OEUVRES DIVERSES DU SIEUR D***. AVEC LE TRAITE DU SUBLIME... Nicolas Boileau-Despréaux, Cassius Longinus m Digitized by Google o o OE U VRE S DIVERSES Du Sieur & qu'il n'y euft point d'efprit ni d'agrément dans les ouvrages de M.QJ* * quoi que fort éloignés de la perfection de Virgile, Je veux bien aufli avouer qu'il y a du génie dans les écrits de Saint Amand, de Brebeuf> de Scuderi & de plufieurs autres que j'ay critiqués, & qui font en effet d'ailleurs aufli bien que moi, tres-digne de critique. En un mot, avec la mefme PREFACE. fincerité que j'ay raillé de ce qu'ils ont de blâma- ble, je fuis preft à convenir de ce qu'ils peuvent avoir d'excellent. Voilà, ce me (èmble, leur rendre juftice,& foire bien voir que ce n'eft point un efprit 'd'envie & de médifance qui m'a fait écrire contre eux. Pour revenir à mon Edition : J ay auffi ajouté au Poëmedu Lutrin deux chants nouveaux qui en font la conclufîon. Ils ne font pas, à mon avis, plus mauvais que les quatre autres chants, & je me per- faadequ^ls confieront aifément lesLedteursde quelques vers que j'ay retranchez à l'Epifbde de l'Horlogere qui m'avoit toujours paru un peu trop long. Il feroit inutile maintenant de nier que ce Poëme a efté compofé à l'occafion d'un différend, aflèz léger qui s'émût dans une des plus célèbres Eglifes de Paris, entre le Treforier& le Chantre. Mais c eft tout ce qu'il y a de vray. Le refte, depuis le commencement jufqualafin, eft une pure fi- ction & tous les Perfonnages y font non feulement inventez, mais j'ay eu foin mefme de les faire d'un caradtere dire&ement oppofé aucaraftere de ceux qui deflèrvent cette Eglife,dont la plufpart & prin- cipalement les Chanoines, font tous gens non feulement d'une fort grande probité,mais de beau- coup d'efprit , & entre lefquels il y en a tel à qui je demanderais auffi volontiers fon fentiment fur mes ouvrages, qu'à beaucoup de Meilleurs de l'A- cadémie. Il ne faut donc pas s'étonner fi perfonne naeftéoffenfédel'impreffion de ce Poème, puis qu'il n'y a en effet perfonne qui y foit véritablement atta- PREFACE. attaqué. Un Prodigue ne s'avifè guère des ofFen- fèr de voir rire d'un Avare , ni un Dévot de voir tourner en ridicule un Libertin. Je ne diray point comment je fus engagé à travailler à cette bagate- le fur une e(pece de défi qui me fut feit en riant par feu Monfeigneur le premier Prefident de La- mognon, qui eft celui que jy peins fous le nom d'Arifte. Ce détail, à mon avis, n eft pas fort ne- cefïaire. Mais je croirois me faire un trop grand tort , fi je lailîbis échaper cette occafion d'appren- dre a ceux qui l'ignorent que ce grand Perfonnage durant fa vie mla honoré de fon amitié. Je com- mençay à le connoiftre dans le temps que mes Sa- tires faifbientie plus de bruit ; & 1 accez obligeant qu'il me donna dans fon illuftre Maifbn, fit avanta- geufèment mon apologie contre ceux qui voû- taient m'accufer alors de libertinage & de mauvai- fes mœurs. C'étoit un Homme d'un fcavoiréton- nant , & pafïïonné admirateur de tous les bons li- vres de l'antiquité \ &c'eftce qui lui fit plus aife- mentfbuÉFrir mes ouvrages, où il crut entrevoir quelque gouft dés Anciens. Comme (à pieté étoit nncere, elle eftoit aufli fort gaye, & n'avoit rien d'embarraflànt. Il ne s'effraya point du nom de Satires que portoient ces ouvrages , où il ne vid eu effet que des vers & des Auteurs attaquez. 11 me loua mefme plufieurs fois d'avoir purgé, pour ainfî dire, ce genre de poëfie de la fàleté qui lui avoit efté juïqu alors comme affe&ée. J eus donc le bonheur de ne lui eftre pas defàgreable. Il m'appella à tous A s tes PREFACE. fes plaifirs & à tous (es divertillemens , ceft à dite, àfesle&ures &àfcs promenades. Il me favorifa mefme quelquefois de (à pluséttoite confidence, & me fit voir à fond (on ame entière. Et que ny vis- je point ï Quel trefor furprenant de probité & de juftice ! quel fonds inépuifable de pieté & de zele! Bien que fa vertu jettaftun fort grand éclat au dehors, c'eftoit toute autre ehofe au dedans , ôc on voyoit bien qu'il avoit foin d'en tempérer les rayons, pour ne pas bleller les yeux d'un fiecle auf- Ci corrompu que le noftre. Je fus fincerement épris de tant de qualitez admirables, & s'il eut beaucoup de bonne volonté pour moi, j'eus auiïi pour lui une tres-forte attache. Les foins que je lui rendis, ne furent m eflez d'aucune raifon cTintereft merce- naire j & je fongeay bien plus à profiter de fa con- version que de (on crédit. 11 mourut dans le tems que cette amitié eftoit en (on plus haut point , & le (ouvenir de (à perte m'afflige encore tous les jours. Pourquoi faut-il que des Hommes (i dignes de vivre foient (itoft enlevez du monde , tandis que des mifèrables & des gens de rien arrivent à une extrême vieilleflè ? Je ne m'étendrai pas da- vantage (iir un (ujet (i trifte : car je fens bien que Ci jecontinuoisàenparler, jenepourrois m'empê- cher de mouiller peut-eftre de larmes la Préface d'un Hvre de Satires ôc de plaifanteries. SA- D I S C O V R S AU ROY. JEune & vaillant Hcros , dont la haute (àgefle i N'cft point le fruit tardif d'une lente vieilleïTe: Etquifèul, fans Miniftre , à l'exemple des Dieux, Soutiens tout par Toi-mcme & vois tout par tes yeux. Grand Roi ,fîjufqu'ici , par un trait de prudence» J «y demeure' pour Toi dans un humble (îlenec ; Ce n'eft pas que mon cceur vainement fufpendu Balance pour foffrir un encens qui t'eft dû. Mais je fçai peu louer, & ma Mufè tremblante Fuit d'un f\ grand fardeau la charge trop pefànte $ Et dans ce haut éclat où Tu te viens offrir , Touchant à tes lauriers craindroit de les flétrir. 1 Ainfï, (ans m'aveugler d'une vaine manie, Je mefure mon vol à mon foiblc génie ; Plus fàge en mon refpeft , que ces hardis Mortels Qui d'un indigne encens profanent tes Autels 5 Qui dans ce champ d'honneur , où le gain les ameine , ent chanter ton nom fans force & fans haleine , Et qui vont tous les jours , d'une importune voix , T'ennuycrdu récit de tes propres exploits. L'un en ftile pompeux habillant une Eclogue , De fes rares vertus Te fait un long prologue , Et mefle , en (e vantant foi-mefme à tout propos » Les louanges d'un Far à celles d'un Héros. L'autre en vain fe laffant a polir une rime , Et reprenant vingt fois le rabot 6c la lime , Grand & nouvel effort d'un Efprit fans pareil 5 Dans la fin d'un Sonnet Te compare au Soleil. Sur le haut Helicon leur veine méprifee , Fut toujours des neuf Sœurs la fable & la ritëc. Calliopc jamais ne daigr.a leur parler » A 7 Et 14 DISCOURS AU ROT. Et Pégafe pour eux refufe de voler. Cependant à les voir enflés de tant d'audace. Te promettre en leur nom les faveurs du Parnaffe * On diroit qu'ils ont feuls l'oreille d'Apollon , Qu'ils di(pofènt de tout dans le facré Vallon. C'eft à leurs doctes mains , fi l'on veut les en croire. Que Phebus a commis tout le foin de ta gloire : Et ton Nom du Midi jufqu'à l'Ourle vante' , Ne devra qu'à leurs vers fon immortalité. Mais plûtoft fans ce Nom , dont la vive lumière Donne un luftre éclataut à leur veine groflierc > Ils verroient leurs écrits honte de l'univers , Pourir dans la poufliere à Ja merci des vers. A l'ombre de ton Nom ils trouvent leur azile * Comme on void dans les champs unarbcilïeau débile Qui (ans l'heureux appui qui le tient attaché , Langui roit triftement fur la terre couché. Ce n'cfl pas que ma plume injulte &temeraire > Veuille blâmer eneuxledelTeindc Te plaire. Et parmi tant d'Auteurs , je veux bien l'avouer , Apollon en connoift qui Te peuvent loiier. Oui , je fçay , qu'entre ceux qui t'adreflènt leurs veilles , Parmi les Pelletiers on conte des Corneilles. Mais je ne puis fouffrir , qu'un Efprit de travers Qui pour rimer des mots penfe faire des vers > Se donne en Te loiiant une gefhe inutile. Pour chanter un Augufte , il fauteftre un Virgile. Et j'approuve les foins du Monarque guerrier , Qui ne pouvoit (buffrir , qu'un Artifàn greffier Entreprift de tracer d'une main criminelle , Un portrait refervé pour le pinceau d' Apclle. Moi donc , qui connois peu Phebus & fo douceurs: Qui fuis nouveau fevré fur le Mont des neuf Sœurs : Attendant que pour Toi l'âge ait mcurimaMuft, Sur de moindres fu jets je l'exerce & Tamufe : Et tandis que ton bras des peuples redouté , Va > la foudre à la main , rérablir l'Equité; Et retient les Méchaas par la peur des fupplicc$7 Moi> DISCOURS AV ROT. 15 Moi , la plume à la main , je gourmande les vices » Et gardant pour moi-mefme une juftc rigueur , Je confie au papier les (ècrets de mon cœur. Ainfî , dés qu'une fois ma verve fè reveille : Comme on void au printemps la diligente abeille » Qui du butin des fleurs va compofer ion miel ; Des fbttifes du temps je compofe mon fiel . Je vais de toutes parts où me guide ma veine > Sans tenir en marchant une route certaine , Et fans gefncr ma plume en ce libre métier * Je la lailfe au hazard courir fur le papier. Le mal eft qu'en rimant , ma Mufe un peu légère Nomme tout par fon nom , & ne fçauroit rien taire. C'eft là ce qui fait peur aux eftrits de ce temps , Qui tout blancs au dehors, (ont tout noirs au dedans Ils tremblent qu'un cenftur aue fà verve encourage , Ne vienne en les écrits démafquer leur vifàge , Et fouillant dans leurs mœurs en toute liberté. v^fr NAZ • < N'aille du fond du Puits tirer la vérité. r : Tous ces gens éperdus au feul nom de Satire > Font d'abord le procez à quiconque ofe rire. " 17 C'^i. - ' ' Ce font eux que l'on voit , d'un difeours infènfé > Publier dans Paris , que tout eft renverfé , Au moindre bruit qui court qu'un Auteur les menace De jouir des Bigots la trompeufè grimace. Pour eux un tel ouvrage eft un monftre odieux > C'eft offcnfer les loix , c'eft s'attaquer aux Cieux : Mais bien que d'un faux zele ilsmafquent leur foibkfTc> Chacun voit qu'en effet la Vérité les blefle. En vain d'un lâche orgueil leur efprit reveftu Se couvre du manteau d'une auftere vertu : Leur cœur qui fè connoift , & qui fuit la lumière , S'il fe mocque de Dieu , craint Tartuffe & Molière. Mais pourquoi fur ce point fans raifbn m'écarter ? Grand Roi , c'eft mon défaut , je ne fçaurois flater. Je ne fçai point au ciel placer un ridicule ; D'un Nain faire un Atlas > ou d'un lâche un Hercule j Et fans celle en efclaye à la fuite des Grands > A des It D1SCOVRS AV ROT. A des Dieux fans vertu prodiguer mon encens. On ne me verra point d'une veine forcée. Mcfmes, pour te louer, déguifermapenfée: Et quelque grand que (bit ton pouvoir fouverain > Si mon cœur en ces vers ne parloit par ma main ; Il n'eft efpoir de biens , ni raifon , ni maxime, Qui puft en ta faveur m'arracher une rime. Mais lors que je Te voi , d'une fi noble ardeur , T'appliquer fans relâche aux foins de ta grandeur » Faire honte à ces Rois que le travail étonne , Et qui font accablez du faix de leur couronne : Quand je voi ta fogefle , en fes juftes projets , D'une heureufe abondance enrichir tes Sujets ! Fouler aux pieds l'orgueil & du Tage & du Tibre : Nous faire de la mer une campagne libre > Et tes braves Guerriers , fécondant ton grand coeur , Rendre à l'Aigle éperdu fa première vigueur : La France fous tes loix maiftrifer Ja fonune 5 Et nos vaifleaux dormant l'un & l'autre Neptune > Nous aller chercher l'or , malgré Tonde & le vent , Aux lieux , où le Soleil le forme en fe levant. Alors , fans confultcr fi Phebus l'en avoue , Ma Mufc toute en feu me prévient , & Te loue. Mais bientoft la raifon arrivant au fecours , Vient d'un fi beau projet interrompre le cours : Et me fait concevoir , quelque ardeur qui m'emporte > Que je n'ai ni le ton , m la voix aflez forte. AuiTi-toft je m'effraye , & mon efprit troublé Laifle-Ià le fardeau dont il eft accable : Et fans pafler plus loin , fini (Tant mon ouvrage * Comme un Pilote en mer , qu'épouvante l'orage , ! Dés que le bord paroift , fans fonger ou je fuis , Je me fauye à la nage , fcj'aborde où je puis. SA* V 1 SATIRE h Amon ce grand Auteur , dont la Mufe fertile ( Amufa fi long temps, & la cour & la ville : Mais qui n'étant veftu que de fimple bureau, Pafle l'efté fans linge,& l'hiver fans manteau: Et de qui le corps lec, & la mine affamée, N'en font pas mieux refaits pour tant de renommée. Las de perdre en rimant & fa peine & fon bien. D'emprunter en tous lieux, & de ne gagner rien, Sans habits, fans argent, ne fçachant plus que faire. Vient de s'enfuir charge de fa feule mifere, Et bien loin desSergens, des Clercs, & du Palais, Va chercher un repos qu'il ne trouva jamais : Sans attendre qu'ici , la Tuftice ennemie L'enferme en un cachot Te refte de /à vie; Ou que d'un bonnet verd le falutaire affront FJêtrifle les lauriers qui lui couvrent le front. Mais le jour qu'il parcit, plus défait & plus blémç. Que n'eft un Pénitent fur la fin d'un carême, La colère dançl'ame, & le feu dans les yeux, 11 diftilla fa rage en ces triftes adieux. Puifqu'en ce lieu jadis aux Mufes fi commode, Le mente & Tefprit ne font plus â la mode, Qu'un Poète, dit- il, s'y voit maudit de Dieu, Et qu'ici la vertu n'a plus ni feu ni lieu ; Allons du moins chercher quelque antre ou quelque ro- che, r / : ^V, - / ; -v; ; D'où jamais ni THuiflïer, ni le Sergent n'approche, Et fans lafler le ciel par des vœux impuidans» Mettons nous à l'abri des injures du temps. Tandis que libre encor, malgré les deftinées, Mon corps n'eft point courbé fous le faix des années ; Qu'on ne voit point mes pas fous l'âge chanceler, Et qu'il relie à la Parque encor dequoy filer. Ceft-là, dans mon malheur le feul confeil à fuivre. Que George vive ici, puifque George y fçaic yivre, ■ ig SATIRE L ! Qu'un million comptant par fes fourbes acquis, I De Clerc jadis Laquais a fait Comte & Marquis. Que Jaquin vive ici, dont TadrefTe funcfte A plus caufe de maux que la guerre & la pefte : Qui de fes revenus écrits par alphabet, Peut fournir aifément un Calepin complet. Qu'il regnedans ces lieux , il a droit de s'y plaire. Mais moi, vivre à Paris ! Eh, qu'y voudrois je faire ? 1 Je ne fçai ni tromper, ni feindre, ni mentir, Et quand je le pourrois, je n'y puis confèntir. Je ne fçay point en lâche efluyer les outrages D'un Faquin orgueilleux qui vous tient à les gages : De mes fonnets flateurs lafler tout l'Univers, Et vendre au plus offrant mon encens & mes vers. Pour un fi bas emploi ma Mufe eft trop altiere. Je fuis ruftique & fier, & j'ai l'amegrolliere. Je ne puis rien nommer, fi ce n'eft par fon nom : J'appelle un chat un chat, & Rôlet un fripon. De fèrvir un Amant, je n'en ai pas Padreffe : ignore ce grand art qui gagne une maître/Te, t je fuis â Paris trifte, pauvre, & reclus, Ainfi qu'un corps fans ame, ou devenu perclus. Mais pourquov,dira-t-on, cette vertu fauvage, Qui court à I'hofpital, & n'eft plus en ufage } La richeffe permet une jufte fierté ; * Mais il faut eftre fouple avec la pauvreté. C'eft par là qu'un Auteur, que prefTe l'indigence, Peut des aftres malins corriger l'influence; Et que le fort Burlefque, en ce fiecle de fer, D'un Pédant, quand il veut, fçait faire un Duc & Pair, Ainfi de la Vertu la fortune fè jouë. Tel aujourd'hui triomphe au plus haut de fa roue, Qu'on verroit de couleurs bizarrement orné, Conduire le carroflc où l'on le voit traîné; Si dans les droits du Roi fa funefte feience, Par deux ou trois avis, n'euft ravagé la France. Je fçai qu'un jufte effroi l'éloignant de ces lieux, L'a fait pour quelques mois difparoiftre a nos yeux. Mais SATIRE h Mais en vain, pour un temps, une taxe l'exile i On le verra bientoft pompeux en cette Ville, Marcher éncor chargé des dépouilles d'autrui, Et jouir du Ciel même irrité contre lui. Tandis que Pelletier crotté jufqu'à l'échine, S'en va chercher fon pain de cuifine en cuifine : Sçavant en ce métier fi cher aux beaux Efprits, Dont Monmaur autrefois fit leçon dans Paris. II eft vrai que du Roi la bonté fècourable ■ Jette enfin fur la Mufe un regard favorable, Et reparant du fort l'aveuglement fatal, Va tirer déformais Phebus de l'hofpital. On doit tout efperer d'un Monarque fi jufte. Mais (ans un Meccnas, à quoi feu un Auguftc ? Et fait comme je fuis, au fiecle d'aujourd^mi, Qui voudra s^abaifTer à me fervir d'appui ? Et puis comment percer cette foule eftroiable De Rjmeurs affamés dont Je nombre l'accable l Qui, dés que là main s'ouvre, y cotfrcnt les premiers* Et raviflent un bien qu'on devoir aux derniers. Comme on voiries Frelons, troupe lâche & ftcrile. Aller piller le miel que l'Abeille diftilc, Ce/Tons donc d'afpirer à ce prix tant vanté, Que donne la faveur à l'importunité. Saint Amand n'eut du ciel que la veine en partage i L'habit, qu'il eut fur lui, fut fon fèul héritage : Un lit & deux placets compofbient tout fon bien : Ou pour en mieux parlerSaint Amand n'avoit rien. Mais quoi las de traîner une vie importune II engagea ce rien pour chercher la fortuné ; Et tout chargé de vers qu'il devoit mettre au jour, Conduit d'un vain efpoir il parut à la Cour. Qu'arriva- t-il enfin de là Mufe abuféc ? 11 en revint couvert de honte & de riféc, Et la fièvre au retour terminant fon deftin, Fit par avance en lui ce qu'auroit feit la feim. Un Poète à la Cour fin jadis à la mode Mais des Fous aujourd'hui c'eft le plus incommode ; %0 SATIRE /. Et Pefprit le plus beau, l'Auteur le plus poli, N'y parviendra jamais au fort de PÀngcIi. Faut-il donc déformais jouer un nouveau rôle l Dois- je, las d'Apollon, recourir a Bartole, Et feuilletant Loîiet allonge par Brodcau, D'une robe à longs plis balayer le Barreau ? Mais à cefèul penferje fens que je m'égare. Moi ? que j'aille crier dans ce païs barbare, • Où l'on voit tous les jours l'innocence aux abois Errer dans les détours d'un Dédale de lois, Et dans Pâmas confus des chicanes énormes, Ce qui fut blanc au fond rendu noir par les formes. Où Patru gagne moins au'LJot & le Mazierj Et dont les Cicerons Ce font chez Péfournicr. Avant qu'un tel defl'ein m'entre dans la penféc, On pourra voir la Seine à la Saint Jean glacée, Arnaud a Charcnton devenir Huguenot, Saint Sorlin Janfèuifte , & Saint Pavin dévot. Quittons donc pour jamais une Ville importune, Où l'Honneur eft en guerre avecque la Fortune : Où le Vice orgueilleux s'érige en fouverain, Et va la mitre en tefte & la crofle à la main : Où la Science trifte, affreufè, & délaifTée, Eft par tout des bons lieux comme infâme chafTéc : Où le fcul art en vogue, eft l'art de bien voler : Où tout me choque : enfin, où je n'ofe parler. Et quel homme fi froid ne feroit plein de bile, Al'afpe&odieuxdesmœurs de cette Ville/* Qui pourroit les fouffrir ? & qui pour lesblafmer, Malgré Mufc & Phebus n 'apprendrait i rimer ? Non, non, fur ce fujet, pour écrire avec grâce, Il ne faut point monter au fommet du ParnafTc 3 Et fans aller rêver dans le double Vallon, La colère fuffit, & vaut un Apollon. Tout beau, dira quelqu'un , vous entrez en furie : A quoi bon ces grands mots ? Doucement je vous prie* Ou bien montez en chaire , & là comme un Dodeur Allez de vos fermons endormir l'auditeur ; C'cft SATIRE!. %i C'cft là que bien ou mal, on a droit de tout dire. Ainfi parle un efprit qu'irrite la Satire , Qui contre fès de'fauts croit cflre en fèureté , En raillant d'un cenfeur la trifte aufterite' ; Qui fait Thomme intrepide,& tremblant de foiblciïct Attend pour croire en Dieu que la fièvre le prefic 5 Et toujours dans l'orage au Ciel levant les mains, Dés que l'air eft calme, rit des foibles Humains. Car de penfèr alors au'un Dieu tournelernonde Et regfe les reflbrts de la machine ronde, Ou qu'il eft une vie au delà du trépas, C'eft là tout haut du moins ce qu'il n'avoûra pas. Pour moi qu'en fonte' mefmc un autre monde étonne, Qui croîs l'ame immortelle, & que c'eft Dieuxjui tonne; Il vaut mieux, pour jamais me bannir de ce lieu» Je me retire donc. Adieu Parisj Adieu. S ATI SATIRE IL A M. DE MOLIERE. RAre & fameux Efprit , dont la fertile veine Ignore en écrivant le travail ôc la peine ; Pour qui tient Apollon tous lès tréfors ouvers : Et qui fçais a oucl coin fe marquent les bons vers. Dans les combats d'elprit , fçâvant Maiftre d'efcrimc Enfeigne-moi , Molière , 011 tu trouves la Rime. On diroit , quand tu veux , qu'elle te vient chercher : Jamais au bout du vers on ne te voit broncher ; Et fans qu'un long détour t'arrefte , ou t'embarraflci A peine as-tu parlé , qu'elle-même s'y place. Mais moi qu'un vain caprice , une bizarre humeur , Pour mes péchez , jecroi, fit devenir Rimeur: Dans ce rude métier , où mon efprit fè tuë En vain pour la trouver , je travaillé , & je fuë. Souvent j'ai beau rêver du matin julqu'au foir : . t Quand je veux dire blanc , la quinteufe dit noir : Si je veux d'un Galant dépeindre la. figure , Ma plume pour rimer trouve l' Abbe* de Pure : Si je penfè exprimer un Auteur fans défaut , La raifon dit Virgile , & la rime Quinaut. Enfin quoi que je falTe , ou que je veuille faire $ La bizarre toujours vient m'ofFrir le contraire. De rage quelquefois ne pouvant la trouver , Trifte , las > & confus , je celle d'y rêver : Et maudiiïant vingt fois le Démon qui m'infpire > Je fais mille fèrmens de ne jamais écrire : Mais quand j'ai bien maudit & Mufes & Phebus , Je la voi qui paroift , quand je n'y penfè plus. Aufli-toft » malgré moi , tout mon feu le rallume : Je reprends fur le champ le papier & la plume > Et de mes vains fermens perdant le fbuvenir , J'attens de vers en vers qu'elle daigne venir. Eocor , fi pour rimer , dans fa veryc indiferete > SATIRE IL xj Ma Mule au moins fouffroit une froide epithete : Je ferois comme un autre 5 & fans chercher fi loin , J 'aurois toujours des mots , pour les coudre au befoin, Si je loiiois Philis > En miracles féconde. Je trouverois bientoft , A nulle autre féconde • Si je voulois vanter un objet Nompareil ; Je mettrois à fondant , Pl'ts beau que le Soleil. Enfin parlant toujours à'Aflres & de Merveilles. De Chef-d 'œuvres des deux , de Beautez, fans pareil/es > Avec tous ces beaux mots fou vent mis au hazard , Je pourrois aifôment , (ans génie j & fans art , Et tranfpofant cent fois & le Nom & le Verbe , Dans mes vers recoufus mettre en pièces Malherbe. Mais mon efprit tremblant fur le choix de fes mots > N'en dira jamais un , s'il ne tombe à propos : Et ne fçauroit fouffrir , qu'une phrafe infipide Vienne à la fin d'un vers remplir Ja place vuide. Ainfiy recommençant un ouvrage vingt fois, Si j'écris cjuatre mots , j'en effacerai trois. Maudit (bit le premier dont la verve infènfec Dans les bornes a'un vers renfermafà penfirc , Et donnant à fes mots une étroite prifon , Voulut avec la Rime enchaîner la Raifon. Sans ce ine'cier fatal au repos de nu vie , Mes jours pleins de loifir couleroient fans envie , Je n'aurois qu'à chanter , rire , boire d'autant , Et comme un gras Chanoine , à mon aife , 6c content, Paffer tranquillement , fans fouci , Gins affaire > La nuit bien dormir & le jour à rien faire, Mon cœur exempt de foins , libre de paflïon > Sçait donner une borne à fon ambition , Et fuiant des grandeurs la prefenec importune,' Je ne vais point au Louvre adorer la Fortune : Et je (èrois heureux , fi , pour me confumer , Un Deftin envieux ne m'avoit fait rimer. Mais depuis le moment quecette frenefic , De fes noires vapeurs troubla ma fantaifîe , Et qu'un Démon jaloux de mon contentement , M'in- *4 SATIRE II M'infpira le deflein d'écrire poliment : Tous les jours maigre moi , cloué fur un Ouvrage , Retouchant un endroit , effaçant une page , Enfin partant ma vie en ce trifte métier , J'envie en écrivant le fort de Pelletier. Bicnhetfreux Scuderi 1 dontla fertile plyme Peut tous les mois fans peine enfanter un volume. Tes écrits , il cft vrai , (ans art & languifl'ans , Semblent eftre formez en dépit du bon fens : Mais ils trouvent pourtant , quoi qu'on en puifie dire Un Marchand pour les vendre, & des Sots pour les lire. Et quand la rime enfin fe trouve au bout des vers , Qu'importe que le refte y foit mis de travers ? Malheureux mille fois celui , dont la manie Veut aux règles de l'Art aflervir fon génie : Un Sot en écrivant fait tout avec plailir : Il n'a point en fes vers l'embarras de choifir : Et toujours amoureux de ce qu'il vient d'écrire , Ravi d'étonnement , en foi-même il s'admire. Mais un efprit fublime , en vain veut s'élever A ce degré parfait qu'il tâche de trouver : Et toujours mécontent de ce qu'il vient de faire , 11 plaift à tout le monde > & ne fçauroit fe plaire. Et tel , dont en tous lieux chacun vante Tefprit , Voudroit pour fon repos n'avoir jamais écrit. Toi donc qui vois les maux où ma Mufe s'abîme , De <*race , enfeigne moi l'Art de trouver la Rime : Ou%uifqu'enfin tes foins y feroient fuperflus , Molière > enfeigtie moi l'Art de ne rimer plus. S SATIRE III QUcl fu jet inconnu vous trouble & vous alccre ? D'où vous vient aujourd'hui cet air fombre &fèvere> Et ce vifàgc enfin plus pafle qu'un Rentier , Ji l'afpect d'un arreft qui retranche un quartier* Qu'ctt devenu ce teint, dont la couleur fleurie Semblci: d'ortolans fculs, & de bifques nourie ? Où la joie en fon luftre attiroit les regards. Et le vin en rubis bnlloit de toutes parts. Qui vous a pu plonger dans cette humeur chagrine! A-t-on par quelque Edit reformé la cuifîne ? Ou quelque longue pluie, inondant vos vallons» A-t-elle fait couler vos vins & vos melons ? Répondez donc du moins, ou bien je rhe retire. P. Ah ! de grâce un moment fou fFrcz que jerefpirc. Je fors de chez, un Far, qui pour m'cmpoiibnner, Je penfe exprés chez lui m'a force 7 de difiicr. Je Pavois bien prévu. Depuis prés d'une année, J 'éludois tous les jours fa pourfuitc obftinéc. Mais hier il m'aborde, & me ferrant la main : Ah l Monfieur, m'a-t-il dit, je vous attens demain. N'y manquez pas au moins. J'ai quatorze Bouteilles D'un vin vieux... Boucingo n'en a point de pareilles : Er jegagerois bien que chez le Commandeur, Villandripriferoitfa séve, & fa verdeur. Molière avec Tartuffe y doit jouer fon rôle : Et Lambert, qui plus cft, m'a donné fa parole. Cefl: tout dire en un mot, & vous le connoifTez. Quoi Lambert ? Oiii Lambert. A demain : Ceftaflefc. Ce matin donc, feduit par fa vaine promefle J'y cours, midi fonnant, au forrir de la me/Te. A peine eftois- je entré, que ravi de me /oir, Mon homme, en m'embrafTanr, m'eft venu recevoir: Et montrant à mes yeux une allegrellè entière, Nous n'avons, m'a-t-il dit, ni Lambert ni Molière, Mais puifque je vous voy , je me tiens trop content! B Yous lé % SATIRE II h Vous eftes un brave homme: Entrez. On vous attend* A ces mots, maistrop tard, reconnoiflànt ma faute: Je le fuis en tremblant dans une chambre haute, Où, maigre* les volets, le Soleil irrité Formoit un poêfle ardent, au milieu de l'Efté. Le couvert eiloit mis dans ce lieu de plaifance : Où j'ai trouvé d'abord, pour toute connoiflance, Deux nobles Campagnards, grands lecteurs de Romans, Qui m'ont dit tout Cirus, dans leurs longs complimens. )'cnrageois. Cependant on apporte un potage. Un Coq y paroi (Toit en pompeux équipage, Qui changeant fur ce plat & d'eftat & de nom, Par tous les Conviez s'eft appelle Chappon. Deuxaflicttes fuivoient, dont l'une cltoit ornée D'une langue en ragouft de pcrfîl couronnée : L'autre d'un godiveau tout brûlé par dehors. Dont un beurc gluant inondoit tous les bords. On s'aflied : mais d'abord noftre troupe ferrée Tenoit à peine au tour d'une table quarréc, Où chacun, malgré foi, l'un fur l'autre porté, Faifoi;un'toqr à gauche, & mangeoit de cofté, Jugez en cet cflat, fi jepouvois me plaire, Moi qui ne conte rien ni le vin, ni la chère; Si l'on n'eft plus au large aflis en un Feftia, Qu'aux Sermons de Caflaignc, ou de l'Abbé Cotin. Nôtre Hoftc cependant s'adrelTant a la troupe : Que vous femble, a- t-il die, du gouft de cette foupe ? Sentez-vous le citron dont on a mis le jus, Avec des jaunes d'oeuf méfiez dans du verjus ? Ma foi, vive Mignot, & tout ce qu'il apprefte. Les cheveux cependant me drefibient a la tefte ? Car Mignot, c'efl tout dire, & dans le monde entier, Jamais empoifonneur ne feeut mieux (on métier. J'approuvois tout pourtant de la mine & du gefte, Penfant qu'au moins le vin dCift reparer le relie. Pour m'en éclaircir donc, j'en demande. Et d'abord, Un Laquais effronté m'apporte un rouge bord, D'un Auvcrnat fumeux, qui méfié de Lignage, * à A T ï R E 1 I L * ï? Se vendoit chez Crenet, pour vin de l'Hcrmitage, Et qui rouge en couleur , mais fade & doucereux, N'avoit rien qu'un gouft plat , & qu'un déboire affr eux* A peine ay-je fend cette liqueur traîtrefTc, Que de ces vins méfiez j'ai reconnu l'adrelle. Toutefois avec l'eau que j'y metsàfoifon, J'efperois adoucir la force du poifon. Mais, oui l'auroit penfe ? pour comble de difgracc, Par le chaud qu'il faifoit nous n'avions point de glace. Point de glace, bon Dieu ! dans le fort de l'Eftc, Au mois de Juin ! Pour moi, j'eftois fi tranfporce'. Que donnant de fureur tout le feftinau Diable j Je me fuis veu vingt fois preft à quitter la table 5 Et ddlt-on m'appellsr & fantafque & bouru, J'allois fortir enfin : quand leroftaparu. Sur un lièvre flanque de fix poulets criques, S'dcvoient trois lapins, animaux domeftjqucs, Qui des leur rendre enfonce devez dans Paris, Sentoient encor le chou, dont ils furent nourris. Au tour de cet amas de viandes entafl ecs, Regncit un long cordon d'aloiïetes pfeflees. Et fur les bords du. plat, fix pigeons étalez Prefentoient pour renfort leurs fquelcttes brûlez. A cofté de ce plat paroillbien t deux falades, L'une de pourpier jaune, & l'autre d'herbes fades, Dont l'huile de fort loin faififloit l'odorat, Et nageoit dans des flots de vinaigre rofat. Tous mes Sots à Tinftant, changeant de contenance, Ont loué du feftin la fuperbe ordonnance .• Tandis que mon Faquin, qui fc voioit prifer, Avec un ris mocqueur les prioir d'exeufer. Sur tout certain Hâbleur, à la gueule affamée, Qui vient à ce feftin, conduit par la fum^c : Et qui s'eft dit Profés dans l'ordre des Cofteaux A fait en bien mangeant IVloge des morceaux. ' Je riois de le voir, avec fa mine étique, Son rabat jadis blanc, & fa perruque antique, En lapins de garenne e'riger nos clapiers, B z Et zt » SATIRE I I J* Et nos pigeons Cauchois, en fuperbes ramiers : Et pour ffater noftreHofte, obfervant fon vifage, • Compofcr fur Tes yeux, ion gefte & fon langage. Quand noftre>I(rtte charmé, m avilant (ur ce point : Qu'avez-vqgs donc, dit-il , que vous ne mangez point ï JeVous trouve aujourd'hui l'ame toute inquicttc, Et les morceaux entiers reftent fur voltrc ariette. Aimez- vous la mufeade? on en a mis par tout. Ah 1 Monfieur, ces poulets font d'un merveil eux goult Ces pigeons font dodus, mangez fur ma parole. l'aime à voir aux lapins cette chair blanche & molle. Ma foi, tout eft paflable, il le faut çqnfeflcr 5 Et Mignot aiijourd'huis'eft voulu lurpafler. Quand on parle de fauce il faut qu'on y raiimc. Pour moy, j'aime fur tout que le poivre y domine : j'en fuis fourni, Dieu fçait, & j'ai tout Pelles icr Roule dans mon office en cornets de papier. A tous ces beaux difeou rs j'eftois corn me une pierre : Ou comme la Statue eft au ilftm de Tierrc^ Etfansdireunfeulmot^'avaloisauhazaid, Quelque aile de poulet, dont j'arrachois le lard. Cependant mon Hâbleur, avec une voix haute Porte à mes Campagnards la tant* de noftre Holte : Qui tous deux pleins de joie, en jetant un grand en, Avec un rouge bord acceptent fon defli. Un fi galand exploit réveillant tout le monde, On a porte? par tout des verres à la ronde, Ou les doigts des Laquais dans la crafle tracez Témoignoient par écrit qu'on les avoit rincez. Quand un des Conviez d'un ton melancholique, Lamentant triftement une chanfon Bacchiques Tous mes Sots à la fois ravis de l'écouter, Détonnant de concert, le mettent à chanter. La Mufïque fans doute eftoit rare & charmante ; L'un traîne en longs fredons une voix glapifïante. Et l'autre l'appuiant de fon aigre fauflet, Semble un violon faux qui jure fous l'archer. Sur ce point un jambon d'aflez maigre aparence, r Arri- SATIRE fi T. 29 Arrive fbus le nom de jambon de Mayence. Un Valet le porroit j marchant à pas conrez> Comme un Re&cur fuivi desquatre Facultez. Deux Marmitonscraflcux reveftusde fcrviettes, Lui (èrvoicnt de Mafliers, & portoienr deux affiettes, L'une de champignons , avec des ris de veau, Et l'autre de pois verds, qui fe noyoient dans l'eau. Un fpedtacle fi beau furprenant rafTemblée, Chez tous les Conviez la joie efl redoublée : Et la troupe à finftant, ccflànt de fredonner, D'un ton gravement fou s'eft mife à raifonner. Le vin au plus miiet fournifFant des paroles, Chacun adtbité fes maximes frivoles> Règle les interefts de chaque Potentat, Corrigé la Police, & reformé l'Etat; Puis aelà s'embarquanr dans la nouvelle guerrei A vaincu la Hollande, ou battu l'Angleterre. Enfin lai (Tant en paix tous ces peuples divers, De propos en propos on a parlé de vers. Là tous mes Sots enflez d'une'nouvelle audace, Ont ju^é des Auteurs en maîtres du Parnaffe. Mais notre Hofte fur tout pour la jaftefle & Tarty Elevoit jufqu'au ciel Théophile & Ronfard. Quand un des Campagnards relevant fa mouftache, Et (on feutre' à grands poils ombrage' d'un pennache, - Impofe à tous Wençe, & d'un ton cle Doifteur, Morbleu! dit-il, la Serre eft un charmant Auteur : Ses vers font d'un beauftile, & fa profe cft'coulante, • La Pucelle eft encore une œuvre bien galante, JEt je ne fçai pourquoi je baaiîlc en la lifonr. Le Païs fans mentir eft un bouffon plaifànt : Mais je ne trouve rien dé beau dans ce Voiture. Ma foi le jugement fert bien dans la lecture. A mon gré, le Corneille eft joli quelquefois. En vérité pour moi, j'aime Iè beau François. Je ne fçai pas pourquoi Ton vante l'Alexandre; Ce n'eft qu'un glorieux qui ne dit rien de tendre : Les Héros chez Kainaut parlent bien autrement, B 3 Et iQ SATIRE III. Et]uCc[viàje vous hais, tout s'y dit tendrement. On dit qu'on l'a drapé dans certaine Satire, Qu'un jeune homme. .Ahlje fçai ce que vous voulez d A répondu nôtre Hofte,I/« Auteur fins dejaut, La ratfin ditVtrgde^ w la Rime I(asnaut. Juftement à mon gré, la pièce eft aflez plate : JEt puis blâmer Kainaut... Avez vous vu l' Aftrate * C'eft là ce qu'on appelle un ouvrage achevé. Sur tout Y Anneau Royal me femblebien trouvée Son fujet eft conduit d'une belle manière, Et chaque acte en fa pièce eft une pièce entière* Je ne puis plus fouffrir ce aue les autres font. Il eft vrai que Kaiiiaut eft un Efprit profond !A repris certain Fat, qu'à fa mine diferete Et fon maintien jaloux j'ai reconnu Poëtc, JVlais il en eft pourtant, qui le pourroient valoir.. Jvia foy-, ce n'eft pas vous qui nous le ferez voir, A dit mon Campagnard avec une voix claire, Et déjà tout bouillant de vin & de colère. Peut-être a dit l'Auteur pafliflant de couroux ; Mais vous, pour en parler vous y connoiflèz-yous ? Mi£ux que vous mille fois, dit le Noble en furie. . Vous ? Mon Dieu, mêlez- vous de boire je vous prie* A l'Auteur fur le champ aigrement reparti. Je fuis donc un Sot ? Moi ? Vous en avez menti . Reprend le Campagnard, & fans plus de langage. Lui jette, pour deffi fon affiette au vifage : L'autre efquive le coup, Se l'afliettc volaut S'en va frapper le mur & revient en roulant. A cet affront, l'Auteur fe levant de la table, Lance à mon Campagnard un regard effroyable : Et chacun vainement le ruant entre-deux, Nos braves s'accrochant fè prennent aux cheveux, Auffitoft fous leurs pieds les tables renverfées, Tout voir un long débris de bouteilles caffees : En vain à lever tout les Valets (ont fort pronts, Et les ruiffeauxde vin coulent aux environs., Enfin, pour arreftei cette lutte barbare, SATIRE III. De nouveau l 'on s'efforce, on crie, on les fèpare. Et leur premier ardeur pallànt en un moment, On a parle de paix & d'accommodement. Mais tandis qu'à l'envi tout le monde y confpire. J'ai gagné doucement la porte fans rien dire : Avec un bon ferment, que (î pour l'avenir, En pareille cohue* on me peut retenir, Je confèns de bon cœur pour punir ma folie, Que tous les vins pour moi deviennent vins de Brie, Qu'à Paris le Gibier manque tous les Hyvers, Et qu'à peine au mois d' Aouft l'on mange des pois verds . SATl- «1 9 S A T IRE I V. A MONSIEUR L'ABBE' LE Y A Y E R. D'Où vient, cher lé Vaycr , que l'homme Te moins ^ge Croir toujours feul avoir la fage/fe en partage : Et qu'il n'eft point de Fou > qui par belles raifons Ne loge Ton voifin aux Pentes-Mai Ions ? Un Pédant enyvré de fa vaine feience, Tour heriflè' de Grec, tout bouffi d'arrogance, Et qui de mille Auteurs retenus mot pour mot, Dans fa telle entafTez, n'a fouvent fait qu'un Sot Croit qu'un Livre fait tout, & que fins Ariftotc La Raifon ne voitgoute & le bon Sens radore. D'autre part un Galant, de qui tout le me'tier Eft de courir le jour de quartier en quartier, Et d'aller à l'abri d'une perruque blonde, De fes froides douceurs fatiguer le beau monde, Condamne la feience, & blâmant tout e'erit, Croit qu'en lui l'ignorance e(t un titre d'efprir :. Que c'eft des gens de Cour le plus beau privilège* Et renvoyé un Sçavant dans le fond d'un Collège* Un Bigot orgueilleux qui dans la vanité', Croit duper jufqu'à Dieu par fon zele affecte, Couvrant tous fes défauts d'une fainte apparence* Damne tous les Humains, de fa pleine puiffance. Un libertin d'ailleurs, qui fans aine & lans foi, Se fait de fon plaifir une fupréme loi, Tient que ces vieux propos, de démons & de flammes, Sont bons pour etonner des enfans 8c des femmes, Que c'eft s'embarraffer de foucis fuperflus, Et qu'enfin tout Dévot a le cerveau perclus. . En un mot qui voudroit epuifer ces matières, Peignant de tant d'cfprits les diverfes manières : H S A TIR E I V. 3} II conteroit plutoft combien dans un printemps Guenaud& -l'antimoine ont fait mourir de gens : Et combien la Neveu devant fon mariage, A de fois au public vendu l'on P * * *. Mais fans errer en v?ân dans ces vagues propos, £t pour rimer ici ma pcnfôc en deux mots : N'en dcplaifè à ces Fous nommez Sages de Grecej En ce monde il n'eft point de parfaite lagcfle. Tous les hommes fon: fous : & maigre tous leurs foins, Ne différent entre eux que du plus & du moins. Comme on void qu'en un bois, que cent routes (égarent* Les Voyageurs fans guide affez (bu vent s'égarent, L'un à droit, l'autre à gauche, & courant vainement, La mefme erreur les fait errer divevfement. Chacun fuit dans le monde une route incertaine, Selon que fon erreur le joue & le promené; Et tel y fai* l'habile, & nous traitte de fous, Qui fous le nom defàgeeft lé plus fou derous. Mais quoi que fur ce point la Satire publie: Chacun veut en figefle ériger fa folie, Et fe laifïant régler à fon efprit tortii, De fes propres défauts fe fait une vertu.' Ainfi cela (bit dit pour qui veut fè connêtre; Le plus fàge eft celui qui fie penfe point Tertre : ' Qui toujours pour un autre enclin vers la douceur, Se regarde foi-même en ièvere cenfeur*, Rend à-tous lès défauts uneexaerre juftice, • Et fait fans fè flater le procès à fon vice. Mais chacun poui foi- même eft toujours indulgenr. Un Avare idolâtre, & fou de fon argenr, Rencontrant la difette aufein de l'abondance, Appelle (a folie une rare prudence, Et met toute fa gloire, & fon fouverain bien A groflïr un trelor qui ne lui fert de rien. PI us il le void accru , moins il en fçait l'ulage* Sans mentir t'avarice eft une ctrangc'rage, Dira cet autre Fou, non moins privé de lens, - Qui j:tte furieux fon bien à tous venaus, B. 5 , SATIRE 1 K Et dont l'amc inquiète à foi-mefmc importune-, Se fait un embarras de fa bonne fortune. Qui des deux en effet cft: le plus aveugle ? L'un & l'autre à mon fens ont le cerveau troublé, Répondra chezVredoc, ce Marquis (âge & prude, Et qui fans ccfle au jeu, dont il fait fon étude, Attendant fon deftin, d'un quatorze, ou d'un fept* Voit fa vie, ou fa mort fortirde fon cornet. Que fi d'un fort fâcheux la maligne inconftanec Vient par un coup fatal faire tourner la chance :. Vbus le verrez bientoft les cheveux herifTez, Et les yeux vers le ciel, de fureur élancez, Ainfi qu'un pofTedéque le preftre exorcife, Fefter dans les fermens tous les Saints de l'Eglife», Qu'on le lie, ou je crains, à fon air furieux, Que ce nouveau Titan n'efealade les cieux. Maislaifïbns-le plûtoit en proye à fon caprice*. Sa folie auflî bien lui tient lieu de fuppdice. Il eft d'autres erreurs, dont l'aimable poifon D'un charme bien plus doux eny vre la raifon, 1/efprit dans ce nc&ar heureufement s'oublie,. Chapelain veut rimer, & c'efl là fa folie : Mais bien que fes durs vers d'epithetes enflez, Soient des moindres griimuds chez Ménage fiflez :• Lui-mefme il s'applaudit, & d'un cfprit tranquille,. Prend le pas au Parnaffe au dcfTus de Virgile. Que feroit-il, Helas ! fi quelque Audacieux Alloit pour fon malheur lui défiller les yeuxj Lui faifant voir fes vers & fans force, & (ans grâces, Montez fur deux grands mots,comme fur deux è'chafïesj. Ses termes (ans raifon l'un de l'autre écartez, Et fes froids ornemens à la ligue plantez ? Qu'il maudiroit le jour, où (on ame infenféc perdit l'heurcufè erreur qui charmoit fa penfée! * J^dis certain Bigot, d'ailleurs homme lènfé, D'un mal aflez bizarre eut le cerveau blcfle : S'imateinant fansceflè, en (à douce manie, Des Elftits bien-heureux entendre l'harmonie ; Enfin: SATIRE IK 35 Enfin un Médecin fort expert en (on arc Le guérit par adrelle, ou plùtoft par hazard : Mais voulant de fes foins exiger le Hilaire, Moi ? vous payer ? luy dit le Bigot en colère, Vous ? dont l'art infernal, jpar des fccrets maudits, En me tirant d'erreur m'olle du Paradis. J'approuve fon couroux. Car çuis qu'il faut le dire, Souvent de tous nos maux la Rai Ion eft le pire. Ceft elle qui farouche, au milieu des plaifirs, D'un remords importun vient brider nos defirs. La fâcheufe a pour nous des rigueurs fans pareilles : Ceft un Pédant qu'on a fans celle à fes oreilles, Qui toujours nous gourmande, & loin de nous toucher, Souvent comme Joli, perd fon temps à prefeher. En vain certains Rêveurs nous l'habillent en reine, fi * Veulent fur tous nos fens la rendre fouveraine, Et s'en formanr en terre une divinité', Penfènt aJler par elle à la félicite'. Ceft elle, diient-ils, qui nous montre a bien vivre. Ces difcours, il eft vrai, font fort beaux dans un livre. Je les eftime fort : mais je trouve en citer, Que le plus fou fouveut eft le plus fatisfaic. B 6 SA SATIRE V. A M. LE MARQUIS DE D.ANGEAU LA Noblelfc, Dangeau, n'cft pas une chimère; Quand lotis l'étroite loi d'une vertu fevere, Un homme iilu d'un fàng fécond en Demi-dieux, Suit comme toi, la trace où marchoient fes ayeux. Mais je ne puis fouffrir qu'un Fat, dont la moleffe N'a tien pour s'appuier qu'une vaine noblçfle, Se pare infolemmenc du mérite d'autrui, . Et me vante un honneur qui ne vient pas de lui. Je veux que la valeur de fes ayeux antiques, Ait fourni de matière aux plus vieilles Chroniques, Et que l'qn des Capets, pour honorer leur nom, Ait de trois fleurs de Lis dote' leur écuffon. Que fert ce vain amas d'une inutile gloire ? Si de tant de Héros célèbres dans l'hiftoire, Il ne peut rien offrir aus 3 eux de l'Univers, Que de vieux parchemins, qu'ont épargnez les vers 2* Si tout forti qu'il eft d'une fourc e divine, Son coeur dément en lui fa fuperbe origine Et n'ayant rien de grand qu'une fotte fierté, . S'endort dans une lâche & moHc oifîveté ?- Cependant à le voir avec tant d'arrogance, Vanter h faux éclat de fa haute naiifancej On diroVt que le Ciel eft fournis à fa loi, Et que Dieu l'a paiftri d'autre limon que moi* Dices-nous, grand Héros, efprit rare & fublime* Entre tant d'animaux, qui font ceux qu'on eftime ?; Gn fait cas d'un Courfier, qui fier & plein de coeur Fait paroiftre en courant faboiiillante vigueur : : Qui jan>ais ne fe lafTe, & qui dans la carrière S'cft couvert mille fois d'une noble pouflîere : Mais la pofterjté d'Alfane & de Bayard, Quand ce n'eft qu'une rajlb, $ft vendue au hazard* Sans refj>e& des Ayeux dont elle eft defeenduë, SATIRE V; Et. va porter la malle, on tirer la chariic:- Pourquoi donc voulez-vous , que par un foc abus $ Chacun refpeéteen vous un honneur qui n'eft-plus ? On ne m'ébloiïic point d'une apparence vaine. La vertu , d'un cœur noble eft la marque certaine. Si vouseftesforti de ces Héros fameux : Montrez-uou s cette ardeur qu'on vit briller en eut , Ce zelc pour l'honneur , cc^te horreur pour le vice. Reipedtez-vouslesloix ?Fuiez-vou> l'jnjulticc ? Sçavez-vous fur un mur repouifcr des afl'àuts , E: dormir en plein champ le harnois fur le dos ? Je vous connoispour Nople à ces îiluftres marques: Alors foiez îlîu des plus fameux Monarques j Ventz de mille Ayeux \ & fi ce n'eft afiez , Feuilletez à loifir tous les fiedes paflez. Voyez de quel Guerrier il vous plaid de defeendre ; Choifi/îèz de Ce/àr , d'Achille , ou d'Alexandre : . En vain un /âcbe efprir voudroit vous démentir , £r 6:VOus n'en fortez-, vous en devez fbrtir. Mais fufiïez-vous illu d'Hercule en droite ligne > , Si vous ne faites voir qu'une baffeiïè indigne 5 Ce long amas d'Ayeux, que vous diffamez tous > Sont autant de témoins, qui parlèct contre vous > t Et tour ce grand éclat de leur gloire ternie > Ne leit-plus que de jour à voftre ignominie. En vain tout fier d'un fang > que vous deshonnorez , Vous dormez à l'abri de ces noms rêverez. In vain vous- vous couvrez des ver tus de vos Peresv Ce ne font à mes yeux , que de vaines chimères : Je ne voy rien en vous > qu'un lâche > un impofteur , Un traître , un fcelcrat , un perfide > un menteur , ^ Un fou , dont les accès vont jufqu'i la furie , Et d'uu De fçs termes obfcurs fit un langage à part . Compola tous ces mots de Qtmier & d'Ecart , De Pal , de Contrerai , de Lambel & de Face , Et tout ce que Segond dans fon Mercure entafle- Une vaine folie eny vrant la raifon > L'honneur trifte & honteux ne fut plus de faifom. Alors y pour foûtenir fon rang & fa naiflance > U falut étaler le luxe & la dépence > U falut habiter un fuperbe palais , ïaire par les couleurs diftiuguer tes Valets , £c traînant en tous lieux de pompeux équipages , SATIRE V. 39 Le Duc Se le Marquis Ce reconnut aux Pages. Bien rôt pour fubfifter , la Noblcflc fans bien , Trouva l'art d'emprunter , & de ne rendre rien , Et bravant des Serçens la timide cohorte , Laifla le Créancier fe morfondre à (à porte. Mais pour comble , à la fin le Marquis en prifbn Sous le faix des proce's vit tomber (a Maifon. Alors, pour fubvenir à fà trifte indigence , Le Noble , du Faquin rechercha l'alliance ; Et trafiquant d'un nom jadis fi précieux , Par un lâche contrait vendit tous fes Aycux. Et corrigeant ainfi la fortune ennemie , Rétablit fon honneur à force d'infamie. Car Ci l'éclat de l'or ne relevé le fang j En vain on fait briller la fplendeur de fon rang : L'amour de vos Aveux palïc en vous pour manie, Et chacun pour parent vous fuir & vous renie, Mais quand un homme eft riche > il vaut toujours Coh prix : Et l'cfit-on veu porter lamandilleà Paris, N'eût-il de fon vrai nom ni titre ni mémoire , D'Hozier lui trouvera cent Ayeux dans PHiftoire. Toi donc , qui de mérite & d'honneurs revêtu > Des écueils de la Cour as fauve' ta vertu , Dangeau , qui dans le rang où ton Prince t'apclle > Le vois toujours ornéd'une gloire nouvelle , Et plus brillant par foi , que par l'éclat des Lys > Dédaigner tous ces Rois dans la pourpre amolis : Fuir d'un honteux loifît la douceur importune : A fes fàges confeils aflervir la Fortune $ Et de tout fon bonheur ne devant rien qu'à foi , Montrer à l'Univers, ce que c'eil qu'eftre Roi. Si tu-veux te couvrir d'un éclat légitime , Va par mille beaux faits mériter fon eftime ; Sers un fi noble Maiftre ; & fais voir qu'ajourd'hui La France a des Sujets qui fout dignes de lui. 4£> SATIRE VI. QUi frappe l'air , bon Dieu 1 de ces lugubres cris ? Eft ce donc pour veiller qu'on fe couche à Paris ? Et quel fâcheux Démon durant les nuits entières > Raflêmblc ici les Chats de toutes les routières ? J'ai beau fauter du lit plein de trouble & d'effroi , Je penfe qu'avec eux tout l'Enfer eft chez- moi, L'un miaule en grondant , comme un Tygre en furie . L'autre roulefa voix comme un Enfant qui crie. Ge n'efl: pas tout encor . Les Souris & les Rats » Semblent, pour m'éveiller, s'entendre avec les Chats : Plus importuns pour moi , durant la n ait obfcure > Que jamais , en plein jour , ne rut l'Abbé de P***'^ Tout confpire à la rois à troubler mon repos : Et je me plains ici du moindre de mes maux, flar à peine les Coqs , commençant leur ramage , - Auront décris aigus frappé le Voifïnage : Qu'un affreux Serrurier , que le Ciel en courroux» < A fair pour mes péchez trop voifîn de chez-nous * * Avec un fer maudit , qu'à grand bruit il apprefte ,. De cent coups de marteau me va fendre la tefte. J'entens déjà partout les charettes courir Les Maffions travailler -, les boutiques s'ouvrir : Tandis que dans les airs mille cloches émues > D'un funèbre concert font retentir les nues j • Et fe méfiant au bruit de la grefle Se des vents > Pour honorer les morts , font mourirles vivans. - Encor , je beniroisla bonté fbuveraine Si le Ciel à ces maux avoit borné ma peine c Mais fi lèul en mon lit , je pefte avec raifon $ i C'eft encor pis vingt fois en quittant la maifon. En quelque endroit que j'aille , il faut fendre la preflTe D'un peuple d'importuns , qui fourmillent fans cefle L'un me heurte d'un ais , dont je fuis tout froide: - Je vois d'un autre coup mon chapeau renverfe. Là d'un enterrement la funebre ordonnance , , D SATIRE VI. D'un pas lugubre & 1cm vers 1 Eglife s'avance . v Et plus loin des Laquais , l'un l'autre $'agaçans>. Font aboyer les chiens , & jurer les paffans. Des Paveurs en ce lieu me bouchent le paflage ^ Là je trouve une croix de funefte prefàge : Et des couvreurs grimpez au toit d'une maifon y En font pleuvoir Pardoilè , & la tuile à foifon, Là fur une charerte une poutre branlante : Vient menaçant de loin la foule qu'elle augmente r Six chenaux attelez à ce fardeau peiant , Ont pane d Temouvoi^fur lepavégliflànt i D'un carolîe en partant , il accroche une roiïe; Et du choc le renverfe en un grand tas de boue. Quand un autre à l'inftant s efforçant de pafler * Dans le mefmc embaras fe vient embarrauer : Vingt caro/Tes bien-toft arrivant à la file , Y font en moins de rien fui vis de plus de mille : Et pour farcroift de maux , un fort malencontreux Conduit en cet endroit un grand troupeau de Boeufs. Chacun prétend pafïèr : l'un mugir , l'autre jure : Des Mulets en fonnant augmentent le murmure : Et bien-toft cent Chevaux dans la foule appeliez * De Rembarras qui croift ferment les de'hlcz ; Et par tout des pafTans enchaînant les brigades > Au milieu de la paix , font voir les barricades. On n'entend que des cris pouflbz confufe'ment > Dieu , pour s'y faire ouïr > tonneroit vainement : Moi donc, qui dois fouvent en certain lieu me rendre Le jour dcfjabaiiTant , & qui fuis las d'attendre , Ne fçachant plus tantoft à quel Saint me vouer >. Je jne mets au hazard de me faire roiïcr. Je faute vingt ruifleaux , j'efquive > je me poufTel Gucnaud fur fon cheval en pafTant m'eclabouffe , Et n'ofant plus paroiftre en 1 eftat où je fuis , Sans fonger où je vais , je me fauve oii je puis. Tandis que dans un coin en grondant je m'efluie > Souvent , pour m'achever , il (urvient une pluie, On diroit que le CidL qui f c fond tout en eau > 41 SATIRE VL Veuille inonder ces lieux d'un déluge nouveau. Four traverfer la rue > au milieu /de l'orage , Un ais fur deux pavez forme un étroit paflage : Le plus hardi laquais n'y marche qu'en tremblant : Il faut pourtant paflèr fur ce pont chancelant , Et les nombreux torrens qui tombent des goutieres > Groflîiïant les ruiiTeaux , en ont fait des rivières. J'y paiTe en trébuchant $ mais malgré l'Embarras , La frayeur de la nuit précipite mes pas. Car fi toft que du loir les ombres pacifiques % D'un double cadenas font fermer les boutiques > Que retiré chez lui , le paifïble Marchand Va revoir fes bi'lcts & compter fon argent ; Que dans le Marché neuf tout eft calme & tranquille i Les voleurs à Tinftant s'emparent de la Ville. Le bois le plus funefte & le moins fréquenté , Eft au prix de Paris , un lieu de fèurete. Malheur donc à celui qu'une affaire imprévue Engage un peu trop tard au détour d'une rue. Bicntoft quatre Bandits lui ferrant lescoftez , Labourfe : il faut fe rendre : ou bien non , refiliez : Afin que voftre mort , de tragique memoice , Des maflacres fameux aille groiïir THiftoire. Pour moi qu'une ombre étonne , accablé de fommeil Tous les jours je me couche avecque le Soleil. Mais en ma chambre à peine ai-je éteint la lumière, Qu'il ne m'efl plus permis de fermer la paupière. Des Filoux efFrontez , d'un coup de piftolet , Ebranlent ma feneftre , & percent mon volet. J'entens crier partout , au meurtre , on m'afTaflînc y Ou , leJeu vient de prendre à la maifon voifine. Tremblant & demi mort je me levé à ce bruit ; Et fouvent fans pourpoint , je cours toute la nuit. Car îe feu , dont la flâme en ondes fe déployé , fait de noftre cartier une féconde Troye -, Ou maint Grec affamé , maint avide Argien > Au travers des charbons, vapiller leTroyen. Enfui , fous mille crocs la maifon aby fmée , En S AT l R E VI. 43 Entraîne auflï le feu qui fe perd en fume'e. Je me recire donc encor pafle d'effroi : Mais le jour eft venu quand je rentre chez moi. Je fais Dour repofer un effort inutile : Ce n'eft qu'àprix d'argent , qu'on dort en cette Ville: II faudroic dans l'enclos d'un vafte logement , Avoir loin de la rue un autre appartement. Paris eft Dour un Riche un païs de Cocagne : Sans fortir de la ville , il trouve la campagne : Il peut dans fon jardin tout peuplé d'arbres verds » Receler le printemps au mifieu des hy vers : Et foulant le parfum defes plantes fleuries Aler entretenir fes douces rêveries. Mais moi, grâce au Deflin , qui n'ai ni feu ni îiea , Je me loge ou je puis , & comme il plaift à Dieu. SA- 44 SATIRE VIL MUfe changeons de ftile , & quittons la Satire :• Ceft un méchant meftier que celui de médire. A l'Auteur qui l'cmbrafle il eft toujours-fatal. Le mal qu'on die d 'autrui > ne produit que du maL 1 Maint Poète aveugle' d'une telle manie , En courant à l'honneur trouveri^nominie. Et tel mer , pour avoir repiii le Lecteur, A courte bien Couvent des larmes à l'Auteur. Un éloge ennuyeux , un froid panégyrique , Peut pourrir à fonaife au fond d'une boutique Ne craint point du public les jngemens divers , Et n'a pour ennemis que la poudre & les vers. Mais un Auteur malin , qui rit , & qui fait rire , Qu'on blâme en lelifant , & pourtant qu'on veut lire $ Dans fesplaifans accès qui fe croit tout permis» De fes propres rieurs fc fait dès ennemis. Un difeours trop fîneere aifément nous outrage , Chacun dans ce miroir penfc voir fon vifage , Et tel, en vous lifant > admire chaque trait, Qui dans le fond de l'ame , & vous craint & vous hait. Mufè,c'eft donc en vain que la main vous démange. S'il faut rimer ici , rimons quelque louange , Et cherchons un Héros parmi cet univers , Digne de noftre encens > & digne de nos vers. Mais à ce grand effort en vain je vous anime : Je ne puis , pour louer , rencontrer une rime. Dés que j'y veux refver , ma veine eft aux abois : J'ay beau frotter mon front , j'ay beau mordre mes i doigts , Je ne puis arracher du creux de ma cervelle , Que des vers plus forcez que ceux de la Pucclle : , Je penfc eftre à la gcfhe , & pour un t- 1 d. Scia , La plume & le papier refiftent à ma main. Mais quand il faut railler , j'ai ce que je fbuhaicte. Alors certes alors > jç me connois Poète. Phe-, S AT ï R E ni. Phcbus , des que je parle , efl: preft à m'exaucer. Mes mots viennent (ans peine , & courent fè placer. Faut-il peindre un frirpon fameux dans cette ville? Ma main , fans que j'y rêve , écrira Raumavillc. Faut il d'un fot parfait montrer l'original ? Ma plume au bout du vers d'abord trouve Sofal. Je feus que mon efprit travaille de génie. Faut-il d'un froid Rimeur dépeinare la manie ; Mes vers comme un torrent , coulent fur le papiers Je rencontre à la fois Perrin , & Pelletier , Bardou , Mouroy , Bur/ànt , Colletet , Titrcville» Et pour un que je veux , j'en trouve plus de mil!e. AufTi-toft je triomphe , & ma Mufè en fecret , S'eftime & s'applaudit du beau coup qu'elle a fait. Oeft en vain qu'au milieu de ma fureur extrême , Je me fais quelquefois des leçons à moi-mefme. En vain je veux au moins faire grâce à quelqu'un $ Ma pl um^auroit regret d'en épargner aucun , Et fi-toft qu'une fois la verve me domine ; Tout ce qui s'offre à moi pafTe par l'étaminc Le mcriie pourtant m'eft toujours précieux î Mais tout Fat me dcfplatlt & me bletîc les yeux. Je le pourfuis par tout , comme un chien fait fa proie Et ne le fèns jamais , qu'aufli- toft je n'aboie - 7 Enfin fans perdre temps en de lî vains propos , Je fçai coudre une rime au bout de quelques mots : Souvent j'habille en vers une maligne proie : C eft par là que je vaux , fî )z vaux quelque choie, Ainfî , (bit que bien-toft , par une dure loi , La mort d'un vol affreux vienne fondre fur moi ; Soit que le Ciel^me garde un cours long & tranquille A Rome ou dans Paris > aux champs ou dans la ville , Deuft ma Mufe par là choquer tout l'Univers , Riche , gueux , trifte ou gai , je veux faire des vers. Pauvre cfprir , dira-t-on , que j : plains ta folic^ Modère ces bouillons de ta mélancolie , Et garde qu'un de ceux que tu penfes blâmer , N éteigne dans ton lang cette ardeur de rimer. 46 SATIRE VIT. Hé quoi \ lors qu'autrefois Horace après Lucile> Exhaloit en bons mors les vapeurs de fa bile , Et vangeant la vertu par des traits éclatans , Alloit ofter le mafque aux vices de fon temps t Ou bien quand Juvcnal , de fa mordante plume > Faifant couler des flots de fiel & d'amertume , Gourmandoit en courroux tout le peuple Latin , L'un ou l'autre fit- il une tragique fin ? Et que craindre , après tout , d'une fureur fi vainc ? Perfonne ne connoilt ni mon nom , ni ma veine : On ne voit point mes vers , à l'envi de Montreiiil, GrolTir impunément les feuillets d'un Recueil. A peine quelquefois je me force à les lire , Pour plaire à quelque Ami que charme la Satire : Qui me flatte peut-eftre , & d'un air impofteur , Rit tout haut & ne fçaurois me taire ; Et des qu'un mot plaifant vient luire à mon efprit > ]c n'ay point de repos qu'il ne (bit en écrit : je ne refifte point au torrent qui m'entraîne. Mais c'eft affez parlé. Prenons un peu d'haleine. Ma main , pour cette fois , commence à fe la/Ter. Finiflons. Mais demain , Mufe , à recommencer* SA SATIRE VIII. 47 A MONSIEUR M** Dofteur deSorb. DE tous les animaux qui s'élèvent dans l'air » Qui marchent fur la terre, ou nagent dans la mcTj De Pans au Pérou , du Japon iufqu'à Rome , Le plus fot animal , à mon avis , c'eft l'homme. Quoi ? dira-t-on d'abord , un ver , une fourmi , Un infeéte rampant qui ne vit qu'à demi , Un taureau qui rumine , une chèvre qui broute » Ont l'efprit mieux tourne <]ue n'a l'homme ? Oui (ans doute. 