=== Le Moutardier du Pape === Alfred Jarry Le Moutardier du Pape (p. Titre-123). bookLe Moutardier du PapeAlfred JarryParisVJarry - Le Moutardier du Pape, 1907.djvuJarry - Le Moutardier du Pape, 1907.djvu/19Titre-123  ALFRED JARRY Le Moutardier du Pape Opérette Bouffe En trois Actes ornée d’un portrait de l’auteur par f.-a. cazals et de vignettes par paul ranson mcmvii Et je sais de récentes œuvres de lui, le portrait de l’auteur d’Ubu Roi, par exemple, qui portent assez haut sa compréhension, naïve et forte, de l’effroyable mélancolie des monstres obligés au déguisement.Rachilde : Préface du Jardin des Ronces. PERSONNAGES Jane of Eggs, papesse sous le nom de Jean VIII. Le Grand Moutardier Macaro. John of Eggs, ambassadeur d’Angleterre. La Camérière Secrète. Le Grand Muletier. Main-Forte de Costo, colonel des zouaves pontificaux L’Ambassadeur de Belgique. L’Ambassadeur d’Allemagne. Le Concierge du Vatican. Le Grand Papetier. Le Capitaine Cooks. Ambassadeurs, cardinaux, touristes, salutistes, muletiers, porte-bulles, bâtonniers, gondoliers, zouaves pontificaux, gardes écossais, gardes suisses, petits moutardiers de la chapelle Sixtine, fidèles, ballets des vierges sages et des vierges folles, apothicaires indignes. La scène est à Rome, en l’an 8… ACTE PREMIER Cabinet de toilette du pape Scène PREMIÈRE LE PAPE, LA CAMÉRIÈRE, LE GRAND MOUTARDIER, LE GRAND MULETIER, LE GRAND PAPETIER, PETITS MOUTARDIERS DE LA CHAPELLE SIXTINE, DIGNITAIRES DIVERS. Le Pape est dans le fond sur une sorte de trône. La Camérière l’habille. chœur Ô Rome ! reçois dans ton sein Jean Huitième, notre Saint Père, Qui, s’il a tout pour être saint, Doit avoir tout pour être père. Espère, Ô Rome, Qu’il se montre homme. Ô Rome, reçois dans ton sein Le Saint Père ! Gloire au Saint Père, Gloire au saint homme ! le moutardier Je suis le Moutardier qui se pousse du col. Grand maître des cérémonies, Condiment des cérémonies, Je colle Sur tout des étiquettes infinies. Je veille au protocole, Je suis le Moutardier qui se pousse du col. J’impose silence à la foule qui babille, Et pour l’instant je dis qu’il faut que l’on habille Sans retard, Petits moutards, Je vous le dis en vérité, Que l’on habille Sa Sainteté ! un dignitaire Du trésor de la basilique Sortez la tiare authentique ! le grand papetier Vous êtes Pierre, Sur cette pierre Posez les clefs du paradis : Un’, deux : elles sont deux et non pas dix, Miserere, de profundis, Les clefs de l’apôtre saint Pierre. le grand muletier Voici, selon la formule, La mule où se dissimule Le pied, où le pied est clos. Sois clos à l’aise, Pied que l’on baise ! Mule, agite tes grelots ! Dansez, selon la formule, Dansez le pas de la mule ! chœur Vous n’allez pas Au pas Quoiqu’vos deux mul’s, Saint Père, Fass’nt joliment la paire ; Le trot Ce serait trop… Hé non ! ce n’est pas trop. Tintinnabule, mule, Car l’utilité des galops C’est de secouer les grelots. Fin du pas de la mule. la camérière Il a fort bien dansé. Ce jeune pape est extraordinaire. le grand muletier Le pape sait tout faire très bien, c’est son métier : Il est infaillible. la camérière Tout ! Je pense que Sa Sainteté ne se permet pas tout (Soupir). Elle n’est point comme ses prédécesseurs avec la grande camérière (Soupir) ! Sa chair est forte. Mais, enfin, notre jeune pape est charmant, et une femme même n’eût pas montré tant de grâce et de légèreté. air i Car il a tout d’une papesse S’il n’a rien d’un pape, je croi. Il faut que ma vertu confesse Que j’eus trois papes morts… sur moi. Celui-ci, vierge et sans émoi, À rose joue, imberbe bouche, Et la pudeur qui s’effarouche. Est-ce un pape ? Est-ce Une papesse ? ii Moi, la camérière secrète, Ce jeune pape ténébreux Ne m’admet point à sa toilette. Il se cache comme un lépreux, Se cache comme un amoureux. Je n’ai vu que sa chevelure Et, quand il bénit, sa main pure. Est-ce un pape ? Est-ce Une papesse ? le moutardier Ma fille, vous mériteriez l’excommunication ! mais, heureusement pour vous, vous ne savez pas ce que vous dites. Il n’entre pas de femme dans le conclave des cardinaux et c’est déjà trop de tolérer une camérière ici. Il s’est écoulé bien des temps depuis ces absurdes légendes de papesses. En notre siècle de progrès, au IXe siècle, la cérémonie qui se prépare est vraiment superflue. la camérière Ah oui, la Chaise ! le moutardier Je dis superflue, mais comme Grand Moutardier, c’est-à-dire grand maître de toutes les cérémonies, je dois veiller à ce que toutes les formalités soient d’autant mieux observées qu’elles sont plus superflues. air La Chaise, Ne vous déplaise, Est, comme il sied, Le siège, Le Saint-Siège, Sous les auspices du Sacré Collège, Où le pape s’assied. C’est un nimbe, une auréole, Dont il se coiffe au verso. L’écuyère en haute école Ainsi perce le cerceau. Je vous le dis sans arrière-pensée, C’est en deux mots une chaise percée, Margelle du puits de la vérité, Lunette de l’infaillibilité. On y voit si le Saint Père A bien tout pour être père. La Chaise, Ne vous déplaise (etc.). Le chœur reprend le refrain. Sortie générale. Restent la Papesse et le Moutardier. Scène II JANE, LE MOUTARDIER le moutardier Ouf ! Ça a été long, mais ce costume te sied à ravir et tu es charmante dans ce travesti. jane Tu trouves ? Moi, je trouve que ça fait chaud. Alors, maintenant, on peut poser tout ça ? le moutardier Tu as mis un corset ? C’est très imprudent ! air Un corset, c’est très imprudent ; Aux yeux sceptiques, nul n’échappe : Un corset, porté par le pape, Un corset, c’est sans précédent ! jane, sur les genoux du Moutardier. C’est ta diable de chaise qui est une imprudence. Là… (Vocalisant) la la la la la la la la… C’est pas mon corset qu’on verra. le moutardier Peuh ! On inventera quelque chose au dernier moment. jane Elles sont chouettes, tes inventions. Quand on enlève une Anglaise et une femme mariée encore, ça peut paraître drôle d’abord d’avoir l’idée, pour la cacher, de la mettre pape. J’ai commencé par trouver ça très chic. Ça prouve que tu as de belles relations. le moutardier On fait ce qu’on peut. jane Et puis, tu sais, t’as rien à dire. Je t’ai nommé Grand Moutardier. Ça te fait tout de même mon premier grand dignitaire et comme ça je t’ai toujours sous la main. le moutardier Ma chérie, quel honneur ! jane Dis donc ! Tu pourrais pas supprimer la cérémonie de la Chaise ? Ça m’embête. le moutardier Merci pour cette bonne parole. Il l’embrasse. jane Alors, la Chaise, c’est rasibus ? le moutardier Ça, jamais. Je manquerais à tous mes devoirs. jane Tes devoirs ! Votre devoir, Monsieur, c’est d’être mon amant et d’être prêt au doigt et à l’œil. Ainsi, pour la Chaise, t’es pas jaloux ? Un temps. Alors… mets-y un couvercle. le moutardier C’est défendu. Et puis qu’est-ce que ça te fait ? C’est moi qui regarde. jane Toi tout seul ? le moutardier, à part. Rassurons-la. À Jane. Moi tout seul ! jane C’est pas terrible. le moutardier, se levant furieux. Tu voudrais sans doute qu’il y en eût d’autres ! jane J’ai pas dit : beaucoup d’autres. le moutardier Sachez, Madame, que moi seul c’est assez ! Et que j’en ai assez ! Dire que j’ai été obligé, de peur d’accident, de ne pas laisser auprès de vous d’officier du sexe auquel j’appartiens : ça aurait fait du joli si le Pape avait peuplé le Vatican de petits enfants dont il aurait été la mère ! Non, Madame, personne ne regardera, que moi ! jane C’est bien. Faut pas te fâcher. le moutardier Je ne me fâche pas. jane Viens m’embrasser. le moutardier, embrassant la papesse. Tiens !