e uchax chahal ? — Ma bax-ka nao, at ahau. Mi na-re x- cuyu ka he, x-e cha-cut. Qatepuch x-hix qui chi qui toh- bal qui chahin chi elegaxic. Quehecut qui chakatahic Hun-Came, Vukub-Camecumal Hunahpu, Xbalanque, u xe ri banoh ri. Ta x-qui qam ri qui chi herebak qui chi Purpuek, herebak vacamic. Qate-chi-cut ta x-kah chaah; xavixere hunam que chaa- hic : x-qu'eleh chicu chaah, ta x-e pixaban chicu quib zakaric chic. X-e cha Xibalba. — • Utzbala, x-e cha qaho- lab? ta x-qu'eleh LAHPAH GHI TZIH. X-e oc chicut pa Teuh-Ha. Mavi ahilan teu : tzatz chi zak-bokom chupan ha, r'ochoch teu : huzu eu tzah teu ru mal cutz marnai na, x-zach ri teu cumal qaholab. (1) Ici ces veilleurs rentrent dans I nentdes oiseaux, de nuit, l'un appelé ie domaine de la fable; ils devien- I Purpuek, et l'autre Puhuy, qui est — 159 — Ce n'étaient que des fourmis que les jeunes gens avaient dépêchées, et, dans une seule nuit, les fourmis les enlevè- rent et les placèrent dans les vases. A cet aspect tous les (princes) de Xibalba changèrent de couleur et leurs faces pâlirent à cause de ces fleurs. Ensuite ils envoyèrent chercher les gardiens des fleurs : Pourquoi avez-vous laissé dérober nos fleurs. Ce sont nos propres fleurs que nous voyons ici, dirent-ils aux gar- diens?— Nous ne nous sommes aperçus de rien, seigneur. On n'a même pas épargné nos queues, répondirent-ils. Alors on leur fendit les lèvres, pour les châtier d'avoir laissé voler ce qui était commis à leur garde. C'est de cette manière que furent vaincus Hun-Camé et Vukub-Camé par Hunahpu et Xbalanqué, et ce fut là le commencement de leurs travaux. Dès lors aussi lesPurpuek ont eu la bouche fendue et fendue elle est aujourd'hui (1). Et ensuite de cela ils descendirent jouer à la paume ; ils jouèrent de même tous ensemble : mais ayant achevé de jouer, ils s'avisèrent mutuellement pour le lendemain matin. Ainsi le dirent ceux de Xibalba. — Fort bien, ré- pondirent les jeunes gens, en terminant. CHAPITRE DIXIEME. On fit entrer aussi (les deux frères) dans la Maison du Froid. Le froid y était insupportable, et cette maison était remplie de glace, (car véritablement c'était) la demeure des vents glacés du nord (2); mais le froid cessa promp- tement avec les glands de pin (qu'ils allumèrent) ; il cessa de se faire sentir et le froid disparut par les soins des jeu- une espèce de hibou : aujourd'hui I (2) Teu ou teuh, le froid et aussi le le premier se prononce Parpuak. [vent du Nord, la bise. — im — Mavi x-e camic; xavi e qazlic ta zakiric. Are ta eu x- c'ah Xibalba chiri ta x-ecam vi : mavi quehe, xavi c'utz qui vach, ta x-zakiric. X-e qu'el chi ula takol que x-e be chic e chahal. Nakipa la mavi mi-x-e camic, x-cha chi rahaual Xi- balba ! X-qui maihah chic qui banoh qaholab Hunahpu, Xbalanque. Qate x-e oc chicut pa Balami-Ha ; tzatz chi balam r'o- choch-: Mavi koh y tio, qo yvech ch'uxic, x-e u chaxic balam. Qatepuch x-qui pukih bak chi qui vach chicop. Qatecut que pagaquic chi ri chuvi bak : Mi eu x-e utzi- riiCj mi-x-u tih qui qux; qate viri mi-x-qui ya quib. Are qui bakil ri caa x-uxic, x-e cha ri varanel, conohel quiy qui qux chire. Ma-cux-e camic : xavixere utz qui vach; x-e el uloc pa Balami-Ha : Nakipa qui chi e vinakil? Apa qui x-e pe-vi ? x-e cha ri Xibalba conohel. Qate chic x-e oc chupam gag, hun Ha chi gag, xa utu- quel gag u pam : mavi x-e qatic ruinai, xa bolol, xa tzi- mah vi. Xavixere utz chi qui vach, ta x-zakiric. Are ta c'ahauaxic huzuc ta que camic chupan ri que iqou vi ; mavi quehe, xavi ca zachqui qux Xibalba rumal. [l)Mi eu x-c utzinic, mi x-u tih qui qux, enfin donc ils ont achevé, enfin ils ont. appris leurs cœurs. La parti- cule mi, très-fréquente dans ce livre indique un passé actuel , comme d'une chose qui vient de se faire. Utsinic, utzin, verbe dont le radical est ut%, bon, bien, parfait, en bonne — 461 — lis ne moururent donc point ; car ils étaient pleins de vie, quand le jour se montra. C'était bien là cependant ce. qu'aurait voulu Xibalba, qu'ils y mourussent : mais il n'en fut pas ainsi, et ils étaient en bonne santé au lever du soleil. Ils sortirent donc encore une fois, leurs gar- diens étant venus les chercher. Comment donc, ils ne sont pas encore morts! s'écria le monarque de Xibalba. Et ils considéraient avec étonne- meot les œuvres des jeunes gens, Hunahpu etXbalanqué. Après cela, ils entrèrent aussi dans la Maison des Ti- gres ; et l'intérieur était rempli de Tigres : Ne nous mor- dez point, vous avez autre chose à faire, leur fut-il dit aux Tigres. Ensuite ils jetèrent des os devant ces brutes. Aussitôt ils se jetèrent avec voracité sur les os : C'en est donc fait d'eux, ils ont appris (4) enfin (à connaître le pouvoir de Xibalba), et ils se sont livrés (aux bêtes). Voilà que leurs os sont broyés cette fois, disaient tous ceux qui veillaient (près d'eux), se réjouissant de leur (mort). Mais ils n'avaient peint péri; leur visage portait le même air de santé, lorsqu'ils sortirent de la Maison des Tigres : De quelle race sont ces gens-là? D'où viennent- ils ? s'écrièrent tous ceux de Xibalba. Après cela on les fit entrer au milieu du feu dans une Maison de Feu, où il n'y avait que du feu à l'intérieur : mais ils n'en furent pas embrasés, quoiqu'il fût extrême- ment fort et des plus ardents. (Les deux frères) se portè- rent également (2) bien au lever du soleil. C'était bien cependant le désir (de Xibalba) qu'ils y périssent promp- tement dans le lieu où ils passèrent encore cette fois ; mais il n'en fut pas ainsi, et le courage de Xibalba défaillait à cause d'eux. santé, signifie achever, parfaire, fi- leurs visages ; — phrase pour dire nir, pouvoir. qu'on se porte bien. Uiz-pa a vach , (2) Xavixere ulz chi qui vach, éga- bon comment ton visage, c'est-à-dire îement (certainement) bons avec comment te portes-tu ? Il — 162 — X-e coh chic chupan Zotzin-Ha : utuquel zotz çhupam cbi ha, him ha chi Caniazotz, nimak chicop, queheri Chaki-tzam qui camizabal, huzu ch'ntzinic chupan chi qui vach . X-e qohe cuchiri chupam, xa pa uub x-e var vi : mavi x-e tyic rumal ri e qo pa ha ; chi ri eut x-qui ya vi quib hun vi rumal hun chi Camazotz chi cah x-pe vi, xavi u qutbal rib ta x-qui bano rumal. Qo ca qui tzonoh vi qui naoh hun agab curi zotz que buhuhic : Quilitz, quilitz, que cha, que clia hun agab. X- tane eu ri zcaquin : Ma-habi chic que zilobicri zotz chiri eu chakal viri hun tzam uub. X-cha curi Xbalanque Hunahpu : Cahanic-pa u zakiric, c'av'ilo. — Cahanican labalo, v'ila na, x-cha eut. Qui eu are ca r'ah mucum uloc chu chi uub, ca r'ah r'il uloc u zakiric, qatepuch ta x-cupix u hoiom rumal Camazotz, cupul chi canoc u nimal ri Hunahpu, Huchatic : Ma mi-x-zakiric, x-cha ri Xbalanque? Ma- habi chic chi zilobic ri Hunahpu. Hupacha ma-xa-on mi- (i) Ces maisons d'épreuves, images sans doute des épreuves réelles qui se pratiquaient en Xibalba, à l'imitation de celles d'Egypte, portent ici des noms de localités et de villes, telles que Balami-ha, la Maison des Tigres, nom d'une tribu qui, après la révolu- tion primitive de Tulan, émigra au Guatemala, où elle fonda une ville avec la même dénomination; Zotzi- ha, la Maison des Chauves-Souris, berceau de la famille des Zo'tfiil, qui régna à Tecpan-Guatémala jusqu'au temps de la conquête espagnole ; en tzendal , Zotzlem qui existe encore dans lepueblo indigène de Cinacan- tan, mieux Tzinacantlan, près des chauves-souris (nahuatl) , à l'ouest de Ciudad-Réal de Chiapas. (2) Camazotz est ici un nom propre plus ou moins symbolique: il si- gnifie, qui prend jou commande les chauves-souris. Son sobriquet de Ni- mal; chicop. que nous traduisons par — 103 — Alors on les fit entrer dans la Maison des Chauves - Souris (1) : il n'y avait que des Chauves-Souris dans le vestibule decette maison, maison de Camazotz (2), grande brute dont les instruments de mort étaient comme ceux de Chaki-tzam (3) et qui achevaient aussitôt ceux qui (ve- naient) en leur présence. Ils se trouvaient là au dedans; mais, dormant sur leurs sarbacanes, ils ne furent pas touchés par ceux qui étaient dans la maison ; mais ils se rendirent à cause d'un autre Camazotz qui vint du ciel (h) pour se manifester, lorsque les choses commencèrent à être faites par lui. Elles étaient donc (là) les Ghauves-Souris tenant con- seil toute la nuit et faisant un grand bruit : Quilitz, quilitz, disaient-elles, et elles le dirent toute une nuit. Elles cessèrent cependant un peu : il n'y eut plus de re- muement parmi les Chauves-Souris, et elles restèrent de^ bout à une extrémité de la sarbacane. Alors Xbalanqué dit à Hunahpu : Le jour commence- t-il à poindre, regarde donc? — Peut-être commence-t-il à poindre, je vais y voir tout à l'heure, répondit-il. Et comme il désirait ardemment regarder à la bouche de sa sarbacane, en voulant voir le lever de l'aurore, sa tête fut un moment après coupée par le Camazotz, et le corps de Hunahpu resta privé de la tête (5). Puis une autre fois : Ne fait-il pas encore jour ? de- manda Xbalanqué. Mais Hunahpu ne remuait plus : Est- grande brute, signifie mieux encore le plus grand des barbares; c'était probablement un chef de barbares à qui était commis le soin de défendre les frontières de l'empire de Xibalba; car Cinacantan commandait par sa position la seule entrée de la vallée de Hovel ou de Ciudad-Real, par où on pouvait entrer de ce côté dans les do- maines de Xibalba. Aussi le MS. Cakchiquel dit-il avec raison que c'était une chauve-souris qui servait à fermer l'entrée de Tullan (en Xi- balba), Xahun chi zotz tzapibal ru chij ri Tallan (Mémorial des rois de Guatemala). (3) Chaki-tzam, pointe séchée, est probablement encore un nom de lieu. (4) Chi cah, du ciel ou d'en haut. (5) Dans les images diversessous les- quelles récrivain'a enveloppé l'his- toire,on distingue la défaite de Hunha- pu, probablement lorsqu'il était occu- pé au siège de Zotslem ou Cinacantan. — 164 — x-becHunahpu?hupacha mi-x'a bano? ma-habi cliic chi zilabic, xa qui chi qo zoz chic. Qatecut x-u qixbih Xbalanque : Acarok ! mi-x-ka ya- yan, x-cha eut. Chila eut x-be colaua-vi u holom chuvi hom xavi u tzih Hun-Came, Vukub-Came, que quicot curi Xibalba conohel rumalu holom Hunahpu. HULAHPAH CHI TZIH. Qatecut ta x-u tak chicop ronohel, Ziz, Ak, ronohel chuti chicop, nima chicop, ch'agab xavixare r'agabal ta x-u tzonoh eut qu'echa : Naki-tak-pa yv'echa chi huhunal ? are qu'yx nu tak vi ch'y'qam uloc ri yv'echa, x-cha eut Xbalanque chique. — Utzbala, x-echa-cut. Ta x-e bec e qamol rech, ta x-e ni he eut conohel; qo xa gumar rech x-be u qama ; qo xa tzalic x-be u qama ; qo xa abah x-be u qama ; qo xa uleu x-be u qama ; hat- ahoh qu'echa ri chicop, nima chicop. Qui pu eu u xambe canah-oc ri tiz Coc, x-be u qama cubuîcutih, chu tzam ca petic are eut x-oc halvachibat u holom Hunahpu : libahehi x-qotox u bak u vach. (1) Dans celte convocation de bru» 1 de leurs aliments, on ne peut mê- les au milieu de la nuit, dans celte connaître un appel aux barbares demande de Xbalanque au sujet I du voisinage, de populations peut- — tfia — ce que Hun ah pu s'en est. allé? comnieut as-tu fait cela (lui dit-il après) ; mais il n'avait plus de mouvement, res- tant là seulement étendu (comme un mort). Alors Xbalanqué se sentit rempli de honte et de tris- tesse : Hélas ! s'écria-t-il, nous sommes assez vaincus. On alla ensuite placer la tête (de Hunahpu) au-dessus du jeu de paume, par l'ordre exprès de Hun-Camé et de Vukub- Camé, tout Xibalha étant dans l'allégresse à cause de la lète de Hunahpu. CHAPITRE ONZIEME. Ensuite de cela, Xbalanqué convoqua toutes les brû- les, les Porcs-Epics, les Sangliers, toutes les brutes, petites et grandes, durant la nuit, et la même nuit leur demanda quels étaient leurs aliments (1). Quelle est votre nourriture à chacun en particulier ? Voici que je vous ai appelés, afin que vous choisissiez vo- tre alimentation, leur dit Xbalanqué. — C'est fort bien, répondirent-elles Elles s'en allèrent alors prendre chacune la sienne, tous allant choisir (ce qui leur convenait) ; il y en eut qui allèrent prendre ce qui était en putréfaction ; il y en eut qui allèrent prendre des herbes: il y en eut qui allèrent prendre de la pierre; il y en eut qui allèrent prendre de la terre, et les ali- ments des brutes, des grandes brutes, étaient fort variés. A la suite des autres, la Tortue, qui était demeurée en arrière enveloppée dans sa carapace, allait pour prendre (sa part des aliments) en faisant des zigzags, et, venant se mettre à l'extrémité (du cadavre), se plaça en échange de la îètedeHunahpu;et à l'instant même il s'y sculpta des yeux. être tout aussi civilisées que Xibalha, I barbares, ainsi que nous des Chinois mais qu'il considérait comme des I et vice versa. — 166 — Tzatz chi.ahnaoh chi cah x-pe-vi, are u Qux cah, Hu- rakanx-cul coloc, x'ulu c'uloc chiri pa Zotziha : Ma eu atan x-utzinic u vach, utz chic x-uxic xavixare u chuuk hebel x-vachinic, xavixare'x-cbauic. Are eut ta chi r'ah zakiric chi caktarin u xecah/îa xa- quinuehic^ Ama x-u ch'ux ri vuch? — Ve, x-cha ri marna. Ta chi xaquinic : qate ta chi gekumar chic; cahmul xa- quin ri marna. Ca xaquin-Vuch, ca eha vinak vacamic. Xa c'u cakraxatzinic ta x-u tiqiba u qoheic : Ma utz, cha, ch'ux eut Hunahpu lie? — Utz, cha-cut. Xavixare ch'u bakitila u holom quehe ri quitzih u hoiom x-uxic. Qatecut ta x-qui ban qui tzih x-e pixaban quib, mana qui eut chaahic : Xaki ch'a yequh avib. — Xa in hun qui qui banouic, x-cha Xbalanque chire. Qatecut ta x-u pixabah hun Umui : G'at qole-ta chiri chuvi hom, chivi c'at qohe vi chupan pixe, x-u chax Umul rumal Xbalanque. Ch'opon na quiq avuq, qate c'at elic, ca in qui banouic, x'u chax ri Umul, ta x-pixabaxic ch'agab. (i) Ca xaquinuchic, le jour parut. Ce verbe est fort étrange dans son étymologie. Xaquin signifie ouvrir les jambes, etuch ou vuch est le sari- gue. Pour exprimer que le jour pa- rait, ou dit textuellement, lé sarigue entr'ouvre les jambes. La ligne sui- vante est encore plus explicite. Ama x-u ch'ux ri vuch, est-ce que c'est fait le sarigue ? Le verbe allégorique tochtecomaiica de l'Hist. des soleils ôans\e Codex Chimalpopoca doit avoir la même origine. (2) Au lieu du sarigue ici c'est un — 167 — Un grand nombre de sages vinrent d'en haut, le Cœur du ciel, Hurakan même vint planer au-dessus de la maison des Chauves-Souris. Mais le visage de Hunahpu ne s'a- cheva pas si promptement (quoique) on réussit également à le faire ; sa -chevelure crut de même avec sa beauté, et il parla également. Et voilà qu'il' voulait faire jour et que l'aurore colorait l'horizon, et Séjour parut (4). Le Sarigue se fait— il (de- manda-t-on) ? —Oui, répondit le vieillard (2) Alors il ouvrit ses jambes : puis l'obscurité se fit de nouveau, et quatre fois le vieillard ouvrit ses jambes. Voilà que le Sarigue ouvre ses jambes (3), dit ie peuple encore aujourd'hui (pour donner à entendre que le soleil se lève). Au moment où l'aurore couvrit l'horizon de ses bril- lantes couleurs, il commença à exister : Est-elle bien ainsi, la tête de Hunahpu ? demanda-t-on. — Elle est bien, ré- pondit-on. Et l'on acheva ainsi de fabriquer sa tête, et véritablement elle devint comme une vraie tête. Ensuite, ils tinrent conseil, s'avisant mutuellement de ne pas jouer à la paume : Expose-toi seul alors (au dan- ger, dirent-ils à Xbalanqué). — - Eh bien, je ferai tout par moi-même, lui répondit Xbalanqué. Après cela, il donna ses ordres à un Lapin : Va te pla- cer là-haut sur le jeu de balle et reste entre les glands de la corniche, lui fut-il dit au Lapin par Xbalanqué. Dès que la balle élastique arrivera à toi, tu sortiras et je ferai le reste, lui fut-il dit au lapin, lorsqu'il reçut cet ordre au milieu de la nuit. vieillard, ou pour mieux dire un an- cien delà civilisation, le demi-dieu ou héros Hun- Ahpu-Vuch,\mi\rem de sar- bacane au sarigue, dont il est parlé au commencement. Tout ce verset, d'ail- leurs, couvre un mystère en rapport avec les antiques théories génésiaques | mystère du Mexique et del' Amérique centrale. (3) Proverbe qui parait inusité aujourd'hui. (4) Tout ce qui précède parait ren- fermer des faits historiques très-im- portants sous les voiles d'un profond — 168 — Qatecut ta x-zakiric, xavixare utz qui vach qui cabichal, X-kah chicu qui chaah colan chi eu u holom Hunahpu chuvi hom. Mi-x-ka chakoyan ! mi-x-y yano qui yan, mi-x-y yao, x-e u chaxic. Xavixere chi ziquin Hunahpu : Ch'a cuk a ri holom chi quiq, que u chaxic. Ma eu chi ca qaxou chic chi yegoub quib. Are eu x-etzako u quiq rahaual Xibalba. X-u cul eut Xbalanque; takal curi quiq chuvaeh bâte, chi tanenic ta x-elic hnzu eu x-iqo u quiq chuvi hom, xahun xa canab vi takal pa pix. Ta x-el curi Umul chi coxeotic ta x-bec; ocotal eut ta x-be cumal ri Xibalba que huminic, que chaninic x-e be chirih ri Umul, x-e qiz be conohel Xibalba. Qatecut x-qui qamix-tah ri u holom Hunahpu, x-tiquix- tah chic u coc Xbalanque : are chicut x-be qui cuba ri coc chuvi hom; quitzih holom chi eu u holom ri Hunahpu, que quicot chi eu qui cabichal. Are eut que be tzuku na quiq ri Xibalba : qatecut x- qui quamix-tah chiri quiq pa pix, ta x-e ziquin chicut : qu'yx petoc ; vae quiq que mi-x-ka riqo, x-e cha qui co- lem chicut. Ta x-e ul Xibalba : Nakipa ri mi-x-k'ilo, x-e cha-cut, ta x-qui tiqiba chicut chaahic ? Hunam chaahic chicut x- qui ban chic qui cabichal. — 169 — Et déjà le soleil s'était levé et leurs visages de l'un et de l'autre annonçaient également la santé. (Les princes de Xibalba) descendirent à leur tour jouer à la paume (au lieu où) était suspendue la tête de Hunahpu, au-dessus de la salle du jeu. C'est nous qui avons vaincu! Vous avez subi toutes les hontes! Vous nous avez rendu (la palme)! lui disaient-ils. C'est ainsi qu'ils défiaient Hunahpu : Repose ta tête mainte- nant (de cette fureur que tu avais) du jeu de balle, lui disait- on. Mais il ne souffrait pas des insultes dont on l'abreuvait. Et voilà que les rois de Xibalba lancèrent la balle élas- tique. Xbalanqué sortit à sa rencontre; or elle arriva droit devant l'anneau, s'arrêta, et aussitôt elle sortit, passa en haut du jeu de paume et d'un seul bond entra tout droit entre les glands (qui en ornaient Sa corniche). Le Lapin sortit aussitôt et s'en allait sautillant; mais il fut au même instant poursuivi par tous ceux de Xibalba, qui couraient en tumulte, vociférant derrière le Lapin, et tout Xibalba acheva bientôt par se trouver en chemin (derrière lui). Xbalanqué s'empressa aussitôt de saisir la tête de Hunahpu et de la replacer au lieu de la tortue : il alla en- suite colloquer la tortue sur le jeu de paume ; et cette tête était véritablement la tête de Hunahpu, et l'un et l'autre en furent dans l'allégresse. Et voilà que ceux de Xibalba s'en allaient cherchant la pelote élastique : ensuite l'ayant ramassée avec empresse- ment entre les glands, ils crièrent : Venez ; voici la pelote que nous venons de trouver, dirent-ils en l'élevant (pour la faire voir). Ceux de Xibalba arrivant alors : Qu'est-ce donc que nous avons vu, dirent-ils, en commençant à jouer de nou- veau à la paume? Et ils jouèrent pareillement, en se re- mettant encore une fois deux ensemble. — no — Qatecut x-eakatah ri ©oc rumal Xbalanque, chi puka- bin ri coc x-kah pa hoin, zakquiram çuri u zakilal chi qui vach. Nakipa ri ch'y be y qama, apa qo-vi ri qamol re, x-cha Xibalba? Quehecut qui chakatahic r'ahaual Xibaîba ru- inai Hunahpu, Xbalanque. Nima qaxcol x-e qohe vi,mavi are x-e cam viri ronohel x-ban chique. CABLAHPAH CHI TZIH. Are cul vae qui nabal qui camic Hunahpu, Xalanque : are va qui nabal qui camic x-chi ka biyh chic. Ta x-e pixabah eut x-qui bano ronohel qaxcol rail x- ban chique, ruavi x-e camic rumal u tihobal Xibalba , mavi x-e chakatahic rumal ronohel tionel chicop qo chi Xibalba. Qatecut ta x-qui tak chi câib nievachinel queheri e ilol are qui bi va Xulu, Pacam, e etamanel : Uve qoh tzonoxic chyvecumal rahaual Xibalba rumal rika camic, qui naoh ca qui nuk, rumal ri mavi mi-x-oh camic, ma pu mi-x-oh chakatahic, mi~x-ka zach qui tihobal, ma xa chicop ch'oc chique. (1) Les brutes, c'est-à-dire les bar- 1 s'étaient apparemment unis aux re- bares soumis au sceptre de Xibalba j belles. La même idée se produit dans — 171 — Alors précisément la tortue fut atteinte d'un coup de pierre (lancée) par Xbalanqué, et roulant d'en haut, elle tomba en pièces dans le jeu de paume, brisée en mille mor- ceaux comme de la faïence aux yeux de ceux (de Xi- balba). Qui de vous ira la chercher, où est celui qui va la pren- dre? s'écria-t-on (dans) Xibalba. Ainsi donc furent joués les princes de Xibalba par Hunahpu et Xbalanqué. Or ceux-ci endurèrent de grands travaux; mais ils ne mou- rurent point de tout le mal qu'on leur fit. CHAPITRE DOUZIEME. Or voici ce que la mémoire (a conservé) de la mort de Hunahpu et de Xbalanqué : Voici que nous raconterons à son tour le souvenir de leur mort. Après avoir été avertis de tous les travaux et souffran- ces qu'ils endureraient et qu'ils endurèrent, ils ne mouru- rent pas cependant dans les épreuves de Xibalba et ne fu- rent point vaincus par toutes les attaques des brutes qu'il y avait en Xibalba. Ensuite ils appelèrent deux devins qui étaient comme des voyants et dont les noms sont Xulu et Paçam, des sa- ges (l'un et l'autre) : Si par hasard on vous pose la ques- tion de la part des rois de Xibalba, au sujet de notre mort qu'ils méditent et conjurent actuellement, pourquoi nous ne sommes pas encore morts, pourquoi nous n'avons pu être vaincus, ni abattus par leurs épreuves, (vous leur di- rez) que c'est parce que les brutes ne sont pas entrés (dans la conjuration) avec eux (1). les anciens documents mexicains, où j Tlotli-Cuitlachlli, Epervier et Loup, Quauhtli-Ocelotl , Aigle et Tigre, | symbolisent le peuple. — 172 — Are eu retai va chi ka qux chohiin-abah camizabal ko cuinal. Mi-x-e cuchu quib ronohel Xibalba : macu quitzih ta koh caraic. Are eu y naoh va x-chi ka biyh : Uve qu'yx ul tzonobex x-oc cumal chirech ka camie ta koh gat-oc, naki x-ch'y eu chah, yx Xulu, yx Pacam? Uve que cha chyve : Ghika lix-ta qui bakil pa zivàn,uve ma-ba utz? — Xavixere chic chi qaztah quivach, qu'yx cha. Uve ba are utz xa chika xequeba chuvi che ta, que cha chic ch'yve?— Xax ma utz vi, xavixere ch'yv'il chi qui vach, qu'yx cha. Ta que cha chicut chir'oxmul : Xa-ba-re r'utzil xa chi ka tix qui bakil pa r'akan ha? Ve eut qu'yx uchax chic cumal : Are utzbala que camic ; qatecu utz chi hok qui bakil chuvach abah, queheri chi queex qahim hal, huhunal eu chi queic. Qatecu ch'y tixubic chi r'akan a, chiri kah quva, chi be chuti huyub, nima huyub ; qu'yx cha-cut, ta chi qutunizah ri ka pixabmi-x-ka biyh chyve, x-echa Xhu- nahpu, Xbalanque, ta x-e pixabic, x-qu'etaamah qui ca- mic. Are ca-ban ri nima chohim abah, queheri chohibal qui x-qui ban Xibalba, nimak xak x-qui coho. Qatecut x-ul (1) Chohim'abah, bûcher, mot à mot rocher embrasé. Voici la troi- sième fois déjà qu'il est question du chohim-abah, pierre ou rocher embrasé, bûcher. Les détails qui y ont rapport rappellent le teotex- calli, rocher divin qui s'embrase à Teotihuacan, ainsi que la mort de Nanahuatl, le syphilitique, et de Metztli, son compagnon, transformés ensuite en soleil -et en lune. Voir le commentaire. (2) Xulu, substantif et verbe qui a le sens de deviner, d'où Ahxulu, de- — 173 — Voici donc dans notre pensée que le signe (de fîofrè mort) est un bûcher (1) qui doit leur servir à nous donner la mort. Tout Xibalba achève de se réunir : mais en vé- rité nous ne mourrons point. Mais voici que nous allons vous inspirer ce que vous avez à dire : Si l'on vient vous demander de leur part au sujet de notre mort, quand nous aurons été condamnés, comment répondrez-vous, ôXulu,ô Pacam (2)? S'ils vous disent : Jetterons-nous leurs os dans le précipice, ne sera-ce pas bien? — Si vous faites cela, ils ressusciteront, direz- vous. S'ils vous disent encore : Serait-il bon que nous les pen- dissions à des arbres? — Certainement que ce n'est pas bon ; car ainsi vous verriez de nouveau leurs visages, di- rez-vous. S'ils vous disent enfin une troisième fois : Fe- rons-nous bien de jeter leurs os à la rivière? Si donc la question vous est répétée par eux, (vous leur direz) : C'est bien là ce qu'il faut pour qu'ils meurent; il sera bon ensuite que leurs os soient moulus sur la pierre comme on moud le maïs en farine, et que chacun soit moulu sé- parément. Ensuite vous les jetterez à la rivière, à l'en- droit où tombe la fontaine (3), afin que (leurs cendres) s'en aillent à toutes les montagnes grandes et petites ; (c'est là ce) que vous leur répondrez, quand ils vous in- terrogeront sur les avis que nous vous avons donnés, di- rent Xhunahpu (4) et Xbalanqué, en prenant congé d'eux, sachant qu'ils allaient mourir. Voilà donc qu'on fit un grand bûcher, semblable à un foyer demi-souterrain, que firent (élever) ceux de Xi- vin. Pacam peut venir de Pag, qui signifie une pelote et une sorte de tomate. (3) Quva, fontaine, eau cristalline, signifie aussi émeraude. Dans le Co- dex Chimalpopoca, la' femme serpent, appelée Quilachtli, prend les os ap- portés à Tamoanchan par Quetzalco- huatl, les broie et les met dans un vase d'émeraude, chalchiuh-apazco. (4) Ici le nom se modifie; au lieu de Hun-Ahpu, il y a Xhunahpu, Hunah - pu, le petit, le jeune ou le second. — 1,7 '4 — zamahel achbilay que u zamahel Hun-Came, Vukub- Came. Que petoc. Koh be-ta cuq qaholab, chi beta qu'ila, ca qu'yxka chohih, cacha ahau, yx qaholab, x-e uchaxic — Utzbala, x-e cha-cut. Anim x-e bec, x-e opon eut chu chi choh; chiri eut x-e r'ah chih vi chi etzanem : Ka chopih vae ri ka quiy, cah- tak-mul tah chi ka xicah chi ka huhunal, yx qaholab, x-e chax eut rumal Hun-Came. Mavi are koh y mich viri. Ma-pa k'etaam ka camic, yx ahauab, chi vi tana, x-e cha-cut? Ta x-qui culavachihqui vach, x-qui rip qui gab qui cabichal e pu hupuhuh ta x-e bec pa choh, chiri eut x-ecam vi qui cabichal. Que quicot chicut ronohel Xibalba, takal qui yuyub, takal qui xulcab : Mi-xe ka chako quitzih , mavi atan x- qui y a quib, x-echa. Qatecut qui takic ri Xulu, Pacam x-çanah vi qui tzih. Xavixare x-tzonox ri x-be vi qui bakil, ta x-e gihin, Xi- balba x-hok qui bakil, x-be tix-oc chi r'akan a. Ma-cu x-e be ta chi nah : xa huzu x-e kah chuxe a, e çhaom qaholab x-e uxic; xavixere qui vach x-uxic x-e qutun chicut. (1) Chi ka xicah chi ka huhunal, 1 chi, signe de l'impératif ou du futur; volons-nous chacun en particulier ; j ka, nous; xicah, voler avec des ailes, — 175 — balba, et Ton y mettait beaucoup de branchages. Après quoi vinrent les officiers qui devaient les accompagner, mandataires de Hun-Camé et de Vukub-Camé. Qu'ils viennent. Allons donc avec les jeunes gens et qu'ils viennent voir que nous allons vous brûler, dit le roi, ô jeunes gens, leur fut-il dit. — Fort bien, répondi- rent-ils. Rapidement ils cheminèrent, et ils arrivèrent auprès du bûcher; là donc on voulut les obliger à badiner : Prenons donc ici nos doux breuvages , et quatre fois volons-y chacun de son côté (1), ô jeunes gens, leur fut-il dit alors par Hun-Camé. è Cessez de nous plaisanter ainsi. Ne saurions-nous pas par hasard que la mort nous attend ici, mes seigneurs? répondirent-ils. Et s'embrassant face contre face, ils croi- sèrent leurs bras et allèrent s'étendre le visage en bas sur le bûcher et y moururent ensemble. , En même temps, tous ceux de Xibaîba étaient remplis d'allégresse et ils manifestaient leur joie par des cris et des murmures confus : Enfin nous avons vaincu vérita- blement, et ce n'est pas trop tôt qu'ils se sont rendus, di- saient-ils. Ensuite ils appelèrent Xulu et Pacam, à qui ils avaient laissé leur (dernière) parole. De même (qu'ils l'avaient annoncé), on leur demanda ce qu'il fallait faire de leurs os, et lorsqu'ils eurent achevé leur divination, Xibalba ayant fait pulvériser les os, les envoya jeter dans la ri- vière. Mais (ces cendres) n'allèrent pas bien loin : elles descendirent immédiatement au fond de l'eau, où elles fu- rent (changées en) de beaux jeunes gens; véritablement ce furent leurs traits qui se manifestèrent de nouveau (2). ouvrir, étendre les bras, de xic, aile. I dres, aurait-il donc une origine amé- (2) Le phénix, qui renaîtde ses cen- I ricaine ? 170 — R'OXLAHPAH CHI TZIH. Chi r'obix eut x-e qutun chic, x-e il chi ya rumal vinak; e caib queheri xa vinak-car x-e vachinic, ta x-il qui vach cumal Xibalba, x-e tzukux eut chi tak ya. X-chueka eut, que qutun-oc«e caib chi rneba, atziyak qui vach, atziyak pu gih, atziyak qui qui qu, mana chi banan-ta qui vach. Ta qui x-e ilic rumal Xibalba; hala chicut x-quibano, xa xahoh Puhuy, xahoh Cux, xa iboy, x-qui xaho, xa Xtzul, xa Chitic x-qui xahehic. Quia maihabal x-qui ban chic, x-qui poroh ha queheri quitzih chi qatic, libahehi eut chi vinakir chic ; tzatz chi Xibalba chi cayie. Qate chi qui puz quib, chi eam hun chique, chi pune na chi caminakil nabe chi qui camizah quib ; xavixere li- bahehi qaztah vi chi u vach, xa qui cay Xibalba, ta chi (1) Vinak-car, exactement homme- poisson. C'est le nom d'une espèce de poisson du pays, appelé en mexi- cain tlacamichin. L'idée qu'on atta- che encore à ces deux mots est celle d'une sorte de sirène. (2) Les noms d'animaux et de cho- ses inanimées n'ont ordinairement pas de pluriel ; on y supplée par une particule qui l'indique, comme ici tak, qui signifie plusieurs, beaucoup, tous en général. Chi tak ya, dans les eaux ou les rivières. (3) Le Puhuy. en nahuatl Mecateco- lotl,sorte de hibou à longues oreilles: on appelle aussi puhuy certains épis courts de maïs de terre chaude.— Cux, espèce de belette, appelée en nahua cuçatl ou cuçamatl. — Iboy , armadille ou tatou, en mexicain Yaotochtli.