'Ce diicours te furprend , Dodteur ,)e l'apperçoi. L'homme de Ja nature eft le chef & le Roy , Bois , prez , champs, animaux , tout eft pour fon uiagc Ec lui Ihul a ,'dis-tu , la raifon en partage. II eft vrai , de tout temps la raifon fut fon lot. Mais delà je conclus que l'homme eft le plus fot , Ces propos , diras-tu , font bons dans la Satire > Pour égayer d'abord un Leâeur qui veut rire. Mais il faut les prouver. En forme. J'y confens. Répon-moi donc , Do&eur , & mets-toi fur les bancs. Qu'eft-ce que la lagelTe ? Une égalité d'ame , Que rien ne peut troubler , qu'aucun defir n'enflâme , Qui marche en fès confeils à pas plus mefurez , Qu'un Doyen au Palais ne monte les degrez. Or cette égalité , dont fe forme le Sage , Qui j.unais moins que l'homme en aconnul'uiage* La fourmi tous les ans traverfant les guerets^» GrolTit fes ma^afïns des tréfors de Cerés ; Et dés que l'Aquilon ramenant la froidure , Vient de fes noirs frimats attrifter la nature , Cet animal tapi dans fon obfcurité Jouit l'hy ver des biens conquis durant l'efté : Mais on ne la voit point , d'une humeur inconftante , Pa- 4 « SATIRE VJIL Parefleufe au printemps, en liy ver diligente» Affronter en plein champ les fureurs de Janvier , Ou demeurer oifive au recour du Bçlier. Mais l'homme fans arreft: 5 dans fa courfe infenfée > Volcige incciramment de penfée en penfée. / Son coeur toujours flottant entre mille embarras > Ne fçait ni ce qu'il veut , ni ce qu'il ne veut pas. Cc^u'un jour il abhorre , en l'autre il le (buhaite. Moi ? j'irois époufer une femme coquette ? J'irois par ma confiance aux affronts endurci , Me mettre au rang des Saints qu'a célébrez Buflî ? Aflezde Sots fansïnoi feront parler la Ville : Difoit , le mois paflé , ce Marquis indocile ^ Qui depuis quinze jours dans le piège arrefte , Entre lestons Maris pour exemple cité , Croit que Dieu , tout exprés , d'une cofte nouvelle , A tiré pour lui fcul une femme fidelle. Voilà l'Homme en effet. Il va du blanc au noir. 11 condamne au matin (es fentimens du foir. Importun à tout autre , à foi- même incommode » Il change à tous momens d'cfpiit comme de mode , Il tourne au moindre venc , il tombe au moindre choc. Aujourd'hui dans un cafque > & demain dans un froc. Cependant à le voir plein de vapeurs légères > Soi-même fe bercer de (es propres chimères , Lui fcul de la nature elt la bafe & l'appui , Et le dixième Ciel ne tourne que pour lui. De tous les animaux > il eft , dit-il , le maiflre. Qui pourrok le nier ? pourfu«s tu. Moi peut-eftre. Mais (ans examiner de quel air au paflant , L'Ours prdléde la faim fe montre obeïlTant: Et combien un Lion ou Gétulc ou Numide , Craint d'eftre recherché de vol & d'homicide. Ce Maiftre prétendu qui leur donne des I-ix , Ce Roi des animaux , combien a-t-ildeRois ? L'ambition , Pamour , l'avarice , ou la haine Tiennent comme un forçat fon elpnt à la chaîne. SATIRE riï'l. 4J Le fbmmeil.fur fes yeux commence à s'e'pancber Debout ; , dit l'Avarice , il cft temps de marcher, Hëia.-fkz-moi. Debdut. Un moment. Tu répliques? A peine le Soleil-faic ouvrir les boutiques. N'importe, levé toi. Pourquoi faire après tout 1 Pour courir l'Océan de l'un à l'autre bout , Chercher jufqu'au Japon la porcelaine & l'ambre. Rapporter de Goa le poivre & le gingembre. Mais j'ai des biens en foule , & je puis m'en palTer, On n'en peut trop avoir ; & pour en amaflèr , Il ne faut épargner ni crime ni parjure : II faut fouffrir la faim , & coucher fur la dure : Euft-on plus de trëfors que n'en perdit Galet , N'avoir en fa maifon ni meubles ni valet : Parmi les tas de bief vivre de fcigle & d'orge , De peur de perdre un Iiard.foufFrirqu'on vous eV or w Er pourquoi cette épargne enfin ? L'ignores- tu f° ° ' Afin qu'un héritier bien nourri , bien veftu , Profitant d'un irefor en tes mains inutile > De fon train quelque^our embaraiTe la ville. C£uc taire ? il faut partir , les Matelots (bnt prefts Bien- oll 1 Ambition , & toute fon efeorte , Dans le fem du repos , vient le prendre à main forte , L envoie en furieux , au milieu des hazards , 6e faire eftropier fur les pas des Cefars Er cherchant fur la brèche une morr indifcrette , De fa folle valeur embellir la Gazette. Tour-beau , dira quelqu'un , raillez plus à propos , Ce vice fut toujours la ver tu des Héros Quoi donc à vôtre avis , fut-ce un fou qu'Alexandre > Qui ? cet ècervelé qui mit l' Afie en cendre? Ce fougueux fAngely qui de fangalrerc\ Maiftredu monde entier , s'y trouvoit trop ferré? L enrage qu'il eftoit , né Roi d'une Province sv„ïn V m " Z° wcmci «> bon & fage Prince , S en alla follement , & penfanr eftre Dieu , Courir conunc un Bandit qui n'a ni feu ni lieu , 5 o SATIRE VJÏh Et traînant avec foi les horreurs de la guerre , De fa vafte folie emplir toute la terre. Heureux I fi de fon temps , pour cent bonnes raifons., La Macédoine euft eu des petites Maifons , Et qu'un fagc Tuteur l'euft en cette demeure , Par avis de Parens , enfermé de bonne-heure. Mai? fans nous égarer dans ces digrefTions j Traiter , comme Scnaut , toutes les paffions ; Et les diftribuant par ciâfTes & par titres , Dogmatizer en vers , & rimer par chapitres. LaifTons-en difeourir la Chambre ou CoefFeteau Et voions rhomme enfin par l'endroit le plus beau. Lui feul vivant , dit-on , dans l'enceinte des villes îait voir d'honneftes moeurs , des couftumes civiles.. Se fait des Gouverneurs , des Magiftrats ? des Rois , OMèrve une police , obéît à des loix. Il elt vrai. Mais pourtant, fans loix & fans police , Sans craindre Archers , Prevoft , ni fuppofl : de Juftice Voit-on les loups brigans , comme nous inhumains , Pour détrouffer les loups , courir les grands chemins Jamais pour s'agrandir , vit-on , dans fa manie Un Tigre en factions partager l'Hyrcanie ? L'Ours a-t-il dans Us bois la guerre avec les Ours ? Le Vautour dans les airs fond- il fur les Vauteurs ? A- t-on veu quelquefois dans les plaines d'Afrique , Déchirant à l'envi leur propre Republique Lions contre Lions , Parens contre Parens , Combatte follement pour le choix des Tyrans? L'animal le plus fier qu'enfanteja nature ; Dans au autre animal refpe&e fa figure , De fit rage avec lui modère les accès. Vit fans bruit > fans débats , fans noife , fans procès. Un Aigle fur un champ prétendant droit d aubeinc Ne fait point appeller un Aigle à la huitaine. Jamais contre un renard chicanant un poulet , Un Renard de fon fac n'alla charger Rolet. Jamais la Biche en rut , n'a pour fait d'impuillancc Traîné du fond des bois un Ceif à l'Audience , SATIRE VJÎÎ. Er jamais Juge entr'cux ordonnant le congres , De ce burlefque mot n'a fali Tes arrefts. (On ne connoift chez eux ni Placets , ni Rcqueftes , •Ni haut , ni bas Çonfeil 9 n i Chambre des Enqueftes jChacun l'un avec l'autre en toute feureté Vit fous les pures loix de la (impie équité, l'homme feul , l'homme feul en fa fureur extrême > •Met un brutal honneur à s'égorger foi- même. fCeftoit peu que fa main conduite par l'Enfer , ïuft pailtri le falpétrc , euft aiguilé le fer : 11 faloit que fa rage à l'univers funefte , Allait eucor de loix embrouiller un Digefte ? , (Cherchait pour l'obfcurcir des glofes ,^es Dodteurs* Accablaft l'équité fous des monceaux d'Auteujrs pour comble de maux apportait dans la France Des harangueurs du tcmpsTennuieufe éloquence/ i }t Doucement, diras-tu. Que fert de s emporter $ L'homme a fes pallions , on n'en fçauroit clouter, I! a comme la mer fes flots & fes caprices ; Mais fes moindres vertus balancent tous fes vices» "N'eft-cepas l'homme enfin , dont l'art audacieux. Dans le tour d'un compas a mefuréles Cieux ? Dont la valte feienecembraifant toutes chofes, A fouillé la nature , en a percé les caufes ï Les animaux ont-ils des Univcrfitez/ > Voit-on fleurir chez eux des quatre Facultez J Y voit-on des Sçavans en Droit > en Médecine , Endofler 1 écarlate , &c fe fourer d'hermine > Non fans doute , & jamais chez eux un Médecin N'empoifonna les bois de fon art aflàffin : Jamais Dodtcur armé d'un argument frivole Ne s enroua chez eux furies bancs dune Ecole. Mais fans chercher au fond , fi noftre efprit decêu çait rien de ce qu'il fçait , s'il a jamais rien feeu , . oi-meme, répon-moi. Dans le fiecle oii nous fommes, ^ft-ce au pie du fçavoir qu on mefure leshommes > Veux-tu voir tous les Grands à ta porte courir • ' Dit un pere , à fon fils dont le poil va fleurir. ^ z Prcn- s at i r je rm Pren-moi le bon parti ; laiflc- la tous les livres. Cent francs au denier cinq combien fontrils ? Vu livres. . Ceft bien dit. Va, tu fçais tout ce qu'H taut fcavoir : Que de biens, que d'honneurs Rit toi s'en vont pi voir I Exerce toi , mon fils , dans ces hautes fctcnces. Prens au lieu d'un Platon , le Guidon des Finances. Sçache quelle Province enrichit les Traitans : Combien le fcl au Roi peut fournir tous les ans : Endurci- toi le cœur , (ois Arabe , Corfaire , Injufte , violent , fans foi , double , fauflaire. Ne Ya point fottement faire le généreux. Engtâifle-toi , mon fils > du fuc des mal-heureux ; Et trompant de Colbert la prudence importune , Va par tes cpèautez mériter laibrtunc., Aliffi-toft tù verras Poètes , Orateurs > Rhéteurs, Grammairiens , Aftronomes, Dofteurs,, Dégrader les Héros pour te mettre en leurs places i De tes titres pompeux enfler leurs dédicaces , Te prouver à toi-même en Grec , Hébreu , Latin > Que tu fçais de leur art , & le fort & le fin. Quiconque eft riche eft tout. Sans fagefle il eft fage. Il a fans rien fçavoir la feience en partage. Il a l'cfprit , le cœur > le mérite , le rang , La vertu > la valeu r , la dignité , le fang. Il eft aimé des Grands , il eft chéri desbelles, Jamais Surintendant ne trouva de cruelles. L'or même à la laideur donne un teint de beauté : Mais tout devient affreux avec la pauvreté. Ceft ainfi qu'à fon fils , un Ufurier habile Trace vers la richefie une route facile : Et fouvent tel y vient qui fçait pour tout fecret , Cinq & quatre font neuf, oftez deux , refte fept. Après cela , Dodcur , va paflir fur la Bible. Va marquer les écueils de cette Mer terrible. Percela iainte horreur de ce Livre divin. Confonds daus un Ouyragc & Luther & Calvin, S A T I'R E VJJi: Bcbroiïille des vieux Temps les querelles célèbres. Eclairci des Rabins les fçav.intcs ténèbres : Afin qu'en ta vieillelïe , un livre en maroquin Aille offrir ton travail à quelque heureux Faquin , Quj pour digne loyer de la Bible e'claircie , Te paye en l'acceptant d'un , Je vous remercie. Ou , fi ton cœur afpire à des honneurs phis grands , Quitte-là le bonnet , la Sorbonne & les bancs s Et prenant déformais un emploi falutaire , Mets-toi chez un Bauquier , ou bien chez un Notaire : Lai fl'e-li faint Thomas s'accorder avec Scot , Et conclus avec moi , qu'un Doftcur n'eft qu'un Cou Un Dofteur ? diras- tu , parlez de vous , Poëte , ' C'eft pouffer un peu loin voftre Mufc indiferete. Mais fans perdre en difeours le temps hors dé faifon > L'homme , venez au fait , n'a-t-il pas la raif9n ? N'eft-ccpas fbn flambeau j fbn pilote fidelle^ Oiii : Mais de quoi lui fert , que fa voix le rappelle $ Si fur la foi des vents tout preft à s'embarquer, Il ne voit point d'ecueil qu'il ne Paille choquez ? Et que fert à C* * * la raifon qui lui crie > N'ecry plus , guéri toi d'une vaine-furie ^ Si tous ces vains confeils , loin de la reprimer , Ne font qu'accroiftre en lui la fureur de rimer ? Tôus les jours de Ces vers , qu'à grand bruit il recite \ Ilmetchczluivoifins, parens, amis en fuite. Car lors aue foirDenion commence à l'agirer, Tout , jufqu'à fa Servante , eft preft à deferter. Un Afne pour le moins inftruit par la nature , A l'inftind: qui le guid&obeït fans rrturmure : Ne va point follement de fa bizarre voix , Défier aux chanfons les oifeaux dans les bois , Sans avoir la raifon il marche fur fà route. ( te > L'homme feul , qu'elle e'claire,cn plein jour ne voit gou- Regle' par Ces avis fait tout à contretemps , Et clans tout ce qu'il fait , n'a ni raifon ni feus. Tout lui plaift & deplaift , tout le choque & l'oblige* Sans raifon il eft gai , iàns raifon il s'affiige. C 3 Son jy S A T I VI I L Son cfprit au hazard aime , évite , pourfuit , #• Défait , refait ^augmente , oftc , élève , détruit. Et voit-on comme lui , les Ours , ni les Panthères.. S'effraier fottement de leurs propres chimères , Plus de douze attroupés craindre le nombre impair , Ou croire qu'un corbeau les menace dans Pair ? Jamais l'homme , dis-moi , vit-il la Befte folle , Sacrifier à l'homme , adorer fon idole , Lui venir , comme au Dieu des faifons & des vents > Demander à genoux la pluie , ou le beau temps ? Non. Mais cent fois \% befte à vu l'homme hypochondre, Adorerlc métal que lui même il fit fondre : A veu dans un païs les timides mortels Trembler aux pieds d'un Singe afiis fur leurs autels 5 Et fur les bords du Nil , les Peuples imbecilles , L'encenfoir à la maiu , chercher les Crocodiles : Mais pourquoi , diras- tu , cet exemple odieux ? Que peut fervir ici l'Egypte & fes faux Dieux ? Quoi ? me prouverez-vous par cadifeours profane , Que l'homme , qu'un Dodteur efl: au deflbus d'un afac l Un afne , le joiiet de. tous les animaux Un ftupide animal , fujet à mille maux ; Dont le nom feul en foi comprend une Satire ? Oui d'un afne : & qu'a-t-il qui nous excite à rire l Nous nous mocquons de lui , mais s'il pouvoit un jour ; Dodeur , fur nos défauts s'exprimer à fon tour : Si , pour nous reformer , le Ciel prudent & fage De la parole enfin lui permettoit l'ufage : Qu'il put dire tout haut , ce qu'il fe dit tout bas » AÎî I Dodleur , entre nous que np diroit-il pas ? Et que peut-il penfer , lors que dans une rue , Au milieu de Paris il promène fa veiie : Qu'il void de toutes parts les hommes bigarrez , Les uns gris > les uns noirs > les autres chamarrez ? Que dit-il quand il void > avec la mort en trouilè , Courir chez un malade un aflaflin en houfie : Qu'il trouve de Pedans un efeadron fouré , Suivi par un Recteur de Bedçaux entouré : Ou S AT* R E VI II. y #U qu'il voit la Juftice en grotte compagnie , Mener ruer un nomme avec cérémonie. Que penfc-t-ilde nous ? lors que fur le Midi Un hazard au Palais le conduit un Jeudi ; Lors qu'il entend de loin , d'une gueule infernale La Chicane en fureur mugir dans la grand'Salc ? Que dit- il quand il void les Juges , les Huiliîers , Les Clercs , les Procureurs , les Sergens , les Greffiers * O ! que fi l'Afhe alors , à bon droit mifanthrope , Pouvoir trouver la voix qu'il eut au temps d'Efope , De tous coftez , Doéteur , voiant les hommes fous. Qu'il diroit de bon cœur , fans en eftre jaloux Content de fes chardons , & fecoiiant la tefte , Ma foi , non plus que nous l'homme n'clt qu'une befte. SATIRE IX*. C'Eft à vous , mon Efyrit , à qui je veux parler : : . Vous avez des défauts que je ne puis celer. AfTez & trop long-temps ma lâche complaifance De vos jeux criminels a nourri l'infblence. Mais puifque vous pouffez ma patience à bout , Une fois en ma vie il faut vous dire tout. On croiroit , à vous voir dans vos libres caprices Difcourir en Caton des vertus & des vices , Décider du mérite & du prix de s. Auteurs , Et faire impunément la leçon aux Do&eurs > Qu'eftant ièul à couvert des traits de la Satire , "Vous avez tout pouvoir de parler & d'écrire. Mais moi qui dans le fond fçais bien ce que j'en crois. . Qui conte tous les jours vos défauts par mes doigts j , Îe ris > quand je vous vois fi foible & fi (terile 'rendre fur vous le foin dé reformer la ville , Dans vos difeours chagrins plus aigre & plus mordant: Qu'une femme en furie , ou Gautier en plaidant. Mais répondez un peu. Quelle verve indiferetc , Sans l'aveu des neuf Sœurs , vous a rendu Poète? Sentiez- vous , dites-moi , ces violons tranfports. Qui d'un cfprit divin font mouvoir les relions ? Qui vous a pu fouffler une fi folle audace ? Phebus a-t-il pour vous applani le Parnaflè ? Et ne fçavez-vous pas , que fur ce Mont facré Qui ne vole au fommet tombe au plus bas degré. Et qu'à moins d ctre au rang d'Horace ou de Voiture. On rampe dans la fange avec l'Abbé de P * * * ? Que fi tous mes efforts ne peuvent reprimer Cet afeendant malin qui vous force à rimer , Sans perdre en vains difeours , tout le fruit de vos veilles Ofez chanter du Roi les auguftes merveilles : hi j mettant à profit vos caprices divers ê Vous Yejricz tous les ans fructifier vos vers 5 SATIRE IX. y t Et par l'cfpoir du gain voftre Mufè animée, Vendroic au poids de l'or une once de fumée. Mais en vain, direz- vous, je penfe vous tenter Par l'éclat d'un fardeau trop pefant à porter. Tout Chantre ne peut pas, fur le ton d'un Orphée, Entonner en grand vers, U dijeorde étouffée : Peindre Bellone en feu tonnant de toutes parts* Et le Belge effrayé fui an t fur Je s ramparts. Sur un ton n hardi fans eftre téméraire, Racan pourroit chanter au défaut d'un Homère. Mais pour Cotin & moi, qui rimons au hazard: Que l'amour de blâmer fit Poètes par art : Quoi qu'un tas de Grimauds vante noftre éloquence* Le plus feur eft pour nous, de garder le filence. Un Poënie infipide & fottement flateur Déshonnore à la fois le Héros & l'Auteur: Enfin de tels projets pa/Tent nofhc foible/Te, Ainfi parle un Efprit langui/Tant de molle/Te, Qui fous l'humble dehors d'un refped affedté Cache le noir venin de fa malignité. Mais deuffiez-vons en Pair voir vos ailes fondues, « Ne^valoit-il pas mieux vous perdre dans les nuës, Que d'aller fans raifon, d'un ftile peu Chrétien, Faire infulte en rimant à qui ne vous dit ricttj - Et du bruit dangereux d'un livre teme*ire, A vos propres périls enrichir le Libraire ? Vous-vous flattez peut- eftre en voftre vanité : ; D'aller comme un Horace à l'immortalité > Et déjà vous croiez dans vos rimes obfcures. Aux Saumaizes futurs préparer des tortures. Mais combien d'Ecrivains d'abord fi bien receus, Sont de ce fol efpoir honteufèment deceus 7 Combien pour quelques mois, ont vu fleurir leur livrer r Dont lesTcrs en paquet fe vendent à la livre ? Vous pourrez voir un temps vos écrits eftimez, Courir de main en main par la ville fèmez ; Puis delà tout poudreux, ignorez fur la terre, Suivre drez l'épicier Neuf-Germain & la Serre: C 5 Ou S A T Î 'R E TT. Ou de trente feuillets réduits pour cftre à neuf", . Parer demi rongez les rebords du Pont-neuf. Le bel honneur pour vous , en voyant vos ouvrages Occuper le loifir des Laquais & des Pages > Etfouveutdans un coin renvoyez à l'écart ; Servir de fécond tome aux airs du Savoyard ! Mais je veux que le fort , par un heureux caprice > Pafl'e de vos écrits profperer la malice : Et qu'enfin voitre livre > aille au gré de vos vœux , Faire fifler Côtin chez nos derniers Neveux. Que vous fert-il qu'un jour l'avenir vous eftime , Si vos vers aujourd'hui vous tiennent lieu de crime , Et ne produifent rien pour fruits de leurs bons mots y Que l'effroi du public , & la haine des fots ? Quel démon vous irrite > Si vous porte à médire ? Un livre vous déplaift. Qui vous force à le lire ? - LaiiTcz mourir un Fat dansfon obfcurué.. Un Auteur ne peut- il pourrir en feureté ? Le Jonas inconnu feche dans la poufliere. Le David imprimé n'a point veu la lumière. Le Moïfe com mence à moifir par les bords. Quel mal cela fait il ? ceux qui font morrs font morts , Le tombeau contre vous ne peut-il les deffendre ? Et qu'ont fait tant d'Auteurs pour remuer leur cendre } Que vous ont fa%Perrain , Bardin , Mouroy, Bourfaut Colletet , Pelletier , Titreville , Kainaut , ( ches Dont les noms en cent lieux , placez comme en leurs ni Vont de vos vers malins remplir les hemiftiches ? Ce qu'ils font vous ennuie. O le plaifant détour I Ils ont bien ennuié le Roi , toute la Couj: 5 Sans que le moindre edit , ait pour punir leur crime > Retranché les Auteurs , ou fupnmé la rime. Efcrive qui voudra : chacun à ce métier Pour perdre impunément de l'encre & du papier. Un Roman , fans blefler les loix ni la coutume > . Peut conduire un Héros au douzième volume. Delà vient que Paris voit chez lui de tout temps > Les Auteurs à grands flots déborder tous les ans ; SATIRE /AI 59 Ec n'a point de portail , où , jufques aux corniches , Tous les piliers ne foient enveloppez d'affiches. Vous feul plus dégoûté , fans pouvoir , & fans nom > Viendrez régler lés droits , & l'eftat d'Apollon. Mais vous , qui rafînez fur les écrits des autres , De quel oeil penfèz-Yous qu'on regarde les voftrcs ? Il n'eft rien en ce temps à couvert de vos coups \ Mais fçavez- vous aufli , comme on parle de vous ? Gardez- vous, dira l'un, de cet Efprit critique: On ne fçait bien fbuvent quelle mouche le pique : Mais c'eft un jeune fou qui (è croit tout permis > » Et qui pour un bon mot va perdre vingt amis. • Il ne pardonne pas aux vers de la Pucelle , Et croit régler le monde au grd de (a cervelle. Jamais dans le barreau trouva-t-il rien de bon ? Peut-on fi bien prefeher qu'il ne dorme au fermon ? Mais lui qui fait ici le Regent du Parnaflc , N'eft qu'un gueux reveftu des dépouilles d'Horace. Avant lui Juvcnal avoit dit en Latin , Qu'on e(l ajfîs a Patfe aux Sermons de Qotin. L'un & l'autre avant lui s'eftoient plaints de la rime: Et c'eft auiïi fur ceux qu'il rejette ion crime : Il cherche à fè couvrir de ces noms glorieux. J'ai peu lû ces Auteurs : mais tout n'iroit que mieux , Quand de ces médifans l'engeance toute entière Iroit latefte en bas rimer dans la rivière. Voilà comme on vous traite : & le monde effrayé Vous regarde de'ja comme un homme noié. En vain quelque Rieur prenant voftre deffenfe : Veut faire au moins de grâce adoucir la femenec. Rienn'appaife unLcâeur toujours tremblant d'effroi, Qui voit peindre en autrui ce qu'il remarque en foi. Vous ferez- vous toujours des affaires nouvelles ? Et faudra- t-il fans ceffe cfluyer des querelles ? N'enrendrai-je qu'Auteurs ii plamdre & murmurer ? Jufqu'à quand vos fureurs doivent- elles durer > Repondez , mon Efprit , ce n'eft plus raillerie : Dites....Mais > direz* vous : pourquoi cette furie ? C 4 Quoi? V,0 S AT 1 R'E I X. Quoi ? pour un maigre Auteur, que jeglozc en partante E(t-ce un crime après tout, & fi noir & fi grand ? Et qui voiant un Fat s'applaudir d'un ouvrage* Où la droite raifon trébuche à chaque page v Ne s'écrie auflîtoft : V impertinent Auteur ! Uenniiïeu* Efcrivain ! le maudit Ttaducfeur ! A quoi bon mettre au jour tous ces dtj cours frivoles* Et ces riens enfermer dans de grandes paroles ? Eft-ce donc la médire ou parler franchement? Non, non, la médifanec y va plus doucement. Si l'on vient à chercher, pour quel fecret myftcre, , Alidor à fes frais baftit un Monaftere, Alidor dit un Fourbe, ilefl de mes amis. Je rai connu Laquais^ avant qu'il jufl Commis. Oeftun homme a honneur <> de pieté prof on de-, JE/ qui veut rendre à Dieu y ce qu'il a pris au monde. . Voilà jouer d'adrefle, & médire avec arr, Et c'eft: avec refped: enfoncer le poignard. Un efprit né fans fard, fans ba(Te complaifance r Euit ce ton radouci que prend la médilancc : Mais de blâmer des vers ou durs ou languillans^ De choquer un Auteur qui choque le bon fens, De railler d'un Plaifant qui ne fçait pas nous plaire; . C'eft ce que tout Ledleur eut toujours droit de faire. . Tous les jours à la Cour, un Sot de qualité Peut juger de travers avec impunité : A Malherbe, à Racan, préférer Théophile, JEt le clinquant du Tafle, à tout l'or de Virgile. Un Clerc pour quinze fous fans craindre leholv Peut aller au Parterre attaquer Attila : Et fi le Roi des Huns ne lui charme l'oreille, Traiter de Vifîgoths tous les vers dcCorneille. Il n'eft valet d' Auteur: ni copifte à Paris, Qui la balance en main ne pefe les écrits. Dés que l'imprelTion fait éclorc un Poète, . Il eft efclave né de quiconque l'acheté : Il feibûmet lui-même aux caprices d'autrui-, itfes Ecrits tom feuls doivent parler: pour.lui. Un ■ Un Auteur à genoux dans une humble .préface, Au Leéteur qu'il ennuie, a beau demander grâce* . II ne gagnera rien fur ce Juge irrite', Qui lui raie fbn procès de pleine autorité. Et je ferai le feul qui ne pourai rien dire ? On fera ridicule, & je n'ofèrai rire ? Et qu'ont produi mes vers de fi pernicieux, Pour armer contre moi tant d'Auteurs furieux ? Loin de les décrier, je lésai fait paroiftre; Et fbuyent fans ces vers qui te^ont fairconnoiftre, Leur talent dans l'oubli demeureroit caché. Et qui fçauroit fans moi que Cotin a prefché ? La Satire ne fert qu'à rendre un Fat îlluftre : G'eft une ombre au tableau qui lui donne du luftre* . En les blâmant enfin, j'ai dit ce que j'en croi, Et tel, qui m'en reprend, en penlè autant que moi; 21 a tort, dira l'un, Pourquoi Jant-il qu'il nomme ? Attaquer Chapelain i ah i c'efl un jt bon homme : Balz^ac en fait l 'éloge en cent endroits divers. Jlefi vrai % s* il m'eufi creu, qu'il neuft point fait de vers ; Jl Je tuë à rimer. Que n écrit-tien profe»? Voilà ce que l'on dit. Et que dis-je autre chofe ? En blâmant fes écrits, ai-je d'un ftile affreux Diftiléfurfavie un yenin dangereux ? Ma Mufe en l'attaquant charitable & diferete, - Sçait de l'homme d'honneur diflinguer le Poète» Qu'on vante en lui la foi, l'honneur, la probité : Qu'on prife fa candeur & fa civilité : Qu'il (bit doux, complaifant, officieux, fincere, On le veut, j'y foufens, & fuis preft de me taire. Mais que pour un modèle on montre fes écrits, Qu'il foirle mieux renté de tous les beaux Efprits : Comme Roi des Auteurs, qu'on l'élevé à l'Empire* Ma bile alors s'échauffe, & je brûle d'écrire ; Et s'il ne m'eft permis de le dire au papierj J'irai creufer la terre, & comme ce Barbier, Faire dire auatrofèaux, par un nouvel organe, Midas, le Roi Midas ades oreilles d'afne. C 7 Quel il- SATIRE IX. Quel tort lui fais-je enfin ? ai-je par un écrit, Pétrifié fa veine, & glacé fon efpric ? Quand un livre au Palais fe vend & fe débite, Que chacun par fes yeux juge de fon mérite Que Billaine l'étalé au deuxième Pilier : Le degouft d'un Cenfeur peut- il le décrier ? En vain contre le Cid un Miniftre fe ligue. Tout Paris pour Chimene a les yeux de Rodrigue* - L'Académie en corps a beau le cenfurer, Le Public révolté s'obfline à l'admirer. Mais lors que Chapelain met une œuvre en lumière, Chaque Ledeur d'abord ltfi devient un Liniere. En vain il a reccu l'encens de mille Auteurs, Sôn livre en paroiflanr dément tous fes flateurs. Ainfi fans m'aceufer, quand tout Paris le joue, Qu'il s'en prenne à fes vers que Phebus defavoiïe, Qu'il s'en prenne à (a Mufe Allemande en François. Mais lailïbns Chapelain pour la dernière fois. La Satire, dit-on, eft un meftier funefte, Qui plaift à quelques gens, & choque tout le refte; La fuite en e(î à craindre, en ce hardi métier La peur plus d'une fois fit repentir Régnier. Quittez fes vains plaifîrs, dont l'appas vous abufe* A de plus doux emplois occupez voftre Mufe ; Et laiflez à Feuillet * reformer l'Univers. Et fur quoi donc faut- il que s'exercent mes vers Bo- irai je dans une Ode en phrafes de Malherbe, Troubler dans fes rofeaux le Danube fuperbe : Délivrer de Ston le peuple gemtffant : Taire trembler Memphis^ ou pafltr le Croiffant^ Et paffant du Jourdain les ondes alarmées , Cueillir ', mal à propos, les palmes Idumées ? Viendrai- je en une Eglogue entouré de troupeaux, Au milieu de Paris enfler mes chalumeaux, Et dans mon cabinet aflis au pied des haiftres, Faire dire aux Echos des (bttifeschampeftres ? Faudra-t-il de fens froid, & fans eftre amoureux. Pour quelque Iris en l'air faire le langoureux,* * fumeux ?rcdiitt Et fur ce Mont fameux, où j'ofai la chercher, Fortifia mes pas & m'apprit à marcher : G'eft pour elle en un mot, que j'ai fait vœu d'écrire* Toutefois s'il le faut, je veux bien m'en He'dirc : Et pour calmer enfin tous ces flots d'ennemis, Reparer en mes vers les maux qu'ils ont commis. Pui(que vous le voulez, je vais changer de ftile. Je le déclare donc. Kainaut eft un Virgile ; Bourfaut comme un Soleil en nos ans a paru : Pelletier écrit mieux qu'Ablancourt ni Patru : Gotin à fes fermons traînant toute la terre, Fend les flots d'Auditeurs pour aller à fa chaire : Saufal eft le Phénix des efprits relevez : Pcrrin... . Bon, mon efprit, courage, pourfuivez : Mais ne voiez-vous pas que teur troupe en furie, Va prendre encor ces vers pour une raillerie ? E* Dieu fçait auffitoft, que d'Auteurs en courroux^ Que de Rimeurs btëfTez s'en vont fondre fur yous> Youî les verrez bientoft féconds en impofturcs> AmaiTer contre vous des volumes d'injures, £ 4 S AT I R B 1 X. Traiter en vosecrits chaque vers d'attentat,* Et d'un mot innocent faire un crime d'Eitat. Vous aurez beau vanter le Roi dans vos ouvrages, EtdeceNomfacréfanftifiervospasçes: Qui mc'prife Cotin, n'eftime point ion Roi, Et n'a félon Cotin, ni Dieu, ni foi, m loi. Mais quoi ? répondrez-vous : Cotin nous peut-il nuire > Et par fes cris enfin que fçauroit- il produire ? Interdire à mes vers, dont peut-eftre il fait cas, L'entrée aux penfions, où je ne pretens pas ? Non pour loiier un Roi, que tout l'Univers loue, . ^ Ma langue n'attend point que l'argent la dénoue, Et fans efpercr rien de mes foibles écries, L'honneur de le louer m'eft un trop digne prix. • On me verra toujours fage dans nies caprices. De ce même pinceau, dont j'ai noirci les vices, Et peint du nom d'Auteur tant de Sots reveltus, Lui marquer mon refpefl: & tracer fes vertus. Te vous croi : mais pourtant on crie, on vous menace. le crains peu, direz- vous, les braves du Parnafle. Hé, mon Dieu I craignez tout d'un Auteur en courouz k Qui peut . . . Quoi ? je in entens. Mais encor ? Taifex- ¥OUS« DIS- DISCOURS SUR LA SATIRE. tland je donnai la première fois mes Sa- tires au Public, je m'eftois bien pro- paré au tumulte que Timpreffion de mon Livre a excité fur le PariialFe. Je fçavois que la nation des Poètes , . & fur tout des mauvais Poètes, eft une nation farouche qui prend feu tres-aifément ; 8c que ces Efprits avides de louanges ne digereroient pas facilement une raillerie, quelque douce quelle pûfteftre. Auffi oferai- je dire à mon avantage, que j'ai regardé avec des yeux aiïèz Stoïques les libelles diffamatoires qu'on a publiez contremoî . Quelques calomnies dont.on ait voulu me noircir; quelques faux bruits qu'on ait femez de ma perfonne, j ai pardonné fans peine ces petites vengeances, au déplaifir d un Au- teur irrité, qui k voioit attaqué par l'endroit le plus fcafîble d'un Poète , jç veux dire par (es ou- vrages. Mais j avoue, que j ai efté un penfurpris du cha~ ;rin bizarre de certains lefteurs , qui au Heu de Ce ivertir d'une querelle^duParnaflè, dontilspoo- voienteftre fpedtateurs indifférais, ont mieux ai- mé prendre parti , & s'affliger avec les Ridicules, que de fe rejouir avec les honneftes gens. . C eft pour les confoler que j'ai compofé la Satire prece- den- €6 Discours dente , où je penfe avoir montré aflèz clairement^ que fans bleiïer l'Eftat ni fa confcience , on peut trouver de méchans vers médians, & s'ennuier de plein droit à la le&ure d'un fot Livre. Mais , puifc que ces Meflieurs ont parlé de la liberté que je me fuis donnée de nommer , comme d'un attentat inoiiî & fans exemple, & que des exemples ne £è peuvent pas mettre en rimesiil eft bon d'en dire ici un mot, pour les inftrulre dune chofe qu eux feuls veulentignorer, & leur faire voir , qu en compa- raifon de tous mes Confrères les Satiriques j'ai efté un Poète fort retenu. . Etpour commencer parLucilius inventeur de h Satire; quelle liberté , ou plûroft quelle licence, ne s'eft-il point donnée dans tes ouvrages ? Ce n'étoit pas feulement, des Poètes & des Auteurs qu'il attaquoit : Ceftoit des gens de la première qualité de Rome : c eftoit des perfonnes Confùlai- j res. Cependant Scipion & Lcelius ne jugèrent I pas ce Poëte, tout déterminé Rieur qu'il eftoit, in- digne de leur amitié , & vraifemblablement dans les occafions ils neluirefuferent pas leurs confcils fur (es écrits non plus quaTerence : ils ne s'avife- rent point de prendre le parti de Lupus & de Me- | tellus,qu'il avoit joliez dans fes Satires>& ils ne cru- rent pas lui donner rien du leur, en lui abandon- nant tous fes Ridicules de la Republique. ] num Ldiusy aut qui Dnxit ab opprefsâ meritum Cartbaginc nomen y In- S u r la Satire. cy Jngenio ojfenfi aut Ufo doluereMetcllo> Famo/ifve Lnpo çoopenaverfibus ? En Effet Luciliusn épargnoit ni petits ni grands: &fouvent des Nobles & des Patriciens ildefcen* doitjufqu'à la lie du peuple. Primons populi ar ripait, populumque tributim* . On mediraqueLucilius vivoit dans une Repu- blique, où ces fortes de libertez peuvent eftre per- XTiiles.Voions donc Horace qui vivoit fous un Em- pereur dans les commencemens d une Monar- chie , où il eft bien plus dangereux de rire qu en un autre temps. Qui ne nomme-t-il point dans fès Satires } & Fabius le grand caufeur , & Tigellius le Fantafque, & Nafidienus le ridicule , & Nomenta* nus le débauché, & tout ce qui vient au bout de (à plume.On me répondra que ce font des noms fop- pofez. O la belle réponfe ! comme fi ceux qu il at- taque , n'eftoient-pas des gens connus d ailleurs : comme fi l'on ne Içavoit pas que Fabius eftoit un Chevalier Romain, quiavoit compofé un Livre de Droit, que Tigellius fut en fon temps un Muficien chéri d'Augufte : que Nafidienus Rufus eftoit un ridicule célèbre dans Rome : que Caffïus Nomen- tanus eftoit un des plus kmeux débauchés de l'Ita- lie. Certainement il faut que ceux qui parlent de la forte , nayent pas fort leu les Anciens , & ne foient pas fort inftruits des affaires de la Cour d'Augufte. Horace ne Ce contente pas d appeller les gens par leur nom : il a fi peur qu'on ne les mé- connoiflè, qu'il a loin de rapporter jufqu a leur fur- nom,. • ■ ^ tfS Discours nom, jufquau métier qu ils faifbient, jufquaux charges qu'ils avoient exercées. Voiez, par exem- ple , comme il parle d'Aufïdius Lufcus Prêteur qui f ai- foit le Sénateur & l'homme de qualité.Vçxxt-on de- fignerun homme plus precifèment, &les circon- ftances feules ne fuffifoient-elles pas pour le faire reconnoiftre ? On me dira peut-eftre, qu'Aufidius cftoit mort alors : Mais Horace parle là d'un voia- ge fait depuis peu. Et puis comment mesCenfèurs répondront- ils à cet autre paflige ? Turgidm Alpin us jugulât du m Meninon 7 aumque Diffngit Rheni luteum caput : h&c ego ludo. Pendant ,dit Horace, que ce Poète enflé £ Alpinus égorge Memnon dans {on Poème , & s embourbe dans la defeription du Rhin, je me joue en ces Sati- res. Alpinus vivoit donc du temps qu'Horace (è joiïoit en ces Satires ; & fi Alpinus en cet endroit, eft un nom fuppofé, l'Auteur du Poème de Mem- non pouvoit-il s'y méconnoiftre ? Horace, dira-t- on,vivokfbus le règne du plus poli de tous lesEm- pereuts : mais vivons-nous fous un règne moins poli? Sur la Satire. -poli ? Et vcuc-on qu'un Prince qui a tant dequali- tez communes avec Augufte, foit moins dégoûté que luy des méchans Livres , & plus rigoureux en- vers ceux qui les blâment ? Examinons pourtant Perle, quiécrivoit fous le règne de Néron; Il ne raille pas fimplement les ouvrages des Poètes de fonremps:iI attaque les vers de Néron mefme. Car enfin tout le monde (caic & toute la Cour de Néron le fçavoit , que ces qua- tre vers, Torva Mirnalloneis, Sec dont Perle foit une raillerie fi amere dans fa première Satire > étoient des vers de Néron. Cependant on ne- re- marque point que Néron, tout Néron quileftoit, ait fait punir Perfe ; & ce Tyran ennemi de la rai- fbn, & amoureux, comme on feait , de fes ouvra- ges, fut alîèz galant homme pour entendre raille- lie fur fes vers , & ne aeut pas que l'Empereur eij cette occalion deuft prendre les interefts du Poète. Pour Juvenal qui florifToit fous Trajan : il eft un peu plus refpe&ueux envers les grands Seigneurs de fonfieçle. Il (e contente de répandre l'amertu- me de (es Satires, fur ceux du règne précèdent: mais à l'égard des Auteurs , il ne les va point cher- . dier hors de fon fiecie. A peine eft-il entré en ma- tiere,quele voilà en mauvaifè humeur contre tous les Efcrivains de fon temps. Demandez à Juvenal ce qui l'oblige de prendre la plume. C eft qu'il eft las d'entendre & la Thezeide de Codrus , & l'Qre~ fie de celui-ci , & le Tekpbe de cet autre , & tous les Poëtes ejnfîn^ comme il dit ailleurs, quireci- toient 70 Discours toient leurs vers au mois d'Aouft,©? Augnfioreei- tantes menfi Poetas. Tant il efl: vrai que le droit de blâmer les Auteurs efl: un droit ancien, paflëen coutume parmi tous les Satiriques, & fodffert dans •tous lesfîecles. Que s'il faut venir des anciens aux modernesjRegnier qui eft prefque noftre (eul Poè- te Satirique, a efté véritablement un peu plus dit cret que les autres. Cela n'empefche pas néan- moins qu'il ne parle hardiment de Gailet ce célè- bre joueur qui apgnoit [es Créanciers fur fèpt vjuijwc çn uc nouveaux paisj Faire trembler le Scythe au* bords du TanaYs; Et ranger fous nos loi* tout ce vafte Hemifbhere i Mais de retour enfin, que pretendez-vous faire > Alors cher Cineas victorieux, contens, Nous pourrons rire à î'aife, & prendre du bon tempt . Hé, Seigneur, dés ce jour fans fbrfir de l'Epi re, Du matJij jufqu'au foir qui vous défend de liiti Le confeil eftoit /âge & facile à goûter : Pyrrhus vivoit heureux, s'il euf? pu l'écouter; Mais à l'ambition doppofer Ja prudence CTeft aux Prélats de Cour prefeher la rclîdttice. Ce n'cfl pas que mon cœur d'un travail ennemi Approuve un Fainéant fur Je thrône eridormi. Mais quelques vains lauriers que prornçtte la guerre, On Peut eftre Héros fans ravager la terre. Il eft plus d'une gloire. En vain aux Conquérons L erreur parrhi les Rois donne les premiers rangs : Entre les grands Héros ce font les plus vulgaires. Chaque fieele eft fécond en heurcu* téméraires. Chaque climat produit des Favoris de Mars, La Seine a des Bourbons : le Tibre a des Ccfars. On a veu mille fois des fanges Mawides Sortir des Conqucrans,Gots, Vandales, Gepides Mais un Roi vraiment Roi, qui fage en fes projets, Sçache en un calme heureux maintenir fés Sujets, Qui du bonheur public ait ameute fa gloire, li faut pour le trouver, courir toute l'Hiftoire, n 4 £ P I S T R E T. La terre comte peu de ces Rois bienfaifans. Le Ciel à les former fe prépare long temps. Tel fut cet Empereur, lous qui Rome adorée Vid renailtre les jours de Saturne & de Rhée : Qui rendit de Ton joug l'Univers amoureux : Qu'on n'alla jamais voir fans revenir heureux : Qui foûpiroit le feir, fi fa main fortunée N'avoir par fes bienfaits fignaléla journée. Le cours ne fut pas long d'un empire fi doux. Mais où cherchai- je ailleurs ce qu'on trouve chez nous? Grand Roi fans recourir aux hiftoires antiques, Ne t'avons-nous pas vu dans les plaines Belgiques, Quand' l'ennemi vaincu déferrant fes remparts, Au devant de ton joug couroit de toutes parts, Toi-mefme te borner au fort de ta victoire, Et chercher dans la Paix une plus jufte gloire ? Ce font là les exploits que tu dois avoiier : t , Et c'eft par-là Grand R o r, que je Te veux louer. Aflèz d'autres fans moi d'un ftile moins timide, Suivront aux champs de Mars ton courage rapide : Iront de ta valeur effraier l'Univers, Et camper devant Dôlc au milieu des hy vers. Pour moi loin des combats fur un ton moins terrible. Je dirai les exploits de ton règne paifible. Je peindrai les plaifirs en foule renailfans : Les Opprcflcurs du Peuple à leur tour gemifTans. On verra par quels foins ta fage pre voiance Au fort de la famine entretint l'abondance. On Yerra les abus par ^ main reformes i La licence & l'orgueil en tous lieux reprimés : Du débris des Traitans ton épargne groffic : Des fubfides affreux la rigueur adoucie : Le Soldat dans la Paix fage & laborieux : Nos Artifans grofliers rendus induftrieux ; Et nos voifins fruftrez de ces tributs fervilcs, J'en- E P I S 7 R E I. 77 ycntens déjà frémir les deux mers eftonnées* De voir leurs flots unis au pie des Pyrénées. Déjà de tous codez la Chicane aux abois S'enfuit au fcul afpedr de tes nouvelles lois, O que ta main par là va fàuver de pupilles ! Que de fçavans plaideurs déformais inutiles ! Qui ne lent point l'effet de tes foins généreux ? L'Univers fous ton règne a-t-il des malheureux ? Eft-il quelque vertu dans les glaces de l'Ourle, Ni dans ces lieux brûlez où le jour prend (à fburce. Dont la trifte indigence oie encore approcher, Et qu'en foule tes dons d'abord n'aillent chercher ? C'eft par toi qu'on va voir les Mufcs enrichies, De leur longue dilêtte àjamais affranchies. Grand Roi, pourlui toujours, allure leur repos. Sans elles un Héros n'eft pas long temps Héros : Bicntoft quoi qu'il ait fait, la mort d'une ombre noire Enveloppe avec lui fbn nom & fon hiftoire. En vain pour s'exemter de i 'oubli du cercueil» Achille mit vingt fois tout Ilion en deuil. Eu vain maigre les vents aux bords de l'Hcfperic Enée enfin porta fes Dieux & fa Patrie, Sans le lecours des vers, leurs noms tant publias Seroient depuis mille ans avec eux oubliés. Non, à quelques hauts faits que ton deftin t'appelle, Sans le fecours fbigneux d'une Mufe fidelle, Pour t'immortalifer, tu fais de vains efforts. Apollon te la doit : ouvre lui tes trefors. En Poètes fameux rens nos climats fertiles. Un Augufte aifément peut faire des Virgiles. Que d'illuftres témoins de ta vafte bonté. Vont pour toi dépofer i la porterite î Pour moi qui fur ton nom, de'ja brûlant d'écrire' Sens au bout de ma plume expirer la Satire, Je n'ofe de mes vers vanter ici le prix. Toutefois, fi quelqu'un de mes foibles écrits- N Des ans injurieux peut éviter l'outrage, Pcut-eftre pour ta gloire aura-t-il fon ufagr. D 3 i% E P I S T R E /. Et commfe Tes exploits étonnant les Le&eurs Seront à peifte creus fur la foi des Auteurs; Si quelque Efprit malin ks veut traiter de fables* On dira quelque jour pour les rendre croiablcs : B*** (jui da»ns fes vers pleins de fuicerirà Jadis a tout (on fîede a dit la verire'j Qui mit à tout blâmer fon étude & & gloire, A pourtant de ce Roy parlé comme EPI- EPISTRE II. A MONSIEUR L'ABBE' DES ROCHES. A Quoi bon réveiller mes Mufes endormies, Pour tracer aux Auteurs des règles ennemies ? Penfès-tu qu'aucun d'eux veuille fuï>ir mes loix, Ni fuivre une raifon qui parle par ma voix l O le plaiûnt Dodteur, qui fur les pas d'Horace Vient prefeher, diront- ils, la reforme au ParnafTc ? Nos écrits font mauvais^ les fiens valent-ils mieux ? J'entensdqad'iciL*** furieux Qui m'appelle au combat) fans prendre un plus long terme. De l'encre, du papier, dit-il, qu'on nous enferme. Voions qui de nous deux plus aifë dans fes vers Aura plfitoft rempli la page & le revers. Moi donc qui fuis peu fait à ce genre d'elcrimc : Je le lai (Te tout feul verfèr rime fur rime, Et fbuvent de dépit contre moi s 'exerçant, Punir de mes défauts le papier innocent. Mais toi qui ne crains point qu'un Rimeur te noircifTe, Que fais-ru cependant feul en ton Bénéfice ? Attens-tu qu'un Fermier payant quoi qu'un peu tard, De ton bien pour le moins daigne te faire parc ? Vas- tu, grand deffenfcurdes droits de ton Eglife, De tes Moines mutins reprimer l'entreprit f Croi moi, dûft Aufanet t'afTurer du fuccés, Abbé n'entrepren point même un jufte procést . N'imite point ces Fous dont la fotee avarice Va de Ces revenus engrai/Ter la Juftice, Qui toujours affignans, & toujours adîgncfs , Souvent demeurent gueux de vingt procès gagnez. Soutenons bien nos droits : Sot eft celui qui donne, C'eft ainfi devers Caen qne tout Normand raifomie. Ce font là les leçons, dont un pere Manceau Iuitr uit fon Fils novice au fortir du berceau* D 4 Mai? to EPISTRETI, Mais pour toi qui nourri bien en deçà de l'Oifc As fuccé la vertu Picarde & Champenoife, Non, non, tu n'iras point ardent Bénéficier, ïaire enrouer pour coi Corbin ni le Mazier. Toutefois fi jamais quelque ardeur bilieufe Allumoit dans ton cœur l'humeur litigicufèj Confulte moi d'abord, & pour la réprimer, Retien bien la leçon que je te vais rimer. Un jour, dk un Auteur, n'importe en quel Chapitre* Deux Voiageurs à jeun rencontrèrent une huiftre, Tous deux la conteftoient : lors que dans leur chemin La Juftice paffa, la balance à la main. Devant elle à grand bruit ils expliquent la chofe. Tous deux avec dépens veulent gagner leur caufe. la Juftice pefanc ce droit litigieux Demande Thuiftrc, l'ouvre, & l'avale à leurs yeux* Et par ce bel arreft terminant la bataille : Tenés voilà, dit-elle, à chacuû une écaille. Des fottifes d'autrui nous vivons au Palais : Meilleurs, l'huiftre eftoit bonne. Adieu. Vivez en paix.. EPI E P r S T R E III A MONSIEUR ARNAUD. OUI fans peine au travers desSophifmcs de Claude, Arnaud, des Novateurs tu découvres la fraude, Et romps de leurs erreurs les filets captieux. Mais que fert cjuc ta main leur défille les yeux ? Si toujours dans leur ame une pudeur rebelle, Prefts d'cmbrafTer l'Eglife, au Prefche les rappelle ? Non, ne croi pas que Claude habile à fe tromper Soit infenfible aux traits dont tu lafçais frapper : Mais un démon l'arrclte, &• quand ta voix l'attire, Lui dit : Si tu te rens, fçais tu ce qu'on va dire ? Dans fon heureux retour lui montre un faux- malheur ; Lui peint de Charenron l'heretique douleur, Et balançant Dieu mefme en fon ame flottante,' Fait mourir dans fon cœur la vérité' nailTante. Des fuperbes mortels le plus affreux lien, N 'en doutons point, Arnaud, c'eft la honte du bien*- Des p/us nobles vertus cette adroite ennemie, Peint l'honneur à nos yeux des traits dé Tinfamic,* Afïervit nos e(prits fous un joug rigoureux, Et nous rend l'un de l'autre efclaves malheureux. Par elle la vertu devient lâche & timide. Vois-tu ce Libertin en public intrépide Qui prelche contre un Dieu, que dans fon amo il 'croit l Il iroit embrafler la vérité qu'il voit : Mais de fes faux amis il craint la raillerie, Et ne brave ainfi Dieu que par poltroncrie. C cft-làde tous nos maux !c £ml fondnnenr. Desjugemensd 5 autruinous"tremblonsfollcinenc ? - Et chacun l'un de l 'autre a^oîunt les caprices, Nous cherchons hors de nous nos vertus & nos vices, Mifcrablcs jouets de noftre vanit^ Eai(biis^u moins l'aveu de noftre infirmité \- 8t E P I S T R E I I I. A quoi bon, quand la fièvre en nos artères brûlei Faire de noftre mal un fecrct ridicule : Le feu fore de vos yeux petillans & troublez : Voftre pouls inégal marche à pas redoublez: Quelle faufle pudeur à feindre vous oblige? Qu'avez-vous ? Je n'ai rien. Mais... Je n'ai rien vous dî- je> Repondra ce Malade à fc taire obftmé. Mais cependant voilà tout fon corps gangrené* Et la fièvre demain fe tendant la plus forte, Un bénitier aux pies, va l'étendre & la porte. Prévenons fagementun fi jufte malheur. Le jour fatal cît proche & vient comme un voleur* Avant qu'à nos erreurs le Ciel nous abandonne, Profitons de l'infant que de grâce il nous donne? Haftons-nous, le temps fuit, & nous traîne avec foi*. Le moment où je parle eft déjà loin de moi. Mais quoi ? toujours la Honte en efclavcs nous lie* Oiii, c'elt toi qui nous pers, ridicule folie. C'eft toi qui fis tomber le premier Mal heureux, Le jour que d'un faux bien fottement amoureux,. It n'ofant foupçonner fa femme d'impofture, Au Démon par pudeur il vendit h Nature. Helas ! avant ce jour qui perdit fes Neveu x; Tous les plaifirs couroient au devant deTcs vœux. La faim aux animaux ne faifoit point Ta guerre. Le blé, pour fe donner fans peine ouvrant la terre, 4 N'attendoit point qu'un Bœuf preiïé de l'éguillon Tracaft à pas tardifs un pénible fillon. La vigne offroit par tout des grappes toujours pleines. Et des ruilTeaux de lai. Vingt fois de la Holande a tenté la conquefte : Ce païs, où cent murs n'ont pu te refïftcr, Grand Roi, n'eft pas en vers fi facile à domter : Des Villes que tu prens les noms durs & barbares. N'offrent de toutes parts que fyllables bizarres. - Pour trouver un beau mot, il faut depuis riflel*. Sans pouvoir s'arrefter, courir jufqu'au Teffel. Oui par tout de fon nom chaque place munie, Tient bon contre le vers, en détruit l'harmonie.. Et qui peut fans fremir aborder Woerdcn ? Quel vers ne tomberoit au feul nom de Hcufden ? Quelle Mufe à rimer en tous lieux difpofee Ofèroit approcher des bords du Zuiderzée ? Gomment en vers heureux aflieger Doësbourg,. Zurphen , Waheninghen , Harder.viick, Knorzcnbourgi" ïln'eft fort entre ceux que tu prens par centaines , Qui ne puiffe atrefter un Rimeur fix femaines : Et par tout fur le Whal, ainfi que fur le Leck, Le vers eft en déroute, & le Poète à fec\ Ehcor fi tes exploits moins grands & moins rapides. LaiiToient prendre courage a nos Mufcs timides; Peut-eftre avec le temps, à force d'y refver, ^àr quelque coup de l'art nous pourrions nous fauver*. Mais de's qu-on veut tenter cette Yafte carrière*, Pegaze s'effarouche & recule en arrière; Mon Apollon s'eftonne, & Nimeguc eft a toi*. Que ma Mufe eft encore au camp devant Orfoi; Aujourd'hui toutefois mon zele n\'cncourage-, B faut aumoins du Rhin tentez l'heureux palîàge*. &e malheur fera grand, fi nous nous y noj ons. Muicspouile tracer» cherchez tous vos crayons : Car, Z P 1 S T R E IV. S J. Car , puifqu'en cet exploit tout paroift iacroiable ». Que la vérité pure y reflèmble à la fable , De tous vos ornemens vous pouvez l'égayer. Venez donc , & fur tout gardez bien d'ennuier. Vous fçavez des grands vers les difgraoes tragique*; Et fouvent on ennuie en termes magnifiques. Au pied du mont Adule * entre mille rofeaux , Le Rhin tranquille , & fier du progrezdefeseaux> Appuie' d'une main fur fon urne penchante , Dormoit au bruit flateur de fon onde naiffuite. Lors qu'un cri tout à coup fuivi de mille cris , Vient d'un calme (i doux retirer, fes efprits. Il fe trouble , il regardé , & par tout fur (es rives II voit fuir agrandis pas fes Naïades craincives 5 Qui toutes accourrant vers leur humide Roi > Par un récit affreux redoublent fon effroi. IJ apprend qu'un Héros conduit par la vieftoire ^ A de fes bords fameux fleftr] l'antique gloire. Que Rymberg & Vezel terraflèz en deux jours D'un joug déjà prochain menacent tout fon cours. Nous l'avons . veu , dit h une > affronter la tempefta* De cent foudres d'airain tournez contre fa tefte. Il marche vers Tolhus : & tes flots en couroux Au prix de fa fureur font tranquilles & doux.. Il a de Jupiter la taille & le vilâge : Et depuis ce Romain , * dont hinfulent palliée Sur un poot en deux jours trompa tous tes eitors ,. Jamais rien de fi grand n'a.paru fur tes bords. Le Rhin tremble & frémit à ces triftes nouvelles -, Le feu fort à travers les humides prunelles. C'cft donc trop peu , dit-il , que l'Hcaut en deux mois ; Ait appris à couler fous de nouvelles Joix : Et de mille rempars mon onde environnée De ces Fleuves fan*nom fuivra la deftinée;. Ah l.periiTent mes eaux : ou pard'illuftrcs coups, Montrons quidoic céder des Mortels ou de.nous , D 7 Aces * Montagne foule Rhin prend fafottree. * Jules Ctfar. %6 e p t s t r e rr. A ces mots cfïuyant fa barbe limoncufc , Il prend d'un vieux Guerrier la figure poudreufe. Son front cicatrifé rend fon air furieu x , Et l'ardeur du combat cftinceleen fes yeux. En ce moment il part , & couvert d'une nue Du fameux Fort de Skenq prend la routeVonnwcV Là contemplant fon cours -> il void de toutes parts Ses pafles défenfeurs par h frayeur épars, 11 void cent bataillons , oui loin de fe défendre , Attendent fur des Murs l'ennemi pour fe rendre. Confus , il les aborde , & renforçant fa voix -, Grands arbitres > dit-il , des querelles des Rois > Eft-cc ainfi que voftre ame aux périls aguerrie Soutient fur ces remparts l'honneur de la patrie ? Voftre ennemi fuperbe en cet infiant fameux , Du Rhin prés de Tolhus fend les flots écumeux. Du moins en vous montrant fur la rive oppofée y N'ofèriez-vous faifir une vi&oircaifec F Allez , vils Combattans , inutiles Soldats , Laiflez-là ces moufquets trop pefans pour vosbras t Et la faux a la main , parmi vos marefeages > Allez couper vos joncs , & prefTer vos lai&ages. Ou , gardant les feuls bords qui vous peuvent couvrir. Avec moi , de ce pas , venez vaincre ou mourir. Ce difeours d'un Guerrier que la colère enôàme Refïufcite l'honneur déjà mort en leur ame : Et leurs cœurs s'allumant d'un refte de chaleur, La honte fait en eux l'effet de la valeur. Ils marchent droit au fleuve , où LOUIS en perfonne Déjà preft à palier , inftruit , difpofe , ordonne. I*ar fon ordre Grammont * le premier dans les flot» S'avance , fodtenu des regards du Héros. Son courtier écumant fous fon Maître intrépide 7 Nage tout orgueilleux de la main qui le guide. Revel le fiiit àc prés : fous ce chef redoute Marche des CuiralTiers Pcfcadron indomté. . Mais * Monficmr U C§mte de Çuicfa. E P T S T R E TV. 87 Mais déjà devant eux une chaleur guerrière Emporte loin du bord le bouillant l'Efdiguiere * > Vivonne , NantoiiiHet, & Coëflin , & Salart : Chacun d'eux au péril veut la première part. Vendofme que fbûtient l'orgueil de fa nai/Tance , Au même inftant dans l'onde impatient s'dance. La Salle , Beringhen , Nogent , Dambre , Ca vois , Fendent les flots tremblans fous un (i noble poids, LOUIS les animant du feu de fon courage , Se plaint de fa grandeur qui l'attache au rivage. Par fes foins cependant , trente légers vaifllaux D'un trenchant aviron déjà coupent les eaux. Cent Guerriers s'y jettant tenaient leur audace. Le Rhin leîvoit d'un œil qui porte la menace. Il s'avance en couroux.Le plomb vole à l'inftant > Et pleut de toutes parts fur Tefcadrons flottant. Du falpeftre en fureur l'air s'échauffe & s'allume \ Et des corps redoublez tout le rivage fume. Déjà du plomb mortel plus d'un Brave eft atteint. Sous les fougueux Courfiers l'onde c'eume & fe plaint* De tant de coup^ affreux la tempefte orageufe Tient un temps fur lies eaux la Fortune doureufe. Mais LOUIS d'un regard fçait bien-toit la fixer. Le Deftin aies yeux n'oferoit balancer. Bien-toftavecGrammont courent Mars & Bellonne. Le Rhin a leur afpeft d'épouvante friflbnne, Quand pour nouvelle alarme a fes efprits glacez > Un bruit s Vpand qu'Enguieu & Condé font paffez Condé dont le feul nom fait tomber tes murailles » Force les efeadrons & gagne les batailles : Enguien de fon hymen le feul & digne fruit » Par lui dés fon enfance à la vi&oircinftruir. L'Ennemi renverfé fuir & gagne la plaint. Le Dieu lui-même cède au toreent qui l'entraîne 3 Et feul , defelpere' , pleurant fes vains efforts Abandonne à LOUIS Ja vidtoire & fes bords* * Minftcur le Comte de S*mx* 3g E P I & T K E 1K Du Fleuve ainfi domté la déroute éclatante I AWurtsjufqu'en fon camp va porter l'épouvante: g] Wurts Tcfpojr du pais , & V appui de fes murs , S Wurcs. . . ah quel nom., Grand Roi! quel Hcttor M que ce Wurts: Sans ce terrible nom mal ne' pour les oreilles Que j'ai lois à tes yeux-eftaller de merveilles : n- Bien-toft on eut veu Skeno dans mes vers empoté H De (es fameux remparts dtmencir la fierté'. R Bien-toft. . . . mais Wurts s'oppofe à l'ardeur qui m*a~ nime. H Finitions , il eft temps : auflî-bien fi la rime Alloic mal-à-propos m 'engager dans Arnheim -, Je ne fçai pour fortir de porte qu'Hildesheim. O l que le Cielfoigneux de nôtre poëfie , m Grand Roi , ne nous fit-il plusvoifinsdeTAfie V Bien- toit victorieux de cent peuples altiers > Tu nous aurois fourni des rimes à milliers. Il n'eft plaine en ces lieux fi fèche & fi fterile , Qui ne foie en beaux mots par tout riche & fertile. Là plus d'un Bourg fameuxpar fon antique nom Vient offrir à Poreille uaagreable fon. H Qic ? plaifir Ide Te fuivre aux rives du Scamandre v D'y trouver dTion la poétique cendre : H Déjuger., fi les Grecs qui briferent fes tours , M Firent plus en dix ans que LOUIS en dix jours.- B Mais pourquoHàns raifon defefperer ma veine ? Eft-il dansl'Univers de plage fi lointaine >• Gù ravaleur, Grand Roi, ne te puiffe porter > m Et ne irfoffre bien-toft des exploits àchanter ? » Non , non ne faifons plus de plaintes inutiles : Puisqu'ainfi dans deux mois Tu prens quarante Villes 5 Afluré des beaux vers dont ton bras me répond , î Jet'atteadansdeuxansaubordsdel'HeHelpont. ' ï" « I # ■ 1 1 J o # * * » Z ** V^^f * m% * * * 1 * '^i* f U4 J L «m I Wr\ i » • li *5 EPISTRE V. A Mr. DE GUILLERAGUES. ESprit n é pour la cour , & maiftre en l'art de plaire * Gui lleragues , qui fçais & parler & te taire > Appren-moi , fi je dois ou me taire ou parler. Faut-il dans la Satire encor me fignaler , Et dans ce champ fécond en plaçantes malices y Paire encore aux Auteurs redouter mes caprices l Jadis > non fans tumulte , on m'y vit éclater : Quand mon efprit plus jeune & prompt i s'irriter, AÎpiroit moins au nom de difcret & de fage : Que mes cheveux plus noirs ombrageoient mon vifage* Maintenant que le temps a meuri mes defirs , Que mon âge amoureux de plus Gages plaifirs Bien-toft s'en va frapper à fon neuvième luftre , • J'aime mieux mon repos qu'un embarras illuftre. Que d'une égale ardeur mille Auteurs animés Aiguifènt contre moi leurs traits envenimez r Que tout jufqu'à Pinchefne & m'infulte & m'accable * A u jourd'hui vieux Lion je fuis doux & trakable : Je n'arme point contre eux mes ongles émoulTés. Ainfî que mes beaux jours , mes chagrins font palTés. Je ne fens plu s l'aigreur de ma bile première , £t lai/Te aux froids Rimeurs une libre carrière. Ainfi donc Philofophe à la raifon fournis , Mes defaux déformais , font mes fculs ennemis* C'eft Terreur que je fuis : c'eft la vertu que j'aime. Je fbngc à me connoiftre , & me cherche en moi-même. C'eft là l'unique eftude où je veux m'atracher. Que , Paftrolabe en main , un autre aille chercher Si le Soleil eft fixe , ou tourne fur fon axe : Si Saturne à nos yeux peut faire un Paralaxe : Que * %A ta quarante & unième anneri * 9 G E P I S T R E V. Que Rohaut vainement feche pour concevoir y Comment tout eftant plein , tout a pu fe mouvoir : Ou que Bernier compofe & le fèc & l'humide Des corps ronds & crochus errans parmi le vuide. Pour moi fur cette mer , qu'ici bas nous courons, Je longe à me pourvoir d'cfquif & d'avirons y A régler mes defirs , à prévenir l'orage , Et fauver , s'il fè peut , ma raifon du naufrage. C'eft au repos d'efprit que nous afpirons tous : Mais ce repos heureux fc doit chercher en nous. Un Fou rempli d'erreurs , que le trouble accompagne > Et malade à la ville , ainfi qu'à la campagne r En vain monte à cheval , pour tromper ion ennui > Le chagrin monte en croupe & galope avec lui, Que crois-tu qu'Alexandre , en ravageant la serre 9 Cherche parmi l'horreur , îe tumulte & la guerre l * Pollèdé d'un ennui , qu'il ne fçauroit domter , ; Il craint d'eftre à foi- même i & fonge à s'éviter. Ceft là ce qui l'emporte aux lieux où naift l'Auroïc r Où le Perfe eft brûlé de l'aftre qu'il adore. De nos propres malheurs Auteurs infortunés , Nous fommes loin de nous à toute heure entraîner» A quoi bon ravir Tor au fein du nouveau monde } Le bonheur tant cherché fur la terre & fur 1 onde Eft ici , comme aux lieux où meurit le coco , Et fe trouve à Paris , de même qu'à Cufco. * On ne le tire point des veines du Potofè. * Qui vit content de rien > podede toute chofe. Mais fans ceflTc ignorans de nos propres befoins Nous demandons au ciel ce qu'il nous faut le moins» O ! que fi cet hyver , un rhume faluraire Gucrifïant de tous maux mon avare Beaupere Pouvoit bien confelTé reftendreen un cercueil*. Et remplir fa maifon d'un agréable deuil : Que mon ame en ce jour de joye & d'opulence > D'un fuperbe convoi plaindroitpeuladépenfe 1 * Ckpit. du Tero», * M o nt Agnes ou font kt mines d'Argent. E P T S T R E V. 5 )îfbit, le mois pafle, doux, honnefte & fournis 'Héritier affamé de ce riche Commis, £ui, pour lui préparer cette douce journée, tourmenta quarante ans fa vie infortunée, a mort vient de iaifîr le vieillard Catherreux. r oiIà fbn Gendre riche. En eft-il plus heureux \ 'out fier du faux éclat de fa vaine richefle, )éja tiouveau Seigneur il vante fà noblefle. £uoi que fils de Mufnier, encor blanc du moulia> i eft ptreft à fournir fes titres en vélin. m mille vains projets i toute heure il s'égare . ,e voilà fou, fuperbe, impertinent, bizarre* efveur, fombre, inquiet, à foi-mefme ennuieux. ! vivroit plus content, fi, comme (es Àyeiix, )ans un habit conforme i (a vraye origine» ur le mulet encore il chargeoit la farine. Mais ce difeours n'eft pas pour le peuple ignorant. Que le fàfte éblouît d'un bonheur apparent, /argent, l'argent, dit-on; Sans lui tout eft fteriîe. ,a vertu fans r argent n'eft qu'un meuble inutile, /argent en honnefte homme érige un feelerat. /argent fèul au Palais peut faire un Majpftrat. Qu'importe, qu'en tous Keux on me traite d'infâme* )it ce Fourbe fans foi, fans honneur & fans amc? Dans mon coffre tout plein de rares qualités, ''ai cenfmille vertus en louis bien comtés, ïft- il quelque talent que l'argent ne me donne ? 