… Et puis c’est amusant d’embrasser le Pape ailleurs que sur sa mule. jane J’te crois ! le moutardier Tu es mieux en Pape qu’en Anglaise. jane Mon amour ! jane, le moutardier, ensemble. i Ne pensons plus qu’à notre amour. Notre perpétuel délice Semble toujours n’avoir qu’un jour, Et la pourpre cardinalice Te Me } donnait l’air moins souverain, Mon cher, Ma chèr’, } que ce jaune serin. ii Papess’ Jeanne, ma Chère Jeanne, ta } papauté Règne en maîtresse sur le monde Ainsi qu’y régnait ma ta } beauté, L’or de ma ta } chevelure blonde. J’eus toujours Vous avez } pour le travesti Un goût qui ne s’est démenti. iii Te souvient-il Il m’en souvient } quand sous les roofs, Dans les cabines des navires, Je promenais mes Tu promenais tes } waterproofs Te souvient-il Il me souvient } de nos délires ? Il me souvient Te souvient-il } du voile vert Qui te Qui me } cachait le ciel ouvert ? iv Femme coquette ou Père Saint, Qui que je Qui que tu } sois, Romaine, Anglaise L’amour qui brûlait dans { ton mon } sein Je le déclare Tu l’avoûras } avant la Chaise, Moquons-nous de ce qu’on verra, C’n’est pas l’amour qui changera ! le moutardier Tout ça c’est charmant. Mais ce qui m’inquiète toujours c’est ton mari. S’il venait à Rome ? jane Il ne me reconnaîtra pas plus que les autres. Et puis, il ne viendra pas. C’est un Anglais. Il me disait : « Jane, I love you. » Quel imbécile ! Les Anglais, ça reste en Angleterre, de l’autre côté de l’eau. le moutardier Mais non ! D’abord tous les chemins mènent à Rome, ce qui explique l’affluence ici. En outre, les fêtes de la cérémonie, de ta cérémonie ont attiré des touristes de toutes les nationalités. Les hôtels meublés sont hors de prix. Il y a beaucoup plus de touristes anglais que de touristes d’autres pays. La statistique est là, Madame : s’il y a neuf cent quatre-vingt-dix-neuf Anglais sur mille étrangers, il y a mille chances sur neuf cent quatre-vingt-dix-neuf que l’un de ces Anglais soit votre mari. (À part.) Je crois que je me suis teompé, mais ça l’impressionne. jane Mais, au fait, tu as raison. Il est à Rome ! J’ai vu un homme à la procession, de dessous mon dais, un homme en complet à carreaux, à favoris roux, qui me regardait. J’ai reconnu son lorgnon ! C’est lui ! le moutardier Ah ! Tu exagères !… À part. Elle va se trouver mal ! C’est pas le moment !… (Haut.) Défendons-nous contre lui. Prenons des précautions. jane Ah ! oui ! le moutardier J’ai une idée ! jane C’est étonnant ! le moutardier Hein ? jane Je dis : c’est pas trop tôt ! le moutardier Je vais fermer… jane Le Saint-Siège ? le moutardier Non pas ! Je te répète que c’est défendu. Je vais fermer toutes les portes du Vatican. Personne n’entrera ici ! jane Personne ? le moutardier Personne. jane Et la laitière ? Et la marchande à la toilette ? Et la manucure ? Et le mouron pour les petits oiseaux ? Et tous les fournisseurs ? le moutardier Il n’entrera d’autres fournisseurs, Madame, que les ambassadeurs des puissances étrangères. Et pour qu’il n’en entre pas trop on leur fera payer un droit d’entrée. Ils passeront par le tourniquet du musée. jane Dis donc, ils vont bientôt revenir, tes muletiers, moutardiers et autres grands papetiers ? le moutardier, tirant sa montre. Dans six minutes. Je vais téléphoner, sans fil provisoirement en attendant qu’on en invente, les ordres pour l’entrée des ambassadeurs. jane C’est ça ! Qu’ils ne donnent pas au tourniquet mes propres pièces, à ma cour ça n’a pas cours. le moutardier, après avoir téléphoné dans un coin. Maintenant, rhabille-toi. Les dignitaires vont venir. jane Ah ! zut ! Pendant que le Moutardier rhabille la Papesse, ils reprennent le dernier couplet du duo. Scène III LES PRÉCÉDENTS, Tous les DIGNITAIRES rentrent. Puis les AMBASSADEURS les dignitaires chantent le chœur du début : Ô Rome, reçois dans ton sein, etc. un garde suisse, criant. Leurs Excellences les ambassadeurs et diplomates des puissances étrangères demandent audience ! Ils se bousculent à la porte pour entrer d’une façon grotesque. le moutardier, les arrêtant, Messieurs, attention, ne parlez pas tous à la fois. un ambassadeur Mais, godverdoum ! qui est-ce qui va parlaïe le premier, alorss ? le moutardier Ce ne sera pas vous, toujours, le Belge. un autre ambassadeur Ché feux qué c’est moi ! Ché férai le tiscours. le moutardier Tais-toi, Guillaume ! Les premiers seront les derniers, comme dans l’Évangile. l’ambassadeur belge Ouaïe ! Alors quel ordre est-ce que tu prends, dô ? le moutardier Attendez ! Tiens, c’est bien simple ! De l’alpha jusqu’à l’oméga. Dans l’ordre alphabétique ! l’ambassadeur belge Tu es farce ! l’ambassadeur allemand Et inzolent ! Et l’alphabet en quelle langue, donnervetter ? le moutardier En français, langue diplomatique ! le garde suisse, criant. Par ordre alphabétique ! La lettre A ! Son Excellence l’Ambassadeur d’Angleterre est admis au baise-mule de sa Sainteté ! jane, pinçant le Moutardier. La gaffe ! La gaffe ! L’Ambassadeur anglais entre à quatre pattes, ainsi que sa suite écossaise, pour le baise-mule. la camérière derrière eux. Quels beaux hommes ! chœur de la garde écossaises, l’Ambassadeur et les Écossais restant à quatre pattes. C’est nous les gardes écossais, Et nous sommes couverts de plaids, De plaids écossais En vrais patriotes. Nous n’avons pas d’bottes, Nous sommes troussés, Et nous ressemblons presque, Sans distinction d’sesque, Vaillante soldatesque, À des sans-culottes français ! Et s’il faut que l’on se batte Parmi L’enn’mi, Il vaut mieux se mettre à quat’ pattes Au risqu’ d’exposer ses derrières : Ce sont les risques de la guerre, L’enn’mi par derrière Et devant l’ami. Notr’ culotte aux genoux n ’fait pas de plis Et c’est plus poli ! C’est nous les gardes, etc. L’Ambassadeur anglais s’avance à quatre pattes