— Le Xtzulest un insecte fort venimeux, le mille-pieds d'Amérique, connu au Mexique sous le nom depetlaçol-co- huatl ou centzon-maye. — Chitic, qui va sur des échasses. Ces noms sont ceux de certains divertissements scé- niques, tantôt mimiques seulement, tantôt mêlés de danse, de dialogue et 177 — CHAPITRE TREIZIEME. Au cinquième jour donc ils apparurent de nouveau, et furent vus dans l'eau par les gens (1); semblables à deux hommes-poissons, ils se montrèrent, et leurs faces furent vues de ceux de Xibalba, et ils furent cherchés partout dans les eaux (2)» Mais le lendemain matin apparurent deux pauvres, aux traits vieillis , d'une apparence misérable, (qui n'a- vaient que) des haillons pour vêtements ; leur aspect nV vait rien d'avenant. Lorsqu'ils furent aperçus par ceux de Xibalba, ils ne faisaient que peu de chose, se conten- tant de danser la danse du Puhuy, la danse du Cux et VIboj, et ils dansaient aussi le Xtzul et le Chitic(3). Les nombreux prodiges qu'ils opéraient, brûlant des maisons, comme si vraiment elles eussent brûlé et immé- diatement les faisant renaître , (firent accourir) tout Xibalba à ce spectacle (4). Ensuite ils se sacrifièrent, l'un des deux donnant la mort à l'autre, et celui qui s'était le premier laissé tuer s'éten- dait mort ; mais à l'instant même ils se ressuscitaient éga- de musique; la plupart sont encore au- 1 » lesquels ils trompaient le monde* jourd'hui en usage parmileslndiens. (4) On trouve dansSahagun une cu- rieuse confirmation de ce texte et qui peut en quelque sorte lui servir de pa- raphrase : « Les Cuextecas, dit-il, en » parlant des populations de la côte » de Panuco, retournant à Panutla, » emportèrent avec eux les chants » dont ils se servaient lorsqu'ils dan- » saient, ainsi que les ornements » dont ils usaient dans leur. danse ou » comédie. Ces mêmes gens aimaient » à faire des tours de subtilité, avec » donnant à entendre pour vrai ce » qui est faux, comme faire qu'ils » brûlaient des maisons, lorsqu'il n'y » avait rien de semblable; comme » faire apparaître une fontaine avec » des poissons, quand il n'y avait » rien, sinon une illusion des yeux ; » gens qui se tuaient eux-mêmes, en » se coupant et en se mettant en » pièces et autres choses qui n'étaient » qu'apparentes et pointvéritables. » (Sahagun, Hist. gen. de las cosas de Nuera-Espana, lib. x, cap. 20, § 12.) \1 178 qui bano ronohel, x-qui ban chic u xenaahic chic chakbal quech Xibalba eu ma!. Qate chi puch r'oponic chic u tzihel qui xahoh chi xi- quin ahauab Hun-Came, Vukub-Came x-cha ta x-qui tao : Naki ri e caib meba la quitzih vi chi cuz ? Quilzih vi pu chi hebelic qui xahouic ronohel ca qui bano, x-cha-cut qui tzihoxic x-oponic cuq ahauab. Cuz x-qui tao ta x-bochi eut qui zamahel takol chique : Petoc ch'ul ta qui bana ka cay que ka maihah-tah, que ka cayih- ta puch, que cha ahauab, qu'yx cha chique, x-u chax ri zamahel. Xe-opon eut cuq fi xahol, ta x-chao eut qui tzih ahauab chique. Ma ba chi k'ah, rumal ri quitzih koh xobic. Ma xa mavi koh qixbic, koh oc apanoc chi ahaual ha, rumal qui itzel ka vach, ma xaki nimak u bak ka vach chi meba ? Ma-xa-on r'il chire xa oh xahol ? Nakita chi ka biyh chike k'achmeba qo qam eu raih naipu rika xahoh, ca qui qaz- tah qui vach kuq ? Ma-quehela u x-chi ka ban chique ri ahauab ? Quehecu mavi ca k'ah vi, yx zamahel, x-e cha- cut ri Hunahpu, Xbalanque. X-elehebex na qui vach chuvi ra, chuvi qaxcakrailx-e bec : mavi atan x-c'ah benam quïamul x-e chihic, xa chi (1) Ma xaki nimak u bak ka vach, ne I tion est assez intéressante, les Indiens (sont-ils) certainement pas très-grands n'ayantd'ordinaire pas de bien grands les globes de nos yeux ? Cette indica- I yeux; maison sait que la race caraïbe — 179 — lement : et ceux de Xibalba les regardaient avec stupeur, tandis qu'ils faisaient tout cela, (car) ils faisaient (cescho- sescomme) le commencement de leur nouvelle victoire sur Xibalba. Or, après cela, la nouvelle de leurs danses arriva aux oreilles des rois Hun-Camé et Vukub-Camé, et ils dirent en l'entendant: Quels sont donc ces deux pauvres, vraiment donc est-ce si agréable (à voir) ? Oui, leur danse est vraiment admirable, ainsi que tout ce qu'ils font, répondit celui qui en avait porté le récit aux rois. Flattés de ce qu'ils entendaient, ils envoyèrent leurs mandataires pour les chercher : Qu'ils viennent faire (ici ces choses), que nous les puissions voir et admirer, que nous les applaudissions, dirent' les rois; dites-leur cela, leur dit-on aux mandataires. En arrivant auprès des danseurs, ils leur dirent les pa- rôles des rois. Nous ne voulons pas ^répondirent-ils), car en vérité nous sommes honteux. Ne rougirions-nous pas de paraître devant des princes de ce rang, à cause que nos fi- gures sont si laides et non-seulement que nos yeux sont si grands (1), et que nous sommes des pauvres? Qu'y a-t-il donc à voir avec nous qui ne sommes que des danseurs ? Que diront nos compagnons de misère qui sont là désirant également de prendre (part à) notre danse et de se réjouir avec nous ? Ce n'est pas de cette façon certainement que nous en agirions avec les rois ? Ainsi donc nous ne le vou- lons pas, ô messagers, répondirent Hunahpu et Xbalan- que (2). A force d'être importunés et portant sur le visage les marques de leur mauvaise humeur et de leur chagrin, ils les avait grands et déprimaient la tète de leurs enfants pour les faire ressortir. (2) Voici la quatrième génération de Hun-Ahpu et de Xbalanqué, qui parait dans cette épopée en comptant les premiers qui furent- sacrifiés en Xibalba. — 180 — ftiachcay zamahel clii qui vach qamol que la x-e be eut rnq ahau, X-e opon puch cuq ahauab, que mocho chic, chi qui xule la qui vach, x-e ôpôniç, x-qui quemelah quib, chi qui lue quib, chi mayo gih chi atziyak, quitzih ri chi meba qui vachibal x-e oponic. Ta x-tzonox eut qui huyubal, c'amag puch, x-tzonox naipuch qui chuch, qui cahau : Apa qu'yx pevi, x-e u chaxic ? — Maba k'elaon, at ahau. Mavi x-k'etamah u vach ka chuch, ka cahau, ca oh chutic-oc ta x-e camic, xa x-e cha, mavi nakila x-qui byih. Ufzbala. Ch'y ban-ta ba kacay , naki ch'yv'ah, yv'ahil chi ka yao, x-e u chaxic. — Ma ba ca k'ah ; quilzih cl>i ca ka xibih kib, x-e cha chic chire ahau. M'yx xibih yvib, m'yx xobic, qu'yx xahon-oc. Are ta uabe ch'y xah ri qu'yx puzu ta yvib, ch'y poroh-ta curi v'ochoch ; ch'y bana ronohel ri yv'etaam ; koh cay-tah, ca c'ah are uma ka qux. Qu'yx be-tak-oc rumal, yx me- ba, chi ka ya yv'ahil, y-e uchax eut. Ta x-qui tiqiba eut qui bix, qui xahoh ta x-ul eut rono- hel ri Xibalba, x-e pulice cayel ronohel. Cut x-qui xaho, x-qui xah Cux, x-qui xah Puhuy, x-qui xah ïboy. X-cha eu ahau chique : Ch'y puzu ri nu tzi, chi qaztah (1) Qu'yx xalion-oc, vous dansez lion, en figurant des pas. De là xah- maintenaht, du verhe xah, xaho, xa- \ bal et xahoh, la danse ou le ballet, hou, danser, battre du pied, du ta- | représentation, comme aus~si toute — 181 — partirent, malgré eux : mais ils redisaient daller vite, et bien des fois les envoyés les obligèrent, en négociant avec eux, pour les amener auprès du roi. Ils arrivèrent ainsi devant les rois, et s'humiliant avec affectation, ils baissèrent Ici tête, en se présentant, s'incli- nèrent profondément et se prosternèrent avec leur air mi- sérable et leurs vêtements usés, (montrant) ainsi à leur arrivée un aspect véritablement pauvre». On leur demanda alors quelles étaient leurs montagnes et leur tribu ; on leur demanda aussi qui étaient leur mère et leur père.— D'où venez-vous? leur dit-on.— C'est à peine s'il nous en est reste un souvenir, seigneur. Nous n'avons point connu la face de notre mère et de notre père, et nous étions petits, lorsqu'ils moururent, dirent-ils, sans parler davantage. Fort bien. Maintenant faites que nous puissions vous admirer, (faites tout) ce que vous voudrez, et nous vous donnerons votre récompense, leur fut-il dit, — Nous ne désirons rien ; mais véritablement nous sommes remplis de crainte, répondirent-ils au roi. Ne vous effrayez pas et ne soyez pas timides, dan- sez (1). Et d'abord représentez où vous vous tuez, et brû- lez ma maison; faites tout ce que vous savez, que nous puissions jouir de votre spectacle, c'est tout ce que nos cœurs désirent. Après cela vous partirez, pauvres gens, et nous vous donnerons votre récompense, leur répéta-t-on. Alors ayant commencé leur chant et leur danse, tout Xibalba vint s'asseoir à l'entour pour tout voir. Et aussi- tôt se mettant à danser, ils représentèrent le dix, ils re- présentèrent le Puhuy et dansèrent Ylboj. Et le roi leur dit : Tuez mon chien que voici et qu'il scène de théâtre, parce que chez les Indiens le dialogue, le chant, la mi- mique .et la danse avaient lieu sou- vent dans, la même représentation, ainsi que chez nous, et dans les spec- tacles anciens. — 182 — chiu vach yvumal, x-e u chaxic.—- Vc, x-e cha, tax-qui puz tzi, x-qaztai chi u vach, quitzih eu chi quicot ri tzi, ta x-qaztah u vach, ch'u zakbizala u he, ta x-qaztah u vach. X-cha eu ahau chique : Ch'y poroh na ba v'ochoch, x-e u chaxic. Ta x-qui poroh eut r^ochoch.ahau, e pulinak ahauab pa ha conohel, mavi x-e qatic. Libahchichic x- c'utzinizah, mana huzu zachic ri r'ochoch Hun-Came. X-qui maihah eut conohel ahauab, xavi-cu-xere que xahouic nim que quicotic. X-e uchax chicut rumal ahau r Ch'y camizah na-cu hun vinak, ch'y puzu, ma-ta eu chi camic, x-e u chax-cul. Ulzbala , x-e cha. Ta* x-qui chap eut hun vinak, qate x-qui puzu, x-qui pogoh eu akanoc u qux ri hun vinak, x- qui coloba eut chi qui vach ahauab. X-qui maiha chicut Hun-Came, Vukub-Came; libah chicut x-qazta chi u vach •ri hun vinak cumal, nim* chi quicot u qux ta x-qaztah u vach. X-qui maihah eut ahauab : Ch'y puzu chi na-cu yvib, chi k'il-tah, quitzih cïi raih ka qux ri y xahoh, x-e cha chicu ahauab. — Utzbala, at ahau, x-e cha eut. Qatepuch x-qui puz quib ; are eu x-puz ri Xhunahpu rumal Xbalanque, huhunal eu x-perepoxic r'akan u gab, x-el u holom, x-cole aponocchi nah, x-qotix uloc u qux, x-cheque chu vach tzalic que gabar eu ri ronohel rahaual Xibalba. (1) Qazl (pour qazil), substantif qui exprime la vie, de qaz, vivre. Qaztah, faire vivre ou vivifier, qaz- lem est Ja vie encore, qaztahu vach-, faire vivre ou vivifier sa face ou ses yeux, se dit pour ressusciter quelqu'un, (2) X-cheque chuvach tzalic que ga- bar eu ri ronohel rahaual Xibalba, — 183 — soit rendu à la vie par vous, leur dit-ii. — C'est bien, di- rent-ils, tout en tuant le chien ; puis ils le ressuscitèrent : et vraiment le chien était tout joyeux d'être rendu à la vie et il remuait sa queue, (dans la joie)d'avoir été ressuscité(1 ) , Puis le roi leur dit : Brûlez donc maintenant ma mai- son, leur dit-il. Alors aussitôt ils embrasèrent la maison du roi, tous les princes étant assis dans son enceinte, sans qu'ils se brûlassent. Et l'instant d'après, ils la rendaient bonne, et à peine un moment la maison de Hun-Camé fut perdue. Tous les princes étaient émerveillés et ils éprouvaient également un grand plaisir delà danse. Alors il leur fut dit de la part du roi : Tuez maintenant un homme, immo- Sez-le, mais qu'il n'en meure point, ajonta-t-on . Fort bien, dirent-ils, Alors ils saisirent un homme, et-, lui ayant ouvert la poitrine, ils retirèrent le cœur de cet homme, en l'élevant, et le passèrent devant les yeux des princes. Hun-Camé et Vukub-Camé étaient également éton- nés; mais un moment après l'homme était rendu à la vie par eux,etil se montrait plein d'allégresse d'avoir été ressuscité. Les princes continuaient à être émerveillés : Tuez-vous maintenant vous-mêmes ; voilà ce que nous désirons voir, c'est vraiment ce que notre cœur souhaite, ce spectacle qui vous est spécial, dirent encore les princes. — Fort bien, seigneur, répondirent-ils. Après cela commença l'immolation de l'un par l'autre ; ce fut Xhunahpu qui fut tué par Xbalanqué; ses bras et ses jambes furent tranchés l'un après l'autre, sa tête fut séparée (du tronc) et emportée loin de lui, tandis que son cœur était arraché et exposé devant tous les rois de Xi- balba, qui ('2) tournaient enivrés (de ce spectacle). mot à mot : il mettait devant tout- nés eux ivres certainement tous les rois de Xibalba. Mais cette ivresse était-elle l'ivresse de l'étonnement ou produite par les narcotiques que pou- vaient employer Xhunahpu et Xba- — 184 — Chi cay xa-cu-hun chi ca xahouilabic ri Xbalanque : Ca valih-oc! x-cha-cut, x-qaztah u vach. Nim que quicotic. Xavi quehe que quicotic ahauab ; xaviare que banouic ca quicotqui qux Hun-Came, Vukub~Came, queheri are que xahouic ca quinao. Qatepuch u rainic, u malinic pu qui qux ahauab chire qui xahoh Xhunahpu, Xbalanque, ta x-el eu qui tzih Hun- Came, Vukub-Came : Ch'y bana chike, ko h y puzu, x-echa- cut Hun-Came, Vukub-Came chique ri Xhunahpu, Xba- lanque. Utzbala , chi qaztah y vach ; ma-pa yx qo cam ? oh pu quicotirizay yve, yx, pu rahaual yv'al, y qahol, x-e cha- cut chique ahauab. Are eu nabe x-puz ri qui u holom ahau, Hun-Came ubi, rahaual Xibalba. Caminak chicut Hun-Came, ta x-chap chic Vukub-Came, mavi x-qaztah chi qui vach. f Qatepu x-elic Xibalba chi cakan are x-qu'il ri ahauab x-e camic e xaraxoh : ch'ubic e pu xaraxoxinak qui cabi- chal, xa eu kahizabal qui vach x-banic. Huzuc x-u cami- beh ri hun ahau ; mana x-qui qaztah chi u vach. Are curi hun ahau x-elah na, x-oc na chi qui vach ri e xahol, mavi x-u culu, ma pu x-u riqo : Togob nu vach, x-cha, la x-u na rib. lanqué pour halluciner les specta- teurs ? Voici à ce sujet ce qu'on trouve dans l'ouvrage du célèbre médecin Hernandcz, envoyé par Philippe II pour recueillir les notions des plan- tes et autres sciences naturelles des Mexicains, « Ololiuhqui, quam coaxi- » huill, seu herba serpentis alii vo- -» cant Indorum sacrifici, cum vî- » deri vellent versati cum Superïs, ac » responsa accipere ab eis, eâ vesce- » bantur planta^ ut desiperent, mil- » leque fantasmata et^daemonumob- » versantium effigies circunfcpecta- .— 185 — Ils regardaient avec stupéfaction (1) mais (ne voyaient) qu'une chose, le spectacle que donnait Xbalanqué : Lève- toi ! dit-il ensuite, et (Xhunahpu) fut rendu à la vie. (L'un et l'autre) ils se réjouirent beaucoup. Les princes se réjouirent de même; en effet, ce qu'ils faisaient transpor- tait le cœur de Hun-Camé et de Vukub-Camé, et ils l'éprou- vaient comme s'ils eussent eux-mêmes été les acteurs. Ensuite l'excès du désir et de la curiosité (emportant) le cœur des princes vers le spectacle (que leur avaient donné) Xhunahpu et Xbalanqué, Hun-Camé et Vukub- Camé laissèrent échapper ces paroles : Faites de même avec nous, immolez-nous, dirent Hun-Camé et Vukub- Camé à Xhunahpu et à Xbalanqué. Fort bien, vous ressusciterez ; est-ce que pour vous peut exister la mort? mais nous réjouir, c'est votre droit, ô vous, les rois de vos serviteurs et de vos vassaux, répon- dirent-ils aux princes. Et voilà que celui qu'ils sacrifièrent d'abord fut le chef- roi, Hun-Camé était son nom, le monarque de Xibalba. Hun-Camé étant une fois mort, ils s'emparèrent de Vu- kub-Camé, et ils ne leur rendirent pas la vie. Alors s'enfuirent tous les princes de Xibalba, en voyant les rois morts et la poitrine entr'ouverte : en un moment ils furent eux-mêmes sacrifiés deux à deux, comme un châtiment qui leur était du. Il ne fallut qu'un instant pour donner la mort au roi, et ils ne lui rendirent pas la vie. Mais voilà qu'un des princes s'humilia alors, en se pré- sentant devant les danseurs, n'ayant pas été trouvé ni pris (jusqu'à ce moment). Ayez pitié de moi, dit-il, lors- qu'il se vit reconnu. . » rent : qua in re solano manico » Dioscoridissimilisfortassisalicuivi- » deri possit. » (Hernandez, apud Nie- remberg, #««. Nat. lib. XV, cap. 75.) (1) Chi cay xa-cu-hun, regardait donc à la fois (ou ensemble). Cay, qui forme cayic, etc., signifie assister à un spectacle, regarder avec étonne- ment ou admiration , etc. Xahun, composé de xa, seulement, et de hun, un; le eu est une conjonction inter- calée. — 186 — . * ■ X-e quiz eu bec ronohel c'al qui qahol pa nima zivau, xahun x-qui balih vi quib panima xolobaehan ; chiri eut e tubul vi ta x-qutun eut mavi ahilan chi Zanic, tu- culiy ula que pa zivan. Queheri x-e beyox uloe, ta x-e ul eut, x-qui xul qui ya chi quib conohel x-e ul elah-oc, x-e ul pu oc-oc. Quehecut qui chakatahic rahaual Xibalba, xa maihabal, xa pu qui halvachibal quib la x-qui bano. CAHLAHPAH CHI TZIH. Qatepuch ta x-qui byih qui bi, x-qui cobizah quib chi qui vach conohel Xibalba. Ch'y taa ka bi, x-chi ka byih naipuch u bi ka cahau chyve. Oh va, oh Xhunahpu, Xbalanque, ka bi. Are eu ka cahau ri x-y camizah Hunhun-Ahpu, Vukub-Hunahpu, qui bi. Oh pakol re vae qui rail, qui qaxcol ri ka cahau. Quehecut mi-x-ka cuyu vi ronohel qaxcol mi-x-y ban chi- que : quehecut qu'yx ka zach vi yv'onohel, qu'yx cami- zah, mahabi chic colotahel chvve, x-e uchax eut. Qatepuch que tahic c'ogic conohel Xibalba : Togo!) ka vach, yx Hunahpu, Xbalanque! Quitzih vi x-oh makunic chique ri y cahau qu'y byih la eu te e mukul chi Pucbal- chah, x-echacut. Utzbala ! are ba ri ka tzih x-chi ka byih chyve. Ch'y taa yv'onohel, yx Xibalba! Rumal rnana nim ch'y gih, — 187 — Leurs vassaux s'enfuirent tous en fouie à une ravine pro- fonde, remplissant comme une seule masse le vaste précipi- ce; c'est là qu'ils étaient amoncelés, lorsque d'innombrables Fourmis vinrent les découvrir et les acculer dans le ravin. Ainsi ils furent emmenés par le chemin, et en arrivant (devant les vainqueurs) ils se prosternèrent avec humilité et se rendirent tous, se soumettant sans réserve en se présentant à eux. C'est ainsi que furent vaincus les rois deXibalba, et seulement par un prodige, et par leur mé- tamorphose (Xhunahpu et Xbalanqué) accomplirent (cette victoire). CHAPITRE QUATORZIEME. Ensuite (les danseurs) dirent leurs noms et s'exaltèrent à la face de tous (les sujets) de Xibalba. Vous, entendez nos noms, et nous vous dirons également les noms de nos pères. Nous voici, nous, Xhunahpu et Xbalanqué, (tels sont) nos noms. Et ce sont nos pères, ceux que vous avez mis à mort, et qui se nomment Hun- hun-Ahpu et Vukub-Hunahpu. Nous voici les vengeurs des tourments et des souffrances de nos pères. Ainsi c'est nous qui prenons tous les maux que vous leur avez faits : ainsi donc nous vous achèverons tous, nous vous mettrons à mort sans qu'un seul d'entre vous puisse s'échapper, leur fut-il déclaré. Après quoi tous les sujets de Xibalba se prosternèrent en gémissant. Ayez pitié de nous, ô Hunahpu, Xbalanqué ! En vérité, nous avons péché contre vos pères, que vous dites, et qui sont enterrés dans le Cendrier, répondirent-ils. Fort bien! Voici donc notre sentence que nous pronon- çons sur vous. Ecoutez, vous tous, vous sujets de Xi- — 188 — yvalaxic ch'uxic, ruq naipuch inavi nim y cochibal, x- zcaquin chic ch'y quiq holornax mavi chu hoin quiq yve, xa xot, xa akam, xa chuch chire x-heraxic; xa naipu r'al quim, r'al tolob chyve chah. Ma eu yvech ri ronohel zakil r'al, zakil qahol ; xa noh chi tzako rib ch'y vach. Are ri ahmak, ahlabal, ahbiz, ahmoquen ch'oc na u niak, qu'yx ogvi.Ma na xa rax chapom ronohel vinak ch'y bano; qu'yx ta-on puch chuvi ri quiq holomax. X-e uchax eut conohel Xibalba. Quehecut tiqarinak qui zachic u maixic, naipuch qui ziquixic. Mavi nim qui gih oher : xa x-r'ah tza vi vinak oher ; quitzih mana qabauil qui bi oher : xavi xibal itzel qui vach, e ah-Tza, ah-Tncur, e takchinel chi mak^ chi labal. E naipu ahmukulic qux, e gekail-zakiil, ahmoxvach, ahlatzab que u chaxic. Chi x-e on qui vach que culutahic : quehecut u zachic qui nim al gagal, mavi nim chi c'ahaua- rem x'uxic. Are x-e banou ri Xhunahpu, Xbalanque. (1) Une difficulté se présente ici et un peu plus bas sur quiq-holomax, où il y a un jeu de mots mystérieux qui échappe à la traduction. (2) Xa naipu r'al quim, r'al tolob chyve chah, seulement aussi le petit de la broussaille, le petit de la soli- tude de votre garde. (3) Cet aveu' est curieux; on com- mença ä les invoquer comme des dieux, lorsque leur puissance fut tombée. Le principal de ces dieux pa- rait avoir été le même qu'on retrouve dans la mythologie mexicaine sous le nom de Mictlanteuctli, seigneur du séjour des morts. (4) Xavi xibal itzel qui vach, cer- tainement terribles, méchantes leurs faces. Us étaient méchants comme les hiboux; il y a dans le texte ah-tza, . — 189 — bal ha i Puisque Votre éclat et votre puissance ne sont plus et qu'il ne vous reste même plus de droit à la clémence, votre sang dominera bien encore un peu -(1), mais votre pelote ne (roulera) plus dans le Jeu de Paume. (Vous ne serez plus bons qu'à) faire des choses de terre cuite, des tourtières, des marmites, à égrener le maïs; et les bêtes qui vivent dans les broussailles et dans la solitude seront seules votre partage (2). Tous les vassaux heureux, les sujets civilisés, cessent d'être à vous, les abeilles seules continueront à se reproduire devant vos yeux. Vous donc, hommes pervers, hommes cruels et tristes, misérables, qui avez commis le mal, pleurez-le. On ne prendra plus à l'improviste les hommes, comme vous faisiez; mais soyez attentifs (à ce que j'ai dit) sur cette balle domina- trice. C'est ainsi qu'ils parlèrent à tous les sujets deXibalba . Ainsi commença leur destruction et leur ruine, comme aussi l'invocation qu'on leur adressa (3). Mais leur éclat ne fut jamais bien grand auparavant : seulement ils ai- maient à faire la guerre aux hommes; et véritablement on ne les nommait pas non plus des dieux anciennement : mais leur aspect inspirait l'effroi; ils étaient méchants (comme) les Hiboux (4), inspirant le mal et la discorde. Ils étaient également de mauvaise foi, en même temps blancs et noirs, hypocrites et tyranniques, disait-on. En outre, ils se peignaient le visage et s'oignaient avec de la couleur (5). Ainsi leur puissance fut ruinée et leur domi- nation cessa de grandir (6). Voilà ce que firent Xhunahpu etXbalanqué. ah-tucur, mot à mot : ceux du mal, ceux des hiboux. Mais ces mots ont probablement un autre sens beau- coup plus complet. Tza ou itza pa- rait se rapporter aux anciennes popu- lations; ah-itza, habitants du Peten, et ah-tucur, à ceux de l'ancien Tu- curu, également sujets de Xibalba; on ne saurait douter que la capitale de cet empire ne fût fort peu éloignée du pays et du lac de Peten- Itza. (5) Cet usage de se peindre le visage est demeuré en vigueur jusqu'au temps de la conquête parmi les Mayas d'Yucatan, qui paraissent avoir appartenu à la même race que les anciens maîtres de Xibalba. (6) Mari nim chi c'ahauarem x'uxic, non grande plus leur domination (ou empire) fut. 190 Are eut c'ogic ca ziquin ri c'atit chuvach ri ah ri x-qtii tic canoë; x-pe u tux ri ah, qate x-ehakih chic are eut ta x-e qat pa choh ta x-pe chicut u tux ri ah. Qatecut x-qaton ri c'atit, x-u qat ri pom chuvach ri ah, u natabal quech r'yi. Are x-quicot ri u qux c'atit ri chu camul x-pe u tux ri ah : ta x-qabauilax rumal c'atit, ta x-u binatizah eut Nicah-Ha, Nicah bi ch'oc. Qazam-Ah, Chatam-Uleu u bix-uxic; are eut x-ti binaah-vi Nicah-Ha, Nicah bi ch'oc, rumal xa chu nica- hal upa c'ochoch x-qui tic ah : are chicu x-u binaah vi Chatam-Uleu, Qazam-Ah chuvi Chatam-Uleu qui tic-vi ah ; are naipu x-u binaah vi Qazam-Ah, rumal x-pe u tux ah ; ta x-coh u bi rumal Xmucane x-qui tic canoc Hun- ahpu, Xbalanque, xa natabal que rumal c'atit. Arecuri nabe qui cahau x-oher-oc que cam-oc ri Hun- hun-Ahpu, Yukub-Hunahpu ; x-qu'il chicut u vach ri qui cahau chila chi Xibalba, x-chau chic qui cahau chi qu'e- tax, x-qui chak Xibalba. Va cute u vikic chic qui cahau cumal are x-qui vik ri Vukub-Hunahpu : chila x-be qui vika vi chi Pucbal- Chah, xavixere u vach x-r'ah uxic. X-tzonox eut (1) Elles reçurent les honneurs di- vins, x-qabaùilax, mot à mot : furent déifiées, de qabauil, dieu, d'où qa- bauilah, déifier, adorer, qabauilax. rent parait avoir été Gumarcaah, ca- pitale des Quiches; ce nom signifie Maison ou hutte de cannes vieillies. Les Mexicains appelaient cette ville être déifié. j Oilatlan, c'est-à-dire, entre les bam- (2) Le lieu où ces choses se passe- i bous. De là partit Xbalanqué pour — m — Cependant leur aïeule gémissait et se lamentait de va ni les cannes qu'ils avaient laissé plantées : ces cannes avaient repoussé; ensuite elles s'étaient desséchées de nouveau; mais lorsqu'ils avaient (été) brûlés sur le bûcher, elles avaient reverdi encore une fois. Après quoi leur aïeule ayant. allumé (le brasier), brûla du copal devant les cannes, en mémoire de ses petits-fils. Le cœur de leur aïeule se réjouit, lorsque les cannes re- verdirent pour la seconde fois : elles reçurent alors les honneurs divins de leur aïeule qui les nomma « le Cen- tre de la Maison, et le Centre » elles furent appe- lées (I). « Cannes-Vives, Terre-Aplanie, » devint le nom (du lieu); et le nom de « Centre de la Maison » de « Centre » lui fut donné, parce qu'ils plantèrent leurs cannes au milieu de la salle de leur maison : et elle nomma (le lieu) « Terre-Aplanie, Cannes- Vives sur la terre aplanie » pour planter leurs cannes, qu'elle appela les « Cannes-Vives, » parce que les cannes reverdirent , et ce nom fut donné par Xm u cane (à ces cannes), que laissèrent plantées Hu- nahpu et Xbalanqué, comme un souvenir d'eux à leur aïeule (2). Or leurs premiers pères, qui moururent anciennement, étaient Hunhun-Älipu et Vukub-Hunahpu ; ils virent aussi les faces de leurs pères là-bas en Xibalba; et leurs pères parlèrent avec leurs descendants (3), qui vainquirent Xibalba. Or, voici comment leurs pères reçurent d'eux les hon- neurs funèbres (4) : et ce fut Vukub-Hunahpu, à qui ils fu- rent rendus*1! on alla pour les solenniser au Cendrier, et aller à la conquête de l'Enfer, c'est- à-dire de Xibalba. (Torquemada, Monarq. Ind., lib. vi, cap. 26.) (3) X-chau chic qui cahau chi qiïe- tax, parlèrent aussi leurs pères à leurs signalés, c'est-à-dire à leurs des- cendants. (4) Va cute u vikic chic qui cahau, voici donc les funérailles aussi de leurs pères. 192 chi ri ii bi, ronohel u chi,u tzahi, u bak, u vach. X-u riq nabe u bi, xa eu zcaquin chic : x-cha-tah-vi xere, mavi x-u byih chi u bi ri u Hunahpuil u chixere pu x-cha-tah chivi. Quehecut ta x-qui nimah vi canah-oc u — bus dirent à leur tour : C'est bien. — Nous allons doue le lui demander à Tohil, et ensuite nous vous le communi- querons, leur fut-il répondu. Qu'est-ce que les tribus donneront, ô Tohil, elles qui viennent demander ton feu, dirent alors Balam-Quitzé, Balam-Agab, Mabucutah et Iqi-Balam? Eh bien, voudront-elles s'unir (à moi) sous leur ceinture et sous leur aisselle (1)? Leur cœur y consent-il, qu'elles m'embrassent, moi, Tohil ? Mais si on ne le veut point, je ne leur donnerai point de feu, dit Tohil. Dites-leur que (cela n'aura lieu que) peu-à-peu ; que ce n'est pas actuellement (que se fera) leur union sous leur ceinture et leur aisselle, vous dit-il, direz- vous. Ainsi fut-il répondu à Balam-Quitzé, à Balam-Agab, à Mahu- cutahet à Iqi-Balam. Alors ils référèrent la parole de Tohil. C'est fort bien, l'union (aura lieu), et c'est bien aussi que nous l'embras- sions, répondirent-elles, en entendant et en recevant la parole de Tohil. Elles ne tardèrent pas longtemps non plus (à remplir leur promesse). C'est bien, vite (qu'on se dépêche), dirent-elles, en recevant le feu ; après quoi elles se chauffèrent. CHAPITRE SIXIEME. 11 y eut toutefois une troupe qui déroba le feu dans la fumée, celle de la maison de Zotzil, et Chamalcan est le nom du dieu des Cakchiquels, dont le symbole est une chauve-souris(1 ). royaume proprement dit de Guate- mala ou des Cakchiquels. Une chauve- souris était leur symbole ou signe de leurs armoiries. Chamalcan était leur dieu, et la phrase qui parle du sym- bole est amphibologique et dit égale- ment que la chauve-souris était le symbole du dieu et des Cakchiquels. 15 — 226 — Ta x-e iqo pa zih, chi liblotic x~e iqouic, ta x-ul u qa- ma gag : mavi x-u tzonoh u gag ri Cakchequeleb, mavi x-u ya rib chi chakic. Xere x-chakatah ri amag ronohel, ta x-u yao u xe u toloc, u xe u mezquel chi tuxic : are eut u tuxic ri x-u biyh Tohil, ta x-puz ronohel amag chuvach, ta x-qolix ulocu quxehu toloc, chu mezquel. Maha chi tihou-oc u banic ta x-nievachixie rumal Tohil, u camic puch gagal tepeual cumal ri Balam-Qui- tze, Balam-Agab, Mahucutah, Iqi-Balam. Chila petenak vi Tulan Zuiva ma eu que va-tah; hun- elic meuahic x-qui bano, xere qui zelavachin ri u zakiric, qu' ilavachin r elic ula gih. Que halou quib chi r! ilic ri nima chu mil, Iqogih u bi, are nabe chuvach gih, ta ch' alaxoc ri gih ; raxa iqogih, amagel eu chila qo-vi qui vach chi r'elebal gih , ta x-e qohe chila Tulan Zuiva u bi x-pe-vi qui qabauil. Mana xata ca varal-tah x-qui qam vi qui gagal c'ah- auarem puch; xavi chila x-chatah vi, x-yogotah vi nima amag, chuti amag, ta x-puzic chuvach Tohil, x-u yao u quiqel, u comahil, u toloc, u mezquel ronohel vinak. (1) Ceci ferait croire que les Cakchi quels ne sacrifiaient point de victimes humaines, cequi parait se confirmer de quelques détails qu'on verra plus loin. (2) C'est le sacrifice humain dans toute son horreur : cependant quand l'auteur écrit toutes les tribus, il s'agit simplement de victimes four- nies par toutes les tribus. (3) U f camic gagal tepeual, leur mort d'épouvante et de majesté. Ga- gal tepeual sont deux mots presque — 227 — Lorsqu'ils passèrent dans la fumée, tout doucement ils passèrent, en venant prendre le feu : mais les Cakchi- quels ne demandèrent pas le feu et ne se donnèrent pas pour vaincus (1). Mais toutes les (antres) tribus furent prises dans cette embûche, lorsqu'elles accordèrent le dessous de leur cein- ture et le dessous de leur aisselle pour être ouvert: et c'est l'ouverture (de la poitrine) qu'avait signifiée Tohil; lorsqu'on sacrifia toutes les tribus devant sa face (2), lorsqu'on leur arracha le cœur de la poitrine et del'aisselle. On n'avait pas encore tenté cette pratique, quand fut énigmatiquement proposée par Tohil leur mort dans l'é- pouvante et la majesté (3) par (les mains de) Balam- Quitzé, de Balam-Agab, de Mahucutah et d'Iqi-Balam. De Tulan Zuiva était venu (l'usage) de ne point manger (beaucoup): ils pratiquaient un jeûne perpétuel, veil- laient uniquement, en attendant l'aurore, et épiaient le lever du soleil. Ils s'alternaient pour voir la grande étoile, appelée l'Etoile du matin, qui la première est devant le soleil, à la naissance de l'astre du jour; étoile brillante du matin qui était toujours là, du côté où étaient (tournés) leurs regards, (c'est-à-dire) au soleil levant, tandis qu'ils étaient en Tu- lan Zuiva, nom du lieu d'où vint leur dieu. Ce ne fut donc pas ici qu'ils reçurent leur puissance et leur souveraineté ; mais bien là où l'on écrasa et où Ton mit sous le joug les tribus grandes et petites, lorsqu'on les sacrifia à la face de Tohil, en lui offrant le sang, la vie, la poitrine et l'aisselle de tous les hommes. toujours unis pour exprimer la ma- | partie lre). Par extension tepeu&e di- jesté, la puissance, jointe au mystère à quelque chose de sacré. Etymologi- quement, gogal c'est le déterminatif de gag, le feu, et tepeual est ie dé- terminatif de tepeu (voir la note 4, sait encore de celui qui avait la syphilis, etc. En résumé camic gagal tepeual exprime exactement la même idée que le verbe teomicohua, dans la langue nahuall. — 228 — Huzu chi Tulan x-pe-vi qui gagal, nima etamabal qo cuq chi gekumal eut chi agabal puch x-qui bano. X-e pe chicut x-e bokotah chi ula chila x-qui canah chic r'elebal gih: Mavi are k'ochoch va: xa ho chi k'il na koh tiqe-vi, x-cha curi Tohil. . Quitzih chi chauic chiquech Balam-Quitze , Balam- Agab, Mahucutah, Iqi-Balam. Qu'yx qamouan na-canoc, ch'y taha na-eut u hutic y xiquin, ch'y tziza y chue, qu'yx qahb-oc; are y qamouabal chuvach Qabauil. Utzbala, x^e cha-cut, ta x-qui hut qui xiquin. X-oc eut cliupan qui bix qui petic Tulan : x-og qui qux, ta x-e petic, ta x-c'ogotah canoc Tulan. Acarok ! mavi va rai x-chi k'il-vi u zakiric ta x-alax- oc ri gih, zakirizay u vach uleu, x-e cha-cut, ta x-pe eut. Xacu x-u canahibeh ri pa be xa x-qo-vi vinak chi canah chi ri que var-vi, huhun chi amag que yacatah vi uloc amagel eut chi qu'il ri chumil r'etal gih. Are r'etal u zakiric chi qui qux, ta x-e petic chila r'- elebal gih, qui hunam vach x-e iqou ula chila nim xol, ka bîxic vacamic. — *29 — Aussitôt à Tulan leur vint leur majesté, cette grande sagesse qui était en eux dans l'obscurité et dans la nuit et avec laquelle ils agissaient. Ils vinrent donc et s'arrachèrent de là et abandonnè- rent (les lieux) où Le soleil se lève : Ce n'est pas là notre demeure : allons donc voir maintenant où nous la plante- rons, dit alors Tohil. Vé ri ta -aient il leur parlait à Balam-Quitzé, à Balam- Agab, !C tah et à Iqi-Balam. Faites avant toute chose vc actions de grâces, arrangez également les trous de vos oreilles, piquez vos coudes et offrez le sacrifice (de votre sang) ; ce îera l'acte de votre gratitude devant Dieu. C'est bien, répondirent-ils, en se perçant les oreilles. Et ils mirent (ces choses) dans leur chant de leur venue de Tulan; et leurs cœurs gémirent, lorsqu'ils se mirent en chemin, après qu'ils se furent arrachés de Tulan. Hélas ! nous ne verrons plus ici l'aurore au moment où naît le soleil qui éclaire la face de la terre, dirent-ils en se mettant en route. Mais on laissa (du monde) en chemin ; car il y eut des gens qui demeurèrent là endormis, chacune des tribus se levant toujours de manière à voir l'étoile messagère du soleil. C'est ce signe de l'aurore qui était dans leur pensée, lorsqu'ils vinrent de là où le soleil se lève, et leur espé- rance était la même, en partant de ce lieu qui est à une grande distance, nous dit-on aujourd'hui. 230 VUKPAH GHI TZIH. Ta x-e ul pach chiri chuvi htm huyub ; chiri x-qui cuch vi quib conohel queche vinak ruq amag, chiri eu x-e po- pon vi conohel ta x-qui pixabah quib ; u binaam huyub vacamic Chi-Pixab, u bi huyub. X-e cuehu vi quib chiri eut x-qui cobizah vi quib : In va, in Queche vinak ! At curi, at Tamub, are a bi ch'uxic, x-u chax ri Tamub. X-cha chieut Ilocab : At Ilocab, are a bi ri ch'uxic ; mavi zachel oxib chi quiche, xa hunam ka tzih x-e cha eut ta x-coh qui bi. Ta x-binaah chi curi Gakchequeleb : Gagchequeleb u bi x-uxic ruq chic Rabinaleb, are chi eu u bi x-uxic, mavi zachinak vacamic. Are chi curi Ah-Tziquinaha u bi vaca- mic, Arecu qui bi ri x-qui biyh chi quibil quib. Chiri na x-e popon vi xa chi c'oyobeh na u zakiric chi qirilavachih r'elic ulu chumil are nabe chuvach gih, ta ch'alax-c-c : Chila x-oh pe-vi, xa x-oh paxin kib, x-e cha chi quibil quib. Are chi gatat vi qui qux, ri nima qaxcol x-e iqou-vi uloc : ma-habi va,ma-habi echa, xa u xe qui chamiy chi qui 234 CHAPITRE SEPTIEME. En ce temps donc il arrivèrent sur le haut d'une mon- tagne ; là s'assemblèrent tous ceux de la nation quichée avec les tribus, et ce fut là qu'ils tinrent tous conseil, en s'a visant mutuellement ; et le nom de la montagne est aujourd'hui Chi-Pixab (du mandat ou de l'avertissement] le nom de la montagne. Et là s'étant réunis, ils se glorifièrent, en se nommant : C'est moi, c'est moi qui suis le Quiche. — Pour toi ; tu es Tamuh, ce sera là ton nom, dit-on à (ceux de) Tamub. On parla de même à (ceux (ï)Ilocab : Toi tu es ïlocab, ce sera là ton nom ; ces trois (noms) quiches ne se perdront point et notre esprit est un, répétèrent-ils, en s'imposant leurs noms. Et alors aussi on nomma les Cakchiquels ; Gagche- quels (1) devint leur nonx, et la même chose de ceux de Rabinal qui devint aussi leur nom, et il n'a pas été effacé aujourd'hui. Il y eut encore ceux de Tziquinaha dont le nom (est le même) actuellement. Voilà donc les noms dont ils s'intitulèrent entre eux. C'est là qu'ils tinrent d'abord conseil, attendant actuel- lement l'aurore et épiant la sortie de l'étoile qui la pre- mière ( se montre) devant le soleil, à son lever : Delà nous sommes venus ; mais nous nous sommes séparés, se di- saient-ils les uns aux autres. Car leur cœur se brisait, et grande était la souffrance qu'ils passaient : ils n'avaient ni nourriture ni subsistance, (1) Gagchequeleb , nom exact des I plurielle: c'est-à-dire Feu de bois (ou Cakchiquels, de gag, t'eu, che, bois, tison) qui est sorti; c'est uneallusion qu'. lequel, el, sortir, et eb. finale 1 au vol du feu par le Zotzil. — ÏM — zico, quehe ri que vaicchiqui nao, x-maque va-vi, ta x-e pelic. Ma eu calah qui iqouic uloc pa palo : queheri ma-habi palo x-e iqou-vi uloc ; xa chuvi tak abah x-e iqou-vi uloc, colehe ula ri abah puzanaieb. ïa x-quibinatizah eut Cho- lochic-Abah,Bokotahinak-Zanaieb, u bi cumalri, x-e iqou- vi uloc chupati palo, u hachon i ib ha x-e iqou-vi uloc. Are eut chi galat vi qui qux, ta x-e pixaban quib, chi ma-habi qui va, lui uq chi cjui cuuieh ri xa huma ixim. Chiri eut e caal-vi chuvi huyub Chi-Pixab u bi ; xavi ca eu caam ri Tohil, Avilix, Hacayitz. Nima meuahic ca qui ban ri Balam-Quitze ruq r'ixokil Caha-Paluna u bi r'ixo- li.il : xavi quehe c'u bano Balam-Agab, ruq r'ixokil Cho- inila u bi ; ruq chic Mahucutah nima mevahic qo-vi ruq r'ixokil Tzununiha u bi ; ruq Ïqi-Balam, Cakix-ha u bi r'ixokil. Are eut eahmeua ri chi gekumal chi agabal : nim qui biz ta x-e qoheic chuvi huyub Chi-Pixab u bi vacamic, x- cha chicut qui qabauil chiri. 