3'eft amfi qu'en fon coeur ce Financier raifonne. vlais pour moi, que l'éclat ne fçauroit décevoir, Qui mets au rang des biens, l'elprit Se le (çavoir, i'eftime autant Patru, mefmes dans l'indigence, [Qu'un Commis engrai/lé des malheurs de la France Non que je fois du gouft de ce Sage * infenfé, Qui d'un argent commode efclave embarrafTé, Jetta tout dans la mer, pour crier : Je fuis libre. De la droite raifon» je fens mieux l'équilibre : Mais je tiens qu'ici-bas, fans faire tant d'apprefb, La vertu fe contente, & vit à peu de frais, * Gates Vhilofofhe Cynique. Pot** 9* EVISTREV* Pourquoi donc s'égarer en des projets fi vagues ? Ce que j'avance ici > croi moi , cher Guilleragues , Ton Ami dés l'enfance ainfi la pratique. Mon Pere foixante ans au travail appliqué En mourant me tailla pour rouler & pour vivre , Un revenu léger > & fon exemple à fuivre. Mais bien- toit amoureux d'un plus noble métier , Fils , frère , oncle , coufin , beau-frere de Greffier r Pouvant charger mon bras d'une utile liaffe > J'allai loin du Palais errer fur le Parnaffc. La Famille en paflit & vit en fremiflant Dans la poudre du Greffe un Poète naiffant : On vid avec horreur une Mufè effrénée Dormir chez un Greffier la grade matinée. Deflorsàlaricheffeil falut renoncer. Nepouvant l'acquérir , j'appris àm'enpaffer: Et fur tout redoutant la bafle fervitude > La libre vérité fut mon unique eftudc. Dans ce métier funefte à qui veut s'enrichir , Quil'eultcreu ? que pour moi le fort dûft fe fléchir* Mais du plus grand des Rois la Bonté fans limite j Toujours preue à courir au devant du mérite , Creut voir dans ma franchife un mérite inconnu y Et d'abord de Ces dons enfla mon revenu. La Brigue ni l'Envie à mon bonheur contraires , Ni les cris douloureux de mes vains Adverfaires Ne purent > dans leur courte arrefter fes bienfaits. C'en eft trop : mon bonheur a paffé mes fouhaits * Qu'à fon gré déformais la Fortune me jouë > On me verra dormir au branle de (à rouë. Si quelque foin encore agite mon repos , C'eft l'ardeur deloiier un fi fameux Héros. Ce foin ambitieux me tirant par l'oreille , La nuit , lors que je dors , en furfaut me réveille y Me dit : que ces bienfaits , dont f'ofe me vanter r Par des vers immortels ont deu £è meriter- C'eft là le fèul chagrin qui trouble encor mon ame. Mais fi. y dans le beau feu du zelequi m'enflamme , E P I S T R E r. Par un ouvrage enfin des Critiques vainqueur , Je puis , fur ce fujec , (àtisfaire mon cœur j Guilleragues, plain toi de mon humeur légère: Si jamai s entraîne' d'une ardeur eflrangcre , Ou d'un vil intereft reconnoiflant la loi , Je cherche mon bonheur autre part que chez moi. M *" EPISTRE VI. A M. DE LAMOGNON, A V OC AT General. OUi, Lamognon , je fuis les Chagrins de la Ville, Et contre eux la campagne elt mon unique azile» Du Lieu qui m'y retient veux-tu voirie tableau ? C'eft un petit Village ,* ou plutofl: un Hameau Bafti fur le penchant d'un long rang de collines , D'où l'œil s'égare au loin dans les plaines voifincs» La Seine au pie des Monts que fon flot vient laver. Void du fein de Tes eaux vingt Iflcs s'élever Qui partageant fon cours en diverfès manières D'une rivière feule , y forment vingt rivières. Tous fes bords (ont couverts de foules non plantés > Et de noyers fou vent du Paflant infultc's. Le Village au defliis forme un amphithéâtre. L'Habitant ne connoift ni !a chaux , ni le plaltrc * Et dans le roc qui cède & fe coupe aifément , Chacun fçait de fa main creufèr fon logement. La maifon du Seigneur feule un peu plus ornée Se prefente au dehors de murs environnée* Le Soleil en naiffant la regarde d'abord : Et le mont la deffend des outrages du Nordé Ceft là , cher Lamognon , que mon efprit tranquille» Met à profit les jours que la Parque me file. Ici dans un vallon bornant tous mes defîrs , J'achète à peu de frais de folides plaifirs. Tantoft un livre en iftain errant dans lespréries J'occupe ma raifon/l'utiles refveries. Tantoft chcrçhW la fin d'un vers que je conftrui> Je pu ve au coin d'un bois le mot qui m'avoit fui. Quelquefois aux appas d'un hameçon perfide , J'amorce en badinant le poifTon trop avide j / ° û * Haut 7 proche Roche (j uien. ^ E P T S T R E VI. *5 Ou d'un plomb qui fuie l'œil , & part avec l'éclair Je vais faire la guerre aux habitansde l'air. Une cable au re:our propre & non magnifique. Nous prefente un repas agréable & ruftique. Là , fans s'afTujetir aux dogmes du B * * Tour ce qu'on boit eft bon, tout ce qu'on mange eft filin* La maifon le fournit , la fermière l'ordonne > Et mieux que Bergerat * l'appétit l'alTaifonnc. O fortuné fe'jour i ô champs aimes des Cieux I Que pour jamais foulant vos prés délicieux , Ne puis je ici fixer ma courfe vagabonde , Et connu de vous feuls oublier tout le monde 1 Mais apeine du fein de vos vallons chéris , Arraché maigre' moi , )z rentre dans Paris , Qu'en tous lieux les Chagrins m'attendent au palTage* Un Coufin abufant d'un fâcheux parentage. Veut qu'encor tout poudreux, & fans me débotter Chez vingt Juges pour lui j'aille folliciter. Il faut voir de ce pas les plus confiderables. L'un demeure au Marais , & l'autre aux Incurables. Je reçois vingt avis qui me glacent d'eifroi. Hier , dit--on , de vous on parla chez le Roi 9 Et d'attentat horrible on traita la Satire. Et le Roi , que dit- il ? Le Roi fe prit à rire. Contre vos derniers vers on eft fort en couroux } P * * * a mis au jour un livre contre vous , Et chez le Chapelier du coin de nôtre place A l'cntour d'un caftor j'en ay leu la préface. L'autre jour fur un mot la Cour vous condamna. Le bruit court qu'avant-hier on vous afTaflîna. Un eferit fcandaleux fous voftre nom fe donne, D'un pafquin qu'on a fait auLouvre on v©us foupçonne* Moi ? Vous. On nous Ta dit dans le Palais Royal. Douze ans (ont écoulés , depuis le jour fatal , Qu'un Libraire imprimant leseflaisde ma plume , Donna pour mon malheur un trop heureux volume. Toujours depuis ce temps en proie aux fots difeourg Contre eux la vérité m eft unfoible fecours. * F*mcHx truitcur. Vicat- L P I S T R E VI. 17 # Mais nous autres faifeurs de livres & (T écrits , Sur les bords du Pcrmeflc aux louanges nouris 9 Nous ne fçaurions brifer nos fers , & nos entraves » Du Ledteur dédaigneux honorables etclaves. Du rang où nôtre c'prit une fois s'eft fait voir. Sans un fâcheux éclat , nous ne fçaurions déchoir. Le Public enrichi du tribut de nos veilles " Croit qu'on doit ajouter merveilles fur merveilles. Aucomble parvenus il veut que nous croiffions : Il veut en vieillillant que nous rajeuni/lions. Cependant tout décroift , & moi-mefme à qui l'âge D'aucune ride encor n'a fleftri le vifage , Déjà moins plein de feu , pour animer ma voix ? j'ai befoin du filence & de l'ombre des bois. Ma Mule quifcplaiftdansleurs routes perdues. Ne fçauroit pJus marcher fur le pave' des ruê's. Ce n'efl que dans ces bois propres à m 'exciter, Qu'Apollon «quelquefois daigne encor m'écouter. Ne demande donc plus > par quelle humeur fauvage , Tout l'Efté loin de toi demeurant au village l'y pafle obftinément les ardeurs du Lion , Et montre pour Paris fi peu de paillon. C'eft à toi , Lamognon , que le rang , la naiflànce > Le mérite éclatant , & la haute éloquence Appel.entdans Paris aux lublimes emplois, Qu'il fïed bien d'y veiller pour le maintien des lois. Tu dois là tous tes foins au bien de ta patrie. Tu ne t'en peux bannir que l'Orphelin ne crie , Que rOpprefTeur ne montre un front audacieux , Et Thémis pour voir clair a befoin de tes yeux. Mais pour moi de Paris citoyen inhabile , Qui ne lui puis fournir qu'unrcfveur inutile , 11 me faut du repos , des prés , & des forefts. LaifTe-moi donc ici > fous leurs ombrages frais , Attendre que Septembre ait ramené l'Automne , Et que Cerés contente ait fait place à Pomone. Quand Bacchus comblera de /es nouveaux bienfaits Le Vendangeur ravi de ployer fous le faû , E Auffi- $8 e p i s r r e rr. Auffi-tofl: ton Ami redoutant moins la ville. Tira joindre à Paris , pour s'enfuir à Baville. Là , dans le fcul loifir que Thémis t'a laiflc > Tu me verras fouvent à te fuivre emprelFe , Pour monter à cheval rappelant mon audace > Apprenti Cavalier galoper fur ta trace. Tantoft fur l'herbe aflïs au pie de ces coteaux > Où Polycrcne * epand fes libérales eaux , Xamognon , nous irons libres d'inquiétude Difcourir des vertus dont tu fais ton eftude : Chercher quels font les biens véritables & faux : Si l'honnefte homme en foi doit fouffrir des defaux : Quel chemin le plus droit à la gloire nous guide ? Ou la vafte fcience , ou la vertu folide. C'eft ainfï gue chés Toi tu fçauras m'attacher. Heureux ! u les Fâcheux pronts à nous y chercher N'y viennent point femer l'ennuieufc trifteflè. Car dans ce grand concours d'hommes de toute efpece > Que fans celle à Baville attire le devoir ; Au lieu de quatre Amis qu'on attendoit le fbîr , Quelquefois de Fâcheux arrivent trois volées Qui du parc à l'inftant affiegent les allées* Alors fauve qui peut , & quatre fois heureux / Qui fçait pour s'échapper quelque autre ignoré d'eux. * Fontaine k me demi-lieu de Boitille ainji nommée par feu Mon- fiigneurHft premier Prejident de Lamognon, EPIS- 99 EPIS TRE VIL A MONSIEUR RACINE, QUe tu fçais bien , Racine , à l'aide d'un A&cur Emouvoir , cftonner , ravir un Spe&atcur 1 Jamais Iphigenie en Aulide immolée N'a coulté tant de pleurs à la Grèce aflcmblée , Que dans l'heureux fpe&acle à nos yeux étalé N'en a fait fous fon nom verfer la Chanmeflé. Ne croi pas toutefois , par tes fçavans ouvrages t Entraînant tous les cœurs gagner tous les futftages* Si toft que d'Apollon un génie infpirc Trouve loin du vulgaire un chemin ignoré , En cent lieùrromre lui les cabales s'amaflènt , Ses Rivaux obfcurcis autour de luy croaflent > Et fon trop de lumière importunant les yeux De fes propres Amis lui fait des Envieux, La mort feule ici-bas , en terminant fa vie » Peut calmer fur fon noml'injufticc& l'envie, Faire au poids du droit fens pefer tous fes écrits > Et donner à fes vers leur légitime prix. Avant qu'un peu de terre obtenu par prière Pour jamais fous la tombe euft enfermé Molière , Mille de ces beaux traits aujourd'hui fi vantés Furent des fots Efprits à nos yeux rebuttés. L'Ignorance & l'Erreur à fes nailTantes pièces En habit de Marquis , en robbes de ComtelTes Venoient pour diffamer fon chef-d'œuvre nouveau, Et fecoiioient la tefte à l'endroit le plus beau. Le Commandeur vouloit la (cene plus exade. Le Vicomte indigné fortoit au fécond ad'te. L'un defïènfeur zélé des Bigots mis en jeu , Pour prix de fes bons mots , le condamnoitau feu. L'autre , fougueux Marquis lui déclarant la guerre Vouloit Yangei: Ja Cour immolée au par te E i " Mais ÏO o E ? I S T R E VI IL Mais fi-toft que d'un trait de les fatales mains La Parque l'euft rayif du nombre des Humains >. On reconnut leTrix de fa Mule éclîpfôé. L'aimable Comédie avec lui tcrralïee -, En vain d'un coup fi rude efpera revenir , Et fur fes brodequins ne put plus fe tenir. Tel fut chez nous le fort du Théâtre Comique. Toi , donc , qui t'eflevant fur la Scène Tragique Suis les pas de Sophocle , & feul de tant d'Efprits De Corneille veilli (çais confoler Paris , CelTe de t'eltonner , fi l'Envie animée Attachant à ton nom fa roiiille envenimée., La calomnie en main , quelquefois te pourfuit. En cela comme en tout le Ciel qui nous conduit , Racine , fait briller fa profonde lamelle, Le Mérite en repos s'endort dans la pareife : Mais par les Envieux un génie excité Au comble de Ion ai t eft mille fois monte. Plus on veut l'affaiblir > plus il croift & s'élance. Au Cid perfecuté , Cinna doit fa naiffanec , Et peut-eftre ta plume aux Cenfeurs dcPyrrhus Doit les plus nobles traits dont tu peignis Burrhus. Moi-mefme , dont la gloire ici moins refpanduë Des pafles Envieux ne bklTe point la veue , Mais qu'une humeur trop libre., un efprit peu fournis. De bonne heure a pourveu d'utiles Ennemis : Te dois plus à leur haine , il faut ciue je l'avoue , Qu'au foible $c vain talent dont la France me loue, Leur venin qui fur moi brufle de s'épancher , Tous les jours en marchant m'empefche de broncher : Te fonge à chaque trait que ma plume hazarde , Que Un ras de vains Auteurs follement te ravalé 5 Profite de leur haine , & de leur mauvais fens : Ri du bruit partager de leurs cris impui flans. Que peut contre tes vers une Ignorance vaine ? Le Parnafle François annobli par ta veine Contre tous ces complots fçaura temaintenir > Et fbulever pour toi 1 équitable Avenir. Et qui voyant un jour la douleur vertueufe De Phèdre malgré foi perfide , inceftueufe > D'un fi noble travail jultemcnt étonne' > Ne bénira d'abord le fiecle fortune' Qui rendu plus fameux par tes illuflres veillés Vid naiftre fous ta main ces pompeufes merveilles ? Cependant laifle ici gronder quelques Cenfeurs > Qu'aîgriflènt de tes vers les charmantes douceurs. Et qu'importe à nos vers que Perrin les admire ? Que l'Auteur du Jonas s'cmpreflè pour les lire ? Pourveu qu'ils fçachent plaire au plus puiflant des Rois : Qu'à Chantilli Cor.dé les fouffre quelquefois ; Qu'Enguien en foit touché, queColbert, &Vivone, QuelaRochcfoucaut, Marfillac , & Pomponc , Et mille autres qu'ici je ne puis faire entrer 5 A leurs traits délicats le taillent pénétrer. Et pleuft au Ciel encor , pour couronner l'ouvrage , Que Montauzier voulufl: leur donner fon fufrragê. C'eft à de tels Le&eurs que j'offre mes écrits. Mais pour un tasgroflier de frivoles Efpiits Admirateurs zélés de toute œuvre infîpide , Que non loin de la place , où Brioché prefîde , Sans chercher dans les vers ni cadence ni fon , Il s'en aille admirer le fçavoir de P * * * &y EPIS- EPISTRE VIII. A U R. O I. GRand Roi, ceflède vaincre , ou je ccfle décrire. Tu fçais bien , que mon itilc eifc né pour la Satire ; Mais mon efpric contraint de la defàvoiïer Sous ton règne étonnant ne veut plus que louer. Tantoft , dans les ardeurs de ce zele incommode >. Je fonge à mefurer les fyllabes d'une ode. Tantoft > d'une Enéide auteur ambitieux , Je m'en forme déjà le plan audacieux.. Ainfi toujours flatté d'une douce manie , Je fens de jour en jour dépérir mon génie , Et mes vers > en ce ftile , ennuieux , fans appas, Deshonnorent ma plume , & ne t'iionnorent pas». Encor , fi ta valeur à tout vaincre obftinée Nous lailloit pour le moins refpirer une année. Peut eftre mon efprit promt à reffufeiter. Du temps qu'il a perdu fçauroit fe raquiter. Le Parnafle François non exemt de tous crimes Offre encore à mes vers des fujets& des rimes. Mais apeine Dinan & Limbourg font forcés , Qu'il faut chanter Bouchain & Condé terrafTés. Ton courage affamé de péril & de gloire Court d'exploits en exploits , de vi&oire en vidtoire. Souvent ce qu'un feul jour te void exécuter , Nous lailTe pour un an d'adlions à conter. Que Ci quelquefois las de forcer des murailles , Le foin de tes Sujets te rappelle à Verfailles , Tu viens m'embarrafTer de mille autres vertus. Te voyant de plus prés je T'admire encor plus. Dans les nobles douceurs d'un féjour plein de charmes Tu n'és pas moins héros qu'au milieu des allarmes. De ton rhrofne agrandi portant feul tout le faix ,. Tu cultives les arts , Tu répans les bienfaits , Ta e p i s r r e rni. ioj Tu fçais recompenfer jufqu'aux Mufcs critiques. Ah ! croi moi , c'en eft trop. Nous autres Satiriques Propres à relever les fottifes du temps , Nous fommes un peu nés , pour eftre mécontens. Nôtre Mufè fouvent parefleufe & fterile A befoin pour marcher de colère & de bile. Nôtre ftiie languit dans un remercîment : Mais, Grand Roi, nous fçavons nous plaindre élé- gamment. O ! que fi je vi vois fous les règnes finiftres De ces Rois nés valets de leurs propres Mintftrcs , Et quij amais en main ne prenant le timon , Aux exploits de leurs temps ne preftoient que leur nom 1 Que , lans les fatiguer d'une louange vaine , Aifément les bons mots couleroient de ma veine 1 Mais toujours fous ton règne il faut le récrier. Toujours , les yeux au Ciel , il faut remercier. Sans cefle à T'admirer ma Critique forcée, N'a plus en écrivant de maligne penfée , Et mes chagrins fans fiel & prefque évanouis » Font grâce à tout le fiecle en faveur de LOUIS. En tous lieux cependant la Pharfalc * approuvée Sans crainte de mes vers va la tefte levée. La Licence par tout règne dans les écrits. Déjà le mauvais Sens reprenant les cfprits Songe à nous redonner des poèmes Epiques > S'empare des difeours mefmes Académiques. Perrin a de fes vers obtenu le pardon : Et la Scène Françoife elt en proye à P *** Et moi , fur ce fujet , loin d'exercer ma plume , J'.amaiTe de tes faits le pénible volume , Et ma Mufe occupée à cet unique emploi Ne regarde , n'entend , ne connoift plus que Toi. Tu le fçais bien pourtant , cette ardeur eir.prelTée *N'cft point en moi l'effet d'une ame interelïée, F 4 Avant * La Fharfale de ^rc boeuf. 104 E P I S T R E VIII. Avant que tes bienfaits couruflent me chercher > Mou zele impatient ne fe pouvoit cacher. Je n'admirois que Toi. Le plaifîr de le dire Vint méprendre à louer au fein de k Satire. Et depuis que tes dons font venus m'accabler > Loin de fentir mes vers avec eux redoubler > Quelquefois , le dirai- je , un remords légitime. Au fort de mon ardeur, vient refroidir ma rime. II me femble , Grand Ror,dans mes nouveaux écrits > Que mon encens payé n'eft plus du mefme prix. J'ai peur que l'Univers , qui fçait ma recompeiife > N'impute mes tranfports à ma reconnoifiance , Et que par tes prelens mon vers décredité . N'ait moins de poids pour Toi dans la pofteriré. Toutefois , je fçai vaincre un remords qui Te bleffe. Si tout ce qui reçoit des fruits de ta large/le , A peindre tes exploits ne doit point s'engager > Qui d'un fi jufte Coin Ce poura donc charger ? Ah ! pluroft de nos fons redoublons l'harmonie. Le zele à mon efpri t tiendra lieu de génie. Horace tant de fois dans mes vers imité , De vapeurs en fon temps , comme moi > tourmenté > Pour amortir le feu de la ratte indocile , Dans l'encre quelquefois fçût égayer fa bile. Mais de la mcfme main qui peignit Tullius >* Qui d'affronts immortels couvrit Tigellius , * Il Tccut fléchir Glycerc , il feeut vanter Augufte > Et marquer fur la lyre une cadence juflc. Suivons les pas fameux d'un fi noble Ecrivain. A ces mots quelquefois prenant la lyre en main , Au récit que pour Toi je fuis preft d'entreprendre > Je croi voir les rochers accourir pour m'entendre , Et déjà mon vers coule â flots précipités : Quand j'entens le Ledteur qui me crie , Arreftés. Horace eut cent talens i mais la Nature avare Ne vous a rien donné qu'un peu d'humeur bizare. Vous * Sénateur Romain. * Fameux Mu feien , le ptus cjfimé 'de fon temps , &fort chéri d \Augufte* E P T S T R E VI IL 10 Vous paflcs en audace & Pcrfe 5c Ju vénal : Mais fur le ton flateur Pinchefne eft vôtre égal. Acedifcours-, Grand Roi , cjuepourrois-jerc'pondre Je me fens fur ce point trop facile à confondre > Et fans trop relever des reproches fi vrais , Je m\arrcfte à Tiuftant > j'admire , & je me tais. EPI- 3*0 # EPISTRE IX. A MONSEIGNEUR LE M. DE S E I G N EL A Y Se cretaire d'E s t a t. DAngereux Ennemi de tout mauvais Flatcur , Seignelay , c'èft en vain qu'un ridicule Auteur: Prcfl à porter ton nom , de tEbre jufquau Gange Croit te prendre aux filets d'une fotee louange. Aufïi-toft ton cfprit promt à fe révolter S'échappe , & rompt lé piège où Ton veut l'arrcftcr, Il n'en cft pas ainfi de ces Eiprits frivoles , Que tout Flatteur endort au Ton de fès paroles , Qui dans un vain Sonnet placés au'rangdcs Dieux Se plaifcnt à fouler l'Olympe radieux , Et fiers du haut eftage , ou la Serre les loge Avalent fans dégouft le plus groflïcr éloge. Tu ne te repais point d'encens à fi basprir. Non , que tu fois pourtant de ces rudes Eiprits Qui regimbent toujours , quelque main qui les flatte. Tu fouffres la louange adroite & délicate , Dont là trop forte odeur n'ébranle point les feus. Mais un Auteur novice à répandre l'encens Souvent à fon Héros , dans un bizare ouvrage 3 , Donne de Tencenfoir au travers du vifage : Va louer Monterey d'Oudenarde forcé , Ou vante aux Eleâeurs Turenerepoufle. Tout éloge impofteur bkiïc une ame fincerc. Si pour faire fa cour à ton illuftre Pcre , Seignelay , quelque Auteur d'un faux zele emporte Aulieu dépeindre en lui la noble a&ivité , La/blide vertu , la vafte intelligence , tczele.pour Ion Roi 9 l'ardeur , la vigilance , E P I S T R E IX. lOJ La confiante équité , Pamour pour les beaux arts > Lui donnoit les vertus d'Alexandre & de Mars , Et , pouvant juftement l'égaler à Mécène , Le comparait au fils de Pelée ou d' Alcmcne : Ses yeux d'un tel difcours foiblement éblouïs Bien-toft dans ce tableau reconnoiftroient LOUIS , Et , glaçant d'un regard la Mufe & le Poëte , Impoferoient fïlcnce à fà verve indifcrete. Un cœur noble eft content de ce qu'il ttouve en lui > Et ne s'aplaudit point des qualités d'autrui . Que me fert en effet qu'an admirateur fade Vante mon embonpoint , fi je me fens malade , Si dans cet inftant me(me un feu fedttieux Fait bouillonner mon fang , & pétiller mes veux. Rien n'eft beau que le Vrai. Le Vrai fcul cft aimable. Il doit régner par tout , & mefmes dans la fable , De toute fiction l'adroite faufleté Ne tend qu'à faire aux yeux briller la Vérité. # Sçais-tu , pourquoi mes vers font lus da**s les Provinces y> Sont recherchés du Peuple , & receus chés les Princes ? Ce n'eft pas que leurs fons agréables > nombreux , Soient toujours à l'oreille également heureux , Qu'en plus d'unlieu le fens n'y gefne la mefure , Et qu'un mot quelquefois n'y brave la céfure : Mais c'eft qu'en eux le Vrai du Menfonge vainqueur Par tout fe montre aux yeux >&va faifïr le cœur : Que le Bien & le Mal y font prifés au jufte. Que jamais un Faquin n'y tint un rangau<*ufte , Et que mon cœur toujours conduifant mo'n cfprit Ne dit rien aux Lecteurs , qu'à foi-mefmc il n'ait dit. Ma penfc'e au grand jour par tout s'offre Se s'e rpofe > # Et mon vers / bien ou mal, dit toujours quelque chofè • G'efl: par là quelquefois que ma rime furprend. G cft là ce que n'ont point Jonas , ni Childcbrand., Ni tous ces vains amas de frivoles (ornetêes. Montre , Miroir d'amours, amitiés , amourettes Dont le titre (buvent eft l'unique foutién , Er qui parlam beaucoup ne difent jamais 1 ien> E 6 MâU^ lo& E. P I S T R E î X. Mais pcut-eftre cnyvrd des vapeurs de ma Mule Moi-mefinc en ma faveur, Seiguelay, je m'abulè. Cédons de nous flatter. Il n'eft Efprit fi droit Qui ne Toit impofteur, & faux par quelque endroits Sans ceiïe on prend le mafque, & quittant la Nature, On craint de ic montrer fous la propre figure. Par là le plus fincere afies fouvent déplaît- Raremeut un Efprit ofe eftre ce qu'il eft. Vois- tu cet Importun que tout le monde évite» Cet Homme à toujours fuir qui jamais ne vous quitte ? Il n'eft pas fans efprit : mais ne' trifte, & pefànt, 11 veut eftre folâtre, évaporé, plaifant. Il s'cftfaitdclajoie uneloineceflaire, Et ne déplaift enfin, que pour vouloir trop plaire. La fîmplicité plaift fans eîtude & (ans art. Tout charme en un Enfant, dont la langue fans fard, A peine du filet encor débaradée ^aitd'un air innocent bégayer lapenffe^ ïe faux eft toujours fade, ennuieux, languidant Mais la Nature eft vraye, & d'abord on la fent. C'eft elle feule en tout qu'on admire, & qu'on aime.- Un efprit né chagrin plaift par fon chagrin mcfme. . Chacun pris par fon air eft agréable en foi. Ce n'eft que l'air d'autrui qui peut déplaire en moi- Ce Marquis eftoit né doux, commode, agréable. On vantoit en tous lieux fon ignorance aimable : Mais depuis quelques mois devenu grand Docteur, Il a pris un faux air, une fotte hauteur. Il ne veut plus parler que de rime & de proie. Des Auteurs décriés il prend en main la caufe. •Il rit du mauvais gouft 4e tant d'hommes divers, Et va voir l'Opéra, feulement pour les vers; Youlant fe redreficr fof-mefme on s'eftropic, Et d'un original on fait une copie. L'ignorance vaut mieux qu'un fçavoir afFefté. Rien n'eft beau, "je reviens, que par la vérité. C'eft par elle qu'on plaît, & qu'on peut long tems plaire. L'cfprit laiïe aifément, fi le cœur n'eft fincere. . En E P I S T R E 1 U> 9 En vain, par fa grimace, un BoufFon odieux: A rable nous fait rire, & divertit nos yeux. Ses bons mots ont befoin de farine & de plâtre. Prenés- le telfe à telle, oftes-lui fon théarre, Ge n'eft plus qu'un cœur bas, un Coquin ténébreux,. Son vifageefTuién'a plus rien que d'afircux. J'aime un efprit aifé qui le montre, qui s'ouvre, Et qui plaift d'autant plus, que plus il fe découvre. Maislaieule Vertu peut fouffrir laxJarté.. Le Vice toujours fombre aime l'obfcurité. Pour paroifîre au grand jour, il faut qu'il fe déguife. . C'efl lut qui de nos mœurs a banni la franchie. Jadis l'homme vivoit au travail occupe', Et ne trompant jamais, n'eftoic jamais trompé. . On ne connoifFoit point laxufe & Pimpofture. Le Normand mefme alors ignoroit lé parjure. . Aucun Rhéteur encore arrangeant le difeours N'avoit d'un art menteur enfeigné les détours*. Mais fîtoft qu'aux Humains féales à feduire L'abondance eut donné le Ioifîr de fc nuire. La mollelTe amena la feuffe Vanité. Chacun chercha pour plaire un vifagç emprunté. Pour éblouir les yeux la Forrune arrogante » AfFedla d'étaler une pompe infolente. L'or éc/ata par tout furies riches habits. On polit l 'Emeraude, on tailla le rubis, Et la laine & la foye en cent façons nouvejf s . Apprirent à quitter leurs couleur^natureles. La trop courte Beauté monta fur des patins.- La Coquette tendit fes laqs tous les matins> Et mettant la cerufe, & le plâtre en ufage Compofa de fa main les fleurs de fon vifage. L'ardeur de s'enrichir cha/Ta la bonne foi. Le Courtizan n'eut plus de fentimens à foi. Tout ne fut plus que fard, qu'erreur, que tromperie* On vid par tout régner ia bafïè flatterie. Le ParnafTe fur tout fécond en Impofteurs Diffama le Papier par fes propos menteuçs» , E 7 Dd ïio E P r S T R E 1 X. De là vint cet amas d'ouvrages mercenai rcs Stances, Odes, Sonnets, Epiftres liminaires, Gii toujours le Héros pafle pour fans pareil, Et fuft-il louche & borgne eft réputé Soleil. Ne crois f>as toutefois fur ce difcours bizarre, Que d'un frivole encens malignement avare J'en veuille fans raifbn fruftrei; tout l'Univers. La louange agréable eft l'amedes beaux vers, Mais je tiens comme toi qu'il faut qu'elle foit vraye. Et que fon tour adroit n'ait rien qui nous effraye. Alors, comme j'ai dit, tu la fçais écouter, Et fans crainte à tes yeux, on pourroit t'exaltcr. Mais fans t'aller chercher des vertus dans les nues,' Il faudroit peindre en toi des vérités connues : Décrire ton efprit ami de la raifon, Ton ardeur pour ton Roi puifée en ta maifon, A fervir fes dcfTeins ta vigilance heureufe, Ta probité fincere, utile, officieufe. Tel, qui hait à fe voir peint en de faux portraits, Sans chagrin void tracer fes véritables traits. Condé mefmes Condé, ce Héros formidable, Et non moins qu'aux Flàmans aux Flatteurs redoutable Ne s'offenferoit pas fi quelque adroit pinceau Traçoit de (es exploits lé fidcle tableau : Et dans SenefFe en feu contemplant fa peinture Ne defavoûroit pas Malherbe ni Voiture. Mais malheur Ai Poète infipide, odieux Qui viendroit le glacer d'un éloge ennuicux. II auroit beau crier , premier Prince du monde Courage fans pareil^ lumière fans féconde. Ses vers jettés d'abord fans tourner lé feuillet, Iroient dans l'antichambre amufer Pacolet. * Commencement du Poème de Charlemdgne 9 Fameux valet de pie" de Monfeigneur le Prince, Fin des Ef iflres. III LETTRE A MONSEIGNEUR LE DUC DE VIVO NE SUR SON ENTRE' E DANS LE F ARE DE MESSINE. ONSEIGNEVR, Sçavés vous bien qu'un des plus feurs moiens pour? empêcher un homme d'-eflre pLupint , c'efi de lui dire \ Je veux que vous le fbjez*? ^Depuis que vous m'avés deffendu leferieux^jene me fuis jamais fin- ît Jt grave y &jc ne parle plus que par fentences. Eî d'ailleurs vojfre dernière aftion a quelque chofe de Ji grande qu'en vérité je ferois confcience de vous en écrire autrement qu en ftile heroique. Cependant je ne fçaurois me refoudre a ne vous pas obéir eh îout ce que vous m'ordonnes* Ainfi dans l'humeur où je me trouvère tremble également de vous fati- guer p.ir un ferieux fade 9 ou de vous ennuter par une méchante flaifanterie. Enfin mon Apollon ma fecouru ce maîin y 6? dam le temps que f y penfoisle moins y ma fait trouver fur mon chevet deux Let- tres^ i m LETTRE. très, qui au défaut de la mienne pourront peut-être vous amufer agréablement. Elles font datte es des champs Elyfées. L'une efl de Balzac, & tautrede Voiture , qui tous deux charmés du récit de vofire dernier combat , vom écrivant dé l'autre Monde, four vous en felt citer. V rici celle de r Balz.ac. Vous la reconnoifirés ai- fément à fonftile qm nefçaurok dire fimplement les* chofesy pi defçendre de fa hauteur. M ONSEIGNEUR, Aux champs Elyfées 2. Iiiin. Le bruit de vos actions refïufcite les Morts. II' reveille des gens endormis depuis trente années,& condamnés à un (bmmeil éternel II fait parler le Silence mefine. La belle ! 1 éclatante ! la glorieufè* conquefte que vous avés faite fur les Ennemis de la 1 France ! Vous avés redonné le pain aune Ville qui a accoutumé de le fournira toutes les auetes. Vous avés nourila mere nourice de l'Italie. Les tonneres- de cette flotte qui vous fermoir les avenues de fon port , n'ont fait que faliier voftre entrée.Sa refîftan- ce ne vous a pas arrêté plus long temps qu'une ré- ception un peu trop civile. Bien loin d'empêçher la rapidité de voftre courte , elle n'a pas feulement » interrompu- l'ordre de voftre marche* Vousavés contraint à (a veu'é le Sud & leNord de vous obeïr. Sans châtier la mer comme Xerxés vous lavés ren- due difciplinable. Vous avés plus fait encore, vous » avés LETTRE. ii5 avcs rendu l'Efpagnol humble. Apres cela que ne {)eut-on point dire de vous } Non, la Nature, je dis a Nature encore jeune & du temps quelle pro- duisit les Alexandres & lesCefirs,n'a rien produit de fi grand que (bus leregnede LOUIS quator- zième. Elle a donné, aux François fur foi* déclin ceque Rome n'a pas obtenu d'elle dans fi plus grande maturité. Elle a fait voir au monde dans vô-. tre fiecie en corps & en ame, cette valeur parfaite, dont on avoit a peine entreveu l'idée dans les Ro- mans & dans les Poèmes Héroïques, N'en dé- plaife à un de vos Poètes , il n'a pas raifbn d'é- crire qu'au de-là du Cocyte le mérite n'efl: plus connu. Le voftre , MONSEIGNEUR, efl vanté ici d'une commune voix des deux codés duStyx. Il fait fins celle reflbuvenir de vous dans leféjourmefmesderoubli. Il trouve des parafons zélés dans le païs de l'Indifférence. Il met l'Ache- ron dans lesintereftsdela Seine. Difons plus, il n'y a point d'ombre parmi nous fi prévenue des prin- cipes du Portique , fiendurcie dans l'Ecole de Ze- non, fi fortifiée contre la joie & contre la douleur, qui n entende vos louanges avec plaifir,qui ne bar- re des mains, qui ne crie, miracle ! au moment que l'on vous nomme, & qui ne foit prefte de dire avec voftre Malherbe que ce [oit ici un pur jeu d'efprit & une imitation du ftile de ces deux Ecrivains, t^opufeavés bien que Balzac & Voiture [ont deux hommes inimitables. Quand il fer oit vrai pourtant que jaurois eu recours a cette invention pour vous divertir , aurois-je fi grand tort ? &ne de vr oit- on pas m contraire meftimer d'avoir trouvé cette adrefi L'ART P O Ë T l'Q_U E. CHANT PREMIER. 'Ht en vain qu'au ParnalTe un téméraire Au teur ^ - Penfè de V A rt des vers atteindre la hauteur? S'il ne fent point du Ciel l'influence fccrctc, Si fon aftre en nai fiant ne l'a forme Poète. Dans fon génie eftroit il eft toujours captif. Pour lui Phebus eft fourd, & Pégase eft reuf, O vousdonc, qui brûlant d'une ardeur perilleufc Courez du bel efprit Ja cariere epineu fè, N'allez pas fur des vers fans fruit vous corrfumer, Ni prendre pour génie une amour de rimer. Craignez d'un vain plaifîr les trompeufesamorces> Et confultez long-temps voftre efprit & vos forces. La Natuie fertile en Efprits excellens, Sçait entre les Auteurs pattager les talens. L'un peut tracer en vers une amoureufe flamme. L'autre d'un trait plaifantaiguifcrl'Epigrammc. Malherbe d'un Héros peut vanter les exploits. Racan chanter Philis, les Bergers, 8c les bois. Mais fouvent un efprit qui fe flate, & ciui s'aime, Mcconnoift fon génie, & s'ignore fbi-meme. Ainfi *Tel autrefois, qu'on vid avec Farce Charbonnerdc fes vers fes murs d'un cabaret, S'en va mal- à-propos, d'une voix infblcntc, Chanter du peuple Hcbreu la fuite triomphaute, Et pourfui vant Moï/ê au travers des deferts, Court avec Pharaon fi noicr dans les mers. Quelque fujet qu'on traite ou pJaifanr, ou fublime, Que toujours le Bon fens s'accorde avec la Rime. F L'un * Saint aimant. Moîfe Sauve. m VART POETIQJJE, L'un l'autre vainement ils femblent fe haïr, La Rime eft un cfclave, & ne doit qu'obeïr. Lors qu'à la bien chercher d'abord on s'e'vertuë, L'efprit a la trouver aiftfment s'habitue, Au joug de la Raifon (ans peine elle fléchit, Et loin de la gefner la fert & l'enrichit. Mais lors qu'on la néglige, elle devient rebelle. Et pour la ratrapper, le lens court apre's elle. Aime's donc la Rai (on. Que toujours vos écrits Empruntent d'elle feule & leur luftre & leur prix. La plufpart emporte's d'une fougue infënfè'e Toujours loin du droit (èns vont chercher leur penfe'e. Ils croiroient s'abaiil'er dans leurs vers monftrucux* S'ils penfbient ce qu'un autre a pu pen(èr comme eux. Evitons cesexcez. Lai lions à l'Italie De tous ces faux brillans l'éclatante folie. Tout doit tendre au Bon fens : mais pour y parvenir Le chemin eft glillànt & pénible à tenir. Pour peu qu'on s'en e'earce, aurtïtoft on (enoye. La raifon pour marcher n'a (bu vent qu'une voye. Un Auteur quelquefois trop plein de fon objet Jamais fans l'épuifer n'abandonne un fujer. S'il rencontre un Palais, il m'en dépeint la face : Il me promène après de terrafleen terrafle:. Ici s'offre un perron, là règne un corridor, Là ce balcon s'enferme en un baluftre d'or : Il comte des plafonds les ronds & les ovales. * Ce ne font que Feftons> ce ne font qu Ajlragales. Je faute vingt feuillets pour en trouver la fin, Et je me fauve à peine au travers du jardin. Fuies de ces Auteurs l'abondaifce fterile, Et ne vous chargez point d'un détail inutile. Tout ce qu'on dit de trop eft fade & rebuttant, L'efprit ralTafie' le rejette à Pinftant. Qui ue fçait (e borner , ne feeut jamais écrire. Souvent la peur d'un mal nous conduit dans un pire. Un vers eftoit trop foible, & vous le rendez dur. J'évite d'eftre long, & je deviens obfcur. *VcrsdeScudcri. I/i CHANT PREMIER. L'un n'eft point trop farde, mais fa Mufè cft trop nue : L'autre a peur de ramper, il fe perd dans la nue. Voulez- vous du Public mériter les amours ? Sans cefle en écrivant variez vos difeours. Un ftile trop égal & toujours uniforme, En vain brille à nos yeux, il faut qu'il nous endorme. On lit peu ces Auteurs nés pour nous ennuier Qui toujours fur un ton fcmblent pfalmodier. Heureux î qui dans (es vers fçait d'une voix légère Pafler du grave au doux, du plaifànt au feverc. Son livre aimé du Ciel & chéri des Lecteurs, Eft fouvent chez Barbin entouré d'acheteurs. Quoi que vous écriviez, évitez la baffefle. Le ftile le moins noble a pourtant fa noblcflc. Au mépris du bon fens, le Burlcfque effronté Trompa les yeux d'abord, pleut par fa nouveauté. On ne vid plus en vers que pointes triviales. Le Parnallè parla le langage des Haies. La licence à rimer alors n'eut plus de frein. Apollon travefti devint un Tabarin. Cette contagion infefta les Provinces, Du Clerc & du Bourgeois pafTa jufques aux Princes. Le plus mauvais plaçant eut fes approbateurs, Et jufqu'àDaflbuci, tout trouva des Ledteurs. Mais de ce ftile enfin la Cour defabuféc, Dédaigna de ces vers l'extravagance aiféc, Diftingua le naïf, du plat & du Bouffon, Et laifFa la Province admirer le Typhon, Que ce ftile jamais ne fouille voftre ouvrage. Imitons de MarotTelcgautbadinage, Et lai fions le Burlcfque aux Plaifaiîs du Pont-neuf. Mais n'allez point auflî, furies pas deBrebeuf,* Mefme en une Pharfàle, entaflèr fur les rives, * De morts de mourans cent montagnes plaintives. Prenés mieux voftre ton : Soiés fïmpJe avec art, Sublime fans orgueil, agréable fans fard. N'offrés rien au Ledeur que ce qui peut lui plaire. Ayés pour la Cadence une oreille feverc. * VcrsdeBrcbeuf. F 2 Qjj C H4 VART POETIQJJE, Que toujours dans vos vers> le fcïis coupant les mots, Surpende l'hemifliche, en marque le repos. Gardez qu'une voyele à courir trop haftée, Ne foit d'une voyele en fon chemin heurtée. Il eft un heureux choix de mots harmonieux. Fuiez des mauvais fons le concours odieux. Levers le mieux rempli, la plus noble peu fec Ne peut plaire à Pefprit, quand l'oreille eft blelîife. Durant les premiers ans du Parnafle François, Le caprice tout feul faifbit toutes les lois. La rime, au bout des mots aflemblcz fans mefure, Tenok lieu d'ornemens, de nombre , & de céfurc. Villon fçfu le premier, dans ces ficelés grofliers Débrouiller Part confusde nos vieux Romanciers. Marot bientoft aprc's fit fleurir les Ballades , Tourna des Triolets, rima des Mafcarades> A des refrains réglez alTcrvit les Rondeaux, Et montra pour rimer des chemins tout nouveaux. Ronfard qui le fuivit, par une autre méthode Réglant tout, brouilla tout, fie un art à fa mode,- Et toutefois long-temps eut un heureux deftin : Mais fa Mule, en François parlant Grec & Latin, Viddansl a^efuivant, par un retour grotefque, Tomber de tes grands mots le falle Pedantefque. Ce Poète orgueilleux tre'buché de fi haut Rendit plus retenus Defportes & Bertaut. Enfin Malherbe vint, & le premier en France, Fit (èntir dans les vers une jufte cadence, D'un mot mis en fa place enfèigna le pouvoir, Et reduifir la Mufe aux règles au devoir. Par ce fage Efcrivain la langue repare'e N'oiFrit plus rien de rude à l'oreille épurée. Les Stances avec grâce apprirent à tomber, Et le vers fur le vers n'ofa plus enjamber. Tout reconnut fes lois, & ce guide fidèle Aux Auteurs de ce temps fert encor de modèle. Marchez donc fur fes pas, aimez pureté, Et de fon tour heureux imitez la clarté'. CHANT PREMIER. 115 Si le fens de vos vers tarde a fe faire entendre, 1 Mon efprit auflïtoft commence à fe deftendre, Ec de vos vains difeours pronu à fe détacher, Ne luit point un Auteur qu'il faut toujours chercher. Il eft certains Efprits, dont les fombres penfées Sont d'un nuage épais toujours embnrrallées. Le jour de la raifon ne le fçauroit percer. Avant donc que d'écrire, apprenez à penfèr, Selon que noflre idée cft plus, ou moins oblcure, I/e*prelIion la fuit ou moins nette, ou plus pure. Ce que l'on conçoit bien s'énonce clairement. Et les mots pour le dire arrivent aifément. Sur tout qu'en vos écrits la langue révérée Dans vos plus grands excez vous foit toujours facrée. En vaîn'vous me frappez d'un fon mélodieux; Si le terme eft: impropre, ou le tour vicieux, Mon efprit n'admet point un pompeux Barbarifme> Ni d'un vers empoulé l'orgueilleux Solccifme. Sans la langue en un mot, l'Auteur le plus divin Eft toujours, quoi qu'il falfe, un méchant Ecrivain. Travaillez à loifir, quelque ordre qui vous prefTc, Et ne vous jfiquez point d'une folle vitefïè. Un ftile f\ rapide, & qui court en rimant Marque moins trop d'eiprit, que peu de jugement. J'aime mieux un ruifléau qui iur la molle arenc Dans un pré plein de fleurs lentement fe promené, Qu'un torrent débordé qui d'un cours orageux Roule plein de gravier fur un terrain fangeux. Haftez-voys lentement, & fans perdre courage Vingt fois fur le meftier remettez voftrc ouvrage. Poliflez-le fans celle, & le rcpoliflez. Ajoutez quelquefois, & fouvent effacez. C'eft peu qu'en unOuvrage,où les fautes fourmillent, Des traits d'cfprit femez de temps en temps pétillent. 1 1 faut que chaque cholè y foit mife en ion lieu; Que le début, la fin, répondent au milieu : Que d' un art délicat les pièces aflbrties N'y forment qu'un feul tout de diverfes parties : F j Que u« VART POETIQJJE, Que jam^js du fujet le difcours s'écartant N'aille chercher trop loin quelque mot éclatant. Craignez-vous pour vos vers la cenfure publique ? Soyez-vous à vous-mefme un fevere Critique. L'ignorance toujours cil prefle à s'admirer. Faites- vous des Amis prompts à vous cenfurer. Qu'ils foient de vos écrits les Confidens finceres, Et de tous vos defaux les zélés adverfaires. Dépouillez devant eux l'Arrogance d'Auteur : Mais fçachez de l'Ami, difeerner le Flateur. Tel vous femblc aplaudir, qui vous raille & vous joyCv Aimez qu'on vous confeiIle,& non pas qti'on vous loue. Un Flareur aufîitoft cherche à fe récrier. Chaque vtrrs qu'il entend, le fait extaficr. Tout eft charmant, divin, aucun mot ne le blefTc. Il trépigne de joie, il pleure de tendrefle, 11 vous comble par tout d'éloges faftueux. La vérité n'a point cet air impétueux. Un fage Ami toujours rigoureux, inflexible» Sur vos fautes jamais ne vous laiffe paifible. 11 ne pardonne point les endroits négligez. Il renvoie en leur lieu ks vers mal arrangez*- H réprime des mots l'ambitieufe emphaze. Ici le fens le choque, & plus loin c'eft la phraze. Voftre conftruftion femblc un peu s'obfcurcir : Ce terme eft équivoque, il le faut éclaircir. Ceft ainfi que vous parle un Ami véritable. Mais fouvent fur les vers un Auteur intraitable A les protéger tous fè croit intereffé, Et d'abord prend en main le droit de l'oftenfé. De ces vers, direz- vous, i'expreffion eft baflè. Ah ! Monfieur, pour ce vers je vous demande grâce, Répondra-t-il d'abord. Ce mot me femble froid, Je le rctrancherois. C'cftle plus bel endroit. Ce tour ne me plaid pas. Tout le monde l'admire, Ainfi toujours confiant à ne fe point dédire,- Qu'un mot dans fon ouvrage ait paru vous blelTer, Ccft un. titre chez lui pourrie point l'effacer. Cçpcn- CHANT PREMIER. 117 Cependant, à Pentendre, ilcherit la critique. Vous avez fur (es vers un pouvoir Defpotique. . Mais tout ce beau difeours, dont il vient vous flater, N'eft rien qu'un piège adroit pour vous les reciter. Auflicoft il vous quitte, & content de fa Mufe S'en va chercher ailleurs quelque Fat qu'il abufè. Car Ibuvcnt il en trouve. Ainfi qu'en focs Auteurs Noftre liecle eft fertile en fots Admirateurs, Et fans ceux que fournit la Ville & la Province> - Il en eft chez le Duc, il en eft chez le Prince, L'ouvrage le plus plat a chez les Courtifàns De tout temps rencontré de zelez partifansj Et pour finir enfin par un trait de Satire, Un Sot trouve toujours un plus Sot qui l'admire. t CHANT CHANT II. TEIIe qu'une Bergère , au plus beau jour de Fefre, De fuperbes rubis ne charge point fa telle. Et fans'mélcr à l'or l'éclat des damans, Cueille en un champ voifïn Tes plus beaux ornemens. Telle, aimable en fon air, mais humble dans fon ftile, Doit éclater fkns pompe une élégante Idylle : Son tour (impie & riait n'a rien de faftucux, Et n'aime point l'orgueil d'un vers prelbmptucux. Il faut que (à douceur flate, chatouille, éveille, Et jamais de grands mots n'épouvante l'oreille. Mais Couvent dans ce ftile un Rimeur aux abois Jette là de dépit la flufte & le haubois, Et follement pompeux, dans (à verve indilcrete, Au milieu d'une églogue entonne la trompeté. De peur de l'écouter, Pan fuit dans les rofeaux, Et les Nymphes d'effroi fe cachent fous le* eaux. Au contraire, cet aufre abject en fon langage Tait parler fes Bergers, comme on parle au village. Ses vers plats & groilîcfs dépouillez d'agrément. Toujours baifènt la Terre, & rainpent triftement. On diroit que Ronlard fur fes pipeaux ru/tiques Vient encor fredonner fes Idylles Gothiques, Et changer, fans refpect de l'oreille & du fon, Lycidas en Pierot, & Phylis en Thoinon. Entre ces deux excez la route eft difficile. Suivez, pour la trouver, Theocritc& Virgile. Que leurs tendres écrits par les Grâces dictez Ne quittent point vos mains jour & nuit feuilletez. Seuls dans leurs doctes vers ils pourront vous apprend Par quel art fans baflèflè un Auteur peut defeendre, Chanter Flore, les champs, Pomonc, les vergers, Au combat de la Flufte animer deux Bergers, Des plailïrs de l'Amour vanter la douce Amorce, Changer NarciflTe en fleur, couvrir Daphnc d'ccorcc, CHANT SECOND. 119 Et par quel arc encor Peglogue quelquefois Rend dignesd'un Conful la campagne & les bois. Telle eft de ce Poème * & la force 6c la grâce. D'un ton un peu plus haut,mais pourtant fans audace, La plaintive Elégie en longs lubies de deuil Sçait les cheveux epars gémir fur un cercueil. Elle peint des Amans la joie, Quelque ois le, rejuje, afin qu'on le raviffe. F 5 Son * Virg.SgU.^ \ Horat* QdtizMb.2. i;o VART VOETIQJJEy Son ftile impétueux fouvent inarche au hazard, Chez elle un beau defordre eft un effet de l'art. Loin ces Rimeurs craintifs, dont l'cfpritphlcgma tique Garde dans Tes fureurs un ordre didactique :. Qui chantant d'un Héros les progrez éclatans, Maigres Hiftoriens, fuivront l'ordre des temps, lis n'ofènt un moment perdre un fujet de veuë. Pour prendre Dole, il faut que Plflc foit rendue, Et que learvers exact, ainn que Mezeray, Ait fait déjà tomber les reçiparts de Courtrai. Apollon de fon feu leur fut toujours avare. On dit à ce propos, qu'un jour ce Dieu bizarc Voulant pouffer à bout tous les Rimeurs François, Inventa du Sonnet les rigoureufes lois : Voulut, qu'en deux Quatrains de mefure pareille La Rime avec deux fons frappaft huit fois l'oreille* Et cju'enfuitc, fix vers artiftement rangez Fultcnt en deux Tercets par le fens partagez. Sur tout de ce Poème il bannit la licence ; Lui-même en mefiira le nombre & la cadence : Deffendit qu'un vers foible y pût jamais entf er, Ni qu'un mot déjà mis ofaft s'y remontrer. Du refte il l'enrichit d'une beauté fuprême. Un fonnet fans defaux vaut fcul un long Poème : Mais en vain mille Auteurs y penfent arriver, Et cet heureux Phénix eft encore à trouver. A peine dans Gombaut, Maynard, & Mallevillc En peut- on admirer deux ou trois entre mille. Le refte auffi peu lu que ceux de Pelletier, N'a fait de chez Sercy qu'un faut chez l'Epicier. Pour enfermer fon fens dans la borne prelcrite, La mefore eft toujours trop longue ou trop petite* L'EpigrammepIus libre, en fon tour plus borne'» N'eftfouvent qu'un bon mot de deux rimes orne. Jadis de nos Auteurs les Pointes ignorées Furent de l'Italie en nos vers attirées. Le Vulgaire ébloui de leur faux agrément, A ce nouvel appas courut-avidement. CHANT SZCOKTD* l]l La faveur du Public excitant leur audace, Leur nombre impétueux inonda le Parnallè. Le Madrigal d'abord en fut enveloppe'. Le Sonnet orgueilleux luy-mefme en fut frappé, La Tragédie en fie (es plus chères délices. L'Elégie en orna fès douloureux caprices. Un Héros fur la Scène eut loin de s'en parer, Et fans Pointe un Amant n'ofa plus foûpirer. On vid tous les Bergers , dans leurs plaintes nou* velles, Fidèles à laPointe encor plus qu'à leurs Belles. Chaque mot eut toujours deux vi(àges divers. La profe la receut aufli bien que les vers. L'Avocat au Palais en heriiîa fou ftile. Et le Docteur en chaire en (èma l'Evangile. La raifbn outragée enfin ouvrit les yeux, La chaflà pour jamais des di/cours fèrieux, Et dans tous ces écrits la déclarant infâme, Par grâce lui laifla l'entrée en l'Epigramme : Pourveu que fà fineflè éclatant à propos Roulaft fur la penfee, & non pas fut les mots. Ainfi de toutes parts les defoidres ceilcrent. Toutefois à la Cour les Turlupids réitèrent, Infïpidcs PlaHâns, Bouffons infortunez, r D'un jeu de motsgroflîers partifans furannez. Ce n'efl: pas quelquefois qu'une Mule un peu fine Sur un mot en partant ne joiie & ne badine, Et d'un feus deftourné n'abufeavec fuccc's : Mais fuiez fur ce point un ridicule excès, Et n'allez pas toujours d'une pointe frivole Aiguifèr parla queiie une Epigramme folle. Tout Poëme eft brillant de ta propre beauté : Le Rondeau né Gaulois! la naïveté. La Ballade afïèrvie à les vieilles maximes Souvent doit tout fbn luftre au caprice des rimes. Le Madrigal plus ïîmple , & plus noble en foo tour, Rcfpire la douceur, la tendrefle, & l'amour, F 6 L'ar- i ^2, VART VOET1QJJE* L'ardeur de fe montrer, & non pas de médire, a Arma la Vcriré du vers de la Satire. Lucile le premier ofa la faire voir : Aux vices des Romains prefenta le miroir : Vengea l'humble Vertu, de la Richeffe aUiere, Et Thonnefte Homme à pié, du Faquin en litière. Horace à cette aigreur méfia fon enjoûmenr. On ne fut plus ni fat ni fot impunément : Et, malheur à tout nom, qui propre àlaccnfure, Pût entrer dans un vers, fans rompre la mefure. Perfe en fes vers obfcurs, mais ferrez & pr;ffans, Affeâa d'enfermer moins de mots que de fens. Juvcnal eflevé dans les cris de l'Ecole Pouffa jufqu'à l'excès fa mordante hyperbole. Ses ouvrages tout pleins d'affreufes verirez Eftinccllent pourtant de fublimes beautez : * Soit que fur un écrit arrivé de Caprée 31 brife de Scjan la ftatuë adorée : t Soit qu'il faflè au Confeil courir les Sénateurs,. D'un Tyran foupçonneux, pales adulateurs : Ou que, pouff ant à bout la luxure Latine, ^ Aux Portefaix de Rome il vende Meflaline. Ses écrits plçins de feu par tout brillent aux yeux. De ces Maiftres fçavans difciple ingénieux Régnier lèul parmi nous formé fur leurs modèles, Dans fon vieux fhle encore a des grâces nouvelles. Heureux ! fi fes Difcours craints du charte Le&eur, Ne fe fentoiem des lieux où frequentoit l'Auteur, . Et fi du fon hardi.de fes rimes Cyniques, 11 n'alarmoit fouvent les oreilles Pudiques, , Le Latin dans les mots brave l'honnefteté : Mais le lutteur François veut eftre refpedé : Du moindre fèns impur la liberté l'outrage, Si la pudeur des mots n'en adoucit l'image, le veux dans la Satire un efprit de candeur, Et fuis un effronté qui prêche la pudeur. D'un *S*tire io. t ^ 4f ** *Sât-6. À C H A NT SECOND. \ D'un trait de ce Poème en bons mots fi fertile » Le François né malin forma le Vaudeville > Agréable Indifcret , qui conduit par le chant > Pafle de bouche en bouche , & s'accroift en marchant. La liberté' Françoife en fes vers fe déploie. Cet Enfant de plaifir veut naiftre dans la joie. Toutefois n allés pas , goguenard dangereux , Faire Dieu le fujet d'un badinage affreux. A la fin tous ces jeux > que Patrieïïme élevé , Conduifent tnftement le Plaifant à la Grève. U faut mefme en chanfons du bon-fens & de l'art : Mais pourtant on a veu le vin & le hazard Infpirer quelquefois une Mufegroflïere , Et fournir fans génie un couplet à Lo* * * Mais pour un vain bonheur qui vous a fait rimer , Gardés qu'un fot orgueil ne vous vienne enfumer. Souvent, l'Auteur altier de quelque chanfonnerte Au même inftant prend droit de Ce croire Poète. II ne dormira plus qu'il n'ait fait un Sonnet. Il met tous les matins fix Impromptus au net. Encore eft-ce un miracle, en fes vagues furies > Si bien- toft imprimant fes fottes rcfveries » Il ne fc fait graver au devant du Recueuil , Couronné de lauriers par la main de Nanteuïl. CHANT ij4 CHANT III. IL n'eft point de Serpens , ni de Monftrc odieux > Qui par l'art imité ne puifle plaire aux yeux. D'un pinceau délicat l'artifice agréable Du plus affreux objet fait un objet aimable. Ainfî , pour nous charmer , la Tragédie en pleurs D'Oedipe tout fanglant fit parler les douleurs , D'Orefte parricide exprima les alarmes , Et pour nous divertir nous arracha des larmes. Vous donc qui d'un beau feu pour le Théâtre épris Venés en vers pompeux y difputer le prix , Voulés-vous fur la (cene étaler des ouvrages , Ou tout Paris en foule apporte En vain vous étalez une feene fçavante. Vos froids raifonnemens ne feront qu'attiédir Un Spedtateur toûjours pareflèux d'applaudir > Et qui des vains efforts de voftre Rhétorique , Juftement fatigué , s'endort > ou vous critique. Le fècret eft d'abord de plaire & de toucher : Inventez des reflbrts qui pui/Tent m'attacher. Que dés les premiers vers l'a&ion préparée Sans peine du fujet applanifle l'entrée. Je me ris d'un Afteur qui lent à s'exprimer , De ce qu'il veut , d'abord ne fçait pas m'informer > Et qui débrouillant mal une pénible intrigue D'un diyertiffement me fait une fatigue. J'aimerois mieux encor qu'il declinaft fon nom , Et diffc : Je fuis Orefte , ou bien Agamemnon : \ CHANT TROISIEME. Ij-j Que d'aller par un tas de confufcs merveilles , Sans rien dire a l'cfprit , eftourdir les oreilles. Le Sujet n'efi: jamais afTez toit expliqué. Que le Lieu de la feene y foit fixe & marque'. Un Rimeur , ûns péril , ae là les Pirenécs Sur la feene en un jour renferme des années. Là fouvent le Héros d'un fpe&acle groffier , Enfant au premier acte , eft barbon au dernier. Mais nous que la Raifon à fes règles engage > Nous voulons qu'avecart 1* Action fe ménage : Qu'en un Lieu > qu en un Jour , un fèul Fait accompli Tienne jufqu'à la fin le Théâtre rempli. Jamais au Spectateur n'offrez rien d'mcroiable. . Le Vrai peut quelquefois n'eftrepas Vraifemblable. Une merveille abfurde eft pour moi fans appas. L'efprit n'eft point émû de ce qu'il ne croit pa?. Ce qu'on ne aoir point voir , qu'un récit nous l'expo/c. Les yeux en le voiant fàifïroicnt mieux lachofè: Mais.il eft des objets , que l'Art judicieux Doit offrir à l'oreille > & reculer des yeux*. Que le trouble toujours croifTant de feene en feene A fon comble arrivé fe débrouille fins peine. L'efprit ne fefènt point plus vivement frappé. Que lors qu'en un fu jet d'intrigue enveloppé , D'un fecret tout à coupla vérité connue Change tout , donne à tout une face imprévue. La Tragédie informe & grofliere en naiflant N'cftoir qu'un fimple Chœur , où chacun endanfânt > Et du Dieu des raifins entonnant les louanges > S'efforçoit d'attirer de fertiles vendanges. Là le vin & la joie éveillant les cfprits » .Du plus habile Chantre un Bouceftoit le prix. Thcipis'fut le premier > qui barbouillé de lie , Promena par les Bourgs ce rte heurcuie folie, Et d'Acteurs mal ornes chargeant un tombereau > Amufa les PafTans d'un fpectacle nouveau. Efchyle dans le Cœur jettales perfbnnagcs , D'un raaCquc plus honnefte habilla les vi&ges , Sur I V ART P O E TJQJJ E 9 Sur les ais d'un théâtre en public exhaufié , Fit paroiftre l'A&eur d'un brodequin chauffé. Sophocle enfin donnant leflbr à ion génie , Accrut cncor la pompe , augmenta l'harmonie » Intcrefla le Chœur dans toute l' Adhon , Des vers trop rabotteux polit l'expremon , Lui donna chez les Grecs cette hauteur divine Où jamais n'atteignit la foiblefle Latine. Chez nos dévots Ayeux le Théâtre abhorré Fut long-temps dans la France un pJaifir ignoré. De Pèlerins % dit- on > une troupe grolliere En public à Paris y monta la ptemiere , Et fortement zelee en fa fimplicité Joua les Saints ; la Vierge , & Dieu par pieté. Le fçavoir à la fin difïipant l'ignorance > Fit voir de ce projet la dévote imprudence. On chaffa ces Do&eurs prefehans fans miiïion. On vid renaiftre Hedor , Andromaque , Ilion. Seulement > les Adeurs laiflant le malque antique , Le violon tintlieu de Choeur & de mufîque. Bien-toft l'Amour fertile en tendres fentimens S'empara du Théâtre , ainfi que des Romans De cette Paffion la fenfible peinture Eft pour aller au cœur la route la plus fure. Peignés donc , j'y confens , les H ros amoureux : Mais ne m'en formes pas des Bergers doucereux. Qu'Achille aime autrement que Tyrfis & Philenc. N'allés pas d'un Cyrus nous faire un Artainenc : Et que l'amour fouvent de remors combattu Paroifle une foiblefle & non une vertu. Des Héros de Roman fuiés les petitefles : Toutefois,aux grands cœurs donnes quelques foiblefles. Achille déplairoit moins bouillant & moins promr. J'aime à lui voir verfer des pleurs pour un affront. A ces petits défauts marqués dans fa peinture , L'efprit avec plaifir reconnoift la nature. Qu'il foit fur ce modèle en vos eferits tracé. Qu' Agamemnon foit fier, fuperbe , interefl'é. Que CHANT TROISIEME. 137 Que pour fes Dieux Ene'e ait un refpeft aufterc. Coniervc's à chacun Ton propre cara&ere. Des Siècles , des Païs , eftudie"s les moeurs. Les climats font fouvenc les di vertes humeurs. Gardes donc de donner , ainli que dans Clclie , L'air , ni refpric François à l'antique Italie , Et , fous des noms Romains faifant noftre portrait > Feindre Caton galant & Brutus damerer. Dans un Roman frivole aifément tout s'exeufè. • C'eft a/Tes qu'en courant la fiction amufè. Trop de rigueur alors feroit hors de faifon : Aiais la Scène demande une exafte rail on. L'eftroite bienfeauce y veuteitre gardée. D'un nouveau Perfonnage inventas- vous l'ide'e > Qu'en tour avec foi-mefmc il fe montre d'accord , Et qu'il foit jufqu'au bout tel qu'on l'a veu d'abord. Souvent , fans y penfer , un E/crivain qui s'aime , Forme tous Ces Héros fèmblables à (bi-meime. Tout a l 'humeur Gafcone , en un Auteur Gafcon : Calprenede & Juba * parlent du mefme ton. La Nature e(è en nous plus diverfè Se plusfage. Chaque pafîîon parle un différent langage. La Colère cft fuperbe , & veut des mots altiers. L'Abattement s'explique en des termes moins fiers. Que devant Troye en flamme Hccnbe dcfole'e Ne vienne pas pouffer une plainte empoulee , Ni fans raifon deferire en quels affreux païs , •f Par fept bouches ÏEuxin reçoit le Tanais. Tous ces pompeux amas d'expreflions frivoles Sont d'un Declamateur amoureux des paroles. 