au pied du trône du Saint Père. jane Ah ! mon mari ! Elle s’évanouit et tombe à la renverse, tandis que l’Ambassadeur anglais reste prosterné. versets et répons le muletier, basse, soutenu par les chanoines. Le Saint Père se trouve mal ! — Qu’on le dégrafe ! — Il a trop chaud — Que l’on apporte une carafe. le moutardier, ténor léger, soutenu par les soprani sixtins. Animal ! — Le Saint Père se trouve bien — Cela ne sera rien — Il a pris froid — Que l’on remporte la carafe — Qui servira une autre fois — Et son manteau qu’on le ragrafe ! le muletier Tapez-lui dans les mains — Tapez fort — Encore ! — Il y a de l’espoir — Bassinez-lui le front — À fond — Où est la bassinoire ? le moutardier Non, il vaut mieux lui mettre une clef dans le dos — Ce remède rien ne le vaut — Quelqu’un de la société — A-t-il une clef à prêter ? — En voici une, ce qui est bien — Et le pape s’en trouvera bien — En voilà même deux — Ce qui est mieux. tutti Le Saint Père se trouve mieux. Fin des Versets et Répons. Le Moutardier a saisi l’une des clefs pontificales. Le Grand Muletier tient la seconde clef. le moutardier Parlant bas et vite au Muletier en lui montrant la tête de l’Ambassadeur anglais prosterné. Laisse-la tomber sur sa tête ! le muletier Plaît-il ? le moutardier Imbécile ! Il lui marche sur le pied. La clef tombe et manque l’Ambassadeur anglais. Raté ! jane, revenant à elle. Il ne m’a pas reconnue ! le moutardier Eh bien, monsieur l’ambassadeur, baisez la mule et formulez votre requête. sir john of eggs baise la mule et reste agenouillé. air Jane ! Jane ! Nous coulions En Albion D’heureux jours Courts, trop courts, Jane ! Jane ! Quand sans gêne Ell’ me lâ- Cha là ! Un prélat Cardinal, Mon rival, Fort brutal, La sédui- Sit. C’est celui- Ci Ou celui- Là. Oh ! qui me rendra l’inhumaine ? Jane ! Jane ! le chœur Il a d’la peine, Il a du cœur. C’est nous le chœur ! Écoutez, Sir — On prononc’ : seur — Où y a d’ la Jane Y a du plaisir ! sir john Grand Saint Père, l’avez-vous vue ? jane, à part. Non, il ne m’a pas reconnue ! le moutardier, parlé. Nous sommes désolés, bien désolés de ce qui vous arrive, mais dites-nous comment est Jane. Nous ne l’avons point vue. sir john of eggs, se relevant peu à peu. air i Elle a de tout petits petons, Petits, petits… comment peut-on À sa pantoufl’ de Cendrillon Trouver la paire ? Petits, petits… hé mais, Saint Père — Que m’excuse Sa Sainteté De la très grande liberté, Successeur du princ’ des apôtres — Petits, petits… comme les vôtres. ii Elle trouss’ sa jup’ de satin D’un petit coup de doigt mutin Qui la frait prendr’ pour un’ catin, Une adultère ; D’un petit coup de doigt, Saint Père — Que m’excuse Sa Sainteté De la très grande liberté, Successeur du princ’ des apôtres — D’un petit doigt… comme le vôtre. iii Sa taille est un arbuste droit, Sa taille est un sceptre de roi, Sa ceinture un collier étroit Qui désespère ; Étroit, étroit, hé mais, Saint Père — Que m’excuse Sa Sainteté De la très grande liberté, Successeur du princ’ des apôtres — Étroit, étroit comme la vôtre. iv Si je revoyais ses beaux yeux, Si je me haussais jusqu’à eux, Sombres, méchants, mystérieux Comme un repaire, Si je les revoyais, Saint Père — Que m’excuse Sa Sainteté De la très grande liberté Et du sans gêne… Désignant la Papesse. Mais c’est toi, Jane ! chœur des dignitaires Énergumène ! La mort n’est pas assez ! Sacrilège ! Folie ! Mais l’oubliette est là de peur qu’on ne l’oublie. Jetez le sacrilège au fond de l’in-pace. la garde écossaise (chœur) Trahison ! Trahison ! Politesse, obligeance Ne sont plus de saison. Vengeanc’ ! vengeanc’ ! vengeanc’ ! Très vite. Car si le pape est infaillible, L’ambassadeur est inviolable, Inviolable comme la Bible Et comme la loi des douz’ tables ! Si le pape n’est pas un pape, Qui, si le pape est une attrape… la camérière, le chœur, ensemble. Est-ce un pape ? Est-ce Une papesse ? la garde écossaise (chœur) Alors il n’est plus infaillible ; La vengeance sera terrible, Car si le pape est infaillible L’ambassadeur est inviolable ! le moutardier Silence ! Silenc’ ! Silence ! Que votre souci s’allège ! Ce soir le Sacré Collège Dissipant tout sortilège, Démasquant le sacrilège, Grâce au ciel qui nous protège, Déjouant et fraude et piège Inaugure le Saint Siège. Ce soir, à six heures, La preuv’ la meilleure ! Calmez-vous, garde écossaise, On vous renvoie à la Chaise. tous À la Chaise ! Fin du premier acte. ACTE II PREMIER TABLEAU Une chambre du Vatican. Rideaux mobiles sur toute la largeur du fond. Scène PREMIÈRE JANE, LE MOUTARDIER, tous deux en déshabillé galant. le moutardier Qu’est-ce qu’on va faire, maintenant, avec cet Anglais ? jane Encore ? Ah non, zut ! Tu es trop mufle ! T’en as pas assez d’avoir enlevé une honnête femme à son mari ? Il faudrait encore que tu enlèves un honnête mari à sa femme ? c’est dégoûtant ! le moutardier Saint Père ! jane On ne froisse pas ainsi quelqu’un dans ses convictions conjugales. Il croyait que j’étais sa femme, cet homme. Il en avait du toupet ! Mais ça prouve qu’il avait aussi de la perspicacité, et de la mémoire. Et puis ça fait toujours plaisir. le moutardier Voyons, Saint Père, ma petite Jeanne ! jane Et puis toi, tu sais, tu ne sais pas l’anglais. Hein ? Il disait : Jane ! c’est plus modern style. Toi tu dis : Jeanne, comme : âne ! c’est commun. Est-ce que tu me prends pour Jeanne d’Arc ? le moutardier C’est vrai ! Je n’aurais pas dû mettre cet Anglais à la porte ! En somme, il avait payé sa place au tourniquet ! Et puis, s’il était ici. il pourrait faire la comparaison, et alors, je le plaindrais bien cet insulaire. jane Dis donc ! le moutardier Quoi ? jane Il n’est pas parti ? le moutardier Non. Il est vis-à-vis du Vatican, à l’hôtel du Nain Jaune. jane Va le chercher. le moutardier Hein ? jane J’ai mon idée. le moutardier Je me méfie. jane Tu dis ? le moutardier Je m’en rapporte, Saint Père, à votre infaillibilité. jane Sois tranquille. Je le raterai pas. le moutardier Ah ! jane Mon chéri, ce que j’en fais, tu sais, ce n’est que pour te faire plaisir. Quand mon mari sera ici, tu nous laisseras seuls ensemble. le moutardier Quoi ? jane Je dis : seuls. Mais nous ne serons pas seuls, puisque nous serons ensemble. Ceci doit rassurer ta jalousie. le moutardier Mais c’est ton mari ! jane Peuh ! Est-ce qu’on fait attention à ces choses-là ? Donc, mon mari se jette sur moi, à mes pieds. Car il m’aime, tu sais, lui. le moutardier Il se jette sur toi ! jane Eh ! Il n’y a pas de danger. Je mettrai mes mules. Et s’il me chatouille… le moutardier Comment, s’il te chatouille ? jane Alors, s’il me chatouille, je danserai le pas de la mule et tu