1) N'y aurait-il pas ici confusion [passage par mer? l'une qui regarde de deux traditions distinctes sur le | les premiers législateurs dans les - 233 — sinon la souche de leurs bâtons qu'ils sentaient, et ils s'i- maginaient qu'ils mangeaient, quoiqu'ils ne mangeassent point, en venant. Mais il n'est pas bien clair leur passage sur la mer: domine s'il n'y avait pas eu de mer, ils passèrent de ce côté ; car ils passèrent sur des pierres éparses et ces pier- res étaient roulées sur les sables. G'estce qui fit qu'ils appe- lèrent alors (cet endroit) Pierres rangées et sables arra- chés^ nom qui lui fut donné par eux, à leur passage en de- dans de la mer, l'eau s' étant partagée, lorsqu'ils passè- rent (1). Or leurs cœurs étaient brisés par l'affliction, tandis qu'ils s'avisaient ainsi les uns les autres, parce qu'ils n'avaient rien à manger, (sinon) un peu d'eau qu'ils ava- laient ainsi qu'une bouchée de maïs. Et ils étaient là ramassés sur la montagne, nommée CM Piocab, portant de même (avec eux) Tohil, Avilix et Hacavitz. Ils observaient un grand jeûne, Balam-Quitzé avec sa femme Gaha-Paluna, (qui était) le nom de sa femme : de même aussi l'observait Balam-Agab avec sa femme appelée Ghomiha, ainsi que Mahucutah, à qui ce grand jeûne était (imposé) comme à son épouse, appelée Tzununiha, à Iqi-Balam, et à sa femme nommée Gakix-ha. Et c'étaient eux qui étaient les jeûneurs dans les ténè- bres et la nuit : grande fut leur tristesse, pendant qu'ils habitèrent sur la montagne aujourd'hui appelée Chi-Pixab et où leur dieu continuait à leur parler. temps tout à fait anciens, et l'autre I Ces passages ne sont pas moins inté- qui a rapport aux tribus quichées? I ressants que mystérieux. — mt VAHXAKPAH CHI TZIH. Ta x-cha eut ruq Tohil, Avilix, Hacavitz chiquech ri Balam-Quitze, Balam-Agab, Mahucntah, Iqi-Balam : Xa-ta koh bec, xa-ta pu koh yacatahic, ma la varalkoh qohe-vi : chi eu al- ta h koh y ya-vi ; Mi-x-yopih u zakiric. Ma-pa togob y vach, uve koh ca- nabixic rumal ahlabal chi tzak va oh qo-vi yvumal, yx ahqixb, ahqahb? Huhun ta eut koh y ya-vi, x-e cha-cut ta x-e chauic. — Utzbala, xa koh bokotahic, ka tzukuh tak ri quechelah, x-e cha-cut conohel. Qatepuch x-qui qam chi r'ekaxic u qabauil huhun chiquech ta x-oc eut Avilix pa civan u binaam Euabal- Civan ch'uchax cumal pa uima civan chi quechelah, Pau- lix u bi vacamic chiri x-canah-vi ; x-cu canah-oc pa civan ru mal BalanvAgab. Cholom u canahic u nabe ri x-canah chicut Hacavitz chuvi hun nima cakha, Hacavitz u bi huyub vacamic : x- qui tinamit curi x-uxic chiri eut x-gohe-vi qabauil Haca- vitz u bi. Xavi x-canah ri Mahucntah ruq u qabauil, u cab eut (1) Les lieux dont il est question ici sont généralement encore connus. Pavilix, mont Avilix, comme on l'ap- pelle encore aujourd'hui, s'élève à droite de la route que les voyageurs prennent d'ordinaire pour aller de Santa-Cruz del Quiche h San-Andres Zakabaha par le chemin le plùseaurt, dominant ce pueblo à 3 lieues environ à l'est. Le lecteur pourra observer qu'ici le texte écrit ce mot Paulix, pour pa Avilix, supprimant le premier i, ce qui arrive de temps en temps dans le cours du récit ; est-ce erreur du copiste ou est-ce fait à dessein? (2) Chuvi hun nima cak~ha, Haca- — qui ch'u binic : Xa utïu ri c'ogic, xa pu yac, ri xa coh, xa balam, que cha-cnt ri amag, queheri ma vinak ch'ti qux ri rouohel amag ; xa eu mich- bal kech amag ta chi qui bano. Qo ca r'ah qui qux ri. Mana quitzih ta chi xibin ta rib chi qui bano : qo ca c'ah chire r'ogibal coh, r'ogibal balam (1) On voit bien que la nation qui- I ble et d'une importance fort secon- chëe propre était encore peu sta- I daire, tandis que les autres étaient de- QUATRIÈME PARTIE. CHAPITRE PREMIER. Voilà donc que déjà beaucoup de villes s'étaient fondées, chacune à part (l'une de l'autre), et chacune des tribus se réunissait aux villes qui s'arrondissaient sur tous les che- mins et leurs chemins étaient ouverts. Quant à Balam-Quilzé, à Balam-Agab, à Mahucutah et à Iqi-Balam, on ne voyait pas clairement où ils étaient (1 ). Lorsqu'ils apercevaient (les gens) des trious qui passaient par les chemins, aussitôt ils criaient au bord des monta- gnes, et c'était le cri plaintif du chacal et le cri du chat sau- vage qu'ils hurlaient, comme aussi le rugissement du lion et du tigre qu'ils faisaient (entendre). Et lorsque les tribus virent ces choses, chemin faisant : C'est justement (comme) le chacal qu'ils hurlent et (comme) le chat sauvage, c'est comme le lion et le tigre, disaient les tribus, comme s'ils n'eussent pas été des hommes dans la pensée de toutes les tribus ; or c'est pour attirer dans le piégé (les gens de) nos tribus qu'ils agis- sent (de cette sorte). Il y a quelque chose que leur cœur désire. En vérité ils ne s'effraient point de ce qu'ils font : ils ont quelque chose puis longtemps établies et florissan- tes. Les tribus dont il est ici question comme ennemies des sacrificateurs quichésétaientles Pokomams, appelés aussi les treize fractions de Tecpan, oc- cupant une partie de la Vérapaz. 17 — 258 chi e'ogebeh ta cbi qu'il curi vinak xa hun, xa caib elfu binic, chi c'ah qui fnaih chikech. Hutagih ta qiTe ni chicut chiri chi c'ochoch ruq qu'ixo- kil : xavi r'al vonon, r'al zital, xa pu r'al acah eu ca caam chi qui yao chirech qu'ixokil. Hutagih ta x-e be chicut chuvach ïohil, Avilix, Haca- vitz, x-e cha eut chi qui qux : Are ri Tohil, Avilix, Haca- vitz, xa u quiqel queh, tziquin ca ka ya ehire : xa ka tziza ka xiquin, ka chue. Ka tzonoh ka couil, ka achihilal chire Tohil, Avilix, Hacavitz. Nakitah chi eu chah qui camic ri amag, xa ta huhunal que ka camizah ? x-e cha chi quibil quib, ta x-e be eut chuvach Tohil, Avilix, Hacavitz. Ta x-qui tziz qui xiquin, qui chue chuvach qabauil, x- qui vacuh ri qui quiqel, x-quibiq u gok pu chi abah. Ma eu quitzih ta chi abah ch'uxic, queheri e huhun chi qaho- iab ta que ulic. X-e quicot chiediirech ri qui quiqel ahqixb, ahqahb, tax-pe chicut r'etal qui banoh ri : Gh'y chakonizah qui he, are y coîbal yvib. Chila x-pe vi chi Tulan ta x-oh y qam uloc, x-e u chax-cut, ta x-ya uloc ri tzum Pazilizib u bi, ruq quiq ch'oc chikih : qui hab rib ri quiq x'uxic u yaon Tohil ruq Avilix, Hacavitz. (1) Cette éponge est végétale; elle est encore en usage dans ï Amérique centrale et le Mexique, c'est une éponge fort commode pour les bains. (2) Serait-ce une apparition des sa- crificateurs nouveaux succédant en- core une fois aux anciens? (3) Suivez leurs voies, CKy chako- nizah qui he, littéralement; faites suivre (ou \aincre, ou jouer, ou dé- en vue avec ce rugissement de lion et ce rugissement de tigre avec lequel ils crient, lorsqu'ils voient une ou deux personnes sur leur route, et ils souhaitent en finir avec nous. Chaque jour donc (les sacrificateurs) venaient à leurs maisons avec leurs femmes : mais ils n'apportaient que des chrysalides de taons, des chrysalides de frelons, que des chrysalides d'abeilles qu'ils donnaient à leurs femmes. Chaque jour aussi ils allaient devant Tohil, Avilix etHa- cavitz et ils disaient clans leur cœur : Yoici Tohil, Avilix et Hacavitz, et nous ne leur donnons que le sang des bêtes fauves et des oiseaux : nous ne perçons que nos oreilles et nos coudes. Demandons la force et la valeur à Tohil, à Avilix, à Hacavitz. Qui donc blâmera les morts (que nous faisons parmi les gens) des tribus, quand nous les tuons un à un ? se dirent-ils l'un à l'autre en allant devant Tohil, Avilix et Hacavitz. Alors ils se percèrent les oreilles et les coudes devant la divinité, recueillirent leur sang avec des éponges (1) et remplirent la coupe au bord de la pierre. Mais véritable- ment ce ne fut pas de la pierre alors ; tels que des jeunes gens chacun d'eux alors arriva. Les sacrificateurs se réjouirent de nouveau de ce sang qu'ils (avaient tiré de leurs veines), lorsqu'arrivèrent ainsi ces signes de leurs œuvres (2) : Suivez leurs voies (3), c'est le moyen de vous sauver. De là-bas de Tulan est venu, quand vous nous emportâtes, leur fut-il répondu, une peau appelée Pazilizib (4) et qu'on nous donna avec le sang qu'on nous introduisit : qu'ils se frottent donc du sang qui est devenu le don de Tohil, d' Avilix et de Hacavitz. truire) leurs queues (leurs traces). (4) Ce mot ne correspond clairement avec aucune des étymologies de la langue quichée : cependant il rappelle avec le contexte l'usage cruel de la fête mexicaine de Xipe-Totec, où l'un des nobles se revêt de la peau d'une femme fraîchement écorchée. - 260 CAPAH CHI TZIH. Vae u tiqaric chic r'elegaxic vinak amag eu niai Balam- Quilze, Balam-Agab, Mahucutah, Iqi-Balam. Qatepucli u caniizaxic amag ri ; are x-qui qam ri xa hun chu binic xa caib chu binic, mavi calah ta chi qui qanio : qatecut ta chi be qui pûzu chuvach Tohil, Avilix. Qatecut ta chi qui va quiq pa be , qolic u holom chi ' qui coloba pa be. Que cha eut ri amag : Balam mi-x- tiouic. Xa que cha rumal quelieri r'akan balam, c'akan ta chi qui bano mavi chi qui qut quib. Tzatz chi amag x-qu'elezah, ca u naht eut x-u na-vi rib amag : Uve areri Tohil, Avilix c'oc chike? xa que eu tzukuh ri ahqixb ahqahb ? Ta-la qo-vi c'ochoch, chi ka takeh ri c'akan, x-e cha-cut conohel amag? Ta x-qui qam qui naoh chi quibil quib. Qatecut x-qui tiqiba u takexic c'akan ri ahqixb, ahqahb; ma eu calah. Xa r'akan queh, xa r'akan balam chi qu'ilo, mavi calah c'akan. X-ma qo-vi calah vi are nabe c'akan, ri xa qui- pich queheri c'akan xa zachbal re cumal, mavi calah qui be. (1) Dans le Titre des Seigneurs de Totonicapan, il est dit que les po- pulations exposées à ce rapt homicide étaient celles de Vukamag ou des Sept nations, venues avec Tamub et Ilocab, et des Pokomams dont les villes en- touraient les montagnes où habitaient les sectateurs de Tohil. 20» CHAPITRE DEUXIEME. Voici où commença le rapt des gens des tribus par Baiam-Quitzé,Balam-Agab, Mahucutah et Iqi-Balam (1). Aussitôt après (eut lieu) la tuerie des tribus, et ceux-là ils les prenaient cheniirant seuls par un ou cheminant par deux, sans qu'on sût quand ils les enlevaient : après quoi ils allaient les sacrifier à la face de Tohil et d'Àvilix (2). Ensuite, comme ils répandaient le sang sur le chemin, il y avait leurs têtes qu'ils jetaient séparément sur !e che- min. Et les villes disaient : Le tigre lésa dévorés. Seule- ment elles disaient cela, à cause (qu'elles voyaient) comme des traces de pattes de tigre, (et c'étaient) leurs traces qu'ils faisaient sans qu'ils se montrassent. Ils volèrent (ainsi les hommes de) beaucoup de villes, et bien tard seulement les tribus s'en aperçurent : Est-ce donc ce Tohil, cet Avilix qui entrent parmi nous? ce sont certainement eux qu'alimentent les sacrificateurs. Où donc seraient leurs demeures, que nous suivions leurs pistes, répétèrent toutes les villes (3)? Alors elles prirent conseil les unes avec les autres. En- suite elles commencèrent à suivre les pistes des sacrifica- teurs; mais elles n'étaient pas claires. Ce n'était que des traces de bêtes fauves, que des traces de tigre qu'elles voyaient, sans discerner clairement leurs pas. Mais leurs pas n'étaient pas bien visibles, car ils étaient retournés comme des pas faits pour tromperies gens par ce moyen, leur chemin n'étant pas clair. (2) Ceci rappelle les Mexicains sor- tis de la captivité de Gulhuacan et s'emparant des habitants de cette ville passant isolément à côté d'eux, afin de les sacrifier à Huitzilopochtli. (3) Le mot amag qui est la tribu a fréquemment aussi le sens de ville — 262 — Xa chi vinakir zuiz, xa chi vinakir gekal hab, xa pu chi vinakir xocol; xa chi vinakir muzmiil hab, chi qu'ilo chi qui vach amag. Xa ca chi coz qui qux chi qui tzukuxic ta chi c'okotah pa be , rumal nim u qoheic ri Tohil, Avilix, Hacavitz : naht eut x-qui ban chiri chuvi huyub, chu xiquin ri amag x-qni camizah. Are ta x-vinakir ri elegic e chalamicat ta chi qui qam ri amag pa tak be chi qui puz chuvach ri Tohil, Avilix, Hacavitz, x-colo eut qui qahol chiri chuvi huyub. Are Tohil, Avilix, Hacavitz oxib chi qaholab qui va- chibal que biynic, xa u naual ri abah : x-qohe hun haa are que atin-vi chiri chu chi ha, xa qui qutbal quib; x-u binaah eut Chi R'Atinibal Tohil, u bi ha x-uxic. Quïamul eut chi qu'ilo amag; libahehi chi quizachix- tah quib ta que ilic rumal amag. Ta x-ux-lah u tzihel ri e qo-vi ri Balam-Quitze, Balam-Agab, Mahucutah, Iqi-Ba- lam : are eu va u qamic u naoh amag chire u camizaxic- tah. Nabe cutx-r'ah qui naohih amag u chakic Tohil, Avi- lix, Hacavitz. X-e cha ronohel ahqixb, ahqahb chu- vach amag : X-que hek quib x-que tak pu quib cono- hel; ma-habi hu-chob, ca-chob-ta chic x-canah chique. (1) C'est la description des monts de Tohil et des montagnes qui s'éten- dent de là jusqu'à Hacavitz, non loin desquelles roulent encaissées les eaux du Lacandon. J'ai suivi moi-même la plus âpre partie de ces régions en juillet 1860. (2) Sorcier, chai ami cal , écrit ail- leurs chalamacat, est un mot qui parait d'origine nahuatl ; les ailleurs - — le nom du seigneur, du Monarque des Orientaux, où ils arrivèrent (1). Et lorsqu'ils arrivèrent devant le seigneur Nacxit (2), le nom du grand seigneur, du juge unique, dont la puis- sance était sans bornes, voilà qu'il leur concéda le signe de la royauté, et tout ce qui la représente : de là vint le signe de la dignité d'ahpop, de celle d'ahpop-camha, et de là vint le signe de la majesté et la puissance de l'Ahpop et de FAhpop-Camha, et Nacxit, pour achever, leur con- céda les insignes de la royauté (3). En voici tous les noms qui suivent : l'ombre (4), le trône, les flûtes, et autres instruments (5), les poudres de diverses couleurs (6), les parfums (7), le tigre chef, l'oi- seau, le cerf les coquilles les nœuds de pin, les trompettes (8) l'enseigne aux plumes de héron (9), toutes les choses enfin qu'ils apportèrent en venant et qu'ils allèrent recevoir de l'autre côté de la mer; l'art de peindre de Tulan, son écriture, dirent-ils, pour les choses qui avaient été conservées dans leurs histoires. Après qu'ils furent arrivés au sommet de leur ville ,. nommée Hacavitz, et qu'ils eurent réuni tous ceux de Tamub et d'Ilocab, toutes les tribus s'assemblèrent, se réjouissant de (voir) arriver Qocaib, Qoacutecet Qoahau, qui là de nouveau prirent le gouvernement des tribus (1 0). ocres de diverses couleurs, dont on frottait tes princes, en signe de con- sécration^ en les mettant en posses- sion de leurs droits. (7) Tzikvil et cohtzikvil paraissent avoir été des parfums ou baumes; on n'en trouve d'explication nulle part. Tzicah signifie exhaler, et tzi- coh, répandre, arroser. (8) -La plupart de ces mots, entière- ment hors d'usage, sont d'une tra- duction fort difficile, et nous ne som- mes même pas absolument certain de ceux. qui suivent. Balam-holom, Tigre-tête ; pi<;h, oiseau ; queh, cerf ; macutax, que nous n'avons pu tra- duire; tôt, nom de certains petits co- quillages fort fins; tatam, intradui- sible; cuz, qui paraît être un orne- ment en forme de pommes 'de pin ; buz, une sorte de trompette; caxcon et chiyom, intraduisibles. (9) Aztapulul, enseigne aux plu- mes de héron, est un mot de la lan- gue nahuatl; il se compose de aztall, héron, avec l'augmentatif pul ou pol, et parait devoir être le même instru- ment que Yaztapamitl, étendard aux plumes de héron, dont il est parlé dans l'histoire des Chichimèques(Co- dex Chimalpopoca, ad An. 1. Tecpati, 804). (10) On sait par un autre document que Qocavib ne suivit pas les autres — 296 — X-e quicotic e Rabinaleb, e Cakcheqoeteb, Ah-Tziqui- naha,xa r'etal x-qutun chiquivach ri. u nimalahauarem, nim chic qui qoheic ch'uxic amag, manabe x-qiz-ta qui qut c'ahauarem. Are e qo chiri Hacavitz, xa qo cuq ro- nohel ri x-pe r'elebal gih naht chicut x-qui ban, chiri chuvi huyub e qui' chic chi conobel. Chiri eut x-e cam-vi qu'ixokil Balam-Quitze, Balam- Agab, Mahucutah. Ta x-e petic x-c'okotah chi canoc ri qui huyubal: hunchi huyub x-qui tzukuh are que tiqe-vi, mavi ahilan huyub x-e tiqe-vi, ta x-e cobic, ta x-e binaah puch chirè ri x-e molomanic, x-e chihomanic e nabe ka chuch, e nabe ka cahau, X-e cha oher tak vinak ta x-qui Izihoh, ta x-qui toloba pu canah-oc nabe qui tinamit Hacavitz u bi, ta x-e ni chi eu chiri x-qui tiqilibeh chic hun tinamit Chi-Quix u bi. Naht chi x-qui ban chiri chuvi hu-chob tinamit ; que mialanic que qaholanic puch. Chiri que e qo tak vi, are tak cahi huyub va xahun x-ch'oc vi u bi ri qui tinamit. X-qui culuba qui mial, qui qahol; xaki chi ^ui zi- pah, xa togobanic xa pu maihanic, chi qui bano rahil princes à leur premier voyage dans l'Orient; voilà pourquoi son nom est omis ici à leur retour. Nous avons dit ailleurs quMl avait pris le chemin de l'Analiuac, d'où il était revenu avant les autres, sans avoir rempli sa mission. (1) Rabinaleb, les Rabinaliens, dont la première capitale fut Rabinala; ses ruines existent encore dans la hacienda de ce nom, à 9 lieues envi- ron à l'ouest du pueblo moderne de Rabinal. Cakchiquelcb, Jes Cakchi- quels, dont la dernière capitale fut Iximché, autrement Tecpan-Guate- mala, à une lieue de la grande bour- gade de ce nom, et où Alvarado éta- blit la première cité espagnole de Guatemala. Ah-Tgiquinaha, ceux où les habitants de Txiquinaha (Nid d'oiseau), dont la capitale fut Atit- lan, sur le lac du même nom. — 297 — Les Rabinaliens, les Cakchiquels et ceux de Tziqui- naha (1) furent remplis de joie; ainsi le signe (de la royauté) se manifesta devant leurs regards, la grandeur de leur puissance, et grande aussi devint l'existence des tribus, sans que néanmoins ils eussent achevé d'exhiber leur puissance. C'étaient eux qui étaient là en Hacavitz, et il y avait avec eux tout ce qui était venu de l'Orient lointain où ils avaient fait (leur voyage), et ils étaient là sur la montagne déjà fort nombreux tous ensemble. Là aussi moururent les épouses de Balam-Quitzé, de Balam-Agab et de Mahucutah. Alors ils vinrent, et ayant quitté leurs montagnes, ils cherchèrent d'autres collines où ils se fondèrent ; elles sont innombrables les localités (2) qu'ils fondèrent, leur donnant des noms et changeant les noms (qu'elles avaient auparavant), nos premières mères et nos premiers pères, afin de s'augmenter et d'é- tendre leur puissance; Disaient anciennement les gens, lorsqu'ils racontaient à quelle époque ils avaient abandonné et délaissé d'abord leur ville, nommée Hacavitz, et qu'ils vinrent fonder une autre ville qui fut nommée Chi-Quix (Dans les Epines). Au loin ils s'y étendirent dans l'orbe de cette ville; ils y engendrèrent des filles et des fils. Ils étaient là fort nom- breux, et entre tous (ils couvraient déjà) quatre collines qui portaient (à la fois) le nom de leur ville (de Chi-Quix). Ils marièrent leurs filles et leurs fils; seulement comme leurs présents (de noces), comme une grâce et comme une (2) L'abandon d'un lieu pour un autre n'était pas un abandon total ; les chefs cherchaient une nouvelle capitale à mesure qu'ils étendaient leurs conquêtes, laissant peuplée la ville qu'ils quittaient. Ces diverses localités ou stations sont énumérées ailleurs dans l'ordre suivant: après le mont Tohil, Qibakiha, Chi-Vaih, Pacaha-Xecoyen,Barabic-Chum,Pam- bilil-Panlzocan , Ti-Cahchalib, Ti- Batzi, Hobalam-Gana-Uleu, Yam- rimba, Chiqui-Tuha, autrement dit Tzutuha, ou les trois chefs de la na- tion s'associèrent le seigneur Coluha, qui prit le rang et le titre d'Iqui-Ba- lam. Enfin Chuvi-Cabal, Yamucu-Tu- raxoh, ChiUzareb, Galemial-Cucura- bah, Pache-Chicohom, Chi-Qabauila- nic, Chihumet et Culba-Cavinal (Ti- tulo de Ins Senores de Totonicapan). — é298 — qui mial chi qui qamo xa «tz qui qoheic x-qui bano. Ta x-e iqo chiri chuvi hu-tak chob chi tinamit, va tak u bi e : Chi-Quix, Chichac, Hunietaha, Culba-Cavinal, u bi huyub x-e yaluh-vi. Arecut ca qui nicvachih ri huyub qui tinamit puch , ulah huyub ca qui'tzukuh; e ca qui' chic chi conohel. Xa eu caminak-oc ri qamol ahauarem r'elebal gih; e mamaxel chic x-e ul chiri chuvi huhun tinamit : mana x-u qam qui vach ri x-e iqo-vi helak vi uloc ; qaxcol rail x-qui bano, ca u naht x-qui riq-vi qui tinamit e mamaxel, e pu cahauixel. Va eu u bi tinamit e x-e ul-vi. VUKPAH CHI TZIH. Chi Izmachi cutu bi huyub qui tinamit x-eqohe-vi chi naipuch, x-e amagelab vi : chiri eut x-qui tih-vi ga- gal, x-qah qui chun qui zahcab chu cah-le-oc ahauab. (1) Les jeunes gens, ou plutôt leurs pères, achetaient par des présents les épouses qu'ils demandaient. (2) Chi-quix, Dans les épines ou dans les broussailles, premier nom de cette ville, qui s'agrandit peu à peu de trois aulres quartiers, Chi-chac et Hu- metaha, dont l'étymologie fait allu- sion à rexistence"d'une sorte de lè- pre; chi-chac, à la plaie; humeta-ha, maison d'écorce; humet est l'écorce; mais chac-humet-rih, plaie d'écorce extérieure,c'est-à-dire lépreux. Culba, borne-frontière; cavinal, de eau, or- ner, armer. C'est ce dernier mot qui fait reconnaître le site de cette grande ville, dont les magnifiques ruines sont encore aujourd'hui désignées sous le nom de Cavinal. (3) Chi Izmachi, A la barbe, ou Aux moustaches, de izm, cheveux, et de chi, bouche. Ce nom vient de Izma- leh, nom. d'une#antique famille prin- cière,et dont lé pluriel se dit fzmal- — 299 — offrande, ils faisaient le prixde leurs filles, qu'ils recevaient, et bonne était ainsi la condition qu'ils leur faisaient (1 ). Alors ils passèrent en chacun des divers quartiers de la ville, et ceux-ci sont leurs divers noms : Chi-Quix, Chi- chac^ Humetaha, Culba-Cavûial (2), et ce sont les noms des localités où ils demeurèrent. Et voilà qu'ils étaient à épier autour des montagnes de leurs villes et qu'ils cherchaient les monts inhabités ; car ils étaient fort nom- breux tous ensemble. Déjà étaient morts ceux qui avaient été recevoir la royauté en orient; déjà vieillissant aussi, ils étaient ve- nus (s'établir) en chacune des villes : mais ils ne s'accou- tumèrent point dans ces divers endroits où ils passèrent ; ils éprouvèrent bien des peines et des travaux, et c'est loin (de leurs, premières demeures) que déjà aïeux et pè- res, ils trouvèrent (la localité qui convenait à) leur ville. Or voici le nom de la ville où ils vinrent. CHAPITRE SEPTIEME. En Jzmachi est donc le nom du lieu de leur ville, où ils demeurèrent enfin et où ils s'établirent définitivement (3) : là donc ils mirent en oeuvre leur puissance, ayant com- mencé à bâtir leurs maisons de pierre et de chaux (4) sous la quatrième génération de rois (5). chi, corrompu depuis en lzmachi. Les Izmaleh, mieux Izmalchi, existent encore aujourd'hui à Rabinal. Us ont des physionomies tout à t'ait orien- tales, et nul doute que si lord Kings- borough les eût connus, il eût tra- duit leur nom en Ismael et fait d'eux des descendants d'Abraham. (4) X-qah qui chun, qui zahcab, littéralement , on pulvérisa leur chaux, leur tizate, phraséologie qui signifie bâtir de. pierre et de chaux. Chun est la chaux ou le plâtre; Zah- cab, que l'on appelle tizate, du mexi- cain tizatt, que Molina traduit cierto barniz o tierra blanca, est une terre tant soit peu métallique bonne à faire du ciment , et qui avait un usage mystérieux dans le sacre des princes. (5) En comptant simplement Ba- lam-Quitzé, comme on le fait ici, Qocavib et Balam-Conaché, nous ar- rivons, pour la quatrième génération — 300 — X-e cha curi Conache x-u Beleheb-Queh ruq puch Ga- lel-Ahau. Ta x-ahauar eut ahau Cotuha ruq Iztayul, qui bi Ahpop, Ahpop-Camha x-e ahauar chiri chi Izmachi, utzilah tinamit x-uxic x-qui bano. Xacu oxib ri nim-ha x-ux chiri chi Izmachi : ma-habi- oc rii huvinak-cahib chi nim-ha, ca oxib-oc qui nim-ha, xahun u nim-ha Cavikib, xa-cu-hun nim-ha chuvach Ni- haibab, xa naipu hun rech Ahau-Quiche. Xaki caib chi cumatzil ri cachob chi chinamit. Are e qo chi fzmachi xahun qui qux : ma-habi qui tzelal ma-pu- babi qui cayeual ; xa lianic ahauarem, ma-habi qui chaoh, qui yuhuh puch, xa zak, xa amag qo chi qui qux. Ma-habi moxvachinic, ma-pu-habi cakvachinic x-qui bano, cachutin-oc qui gagal :ma-ha qui ca nuq-maih-oc, ma-ha-pu ca nimar-oc. Ta x-qui tih eut, x-qu'iqouizah pocob chiri chi Izmachi, x-r'etal eut c'ahauarem ri : ta x-qui bano x-retal qui gagal, r'etal naipu qui nimal. Ta x-il eut rumal Ilocab, ta x-vinakir labal ruinai Ilo- royale, à Cotuha, régnant avec Iz- tayul. Cotuha était un prince du pays, étranger à la maison de Ca- vek, dont Qocavib était devenu le chef, peut-être, en écartant son frère aine, et qui voulait donner un appui à son fils Balam-Conaché. Cotuha fut le promoteur des conquêtes des Qui- ches, et, à la mort de Balam-Cona- ché, il fut reconnu comme Ahau- Ahpop, tandis qu'Iztayul, fils aîné de Conaché, entrait au rang d'Ahpop- Camha ; ce mode de succession entre les deux familles parait avoir conti- nué jusqu'à la conquête espagnole. (1) Parler, avoir la parole, c'est-à- dire régner ; de là , dans la langue nahuatl, tlatohuani, l'orateur pour le roi. (2) P 'Izmachi, dont on voit encore les ruines, au sud de celles d'Utlat- lan ou Gumarcaah, sur un plateau, dont les précipices communiquent avec ceux de cette capitale. (3) Les tr«ts familles régnantes, de Cavek, de Nihaïb et d'Ahau-Quiche, avaient leurs résidences dans la capi- tale, ce qui n'empêchait pas ces deux — 301 — Ceux-ci donc parlèrent, Conache ainsi que Beleheb- Queh (1 ), et avec lui le Galel-Àhau. Et ensuite régna le roi Cotuha avec Iztayul, leurs noms de l'Ahpop et de FAhpop-Camha,qui régnèrent là en Izmachi, qu'ils avaient faite et qui devint (en leur temps) une ville magnifique (2). Et seulement trois palais se firent là en Izmachi : il n'y avait pas encore ces vingt-quatre palais (dont nous parle- rons plus loin), mais seulement leurs trois palais, un pa- lais seulement de ceux de Cavek, et un seul palais à la face de ceux de Nihaïb, comme également un seul, pos- session de ceux d'Ahau-Quiché (3). Seulement (c'étaient) deux serpents ces deux branches de la famille (4). Or ils étaient (tous) dans Izmachi d'un cœur (et d'une âme) : il n'y avait point en eux d'inimitiés; il n'y avait point non plus de difficultés: la royauté était en repos, sans disputes ni émeutes ; la^aix et la félicité étaient dans leurs cœurs. Il n'y avait point d'envie, il n'y avait point de jalousie dans ce qu'ils faisaient, et leur puissance était encore res- treinte : ils n'avaient encore concerté rien de grand ni ne s'étaient élevés. Mais alors ils tentèrent de faire passer le bouclier là en Izmachi, comme le signe de leur empire ; ils en firent alors le signe de leur majesté, et le signe égale- ment de leur grandeur. Et lorsqu'Ilocab s'en aperçut (5), la guerre s'alluma par dernières d'avoir des capitales parti- culières ailleurs. Ces capitales chan- gèrent, comme celles de Cavek, et ne devinrent fixes qu'après les gran- des conquêtes entreprises par Iztayul et Gucumatz. (4) Cette traduction est littérale, mais nous ne croyons pas avoir éclair- ci le mystère que ces mots envelop- pent. A quoi font-ils allusion, c'est ce que nous ne saurions dire. Le mot cwmats signifie serpent et aussi toute sorte de maladie intérieure ; cumat- %il est un pluriel fort rare et qui a quelquefois le sens de charme, sorti- lège, etc. Cependant, il est possible qu'il s'agisse ici des deux familles régnantes, celle de Cotuha et celle d'iztayul, ou bien celle de Qocaib et celle de Qocavib, dont les rivalités troublaient le pays, quoi qu'en dise ici le texte. (5) Déjà affaiblis par les usurpation s et les conquêtes de ceux de Cavek, les chefs de la race d'Ilocab font un dernier effort, etsuccombentàla tâche, — 302 — cab, x-r'ah ul camizax-oc rii ahau Cotuha, xa-cu-hun ahau x-rah cuquib. Areri ahau Iztayul x-r'ah qui tihoh, x-r'ah tihox cumal ïlocab, chi camizanic. Ma eu x-el apon-ocqui moxvachibal chirih ahau Cotuha, xa chiquih x-kah-vi ma-nabe x-cam-ta ri