11 faut dans la douleur que vous vous abaifliés. Pour me tirer des pleurs il faut que vous pleuries. Ces grands mots dont alors PA&eur emplit /abouche, Ne partent point d'un cœur que fa mifere touche. Le Théâtre fertile en Cenfèurs pointilleux , Chez nous pour fc produire eft un champ périlleux. * H ertt de U Cieopatre. f Seneque Tragique Trond. Se. i . Î 5 S V ART P O ETTQJJ E 9 Un Auteur n'y fait pas de faciles conqueftcs. II trouve à le fifler des bouches toujours prcftes. Chacun le peut traiter de Fat & d'Ignorant. C'eft un droit qu'à la porte on acheté en entrant. Il faut qu'en cent façons , pour plaire , il fe replie : Que tantoft il s'cfleve , & tantoft s'humilie : Qu'en nobles fentimens il foit par tout fécond : Qu'il foit ailé , folidc , agréable , profond : Que de jraits furprenans fans celle il nous réveille : Qu'il coure dans fes vers de merveille en merveille : Et que tout ce qu'il dit facile à retenir , De fon ouvrage en nous lai Ile un long fouvenir. Ainfi la Tragédie agit , marche , & s'explique. D'un air plus grand encor la Poëfie Epique Dans le vafte récit d'une longue aftion , Se foûtient par la Fable , & vit de fi&ion. Là pour nous enchanter tout eft mis en ufàge ; Tout prend un corps , une ame , un efprit > un vifàgc* Chaque Vertu dcvient.une Divinité. Minerve eft la Prudence > & Venus la Beauté. Çe n eft plus la vapeur quirroduit le tonnerre : C'eft Jupiter armé pour enraier la Terre. Un orage terrible aux yeux des Matelots , Ceft Neptune en couroux qui gourmande les flots. Echo n'eft plus.un fon qui dans Pair rctentiffe : C'eft une Nymphe en pleurs qui fe plaint de Narciflc. Ainfi , dans cet amas de nobles fidions > Le Poète s'égaye en mille inventions » Orne , efleve , embellit , agrandit toutes chofes , Et trouve fous fa main des fleurs toujours eclofes. Qu'Enée & fes vaifleaux par le vent écartés Soient aux bords Africains d'un orage emportés ; Ce n'eft qu'une avanture ordinaire & commune » Qu'un coup peu furprenant des traits de la Fortune Mais que Junon confiante en fon averfion Pourfuive fur les flots les reftes d'ilion : Qu'Eole en fa faveur les chaflknt d'Italie , Ouvre aux Vents mutinés les prifons d'Eolie : CHANT TROISIEME. I}J • Que Neptune en couroux , s'eflevant fur la mer » D'un mot calme les flots , mette la paix dans l'air , Délivre les vaiflèaux , des Syrtcs les arrache > Ceft là ce qui furprend » frappe , faifit , attache : Sans tous ces ornemens le vers tombe en langueur : La Poëfie eft morte , ou rampe fans vigueur : Le Poète n'eft plus qu'un Orateur timide , Qu'un froid Hiftoricn d'une Fable infipide. Ceft donc bien vainement que nos Auteurs deccus > BannifTant de leurs vers ces ornemens receus , Penfent faire agir Dieu , fes Saints , & fes Prophètes > Comme ces Dieux eclos du cerveau des Poètes j Mettent à chaque pas le Leâeur en Enfer : N'offrent rien qu' Aftaroth , Belzebuth , Lucifer» De la foi d'un Chreftien les myfteres terribles D'ornemens égayés ne font point fufceptibles. L'Evangile i l'efprit n'offre de tous coftés Que pénitence à faire , & rourmens mérités : E tde vos fictions le meflange coupable , Mefme à fes veritez donne l'air de la Fable. Et quel objet enfin à prefenter aux yeux , Que le Diable toujours heurlant contre les Cicux > Qui de voftre Héros veut rabailTer la gloire » Et (bu vent avec Dieu balance la viéloire ? Le Tafle , dira-t- on , l'a fait avec fuccez. Je ne veux point ici lui faire fon procez : Mais quoi-que noftre Siècle à fà gloireçublie > Il n'eut point de fon Livre illuftré l'Italie j Si fon (âge Héros toujours en oraifon , N'euftfait xjue mettre enfin Sathan à la raifon , Et fi Renaud , Argant , Tancrede & fa Maiftrefïc N'eufient de fon lu jet e'gaye' la trifteflè. Ce n'eft pas que j'approuve , en un fujet Chreftien , Un Auteur follement idolâtre & Payen. Mais dans une profane & riante peinture , De n'ofer de la Fable emploier la figure , De chafler les Tritons de l'empire des eaux , D ofter à Pan fa fleute , aux Parques leurs cifeaux > D'em- 140 VARTPOET1 QJL1 E, D'empefcher que Caron dans la fatale barque ^ Ainfi que le Berger , ne parte le Monarque ; C'cft d'un fcrupulc vain s'alarmer fortement , Et vouloir aux Lecteurs plaire fans agrément. Bien-toft ils défendront ae peindre la Prudence : De donner à Themis ni bandeau , ni balance : De figurer aux yeux la Guerre au front d'airain : Ou le Temps qui s'enfuit une horloge à la main : Et par tout des difeours , comme une idolâtrie , Dans leur faux zele, iront chafler l'Allégorie. Laiflons les s'applaudir de leur pieufe erreur : Mais pour nous , banniflons une vaine terreur , Et n'allons point parmi nos ridicules fonges , Du Dieli de vérité , faire un Dieu de menfônges. La Fable offre à Pefprit mille agrémens divers, Là tous les noms heureux femblenr nés pour les vers » Ulyfle , Agamemnon , Orefèe , Ido menée - y Hélène , Menelas , Paris , Hedtor , Enée. O le plaifànr projet d'un Poète ignorant , 3 Qui de tant de Héros va choifir Childebrand I D'un feul nom quelquefois le fon dur , ou bizarre Rend *m Poëme entier, ou burlcfquc ou barbare. Voulez- vous long-temps plaire , & jamais ne lafTer ? Taites choix d'un Héros propre a m'interefler , En valeur éclatant , en vertus magnifique. Qu'en lui , jufqu'aux défauts, tout fe montre héroïque : Que fesfaits furprenans foient dignes 4'eftre ouïs : Qu'il fbit rel que Cefar , Alexandre , ou Louïs , Non , tel que Polynice , & fon perfide frerc. On s'ennuie aux exploits d'un Conquérant vulgaire. N'offrez point un Sujet d'incidens trop chargé. Le fèul couroux d'Achille avec art ménagé Remplit abondamment une Iliade entière. Souvent trop d'abondance appauvrit la matière. Soiezvif& preflé dans vos Narrations. Soiez riche & pompeux dans vos Defcriptions. C'eft là qu'il faut du vers étaler Pélegance. N'y prefentez jamais de bafTe circonuauce, N'imi- CHANT TROISIEME. 141 N'imitez pas ce Fou , qui décrivant les mers Et peignant au milieu de leurs flots entrouvers L'Hebrcux fauvé du joug de fes injuftes Maiftres > Met pour le voir pafler * les poiffons aux feneftres. Peint le petit Enfant qui va^ faute , revient , Et joyeux À fa mere offre un caillou quil tient. Sur de trop vains objets c'eft arrefterla vciie. Donnez à voftre ouvrage une jufte eJtendùc. Que le début foie fimple & n'ait rien d'affe&é. N'allez pas dés l'abord fur Pcgaze monté , Crier à vos Lefteurs , d'une voix de tonnerre > "f Je chante le V ùnqueur des vainqueurs de la terre m Que produira l'Auteur , après tou^ces grands cris ? La montagne en travail enfante u^Jburis. O ! que j'aime bien mieux cet Auteur plein d'adrefle > Qui faus faire d'abord de fi haute promefle , Ivle dit d'un ton aifë , doux , fimple , harmonieux , Je chante les combats , &> cet Homme pieux Ojii des bords Phrygiens conduit dans ÏAuJimic , Le premier aborda les ahamps de Lavinie. Sa Mufe en arrivant ne met pas tout en feu : Et pour donner beaucoup , ne nous promet que peu. Bien-toft vous la verrez , prodiguant les miracles , Du deftin des Latins prononcer les oracles, DeStyx , Se d'Acheron peindre les noirs torrens , Et déjà les Cé/àrs dans l'EIifée errans. De Figures fans nombre égayez voftre ouvrage. Que tout y fafle aux yeux une riante image. On peut élire à la fois & pompeux & plaifànt , Et je hais un Sublime ennuieux Se pefant. J'aime mieux Ariofte & fes fables comiques , Que ces Auteurs toujours froids Se mélancoliques , Qui dans leur fombre humeur fe croiroient faire affront> Si les Grâces jamais leur déridoienc le front. On diroit que pour plaire , inftruit par la Nature Homère aie à Venus dérobé fa ceinture. Son * Lesputfons ébahis les regardent pajjer* Moue Sauvé f Alaiic. L 1 . i 4 2, V ART P O ET 1QJJ £, Son livre eft d'agrémens un fertile trefor . Tout ce qu'il a touché , fe convertit en or. ^ Tout reçoit dans fes mains une nouvelle grâce \ Par tout il divertit , & jamais il ne laffe. Une heureufechajeur anime fesdifeours. Il ne s'égare point en de trop longs détours. Sans garder dans fes vers un ordre methodioue , Son lujet de foi-mefrae & s'arrange & s'explique. Tout , fans faire d'aprefts , s'y prépare aifémeut. Chaque vers , chaque mot court à l'événement. Aimez donc fes écrits , mais d'un amour fincerc, C'eft avoir profité que de fçavoir s'y plaire. Un Poëme exceÉfet où tout marche > & fe fuit , N'eft pas de ces tra^mx qu'un caprice produit. Il veut du temps , des foins , & ce pénible ouvrage Jamais d'un Ecolier ne fut l'apprenti (Tage. Mais fouvent parmi nous un Poe te fans art , Qu'un beau feu quelquefois échauffa par hazard , Enflant d'un vain orgueil fonefprit chimérique , Fièrement prend en main la trompette héroïque. Sa Mufe déréglée > en fes vers vagabons , Ne s'élève jamais que par fauts & par bonds > Et fon feu dépourveu de fens & deletture S'efteint à chaque pas faute de nouriture. Mais en vain le Public promt à le méprifer De fon mérite faux le veut defabufer : Lui- mefme applaudiffant à fon maigre génie , Se donne par fes mains l'encens quWlui dénie. Virgile au prix de lui n'a point d'invention. Homère n'entend point la noble fiction. Si contre cet arreft le ficelé fe rebelle , A la pofterité d'abord il en appelle. Mais attendant qu'ici le boniens de retour Ramené triomphans fes ouvrages au jour , Leurs tas au ma^afin cachez à la lumière Combattent triftement les vers & la poufliere. Laiffons-les donc entre eux s'eferimer en repos , Et fans nous égarer fuivons noftre propos. CHANT TROISIEME. Mi Des fucccz fortunez du fpeftacle tragique > Dans Athènes naquit la Comédie antique. Là , le Grec né mocqueur , par mille jeux plaifani Diftila le venin de fes rraits médifans. Sans fiel & fans venin fecut inftruire 8c reprendre, Et plût innocemment dans les vers de Menandre. Chacun peint avec art dans ce nouveau miroir S'y vid avec plaifir , on crût ne s'y point voir. L'Avare des premiers rit du tableau fidèle D'un Avare fouvent tracé fur fon modèle Et mille fois un Fat finement exprimé Méconnut le portrait fur lui-mefme formé. Que la Nature donc fbit voftre eftude unique 9 Auteurs , qui prétendez aux honneurs du Comique. Quiconque void bien l'Homme , & d'un efpritprofond , De tant de cœurs cachez a pénétré le fond : Qui fçait bien ce que c'eft qu'un Prodigue > un Avare ; Un honnefte Homme , un Fat , un Jaloux , un Bizarre , Sur une feene heureufe il peut les eltaler , Et les faire à nos yeux vivre , agir , & parler. Prcfèntez-en par tout les images naïves : Que chacun y foit peint des couleurs les plus vives. La Nature féconde en bizarres portraits , Dans chaque ame eft marquée a de differens traits. Un * Lts Nufes Comédie d'Ariftoph. 144 VART P O E T T QJV E , Un gefte la découvre, un rien la fait paroiftre : Mais tout efprir n'a pas des yeux pour la connoiflre. Le Temps qui change tout, change aufTi nos humeurs. Chaque Age a fes plainrs, fbn efprit, & fes mœurs. Un jeune Homme toujours bouillant dans lès caprices , • Eft promt à recevoir l'imprcilion des vices, Eft vain dans fes difeours, volage en fes defirs, Rétif à lacenfure, & fou dans les plaifîrs. L'Age viril plus meur, infpire un air plus fige, Se poufle auprès des Grands, s'intrigue, fe ménage, Contre les coups du fort, fonge à fe maintenir, Et loin dans le prefent regarde l'avenir. La vicilleiTe chagrine incefTammcnt amafle, Garde, non pas pour foi, les trefors qu'elle enta/Te, Marche en tous fes defTeins d'un pas lent & glace, Toujours plaint le prefènt, & vante le pafle, Inhabile aux plaifirs, dont la jeunefTe abufe, Blâme en eux les douceurs, que l'Age lui refufè. Ne faites point parler vos Adeurs au ha2ard, Un vieillard en jeune Homme,un jeune Homme en vicl- lard. Eftudiez la Cour, & connoifTez la ville, L'une & l'autre eft toujours en modèles fertile. C'efl par là que Molière illuftrant fes écrits Peut-eftre de fbn Art eut remporté le prix ; Si moins ami du peuple en fes docles peintures, Il n'euft point fait fbuvent grimacer fes figures, Quitté pour le bouffon, l'agréable & le fin, Et fans honte à Terence allié Tabarin. Dans ce fac ridicule où * Scapin s'enveloppe, Je ne reconnois plus l'Auteur du Mifanthrope. Le Comique ennemi des foûpirs & des pleurs N'admet point en fes vers de tragiques douleurs : Mais fon emploi n'eft pas d'aller dans une place, De mots fales & bas charmer la populace. Il faut que fes Acleurs badinent noblement : Que fon nœud bien formé fe dénoue aifément : Que * Comédie de Me litre. CHANT TROISIEME. I, Que l'Action marchant où la raifon la guide , Ne fe perde jamais dans une Scène vuide : Que ion ftile humble & doux Ce relevé à propos : Que fes difeours par tout fertiles en bons mots Soient pleins de partions fiuementfhaniées i Ec les feencs toujours Tune à l'autre lie'cs. Aux dépens du Bon îens gardez de plai&ntcr. Jamais de la Nature il ne faut s'c'carcer. Contemplez de quel air, un Pere dans Terencc Vient d'un Fils amoureux gourmander l'impudence; De quel air cet Amant écoute (es leçons > Et court chez fa MailhclTe oublier ces chanfbn* . Ce n'eft pas un portrait , une image femblable ; C'eft un Amant , un Fils , un Pere véritable. J'aime fur le Théâtre un agréable Auteur Qui , fans fe diffamer aux yeux du Spectateur , Plaift par la rail on feule , & jamais ne la choque. Mais pour un faux Plaifant , àgro/fiere e'quivoquc. Qui pour me divertir n'a que la (àleté ; Qu'il s'en aille , s'il veut , fur deux tréteaux monté $ Amufant le Pont neuf de fes fornetes fades , Aux Laquais afTemblez jouer fes Mafcarades. G CHANT CHANT IV. DAns Florence jtdis vivoic un Médecin, Scavanf hâbleur , dit-on , & celcbreaflaflin. Lui feul y fit long- temps la publique milèic. Là le fils orphelin lui redemande un Pere. Ici le Frère pleure un Frère empoifonné. L'un meurt vuide de fang , l'autre plein de fene\ Le rhume à fon afpeâ: fe change en pleurefïe ; Et par lui la migraine eft bien- toft phrenefie. Il quitte enfin la ville en tous lieux detefte. De tous fcs Amis morts un feul Ami rcftc Le mené en fa maifon de fuperbe ftructure $ C'eftoit un riche Abbé fou de l'architecture : Le Médecin d'abord femble ne dans cet art : Déjà de bâtimens parle comme Manfard : D'un falon qu'on élevé il condamne la face : Au veftibule obfcur , il marque une autre place : Approuve l'efcalier tourné d'autre façon. Son Ami le conçoit & mande fon Maçon. Le Maçon vient , écoute , approuve & fe corrige. Enfin , pour abréger un fi plaifant prodige , Noftre AflafTin renonce à fon art inhumain , Et déformais la règle & l'équierre à la main , LaifTant de Galien la feience fufpeftc , De méchant Médecin devient bon Architecte. Son exemple eft pour nous un précepte excellent* Soiez plûtoft Maçon , fi c'eft voftre talent , Ouvrier eftimé dans un art necefTaire , Qu'Ecrivain du commun & Poète vulgaire. Il eft dans tout autre Art des deerez difFerens. On peut avec honneur remplir les féconds rangs : Mais dans l'Art dangereux de rimer & d'écrire , 11 n'eft point de degrés du médiocre au pire. Les vers ne fouffrent point de médiocre Auteur Ses écrits en tous lieux font l'effroi du Lefteur , CHANT QUATRIEME. î+f Contre eux dans le Palais les boutiques murmurent , Et les ais chez Billaine * à regret les endurent» Un Fou du moins fait rire & peut nous égaier : Mais un froid Ecrivain ne fçait rien qu'ennuicr, J'aime mieux Bergerac f & fa burlefquc audace , Que ces vers ou Motin fe morfond 8c nous glace. Ne vous cny vrez point des éloges flaccurs Qu'un amas quelquefois de vains Admirateurs Vous donne en ces Réduits prompts à crier , merveille : Tel écrit recité fe foûtient à l'oreille , Qui dans l'imprefïion au grand jour fe montrant > Ne foutient pas des yeux le regard pénétrant. On fçait de cent Auteurs l'avanture tragique : EtGombaut tant loiié garde encor la boutique. Ecoutez tout le monde , afïidu confultant. Un Fat quelquefois ouvre un avis important. Quelques vers toutefois qu'Apollon vous infpire > En tous lieux auffi- toft ne courez pas les lire. Gardez-vous d'imiter ce Rimcur furieux Qui de fes vains écrits ledteur harmonieux Aborde en recitant quiconque le faluë > Et pourfuic de fes vers les Paflans dans la rue. Il n'eft Temple fi fiunt des Anges refpe&é , Qui foit contre fà Mufe un lieu de (cureté. Je vous l'ai déjà dit , aimez qu'on vous cenfure , Et fouple à la raifon corrigez (ans murmure. Mais ne vous rendez pas 3és qu'un Sot vous reprend* Souvent dans fon orgueil un fubtil Ignorant Par d'injuftcsdégoufts combat toute une Pièce > Blâme des plus beaux vers la noble hardiefTc. On a beau réfuter lès vains raifonnemens : Son efprit fe complailt dans fes faux jugemens , Et fk foible raifon de clarté dépourveuë , Penfe que rien n'échappe à fa débile veuë. Ses coafèils font à craindre , & fi vous les croyés , Pcnfent fuir un écueil , fouvent vous vous noyés. G i Fai- * Têmtux Libraire, *j- Cyrano Utrgcrtc ^Auteur du voiage de l* tune. i 4 « VART POETIQJJEy Faites choix d'un Cenfeur folide & falutaire , Que la raifon conduife , & le fçavoir éclaire , Et dont le crayon feur d'abord aille chercher L'endroit que l'on fent foible , & qu'on fe Yeiit cacher. Lui (èul e'clairci ra vos doutes ridicules : De voftre efpric tremblant lèvera les fcrupules. C'cft lui qui vous dira , par quel tranfport heureux 5 Quelquefois dans fa courfe un efprit vigoureux Trop reflerré par l'Arc , fort des règles preferites , "Et de l'Art mefme apprend à franchir leurs limites. Mais ce parfait Cenleur (e trouve rarement. Tel excelle à rimer qui juge fottement. Tel s'eft fait par fes vers ciftinguer dans la Ville ^ Qui jamais de Lucain n'a diftingué Virgile. Auteurs , preflcz l'oreille à mes inftru&ions. Voulez-vous faire aimer vos riches fixions ? Qu'en fçavantes leçons voftre Mu(e fertile Par tout joigne au ptaifànt , le folide & l'utile. Un Lefteur fage fuit un vain amufement , Et veut mettre à profit fon divcrtifTcment. (vrages Que voftre ame & vos mœurs peints dans toujs vos ou- N'ofFrent jamais de vous que de nobles images. Je ne puis eftimer ces dangereux Auteurs, Qui de l'honneur en vers infâmes defèrteurs > Trahiflànt la vertù fur un papier coupable , Aux yeux de leurs Lefteurs rendent le vite aimable. Je ne fuis pas pourtant de ces triftes Efpri lis» Qui banniflant l'amour de toiis chaftes écrits , D'un fi riche ornement veulent priver la Scène : Traitent d'empoifonneurs & Rodrigue & Chimenc, L'amour le moins honnefte exprime' chaftement , N'excite point en nous de honteux mouvement. Didon a beau gémir & m'e'raler fes charmes * Je condamne ia faute , en partageant fes larmes. Un Auteur vertueux dans fes vers innocens Ne corrompt point le coeur , en chatouillant les lens. Son feu n'allume point de criminelle flamme. Aimez donc la vertu , nournfl*es-eu voftre amc. En* CHANT QV ATRTBêlMê: 149 En-vain Pcfprit eft plein d'une noble vigueur > Le vers fc fent toujours des baffelTcs du cœur. Fuies fur tout , fuies ces baffes jaloufies » Des vulgaires cfprits malignes phrenefies. Un fubhme Ecrivain n'en peut cftre infe&é. Ceft un vice oui fuie la Médiocrité. Du Mérite éclatant cette fombre Rivale Contre lui chez les Grands inceflamment cabale j Et fur les pies en vain tâchant de fe hauffer , Pour s'égaler à lui cherche à le rabailîer. Ne defeendons jamais dans ces lâches intrigues. N'allons point à l'honneur par de honteufes brigues» Que les vers ne foient pas voftre éternel emploi. Cultivés vos amis : foiés nomme de foi. % Ceft peu d'eftre agréable & charmant dans un livre ; Il faut fçavoir encore & converfer & vivre. Travaillez pour la gloire , & qu'un fordide gain Ne foit jamais l'objet d'un illuftre Ecrivain. Je fçai qu'un noble Efprit peut fans honte & fans crime Tirer de fon travail un tribut légitime : Mais je ne puis fouffrir ces Auteurs renommés Qui aegoutez de gloire, & d'argent affamés , Mettent leur Apollon aux gages d'un Libraire» Et font d'un art divin un métier mercenaire. Avant que la Raifon s'expliquant par la voix Euft inftruit les Humains , euft en(eigné des loix : Tous les Hommes fuivoient la groflîere Nature , Difperfcz dans les bois couroient à la pafture. La force tenoit lieu de droit & d'équité : Le meurtre s'exerçoit avec impunité. Mais du Difcours enfin l'harmonicufeadreflè De ces fauvages mœurs adoucit la rudeffè : Raffembla les Humains dans les forefts épars : Enferma les Cités de murs &dc remparts: De Pafpeft du fupplice efFraia l'Infblence , Et fous l'apui des loix mit la foible Innocence. Cet ardre tut , dit-on , le fruit des premiers vers. Delà font nés ces bruits receus dans l'Univers > G x Qu'aux 9 -À >5<> VAlkT POETTQJJEj Qu'aux accens , donc Orphée emplit les mons de Thra- ce, Les Tygres amollis dépoiïilloient leur audace: Qu'aux accords d'Amphion les pierres femouvoient* Et fur les murs Thébains en ordre s'élevoient. L'Harmonie en naiflanc produifit ces miracles. Depuis le Ciel en vers fit parler les Oracles. Du fein d'un Préfixe émû d'une divine horreur , 1 Apollon par des vers exhala fa fureur. Bien- toft reffufeirant les Héros des vieux âges - Homère aux grands exploits anima les courages* Hefiode à fon tour , par d'utiles leçons , Des champs trop parefleux vint hafter les moiflons. En mille écrits fameux la fageflê tracée Fut à raide des vers aux Mortels annoncée , Et par tout des efprits fes préceptes vainqueurs, Introduits par l'oreille entrèrent dans les cœurs. Pour tant d'heureux bienfaits les Mufes révérées Eurent d'un jufte encens dans la Grèce honorées » Et leur Art attirant le culte des Mortels > A fa gloire en cent lieux vid drefler des Autels* Mais enfin l'Indigence amenant la BafTefTe > Le Parnafle oublia fa première nobleflè. Un vil amour du gain infeftant les efprits , De menfonges groflîers fouilla tous les écrits » Et par tout enfantant mille ouvrages frivoles > Trafiqua du difeours , & vendit les paroles. Ne vous flétri/Tés point par un vice fi bas. Si l'or feul à pouf vous d'invincibles appas , Fuiés ces lieux charmans qu'arrofe le Permefle. Ce n'eft point fur fes bords qu'habite la Richefle. Aux plus fçavans Auteurs , comme aux plus grands Guerriers > Apollon ne promet qu'un nom & des lauriers. Mais , quoi ? dans la difette une Mufe affamée Ne peut pas , dira- 1- on , fubfifter de fumée. Un Auteur qui preiTé d'un befoin importun > lç fois emçnd «içr fes entrailles i jeun , Goufte CHANT QUATRIEME. 151 Goutte peu d'Hélicon les douces promenades. Horace a bû Ton faoul quand il void les Ménades , Et libre du fouci qui trouble Colleter , N'attend pas pour dîner lefuccezd'un Sonnet. Il eft vrai : mais enfin cette affreufc difgracc Rarement parmi nous afflige le Parnafle. Et que craindre en ce fiedc , où toujours les beaux Arts D'un Aftrc favorable éprouvent les regards ? Où d'un Prince éclairé la (âge prévoyance Fait par tout au Mérite ignorer l'indigence. Mufes , di&és fa gloire à tous vos Nourrirons. Son nom vaut mieux pour eux que toutes vos leçons. Que Corneille pour lui rallumant fon audace , Soit encor le Corneille & du Cid & d'Horace. Que Racine enfantant des miracles nouveaux , De fes Héros fur lui forme tous les tableaux. Que de fon nom chante' par la bouche des Belles , Benferade en tous lieux amufè les ruéles. Que Segrais dans TEglogue en charme les forefts. Que pour lui i'Epigramme aiguizc tous fes traits. Mais quel heureux Auteur , dans une autre Eneïde , Aux bords du Rhin tremblant conduira cet Alcide ! Quelle fçavante Lyre au bruit de fes exploits , Fera marcher encor les rochers & les bois ? Chantera le Batave éperdu dans l'orage * Soi mefme fe noiant pour forcir du naufrage: Dira les bataillons fous Maftricht enterrés > Dans ces affreux aflauts du Soleil éclairés. Mais tandis que je parle , une gloire nouvelle Vers ce Vainqueur rapide , aux Alpes vous appelle. Déjà Dole & Salins fous le joug ont ployé. Bezançon fume encore furfbn Roc foudroyé. Où font cesgrands Guerriers , dont les fatales ligues Dévoient à ce torrent oppofèr tant de digues ? Eft- ce encore en fuiant, qu'ils penfent l'arrefter f Fiers du honteux honneur d'avoir feeu l'éviter ? Que de remparts détruits ! Que de villes forcées 1 Que de moiflbns de gloire en courant arnafTécs l G 4 Au- M5 L E LUTRIN POËME HEROI QU E. CHANT PREMIER. ||fp||p E ^hante les combats , & ce Prélat tcrri- I^Jll Qui par fcs longs travaux , & fa force invin- Dans une illuftrc Eglifè exerçant fbn grand coeur Fit placer i la fin un Lutrin dans le Choeur. C'eft en vain que le Chantre , appuie' d'un vain titre, Deux fois l'en fît ofter par les mains du Chapitre. Ce Prelar fur Je banc de (on Rival aider , Deux fois le reportant l'en couvrit tout entier. Mufe , redi moi donc , quelle ardeur de vengeance , De ces Hommes fierez rompit rintelligence , Et troubla fi long-temps deux célèbres Rivaux. Tant de fiel entre-r-il dans Tame des dévots ? Et toi fameux Héros , dont la (âge entremife, De ce fchifme naiflant débaraffa l'Êglift > Vien d'un regard heureux animer nom projet , Et garde toi de rire en ce grave fu jet. Parmi les doux plaifirs d'une paix fraternelle > Paris voioit fleurir (on antique Chapelle. Ses Chanoines vermeils & brillaas de (ànté S'cngrailToient d'une longue & fainte oyfiveté. Sans forcir de leurs lifts plus doux que leu rs hermines » Ces pieux Faineans faifoient chanter Matines , Veilloient à bien dilher , & laifïbient , en leur lien , A des Chantres gage's le foin de loiier Dieu. Quand la Dilcorde encor toute noire de crimes , Sortant des Cordelicrs pour aller aux Minimes » G 6 Avec 15* LE LUTRIN* Avec cet air hideux qui fait frémir la Paix , S'arrefta prés d'un arbre au pie' de Ton Palais. Là , d'un œil attentif, contemplant fon empire > A l'afpe&du tumulte , elle mefrae s'admire. Elle y void par le coche Se d'Evreux & du Man9 > Accourir à grands flots-fès fidèles Normans* Elle y voit aborder le Marquis , la ComtelTe , Le Bourgeois , le Manant , le Clergé > la Noblcflê , Et par tout , des Plaideurs les efcadrôns e'pars Faire autour de Themis flotter fes eftendars. Mais une Eglife feule à fes yeux immobile, Garde , au lein du tumulte , une aflîete tranquille-» Elle feule la brave , elle feule aux procez De fes paifibles murs veut defFendre l'accez. LaDifcorde , à l'afpeét d'un calme qui l'offence » Fait fi fier fes ferpens > s'excite à la vengeance. Sa bouche Ce remplit d'un poifbn odieux , Et de longs traits de feu lui fortent par les yeux. Quoi ? dit-elle > d'un ton qui fît trembler les v'tres J'aurai pu jufqu'ici brouiller tous les Chapitres , Divifer Cordeliers > Carmes & Ccleftins ? J'aurai fait foûtenir un fïegc aux Auguftins l Et cette Eglife (cule à mes ordres rebelle Nourira dans fon (cin une paix éternelle 7 Suis- je donc laDifcorde :3c parmiles Mortels > Qui voudra déformais encenfer mes autels ? A ces motS) d^un bonnet couvrant ùl teflc énorme Elle prencTd'un vieux Chantre & la taille & la forme Elle peint de bourgeons fon vifage guerrier > ^ Et s'en va cfe ce pas trouver leTreloricr-. Dans le réduit obfcur d'une alcove enfoncée , S'élève un li& de plume à grands fraisamalléc. Quatre rideaux pompeux , par un double contour En dcfFendcnt l'entrée à la clarté du jour, Là parmi les douceurs d'un tranquille fi'e.ice » Règne iïir le duvet une heureufè Indolence. C'eft là que le Prélat muni d'un déjeuner , Dormant d'un léger fibmrae > acicndôit le difber. • C H A NT* P R E M I E R. ttf ™ La jcuncflc en fa fleur brille fur fon vifage : Son menton fur fon fein defeend à double eftage : Et fon corps ramafle dans fa courte grofleur. Fait gémir les couffins fous (à molle epaiflèur. La Déclic, en entrant, qui void la nappe mife Admire un fi bel ordre & reconnoift T * * * Et marchant à grand pas vers le lieu du repos, Au Prélat fommeiJlant, elle adreffè ces mots. Tu dors ? Prélat,, ru dors >-& là-hautàta place, Le Chantre aux yeux du Chœur efralc fon Audace, Chante les Oremus y fait des Proceflions, Et répand à grands flots les bénédictions. Tu dors ? attens tu donc, que fans bulle Se fans titre 11 te ravi/Te encor le Rôchet & la Mitre ? Sors de ce lit oy feux, qui te tient attache, Et renonce au repos, ou bien à l 'Evéché. u vent de fa bouche profane. Lui foufle avec ces mots l'ardeur de la chicane. Le Prélat fe réveille, & plein d émotion Lui donne toutefois la benediffion. Tel qu'on void un Taureau, qu'une 'Guefpccn furie A piqué dans les flancs, aux dépens de (à vie:. Le fuperbe Animal agité de tourmens, Exhale fa douleur en longs mugiff emens. Tel le fougueux Prélat, que ce /bnge épouvante,. Quercle en fe levant & Laquais & Servante : Et d'un jufte courroux rallumant fà vigueur, Même avant le dîner, parle daller au Choeur. Le prudetit Gilotin, fon Aumofniet fidèle, Envahi par les confeils fagement le rapellc : Lui montre le péril : Que midi va fonner : Qu'il va faire s'il fort refroidir le dîner.. Quelle fureur, dit-il, quel aveugle caprice, Quand le dîner eftpreft, vous appelle à l'Office f # De voftre dignité loûtenés mieux ] l'éclat. Eft ce pour travailler que vous eftes Prélat l A quoi bon ce dégouft & ce zele inutile ? Eft-il donc pour j.euuer Quatre-temps ou Vigile ? G 7 Repro- i j* le lu t*r i Reprenez vos cfprits & fbuvenez-vous bien, Qu'un difner réchauffé ne valut jamais rien. Ainfi dit Gilotin, & ce Miniftre fage Sur table au même inftant, fait fervir le potage. Le Prélat void la foupe, & plein d'un faint refpeét Demeure quelque temps muet à cet afpeft. 11 cède, il dinc enfin : mais toujours plus farouche, Les morceaux trop haftez fe prcfTent dans fa bouche. Gilotin en ^emit, & fbrtant de fureur, Chez tous (es Parafons va femer la terreur. On void courir chez luy leurs troupes éperdues : Comme Ton void marcher les bataillons de Grues, Quand le Pygmée altier redoublant fes efforts, De l'HeBre ou du Stry mon vient d\>ccuper les bords. A Palpect im prévu de leur foule agréable, Le Prélat radouci veut fe lever de table. Son Yilàge n'a plus cet air fi furibon. Il fait par Gilotin rapporter un jambon. Lui-même le premier» pour honorer la troupe, D'un vin pur & vermeil il fait remplir fa coupe : Il l'avale d'un trait : & chacun l'imitant, La cruche au large ventre eft vuide en un inftant. Si-toft que du nectar la troupe eft abreuvée, On deflert : & foudain h nappe eftant levée, Le Prélat, d'une voix conforme à fon malheur, Leur confie en ces mots (a trop jufte douleur. Illuftres Compagnons de mes longues fatigues. Qui m'avez foûtenu par vos pieufes ligues, Et par qui, maiftre enfin d'un Chapitre infenfé, Seul à Magnificat) je me vois encenfé. Souffrirez vous toujours qu'un orgueilleux m'outrage? Que le Chantre à vos yeux détruite voftre ouvrage, Ult^rpc tous mes droits, & s'égalant à moi Donne à voftre Lutrin & le ton & la loi ? Ce matin mémeencor, ce n'eft point un menfonge; (Une Divinité me l'a fait voir en fonge) L'infolent s'emparantdu fruit de mes travaux, A prononcé pour moi le Benedicat tw» CHANT PREMIER. jjj Oui y pour mieux m'égorger , il prend mes propres ar- mes. Le Prélat à ces mots verfc un torrent de larmes. Il veut, mais vainement pourfuivre (on difcouis. Ses fànglots redoublez en arreftent le cours. Le zélé Gilotin, qui prend part à (à gloire, Pour lui rendre la voix fait rapporter à boire. Quand Sidrac, à qui l'âge alonge le chemin, Arrive dans la chambre, un bal ton à la main. Ce vieillard dans le Chccur a d^ja vu quatre âges: Il fçait de tous les temps les differens ufages ; Et fon rarefeavoir, de (impie Marguillier, L'efleva par aegrez au rang de C hefYecicr. * A l'afpeft du Prélat qui tombe en défaillance, U devine fon mal, il ic ride, il s'avance, Et d'un ton paternel reprimant fes douleurs : Laiflè au Chantre, dit il, la triftelîe Se les pleurs, Prélat, & pour (auver tes droits & ton Empire, Ecoute feulement ce que le Cielm'infpire. Vers cet endroit du Cnœur , où le Chantre orgueilleux Montre, affis à ta gauche, un front fi fourcillèux, Sur ce rang d'ais ferrez oui forment fa clofturc, Fut jadis un Lutrin d'inégale fïrudure, Dont les flancs eflargis, de leur vafte contour Ombrageoient pleinement tous les lieux d'alentour. Derrière ce Lutrin, ainfï qu'au fond d'un antre, A peine fur fon banc on difeernoit le Chantre : Tandis qu'à l'autre banc le Prélat radieux Découvert au grand jour attiroit tous les yeux. Mais un Démon fatal à cette ample machine, Soit qu'une main la nuit euft hafté fa ruine, Soit qu'ainfi de tout temps 1'ordonnaft le deftin. Fit tomber à nos yeux le Pupitre un matin. J'eus beau prendre le Ciel & le Chantre a partie: Il falut l'emporter dans noftre Sacriftie, Où depuis trente hy vers fans gloire cnieveli, U languit tout poudreux dans un honteux oubli. Ente». # Ceft (s lui qui a foin des Chape s & dria C#r«. ï£0 LE LUTRIN'. Entcn-moi donc, Prélat. Des que l'ombre tranquille Viendra d'un crefpe noir envelopper la ville : Il faut que trois de nous (ans tumulte, & fans bruit» Partent à la faveur de la naiflante nuit, Et du Lutrin rompu réunifiant la mafie, Aillent d'un zelc adroit le remettre en fà place. Si le Chantre demain ofe le renverfer, Alors de cent Arrefts tu le peux terrafTer. Pour foûtenir tes droits, que le Ciel authorife, Abîme tout plûtoft, c'eft l'efprit deî'Eglife. C'eft par là qu'un Prélat fignale fa vigueur. Ne borne pas ta gloire à prier dans un Choeur. Ces vertus dans Alcth peuvent eftre en ufage : Mais dans Paris, plaidons : c'eft là noftre partage» Tes benediâions dans le trouble croiflant, Tu pourras les répandre & par vingt, & par cent : Et pour braver le Chantre en (on orgueil extrême,* Les répandre à fesyeux, & le bénir lui-même, Ce difeours aufn-toft frappe tous les efprits, Ep k Prélat charmé l'approuve par des cris» Il veut que fijr le champ dans la troupe on choififle Les trois que Dieu deftine à ce pieux office. Mais chacun prétend part à cet illuftre emploi i Le fort, dit le Prélat, vous fervira de loi. Que Ton tire au billet ceux que l'on doit élire. Il dit, on obéît, on fe prefle d'écrire. AuiTirtoft trente noms fur le papier tracez Sont au fond d'un bonnet par billets entaflèz* Pour tirer ces billets avec moins d'artifice* Guillaume enfant de Choeur prête fa main novice. Son front nouveau tondu> fymbolede candeur, Rougit en approchant d'une honnefle pudeur. Cependant le Prélat, l'oeil au Ciel, la main nue, Bénit trois fois les noms, & trois fois les remue. Il tourne le bonnet. L'Enfant tire : & Brontin Eft le premier des noms qu'apporte le Deftin.. Le Prélat en conçoit un favorable augure, Et ce nom dans la troupe excite un doux murmure. ±» I CHANT PREMIER. 161 On Ce taift, & bien- toft on void paroiftre au jour Le nom le fameux nom de l'Horloger la Tour. Ce nouvel Adonis, à la raille légère, Eft Tunique fouci d'Anne Ton Horlogere. Ils s'adorent l'un l'autre, & ce couple charmant S'unit long-temps, dit-on, avant le Sacrement : Mais depuis trois moiflons, a leur faint aflemblage L'Official a joint le nom de mariage. Cet Horloger fuperbe elt l'effroi clu carder, Et fon courage eft peint fur fon vifage altier. Un des noms refte encor, & le Prélat pargrace Une dernière fois les broiiillc & tes refafle. Chacun croit que fon nom elt le dernier des trois. Mais que ne dis-tu point, ô puilïànt porte-croix, Boiruae Sacriftain, cher apui de ton Maiftrc, Lors qu'aux yeux du Prélat tu vis ton nom paraiftre ? On dit, que ton front jaune, & non teint fans couleur Perdit en ce moment ton antique pafleur, Et que ton corps goûteux plein d'une ardeur guerrière, Pour fauter au plancher fit deux pas en arrière. Chacun bénit tout haut l'Arbitre des Humains Qui remet leur bon droit en de fi bonnes mains. AulTi-toft on fe levé, & l'Aflèmble'e en foule, Avec un bruit confus, par les portes sVcoule. Le Prélat refte' fèul calme un peu fon dépit, Et jufquesau fouper fe couche & s'aflbupit. » CHANT lit LE LUTRIN. CHANT IL CEpendant cet Oyfeau oui profnc les merveille*, Ce monftre compofé de bouches & d'oreilles, Qui fans ceffe volant de climats en climats. Dit par tout ce qu'il feait, & ce qu'il ne fçait pas» La renommée enfin, d'une courfe légère, Va porter la terreur au fein de l'Horlogere : Lui dit que Ton Epoux d un faux zele conduit. Pour placer un Lutrin doit veiller cette nuit. A ce trifte récit tremblante, defolée, Elle accourt l'œil en feu, la tefte efcheyelée, Et trop feure d'un mal, qu oapenfe lui celer : m Ofes-tu bien encor, Traiftre, diiïimuler : ? Dit-elle, & ni la foi que ta main m'a donnée, Ni nos embrafTemens qu'a fuivi l'Hymenee. Ni ton Epoufe enfin toute prefte à périr, Ne jfeauroient donc t'ofter cette ardeur de courir ? Perfide, fi du moins à ton devoir fidèle Tu veillois pour régler quelque horloge nouvele* L'efpoir d'un jufte gain confolant ma langueur, Pourroit de ton abfence adoucir lalongueur. Mais quel zele indiferet, quelle aveugle entrepnfc Arme aujourd'hui ton bras en faveur d'une Eglife ? Où vas- tu, cher Epoux ? Eft-ce que tu me fuis ? As-tu donc oublié tant de fi douces nuiûs ? Quoi ? d'un œil fans pitié' vois-tu couler mes larmes ? Au nom de nos baifers jadis fi pleins de charme s, Si mon cœur de tout temps facile à tes defirs N'a jamais d'un moment différé tesplaifirs -, Si pour te prodiguer mes plus tendres carefles Je n'ai point exigé ni fermens ni j>romefless Si toi feul à mon lict enfin eus toujours part, Diffère au moins d'un jour ce funefte départ. En achevant ces mots, cette Amante enflammée Sur un placet voifin tombe demi pafmée. * Se CHANT SECOND. Uj Son Epoux s'en émeut, & fon cœur éperdu Entre deux partions demeure fufpendu : Mais enfin rappellant fon audace première : Ma femme, lui dit-il, d'une voix douce & fierc; Je ne veux point nier les folides bienfaits Dont ton amour prodigue a comblé mes fouhairs : Et le Rhin de fes flots ira grortir la Loire, Avant que tes faveurs lortent de ma mémoire. Mais ne prefume pas, qu'en te donnant ma foi, L'Hymen m'ait pour jamais aflervi (bus ta loi. Si le Ciel en mes mains euft mis ma deftinéc Nous aurions fui tous deux le joug de THy menée : Et fans nous oppofer ces devoirs prétendus, Nous goutterions encor des plaifirs deffendus, Cefle donc à mes yeux d'eftaler un vain titre. Ne m'ofte pas l'honneur d'eflever un Pupitre : Et toi-même donnant un frein a tes defirs Raffermi ma vertu qu'ébranlent tes fbûpirs. Que te dirai- je enfin ? c'eft le Ciel qui m 'apelfe : Une Eglifc , un Prélat m'engage en fa querelle. Il faut partir : j'y cours : diffipe tes douleurs, Et ne me trouble plus par ces indignes pleurs* Il la quite à ces mots. Son Amante effarée Demeure le teint parte, & la veuè* égarée ; La force l'abandonne & fa bouche trois fois Voulant le rappeler ne trouve plus de voix. Elle fuit, & de pleurs inondant fon vifage, Seule pour s'enfermer vole au cinquième cftage. Mais d'un bouge prochain accourant à ce bruit, Sa fervante Ah'zonla rattrape, & la fuit. Les ombres cependant fur la ville épanduës Du faifte des maifons defeendenr dans les rues : Le fouper hors du Chœur charte les Chapelains, Et de Chantres beuvans les cabarets font pleins. Le redouté Brontin, que fon devoir éveille, Sort à Tinftant chargé d'une triple bouteille, D'un vin , dont Gilotin , qui fçavoit tout prévoir, Au for tir du confeil eut foin de le pourvoir. L'oJcur rtf 4 LE LUTRIN. L'odeur d'un jus fi doux lui rend le faix moins rude» Il eft bien-toft fuivi du Sacriftain Boirude, Et tous deux de ce pas s'en vont avec chaleur Du trop lent Horloger reveiller la valeur. Partons, lui dit Brontin : Déjà le jour plus (ombre Dans les eaux s 'éteignant va faire place à l'ombre. D'oii vient ce noir chagrin que je lis dans tes yeux ? Quoi ? le Pardon fonnant te retrouve en ces lieux ? Où donceft ce grand cœur, dont tantoft l'allegrefle Sembloit du jour trop long accufer la ParelTe ? Marche,& fui nous du moins où l'honneur nous attend* L'Horloger indigné rougit en Pécoutant. Auffi-toft ae longs clous il prend une poignée i Sur fon épaule il charge une lourde coignée : Et derrière fon dos qui tremble fous le poids* Il attache une fcie en forme de carquois. Il fort au même inftant, il fe met à leur tefte. Afuivre ce grand Chef l'un & l'autre s'appreflc. Leur cœur femble allumé d'un zele tout nouveau. Brontin tient un maillet, & Boirude un marteau. La Lune qui du Ciel void leur démarche alnere* Retire en leur faveur fa paifible lumière, La Difcorde enfoûrit, & les fui van t des yeuxv De joie, en les voiant, poufle un cri dans les Cieux, L'air qui gémit du cri de l'horrible DéefTe, Va jufquesdans Cifteaux reveillerla Mollcflc. C'eft- là qu'en un dortoir elle fait fon féjour. Les plaifirs nonchalans folaftrent à l'entour. L'un paierie dans un coin l'embonpoint des Chanoines : L'autre broyé en riant le vermillon des Moines : La Volupté la fèrt avec des yeux dévots» Et toujours Te Sommeil lui verfè des pavots* Ce foir plus que jamais envain il les redouble La MollefTe à ce bruit fe reveille, fe trouble. Quand la Nuit, qui déjà va tout envelopper. D'un f unefle récit vient encor la frapper : Lui conte du Prélat lentreprife nouvelle. Aux piez des murs facrez d'une Sainte Chapelle CHANT SECOND. 1*5 Elle a vu trois Guerriers ennemis de la pair» Marcher a la faveur de fes voiles épais. La Difcorde en ce lieu menace de s'accroiftre. Demain avec l'Aurore un Lutrin va paroiftre. Que doit y foulever un peuple de mutins. Ainfï le Ciel l'écrit au livre ces Deftins. A ce trille difeours, qu'un long foûpire achève, La MollelTe en pleurant fur un bras Ce relevé. Ouvre un œil languiflant, & d'une foible voir, Laide tomber ces mots, qu'elle interrompt vingt fois. . O Nuit, que m'as- tu dit ? Quel Démon fur la Terre Soufle dans tous les cœurs la fatigue -& la guerre ? Helas 1 qu'eft devenu ce temps, cet heureux temps, Ou les Rois s'honoroient du nom de Faincans, S'endormoient fur le Trône, & me fervant lans honte, Lai il oient leur feeptre aux mains ou d'un Maire ou d'un Comte ? Aucun foin n'approchoit de leur paifible Cour. On repofoit la nuit : On dormoit tout le jour. Seulement au Printemps , quand F]ore dans les plai- nes * Faifoit taire des Vents les bruyantes haleines, Quatre bœufs attelez, d'un pas tranquille Se lent, Promcnoieut dans Paris le Monarque indolent. Ce doux fîecle n'eft plus. Le Ciel impitoiable / A place' fur leur Trône un Prince infatigable. Il brave mes douceut s : il eft fourd à ma voix : Tous les jours il m'éveille au bruit de fes explois. Rien ne peut arrefter fa vigilante audace. L'Eflé n'a point de feux, l'Hy ver n'a point de glace. J'entens à Ibn feul nom tous mes Sujets frémir. En vain deux fois la Paix a voulu l'endormir : Loin de moifon courage entraîné par la gloire Ne fè plaift qu'à courir de vidtoire en vidtoirc. Je me fatiguerois, à te tracer le cours Des outrages cruels qu'il me fait tous les jours. Je croiois, loin des lieux d'où ce Prince m'exile. Que l'Eglifc du moins m'afluroir un azile. Mats L E L V T R I xr. Mais en vain j'efpcroisy régner fans effroi: Moines, Abbez, Prieurs, tout s'arme contre moi. Par mon exil honteux la Trape cft annoblie. J'ai vu dans Saint Denis la reforme eftablie. Le Carme, le feuillant s'endurcit aux travaux : Et la Règle déjà fe remet dans Clcrvaux. Cifteaux dormoit encore, & la Sainte Chapelle Confervoit du vieux temps l'ofiveté fidelej Et voici qu'un Lutrin preft à tout renverfèr, D'un fejour fi chéri vient encor me chafler. O Toi, de mon repos compagne aimable & (ombre, Ade fi noirs forfaits prefteras tu ton ombre? * >Ah i Nuit, fi tant de fois, dans les bras de l'Amour, •Je t'admis aux plaifirs que je cachois au jour -> Du moins ne permets pas.... La Mollefie oppreflee Dans fa bouche à ce mot fent fa langue glacée, Etlafle déparier, fuccombant fous l'effort, Soupire, eftend les bras, ferme l'oeil, & s'endort. CHANT CHANT TROISIEME. i CHANT III. M Ai s la Nuit au/ïï-toft de (es aifles affreufès. Couvre des Bourguignons les campagnes vi neules: Revoie vers Paris» Se haftant fon retour, Déjade Monlheri void la fameule tour. Ses murs dont le iommet Ce dérobe à la veiïc, Sur la cime d'un roc s'alongentdanslaniïc, Et prelentant de loin leur objet ennuieux , Du partant qui le fuir, femblent luivre les yeux. Mille oifeaux effraians, mille corbeaux funèbres» De ces murs déferrez habitent les ténèbres, Là depuis trente hy vers un Hibou retiré Trouvoit contre le jour un refuge allure. yj Des defàftrcs fameux ce Meflager fidèle > — Sçait toujours des malheurs la première nouvçlc, „ Et tout preft d'en femer le prefage odieux, Il attendoit la Nuit dans ces fauvages lieux. Aux cris, qu'à fon abord vers le Ciglil envoie, Il rend tous fes voifins attriftez de fa joie. La plaintive Progné de douleur en frémit : Et dans les bois prochains Philomele en gémir. Sui moi, lui dû laNuit. L'Oyfeau plein d'ailegrcfle Reconncift à ce ton la voix de (à MaiftrefTe. Il la fuit : & tous deux, d'un cours précipité, De Paris à l'inftant abordent la Cité. Là s'élançant d un vol, que le vent favorife, Us montent au fommet de la fatale Eglife. La Nuit baifTc la veuë, & du haut du Clocher Obferve les Guerriers, les regarde marcher. J.» Elle void l'Horloger, qui d une main légère, * Tient un verre de vin qui rit dans la fougère, Et chacun tour à tour s'inondant de ce jus, Célébrer en buvant Gilotin & Bacchus. Ils triomphent, dit-elle, & leurameabufée Se promet dans mon ombre une vittoirc aifée. i$S LE LUTRIN. Mais allons, il eft temps qu'ils connoiflent la Nuit. A ces mots regardant le Hibou qui la fuit, Elle perce les murs de la voûte facrée, Jufqu'en la Sacriftie elle s'ouvre une entrée, Et dans le ventre creux du Pupitre fatal Va placer de ce pas le finiftre animal. Mais les trois Champions pleins de vin & d'audace* Du Palais cependant 'partent la grande place : Et fui vaut de Bacchus les aufpices (àcrez, De l'augufte Chapelle ils montent les degrez. Ils atteignoient déjà le fuperbe Portique, Ou Ribou le Libraire, au fond de fa boutique, • Sous vingt fidèles clefs, garde & tient en dépoft L'amas toujours entier des e'erits de Burlbft. Quand Boirude, qui void que le péril approche, Les arrefte, & tirant un fufil de fa poche, Des veines d'un caillou, qu'il frappe au même inftant Il fait jaillir un feu qui pétille en fortant : Et bien toft au bràzier d'une mefche enflammée, Montre, à l'aide du fouffre, une cire allumée. Cet Aftre tremblotant, dont le jour les conduit, E(l pour eux un Soleil au milieu de la nuit. Le Temple à fa faveur efl: ouvert par Boirude. Ils pallent de la Nef la vafte folittide, Et dans la Sacriftie entrant, non (ans terreur, En percent jufqu'au fond la tenebreufè horreur. C'eit-làque du Lutrin gift la machine énorme. La troupe quelque temps en admire la forme. Quand l'Horloger qui tient les momens précieux: Ce fpeftacle n'eft pas pour amufer nos yeux, Dit-il, le temps cft cher, portons-le dans le Temple Ceft-là qu'il faut demain qu'un Prélat le contemple. Et d'un bras, à ces mots, qui peut tout ébranler, Lui-même le courbant s'apprefte à le rouler. Mais à peine il y touche, ô prodige incroiable i Que du Pupitre fort une voix eftroiable, Brontin en eft ému : le Sacriftain pallie : Et 1* Horloger commence à regretter fon lie. CHANT TROISIESME. 16) Dans fon hardi projet toutefois il s'obftine : Lorfque des flancs poudreux de la vafte machine L'Oilcau fort en couroux, & d'un cri menaçant Achève d'eftoniïer l'Horloger paflifTant. De (es aifles dans l'air fecoiiant la pouflïere, * Dans la main de Boirudc il efteint la lumière. Les Guerriers à ce coup demeurent confondus : Ils regagnent la Nef de frayeur éperdus. Sous leurs corps tremblotans leurs genou x s'arToibliflent, D'une fubite horreur leurs cheveux fe heriffent : Et bien toft> au travers des ombres de la nuit, Le timide Efcadron fe dilîipe & s'enfuit. Ainfi loriqu'en un coin, qui leur tient lieu d'az:lc> D'Ecoliers libertins une Troupe indocile, Loin des yeux d'un Préfet au travail aflidu, Va tenir quelquefois un Brelan deffendu : Si du veillant Argus Ja figure ciïraianre, Daps l'ardeur du plaifîr à leurs yeux fè prelcnte» Le jeu ce/Te â l'inftanr, l'azile cft déferre'. Et tout fuit à grands pas le Tyran redoute'. La difeorde, qui void leur honteufe dilgrace, Dans les airs cependant tonne, e'clate, menace : Et malgré Ja fraieur dont leurs coeurs font glacez, S'apprefte à reunir fes Soldats difperfez. • A ufli-toft de Srdrac elle emprunte l'image : Elle ride fon front, alongc fbn vilage, Sur un bâton noueux laifle courber (on corps, Dont la Chicane femble animer les relïbrrs. Prend un cierge en fa main, & d'une voix cafTeV, Vient ainfi gourmander la Troupe terraflec. Lafches, où fuiés-vous ? Quelle peur vous abbat ? Aux cris d'un vil Oifeau vous cedez fans corn bar. Où font ces beaux difeours jadis fi pleins d'audace? Craignez-vous d'un Hibou l'impuillànre grimace ? * Que feriez- vous, helas ! fi quelque exploit nouveau Chaque jour, comme moi, vous traînoit au Barreau £ S'il faloit fans amis, briguant une audience, D'un Magiftrat glacé foûtenir la prefence : H Ou I?0 LE LUTRIN. Ou d'un nouveau procez, hardi Solliciteur, Sbord "r tans argent un Clerc de Rapporteur > Croiez-moi, mes Enfans : Je vous parle a bon t tre. Vai moi feul autrefois plai.de tout un Chapitre . fct le Barreau n'a point de monftres fi hagards. Dont "on «« f&* -nt fois foutenu les Tous les jours fans trembler jaflïegeois leurs paliagcs. L'Eglife eltoit alors fertile en grands courages. Le moindre d'entre nous Guis argent, fans appui, Euft plaidé le Prélat & le Chantre avec lui. Le monde, de qui l'âge avance les ruines, Ne peut plus enfanter de ces ames divines : Ma>s qu? vos cœurs du moirts imitant leurs vertus, ne 'albea d'un Hibou ne foient pas abbatus Quand le Chantre demain entendra fa vidlo re $us verrez tous les jours, ^^V^^ Au feul mot de Hibou, vous fourirc en parlant. Voftre ame à ce penfer de colère murmure : Allez donc de ce pas en prévenir l injure. Méritez les lauriers qui vous font rcletvez, iî reflbuvenez-vous quel Prélat vous , fervez. Mais déïa la fureur dans vosycuxellinccle. Marchez! oufez, volez où l'honneur vous appelé. C5 le Prélat furpris d'un changement fi prompt A?prcnnelavengeanceaum-rofîquelaffront. En achevant ces mots, la DeclTe guerrière De fon pié trace en l'air un Gllon de lumière, Rend aux trois Champions leur intrépidité, Et les laine tous pleins de fa Divinité. CeSfi, grand Coude, , qu'en ce combat celet «. Où ton bras fit trembler le Rhin, 1 Efçaut, & Ebrc . Lors qu'aux plaines de Lens nos bataillons pouflez Furent prefque à tes yeux ouverts & renverfez : Ta Valeur arreftant les Troupes fugitives, Rallia d'un regard leurs cohortes craintives : Repandit dans leuts rangs ton elprit belliqueux, Et força la Viftoirc à te fuivrc avec eux. CHANT TROISIEME. 171 La colère à l'inftant fuccedanc à la crainte, Ils rallument le feu de leur bougie efteiate. Ils rentrent. I/Oyfeau fort. L'EÎcadron raffermi Rit du honteux départ d'un fi foible Ennemi. Auffi-toft dans le Çhœur la Machine emportée * » Efl; fur le banc du Chantre à grand bruit remontre. Ses ais demi pouris, que l'âge a relâchez> Sont à coups de maillet unis & raprochez. Sous les ceups redoublez tous les bancs rctentiflent, Les murs en font emûs, les voûtes en mugiflent, * Et l'Orgue même en poniTe un long gemiflèment. Que fais- tu Chantre, Helas 1 dans ce trifte moment > Tu dors d'un profond fomme, Se ton cœur fans alarmes Ne fçait pas qu'on baftit l'inftrument de tes larmes. O 1 qne h quelque bruit, par un heureux réveil» T'annonçoit du Lutrin le funefte appareil ! Avant que de fonifrir qu'oncn poiattlamaffe; Tu viendrois cji Apoftre expirer dans ta place, Et martyr glorieux d'un point d'honneur nouveau. Offrir ton corps aux clous, & ta tefte au marteau* Mais déjà fur ton banc la Machine enclavée Eft durant ton fommeil à ta honte eflevéc. Le Sacriftain achevé en deux coups de rabot : Et le Pupitre enfin tourne fur fou pivot. H 1 CHANT I7l - LE LVT RI A r . f CHANT IV. T ' Es Cloches dans les airs de leurs voix argentines, L Apelloient à grand bruit les Chantres a Matines : fendleur Chef agitéd'un fomme.leffraiant, Encor tout en fueur, fc reveille en criant. Aux élans redoublez de fa voix douloureufe, Tous fes Valets tremblans quittent la plume o.leufe. Le vigilant Girot court à lui le premier. Ceft : d'un Maiftre fi laint le plus digne Officier. La porte dans le Chœur à fa garde elt commiie : Valet fouple au logis, fier Huiffier a 1 Egh e. Quel chagrin, lui dit-il, trouble voftre lommçi ? Quoi 5 voufez-vousau Chœur prévenir le Soleil ? • Ah ! dormez : & laiflèz à des Chantres Vulgaires, Le foin d'aller fi-toft mériter leurs falaircs. Ami, lui dit le Chantre encor pafle d'horreur, N'infulre point, de grâce, à ma jufte terreur. Mêle plûtoft ici tes foûpirs à mes plaintes. Et tremble eu écoutaut le fujet de mes craintes. Pour la féconde fois un fommeil gracieux A voit fous fes pavots appefantinws yeux: Quand l'efprit enyvré d'une douce himce VÏi crû remplir au Chœur ma place accoutumée. Là triomphant aux yeux des Chantres impuillans, ]e benillbis le peuple, & j'avaloisl'encens : Lorfquc du fond caché de noftre Sacnftie, Une épaiffe nuée à longs flots tlt fome, Qui s'ouvrant à mes yeux dans (on blualtre éclat, M'a fait voir un Serpent conduit parle Prelar. Du corps de ce Dragon plein de louffrc & de nurc, Une tefte fortoit en forme de Pupitre, Dont le triangle affreux tout heriflfô de crins, SurpalToit en groflèur nos plus épais Lutrins. Animé par Ion guide en nflant il s'avance : Contre moi fur mon banc, je le voi qui s'eflaacc. CHANT QJJ AT R I E M E. 17 j J'ai crié, mais envahi : & fuiant fa fureur, Je me fuis réveille' plein de trouble & d'horreur. Le Chanrre s'arreftant à cet endroit funefte A Tes yeux efFraiez laiflc dire le refte. Girot en vain l'apure, 8c riant de fa peur, Nomme fa vifion reffer d'une vapeur, Le defblé Vieillard qui hait la raillerie, jtS Lui défend de parler, fort du lit en furie. On apporte à l'inftant Ces fomptueux habits, Où fur 1'oiiate molle éclate le tabis : D'une longue foutane il endolle la moire, Prend fts gants violets, les marques de fa gloire, Et faifit en pleurant ce rochet, qu'autrefois Le Prélat trop jaloux lui rogna de trois doigts. Audi-tort: d'un bonnet ornant fa tefle grïfc, Déjà PaumufTe en main il marche vers l'Eglifc, Ec haftantde fesans l'importune langueur, Court, vole & le premier arrive dans le Choeur. OToi,qui fur ces bords qu'une eau dormante mouille,* Vis combatre autrefois le Rat & la Grenouille : Qui par les traits hardis d'un bizarre pinceau Mis l'Italie en feu pour la perte d'un Seau : t Mufè, prête à ma bouche un^ voix plusfàuvage, Pour chanter le dépit, la colère, h rage, Que le Chantre fèntit allumer dans fon fang A T'afpecl du Pupitre eflevé fur fbn banc. D'abord pafle& muet, de colère immobile, A fpree de douleur , il demeura tranquile : Mais fa voix s'échapant au travers des fanglots, Dans (abouche à la fin fit palTagc à ces mots- La voilà donc, Girot, cette hydre épouvantable, Que m'a fait voir un fonge, helas ! trop véritable. Jeîe voi ce Dragon tout preft à m'égorger, Ce Pupitre fatal qui me doit ombrager. . Prélat, que t'ai- je fait ? Quelle rage envieufe Rend pour me tourmenter ton ame iugenieufe ? H j Quoi* * Homère a fait l a guerre des Rats & des Grenouilles, *f La Seccbia rapita. Poemc Ital. i 7 4 L £ L U T R 1 N. Quoi ? même dans ton lit, Cruel, entre deux draps, Ta profane fureur ne fè repofe pas? O Ciel ! quoi ? fur mon banc une honteufe maflè Déformais me va faire un cachot de ma place ? Inconnu dans TEglife, iuvifible en ce lieu Je ne pourrai donc plus eftre vu que de Dieu ? Ah 1 plûtoft qu'un moment cet affront nVobfcurcilTe, Renonçons à l'autel, abandonnons l'Office, Et fans lafler le Ciel par des chants fuperflus, Ne voions plus un Choeur, où l'on ne nous void plus» Sortons. Mais cependant mon Ennemi tranquilc Jouira fur fon banc de ma rage inutile, Et verra dans le Chœur le Pupitre cxhaufïe Tourner fur le pivot où fa main l'a placé. Non, s'il n'eft abbatu, je ne fçaurois plus vivre. A moi, Giror. Je veux que mon bras m'en délivre. Pcriflbns s'il le faut : mais de fes ais brifèz Entraînons, en mourant, les reftes divifez. A ces mots, d'une main par la rage affermie, H alloit terralïer la Machine ennemie, Lors qu'en ce facref lieu, par un heureux hazard, Entrent Jean lè Chorifte; & le Sonneur Girard Qui de tout temps pour lui bruflant d'un même zele, •Gardent pour le Prélat une haine fidèle. A l' Afped du Lutrin tous deux tremblent d'horreur. Du Vieillard toutefois ils blâment la fureur. Abattons, difènt-ils, fa fuperbe machine : Mais ne nous chargeons pas tous feuls de fà ruïnc, Et que tantoft aux yeux du Chapitre affemblé Il foit fous trente mains en plein jour accable'. Ces îîfots des mains du Chantre arrachent le Pupitre. J'y confens, leur dit-il, affemblons le Chapitre. Sus donc,-allez tous deux, par de faints hurlemens, Réveiller de ce pas les Chanoines dormans. Partez. Mais à ce mot, les Champions pafliffent : De l'horreur du péril leurs courages fremiffent. Ah ! Seigneur, dit Girard, que nous demandez- vous ? De guee modeiç* un aveugle couroux. Nous CHANT QJJATR7EME. 17$ Nous pourrions réveiller des Chantres & des Moines : Maitfméme avant l'Aurore éveiller des Chanoines ? Qui jamais l'entreprit ? Qui l'oferoic tenter ? Eft-cc un projet, ô Ciel î qu'on puifTc exécuter ? He ! Seigneur : quand nos cris pourroienc du fond des rues De leurs appartenons percer les avenues : Apeller ces valets autour d'eux eflendus> De leur fecré repos miniftres affidus, Et pénétrer ces lifts au bruit inacceffibles: Penfèz-vous, au moment que ces Dormeurs paifibles De la tefte une fois prefluu un oreiller, Que la voix d'un mortel puifle les réveilter ? Deux Chantres feront-ils, dans l'ardeur de vous plaire, Ce nue depuis trente ans fix cloches n'ont pu faire ? Ah î je voy bien où tend tout ce difeours trompeur, Reprend le chaud Vieillard, le Prélat vous fait peur, Je vous ay vu cent fois (bus fà main beni/Tantc Courber /èrvilement une épaule tremblante. Hé bien, allez, fous lui fléchiflez les genoux. Je fçaurai réveiller les Chanoines fans vous. Vien, Girot, feul ami qui me refte fidèle. Prenons du faint Jeudi la bruiante Crefïèle. * Sui- moi. Qu'à fon lever le Soleil aujourd'hui Trouve tout le Chapitre éveillé devant lui. Il dit. Du fond poudreux d'une armoire ûcréc Par les mains de Girot la Creflçlle eft tirée. Ils Portent à l'inftant, & par d'heureux efforts Du lugubre inftrument font crier les reflbrts, Pour augmenter l'effro^ la Difcorde infernale Monte dansJe Pahis , entre dans la grand' Sale, Et du fond de cet antre, au travers de la nuit, Fait fortir le Démon du tumulte & du bruit. Le quartier alarmé n'a plus d'yeux qui fommeilfent* Déjà de toutes parts les Chanoines s'éveillent : L'un croit que le tonnerre eft tombé fuf les toits, Et que l'Eglife brufle une féconde fois. H 4 L'au- * Inftrument dont onfe fert le leudi faint attitudes Cltchex- i 7 é LELVTRÎN. L'autre encor agité de vapeurs plus funèbres Penfe eftre au Jeudy fainr, croît que Ton dit Ténèbres, Et déjà tout confus tenant midi tonne* Eu foi-même frémit de n'avoir point difné. Ainfi, lors que tout preft à brifer cent murailles, 1 0 U I S, la foudre en main, abandonnant Vcrfaillcs, Au retour du Soleil & des Zephirs nouveaux, Tait Jans les champs de Mars déploier fes drapeaux : Au feul bruit répandu de (a marche eftonnante, Le Danube s'émeut, le Tage s'épouvante, Bruxelle attend le coup qui la doit foudroier, Et le Batave encor eft preft à (e noyer. Mais en vain dans leurs lids un jufte effroi les preflc : Aucun ne laifle encor laplume cnchantere/Fe. Pour les en arracher Girot s'inquietant Va crier qu'au Chapitre un repas les attend. Ce mot dans tous les cœurs répand la vigilance : Tout s'ébranle, tout fort, tout marche en diligence. Ils courent au Chapitre, & chacun fe prcfTanr, Flate d'un doux efpoir fon appétit naiflant. Mais, ô d'un déjeuner vaine & frivole attente : A peine ils font aflis, que d'une voix dolente! Le Chantre défolé lamentant fon malheur, Tait mourir l'appétit, & naiftre la douleur. Le feul Chanoine Evrard d'abftinence incapable, Ofë encor propofer qu'on apporte la table. Mais il a beau preffer, aucun ne lui refpond. Quand le premier rompant ce filencc profond, Alaiatoufle, & fc levé, Alain ce fçavant homme, Qui de Bauni vingt fois a leu tome la Somme, Qui pofiede Abely, qui fçait tout Raconis, • Et mcfme entend, dit-on, le Latin d'Akempis. N'en doutez point, leur dit ce fçavant Canonifte f Ce coup part, j'en fuis (èur, d'une main Janfènifte, Mes yeux en font témoins : j'ay vu moi-même hier Entrer chez le Prélat le Chapelain Garnier. Arnaud, cet Hérétique ardent à nous détruire, Par ce Miniftrc adroit tente de le feduire. CHANT QJU 4 T R. 1 E M E. 177 Sans doute il aura lcu dans fon faim Auguflin Qu'autrefoitSaint Loiiis érigea ce Lutrin. II va nous inonder des rorrens de fa plume. *ll faut, pour'luy repondre, ouvrir plus d'un volume» Confultons fur ce point quelque Auteur fignalé. Voions, fi des Lutrins Bauny n'a point parié. Eftudions enfin, il en eft temps encore, Et pour ce grand projet, tantoft dés que l'Aurore Rallumcrale jour dans l'Onde enfeveli. Que chacun prenne en main le motlcu* Abcïï.