sortiras de la cachette, et nous le ferons arrêter pour crime de lèse-papauté. le moutardier Mais y a-t-il une cachette ici ? jane Pour sûr. duo le moutardier La cachette, autant que je sache, Est un endroit où l’on se cache, Un observatoire en sous-sol D’où l’on surgit comme un guignol. De ce trou, s’il est nécessaire, L’on peut fondre sur l’adversaire, Ou, si l’on veut se ménager, Attendre la fin du danger. jane Va te cacher, va te fair’ fiche, Car je le renvoie à la niche. C’est le double fond du placard Où l’on met l’amant au rancart. Il s’enferme sans défiance, Puis l’on endort sa patience D’un : « Sois bien sage, mon chéri », Et l’on fait risette au mari. le moutardier Très bien. jane Donc, tu te fourreras dans la cachette. Il n’en faut pas bouger jusqu’à ce que tu entendes les grelots des mules. À ce son connu, tu bondiras. le moutardier Je bondirai comme un lion altéré de carnage. jane Eh ! sois prudent ! Il vient peut-être ici pour me tuer ! le moutardier Pour nous tuer tous deux. Ça, je me l’étais toujours dit ! jane Mais j’aurai du courage pour nous deux. Je saurai montrer que le pape est vraiment homme. le moutardier Voilà qui me rassure. jane Alors, va vite chercher mon mari ! À part. Ah ! je languis ! Ah ! my dear ! le moutardier J’y cours ! Il ouvre une porte. Camérière, allez vite chercher cet Anglais. Scène II LE MOUTARDIER, JANE, LA CAMÉRIÈRE la camérière Quel Anglais ? le moutardier L’ambassadeur anglais. la camérière Mais ils sont des tas dans l’ambassade. jane Allez chercher le plus bel homme ! la camérière J’y vas ! Scène III LE MOUTARDIER, JANE le moutardier Le plus bel homme ! Quel cri du cœur ! jane Eh ! bien oui, le plus bel homme ! Sans cela, aurais-je permis qu’il m’épousât ? le moutardier Mais moi, alors, je ne suis pas le plus bel homme ? Et, pourtant, il me semble, Madame, que vous m’avez préféré à ce mari, enfant de la perfide Albion ? jane Vous !… Ah ! moi, ça me repose des beaux hommes. Qui peut le plus peut le moins. Et puis, celui que j’aime, c’est le changement. Tu n’es pas comme mon mari, toi. Il est costeau, tu sais, mon mari. Il boxe, comme tous les Anglais, il assomme un bœuf d’un coup de poing. le moutardier Sport barbare ! jane Il arrête un cheval emballé quand il n’a pas misé dessus ! le moutardier Hé ! Hé ! jane T’as peur ? le moutardier Moi ? Jamais ! Mais, pour charmer nos loisirs et causer un brin, je voudrais faire chercher Main-Forte. jane Pleutre, va ! le moutardier Je veux dire notre vieil ami Main-Forte de Costo, le colonel des zouaves pontificaux. À part. Il connaît la boxe anglaise, celui-là. C’est son métier ! Il crie à la fenêtre. Faites monter le colonel Main-Forte de Costo. jane, à part. Ah ! Je vais revoir ce bon John ! Ah ! my dear ! il y avait longtemps ! Scène IV JANE, LE MOUTARDIER, LE COLONEL La Papesse se dissimule derrière un rideau et ne montre que la tête. le colonel, entrant vêtu en Écossais. air On est allé chercher Main-Forte, Main-Forte a répondu : Présent ! Main Forte est là, très complaisant. Y a-t-il quéqu’un qu’i faut qu’on sorte ? Je me précipite aussitôt. Oui, mes deux mains sont des étaux. Je suis le colonel Main-Forte de Costo. Qui, je suis fort comme une tour, Qui, ma poitrine est un tambour, Oyez plutôt ce cri supérieur, suprême : En avant ! Heu heu heu heu heu heu heu heeeem ! trio bouffe jane, le moutardier, ensemble. Vous avez vos galons, Mais votre pantalon ? le colonel, comptant ses galons. Deux, trois, quat’, cinq, complet ! Mon costume est complet, Encor qu’un peu simplet ! jane, le moutardier, ensemble. Son costume est complet Encor qu’un peu simplet ! le colonel Le protocole veut, soucieux de la forme, Que de ses visiteurs l’on prenne l’uniforme. Pour faire honneur à la garde écossaise Laquelle est venue, En tenue, Un peu nue, Je me suis mis à l’aise. Si ma tenue Est un peu nue, Je suis tout de même en tenue. jane, le moutardier, le colonel, ensemble. Si { ma sa } tenue, etc… le colonel, s’adressant à la Papesse, toujours dissimulée derrière son rideau et dont on ne voit que la tête. Je péchais, Saint Père, à la ligne, dans les jardins du Vatican, comme saint Pierre, comme un simple saint Pierre sur le lac de Tibériade. Il paraît que ça ne mord plus sur le lac de Tibériade. Alors les fervents de l’asticot se sont faits colonels, autrement dit pêcheurs d’hommes. le moutardier Il n’y a pas de sot métier. le colonel Et, pour me faire la main, j’ai attrapé, Saint Père, ce petit poisson rouge. Veuillez me faire l’honneur de l’accepter ! Il a la couleur du sang, ce qui accoutume à envisager sans trembler l’image de la guerre et la gloire des combats. En avant ! Heu, heu, heu, heeem !!! jane Mon vieux coco ! Gardez ! gardez ! Accompagnez notre Grand Moutardier dans le petit réduit. le colonel, inquiet. Quel petit réduit ? jane, toujours derrière son rideau. Là, à gauche, mon vieux cocasse. Il y a une porte dissimulée. Poussez sur le bouton. Le moutardier vous expliquera votre mission. Entrez, et ne sortez qu’à mon appel ! Enfermez-vous ! le colonel C’est une cave obscure ! le moutardier Un cellier garni ! le colonel Garnison de bouteilles ! En avant !!! heu ! Bouteille, bataille ! Bataille, bouteille ! le moutardier, chanté. Il n’est point de bataille, il n’est que des bouteilles ! jane Vont-ils entrer ? air le colonel Non point des batailles, Ici des bouteilles De diverses tailles Promettent merveilles ! Ils entrent. Mais chacune de nos conquêtes S’agrémente d’une étiquette ! Étrennons, Égrenons Ces doux noms ! Bénédictine Et vespétro Et grenadine ! le moutardier Parlez moins haut ! ensemble En sourdine ! En sourdine ! Ils ferment la porte de la cave. jane, sortant de dessous son rideau. Ouf ! Elle se dirige vers la porte de la cachette. Soyons prudente. Cric-crac ! Enfermons-les à double tour. Deux précautions valent mieux qu’une ! (Elle les enferme.) Ils sortiront quand je voudrai. Et s’ils comptent sur le bruit des grelots, qu’ils se fouillent. Ils n’entendront rien. Oh ! John ! Ah ! John ! Je t’attends ! Et préparons-nous ! Elle prend un petit miroir, une houpette à poudre de riz et disparait tandis que de l’autre côté l’Ambassadeur anglais entre avec la Camérière. Scène V SIR JOHN OF EGGS, LA CAMÉRIÈRE duo la camérière Il n’est pas pape, l’infâme ! sir john Je m’en doutais, c’est ma femme ! la camérière Et je suis sûre De l’imposture. ensemble Nous sommes sûrs De l’imposture. la camérière Dans ma carrière De camérière, Voilà trois papes que j’enterre. Je sais bien comment ils sont faits ! sir john Trois ! trois papes ! Trois ! en effet ! Cette femme est originale, Une femme à papes, je crois. Créature