ahau rumal ïlo- cab. Quehecut u xenahicyuhuh, chaquimal labal puch. X-c'oquibeh nabe tinamit, x-e bec e camizanel : are-ta eu x-c'ah ri zach-ta u -vach Quiche, xata qui-tuquel x- ahauariç chi qui qux. Xa-cu-are x-e ul cam-oc ; x-e te- lechexic, x-e canabix puch, mavi harub chic x-colo-tah chique. Ta x-tiqer eut puzunic : x-e puz ri ïlocab chuvach qa- bauil, are chic tohbal qui mak x-uxic rumal ahau Cotuha. Qui chicut x-oc chi munil x-e alabilaxic x-e vinakix puch, xa x-be qui ya quib chi chakix rumal qui nuqbal labal chirih ahau, chirih civan-tinamit. X-maixic, x-qutux-ta u vach rahaual Quiche x-r'ah qui qux ; ma eu x-banatahic. Quehecut u vinakiric u puzic vinak chuva qabauil, ta x-ban ripocob labal, u xe ta x- tiqaric u pocobaxic tinamit chi Izmachi. Chila x-tiqar-vi u xenahic gagal, rumal ri xax nim vi (i) Cette phrase a une forme toute particulière à cette langue: x-r'ah qui tihoh, on voulait ils enseigner (châtier); x-r'ah tihox cumal ïlocab chi camizaxic, on voulait être ensei- gné (lui) par les Ïlocab, avec l'être tué. (2) U vach Quiche, La face du Qui- che. C'est la première fois que l'au- teur sépare le nom Quiche de ceux d'Ilocab, auxquels il avait rattaché jusqu'ici la maison de Cavek et la nation quichée. (3) Des sacrifices publics et solen- — 303 — )es soins d'Ilocab, tjûi voulut faire tuer ce roiCotuha, (ceux d'Ilocab) ne voulant qu'un roi et (qu'il fût) avec eux. Quant au roi Iztayul, ils voulaient le châtier , ils voulaient qu'il fut puni pour la cause d'Ilocab, en lui donnant la mort(1). Mais leur jalousie ne réussit pas contre le roi Cotuha, qui descendit sur eux avant que de périr par la main d'I- locab. Telle fut donc l'origine de la révolte et du tumulte de la guerre. Ils entrèrent d'assaut tout d'abord dans la ville et pas- sèrent leur chemin en massacrant : car ce qu'ils voulaient, c'était la ruine du nom Quiche (2), dans la pensée de ré- gner seuls. Mais ils ne vinrent que pour mourir ; ils furent captivés et faits prisonniers, sans qu'un grand nombre d'entre eux parvînt à s'échapper. Et alors on commença à les sacrifier : ceux d'Ilocab fu- rent immolés devant le dieu, et c'est là le châtiment de leur péché, qui eut lieu par ordre du roi Cotuha. Un grand nombre également entrèrent en servitude et ils furent ré- duits en esclavage, après être allés se faire écraser à cause qu'ils avaient allumé la guerre contre le roi et contre les circonvallations de la cité. Que le nom du roi du Quiche fût ruiné et livré à l'op- probre, c'était ce que leurs cœurs voulaient; mais rien ne put s'exécuter. Ainsi donc naquirent les sacrifices hu- mains devant le dieu (3), lorsqu'on fit des boucliers (4) de guerre, cause des fortifications de la cité qu'on com- mença en Izmachi. Là se fonda le berceau de sa puissance, parce qu'en ve- nds, car on a vu que le sang humain coulait depuis longtemps sur les au- tels deTohil. (4) Ta x-ban ri pocob labal, alors commença le bouclier de guerre. Po- cob signifie le pilier d'une maison et le bouclier; de là pocobaxic, l'être fait bouclier, la fortification. Labal, guerre, de lab, augure, parce qu'on ne commençait aucun combat, sans auparavant consulter l'augure. De là ahlabal, celui de la guerre, le guer- rier, l'ennemi ; labalih, combattre. — 304 — r'ahauarem Quiche ahau. Humah e naual ahauab, x-ma qo-vi qui yogotah-vi, x-ma qo-vi alachinak ch'oc chique ; xavi banol rech nimal ahauarem chiri xenahinak-vi chi Izmachi. Chiri x-nimar-vi u qixic qabauil, chi xibin chic; x-u xibih pu rib ronohel amag, chuti amag, nima amag, x-qui vachih r'oquic teleche vinak x-qui puzu, x-qui camizah ruraal qui gagal, qui tepeual ri ahau Gotuha, aha-Ztayul, ruq Nihaibab, Ahau-Quiche. Xa ox-chob chi chinamit x-qohe chiri chi Izmachi, u bi tinamit, ca chiri chi naipuch x-qui tiqiba vi vaim u qaha chirech qui mial, ta x-qui ziih uloc. Are qui cuchbal quib ri-oxib chi nim-ha u bi cumal, chiri eut chi c'uqah-vi cuquiya, chiri puch chi qui veeh vi qui va, rahil c'anab, rahil pu mial, xa quicotem chi qui qux, ta x-qui banc- Xre vaic x-e ocha chupam qui nim-ha. Xa ka qamouabal xa pu ka pagubal chirech k'etal ka tzihei, r'etal ka tzih chuvi ixokal, achihal, x-e cha. Ghila x-cob-vi uloc, chila puch x-qui byih-vi, qui (1) Princes puissants en œuvres, naual ahaual ; Je mot naual impli- que la science, la magie ou les en- chantements. (2) Aha-Ztayul, dit le texte, pour Ahau-lztayul supprimant deux voyel- les m, i. Le nom d'iztayul n'est pas quiche, quoiqueen cettelangue on lui don ne le sens d'oppresseur, de tyran : il est dérivé du nahuatl , a'iziac, blanc, et de yul, yolli, cœur. (3) Dans les cours et vestibules des temples et des palais on tenai t toujours degrnndsbrasiers allumés oùl'onbrû- lait du bois résineux que les fils des nobles étaient chargés d'apporter. — 3or> — rite grand était l'empire du roi Quiche. Partout (il se montrait entouré) de princes puissants en œuvres(1 ), sans qu'il y eût personne qui pût les humilier, sans qu'il y eût aucun qui pût les entamer, et par cela même faisant la grandeur propre de la royauté qui s'était implantée dans Izmachi. Là s'accrut l'usage de se piquer avec (des épines de- vant) le dieu, ainsi que l'épouvante; et toutes les nations s'épouvantèrent, les petites nations et les grandes nations, en contemplant l'entrée des captifs qu'ils sacrifiaient et qu'ils tuaient à cause de la majesté et de la grandeur du roi Cotuha, du roi Iztayul (2), avec ceux de Nihaïb et d'Ahau'Quiché. Seulement ces trois branches de la famille (royale) de- meuraient là dans Izmachi, (qui était) le nom de la cité, et c'est là également qu'ils commencèrent les festins et or- gies pour leurs filles, quand ils venaient porter du bois (pour l'usage des temples (3). C'était là le motif pour les trois (branches de la famille) de s'assembler dans les palais ainsi nommés à cause d'eux, et là ils buvaient leurs boissons (4) et là aussi ils man- geaient leurs mets, prix de leurs sœurs, et prix de leurs filles (5), et l'allégresse dans le cœur, ils ne faisaient alors que manger et boire dans leurs coupes peintes (6) au de- dans de leurs palais. Ce sont là nos remercîments et nos actions de grâces (envers les dieux) pour notre postérité, signe de notre pa- role (7) sur les filles et les garçons, disaient-ils. C'est là (4) Ces boissons généralement fer- mentées étaient fort variées. (5) C'est-à-dire dès qu'on leur don- nait pour les obtenir. (6) Ocham - vach était une sorte de calebasse peinte et ciselée avec une grande finesse, industrie des Rabinaliens, et dans lesquelles on servait à boire : de là le verbe ochah, ciseler ces coupes et boire de- dans. (7) Chirech k'etal ka tzihel, fetal ka tzih, pour notre signe, notre dis- cours, le signe de notre parole, et souvent aussi de notre postérité. 20 — 306 — chinamit quib , . 'vuk-amag quib, qui liepan quib : Ka culel kib, oh Cavikib, oh Nihaib, oh pu Ahau-Qui- che, x-e chaeoxib chinamit, oxib puchnim-ha. Nahtcut x-qui ban chiri chi ïzmachi, ta x-qui riq chic ta x-qu'il puch hunchic tinamit, x-c'ogotah chi vi ri chi ïzmachi. VÂHXAKPAH CHI TZIH. Qatepuch ta x-e yacatah chi uloc, x-e ul, chiri pa-tina- mit Gumarcaah, u bi, cumal Quiche ch'u chaxic, ta x-e ul chic ahauab, Goluharuq Gucumatz, ruq puch ronohel ahauab : x-roquex-oc x-r'olea puch vinak u xe zak, u xe amag, uxe qazlem vinakirem. Chiri eut qui" x-qui ban-vi c'ochoch, chiri naipuch x- qui ban-vi r'ochoch qabauil, chu nicahal u vi tinamit x-qui ya-vi, ta x-e ulic ta x-qui tiqiiibeh puch. (1) Célébrer les fêtes où ils impo- saient des noms à leurs enfants nou- veau-nés, filles et garçons. (2) Qui tiepan quib*, ils divisèrent par quartiers eux-mêmes. Tiepan, qui veut dire se partager en quartier, est unmotd'originemexicaine, teepan, le palais, la municipalité, \ecalpul ou maison grande, qui est ici ce que le caporione est en Italie, ou une des mairies de Paris. (3) Les troubles qui forcèrent Gu- cumatz à quitter le séjour d'Izmachi, sont rapportés dans ïe chapitre sui- vant. Une noblesse turbulente et ja- louse, tituléeles Ahpop-Camha, issue de la maison de Cavek, avait tenté déjà de semer la discorde entre Co- tuha Ier et Iztayul : elle avait voulu assassiner le premier dans un bain de vapeur, et quoique les coupables eussent été punis de mort, on ne peut s'empêcher de reconnaître Jes mêmes metiées dans les désordres des — 307 - qu'ils vinrent imposer les noms (1), et c'est là qu'ils se ti- tillèrent, qu'ils se partagèrent en familles, s'organisèrent en sept tribus et se classèrent par calpules (2). Unissons-nous, nous lesCavek, nous les Nihaïb, et nous les Ahau-Quiché, dirent les trois familles et les trois grandes maisons. Et longtemps ils firent (leur demeure) dans Izmachi, jusqu'à ce qu'ils eurent trouvé et qu'ils eurent vu une autre ville et qu'ils eurent abandonné à son tour celle d'izmachi (3). CHAPITRE HUITIEME. Après cela, quand ils se levèrent pour s'en aller (d'Izma- chi), ils vinrent à la capitale, dont le nom est Gumar- caah (4), qui fut ainsi nommée par les Quiches, lorsque vinrent les rois, Cotuha et Gucumalz, ainsi que tous les princes : on était entré alors à la cinquième génération d'hommes (à compter) du commencement de la civilisation et de l'origine de l'existence (des Quiches) en corps de na- tion. Et là en grand nombre ils bâtirent leurs maisons, et là également ils bâtirent la maison du dieu au centre du point culminant de la cité où ils la placèrent lorsqu'ils vinrent s'y établir (5). règnes suivants (Titulo de los Senores de Totonicapan). (4) Pa-tinamit Gumarcaah. Le mot tinamit indique une ville fermée, un chef-lieu; précédé de la préposition pa, jlindiqueune capitalede royaumeou d'empire; on ne le voit usité ainsi d'ordinaire que pour Iximché, l'an- cien Tecpan-Guatémala, capitale des Cakchiquels, et pour Utlatlan ou Gu- marcaah; ce nom vient, suivant Xi- menez, de gumar, pourrir, vieillir. et caah, cabane, hutte. Dans la plu- part des documents, les deux noms, celui de l'ancienne et celui de la nou- velle capitale, vont presque toujours ensemble, à cause de leur proximité. Chi Gumarcaah chi Izmachi, en Gu- marcaah en Izmachi. (5) Au même lieu où Ton voit en- core les ruines de cet immense édifice, dont il est amplement parlé au cha- pitre XI. — 308 — Qatepuch u nimaric chic c'ahauarem : qui chic e pu tzatz chic ta x-qui naohih chic qui nim-ha, x-e moloxic, x-e hachahox puch. -Rumal x-vinakir qui chaoh ; x-e cakvachin chi quib chuvi rahil c'anab, rahil qui mial, xa mavi chi tzakon c'uqiya chi qui vach. Are chicut u xe chic qui hachouic quib, ta x-qui tzol- l)eh quib tzolcakbeh bak u holom caminak x-qui cakbeh quib. Ta x-qui pax ri beletak chi chinamit : x-banom-oc u chaohil anam, mial, ta x-ban u naohixic ahauarem hu- vinak-cahib chi nim-ha ; x-uxic. X-oher-oc que ulic conohel chi ri chuvi qui tinamit, ta x-e tzakat huvinak e cahib nim-ha chiri pa-tinamitGu- marcaah, x-utzirizaxic rumal Sor Obispo', ri tinamit ca x-tole canoc. X-e gagar chiri x-nuq-maihinak-oc qui tem qui chakat, x-haehatzox qui vach hutak vi chi gag huhun chi ahauab ; beleheb iak chi chinamit x-u qolela rib beleheb chi ahauab Cavikib, beleheb chi ahauab Nihaibab, cahi chi ahauab Ahau-Quiche, caib chi ahau Zakikib. (1) Gucumatz parait avoir opéré cette subdivision et créé les nouvelles charges, au tant pourcontenter l'envie des nobles inférieurs que pour dimi- nuer la puissance de la haute aristo- cratie; le Titre des Seigneurs deTotoni- capan en rapporte beaucoup de détails. (2) Ils auraient délaissé ou plutôt négligé les anciennes coutumes dans le feu de leurs querelles; ici le texte fait allusion à l'usage d'offrir du chocolat et d'autres boissons à ceux qui venaient solliciter la main d'une jeune fille à ses parents et celui' d'en envoyer plusieurs cruches remplies au beau-perc ou au mari futur. (3) Fruits de la guerre civile ; on déterrait les morts pour insulter à leurs restes et on se les renvoyait dans les combats où les partis proba- blement se retranchèrent plus d'une fois sur les grands tumuli qui ser- vaient de tombeaux. Ces désordres auraient déterminé Gucumatz à aban- — 309 — Après quoi leur empire prit un nouvel accroissement : (et comme ils étaient) en nombre fort considérable, leurs grandes maisons tinrent encore une fois conseil, et s'étant assemblées, elles se subdivisèrent (1). Car il avait surgi 'des querelles ; elles se jalousaient les unes les autres pour la rançon de leurs sœurs et de leurs fil les, déjà elles n'offraient plus leurs boissons (accoutumées) en leur présence (2). Voilà donc quelle fut Torigine de leur séparation, lors- qu'ils se tournèrent les uns contre les autres et qu'ils se lancèrent mutuellement les os et les têtes des morts et qu'ils se les renvoyèrent les uns aux autres (3). Alors ils se partagèrent en neuf familles : s'étant donc terminée la querelle des sœurs et des fil les, on mit à exécution ce qu'on avait résolu (de subdiviser) la royauté en vingt-quatre grandes maisons ; c'est ce qui eut lieu. Il y a longtemps déjà depuis l'arrivée de tous (ces prin- ces) dans cette ville, (ce qui eut lieu) lorsque se complétè- rent les vingt-quatre grandes maisons dans la capitale (dite) Gumarcaah, qui fut bénie par le Seigneur Evéque; cette ville s'est depuis lors (entièrement) dépeuplée (4). Là ils s'agrandirent ayant réuni avec éclat leurs trô- nes et leurs sièges princiers ; les titres de tous leurs hon- neurs ayant été dis! ri bues à chacun des princes, il se forma neuf familles avec les neuf princes de Cavek, neuf avec les princes de Nihaïb, quatre avec les princes d'Âhau- Quiche et deux avec les seigneurs de Zakik (5). donner le séjour d'Izmachi., quoique cette ville continuât depuis à être ha- bitée, mais comme un quartier ou faubourg éloigné de Ja capitale. (4) Gumarcaah ou Utlatlan fut incendié en grande partie par Alva- rado en mars 1524 ; mais après la sou- mission de l'empire quiche à la cou- ronne d'Espagne, les princes y firent de nouveau leur séjour. Don Fran- cisco Marroquin, premier évêque de Guatemala, s'y rendit en faisant la vi- site de son nouveau diocèse, proba- blement entre les années 1530 et 1540; Don Juan de Rojas, fils de Tecum II, el don Juan Certes, fils de Tepepul IV, y commandaient encore avec un reste de puissance, sous le titre d'Ahpop et d'.Ahpop-Camha ; ils vivaient en- core lorsque ce livre fut transcrit des caractères propres au quiche, en ca- ractères latins. (5) Ceux de Zakik appartenaient à la famille de Cotuha l". ■ — 310 — Quïa-tak x-uxic, qui chi naipuch chirih huhun ahauab; xa u nabe ri qo chi vi r'al u qaliol, tzatz u chinami- tal huhun chi ahauab : chi ka byih qui bi ri ahauab chu huhunal huhun u nim-ha. Vae eu te qui bi ahauab chuvach Cavikib, are nabe ahau va : Ahpop, Ahpop-Camha, Ah-Tohil, Ah-Gueumatz, Nim- Chocoh-Gavek, Popol-Vinak-Chituy, Lolmet-Quehnay, Po- pol-Vinak-Pa-Hom-Tzalatz, Uchuch-Gamha. Are eut ahauab ri chuvach Cavikib, beleheb chi ahauab, qolehe u nim-ha chu huhunal qate chic chi vachin u vach . » Are chi eu ahauab va chuvach Nihaibab, are nabe ahau va, Ahau-Galel ; Ahau-Abtzic-Vinak, Gale-Gamha, Nima-Camha , Uchuch-Gamha , Nim-Chocoh-Nihaibab , Avilix , Yacol-Atam-Utzam-pop-Zak-latol, Nima Lolmet- Yeoltux, beleheb eut chi ahauab chuvach Nihaibab. Arechicut Ahau-Quiche va, vae qui bi ahauab : Ahtzk> Vinak ; Ahau-Lolmet, Ahau-Nim-Chocoh-Ahau-Quiche, Ahau-Hacavitz , cahib ahauab chuvach Ahau-Quichéeb, qolehe u nim-ha. Caib chinamit chi naipuch Zakikib ahauab, Tzutuha, Ga- lel-Zakik, xahun chi nim-ha e caib chi ahauab. (l) Nous traduisons ces titres aussi | toutefois du sens, tous étant absolu- bien que possible, sans répondre | ment oubliés aujourd'hui. — 311 — Ils devinrent fort nombreux, et nombreux également (étaient les hommes qui venaient) à la suite de chacun des princes; ils étaient les premiers à la tête de leurs vassaux, et beaucoup, beaucoup de familles (appartenaient) à cha- cun des princes ; nous allons dire les titres de ces princes chacun en particulier et de chacune des grandes maisons. Or voici les titres des princes à la face de ceux de Ca- vek, celui-ci est le premier prince : YAhpop, YAhpop- Camha, le (prince des prêtres) de Tohil, le (prince des prêtres) de Gucumatz, le Grand-Elu de Cavek, le con- seiller de Chituj, le Ministre des tributs, le Conseiller au jeu de Paume de Tzalatz, le Majordome en chef (1). Tels sont les princes à la face de ceux de Cavek, neuf princes, dont les grandes maisons sont classées chacune en son rang et dont le titre sera expliqué de nouveau ensuite (2). Or voici les (noms des) princes à la face de ceux de Nihaïb, et celui-ci est le premier prince, YAhau-Galelj Y Ahau-Ahtzic-Vinak , le Gale-Camha > le Nima- Camha^YUchuch'Camhaj le Grand-Elu de Nihaïb , le (prince des prêtres) d'Avilix, le Yacol-Atam-Utzam- pop-Zaklatol, le Ministre de Yeoltux, et ce sont les neuf princes à la face de Nihaïb. Voici également ceux d'Ahau- Quiche et voici les titres de leurs princes : Y Ahtzic-Vinak, YAhau-Lolmet, le prince Grand-Elu d'Ahau- Quiche, le prince (des prêtres) de Hacavitz, quatre princes à la face de ceux d'Ahau- Quiché, dans Tordre de leurs grandes maisons. Deux familles également (se formèrent) des seigneurs de Zakik, de Tzutuhaeide Galel-Zakik, (quoiqu'il n'y eût) qu'une seule grande maison pour les deux princes. (2) Voir le dernier chapitre. — 312 BELEHPAH CHI TZIH. Quehecut x-tzakat-vi huvinak cahib chi ahauab, huvi- nak cahib naipuch chi nim-ha x-uxic ; ta x-nimaric gagal tepeual pa Quiche ; ta x-gagaiïc, la x-tepeuaric u nimal r'alal Quiche, ta x-chunaxic ta x-zahcabix puch zivan-ti- namit. X-ul chuli amag, nima amag qo eut u bï ahau x-niina- rizan Quiche : ta x-vinakirie gagal tepeual ; ta x-vinakiric r'ochoch Qabauil, c'ochoch naipu ahauab. Ma naipu are x-ebanouic ; mavi x-e chakun-tah, ma-pu x-qui ban-ta c'ochoch,, manai-pu xa-ta x-qui ban r'ochoch qui Qabauil, xa rumal x-e quiric c'al qui qahol ; Mana xa qui bochi xa-ta pu qu'eleg qui cupun-ta puch, quitzih vi chiquech ahauab chi qui huhunal ; tzatz naipuch catz qui chag x-uxic, x-molomoxïc u qoheic, x-jriolomox naipuch u tabal tzih hun chi ahauab. Quitzih-vi chi e log quitzih puch chi nim qui galem ahauab ; nimatalic xouatal puch u gih r'alaxic ahauab ru- mal r'al u qahol, ta x-quïaric ahzivan, ahtinamit ruq nai- puch . . . (1) Civan-tinamit, ravins et cité; c'est la ville fortifiée par ses murs, ses forteresses et les ravins qui l'entou- rent et lui servent de fossés naturels, les plus formidables qu'on puisse imaginer : c'est la condition de la plupart des anciennes cités de l'A- mérique centrale, Utlatlan ou Gu- marcaah se composait de trois pla- teaux distincts, entourés de ravins, reliés entre eux par des chemins à dos d'âne, revêtus de pierres de taille : notre compatriote M. César Daly en a relevé tous les plans en 1857 : il n'y avait qu'une seule entrée pour cette grande ville, celle par où on y 313 CHAPITRE NEUVIEME. Ainsi donc se complétèrent les vingt-quatre princes, comme il exista également vingt-quatre grandes maisons ; alors s'accrut la puissance avec la majesté au Quiche ; alors se fortifia et s'étendit la grandeur avec le joug du Quiche, lorsque la cité avec ses ravins fut bâtie de pierre et de chaux et se couvrit de ciment (1). Les nations petites et grandes venaient où était le nom du roi, contribuant à illustrer le Quiche : alors surgit la puissance avec la majesté ; alors surgit la maison du Dieu, ainsi que les maisons des princes. Mais ce ne furent pas eux qui les firent; ils n'y travaillèrent point, n'ayant pas pu cons- truire leurs maisons, ni même pu édifier la maison de leur Dieu, car ce fut par leurs vassaux qui s'étaient multipliés; Ce ne fut certainement pas la ruse, ni la violence qui les attirèrent ; en vérité ils appartenaient à ces princes chacun en particulier ; en grand nombre étaient aussi leurs frères et leurs parents , leur condition s'étant ac- crue, comme s'était accrue aussi la renommée des ora- cles (sortant) de la bouche des princes. Car véritablement ils étaient estimés, et grande était véritablement la gloire des princes ; et la vénération (qu'on avait pour eux) croissait ainsi que leur renommée, à cause de leors vassaux, et les habitants des ravins (d'a- lentour et de l'intérieur) de la ville augmentaient aussi en même temps qu'eux (2). pénètre encore aujourd'hui. Sur un autre plateau, au nord d'Utlatlan, sont les ruines à'Ilocab, avec une en- trée particulière, et au sud celle d'iz- machi, où l'on n'entre également que par un chemin qui lui est propre. (2) Âh-civan. ah-tmamit, habitants des ravins, habitants de la cité; tous ces ravins étaient habités par le bas peuple, et c'est de là que sortirent ces légions d'ennemis qui assaillirent si souvent et à l'improviste les sol- dats d'Alvarado, campés dans la plaine du Quiche en 1524. — 3Ii — Mana xata qui quehe x-ul qui ya quib ronohel amag, ca labal eut, x-kah-vi u zivan u tinamit ; ca rumal qui naual ahauab, x-egagaric rii ahau Gucumalz, ahau Co- tuha . Quitzih chi naual ahau ri Gucumatz x-uxic : huvuk ch'akan chi cah, huvuk eut chi be u bana kah-oc chi Xi- balba : huvuk chicut chi qohe chicumatzil, quitzih chi cu- matz ch'uxic : huvuk chi naipuch ch'u bano chi cotai, hu- vuk chic chi baiamil, quitzih vi chi cot, chi balam u va- chibal ch'uxic; huvuk chic chi remeic chi quiqel utuquel remanie quiq ch'uxic. Quitzih chi naual ahau u qoheic xibixibchuvach rumal ronohel ahauab. X-paxin ributaic, x-u ta ronohel ahauab amag u qoheic nauahahau. Arecut u tiqaric u nimaric puch Quiche, ta x-u ban ahau Gucumatz r'etal nimal.. X-ma zachel u vach u raam u qahol chu qux : ma-habia ta-la x-ban vi ri x-qohe-ta hun ahau naual, ta u qoheic xa yogbal bano xa u qutbal rib lom amag. X-uxic u rech ronohel amag, ta x-u rumal xere huqueic u ho- cah-le ahau ri naual ahau (1) Gucumatz et Cotuha II, Ahpop- Gamha de Gucumatz; la persuasion, la crainte et la violence achevèrent de leur soumettre la plus grande partie du pays des Marnes avec une grande étendue de la côte de Suchi- tepeque (Tilulo de los Serwres de Que- zoAlenango). (2) Au ciel, chi cah, ce qui signifie aussi En haut. (3) Chi Xibalba-, Ximenez traduit se iba al infierno, il allait à l'enfer. Ceci serait inexplicable s'il fallait que Xibalba fût l'enfer. Que ce fut Palenqué ou quelque autre ville voi- sine, c'était 'une ville ou un pays, — 315 - Ce n'est pas certainement que toutes les nations vinssent se rendre ainsi, comme en temps de guerre on entre par force dans leurs ravins et leurs villes, mais bien à cause des prodiges opérés par les rois et qui glorifièrent le roi Gucumatz et le roi Cotuha (1 ). Véritablement ce Gucumatz devint un roi merveilleux : chaque sept (jours) il montait au ciel (2) et en sept (jours) il faisait le chemin pour descendre à Xibalba (3) : tous les sept (jours) il revêtait la nature du serpent et vé- ritablement il devenait serpent : tous les sept (jours) également, il se faisait de la nature de l'aigle, tous les sept (jours) aussi, de la nature du tigre, et véri- tablement il devenait l'image parfaite d'un aigle et d'un tigre; tous les sept (jours) aussi, (il prenait) la nature du sang coagulé (4) et il n'était que du sang coa- gulé. En vérité l'existence de ce prince merveilleux remplissait d'effroi pour cela même tous les princes devant sa face. Le bruit s'en répandit (de tous les côtés) ; tous les rois des na- tions entendirent (ce qu'on disait) de l'existence dece prince prodigieux. Et ce fut là l'origine de la grandeur du Qui- che, quand le roi Gucumatz opéra ces signes de sa puis- sance. Le souvenir de ses petits-tils et de ses fils ne se perdit point dans la mémoire (des peuples) : non pas qu'il eût fait ces choses pour qu'il y eût un roi, opérateur de mer- veilles, mais afin que sa condition fût un moyen de domi- ner toutes les nations et pour en faireun moyen de se ma- probablement déjà bien abandonné, mais où il était peut-être bien resté quelque chose de sa puissance anti- que. Que Gucumatz s'y fût fait ini- tier et qu'il y allât en sept jours, c'est d'autant plus possible que l'on sait la rapidité avec laquelle les por- teurs de litières qui se relayaient de deux en deux lieues, marchaient dans ces contrées, poste humaine supérieure à toutes celles qui depuis ont été éta- blies par les Espagnols. (4) Toutes les histoires sont rem- plies des métamorphoses surprenan- tes de Gucumatz; nous n'entrepren- drons pas de les expliquer. — 316 — Gucumatz u bi , xavixare Ahpop, Ahpop-Camha. X-canah chicut qu'étal qui tzihel x-e gagaric x-e te- peuar puch ta x-e qaholan chicut ca qui qahol eut tzatz chic x-u bano. X-qaholax ri Tepepul Ztayul xaki ahaua- rem x-u bano r'o-le ; ahau x-uxic xavi x-e qaholanic hu- tak le chi ahauab. LAHPAH CHI TZIH. Va chicute qui biy chic u vak-le ahau, e caib chi nimak ahauab, E-Gag-Quicab, u bi hun ahau, Cavizimah u bi hunchic. Arecut tzatz chic x-u ban ri Quicab, Cavizimah, are chi x-nimarizan Quiche ru mal quitaih naual u qoheic. Are kahouic are puch x-paxinic u zivan u tinamit chuti amag, nimaamag, nakah tak, uxolqo-vi tinamit oher are u huyubal Cakchequeleb, ri Chuvila vacamic, u huyubal chi naipu Rabinaleb, ri Pamaca, u huyubcu Caokeb, ri (l) En suivant la liste des rois du Quiche, donnée par Vhagoge histo- riée», dont quelques fragments sont conservés dans les Mémoires del'his-- toire de Guatemala de Mgr Garcia Pelaez,ontrouve que le roi Hunahpu, le troisième de la liste de Juan os et le huitième suivant VIsagoge, con- corde avec Gucumatz, qui pouvait également «'appeler ainsi; or, Hu- nahpu est donné pour l'inventeur du cacao; il peut avoir été considé- ré comme tel par ses sujets , parce qu'il fut le premier à porter ses ar- mes à la cote où l'on cultivait ce fruit précieux et à en introduire l'usage au Quiche. (2) E-Gag-Quicab, nom qui signifie Les Feux Des Mains, ou du Miel. Cavizimah, calehassier orné. ou armé de guerre. Ximenez dans sa traduc- tion distingue parfaitement ces deux - 317 — nifester à elles coirime le seul chef des peuples. Ce roi pro- digieux, Gucumatz par son nom, fut la quatrième généra- tion royale, et certainement fil se distingua comme) Ahpop et Ahpop-Camha (1). Il resta d'eux également de la postérité et des descen- dants qui régnèrent aussi avec majesté et qui engendrèrent alors des fils qui tirent aussi beaucoup de choses. Ainsi fu- rent engendrés Tepepui et Iztayul, dont le règne fit la cin- quième génération ; rois ils furent (l'un et l'autre) et cha- cune des générations de ces princes procréa des fils. CHAPITRE DIXIEME. 4 Voici maintenant les noms de la sixième génération royale, des deux grands rois, Ë-Gag-Quicab, nom du pre- mier roi, et Cayizimah, nom du second (2). Et voici les grandes choses que firent Quicab et Cavizimah, et voici comment s'illustra le Quiche à cause de leur condition réellement merveilleuse. Voici donc la conquête et la destruction des ravins et des villes des nations petites et grandes, toutes très-rappro- chées entre lesquelles (était) la ville (distinguée) naguères comme la patrie des Gakchiquels (3), celle qui estaujour- princes , et par inadvertance sans doute, ne fait qu'un seul des deux dans son histoire abrégée des rois du Quiche (Hist. de la prov. de San Vi- cente de Chiapas y Guatemala, etc., lib. i, cap. 27). (3) Tous les documents s'accordent à exalter les grandes conquêtes de Quicab et des autres princes de la maison de Cavek. Voira ce sujet la dernière partie du commentaire. La capitale des Cakchiquels, désignée ici par les mots tinamit oher, cité d'au- trefois ou cité antique, était Iximché; mais il ne me parait pas que Quicab ait eu lieu de s'en emparer alors. Ixim ché, autrement dit TecpanQuauh- temalan, en langue nahuatl, adouci sous le nom de Guatemala qui a été donné à la cité espagnole et à tout le royaume, aujourd'hui république de Guatemala. 318 — Zakabaha, u tin a mit chien l Zakulenab, Chuvi-Migina, Xelahn, Chnva-Tzak rnq Tzolohche. Are x-r'ixouah Quicab : x-u ban labal quitzih vi x-ka- hic, x-paxic u zivan u tinamit Rabinaleb, Cakchequeleb, Zakuleuab : x-uleic x-pagaic ronohel amag, ca x-toge chi- naht u camiza Quicab. Huchob, ca-chob ta chic mavi c'u qam u patan chirech ronohel, x-kah u tinamit x-a qam u patan chu vach Quicab, Cavizimah ; X-e oc chi munil ; x-e lotzic, x-e cakquic chi ehe : raa- habi qui gih, ma-habi c'alaxic x-uxic. Xa-cha mi-x-qohe paxibal tinamit huzu chi hixtahic u chi uleu; queheri chi gozin caculha ch'u paxih abah chi xibinic libahchi ch'elah amag. ChuvachColcher'etal tinamit ramai vacamic hun huyub abah, x-zcaquin chic mavi x-gatatahic queheri x-choi chi ikah rumal ; chi la qo-vi pa tagah Petatayub u bi, calah (1) Chuvila, autrement dit Chichi- castenango. (2) Rabinal, dit aussi Ropenal dans quelques vieux documents, peut-être vient de rop, voler comme un oiseau; de là Ropenal, le vol, l'acte de voler, La cité principale de la tribu, à cette époque, était Zamaneb, dans les mon- tagnes de Xoyabah. (3) Pamaca, plus connue sous le nom de Tzacualpa, à Fentrée des montagnes de Xoyabah. (4) Çaokeb, ou Cauke, dont le nom est resté à deux petits villages, Santa- Maria et Santiago Cauke , dans les montagnes Cakchiquèles, à l'ouest de Guatemala, alors de la domination pokomame. (5.) Zakabaha, mieux Zakcaba- ha, blanche maison des sacrifices, aujourd'hui San-Ândres, à 8 1. envi- ron NN.