* Ce confeil impreveu de nouveau les eftonae. 1 1 Sur tout le gras Evrard d'épouvante en frilîonnc. Moi } dit-il, qu'à mon âge Ecolier tout nouveau J'aille pour un Lutrin me troubler le cerveau? O le plâifant confèil ! non, non, fongeons à vivrçjT TflP Va maigrir, fi tu Yen x, & fecher fur un livre. Pour moi, je lis la Bible autanr que l'Alcoran : . Je fçai ce qu'un Fermier nous doit rendre par an : Sur quelle vigne à Rheims nous a?ons hypothèque^ Vingt muids rangez chez moi font maBibliotheque. En plaçant un Pupitre on croit nous rabaifler, Mon bras feul (ans Larin fçaura le reuverler. Que m'importe qu'Arnaud me condamne ou m'ap- prouve ? J'abbats ce qui ine nuit par tour 0,11 j: le trouve. C*eft-là mon (èntimtnr. A qfaoi bon tantd'apprefts ? Du refte déjeunons, Meffieurs, Se beuvons frais. Ce difeours, que fo fuient l'embonpoint di^vilàgc» Reftablit l'appétit, rechanffj le courage : Mais le Chantre fur tout en paroilt rafluré* Oui, dit-il, le Pupitre a déjà trop duré. Allons fur fa ruïne aillirer ma vengeance. Donnons à ce grand oeuvre une heure d'abftineiîccv Et qu'au retour tantoft un ample déjeuner Long-temps nons^ tienne à table, & s'uniflè au difuer* Audi-tolk il le levé, Se la Trouve fidèle, Par ces mots attirais fem redoubler fbn zèle- 178 LE LUTRIN'. Ils marchent droit au Chœur d'un pas audacieux» Et bien-toft le Lutrin fe fait voir à leurs yeux. A ce terrible objet aucun d'eux ne confulte. • Sur l'ennemi commun ils fondent en tumulte. Ils fappent le Pivot qui fe dcffend cnvain, Chacun fur lui d'un coup veut honorer fa main. Enfin fous tant d'effors la Machine fuccomte, Et fon corps entrouvert chancelé» éclaté, & tombe. Tel fur les monts glacez des farouches Gulons Tombe un chefnc battu des voi/ïns Aquilons. Ou tel abandonne? de fes poutres ufées Fond enfin un vieux toit lous fes tuiles brife'es. La MaiTe eft emportée, & fes ais arrachez Sont aux yeux des Mortels chez le Chantre cachez» CHANT CIWQUrEME. 17* CHANT V. L'Aurore cependant d'un juflc effroi trouble Des Chanoines levés voici la troupe aiTcmbléc,. Et contemple long- tecfîps> avec des yeux confus» Cesvifages fleuris quleïle n'a jamais vus. ChezSidracaufii-toft, Brontin d'un pié fidèle Du Pupitre abbatu va porter la nouvclc. Le Vieillard de fes foins bénit l'heureux fuccés, Et fur un bois détruit battit mille procès. L'efpoir d'un doux tumulte échauffant fon courage, 11 ne fent plus le poids ni les glaces de l'âge, Et chez le Trelbrier de ce pas, à grand bruit. Vient étaler au jour les crimes de la nuit» Au récit imprévu de l'hoftible m/blence, Le Prélat hors du lid impétueux s'e lance. Vainement d'un breuvage à deux mains apporte Gilotin* avant tout, le veut voir humedé. H veut partir à jeun, il fe peigne, il s'apprefte. L'yvoire trop hafté deux fois rompt fur fa tefte. Et deux fois de fa main le bouïs combe en morceaux- Tel Hercule filant rompoit tous les fu (eaux- Il fort demi paré. Mais déjà fur fà porte II void de faints Guerriers une ardente cohorte,. Qui tous remplis pour lui d'une égale vigueur Sont prelts pour le fèrvir à deferter le Chœur- Mais le Vieillard condamne un projet inutile. Nos deftins font, dit-il, écrits chez la Sybile- Son antre n'eft pas loin. J^ns la confulter, Ec fubiflbns la loi qu'elle nSis va didter. Hdit : ace confei!, où la raifon domine, Sur fes pas au Barreau la Troupe s'achemine,. Et bien-toft dans le Temple entend, non fans frémir* De l'Antre redouté fcs foupiraux gémir- Entre ces vieux appuis, dont TafFreufe GrancfSalc Soutient l'énorme poids de fa voûte infernale,, h 6 m ï 180 L E L*V T R î N. Eft un Pilier fameux des Plaideurs refpe&c, Et toûjours de Normans à midi fréquenté. Là fur des tas poudreux de facs & de pratique Heurle tous les matins une Sybile étique : On l'appelle Chicane, & ce monftre odieux Jamais pour l'équité', n'eut d'oreilles ni d'yeux. La Difètte au teint blême, & la tnjte Famine, Les Chagrins devorans, & l'infameJluïne, Enfans infortunés de fes raffinemens, Troublent l'air d'alentour de longs gemifTemens. Sans ceffe feuilletant les loix & la Coutume, Pour confuîT\er autrui le Monftre fe confume, Et dévorant maifbns, palais, chafteaux entiers, Rend pour des monceaux d'or, de vains tas de papiers. Sous le coupable effort de fa noire infolence Themis a veu cent fois chanceler fa balance. Inceflamment il va de détour, éîi détour, Comme un hibou fouvent il fe dérobe au Jour, Tanroft les yeux en feu c*eft un Lion fuperbe, Tantoft humbîc ferpent il fe glifle fous l'herbe. En vain, pour le donner, le plus jufte des Rois lit régler le cahos des tenebreufes Loix, Ses griffes vainement par Pullort* accourcies Se ralongent déjà toujours d'encre noircies, Et fes rufes perçant & digues & remparts* Par cent brèches déjà rentrent de toutes parts. . Le Vieillard humblement l'aborde & le falué > Et faifant , avant tout, briller l'or à fa viie : Reine des longs procès, dit-il, dont le fçavoir Rend la force inutile & les loix fans pouvoir, Toi pour qui dans le Mans l^Liboureur moirtonne, Pout qui naiffent à Caën tooPles fruits de l'Automne, Si dés mes premiers ans heurtant tous les mortels, L'encre a toûjours pour moi coulé fur tes autels. Daigne encor me connoiftre en ma (ai fon dernière. D'un Prélat qui t'implore exauce la prière. 9 Monjîeut Pujfirt Confiilter #£fat cft celui fui a le plus contré bue k faire le Cçdtr CHANT CINQUIEME. Un Rival orgueilleux de fà gloire offenfé A détruit le Lutrin par nos mains rcdrelfé. Epuifè en fà faveur ta feience fatale : Du Digefte & du Code ouvre nous le Dédale > Et montre nous cet art connu de tes A mis Qui dans fès propres loix embaralTe Themis. La Sy bile à ces mots déjà hors d'elle-mefme Fait lire fa fureur fur fon vifàge blême , Et pleine du Démon qui la vient opprefTer , Par ces mots eftonnans tafche à le rcpoufTer. Chantres % ?/e craignes plus une audace itjfè?jfée. Je vois , Je vois au Chœur la maffe replacée. Mais il faut des combats. Tel efi l'arreft du Sort : Et fur tout évités un dangereux accord. Là bornant fon difeours encor toute écumante , Elle foufle aux Guerriers J'efprit qui la tourmente Et dans leurs coeurs brûlans de la foif de plaider Verfe l'amour de nuire , Se la peur de céder. Pour tracer a loifir une longue requefte , A retourner ches foi leur brigade s'apprefte* Sous leurs pas diligens le chemin difparoift . Et le Pilier loin d'eux déjà baifTe & décroift . Loin du bruit cependant les Chauoinesà table Immolent trente mets â leur faim indomtable. Leur appétit fougueux par l'objet excité» Parcourt tous les recoins d'un monftrueuxpafté. Par le lèl irritant la foif eft allumée. Lorfque d'un pic léger la promte Renommée Semant par tout l'effroi vient au Chantre éperdu Conter l'affreux detail.de l'oracle rendu. Il fe levé enflamrr^Jc mufeat & de bile > Et prétend à fon tour confulrer la Sybile. Evrard a beau gémir du repas deferte , Lui meime eft au Barreau par Je nombre emporté. Par les détours eftroits d'une barrière oblique Ils gagnent les dégrés & le Perron antique > Où fans celTe étalant bons & méchaus écrits Barbin vend aux pallàus des Auteurs à tout prix. H 7 iSl LE L V T R I Jff. Là le Chantre à grand bruit arrive & fefait place, Dans le fatal inftan t que d'une égale audace Le Prélat & fa Troupe , à pas tumultueux > Defcendoicnt du Palais Pefcalier tortueux» L'un & l'autre Rival s'arreftant au paffage. Semefuredesyeux , s'obferve, s'envilâge. Une égale fureur anime leurs efprits. Tels deux fougueux Taureaux de jaloufie épris , Auprès d'une Geniflè au front large & ftiperbe r Oubliant tous les jours le pafturage & l'herbe , A PafpeA l'un de l'autre erabrazés , furieux , . Déjà , le front baifle , fe menacent des yeux. Mais Evrard en partant coudoie par Boirude Ne fçait point contenir fon aigre inquiétude » 11 entre chés Barbin , &4'un bras irrité SaifilTant du Cirus un volume écarte > Il lance au Sacriftain le tome épouvantable. Boirude fuit le coup : Le volume effroiable r Lui raze le vifage > & droit dans l'eftomac Va frapper en nflant.l 'infortuné Sidrac. Le Vieillard accablé de l'horrible Artamcne Tombeaux pies du Prélat fans pouls & fans halaine. Sa Troupe le croie mort & chacun emprefle , Se croit frappé du coup dont il le void blelTé. Aufli-tofl contre Evrard vingt Champions s'élancent r Pour fbûtenir leur choc les Chanoines s'avanceut* La Difcorde triômphe , & du combat fatal Par un cri donne en l'air Peffroiablc fignal. Chés le Libraire abfent tout entre , tout fe mefle y Les livres fur Evrard fondent comme la grefle Qui dans un grand jardin , à coups impétueux ». Abbat l'honneurnaiflant des rameaulnrucliueux. Chacun s'arme , au hazard du livre qu'il rencontre- L'un tient l'Edid: d'amour , Pautre en faiût la Montre* L'un prend le feul Jonas qu'on ait veu relié , L'autre un Ta/Te François en naifTant oublié* L'Elevé de Barbin , commis à la boutique * Veut envam s'oppofei à leur fureur Gothique > CHANT CJNQJJIEME. i Les volumes (ans choix à la tefte jette's Sur le Perron poudreux volent de tous coftés. * Là > prés d'un Guarini Terence tombe à terre. Là , Xenophon dans l'air heurte contre un la Serre. O que d'Ecrits obfcurs , de Livres ignorés Furent en ce grand jour de la poudre tirés ! Vous en fuftes tirés Almerinde & Simandre : Et toi , rebut du peuple , inconnu Caloandre , Dans ton repos , dit-on , fàifï par Gaillerbois Tu vis le jour alors pour la première fois. Chaque coup fur la chair laiffe une meurtrifTure. Déjà plus d'un Guerrier fc plaint d'une bleflurc. D'un le Vayer épais Giraut eft renverfé. Marineau d'un Brebœuf à l'épaule bleffé , En (ent par tout le bras une douleur amerc , Et maudit la Pharfale aux Provinces fî chère. D'un Pinchefne m quart* Dodillon eftourdi A long-temps le teint pafle , & le cœur affadi. Au plus fort du combat le Chapelain Garagne Vers le fommet du front atteint d'uo Charîcmagne» Des vers de ce poëme effet prodigieux : Tout preft à s'endormir baaille & ferme les yeux,, A plus d'un Combattant la Clelie eft fatale. Girou dix fois par elle éclate & It fignale. Mais tout cede aux efforts du Chanoine Fabri. Ce Guerrier dans I'Eglifeaux quereles nouri Eft robufte de corps, terrible de vifage, Et dç l'eau dans fon vin n'a jamais fecu l'ufage. U terrallè lui feul & Guibert , & Graffet , Et Gorillon la baffe , & Grandin le fauffet , Et Gerbais l'agréable , 5c Guerin l'infipide. Des Chantres déformais la brigade timide S'écarte & du Palais regagne les chemins. Telle àl'afpeâ: d'un loup, terreur des champs roifîns y Fuit d'Agneaux effraiés une troupe bêlante : . Ou Tels devant Achille , aux campagnes du Xante > Les Troyens Ce fauvoient à l'abri de leurs tours. Quand Brontin à Boirude adrefle ce difeours. !84 L E L U T R I Illuftre Porte-croix , par qui noftre bannière N'a jamais en marchant fait un pas en arrière x Un Chanoine lui feul triomphant du Prélat Du rochet à nos yeux ternira-t-il l'éclat ? Non , non , pour te couvrir de fa main redoutable , Accepte de mon corps I'épaifleur favorable. Vien , & fous ce rempart a ce Guerrier hautain lais voler ce G * * qui me refte à la main. A ces mots il lui tend le doucereux ouvrage. Le Sacriftain bouillant de zele & de courage Le prend y fe cache , approche , & droit entre les yeux; Frappe du noble écrit l'Athlète audacieux s Mais c'eft pour l'ébranler une foible tempefte. Le livre fans vigueur mollit contre fa tefte. Le Chanoine les void de colère embrazés. Attendes , leur dit-il , Couple lâche & rufé , Et jugés C\ ma, main aux grands exploits novice Lance à mes Ennemis un livre qui mollilTe. A ces mots il faifït un viel Injartiat Gro/fi des vifions d'Accurfe & d* Alciat , Inutile ramas de Gothique écriture , Dont quatre ais mal unis formoient la couverture » Entourrée à demi d'un vieux parchemin noir , Où pendoità trois clous un relie de fermoir. Sur Tais qui le foûtient auprès d'un Aviccnne Deux des plus forts Mortels l'ébranlerôientà peine. Le Chanoine pourtant l'enlevé fans effort , Et fur le Couple pafle , & déjà demi-mort v Fak tomber à deux mains l'cffloiable tonnerre. • Les Guerriers de ce coup vont mefurer la Terre > Et du bois & des clous meurtris & déchirés , Long-temps > loiu du Perron , roulent fur les degrés. Au fpettacle eftonnant de leur cheuce imprévue: Le Prélat pouffe un cri qm pénètre la nue. Il maudit dans fon cœur le Démon des combats , Et de Thorreur du coup il recule lix pas. Mais bien-toft rappelant fon antique proucfle Il tire du manteau là dextre vengereile > CHANT CINQJJ1EME. it 11 part , & de fcs doigts faintemcnt alongés Bénit tous les PafTans en deux files ranges. II fçait quel'Ennemi , que ce coup va furprcndre > Déformais fur fès pies ne l'oferoit attendre , Et déjà void pour lui tout le Peuple en oouroux Crier aux Combattans I Prophanes, A genoux. Le Chantre qui de loin void approcher Forage , Dans fbn cœur éperdu cherche eu vain du courage : Sa fierté l'abandonne , il tremble , il cède , il fuie , Le long des fàcrés murs fa brigade le fuit > Tout s'écarte à Tinftant : mais aucun n'en réchappe > Par tout le doîgt vainqueur les fuit & les ratrappe. Evrard feul en un coin prudemment retire Se croioit à couvert de l'infulte facré : Mais le Prélat vers lui fait une marche adroite. 11 Tobferve de l'oeil , & tirant vers la droite , Tout d'un coup tourne à gauche , & d'un bras fortuné. Bénit fubitement le Guerrier conflcrné. Le Chanoine furpris de la foudre mortele Se dreffe , & leveenvain une telle rebelle : Sur fes genoux tremblans il tombe à cet afpe£fc , Et donne i la frayeur ce qu'il doit au refpcft. Dans le Temple auffi-toft le Prélat plein de gloire Va goufter les doux fruits de fa feinte viftoire , Et de Ieufvain projet les Chanoines punis S'en retournent chés eux éperdus > & bénis. CHANT VI L E LUTRIN. CHANT VI- rp Andis que tout confpire à la guerre facréc , X La Pieté fincere aux * Alpes retirée. Du fond de fon defert entend les triftes cris De fes Sujets cachés dans les murs de Paris. Elle quitè à Initiant fa retraite divine. La Foi d'un pas certain devant elle chemine. L'Efperance au front gay l'appuie & la conduit f Et la bourfe à la main la Chanté la fuir. Vers Paris elle vole , & d'une audace fainte Vient aux pies de Themis proférer cette plainte. Vierge , effroi des Méchans , appui de mes autels , Qui la balance en main règles tous les Mortels , Ne viendrai-je jamais , en tes bras falutaires , Que poufler des foupirs & pleurer mes miferes ? Ce n'eft donc pas allés , qu'au mépris de tes loix , L'Hypocrifie ait pris & mon nom êc ma voix , Que ious ce nom &cré,par tout fes mains avares Cherchent à me ravir crolTes , mitres , thiares ? Faudra-t-il voir encor centlvlonftres furieux Ravager mes Eftats ufurpés à tes yeux ? Dans les temps orageux de mon naiiTant Empile Au fortir du baptême on couroit au martyre. Chacun plein de mon nom ne refpiroit que moi. Le Fidèle attentif aux règles de loi > Fuiant des vanités la dangereufe amorce f Aux honneurs appelé n'y montoit que par force. Ces cœurs que les Boureaux ne f aifoient point frémir A l'offre d'une ijy tre eftoient prefts à gémir , Et fans peur des travaux , fur mes traces divines , Couroient chercher le Ciel au travers des épines. Mais depuis que l'Eglife eut aux yeux des Mortels De fon fan g en tous lieux cimenté fes autels , * LtgrAndcChATtrtufceftdans ItSxAlftu CHANT SIXIEME. itf Le calme dangei^ux fuccedant aux orages > Une lafche tiédeur s'empara des courages : De leur zele brullant l'ardeur fe ralentît : Sous le joug des péchés leur foi s'appefàncît $ Le Moine lecoiia le cilice & la hairc : Le Chanoine indolent apprit à ne rien faire : Le Prélat par la brigue aux honneurs parvenu Ne fceut plus qa'abufèr d'un ample revenu » . Et pour toutes vertus fit au dos d'un carrofle > A cofté d'une mitre armorier fà crofle. L'Ambition par tout chafla l'Humilité > Dans la crafie du froc logea la Vanité. Alors de tous les coeurs l'union fut détruite. #Dans mes cloiftres facrés la Difcorde introduite Y baftit de mon bien fes plus /èurs arfenaux , Traîna tous mes Sujets au pie des Tribunaux : En vain à fès fureurs j'oppo/âi mes prières , L'InfoIente à mes yeux marcha fous mes Bannière** Pour comble de mifère , un tas de faux Do&eurs Vint flatter les péchés de^ifeours impofteurs , Infe&ant les Elprits d'exécrables maximes , Voulut faire à Dieu même approuver tous les crimes, Une (èrvile peur tint lieu de Charité. Le befoin d'aimer Dieu pafïà pour nouveauté. Et chacun à mes piés , confêrvant fa malice , N'apporta de vertu que l'aveu de fon vice. Pour éviter l'affront de ces noirs attentats Je vins chercher le calme au fejour des frimats , Sur ces Monts entourés d'une eternele glace , Où jamais au Printemps les Hyvers n'ont fait places Mais jufauesdans la nuit de mes facrés Deferts Le bruit de mes malhenrs fait retentir les airs. Aujourd'hui mefme encor , une voix trop fidèle M'a d'un trifte defaflre apporté la nouvele. J'apprens cjye dans ce Temple où* le plus faint des Rois Confàcra toucle fruit de (es pieux exploits , i r Et * S. Louis fondateur de la faint 9 Chapelle. îSS LE L U T R I A r . Et fignala pour moi fa pompeufc largeffir , L'implacable Difcorde & l'infâme Molleflc Foulant aux pies les loix , l'honneur & le devoir Ufurpent en mon nom le fouverain pouvoir. Soufriras-tu , ma Sœur , une a&ion fi noire ? Quoi ? ce Temple à ta porte élevé pour ma gloire , Ou jadis des Humains j'attirois tous les vœux > Sera de leurs combats le théâtre honteux ? Non , non , il faut enfin que ma vangeance éclate. Aflêz & trop long-temps l'impunité les flatee. Pren ton glaive , & fondant fur ces Audacieux . Vicn , aux yeux des Mortels juftifier les Cieux, Ainfï parle à fa Sœur cette Vierge enflammée. La grâce eft dans fes yeux d'un feu pur allumée. f Themisfans différer lui promet fon fecours , La flatte , la raffurc , & lui tient ce difeours. Chère & divine Sœur , dont les mains fecourables Ont tant de fois feché les pleurs des Miferables ? "Pourquoi Toi mefme en proie à tes vives douleurs Cherches-tu fans raifon à grofljf tes malheurs ? Envain de tes fujets l'ardeur eft ralentie , D'un ciment éternel ton Eglifc eft baftie , Et jamais de l'Enfer les noirs fremiflemens N'en fçauroient ébranler les fermes fondemens. Au milieu des combats , des troubles , des quereles • Ton nom encor chéri vit au fein des Pideles. Croi-moi ; dans ce Lieu même où l'on veut t'opprimer > Le trouble, qui t'eftonne eft facile à calmer , Et pour y rappeler la Paix tant defirée > Je vais t'ouvrir , ma Sœur , une route alHirée, Prefte moi donc l'oreille , & rctien tes foûpirs. Vers ce Temple fameux fi cher à tes defirs Où le Ciel fut pour toi fi prodigue en miracles > Non loin de ce Pajais où je rens mes oracles > Eft un vafte fe jour des Mortels révéré , ■ % Et de Clients fournis â toute heure entoure. Là , fous le faix pompeux de ma pourpre honorable Veille au foin de ma gloire un Homme incomparable. Aride CHANT SIXIEME. \\ Arifte dont le Ciel, & Louïs ontfait choix Pour régler ma balance , & difpenfer mes loix. yar IUK îans le Barreau fur mon trofne affermie Je vois henrler envain la Chicane ennemie : Par loi la Vérité ne craint plus l'Impoftcur , Et l'Orphelin n'eft plus dévoré du Tuteur. Mais pourquoi vainement t'en retracer l'image \ Tu le connoi$ aflez , Arifte eft ton ouvrage. C'cft Toi qui le formas des fes plus jeunes ans* Son mérite (ànçtacbe cft un de tes prefens. Tes divines leçons avec le laid fuccées • Allumèrent l'ardeur de (es nobles penfées. Auffi fou coeur pour Toi, brûlant d'un fi beau feu N'en fit point dans le monde un lâche defaveu , Et fon zele hardi toujours preft à paroiftre , N'alla point fe cacher dans les ombres d'un Cloiftre , Va fe trouver , ma Soeur , à ton augufte nom Tout s'ouvrira d'abord en fa fainte Maifon. Ton vifage cft connu de fà noble famille. Tout y garde tes loix , Enfans , Sœur , Femme , Fille» Tes yeux d'un feul regard fçauront le pénétrer i Et pour obtenir tout tu n'as qu'à te montrer. Là s'arrefte Thcmis. La Pieté charmée Sent renaiftre la joie en fbn ame calmée. Elle court chés Arifte, & s'ofFrant àfes yeux , Que rnc (crt , lui dit-elle , Arifte , qu'en tous lieux Tu fignales pour moi ton zele & ton courage , Si la Difcorde impie à ta porte m'outrage } Deux piiilïàns Ennemis par elle envenimés , Dans ces mors autrefois , fi faints , fi renommés , A mes (acres autels font un profane infulce , Rempliirent tou t d'effroi , de trouble , & de tumulte. • De leur crime à leurs yeux va t'en peindre l'horreur > Sauve moi , fauve les de leur propre fureur. Elle fort à ces mots. Le Héros en prière Demeure tout couvert de feux & de lumière. De la celefte Fille il reconnoift l'éclat, Et maude au mefme inftant le Chantre & le Prélat. Mufê , c'eft à ce coup que mon Efpriç timide Dans fa courfe élevée a befoin qu'on le guide , Pour chanter par quels foins , par quels nobles travaux , Un Mortel feeut âéchir.ces fuperbesRivaux. Maisplutoft , Toi qui fis ce merveilleux ouvrage , Arifte , c'eft a toi d 'en inft ruire nôtre âge- Seul Tu peux révéler , par quel art tout-puiflant , Tu rendis tout-à-coup le Chantre obeiflant. Tu fçais par quel confeil ralTemblant le Chapitre Lui mefme , de fa main > reporta le Pupitfe , Et comment le Prélat de fes refpe&s content , Le fit du banc fatal enlever a l'inftant. Parle donc : c'eft à Toi d'édaircir ces merveilles. Il me fuffit pour moi d'avoir feeu, par mes veilles \ Jufqu'au fixiéme Chant pouffer ma fidtion , Et fait d'un vàin Pupitre un 'fécond Ilion. FiniÏÏbns. Aufli-bien , quelque ardeur qui nTinfpire > Quand je fonge au Hcros qu'il me reftc à décrire , Qu'il faut paner de Toi 5 mon Efprit éperdu. Demeure fans parole , interdit , confondu, Àrifte , c'eft ainfî qu'en ce Sénat illuftre Où Themis par tes foins reprend fon premier luftre Quand la première fois un Athlète nouveau Vient combatre en champ clos aux jouftes du Barreau, Souvent , fans y penfer , ton augufte prefènec Troublant par trop d'éclat fa timide éloquence , Le nouveau Ciceron tremblant , décoloré , Cherche erivain fon difeours fur fa langue égaré , En vain,pour gagner temps, dans fes tranfes affreufes > Traine d'un dernier mot les fyllabcs honteufès , Il hefite , il bégaye , & le trifte Orateur Demeure enfin muet aux yeux du Spe&ateur. TABLE DES M A T I E 3JB S A Age. VoyeZt'hfp. A obé paffionne pour l'Arcbiteéfure , pag. 1 4 6 Abcli. Fameux Auteur de la Mûële Theologique , 177 Abondance entre tenuê au fort de la famine > j6 abondance fier fie de quelques Auteurs , 1 1 1 Abftinence. Homme incapable dabflinence , 17É Accord. Tout accord efi dangereux à la chicane , 181 Achille , J^ Ambition. Z,* /à/ce f Ambition , 49 L'Ambition a chaffê l'humilité > 188 Ami. Qu'il faut dfifcerner le flateur de V ami en fait d * ou- vrages far efcrit , 126 Amour. Comme il entra dans les fie ces de Théâtre , dans les Romans , 1 5 6 Que l % amour exf rimé chaflement ne doit foin t eflre banni de la Scène , 148 Amphion yè/ accords , 150 Ancedres. f^ez, Noble/Te. Angeli. Le fort de l' Angeli , ^ 10 Animal. La conduite ae thomme comfarée avec l'inflinèt des Animaux* }l &fuiv. Antre de la Sybile, 179 Apelle. Z-e fortratt d* Alexandre refervè four le fince au fAfelle , • il Apollon Dieu bicarré > 130 Afollon ne promet aux Auteurs les flus Jçavans qu'un nom des lauriers , 150 Appétit nai/fantflaté d'un doux ejfoir > 17$ Af petit reffufcitè , 177 Architc&iire. Voyez, Abbé. Ardeur fertlleufe , ^/ m Ariofte , Je/ i ailes comiques , 141 Ârifte , homme incomparable , 189 Arbitre du différend mu entre le Prélat cr le Chantre , Arc de voter eft en vogue aujourd'hui , 20 >4>7 audacieux , 5 1 Jln'j a rieiï de p odieux qui e fiant imité far /* t ^//7^ agréable. 1 " 4 df/Ww fait un me/lier mercenaire^ 149 AfnCi FiBion du raifonnement de ï Afne à t égard de l'Homme y 54 Avare. Les mœurs d'un Avare -, 3 } . & fuiv. Avarice, Entretien de t Avarice avec un Avare 48, 49 VA- DES MATIERES. V Avarice péché univerfel , 82, Augufte. Il faut ejîre un Virgile pour chanter un Augufte , 1 2 A quoi fert un Augufte fans un Mecenas , 1 9 Qtim Augufte peut faire aifêment des Virgiles , 7 8 Aumofnier. Confeils d'un Aumofnier à fon Prélat , 1 $7 Avocat. Dejcription d'un jeune Avocat. 1 90 Auteur. Defcription remarquable de la retraite à 1 un Auteur defefperè d* acquérir de la réputation , 1 7 . 8c fu i v. Auteur fans défaut , 12.30 Entretiens fur quelques Auteurs du temps , 29 Grand nombre cC Auteurs dans Paris , lleft fafcbeux à fin Auteur de fe voir fans LeBeur , 74 R'gles ennemietaux Auteurs , 79 Auteur ami de fesejçrits , & comment il fe comporte envers ceux qui les critiquait , 126 Ce ftec le fertile en foîs Auteurs , 127 Vains Auteurs , 1 29 Auteur altier &Ja prefomption , 133 Auteurs qui appliquent leur propre car aSîere à tous leurs Hé- ros , blafmez, 137. Voyez Théâtre. Auteur agréable fur le Théâtre , X 4^ Vcn ne peut fouffiir un Auteur médiocre en fait de vers, 146 Auteurs dangereux , j 4g Auteur vertueux , I ^.g Auteurs dégoûtez de gloire , & affamez i argent » 1 99 Auteurs efclaves de leurs Leiïeurs , 9 7 Auteur novice à répandre ? encens , 1 o 6 Auteur emporté d un faux zele , là mefme Ayeux. élue la longue fuite de grands Ayeux eft inutile à qui en dégénère , 3 7 Azile. Voyez Nom. I. B. Bac- B TABLE * B. | Acchus. Les aufpicesjacrez de Bacchus , ' 168 Badiner noblement , 1 44 125-. 131 Ballades Marot , _^ Barbarifme. Qu'il faut éviter m pompeux Barbarifme dans ce que Ton efcrit, Barreau. Balayer le Barreau de Ja robe, 20 monfires hagards du Barreau , 170 Barricades au milieu de la faix , 39 Bartole. D'Apollon recourir à Bartole , 20 BaflTefle amenée par l'indigence , 15-0 Bauny. Fameux Cafuijle. 176 Beauté courte , 1 09 Ben ferade , Poète célèbre 9 ifi Bergerac , Auteur du voyage de la Lune , 1 47 Bergerat, $f Beringhen. Voyez Rhin. Bertaut Poète , 1 14 Bible. La fainte horreur de ce livre divin , 5-3 Bibliothèque compofée de vingt muids de vin , 177 Bien eÎP mal prifez aujujle , 107 Bienfeance. Quelle doit ejhe gardée ejlroitement dans la Scène , 137 Bigot. Zeleaffetlé d*un Bigot orgueilleux , 32 Blafmcr. Que le droit de Blafmer les Auteurs eji un droit an- cien , 7 o Blafon. V invention & les termes obfcurs du Blazon , 3 6 Bonnet. Affront falutaire du Bonnet verd, . 17 Borner. QtSilfaut fe borner en écrivant , 1 2 2 Boufon odieux , 109 Branche pourrie dun tronc fort illufire , 3 7 Bras qui fit trembler le Rhin , PEfcaut , & VEbre , 170 Brazier d 'une me fche enflammée , 168 Brebeuf . La Pharfale de Brebeuf, 103. 1 24 Bruit. Description du Bruit de Paris pendant la nuit , 40. &Juiv. Burlefque. Les progrez & le degoufi du vers byrlefque , 1 24 Bur- DES MATIERES. Burfoft. Les écrits de Burfojl renfermez dans les magafmu i6S C. G A barets pleins de Chantres beuvans , 1 6t Cadence. Votez Malherbe. Oreille fevere pour la Cadence , 1 2 j Caillou. Tirer du feu des veines fun Caillou, • 16S Calepin. Viez Alphabet. Cambray. Saprife, 5 81 Chefnc battu des Aquilons , 178 Chicane. Ardeur de la Chicane , 157 Chtcanes entnnes, 2 0 Chicane appcllce Sybile etique , 180. Sesenfam, lànief- me. Defiription de la chicane , 180.181 Difiours adreffe à la chicane > là mel me. Ce que produit la chicane , là mel me. Cid. V éloge du Cid > 61 Cinna doit fa naiflance au Cid perficutê , 1 00 Circonftance. Eviter les bajfes Cir confiances , 1 04 Ci ft eaux & fin repos y 1 66 Cler vaux & fi* reforme , là mefme. Claude Mmifire de Charenton & fies fiphifmes , 8 1 Climat. La diverfité des humeurs félon les climats , 137 Cloche. Les voix argentines des cloch;s , 172 Coëflin. Voyez Rhin. Cœur noble , I0 7 Cohorte ardente defaints Guerriers , 166 Col ère. En quoi la colère vaut un Apollon , 2 0 Colleter, & le fiuci qui te trouble , ' ifl Combat , où les livres firvent d'armes , 1 Si. 8c fuiv. Comédie. V origine de la Comédie dans Athènes , & fis pro- grès, : - ! 43 Ses qttalitez necejfaires , là mefme. Condé. royezRh'm. E loge du Prince de Condé , 1 7 0 Congrez. Mot bnrlefque , 5* 1 Cont) uenns. Diverjes fortes de Conquérants , 7f Le récit des exploits d'un Conquérant vulgaire , efi ennuyeux , 140 Coquette , fis artifices , 1 09 Corneille, Poète illufire* ij 1 Corps. DES MATIERES. Corps. La courte groffeur d'un corps ramalfe , i$j Cotin. Endiff rens endroits , 57. 5*9. 61 . 65.64 Cour. Que la Cour eji fertile en modèles , 144 Couroux aveugle, 174 Cou fïi ns qui gémirent fous une molle èpaiffeur , 1 y 7 Creflclle brûlante , eÎT ^ éV/? , 1 7 f Crime. Funejle cfflt du pr:mier des crimes , 83 Croire. Ce» 90* /'oh ne crut pas ne touche point , 1 3 y D. DAnube. ftyigRhin. Début . gw/ «Wf eflre le début d'un Poème , 141 Déguifemcnt remarquable y 2.f6 Déjeuner qui attend le difner y 15-6 £V/7i * & frivole at terne d'un déjeuner > 276 Del ices afe la Campagne > 94 De la vie retirée , 96» Démon qui foufle dans les cœurs la fatigue & la guerre , 1 6? Démon du tumulte & du bruit , 175" Déplaire pour vouloir trop plaire , 10S Defcription. Quelles doivent ejlre les Descriptions dans un Poème , 1 40 Defportes, Poète > 124 Deft i ns écrits chez la Sybile , 179 Détail.. Le Détail inutile doit ejire évité , 121 Dieu bravé par poltronerie , 81 Q^jlfaut fe garder défaire Dieu le fujet d'un badinage , 135- Difcorde y3« air hideux qui fait frémit la paix , ij-y. 1 j*6 Difcours que la Difcorde fefait à foi-mefme pour s* animer * ij-6 Les ferpens de la Difcorde , là mefme. Dèguifemens de la Difcorde , j f6 Cri horrible de la Difcorde , 1 64 Difcorde infernale , j 7^ Difcorde introduite dans les Cloiflres , 187 Triomphe de la Difcorde , 182 I 3 Difcor- .à TABLE i Difcorde implacable , 288 DÎfcours. Effet deVadreffeharmonieufe duDifcms , 149 Trafic du Difconrs , 2 Difcours de Themis à la Pieté , 188 Difcours de la Pieté à Arifie , 1 89 Difette, 180 Diverfité. Combien la diverfité ejl agréable dans les vers > 123 D ivertiflement qui devient une fatigue 9 134 Divcrtiffement mis à profit , 1 48 Dormeurs paifibles , 175* Dorm ir . Que l'on ne dort à Paris qu'à prix d argent , 43 Douleur. Tribut de douleurs , 82 Douleur qui naifi par la mort de V appétit , 176 Dragon vit en fonge . * 7 1 Droits. Science funejle dans les droits du Roi , 1 8 EGalité dont fe forme le Sage , 47 Eglife naiffante , fin efprit , 186 Elégie. Defcription & les qualité*, de F Elégie , 118.129. Eloge impofieur , r Embonpoint 19. 32 que tous les Hommes font Fous , 3 3 quefouvtnt le plus Fou eft le plus fatisfait , 3 f Fourmi. L'admirable injlincl de la Fourmi , 47 Frelons, troupe lâche & fier i le , ip Fumée. Fendre au poids de l'or une once âefwnêe , S 7 Fureur qui na point de repos , 1 74 Fureur blajmèe , 1 74 Fureur Gothique , 181 Fureurs malignes des Envieux , 100. 182 G A zette. Embellir la Gazette de fa folle valeur , 49 Génie. Mefurer fon vol à fin génie , 1 2 G*tj/'vg/*.r rf* ï * Art , 24 G*w> ftfritf p*r Envieux . 100 George Laquais dever.u Marquis , 1 8 Gloire, quel chemin y conduit , 9^ Grammont. Cequ'ilfit aupaffage du Rhin , Stf Grandeur. S'appliquer aux Joins de fa Grandeur * 14 Grèce. Fmj , nommez Sages de Grec e> 33 Grue Bataillons de Grues > 1 5" 8 Guer- DES MATIERES. Guerriers. Ardente cohorte de faints Guerriers , 179 Guerriers bleffez, , 183 Guerriers renverfèz.. par terre , 1 S 4 H, HArangucur. V éloquence ennuieufe des Haran- gueurs du temps , 5 L Harmonie. Miracles que l'Harmonie m produits en natj- fant , 14^. 1 50 Haftcr. Se haftcr lentemant quand on eferit > 115 Haute- Hic , J a dejeription , 94 Hemiftiche. Qu tl doit eftre fufpendu > 124 Hercule filant rompoit les fu féaux > 179 Héros. Comment il faut les dépeindre dans les pièces de théâtre , A * 136 Héros propres À interejfer le Leéïeur ou V Auditeur , 140 Héros réputé Soleil , 1 1 o // eros redoutable aux flatteurs , 1 1 o Hefiode €5* Je s utiles leçons , 150 Hibou , Jîdele mejfagcr des defaflres fameux > 167 // recon-fioifl la nuit pourja maiflreffe^qui le cache dans un Pupitre , 16S la grima ce impuijjante du Hibou , 1^9 fortic du Hibou hors du Lutrin , 1 6 3 Holande. La conquefte de la Holande par le Roy , 84. & fuiv. Homère , la recommandation de fes Ouvrages , 150 7/ if fait la guerre des Rats des Grenouilles , 175 Homme. Les diverfes erreurs des Hommes , 3 3 Qfre l'Homme eft unfot animal 47. & fuiv. & Homme comparé à la mer > 5 x Première brutale façon de vivre des Homme s gomment avili fée y 149.150 Hommes de toutes e fpeces , ^ ^ tout Homme pris dans fin air, eft toujours agréable , 108 Honneftete. UHonneftetè mife dans un lieu infâme , 8 J I 5 FHou- TABLE Vhonneftetè efl bravée dans les mois Latms , refpeclée dans les François , 132. Honneur en guerre avec la Fortune , 10 Que l y honneur qui neftplus , ne mérite point de rejpeéi , }7 L ' Honneur en roture , 3 * Honneur reftabli à force d'infamie , 3 9 Honneur brutal à s'égorger foi-mefme , 5 I V Honneur peint des traits de ï infamie , 81 Honneurs autre jots fuis , . 186 Honte. ^ la honte du bien efl le plus affreux lien des Hommes fuperbes , 8 1 . & fui Y . Horace & fis Satyres , 46, 5 S. 59. 63. 67. & Un v. Horace tnefle fin enjouement à l'aigreur de la Satyre, 131 Horloger f «1 ArJ interefls de fin Prélat ,161.167. 168. Horreur fubite , 1 ^9 Huiftrc. Procez^pour une Huiflre, agréablement terminé par la Juflice, 80 Hurlemens. Saints Hurlemens , 174 Hydre épouvantable veut* en finge > 17} Hypochondrc. Idolâtres Hypochondres , 54 Hypocrifie pm/^ / 34 JeuneiTe. Voyei^ Age. ^5- qui brille fur un vif âge , 157 Jeux que ÏAsheifme efleve > ou ils conduifent , 133 Igno- DES MATIERES. Ignorance aimable , x 0 $ V Ignorance vaut mieux qu'un fç avoir affeéiê , 108 Ignorant fubtil , cp* fa comblai fance en J es faux jugement* 147 Importun évité de tout le monde > 1 o g Importunitc. Ce que ï Importun/té obtient de la faveur , 19 Impoiïiblc. Comparaifons d % Impofftbles , 136 Impudence dévote , 1 ^ Inconftancc de l'Homme , 48 Incroiablc. Que ton ne doit rien reprefenter d'Incroia- blefur le Théâtre , * X 3 5 Indigence. Voyez, BaflefTc. Indolence. Heureufe Indolence qui règne fur le duvet , M** Infirmité Taire l'aveu de fin Infirmité , 8 r. Infortiat, îg^. Innocence. Pats barbare oh ton voit tous les jours t Inno- ce ?t ce aux abois , 20 V innocence des premiers temps , ^ g Defcr/ption de l'eflat d'innocence , 82, Inftrudion notable d'un pere h fin fils fur les maximes du temps prefent , ^ Inftrument. R efforts d } un lugubre inftrument , 175 Intelligence d y Hommes fierez, rompue , 1 $7. & fuiv. Jo iieu r comparé à un poffedé , ^ ^ Jugement. Trembler jollement des jugemens d' autrui > - ^ 8t Junon. ybyez^^Enéç. Ju vénal &fes Satires . 46,69 K: KAinaut. Divers fentimens fur les œuvres de I(ai- L » LAngue. Combien la Langue doit eslre confideréc dans ce que ton efer/t , 1 2. & Langueur. Importune langue urdes années , 17$ I-ens. Les bataillons François aux plaines de Lens , 176 1 6 Iibca- TABLE Libertin fans ame fans foi , t î 1 Ce a ut entretient les Libertins dans leur libertinage 1 8t Lifts de Chanoines plus doux que leurs hermines , 155 Ltèh inaccejftbles au bruits x 75 Livres quijervent d\mnes dans un combat , 1 8 1. & luiv. Livre fans vigueur , 1 ° 4 Loi. Dédale de Loix , 20.181 Loifir. QtSilfaut travailler à loifir , Louange adroite or délicate, m 10 ^ La louante pour efire agréable , doit efire vraie 1 1 o Loûet allongé par Brodeatfi , Lucile , premier Auteur de la Satire , Lucilius Satyrique premier du nom , 66. 6 j Lutrin. Grand débat entre le Threforier le Chantre d'une Eglife , fur t endroit oh l'on devott placer un Lu- trin, I55-M7- *7°- l 77' i79- lgl Ténorme machine de ce Lutrin , 1 * 8 10 132. M Adrigal . Il efl noble ftmple enjon tour , I } I ^ w , Magnificat. Vencenfement a Magnificat , 158 Maifons , bâties dans un roc, 94 Ma! . Le fatal fondement de tous les Maux , '81 Malherbe mis en pièces, x 5 Malherbe auteur de la jufie cadence des V >rs , 1 1 5 modèle des bons Poètes , la meime Malheureux. S'engraifler du fuc des malheureux. \% \ Adam le premier Malheureux , & ce qui fut caufe dejon malheur , , l 'Jl 1 Manceau. Z^*n ^'*>' Manceau a Jon fis, 78 Marche , ^7 Maroc. Vùlegant badindge de Marot > ï 1 5 Mafcaradcs l 79> l8 4» 185- Prélat radieux, l S9 Prélat animé à ftgnaler fa vigueur* 1 0 o Prélat effraié, 184 Prélat parvenu aux honneurs par brigue * ce qu'il fait , .87 quelles font fes armes, là même. Prince, qui j ait ignorer V indigence au mente, 1 f 1 Prince injatigable qui brave les douceurs de la molleffe , 16 f Procez. Ne point entreprendre mefme unjujle Procez, 7 9 Prodigue. La conduire a un prodigue, 34 Prudence. §ty£il cfl mutile d'oppofer la prudence à V ambition, 7S Pru- s/ TABLE Prudence importune '»&c. fi Public. Le moien de mériter les amours du Public» 123 Pudeur rebelle» 81 Puflbrt, 280 Pygmée altier» 15-8 Pyrrhus. Avis notable du fage Cineas au Roy Pjrrhus, QUerelle furvenuè dans un fejlin» ce qui s'j paffa, & com- me elle fut terminée» 3 o, 8c fu i v. R. RAbin. Les fçavantes ténèbres des Rabins» 5*5 Racan. Ce qu'il peut au défaut d'Homère» f8 Racine, Poète fameux» fon éloge» 99>*f 1 Rzgzfunejte à l'Univers» fi Rage envieufe» 173 Rage affermie » / là même. Raillerie follement appréhendée» 1 46 Raifon . La Raifon enchaifnèe avec la rime. 2 3 Quelaraifonejlfiuvent le plus fâcheux de tous nos maux, combien la Raifon eft quelquefois inutile» f 3 R eforme eflablie dans S. Denys, 1 66 Régnier, prefque le feul Poète Satirique François» 70 Difciple ingénieux de jjavans Maijîres» 131 Renommée prompte» 181 Repos de la nuit & du matin troublé par le bruit quife fait à Paris , 40 Refforts qui puiffent attacher» neceffaires au* pièces de Théâ- tre» 1 34 Refveil furprenant, 1 75" Revenu. Abus d'un ample revenu. 1 87 Rheims. Avoir hypothèque fur quelque vigne de Rheims» Rhin. Defcription du paffage du Rhin par l'armée du Roi, 84, 86,&fuiv\ Riche. Quiconque ejl riche efl tout» fz Ri- Ht. DES MATIERES, Richefies. L'avantage des richeffes dans le temps pre- finit 39 la riche (Je n'habite pas fur les bords du Permejfe, fafte inséparable des R icheffes, 1 09 Ridicule. S'affliger avec le* Ridicules* 65* Rime. Difficulté de trouver la Rime* 2 3 , 8c fui v. G)uela Rime efl une efclave,& comment Von s'habitue aifé- ment à la trouver, 1 2 2 lorfqu'on la néglige^ elle devient rebelle, là même. l'ancienne Rime Franfoifi, 1 2 $*• Ri m es cyniques de Régnier , 1 3 * Rimer dans la rivière, s 9 Rimeur. Troupe effroiable de Rimeurs affamez, 1 9 Rimeurs craintifs, 130 Rimeurs François pouffez à bout par Apollon, là même. defcription d'un Rimeur furieux, 1 47 Rivaux célèbres, iff, 181, 182, 190 Rivaux comparez à deux Taureaux, 182 jm^ Roi . Difcours au Roi Louis XI F. 1 1 ,8c fui v. fin éloge, 39,64,73,180 R ois que le travail e /tonne, 1 4 qu'il y a peu de Rois bienfaifans, 7 6 Rois qui s'honor oient du nom de faineans, 1 6f Rois nés valets de leurs Minifires, 1 03 Roman. La liberté des Romans, SI tout s'excufe aifcment dans un Roman, 137 Rondeaux affervis par Marot à des refreins réglez, 1 34 Ronfard, élevé jufqu'au Ciel, 29 Ronfard, & le fort de fa Mufe, 1 34 Idylles Gothiques de Ronfard, 1 2 8 ^^^^^^^f?^^*^ ^^^^^^ ' ' & . ^^Wyr S Age. Marque d'un homme fage, 33 SagefTc, qui n'efl point le jruit tardif d'un âge avan- < cé, 11,14 l'Homme le moins fage croit avoir la Sageffe*, 3 1 qu'il s» TABLE qu'il riefl point de parfaite Sageffe en ce monde, 3 3 ce que cefl que la Sageffe, 48 que la Sageffe a eflè annoncée aux hommes parle moien d*s vers, l S° Saints. VoyezMyfïerc. Sal a J es mal condit tonnées, # 1 7 Salait. Voy? z Rhin. La Salle. Voyez Rhin. Satire. Que la Satire ejl un méchant métier & préjudiciable à [on Auteur, 44» 95 inclination à compofer des Satires, 44>Sc fu i v. Eloge de la Satire, * 62. difcoîtrs fur la Satire. Sat ire jade, 9<* !a vérité armée du vers de la Satire» ^ 13* Saumaifc. Préparer des tortures aux Saumaijes à venir, SI Sçavoir. V inutilité du S f avoir dans le temps prefent, ies amis en fait des cnvyetiXi ■ 99 Scène. Etaler fes ouvrages fur la Scene^é* comment il s j faut prendre, ^34 que le lieu en doit egremarqué & fixé* ' a m ^ me s - dans quel efpace de temps fin fijet doit ejhe borné , là mcfme. la Scène demande une exatfe raifon, 137 Science. La Science chape comme une infâme, 20 Scuderi. Le bonheur de Scuderi, 24 Schifme. VEglife dèbaraffée d'un Schifme naïffant, 1 57 Segrais , Poète de grande réputation, 1 f * La Serre, 1 06 Sens. §iue le bon Sens doit s'accorder dans les vers avec la ri- me, y 111 que tout y doit tendre au bon Sens, & la difficulté d'y parvenir, 123 Siècle de fer, 18 Simplicité agréable. 1 08 Skinq. DES MATIERES. Sk'mq.Fameux fort en Hollande* 86, S 8 Solide plaider, *8i Solecifme. Qtïilfatit éviter un orgueilleux Solecifme dans ce que Von écrit* I2 J* Son. Concours odieux de mauvais Sons, 1 24 Songe trouvé véritable, 1 75 Sonnet. Les rigourenfes loix du S omet* inventées par Apol- lon* & quelles elles font* 1 3 0 So7ine t fans dejauts combien rare, & ce qu'il vaut, 1 30 Sophocle à 1 comme il a autorifé la Tragédie chez les Grecs, 116 Sort burlefque* *8 la maligne inconfiance et un Sort fâcheux* 34 voms tirez, au Sort après avoir eflé bénits* 1 60 Sot, qui trouve un plus foi que foi* 1 2 7 Sottifes du tnnps relevées par les Satiriques, 103 Spectateur farefftux a* applaudir* 1 34 Stile. Qîiil faut éviter légalité du Stile* 123 le Stile le moins noble a pourtant fa noble ffe* 123 ce que marque un Stile rapide* 1 °3 Stile né pour la Satire* 11 oz Sublime ennuyeux &pefant* 14 1 Sujet. §lue le fitjet cfune pièce de Théâtre n'ejl jamais a(fez-toJi expliqué* Syb'ùcffon antre, l 79 T. TAparin allié à Terence* 1 44 Tage . V orgueil du Tage f mlé aux pieds* 1 4 Tafle. Le clinquant du Taffè* 60 comment le Taffe s'efl acquis de la réputation dans V Italie* l l9 Taureau picquê par une guefpe* 1 $7 Terence. Recommandation d'un pafage de Terence* Théâtre. Règles & loix des aiïim de Théâtre* 134* Scfuiv. le TABLE le plaifir du Théâtre long- temps ignoré dans la France , 136 qui Va introduit dans Paris, & comment, là mê me. le Théâtre fertile en Cenfeurs, 137 les Auteurs n]y font pas facilement des conque fies, 138 ancienne fureur du Théâtre, 1 4 2 Soft du Théâtre Comique, " 100 Them is environnée des ejlendars de la Difcorde, îff Themis a veu foulent chanceler fa balance fous Y effort de la chicane, *8o Plainte faite à Themis par la Pieté, 1 8 6, & fu iv. Réponfe de Themis à la Pieté, 188 Theocr ite. En quoi il doit ejlre imité, 128 Théophile élevé jufqu' au Ciel, 2 9 Thefpis, premier Auteur de la Tragédie, 1 3 p Threforier. Voyez Prélat, Tibulle. Les Elégies de TibuUe, 120 Titus & le bonheur de fin règne, . 76 Toucher. Grandfecrct pour fe faire applaudir furie Théâtre, 134 Tragédie, {y fes pointes, 131 Ses expreffions , 1 34 P origine , les commencemens & les progrés de la Tragédie, La Trape ennoblie par Vexil de la Molle [fe, 1 66 Tribut légitime de fin travail, 1 49 Triolets de Marot, 1 24 Trouble quiparoijl dans une aElion de Théâtre , comment doit ejhe débrouillé, 13? Tumulte. Affiette tranquille au fein du Tumulte, 1 y6 Turl upins refiez à la Cour, 131 V. VAlencienne,^ prife, 9 S Vanité qui a fouillé la pureté des mœurs, 3 8 amorce dangereufe des Vanités, * 186 Vanité logée dans la craffe du froc, 1 8 7 Vaudeville, agréable ind'tfcret, 133 Vendofmc. Voyez Rhin. Vcngcan- DES MATIERES. Vengeance. Apprendre auffutofl la vengeance que î affront, 170 Vérité feule fait plaire, 1 08 Verm illon des Moines , 1 6*4 Vers. Voyez Auteur. combien les Vers font neceffaires à la réputation des Héros, 7 7 V$rs pleins de ftncerité, 7 g que les Vers ne doivent pas e/lre le continuel emploi des Poètes, les fruits des premiers Vers, 1 Vcrtufauvage qui court à T Hôpital, 18 la Vertu efl la marque certaine d'un cœur noble, 3 7 Vertus qui balancent les Vices \ 5- 1 par quel moien la Vertu devient lâche & timide, 8 2 la Vertu feule peut foufrir la clarté, 1 09 V/ce érigé en Souverain , 21 le Vice ennobli, / 44 Pojez Vertu. de quel nid font fortis tous les Vices , 8} Vice amateur de Vobfcurité. 1 09 Vi£toire. La Vtcîoire forcée à fuivre, 1 70 Vieillefle. Voyez Age , # Vigilance répandue dans les cœurs far Tefpoird *un reposé 176 Ville. §iue les Villes font fertiles en modèles , 1 44 Villon, premier Poète François qui ait poli la Rime, 124 Vin qui rit dans la fougère, 167 Virgile. Il faut eflre femblable a çe Poète pour chanter un augufle, ^ '. 12 Vor de Virgile, * 6*0 En quoi Virgile doit eflre imite, 128 Virilité. Voyez Age. . Vifions d'yfccurfe, & dtAlciat, 1 84 Vivronne. Voyez Rhin. Voeux . La [fer le Ciel par des Vœux impuiffans] 1 7 Voielc heurtée d'une autre Voiele, x 14 Voiture & fa liberté à railler, 7 1 Vol TABLE DES. MATIERES. Vol mefttré au génie, • 1 1 Voleurs. Le danger des Voleurs dans Paris pendant la nuit, 4* Vol u pté qui fert la molle [fe avec des yeux dévot s > 1 64 Vrai . Le vrai n'ejl pas toujours vrai-femblable, 1 3 J* le Vraifeul ejl aimable , 1 07 Eux d'où fortent de lyigs traits de feu, 1 }6 Y FIN. ME * «1» TR AI TRAITÉ D U SUBLIME OU DU MERVEILLEUX DANS LE DISCOURS. TraAffit du Grec de Longin, PREFACE £ petit Traite y dont je donne la tradu- ction au Public ^ ejl une pièce échappée du naufrage de plujîeurs autres Li- [oj vres que Longtn avott compofiz.. En- core riejî-elle pas venue à nous toute entière. Car bien que le volume ne fiitpaàgros , il y a plujieurs endroits défectueux > & nou* avons perdu le Trai- té des Pa fions , dont l'Auteur avoitfait un Livre à part qui efloit comme une fuite naturelle de ce- lui-ci. Néanmoins tout défiguré qu il efl , il nom en refie encore affez. y pour nous fure concevoir une fort grande idée de fon ^Auteur \ & pour nous don- ner un véritable regret de la perte de fis autres Ou- vrages. Le nombre rien efloit pxs médiocre. Sui- das en contejufqua neuf, dont il ne nous refie plus que des titres ajfez, confus. Cefioient tous Ouvra» ges de critique. Et certainement on ne fiauroit afi fez. plaindre la perte de ces excellens Originaux , 'qui* a en juger par celui-ci , dévoient eftre autant de chef d œuvres de bon fins, d'érudition , & d élo- quence. Je dis, ^éloquence ; parce que Longin ne sefi pas contente , comme Arifiote £5? Hermogc- ne, de nous donner des préceptes tout fies qui avoit, dit* il , eferit du Sublime en ftile bas. En traitant des beauten de l'ëlocution , il a emploiétoutes les finef- fesde ÏElocution. Souvent il fait la figure qutl enfeigne , Ç$ en parlant du Sublime , il e ftlui-mc- K z me PREFACE. rnetres-fublime. Cependant il fait cela fi k propos & avec tant d'art, qu'on ne fiauroit l'accu fer en pas un endroit de [or tir du jlile didactique. Ceft ce qui a donné à [on Livre cette haute réputation qu'il s*efl acquife parmi les Sçavans>qui l'ont tous regar- dé comme un des plm précieux refies de l'Antiqui- té fur les matières de Rhétorique. Cafaubon l'ap- pelle un Livre d'or, voulant marquer parla le poids de ce petit Ouvrage, qui malgré fa petite fie peut efire mis en balance avec les plus gros volumes. z/îufii jamais homme, de [on temps même, na efiéplus efiimé que Longin. Le Philofipbe Por- phire qui avoit eftéfon difciple , parle de lui com- me d'un prodige. Si on l'en croit , fin jugement efioit la règle du bon fins , fis decifions en matière d'ouvrages pajfoient pour des arrefls fiuverains, & rien n efioit bon ou mauvais , qu'autant que Longin l'avoit approuvé ou blâmé. Euna- piué dans la vie des Sophifies , pajfi encore plus avant. Pour exprimer iefiime qu'il fait de Lon- gin y il fi laijfe emporter a des Hyperboles extra- vagantes , & ne fiauroit fe refiudre a parler en fille raifinnable d'un mérite au fi extraordinaire que celui de cet Auteur. Mais Longin ne fut pas Jîmplement un Critique habile. Ce fut un Mmi- fire de fiât confiderable: & ilfuffit , pour faire fin éloge, de dire , qu'il fut fort confideré de Zenobie cette fameufe Reine des Palmyreniens, qui ofa bien fe déclarer Reine de l'Orient après la mort de fin mari Odenat. Elle avoit appellé d'abord Lon- gin PREFACE. gin auprès d'elle pour sinflruire dans la langue Grecque. çJfyCaù defon Mafire en Grec , elle en fit a la fin un de (es principaux Minifires. Ce fut Imcjui encouragea cette Reine a fo/f tenir la qua- lité de Reine de l'Orient, quiluirehaujfu le cœur dans ïadverjïté y Ç$ qui lui fournit les paroles al- tieres quelle eferivit a Aurelian , quand cet Em- pereur la fomma de Je rendre. Il en confia la vie a noflre Auteur : Mais fa mort fut également g/o- riefife pour lui , & honteufe pour Aurelian , dont on peut dire, qu elle a pour jamais flefirtU mémoi- re. Comme cette mort efi une des plus fameux inci- dans de l'hifioire de ce temps-là , le Leïïeur ne fera peut-efire pas fâche' que je lui rapporte ici ce que Flavius Vopifctu en a ejerit. Cet Auteur raconte, que £ armée de Zenobie ajoute Vopifius* refpondit a cette Lettre avec une fierté plus gran- de que F e fiât de fis affaires ne le luipermettoit. El- le croioit par la donner de la terreur k Aurelian. Voici fa rejponfe. K 3 ZE- PREFACE. ZENOBIE REINE DE L'ORIENT, A L'EMPEREUR AURELI AN. Perfonne juf- ques ici n a fait une demande pareille à la tienne. C'eft la vertu, Aurelian, qui doit tout faire dans la guerre. Tu me commandes de me remettre entre tes mainsrcomme Ci tu ne (çavois pas queCleopatre aima mieux mourir avec le titre de Reine , que de vivre dans toute autre dignité. Nous attendons le (ecours des Perfes.Les Sarazins arment pour nous. Les Arméniens fe font déclarés en noftre faveur. Une troupe de voleurs dans la Syrie a défait ton armée. Juge , ce que tu dois attendre, quand tou- tes ces forces feront jointes. Tu rabatras de cet or- gueil avec lequel , comme maiftre abfblu de tou- tes chofès, tu m'ordonnes de me rendre. Cette Lettre ajoute V ipifcus, donna encore plus de colère que de honte à Aurelian. La ville de Palmirefut prife peu de jours après, & Zenobie arreflée , com- me elle senfuioit chez* les Perfes. Toute F armée demandoit Ça mort. JMais Aurelian ne voulut pas deshonorer Ça vittoire par la mort d'une femme. Il referva donc Zenobie pour le triomphe , & fe con- tent a de faire mourir ceux qui l'avoient afifiée de leurs confeils. Entre ceux là, continué cet Hifio. rien, le Phtlofophe Longinfut extrêmement regre- té. Ilavoit efté appelle auprès de cette Prince ffe pour lui enfeigner le Grec Aurelian le fit mourir pour avoir efcrit la Lettre précédente. Car bien quellcfufl ejcrite en langue Syriaque , on le foup- çonnoit d'en eflre l' Auteur. L'Hiftorien Zofime té- moigne PREFACE. m oigne que ce fut Zenobie elle-mefme qui l'en accu fa. Zenobie y dit-il, fi votant arrefiée re+ jet ta. toute fa faute fur fes Mmiflresqui avoient, dit-elle y abufé de lafoiblejfe de fin efprit. Elle nomma entre autres Longin , celui dont nous avons encore plujîeurs efcrits fi utiles. Aurelian ordonna qu'on Cenvoiaft au fuplice. Ce grand perfinnage , pourfuit Zojime , foujfrit la mort avec une confiance admirable , jufqu'à confoler en mourant ceux que fin malheur touchoit de pitié' f 3 d'indignation. Par-là on peut voir que Longin nefioit pas feulement un habile Rhéteur > comme Quintilien G? comme Hermogene , mais un Philo fiphe capable d'efiremis enparalele avec les Socrates Û? les Catons. Son Livre na rien qui démente ce que je dis. Le carattere d'hon- nèfle homme y paroijl par tout \ & fis finùmens ont je ne fiai quoi qui marque non feulement un e/prit fublime, mais une ame fort efltvéeau dejjué du commun. Je nay donc point de re- gret d'avoir emploie' quelques unes de mes veiU Us a débrouiller un fi excellent Ouvrage^ qne je puis dire n avoir efté entendu jufqu ici que dun très -petit nombre de Sçavans. Jliaretfut le pre- mier qui entreprit de le traduire en Latin a la follicitation de THahuce : mais il n acheva pas cet Ouvrage y foit parce que les difficultés l'en rebutterent , ou que la mort le furprit aupara- vant. Gabriel de Petra a quelque temps de là fut plus courageux > & ce fi a lui quon doit la tra- K 4 duttion P R E F A G E. duttion Latine que nous en avons. Il y en a encore deux autres; mais elles font fi informes & fi grof fier es, que ce [croit faire trop d'honneur a leurs Aut eurs, que de les nommer. Et même celle de Pc- tra, qui ejt infiniment la meilleure , rieft pas fort achevée. Car outre que fouvent il parle Grec en Latin jl y aplufieurs endroits où l'on peut dire qu'il n'apai fort bien entendu fin zAuteur. Ce n'ejt pas que je veuille accu fer un ft fiavant Homme d'i- gnorance,ni efiabltr ma réputation fur les ruines de lafienne. Je- fçai ce que ce fi que de débrouiller le premier un ils nefçauroient venir que de moi. Il ne refle plus pour finir cette Préface , que de dire ce que Longin entend par Sublime. Car com- me il efcrit de cette matière après Cecilius qui avoit prefque emploié tout fin Livre a montrer ce que c'efi que Sublime , il na pas cru devoir rebatre une chofe qui n avoit eftédéja que trop dtf cutée par un autre. Il faut donc fçavoir que par Sublime , Longin n'entend pas ce que les Orateurs ûp client le Stile Sublime : mais cet extraordinai- re & ce merveilleux qui frappe dans le Difcours> PREFACE. & qui fait qu'un ouvrage cnieve 3 ravit > tranf forte. Le Stde Sublime veut toujours de grands mots: mais le Sublime Je peut trouver dans une feule pcnfe'e y dans une feule figure y dans un feul tour de paroles. "Une chofe peut ejlre dans le Sti- le Sublime ; & n'eftre pourtant pas Subli- me y c'efi a dire , n'avoir rien d'extraordinai- re ni de furprenant. Par exemple. Le fbuve- rain Arbitre de la Nature d une feule parole forma la lumière. F nia qui efl dans le Suie Sublime : cela neft pas néanmoins Sublime : parce qu'il ny 4 rien là de fort merveilleux , & qu'un autre ne fuft aïfément trouver. rtSfyCaù , Dieu dit : Que la lumière fe fafle, &la lumière le fit. Ce tour extraordinaire d'exprepon qui marque Ji bien l'obéijfance de la Créature aux ordres du Créateur^ efl véritablement Sublime & a quelque chofe de divin. Il faut donc entendre par Sublime dans Longin , l'Extraordinaire > le furprenant ; & comme je l'aj traduit, le Merveilleux dans le Difcours. J 'ai raporte ces paroles de la Genefe , com- me l'exprefion la plus propre à mettre ma peu fée enfin jour , G? je m en fuis fervi d'autant plus vo- lontiers que cette exprejfion efl citée avec éloge far Longin mefme> qui au milieu des ténèbres du Pagamfme na pas laiffé de reconnoiftre le divin quily avoit dans ces paroles de l'Ecritu- re. Mais que dirons-nous d'un Sçavant de ce faclc qui quoi qu éclairé des lumières de l'Evan- K 6 gile, 1 PREFACE. gile , ne s'eft pas apperceu de la beauté de cet endroit , a ose\ dis- je , avancer dans un Livre qu'il a fait pour demonftrer la Religion Chre- Jlienne, que Longin seftoit trompé lorfquil avoit cm que ces paroles eft oient fublimes } J y ai la fa- tisfatlion ah moins que des personnes non moins confiderables par leur pieté que par leur grand fçavoir , qui nous ont donné depuis peu la tradu- ction du Livre de Li Genefe , ri ont pas eftéde ta- vis de ce Sçavant , G? dans leur Préface , entre plu/îeurs preuves excellentes quils ont apportées pour faire voir que ceft tEfprit faint qui a dit} é ce livre , ont allégué le pajjage de Longm > pour montrer combien les Chrefliens doivent ejire per- fuadez. d'une vente fi claire > & qu'un Payen mefme a fentie par les Jeules lumières de la raifon. Ah refte dans le temps quon travailloit à cette dernière édition de mon Livre, Monfïeur d Acier , celui qui nom a depuis peu donné les Odes d'Horace en François , ma communiqué de petites notes très gavantes qutl a faites fur Longin > où il a cherché de nouveaux fins incon- nus jufquici aux Interprètes, fen ai fuivi quel- que s -un es : mais comme dans celles ofi je ne fuis pas de fon fentiment , je puis meflre trom- pé > il eft bon d en faire les LeEleurs juges. Oeft dans cette veué que je les ai mijes a la fuite de mes Remarques , Monfïeur d Acier neftant pas fenlement un homme de très-grande éwdition , PREFACE. & d'une critique très-fine , mais cCune politejje d'autant plus eftimable, quelle ac compagne rare- ment un grand fçavoir. Il a efté difctple du célè- bre Monfîeur le Fevrepere de cette feavante fille k qui nous devons la première traduction qui ait encore paru dCAnacreon en François , qui vient de nous donner tout nouvellement celle des trots plus agréables Comédies de Plaute , & qui travaille maintenant à nous faire voir Sophocle & Euripi- de en la mefme langue. t K 7 TRAI- m 7 *3I TRAITÉ DU SUBLIME ou DU MERVEILLEUX DANS LE DISCOURS, Traduit du Grec de Longin. CHAPITRE PREMIER. Servant de Préface à tout POuvrage. ^^^^ O U S fçavez bien > mon cher Terentianus , que quand nous l eu ^ mes enfemble le petit Trai- SSÈMeS te' que Cecilius a fait du Sublime; nous trouvafmes que la baffefle de fon ftile répondoit affez mal à la dignité de fon Su- jet : que les principaux points de cette ma- tière n'y eftoient pas touche's , & qu'en uq mot cet Ouvrage ne pouvoir pas apporter un grand profit aux Lefteurs, qui eft néan- moins le but où doit tendre tout homme qui veut écrire. D'ailleurs , quand on trai- te d'un Art , il y a deux chofes à quoi il fe feut toujours eft udier. La première eft > de bien Ijl TRAITE' DU SUBLIME. bien faire entendre fon Sujet. La féconde , que je tiens au fond la principale , confi- iiç à montrer comment & par quels moiens ce que nous enfëignôns fe peut acqué- rir. Cecilius s'eltoit fort attaché à l'une de ces deux chofes : car il s'efforce de montrer par une\infinité de paroles , ce que c'ôftquè l-eX3rand>& t le Sublime , com- me fi c'eftoit un ppint fort ignoré: mais il ne dit rien des moieils qui peuvent por- ter l'efprit à ce Grand & à ce Sublime. Il pajfTe cela , .je ne fçai pourquoi , comme une chofe abfolumentirîutile. Après tout, cet Auteur peut-eftre n'eft-il pas taut à re- prendre pour fes fautes , qu'à louer pour fon travail , & pour le deÎTcin qu'il a eu de bien faire. Toutefois , puifque vous voulés que j'écrive auiïi du Sublime , voions, pour l'amour de vous, fi nous n'avons point fait fur cette matière quel- que obfervatîon raifqpnable , & dont les Orateurs puifient tirer quelque forte d'u- tilité. Mais c'eft à la charge , mon cfter Teren- tianus , que nous reverrons enfemble exa- -étement mon ouvrage , & que vous m'en direz voftre fentiment avec cette fincerité que nous devons naturellement à nos amis. Car, comme un Sage * dit fort bien : fi nous avons quelque voye pour nous rendre femblables aux Dieux 5 c'eft de faire du bien & de dire la vérité. Au refte, comme c'eft à vous que j'é- cris, c'eft à dire à un homme inftruit de toutes les belles connoifTances , jenem'ar- refte- TRAITE' DU SUBLIME. 