pontificale, Je t’aime ainsi, de par ma foi, Voici ma foi : Shake hand ! la camérière Shake hand ! sir john C’est ici sa chambre ? la camérière Oui. Minaudant. Je suis presque jalouse d’elle. sir john, à part. Quelle femme enivrante ! la camérière Nous nous reverrons, ô bel insulaire ! sir john Quand tu voudras, ô divine Tiare ! la camérière Je te quitte. La papesse va venir ! Adieu ! sir john Farewell ! Elle sort. Ils s’envoient des baisers. Scène VI JANE, SIR JONN, et, dans la coulisse, LE MOUTARDIER et le COLONEL Jane, en déshabillé galant, se précipite en scène. jane duo Eh bien, cher mari, my dear, Comment vous portez-vous ? Je veux dire How do you do ? Mais ne me faites pas de scène ! sir john Jane ! Jane ! Reprise. Oui, le Saint Père avait tes yeux, Le Saint Père avait tes cheveux… Eh bien, ma chéri’, my dear, Comment vous portez-vous ? Je veux dire : Jane, y lov’ you ! jane Mais vous ne m’faites pas de scène ? sir john No ! no ! no ! ensemble Nous coulions En Albion D’heureux jours Courts, trop courts ! sir john Jane ! Jane ! ensemble Quand sans gêne Tu me Je te } lâ Chas Chai } lâ ! Un prélat, Cardinal, Mon Ton } rival — M’est égal — Te Me } sédui- Sit. C’est celui- Ci Ou celui-Là ! Ah ! tu m’es rendue, inhumaine ! jane Non, je ne suis plus inhumaine ! sir john Jane ! Jane ! ensemble J’taime ! J’taime ! jane Will you kiss me ? kiss, kiss, kiss, my dear ? Je veux dire : John, I love you. ensemble Jane, John, } I love you ! sir john Le Saint Père avait tes cheveux, Le Saint Père avait tes beaux yeux, C’est ici la grâce divine, C’est ici l’image de Dieu, Divine ! Divine ! jane, se défendant faiblement. No, no, no ! le moutardier, le colonel, dans la cachette Bénédictine Et vespétro ! jane Faites risette ! le moutardier, le colonel Et l’anisette, Parfait amour ! Nous sommes vaincus ! jane Je t’aime ! le moutardier, le colonel, ensemble O crème- Des-cocus ! sir john, pâmé I love you ! jane, bondissant soudain et ouvrant la cachette. Arrêtez-moi ce voyou ! Il a tenté d’attenter À notre personne, Notre Sainteté. Mais notre bonté Lui pardonne Et ne donne Ordre que de l’arrêter ! Scène VII LES PRÉCÉDENTS, LE COLONEL et LE MOUTARDIER, sortis de leurs cachettes ; LA CAMÉRIÈRE, puis LES DIGNITAIRES qui entrent peu à peu. Jane remet à la hâte ses habits pontificaux. le moutardier, le colonel Il a tenté d’attenter À la personne De Sa Sainteté Qu’on l’empoigne ! sir john, au Colonel. Lâche ivrogne ! la camerière Quoi ? Comment ? Il a tenté D’attenter À la personne… ? Mais s’il n’a fait que tenter, Notre bonté lui pardonne. sir john Les femmes, en vérité, Sont des personnes Qu’il est bon de redouter, Qu’il est bon de respecter. Oui, la femme, en vérité, Est un’personne Qu’il est bon de respecter ! chœur Qu’on l’empoigne ! Mais notre bonté Lui pardonne Et ne donne Ordre que de l’arrêter ! jane Récitatif. Il est un gouffre sombre où l’on jett’, jette, jette Tout ! C’est là qu’est l’oubliette Et le tout à l’égout. Puisque notre bonté pardonne, qu’on l’oublie ! le colonel, ivre Qu’on l’oublie ! Mais qu’on le bourre de coups ! la camérière N’oubliez pas de l’oublier Ni de le bien bourrer de coups ! Ou je vous rends mon tablier Et je m’en retourne cheux nous ! chœur général Il est un gouffre sombre, etc… Cri final. Qu’on l’oublie ! Tous sortent, emmenant Sir John qui crie lamentablement : Jane ! Jane ! Scène VIII JANE, LE MOUTARDIER, LE COLONEL le colonel, agitant une bouteille. Vespétro ! crème-des-cocus ! Anisette ! Parfait amour ! le moutardier Il est ivre. jane En quelque sorte. le moutardier C’est bien fâcheux ! Il a la garde de la Chaise, suivant les formules. le colonel, riant Vespétro ! anisette ! Pernod pur ! mélé-cass’ ! jane Il a la garde de la Chaise ? le moutardier Hélas ! jane Eh bien, alors, puisqu’il est ivre nous sommes sauvés ! le moutardier Sauvés ? jane Oui, tu verras. Ils emmènent le Colonel. Les rideaux du fond s’ouvrent, découvrant la grande salle. DEUXIÈME TABLEAU La grande salle du Vatican. Dans le fond, des fenêtres. À droite du spectateur, un peu en avant, et non loin de la coulisse, la Chaise, élevée sur trois marches et surmontée d’un dais soutenu par quatre colonnes où sont attachés des rideaux repliés. Devant la Chaise il y a une trappe ouverte avec une rampe, et disposée de sorte que l’on puisse passer sous le siège. Le défilé commence. Scène PREMIÈRE PERSONNAGES DU DÉFILÉE, puis LE MOUTARDIER, JANE, LE COLONEL, FOULE les muletiers C’est nous les muletiers Altiers. Ne nous taxez point d’incurie Si nous allons à pied Comme de simple pompiers : Les mules sont à l’écurie. les portes-bulles Vanité des vanités, tout est vanité. Souffler des bulles, c’est construire sur le sable Celle-là, mais c’est déjà presque un dirigeable. P… ! auvreté ! calamité ! Vanité des vanités, tout est vanité ! L’une suit l’autre, tel Œdip... ! e ! Suivait Antigone. Ça se fait avec une pip… ! e ! Comm’ les pets de nonne. les batonniers C’est nous les bâtons De la Chaise. Nous sommes seize Qui les portons. Notre sort fait envie Car nous menons un’ vie De patachons ! C’est nous les bâtons De la Chaise. les gondoliers, portant une petite gondole. Nous portons la gaîté partout où nous allons, Par monts et par vallons, Jamais dans l’eau, Ça n’s’rait pas rigolo, Et nous nous gondolons : Joyeux et familiers, C’est nous les gondoliers. un gondolier, se détachant du groupe, reluque la Chaise. Je crois qu’il va s’passer quelque chose de drôle : C’que je m’gondole ! Il tombe dans des convulsions, les autres l’emportent. les zouaves C’est nous qui somm’s les zouaves Pontificaux. Nous avons des fez suaves Au lieu d’schakos. Nos chéchias sont de braves Coquelicots, On nous gave de raves, De haricots. Nous faisons nos esclaves Des moricauds. Nous gardons les conclaves Des cardinaux. les contrôleurs, petits vieillards tremblotants munis de visières vertes. C’est nous les contrôleurs. Nous disputons Des goûts et des couleurs À tâtons. C’est nous les contrôleurs Qui regarderons tout à l’heure, À notre aise, Qui regarderons Par dessous la Chaise. Nous avons des yeux pénétrants, Nous avons des verr’s grossissants Et des tas d’instruments d’optique Que nous n’ sortirons qu’au moment Psychologique ! Entre Jane, escortée par le Moutardier, par le Colonel qui titube, par les Ambassadeurs. Les Muletiers, les Bâtonniers, les Porte-Bulles, les Gondoliers, les Zouaves sont rangés autour de la salle. le moutardier, parlé. Voici l’heure de la cérémonie. À part. Ô femme ! être ondoyant et serpentin ! que diable va-t-elle faire ? jane, à part au Moutardier Fais-moi accompagner jusqu’au siège par le colonel. Tu vois que c’est pas toi tout