-E. de Santa-Cruz del Quiche; c'était probablement une ville de la domination des Agaab. Etait-ce la même que Caft,&a-/ia,dontilest parlé plus loin, lieu célèbre pour les sa- crifices qu'on y offrait ancienne- ment, c'est ce qu'il est difficile de dé- miner ; l'un, cependant, ne devait pas être bien loin de l'autre, Cahbaha étant une ville des Agaab, aux limi- tes de Zacapulas et de S. Pedro Jo- copilas, ou Tamub. (6) Zakuleu, Terre Blanche, dont les ruines existent, à 1 1. à l'ouest de Huehuetenango; c'était une ville et — 319 — d'hui Chuvila (1), comme aussi dans les montagnes des Ra- binaliens (2), celle de Pamaca (3), dans les montagnes de Caokeb (4), celle de Zakabaha (5), comme aussi la ville de ceux de Zakuleu (6), de Ckuvi-Migina (7), de Xe- lahu($), de Chuva-Tzak (9) ainsi que celle de Tzoloh- Ces (villes) abhorraient Quicab : il leur fit la guerre et véritablement il conquit et ruina les ravins et les villes «les Rabinaliens, des CakchiquelSj et de ceux de Zakuleu : il amena et vainquit tous les peuples, et au loin Quicab étendit ses armes. Une ou deux nations n'ayant pas apporté le tribut de toutes leurs possessions, il entra de force dans leurs villes, pour qu'elles apportassent leurs tributs à la face de Quicab et de Cavizimah ; Elles entrèrent en servitude ; elles furent tourmentées et (leurs citoyens) attachés à des arbres et percés de flè- ches ; il n'y eut plus pour elles ni gloire ni honneur. Telle fut la ruine de ces villes, sitôt détruites à la face de la terre ; comme la foudre qui frappe et brise la pierre, ainsi parla terreur aussitôt il écrasait les nations (11). Devant Colché, comme signal d'une ville (ruinée) par lui, existe aujourd'hui une montagne dérocher, et peu s'en faut qu'elle ne soit taillée comme s'il l'eût tranchée de sa forteresse des Marnes, et son nom en cette langue était Chinabahul. (7) Chuvi-Migina ou Megena, Au- dessus de l'Eau bouillan te, ville et for- teresse qui de marne devint quichée ; elle était située sur une haute monta- gne où l'on voit encore ses ruines, que les Indiens désignent sous le nom de Coxtum, le château, au midi de Totonicapan où elles dominent les sources d'eaux thermales qui lui ont donné son nom. (8) Xelahu, dit aussi Xelahun-Quieh, sous les dix et sous les Dix-Cerfs, grande et ancienne ville marne avant d'être quichée et qui s'appelait alors Qulaha, située au pied du volcan A'ExcanuL ou de Santa-Maria, au- jourd'hui transportée avec ses habi- tants à Quetzaltenango. Son chef, qui s'appelait Chunzak-Yoc , fut vaincu et probablement mis à mort par Quicab (Titulo de los Seûores de Quezaltenango). (9) Chuva-Tzak, devant la forte- resse, nom quiche de la localité dési- gnée aujourd'hui sous le nom de Mo- mostenàngc. (10) Tzolohché , le sureau, ayant aussi un nom mexicain Xomacac , au'on retrouve dans le grand pueblo e Chiquimula. (11) C'est alors que la plupart des princes marnes du pays à'Otzoya, comprenant une grande partie des départements actuels de Totonicapan — 320 — vacamic ca r'il ronohel vinak que iqo-vi r'etal r'achihilal Quicab. Ma-habi x-cam-vi,ma-pu-habi x-chakatah-vi : quitzih vi chi achih? x-u qam eut u patan ronohel amag. Ta x-e naohin eut ahauab conohel ta x-bec gatey rih zivan, rih ti- namit x-kahinak-oc u tinamit ronohel amag. Qateeut ta r'elic varanel ilol ahlabal, ta x-quiba eut u vachinel chinamit lagabey huyub : Ve chi pe chic ta ch'ul u lagabeh u tinamit amag, x-e cha ta x-qui cuch qui naoh conohel ahauab. Ta.x-el qui vaban : Queheri ka quehoh, quehe-puca ka chinamit, quehe naipuch katzalam, ka qoxtun ch'uxic are chic k'oyoual, k'achihilal ta ch'ux-oc, x-e cha conohel ahauab, ta x-e elic u vaban huhun chi chinamit, culelaay rech ahlabal. Ta x-e pixabax eut ta x-e be puch vaban lagabey u huyubal amag, chi bec rumal ca huyubal chic : M'y xibih yvib uve qo chic ahlabal ch'ul chic yvuq ta camizai yve ; anim ch'nl y byih, ch'i be, nu ca camizah, x-cha-cut Qui- et de Quezaltenango, furent mis à mort et remplacés par des seigneurs de la famille de Cavek. (4) Colche ne se retrouve pas par- mi les noms qu'on a conservés des villes de la grande côte du Xuchite- pec . dont il est question ici : le nom de Petatayub est d'origine nahuatl, Petlatl-ayutl, qui désigne une es- pèce de tortue : entre les populations de cette contrée, les unes étaient d'o- rigine marne, les autres d'origine na- huatl, et elles avaient été déjà sou- mises au tribut souslerègnedeGucu- matz. Le grosde la nation marne, ren- fermée dans les montagnes inacces- sibles qui s'étendent au nord -ouest du volcan de Tajumulco jusqu'à celui de Tacana, s'efforça de résister à ce torrent impétueux! Mais tout le pays de Xelulul (Zapotitlan), de Cuyote- nango (Tzam-Yac), de Mazatenango (Cakolqueh), la côte entière, avec ses riches produits, devint la proie des Quiches jusqu'à Mazatlan, au terri- toire de Soconusco. Entre les tributs — m — hache ; elle est là sur la côte nommée de Petatayub (1), où elle est encore visible aujourd'hui, que tout le monde la voit en passant, comme, le signe de la vaillance de Quicab. On ne put ni le tuer ni le vaincre : véritablement c'était un héros et toutes les nations lui apportaient leur tribut. Alors tous les princes ayant pris conseil, s'en allèrent for- tifier les contours des ravins et des villes, ayant emporté dès lors les villes de toutes les nations (2). Après quoi on fit sortir les sentinelles, chargées d'ob- server l'ennemi (loin de la capitale), et l'on créa les nou- velles tribus qui devaient (comme des colonies) occuper à demeure les pays conquis (3). Pour le cas où le peuple re- tournerait occuper la ville, dirent tous les princes en se réunissant en conseil. * Alors ils sortirent aux lieux qui leur avaient été signalés : Ce seront là comme nos retranchements et comme nos tri- bus, ce seront comme nos murailles et nos châteaux; que ce soit là notre force et notre bravoure, dirent tous les sei- gneurs, lorsqu'ils s'acheminèrent au poste signalé à cha- cun pour sa tribu et y combattre ses ennemis (4). Et lorsqu'ils furent avertis ainsi (de ce qu'ils avaient à faire), ils se mirent en chemin, pour prendre possession des pays des nations (vaincues) qui leur étaiept signalés et s'en allèrent pour cela à ces pays : Ne vous effrayez point que les chefs de cetle contrée s'enga- gèrent à payer au roi, on cite le pois- son de Zamala, de YUquz, du Nil et du Xab qui sont quatre rivières dé- bouchant sur l'océan Pacifique (Ti- tulo de los Senores de Quezaltenan- go). (2) C'est ce qui explique comment la langue quichée se substitua dans tous ces lieuxà la langue marne, avec laquelle elle a, d'ailleurs, une pa- renté fort rapprochée. (3) Cette création se fit parmi les membres inférieurs des trois famil- les régnantes, de Cavek, de Nihaïh et d'Ahau-Quiché, à qui Quicab dis- tribua les villes conquises, com- me Guillaume le Conquérant le fit des seigneuries saxonnes aux Nor- mands en Angleterre. (4) Le Titre des Seigneurs de Toto- nicapan énumere les diverses charges et titres qui furent créés à cette occa- sion et désigne les princes qui en fu- rent revêtus et qui allèrent prendre possession de leurs seigneuries. 21 — 322 cab chiqueeh, ta x-e pixabaxic conohel vacb ruq Galel, Ahtzic-Vinak. Ta x-beiheic ri uchi-cha. uchi-qam, ch'u cbaxic : ta x- paxin rib u mam u cahau ri ronobel quecbe vinak; qo pa hubun chi huyub, xa cbabal huyub, xa pu chahal cha, caam, chahal labal pacb ta x-bec. Mana hunta zakir vi manai-puch hunta u qabauil, xa gatey rih tinamit. Ta x-elic ronobel Ah-Uvila, Ah-Chutimal, Zakiya,Xah- baquieh, Chi-Temah, Vahxalahuh, ruq chic Ah-Cabrakan, Chabicak-Chi-Hunahpu, ruq Ah-Maka, Ah-Xoyabah, Ah-Zakcabaha, Ah-Ziyaha, Ah-Migina, Ah-Xélahuh, ta- gahal huyub ri ; x-elic varay labal, chahal uleu ta x-bec ruinai Quicab, Gavizimah, Ahpop, Ahpop-Camha, Galel, Ahtzic-Vinak, e cahib chi ahauab. X-e takonic, x-e varan puch ahlabal Quicab, Cavizi- mah u bi ahau chuvach Gavikib e caib, Quema u bi ahau chuvach Nihàib, Achak-lboy cutu bi ahau chuvach Ahau- Quiche. Are eut qui bi ahau ri x-e takouic, x-e zamahe- (1) Le Galel, chef de la maison de Nihaïb. et l'Ahtzic- Vinak, chef de la maison d'Ahau-Quiché : le Titre des Seigneurs de Totonicapan, le Titre des Seigneurs de Quezaltenango et le Titre royal d1 Uzcuin^Nihaïb donnent beau- coup de détails sur les victoires aux- quelles ce dernier contribua. (2) Uvila,\wwChuvi-La, auprès de Santo-Tomas Chichicastenango'. (3) Cabrakan, généralement dési- gné sous le nom de Cabrikan, dans les montagnes qui s'élèvent auN.-O. de Quezaltenango. (4) Chabicak-chi-Hunahpu, c'est-à- dire Flèche de Feu de Hunahpu, ou ~ m — s'il y a encore des ennemis et qu'ils viennent à vous pour vous tuer : en toute hâte venez me le dire, j'irai et les ferai mourir, leur dit aussi Quicab, quand tous les chefs furent congédiés avec le Galel et l'Ahtzic-Vinak (1). Alors partirent avec armes et bagages les chefs-de-lan- ces et les chefs-de-frondes, ainsi qu'on les appelait : alors se répandirent de toutes parts les aïeux et les pères de toute la nation quichée ; il y en eut en chacune des con- trées (conquises), seulement pour garder les monts, pour garder les lances et les frondes et pour veiller à la guerre, au moment où ils s'en furent. Ils n'eurent point un ber- ceau différent et point non plus de dieu distinct (de celui delà mère-patrie, n'ayant pensé alors) qu'à fortifier leurs villes. Alors sortirent (de la capitale) tous les (princes désignés comme) seigneurs à'Uvila (2), de Chutimal, de Zakiya, de Xahbaquieh, de Temah, de Vahxalalitih, avec les seigneurs de Cabrakan (3), de Chabicak en Hun- ahpu (4), avec les seigneursde Pamaka, de Xoy aboli (5), de Zakcabaha, de Ziyaha (6j, de Migina, de Xelahuh et des pays de la côte ; ils sortirent pour veiller à la guerre et garder la terre où ils allèrent par ordre de Quicab et de Cavizimah, l'Ahpop et l'Ahpop-Camha , du Gaiel et de l'Ahtzic-Yinak, qui étaient les quatre souverains. Ils furent dépêchés pour veiller sur les ennemis de Qui- cab et de Cavizimah, noms des deux rois (qui étaient) à la tête (de la maison) de Cavek,.de Quema, nom du roi (qui était) à la tête (de la maison) de Nihaïb, etd'Achak-Iboy, à'Un-Tireur de sarcabane. Dans un autre MS. ce lieu est nommé Chao- Cak-chi-Hunahpu,Feu qui parle dans le Hunahpu, ce dernier étant le nom du fameux volcan de Fuego, auprès de Guatemala. (5) Xo yabah, mieux Xo l-a bah, Au mi lieu des pierres; c'était une forteresse i considérable. qui défendait l'entrée des montagnes des Rabinaliens, à l'est du Quiche. (6) Ziyaha, Maison de l'Eau de Chien, qu'on retrouve dans les deux ou trois pueblos portant le nom de Cija, et dont Santa-Catarina lztla- huacan estencoreaujourd'hui le plus — 3-24 — lanpuch, ta x-e bec c1al qui qahol pa huyub, pa huhun chi huyub; X-e na eu nabe ; x-ul na canab x-ul na pu teleche chu vach Quicab, Cavizimah, Galel, Ahtzic-Vinak. X-quiban chi vi labal ri uchi-cha, uchi-caam x-e canab chic, x-e telecheen chic : e achih x-e ux chic ri e vaban ; x-e y aie, x-e quïar eut qui chi eut, qui quxlal, cumal ahauab, ta ch'ul qui ya qui canab, qui teleche ronohel. Qatecut ta x-cuch naoh cumal, ahauab, A h pop, Ah- pop-Camha, Galel, Ahtzic-Vinak, ta x-el eu naoh xa cacha-pa qui nabe chi qohe-ta qu'ekalem vachinel china- mit ch'oc-vi. — In Ahpop, In Ahpop-Camha ! ahpop chir'- ekaleh vech-oc, chi eu ave, at Ahau-Galel. —Galel ri galem x-ctruxic, x-e cha-cut ronohel ahauab ta x-qam qui naoh. Xavi eu quehe x-u bano Tamub, Ilocab : hunam vach ox-chob chi Quiche, ta x-ban chaponic x-qui cobizah u nabe c'al qui qahol. Quehecut u qamic naoh : macu chiri (1) Dans les listes royales qui ter- minent ce livre, on trouve le nom de Quema comme l'avant- dernier roi de la maison de Nihaïb, avant l'invasion espagnole. Celui à'Achak-lboy ne pa- raît pas dans la liste des rois d'Ahau- Quiché;il est probable qu'il avait encore un autre nom, celui-ci signi- fie Excrément d'Armaâille. Quiche se laissèrent entraîner. Pour assurer leurs conquêtes, ils furent obligés d'y envoyer la plupart des chefs de familles de leur maison, qui formaient leur principale noblesse, et en éloignant d'eux l'aristocratie, ils se trouvèrent dans la nécessité d'élever la position des classes subalternes. Les chefs de la bourgeoisie ou du (2) La révolution racontée ici si } peuple levèrent la tête, et leur émanci- brièvement eut pour causes principa- nation eut lieu comme autrefois en les les guerres mêmes où les rois du I Europe celle des communes. Le M S. — &m — nom du roi (qui était) à la tète (de la maison) d'Ahau Qui- che (1). Et c'étaient là les noms des rois par qui ils furent envoyés et dépêchés, lorsque leurs vassaux allèrent (s'éta- blir) en ces contrées et sur chacune de ces montagnes. Ils se mirent en chemin tout d'abord; des captifs et des prisonniers de guerre entrèrent (par leurs soins) à la face de Quicab et de Cavizimah, du Galel et de l'Ahtzic- Vinak. Partout les chefsde-lances et les. chefs-de-frondes faisaient la guerre, emmenant toujours de nouveaux cap- tifs : ils devinrent à leur tour des héros, eux qui n'étaient que gardiens des postes (aux frontières); ils s'assirent (avec orgueil) et leur langage s'enhardit comme leurs pen- sées, à cause des rois, lorsqu'ils entraînaient (devant eux) leurs prisonniers et tous leurs captifs (2). Après quoi le conseil s'asiembla par ordre des rois, de l'Ahpop, de l'Ahpop-Camha, du Galel et de l'Ahtzic- Vi- nak (3), et il en sortit la décision que, quoi qu'il dût arri- ver, ils demeureraient les premiers, leurs dignités étant là pour représenter leur famille. — Je suis l'Ahpop, je suis TAhpop-Camha (s'écrièrent-ils)! ahpop pour porter ma charge comme la tienne, ô Ahau-Galel. — Quant aux ga- lels, leur noblesse sera (4), répondirent tous les seigneurs en prenant leur décision. De même aussi firent ceux de Tamub et d'Ilocab : égale (fut dès lors) la condition des trois races du Quiche, lors- que les chefs du peuple firent main basse (sur la royauté) Cakchiquel donne sur cette l'évolution des détails très-curieux. (3) Dans ce conseil, à ce qu'il pa- rait, les chefs du peuple se tirent re- Erésenter; ils demandèrent des li- ertés pour tous, l'abolition des cor- vées, etc. Sur les représentations de la noblesse, les six principaux meneurs turent pendus : mais leur mort fut le signal de la révolte. Le peuple se leva en masse, un grand nombre de nobles furent massacrés, et le roi Qui- cab, prisonnier dans la ville de Pan- petak, fut forcé de souscrire à toutes les demandes des rebelles. C'est alors probablement qu'eut lieu le conseil dont il est question ici. (4) La traduction de ce verset est d'une grande difficulté ; Ximenez le Fasse absolument; il est visible que auteur cherchait à embrouiller une matière que son orgueil de race lui permettait à peine de détailler. — 326 x-chap-vi Quiche. Qo u bi huyub x-chup-vi u nabe al- qahol, ta x-e tak eut ronohel qo pa hunhun chi huyub, xahun x-e cuch-vi. Xebalax, Xecamac u bi huyub x-e chap-vi, ta x-oc qui galem, chiri Ghuljmal x-ban-vi. Va cute qui cobic, qui chapic, qu'etaxic puch huvinak galel, huvinak ahpop, x-chapic rumal Ahpop, Ahpop- Carnha, rumal puch Ga-lel, Ahtzic-Vinak : x-oc qu'ekaleoi ronohel galel-ahpop, hulahuh nim-chocoh, galel-ahau, galel-zakik, u galel-achih, rahpop-achih, rahtzalam-achih, ntzam-achih, quibi achi.hab x'oquic, ta x-e cobic, x-e bi- naah puch chuvi qui tem, chuvi qui chakaC, e u nabe r'al u qahol Queche-Vinak ilol rech taol rech uchi-cha uchi- caam, quehoh, tzapib, tzalam, qoxtum chirih Quiche. Xavi eu quehe x-u bano Tamub, llocab, x-u chapo, x-u cobizah puch u nabe r'al u qahol qo pa huhun-chi huyub. Arecut u xenabic galel-ahpop, rekalem pa huhun chi huyub vacamic : quehe r'elic ri ta x-e elic chirih Ahpop, Ahpop-Camha, chirih puch Galel, Ahtzic-Vinak x-el-vi. (1) Il est clair que les chefs des fa- milles de Tamub et d'Ilocab, humi- liées depuis plus de deux siècles et ré- duites à une sorte d'ilotisme, profitè- rent de cette occasion pour relever la tête et reprendre rangdans lanobjesse. ( 2) Véritable assemblée con stit uante et qui prouve combien peu ces peu- ples étaient stationnaires. (3) Le nom de cette localité, célèbre naguère dans les annales du Quiche, est perdu aujourd'hui : quelques In- — 327 — et se firent ennoblir (1). Telle fut l'issue de cette assem- blée : mais ce ne fut pas là au Quiche même que fut saisi (le pouvoir). Le nom du lieu existe où les chefs des vas- saux s'emparèrent (de la puissance), quand ils eurent été tous envoyés chacun en une localité et qu'ils s'assemblè- rent ensuite tous ensemble (2). Xebalax et Xecamac sont les noms du lieu où ils se mirent en possession du pouvoir, au temps où ils entrè- rent dans les dignités, et cela eut lieu à Chulimal (3). Voilà quelle fut la nomination, l'installation et la re- connaissance des vingt galel Qi des vingt ahpop, qui fu- rent installés par l 'Ah pop et l'Ahpop-Camha, par le Galel et l'Ahtzic-Vinak : tous les galel-ahpop entrèrent en di- gnité (comme aussi) onze nim-chocoh, galel-ahpop, ga- lel-zakik, galel-achih, rahpop-achïh, rahtzalain-achïh, utzam-achih) titres des guerriers que ceux-ci obtinrent, quand ils furent nommés et titrés sur leurs trônes et sur- leurs sièges, eux, les chefs des vassaux de la nation qui- chée, ses vigies et ses oyants, ses chefs-de-lances et ses chefs-de-frondes, les remparts, les portes, les murs et les tours qui défendent le Quiche. De cette manière aussi le firent ceux de Tamub et d'Ilo- cab, les chefs du peuple qu'il y a en chacune de leurs lo- calités, ayant saisi le pouvoir et s'étant fait titrer. Telle fut l'origine des galel-ahpop et des dignités qui existent au- jourd'hui en chacun de ces lieux : telle en fut la source, lorsqu'elles surgirent de par lAhpop et de par l'Ahpop- Gamha, comme aussi du Galel et de l'Ahtzic-Yinak, de qui elles prirent naissance (4). diens m'indiquèrent des ruines du nom de Chulimal entre Lemoa, Chi- chicastenango et le pied des monta- gnes de Totonicapan. (4) Ce furent bien les quatre chefs suprêmes qui conférèrent ces digni- tés; concession arrachée par fa vio- lence, mais qui eut pour conséquence d'accroître la puissance royale aux dépens. de l'aristocratie féodale, ainsi que le dit fort bien le MS. Cakchi- quel. — 328 — HULAHPAH CHI TZIH. Arecut x-chi ka byih chic u bi r'ochoch qabauil ; xavi- xere x-u binaah r'ochoch ri u bi Qabauil, Nimak-Tzak- Tohil, u bi tzak r'ochoch Tohil, rech Cavikib. Avilix eut u bi tzak r'ochoch Avilix, rech Nihaibab, Hacavitz chicut u bi tzak r'ochoch u qabauil Ahau-Quiche. Tzutuh-A qu'il na Gahba-ha u bi chic nimak Tzak, x- qohe-vi abah x-gihiloxic rumal ahauab Quiche, gihilox puch rumal ronohel amag. Ch'oc na u qaloh amag nabe chuvach ri Tohil, qatecutta ch'ugihilachicAhpop, Ahpop- Gamha. Qate ch'ul qui ya qui gug, qui patan chuvach Ahau; are Ahau chic are chi puch qui tzukun qui coon, Ahpop, Ahpop-Camha. X-kazan qui tinamit e nima ahauab e naual tak vinak, naual ahau ri Gucumatz, Cotuha, naual ahau curi Quicab, Gavizimah. Qu'etaam uve labal chi banic, calah chi-qui-vach rono- (1) Ainsi les trois maisons régnan- tes avaient dans la même enceinte chacune son temple : d'après les dé- bris qu'on trouve à l'çntour du Grand- Édifice de Tohil, bien connu des voya- geurs que sa masse colossale frappe au premier aspect, à l'approche des ruines d'Utlatlan , près de Santa- Cruz del Quiche, on voit que chacune des trois, familles avait aussi un pa- lais en cet endroit. (2) Tzutuh-a, littéralement Eau fleurie, qui est aussi le nom d'un grand édifice, c'est-à-dire d'un tem- ple qu'on voit à Cahbaha. Cette lo- calité, dont il n'est parlé dans aucun autre document historique, se trouve mentionnée seulement clans un Titre commun des terres de Zacapu las, aux archives du palais à Guatemala, et devait se trouver dans le territoire des Agaab, non loin des bords du fleuve Lacandon. Il ne serait pas im- possible que ce fût l'ancienne ville i ndigène à laquelle fut substituée Zak- cabaha, aujourd'hui San-Andrès. Cah- ba-ha, qui vient du verbe kah, des- cendre, abattre, d'où qahb, sacrifier, 329 - CHAPITRE ONZIEME. Voici donc que nous dirons maintenant le nom de la maison du dieu ; en réalité, sa maison s'appelait du nom du dieu, le Grand-Edifice de Tohil, nom de l'édifice de la maison*de Tohil, propriété des Cavek. Et Avilix était le nom de l'édifice de la maison d' Avilix, propriété des Ni- haïb, et enfin Hacavitz était le nom de l'édifice de la mai- son du dieu d'Ahau-Quiché (1). Tzutuha(ou la Fontaine Fleurie), qu'on voit à Cahba- ha, est le nom d!un autre très-grand Edifice (2), où il y avait une pierre (3) qui était adorée par les rois du Qui- che et qui était aussi adorée par toute la nation. Le peu- ple introduisait son offrande d'abord devant Tohil, et puis il allait adorer à son tour l'Ahpop et l'Ahpop-Camha. Ensuite ils apportaient leurs plumes précieuses et leurs tri- buts devant le Roi; et ce Roi aussi ils le soutenaient et l'ali- mentaient, l'Ahpop et l'Ahpop-Camha. C'étaient eux qui avaient fondé la cité, eux les grands rois et tous les hommes opérateurs de merveilles, le merveilleux roi Gucumatz,avec Cotuha, et aussi le merveilleux roi Quicab avec Cavizimah. Ils savaient si la guerre se ferait, et tout était clair à immoler, signifie Maison de l'Abat- toir ou du Sacrifice. (3) Juarros, d'après Fuentes, parle également d'une pierre que les Qui- ches consultaient dans les occasions importantes : d'après ce dernier,c'était une sorte d'obsidienne ou plutôt de Ï)ierre métallique au fond noiret bril- ant eomme une glace, où les dieux exprimaient leursoracles par des ima- ges parfaitement visibles. Dans le Ti- tre des Seigneurs de Totonicapan, il est dit que les Quiches, lors de leur alliance avec Qotuha, trouvèrent à Tzutuha, lieu de sa résidence, la pierre en question, semblable à celle qu'ils tenaient de Nacxit. C'est cette circonstance de l'adoration de la pierre, de la Fontaine Fleurie, Tzu- tuha, et du nom de Cahbaha, qui me frappa là première fois que je fus en état de lire l'original en langue qui- chée,à cause de leur coïncidence, tout accidentelle probablement, avec la pierre noire adorée à la Mecque, du puits de Zemzem et de la Caaba. — 330 — hel : chiqu'ilo uve camic uve vaih, uve chaoh chibanic. Xax qu7etaani-vi qo qufibal re, qo vuh, Popol Vuh u bi cumal. Mana xaquehe e ahanab nim qui qoheic : nim naipuch qui meuahic, are logbal tzak, logbal pu ahauarem cumal : nantie chic x-e meuahic, x-e qahbic chuvach qui qabauil. Va cute qui meuahibal : Beleh vinak que meuahic, hu-beleh eut que qahbic, que qatonic : oxlahu vinak chic qui meuahibal, oxlahu chicut que gahbic, que qatonic chuvach Tohil; chuvach pu qui qabauil xa tulul, xa ahache, xa ginom chi qui loo. Are ma-habi va chi qui veeh, uve vuklahuh vinak que qahbic, uva lahuh eut que meuahic Mavi que vaic quit- zih vi, chi nima auazinic chi qui bano, are r'etal qui qo- heic e ahauab ; Ruq eut ma-habi ixok chi var eut; xa qui-tuquel chi qui chahih quib, que meuahic, xa pa rochoch qabauil, que qohe-vi hutagih, xa gihilonic, xa qatonic, xa pu qahbic chi qui bano. Xavi chiri e qo-vi xgek, zakiric, xa ch'og qui qux, xa pu ch'og qui pam, ta que tzononic chirech u zak, u gazlem c'al qui qahol, chire naipuch c'ahauarem chi qui pâgaba qui vach chi cah. Va cute qui tzonobal chuvach qui Qa- bauil, ta que tzononic, arecut rogeh qui qux va. (1) Popol Vuh, le livre national, contenant les mystères dont il est question dans les deux premières parties de cet ouvrage et sans doute aussi la science de l'astronomie, de l'astrologie judiciaire, l'art de la ma- gie et les règles du rituel , etc. (2) Voir la note 6 du ch, 1, part, ni . — 331 — leurs yeux : ils voyaient s'il y aurait mort ou famine, si une contention devait avoir lieu. Ils savaient même où était ce qui leur manifestait toute chose, où était le livre, par eux appelé le Livre National (1). Mais ce n'est pas seulement de cette manière que les rois (montraient) la grandeur de leur condition : grands aussi étaient leurs jeûnes avec quoi ils payaient (la possession de) leurs palais et de leur royaume : ils jeûnaient fort longtemps, en offrant devant leur dieu. Or voici quel était leur jeûne. Neuf hommes jeûnaient, et neuf autres offraient et brû- laient l'encens : treize hommes encore (étaient occupés) du jeûne, et treize autres offraient et brûlaient l'encens devantTohil, et devant leur dieu ils ne mangeaient que des sapotes, des ahaches et des jocotes (2), Car ils n'avaient point de pain (3) à manger, soit qu'ils fussent dix-sept hommes à offrir, soit que dix (fussent occupés) à jeûner. Ils ne mangeaient véritablement pas, dans la grande œuvre sainte qu'ils faisaient et qui était la marque du caractère des rois; Ils n'avaient pas non plus de femmes avec qui dormir; mais ils (demeuraient) seuls pour se garder dans la con- tinence (4), en jeûnant dans la maison du dieu où ils étaient chaque jour, s'occupant .uniquement à adorer, à .offrir et à brûler de l'encens. Ainsi ils étaient là du soir au matin, à gémir unique- ment du fond de leurs cœurs, à gémir du fond de leurs entrailles, implorant la lumière et la vie pour leurs sujets, comme aussi la puissance pour eux-(mêmes), en élevant leurs regards vers le ciel. Or voici. Sa demande (qu'ils adressaient) à la face de leur Dieu, en le priant, et voici quel était le gémissement de leurs cœurs : (3) Va, mot générique de tout ali- ment substantiel, mais en particulier de la crêpe de farine de maïs, que l'on appelle tortilla. (4) Chi qui chahih quib, ils gar- daient soi, c'est-à-dire, restaient con- tinents. — .335 — Acarroc, Atoob u gih, at Hurakan, at u Qux cab, uleu ! At yaol rech ganal-raxal, at pu yaol mial, qahol! ch'a tziloh, ch'a maquih uloc a raxal, a ganal : ch'a ya-tah u qazeic vinakiric v'al nu qahol; chi pog-tah, chi vinakir- tah, tzukul ave, cool ave ; ziquiy ave pa be, pa hoc, pa beya, pa zivan, xe che, xecaam. Ch'a yaa qui mial, qui qahol. Ma-ta-habi il-tzap, yan- qexo : ma-ta ch'oc qaxtokonel chiquih, chi qui vach. M'e pahiç, m'ezokotahic; m'e hoxouic, m'e gatouic. M'e kahic r'equem be, r'ahzic be. Ma-ta-habi pak, toxcom chiquih, chi-qui-vach : que a-yatah pa raxa be, pa raxa hoc; ma- ta-habi qu'il, qui tzap a cuil, av'itzmal. Utz-tah qui qoheic tzukul ave, cool ave ch'a chi, ch'a vach, at u Qux cah, at u Qux uleu, at pizom Gagal, at puch Tohil, Avilix, Hacavitz, pam cah, u pam uleu, cah tzak, cah xucut. Xa-ta zak, xa-ta amag, u pam ch'a chi ch'a vach, atQabauil ! Quehecut ri ahauab, ta que meuahic chupan ri beleh vinak, oxlahu vinak, vuklahu vinak puch ; qui meuaih gih, ch'og qui qux chuvi c'ai qui qahol, chuvi puch ronohel ixok, alcual, ta x-qui ban qui patan huhuu chi ahauab. (1) Acarrok , exclamation sup- pliante , exprimant quelquefois la douleur, quelquefois une espé- rance humble vers le ciel. Atoob , d'alo, beau, bon, pluriel atoob, ex- primant la beauté et la bonté par ex- cellence. (2) Le tentateur, qaxtokonel, le trompeur, de qa-xtqk, mensonge, qaxto- koh, mentir. — 333 — « Salut, Beauté 'du jour (1), 6 Hurakan, Cœur du ciel et de la terre! Toi qui donnes la gloire et la félicité ; toi qui donnes les filles et les fils ! tourne-toi (vers nous) et répands la prospérité (avec) tes bienfaits : donne la vie et l'être à mes sujets; qu'ils croissent et vivent, eux, les soutiens et les nourriciers de tes (autels); qui t'invoquent dans le chemin, sur les routes, au bord des rivières, dans les ravins, sous les bois, sous les lianes. » Donne-leur des filles et des fils. Qu'il ne leur arrive ni disgrâce, ni infortune : que le tentateur ne s'introduise point derrière eux, ni en leur présence (2). Qu'ils ne glis- sent point, qu'ils ne se blessent point; qu'ils ne soient ni fornicateurs, ni sentenciés par le juge. Qu'ils ne tombent point dans le bas du chemin, ni sur le haut de la route. Qu'il n'y ait point de pierre d'achoppement ou de péril derrière eux ou en leur présence : prépare- leur un che- min uni et des sentiers ouverts; qu'il n'y ait ni malheur ni infortune qui leur (vienne) de tes rayons (3). » Que leur existence soit heureuse, eux les soutiens et les nourriciers de ta (maison) devant ta bouche et devant ta face, ô Cœur du ciel, ô Cœur de la terre, toi, Majesté Enveloppée, ô Tohil, Avilix, Hacavitz, qui remplis le ciel et la terre aux quatre extrémités, aux quatre points car- dinaux. Aussi longtemps que la lumière existe (4) qu'ils soient devant ta bouche, devant ta face, ô Dieu ! » Ainsi (parlaient) les rois,, tandis qu'au dedans jeûnaient les neuf hommes, les treize hommes et les dix-sept hom- mes ; ils jeûnaient de jour, leurs cœurs gémissant sur leurs sujets et sur toutes les femmes et les enfants, lorsque ceux-ci portaient leur tribut à chacun des rois. (3) De tes rayons ; le texte dit : Ma- la-habi qu' il, qui tzap a cuil, av1 itzmal, que point ait leur mal, leur infortune ton poil, ta chevelure. (4) Xa-ta zak, m-ta amag , litté- ralement, tant que lumière, tant que peuple (ou demeure); c'est une expres- sion pour dire toujours. — 334 — . Are logbal zak qazlem, logbal puch ahauarem, are r'ahauarem Ahpop, Ahpop-Camha, Galel, Ahtzic-Vinak. E ca-cab ta que oquic que halou quib, chir'ekalixie amag ruq ronobel Queche-Vinak. Xahun x-el vi u xetzih, u xepuch tzukuh, cooh : xavi u xe tzih, xavi quehe c'u bano Tamub, Ilocab, ruq Rabi- naleb, Cakchiqueleb, Ah-Tziquinaha, Tuhalaha, Ucha- baha, xahun cheel vi ta xiquin chiri Queche ta ch'u ban rech ronohel. Manaxaki quehe x-e ahauaric. Mana xax-qui cak co- chih tzukul que, cool que, xata qui vain uqaha x-qui bano. Ma pu xa log-tah : x-qui tzubu, x-qu'elegah c'ahauarem, qui gagal, qui tepeuaL Manai-pu xata quehe x-kah u zivan u tinamit: chuti amag, nima amag nim 1 ah il x-qui yao : x-ul xit, x-u] pu- vak, x-ul puch guhcab, r'akan tu vie, r'akan chi quval chi yämanic ; x-ul puch raxon qubul-chactic, u patan ronohel amag ; x-ul chi qui vach naual ahauab Gucumatz, Cotuha, chuvach puch Quicab, Cavizimah, ri Ahpop, Ahpop- Camha, Galel, Ahtzic-Vinak. Mavi xa chutin x-qui bano, manai-pu xata zcaquin chi amag, x-qui kazah : quïa chob chi amag x-ul u patan Qui- (1) Ces prières, sentiments des rois priant pour les peuples dont ils sont chargés, montrent une nation pro- fondement religieuse. 11 y a certai- nement beaucoup d'analogie entre les coutumes de la royauté quichée et la royauté en Israël ; leurs vœux sont les mêmes. (2) En effet le culte était le même partout, et à quelques détails près, on — 33r> — C'était là le prix 'de la- civilisation (dont ils jouissaient), et le prix de la puissance, c'est-à-dire de la puissance de l'Ahpop, de l'Ahpop-Carnha, du Galeletdel'Ahtzic-Vinak. De deux en deux ils entraient et se rechangeaient, char- gés du poids de la nation et de tout le peuple Quiche (1). Il n'y avait qu'une seule origine à leur tradition et une origine à l'usage de soutenir et d'alimenter (les autels) : c'était la même origine à leurs traditions ; car de même aussi faisaient ceux de Tamub et d'Ilocab, avec les Rabi- naliens, les Cakchiquels, ceux de Tziquinaha, de Tuhalha, d'Uchabaha, et il n'y avait qu'une bouche et qu'une oreille au Quiche en faisant tout ce qui les concernait (2). Mais ce n'était pas seulement ainsi qu'ils régnaient. Ils ne gaspillaient point les dons de ceux qui les soutenaient et les alimentaient, sinon qu'ils (m faisaient leurs mets et leurs breuvages. Ils ne les achetaient donc point : ils avaient obtenu par leur habileté et enlevé de force leur em- pire, leur majesté et leur puissance. Ce ne fut pas seulement de cette manière que les villes avec leurs ravins furent humiliées : les nations petites et' grandes apportèrent des rançons considérables : on vil arriver les pierres précieuses, les riches métaux et le miel le plus doux, les sceptres d'émeraudes et les perles (3) ; à leur tour arrivèrent les ouvrages en plumes (4), tributs de tous les peuples ; .ils arrivèrent en présence des rois mer- veilleux Gucumatz et Cotiiha, en présence de Quicab et de Cavizimah, de l'Ahpop, de l'Ahpop-Camha, du Galel et de l'Ahtzic-Yinak. Ce ne fut certes pas peu ce qu'ils firent et ils ne furent pas peu nombreux les peuples qu'ils soumirent : innom- trouve dans toutes ces contrées la religion toltèque pratiquée univer- sellement. # (3) Rakan tuvic, r'akan chi quval, chi yamanic; jambes (ou tibia) de poignée, jambes avec émeraudes, avec perles. (4) Raxon qubul-chactic, verts (ou bleus) ouvrages de plumes. — 336 — che, qaxcol eut x-qam-vi x-yaquex-vi cumal. Mavi afan x-vinakiric qui gagal : ca Gucumatz u xe nimal chi ahaua- reiri; quehecut u tiqaric u nimaric, ri u nimaric puch Quiche. Are chicut x-çhi ka cholo u leel ahauabruq qui bi, eo- nohel ahauab x-chi ka byih chic. CABLAHPAH CHI TZIH. Vae eu te u leel, u tazel ahauarem chi ronohelqui zaki- ribem Balam-Quitze, Balam-Agab, Mahucutah, Iqi-Balam, nabe ka mam, nabe ka cahau, ta x-vachin gih, x-vachin iq, chumil. Vae cute u leel, u tazel ahauarem x-chi ka tiqiba uloc qui chu xe culueuh chi r'ôquic ahauab ta ch'oquic, ta chi camiheic hutak le chi ahauab ri mama ruq rah'aual chi tinamit ronohel chi huhun chi ahauab. Vae cute x-chi vachin u vach chuhuhunal ahauab ; vae cute x-chi vachin u vach huhun chu huhunal ahauab Quiche. brables sont, les nations et les villes qui vinrent payer leur tribut au Quiche et dont celles-ci conçurent un grand chagrin, de ce que (leurs richesses) étaient enlevées par ces (princes). Leur puissance, toutefois, ne surgit pas promptement : Gucumatz fut l'origine de la gran- deur de la royauté ; ainsi donc il fut le principe de son agrandissement et celui de l'agrandissement du Quiche. Voici donc que nous allons mettre par ordre les géné- rations des rois avec leurs noms et tons les rois que nous allons nommer de nouveau. CHAPITRE DOUZIEME. Voici donc les générations et Tordre de tous les règnes qui ont pris naissance avec Balam-Quitzé, Balam-Agab, Mahucutah et Iqi-Balam, nos premiers aïeux et nos pre- miers pères, au temps où se manifesta le soleil, où se ma- nifestèrent la lune et les étoiles. Voici donc les générations et l'ordre des règnes que nous allons commencer, du principe de leurs successions, à mesure de l'accession des rois et de leur descente au tom- beau (1), chaque génération de rois et anciens, ainsi que le souverain de la capitale> (enfin) chacun de tous les rois. Voici que se manifesteront les titres en particulier des rois ; voici que se montreront les titres, chacun en parti- culier des rois du Quiche. (1) Ta ch'oquic, la chi camiheic, quant à l'entrée, quant à l'acte de mourir. 