233 relierai point fur beaucoup de chofes qu'il m'euft falu eftablir avant que d'entrer en matière , pour montrer que le Sublime eft en effet ce qui forme l'excellence & la fouveraine perfe&ion du Difcours : que c'elt par lui que les grands Poètes & les Efcri^ains les plus fameux ont remporté le prix , & rempli toute la pofterité du bruit de leur gloire. Car il ne perfuade pas proprement , mais il ravît , il tranfporte, & produit en nous une certaine admiration meflée d'é- tonnement & de furprife , qui eft toute au- tre chofe que de plaire feulement, ou de perfuader. Nous pouvons dire à l'égard de la Perfuafion , que pour l'ordinaire , elle n'a fur nous qu'autant de puiflance que nous . voulons. Il n'en eft pas ainfî du Sublime il donne au Difccjrs uns certaine vigueur no- ble 3 une force invincible qui enlevé l'ame de quiconque nous écoute. Il ne fuffit pas d'un endroit ou deux dans un Ouvrage , pour vous faire remarquer la fineffe de Vlnven- tion, la beauté de \Oeconomie & de la Difpo- fition: C'eft avec peine que cette juftefle fe fait remarquer par toute la fuite mefme du Difcours. Mais quand le Sublime vient à éclater où il faut \ il renverfe tout comme un , foudre, & prcfente d'abord toutes les for- ces de l'Orateur ramafTées enfemble. Mais ce que je dis ici, & toutcequejepourrois dire de femblable feroit fort inutile pour vous , qui fçavez ces chofes par expérience , & qui m'en feriez aubefoinàmoi-mefme des leçons. CHA~ *34 TRAITE' DU SUBLIME. CHAPITRE II. S'ily a un Art particulier du Sublime , & des trois Vices qui luy font oppojez. IL faut voir d'abord , s'il y a un Art par- ticulier du Sublime. Car il fe trou/e des eus qui s'imaginent, que c'ett une erreur e le vouloir réduire en Art, & d'en don- ner des préceptes. Le Sublime, dilent-ils, naift avec nous , & ne s'apprend point. Le feulArt pour y parvenir, c'eft d'y eftre né. Etmefmes, à ce qu'ils prétendent, il y a des Ouvrages que la Nature doit produire toute feule. La contrainte des préceptes ne fait que les affoiblir , & leur donner une cer- taine fechereffe qui les rend maigres & dé- Ch^rris» Mais je foûtiens. çi'ibicr. pren- dre les chofes, on verra clairement tout le contraire. Et à dire vrai , quoi que la Nature ne fe montre jamais plus libre que dans les Difcours Sublimes & Pathétiques , il eft pourtant aifé de reconnoiftre qu'elle ne fe laide pas conduire au hasard, & qu'elle n'eft pas abfolument ennemie de l'Art & des règles. J'avoue que dans toutes nos pro- ductions il la faut toujours fuppofer com- me la baze , le principe , & le premier fon- dement. Mais auffi il eft certain que noftre efprit a befoin d'une méthode pour lui en- feigner à ne dire que ce qu'il faut , &t le dire en fon heu , & que cette méthode peut beaucoup contribuer à nous acquérir la ) par- TRAITE' DU SUBLIME. 23Ç parfaite habitude du Sublime. Car comme les vaiffeaux font en danger de périr, lors qu'on les abandonne à leur feule légèreté, & qu'on ne fçait pas leur donner la charge & le poids qu'ils doivent avoir : Il en eft ainfi du Sublime , fi on l'abandonne à la feule impe- tuofité d'une Nature ignorante & témérai- re. Noftre efprit affez fouvent n'a pas moins befoin de bride que d'éperon. Demofthene dit en quelque endroit, que le plus grand bien qui puiffe nous arriver dans la vie , c'eft ctefire heureux : mais qu'il y en a encore un autre qui n'eft pas moindre , & lans le- quel ce premier ne fçauroit fubfifter , qui eft de Sf avoir fe conduire avec prudence. Nous en pouvons dire autant à l'égard du • Difcours. La Nature eft ce qu'il y a de plus neceffaire pour arriver au Grand : toutefois fi PArt ne prend foin de la con- duire , c'eft une aveugle qui ne fçait où elle va. ******** *Vjiuuut Telles font ces penfées: Les Torrens de fiam- fSjttT me entortillés. Vomir contre le Ciel. Faire de j^f^' Borée fon joueur de flûtes , & toutes les au- droit à très façons de parler dont cette pièce eft propos dé pleine. Car elles ne font pas grandes & tra- "jtf? giques, mais enflées & extravagantes. Tcui- P ^ f# tes ces phrafes ainfi embarranees de vaines tragique - imaginations troublent & gaftent plus un dont voici Difcours , qu'elles ne fervent à l'élever. De l u * l i*" forte qu'à les regarder de prés & au grand "oy les jour , ce qui paroiffoit d'abord fi terrible , Rcmar- devient tout-a-coup fot& ridicule. Quefiqucs. c'eft un défaut infupportable dans la Tragé- die , qui eft naturellement pompeufe & ma- gnifi- w 1 23* TRAITE' DU SUBLIME. gnifique, que de s'enfler mal à propos; A f>Ius forte raifon doit-il eltre condamné dans e difcours ordinaire. Delà vient qu'on s'eit raillé de Gorgias , pour avoir appellé Xer- xes, le Jupiter des Perfes, & les Vautours , des Sepulchres animés. On n'a pas efté plus indulgent pour Callifthene , qui en certains endroits de fes écrits ne s'élève pas propre- ment, mais fe guindé fi haut qu'on le perd de veuê. De tous ceux-là pourtant je n'en voi poùit de fi enflé que Clitarque. Cet Au- teur n'a que du vent &del'écorce 3 ilref- femble à un homme qui , pour me fervir des termes de Sophocle 3 ouvre une grande bou- che ,pour Joufler dans une petite flujie. 11 faut faire le mefme jugement d'Amphicrate , d'Hegefias & deMatris. Ceux-ci quelque- fois s'imaginant qu'ils font épris d'un en- thoufiafme & d'une fureur divine > au lieu de tonner > comme ils penfent , ne font que niaizer & que badiner comme des enfans. Et certainement en matière d'éloquen- ce il n'y a rien de plus difficile à éviter que Y Enflure. Car comme en toutes chofes na- turellement nous cherchons le Grand , & 3ue nous craignons fur tout d'eftre accufez e fechere(Te ou de peu de force 3 il arrive , je ne fçai comment , que la plufpart tombent dans ce vice : fondés fur cette maxime com- mune. ' Dans un noble projet on tombe noblement. Cependant il eft certain que VEnfluren'eft pas moins vicieufe dans le Difcours que dans les corps. Elle n'a que de faux dehors & une apparence trompeufe : mais au dedans elle eit TRAITE' DU SUBLIME. ij 7 eftcreufe &: vuide, & fait quelquefois un effet tout contraire au Grand. Car comme on dît fort bien , lltfy a rien de plus fec qu'un Hydropique. Au relie le défaut du Stile enfle', c'eftde vouloir aller au delà du Grand. Il en eft tout au contraire du Puérile. Car il n'y a rien de fi bas , de fi petit , ni de fi oppofé à la noblef- fe du Difcours. Qu'eft-ce donc que Puérilité? Cen'eft vifiblement autre chofe qu'une penfée d'E- colier , qui pour eftre trop recherchée de- vient froide. C 'eft le vice où tombent ceux qui veulent toujours dire quelque chofe d'ex- traordinaire & de brillant : mais fur tout ceux qui cherchent avec tant de foin le plai- dant & l'agréable. Parce qu'à la fin , pour s'attacher trop au Stile figuré, ils tombent dans une fotte affection. Il y a encore un troifiéme défaut oppofé au Grand , qui regarde le Pathétique. Théo- dore l'appelle une fureur hors de faifon : lors qu'on s'échauffe mal à propos, ou qu'on s'emporte avec excès , quand le fujet ne per- met que de s'échauffer médiocrement. En effet , on void très fouvent des Orateurs , qui comme s'ils eftoient yvres , fe laiflent emporter à des paffions qui ne conviennent point à leur fujet, mais qui leur font pro- pres & qu'ils ont apportées de l'Ecole : fi bien que comme on n'eft point tou- ché de ce qu'ils difetit 3 ils fe rendent à la fin odieux & infupportables. Car c'eft ce qui arrive neceffairement à ceux qui s'emportent & fe débattent mal à propos de- 2J8 TRAITE' pu SUBLIME. devant des gens qui ne font point du tout émus. Mais nous parlerons en un autre en- droit de ce qui concerne les paffions. C HAPITRE III. DuStileFroid. POuR ce qui eft de ce Froid ou Puérile dont nous parlions , Timée en eft tout plein. Cet Auteur eft affez habile homme d'ailleurs ; il ne manque pas quelquefois par le Grand & le Sublime : il fçait beau- coup, & dit mefme les chofes d'aflèzbon fens : Si ce n'eft qu'il eft enclin naturelle- ment à reprendre les vices des autres, quoi qu'aveugle pour fes propres défauts, & fi curieux au refte d'eftaler de nouvelles pen- fées, que cela le fait tomber affez fouvent dans la dernière Puerilké. Je me contente- rai d'en donner ici un ou deux exemples : parce que Cecilius en a déjà rapporté un af- fez grand nombre. En voulant louer Ale- xandre le Grand, lia, dit-il , conquis toute VAfie en moins de temps , qu*lfocrate n'en a emploie à compofer fin Panégyrique. Voilà fans mentir une comparaifon admirable d'Alexandre le Grand avec un Rhéteur. Par cette raifon , Timée , il s'enfuivra que les Lacedemoniens le doivent céder à Ifocrate : puis gu'ijs furent trente ans à prendre la ville de Mpffene , & que celui-ci n'en mit que dix à faire fon Panégyrique. Mais à propos des Athéniens qui eftoîent prifonniers de guerre dans la Sicile , de quel- le TRAITE' DU SUBLIME. 239 le exclamation penferiez-vous qu'il fe fer- ve ? Il dit : Que c'eftoit une punition du Ciel, à caufe de leur impieté envers le Dieu Hermc's, Permit autrement Mercure , & pour avoir mutilé fe s ™£™ irê fiatues. Veu principalement qu r ily avoit un Mcrcnru des Chef s de Formée ennemie , qui tir oit fou nom d'Hermès de pet 'e en fils >ff avoir Hermo- cratefils d'Hermon. Sans mentir , mon cher Terentianus>je m'eftonne au'il n'ait ditauf- ii de Denys le Tyran : que les Dieux permi- rent qu'il fuft chaffé de fon Royaume par Dion & par Heraclide , à caufe de fon peu de iupitèr. refpeft à l'égard de Dios & d' Héraclès > c'eft h e^xx* *, à dire , de Jupiter & d'Hercule. Hennit* Mais pourquoi m'arrefter après Timée ? Ces Héros de l'antiquité', je veux dire Xe- nophon & Platon , fortis de l'Ecole de So- crate , s'oublient bien quelquefois eux mei- mes, jufqu'à laiffer échaper dans leurs é- crits des chofes baffes & puériles. Par exem- ple ce premier dans le livre qu'il a écrit de la Republique dés Lacedemoniens. On ne les entend^ dit-il, non plus parler, quefic*eftoient des pierres : ils ne tournent non plus les yeux , que s'ils ejioient de bronze : Enfin , vous di- rk's qu'ils ont plus de pudeur , que ces parties de Vœil que nous appelions en Grec du nom de Vierges. C'eftoit à Amphicrate & non pas à Xenophon d'apeller les prunelles des vier- ges pleines de pudeur. Quelle penfée! bon Dieu! parce quelemotdeCWquifîgnifïe en Grec la prunelle de l'œil, fignifieauffi une vierge, de vouloir que toutes les pru- nelles univerfellement foient des vierges pleines de modeftie : veu qu'il n'yapeut- eftre 4 240 TRAITE' DU SUBLIME. cftre point d'endroit fur nous où l'impu- dence éclate plus que dans les yeux : & c'eft pourquoi Homère, pour exprimer un im- pudent; Ivrogne ^ dit-il, avec tes yeux de chien. Cependant Timée n'a pu voir une fi froide penfée dans Xenophon , lans la reven- diquer comme un vol qui lui avoitefté fait par cet Auteur. Voici donc comme il rem- ploie dansla vie d'Agathocle. N'eft-cepas une chofe eflrafige , qu'il ait ravi ja propre cou fine qui venoit d'ejlre mariée à un autre , qu'il l'ait 3 dis-je y ravie le lendemain me fine de Jèsnopces? Car qui efl-ce qui eufl voulu faire cela 3 s'il eu fi eu des vierges aux yeux , & non pas des pruneles impudiques ? Mais que di- rons- nous de Platon , quoique divin d'ail- leurs, qui voulant parier de ces Tablettes de bois de cyprès , où l'on devoir écrire les A ftes publics , ufe de cette penfée. Ayant é- crit toutes ces chofesMs po fer ont da?is les Te?n- ples ces monumens de cyprù. Et ailleurs à pro- pos des murs. Beur ce qui efi des murs , dit- il, 11 n'y a- Megillus , je fuis de l'avis de Sparte 9 de les voit point laijfer dormir àterre , & de ?ie les point faire raiîîes à ^ ver > H y a quelque chofe d'aufli ridicule Sparte, dans Hérodote , quand il appelle les belles femmes, le mal desyeux. Ceci néanmoins femble en quelque fa çon pardonnable à l'en- droit où il eft : parce que ce font des Barba- res qui le difent dans le vin & la débauche : mais ces perfonnes n'excufent pas labaflèffe de la chofe , & il ne faloit pas pour rapporter un méchant mot , fe mettre au hazard de déplaire à toute la pofterité. CH A- TRAITE' DU SUBLIME. 241 CHAPITREIV. De V Origine du Sîile Froid. TOutcs ces affectations cependant fi baf- fes & fi puériles ne viennent que d'une feule caufe , c'eft à fçavoir de ce qu'on cher- che trop la nouveauté dans lespenfées, qui eft ia manie fur tout des Ecrivains d'aujour- d'hui. Car du mefme endroit que vient le bien , aflez fouvent vient auflî le mal. Ain- fi voions- nous que ce qui contribue le plus en de certaines occafions à embeillir nos Ou- vrages : ce qui fait, dis- je, la beauté, la gran- deur , les grâces de l'EIocution , cela mê- me en d'autres rencontres eft quelquefois caufe du contraire : comme on le peut aifé- ment reconnoiftre dans les Hyperboles Se dans ces autres figures qu'on appelle P/«- riels. En effet neus montrerons dans la fuite , combien il eft dangereux de s'enfervir. Il faut donc voir maintenant comment nous pourrons éviter c& vices qui fe gliffent quel- quefois dans le Sublime. Or nousen vien- drons à bout fans doute , fi nous nous acqué- rons d'abord une connoiflance nette & di- ftin&e du véritable Sublime , & fi nous ap- prenons à en bien juger , quin'eftpasune choie peu difficile : puis qu'enfin de fçavoir bien juger du fort & du foibled'un Difcours, ce ne peut eftre que l'effet d'un long ufage , &le dernier fruift, pour ainfi dire, d'une eftude confommée. Mais par avance, voici peut-eftre un chemin pour y parvenir. L CHA« a4* TRAITE' DU SUBLIME CHAPITRE V. Des Moiem en général pour connoijire le Sublime. IL faut fç avoir, mon cher Terentianus, que dans la vie ordinaire on ne peut point dire qu'une chofe ait rien de Grand, quand le mépris qu'on fait de cette c hoie tient lui- mefme du Grand. Telles font les Richef- fes , lesDignitez, les Honneurs, les Em- pires &tous ces autres biens en apparence qui n'ont qu'un certain faite au dehors, & qui ne parleront jamais pour de véritables biens dans Tefprit d'un Sage: puis qu'au con- traire ce n'eft pas un petit avantage que de les pouvoir méprifer. D'où vient aufli qu'on admire beaucoup moins ceux quilcspofle- dent , que ceux qui les pouvant poffeder , les rejettent par une pure grandeur d'ame. Nous devons faire le mefme jugement à l'égard des ouvrages des Êoëtes & des Orateurs. Je veux dire, Tju'U faut bien fe donner de garde d'y prendre pour Sublime une certaine apparence de grandeur baftie ordinairement fur de grands mots aflemblez au hazard > & qui n'elt , à la bien examiner , qu'une vaine enflure de paroles plus digne en effet de mépris que d'admiration. Car tout ce qui eft véritablement Sublime a cela de propre, quand on l'écoute.qu'il éievel'ame , & lui fait concevoir une plus haute opinion d'elk-mefme, la rempliffant de joie & de je ne fçai quel noble orgueil , comme fi c'eftoit TRAITE' DU SUBLIME. %A% Amplement d'entendre. Quand donc un homme de bon feus & habile en ces matières nous recitera quel- que ouvrage, fi après avoir oui cet ouvra- ge plufieurs fois , nous ne fentons point qu'il nous élevé l'ame , & nous laifle dans l'eiprit une idée qui foit mefme audeflusde fes pa- roles: mais fi au contraire , en le regardant avec attention, nous trouvons qu'il tombe & ne fe foûtienne pas s il n'y a point là de Grand : puis qu'enfin ce n'eft qu'un fonde paroles qui frappe fimplement l'oreille, & dont il ne demeure rien dans Pefprit. La marque infaillible du Sublime , c'eft quand nous (entons qu'un Difcours nous laifle beau- : coup à penfer , qu'il fait d'abord un effet fur «nous auquel il eft bien difficile , pour ne pas t dire impofîible , de refiiler , & qu'enfuite le fouvenir nous en dure , & ne s'efface qu'a- vec peine. En un mot , figurez-vous qu'une chofe eft veritablemenrSublim^quand vous i voiez qu'elle plaift univerfellement &dans toutes fes parties. Car Jors qu'en un grand nombre de perfonnes différentes de profef- fion & d'âge , & qui n'ont aucun rapport ni d'humeurs ni d'inclinations , tout le monde vient à eftre frappé également de quelque endroit d'un difeours s ce jugement & cette approbation uniforme de tant d'efprits fi dif- cordans d'ailleurs, eft une preuve certaine & indubitable qu'il y a là du Merveilleux & du Grand. elle ft produit les chofcs qu'elle vient L » CHA- î44 TRAITE' DU SUBLIME. CHAPITRE VI. Des cinq» four ces du Grand. ILya, pour ainfi dire, cinq fourcespriû- ci pales du Sublime : mais ces cinq Sour- ces préfuppofent , comme pour fondement commun, u?iel?acultz de bien parler fans, quoi tout le reften'eftrien. Cela pofé , la première & la plus confi- derable eft une certaine JLlevation d'efprit qui nous fait penfer heureusement lescho]es:comr me nous Pavons déjà montré dans nos com- mentaires fur Xenophon. La féconde connlte dans le Pathétique : j'entens par Pathétique j cet Enthoufiafme , & cette véhémence naturelle qui touche & qui émeut. Au refte à l'égard de ces deux premières, elles doivent prefaue tout à la Nature , & il faut qu'elles naiflent en nous > au lieu que les autres dépendent de l'Art en partie. La troifîéme n'eft autre chofe ,que les F/- gures tournées d'une certaine manière . O r les Figures font de deux fortes : les Figures de Penfée , & les Figures de Diûion. Nous mettons pour la quatrième/* Noblef- fi de l'expreflion , qui a deux parties , le choix des mots , & la di&ion élégante & figurée. Pour la cinquième qui eft celle , à pro- prement parler , qui produit le Grand &r qui renferme en foi toutes les autres , c'eft U Composition & l'arrangement des paroles dans toute leur magnificence & leur dignité. TRAITE' DU SUBLIME. 24Ç Examinons maintenant ce qu'il y a de re- marquable dans chacune de cesÉfpecesen particulier : mais nous avertirons en partant que Cecilius en a oublie' quelques-unes , & entre autres le Pathétique. Et certainement s'il Ta fait, pour avoir creu que le Sublime & le Pathétique naturellement n'alloient ja- v mais Pun (ans l'autre , & ne faifoient qu'un-, il Te trompe : puis qu'il y a des Partions qui n'ont rien de Grand s & qui. ont mefme quelque chofe de bas , comme l'Aflfliétion , la Peur , la Triftefle : & qu'au contraire il fe rencontre quantité de chofes grandes & fu- blîmes , où il n'entre point de paflion. Tel eft entre autres ce que dit Homère avec * Cefio\enf tant de hardiefle en parlant des Alo>. de 1 Geants des. * qwcrosf r% 7 1 t t * , foient tous • Pour détbroner les Drux, leur vajte ambition i ts jours Entreprit d'entaffer OJfe fur Pelion. a une cou^ Ge qui fait eft encore bien-plus fort, d€ ' e cn î Ar ~ IhFeufent fait fans doute , &c. g pm e ÂH l- Et dans la Profelespanegyriques&rtous^™ ion- ces Difcours qui ne fe font que pour ¥o-& ueu ï- ftentation v ont par tout du Grand & du Su- ^ encore blime : bien qu'il n'y entre point de paf- fion pour l'ordinaire. De forte qu'entre les Orateurs mefme ceux-là communément f^tfr* font les moins propres pour le Panégyrique , ^r/ ni en qui font les plus Pathétiques ; &au contrai- eflatétef- re ceux qui reufliflfent le mieux daps le Pa- rendre 3 j'ai déjà écrit ailleurs que cette El- évation d'efprit eftoit une image*de la gran- deur d'ame: & c'eft pourquoi nous admirons Oe& dam quelquefois k feule penfée d'un homme , en- vlnùémt core qu'il ne parle point , à caufe de cette hv. de to- grandeur de courage que nous voions. Par djJTee.où exemple le filenced'Ajax aux Enfers, dans Uifdes l'Odyffée. Carcefilenceajenefçaiquoidé fournirons plus grand que tout ce qu'il auroit pu dire. À^îjax, La première qualité donc qu'il fautfup- T'ffl 4 * P ofer ea un veritable Orateur 5 c'eft qu'il flsiufrl^ n'ait point l'efprit rampant. Eneffetiln'eft pondre.* P^S TRAITE' DU SUBLIME. 147 pas poffible qu'un homme qui n'a toute fa vie que des femimens & des inclinations bâties & ferviles , puifïé jamais rien produire qui foit fort merveilleux ni digne de la Po- fterité. Il n'y a vraifemblablement que ceux qui ont de hautes & de folides penfées qui puifTent faire des difcours élevez ; & c'eft particulièrement aux grands Hommes qu'il échappe dédire deschofes extraordinaires, Voiez par exemple ce que répondit Alexan- dre quand Darius lui fit offrir la moitié de l'Afieavec fa fille en mariage. Pour moi, lui diioit Parmenion ? fi feftois Alexandre , f accepterons ces offres. Et m$i aujji y repli- 3ua ce Prince > fiïefiois Parmenio?i. N'efl- pas vrai cju'il faloit eftre Alexandre pour faire cette reponfe ? Et c'eft en cette partie qu'a principale- ment excellé Homère , dont les penfées font toutes fubfimes : comme on le peut voir dans la defcription de la Déelfe Dîfcorde qui a % dit-il y La te fie dans les Cieuxgp les pies fur la Terre* Car on peut dire que cette grandeur qu'il lui donne eft moins la mefuredelaDifcor^ de, que de la capacité & de l'élévation de Pefprit d'Homère. Hefiode a mis un vers bien diffèrent de celui-ci dans fon Bouclier * s'il eft vrai que cePoëme foit de lui : quand il dit à propos de la DéefTe des ténèbres 5 Une puante humeur lui couloit des narines* En effet il ne rend pas proprement cette Déefïè terrible , mais odieufe & dégoûtante. Au contraire voiés quelle ma jefté Homère in a d. t $ donne aux Dieux, L 4 248 TRAITE' DU SUBLIME. Autant quun homme ajfts aux rivages des mers, Fbiddun Roc ejlevé a" efface dans les airs : Autant , des Immortels les cour fier s intrépides En frawhiffint d'un faut , &c. H mefure l'eftenduë de leur fiutàcelle de P Univers. Qui eft-ce donc qui ne s'é- crieroit avec raifon, en voianc la magnifi- cence de cette Hyperbole, que fi les che- vaux des Dieux vouloient faire un fécond feut y ils ne trouveroient pas affes d'efpace dans le monde ? Ces peintures auffi qu'il fait du Combat des Dieux ont quelque chofe de fort grand 3 quand il dit : BiadJ.2x. Le Qielenrèientit , & l'Olympe en trembla. Et ailleurs.' ïiiad.I. io . L'Enfer s* émeut au bruit de Neptune en furie* Pluton fort de fin throfne , // pafïit , // s'écrie : lia peur que ce Dieu , dans cet affreux fejour , D- un coup de fin Trident ne faffe entrer le jour » Et par le centre ouvert de la Terre ébranlée . Ue faffe voir du Stix la rive défilée : \Ne découvre aux Vivons cet Empire odieux \ Abhorré des Mortels, & craint même des Dieux. Voiez-vous, mon cher Terentianus , la Terre ouverte jufqu'en fon centre , PEn- fer preft à paroiftre , & toute la machine du monde fur le point d'eftre détruite & ren- verfée : pour montrer que dans ce combat , fe Ciel , les Enfers , les chofes mortelles & immortelles 5 tout enfin combattoit avec les Dieux , & qu'il n'y avoit rien dans la Natu- Tequine fuften danger? Mais il fout pren- dre routes ces penfées dans un fens allégorie 2ue: autrement elles ont je ne fçai quoi d'af* ;eux, d'impie, & de peu convenable à la ma- TRAITE DU SUBLIME. 249 majefté des Dieux. Et pour moi lorfque je voi dans Homère les playes , les ligues , les fupplices, les larmes , les emprifonnemens des Dieux, & tous ces autres accidens où ils tombent fans cefle , il me femble qu'il s'eft efforcé autant qu'il a pu de faire des Dieux de ces Hommes qui furent au fiege de Troye , & qu'au contraire y des Dieux mefmes il en fait des hommes. Encore les fait-il de pire condition : car à l'égard de nous, quand nous fommes malheureux, au moins ayons-nous la mort qui eft comme un port afluré pour forcir de nos miferes : au lieu qu'en reprefentant les Dieux de cette- forte 3 il ne les rend pas proprement immor- tels , mais éternellement miferables. Il a donc bien mieux reufli lors qu'il nous ; a peint un Dieu tel qu'il eft dans toute fa ma^ jeité , & fa grandeur, & fans mélange des chofes terreltres : comme dans cet endroit qui a efté remarqué par plufieurs avant moi > où il dit en parlant de Neptune : Neptune ainfi marchant dans ces rafles campapnêt HiadJL 1% Fait trembler fous [es prés & forejls & montagnes Et dans un autre endroit: 11 attelle fin char , & montant fièrement* Lui fait fendre les flots de l % humide Elément. Des cfiïon le void marcher fur ces liquides plaintif D'aife on entend fmiter les ppfantes Bafaines. L'Eau frémit fous le Dieu qui lui donne la loi - % Et femble avec plaifirreconmiflre fin Roi. Cependant le char vole , &c . Ainfi leLegiflateur des Juifs , qui n'eftoir pas un Hçmine ordinaire, ayant fort bien conceu la grandeur &lapuiflancedeDieu^ L 5 P** iço fRAlTE' DU SUBLIME. Ta exprimée dans route fa dignité , au com- mencement de fes Loix , par ces paroles. Dieu dit : Que la lumière fe fajfe y <& laltt- wiere fefit. Que la Terre fe fajfe , la Terre j jtt faite. Je penfe , mon cher Terenrianus*, que vous ne ferés pas fâché que je vous rapporte encore ici un partage de noftre Poète , quand il parle des hommes j afin de vous faire voir combien Homère eft héroïque lui- mefme y en peignant le caraftere d'un Héros. Une épaifle obfcurité avoir couvert tout d'un coup l'armée- des Grecs , & les empéchoit de combattre. En cet endroit Ajax ne fça- chant plus quelle refolurion prendre 3 s'écrie: Iliad.l.17. Grand Dieu chajji l a ?mit qui nous couvre les yeux. Et combats contre nous à la clarté des Cieux. Voilà les véritables fentimens d'Un Guer- rier tel qu'Ajax. 11 ne demande pas la vie >, un Héros n'eftoit pas capable de cette baf- fefle : mais comme il ne voit point d'occa- fïon de fignaler fon courage au milieu de l 'obfcurité, il fe fâche de ne point combat- tre ; il demande donc en hafte que le jour pa- roifle, pour faire au moins une fin digne de fon grand cœur , quand il devroit avoir à combattre Jupiter mefme. En effet Homère en cet endroit eft comme un vent favorable qui féconde l'ardeur des Combattans : car il ne fe remue pas avec moins de violence, que s'il eftoit épris auffi de fureur. lUad.l.i s . Tel que Mars en couroux au milieu des batailles. Oh comme on voidunfeu, dans là nuit, & l'horreur? An travers des forefls promener fa fureur. De colère il efcume > &c* Mais TRAITE' DU SUBLIME. i<ç§, Mais je vous prie de remarquer } pourplu- fîeurs raifons, combien il eft affoibli dans fort Odyflee, où il fait voir en effet que c'eft le propre d'un grand Efprit, lors qu'il com- mence à vieillir & à décliner, de fe plaire aux contes & aux fables. Car qu'il ait compofé rOdyflee depuis l'Iliade, j'en pourrois don- ner plufîeurs preuves. Et premièrement il eft certain qu'il y a quantité de chofes dans e qui ne font que la fuite cks mal- heurs qu'on lit dans l'Iliade , & qu'il a trans- portées dans ce dernier Ouvrage , comme autant d 'Epifodes de la guerre de Troye. A- joûtés que les accidens qui arrivent dans l'I- liade font déplorés fouvent par les Héros de l'Odyflee , comme des malheurs connus & arrivez il y a déjà long-rafcips.- Et c'eft pour- quoi l'Odyffée n'eft à proprement parler que l'Epilogue de l'Iliade. * Là gtfl le grand Ajax , & l'invincible Achille. * Ce font Là de fes ans Patr ode aveu borner le cours, des pan te Là mon fils , mon cher fils a terminé fes jours. & 'Kïft 01 ' T\ i v • s • t ■» dans 1*0^ Delà vient a mon avis , que comme Home-^j,K. re a compofé fon Iliade durant que fon efprit eftoit en fa plus grande vigueur,tout le corps* de fon Ouvrage eft dramatique & plein d'à- étion : au lieu que la meilleure partie de l'O- dyffée fe paffeen narrations , qui eft le génie de la vieilleffe^fellement qu'on le peut com- parer dans ce dernier Ouvrage au Soleil quand il fe couche , qui à toujours fa mefme grandeur, mais qui n'a plus tant d'ardeur ni de force. En effet il ne parle plus du mefme ton : on n'y void plus ce Sublime de l'Iliade qui marche par tout d'un pas égal > fans que top TRAITE' DU SUBL1MK jamais il s'arrefte , ni fe repofe. On rVy re- marque point cette foule de mouvemens& de paffions entaffées les unes furies autres. 1 1 n'a plus cette inefme force , & s'il fout ainfi parler, cette mefme volubilité deDifcours fi propre pour Pa&ion , & mêlée de tant da- mages naïves des chofes. Nous pouvons dire que c'eft le reflus de fon efprit qui comme un grand Océan fe retire & deferte fes ri* ^vages. # A tout propos il s'égare dans des ima- ginations & des fables incroiabtes. Je n'ai pas oublié pourtant les defcriptions deTem* peftes qu'il fait , les avantures qui arrivèrent a Ulyffe chez Polypheme, & quelques au- tres endroits qui font fans doute fort beaux. Mais cette vieilleffe dans Homère, après tounc'efMa vieillefb d'Homère: joint qu'en tous ces endroits-là il y a beaucoup plus de fable & de narration que d'adtion. Jemefuiseftendu là deffus, comme j'ai déjà dit : afin de vous faire voir que les ge- * nies naturellement lés plus élevés tombent quelquefois dans la badinerie , quand la for- ce de leur efprit vient à s'efteindre. Dans ce rang on doit mettre ce qu'il dit du fac oùEole enferma les vents , & des Compagnons d'Ulyffe changez par Circé en pourceaux , que Zoïle appelle de petits Cochons lar- moians. Il en eft de mefmFdes Colombes qui nourrirent Jupiter , comme un pigeon : de la difette d'Ulyffe qui fut dix jours fans manger après fon naufrage , & de toutes ces abfurditez qu'il conte du meur- tre des Amans de Pénélope. Car tout ce qu'on -peut dire à l'avantage de ces fixions-, « TRAITE' DU SUBLIME, zç^? c'eft que ce font d'aflez beaux fonges , &r , ir vous voulez, desfonges de Jupiter mefme. Ge qui m'a encore obligé à parler de POdy f- fée , c'èft pour vous montrer que les grands- Poètes, & les Ecrivains célèbres, quand leur efprit manque de vigueur pour le Pathéti- que , s'amufent ordinairement à pemdre^es mœurs. C'eft ce quefait Homère s xjuand il décrit là vie que mcnoient les Amans de Pé- nélope dans la maifon d'Ulyflfe. En effet tou- te cette defcription eft proprement une efpe- ce de Comédie; où les diiferens cara&eres: dés Hommes font peints. CHAPITRE VUE De la Sublimité qui fe tire des Cir- covjiances. V' Oîony fi nous Savons point encore quelque autre moien par où nous puif- fions rendre un difcours Sublime. Je dis donc j que comme naturellement rien n'ar- rive au monde qui ne foit toujours accom- pagné de certaines circonfiances , ce fera un fecrer infaillible pour arriver au Grand, fi nous fçavons faire à propos le choix des plus confiderables , & fi en les liant bien en- semble nous en formons comme un corps: Gar d'un codé ce choix, &de l'autre cet amas de circonftances choiiïes attachent for- tement Pefprit. Ainfi, quand Sapho veut exprimer les fureurs de P Amour , elle ramaflè de tous coftez les accidens qui fuivent &.qui ac-r L-Z corn- 1^4 TRAITE' DU SUBLIME. compagnent en effet cette paflion : mais où fonadreffe paroift principalement, c'eft à choifir de tous ces accidens , ceux qui mar- quent davantage l'excez & la violence de l'Amour, & à bien lier tout cela enfemble. Heureux ! qui près de toi , pour toi feule foupire: Quljoiiit du plaifir de ? entendre parler : Qui te void quelquefois doucement luy four ire ♦» Les Dieux , dans fin bonheur peuvent-ils t éga- ler? Je fens de veine en veine une fubtile flamme Courir par tout mon corps \fitofl que je te vois ": Et dans les doux transport s \oh s'égare mon ame, Je ne fçaurois trouver de langue^ ni de voix* * * * Un nuage confus Je répand fur mavuë^ fe nentens plus , je tombe en de douce* lan- gueurs ; Et pafle , Jans haleine , interdite t éperdue, Vnfri/fôn me Jatf/tjje tremble , je me meurs. * * * Mats quand on na plus rien^il faut tout hasar- der, CFc. N'admirez- vous point comment ellera- maflè toutes ces cbofes , l'ame , le corps r PoLiie, la langue, la veuè, la couleur, comme fic'eftoient autant de perfonnes différentes, & preftes à expirer ? Voyez de combien de mouvemens contraires elle eft agitée 5 elle gele, elle brûle, elle eft folle, elle eft fage ; ou* elle eft entièrement hors d'elle^mefme , ou elle va mourir : En un mot on diroit qu'el- le n'eft pas éprife d'une fimple paffion , mais* que fon ame eft un rendes- vous de toutes les paflxons $ & c'eft eaeffet ee qui arrive à ceux* TRAITE DU SUBLIME, içç qui aimenr. Vous voies donc bien, comme* j'ai déjà dit, que ce qui fait la principale beauté de fon difcours, ce font toutes ces- grandes ci rconftances marquées à propos,8c ramaffées avec choix. Ainfï quand Homère veut faire la defcription d'une tempête , il a foin d'exprimer tout ce qui peut arriver de plus affreux dans une tempête. Car par ex- emple l'Auteur du Poème des Arimafpiens * penfe dire- des choies fort eflonnantes » r> n quand il s ecne ï des peuple* O prodige eflonnant : S f ureur in croyable ! de S 9 th ty Des hommes infenfez,,fur defrefles vaiffeaux, m S'en vont loin de la terre habiter fur les eaux; Etjuivant fur la mer une route incertaine, Courent chercher bien loin le travail la pei- ne. • . /// ne gou fient jamais de paipble repos. Ils ont Us yeux au Ciel> XP* ïeffirit fur les flots? Et les bras eftendus, les entrailles émuës, Ils font fouvent aux Dieux des prières perdues^ Cependant il n'y a perfonne,comme je pen<- fe, qui ne voie bien que ce difcours eft en ef- fet plus fardé & plus fleuri que grand & fu- blime. Voions donc comment fait Home- re> & confîderons cet endroit entre plufieurs autres : Comme Von void lesjlots fonlevez, par P orage , Fondre fur un vaiffeau qui s'oppofe a leur rage.. Le vent avec fureur dans les vo/les frémit, La mer blanchit d'écume, cr l'air au loin gémit r Jie matelot troublé, que fon art abandonne, Croit voir dans chaque flot la mort qui l'envi~ ronne. m Ara tus a tâché d'enchérir for ce dernier vers^ en difant ; Un TRAITE' DU SUBLI ME. Un bois mince léger Us défend de U mort. M ais en fardant ainfi cette penfée , il l'a ren* due baffe & fleurie de terrible qu'elle eftoit. Et puis renfermant tout le péril dans ces ' mots , Un bois mince & léger les défend de la mort, il l'éloigné & le diminue plùcoft qu'il ne l'augmente. Mais Homère ne met pas pour une feule fois devant les yeux le danger où fe trouvent les Matelots; il les reprefente, comme en un tableau , fur le point d'ê- tre fubrnergez à tous les flots qui s'éle- vent , & imprime jufques dans fes mots & " fes fyllabes , l'image du péril. Archiloque ne s'eft point fervi d'autre artifice dans la defcription de fon naufrage s non plus que Bemofthene dans cet endroit où il décrit le trouble des Athéniens a la nouvelle de la prife d'Elatée, quand il dit : Il eftoit déjà fort tard, &c. Car ils n'ont fait tous deux que trier , pour ainfi dire , & ramafler foigneufe- itient les grandes circonftances,prenant gar- deà'ne point inférer dans leurs difcours de particularitez baffes & fuperflues, ou qui fentiffent l'école. En effet, detrop s'àrrefter aux petites chofes , cela gafte tout , & c'eft comme du moè'flon ou des plâtras qu'on au- j oit arrangez 8z comme entaffez les uns fur les autres, pour élever un bâtiment. CHAPITRE IX. De l'Amplification. Tp Ntre les moiens dont nous avons par- ^ lé , qui contribuent au Sublime , il faut awfix donner rang à ce qu'ils appellent Am- t TRAITE' DU SUBLIME. 2Ç7 phficatio?i. Car quand la nature des Sujets qu'on traite , ou des Caufes qu'on plaide, demande des périodes plus cttenduës , & compofées de plus de membres, on peut Re- lever par degrez, de telle forte qu'un mot ; encheriffe toujours fur l'autre. Et cette adreffe peut beaucoup fervîr, ou pour trai- ter quelque lieu d'un difcours , ou pour exagérer , ou pour confirmer , ou* pour mettre en jour un Fait , ou pour manier une Paffion. En effet l'Amplification fe peutdivifer en un nombre infini d'efpeces; mais l'Orateur doit fçavoir que pas une de ces elpeces n'eft parfaite de foi , s'il n'y a du Grand & du Sublime : fi ce n'eft lorfqu'on cherche à émouvoir la pitié,ou que l'on veut ravaler le prix de quelque chofe. Partout ailleurs , fi vous oftez à l'Amplification ce qu'elle a de Grand , vous luy arrachez, pour ainfidire, l'ame du corps. En un mot, dés que cet appui vient à Fui manquer , elle lan- guit , & n'a plus ni force ni mouvement. Maintenant, pour plus grande netteté, di- fons en peu demots la différence qu'il y a de cette partie à celle dont nous avons parlé dans le chapitre précédent ,* & qui , comme j'ai dit , n'eft autre chofe qu'un amas de cir- conftanccs choifies que l'on reunit enfem- ble: Et voions par où l'Amplification en gê- nerai diffère du Grand & du Sublime* 258 TRAITE' DU SUBLIME. . CHAPITRE X. Ce que c'eft qu'Amplification. JE ne fçaurois approuver la définition que luy donnent les Maiftres de l'art. L'Àitï- • plification, difent-ils , eft un Difcours qui au- gmente <& agrandit les chofes. Car cette défi- nition peut convenir tout de mefme au Su- blime, au Pathétique & aux Figures s puif- «ju'elles donnent toutes au Difcours, je ne fçai quel cara&cre de grandeur. Il y a pour- tant bien de la différence. Et premièrement le Sublimeconfitle dans îa hauteur & 1 1 éle r vation, au lieu queTAmpî ficatiorïcoiiiïlle auffi dans la multitude des paroles. C'efr pourquoy le Sablîme le trouve q .elquefoi^ dans une fimple penfée : mais r Amplifica- tion ne f îbfïlte que dans la pompe x r l'abon- dance. L'Amplification donc, pour en don- ner icy une idée générale , eft un Accroijfe- ment de paroles , que ïo?tpeut tirer de toutes les circonstances particulières des chofes , <&> de tous les Lieux de l'Or ai [on , qui remplit le Difcours , <&> le fortifie , en appuiant fur ce qu'on a déjà dit. Ainfi elle diffère de la Preu- Têj hsre- ve , en ce qu'on emploie celle-ci pour prou- marques ver j a q Ue ftion, au lieu que l'Amplification ne fert qu'à étendre & à exagérer. * * * * * La mefme différence, à mon avis , eft en- tre Demofthene & Ciceron pour le Grand & le Sublime > autant que nous autres Grecs pouvons juger des ouvrages d'un Auteur Latin. En effet Demofthene eft grand en ce qu'il TRAITE' DU SUBLIME. qu'il eft ferré & concis , & Ciceron au con- traire en ce qu'il eft diffus & eftendu. On peut comparer ce premier à caufe de la vio- lence , de la rapidité, de la force , & de la véhémence avec laquelle il ravage, pour ain- fidire , Se emporte tout, à une tempçfte & à un foudre. Pour Ciceron, on peut dire; à mon avis , que comme un grand embraze- ment il dévore & confume tout ce qu'il ren- contre avec Tin feu qui ne s'éteint point,qu'il répand diverfement dans fes Ouvrages s & aui à mefure qu'il s'avance , prend toujours e nouvelles forces. Mais vous pouvez mieux juger de cela que moi. Au refte le Su- blime de Demofthene vaut fans doute bien mieux dans les exagérations fortes, & les violentes paffions, quand il faut, pourainfî dire, eftonner l'Auditeur. Au contraire l'a- bondance eft meilleure , lors qu'on veut , fi j'ofe mefervir de ces termes , répandre une rofée agréable dans les eforits. Et certaine- ment un difeours diffus eft bien plus propre pour les Lieux Communs, les Peroraifbns, les Digreffions , & généralement pour tous ces difeours qui fe font dans le Genre de- monftratif. 11 en eftdemefmepourlesHi- ftoires , les Traitez de Phyfique & plufieurs autres femblables matières. CHAPITRE XL De l'Imitation. T) Our retourner à noftre difeours , Platon dontleftilenelaifle pasd'eftre fort éle~ vé , bien qu'il coulç fans eftre rapide & fans^ faire %6o TRAITE' DU SUBLIME. faire du bruit , nous a donne une idée de ce ftile que vous ne pouvés ignorer fi vous avez lu les livres de fa Republique. Ces hommes malheureux , dit-il quelque part, qui nefç*~ vent ce que/efi que de fagejjè ni de vertu 3 & qui font continuellement plongez, dans lesfe- fiins & dans la débauche, vont toujours de pis enpis y & errent en-fin toute leur vie. La Véri- té n'a point pour eux d'attraits ni de charmes: Ils n'ont jamais lève les yeux pour h regarder** En un mot ils n y ont jamais goûté de pur ni de folide plaifir . Us font comme des befjtes qui re- gardent toujours en bas , & qui font courbzes vers la Terre : ils ne fongent qu'à manger , & à repaijlre y qu*à Jatis faire leurs pajjions bru~ taies y <& dans V ardeur de les rajjafier ,jls re- gimbent , ils égratignent y ils Je battent àcoups d'ongles & de cornes de fer s &peri]fent à la jinpar leur gourniandife infatiable. Au refte ee Philofophe nous a encore en- feigne' un autre chemin , fi nous ne voulons • point le négliger, qui nous peut conduire ai> Sublime. Quel eftee chemin ? c'eft l'imita- tion & l'émulation des Poètes & des Ecri- vains illuftres qui ont vefeu devant nous. Car c'elt le but que nous devons toujours nous mettre devant les yeux. Et certainement il s'en void beaucoup que l'efprit d'autrui ravit hors d'eux-mefmes , comme on dit qu'une fainte fureur faifîula Preftrefie d'Apollon fur le facré Trépié. Car on tient qu'il y a une ouverture en terre d'où fort un foufle , une vapeur toute celefte 2ui la remplit fur le champ d'une vertu ivine & iuy fait prononcer des oracles* De TRAITE' DU SUBLIME. 161 De mefme ces grandes beautez que nous re- marquons dans les ouvrages d:s Anciens, font comme aurant de fources facrées d'où ii s'elleve des vapeurs heureufes qui fe répan- dent dans Pame de leurs Imitateurs , & ani- ment les efprits mefme naturellement les moins échauffez : fi bien que dans ce mo- ment ils font çomme ravis & emportez de l'enthoufiafmed'aut'rui. Ainfï voions-nous qu'Hérodote & devant lui Stefichore & Ar- chiloque ont efté grands imitateurs d'Ho- mère. Platon néanmoins eft celui de tous qui l'a le plus imité: car il a puifé dans ce Poëte, comme dans une vive fource , dont iî a détourné un nombre infini de ruilfeaux: & j'en donnerais des exemples fi Ammonius n'en avok déjà raporté plufieurs. Au refte on ne âoit point regarder cela comme un larcin , mais comme une belle idée qu'il a eue , & qu'il s'eft formée fur les mœurs,l'inv€ntion,& les ouvrages d'autrui. En effet jamais > à mon avis, iïn'euftmeflé tant de fi grandes chofes dans fes traitez de Philofophie, pafTant comme il fait du fimple difeours à des expreflîons & à des matières poétiques, s'il ne fut venu , pour ainfi dire, comme un nouvel Athlète, difputer de tou- te fa force le prix à Homère, c'eft à dire à ce- lui qui avoit déjà receu les applaudiflemens de tout le monde. Car bien qu'il ne le fefle «peut-eftre qu'avec un peu trop d'ardeur, &r, comme on dit , lesarmes à la main , cela ne laifTe pas néanmoins de lui fervir beaucoup, puifqu'enfin, félon Hefîode , . La noble jaloufo eft utile aux Mortels* Et %6l TRAITE' DU SUBLIME. Et n'eft -ce pas en eflfec quelque chofe de bien glorieux & bien digne d'une ame noble, que de combatre pour l'honneur & le prix delà victoire, avec ceux qui nous ont précédés > puifque dans ces fortes de combats on peut mefme eftre vaincu fans honte. CHAPITRE XII. De la manière d'imiter. *Tp Outes les fois donc que nous voulons * travailler à un ouvrage qui demande du grand & du Sublime , il eii bôn de faire cet- te reflexion. Comment eft-ce qu'Homère auroit dit cela ? Qu'auroient fait Platon , Demofthene ou Thucydide mefme , s'il eft queftion d'hiftoire , poflr eferire ceci en fti- le Sublime ? Car ces grands Hommes que nous nous propofons à imiter , fe prefentanc de la forte à noftre imagination , nous fer- vent comme de flambeau , & fouvent nous eflevent Pame prefque aufli haut que l'idée que nous avons conceuè'dè leur génie. Sur tout fi nous nous imprimons bien ceci en nous-mefmes. Que penferoient Homère ou Demofthene de ce que je dis s'ils m'écou- toient,& quel jugement feroient-ils de moi? En effet , nous ne croirons pas avoir un mé- diocre prix à difputer , fi nous pouvons nous figurer que nous allons , mais ferieufement, rendre compte de nos écrits devant un fi cé- lèbre Tribunal , & fur un Théâtre où nous avons de tels Heros~pour juges & pour té- moins. Mais un motif encore plus puiflant pour TRAITER DU SUBLIME. 2éj pour nous exciter, c'eft de fonger au juge- ment que toute la pofterité fera de nos écrits. Car fi un Homme 3 dansladeffiance de ce jugement, a peur, pour ainfi dire, d'a- voir dit quelque chofe qui vive plus que lui, fon efprit ne fçauroit jamais rien produire que des a vortons aveugles & imparfaits ; & il nefe donnera jamais la peine d'achever des ouvrages , qu'il ne fait point pour paffer jufqu'à la dernière pofterité. CHAPITRE XIII. Des Images. CEs Images, que d'autres apellent Teintu- res ouFiéiio?ts 9 font aufli d'un grand arti- fice pour donner du poids, de U magnificen- ce, & de la force au difcours. Ce mot tilma- ge fe prend en gênerai , pour toute penféc propre à produire une expreflion, & qui fait une peinture à l'efprit de quelque manière que ce foit . Mais il fe prend en» ore d^ns un fens plus particulier & plusrefferrés pourv ces difcours que Ton fait , loi (que par un en- thoufiafme & un mouveme?it extraordinaire de Vame , */ femble que ?ious voiovs les chofes dont nous parlons , e£ q ue nous les mettons de- vant les yeux de ceux qui écoutent. Au refte vous devez fçavoirque les Ima- ges dans la Rhétorique , ont touf un au- tre ufage que parmi les Poètes. En effet le but qu'on s'y pi opofe dans la poèfîe,c'eft l'é- tonnement & la furprife : au lieu que dans la profe c'eft de bien peindre les chofes > & de les 244 TRAITE DU SUBU1ME. les faire voir clairement. \1 y a pourtant cela de commun, qu'on tend à émouvoir en Tu- ne & en l'autre rencontre* * Par ^ et * Mere cruele, arrefte^ éloigne de mes jeux £ Orefte ^ ^ f £ yj^ w odieux, dans Eurt- . . , ? r i- * ^ n p:dc. & viennent :je ks voy.: monjuppltce s apprejfe* Mille horribles ferj>e?its leur fifient fur la te fie. Et ailleurs : Oie fuirai-je?Elle vient. Je la voj.Je fuis mert^ Le Poète en cet endroit nevoioit pas les Furies : cependant il en fait une image fi naï- ve, qu'il les fait pr efque voir aux Auditeurs. Et véritablement je ne fçaurois pas bien di- re fi Euripide eft auflî heureux à exprimer les autres paffions ; mais pour ce qui regarde l'amour & la fureur, c'eft à quoi il s'eft cru- dié particulièrement, & il y a fortbien reul 1 fi. Et même en d'autres rencontres il rie manque pas quelquefois de hardie(Te à pein- dre les chofes. Car bien que fon efprit de lui- même ne foit pas porté au Grand , iljcorrige fon naturel , tk le force d'eftre tragique & relevé , principalement dans les grands fu- jets : de force qu'on lui peut appliquer ces vers du Poète: A Vafpeft du peril> au combat il s'anime : Et le poil herijfë, les yeux étincelans^ De fa queue tl fe bat les coftez, er les flancs. Comme on le peut remarquer dans cet en- droit où le Soleil parle ainh à Phaëton , en luy mettant entre les mains les refnes de fes chevaux: ' ' • Vr en garde quune ardeur tr§p funefte à ta vie Jtfe t'emporte au deffus de l'aride Lybie; lé TRAITE' DU SUBLIME. z 6 $ Là jamais d'aucuze eau le fil/on arrofè Ne rafraîchit mon char dans fa courfe embrasé. Et dans ces vers fui vans : Auffttod devant tôt s' offriront fept étoiles : Drefjéparlk ta courfe zrfuy le droit chemin. Phaêton, k ces mots^ prend les refîtes en main* De fes chevaux a/JIez, il bat les flancs agiles, Les courfers du Soleil k fa votx font dociles. Ils vont ; le char s" éloigne , çr plus promt quuK éclatr » Pénètre en un moment les vafles champs de l'air* Le Pere cependant plein d % un trouble f une fie > Le void rouler de loin fur la plaine celefte y Lui montre encor fa route , du plus haut des deux y Le fuit, autant qu'il peut , de l a voix & de* ' y eux, 7 Va par làjui dit-il: Revien: Deftoume :Arrefle % Ne diriez vous pas que Pame du Poète mon- te fur le char avec Phaèton, qu'elle partage tous fes périls, & qu'elle vole dans Pair avec les chevaux ? car s'il ne les fui voit dans les Cieux 3 s'il n'affîftoît à tout ce qui s'y pafle; pourroit-il peindre la chofe comme il fait ? il en eft de mefme de cet endroit defâ Caf- fandre qui commence par Mais o braves Troye?is, <&c. Efchyle a quelquefois aufli des hardie/Tes & des imaginations tout-à-fait nobles & heroï- ues ; comme on le peut voir dans fa Trage- ie intitulée. Les Sept devant Thebes , où un Courier venant apporter à Eteocle la nou- velle de fes fept Chefs , qui avoient tous im- pitoyablement j uré, pour ainfi dire, leur pro- pre mort$ s'explique ainfi, M Sut tC6 TRAITE' DU SUBLIME. Sur un Bouclier noirfept Chefs impitoyables t pouvant eut les Dieux defermenseffrotables : Prés d'un Taureau mourant qu'ils Viennent d^ égorger f Tous , la main dans le J an g jurent de Je vanger. Us en jurent la peur y le Dieu Mars, W Bellone. Au refte, bien que ce Poète, pour vouloir trop s'élever , tombe allez fouvenc dans des penfées rudes,groflieres & mal polies: Tou- tefois Euripide, par une noble émulation , $*expofe quelquefois aux mêmes périls. Par exemple, dans Efchyle , le Palais de Lycur- rue eft ému , & entre en fureur a la vue de Jacchus. Le Palais en fureur mugit a fin ajped. Euripide emploie cette même penfée d'une . autre manière, en l'adouciffant néanmoins, La montagne à leurs cris répond en mugiffant. Sophocle n'eft pas moinsf xcellent à peindre leschofes, comme on le peut voir dans la defeription qu'il nous à lailfée d'Oedipe mourant & s'enfeveliflant lui-même au mi- lieu d'une tempête prodigieufe; & dans cet autre endroit où il dépeint l'apparition d'A- chille fur fon tombeau , dans le moment que les Grecsalloientlever l'ancre. Je dou- te néanmoins pour cette apparition , que ja- mais perfonne en ait fait une defeription plus vive que Simonide : Mais nous n au- rions jamais fait , fi nous voulions eftaler ici tous les exemples que nous pourrions ra- porter à ce propos. Pour retourner à ce que nous difons; les Images dans la Poëfie font pleines ordinaire- * ment TRAITE DU SUBLIME. 267 ment d'accidens fabuleux > & qui paf- fent route force de créance , au lieu que dans la Rhétorique le beau des Images , c'eft de reprefenter la chofe comme elle s'eft paf- fée, & telle qu'elle eft dans la vérité. Car •une invention poétique & fabuleufe dans uneoraifon, traîne neceflàirement avec foi des digreffions groffieres & hors de propos, & tombe dans une extrême abfurdité. C'eft pourtant ce que cherchent aujourd'hui nos Orateurs. Ils voient quelquefois les Furies, ces grands Orateurs , auflï bien que les Poè- tes Tragiques j & les bonnes gens ne pren- nent pas garde que quand Orefte dit dans Euripide : Toi qui dans les Enfers me veux précipiter^ Dée(Je> cejfe enjin de me perjecuter; il ne s'imagine voit toutes ces chofes , que parce qu'il n'eft pas dans fon bon fens. Quel eft donc l'effet des Images dans la Rhétori- que? C'eft qu'outre plufieurs autres proprie- * tez,elles ont cela qu'elles animent & échauf- fent le difcours. Si bien qu'eftant méfiées avec art dans les preuves , elles ne perfua- dent pas feulementsmais elles domtent 3 pour ainfi dire , elles foûmettent l'Auditeur. Si un homme y dit un Orateur 3 a entendu un grand bruit devant le Valais qu*un autre à me fi me temps vienne annoncer que les prifons font ouvertes > <& que les prifonniers de guerre fe fauvent : il n'y a point de vieillard fi chargé années, ni dé jeune homme fi indiffèrent^ qui ne coure de toute fa force au fecours. ^ue fi quelqu'un fur ces entrefaites leur montre l*Au- M 2 teut / 1*8 TRAITE' DU SUBLIME, teur de ce defordre: Sefifait de ce vialheureux\ il faut qu'il perijfe fur le champ , & on ne luy domic pas le temps de parler. Hyperide s'eft fervi de cet artifice dans l'oraifon , où il rend compte de l'ordonnan- ce qu'il fit faire après la défaite de Cheronée, qu'on donneroit la liberté aux efclaves. Ce n'efi point 3 dit-il , un Orateur qui a fait paf fer cette loi : c'efl la bataille , c'ejt la défaite de Cberonce. Au mefme temps qu'il prou- ve la chofe par raifon , il fait une Image, Se par cette proportion qu'il avance , il fait plus que perfuader & que prouver. Car comme en toutes chofes on s'arrefte natu- rellement à ce qui brille & éclate davanta- ge,* l'efprit de l'Auditeur eft aifément en- traîné par cette Image qu'on luy prefente au milieu d'un raifonnement , & qui luy frappant l'imagination , l'empefche d'exa- miner de fi prés la force des preuves , à caufe de ce grand éclat dont elle couvre & environne le Difcours. Au refte iln'eftpas extraordinaire que cela faflfe cét effet en nous y puifqu'il eft certain que de deux corps méfiez enfemble celuy qui a le plus de force 5 attire toujours à foy la vertu & la puiflance de l'autre. Mais c'eft aflez parlé de cette Sublimité qui confifte dans les pen- fées, & qui vient, comme j'ai dit > onde la Grandeur d'ame > ou de l'Imitation , OU de thnaginatio?*. CHA« 0 TRAITE' DU SUBLIME. 269 CHAPITRE XIV. Des Figures > <& premièrement de l Apostrophe. IL faut maintenant parler des Figures , pourfuivre Tordre que nous nous fem- mes prefcrit. Car , comme j'ai dit, elles ne font pas une des moindres parties du Subli- me , lorfqu'qn leur donne le tour qu'elles» doivent avoir. Mais ce feroit un ouvrage do trop longue haleine, pour ne pas dire infi- ni , fi nous voulions faire ici une exafte re- cherche de toutes les Figures qui peuvent avoir place dans Je difcoui s. C'eft pourquoi nous nous contenterons d'en parcourir quel- ques-unes des principales , je veux dire, cel- les qui contribuent le plus au Sublime : feulement afin de faire voir que nous n'avan- çons rien que de vrai. Demoflhene veut juftifier fa conduite , & prouver aux Athé- niens , qu'ils n'ont point failli en livrant bataille à Philippe. Quel eftoit l'air natu- rel d'énoncer la chofe ? Vous ifavez point failli y pouvoit-il dire, Mejfieurs, en com- battant au péril de dos vies pour la liberté & le falut de toute la Grèce , & vous en avez des exemples qu* on ne fçaur oit déme?Jtir. Car on ne peut pas dire que ces grands Hommes aient failli , qui ont combattu pour la me fine cauji dans les plaines de Marathon, àSalamine&* devant Platées. Mais il en ufe bien d'une autre forte y & tout d'un coup , comme s'iteftoit infpire' d'un Dieu, &polfedé d« 17<> TRAITE' DU SUBLIME. refprit d'Apollon mefme , il s'écrie en ju- rant par ces vaillans Defenfeurs delà Grèce JNo?s , MejJieurs,non, vous n'avez point failli. J % en jure par les mânes de ces grands Hommes qui ont combattu pour la mefme eau fe dans les plaines de Marathonfax cette feule forme de ferment 3 que j'appellerai ici Apuftrophe, il déifie ces anciens Citoiens dont il parle, & montre en effet , qu'il faut regarder tous ceux qui meurent de la forte , comme autant de Dieux par le nom defquels on doit jurer. Ilinfpire à fes Juges Pefprit & les fentimens de ces illuftres Morts , & changeant l'air na- turel de la Preuve en cette grande & pa- thétique manière d'affirmer par des fermens iï extraordinaires, fi nouveaux , fi dignes de foi y il fait entrer dans l'ame de fes Audi- teurs comme une efpece de contre- poifon & d'antidote qui en chafTe toutes lesmauvai- fes impreflïons. Il leur élevé le courage par des louanges. En un mot il leur fait conce- voir qu'ils ne doivent pas moins s'eftimer de la bataille qu'ils ont perdue contre Philippe, que des viûoires qu'ils ont remportées à • Marathon & à Salamine,& par tous ces dif- ferens moiens renfermez dans une feule Fi- gure , il les entraine dans fon parti. Il y en a pourtant qui prétendent que l'original de ce Serment fe trouve dans Eupolis, quand il die : On ne me verra plus affligé de leur joie. f en jure mon combat aux champs de Marathon . Mais il n'y a pas grande fineffe à jurer fim- plement. Il faut voir où, comment, en quelle occafion., & pourquoi on le fair. Or TRAITE VU SUBLIME. i 7 \ Or dans le paflfage de ce Poète il n'y a rien autre chofe qu'un fimple ferment. Car il parle là aux Athéniens heureux, & dans un temps où ils n'a voient pasbefoin de confb- htion. Ajoutez que dans ce ferment il ne ju- re pas , comme Demofthene, par des Hom- mes qu'il rende immortels , & ne fonge point à faire naillre dans Pame des Athé- niens , des fentimens dignes de la vertu de leurs Anceftres : veu qu'au lieu de jurer par le nom de ceux qui avoient combattu , îls'a- mufeà jurer par une chofe inanimée, telle qu'eft un combat. Au contraire dans Demo- fthene ce ferment eft fait dire&ementpour rendre le courage aux Athéniens vaincus, & pour empefeher qu'ils ne regardaient doré- navant, comme un malheur, la bataille de Cheronée. De forte que, comme j'ai déjà dedans cette feule Figure.il leur prouve par raifon qu'ils n'ont point failli ; i^ur en four- nit un exemple $ il le leur conff me par des fermensj il fait leur éloge ; & il les exhorte à la guerre contre Philippe. Mais comme on pouvoit repondre à nô- tre Orateur > il s'agit de la bataille que nous avons perdue contre Philippe , durant que vous maniés les affaires de la Republique, & vous jurez par les vidloires que nos An- ceftres ont remportées. Afin donc de mar- cher feurement , il a foin de régler fes paro- les^ n'emploie que celles qui lui font a van- tageufes : fàifant voir , que mefme dans les plus grands emportemens il faut eftre fobre & retenu. En parlant donc de ces victoires de leurs Anceftres,ildit, ceux qui ont dorme bataille près d* Ar te- rni fe& de Platées J\ fe garde bien de dire ceux qui ont vaincu. Il a foin de taire l'évei nement qui avoir eftc auflî heureux en toutes ces batailles , que funefte à Cherone'e s & prévient mefme l'Auditeur en pourfuivant ainfi. Tous ceux, ô Efihine, qui font péris en ces rencontres , ont eftc enterrez aux dépens de la Republique , & non pas feulement ceux dont U fort une a fécondé la valeur. CHAPITRE XV. §ue les Figures ont befoin du Sublime pouz les foùtenir. IL ne faut pas oublier ici une reflexion que j'ai faite, &que je vais vous expli- ' quer en pejg^e mots : c'eft que fi les Figures naturellement foutiennent le Sublime , le Sublime de fon cofté foûtient raerveilleu- fement les Figures : mais où , & commenrj c'eft ce qu'il faut dire. En premier lieu , il eft certain cju'un dif- cours, où les Figures font emplpiees toutes feules, eft de foi-mefme fufpeft d'adrefle, d'artifice, & de tromperie. Principalement lorfqu'on parle devant un Juge fou verain, & fur tout fi ce Juge eft un grand Seigneur, comme un Tyran, un Roi, ou un Gene- ral d'Armée : car il conçoit en lui-mefme une certaine indignation contre l'Orateur, & ne fçauroit fouffrir qu'un chetif Rhetori- cien entreprenne de le tromper , comme un enfant,. TRAITE' DU SUBLIME. zJi enfant, par de groflieres finettes. Et même il eft à craindre quelquefois, que prenant tout cet artifice pour une efpece de mépris, il-ne s'effarouche entièrement : & bien qu'il retienne fa colère, & fe lai(fe un peu amollir aux charmes du difcours > il a toujours une forte répugnance à croire ce qa'onluidit'. C'eft pourquoi il n'y a point de Figure plus excellente que celle qui eft tout à fait cachée, & lorfqu'on nereconnoift point que c'eft une Figure. Or il n'y a point de fecours ni de remède plus merveilleux poiir l'empêcher de paroiftre , que le Sublime & le Pathéti- que, parce que l'Art ainfi renferme aumî* lieu de quelque chofe de grand & d'éclatant, a tout ce qui lui manquoit , & n'eft plus fu£ . pe£t d'aucune tromperie. Je ne vous en fçau* rois donner un meilleur exemple que celui que j'ai déjà raporté. y* en jure par les ma* nés de ces grands Hommes , &c. Comment eft-ce quel Orateur a caché la Figure dont il fe fert ? N'eft- il pas aifé de reconnoiftre que c'eft par l'éclat même de fa penfée? Câr comme les moindres lumières s'éva* noiiiflent, quand le Soleil vient à éclairer j de même toutes ces fubtilitez de Rhéto- rique difparoiffent à la veuë de cette gran*- deur qui les environne de tous coftez. La même chofe à peu prés arrive dans la peinture. En effet, qu'on tireplufîeurs li* gnes parallèles fur un même plan, avec les jours & les ombres , il eft certain que es qui fe prefemera d'abord à la veuë , ce fera le lumineux à caufe de fon grand échx qui fait qu'il femble fortir hors du- %» 174 TRAITE' DU SUBLIME: bleau, & s'approcher en quelque façon d& nous. Ainfile Sublime & le Pathétique, foie par une affinité naturelle qu'ils ont avec les mouvemens de noftre ame , foit à caufe de leur brillant , paroiffent davantage & fem- blent toucher de plus pres noftre efprit que les Figures dont ils cachent l'Art , & qu'ils mettent comme à couvert. CHAPITRE XVI. Des Interrogations. M QUe dirai-je des Demandes & des In- terrogations } Car qui peut nier que ces> fortes de Figures ne donnent beaucoup plus de mouvement , d'a&ion , & de force au difeours ? Ne voulez- vous ja?nais faire autre ihofij dit Demofthene aux Athéniens, qu'aller par la ville vous demander les uns aux autres j Que dit-on de nouveau ? <& que peut- on vous apprendre déplus ?iouveau> que ce que vous voiû ? Vn Homme de Macédoine Je rend maifire des Athéniens , &fait la loy à toute la Grèce. Philippe ejl~il mort ? dira l'un: Non 9 refondra l'autre , // n 'efl que malade. . He, que vous importe y Mejjieurs , qu'il vive- ou qu'il meure ? Quand le Ciel vous en au- roit délivrez , vous vous feriez bien-tofl vous Ttefmes un autre Philippe. Et ailleurs. Em- barquons + mus pour la Macédoine , mais où aborderons -nous y dira quelqu'un , maigre Philippe ? La guerre mefme , Mejjieurs , mus découvrira par ou Philippe ejl facile à miner e. . S!il eiiû dit la chofe Amplement > TRAITE' DU SUBLIME. 