seul qui vas regarder. le moutardier, piteux Je crois bien, c’est pas moi du tout. jane Obéis ! le moutardier Colonel Main-Forte de Costo, suivant les rites, accompagnez Sa Sainteté jusqu’au Saint-Siège, lirez-lui le rideau et veillez sur elle ! vous êtes le glaive et Je pouvoir temporel ! le colonel, titubant un peu et caressant le col d’une bouteille qui sort de sa poche. La consigne est la consigne ! En avant ! Heeehem ! Il se dirige avec la Papesse vers le siège dont ils escaladent les degrés. Ils ferment trois rideaux et négligent de clore celui du côté du public, de sorte que le public voit encore ce qui se passe sur la Chaise mais que les figurants en scène sont censés en être isolés. le moutardier Et vous, les contrôleurs, faites votre office ! vous êtes les observateurs spirituels ! À part. Dieu nous aide ! chœur des sept contrôleurs qui se dirigent lentement vers la trappe. Marchons à petits pas ; Cette poterne C’est un peu bas. Verrons-nous bien tout ? Avons-nous bien tout ? À savoir Tout ce qu’il faut pour voir ? un contrôleur, exhibant une énorme lentille. Hein, cette loupe Ça vous la coupe ? un autre contrôleur Pour observer dessous ce socle J’ai mon monocle. un autre contrôleur Un monocle, c’est peu, C’est même irrévérencieux. J’ai mieux : Un binocle ! un autre contrôleur S’il est sans peur et sans reproche Il ne craindra pas l’approche De ma lunette d’approche À mesure que la lunette s’allonge. Proche, proche, proche, proche ! Musique de trombone à coulisse. chœur des contrôleurs Avons-nous bien tout ? Verrons-nous bien tout ? Avons-nous bien tout Ce qu’il faut pour voir ? Il fait assez noir. N’oublions pas surtout — Marchons à petits pas, C’est un peu bas, Cette poterne — N’oublions pas surtout D’allumer notre lanterne. Ils allument des lanternes sourdes puis disparaissent. Un rond de lumière se projette au-dessus de la chaise près de laquelle le colonel vide sa bouteille tandis que Jane l’invite sans cesse à boire. le moutardier, à part. Ô femme ! femme ! Être serpentin et ondoyant ! Que va-t-il se passer ? les contrôleurs, nasillant sous l’estrade. Saint Père, prenez donc la pein’ de vous asseoir Pour voir ! jane, au Colonel qui porte sans cesse sa bouteille à sa bouche. Colonel, on boit mieux assis ! Nasillant. Colonel, prenez donc la peine de vous asseoir Pour boire ! le colonel, ivre Après vous ! jane, le prenant par les épaules, l’assied. Assis ! Ainsi ! Tandis que le colonel s’assied et reporte encore la bouteille à sa bouche, Jane tire le dernier rideau. voix d’en bas, puis chorus général C’est un pape ! le moutardier, à part, parlé. Je n’y comprends rien ! chœur Ô Rome, reçois dans ton sein Jean Huitième, notre Saint Père, Car il a tout pour être saint, Car il a tout pour être père ! Sois fière, Ô Rome, Qu’il se montre homme ! Gloire au Saint Père, Gloire au saint homme ! Pendant ce chœur Jane a relevé le rideau face au public et poussé hors de la Chaise le colonel titubant. Jane s’assied à sa place ; à ce moment la foule enthousiaste se précipite, lève les trois autres rideaux. Les contrôleurs ressortent de la trappe avec force gestes admiratifs. Gloire au Saint Père ! apothéose Fin du deuxième acte. ACTE III Les jardins du Vatican, le soir. Illumination aux lanternes vénitiennes. Scène PREMIÈRE CARDINAUX, AMBASSADEURS, puis les PERSONNAGES DU BALLET Les CARDINAUX assis à des tables battent leur absinthe. quatuor des cardinaux Mea culpa, mea culpa, mea culpa, Battons notre coulpe Et la coupe ! Troublons-la, ne nous troublons pas. Nous sommes quatre Qui voulons la battre, La battre avec soin. Troublons-la, ne nous troublons point. Vous avez vu dans les journaux Que c’était nous les quatre points Cardinaux, Buvant leurs pernods. Mais à présent nous sommes davantage : La position a des avantages. Quatre à quatre nous la battons. Nous voulons la battre. Quatre à quatre. Pour faire valoir La lueur d’espoir De la liqueur verte, De cette porte à l’espérance ouverte, Pour en fair’ valoir Les tons Pendant que nous la battons Et que son flot monte et bouge, Nous nous somm’s mis en rouge. Troublons-la, ne nous troublons pas, Mea culpa, mea culpa, mea maxima culpa. Maxima, c’est carabiné, C’est roué de coups, c’est tanné, C’est la liqueur sainte, Battons notre absinthe. Troublons-la, ne nous troublons pas, Mea culpa, mea culpa, mea culpa. divertissement Entrée des Camérières dansantes. demi-chœur des Camérières chantantes : les Vierges Folles. Oui, le pape nous a ravis, Le pape de Rome. Il s’est montré pape à l’envi Et comme un seul homme. Le voici pape pour la vie, Car des yeux à qui rien n’échappe, Par un’petit’ trappe L’ont constaté pape. La Chaise faite pour asseoir La papauté Est un miroir De vérité. 2e demi-chœur : les Vierges Sages. Ah ! si la chaise Sert à ceci, Nous en sommes fort aises. Nous, vierges sages, nous voici. Vous, vierges folles, Dansez vos farandoles. Nous, vierges sages, Penchons nos visages, Penchons nos corsages Sur d’autres usages Plus sages. chœur des apothicaires indignes Car la chaise n’est pas ce qu’un vain peuple pense : Elle n’a qu’un trou, mais en récompense, Selon le témoignage Des sages, Deux usages : Elle rappelle au Souverain Pontife Que son pouvoir n’est point définitif, Que la splendeur avec la vi’ cesse : — Memento, homo, quia pulvis es ! — Que ce qui fut poussièr’ retourne à la poussière, Qu’il faut que l’on digère ou qu’on périsse, Que tout retourne à rien Si l’on digère bien : — Et in pulverem reverteris ! Et que le Paradis qu’ouvrent les clefs de Pierre, Le ciel d’azur, Séjour des cœurs purs, C’est d’avoir de son ventr’ liberté pleine, entière ! les vierges folles Nous avons compris ! Mais chut ! chut ! chut ! chut ! chut ! C’est un mystère ! les apothicaires et les vierges Mystère, Clystère ! Clystère, Mystère ! les apothicaires, sortant des seringues. Voici les clefs du Paradis. Perfectionné’s depuis saint Pierre. Ça entr’, ça sort. C’est à ressort, Tout fait bon ventre Pourvu qu’il entre. C’est l’instrument Charmant Qui fait jut, jut, jut, jut. Salut, saint Pierre, Princ’ des apothicaires, Mais chut, chut, chut, chut, chut ! Et jut, jut, jut, jut, jut. toutes les vierges Si vous croyez à des réclames Pour des laxatifs Lénitifs, Infâmes, — Tout de même, on n’est pas des juifs — Bonnes âmes, Vous vous trompez, Nous songeons au salut, Pas plus, De vos âmes, Car les hérétiqu’s sont, sont les gens constipés ! Vous, fidèles, allez en paix. Entrée et chœur des fidèles constipés Nous accourons à tire-d’ailes Demander le baiser de paix. C’est nous qui sommes les fidèles Constipés, hélas, constipés ! Nous n’parlons plus qu’à demi-mot Et nous