22 — 338 — NIM-HA GHI CAVIKIB. Balam-Quitze, u xenabal Cavikib. Qocavib, u ca-le chic Balam-Quitze. Balam-Conache x-tiqiban ahpopol r'ox-le curi. Cotuha, Ztayub, u cah-le. Gucumatz, Cotuha, u xe naual ahau r'ole x-qohe-vi. Tepepul, Ztayul chic u vak-taz. Quicab, Cavizimah, u vuk-hal ahauarem, naual chivi. Tepepul, Xtayub, uvahxak-le. Tecum, Tepepul, u beleh-le. Vahxaki-Caam, Quicab eut u lahu-le ahauab. V.ukub-Noh, Cavatepech chic u hulahu taz ahauab. Oxib-Quieh, Beleheb-Tzi, u cablahu-le ahauab. Are- cutque ahauaric ta x-ul Donadiu,x-e hitzaxic rumalCax- tilan vinak. Tecum, Tepepul, x-e patanihic chuvach Caxtilan vi- (1 ) Conache, comme un grand nom- bre de noms quiches, est composé du verbe radical qo, être, il ya,et de nach, ressemblance. (2) Cotuha, composé du même verbe qo et de tuha, le bain à vapeur, te- mazcalli, dans la langue nahuatl. Voir pour lztayub, la note 5, p. 299 ; b mis pour l est une règle d'euphonie de la langue quichée. (3) Tepepul, mieux Tepepol, aug- mentatif de tepe, montagne, dans la langue nahuatl, à laquelle ce nom ap- partient. (4) Xtayul, pour I%tayul. (5) Tecum, littéralement Amoncelé. (6) Vahxaki-Caam, c'est-à-dire Huit- Lianes; c'est la traduction du nom mexicain Chicuey-Malinalli, ce der- nier étant le nom ou signe du dou- zième jour du mois, ordinairement remplacé par le mot %%, bois ou balai , ou balam, tigre. (7) Vukub-Noh, c'est-à-dire Sept- — 3M9 MAISON ROYALE DE CAVEK. Balam-Quitzé, souche de ceux de Cavek. Qocavib, seconde génération (en commençant) de Ba- lam-Quitzé. Balam-Cônaché , avec lequel commence (la royauté proprement dite ayant) le titre d'Ahpop, conséquemment troisième génération (1). Cotuha et Iztajub (2), de la quatrième généra- tion. Gucumatz et Cotuha, principe des rois merveilleux, qui furent la cinquième génération. Tepepul et Iztayul, du sixième ordre (3). Quicab et Cavizimah, la septième succession à la royauté, également merveilleux. Tepepul et Xtajub (4), de la huitième génération. Tecumet Tepepul, de la neuvième génération (5). Vahxaki-Caam et Quicab, de la dixième génération de rois (6). Vukub-Noh et Cavatepech, du onzième ordre de rois (T). Oxib-Quieh et Beleheb-Tzi\ de la douzième généra- tion de rois. Ceux-ci régnaient lorsqu'arriva Donadiu, et ils furent pendus par les Castillans (8). Tecum et Tepepul, lesquels furent rendus tributaires Température, traduction du mexi- cain Chicome-Ollm, ce dernier étant le dix-septième des vingt signes du calendrier. Le second Cauatepech, que Ximenez traduit Adornado de Argol- las, orné de grands anneaux, nous paraîtrait plutôt devoir se prendre de la langue nahuatl. (8) Oxib-Quieh, Trois Cerfs; Beleheb- Tzi, Neuf Chiens,- nommés d'après les signes du calendrier. Donadiu pour Tonatiuh, l'Eclatant, nom du soleil, que lesMexicainsavaicntdonné à Alvarado ;la manière dont les Qui- ches écrivent ce nom indique qu'ils ne savaient pas prononcer ce ta lama- nière mexicaine et que le son en était quelque peu différent du leur. Oxib- Quieh et Beleheb-Tzi, Ahpop et Ah- pop-Caraha, derniers rois véritables du Quiche, attirés dans un piège par Alvarado, furent par lui condamnés à être brûlés vifs; suivant les uns la sentence fut exécutée ainsi, suivant les autres ils furent étranglés ou pendus d'abord et ensuite brûlés. — 340 — nak ; are x-e qaholan canoc ; r'oxlahn-le aliauab. Don Juan do Rojas , Don Juan Cor tes cahlahu-le abauab, e qaholaxel ruinai Tecum,ïepepul. Are eut u leel u tazei ahauarem ri ahau Ahpop, Ahpop- Camha chuvach Cavikib Quiche. Are chi x-chi ka byih chic re chinamit : va chi cute nim ha rech huhun chi ahauab chirih Ahpop, Ahpop- Camha ; are u binaam-vi beheheb u nim-ha va-tak u bi e rahaual huhun chi nim-ha. Ahau-Ahpop, hun u nim-ha, Cuha u bi nim-ha. Ahau-Ahpop-Camha, Tziquina u bi u nim-ha. Nim-Chocoh-Cavek, hun nim-ha, Ahau-Ah-Tohil, hun u nim-ha. Ahau-Ah-Gucumatz, hun u nim-ha. Popol-Vinak-Chitui, hun u nim-ha. Lolmet-Quehnay, hun u nim-ha. Popol-Vinak-Pa-Hom-Tzalatz-Xcuxeba, hunu nim-ha, (t) Ce Tecum,, compté ici comme étantde la treizième génération, serait le même qui commanda les armées quichées àTarrivèe d'Alvarado dans la plaine de Quezaltenango et qui fut tué par le conquérant devant Zahcaha. Tepepul serait le même que Ce-Quechol, le Sequechul des his- toriens espagnols, qui ayant voulu secouer le joug de l'étranger, fut saisi et embarqué sur un navire es- pagnol qui périt ensuite sur la côte a'Acapulco. (2) Ces deux princes, à qui on laissa une ombre de la puissance royale, existaient encore en 1658 ; et nous possédons leurs signatures sur un document fort important de l'histoire quichée : sous la coercition espagnole, ils abandonnèrent la cite d'Utlatlan — 341 - devant les Castillans ; lis eurent des (ils (et ils lurent) la treizième génération de rois (1). Don Juan de Rojas et Don Juan Cortes, quatorzième génération des rois, furent les fils de Tecum et de Tepe- pul (2). Or c'est là l'ordre des générations de la royauté des rois AhpopetÀhpop-Camha à la face deceuxdeCavek-Quiché. Et voici que nous allons de nouveau répéter les noms des familles : voici donc les grandes maisons, appartenant à chacun des princes à la suite de l'Ahpopetde l'Ahpop- Caiûha ; ce sont les noms des neuf grandes maisons, avec les divers titres des princes de chaque grande maison, VAkau-Ahpop (Roi des Rois), chef d'une grande mai- son, et Cuha est le nom de son palais (3). V Ahau-Ahpop-Camha .(Prince ministre de la maison), et Tziquina-ha est le nom de son palais (4). Le Nim-Chocoh-Cavek (Grand-Elu de Cavek), chef d'une grande maison (5). UAhau-Ah-Tohil (Prince des prêtres de Tohil), chef d'une grande maison. UAhaà-Ah-Gucumatz (Prince des prêtres de Gucu- matz), chef d'une grande maison. Le Popol-Vinak-Chitui (Conseiller etc.), chef d'une grande maison. Le Lolmet-Quehnay (Ministre des tributs, etc.), chef d'une grande maison. Le Popol-Finak-Pa-liom-Tzalatz-Xcuxeha (Con- seiller au jeu de Paume, etc.), chef d'une grande maison. ou Gumarcaah, déjà presque entiè- rement dépeuplée, et seraient morts au pueblo de Santa-Cruz del Quiche, fondé sur le site du camp d'Alvarado. (3) Cuha, c'est-à-dire maison gardée. (4) Tziquina,ce qui veut dire mai- son des oiseaux. (5) Nous traduirons ces titres dans leur ordre lorsque nous le pourrons, maissans en garantir toutefois absolu- ment l'exactitude. Là où la traduc- tion nous paraît impossible, nous laissons le titre en langue quichée seulement. Bien souvent, d'ailleurs, ces titres sont des noms, ou anciens souvenirs, qui n'ont pas le moindre rapport avec le sens de la charge qu'ils désignent. — 342 Tepeu-Yaqui, h un u nim-ha. Are curi beleheb chinamii chi Cavikib ; Izatz hol ahilatal chirih beleheb chi nim-ha. 'al u qa- NIM-HA CHI NIHAIBAB. Va cute rech Nihaibab beleheb chi vi chi nim-ha ; are nabe x-chika byih u leabal rib ahauarem ; xahunu xex- ch-tiqar chuvach u xe gih n xe zak chi Vinak. Balam-Agab, nabe mamaxel cahanixe!. Qoacnl, Qoacutec, u cale. Qochahuh, Qotzibaha, r'oxle. Beleheb-Gih, u cah-le chic. Cotuha, rôle ahau. Batza, chicut u vukle chic. Ztayul, chicut u vuk-le ahau. Cotuha, chi vi u vahxak-taz ahauarem. Beleheb-Gih, u beleh-taz. Quema, ch'u chax chic, u lah-le. Ahau Cotuha, u hulahu-le. Don Christoval ch'u chaxic x-ahauaric chuvach Cax- tilan vinak. Don Pedro de Robles, Ahau-Galel vacamic. Are curi chi ronohel ahauab elenak chirih ri Ahau- Galel : are chic x-chi ka byih rahaual huhun chi nim-ha, (1) Qoacul, nom composé du verbe radical qo, être, il y a, et de Acul, qui est le nom d'une des tribus pri- mitives sorties de Tulan, et dont le prince ou ses descendants auraient occupé le territoire, au temps des conquêtes des Quiches. On trouve, à quelques lieues à l'ouest de Nebah, des ruines qui portent le nom de Xol-Acul, Entre-Acul. — Qoacutec, composé du même verbe, et de acu- tec, nom aussi d'une ancienne tribu — 313 Le Tepeu-Faqui, chef d'une grande maison. Ce sont donc là les neuf familles de ceux de Gavek; imombrables et infinis sont les vassaux qui suivaient ces neuf grandes maisons. MAISON ROYALE DE N1HA1B. Voici donc aussi les neuf grandes maisons de ceux de Nihaïb; mais nous dirons d'abord l'ordre de leurs géné- rations en (ce qui touche) la royauté. Une fut la souche avec laquelle ils commencèrent avant que le soleil et l'au- rore eussent brillé pour le peuple. Balam-Agabj, le premier aïeul et père. Qoacul, et Qoacutec, de la seconde génération (1)- Qochahuh et Qotzibaha, delà troisième génération (2) . Beleheb-Gih, qui est la quatrième génération (3). Cotuhci; le cinquième des rois. Batza, aussi qui est la sixième génération (4). Ztayul, aussi qui est la septième génération. Cotuha, qui fait le huitième rang de la royauté. Beleheb-Gik, le neuvième rang. Quema, que l'on a déjà nommé, de la dixième géné- ration (5). Le Roi Cotuha, de la onzième génération. Don Christoval, ainsi appelé, qui régna en présence des Castillans. ' DonPedro de Roblès, aujourd'hui Ahau-Galel. Ce sont donc là tous les rois qui vinrent à la suite du (premier) Ahau-Galel ; et maintenant nous nommerons les princes de chaque grande maison . dont ou retrouve le souvenir dans Chuvi-Acutec , Au-dessus d'Acutec, sur le territoire de Chalchitan, près de Malacatan et de Huehuetenango. (2) Qotzibaha, ce qui veut dire Où il y a une maison peinte, du verbe radical qo, de tzibah, peindre ou écrire, et de ha, maison. (3) Beleheb-Gih, Neuf-Soleils. (4) Batza, Eau ou Rivière du Singe. (5) Quema, c'est-à-dire Eau de lis- sage, de quem, tisser, et de a, l'eau. — 3 i i — Ahau-Galel, u nabe ahau chuvach Nihaibab, huD u nim-ha. Ahau-Ahtzie-Vinak, hun u nim-ha. Ahau-Galel-Camha, hun u nim-ha. Nima-Camha, hun u nim-ha. Uchuch-Camha, hun u nim-ha. Nim-Chocoh-Nihaib, hun u nim-ha. Ahau-Avilix, hun u nim-ha. Yacol-Alam, hun u nim-ha. Nima-Lolmet-Yeoltux, hun u nim-ha. A reçut nim-ha ri chuvach Nihaibab, are u binaam vi beleheb chinamit chi Nihaibab ch'u chaxic : quia tak eut u chinamital huhun chique ahauah are u nabe ri mi- x-ka byih qui bi. NIM-HA CHI AHAU-UUIGHEEB. Are ehicut rech Ahau-Quiche va u.mam u cahau, Mahucutah, nabe vinak. Qoahau u bi u ca-le ahau. Caklacam Qocozom . Comahcun. Vukub-Ah. Qocamel. Coyabacoh. Vinak-Bam. (1) Qoahau, composé de qo, où est, ahau, le roi ou qui est roi. — Cak- lacan, mot à mot Rouge-bannière. — Comahcun, composé de com,ah, sang, et decun,lesexe de la femme. — Vukub- Ah, Sept-Canftes. — Qocamel, de qo, où est, cameL l'humble ou le mortel, NOTES DE LA TAGE SUIVANTE 347. (1) D'après cette explication , le Nim-Chocoh, ou Grand-Elu, parait avoir joui, dans chacun des trois royaumes confédérés, d'une fort gran- de autorité, puisqu'eii conseil, tous • — 3-ir> — VAhau-Galel, le premier prince à la face de ceux de Nihaïb, chef d'une grande maison. V Ahau-Ahtzic-Vinak, chef d'une grande maison. VAhau-Galel-Camha, chef d'une grande maison. Le Nima-Camha, chef d'une grande maison. UUchuch-Camha, chef d'une grande maison. Le Nim-Chocoh- Nihaïb, chef d'une grande maison, Y! Ahau-Avilix , chef d'une grande maison. Le Yacol'Atam, chef d'une grande maison. Le Nima-Lolmet-Yeoltux, chef d'une grande maison. Ce sont donc là les grandes maisons à la face de ceux de Nihaïb ; ainsi furent les titres par lesquels furent dési- gnées les neuf familles de ceux de Nihaïb 'innombrables aussi furent les familles à la suite de chacun de ces prin- ces, dont nous avons d'abord dit les titres. MAISON ROYALE D ÀHAU-QUICHE. Voici également ceux d'Ahau-Quiché, dont celui-ci est l'aïeul et le père, Mahucutah, le premier homme. Qoahauy nom de la seconde génération royale. Caklacan. Qocozom. Comahcun. Vukub-Ah* Qocamel (1). Coyabacoh. Vinak-Bam. les trois réunis décidaient des plus grandes affaires des trois États. C'é- tait le Nim-Chocoh qui avait le com- mandement suprême des troupes. (2) Santa-Crus, pauvre village de deux mille âmes qui succédait à une j ville de plus de trois cent mille ha bitants, dont les débris sont à peine à une lieue de là. On comprend tout ce qu'il y a de regrets^ dans ces simples paroles : X*utzinic, c'en est fait. — 346 — Arecut ahauab ri chuvach Ahau-Quiche, are u leel u tazel puch -.arecut u bi ahauab va chupan nim-ha, xa cabib u nim-ha. Ahtzic-Vinak-Ahau u binabe ahau, hun u nim-ha. Lolmet-Ahau, u cab ahau hunu nim-ha. Nim-Chocoh-Ahau, r'ox Ahau, hun u nim-ha. Haeavitz eut u eah ahau, hun u nim-ha, chi cahib eu nim-ha chuvach Ahau-Quiche. Are curi e oxib chi Nim-Chocoh qneheri e cahauixel ru m al ronohel ahauab Quiche : xahun chi qui cuch vi quib e oxib chic Chocohib, e alanel e u chuch tzih e u cahau tzih, nim zcaquin u qoheic e oxib chi Chocohib. Nim-Chocoh eut chuvach Nihaib, u cab curi Nim-Cho- coh-Ahau chuvach Ahau-Quiche, r'ox Nim Chocoh, chi oxib eut ri chocohib huhun' chi vach chinamit. Xare eut u qoheic Quiche ri ; rumal ma-habi chi ilbal re qo nabe oher cumal ahauab zachinakchic. Xere curi mi-x-utzinic chi conohel Quiche Santa-Cruz, u bi. U Q1ZIBAL — 347 — Tels sont les fois (qui régnèrent) à la face d'Ahau- Quiché, tel est Tordre de leurs générations : voici main- tenant les titres des princes au dedans des grandes mai- sons; seulement il n'y avait que quatre grandes maisons. Vî Ahtzic-Vinak-Ahau, titre du premier prince, chef d'une grande maison. Le Lolmet-Ahau , le deuxième prince , chef d'une grande maison. LeNim-Chocoh-Ahau, le troisième prince, chef d'une grande maison. Hacavitz donc est le quatrième prince , chef d'une grande maison, et ce sont ainsi quatre grandes maisons à la face d'Ahau-Quiché. C'étaient donc trois Nim-Chocoh (Grands-Elus) qu'il y avait (pour les trois royaumes), agissant comme les pères de tous les princes du Quiche : ensemble ils se réunis- saient les trois Elus, c'était eux qui commandaient, comme les mères et les pères de la parole , et des plus élevées était la condition des trois Elus. C'était donc le Grand-Elu à la face de Nihaïb et un deuxième Grand-Elu d'Ahau à la face d'Ahau-Quiché, (faisant, avec celui de Cavek) , le troisième Grand-Elu, dont trois élus, chacun à la face de sa famille (1). Et voilà tout (ce qui reste) de l'existence du Quiche ; car il n'y a plus moyen de voir ce (livre), où autrefois les rois (li- saient tout), puisqu'il a disparu. Ainsi donc c'en est fait de tous ceux du Quiche (2), qui s'appelle Santa-Cruz. FIN. TABLE ANALYTIQUE DES MATIERES CONTENUES DANS LE COMMENTAIRE ET DES PRINCIPALES NOTIONS DU LITRE SACRE. Le chiffre romain indique le Commentai ACALLAN, région basse et marécageuse située entre le lac de Peten et la la- gune de Terminos, pag. cxxx etxxxvi. ACXITL (TOPILTZIN -QCETZALCOHUATL , dit Nacxit, clans l'Amérique centrale), dernier roi de Tollan, dans l'Anahuac, pag. cclxvi et note 3. — Concède la dignité royale aux princes quiches, pag. CCLXVI1I, cclxix et 295. AGAAB, nation puissante des bords du Lacandon,dans la Verapaz,pag.ccLxin. —Conquis par les Quiches au xme siè- cle, pag. cclxxi. AH-ACTULUL, nom commun de cinq tri- bus des environs du lac d'Atitlan, alliées aux Quiches, pag. cclxxiv. AHALGANA, nom symbolique d'un des princes de Xibalba, pag. 73. AHALMEZ, nom symb. d'un des princes de Xjbalba, pag. 75. AHALPUH, nom symb. d'un des princes de Xibalba, pag. 73. AHALTOCOB, nom symb. d'un desprin- • ces de Xibalba, pag. 75. AHAU, nom d'une tribu antique dans l'o- rient des Quiches, pag. ceux et 207. AHAU-AHPOP, titre suprême des rois du Quiche, pag. cclxxii. AHAU-QUlCHli, nom d'une des trois mai- sons royales au Quiche et de sa capitale, pag. ccLxm et 207. — Son établisse- ment définitif, pag. cclxxiii. — Liste de ses rois et de ses dignités, pag. 345. AHCANABIL, nom d'un des chefs primi- tifs de la tribu de Tamub, pag. cclx. AHG1H (Celui du Soleil), devin, astro- logue ou prêtre, pas:, cxvm et note 3. AHQÎXB et AHQAHB, titre des chefs sa- crificateurs quiches, pag. cclx, note 1, CCLXI, CCLXVI. AH-TUCUR, Celui des Hiboux, ou gens de Tucurub, ville de la Yerapaz, pag. cxxx, 188 et note 4. AH-TZA (ou Itza), sobriquet donné aux Xibalbaïdes, pag. cxxx, cxxxi, 188 et note 4". AH-TZIQUINAHA, tribu de la race quichée qui régna a Atitlan, avec les Tzutohi- les, pag. cclxv. — Ses commence- ments, pag. cclxx, 207 et 217. A1NO, peuple soumis au Japon. Avec quelle nation américaine il a de l'ana- logie, pag. xl. AKBAL (la Marmite, en langue quichée), mythe antique, le vingtième signe dans les calendriers de l'Amérique centrale, pag. cxxn. ÀLL1GHEWI, peuple sans nom ni his- toire aux États-Unis, pag. clxxiii. — Ses monuments, ibiâ. — Analogie avec ceux du Pérou et de Palenqué, ib. — D'où ils venaient, pag. clxxix. — Tra- ditions de leur destruction, ib. ALO.M, QAHOLOM (Celui qui engendre, Celui qui donne l'être), mythe des an- ciens Nahuas et Quiches, pag. cxvii 23 350 et 2. — Se retrouve au Pérou, pag. CCXXXVIII. AMARU '(Tltpac\ serpent sacré, mylhe religieux au Pérou analogue à Quetzal- cohuatl, pag. ccxxxvm. AMAUTA, sage et savant au Pérou, chargé des archives et écoles, pag. ccxx. — Un — est brûlé vif pour avoir inventé des caractères graphiques nouveaux, pag. ccxxvin. AMÉRICAINS (indigènes). Caractères dis- tinctifs des — , pag. xvm. — Leur in- fériorité relative, pag. xxi. — Leur su- périorité sur les hordes nomades de l'Asie, ibid. — Moins sauvages qu'on ne le pense, ibid. — Causes de leur abaissement, pag. xxn. — De leur' ci- vilisation première, pag. xxm. — Mys- tère de leur décadence, pag. xxvm. — Leurs symboles primitifs, pag. xxix. — On en voit en Europe avant Colomb et depuis, pag. xlviii et xlix. — Causes de leur décadence, pag. cxcviii..— At- tachés à leurs usages, pag. ccl. AMÉRIQUE. Configuration physique de V—j page xxxin. — Distances entre 1' — , l'Europe et l'Afrique, pag. xxxvi et xliii. — Rapports et distances de 1'— avec l'Asie, pag. xxxvn. — Avec la Chine, pag. xl! — Usage des vaches et du lait en — avant Colomb, pag. xl, note 1, et clxvi. — Première date de partage des terres en — , pag. cxi. AN AHUAC. Vallée d'— au Mexique, pag. cxlii et note 1. ANDES, chaîne de montagnes au Pérou, du nord au sud, pag. ccxvn. ANTHROPOPHAGIE RELIGIEUSE. Ori- gine de 1'—, pag. xxiv. — Se retrouve aux bords du Mississippi, page clxviii et clxix. — Si elle exista chez les Al - lighewis, pag. clxxxii. — Son origine possible, ibid. — Chez les nations ca- raïbes du Darien et de la côte de Gar- thagène, pag. ccvi et ccx. — Carac- tère distinctif de la race nahuatl, pag. CCXXIX. ANTILLES. Séjour d'un peuple primitif aux —, pag. xxiv. — Migration primi- tive aux — pag. lxix. ANTIS, peuple des Cordillères du nord- est au Pérou, pag. ccxxi, note 1. ANTISUYU, nom de la région étendue au nord-est du Cuzco, ibid. APACHES, indigènes du nord du Mexi- que, sauvages destructeurs, pag. cxcv et cxcvi. — : Leurs mœurs, ibid. ARA, sorte de grand perroquet, symbole du feu et du soleil, personnifié dans Vukub-Cakix, pag. cxxvin, clvii, ce, ccxxvi et note 1. ARI, fils de Mar-de-Holum, se laisse bap- tiser dans rirland-ik-Mikla, pag.CLxv. ARICA, ville du Pérou, au bord de l'océan Pacifique, pag. ccxx. ÀRISTOTE. Idées d'- sur la transatlan- tique, pag. xcvn et suiv. ART GRAPHIQUE, chez les nations ca- raïbes du Darien et de Carthagène,pag. cev, cevi et ccvn. — Au Pérou, pag. ccxix et note 2, ccxx, note 1, ccxxin. — Se perd au Pérou, pag. ccxxvi et ccxxvin. ASTRONOMIE toltèque, pag. exiv. - pé- ruvienne antique, pag. ccxxv. ATIT, l'Aïeule, en langue quichée, mythe antique, pag. exix, note 2. Voir Oxo- MOCO. ATLA, ATLAN ou ACLA, ville antique de l'isthme de Darien sur l'Atlantique, pag. cxxx, note, 2, cem, note 1, et ccv. ATLANTIDE, son analogie avec l'antique empire de Xibalba, pag. cxxix, note 2. — Son étymologie, pag. cxxx, ibid. ATLANTIQUE (Océan). Ses courants, pag. xlviii. — Sa navigation ancienne et idées à ce sujet, p'ag. lv, lix, xcvih et c. ATOYAC, fleuve du Mexique, pag. ex. ATUMU-RUNA, nom d'une population qui émigra anciennement au Pérou, pag. ccxxi et ccxxn. AYILIX, nom du dieu de la maison royale de Nihaïb, pag. 215. — Ses premiers autels, pag. 235. AYAR, nom commun des quatre frères ou _ chefs créés à l'origine des temps au ' Pérou, pag. ccxxi et note 1. — Créés parYiracocha; mythes analogues à ceux du Quiche dans le Livre Sacré, pag. ccxlii et ccxliii. AZTÈQUE (le plateau), région du Mexi- que où Xelhua fonde la ville de Cholu- lan, pag. ex. RARYLONE. Oannès, homme-poisson, mythe à — ; son analogie en Xibalba, - pag. cxxxix. — Mœurs dissolues de — à Teo-Colhuacan, pag. clxi. — Chez les Natchez, pag. clxviii. RAKHALAL (ou Racalar), ville du Yuca- tan, fondée parles Tutul-Xiu, pag.CLvi. RALAM-AGAR, nom et titre d'un chef sa- crificateur quiche, tige de la .maison royale de Nihaïb, pag. cclxvi. — Son origine, pag. 199. — Sa fin, pag. 287. RALAM-CONACHÉ, fils du roi Qocavib, fait Ahpop-Camha, pag. cclxix. — Roi des Quiches, paç. cclxxii et 301. RÀLAM-QU1TZE, nom et titre d'un chef sacrificateur quiche, tige de la maison royale de Cavek, pag." cclxvi. — Son origine, pag. 199.-— Sa fin, pag. 287. RARRE, cause de la rareté de la — chez les Américains, pag. xx, note 1. RÊTES FAUVES, image des tribus sauva- ges. Leur création, pag. 13.— Combat- — 3:>i tent la civilisation représentée par le défrichement de la terre, pag. cxxxvni et 123. — Convoquées par Xbalanqué, pag. J65. BLANCS (Hommes). Eq Amérique, avant Colomb, pag. lxx, clxv et ce. — Fon- dateurs des édifices de Tialmanaco, pag. ccxxiii. — Si les mêmes que les Centzon-Yitznahvas, pag. ccxxvi. — Ils sont massacrés, pag. ccxxvin et ccxxxiu. — S'il y eut diverses migra- tions d'hommes — , pag. ccxliii. BOCHICA, nom d'un mythe ou demi-dieu du Cundinatnarca, pag. ccxlvi et CCXLVII. BOTTURIN1, savant Milanais cité pag. cxii, exiv et cxlv. BRANDAN (ou Saint Brandamis) . Ses voyages, pag. m. BRAVO (Rio del Norte), nom d'un fleuve du Nouveau-Mexique et aux fron- tières du Texas. Les Toltèques établis sur ses bords, pag. clxiv. — Etat so- cial des populations de ses rives, pag. CLXXXV. BRÉSILIENS, nom d'une des divisions principales des races de rAmérique du Sud, pag. cxcix. — Leur alliance avec les Caraïbes, pag. eexi. — Anthropo- phages, ibid. — Leur origine septentrio- nale, ibid. — Leur affinité et différences avec les Caraïbes, pag. ccxin. — Leurs alliances, ibid. CABRAKAN, nom d'un fils de Vukub-Ca- kix, symbole des géants américains et synonyme de tremblement de terre chez les Quiches, pag. cxxvi et 35. — Vaincu et mis à mort par Hun-Ahpu et Xbalanqué, pag. cxxyii, 61 et suiv. — Son analogue "au Pérou, pag.- ccxliii. — Le mythe connu encore au Guate- mala, pag. ccliii et ccliv. CAHBAHA, nom d'un temple antique au Quiche, pag. cclxii, 3J9 et note 5. — Sa description, pag. 329, notes 2 et 3. CAKCH1QUEL, nom d'un dialecte et d'une tribu d'origine quichée, puis du royaume ancien de Guatemala propre, pag. cclxv. — Ses commencements, pag. cclxx, 207 ei 217. — Titres de ses princes, pas. 249 et note 2. CAKOH-EKOME, titre des chefs de la tribu de Tamub, pa?. cclxi. CALENDRIER toltèquè ou nahuatl.'Son commencement, pag. cxii. — Système de — , pag. exiv.— Par qui commencé, pag. cxxiv. — Quand mis en vigueur, paç. cxlv. CALIFORNIE (Haute et Basse), région située au nord-ouest du Mexique, pag. xl et clx. — ■ Les Mexicains passent delabasse — àTeo-Colhuacan,pag.CLxi. CALUMET, pipe, symbole de paix dans l'Amérique du Nord, ses traditions, pag. clxxviii. — Idées à' ce sujet, pag. clxxxii. CANARIES (Iles), point d'arrêt entre l'Afrique, l'Europe et l'Amérique, pag. xxxvi. — Exemples prouvant la possi- bilité des anciennes communications, pag. xlvi. — Traditions à ce sujet, pag. lxviii, lxix et suiv. — Identifiées avec une ancienne tradition américaine, pag. Lxxxvm, note 5. CAN1L, nom patronymique des princes de Sacapulas au Quiche, pag. cclxui. CAR, CARA, CARI, CALI, etc., noms qui annoncent une origine caraïbe en Amé- rique, pag. cevi, ccix et ?iofe2. CARA, chef d'une nation étrangère, mas- sacre les hommes blancs du lac de Ti- ticaca et de Chucuvitu, au Pérou, pag. CCXXVIII, CCXLIII. CARAÏBES, nom d'une race célèbre dans l'Amérique du Sud. Idée de son existence et de son origine, pag. clxxxiii. — Dif- férent des autres races indigènes, ibid. — Leur caractère et leur état social analogues à ceux des Néo-Mexicains, pag. clxxxiv. —Leur décadence, pag. cxcviii. — Les — au Darien ; leur race la même que la race nahuatl du Nica- ragua, pag. cciv. — Anthropophages en plusieurs endroits, pag. cev et ccvi. — Caractère et état social des — et diversité de civilisation, ibid. — Sortis des régions du Mexique, ibid. — Mode de leurs migrations de l'Amérique du nord et du centre au sud, pag. cevn. — Redoutaient la petitesse des yeux, pag. ccix. — Envahissent les Antilles, ibid. — Etymologie de leur nom, ibid., note 2. — "Leur berceau, pag. ccx. — Nations identifiées avec eux, ibid. — Leurs migrations du nord au sud, ibid. — Leurs guerres, leurs institutions so- ciales, etc., pag. eexi. — Anthropo- phagie religieuse, ibid. — Leur déca- dence, pag. eexu. — Différences entre les — et °les Guarani-Brésiliens, pag. ccxin.— Leur renommée parmi les au- tres nations, ibid'. — Leur influence, pag. ccxiv.— Leurs invasions au Pé- rou, pag. ccxxvin. CARAMARI, nom d'une nation d'origine caraïbe de la côte de Carthagène, près du Darien, pag. ccvi. — ■ Ses notions de l'art graphique, ibid. et ccvin. CARAN, chef des Caras ou Scyri, débar- que à la cote de Quito et donne son nom au port de Carangui, pag. ccxxxn. — Conquiert le royaume de Quito, ibid.9 notes 4 et 5. CARCHAH (Nimxob), ville antique de la Verapaz, désignée comme une des en- trées de l'Enfer ou de Xibalba,pag. cxxx. m, — — Théâtre des premières tentatives de révoltes contre cet empire, pag.cxxxiv. — Localité du Jeu de paume mystérieux, ibid. et note 3. — Siège de la conspira- tion permanente, pag. ccliv, 71 et 131 . CARTHAGE, ville d'Afrique. Son com- merce et sa navigation, pag. xcn. — Ses navigateurs découvrent une ile dans l'Atlantique, comparée k l'Amérique, pag. xcvni. — Etranger du continent saturnien ou transatlantique qui se mon- tre à — , pag. ci, civ et cvir. — Le magistrat de — défend à ses sujets de s'y rendre, pag. cviii. CASTES. Origine de leur diversité, pag. cxxiii. — La — guerrière et sacerdo- tale créée pour la -défense de Tulan, pag. cxxix, 195 et 199; cxlvih, eux, cl. — Ses dons, pag. 199 et suiv. — Mythe de sa création au Pérou, pag. ccxli et ccxlii. — Au Cundinamarca, pag. ccxlvii. CAVEK, nom patronymique de la famille impériale du Quiche, pag. cclxv. — Ses premiers chefs, ibid. — Leurs ti- tres, pag. cclxvi. — Son berceau, ibid., note 1. — Commencement de sa gran- deur, pag. ccLxxm. — Ses rois et les dignités de leur cour, pag. 339. CAV1NAL, cité antique du Quiche, pag. cclxiii, note 3. — Capitale des Quiches, cclxxii et 299. CAVIZIMAH, nom d'un ahpop-camha ou roi en second qui régna avec Quicab ïcr au Quiche, pag. cclxxvii. CAYALA. Voir Paxil. CENTEOTL ou CENTEOCIHUATL, déesse ou dieu du mais, pag. cxvm et note 1 Voir Oxomoco. CENTRE DE LA TERRE, titre de la di- vinité, pag. cxxi. CE-TOCHTLI (Un Lapin), signe initial du calendrier toltèque ou nahuatl, pag. CXX1V. CHAMALCAN, nom du dieu de la nation cakchiquèle, pag. 225, et note 2, pag. 249. CHAMIABAK, nom symbolique d'un des princes de Xibalba, pag. 73. CHAMIAHOLOM, nom symbolique d'un des princes de Xibalba, pag. 73. CHAMPOTON, ville antique du Yucatan et port sur le golfe du Mexique, pag. LXXX. Voir POTONCHAN. CHAN, Serpent, nom des habitants de Nachan (Palenqué), pag cix et note 2, cxxv et ce. Voir Colïiua. CHANCA, nation du Pérou, pag. ccxxx, note 3. — Forme toltèque de son gou- vernement, ibid. CHAPA-NANDUIMÉ (Ara couleur de feu), nom de la citadelle des Chiapa- nèques, pag. ci.vn. ce, note 1. CHAY-ABAH (Pierre d'obsidienne), sym- bole cakchiquel de la caste noble et guerrière, pag. cxliv, cl. — Divinité des Cakchiqnels, pag. 249 et note 1. CHIAPANÈQUES, nation de l'Etat de Chia- pas, pag. CLvir. — Son origine, ibid. — S'ils sont des Centzon-Vitznahuas, pag. clviii. — Leur habileté dans les •aits, ibid. — Leurs luttes avec lesZot- ziles, ibid. — Leur établissement, pag. cxcix. — Affinités de leur langue, ibid. CHIAPAS, nom d'un Etat du Mexique, pag. clvii, note 5. CHIBCHA, nation du plateau de Bogota ou Cundinamarca, nommée aussi Muys- ca, pag. ccxlvii. — ■ Son culte et son gouvernement, ibid. CH1BCHACUM, divinité de la nation chib- cha, pag. ccxLviii. CHICHEN-ITZÀ, ville antique du Yucatan, pag. cvn, note 3. — Sa fondation, pag. cxvn, note 1 . — L'anneau du Jeu de paume de —, pag. cxx, cxxxi.— Con- quise par les Tutul-Xiu, pag. clvi. CHICHILTICALE, autrement Las Casas Grandes de Moctezuma, ville et ruines antiques aux bords du Rio-Gila au nord du Mexique, pag. cxci. — Si la même ville que Chicoinoztoc, ibid. — Son étendue,, ibid. — Par qui ruinée, pag. cxc.ii, excv. CHICHJMÉQUE, nom donné au Mexique à la plus ancienne population et aux. bar- bares de cette contrée, pag. xxvi. — Nations primitives — , pag. xxix. — Date de leur première émigration, pag. lxiii. — Etymologie de leur nom, ibid., note 2. — Civilisés par les Col- huas, pag, lxxix. — Leur gouverne- ment, pag, cxm. — Les mêmes appe- lés Quinamés. Voir ce nom. CHICOMÊ-COHUATL (Sept-Serpents) , mythe mexicain, pag. exix, notei. Voir Centeotl. CHICOMOZTOC (Aztlan) ou les Sept-Ca- vernes, si le même lieu que Chichilti- cale, pag. cxci. CHICUNA-MICTLA, ou les Neuf-Séjours des Morts, symboles de l'Enfer mexi- cain, pag. cxxxn. CHICUNAOAPAN, ou les Neuf-Fleuves, épreuves ou passages symboliques de l'Enfer mexicain, pag. cxxxn.. CHIENS ' (Attelages de) au Nouveau- Mexique, pag. exciv. CHIHUAHUA, nom d'un Etat du Mexique vers le nord, pag. clxi. — Ruines an- tiques qu'on y trouve, ibid., note 1. CHILI, région et Etat au sud du Pérou, dans l'Amérique méridionale, pag. ccxx. CHILMOL,nom*d'un ragoût de piment fort ancien, pag. 129 et note 2. CHIMALMAN, nom symbolique de la mère 353 de Quetzalcohuatl, mythe nahuatl, pag. XXX. CHIMALMAT, nom symbolique de la femme de Vulaib-Cakix, mère de Zipacna et de Cabrakan, pag. 35. CHIMU, nom d'une nation antique du Pé- rou, désignée aussi sous celui de Géants, pag. ccxxii. — Arrive à la côte de Manta, .'ibid. — Ses monuments, pag. ccxxin. — Entre dans les montagnes et redescend à la plage de Truxillo, ibid. — Race la plus anciennemem, civilisée du Pérou, pag. ccxxiv. — Se sert d'ins- truments en fer, ibid., no/e 2. — Ses vices, pag. ccxxv, ccxxxn, ccxxxm. — Supérieure aux Qquichuas , pag. CCXLIt. CHIMU-CANCHCnom vulgairement don- né aux ruines des antiques édifices du Grand-Chimu, auprès de Truxillo, pag. ccxxm, note 3. CHINCIIA, nom d'une nation au nord du Cuzco au Pérou, d'où Chinchasuyu à la région septentrionale, pag. ccxxi.