17? fon difcours n'euft point répondu à la Ma? jeftéde i'aflâiredont il parloit : au lieu que par cette divine & violente manière de fe faire des interrogations & de fe repondre fur le champ à foi-mefme , comme fî c'eftoit une autre perfonne, non feulement il rend ce qu'il dit plus grand & plus fort , mais plus plaufible & plus vraifemblable. Car le rathetique ne fait jamais plus d'effet que lorfqu'il femble que l'Orateur ne le recher- che pas , mats que c'eft l'occafîon qui le fait naiftre. Or il n'y a rien qui imite mieux la Saffion que ces fortes d'Interrogations & de Léponfes. Car ceux qu'on interroge , fen- tent naturellement une certaine émotion* qui fait que fur le champ ils fe precipitenr de répondre, & de dire ce qu'ils fçavent de vrai, avant mefme qu'on aie achevé de les interro- ger. Si bien que par cette Figure l'Auditeur eft adroitement trompé , & prend les dif- cours les plus méditez pour des chofes dites fur l'heure & dans la chaleur * * * *. 11 n'y Vcy la r#* - a rien encore qui donne plus de mouvement mar l u *** au Difcours que d'en ofter les liaifons. En effet, un Difcours que rien ne lie & n'em- barraffe, marche & coule de foi-mefme , & il s'en faut peu des yeux > de la voix , que c eh lui qui a ejti outragé m ffauroit peindre dans un récit + Et de peur que dans la fuite, , fon dilcours ne vinft à fe relafcher , (cachant bien que l'ordre appartient à un cfprit raf- fîs, & qu'au contraire le defoFdre elt la mar- que de la pafïîon qui n'eft en effet elle-mê- aie qu'un trouble & une émotion de l'ame,. TRAITE' DU SUBLIME. %rf il pourfuic dans la même diverfité de Figu- res. Tantojl il le frappe comme ennemi tantoji pour lui faire infulte r tantoji avec les poings , tantofi au vifage. Par cette violence de paro- les ainfi entafîes les unes fur les autres l'Ora- teur ne touche & ne remué pas moins. puif- famment fes Juges,que s'ils le voyoient frap- per en leur prefence. 11 revient à la charge, & pourfuit, comme une tempête. Ces af- fronts émeuvent, ces affronts transportent un Homme de cœur , & qui n'ejl point accoutumé aux injures. On ne ffauroit exprimer par des paroles V énormitè d'une telle aélion. Par ce changement continuel , il conferve par tout le caractère de ces Figures turbulentes : tel- lement que dans fon ordre il y a un defordre, . & au contraire dans fon defordreily a un ordre merveilleux. Qu'ainfi ne foit , mettez par plaifir les conjonctions à cepalTage 5 com- me font les Difciples d'Ifocrate. certa'me- meiit il ne faut pas oublier , que celui qui en ou- trage un autre fait beaucoup de chofes^premie- rement par legefte, en fuite par lesyeuxi&en- finpar lavoixmefme , &c... Caren égalant & applaniflant ainfi toutes chofes par le xnoien des liaifons , vous verrez que d'un Pathétique fort & violent , vous tomberez dans une petite afféterie de langage qui n'au- ra ni pointe ni e'guillon, & que toute la force devortredifcours sVteindraaufli-tott: d'elle- même. Et comme il eftceitain, que fi on lioir lecoîpsd'un homme qui court, on lui feroit perdre toute/a force; de même fi vous allez embarraPer une p«3ffion de cesliaifonS & de ces particules inutiles , elle les fouffre M 7 aver Tj% TRAITE' DU SUBLIME. avec peine, vous lui oftez la liberté defa eourfe, & cette impetuofité qui la faifoit marcher avec la mefme violence, qu'un traita lancé par une machine. CHAPITRE XVIIL Des Hyper bâtes # - I L faut donner rang aux Hyperbates.- L'Hyperbate n'eft autre chofe que la Tranfpojition des f en fies ou des paroles dans l'ordre & la fuite d'un difcours. Et cette Fi*- gure porte avec foi le cara&ere véritable d'une palfion forte & violente. En effet 3 voiez tous ceux qui font cmûs de colère y de fraieur, de dépit, dejaîoufie, ou de quel- qu'autre paffion que ce (bit : car il y en a tant que Ton n'en fçait pas le nombre , leur efprit eft dans une agitation continuelle. A peine ont-ils formé uni deffein qu'ils en con- çoivent aufli-toft un autre, & au milieu de celui-ci s'en propofant encore de nouveaux , où il n'y a ni raifon ni rapport , ils reviennent fouvent à leur première refolution. La paf- fion en eux eft comme un vent léger & in- conftant qui les entraîne , & les fait tour- * ner fans ceflTe de cofté & d'autre : fi bien • que dans ce flux & ce reflux perpétuel de fentimens oppofés , ils changent à tous momens de penfée & de langage , & ne gardent ni ordre , ni fuite dans leur dif- cours. Les habiles Efcrivains , pour imiter ces' mouYemens de la nature : fe fervent des- H* TRAITE' DU SUBLIME. 17* Hyperbates. Et à dire vrai , l'Art n'eft ja- mais dans un plus haut degré de perfedion , - que lors qu'il reflemble fi fort à la Nature , , qu'on le prend pour la Nature mefme ; & au contraire la Nature ne reûflit jamais mieux que quand l'Art eft caché. Nous voions un . bel exemple de cette Tranfpofition dans Hérodote , où Denys- Efioceen parle ainfi aux Ioniens. En effet ?ios. affaires font réduites à la dernière extremitz \ . Mcffîeurs. Il faut ?iecejfairement que nous, foions libres ou efclaves , & efclaves mi fer a- bles. Si donc vous voulez éviter les malheurs ■ qui vous menacent , il faut fans différer em- braffer le travail & la fatigue , <& acheter vojlre liber tz par la défaite de vos ennemis. . S'il euft voulu fuivre l'ordre naturel, voici comme il euft parlé. Meffieurs. Il eft main" tenant temps d'embraffèr le travail & la fa~ tigue : Car enfin nos affaires font réduites à l la dernière extremitz &c. Premièrement donc il tranfporte ce mot Meffieurs , & ne * Tinfere qu'immédiatement après leur avoir jetté la fraieur dans l'ame : comme fi la^ grandeur du péril lui avok fait oublier la ci- vilité qu'on doit à ceux à qui l'on parle 3 en commençant un difcours. Enfuite il renver- se l'ordre des penfées. Gâr avant que de lés exhorter au travail , qui eft pourtant fon bu t , il leur donne la raifon qui les y doit porter : En effet 710s affaires font réduites à \ la dernière extrémités afin qu'il ne femble pas * que ce foit un difcours eftudié qu'il leur ap- çprte : mais que c'eft la paflîon qui le force a varier fur le champ; Thucydide a auflî : des* iSo TRAITE' DU SUBLIME. des Hvpcrbates fort remarquables , Se s'en- tend admirablement à tranfpoferleschofes qui femblent unies du lien le plus naturel , & qu'on diroit ne pouvoir eftre feparées. Demofthene ell en cela bien plus retenu que lui. En effet, pour Thucydide, jamais perfonne ne les a refpandués avec plus de profufion , & on peut dire qu'il en faoule lès Le&eurs. Caf dans la pafTion qu'il a de faire paroître que tout ce qu'il dit, eftdit fur le champ , il traîne fans ceffe l'Auditeur, par les dangereux détours de fes longues Tranfpofitions. Affés fbuvent donc il fut- pend fa première penfée , comme s'il affe- dtoit tout eaprés le defordre : & entremê- lant au milieu de fon difeours plufîeurs cho- fes différentes qu'il va quelquefois chercher , mefme hors de fon fujet, il metlafraieur dans l'ame de l'Auditeur qui croit que tout ce difeours va tomber , & Vintereffe malgré lui dans le péril où il penfe voir l'Orateur, Puis tout d'un coup , & lors qu'on ne s'y attendoit plus , difant à propos ce qu'il y a- voit fi long- temps qu'on cherchoit , par cet- te Tranfpofition également hardie & dan- gereufe , il touche bien davantage que s'il euft gardé un ordre dans fes paroles , il y a tant d'exemples decequejedis, quejeme difpenferay d'en rapporter, TRAITE' DU SUBLIME. 281 CHAPITRE XIX. Du Changement de Nombre. m IL n'en faut pas moins dire de ce qu'on ap- pelle , Diverfitù de cas , Colleclio?is , Ren- verfemens , Gradations , & de toutes ces au- tres Figures , qui eftant comme vous fçavez extrêmement fortes & véhémentes, peu- vent beaucoup fervîr par confequent à or- ner le difcours, & contribuent en toutes manières au Grand & au Pathétique. Que dirai- je des ChangemensdeCas, de Temps, de Perfonnes, de Nombre, & de Genre ? En effet qui ne void combien toutes ces chofes font propres à diverfifier de à ranimer Pexpreffion ? Par exemple , pour ce qui regarde le Changement de nombre; ces Singuliers dont la terminai- fon eft finguliere , mais qui ont pourtant , à les bien prendre, la force & la vertu des Pluriels : Aufli-tofî un grand Peuplé accourant fur le port Ils firent de leurs cris retentir les rivages. Et ces Singuliers font d'autant plus dignes de remarque , qu'il n'y a rien quelquefois de plus magnifique que lei Pluriels. Car la multitude qu'ils renferment , leur donne du Ibn & de Pemphafe. Tels font ces Pluriels qui fortent de la bouche d'Oedipe dans So- phocle: Hymen ,funejie Hymen tu m'as dorme la vie : Mais dans ces mefmes flancs où je fus enfermé, Tu fais rentrer ce fang dont tum'avois forme. Et A- i$2 TRAITE' DU SVBL1ME. Et far là tu produis & des Fils & des Pères , ^ Des Frères y des Maris, des Femmes des Mères , Et tout ce que du Sort la maligne fureur Fit jamais voir au jour & de honte & d'horreur. Tous ces differens noms ne veulent dire 3u\ine feule perfonne ; c'eft à fçavoir , Oe- ipe d'une part , & fa mere Jocafte jje l'au- tre. Cependant par lemoîendecehombre ainfi répandu & multiplié en differens plu- riels, il multiplie en quelque façon les in- fortunes d'Oedipe. C'eft par un mefme pleonafme qu'un Poëce a die : On vid les Sarpedons & h s Hettors paroijîre. 11 en faut dire autant de ce partage de Pla- ton à propos des Athéniens, que j'ay rappor- té ailleurs. Ce ?ie font point desPelops, de$ < Cadmus , des Egypte s , desDanaùs, ni des hommes ?tés barbares qui demeurent avec nous. Nous Jommes tous Grecs , îloignzs du commer- ce & de la freque?ttation des nations étran- gères* qui h abitonsune mefme ville , &c. En effet tous ces Pluriels ainfi ramaffés en- femble, nous font concevoir une bien plus grande idée des chofes. Mais il faut prendre garde à ne faire cela que bien à propos , & dans les endroits où il faut amplifier , ou multiplier , ou exagérer & dans la pafïîon y c'eft à dire r quand le fujet eft fufceptible d'une de ces chofes ou de plufieurs. Car d'attacher par tout ces cymbales & ces fon- aettes, celafentiroit trop fon Sophifte. CHÀ* TRAITE' DU SUBLIME. i$i CHAPITRE XX. Des Pluriels réduits en Singuliers. ON peut auffi tout au contraire réduire les Pluriels en Singuliers, & cela * quelque chofe de fort grand. Tout lePelopo- nefe, ditDemofthene , efloit alors divifé en faftions. Il en eft de mefme de cepaflage d'Hérodote. Phrynicusfaifant reprefenter fa. Tragédie intitulée la Trife de Milet , tout le Théâtre fe fondit en larmes. Carderamaf- fer ainfi plufîeurs chofes en une y cela donne plus de corps au difeours. Au refte je tiens que pour l'ordinaire c'eft une mefme raifon qui fait valoir ces deux différentes Figurer. En effet foit qu'en changeant les Singuliers en Pluriels d'une feule chofe vous en faflïés plufîeurs : foit qu'en ramaffant des Pluriels dans un feul nom Singulier qui fonne agréa- blement à l'oreille , de plufîeurs chofes vous* n'en faffiez qu'une , ce changement impré- veu marque la paffion, CHAPITRE XXI, Du Changement de Temps. IL en ell de mefme du Changement de- Temps : lorfqu'on parlé d'une chofe paf- fée , comme fi elle fe faifoit prefentement : parce qu'alors ce n'eft plus une narration que vous faites j c'eft une action qui fe 284 TRAITE' DU SUBLIME. pafle à l'heure mefme. Un Soldat 3 ditXc- nophon , e fiant tombé fous le che* -al de Cyrus, & e fiant foule aux pieds de ce cheval, il lui donne un coup d'efpz'e dans le ventre. Le Che- val bïejfé fe démené <& fecouefon mai (Ire. Cy- rus tombe. Cette Figure eft fort fréquente dans Thucydide. CHAPITRE XXII. Du Changement de Verfo?mes. LE Changement de Perfonnes n'eftpas moins pathétique. Canifait que l'Au- diteur afifez fouventfe croit voir lui-mefme au milieu du péril- Vous di/iiz à les voir pk'ms a" une ardeur ft belle , flttils H trouvent t ou )Ctfr*Ufie vigueur nouvelle : G^e rien ne les ffaureit ni vaincre ni laffir , Et que leur long combat ne fait que commencer. Et dansAratus. Ne t'embarque jamais durant ce tri (le mois. Cela fe void enrore dans Hérodote. A la fortie de la ville d 'Eléphant ine 5 dit cet Hillo- r ien , du cofié qui va en montant * vous ren- contrez, d'abord une colline , &c. Delà vous défendrez dans une plaine : Quand vous Pau- rés traverfée , vous pouvez vous embarquer tout de nouveau , & en douze jours vous arri- verez à une grande ville qu'on appelle Mer oc. Voiez vous , mon cher Terentianus , com- me il prend voftre efprit avec lui , & le con- duit dans tous ces différents pais : vous fai- fant plûtoft voir qu'entendre. Toutes ces chofes ainfi pratiquées à propos , arreftenc l'A** TRAITE' DU SUBLIME. 28Ç l'Auditeur > & lui tiennent l'efprit attaché fur Padtion prefente. Principalement lorf- qu'on ne s'adreffe pas à plufieurs en gênerai , mais à un feul en particulier. Tu ne f \aurois connoiftr* au fort de la méfiée , Quel parti fuit le fils du courageux Tydee. Car en réveillant ainfi l'Auditeur par ces A- poftrophes, vous le rendez plus emû , plus attentif, & plus plein de la chofe dont vous pariez. CHAPITRE XXIII. Des Tranfitims impreveues. IL arrive aufïï quelquefois qu'un Efcri- vain parlant de quelqu'un , tout d'un coup fe met a fa place , & joué fon perfonnage : & cette Figure marque l'impetuoiité delà Paffion. Mais Hector de fes cris rempliffant le rivage , Commande à fes foldats, de quitter le pillage : De courir aux vai féaux. Car,j'atteJ!e les Dieux Que quiconque ofera s'écarter à mesnux % Moi-mefme dans fon fang j'irai l4tÊÊÈto$ e ' Le Poète retient la narration pou comme celle qui lui eft propre :: lBet tout d'un coup , & fans en avertir , cette menace précipitée dans la bouche de ce Guerrier bouillant & furieux. En effet fon difcours auroit langui s'il y euft entre- meflé : Heéior dit alors de telles ou fembla- hles paroles. Au lieu que par cette Tranfition impreveuë il prévient le Le£teur,& k Tran- ficion eft faite avant que le Poète mefme ait aStf TRAITE' DU SUBLIME. fongé qu'il la faifoit. Le véritable lieu donc où Ton doit ufer de cette Figure, c'eft quand le temps preffe , & que l'occafion qui fe pre- fentene permet pas de différer : lorfquefur le champ ilfautpafferd'uneperfonneàune autre , comme dans Hecatée. Ce Héraut aiant ajfés pefé la conféquence de toutes ces chofesjl commande aux Defcendans des Héré- dités de fe retirer. Je ne puis plus rien pour 'vous , non plus que fi je tfejlois po 'mt au mon- de. Vous efies perdus , vous me forcerez bien-tofi moi-mefme d'aller chercher une re- traite chez, quelque autre peuple. Demo- fthenedansfonOraifon contre Ariftogiton a encore emploie cette Figure d'une maniè- re différente de celle-ci , mais extrême- ment forte & pathétique. Et il nefe trou- vera perfonne e?itre vous > dit cet Orateur ^ qui ait du rejfentiment & de l'indignation de voir un impudent , uninfa?ne violer in folem- mentles chofes les plus faintes ? Un fcelerat 9 dis-je, qui. ... Ole plus méchant de tous les hommes ! rien n*aura pu arrefter ton audace effrénée ? Je ne dis pas ces portes , je ne dis pas ces barreaux , qu'un autre pouvoit rompre comme toi. Il laifle là fa penfée imparfaite , la colère le tenant comme fufpendu & parta- gé fur un mot, entre deux différentes per- sonnes, ghti. . . O le plus méchant de tous les HommesÏEi enfuite tournant tout d'un coup contre Ariftogiton ce mefme difcours qu'il fembloit avoir laifle là 5 il touche bien da- vantage , & fait une bien plus forre impreC- fion. Il en eft de mefme de cet emporte- ment de Pénélope dans Homère , quand elle TRAITE' DU SUBLIME. 2S7 elle void entrer chez elle, un Héraut de la part de fes Amans : De mes fâcheux Amans minifire injurieux, Heraut^ue cherches- tu? Qui t'amène en ces lieux? Y viens- tu de la part de cette Troupe avare , Ordonner qu'à V infiant le Fefiin fe prépare i Fajfe lejufie Ciel y avançant leur trépas , Que ce repas pour eux foit le dernier repas. Lâches , qui pleins d'orgueil & foibles de courage, • Confumex. de fin fils le fertile héritage , Vos Pères autrefois ne vous ont-ils point dit Quel Homme efioit Ulyfe , 8cc. CHAPITRE XXIV. De la Feriphrafe. IL n'y aperfbnne, comme jecroy, qui puifle douter que la Periphrafe ne foit en- core d'un grand ufage dans le Sublime. Car , comme dans la Mufîque lefon principal de- vient plus agréable à l'oreille, lors qu'il eft accompagné de ces différentes parties qui lui répondent : De mefme la Periphrafe tournant à Pentour du mot propre , forme fouvent par rapport avec lui une confonance & une harmonie fort belle dans le difeours. Sur tout lors qu'elle n'a rien dedifeordant ou d'enflé 3 mais que toutes chofes y font dans un jufte tempérament. Platon nous en four- nit un bel exemple au commencement de fon Oraifon funèbre. Enfin 3 dit-il , nous leur avons rendu les derniers devoirs , e£* maintenant ils achèvent ce fat al voyage > & îSS TRAITE' DU SUBLIME. ils s'en vont tous glorieux de la magnificence avec laquelle toute la ville en gênerai \ & leurs parens en particulier , les ont reconduits hors de ce monde. Premièrement il appel- le la Mort , ce fatal voyage. Enfuite il parle des derniers devoirs qu'on avoir rendu aux morts, comme d'une pompe publique que leur païs leur avoit préparée exprés , pour les conduire hors de cette vie. Dirons-nous que toutes ces chofes ne contribuent que medio- . crement à relever cette penfée ? Avouons plutôt que par le moien de cette Péri phrafe melodieufement répandue dans le difeours, d'une diction toute fimple, il a fait une ef- pece de concert & d'harmonie. De mefme Aenophon. Vous regardez, le travail comme le feul guide qui vous peut conduire à une vie heureufe <& plaifante. Au refte vofire -ame efi ornée de la plus belle qualité que puiffent jamais pojjeder des hommes nés pour la guer- re y c'ejt qu'il n'y a rien quivous touche plus Jènfiblement que la louange. Au lieu de dire : Vous vous adonnez au travail, il ufe de cet- te circonlocution ; Vous regardez, le travail , comme le feul guide qui vous peut conduire à une vie heureufe. Et eftendant ainfî tou- tes chofes , il rend fa penfée plus grande , & relevé beaucoup cet éloge. Cette Pe- riphrafe d'Hérodote me femble encore ini- mitable. La Dêejfe Venus , pour chaftier Vinfoler:ce des Scythes qui avoient pille fon Temple , leur envoya la maladie des Few Hcnvor- mes. * >ïdcs. ^ u refte, il n'y a rien dont l'ufage s'é- tende plus loin que la Periphrafe , pourveu qu'on TRAITE' DU SUBLIME, lif qu'on ne la refpande pas par tour fans choix &fans mefure. Car auffi-toft elle languit, & a je ne fçai quoi de niais & de groffier» Ec c*eft pourquoi Platon qui eft toujours fi- guré dans fes exprefDons > & quelquefois mefme un peu mal à propos, aujugemenc de quelques-uns , a efté raillé pour avoir dit dans fa Republique j II ne faut point fouffrir que les riche f]es d'or & d'argent prennent pié , ni habitent dans une Ville. S'il euft voulu , pourfui vent- ils, introduire la pofleffion du beftail $ affurement au'il auroit dit par la mefme raifon , les richejfes de bœufs & de moutons. Mais ce que nous avons dit en gênerai fuffit pour faire voir l'ufage des Figures, à Tégard du Grand & du Sublime. Car il eft certain qu'elles rendent toutes, le Dif- cours plus animé & plus Pathétique : or le Pathétique participe du Sublime , autant que le Sublime participe du Beau & de l'A- greable. CHAPITRE XXV. DuChoix des Mots. PUifque la Penfée & la Phrafe s'expli- quent ordinairement l'une par l'autre : Voions fi nous n'avons point encore quelque chofe à remarquer dans cette par- tic du difeours , qui regarde l'expreffion* Or que le choix des grands mots & des termes propres , foit d'une merveilleufc vertu pour attacher & pour émouvoir, N c'elk *90 TRAITE' DU SUBLIME. ç'eftceque perfonne n'ignore, & fur quoi par confequent il feroit inutile de s'arreiter. En effet , il n'y a peut-eftre rien d'où les O- rateurs & tous les Efcrivainsen gênerai qui seftudient au Sublime , tirent plus de gran- deur , d'élégance , de netteté , de poids , de force , & de vigueur pour leurs Ouvra- ges, que du choix des paroles. C'eft par elles que toutes ces beautez éclatent dans le difeours , comme dans un riche tableau , & elles donnent aux chofes une efpece d'a- ine & dévie. Enfin les beaux mots font, à vrai dire , la lumière propre & naturelle de nos penfées. 11 faut prendre garde néan- moins à ne pas faire parade par tout d'une vaine enflure de paroles. Car d'exprimer une chofe baffe en termes grands & magni- V Auteur fiques , c'eft tout de mefme que fi vous ap- apiésa- pliquiez un grand mafque de Théâtre fur montré vifage d'un petit enfant : fi ce n'eft à la combien vérité dans la Poëfie * * * * * * * les grands Cela fe peut voir encore dans un paffage de mots font Theopompus, que Cecilius blâme, je ne SL^Î pourquoi & qui me femble au con- lc stile traire tort a louer pour fa jultefle , & par ce fimple, q^u'il dit beaucoup. Philippe , dit cet Hifto- faifoit rlen ^ y 0 ; t j an$ p eme [ es a jffr 0 nf S q Ue [ a neC ef- lcstctmcsf 1 **'^ fe s affaire* l'oblige defouffrir. Enef- fimplcsa-fet un dîf ours tout fimple exprimera quel- voient quefois mieux la chofe que toute la pompe , quelque- ^ tout ^ ornernenc 3 comme on le voit tous lois dans ks j ours dans les affaires de la vie. Ajou- te stile tez qu'une chofe énoncée d'une façon or- ncMe. dinaire, fe fait auffiplus aifément croire. R?m4r' S Airtli en parlant d'un Homme qui , pour t . s'agran- TRAITE' DU SUBLIME. 29Î s'agrandir fouffre fans peine, & mefmea- vec plaifir , des indignitez , ces termes , Boire les affronts , me femblent fignifier beaucoup. Il en eft de mefme de cette ex- preffion d'Hérodote. Cleomene eftant de- . venu furieux , il prit un couteau dont il fe ha- cha la chair en petit s morceaux $ & s* eft ont ainft déchiqueté lui-mefme , // mourut. Et ail- leurs , Pithés demeurant toujours dans le vaijfeau , ne cejfa po'mt de combattre , qu'il n'eu fi ejlc hache en pièces. Car ces expref- fions marquent un homme qui dit bonne- ment les chofes , & qui n'y entend point de finefle , & renferment néanmoins en el- les un fens qui n'a rien de groffier ni de trivial. CHAPITRE XXVI. Des Métaphores. POur ce qui eft du nombre des Méta- phores, Cecilius femblèeftrede l'avis de ceux qui n'en fouffrent pas plus de deux ou trois au plus, pour exprimer une feule chofe. Mais Demofthene nous doit enco- re ici fervir de règle. Cet Orateur nous fait voir qu'il y a des occafions où l'on en peut emploier plufieurs à la fois 5 quand les Paffions, comme un aorrent rapide, les entraînent avec elles neceffairement , & en foule. Ces Hommes malheureux , dit-il quelque part, ces lâches Flateurs, ces F#- ries de la Republique ont cruellement déchiré leur patrie. Ce font eux qui dans la débau- N 2 & dans le Sublime. Car comme le Sublime & le Pathétique par leur violence & leur impetuofité emportent naturellement , & entraînent tout avec eux ; ils demandent neceflairement*des expreflions fortes , & ne latflent pas le temps à l'Auditeur de s'amufer à chicaner le nombre des Méta- phores, parce qu'en ce moment jl eft épris d'une commune fureur avec celui qui parle. Et TRAITE' DU SUBLIME. 293 Et mefmes pour les lieux communs & les deferiptions , il n'y a rien quelquefois qui exprime mieux les chofes qu'une feule de Métaphores continuées. C'eft par elles que nous voions dans Xenophon une deferi- ption fi pompeufe de l'édifice du corps hu- main. Platon néanmoins en a fait la pein- ture d'une manière encore plus divine; Ce dernier appelle la telle uneCitadele. 11 dit que le cou elt un Ifihme, qui a e fié -mis en- tre elle <& la poitrine. Que les Vertèbres font , comme des gonds fur lefquels elle tour- ne. Que la Volupté eft l'amorce de tous les malheurs qui arrivent aux Hommes. Que la langue eft le Juge des faveurs. Que le Cœur eft la four ce des veines, la fontaine du fang qui de là fe forte avec rapidité dans toutes les autres parties , & qu'il eft difpofz comme une f or ter ejfe gardée de tous cofiez. Il appelle les Pores , des Rués efiroites. Les Dieux 3 pour- fuit-il , voulant foûtenir le battement du cœur 3 que la veu'é inopinée des chofes terri- bles y ou le mouvement de la colère qui efl de feu y lui c au fent ordinairement i ils ont mis fous lui le poulmon dont la fubftance eft molle , & n'a point de fang: mais ayant far dedans de petits trous en forme d'épongé > il fert au cœur comme d'oreiller , afin que quand la colère eft enflammée* il ne foit point troublé dans fes fonéïions. 11 appelle la Partie con- * cupifcible l'appartement de la Femme ; & la Partie irafcible, l'appartement de l'Hom- me. Il dit que la Rate eft la Cuifne des Inteftins , & qu'efia?it pleine de s or dures du foie y ' elle s'enfle & devient bouffie. En Juite . N 3 coa- 294 TRAITE DU SUBLIME. continuë-t-il , les Dieux couvrirent toutes tes parties de chair qui leur Jert comme de rempart & de défeiije contre les injures du chaud & du froid , <^ contre tous les autres accidens . Et elle eft , ajoute- t-il, comme une laine molle <& ramaffa'e qui entoure doucement Je corps. Il dit que le Sang eft la pafiure de la chair. Et afin, pourfuir-il, que toutes les parties pùffent recevoir l'aliment} ils y ont creufé , comme dam un Jardin plujieurs ca- MPUX) afin que les ruijfeaux des veines for tant du cœur , comme de leur Jour ce , pûjfent couler dans ces efiroits conduits du corps humain. Au refte quand la more arrive, il dit, que 1er organes fe dénouent comme les cordages d'un vaiffeau. & qu'ils laiffent aller Vame en li- berté. 11 y eu a encore une infinité d'autres enfui te, de la mefme force: mais ce que nous avons dit fuffit pour faire voir, com- bien toutes ces Figures font fublimes d'elles- mefmes : combien , dis-je , les Métapho- res fervent au Grand , & de quel ufage elles peuvent eftre dans les endroits pathétiques* & dans les deferi prions . Or que ces Figures, ainfi que toutes les autres élégances du difeours , portent toû- jours les chofes dans l'excès -, c'eft ce que Ton remarque aflfez fans que je le dife. Et 4 c'eft pourquoi Platon mefme n'a pas efté *peublafmé, de ce que fou vent, comme par une fureur de difeours , il fe laiffe empor- ter à des Métaphores dures & exceffives , & à une vaine pompe allégorique. On ne eoncevra pas aifement , dit-il en un endroit , qu'il en doit ejlre de mefme d'une ville comme V TRAITE' DU SUBLIME. 29^ cfunvafe , ou le vin qu'on ver Je , & qui e fi d'abord bouillant & furieux, tout d'un coup entrant enfocieté avec une autre Divinité fi- bre qui le chafiie , devient doux & bon à boit- te. D'appeller l'eau une Divinité fibre, & de fe fervir du terme de chafiier pour tempé- rer : En un mot de s'eftudier fi fort à ces pe- tites finefles, ceJafent, difent ils 3 fon Poè- te qui n'eft pas lui mefme trop fobre. Et c'eft peut-eftre ce qui adonnéfujet àCeci- lius de décider fi hardiment dans fes Com- mentaires fur Lyfias : que Lyfias valoit mieux en tout que Platon , pouffé par deux fentimens auffi peu raifonnables l'un que l'autre. Car bien qu*il aimaft Lyfias plus que foy-mefme, il naïflbit encore plus Pla- ton qu'il n'aimoit Lyfias: fi bien que porté de ces deux mouvemegs > & par un efprit de contradiction , il a avancé plufieurs chofeS de ces deux Auteurs , qui ne font pas des dé- cidons fi fouveraines qu'il s'imagine. De fait aceufant Platon d'eftre tombé en plu- fieurs endroits, il parle de l'autre comme d'un Auteur achevé , & qui n'a point de dé- fauts: ce qui bien loin d'eftre vrai, n'a pas mefme une ombre de vrai-femblance. Et etl effet où trouverons - nous un Efcrivain qui ne pèche jamais, & où il n'y ait rien à re- prendre. N 4 CHA- 29 qui fe brouille à la vérité , êt manque d'or- N 5 dre 2*S TRAITE' DV SUBLIME. dre & u'œconomie en plufieurs endroits de fes efcrits : mais qui ne tombe dans ce dé- faut qu'à caufe de cet efprit divin , dont il eft entraîné , & qu'il ne fçauroit régler comme il veut > Et mefme pour le Lyrique , choifi- riez-vous plutoft d'eftre Bacchylide , que Pindare ? ou pour la Tragédie , Ion ce Poè- te de Chio , que Sophocle ? En effet ceux-là ne font jamais de faux pas > & n'ont rien qui ne foit écrit avec beaucoup d'élégance & d'a- grément.Il n'en eft pasainfi de Pindare & de Sophocle : car au milieu de leur plus gran- de violence , durant qu'ils tonnent & fou- droient , pour ainfi dire , fouvent leur ardeur vient mal à propos à ^'éteindre , & ils tom- bent malheureufement. Et toutefois y a-t-il un Homme de bon fens a ui daignait com- parer tous les ouvrages d'ion enfemble au leul Oedipe de Sophocle ? CHAPITRE XXVIII. Comparai/on d'Hyperide <& de De- mofthene. Q.Ue fi au refte l'on doit juger du mé- rite d'un ouvrage par le nombre plu- toft que par la qualité & l'excellence de fes beautez ; il s'enfuivra au'Hyperidc doit eftre entièrement préfère à Demofthene. En effet, outre qu'il eft plus harmonieux, il a bien plus départies d'Orateur, qu'il pof- fede prefque toutes en un degré éminent , femblable à ces Athlètes quireuffifTentaux cinq fortes d'Exercices, & qui n'eftant les TRAITE' DU SUBLIME. i$f premiers en pas un de ces Exercices , par- lent en tous l'ordinaire & le commun. JEn- effet il a imité Demofthene en tout ce que Demofthene a de beau , excepté pourtant dans la compofition & l'arrangement des paroles.U joint à cela les douceurs & les grâ- ces de Lyfîas : il fçait adoucir 3 où il faut , la rudefle & la fimplicité du difcours , & ne die pas toutes les chofes d'un mefme air com- me Demofthene : il excelle à peindre les moeurs : fon ftile a dans fa naïveté une certaine douceur agréable & fleurie. Il y a dans fes Ouvrages un nombre infini de chofes plaifamment dites. Sa manière de rire & de fe mocquer eft fine , & a quel- que chofe de noble. Il a une facilité mcrveil- leufe à manier l'Ironie. Ses railleries ne font point froides ni recherchées , com- me celles de ces faux imitateurs du Stile Attique , mais vives & preflàntes. Il eft adroit à éluder les objections qu'on lui fait, & à les rendre ridicules en les amplifiant. Il a beaucoup de plaifant & de comique , & eft tout plein de jeux & de certaines pointes d'efprit , qui frappent toujours où ilvife. Aurefte il aflàifonne toutes ces cho- fes d'un tour & d'une grâce inimitable. Il eft né pour toucher & émouvoir la pi- tié. Il eft eftendu dans fes narrations fabu- leufes. Il a une flexibilité admirable pour les digrefïions 5 il fe deftourne , il reprend haleine où il veut , comme on le peut voir dans ces Fables qu'il conte de Latone. Il a fait une Oraifon funèbre qui eft eferite avec tant de pompe & d'ornement , N 6 que joo TRAITE' DU SUBLIME. que je ne fçai ii pas un autre Ta jamais égalé en cela. Au contraire Demofthene ne s'entend pas fort bien à peindre les moeurs. 11 n'eft point eftendu dans fon ftile : Il a quelque choie de dur , & n'a ni pompe ni oftentarion. En un mot il n'a prefque aucune des parties dont nous venons de parler. S'il s'efforce d'eftre plaifant il fe rend ridicule, plùtoft qu'il ne fait rire , & s'éloigne d'autant plus du plai- fant qu'il tâche d'en approcher. Cependant par ce qu'à mon avis , toutes ces beautez oui font en foule dans Hyperide , n'ont rien ae grand : qu'on y voit > pour ainfi dire , un Orateur toujours à jeun , & une lan- gueur d'efprit qui n'échauffe > qui ne re- mué point l'ame, perfonne n'a jamais efté fort tranfporté delà ledture de fes Ouvrages. Au lieu que Demofthene ayant ramafîë en foy toutes les qualitez d'un Orateur vé- ritablement né au Sublime , & entière- ment perfectionné par Peftude > ce ton de majefté & de grandeur , ces mouve- mens animez, cette fertilité , cette adref- fe, cette promptitude , &, ce qu'on doit fur tout eftimer en lui , cette force & «cette véhémence dont jamais perfonne n'a lceu approcher : Par toutes ces divines qualitez , que je regarde en eflfct comme autant de rares prefens qu'il avoit receus des Dieux , & qu'il ne m'eft pas pertni* d'appeller des qualitez humaines > il a ef- ftcé tout ce qu'il y a eu d'Orateurs cé- lèbres dans tous les fiecles : les laiffànt comme abbattus & éblouis , pour ainfi dire, TRAITE' DV SUBLIME, jot dire , de fes tonnerres & de fes éclairs. Car dans les parties où il excelle > il eft telle- ment élevé au deflus d'eux, qu'il repare en- tièrement par là celles qui lui manquent» Et certainement , il eft plus aifé d'envifo- ger fixement, & les yeux ouverts , les fou- dres qui tombent du Ciel , que de n'eftre point ému des violentes paffions qui régnent en foule dans fes ouvrages. « CHAPITRE XXIX. De Platon , & de Lyjias , <& de V excellence de Pefprit humain. POur ce qui eft de Platon , comme j'ai dit , il y a bien de la différence. Car il furpafïè Lyfîas non feulement par l'ex- cellence , mais auffi par le nombre de fes beautez. Je dis plus, c'eft que Platon n'eft pas tant au deflus de Lyiias , par un plus grand nombre de beautez , que Lyfias eft au deflbus de Platon par un plus grand nombre de fautes. Qu'eft-ce donc qui a porté ces Efprits divins à méprifer cette exadle & fcrupuleu- fe délicateflfe , pour ne chercher que le Sublime dans leurs Efcrits ? En voici une raifon. C'eft que la Nature n'a point re- gardé l'homme comme un animal de baffe & de vile condition : mais elle lui a donné la vie , & l'a fait venir au monde comme dans une erande affemblée , pour eftre fpe&a- teur de toutes les chofes qui s'y paflent $ elle Pa, dis-je, introduit dans cette lice , comme N 7 un 1 301 TRAITE' DU SUBLIME. un courageux Athlète qui ne doit refpirer que la gloire. C'eft pourquoi elle a engen- dré d'abord en nos ames une paffion invinci- ble, pour tout ce qui nous paroift déplus grand & de plus divin. Aufli voions-nous que le monde entier ne fuffit pas à la vafte eftenduë de l'efprit huniain. Nos penfées vont fouvent plus loin que les Cieux , & pé- nètrent au delà de ces bornes qui environ- nent & qui terminent toutès chofes. Et certainement fi quelqu'un fait un peiu, de reflexion fur un Homme dont la vie n'aie* rien eu dans tout Ton cours , que de grand & d'illuftre, il peut connoiftre par là , à quoi nous fommes nez. Ainfi nous n'admirons pas naturellement de petits ruiffeaux , bien que l'eau en foit claire & tranfparente , &r utile mefme pour noftre ufage : mais nous fommes verirablement furpris quand nous regardons le Danube , le Nil , le Rhin , &r l'Océan fur tout. Nous ne fommes pas fort eftonnesde voir une petite flamme que nous avons allumée , confer ver long-temps fa lu- mière pure : mais nous fommes frappés d'admiration quand nous contemplons ces feux qui s'allument quelquefois dans le Ciel, bien que pour l'ordinaire ils s'évanouir fent en naifiant : & nous ne trouvons rien de plus eftonnant dans la nature que ces fournaizes du mont Etna qui quelquefois jette du profond de fes aby fmes , tind.Tyth. Desfitrres i desrocherS)&'des fleuves de flamme.' k« De tout cela il faut conclure , que ce qui eft utile & mefme necefifaire aux Hommes' fouvent n'a rien de merveilleux, comme eftant TRAITE DU SUBLIME. 30J eftant aifé à acquérir > mais que tout ce quieft extraordinaire eft admirable & fur- prenant. CHAPITRE XXX. Que les fautes dans le Sublime Je çewvent excujèr. A L'égard donc des grands Orateurs en qui le Sublime & le Merveilleux fe ren- contre joint avec l'Utile & le Neceflàire > il faut avouer, qu'encore que ceux dont nous parlions n'aient point efté exempts de fau- tes , ils avoient néanmoins quelque chofe de furnaturel & de divin. En effet d'exceller dans toutes les autres parties , cela n'a rien qui paffe la portée de l'Homme : mais le Sublime nous élevé prefque auffi haut que Dieu. Tout ce qu'on gagne à nepoint faire de fautes , c'eft qu'on ne peut eftre repris : mais le Grand fe fait admirer. Que vous dirai-je enfin ? un feulde ces beaux traits & de ces penfées fublimes qui font dans les ou- vrages de ces excellens Auteurs, peut payer tous leurs defautsje dis bien plus^c'eft que fi quelqu'un rama(Toit enfemble toutes les fau- tes qui font dansHomere^dansDemofthene, dans Platon, & dans tous ces autres célèbres Héros, elles ne feroient pas la moindre , ni la millième partie des bonnes chofes qu'ils ont dites. C'eft pourquoi l'Envie n'a pas empê- ché qu'on ne leur ait donné le prix dans tous lesfiecles, &perfonnejufqu'ici, n'a efté en cftat de leur enlever ce prix , qu'ils confer- vent 304 TRAITE' DU SUBLIME. vent encore aujourd'hui, & que vraifembla- blement ils conferveront toûjours , Tant quon verra les eaux dans les plaines courir^ Et tes bois dépouillez, au Printemps refleurir» On me dira peut-être qu'un Colofle qui a quelques défauts n'eft pas plus à elhmer qu'une petite Statue achevée , comme par exemple, le Soldat de Polyclete. * A cela je *hïr?°ï?i' rép° ns y grandes : qu'il fiait donner le& grâces de la nouveauté aux cbofes les plus vieilles > & qu'il fait paroifire vieilles celles qui i 106 TRAITE' DU SUBLIME, qui font nouvellement faites. Eft-ce ainfi , di- ra quelqu'un ô Ifocrate 3 que vous allez chan- ger toutes chofes à Pégard des Lacedemo- niens & des Athéniens ? En faifant de cette forte l'éloge du Difcours , il fait proprement un Exorde pour exhorter fes Auditeurs à ne rien croire de ce qu'il leur va dire. C'eft pourquoi il faut fuppofer , à Pcgard des Hyperboles , ce que nous avons dit pour toutes les Figuré^ en gênerai : que celles là font les meilleures qui font entièrement ca- chées, & au'on ne prend point pour des Hy- perboles. Pour cela donc , il faut avoir foin que ce foit toujours la paffion qui les faffe produire au milieu de quelque grande cir- conftance. Comme, par exemple , PHyper- bole de Thucydide , à propos des Athé- niens qui périrent dans la Sicile. Les Sici- liens e fiant defeendus en ce lieu , ils y firent un grand carnage de ceux fur tout qui s* e fi oient jetiez dans le fleuve. L'eau fut en un moment corrompue du fang de ces miferables : & ne an» moins toute bourbeufe <& toute fanglante qtf elle e fi oit, ils fe bat t oient peur en boire. U eft affez peu croiable que des Hommes boi- vent du fang & de la boue, & fe battent mê- me pour en boire : & toutefois la grandeur de la paffïon, au milieu de cette eftrange circonftance > ne laifle pas de donner une ap- parence de raifon à la chofe. 11 en eft de mê- me de ce que dit Hérodote de ces Lacede- moniens qui combattirent au pas des Ther- mopyles. Ils fe dépendirent encore quelque temps en ce lieu avec les armes qui leur re- voient > & avec les mains & les dents : juf TKA1TE' DU SUBLIME. 307 qu'à ce que les Barbares, tirant toujours 9 les eujjent comme enfevelis fous leurs traits. Que dites- vous de cette Hyperbole ? Quelle ap- parence que des Hommes fe défendent avec les mains & les dents contre des gens armez, & que tant de petfonnes foient enfevelies fous les traits de leurs Ennemis ? Cela ne laide pas néanmoins d'avoir delà vrai-fem- biance : parce que la chofe ne femble pas re- cherchée pour PHyperbole > mais que l'Hy- perbole femble naiftre du fujet même.En ef- fet, pour ne me point départir de ce que j'ai dit , un remède infaillible , pour empêcher queleshardieffes ne choquent i c'eft de ne les emploter que dans la paffion , & aux en- droits à peu prés qui femblent les demander. Cela eft fi vrai que dans le Comique on dit des chofes qui font abfurdes d'elles-mêmes, 8c qui ne laiflënt pas toutefois de paffer pour vrai-femblables 3 à caufe qu'elles émeuvent la paflîon , je veux dire > qu'elles excitent à rire. En effet le Rire eft une paffion de l'ame caufée par le plaifir. Tel eft ce trait d'un Poè- te Comique : Il pojfedoit une terre à la CAPS* pagne qui n* eft oit pas plus grande qu'une Epi- jhre de Lacedemonien. Aurefte on fe peut fervir de l'Hyperbole aufïi bien pour diminuer les chofes,que pour les agrandir : Car l'Exagération eft propre à ces deux differens effets : & le Diafyrme, qui eft une efpece d'Hyperbole , n'eft à le bien prendre, que l'exagération d'une chofc baffe & ridicule. CHA 3o8 TRAITE' DU SUBLIME. CHAPITRE XXXII. Ve l'Arrangement des Paroles. DEs cinq Parties qui produifent le Grand , comme nous avons fuppofé d'abord , il relie encore la cinquième a exa- miner : c'eft à fçavoir la Compofition & l'Arrangement des* paroles. Mais com- me nous avons déjà donné deux volumes de cette matière , où nous avons fuffifam- ment expliqué tout ce qu'une longue fpe- culation nous en a pù apprendre : Nous nous contenterons de dire ici ce que nous jugeons abfolument neceflaire à noftre fu- jec ; Comme, par exemple : que l'Har- monie n'eft pas fimplement un agrément que la Nature a mis dans la voix de l'Hom- me pour perfuader & pour infpirer le plaifir : mais que dans les inftrumens mê- me inanimés c'eft un moien merveilleux Î>our élever le courage 8i pour émouvoir espaflîons. Et de vrai , ne voions-nous pas que le fon des flûtes émeut l'ame de ceux qui Pécoutent & les remplit de fureur , com- me s'ils eftoient hors d'eux-mefmts ? Que leur imprimant dans l'oreille le mouve- ment de fa cadence , il les contraint de la fuivre , & d'y conformer en quelque for- te le mouvement de leur corps. Et non feulement le fon des flûtes , mais pref- que tout ce qu'il y a de diflferens fons au monde , comme par exemple , ceux de TRAITE' DU SUBLIME. 309 de la Lyre, font cet effet. Car bien qu'ils ne fignifient rien d'eux- mefmes : Néan- moins par ces changemens de tons qui s'entrechoquent les uns les autres , &par le meflange de leurs accorts , fou vent, com- me nous voions , ils caufent à l'ame un tranf- port , & un ra virement admirable. Cepen- dant ce ne font que des images & de (impies imitations de la voix ,• qui ne difent & ne perfuadent rien, n'eftant, s'il faut parler ai nfi , que des fons baftards , & non point, comme j'ai dit, des effets de la nature de l'homme. Que ne dirons-nous donc point de la Compofition , qui eft en effet comme l'harmonie du difeours dont l'ufa- ge eft naturel à l'homme , qui ne frappe pas Amplement l'oreille , mais l'écrit : qui remue tout à la fois tant de différentes for-* tes de noms , de penfées , de chofes , tant de beautez , & d'élégances avec lefquel- lcs noftre ame a comme une efpece de liaifon & d'affinité : qui par le meflange & la diverfîté des fons jnfinués dans les ef- prits , infpire à ceux qui écoutent , les paffions mêmes de l'Orateur, &quiba- ftit fur ce fublime amas de paroles , ce Grand & ce Merveilleux que nous cher- chons ? Pouvons-nous, dis-je, nier qu'el- le ne contribue beaucoup à la grandeur, à la majefté , à la magnificence du dif- eours , & à toutes ces autres beautez gu'elle renferme en foi , & qu'ayant un Empire ab- folu fur les efprits^lle ne puiffe en tout temps les ravir , offes enlever ? Il y auroit de la foHe à douter d'une vérité fi univerfel- lement iio TRAITE' DU SUBLIME. lement reconnue, & l'expérience en fait * v ^ u - foi.* dZerZ Au rcfte il en eft de même des Difcours un exem- que des corps qui doivent ordinairement pl$ de ïar- j eur principale excellence à Paflemblage , & 27p™* à la jufte proportion de leurs membres : De les, reporte forte même qu'encore qu'un membre iepa- un pajfage r ^ fi ce qu'on dit eft vrai 3 ces boé'tes où l'on enferme les Pyjjmées vulgairement appellezNains,les empêchent non feulement de croiftre * mais les rendent mefme plus petits,par le moien de cette ban- de dont on leur entoure le corps : Ainfi la fervitude,je- clesMùs il fe trompe: t£ç au lieu de '7mvTv\. Surmonte tous ceux qui l'écornent. Se met audejjus de tous ceux qui le coûtent*. Car comme les%xaijfeaux^c.~]\\k^t fuppl&r ^u:Grex r ouifousentendxeL^T», qui veut dire des- REMARQUES. jiy des vanTeaux de charge,^ àg Im*. iv hvire oy, eut - &ty'7vkoïu, ) crc. & expliquer àv^^-ns», dans le fens deMonfieur le Févre & de Suidas > des vai/Tcaux qui flottent manque de fable & de gravier dans le fond qui les (oûtienne , & leur donne le poids qu'ils doivent avoir, aufquels on n'a pas donné leleft. Autrement il n'y a point de fens. Nous en pouvons dire autant, &c. ] J'ai fup- pléé la reddition de la comparaifbn > qui man- que en cet endroit dans l'original.* ** Telles Jont cespenfées^c.W y a ici uneLacune confide- rable.I/ Auteur après avoir montré qu'on peut donner des règles du Sublime , commençoit à traiter des Vices qui lui font oppofés , & entre autres du ftile enflé qui n'eft autre choie que le Sublime trop pouflé. lien faifoit voir l'ex- travagance par le pa/Taged'un je ne fçaiquei Poète Tragique dont il refte encore ici quatre vers: mais comme ces vers eftoient déjà fort galimathias d'eux-mêmes, au rapport de Lon- gin , ils le font devenus encore bien davantage par la çertede ceux quilesprecedoient. Vû* donc crû que le plus court eftoit de les paner : n'y ayant dans ces quatre vers qu'un des trois mots que l'Auteur raille dans la fiiitc.En voilà pourtant le fens confufement. C'eft quelque Capanée qui parle dans une Tragcdie.rr quùls arreftent la flamme qui fort à longs flots de l& fournaife. Car fi je trouve le Matftre de la mai*- fonjeul; alors d'un feul torrent de flammes en* tortillé, fembraferai la maifoncr là réduirai' toute en cendre. Mais cette noble Mufique ne ieft ?a* encore fait oùir. J ai fui vi ici l'interpré- tation deLangbaine.Comme cetteTragediceft perdue, on peut donner à ce partage te! fens- qu'on voudra , mais je doutequ'on attrape le vrai fens. Yoyés les notes de Mr. Dadcr. ji4 REMARQUES. Des fepulchres animés.'] Hermogene va plus- loin, & trouve celui qui a die cette penfée di- 5 ne des fèpulchrcs dont il p£rle. Cependant je oute qu'elle déplût aux Poètes de noftre fic- elé, & elle ne fèroit pas en effet fi condamnable dans les vers. Ouvre une grande bouche pour foufler. dans une petite fluffe.^ysà traduit ainfi ÇofÇeixç /xf/j, afin de rendre la chofè intelligible. Pour expliquer ce que veut dire (pcpSeià r il faut fça- Toir que la flûte chez les Anciens étoit fort dif- feréte de la flûte d'aujourd'hui. Car comme el- le étoiteompofee de pluficurs tuyaux inégaax, on en tiroit un fon bien plus e'clàtaur>& pareil' au fbn de la trompette,/«6*£#* Atnula, dit Ho- race. U faloic donc pour en jouer emploier une bien plus grande force d'haleine,. &par confcquent s'enfler extrêmement les jouës,qiri. veiiille'dire autre choféque , qui tiroit fin nom de père en fis du Dieu qu'on avoit offenfé. Q 7 ji* REM AR E S. Que ces parties de l'œil y crc.] Ce partage eft corrompu dans tous les exemplaires que nous avons de Xenophon , où Ton a mis %cXct/tj&ï(; pour içJUXfWî ; faute d'avoir entendu l'équi- voque de ^»?. Cela fait voir qu'il neiaut pas aifément changer le texte d'un Auteur.. Sans la revendiquer comme un vol. ] C'eft ainfi qu'il faut entendre &<; Quçjïx l & je trouve le mot froid dans la bou- che mefme d'Alexandre. Qui nous laiffe beaucoup dpenfer. ] « 7n>y&n jE ccvctjïàpuoiç , dont la contemplation eft fort é- t-enduë , qui nous remplit d'une grande idée. A l'égard de ^le^ud/cc^iaiç , il eft vrai que ce mot ne fè rencontre nulle part dans les Auteurs Grecs : mais le fèns que je lui donne eft celui à mon avis qui lui convient le mieux , &lorf- qùc je puis trouver un fens au mot d'un Au- teur , je n'aime point à corriger le texte. De quelque endroit d J un difeours.] Aoj^v ev Z } c'ell ainfi que tous les interprètes de Longin ont joint ces mots. Monfieur Dacier les arran- ge d'une autre forte s mais je doute qu'il ait «ai (on. En parlant dès Aloides.] Aloîis eiloit fils de Titan & de la Terre. Sa femme s'appelloit Iphimedie, elle fut violée par Neptune dont" die eut deux tnfans> Otus> & Ephialce, qui fu- ient- REM AR CLU E S. 317 rcnt appcllés Aloides; à caufc qu'ils furent nourris & élevés chés Aloiis , comme fcs en- fuis. Virgile en a parlé dans le 6. de l'Encïde : Hic Aloidas genunos immania vidt Cor pont. Voyez, par exemple , c*#. ] Tout ceci jufqu'i cette grandeur qu il lui donne , crc. cft fuppléé au texte Grec qui eft defe&ueux en cet en- droit. Frémit fous le Dieu qui lui donne la loi. ] II y a dans le Grec , que l'eau en votant Neptune Je ridait fembloit fouriredejoie. Mais cela fè- roit trop fort en noftrc langue. Au refte j'ai crû que l'eau reconnotfi fon Roi , ferait quelque choie de plus fublime que de mettre , comme il y a dans le Grec , cjuc les Baleines reconnoif fent leur Roi. J'ai taché dans les partages qui font rapportez d'Homère , à enchérir fur lui , plûtoft que de le fuivre trop fcrupuleufemenr à la pifte. Et combats contre nous , e^c. ] Il y a dans Ho- mère : Et après cela fais nous périr fi tu veux à- la clarté dès deux. Mais cela auroit efté foi- ble en noftre Langue , & n'auroit pas fi bien mis en jour la remarque de Longin , que , Et combats contre nous , &c. Ajoutés que de dire à Jupiter, Combats contre nous : c eft prefque la mefme chofe que fais nous périr: puifque dans un combat conyxjupiter, on ne fçauroit éviter dé périr Ajoktez, que les malheurs , crc. ] La remar- que de Moniteur Dacicr fur cet endroit cft forr fçavante & fon fubtile : mais je m'en tiens pourtant toûjours à mon fens. À tous propos il s'égare dans des imagina* lions , c^c. ] Voilà à mon avis le véritable fcys de comme l'herbe -, mais cela ne Ce dit point en François. Vnfrijfon me fat fît > e^c. ] Il y a dans le Grec une'Jueur froide; mais le mot de fueur en Fran- çois ne peut jamais eftre agréable ; & laide une vilaine idée à i'efprit. Où elle eff entièrement hors d'elle. ] C'eft ainfï que j'ai traduit dont on ne peut pas deviner les noms : il refte mef- me dans le texte trois ou quatre lignes de cet- te comparaifbn que j ? ai fupprimecs dans la Traduction : parce que celaauroit embarraflï lcLecîçtui^&^uroitefté inutile; puifqu'on ne fçaic point qui font ceux dont l'Auteur parle; Yoici- pourtant les paroles qui en relient ; , Celui- REM A E S. Celui* et efh plus abondant plus riche. On peut comparer fin Eloquence à une grande mer qui occupe beaucoup d % efpace , C - Je répand en plufieurs endroits. L'un à mon avis eft plus Pa- thétique y cr a bien plus de feu cr d'éclat. Vau- tre demeurant toujours dans une certaine gra- vi té pompeufe neft pas froid à la vérité , mais napasauffttant d'aiïtvitCy ni de mouvement . Le Tradu&eur Latin a crû que ces paroles re- gardoicnc Ciccron &Demofthene: mais il ft trompe. Une rojee agréable , c^c.} Monfîeur le Fe- vre & Mr. Dacu-r donnent a ce partage une in- terprétation fort fubeile : mais je lie (bis point de leur avis , & je rens ici le mot de xcc&i]x*t \\ & comme j'ai mis , au plus haut des deux ; pour voir marcher Phaëton , & que de li il lui crioit encore. Va par là, re- vien , détourne , &c. Et dans la chaleur'] Le Grec ajoute : Il y a encore un autre mo'ten , car on le peut voir dans ce paffage d'Hérodote , qui eft extrêmement fu- hlime. Mais je n'ai pas crû devoir mettre ces paroles à cet endroit qui eft fort defeâueux : j>uifqu'elles ne forment aucun fens , & ne fèr- Viroient qu'à embarafler leLe&eur. Il n'y a rien encore qui donne plus de mouve- ment au difeours , que d'en ofler les liaifons.] J*ai fuppléé cela au texte : parce que le (ens y conduit de lui-mefme. Nous avons dans le fond.] Tous les exemplai- res de Ldhgin mettent ici des ^toiles > comme fi l'endroit eftoit defe&ucuxj mais ils Ce trom- pent. La remarque de Longin efl fort jufte , & ne regarde que ces deux périodes fans conjon- ction : Nous avons par ton ordre , e^c. & eu- fuite : Nous avons dans le fond , &c. Et le force de parler. ] La reftitution de Monficur le Fe'Me eft fort bonne, iç &non pas owTioixéoyiq. J'en avois fait la re- marque avant lui. Auffi-toft un grand peuple , &*c. ] Quoi 3u*cn veuille dire Monfîeur le Fe'vre , il y a ici eux vers & la Remarque de Langbainc eft fort jufte. Car je ne Yoy pas pourquoi en met- Hz R E M A R Q.U E S. mettant SWo> il cft abfolument ncccflairc de mettre xj. Le Théâtre Je fondit en larmes. ] Il y a dans le Grec oî ^*^<><.C'eft une faute. Il faut met- tre comme il y a dans Hérodote > 9*V?g9v. Au- trement Longin n'auroit feeu ce qu'il vouloit dire. Ce Héraut ayant pefé> c^c]Monficur le Frf- vre & Monfîcur Dacier donnent un autre (ens à ce paiTage d'Hecate'e & font même une refti- tution fur n*i ivjdont ils changent ainfï Tac* cent fjLv mi\ prétendant que ccffiun Ibniîme pour, pi) ow5. Pcut-eftre ont- ils rai(bn,mais peut-eftre aufïî qu'ils (è trompent: puifqu*bn ne fçait dequoi il s'agit en cet endroit , le Livre d'Hecate'e eflant perdu.En attendant donc que ce Livre foit retrouvé, j'ai crû que le plus (eut eftoit defuivre le fens de Gabriel de Pctra , &■ des autres Interprètes, fans y changer ni accent ni virgule. De ces différentes parties efui luy répondent.] Ccft ainfi qu'il faut entendre Zï&ipMw. Ces mots p9»>/ii vnttycpmùi ne voulant dire- autre chofe qui les parties faites fur le fujet,ÔC il n'y a rien qui convienne mieux à la Pcri T phrafè , qui n'eft autre cho/è qu'un aflcmbla- gc de mots qui refpondent différemment att mot propret 6t par le moien defquels , corn* me l'Auteur le dit dans la fuite , d'une Di&ion toute fimple on fait une efpece de concert & d'harmonie. Voilà le fèns le plus naturel qu'on puifTc donner à ce paflage. Car je ne fuis pas de l'avis de ces Modernes quine%ulènt pas que dânsla Mufique des Anciens, dont on nous racontedes effets fi prodigieuse , il y ait eu des parties, puifque fans parties il ne peut y avoir d'harmonie. Je m'en rapporte pourtant aux Sçavans en Mufiquc: & je n'ay pas aflez de * cou- R E M A R Q.U E S. jjj connoiflancede cet Art, pour décider fbuve- rainement là deflus. La maladie des femmes^] Ce paflagera fort exercé jufqu'ici les Sçavans & entre autres Monfieur Coftar & Monfieur de Girac. C'eft ce dernier dont j'ai fuivilefens qui m'a paru beaucoup le meilleur, y ayant un fort grand raport de la maladie naturelle qu'ont les fem- mes, avec les Hémorroïdes, je ne blâme pas pourtant le (ens de Monfieur Dacfer. Cela Je peut voir encore dans un pajfage , e?"*. ] II y a avant ceci dans le Grec, -ùz/li- icfaç i'mn'KpùfjyH. Mais je n'ai point exprimé ces paroles où il y a afl'eurcment de l'erreur,- le mot vzr7(gcfbv n'eftant point Grec : & du refte , que peuvent dire ces mots , Cette fé- condité d'Anacreen? Je ne me foucieplus de la Tractenne \ Qui ont vendu à Philippe noflre liberté. ] U y a dans le Grec ^-7^700^^ , comme qui di- roit , ont beu noflre liberté à la fantè de Philip- pe. Chacun (çait ce que veut dire <®€97n'v«» en Grec , mais on ne le peut pas exprimer par un mot François. Au lieu que Demofthene. ] Je n'ai point ex- primé hjiv & i'irjîf h : de peur de trop emba- rafler la période. Ils fe défendirent encore quelque temps. ] Ce partage eft fort clair .Cependant c'eft une chofe furprenante quil n'ait efté entendu ni de Lau- rent Valle qui a Traduit Hérodote, ni des Tra- ducteurs de Longin,ni de ceux qui ont fait des notes fur cet Auteur. Tout cela faute d'avoir pris garde que le verbe f&&x° eJ yeuc quelque- fois dire enterrer. Il faut voir les peines que Ce donne Monfieur le Févre , pourireftituer ce palTage , auquel , après bien du changement > Î34 R E M A R Q^U E S> il ne fçauroit trouver de fens oui s'accommo- de à Longin , prétendant que le texte d'Héro- dote eftoit corrompu des le temps de nôtre Rhéteur , & que cette beauté qu'un fi fçavant Critique y remarque, elt l'ouvrage d'un mau- vais Copifte , qui y a mellé des paroles qui n'y cftoient point. Je ne m'arrefteray point à ré- futer un di (cours fi peu vrai-femblable.Le Cens 3ue j'ai trouve eft fi clair & fi infaillible qu'il ittout. . i Qut 7iefioit pas plus grande qu'une Epiflre de hacedemonten. ] J'ai luivi la reftitution de Ca- (aubon. N % eft pas finalement un agrément que la Na- ture a mis dans la voix de l'homme. ] Les Tra- ducteurs n'ont point conçu ce paflage , qui feurement doit cftre entendu dans mon fens > comme la fuite du Chapitre le fait aflèz con- noiftre. cvepyytfp veut dire un effet & non pas unmoyen. ri eft pas fimptement un effet de la nature de l'homme. Pour élever le cout-age &* pour émouvoir les payons. ] Il y a dans le Grec peê * è\&Jtes#ç <è . m'êvç : c'eft ainfi qu'il faut lire , & non point 6ti eXduJt&t'cc* , &c. Ces paroles veulent dire : Qu'il eft merveilleux de voir des inflrumens inanimez* avoir en eux un charme , pour émou- voir les paffions pour injpirer la noble fie de câurage. Car c'eft ainfi qu'il faut entendre ixéj^cçJiA. En effet il eft certain que la trom- { >ette , qui eft un inftrument^fèrt à réveiller e courage dans la guerre; Hii ajoute' le mot d? inanimez, > pour eclaircir la penfee de l'Au- teur, qui eft un peu obfcure en cet endroit Q'çycuw, ablblument pris >, veut dire toutes fortes d'inftrumens muficaux & inanimés , comme le prouve fort bien Henri Eftienne. Et Ï expérience en fait fa.] L'Auteur juf- tific REMARQUES. 335 tific ici -fa penfe'e par une période de Demof- thene dont il fait voir l'harmonie & la beauté. Mais comme ce qu'il en dit , eft entièrement attaché à la Langue Grecque : J'ai crû qu'il va- loit mieux le palier dans la Traduction & le renvoier aux Remarques, pour ne point ef- fraier ceux qui ne fçavent point le Grec. En voici donc l'explication. Ainfi cette penfee que Demofthene ajoute , après la leclure de fin De- fret , paroi ft fort fublime eft en effet mer- vettteufe. Ce Décret , dit-il j a fait évanouir le pertl qui environnoit cette vtlle , comme un nua- ge qutfè d/Jfipe de lut-mefme. T&k •$/r i Ou- t7izi?)