attendons sous l’ormeau, Nous attendons sous les murailles La délivranc’ de nos entrailles, Nous espérons que notre obole Nous rendra peut-êtr’ la parole. Nos carêmes, Jeun’s extrêmes, Prièr’s pour le r’pos Des âmes, Dessèchent nos peaux, N’rempliss’nt guèr’ nos pots. les vierges Le bon peuple qui n’a pas vu le Pap’ du tout, Ce bon peuple s’en va maintenant voir le trou Par lequel passait quelque chose, Apothéose Du pot aux roses ! les fidèles Assis sur cette auguste Chaise, Nous nous sentirons plus à l’aise, La terreur et l’émotion Vont nous servir de potion. Le pape a la clef du mystère, Rendons la poussière à la terre. Dieu fasse La grâce Que le pouvoir du Saint Père Opère. Le Purgatoire Urge, Le Consistoire Purge. Quand nos péchés seront purgés Nous nous sentirons plus légers, Et nous fuirons à tire-d’ailes, Nous, les fidèles, N’étant plus désormais Constipés. chœur général Mais chut, chut, chut, chut, chut ! Et jut, jut, jut, jut, jut. Sortie burlesque des Apothicaires et des Fidèles. Tarentelle des Vierges Sages et des Vierges Folles. Scène II CARDINAUX, AMBASSADEURS, LE COLONEL premier cardinal Enfin, nous avons un pape ! deuxième cardinal Ç’a été dur. troisième cardinal Il paraît même, d’après la cérémonie, que c’est un pape considérable ! premier cardinal Qui l’eût pensé à voir ce visage imberbe ? quatrième cardinal Les apparences réservent parfois des surprises, n’est-ce pas votre avis, colonel ? le colonel Moi, vous savez, je crois que j’ai un peu dormi pendant la cérémonie. J’étais de garde. l’ambassadeur allemand, à l’Ambassadeur belge. Il était soule ! l’ambassadeur belge Les Italiens, ça saïe pas boire comme nous ! premier cardinal Alors, colonel, vous n’avez rien vu ? le colonel Nous autres militaires, la consigne nous interdit de nous occuper des choses politiques. Mais je crois que j’ai été solide au poste. En avant ! Heu heu heu heu heeemm ! l’ambassadeur belge Quel blagueur ! Bruit à la cantonade, panique générale. premier cardinal Qui vient troubler ici nos innocents divertissements ? l’ambassadeur belge On peuïe comme pas boire son verre tranquille ici ! Scène III LES MÊMES, LE CONCIERGE DU VATICAN, puis LES HIGLANDERS, PICKPOCKETS et TOURISTES ANGLAIS, puis SALUTISTES le concierge, haletant. Messeigneurs, colonel, la suite de l’ambassade anglaise est à la porte des jardins. Ils ont ameuté les touristes et réclament à grands cris leur maître. Ils ont tué le grand muletier ! le colonel Nous allons les mettre à la raison. Combien sont-ils ? le concierge Ils sont dix mille ! le colonel Faites entrer !… Zouaves ! Les Zouaves se précipitent sur la scène. Rassemblement, à droite alignement, fixe, croisez… ettes ! Les Zouaves croisent la baïonnette du côté où les Anglais doivent apparaître. Les ambassadeurs et les cardinaux se mettent debout sur les chaises et les tables. l’ambassadeur belge, au colonel Tu saïe, colonel, nous autres on est inviolable, savez-vous ! l’ambassadeur allemand, tirant son sabre Que personne ne touche à ma moustache. Il la fixe. un cardinal Moment solennel. Un instant de silence profond. Les clairons des zouaves sonnent le garde à vous. Entrent en dansant et tournant sur eux-mêmes, cinq highlanders ridicules, jouant du bag-pipe en d’énormes instruments qu’ils pressent sur leur poitrine et dont les outres affectent des formes de seins. le colonel, hurlant d’un air de défi. Les bag-pipes sont les seules poitrines qu’on voie en Angleterre ! Des touristes entrent dans des costumes carnavalesques, lentement guidés par le capitaine cooks. chœur des touristes, lisant dans des Baedeker qu’ils tiennent à la main. Baedeker, Robert Macaire ! Au Vatican, la collection des Antiques Est la premièr’ du monde et la plus authentique… Elle n’est pas encore commencée. La plus grande partie en sera dispersée, En petits souv’nirs pour touristes étrangers. Ils tournent autour des statues, des cardinaux et des zouaves, s’efforçant d’en détacher subrepticement quelques fragments. chœur des pickpockets Narguons les dangers, Marchons les mains dans les poches Sans avoir l’air de rien, Dans les poches de nos proches, S’il n’arriv’ pas d’anicroches Ça donne un maintien Et ça soutient. Ils s’amusent à voler aux zouaves quelques baïonnettes. les touristes Baedeker ! les pickpockets Robert Macaire ! Les trompettes des Zouaves resonnent le « garde à vous ». Grand vacarme des deux partis, corsé par l’arrivée d’une grosse caisse et d’instruments de l’Armée du Salut. Le Colonel pousse son grand cri, mais ne peut plus se faire entendre, Les Highlanders s’essoufflent. Le Colonel pousse un cri désespéré, ou plutôt c’est l’orchestre qui donne la note que ne peut plus faire entendre le Colonel. Scène IV LES MÊMES, plus JANE et le MOUTARDIER Jane paraît sur le perron. Silence subit. Jane fait un grand geste et congédie les combattants, qui sortent sur une musique à faire pleurer les ours. Jane descend le perron appuyée sur le bras du Moutardier. le moutardier À quoi pensez-vous, Saint Père ? Vous avez l’air mélancolique. Tu n’es donc pas contente d’être pape, ni qu’on proclame officiellement que tu as tout ce qu’il faut pour être pape ? jane Si tu crois que c’est amusant de passer pour un homme ! Ça écarte les amateurs. le moutardier C’est ce qu’il faut. jane Et puis il n’y a pas que ça qui m’embête. Je pense à ce pauvre mari qui se morfond tout seul dans les oubliettes. le moutardier Ton mari ! Vous y pensez beaucoup trop, Saint Père ! moi je trouve qu’il est fort bien où il est. jane Oh ! lui, ça m’est égal. Seulement, il y a tous ces idiots qui vont encore marcher dans les plates-bandes et tout casser jusqu’à ce qu’on le leur ait rendu… Tiens, c’est drôle, de parler de mon mari, ça me donne des idées de me remarier. le moutardier Te remarier ! Retourner avec cet imbécile ! jane Oh ! celui-là ou un autre ! Me remarier, une idée comme ça ! avec le premier imbécile venu. le moutardier Choisis-moi, dis ! duo jane, le moutardier Au prix de la beauté, Qu’est-c’ que la papauté ? Voici le voile ôté Par notre volonté. Sonnez, baisers, fanfares ! Fanfares les plus rares. L’amour qui se déclare Vaut mieux que la tiare. Nos cœurs sont grands seigneurs. Je puise mes bonheurs Au fond de ton image. Remportez l’encens, mages ! Si l’homme a les honneurs, La femme a les hommages. Voici le voile ôté… le moutardier Mais, imbéciles que nous sommes, nous n’y avons pas pensé. Tu ne peux pas te marier avec moi. Tu es déjà mariée. Le mariage est une chose sacrée, indissoluble. Tu vas être bigame. jane Peuh ! le moutardier Et puis, encore, mais tu es pape ! jane Pape ! mais voilà notre affaire ! C’est bien le moins