— Si la même que les Chimus, pag. ccxxn, ■note 2. CHINE (Empire de la). Ses anciens rap- ports possibles avec l'Amérique, pag. XXXIX, XL. CHIQLÏIMULA DE LA SIERRA, ville et région au nord-est de Guatemala, pag lxxxiv. — Son origine, ibid. etccLVi. CtllQUIMULA, autrement Tzolohché, ville ancienne du Quiche, soumise à la mai- son de Nihaïb, pag. 319. CHIRIQUI, région sur l'isthme de Pana- ma, colonisée par les Nahuas, pag. cci. — Par les ChorotecaS; pag. ccm. — Ruines antiques qu'on y découvre, ibid. CHOLULAN, ville antique du Mexique. Par qui habitée primitivement, pag. xxx. — Sa fondation, pag- lxxviii.— Xelhua, son fondateur, pag. ex et cxxv. CHOROTECA, nation de l'Etat de Nica- ragua; pag. CLVii. — Emigré à Nicoya, pag. ce. — Fonde Nagrando ou Léon, pag. çcii. — Emigré de Nicoya vers Panama, pag. ccn et ccm. — Si elle bâtit les édifices antiques de Cbiriqui et de Veragua, pag. cciv. CHRONOLOGIE mexicaine, fort ancienne, pag. lxiv. — Son commencement his- torique, pag. cxi. — maya, ses pre- mières dates, pag. clv. — péruvienne, pag. ccxx. CIROLA, autrement dit Pays des Sept- Villes, région au nord du Mexique; pag. clxxxvii Voir Nouveau-Mexique. CIHUA-COHUATL,ou la Femme Serpent, mythe nahuatl, pag. cxx. CINACANTAN, ville antique de l'Etat de Chiapas. Voir Tzinacantlan. CIPACTU ou CIPACTONAL, mvthe loi- tèque, l'un ddS quatre grands dieux, pag. cxui, civil, cxx et exxi. — In- venteur du calendrier, pag. cxxiv. — Origine possible de ce mythe, pag. CXXXIX. CIUDAD-REAL, ville capitale de l'Etat de Chiapas, aussi appelée San-Cristobal, paç. cxxxi et clvii. COCHOCHLAM, nom d'un des chefs pri- mitifs de la tribu de Tamub, pag. CCLX. COCOHUA, ouïes Serpents-Jumeaux, my- the nahuatl. pag. cxx, note 2, et cxxvi. CODEX CHIMALPOPOCA, manuscrit his- torique en langue nahuatl, pag. lxvi. — Son texte chronologique, pag. exi et exvi. CŒUR DU CIEL ET DE LA TERRE, titre de la divinité suprême, pag. exi et 3. COHAH, nom d'une tribu antique dans l'orient des Quiches, pag. cclix. COHUATLICUÉ, ou le Jupon de Serpent, nom symbolique de la mère du dieu Huitzilopochtli, pag. cxxxvn, note \. COLHUA, nom d'une nation antique al- liée aux Chichimèques, pag. xxvi. — Monarchie —, ibid. — Son antiquité, pag. xxix. — Etymologie du nom, ibid. notez. — Symbolisme du nom, pag. xxx. — Race civilisatrice, pag. lxxix et cix. COLHUACAN, ville antique des Colhuas, pag! lxviii. — Son origine, ibid., note 2, cix, note 2. — Si la même que Tlaxi- Cohuhcan, pag. clix, note 4. — La se- conde— , Voir Teo-Colhuacan. — La troisième— -, ville antique de l'Anahuac, à 2 1. de Mexico, pag. clxii. COLIMA, nation de la race nahuatl qui entre dans l'Amérique du Sud par l'isthme de Panama, pag. ccxxxi. COLLA, nom d'un des quatre premiers hommes symboliques créés à l'origine des temps par Viracocha, mythe d'une des quatre races primitives du Pérou, pag. ccxxxvni. COLLAO, nom de la région des Collas ou peuples méridionaux du Pérou, d'où celui de Collasuyu donné aux contrées qui s'étendent au sud du Cuzco, pag. ccxxi. COLOMR (Christophe). Ses idées sur le lieu du Paradis terrestre, pas;, liv. COLORADO (Rio), fleuve au^ nord du Mexique, pag. exciv. COMAGRE,nom d'un des chefs ou princes des régions du Darien, pag. cciv.— Son palais, ibid. — Il indique la mer du Sud à Ralboa,pag. ccvn. COM1TAN, ville de l'État de Chiapas, pag. cl, etc. COMÏTL, le Vase ou la Marmite, mythe nahuatl, pag. cxxn, note 1. Voir Con. CON, aussi CON-T1CCI-VÎRACOCHA, my- — 351 — the d'origine nahuatl au Pérou, pag. ccxxix. — Son temple à Liiïbamba,pag. ccxxxi. — Idée de ce mythe, pag. ccxxxvm. — Son étymologie, pag. ccxxxix et notes 2 et 3". — Ce qu'était cette divinité, pag. ccxl.' — Descrip- tion de l'idole à Liribamba, ibid. — Père de Pachacamac, ibid- — Disparait, pag. ccxli. — Son culte à Quito, ccxlv. — AuCundinamarca,i'&id. Voir Suha-Con. CONQUÊTE de l'Amérique. Ses effets dé- sastreux, pag. xxi, xxir. COPAN, "ville antique de l'Amérique cen- trale, pag. lxxxiv. — Son origine, ibid. — Etymologie, ibid., note 1. — Si c'est là que se retira Xbalanqué, pag. CXLI CCLVI. COPICHOCH, nom d'un des chefs primitifs de la tribu de Tamub, pag. cclx. COTUHA, chef ou prince de Tzutuha, dans la Verapaz, adopté par les Quiches, pas. ccxxi. — Son mariage, ses allian- ces et ses conquêtes, pag. cclxxiv. — Jalousie contre lui et sa mort, pag. ccLxxvet 30t. COTUHA II, roi des Quiches, assassiné, pag. cclxxvi. COULEURS distinctes des races, pag. xix, lxiii, notes 2 et 3, — lxx et note 3, — CLXV, — CC, — CCXXTIT, — CCXXVI, — ccxxvn, note 1, — ccxxvm, — ccxxxin, — ccxLin et 209. COURANTS. Dans l'Océan entre l'Asie et l'Amérique, pag. xlii. — Entre l'Afri- que, l'Europe et l'Amérique, pag. xlv. — Exemples à ce sujet, pag. xlvi et XLVII. CRANE (Déformations du) chez les na- tions américaines, pag. clxxi. — Sym- bole de son origine, ibid., note 1. — Sa raison d'être, pag. ccn et note 3, paç. 125. CRÉATEUR et FORMATEUR, titres des grands dieux dans le Livre Sacré, pag. cxxiii. — Leur analogue au Pérou, pag. ccxxxvm, ccxli,, 7 et suiv. — S'as- semblent pour former la caste noble, pag. 195. — Jaloux de sa perfection, pag. 2 O.S. CREATION de l'homme, pag. c, cxxiii, 7 et 17. — Autre, pag. 23. — Autre, pag. 25. — De la caste noble, pag. cxlviii et cxlix, et cl. — Au Pérou, pag. ccxli et ccxlii. — Des choses, pag. 11. — De la terre, pag. 14. — Des animaux, pag. 15. CRONIEN (le Continent) de Plutarque, pag. lx, c et suiv. CUCHUMAQUIQ, nom symbolique d'un des princes de Xibalba, pag. 73. — Père de Xquiq, pag. 91. CULTE DU SOLEIL, son origine, pag. xxv. — Apporté du nord et de l'est, ibid. et lxxi. — Chez les Natchez et les Floridiens, pag. clxvii, clxviii. — Chez les Allighewis, pag. clxxvi. CUNDINAMARCA, nom donné au plateau de. Rogota dans la Nouvelle-Grenade, pag. ccv. — Religion ancienne de ses habitants, pag. ccxlvi et ccxlvii. CUNTISUYU, nom antique de la région qui s'étend à l'ouest du Cuzco, pag. ccxxi ei'note 1. CUSHIPATA, titre des prêtres de Pacha- camac, les plus sages du Pérou, pag. ccxli. CUZCO ou COZCO, cité et capitale anti- que du Pérou, pag. ccxxi. — Sa fon- dation par Pirhua, ibid. — Son aban- don, pag. ccxxvn et ccxxvm. — Prise et rétablie par Inca-Zapana, pag. ccxxx. — Son étymologie suivant la langue nahuatl, pag. ccxxxix et note 3. DAN. Qui était-il? pag. cxlvii. Voir Ta- mub. DAN (Amag), ville antique et capitale de la tribu de Tamub au Quiche, pag. 237, cxlvii, note 1. — Sa situation, pag. CCLX1I. DARIEN, noir, d'une région voisine de l'isthme de Panama dans la Nouvelle - Grenade, colonisée par Tes N'aimas, pag. cci. — Architecture des nations du — , pag. cciv. DÉCADENCE de la race américaine, pag. xxvii, ccvin.— Ses causes, pag. ccxii. DÉLUGE. Récit du — suivant fe Livre Sacré, pag..Lxv et 25, 27 et 29.— Son époque, pag. cxi. — Selon les Tupis, pag. eexm. — Selon les Yuracares et les" Mbocobis, pag. ccxvi. DÎCUIL, moine irlandais du moyen âge, ses études, son ouvrage de Mensura orbis terrée, pag. lu et lix. DIEUX des Nahuas et Toltèques, échap- pés au naufrage, pag. lxxxii. — Leurs travaux, pag. lxxxiii. — Découvrent le maïs, ibid. — Sont quatre principaux, pag. cxm. — Se concertent pour le calendrier, ibid. — Dits Teoti, etc., pag. cxvi, cxvn, cxxi, cxxvn. — Se concertent pour former l'homme, pag. 7, 17, 23, 25. — Pour former la caste noble, pag. cxlviii, cxlix, cl, 195. — Jaloux de sa perfection, pag. 203. DIGNITÉS de la cour quichée, pag. 311, 340, 344 et 346. , DIRIA, nation de l'État de Nicaragua, pag. clvii, ccn. DOBAYRA, nom de la mère des Dieux, mythe du Darien, pag. ccvi. — Analo- gue à Oxomoco, ibid. ÉCLAIR (L'), un des trois signes de la trinité antique des Nahuas. pag. cxxi et 9. — 33 EHECATL, mythe nahuatl, le même que îg, le vent, le souffle, etc., pag. lxxiii. — Le même que Hurakan, la tempête, etc., pag. cxxi et cxxn. — Donne la mort aux dieux, pag. cxliii. ENCENS, quel était celui des tribus qui- cbees, pag. 241. EPOQUES, dites de la nature au Mexique, cpi'étaient-elleSj pag. lxv et suiv. — Celle du vent, pag. lxxx. — La même que le grand ouragan, ibid. — Première — , dite toltèque, pag. cxi. — De l'é- migration toltèque, pag. cxxxm. EPREUVES de Xibalba, symboles des mystères antiques, pag. cxxn, note 2. — Où entrent Hunhun-Ahpu etVu- jkub Hunahpu, pag. 83 et 86. — Où entrent Hun-Ahpu et Xbalanqué, pag. 149, 155; 159 et suiv. ETUDES américaines, comment encoura- gées, pas. ii, EZCUINTLA, ville de l'Etat de Guatemala, fondée par les Nahuas, pag. cci. FER (le), s'il fut en usage en Amérique avant Colomb, pag. ccxxiv et note 2. FEU (le), son origine par Tobil, pag. 215 et note 2. — Enveloppé, signe de la majesté, mythe toltèque, pag. 227. Voir Tlaquimilolli. FLEURS (les) de Xibalba coupées et en- levées par les fourmis, pag*. 153. FLORIDE, région de l'Amérique du Nord, bordant le'golfe du Mexique. Les Na- huas s'y montrent pour la première fois, pag. lvi - lxxviii. — Les Toltè- ques dans la — , pag. clxv. — Habi- tants delà — , ibid. — Ses divers états, pag. clxvi. — Leurs coutumes, ibid. ■ — Leur organisation sociale, pag. clxvii. FO, ou le Renard, divinité des Chibchas, pag. ccxlviii. FOURMIS (les) coupent et enlèvent les fleurs de Xibalba, pag. 155. — Atta- quent les Xibalbaïdes après la victoire de Hun-Ahpu, pag. 187. FOUSANG, région à l'est de la Chine qu'on croit découvrir en Amérique, pag. xxxix. — Son analogie avec le' pays des Natchez et des Floridiens, pag. xl, note 1. GALÈL-AHAU, titre du roi de la maison de Nihaïb, dans l'empire quiche, pag. cclxxiii et 344. GALERES ou navires en Amérique, pag. lvii-lxix-lxxix et 78. GALE-ZIHA, nom d'une famille puissante au Quiche, pag. cclxiii. GANCUEN, ou Rio-Pasion, nom d'un fleuve au Peten qui s'unit au Lacan- don, pour former l'Uzumacinta, pag. cxxx. GARCIA PELAEZ (Mgr don Francisco de Paula), archevêque de Guatemala, auteur de mémoires sur l'histoire de .cette ville, pag. xm. GÉANTS au Mexique, pag. lxvi, cxxvii. — au Pérou, pag. ccxix, note 1. — Autres, dits Chimus, pag. ccxxii, ccxxxn. Voiries mots Quinamé e t Chimu. GÉOGRAPHIE (idées sur la) physique, pag. xxxn et suiv. xlv et suiv/ — sur la — mythique, pag. xcm, c et suiv. GHOVEL ouHOVEL, dit aussi Zacatlan, ville ancienne, aujourd'hui remplacée par celle de Ciudad-Real de Chiapas, pag. cxxxi, clvii. ^ GILA (Rio), fleuve entre le MÄiqueetla haute Californie, pag. clx. — Traces des Toltèques sur ses bords, ibid. — Ses ruines antiques, pag. clx, clxi , clxiv. GOUVERNEMENT (forme du) chez les Toltèques, pag. cxvuetnofeâ. — chez les Natchez et les Floridiens, pag. clxvii et CLxvni. — Chez les Incas, pag. ccxxx. — Au Bogota, ccxlvii. Au Zenu, pag. ccxlix. GRAND'M ,REr titre symbolique des grands dieux nahuas, pag. cxvm. — Traditions qui le rappellent chez les Caraïbes, pag. ccxvi, 3. GRAND-PÈRE, titre symbolique des grands dieux nahuas, ibid. GROENLAND, région septentrionale de l'Amérique, découverte par les Scandi- naves, pag. liv. — Carte antique du — , pag. xcvi. — Si de là sortirent les NéoAIexicains, pag. cxc. GUATEMALA, région de l'Amérique centrale où arrivent les Nahuas, pag. lxxix. — Noms anciens de ce pays, pas. cxxv. GUCUMATZ, ou le Serpent orné de plu- mes, mythe antique, en quiche, le même que Quetzalcohuatl en langue nahuatl, pag. cxn. — Titre commun des grands dieux nahuas, pag. cxvm. — Idée du symbole de — ibid, note 2. — cxx. — Comparé au mythe Scandi- nave, pag. cxxi, note 1 ■ — Trouve son analogue au Pérou dans Viracocha, pag. ccxxxvin. — 2, note 4, 7, Voir le mot Quetzalcohuatl. GUCUMATZ, nom d'un roi du Quiche, pag. cclxxvi. — Grandeur de son règne, ibid. — 307, 318. — Trans- porte sa capitale à Gumarcaah, pag. cclxxvi. GUERRE des dieux et des géants, son origine, pag. cxxv. — 31 et suiv. GUMARCAAH, autrement dit Utlatlan, ancienne capitale du Quiche propre, berceau probable des Hun-Ahpu, pag. cclv. — Gucumatz en fait sa capitale, png. 307. — Abandonnée, pag. 309. HACAV1TZ , nom du dieu de la tribu — 350 d'Àhau -Quiche, donné à la première ville des Quiches, pas:, cci.xyii, 215, 235. HERCULE, visite le continent cionien, pag. ci. — Melkartos phénicien, pag. cm. note 5. HOLON-CHAN-TEPEUH, chef des Tutul- Xiu. pag. clvi. HONDURAS, région de PAmérique cen- trale au nord-est de l'Etat de Guate- mala, page cli. HUEHUETENANGO, ville antique de l'E- tat de JJiuatémala, dite aussi Ghinaba- lml eMakuleù, pag. cclxiv. HUEY-XALAC, ville antique des Toliè- ques, page cxxxiv, note 1. HU1TZJL0PGCHTLI (Celui qui est sorti de la gauche, le bâtard), divinité mexi- caine, mythe des Nahuas métis, pag. cxxn. Sa naissance , pag. cxxxvn, note 1 , cxl. HUN-AHPU (Un tireur de sarbacane), nom d'un mythe et d'un héros nahua, vingtième signe du calendrier quiche, pag, cxix, cxx, note 2. — Suscité contre Vukub-Cakix, pag. cxxvi, 35. — Vainqueur des géants, pag. cxxvn. — Combat contre Xibalba, pag. cxxvm. — Utlatlan, son berceau, pag. cxxxiv, ccliv. — Sa révolte et est appelé en Xibalba, pag. 4 33. —Symbole de la guerre des Nahuas métis contre Xi- balba, pag. cxxxv, cxxxviii. — Sa naissance, pag. cxxxvn, 107. — Ses luttes, pag. cxxxviii, 141. — Sa dé- faite, pag.cxxxix. — Ressuscite hom- me-poisson, pag. 177. — Comme un saltimbanque, ibid. — Vainqueur de Xibalba, pag. cxl, 187. — Apothéose des — , cxliv, cxlv. Mythe analogue au Pérou, pag. ccxliii. — Change ses deux frères aînés en singes, pag. 115. — Ses travaux d'agriculture, pag. 119. — Joue à la pelote en Xibalba, pag. 151. — Sa mort, pag. 165. — Livre aux flammes, pag. 175. — Adoré par Xmucané, pag. 191. HUNAHPU-QOY, nom d'une pièce scé- nique indigène au Guatemala, relative aux héros de la mythologie antique, pag. ccliv. — Son origine, pag. 113.. HUN-AHPU-UT1U, héros antique des Na- huas, meurtrier d'Utïu, pag. lxxxvi. — L'un des quatre grands dieux, pag. CXVIII, 2. HUN-AHPU-VUCB , héros antique et mythe des Nahuas, pag. cxvm, 2. HUN-BATZ, symbole de la race nahuatl pure, onzième signe de plusieurs ca- lendriers de l'Amérique centrale, pag. cxxxv, cxxxviii, cliv. — Son occupa- tion, pag. 107. — Identique avec Ozo- matli du calendrier mexicain, ibiâ. — Changé en singe par Hun-Àhpu, pag. cxxxin, 113. ^ — Éiymologie de ce nom, pag. 69. — Invoqué avec Hun- Chouen par les peintres, sculpteurs et musiciens, pag. 117. HUN-CAMÊ (un Mort), symbole des rois de Xibalba, pag. cxxix. — Trompé et mis à mort par Hun-Ahpu et Xbalan- qué, pair, cxl, 73, note 1, et 185. RTjN-CHÔUEN, symbole de la race pure des Nahuas, pag. cxxxv, ccliv. — Son occupation, pag. 107. — Signe du ca- lendrier maya," ibid., note 5. — Iden- tique avec PiltzinteuCtli, ibid,— Changé en singe ,par ses frères, pag. cxxxvn, 113.— Éiymologie de ce nom, pag. 69. — Invoqué par les peintres, sculp- teurs et musiciens, pag. 117. HUNHUN-ÂHPU, fils de Xmucané, sym- bole de la première révolte des Nahuas contre l'empire de Xibalba, pag. cxxxv. — Ses occupations, pag. 71. — Mis à mort, pag. cxxxvi, 89. — Sa tète changée en calebasse, pag. 89. — Parle à Xquiq et la rend mère, pag. cxxxvn, 92. — S'il est identique avec Nanahuatl, pag. cxlii. — Son apo- théose, pag. cxlv, 193. Son histoire, pas-. 69. HUN-PIC-TOK, ou Un de 8,000 lances, divinité .des Mayas, pag. cxxn. HURAKAN, symbole de l'ouragan, _ du vent, de la tempête, titre de la divi- nité suprême, pag. 9, cxx. — Analogue au Pérou, pag. ccxxxv. IG, le Vent, le Souffle, au Quiche, le même que Ehecatl au Mexique, pag. lxxiii. — Son temple souterrain, pag. cvn, note 2, cvni, note 1, cxxi, cxxn. ILANCUE1TL (Vieux Jupon), femme sym- bolique d'JztacMixcolmatl et mère des races américaines, pag. xxix, lxxvi. ILLAPA, Trinité du tonnerre chez les Qquichuas , pag. ccxxxv , note 2, ccxxxvni. ILLA-TICC1- VIRACOCHA, mythe antique au Pérou, pag. ccxxxvn. — Son sens étymologique, ibid., note 2, ccxxxvm, no/e2, ccxxxix.Voirle motViitACOCHA. ILOCAB, nom d'une tribu antique, com- pagne de celle ,de Tamub au Quiche, pag. clix. — Émigré de Tulan, ibid., ccLin, cclx. — Étymologie du nom, ibid., note 3. — Noms de ses chefs, pag. cclxi. — Sa capitale antique; pag. cclxiii, 237. — étendue de sa domination au Guatemala, pag. cclxiii, cclxiv. — Vaincue par les Quiches, pag. cclxxiv, 303. IMOX, premier signe des calendriers de l'Amérique centrale, symbole de la race nahuatl, pag. lxxii. — Identique avec Cipacth, pag. 71. — 357 INCA, titre royal et patronymique dans la dernière dynastie péruvienne du Cuzco,pag. ccxxin. INDIGÈNES. Voir ie mot américains. INFÉRIORITÉ des Américains et ses causes, pag. xxi. IQI-BALAM, nom symbolique d'un des quatre chefs sacrificateurs des Quiches, pag. cclxvi. — Son origine, pag. 199. — Sa lin, pag. 289. IRLANDAIS en Islande, pag.Lix, lxi.— Anthropophages, pag. lxxiv. IRLAND-IK-MIKLA, ou la Grande-Irlande, région de l'Amérique du Nord, dite aussi Hvitramanaland ou terre des hom- mes blancs, pag. clxv. — Ari, fils de Mar de Holum, s'y laisse baptiser, ibid. IROQUOIS et Hurons, s'ils eurent les coutumes déréglées des nations de la race nahuatl, pag. clxix, clxx, clxxi. — Aident les Leni-Lenape à détruire les Allighewis, pag. clxxx et suiv. — Comment ils devinrent anthropophages, pag. clxxxii. ITZA ou ITZAOB, nom d'un peuple qui fut chassé de Chichen-Itza et de Polon- chan par les Tutul-Xiu, pag. cxxx, cxxxi. Voir le mot Ah-Tza. ITZPAPALOTL, mythe nahuatl, le même que Xquiq. Voir ce nom. — Si c'est le même que le mythe de Comill, pag. ccxxxix, note 2. — 91 , note 1. 1XCU1NAMÉ, nom d'une secte impure et cruelle à Panuco et à Tollan, pag. clxix. — Analogie avec les Nahuas et les XibalbaïdeS;, ibid., note 2. 1XTLILXOCH1TL, auteur mexicain, ar- rière-petit-fils du dernier roi de Tetz- cuco, cité pag. cxn, cxxvn, cxxxi, cxxxin. — Ses dates incorrectes, pag. CXLV. IZMACHI, ville antique et capitale de la nation quichée au Guatemala , pag. cclxxiii 299. IZTÀC-MiXCOHUATL, mythe primitif du père de la race américaine, pag. xxix. — Symbole du tourbillon, pag. lxxvi. IZTAYUL, fils de Balain-Conaché, roi des Quiches, nommé Àhpop-Camha, pag. cclxxiii. — On excite sa jalousie con- tre Coiuha, pag. cclxxv. — Roi des Quiches, pag. cclxxvi, 301. IZTAYUL II, roi des Quiches, pag. 317. IZTLAHUACAN (Santa-Catarina), bour- gade indigène de la république de Gua- temala, ville autrefois importante sous le nom quiche de Ziha, pag. cclxiii et note 2. — (San-Miguel), autre ville de la langue mame, importante na- guère, pag. cclxiV, cclxv. JAPON, ses rapports possibles ancienne- ment avec l'Amérique, pag. xxxviii. JEU DE PAUME, symbole de la révolte et de la guerre des Nahuas contre l'em- pire de Xibalba, pag. cxxxiv, notes, k et 5. — Ses instruments, pag. 83. — Découverts par le Rat à Hun-Ahpu et à Xbalanque , pag. 127. — Partie de — en Xibalba, pag. 151, note 1. JEUNE, ses austérités chez les anciens Quiches, pag. 227, 331. JUARROS, auteur guatémalien, son his- toire citée, pag. xm. LACANDON, autrement dit Chixoy ou Rio de Sacapulas, grande rivière de l'Etat de Guatemala, formant, avec le Rio Gancuen ou Pasion, le fleuve Uzuma- cinta, pag. cxxx. — Son cours et sa source, pag. cclxiii, notel. LAIT (Usage du) en Amérique avant Co- lomb, pag. xl, note 1, clxvi. LAMBAYÈQUE ou LLAMPALLEC, ville antique de la côte du Pérou sur l'océan Pacifique; son origine, pag. ccxxxm. — Son dieu et ses rois, pag. ccxxxiv et note 1. — Analogie avec les Wabi et les Chiliens, ibid. LAS CASAS , écrivain espagnol du sei- zième siècle, cité au sujet des signes graphiques des Américains, pag. vin. LENI-LENAPE, nation sauvage de l'Amé- rique du Nord, détruit les Allighewis, pag. clxxx. LETTRES (Usage des) en Amérique avant Colomb, pag. vin. — Au Darien, pag. ccv, ccvi, ccvii. — Au Pérou, pag. ccxix et note 2, ccxx, note 1. — Se perd au Pérou, pag ccxxvi, ccxxvm, note 1. LIRIBAMBA, ville antique, capitale des Paruhuas au sud de Quito, pag. ccxxxi. — Son temple de Con et son idole, pag. ccxl. LIVRE SACRÉ (le), premier ouvrage américain qui soit imprimé, pag. i. — Son objet, pag. vu. — Son auteur, pag. vin. — Par qui trouvé et con- servé, pag. xii. — Analyse du — , pag. x. — Son origine, pag. lxxvii, 5. — Cité pag. cxv, cxx, cxxi, cxxxv, cxliv, cxlviii, cxlix, clx, ccxxxvi. LOTZQUIQ, remèdes mystérieux pour les yeux, pag. 137, note 1. LOUISIANE, région de l'Amérique du Nord, baignée par ie Mississippi, pag. clxiii. — Ses monuments antiques, pag. clxxii. — Leur analogie avec ceux du Pérou, ibid. MADOC-AP-OWEN, prince gallois, voyage en Amérique au moyen âge, pag. lxi. MAHQUINALON, nom symbolique d'un des chefs primitifs de la tribu de Ta- mub, pag. cclx. MAHUCUTAH,nom d'un des quatre chefs sacrificateurs de la nation quichée, tige de la maison royale d'Ahau-Qui- 24 — 358 — ché, pag. cclxvii. — Son origine, pag. 199.— Sa fin, pag. 287. MAIS, plante nutritive particulière à l'A- mérique ; son invention suivant la tra- dition quicbée, pag. 195. MALAIS (les); leurs entreprises mariti- mes, pag. xli. MAM, ou l'Aïeul, mythe antique dans l'Amérique centrale, pag. cxix. Voir le Grand-Père. MAM ou MAM-YOC, nation ancienne dans l'Etat de Guatemala, pag. ccliv, cclxi, note 4, cclxii. — Etendue de sa do- mination, pag. cclxiv. — Ses villes principales, ibid. MÀMÂH, nom d'une haute montagne au nord-est du Quiche, dans l'Etat de Gua- temala, pag. cclxii. MANCO-CAPAC, mythe antique et héros divinisé au Pérou, pag. ccxviii, ccxxi, ccxxix, ccxxx, ccxxxviii. MANCO-CAPAC III et IV, rois du Cuzco, pag. ccxxvi. MANDINGA, nation habitant la région de l'isthme de Panama, pag. ccm. MANTA, ville antique et port de mer sur l'océan Pacifique vers l'Equateur, pag. ccxxn. MAYAPAN, ville antique, capitale des Mayas dansl'Yucatan, pag. lxxxiv. — Son origine , ibid. — Conquis par les Tutul-Xiu, pag. clvi. MEAVAN, nom d'une montagne célèbre dans la mythologie quichée, pag. cxxvii — 59. MER (la) indiquée comme ayant été passée parles indigènes de l'Amérique, pag. 5, 233, 291, 293. MfcROPIDE (la) de Théopompe dans ses analogies avec l'Amérique, pag. xcix, cvi. METELLUS CELER reçoit plusieurs In- diens du roi des Boiij'pag. xlix.. METZLAPOHUALLI, calendrier sacré des Toltèques, pag. cxiv. MEXICAINS, nation du Mexique. Leur gouvernement, pag. cxm. — Passent de lapéninsulede Californie àTeo-Col- buacan, pag. clxi. — Tributaires à Aztlan-Chicomoztoc, cxcu. — Emi- grent, ibid. MEXICO, ville capitale duMexique et aussi nom de la région où, suivant le Livre Sacré, émigrent les Yaqui, pag. clx, 247. MEXIQUE, région considérable dans l'A- mérique septentrionale, sa population primitive, pag. xxiv. — Symboles de ses premiers habitants, pag. xxix. — Autres, pag. ex. MICHOACAN, région qui forme un des Etats du Mexique, pag. clx. MICTIM, région atlantique citée par Pline, indication présumée de l'Amérique, pag. cv. M1CÏECACIHUATL, ou Femme qui étend les morts, mythe antique des Toltè- ques, pag. cxxxii. MICTLAN "(ou Mitla), ville antique de l'Etat d'Oaxaca au Mexique; ses mo- numents photographiés, pag. n, note 2. — Nom symbolique indiquant le sep- tentrion, pag cv. — Sa signification, pag. cxxviii, note 2, 10, note 1. — Symbole de l'enfer, ibid. — Ses épreuves ou séjours divers, pag. cxxxn. — Autre ville de — , fondée par les Nahuas. au Guatemala, pas. cci. MICTLANTEUCTLI, ou le Seigneur du séjour des morts, mythe antique des Toltèques, le même que Hun-Camé, pag. cxxxn. — Xolotl lui demande un os de mort, pag. cxliii. MIGRATIONS des nations américaines. Une de leurs sources, pag. clxxxi. — Comment elles s'opèrent, du nord au sud par l'isthme de Panama, pag. ccvn. — Des Brésiliens et des Caraïbes, pag. ccxui. — De quelle manière, pag. ccxv. — Au Pérou, pag. ccxx, ccxxi. — Des Chimus, pag. ccxxii, ccxxin. — Au- tres, pag. ccxxv, ccxxvi, ccxxvm. — Remarques à ce sujet, pag. ccxxvm, ccxxx, CCLI. MISSISSIPPI, grand fleuve de l'Amérique septentrionale. Toltèques sur ses bords, pag. clxiv. — Quelles furent ses na- tions, pag. clxvi. — Leur état social, pag. clxvii. — Leur religion, pag. clxviii.— Ses monuments pyramidaux, pag. clxxii. MIXCOHUATL, ou le Serpent nébuleux, mythe mexicain et nahua , sa significa- tion, pas. lxxvi et note 7. MIXTECATL, symbole de la race des Mix- tecas dans la province d'Oaxaca, pag. -XXX. MOMOSTENANGO, ville antique dite aussi Patzaka, capitale de la maison royale de Nihaïb au Quiche, pag. cclxxiii. MONTÉZUMA, monarque mexicain, fait prisonnier par Cortés; son discours aux grands de son royaume, pag. cix. — Roi d'Aztlan-Chicomoztoc , pag. cxçi, cxcu. MUSÉE américain an palais du Louvre, pag. il, note 1. MYTHES du monde ancien sur les terres transatlantiques, pag. xcm. — géogra- phiques, pag. xcm et xcix. — améri- cains, pag. cxvii, ccxxxv. NACXIT, dernier roi de Tollan, fonde l'empire de Huey-Tlato , etc. Voir ACXITL. NAGARANDO ou NAGRANDO, ville anti- que fondée par les Chorotecas sur le — ar»o — lac de Managua dans l'Etat de Nicara- gua, pag. ccn. NAHUA ou NAHUATL (Race), ses sym- boles, pag. xxix. — Ses notions des géants, pag. lxviii. — Son arrivée au Mexique, pag. lxxiii, lxxviii. — Jalou- sie qu'elle inspire, pag. lxxx. — Ses chefs victimes de l'inondation et de l'ouragan, pag. lxxxi. — Ses premières luttes, pag. lxxxiy, lxxxv, lxxxvi. — Date antique qui les concerne. pag. cxi. — Epoque de leur déluge, ibid. — Dé- libèrent sur le calendrier, pag. cxin. — Leur histoire, pag. cxv. — Sym- boles des héros — primitifs, pag. cxvn. — Commencement de leurs luttes, pag. cxxiv, cxxv. — Vainqueurs des Quinamés, pag. cxxvn. — Provinces habitées par eux, pag. cxxxm. — Se soulèvent contre les Quinamés, ibid. — Image de leur révolte dans Hun-Ahpu et XJbalanqué, ibid. — Vainqueurs de Xibalba, pag. cxl, cxli. — Leurs grandes migrations, pag. clv. — Leur fuite vers l'océan Pacifique, pag. clviii. — Chassent les Chorotecas, pag. ce. — Emigrent au Nicaragua, ibid.—ku Pa- nama et au Darien, pag. cci, ccn. — Pourquoi ils dépriment la tète des en- fants, ibid., note 3. — Emigrent au Pérou , sous le nom de Cara, pag. ccxxviii. — Leurs caractères distinctifs, pag. ccxxix. — Autres émigrations au Pérou, pag. ccxxxi. — Autre? du Mexi- que, ibid. — Leur religion supplantée par celle des Qqûichuas, au Pérou, pag. CCXXXVI, CCXIIII. NAHUAL ou NAUAL, qualification indi- quant la sagesse et la puissance dans le Livre Sacré, pag. 11. NAMBI-HINA-YACA, la Cité grande du Singe, nom indigène de l'antique Chia- pa-de-Indios, dans l'Etat de Chiapas, pag. clvii, note G. NaNÀHUAC, titre ou nom divin dans le livre Sacré, pag. 211 , note 3. NANAHUATL, le Vérole, symbole mysté- rieux de la race nahuatl, pag. cxlii et notes 2 et 3. — Se jette dans les flam- mes et est transformé en soleil, pag. cxliii. — Pyramide érigée k son hon- neur à Teotihuacan, pag. cxlv. NANNE-YAH, ou les Collines de Dieu, nom donné par les Choctaws aux mo- numents pyramidaux ; comparés à la pyramide de Cholulan, pas. clxxvii. NATCHEZ, nation habitant les bords du Mississippi dansl'Amérique duNord;son gouvernement, pag. clxvii. — Son culte et sa dissolution, pag. clxviii.— Son origine, pag. cixx. — Déprime la tète des" enfants, pag. clxxi. NICARAGUA, région de l'Amérique cen- trale, pag. clvii. — Colonisée par les Nahuas, pag. cci, ccn. NICOYA, nom d'un golfe et d'une région de l'Amérique centrale, pag. clvh. — Cotonisée par lesChorotecas,pag.ccm. N1HAIB, nom patronymique de la seconde maison royale de l'empire quiche, pag. cclxxi, etc. — Ses conquêtes et sa grandeur, pag. cclxxiii. — Ses rois et dignités, pag. 343. NIL, nom antique d'un fleuve de l'Amé- rique centrale sur l'océan Pacifique, conquis par le roi Quicab I"', pag. CCLXXVN. NIMPOKOM, ville antique, dont les rui- nes existent a 21. de Rabinal dans la Yerapaz, capitale des Pokomams, pag. CCLXIV. NIMXOB-CARCHAH. Voir Carchati. NOIRS (Hommes), en Amérique avant Co- lomb, pag. lxx. — Armée de — au Pérou, pag. ccxxvn et note 1. NORMANDS" (Expéditions des) en Is- lande et ailleurs, pag. lu. NOUTKA, région au nord de la Californie. Si lesToltèques y émigrèrent,pag.CLx. NOUVEAU-MEXIQUE, région au nord du Mexique. Traces d'un sabéisme antique au —, pag. xxv. — Son ancienne po- pulation, ibid., clxi, note 1, clxiii. — Ses populations diverses, pag. clxxxiv. — Architecture de leurs maisons, ibid. — Leurs coutumes, pag. clxxxvi. — I euronç'!nepossible,pnû.CLxxxix,cxc. NUNEZ DE LA VEGA, évèque de Chia- pas, écrivain espagnol, cite pas. cxn. OCOCINGO, ville de'l'Etat de Chiapas, à 15 1. au S -0. des ruines de Palenqué, pag. cl. ODON ou OTON, mythe antique des Na- huas au Michoacan, chef-dieu des Oto- mis, si le même que l'Odin des Scan- dinaves, pag, lxxvi. — Ses descen- dants peuplent l'Anahuac, pag. ex. OGYGIE (l'île d'), n'était pas "l'Ultima- Thulé et à quelle distance de Britannia, pag. c.-ci. OLMECÂ, nation de race nahuatl, débar- que avec les Xicalancas et peuple le plateau de Cholulan, pas- xxx, note 2. — Venaient de la Floride, pag. lxxix. — Les — Vixtoti, populations qui s'é- tendent par le Zapotecapan jusqu'à l'océan Pacifique, pag. ex. — Poursui- vent les Chorotecas, pag. ce. OLMECATL, mythe de la race des Olme- eas, pag. xxx. OLOMAN, nom d'une tribu antique, éta- blie dans l'Orient suivant les Quiches, pas. 207. OMECIMUATL, la Dame double ou Deux fois dame, mythe nathuatl, personnifi- cation d'un des quatre dieux, pag. exix. 360 — OMETEUCTLI, h Seigneur double ou Deux fois Seigneur, mythe nahuatl, personnification d'un des quatre grands dieux, pag. cxix. OMEYOCAN, Lieu double ou de Deux, localité symbolique, sorte de paradis terrestre chez les Nahuas, ibid. O.MUCH-QAHOLAB ou les Quatre Cents Jeunes Gens, mythe nahuatl, pag. cxxvi. — Vaincus parZipacua,i6i"d., 53.— Sym- bole des Pléiades, ibid., note 1 .— Leur apothéose, pag. cxlv, 193. — Le my- the conservé au Guatemala, pag. ccliv. OPU ou l'Invisible, mythe divin dans la théogonie toltèque, pag. cxxi. ORDONEZ, écrivain 'cliiapanèque d'une histoire sur Palenque, pag. xiv. — Cite pag. LXIX,I.XXXIV, LXXXVII, CVII, CXXXI. ORÉNOQUE, grand fleuve de l'Amérique méridionale". Restes d'antique civilisa- tion observés sur ses bords, pag. ccxn. ORIGINE. Idées des Américains sur leur — , pag. lxx, 5 et suiv.— Des choses, pair. 11. OTOMI, nation ancienne et nombreuse de FAnahuae et du Michoacan, pag. ex. OTOMITL, symbole de la race otomie, nag. xxx. "Voir Odon. OURAGAN (F) des livres mexicains, vent violent, considéré comme une époque mytique et événement histori- que, pag." lxxx. — Sa description, ibid., note 3. OXOMOCO, mythe de la théogonie toltè- que, l'un des quatre grands dieux, pag. c.xiii et note 1, cxvn, cxx, cxxi. — Créateur du calendrier, pag. cxxiv. OZOMATLI, onzième signe du calendrier mexicain, divinité identique avec Hun- Batz, pag. cxxxv. PACAM, nom d'un devin en Xibalba, pag. 171. — Consulté au sujet de Hun-Ahpu et de Xbalanqué, pag. 173, 175. PACARIC-TAMBO ou Maison de Produc- tion, mythe antique au Pérou, identi- que avec, le Tonacatepetl des Mexicains et le Paxil des Quiches, pag. ccxli, note 5, ccxui. PACHACAMAC ou le Créateur de toute chose, mythe divin au Pérou, pag. ccxxui.— Crée les Chimus au milieu de l'Océan, pag. ccxxiv. — Son temple à Lnrin, ibid. ^ ccxli. — Analogue au mythe quiche, pag. ccxxxvm, etc. — Suprématie de son culte, pag. ccxl. PACHACUTEC, mythe divin au Pérou, pag. ccxxxvm. PA-HOM, nom du lieu du jeu de paume en Quiche, p. cxxxiv, 71, 79 et notel. PALENQUE (Santo-Domingo de), bour- gade de l'Etat de Chiapas aux frontiè- res de Yucatan, célèbre par les grandes ruines qu'on voit dans sou voisinage et connues sous le même nom, photogra phiées, pag. 1, note 2.— Si elles sont identiques avec Colhnacan et Nachan, pa£T. lxvii, note 2, cix.— Avec Xibalba, pag. cxxx, cxxxi, eu. PAMPEENS, classification de races indi- gènes des plaines intérieures de l'Amé- rique du Sud, pag. cxcix. PANAMA, ville et territoire sur l'isthme de ce nom au bord de l'océan Pacifi- que, entre les deux parties de l'hémis- phère américain, et où l'on trouve des traces de la race nahuatl, pag. cci. PANUCO, ville antique sur la rivière du même nom, à 8 lieues au-dessus du port de Tampico, dans le golfe du Mexique, où débarquèrent les premiers Nahuas on Toltèque?, pag. i.xxin, t.xxyiii. — Culte du phallus chez ses habitants et leurs mœurs licencieuses, pag. clxix. — Leurs prestidigitations, pag. 177, note 4. PAPAR ou PAPŒ, moines irlandais en Islande avant les Normands, pag. lui. — Si identiques avec les Papahiias au Mexique, ibid., note 2. PAPUHA, nom de la région où débarquè- rent les Xicalancas, si elle est iden- tique avec la contrée arrosée par FUzumacinta, pag. lxxix, 140, note 3. PARADIS TERRESTRE, idées du moyen âge et de Colomb à ce sujet, pag. lv, lvi. — Traditions aborigènes 'de l'Amé- rique sur le —, pag. lvii. — Le — de File d'Ima, pag. lix, lx. PATAN.nom symbolique d'un des princes de Xibalba, pag. 75. PAUME. Voir les mots Jeu de paume. PAXIL (Pan) et PA CAYALA, nom d'une contrée fertile, sorte de paradis terres- tre où les grands dieux découvrent le maîs,Lxxxui. — Les Nahuas s'en rendent maîtres, lxxxiv. — Idées à ce sujet, . Fpag. exiv, cxxv, ccliii. PÉROU, grande région de l'Amérique du Sud. Antiquité de ses annales, pag. ccxviii, ccxix. — Epoque de confusion dans son histoire, paç. ccxxvu. PÉRUVIENS (Ando), classification des races indigènes du Pérou, paer. ccxcix. PETEN-ITZÂ, nom d'un lac ef d'une ré- gion dans l'Amérique centrale, entre le Yucatan au nord et l'Etat de Guate- mala au sud, rapprochée de Xibalba, pag. cxxx. — Identique avec le pays des Ah-Tza, ibid., 188, note 4. PHALLUS (Culte du) dans diverses par- ties de l'Amérique, pag. clxviii. — A Panuco, ibid. — A Teo-Colhuacan, pag. clxix. — S'il exista chez les Allighe- wis, pag. clxxxii. — Chez les Caraïbes du Darien, pag. ccvi. PHENIX (Mythe du) en Xibalba, pag. 175. 361 — P1LTZ1NTEUCTLI , divinité mexicaine, identique avec Hun-Chouen, pag. cxxxv. PINAHUA, nom d'un des quatre mythes des races primitives, créés par Viraco- cha au Pérou, pag. ccxxxvm. PIRHUA, dit aussi Ayar-Uclm-Topa, pre- mier souverain du Cuzco au Pérou, pag. ccxxi. — Le dieu, pag.ccxxxvi, note 2. PLINE, texte de ses ouvrages sur les In- diens amenés k Rome, pag. xlix. — Sur Mictirn, pag. cv. PLUTARQUE, ses idées sur les îles sa- crées de Saturne, pag. lx, xcix. — Sur le continent cronien, pag. c et suiv. POISSON (Homme), mythe en Xibalba, pag. cxxxix, 177. POKOMAM, nom d'une ancienne nation dans l'État de Guatemala, pag. ctvu, cclxi et note 4, cclxii. — Vaincu par les Quiches, pag. cclxvii. POPOL-VUH, le livre primitif des Quiches, pag. vn. POPULATION ; primitive, problème inso- luble en Amérique, pag. xvn. — Ses analogies avec d'autres peuples, pag. xvm. — Ses caractères spéciaux, pag. xix, xx. — Son antiquité, pag. xxv. — Sa distribution dans les deux Améri- ques, pag. xxviî. — Ses symboles, pag. xxix. — Son berceau, pag. lxx. — Première date à son sujet, paff. cxi. POTONCHAN, ville antique du Yucatan sur le golfe du Mexique, pag. i.xxx. — Etymologie, ibid., note 2. — Conquise par les Tutul-Xiu, pag. clvi. PRESTIDIGITATIONS \ies Cuextecas , pag. 177. — De Hun-Ahpu et de Xba- lanqué, pag. 181 et suiv. PRIÈRES antiques des Américains, page 211,251, 383. PUERLA (la) de los Angeles, ou la- ville des Anges, cité moderne du Mexique, pag. lxxix. PURUHUA, nation qui émigré à la cote de l'Equateur, dans le royaume de Quito, pag. ccxxxi. — Son dieu, ibid. PYRAMIDES dans l'Amérique du Nord, pag. clxxii. — Leur étendue, pag. clxxiv. — Leur style, pag. clxxv. — Consacrées au soleil, pag. clxxvii. — Leur antiquité, ibid., clxxviii. QARAUIL, nom de la divinité dans la langue quichée, pag. 9. QOCA1R, fils d'Ahcan, issu de Ralam- Quitzé, l'un des pères de la maison , royale de Cavek au Quiche, pag. 287. ~ Son voyage à la cour d'Acxitl, pag. cclxviii, 293. — Sa générosité avec son frère, ibid. QOCAVIB, fils d'Ahcan, issu de Balam- Quitzé, l'un des pères de la maison royale de Cavek au Quiche, pag. 287, 293. — Sen voyage dans l'Aiiahuac, pag. cclxviii. — Connaît îllicitement sa belle-sœur et en a un fils, pag. cclxix. — Roi des Quiches, pag. cclxx. — Ses conquêtes, pag. cclxxi. QQUICHUA, uom d'une nation et d'une langue principale au Pérou , pag. ccxxm, noie 3, ccxxvm. — Commen- cements de la dynastie —, pag. ccxxx. — La langue — se retrouve à Quito, pag. ccxxxii. QUAÙHTLI-OCELOTL, ou Aigle et Ti- gre, symboles mexicains du peuple et de l'armée, pag. cxliii, 171, note 1. QUELÈNE, nom d'une nation de l'Etat de Chiapas, identique avec les Zotziles, pag. CLVH. QUENECH, nom d'une tribu antique, existant dans l'orient des Quiches, pag. CCLIX. QUETZALCOHUATL, autrement, dit Cu- culcan et Gucumatz, pag. lxx. — Son arrivée, ibid. — Identique avec Votan, pag. lxxi. — Ses symboles divers, ibid. — Chef des Toltèques,pag. lxxv. — Son portrait, ibid. — Symbole des Coltinas, pag. lxxvu. — Découvre le maïs, pag. lxxxiii. — S'il lutta avec les Nahuas, pag. lxxxv. — Son dé- part, pag. lxxxvi. — Le premier, il partage la terre américaine, pag. cxn. — Idée du mythe de — , pag. cxvm. — Sous les attributs d'Akbal , pag. cxxn. — Personnifié dans Ehecatl, donne la mort aux dieux, pag. cxlhi, ccxxix et note 3. — Analogie avec Vi- racocha, pag. ccxxxvi, ccxxxvm. QUETZALTENANGO, ancienne et grande ville des Mams, dans l'Etat de Guate- mala ; ses divers noms, pag. cclxiv, 319, note 8. QUICAR I,r, roi des Quiches, ses gran- des conquêtes, pag. cclxxvii, 317 et suiv.— Son humiliation, pag. cclxxviii, 325.— Grandeur de son règne, pag. 329. QUICHE, nom d'une, nation et d'une ré- gion dans l'Etat de Guatemala, pag. cl. — Ses premiers Etats, pag. cclvii, cxlxiii. — Ses commencements, pag. cclxvii. — Abolition de la féodalité au — , pag. cclxxviïi. — Origine de son histoire, pag. 3, 207, noie 1. — Sa puissance, pag'. 313, 335. QUICHE (Santa-Cruz de),), bourgade qui a remplacé l'antique Utlatlan ou Gumar- caah, à 1 lieue des ruines de cette ca- pitale, dans l'Etat de Guatemala, p. 347. QU1NAMÉ. Qui étaient les— , pag. lxvi, note 2. — Dits géants et Tzocuilhio- xime, pag. lxviii. — Identiques avec les Chichimèques, ibid. — Civilisés par les Colhuas, pag. lxxix, cix. — Guerre des Nahuas contre eux, pag. cxxv, cxxvn, cxxxm. Détruits.pag.cLv. — 362 — QUTPO, nœuds de cordons de diverses couleurs, servant à conserver des cal- culs, etc., pag. ccxix. QUITO, ville et royaume de l'Amérique du Sud, sous la ligne équinoxiale, au nord du Pérou propre, pag. ccxxxi, ccxxxn. — Conquis par les Caras, ibid. QUTVIRA, région située au nord du Nou- veau-Mexique, pag. cxciii. RABINAL, nom d'une antique tribu de la race quichée, aujourd'hui d'une bour- gade de la Verapaz, située à 22 lieues nord de la ville de Guatemala, pag. cclxv. — Ses commencements, pag. cclxx. — r Ses conquêtes, pag. ccxxi. RELIGION mexicaine compliquée, pag. cxx; — des Natchez et des Floridicns licencieuse, pag. clxviii ; — des po- pulations du Nouveau-Mexique simple, pag. clxxxvii; — des Qquichuas, pag. ccxxxvi ; — des Chibchas ou Muys- cas, pag. ccxLvr. RÉVOLUTION anti-féodale au Quiclié, pag. cclxxviii, 325, 327. RIGSMAAL, ses analogies avec le Livre Sacré des Quiches, pag. cxxr, cxxiv, cxlix, note 2, cl. SABÉISME (traces de) eu Amérique, pag. lxx; — au Nouveau-Mexique, pig. clxxxviii. — Pratiqué par la tribu de Tamub, pas. cclx, 207. SACAPULAS, autrement Tuhal, ville an- tique au Quiche; ses chefs primitifs, pag. cclx, notai.— Ses princes, pag. CCLXIII. SACRIFICES HUMAINS en Amérique, leur origine, pag. cxlv, 225, 227. — Chez les Natchez, pag. clxviii ; — à Panuco et à Tollan, pag. clxix. — Mêlés à l'anthropophagie, pag. clxxxii, ccx, ccxi. — Au temple de Con à Li- ribamba, pag. ccxxxn. — Rites issus des — au Pérou, pag. ccxlv, ccliv. — 253, 259, 2GL, 263, 303, 305. SAHAGUN, écrivain espagnol du xvie siè- cle, cité pag. cxn, cxlv, clii, 177, note 4. SANG-DE-DRAGON, arbre de l'Amérique dont la résine remplace le cœur de Xquiq, pag. 97. — Mystère de cet ar- bre, pag. 99. SATURNE (terre de) ou Cronienne, pag. c, ci, cm. — Sommeil dedans l'île Sacrée, pag. civ. SAUVAGLS de l'Amérique, causes de leur infériorité, pag. xx. — Etaient moins barbares au temps de la décou- verte qu'aujourd'hui, pag. xxi. — Leur organisation, ibid. — Leurs coutumes barbares, pag. xxn. — Traces d'une civilisation antérieure parmi eux, pag. ixvn, cxcvn, cxcvni. SCANDINAVES, leurs navigations en Is- 1 lande, pag. lui;— au Groenland, ibid. dans l'Amérique du Nord, liv. — Au- thenticité de leurs voyages, pag. lxxxix. — Analogie de leurs mythes avec ceux du Livre Sacré, pag. cxxm, cxxiv. SEPT-VILLES (lies des) où se réfugient les Espagnols et les Portugais lors de l'invasion des Arabes, pag.^Lx. — Pavs des — , ou Cibola, pas. clxxxviii. SEPT-GROTTES et Sept-Ravins, contrée primitive des Toltèques, pag. cxcn. SERPENT, origine de son culte, pag. xxv, lxxi. — Ses rapports, pag. 3 et suiv., cix, note 2. — Sang du — en- tre dans la chair de l'homme noble, pag. cl. — Son culte à Panuco, pag. CLXIX. SINGES, hommes changés en — , pag. LXXXI, 31. SKUGGAM, pays de l'ombre dans les Sa- gas, son analogue dans le Livre Sacré, pag. lxxvii. SOGAMOSO ou SUGANMOXI, demi-dieu du Cundinamarca, pag.ccxLvi,ccxLvn. — Analogie avec les mythes nahuas, ibid. SOLEIL, origine du culte du — en Amé- rique, pag. xxv. — Son berceau, pag. lxxi. — Nanahuatl métamorphosé en — , pag. cxliii. — Pyramide du — à Teotihuacan, pag. cxlv. — Son ori- gine, pag. cxlvi. — Culte, du — chez les Natchez et les Floridiens , pag. clxvii, clxviii. — Titre des rois-pon- tifes, pag. clxviii. — Son culte chez les Qquichuas, pag. ccxxxv. — Sup- • plante celui des Nahuas, pag. ccxliv. — Lever du soleil sur les tribus qui- chées, pag. 243, 245. SUHArCÔN, demi-dieu du Cundinamarca, pag. ccxlvi. TAHUES, nation de la Sonora, si les mê- mes que les Tarahumaras, pag. cxci. TAMBOTOCO, ville antique du Pérou, auprès du Cuzco, refuge des rois de cette ville, pag. ccxxvn. — La même que Pacaric-Tainbo , pag. ccxxvm, note 1. TAMOANCHAN, nom donné au paradis terrestre des Américains, pag. lvii, lxxviii. — Les Nahuas y abordent, ibicl. — Si là eut lieu le sacrifice de Nanahuatl, pag. cxlii. TAMUB, autrement Tanub, Dan et Tan, famille et tribu antique, pag. cxlvh, note J, 207. — Au Guatemala, pag. cxlviii. — Se sépare des Toltèques, pag. clix, clx, ccliii. — La plus an- cienne tribu connue au Guatemala, pag. cclix. — Leur domination, pag. ccLxiii, cclxiv. — Sa décadence, pag. cclxxiii, 318, note 5. 363 TAPIR, animal sacré en Amérique, pag. cvii-, note 3. — Sa trompe figurée sur les monuments, pag. cxvm. — Son sang entre dans la chair de l'homme noble, pag. cl. TEC PAN (les treize clans de), nom po- tronymique des tribus pokomames, au Guatemala, pag. cclxi. Voir le mot Po- KOMAM. TFXPANTLAN, ancienne ville capitale de la nation des Zoqui, dans l'Etat de Chiapas, réduite aujourd'hui au village de Tecpatan, pat}', ex et note 6, cxxvi. TECPATL ou TECPATLTEUCTLI, le Si- lex, mythe mexicain, dix-huitième signe du calendrier nahuatl, pag. cxxn. TECUCIZTKCATL , dit aussi Metztli , compagnon de Nanahuatl, mythe na- huatl, transformé dans^ la lune, pag. cxlii. — Sa pyramide à Téotihuacan, pag. cxliii et note 2, cxlv. TEHÛANTEPEC, ville de l'Etat d'Oaxaca, au Mexique , près de l'océan Pacifique, pag. clx. TENÛCH, mythe de la race mexicaine et toltèque, symbole ;de l'un des grands dieux, pag. xxix. TEO-COLHUACAN , ville antique des Toltèques dans l'Etat de Sonora au Mexique, pag. clxi. — Ses mœurs li- cencieuses, ibicl. clxii. — Nouvelle sé- paration des Toltèques dans cette ville, pag. clxiv. — Style de ses construc- tions, et leur analogie avec celles du Nouveau-Mexique, pag. clxxxvi. TEOPIXCA, cité des Prêtres de Votan, antique Valum-Votan, dans l'Etat de Chiapas, pag. cxxxi. TEOT1, titre des dieux ou héros, pag. cxvi et note l. TEOTIHUACAN, ville antique d'Anahuac, où commença le calendrier toltèque, pag. cxxv. — Si la même que Tolte- cat, pag. cxxxiii et note 3. — Si Xba- lanqué s'y retira, pag. cxli. — Com- mencement des sacrifices humains à — , pag. cxlii. — Sacrifice de Nanahuatl a — , ibid. — Pyramides du soleil et de la lune, pas;, cxlv. TEO-YAO-TLATOHUA, ou Celui qui pro- clame la guerre sacrée, mythe toltèque, pag. cxxn. TEPEPUL I, roi des Quiches, pag. 317. TEPEU (Celui d'en haut ou le Domina- teur), mythe nahuatl et titre des grands dieux , pag. cxvm , cxx , cxxi, 3 et suiv. — Se retrouve au Pérou, pag. ccxxxvm. — Nom d'une tribu antique dans l'orient des Quiches, pag. cclix, 207. TESORO de las lenguas quiche, cakchi- quel y tzutohil, ouvrage manuscrit de Ximenez, pag. xn. TETEOINAN, ou la Mère des dieux, my- the nahuatl, pag. exix. TETZCATL1POCA, ou le Miroir fumant, mythe nahuatl, pag. ',cxxi , cxxn , ccxxix, note 3. TEXAS, région de l'Amérique du Nord, au nord-est du Mexique, pag. clxiv. — Traces des Toltèques au — , pag. clxv. TEYAS (les) ou Vaillants, nation nomade du Nouveau-Mexique qui ruine plu- sieurs villes, pag. exem. — Ses cou- tumes, ibid. THULÉ (Ultima), opinions à ce sujet, pag. xci, xcii et note 1, c, cv. — .Route de la Bretagne à — , ibid. THYLÉ ou TÏLE, région au delà de l'A- tlantique où les Hérules se retirent, pag. lix. — S'il y en eut une de ce nom en Amérique, pag. xci. — Voir TlTLAN. T1AHUANÀCO, ville antique de la Boli- vie, au bord du lac de Titicaca, ses monuments, pag. ccxxm. — Bâtis par des hommes blancs et barbus, pag. ccxxvi, note 1. — Qui furent massacrés, pag. ccxxviit. — Ses édifices restés inachevés, ibid. — S'ils sont analogues à ceux de l'Amérique centrale, ibid. note 3. — Berceau des mythes nahuas au Pérou, pag. ccxliii. TITICACA, ou la Montagne de plomb, ile qui tonne son nom au lac de Chu- cuvitu entre le Pérou et la Bolivie, pag. ccxxvi. TITRES territoriaux des nations guaté- maliennes, pag. vu, note 2, cclviii. TLACHCO, ou le Lieu du Jeu de Paume en langue nahuatl, pag. cxxxiv. TLACHICATZ1N, nom donné par quel- ques auteurs à la ville capitale des Toltèques, dite aussi Toltecatl, pag. cxxxiii et note 2. — Si c'est le nom de Tulan, ibid. TLACHIHUALTEPEC, ou Mont de la Sen- tinelle, nom de la ville de Cholulan, pag. cxxv. Voir ce dernier mot. TLALLOCAN, ou Terre de l'abondance* sorte de paradis terrestre, pag. cliii. TLALOC ouTLALLOC,le fécondateur de la terre, mythe nahuatl, pag. cxxi. TLALTETECUI, mythe nahuatl, l'un des quatre grands dieux de la théogonie toltèque, pag. cxin, cxvn, cxx. TLAPALLAN ou HUEHUE-TLAPALLAN, terre sacrée, berceau primitif de la race américaine, pag. lxiii et note 3. — Où était — , pag. lxv. — Si en Xibalba, pag. cxn. — EnHuehue — se réunissent les astrologues ibid. — cxxviii, cxxxi, — dit de Cortès où? pag. cxxxiii, note 3. — clxi, clxii. TLAPALLANTZINCO, ville sur l'océan Pacifique, fondée par l'émigration toi- — 364 — tèque, pag. eux. — Conquise par les rois quiches, ibid. note 3. TLAQUIMILOLLI, ou le Paquet enve- loppé, la Majesté, le Feu caché, sym- bole de la divinité chez les Nahuas et les Toltèques , pag. cxvm et note 2, CGLwi 289 etc TLAXI-COL1UHCAN, ville antique, pro- bablement la même que Colhuacan et la capitale de Xibalba, pag. clix. TOCAY, nom d'un des quatre mythes des races antiques du Pérou, créés par Vi- racocha, pag. ccxxxvin. TOCI ou Notre Aïeule, aïeule des dieux, mythe nahuatl, pag. exix, la même qu'Atit, ibid. TOHIL, TOH etHUNTOH, mythe divin des Quiches, allusif à la pluie, au tonnerre, etc. pag. cxxii, 215. — Les tribus offrent leur sang à — pag. cclxvi, cclxvii et note 2. — Il crée le feu, pag. 219 et note 2. — Premiers autels de — , pag. 237. — Il parle aux sacrificateurs, pag. 251. — Son temple à Gumarcaah, pag. 307, 329. TOLTECAT, nom d'une ville antique, si Tulan, pag. cxxxin, note 3. — Berceau des nations guatémaltèques, pag. ccliv. — Titre de Xmucané et de Xpiyacoc, pag.( 21, note. TOLTÈQUES, nation dite aussi race na- huatl primitivement; leur errivée et leur portrait, pag. lxxii. — S'ils étaient Irlandais, pag. lxxiii. — Anthropo- phages, ibid. — Leur multiplication en Tulan, pag. ex. — Leur gouvernement, pag. cxiii. — Leurs quatre calendriers, pag. cxv. — Massacrent les Quinamés, pag. cxxxiii. — Cause de leur sortie de Tulan , pag. clui , cliv. — Leurs grandes migrations, ibid. — Fondent Tlapallantzinco, pag. clix. — Sépara- tion de leurs tribus, ibid. — Leur mar- che au nord-ouest, pag. clx. — Fon- dent la ville de Teo-Colhuacan, pag. clxi. — Tollantzinco , pag. clxii. — Edi- fient Tollan dans l'Anahuac, ibid. — Leur nouvel empire, ibid. — Leur des- truction au onzième siècle, ibid. — Cause de leur prodigieuse multiplica- tion, pag. CLXiu. — Leur esprit de prosélytisme, pag. clxiv. — Leur mi- gration en Californie et au Nouveau- Mexique, ibid. — Sur les bords du Mississippi et aux Florides, pag. clxv. — Fuient de Nicaragua a Nicoye, pag. CCII, CCIII. TONACACIHUATL, ou la Femme de notre subsistance. Voir le mot Tonacaïeuc- TLI. TONACATEPETL, ou la Montagne de notre subsistance, pag. jlxxiv, lxxix. — Identique avec Paxi.1, ibid.— cxjx. — Le même mythe au Pérou, pag. CCXLII TONACATEUCTLI, ou le Seigneur de notre subsistance, mythe nahuatl, pag. exix. — Ordonne à Nanahuatl de se je- ter dans les flammes, pag. cxlii. TONALPOHUALLI, calendrier civil des Toltèques, pag. exiv. TONATIUH, ou le Resplendissant, mythe du soleil, pag. cxxn. TORÀS, dieu des Tarasques, au Michoa- can, lxxvi, ex. TOTEOUH,ou Notre Dieu, symbole divin des Toltèques, pag. cxxn. TRIBUS quichées, leur organisation, pag. ccLviii, 206, note 1,— Les premières, pag. 207. TRINITÉ divine ou de héros, origine des rois du Zenu, pag. exix. — de prin- ces dans le gouvernement, ibid. — cxx, cxxi. — Chez les Allighewis, pag. clxxvii. — Chancas, p.ccxxx, note 3. — Au Pérou, pag. ccxxxv. — Du tonnerre chez les Qquichuas, ibid., 7. TRUX1LLO, ville moderne du Pérou, fon- dée près des ruines du Grand-Chimu, non loin de l'océan Pacifique, pag. CCXXIII. TUCUR ou Hiboux, nom symbolique des sicaires de l'empire de 'Xibalba qui vont citer les fils de Xmucané, pag. cxxxvi, 79. — Ahpop-Achih ou capitaines, pag. 77, 79. TULA ou TULAN, ville ou région anti- que, patrie des Toltèques, pag. lxxxv. — Divers pa>s de ce nom, pag. xci, cxxix. — Celui de Xibalba où? pag. cxxxi. — Si le même que Toltecat et Tlachicatzin, pag. cxxxm. — Confu- sion de ces localités diverses, pag. cxLvin. — Chay-Àbah créé pour pro- téger, pag. cl. " — Situation probable, ibïd. — Si Tulan-Zuiva, ibid., note 1. — Description de — , pag. clii. — Son histoire obscure, pag. clui. — Emi- grations de — , ibid., cliv, 915. — Berceau des nations guatémaltèques, pag. ccliv. — Ses derniers temps, pag. cclvii. — Ses rois, ibid. TULE, nom d'une nation indigène de l'isthme de Darien, pag. ccm. TUMACO (le Cacique de) décrit à Bal- boa la figure des côtes du Pérou, pag. ccviii. TUPIS, nation de l'Amérique du Sud, ses traditions relatives à son union avec les Caraïbes, pag. ccxui. TUTUL-XIU, tribu nahualt au Yucatan, pag. cxxxi. — Epoque de son émigra- tion, pag. clv. — Ses conquêtes au Yucatan,"pag. clvi. TZENDAL, nation et langue de l'Etat de Chiapas, pag. clyii, note 4. 30; I7JNACANTLAN ou Zptzlera, lieu des Chauves-Souris, ancienne ville de l'E- tat de Chiapas, berceau des Zotziles, pag. cxxxi, CLvu,nofe 4. TZ1TK, arbre, sorte de liège, dont fut l'ait l'homme, suivant le Livre Sacré, pag. cxxiu. — - Ses graines servent aux sortilèges, paç. 2J, 25. TZOCUILHIOXIME, sobriquet donné aux géants ou Quinamés au Mexique, pag. Lxym. TZUNUNIHÀ, nom d'une famille puis- sante au Guatemala, pag. cclxiii. UM1NA, pierre précieuse, nom d'une divi- nité aux cotes de l'Equateur, pag. CCXXIl. UQU1NCAT, ville antique, capitale des princes d'Ilocab, pag. cclxiii, 237. UÏ1U, nom d'un chef de Paxil, tué par les Nahuas, pag. lxxxiv, cxx. UTLATLAN, dit aussi Gumarcaaii, capitale desQiiichés, d'où partirent anciennement les Hun-Ahpu, pag. cxxxiv, note 2. — Delà sort Xbalanqué, pag. cxli,cclv. UXÂB, nation de laVerapaz, toujours ci- tée avec les Pokomams, pag. cclxiii.' UXMAL, ville antique du Yucatan, pag. ii, note 2. — Trompes de tapir et d'élé- phant sculptées dans ses édifices, pag. cvn, note 3. — Royaume d' — , fondé par les Tutul-Xiu, pag. clvi. UZUMACINTA, grand Meuve de l'Améri- que centrale, ses premiers colons, pag. lxxix, cxxv. — Origine de son nom, pag. cxxxvn, note 3. VALUM-VOTAN, région antique de Votan, pag. lxxxviii et note 2, cxxxi, note 3. VERAGUA, région de la Nouvelle-Gre- nade, confinant à l'Amérique centrale, pag. cci. — Traces de l'antique civili- sation qu'on y trouve, pag. ccm. — Dorachos, ses 'habitants, pag. cciv. VERAPAZ, province considérable dépen- dante de la république de Guatemala vers le nord, pag. cxxx, etc. V1RAC0CHA, antique mythe divin au Pé- rou, pag. ccxxix. — Son portrait et son apparition, pag. ccxxxvi. — Son analogie avec Quetzalcohuatl , pag. ccxxxvin. — Son nom donné aux Es- pagnols, ibid. — Explication du my- the, pag. ccxxxvin, ccxxxix. — Créa- teur des hommes et des astres, pag. ccxli. — Son culte rétabli au Pérou, pag. ccxliv. VIRACOCHA-INCA, l'un des rois delà dy- nastie qquichua, pag. ccxxxvi, ccxuv. VITZNAHUA (Centzon) ou les 400 Méri- dionaux, pag. cxxxvn, note 1 . — Sym- bole des Xibalbaïdes qui émigrèrent au sud après leur défaite , pag. cxl. — Si les Chiapanèques en furent, pag. clviii, ce. — S'ils bâtirent les édifices antiques de Veragua, pag. cciv. — S'ils émigrèrent au Pérou, pag. ccxxvi. — au lac de Titicaca, pag. ccxlui. VOC, sorte d'épervier, messager symbo- lique de Hurakan, pag. 71, VOLCANS (Eruption des) au Mexique et leur date antique, pag. lxvi. VOYAGES de l'auteur en Amérique, pag. m, note 2. — des Normands ou Scan- dinaves, pag. mi , liv. — de saint Brandan, pag. lx. — des sept évêques, ibid. — de Madoc, pag. lxi. — des Celtes et des Basques, ibid. — des Phé- niciens et des Carthaginois, pag. lui, xçiij xcvn, cvin. — des Chinois et des Japonais, pag. xl.— des Wabi, ibid. — des Malais, pag. xli. VOTAN, mythe antique parmi les Tzen- dales, troisième signe de leur calen- drier, pag. lxxiii. — Si le même que Quetzalcohuatl, pag. lxxvi. — Identi- que avec Oàm,ibid. — Ses voyages, pag. lxxxvii. — Transporte des tapirs à Huehuetan, pag. cvn. — Le premier partage la terre, pag. cxn. VUKUB-CAKIX ou Sept-Aras, nom d'un mythe antique, symbole des géants américains et d'une race primitive, ado- ratrice du soleil sous la figure de l'Ara, pag. lxxx, note 1 , 31. — Première vic- time des Nahuas, pag. cxxiv, cxxvn, 45. — Si identique avec les bas-reliefs de Tiahuanaca, pag. cxxxvm. — Si ses adorateurs bâtirent les édifices de Veragua, pag. cciv. — Mythe conservé dans le nom d'une bourgade au Guate- mala, paç. ccliii. VUKUB-CAMÉ, ou Sept-Morts, l'un des symboles des rois de Xibalba, pag. cxxix. — Trompé et mis à mort par Hun-Ahpu et Xbalanqué, pag. cxl, 73 et note i, 185. VUKUB HUNAHPU, fils de Xmucané, sym- bole des premières luttes des Nahuas contre Xibalba, pag. 69, 73, cxxxv. — Mis à mort, pag. cxxxvi.. — Son épi- taphe retrouvée, pag. 193, cxliv. — Son apothéose, cxlv, 193. WABI ou Huabes, nation maritime du voisinage de Tehuantepec, son origine, pag. xl. — Affinités de la langue, pag. cxcix, ccxxxn. WOD AN, divinité germanique, si identique avec Votan et Odon, pag. lxxvi, cxxii. XBALANQUÉ , mythe quiche , symbole de la révolte des Nahuas métis contre Xibalba, pag. cxxxv, cxxxvm, ccliv. Sa naissance, pag. 107. — Cité àXi- balha, pag. 133. — Ses luttes, pag. cxxxix, 141. — Sa défaite, sa résur- rection comme homme-poisson et sal- timbanque, pag. 177. — Vainqueur de Xibalba, pag. cxl. 187, — Sort d'Utla- 366 — lan,pag. cxli. — S'il se retira aCopan, pag. cclvï. — Le premier sacrifie des victimes humaines, ibicl. — Mythe qui se retrouve au Pérou, pag. ccxliii. — S'il fonda Copan, pag. cclvi. — Change ses frères en singes, pag. 115. — Ses travaux, pag. Ii9. — Joue au ballon en Xibalba, pag. 151. — Convoque les brutes, pag. 165. — Livré aux flammes en Xibalba, pag. 175. — Ressuscite et apparaît de nouveau, pag. 179. — Ses prestidigitations, pag. 181. — Adoré par Xmucané, pag. 191. XCACOU, Xganil,Xtoh, génies des mois- sons et de l'abondance, pag. 105. XELAHUH. Voir Quetzaltenango. XELHUA, mythe toltèque, l'un des grands dieux échappés à l'inondation, symbole de la race teepanèque, pag. xxix. XIBALBA, nom de l'empire primitif dans le Livre Sacré, pag. lxxix et note 5.— Commencement de la révolte contre — pag. cxvi, cxxv, cxxvi. — Son origine, pag. cxxvni. — Ses rois, pag. cxxix. — Son analogie avec l'Atlantide, ibid. note 2. — Chemin de — , pag. cxxx. — Si identique avec Palenqué, pag. cxxx, cxxxi. — Caractère de ses prin- ces, ibid. 189. — Epreuves en — , pag. cxxxn, note 2. — Site de — , pag. cxxxvi. — Vaincu par Hun-Ahpn et Xbalanqué, pag. cxl, cxli. — Vaste étendue de l'empire de — ,pag. cli. — Si de là vient la civilisation au Pérou, pag. ccxxvi. — Concordance des prin- cipaux événements de — avec ceux du Pérou, pag. ccxxvni. — Chemin de Nimxob-Carchah a — , pag. ccliv, 81. — Derniers temps de l'empire de — , pag. cclvii.— Chemins des quatre cou- leurs en — , pag. 83. — Parlie de paume en —, pag. 151. XIC, nom symbolique d'un des princes de Xibalba, pag. 75. XICALANCA, nom d'une nation pri- mitive au Mexique qui débarqua à la lagune des Terminos , pag. xxx. — Peuple toute la côte du golfe, pag. LXXVIII LXXIX GX« XICALANCATL , 'mythe nahuatl, symbole de la race Xicalanca, p. xxx. X1CALANCO , ville et station primitive de la race nahuatl située entre l'Atlanti- que et la lagune de Terminos, pag. LXXII, LXXVIII, LXXIX. XIMENEZ (Francisco), écrivain espagnol au Guatemala, pag. xi. X1PE-TOTEC, ou Notre seigneur de l'écorchement, dieu et sacrifice cruel ; son introduction, pag. clxix — 151, note 2. VIQU1RIPAT, nom symbolique de l'un des princes de Xibalba, page 73. XIUHTEUCTLI, ou Seigneur de l'herbe, du feu ou de l'année, mythe nahuatl, pag. cxxi. — Commande à Nanahuatl de se jeter dans les flammes, pag. cxui. XMUCANE , mythe nahuatl identique avec Oxomoco, pag. cxvm. — Crée l'homme, pag. cxxm. 23.— Ses tils, pag. cxxxv, G9. — Traditions de —, chez les Caraïbes, pag. cevi, ccxvi.— Repousse Xquiq, pag. 103, 105. — Voit danser le Hunahpu-Qoy, pag. 115, 117. XOCHITL ou Fleur, mythe nahuatl, ving- tième signe du calendrier mexicain, nag. exix. XOLÔTL, mythe nahuatl, pag. cxliii. XP1YACOC, mythe nahuatl, l'un des quatre grands dieux, pag. cxvm. — Identique avec Cipactonal, ibid. — Crée l'homme, pag. cxxm, 23. — Tra- ditions caraïbes à son sujet, pag. cevi, CCXVI. XPURPÛVEK , cri de nuit en Xibalba, pag. 157 et notai. XQUIQ, ou la Femme-Sang, pag. cxxxvi et note 4. — Va visiter le calebassier de Xibalba, pag. 91, 93. — Enceinte de Hunhun-Ahpu, pag. cxxxvn, 93. — Condamnée par son père se soustrait à la mort, pag. 95,-99. — Donne le jour à Hun-Ahpu et à Xbalanqué , pag. cxxxvn, 107. — Symbole de l'union illégitime des Nahuas, pag. cxxxviu. XUCHICAOACA, mythe nahuatl, symbole de l'un des quatre grands dieux, pag. cxin, cxvn, cxx. XULU, nom d'un devin en Xibalba, pag. 171 . — Consulté au sujet de Hun-Ahpu et de Xbalanqué, pag. 173, 175. YAQUI, nom identique avec celui de Na- huatl ou Toltèque en langue quichée ; les —, se séparent au sortir de Tulan, pag. clx. — Leur origine,, pag. 215 et /note 2. YUCATAN, région péninsulaire de l'Amé- rique centrale, séjour des nations pri- mitives, pag. xxv. — Première émi- gration au — , pag. lxix. — Ses habi- tants se peignaient le visage, pag. cxxxn. — Conquêtes des Tutul-Xiu dans le —, pag. clvi. YUNCà, nom générique des habitants des plaines, désignant ici spécialement ceux des terres baignées par l'océan Pacifi- que, pag. ccxxiii, ccxxxiii. — Leur état social supérieur à celui des Incas, pae. ccxliii. YURACARÈS , nation de l'intérieur de l'Amérique du Sud, ses traditions, pag. CCXVI. ZAKI-NIM-AK, ou le Grand-Sanglier- Blanc, mythe nahuatl, pag. cxxvn. ZAKI-NJMA-TZYIZ,ou le Grand-Blanc-Pi- 367 — queur- d'Épines, mythe' nahuatl, pag. cxxxvn, 1. ZAPANÀ (Inca), nom d'un conquérant, donné comme le fondateur de la dynas- tie des Incas au Pérou, pag. ccxxx. ZENU, région située aux bords du fleuve Magdalena, non loin du golfe d'Urraba, son gouvernement de trois, pag. ccxlix. — Ses tombeaux, ibicl. Z1BAK, moelle d'un jonc, dont se fit la femme, suivant le Livre Sacré, pag. cxxm, 21, 27. ZIPACNA, nom du fils aîné de Vukub- Cakix,. mythe antique, symbole des géants américains, pag. cxxvi, 35. — Vaincu par Hun-Ahpu, pag. cxxvn, 33. — Son analogue au Pérou, pag. ccxliii. — Le mythe existant encore au Guatemala, pag. ccliii, ccliv. ZOQUI, nation de l'Etat de Chiapas, pag. clvii. — Affinités de sa langue, pag. CXCIX. ZOTZIL, nation de l'Etat de Chiapas, pag. clvii. —Son origine, pag. clviii. ZOTZLEM. Voir le mot Tzinacan- TLAN. ZUNI, nom d'une tribu au Nouveau-Me- xique, pag. clxi, note 1, clxxxv. ZUyÙf, nom d'un .souterrain construit par Votan, pag. cvn. FIN DE LA TABLE. EXPLICATION DES PLANCHES. N° 1 . Le vase antique représenté dans la planche qui fait face au frontispice a été trouvé dans l'Etat d'Oaxaca au Mexi- que ; il paraît appartenir à la civilisation zapotèque. D'après les explications du père Fabregat, le sujet ferait allusion à Tetz- catlipoca, et les lunettes placées devant les yeux de cette divinité seraient un sym- bole de la providence. Le dessin en a été fait en ma présence par M. Edouard Pin- gret à Mexico. N° 2. La gravure de la page lxix re- présente une sorte de galère antique sculptée sur un rocher de l'île de Pedra, dans le Rio-Negro, un des affluents de l'Amazone : elle appartient au voyage de M. R. H. Schomburgh dans la Guyane, exécuté en 1838 et dont le journal a été inséré dans le Bulletin de la Société de géographie de Londres, vol. x, de l'année 1841. J'ai cru qu'il serait intéressant de reproduire cette gravure à propos de la navigation des anciens Américains. N° 3 et 4. Les deux petites gravures de la page lxxv reproduisent deux sujets des peintures qui existent dans un des édifices de Chichen-Itza, dans l'Yucatan : c'est également à propos de la navigation américaine que l'idée m'est venue de les placer ici, quoiqu'elles n'aient pas un rapport tout à fait direct avec les pages où elles sont intercalées. Quant à la gravure du titre , elle offre les sym- boles de deux Quetzalcohuatl, d'après une pierre sculptée servant d'anneau enchâssé dans la muraille d'un Jeu de paume à Chichenltza. Voir la page cxx et note 2. PLACEMENT DES CARTES. La carte de l'Amérique centrale doit 1 cxxxi. Celle de la Nouvelle-Grenade et du être placée de manière à faire face à la page I Péroudemanièreàfairefaceàlapageccxxi. ERRATA. à: Page 6 ligne 6, tzinonic, lisez tzinin-oc. 9 24, remplissez-vous, fécondez-vous. 28 17, hi, chi. 32 5, raxçavacoh, raxçavacoh. 42 4, tokobah, togobah. d° note 2, tokobah que, togobah qui. 10G 2, x-chika, x-chi ka. 116 12, chu ziquih, ch'u ziquih. d° 16, Humbatz, Hunbatz. 119 18, après (leur servant, fermez la pa- renthèse. 125 15, Hunaphu. Hunahpu. 126 19, Runalpu, Hunahpu. 140 à la dernière ligne de la note 3, après avec sa jonction, après sa jonction avec 145 lrc ligne de la note, xio, xicv 148 dernière, x-e chi quibil, x-e cha chi quibil. 171 à la ligne 3 de la note, tlotti, tlotli. 184 1, ca valih-oc, c'a valih-oc. 196 note 1, ligne 7, cacaloit, cacalotl. d° note 2, ligne 4, paiaste, pataste. 199 note 1, ligne 5, Igi-Balam, Iqi-Balam. 202 note 2, ligne 9, se porte, je porte. 215 2, Machucutah, Mahucutah. 216 16, Vucup-Tek, Vukub-Pek. d° 17, Gabauil, Qabauil. 218 2, nofe 1, ligne 2, 10,000, 10,000 pieds. 242 18, x-caeh, x-caoh. d° 21, quitzik, quitzih. 244 7, tax-zakaric, ta x-zakaric. 265 23, des jeunes gui, des jeunes gens qui. 278 19, qaxtun, qoxtun. 291 2, après le mot puissance fermez la parenthèse. 340 8, behebeb, beleheb. d° 11, Tziquina, Tziquinaha.