que cette situation me serve à quelque chose. Tu vas voir. Appelle tout le monde. le moutardier Même ton mari ? jeane Surtout mon mari. Fais-le repêcher de son oubliette ! le moutardier Pour le repêcher, je vais appeler le colonel Main-Forte de Costo, qui aime à taquiner l’ablette (Criant) Ohé ! colonel ! Scène V LES PRÉCÉDENTS, LE COLONEL, LA FOULE, puis SIR JOHN OF EGGS le colonel, arrivant avec une foëne. Je péchais précisément, Saint Père, j’ai mon trident, comme Neptune ! Il « présente » son arme. le moutardier Alors continuez ! Voilà votre proie ! Le Moutardier lève le couvercle de l’oubliette. le colonel En avant ! heu heu hem ! Le colonel se précipite vers le trou et y enfonce son engin tout entier. Sir John grimpe comme un singe le long du manche et apparaît ruisselant. Scène VI LES MÊMES, SIR JOHN air de l’oubliette sir john of eggs Hou ! hou ! hou ! L’ou- Bliette, C’est un trou Rhumatismal, Sous une dalle Où l’on est très mal. L’oubliette Fait risette Comme un piège à loup ! Rendez-vous De la diète, De la miette, De la suette, De l’ablette, Des poux, Des vieux clous, De tout, De tout ce qu’on jette Et du tout à l’égout. C’est au-d’ssous De tout ! Poubelle, T’es pas belle ! Hou ! hou ! hou ! J’suis dans l’état d’esprit d’un singe Qu’aurait bien besoin d’changer d’linge. Par le trou rond, seul astre de mon ciel, Je ne voyais filtrer lueur aucune. Pour l’astronom’ le moins superficiel C‘était bouché, c’était un’ nuit sans lune. Ah ! que j’aurais été plus aise D’êtr’ dans l’sixième dessous d’la chaise ! Hou ! hou ! hou ! jane Eh bien, mon vieux, ça nous en donnera encore une besogne de te retirer de là-dedans après qu’on t’y aura fait rentrer. sir john, à part Soyons circonspect ! À Jane. Ô Saint Père, grâce ! Retourner dans ce trou ! Que faut-il faire pour mériter votre pardon ? jane Et bien, c’est simple. Tu vois où mène le mariage. Voilà ce que c’est que de courir après les femmes. sir john Même après la sienne ? jane Surtout après la sienne. Mais le pape est là pour sauvegarder la morale. T’as bien sur toi ton contrat de mariage ? Fais voir. Des valets pontificaux portent sur un coussin de satin blanc le contrat que leur remet Sir John et le présentent à la Papesse. jane T’aurais pas pu déposer ton contrat au vestiaire avant de barboter là-dedans ? Il est dégoûtant ! Aux valets. Apportez des pincettes ! sir john, à part. Elle en a, du culot ! I£t dire qu’elle a passé sur la Chaise ! Qu’ont-ils donc vu, goddam, qu’ont-ils donc vu ? jane Moutardier, mettez-vous à notre droite ! Vous n’avez pas de gants ? Prenez ceci. Elle lui donne les pincettes. Et vous, sir John, gardez les vôtres ! Ils sont assez noirs… Et mettez-vous à notre gauche ! Bon ! Elle fait avancer les valets porteurs du contrat entre les deux hommes. Tenez chacun par un bout et tirez fort ! Une, deux, trois ! Le contrat se déchire. Sir John et le Moutardier tombent à la renverse. Et voilà comment le pape casse un mariage ! À sir John. Maintenant, tu es libre ! Fausse sortie de sir John. Mais ne t’en va pas, c’est pas fini ! Pour être bien sûr que tu laisseras ta femme tranquille, le pape t’en donne une autre. Et bien choisie !… n’importe laquelle ! la camérière, s’avançant timidement. Saint Père… Jane lui saisit la main et la met avec précipitation dans celle de sir John. jane Allez ! Allez ! mes enfants, ayez-en beaucoup d’autres ! la camérière air Nous sommes unis, Bénis, N, i, ni, C’est fini, C’est un peu fictif, C’est un peu hâtif Mais définitif ! Ô mon blond milord que j’aime, Vous êtes mon quatrième, Mais, par ma foi, Je ne me souviens plus des trois, Je ne regrette point les trois. Un pape encor, Mon blond milord, Car le vrai pape C’est celui Qui point ne s’échappe, Celui que l’on tient aujourd’hui. Dieu seul a dans sa main Le pape de demain. Qui, vous êtes mon quatrième, Oui, mon bel Anglais, je vous aime. Nous sommes unis, Bénis N, i, ni, C’est fini ! Ou plutôt notre amour immense Seulement aujourd’hui commence. jane Vous êtes heureux, alors ! Remerciez le pape ! Et comme le pape veut être heureux aussi, moi aussi je veux me marier ! chœur Comment ! le Pape se marie ! C’est de la fantasmagorie ! Faut-il qu’on pleur’ ? Faut-il qu’on rie ? Quel est cet étrange dessein Qui tourmente le Père Saint ? À cett’ raison l’on obtempère Qu’ainsi le Saint Pèr’ sera père, Mais alors il n’sera plus saint. Ô Rom’, rejette de ton sein Le Saint Père ! jane Eh oui ! Je me marie ! le chœur Pourquoi ? Pourquoi ? jane Parc’que souvent femme varie : La femm’ c’est moi ! chœur La femm’, c’est toi ? jane, le moutardier, sir john, à la Camérière, la camérière La Ma Ma Ta } femm’ c’est { moi ! toi ! toi ! moi ! le moutardier Je dis moi, Moutardier, qu’ici se déshabille, En vérité, Sa Sainteté. À l’envers de la formule Dansez le pas de la mule : jane Zut ! posons l’manteau, Ce n’est pas trop tôt. Je ne dissimule Rien au pas d’la mule ! chœur Le déshabillage est corsé. C’est une femme, c’est forcé, Car ce pape porte un corset ! jane Rien ne m’ dissimule Au pas de la mule Qu’un corset prudent. chœur Et sans précédent. les contrôleurs, chevrotant. Mais quelle est cette antienne ? Quel spectacle imprévu ? Le Pap’ nous l’avons vu, Y a pas de corset qui tienne. Le Pap’ nous l’avons vu. Nous n’faisons pas d’bévue : Le pap nous l’avons vu, Le vrai Pape de Rome, Le Saint Pèr’, le saint homme, Le Pap’ nous l’avons vu ! Le Pap’ ! nous l’avons vu ! Le Pap’ ! nous l’avons vu ! Ils piaillent ce dernier vers indéfiniment. jane Au trésor de la basilique Remportez la tiare ; j’abdique, La tiare n’est pas authentique. chœur Le tiare n’est pas authentique ? les contrôleurs, sans arrêt. Le Pap’ nous l’avons vu ! jane Ce Pape qui s’offrit à vos yeux étonnés, Je vous le jure sur mon salut éternel, Peuple, ce Pape-là, c’était le colonel ! tous Le colonel ! le colonel, parlé. Quel trait de lumière ! jane Il fera votre affaire, allez, je m’y connais. chœur Le colonel ! jane Je m’y connais ! les contrôleurs Nous l’avons vu ! chœur Ô Rome ,reçois dans ton sein Le colonel, notre Saint Père, Qui, s’il n’a rien pour être saint, Doit avoir tout pour être père. Sois fière, Ô Rome, Qu’il se montre homme ! Ô Rome, reçois dans ton sein Le Saint Père. Gloire au saint Père ! Gloire au saint homme ! jane, le moutardier, sir john, la camérière La Ma Ma Ta } femm’, c’est { moi ! toi ! toi ! moi ! Finale. jane Si l’œil humain est sujet à l’erreur Et que se tromp’ le plus habil’ flaireur, Sous la chaise mettez, procédé mirifique, Un appareil photographique. Mais il faut veiller, et pour cause, À c’qu’on n’chang’ point l’sujet pendant la pose chœur général Si l’œil humain, etc… Fin