(to , . Mais tl faut avoiierque t harmonie de la période ne cède potnt k la beau- té de la penfée. Car elle va toujours de trois temps, en trois temps , comme fi c eft oient tous Daéiyles , qui font les pies tes plus nobles cr les plus propres au Sublime: &* ceff pourquoi le vers Héroïque , qui eft le plus beau de tous Us vers , en eft compofé. En effet , fi vous oftez, un mot Je fa place , comme ftvaus mettiez, t*s% tp -v^ij- , vous connoiftrez, atfement , combien l % harmonie con- tribué au Sublime. En effet ces paroles, œcr.zfè vé, s'appuiant fur ta première fyllabe qui eft longue 7 fè prononcent a quatre reprifes : De forte que y fi vous en oftez, une fyllabe ; ce re- tranchement fait que la période eft tronquée. Que fi au contraire vous en ajoutez, une; comme Trxpeùjiiv t7Tzit}(n¥ uc-stf? re vtÇ>©* , c'eft bien le mefme fens ; mais ce ti eft plus lamefme caden- ce : parce que la période s'arreftant trop long- temps fur les dernières fy/labcs , le Sublime qui eftoit ferré auparavant, fe relâche s* affaiblit. Au 3 3* REMAR Q^U E S. Aureftcj'ai fuivi dans ces derniers mots Tex- fflication de Mr. le F^vrc , & j'ajoute comme La mer commençant À bruire. ] Il y a dans le Grec , commençant à boktllonner fyovcovM : Mais le mot de bouillonner n*a point de mau- vais fon en noftre Langue , & eft au contraire agréable à l'oreille. Je me fuis donc fervi du mot bruire, qui eft bas, & qui exprime le bruit que fait l'eau quand elle commence i bouillonner. Mais fremxi garde que. ] Ii y a beaucoup de chofes qui manquent en ce* endroit. Apr& Îjlufieurs autres raifons de la décadence des e- pries , qu'apportoit ce Philofophe introduit ici par Longin : Noftre Auteur vraisembla- blement reprenoit la parole Se en établiflbit de nouvelles caufes j c'eft à fçavoir la guerre qui eftoit alors par toute la Terre & l'amour du luxe , comme la fuite le fait aflez connoiftre. Monument de Cyprès.'] J'ai oublié de dire , a propos de ces paroles de Timée qui font rap- portées dans le troifiéme Chapitre, que je ne fuis point du (intiment de Mr. Dacier , & que tout le froid , à mon avis , de ce paflage , con- fîfte dans le terme de Monument mis avec Cy- près. C'eft comme qui diroit à propos des Re- giftres du Parlement , ilspoferont dans le Gref* fe ces monument de parchemin. F I N. RE- REMARQUES SUR LONGIN. PREFACE, • E tous les Auteurs Grecs il n'y en a point déplus difficiles à tra- duire que les Rhéteurs , fur tout quand on débrouille le premier leurs ouvrages. Cela napasempefché que Aîonfieur I>* * * en nom donnant Lon- gin en François , ne nous ait don rie une des plus belles traductions que nous ayons en nofire Langue. Il a non feulement pris U naïveté r & la /implicite du ftile Didacti- que de cet excellent Auteur , il en a mef- me fi bien attrapé le Sublime qu il fait va- loir aujji heureufement que luy toutes les grandes figures dont il traite & quil em- ployé en les expliquant. Comme favois étudié ce Rhéteur avec foin , je fis quel- ques découvertes , en le relifant fur la tra- duction y (S je trouvay de nouveaux fens dont les Interprètes ne seftoient point avi- fezi. Je me crus obligé dt les communi- quer a Monfieur D***.'fallay donc chez, luy y quoique je n eu jfe pas l'avantage de le connoi/he ; Il ne receut pas mes Criti- ques en Auùur , mais en homme d'efprit & en galant homme ; il convint de quel- que j endroits, nous di (put âmes long- temps fur d'autres ; mais dans ces endroits même dont il ne tomboit pas d'accord , il ne laif fa pas % défaire quelque efiime de mes Re- P 1 mar- PREFACE. marques, H me témoigna queftje vou- lût* y U lesferott imprimer avec les Jiennes dans une féconde édition. Cefi ce ejutl faitaujourd'huy. Mats de peur degrofjir^ fon Livre s j'ay abrégé le pins qu'il m'a efté pojjtble Ç$ fay tâché dt m expliquer en peu de mots. Il ne s'agit icy que de trou- ver la vérité, comme MonJieur 2) ** * confent que fi fay rat/on l'onfuiye mes Re. marques , je feray ravi que s'il a mieux trouvé le fens de Longin y on laiffe mes Remarques pour s'attacher à fa tradu- ction , que je prendrois moy-mefme pour modelle Ji j'avais entrepris de traduire un ancien Rhéteur. REM A R REMARQUES. Uand nous leufmes enfimble le pe- Map. r. /// Tratté queCecilius a fait du Su- P*&- l7 ' blime ; nous trouvâmes que la baf- fe (je de fon ft;le rcpondoit affez, mal à la dtgnitè de fon fujet. ] C'efl: le (cns que tous les Interprètes ont donne' à ce pafTaçe, mais comme le Sublime n'eft point neceifaircà un Rhéteur pour nous donner des règles de cet art , il me (èmble que Longin n J a pu parler icy de cette prétendue baflefle duftiledeCecilius. Il luy reproche feultmenc deux chofes ; la première que fon Livre eft beaucoup plus petit que fon lujer, queceLi- vre ne contient pas toute (à matière, & la fé- conde qu'il n'en a pas mefmc touché les prin- cipaux points ovtfpci/u.ftgiTtov tuttï tvo ttçjv ttyccvï) oXm -vnzjsttaç y ne peut pas fignifier à mon avis le ftfle de ce Livre eft trop bas \ mais ce Li- vre eft plus petit que fon fujet , ou trop pet if pour tout fon fujet. Le feul mot o M$ le déter- mine entièrement. Et d'ailleurs on trouvera des exemples de ruTnivoit^ pris dans ce mef- me fens. Longin en difant que Cecilius n'a- voit exécute' qu'une partie de ce grand dcflèin , fait voir ce qui l'oblige d'écrire après luy fur le mcfme fujet. Cet Auteur peut-être n' eft -il pas tant k repren- p a g t T % , dre pour fis fautes qua lotier pour fon travail Cr pour le deffein qu'il a- eu de bien faire. ~\ Dans le texte il y a deux mots imoiet & <7** Jy. Monfieur D*** ne s'eft attaché qu'à exprimer toute la force du dcrnicr.Mais il me femble que cela n'explique pas aflez la penfcfe de Longin qui dit que Cectlws neft peut-eflre pas tant a blâmer pour fis défaut s \qù 'il eft a louer pour fm P } M 34i REMARQUES. invention , pour le dejfem qutl a eu de bien jarre, B*3rt»«& fignifie deffein , invention , & par ce feul mot Longinavoulu nous appren- dre que Cecilius clloic le premier qui cuit en- trepris d'écrire du Sublime. J^.io. fl donne au d/J cours une certaine vigueurno- ble y une force invincible qui enlevé tame de quiconque nous écoute."] Tous les Interprètes ont traduit de mefme, mais jecroy qu'ils fc font fort éloignes de la peuiée de Longin , & qu'ils n'ont point du tout fuivy la figure Qu'il employé fi keureufcment.T« ws^Çvec Gr&r // n'en eflpas ainjs du Sublime , par un effort au- quel on ne peut refifter , il Je rend entièrement matftre de t Auditeur. Itîd. Quand le Sublime vient à éclater. ] Noftre langue n'a que ce mot éclater pour exprimer le mot i%tvt%$iv qui eft emprunté delà tern- pefte & qui donne une idcfcmerveillcufe à pea près comme ce mot de Virgilc,*ié/'*/>// nubibus ignés. Longin a voulu donner icy une image de la foudre que l'on voit plûtoft tomber que partir. Çhtp. 2. Telles font ces penfées , eyc . ] Dans la Lacune f a S* fuivante Longin rapportoit un partage d'un Poète tragique , dont il ne refte que cinq vers. MonfieurD*** lésa rejettez dans fes Remar- ques, & il les a expliquez comme tous les au- tres Interprètes j mais je croy que le dernier vers, REMARQUES. 343 "versauroitdûcftrc fraduit ainfi, Neviens-je pas de vous donner maintenant une agréable Mufique ? Ce n'cft pas quelque Capanée , mais Borée qui parle & qui s'applaudir pour les grands vers qu'il a récitez. Toutes ces phrafes atnfi emkxrrajfces de vai- nes imaginations y troublent &* gâtent plus un difcours.] Monfieur D*** a fuivi ici quelques exemplaires où il y a ttJoAa; 1 ) 7S ^ J)t7ç. \ Pour s'attacher trop au (Me figuré , ils tom- bent dans une fotte affeélation-] Longin dit d'u- ne manière plus foi te & par une figure. /// c- choiient dans le flile figuré CT Je perdent dans une affectation ridicule. ijd Ch. III. Il fait beaucoup dit mefmc les chofesd'af- f*£.z6. Jizsèonjèns.] Longin dit de TimXii&ç ê £V/vojj77j(q$. Mais ce dernier mot ne mepa- ils parloient de ces femmes 3u'Amyntas avoir fait entrer dans U chambre u feftin, & qu'il avoit placées vis-à-vis d'eux > de manière qu'ils ne pouvoient que les regar- der. Ces Barbares qui • uVtoient pas gens à Ce contenter de cela , fc plaignirent à Amyntas & luy dirent qu'il ne faloit point faire venir ces Femmes, ou qu'après les avoir fait venir, il de voit les faire afleoir à leurs cotez > & non pas visi-vis pour leur faire mal aux yeux. Urne femble que cela change un peu l'efpece. Dans le relie il elt certain q\ic Longin a eu raifon de condamner cette figute. Beaucoup de gens dé- clineront pourtant icy fa junfditfion fur ce que de fort bons Auteurs ont dit beaucoup de chofès femblables. Ovide en eft plein. Dans Dutarque un homme appelle un beau garçon la jievre dejèn Jïù. Terence a dit tuos mores morbum tlli effejcw. Et pour donner des exem- ples plus conformes à celuy dont il s'agit > un Grec a appelle les fleurs , UprLù'i^e^ la je/le de ia t yue> & la verdure x^yu^ cÇjulp.à., Pa)xe P 6 par* 34* R E M A R Q^U#E S. farce que ce font des Barbares qui le dijent , C7* qui le di fient me fine dans le vin or dans U débauche. ^tw 1 Lit marque infaillible du Sublime j cefï quand nous fientons qu'un dijeours laiffe beau- coup k p enfer , crc. ] Si Longin avoir défini de cette manière le Sublime , il me (emble que fa définition feroit vitieuic , parce qu'elle pour- roit convenir aufli à d'autres chofes qui font fort c?loignée9»du Sublime. Monficur D * * * a traduit ce paflâgc comme tous les autres In- terprètes. Mais jeeroy qu'ils ont confondu le mot *9&7r|ce4'*5>fjT$ avec wi*jrûw£sttff:ç. U y a pourtant bien de la différence entre Tun & l'autre. Il cft vray que le j^t*!***^^ de Lon- gin ne fe trouve point ailleurs. Hcfychius mar- que feulement âvMpjtipyv^fW' Ou, àvûpitfp cftlamefme chofe qu'^v^cnç d'où è^eevec^ oiç & yp,Tt%ca>ufo&T?- |^cf^i de non ajouter , qui Je conjérve dans noflre mémoire qui 71 en peut eflrequ'd peine effacé. Car lors qu'en un grand nombre de perfionnes différentes de profeffion d'âge , qtit nont aucun rapport^ &*c ] Ceft l'explication que tous les Interprètes ont donne'e à ce partage; mais il me femble qu'ils ont beaucoup ofté de la force & du raifonnement de Longin pour avoir joint *oyw h n , qui doivent eître (epa- rcz. Ao^ov n'eft point \cy le dij cours t mais/e langage. Longin dit y car lors qu'en un grand nombre de perjonnes dont les inclinations % fAge t l'humeur, la profejfîon , le langage font diffé- rent, tout le monde v tenta effre jrappé également d'un REMAR Q^U E S. 349 d un mej me endroit , ce jugement, &>c. Je ne doute pas que ce ne fbic le véritable fèns.En ef- fet comme chaque nation dans fa langue a une manière de dire les chofes , & même de les imaginer, qui luy eft propre il efl confiant 3u'en ce genre , ce qui plaira en même temps à es perfonnes de langage différent , aura véri- tablement ce merveilleux & ce Sublime. Mais ces cinq four ces prefuppojent comme fy- VI. pour fondement commun.'] Longin die > ma#P d &'* 1 ' ces cinq fources prefuppojent comme pour fond, comme pour liét commun la faculté de tien par- ler. MonfieurD*** n'a pas voulu fuivre la figure, fans doute de peur de tomber dans Taf- feétarion. • Et le tenir toujours plein, pour ainfi dire 9 da- ^ ne certaine fierté , cre . ] Il me fcmble que le pag.i6, mot ph in & le mot enflé ne demandent pas cêt- te modification , pour ainfi dire, nous difons tous les joars , c'efl mi efprtt plein de fierté, cet homme tflrenfiè d'orgueil. Maisja figure dont Longin s'eft fervi la demandoit neceflaire- ment. J'aurois voulu la conferver & traduire, le tenir toujours, p our atnfi dire , gros d'une f fierté noble gêner eu je. Quand il a dit d propos de la Deeffe des tene- p 4 <, 3 f ères.] Je ne fçai pas «pourquoi les Interprètes d'Hefiode & de Longin ont voulu que A'^AÙç (bit ici la Deeffe des ténèbres. C'cfl: fans doute la Triftefl^comme Mr. le Fc'vre Ta remarque'. Voici le portrait qu'Hefïode en fait dans le Bouclier au vers 164. La Trifiejfe ternit près de là toute baignée de pleurs, pafie, Jeche , défaite , les genoux fort gros & les ongles fort longs. Ses nari- nes efloient une fontaine d humeur s, le fang cou- loi t de J es joués, elle grinçqit les dents , & cou* wo'tt fes épaules de poujfiere. Il fèroic J?ien dif- ficile que cela puft convenir à la DeclTe des P 7 Tcne- î5 o REMARQUES. Ténèbres. Lors qu'Hefychius a marqué *#Ac/- Xvrufo&i lia laïc aiïez voir que peut fort bien cftrc pri(c pour triftellc. Dans ce mefme chapitre Longin s'eft fervi de à%\uç pour dire les ténèbres, une êpatjfe obfcu- rïtè : Et c'efk peut-efire ce quia trompe les In- terprètes. D €S 1 u '°x 1 e VOi ^ marcher fur fe s liquides fiâmes. J Ces vers font fort nobles & fort beaux; mais ils n'expriment pas la penfee d'Homère , qui dit que lorfque Neptune com- mence à ma relier, les Baleines fautent de tous coftez devant luy & reconnoilTent leur Roy» que de joye la mer fe fend poiy luy faire place. Monficur D * * * dit de l'eau ce qu'Homère a dit des Baleines , & il s'elt contente d'expri- mer un petit fremiflement qui arrive (bus les moindres barques comme fous les plus grands vaifleaux , au lieu de nous reprefenter apr(*s Homère des flots entr'ouverts & une mer qui fcfepare. P*£.42. Ajoutez, que les acctdens qui arrivent dans t Iliade font déplore*. Jôuvent par les Héros de Podyffèe. ] Je ne croy point que Longin ait voulu dire que lesacci.lens qui arrivent dans l'Iliade , font déplorez, par les Héros de i'O- dyfTee. Mais il dit : Ajout ex^qu Homère rap- porte dans tolyjjce-, des plaintes des la* ment at tous , comme connûtes dés long- temps d fes Héros. Longin ae'gard icy à ces chanfbns qu'Hornerc fait chanter dans l'Odyflée fur les malheurs des Grecs & fur toutes les peines qu ils avoient eues dans ce long fiege. On n'a qu'à lire le Livre vin. • ^ ous P ouvons dire que c'efi le reflux de fin ef prît, &rc.~\ Les Interprètes n'ont point rendu toute la penfee de Longin qui à mon avis û'auroit eu garde de dire d'Homère qu'il s'ega- REMARQUES. 5 5* s'égare dans des imaginations & des fables incroyables. Monfieur Je Févrc eft le pre- mier qui ait connu la beauté de ce partage» car c'eft luy qui a découvert que le Grec eftoit défectueux, & qu'après tL^mi-nh^ jl faloit luppléer, UruiiToip' O'pypu}. Dans ce fens-là on peut traduire ainfi ce partage : Mais comme l'Océan eft toujours grand, quoi qu'il Je Jôtt retire de fes rivages , çr quilje Jbit rejjer- rèdans fes bornes , Homère aujji après avoir quitté l'Iliade, ne laijfe pas d % t (ire grand dans les narrations mefme wcroiab/escrjabuleujes detOdyffèe. Je nay pas oubliè^pourt ant les deferiptions ibid. des tempeftes. ] De la manière dont Monfieur D * * * a traduit ce partage, il femble que Lon- gin en parlant de ces narrations incroiablcs & fabuleufes de l'Odyfiée, n'y comprenne point ces tempêtes & ces avantures d'Uly/Te avec le Cyclope,& c'eft tout le contraire , fi je ne me trompe, car Longin dit : Quand je vous parle de ces narrations incroiables crjœbuleujès, vous pouvez* bien croire que je n'ay pu* oublié ces tempeftes de iOdyJfèe, nt tout ce quonj lit du Cyclope, m quelques autres endroits, zsrc. Et ce font ces endroits mêmes qu'Horace appelle Spectoja miracula. Il en eft de même des Colombes qui nourrirent p^.44. Jupiter. ] Le partage d'Homère eft dans le xii. Livre de l'Odiff.v.61. 1 &o*i 7nXHH4 • • ♦T'A» / ''****'* Ni les timtdes Colombes qui portent T Ambro- fie à Jupiter, hes anciens ont fort parlé de cette fiction d'Homère , iûr laquelle Ale- xandre confulta Ariitote&Cbiron. Onpent toit 1 Î5i R E M A R Q^U E S. Tôir Athénée Livre II. pag. 490. Longin h traite de fbnge ; mais peut-eftre Longin n*é- ftoit-il pas 11 (avant dans l'antiquité qu'il droit bon Critique. Homère avoir pris ceci des Phe- niaens qui appclloient prelquedc lamefmc manière une Colombe & une Preftrefle 3 ainfi Quand ils difoient que des Colombes nourrif- loient Jupiter , ils parloicnt des Prêtres & des Prêtrcflcs qui lui oftroient desfacrifiecs que Ton a toujours appelle' la viande des Dieux. On doit expliquer de la même manière la fable des Colombes de Dodone & de Jupiter Ammon. Ch. VIII. Mais que fin ame efl un rendez-vous de tou* pag. 47. tes les pajfîons. ] Noltre Jangue ne fauroit bien dire cela d'une autre manière $ cependant il eft certain que le mot rendez-vous n'exprime pas toute la force du mot Grec ovt/jo<ï<&> qui ne (i- gnific pas feulement affemblèe mais choc > corn- ent , & Longin lu y donne ici toute cette éten- duëjcar il die que Sapho a ramdffe e>* uni toutes ces cir confiance s 9 pour faire paroiflre non pas une feule paJfîo?i , mais une afjcmblie de ^toutes Us paffions qui s 3 entrechoquent, çrc jérchtloque ne s'eft point fervi d'autre art if- Tdg.+%. ce j ans [ a d e j cri ptton de fon naufrage. ] fe (çsy bien que par fin naufrage Monfieur D*** a entendu le naufrage qu'Àrchilo- que avoit décrit , &c. Néanmoins comme le mot fon f*ait une eejuivoque, Se que Ton pourroit croire qu'Archiloque luy-mefme au- roitfaitle naufrage dont il a parlé , j'aurois voulu traduire, dans la defeription du naufra* ,çe. Archiloque avoit décrit le naufrage de fou beau-frère. Ch*X. ? our Ciceron , &>c. ] Longin en confervant f*g$z* l'idée des embrafemens q»i femblenc quel- quefois ne fe ralentir que pour éclater avec plus de violence , définit très- bien le caractère de REMARQUES. 355 de Ciccron , qui conferve toujours un certain feu, niais qui le ranime en certains endroits, & lorsqu'il femblc qu'il va s'éteindre. Quand il jaut , pour ainfi dire* étonner V Au- lb\à. diteur.'] Cette modification pour ainfi dire ne meparoiftpas necellàire ici, & il me femblc 3u'clle affoiblit en quelque manière la penfée e Longin qui ne fè contente pas de dire que le Sublime de Demoflhene vaut mieux quand il jaut étonner l'Auditeur , mais qui a- joute , quand il faut entièrement è tonner , &*c. .Je ne croi pas que le mot François étonner de- mande de luy-même cette excule , puifqu'il î^eft pas fi fort'que le Grec, c^tsjX?|«/, quoi- qu'il ferve également à marquer l'effet que produit la foudre dans l'efprit de ceux qu'elle aprefque touchés. ^4u contraire l'abondance efl meilleure , jêid. larfquon veut , fi j'ofe me fervir de ces termes, répandre une rofée agréable dans les efprits. " Outre que cette expreflion répondre une ro* Jéenc répond pas bien à l'abondance dont il cft ici qtrcftion , il me femble qu'elle obfcurcit Ja penfée de Longin qui oppofe ici ^&v7A?£7Wf à &KTzK*}r 3 ai,8t qui après avoir dit que le Subli- me concis de Demoflhene doit eflre employé lorf- qu'il jaut entièrement étonner l Auditeur , a- jofite , qu'on doit fe fervir de cette riche abon- dance de Qiceron lorjqu'il faut l'adoucir. Ce ^^vrA?^ eft emprunté de la Médecine, il li- gnifie proprement jovere, fomenter* adoucir>8c cette idée cft venue à Longin du mot cic?^- %ccf. Le Sublime concis eft pour frapper, mais cette heureufe abondance efl: pour guérir les coups que ce Sublime a portez. De cette ma- nière Longin explique fort bien les deux gen- res de difeours que les anciens Rhéteurs ont établis, dont l'un, qui eft pour toucher & pour m' M REMARQUES." 455 ner comme en triomphe Us deux Généraux des ennemi* quil avoit pris dans le combat. Il parle de Nicias & de Dçmofthcnc chefs des Athéniens. Car fi un homme dans la défiance de ce lbid. jugement a peur pour atnft dire d* avoir dit quelque chofe qut vive plus que luy> e^c] A mon avis aucun Interprète n'eft entré ici dans le (eus de Longin , qui n a jamais eu cette penféc qu y un nomme dans la défian- ce de ce jugement pourra avoir peur da- voir dit quelque chofe qui vive plus que luy , ni même qu'il ne le donnera pas la peine d'achever les ouvrages : au contraire il veut faire entendre que cette crainte ou ce découragement le mettra en eftat de ne pouvoir rien faire de beau , ni qui lui fur- vive, cjuaud il travailleroit fans ceffe & qu'il feroit les plus grands efforts $ car fi un homme , dit-il , après avoir envtfagé ce ju- gement , tombe d'abord dans la crainte de ne pouvoir rien produire qui luy furvrve ^ il efl tmpcjfible que les conceptions de fin ejprtt ne foterxt aveugles imparfaites £ quelles ri avortent , pour ainfi dire , fans pou- voir jamais parvenir à la dernière pofieriti. Un homme qui écrit doit avoir une noble hardiefle, nefe contenter pas d'écrire pour fou fîeclc , mais envifager toute la pofte- rité. Cette idée luy élèvera lame & ani- mera fes conceptions , au lieu que fi dés le moment que cette poflerité fe prcfèntera à fon efpnt il tombe dans la crainte de ne pouvoir rien faire qui foit digne d elle > ce dé- couragement & ce defefpoir luy feront per- dre toute /a force , & quelque peine qu'il donne, fes écrits ne feront jamais que des avortons. C'eit manifeftement la dodhine de Ch. XIII. 356 R E M A R CLU E S. Longin, qui n'a garde pourtant d'autorifer par là une confiance aveugle & téméraire, comme il (eroïc facile de le prouver. Prend garde qu'une ardeur trop [une fie a ta, vie. ] Je trouve ouclque choie de noble & de beau dans le rour de ces quatre vers, il me fem- ble pourtant , que lors que le Soleil dit , au de/fus de la Libye, le ftllon neflant point arrofe d'eau, na jamais rajratcht mon char, il parle plutoft comme un homme qui poufle fou char à travers champs , que comme un Dieu qui éclaire la terrc.Monficur D * * * a fuiviici tous les autres Interprètes qui ont expliqué cepaf- fage de la même manière ; mais je croi qu'ils fc font fort éloignez delapcnfée d'Euripide qui dit: Marche cr ne te la/jfe point emporter dans Catr de Libye, qui notant aucun mélange d'hu- midité latffera tomber ton char. C'eftoit l'opi- nion des Anciens qu'un mélange humide fait la force & la folidité de l'air. Mais ce n'eft pas ky le lieu de parier de leurs Principes de Phy- fique, , ?4f.*i. Le Palais en fureur mugit à fin Vpeff.J Le mot mugir ne me paroiftj>as aflezforr pour exprimer feul le cvêxnccv & le d'Efchylc. Car ils ne fïgnifient pas feulement mugtr > maisjè remuer avec agi- tation , avec violence. Quoique ce foit une fo- lie de vouloir faire un vers après Monfieur D * * * > je ne laiflerai pas de dire que celui *d'Efchyle feroit peut-être mieux de cette Fcnthee. mamcrc p OUr J e fens. Du Palais en fureur les combles ébranles Tremblent en mugiffant. * Dans les Et celuy * d'Euripide: Stichan- £ a Montagne s 'ébranle répond à Iftirs cris, tes. p*g. Lcs i m(t g CS fans la Poëjïe font pleines ordir.ai- reme?rt 9 Déms U REMARQUES, 557 rement d\ucidens fabuleux. ] C'eft le fens que tous les Interprètes ont donné à ce partage ; niais je ne croi pas que ç'aiteftélapcnféede Longin y car il n'eft pas vrai que dans la poëfïe les images foient ordinairement pleines d'acci- dens, elles n'ont en cela rien qui ne leur foie commun avec les images de la Rhétorique. Longin dit Amplement , que dans la poefîe les images font poujfèes à un excès fabuleux & 1 qui P a fje toute forte de créance. Ce n'eft point* dit-il , un Orateur qui a fait Pag.€^ paffer cette Loy % ceft la bataille^ c'eft la dejaitt éteCheronéeJ] Pour conferver l'image que Lon- fin a voulu faire remarquer dans ce partage _ 'Hy peride , je croi qu'il auroit falu traduire : Ce neft points dit- il, un Orateur qui a écrit cet* te Loy y c'eft la bataille , c'eft la défaite de Cbe- ronèe. Car c'eft en cela que confifte l'image. La batatlle décrit cette Loy. Au lieu qu'en di- fànt i la bataille a fait pajfer cette Loy , on ne conferve plus l'imagcou elle eft au moins fort peufcnfible. C'eftbit même chez les Grecs le terme propre écrire une loy , une ordonnance^ un edit $ e?*c.Monfieur D ** a évite' cette ex- prertïon écrire une Loy , parce qu'elle n'eft pas Françoifè dans cefënslà; mais il auroit pu mettre ce n'eft pas un Orateur qui a fait cette Xo/,c^r.Hvperide avoit ordonne qu'on donne- roit le droit de bourgeoifîe à tous les habirans d'Athènes indifferemment,la liberté au xefcla- ves» St qu'on envoyeroit au Pyrée, les femmes & les enfans. Plutarque parle de cette Ordon- nance dans la vie d'Hy peride , & il cite même un partage, qui n'eft pourtant pas celui dont il eft ici queftion. Il eft vrai que le même partage rapporté par Longin eft cité fort différemment par Dcmetrius Phalefeus, Ce n eft pas moy% dit-il, qui ay écrit cette ùy y c'eft la guerre qui' 35 S REMAR CLU E S. qui Vaefcrtte avec Vcpée a* Alexandre. Mais pour moy je fuis perfuadé que ces der- niers mots qui l'a eferite avec répée comment, en quelle occajion pourquoy on le fatt* J Ce jugement cfl admirable , & Longin die plus luy feul que tous les autres Rhéteurs qui ont exami- né lepafTagedeEtemofthene. Quimitien avoit I>ourtant bien vu que les fermens fontridicu- tSj fi Ton n'a I'adrcffe de les emploier auffi heureufcmcnt que cet Orateur -, mais il n'a- voit point fait fentir tous les défauts que Lon- gin nous explique fi clairement dans le feul ex- amen qu'il fait de ce ferment d'Eupolis. On peut voir deux endroits de Quintilicu dans le Chap. i. du Livre IX. XV. £tne ffturoitfoHffrir qu'un chef if Rhetovi- P*&**9 * cten entreprenne de Te tromper comme un enfant par de groffieres fineffes. ] Il me femble que ces deux expreflions cbettf Rhetoricien & jînejfes groffteres ne peuvent s'accorder avec ces char- mes du difeours dont il cft parle fîx lignes plus bas.Longin dit 3 &», entreprenne de le tromper comme un enfant par de ; dites fi- neffes %7lf& r * ù ''*' Ch. xviii. sidonc vous voulez, éviter les malheurs qui P a &'17- imis menacent. ] Tous Ls Interprètes (f Hé- rodote REMARQUES. 3;, rodote&ccux de Longin ont expliqué ce paf- fàge comme Moufîeur D * * *. Mais ils n'ont pas pris garde que le verbe Grec ci tex,eo% ne peut pas lignifier éviter , méprendre , & que TzcXcti7tz*) 0^ et n'eft pas plus fouvent employé pour mijire , calamité > que pour travail, pei- ne. Hérodote oppofe manifeftement tuXcu^ ci^f icf ^ prendre de la peine , n appré- hender point la fatigue , à ^Aûsx/jv eftre lâche* parejfeux, & il dit , y? <&#c fex, ne point appréhender la peine A» fatigue % commencez, dés ce moment a travailler , après la défaite de vos ennnemts vous ferez* li- bres. Ce que je dis paroiftra plus claire- ment , il on prend la peine de lire le paf- fàge dans le vi. livre d'Hero iotc à la Sc- Car d'attacher par tout ces cymbales ces Ch.xix. fonnettesy cela fentiroit trop fonSophifte.] Ltsp*gli. Anciens avoient accoutume' de mettre des fon- nettesaux harnois de leurs chevaux dans les occafions extraordinaires, c'eft à dire les jours où Ton faifoit des revues ou des tournois » il paroift mefmc par un pa/Tage d'Efchyle, qu'on en garnifloit les boucliers tout au tour-, c'eft de cette coutume que dépend l'intelligence de ce paflage de Longin > qui veut dire que comme un homme qui mêttroit ces Connectes tous les jours fèroit pris pour un Charlatan; un Ora- tcur qui employeroit par tout ces pluriels paf- fèroit pour un Sophifte. Ce Héraut ayant affez, pefé la tonfi quence de ch.xxui ï fûtes ces chofis , il commande aux dejcendtns pag. 8*. des Heracltdes de fe retirer. ] Ce partage d'He- catéc a efté expliqué de la mefme manière par tous les Interprètes j mais ce n'eft guère la coutume qu'un Héraut pcfe la conlequen- cp des ordres qu'il a receus, ce n'eft point aufli ,60 REMARQUES. aufli la penfïc de cet Hiftorien. Monficur le Fc'vrc avoit fort bien vu que ™Z % fou* mix- ne fignific point du tout pefant la confie- qttenec de ces chofes , mais efïant bien fâcbé de tes chojes , comme mille exemples en font foy , & que m n'eft point icy un participe ; mais *v pour èv dans le ftile d'Ionie qui cftoit celuy de cet Auteur ; c'eft à dire que *ç p.*! £v ne fignific point comme fi je rie- fiois point au monde > mais afin donc , & ce- la dépend de la fuite. Voicy le paflage entier : Le Héraut bien fâché de l'ordre qu'il avoit re- ceuy fait commandement aux defeendans des Z Heracltdes de fe retirer. Je ne faurois vous ai- der, a fin donc que nous ne péri filet, entièrement y es* que vous ne m'envelopiez, dansvoflre ruine en me Jaifant exiler, partez,, retirez,-wus chez* que lqu % autre peuple. • Ch. xxiv. La Deeffe Venus pour châtier P infolence des p*g.%9- Scythes qui avoient pillé fin Temple , leur en- voya la maladie des femmes. ] Par cette mala- die des femmes tous les Interprètes ont enten- du les Hemorroïdesjmais il me femblc qu'Hé- rodote auroit eu tort de n'attribuer qu'aux femmes ce qui eft aufli commun aux hom- mes, & que la periphrafe, dont il s'eftfer- vi ne (croit pas fort jufte. Ce pafiàge a em- barraffé beaucoup de gens, & Voiture n'en a pas efte feul en peine. Pour moy je fuis perfuadé que la plufpart pour avoir voulu trop finefler ne font point entrez danslapenfee d'Hérodote, qui n'entend point d'autre mala* die que celle qui eft particulière aux femmes. C'eft en cela aufii que fa • periphrafe pa- roift admirable à Longin , parce que cet Auteur avoit plufieurs autres manières de circonlocution , mais qui auroient efW toutes ou rudes > ou mal - honneftes , au lieu R E M A % R Q^U E S. tfz lieu que celle qu'il a choifte cft tres-pro- pre & ne choque point. En effet le mot maladie n'a rien de greffier, & ne donne au- cune id^e file ; on peut encore ajouter pour faire paroiftre davantage la delicatefTe d'Hero- dote en cet cndroit>qu il n a pas dit wovv yjias- x,2v,fa maladie des femmes j mais par l' Adjcdtif Jyj?i€icu> shozs , la maladie féminine , ce qui cft ocaucoup plus doux dans le Grec , èc n'apoiuc du tout de grâce dans noftrc langue, où il ne peuteftre fbuffert. Le remède le plus naturel -contre l'a&on- Cj.xxvit danec ta hardteffe Joit des métaphores , p a g.^i % Joit des autres figures , ceft de ne les em- ployer qu'à propos , &c. ] }'aimcrois mieux traduire , mais je fouttens toit) ours que l'a- bondance In hardie (Je des métaphores + comme je t ay déjà dit , les figures em- ployées à propos , les pajfions véhémentes c^* le grand , font les plus naturels adouetffe^v mens du Sublime. Lonpin veut dire que pour cxcufcrlahardiefledu dïfcours dans IcSubli- rfte, on n'a pas befoin de ces conditions pour atnfidtre, fijel'ofe dire, &'c. & qu'il fuffit quG les métaphores Jbient fréquentes & hardies, que les figures fdient employées à proposée les partions foient fortes & que tout enfin fbit . - , ; iioblc& urand. & • >'^^A2Ôfe -'h'^H- sn . // dit que la rate eff la çuiftne des 'mteflins* } p^. 9 j/ Le partage de Longin eft corrompu, &ccux qui le liront avec attention en tomberont fans doute d'accord i caria rate ne peut ja- mais eftre appellée raifonnablemcnt la cui- fine des intefltns , & ce qui fuit détruit ma- ■iiircf rement cette métaphore. Lonpin avoir % trferit comme Platon cV^>$r 0V fc^non pas /^^/jîjov.Oji peut voir le partage tout du long' dans le Timée à la page 71. duTom. Ill.de ^'V- CL l'Edi- $6i REMAR Q U ES, l'Edition de Serranus. c^^>cTov fignifie pro- prement AftÇ9jW ( 'lçp*> une ferviete k efjujer les mains. Platon dit que Dieu a placé la rate au voifinage dujoye , afin quelle luy ferve corn* me de torenon , fî j'ofe me fervir de ce terme, cr quelle le tienne toujours propre net; c 3 efl pourquoi lorfque dans une maladie le foye efl en' vironné d'ordures , la rate qui efl une fubflance creufe, molle qui n y a point dejang , le netoye prend elle -mefme toutes ces ordures, d'où vient quelle s'enfle devient boufie, comme au contraire après que le corps efl purgé % elle fe def~ enfle retourne à fin premier ejlat.)z m'éton- ne que perfonne ne fe (bit apperçu de cette fau- te dans Longin, & qu'on ne l'ait corrigée fur le texte mefme de Platon , & fur le témoignage de Pollux qui cite ce pa(Tage danslechap. 4. du Livre I I. De fait aceufant Platon d'eflre tombé en plu* fieurs endroits , // parle de Vautre comme d'un Auteur achevé , e^c. ] Il me femble que cela n'explique pas allez la {>enféc de Longin, qui ait : En effet il préfère à Platon qui efl tom- bé en beaucoup d'endroits, il luy préfère ^ dis- je , Lyfiéts comme un Orateur achevé , çrquina point de déf auts, çrc. VFh Et dans Theocrite oFlè quelques endroits où il fort un peu du caractère ae ÏEclogue, il n'y a rien qui ne Jbit heureufement imaginé. ~\ Le s an- ciens ont remarque? , que la iimplicité de Theocrite cftoit tres-heureufe dans les Buco- liques - y cependant il eft certain, comme Lon- gin l'a fort bien vu, ou'il y a quelques endroits qui ne fuivent pas tien la mefme idée & qui s'éloignent fort de cette fimplicité. On verra un jour dans les Commentaires que j'ai faits fur ce Pocte les endroits que Longin me paroîc avoir entendus. Mai* R E M A R Q^U E S. }^ Mais qui ne tombe dans ce défaut qu 'h^aufe i\, t & de cet ejprtt divin, dont il eft entraîne , qu'il néfauroit régler comme il veut. ] Longin dit en gênerai , mdis qui ne tombe dans ce défaut qu'à caufe de cet ejprit divin dont il eft entraîné , qu il eft bien difficile de régler. Outré qu'il eft plus harmonieux>it a bien plus r. sxvnr. départies d* Orateur, qu 'ilpojfede prefyuetoutcs p^.'ioi. ' en un degré émi?2ent. J Longin à mon avis, n*a garde de dire d'Hypcride qu'il poflede prcfquç toutes les parties d'Orateur en un degré & que Ton commette Hypcride avec Demofthcue comme deux Pentatnles qui combattent dans cinq fortes d'exercicesjc pre- mier fera beaucoup au de/Tus de l'autre, au lieu que fi Ton juge des deux par un feul endroit, celui-ci Pemporteradc bien loin furie premier, comme un Athlète qui ne Ce mefle que delà courfeçu dclaluttc, vient facilement àbout d'un rcnraihle qui a quitté fes compagnons pour courir ou pour lutter contre luy. C'cft tout ce que je puis dire fur ce partage , qui e'toic apurement rres-difficile , & qui n'avoit peut- I cftre point encore cfté entendu. Monfieur le ] ïc'vre avoir bien vu quec'eftoit une imitation d'un partage de Platon dans le Dialogue intitu- 1 le ip*çtcj , mais il ne s'eftoit pas donné la peine de l'expliquer. ïbid* V joint à cela les douceurs (y 1rs grâces de Lyfias. ] Pour ne fe tromper pas à ce partage, il foU't favoirqu'ily a deux fortes de grâces, les unes majjftueufes & graves, qui font pro- Eres aux Poètes , & les autres fimples & lenv lablcs aux railleries de la Comédie. Ces dernières entrent dans la compofîtion du (hic poly que les Rhéteurs ont appelle 7 yA«- $vçc)v *c«$v -, & c'eftoit laies Grâces de Ly- îiasquiau jugement de Denysd'Halycarnaflc j excelloit dans ce ftile poly 5 c'eft pourquoi Ci- ceron l'appelle venufhjfimum Oratorem. Voici un exemple des grâces de ce charmant Ora- teur , en parlant un jour contre Efchine qui eftoit amoureux d'une vieille, il aime ^ dit-iliJ une femme dont il e(i plus facile de compter les dents que les doigts. C'elt par cette raifon que Demerrius a mis les Grâces deLyfias dans le mcfme rang que celles de Sophron qui faifoit des mimes. . 103, o»y voit , pour ai'rtfi dire , un Orateur toù- * -5? jours REMARQUES, 3*5 jours à jeun. * Je ne /çay fi cette expref^ fion exprime bien la penfec de Longin. Il y a dans le Grec wpJïy ^'^o^Q^y & par li ce Rhéteur a entendu un Orateur toujours égal modéré j car yj^«y eft: oppo.'e' à f&bi- eflre furieux. Monfieur D * * * a cru confèrver la mefme idée, parce qu'un Ora- teur véritablement fublimc rellemble en quel- que mauicre à un homme qui eft échauffe par le. vin. Que LypM efl au deffous de Platon par un ch. xxiw plus grand nombre de fautes. ] Le jugement p*g. 104. que Longin fait ici de Lvfias s'accorde fort bien avec ce qu'il a dit a la fin du Chapi- tre XXVI. pour faire voir que Cccilius avoit eu tort de croire que Lyuas fuft fans défauts mais il s'accorde fort bien aurtï avec tout ce que les Anciens ont eferit de cet Ora- teur. On n'a qu'à voir un paflâge remar- quable dans le Livre De oftinio génère Or a- torum y où Ciceron parle & juge en même temps des Orateurs qu'on doit fc propolcr pour modelé. A t égard donc des grands Orateurs en qui Cb.xxx. le Subltme & le Merveilleux fe rencontre p*g.io en- joint avec l'utile le neceffaire , e^c] Le texte Grec eft entièrement corrompu en cet endroit, comme Monficur le Fc'vre l'a fort bien remarque* , il me femble pourrantque le fens que Monficur D*** en a tire* ne s'accorde pas bien avec celuy de Longin. En effet ce Rhéteur venant de dire à la* fin du Chapitre précèdent, qu'il eft aife'd acquérir l'utile & le neceffaire > qui n'ont rien de grand ni de merveilleux , il ne me paroît pas pollible qu'il joigne ici ce merveilleux avec cenecef- iaire & cet utile. Cela eftant, je croy que la re- ftitution de ce paffage n'eftpasfi difficile que a 3 r * 1*6 REMARQUES. J'acrûMonfîeur leFcvrc, & quoique ce fa- vant homme ait defefperd d'y arriver fans le fecours de quelque Manufcrit , je ne laifleray pas de dire îcy ma penGfe. Il y a dans le texte , t &c. Et je ne dou- te point que Longin n'euft écrit , tip ? m x ^t' t'm £ %e&otç Ç>itelàç 7nzrl4 ri (jLsy.Û&>>1kc. Ceft à dire : A l'ég*rd'do)ic dcrgrandxkp*- tetir's en qui Je trouve ce Sublime cr ce mer* veilleux quin'eft point rejferré dans les bornes de Tûtile du 7iecejfatve , il faut avo fier y C*c. Si l'on prend la peine de lire ce Chapitre & le précèdent , j'efpere que l'on trouvera cette reftirution tres-vraifeiriblable & très- bien fondée. .Qumd>i : ' r/i.xxxi . Les paraboles les comparai/ans approchent p*£.io9. f0Mv$&Wt'nfpho)fayi&' ne différent belles qu en uni* ul point**»*, j Ce que Longin di- ibiï icy'de la différence qu'il y a des paraboles & descomparaifons aux métaphores, eft en?- riérement perdu ; mais on ai peut fort bien fupplecr le fens-par Ariftorc , qui dit com- me Longin , qu'elles ne différent .qu'en une chofe, c'eft en la feule dnonciation , par ex- emple , quand Platon dit , que la tefte eft une citadelle^ c'eft une métaphore, dont on fera ai- fementunccomparaifon,endi(ant > que la te- lle eft comme une citadelle. Il manque encore aprefs cela quelque chofe de ce que Longin di- foic de la julte borne des hyperboles & jufqucs oii il eft permis de les poullèr. La fuite & le partage de Demofthene ou plûtoft d'Hegefïp- pe fon collègue , font allez comprendre quel- le eftoie (a penféë. Il eft certain que les Hyper- boles font dangereufes ; & comme Ariftotc l'a fort bien remarqué > elles ne font prefque ja- mais fupportablcs que dans la colère & dans la paflion. Telle R E M A R Q^U E S. 567 Telle eft cette hyperbole: Suppofè que vo- ibid. ftre efprit fat dans vofire teftc , V que vous ne le fouliez, pM fous vos talons. ] Ceft dans POraifon de Halonefo que l'on attribue vul- gairement à Demofthene , quoy qu'elle foit d'Hegcfippc fon collègue. Longm çiçe ce partage , fans doute pour eu condamner l'Hyperbole qui eft en effet très- vitieufe j car un efprtt foulé fous les talons eft unecho- fe bien étrange. Cependant Hermogene n'a pas laifle de * la louer. Mais ce n'eft pas feulement par ce partage que l'on peut voir que le jugement deLongineft fouvent plus ieur que celui d'Hermogene & de tous les au- tres Rhéteurs. Siciliens eflant défendu/ en ce //V«, F ^* 110 ' erc. ] Ce partage eft prisdufeptiéme Livre. Thucydide parle ici des Athéniens , qui en fe retirant fous la conduite de Nicias furent at- trapez par l'armée de Gylippe & par les trou- pes des Siciliens prés du fleuve Afinarus aux environs de la ville Neetum \ Mais dans le tex- te au lieu de dire les Siciliens efiavt défendus, il faut, les Lacedemoniens eflant défendus , Thucydide écrit 01 ir ïleXù7n>w4 Xv^KSinoi , com- me il y a dans Longin. Par ces Pelopone- J/etu, Thucydide entend les troupes de Laccde- naone conduites par Gylippe, & il eft certain que dans cette occafion les Siciliens tiroient fur Nicias de délias les bords du fleuve , qui é- toient hautes & efearpez, les feuls troupes de Gylippe dépendirent dans le fleuve, & y firent tout ce carnage des Athéniens. /// Je dépendirent encore quelque temps en .J^g-ni. ce lieu avec les virmesqùi leur reftoient cr avec les mains &* les dents , jufqua ce que letfi Barbares tirant toujours les euffent*comim\ Q_ 4 enfe- ,R E M A R Q_U,E S. tnfevelis fous leurs traits.'] MonfienrD** * a expliqué ccpaflâgeau pied de h lettre , com- me il eft dans Longin, ScilaiTeure dans (a re- marque qu'il n'a poinr cftécnrciidu , ni par les Interprètes d'Hérodote , ni par ceux de Longin , & que Monfîeur le Fc'vre, après bien éîu changement , n'y a feu trouver de Icns. Nous allons voir fi l'explication qu'il hiy a donnée luy-mémc , e(t aufli feure & aufli in- faillible qu'il l'a crû. Hérodote parle de ccu* qui au détroit des Thermopyles , après s'e- ftre retranchez fur un petit polie élevé, foû- tinrent tout l'effort des Perles, jufqucs à ce ou'ils furent accablez , & comme enfevelis lous leurs traits. Comment peut-on c?onc •concevoir que des gens poftez 6c retranchez fur une hauteur fedeffendent avec les dents contre des ennemis qui tirent toujours & qui ne les attaquent que de loin. Monfieur le Fe- vre à cjui cela n'a pas paru polîiblc , a mieux ai- mé fui vie toutes les éditions de cet Hiitorici?, où ce pailage cil ponctué d'une autre manière, & comme je le mets ici : ci tutu ctpéoit 7$ ftitnw 01 fictçÇuçcft ficcy&ovTtç. Se au lieu dcjppoi (?poi y en le raportant à wjt%*aw 1 Comme ils fe deffendosent encore dans le mejhie lieu avec les épées qui leur veft osent, les Ba>va+ res les accabler ent u ^Jifierr es c de traits. Je trouve pourtant plus vrai- (èmblablc qu'Hc- jodote avoit écrit Xocscrt tyy Uçyoi , il avoit (ans doute en vue ce vers d'Homère de 1 1 1 . do l 'Iliade/ WK^& WÊÈf r II. .i:'-. .y /// les chargeaient 4 coups de pierres &* de iraits. La corruption de Xueoj en j*poi eltant '^àS^P^^ très- REMARQUES. 5^9 très-facile. Quoiqu'il en foie , on ne peut pas douter que ce ne foie le véritable (èns. Ec ce qu'Hérodote ajoute le prouve vifiblcment. On peut voir Pendrok dans la Section 115. du Livre VIL D'ailleurs Diodorc quiade'- crit ce combat , dit que lesPcrfès environne- rent les Laccdemoniens, & qu'en les attaqaanc de loin, ils les percèrent tous à coups de flè- ches & de trairs. A toutes ces raifons Mon- iteur D * * * ne faurpit oppofèr que rauthoqtc de Longin , qui a écrit & entendu ce partage de la même manière dont il l'a traduit j mais je ré- ponds » comme Monfieur le Fevre, que dés !ç temps mefmedéLongin , ce partage pouvoir çltre corrompu : que Longin efloit homme & que par conséquent ira pù faillir auflî bien que Demoflhene, Platon & tous ces grands Héros de l'antiquité, qui ne nous ont donne' des marques qu'ils cfloient hommes que par quelques fautes &c par leur mort. Si on veut encore fc donner la peine d'examiner ce parta- ge , on cherchera, n je l'oie dire, Longin dans Longin mefme^ En effet if ne rapporte ce paf- fage que pour faire voir la beauté de cette Hy- perbole, des hommes Je dépendent avec les dens contre des gens armez, , & cependant cette hy- perbole elt puerile,puifque lors qu'un homme a approche' fon ennemi & qu'il l'a faifi au corps, comme il faut neceflaircmcnt en venir aux prifès pour employer les dents, il lui a ren- du fes armes inutiles, ou mefme plutôt incom- modes. De plus ceci , des hommes Je deffendent avec les dents contre des gens armez, , ne pre- fuppofe pas que les uns ne pui/Ient eftre armes comme les autres, Scainiî lapenfée de Lon- gin cft froide y parce qu'il n'y apointd'oppo- lïtion (èniîble entre des gens qui fe deffeiv dentavec les dents & des hommes qui cora- 5 bateun: 370 R E M A R Q^U IL S. bâtent armez. Je n'ajouterai pins que cet- te fèule raifoh , t'clt quefi l'on fiiit lapen- féc de Longiti, il y aura encore une fautîêtc dans Hérodote , puifqne les Hiftorieris reiVîàt^ e quent que les Barbares étoient armez àïalfcgè* 1 e avec de petits boucliers , & qu'ils fcfttfîèttt par confequent expofez aux coups des Lacede- moniens , quand ils approchoient des recran- chemens, au lieu que ceux-ci cftoient bien ar- mez , ferrez en Peloton & tout couverts de leurs larges boucliers. ' 1 ù jlfc Et que''ïhhfafôfyeVfln#ës fiiéW^èWfitV^/ies fous les traits de leurs ennemis .^L^s Grecs dont parle ici Hérodote eitoient en fort petit nom* bre , Longin n'a donc pu écrire que tant de pcrfonnest&'c. D'ailîeur^de la manière que ce- la eft écrit , il femblc-que Longin trouve cette métaphore exceffive, ' ^lûtoft à câufe du nom- bre des perfonnes qui (ont enfevelies fous les traits, qu'àcaufedelachofemefme, & cela n'eft point; car au contraire Longin dit claire- ment, quelle hyperbole combatWÇ (^Gtësdfnts contre des gens* armez, , CT celle- cy ] entête ëflre accablé fous les traits ? cela ne laijfe pas néan- moins ^ ç^c. Ch.xxtu. Q5 e l'harmonie nefl pas fîmplcment un a gré- f*g* 113. ment que la nature a mis dans la votx de Ihom- me pour perfuader cr pour infpirer lepldtjtr, mais que dans les inft rumens mefme inanimés^ C^c. ] MonfieurD* ** afleure dans fes Re- marques que ce pafla^e doit eflre entendu comme il Ta explique^, maïs je ne fuis pas defonavis, & je trouve qu'il s'elt éloigné de la penfc'e de Longin en prenant le mot Grec organum pour un infiniment, comme une flûte, une lyre, au lieu de le prendre dans le fens de Longin pour un organe -> comme nous difonS pour une caufe , un moyen. Loh- "*^R& gio R P M A R E S. 37î gin dit clairenierjlh harmonie rieft pas feule* vient un moyen naturel à l'homme pour pcr^ fonder pour infpirer le plaifr^maU encore un organe, un inflr ornent merveilleux pour élever le courag&& pour émouvoir les p/tjfions. C'eft, à \ mon avis, le vcri:able fcns de ce partage , Lon- gin vient enfuire aux exemples de l'harmonie de la flûte & de la lyre, quoi que ces organes pour émouvoir & pour perfuader n'appro- chent point des moyens qui font propres ce naturels à l'homme, &c. Cependant ce .ne font que des images de Pag. 114, Jtmples imitations de la voix , qui ne dtfent £?• ne perfuadenfjfipjg. ] Longin, i mon* Cens, n'a garde de dire que les inftrumem;,-. comme la trprppettc, la lyre, la flûte, ne dtfent & 1 ne peA fyfyUntrten* Il die, Cependant cej images e? jffrjmitatiQBS L n#Jont que des organes bjrards pour perfuader^ n approchent point du tout de . ces mojen's qut y commt 'jÏQh&J a dit, font propres naturels 115» rapporte après cecy un partage de Demofthe- ne que Monfieur D * * * a rejetté dans fes Rcr marques , parce qu'il e(t entièrement attache' à la langue Grecque, le voici : tSto td -^vpiQ- ug, t.tvts tvj 7tv?<4 : Q<&ç hé^. Comme ce Rhéteur afr feure que l'harmonie de la période ne cede ' Q 6 poinc 1 37» REM AR Ç^U E S. point à la beauté de la penféc , parce qu'el- le eft toute compofée de nombres da&yli- ques; je croy qu'il ne fera pas inutile d'ex- pliquer ici cette harmonie & ces nombres, vu même que le partage de Longin eft un de ceux que Ton peut traduire fort bien au pied de la lettre, (ans entendre la penléc deLon- gin, & fans connoiftre la beauté du partage de Demollhenc. Je vay donc tâcher d'en don- ner au ledeur une intelligence nette & diftin- «fte , & pour Cet effet je dilhibueray d'abord la période de Demofthene dans (es nombres d 1- àtyliqucs, comme Longin lésa entendus , * - v v - v v y&fy'fôi - vu 1*0*? vf^^.] Voilà neuf nombres dadly- Itques en tout. Avant que de pafler plus avant, il eft bon de remarquer que beaucoup de gens ont fort mal entendu'^roombres da&yliques pour les avoir confondus avec les mètres ou les pieds que l'on appelle Dadlyles. 11 y a pourtant bien de la différence. Pour le nombre daftylique on n'a égard qu'au temps,- &à la prononciation, & pour le dafty le on a égard i Pordrc & à la pofition des lettres,- de forte en vaut deux , la féconde eftant auffi longue en vaut deux autres , & la troifiémc brève , un > &c. A cela je réponds, que dans le? Rythmes ou nombres > comme je l'aydéjadit, on n'a égard qu'au temps & à la voyelle, &qu*ainfi <7>/çcllauHi bref que ^ Ceft ccquiparoiftra clairement par ce feul exemple de Quintilien qui dit , que la féconde fyllabe cXagreflis cft brcvc.La féconde difficulté naift de ce précepte de Quintilien, qui dir dans le Chapitre iv: du Livre ix.Que quand la période commence par une forte de rythme ou de nombre , elle doit con- tinuer dans la mefme rythme jufques à la fin- Or dans cette période de Demofthenc le nom- bre femblc changer , puifque tantoft les lon- gues & tantoft les brèves font les premières ; mais le mefme Quintilien ne laifle aucun dou- te là deflus, fi l'on prend garde à ce qu'il a dit auparavant. Qu'il c)l indiffèrent aux rythmes dacïyliques d'avoir les deux premières ou Us deux dernières brèves , parce que Von na égard qu'aux temps à ce quefon élévation f$it de mefme notnbre que fa po fit ion* Enfin la troifîé- mc & dernière difficulté vient de la dernière rythme vQG%*'tQ*î queLongin fait de quatre fyllabcs,& par confequentdecinq tems, quoi- que Longin a flure qu'il femefurc par quatre, le réponds que ce nombre ne laifle pas d'eftre dadlylique comme les autres , parce que le temps de la dernière fyllable cft fuperflu & compté pour rien , comme les fyllabes qu'on trouve de trop dans les vers qui de là font ap- peliez hypsrmetres.On n'a qu'à écouter Quin- • tilicn:£e/ rythmes reçoivent plus facilement des temps Jùperflus ^quoique la mejme chofe arrive é^Jp quelquefois aux mètres. Cela fuffitpour éckircir la période de Demofthene & lajpenfce Q.7 * 374 REM AR Q^U E S. de Longin. l'ajoûteray pourtant encore que Demctnus Pnalereus cice ce mefine partage de Demofthene , & qu'au lieu de De me fine quand les périodes font fi mefurèes l'Auditeur n'efi point touché du difeours , il neft attentif qu au nombre cr à l'harrmnie , jujques là que prévo- yant les cadences qui doivent Juhre » e>* hâ- tant toujours la me jure comme en une dame , il prévient mefine l'Orateur , & marque la chute avant qu'elle arrive. Au refte ce que Longin dit icy, eft pris tout entier de la Rhétorique d'Ariftote, & il peut nous feirvir fort utilement à corriger l'endroit mefme d'oiiilacttc tiré. Ariftote après avoir parlé des périodes indu- rées, ajoute ro fi 7S é'?n%cvù\ri f 7itzsKuc^ yS'Sbjcet Ch. VIII. ^ ' ol y& *** ty&P 1 >4lÇ0FE%H*y!> 7ït>l& tù) 6/4$là> Liv. m. Wtt mztXw r t %4 ***** ** wQz$ ùv r kypvxav *TÇoXccy.£ùW& ( )tp&fdfJ<&' > KXsavu. Dans la première Lacune il faut fupplcer afïurément ciftp ryç aKuov&f é|/^ct y & dans la féconde, après •0 REMARQUES. 375 après »?|sf ajouter i <£ ^Jttvôvnç qui eft le Patron que veut prendre ïaffrmchy ? Le lavant Viclorius eft le feul qui ait foupçonné que ce paflage d'Ariftote cltoit corrompu , mais il n'a pas voulu chercher les moyens de le corriger. Des armoires & 1 des facs pleins de papier. ] Ctiapitrt Theopompus n'a point àxtdes facs pleins de pa- XXXVI - fier 5 car ce papier n'eftoit point dans les facs \ 10 ' mais il a dit des annoires y des facs , des rames de papier , e^r. & par ce papier il entend du gros papier pour en^loper les drogues & les épiceries dont il a parle'. La nature a caché & 1 détourné ces égouts le 122, plus loin qu' il luy a eflépojfible , de peur que la beauté de l'animal n'en juft fouillée.'] La Na- ture favoit fort bien , que fi elle expofoit en vue ces parties qu'il n'eft pas honnefte de nommer,la beauté' de l'homme en feroit fouil- lée j mais de la manière que Monfieur D*** a traduit ce pafTage , il femble que la nature ait eu quelque efpcce de doute fi cette beauté en feroit fouillée , ou fi elle ne le feroit point j car c'eft à mon avis l'idée que donnent ces mots de peur que , z^c. & cela déguife en quel- que manière la penfée de Xenopfcon qui dit , La nature a caché détourné tes égout s le plus loin quil luy a efié pojfible , pour ne point fouil- ler la beauté de l'animal. Telle- A 37* REMARQUES. Chapitré Tellement qu'on' voit briller dans leur dtf- xxxv. cours la liberté de leur fais. ] Longin dit ; p*t. 124. tellement qutfn voit briller dans leurs difeours lamefme liberté que dans leurs aéfions. Il veut dire que comme ces gens là font les maiftres d'eu :-nicfmes 7 Ieur cfprit accoutume' à cet em- j irc &à cette indépendance , ne produit rien qui ne porte des marques de cette liberté qui eft le L;.t principal de toutes leurs aftions , ôc qui les entretient toujours dans le mouvements Cela meritoit d'eftre bien eclaircy •> car c'efb ce qui fonde en partie la répqjife de Longin, com- me nous Talions voir dans la féconde Remar- que après celle-cy. lUd. Qui avons eflè comme enveloppez, par les cou- tumes par les fsfons de faire de la Monar- chie. ] Efire enveloppé par les coutumes me pa~ roît obfcur. II fcmble mefme que cette expref- fïon dit tout autre chofe que ce que Longin a prétendu. Il y a dans le Grec , qui avons effe comme emmaillotez, t lkc.Mûs comme cela ifeft pas François , j'aurois voulu traduire pour ap- procher de Tidee de Longin , qui avom çontme' fuccè avec le lait les coutumes > &rc. ?nt ^r' F<ç. 1 2 $ . Les re?idant mefme plus petits par le moyen de cette bande dont on leur entoure le corps.") Par cette bande Longin entend fans douce des bandelettes dont on cmmaillottoit les Pyg- mées depuis la tefte jufques aux pieds. Ces ban- delettes eltoient à peu prés comme celles dont les filles le fervoient pour empefcher leur gor- ge de croiftre. C'cft pourquoy Terence ap- pelle ces filles vinclo pec7ore y ce qui répond fort bien au mot Grec hÇ{A$$ > que Longin em- ployé icy &^ui lignifie bande, ligature. Enco- re aujourd nuy en beaucoup d'endroits de l'Europe les femmes mettent en ufage ces bandes pour avoir les pieds petits. R E M A A. Q^U E S. 377 Je fay bien quil eft jort aifé à l'homme > &> ibii. queïejtjbn naturel, crc. ] Monficur D***fuit icytous les Inccrprcres qui attribuent encore cecy au Philofophe qui parle à Longin. Mais je fuis perfuade que ce font les paroles de Longin qui interrompe en cet endroit le Philofophe & commence à luy répondre. Je croy mefmc que tians la Lacune fuivanre il ne manque pas tant deebofes qu'on a crû , & peut-eftre n'eft-il pas Ci difficile d'en fuppléer le fens. Je ne dou- te pas que Longin n'ait Jcric , Jefay bien , luy repondts-je alors , quil eft fort atfik l'homme que ceft mefmefon naturel de blâmer les chofes fre fentes. Maisp-enez^-y bien garde , ce ri eft point la Monarchie qut eft caufe de la décaden- ce des ffprit l s , les délices d'une longue paix ?;e co7itrtbuent pas tant à corrompre les grandes ames^que cette guerre fans fin qut\trotible depuis fi long-temps toute la terre , e? - quioppofedes obflacles infurmo72t ailes à nos plus gêner eufes inclinations. C'cft affurcment le véritable fens de ce pafiàge , & il feroit aifé de le prouver par Phiftoire mcfme du fieele de Longin. De cette manière ce Rhéteur répond fort bien aux deux objections du Philofophe , dent Tune eft que le gouvernement Monarchique eau foie la grande fterilité qui efloit alors dans les cfprits, & l'autre que dans les Republiques l'émula- tion & l'amour de la liberté entretenoient les Republiquainsdans un mouvement continuel qui élevoit leur courage , qui aiguifoit leur efprit & qui leur infpioit cette grandeur & cette noblefle dont les hommes véritablement libres font feuls capables. Ok nous ne fongeons qu'à attraper lafuccejfton ^ a i' de celuy-cy ] Le Grec dit quelque chofe de plus atroce , oh l % on ne fonge au à hafter la mort de celuy-cy , crc. àT&ir&itfTi?*! J***™ 9 ' Il a «itfoc^bsigsil -!fto. des deux. ] Monfieur D*** die dans fi Re- marque , que le Grec porte que le Soleil k che- val monta au dejfus de la Canicule , omît tôfët I^hùhs /3f&yç. & il ajoute qu'il ne voit pas pourquoy Rutgcrfius & Monfieur le Févre veulent changer cet endroit qui e(t fort clair. Premièrement ce n'eft poinft Mr. le Fevrequi a voulu changer cet endroit : au contraire il fait voir le riaicule de la correftion de Rutger- fïusquilifoit ottpuix , au lieude lia dit feulement qu'il faut lire Z«£*W , & cela cft fans difficulté>parce que le pénultième pied de ce vers doiteftre un ïambe , e*#« Mais cela ne change rien au fèns. Au refte Euripide , à mon avis , n'a point voulu dire que le Soleil à cheval monta au dejfus de la Canicule , mais plûtoft , nue le Soleil pour fuivre fon fils , monta i cneval fur un aftre qu'il appelle 2 f/- eAov , Sirsum , qui efl: le nom gênerai de tous les aftres , & qui n'eft point du tout icy la Ca- nicule. o7n& ne doit point eftre conftruit avec vZ-iu , il faut le joindre avec le verbe 'i^mvi du vers fuivant , de cette manière : ïlxnïp '$p>eQh<; vcûTzc HtH&ihiiTCTrdje o7nç? , tjtxTJW vxJitwv j Le Soleil monté fur (Ire allott après fon fis en luy criant, erc. & cela efl: beaucoup plus vray- femblable, que de dire que le Soleil monta à cheval pour aller feulement au centre du ciel audefTus de la Canicule , & pour crier de là à fon fils & luy enfeigner le chemin. Ce centre du ciel efl: un peu trop éloigné de la route que tenoit Phacton. REMAR CLU E s - 379 Auflitoft un grand peuple accourant furie Ch.xix portJ\ Voicy le paflage Gtec , cwtiw Ac*o$ P<&. 8 vn.ipm fyvav fVjfûmcvyi Jïiçztfyjoi xeXctfïmif. Langbaine corrige Jvw pour ffim , & il fait une fin de vers avec un vers entier OUUTlXCf. XctQC, U7TïlpC09 Mais Monfieur le Fevre foûtientquec'eftde la profe , qu'il n'y faut rien changer & que fi l'on mettoic 9*vov, il faudroitauflî ajouter un <è , 2ti<ïU[JÙjjot. Monficur D*** fe déter- mine fur cela, & il fuit la remarque de Lang- baine qui luy a paru plus jufte 5 parce , dit-il , qu'il ne voir pas pourquoy en mettant ffiov, on eft obligé démettre laliaifon Il veut dire fans doute , & cela eft vray , que deux ver- bes fè trouvent tres-fouvent fans liaifon, com- me dans le paflage d'Homère, que Longin rap- porte dans le Cn. xvi. mais il devoit pren- dre garde que dans ce palfage chaque verbe occupe un vers , au lieu qu'icy il n'y auroic qu'un feul vers pour les deux verbes, ce qui eft entièrement oppofé au génie de la langue Grecque , qui ne fouffre pas qu'un feul vers renferme deux verbes de mefme temps & un participe fans aucune liaifon. Cela eft certain. D'ailleurs on pourroit faire voir que cet afyn- deton que l'on veut faire dans ce prétendu vers au lieu de luy donner delà force & de la vitei- fe, l'c'nerve & le rend languiflant. çh xxv , Si ce nefi a la vérité dans lapoèfîe ****] ^ ^ Monfîeur D*** a fort bien vfi que dans la La- cune fui vante Longin faifoit voir que les mots Amples avoient place quelquefois dans le ftile noble , & que pour le prouver il rapportoit ce paflage d'Anacreon £%tlt ®pnïxinç imçpépo- 11 a vu encore que dans le texte de Lon- gin xzs-TiKCo&fyv <£ pvipyv tdc^ A\cCKpiovl®^ , le }So REMARQUES. le mot vzm*«w*w eft corrompu & qu'il ne peuteftre Grec Je n'a joûteray que deux roots à ce qu'il a dit , c'eft qu'au lieu d' iSarflitiSs^v Lono-in avoitcfcrit vsrn»7um , & qu'il l'avait rapporte* au paflage d'Anacrcon , yzj-n»rwrov im^épo/w) il fallôit traduire, cet endroit d' st- nacreon eft très- fimple quoique pur , je ne nie * foucie plus de la Thractenne. Thips* ne fi^ntfic point icy fécond , comme MonfieurD **Ta crû avec tous les autres Interprètes , mais pur comme quelquefois le Genutnum des Latins. La restitution de vzrna-m™ eft très certaine & onpourroit la prouver jparHermogcne cjui a aum appelle -csntiiitk **v« , cette îimplici- té du dilcours. Dans le partage d'Anacreon cette fimplicité confiftedans le mot è7nçpé*n tyritjr* jeune cavale deTh*- ce, &c. TA TABLE DES MATIERES DU TRAITE' DU SUBLIME. ADmirer. Ce que Ton admire , & ce juePoMft admi- re pas , & pourquoi , page J02 A j ax , & fin courage , 2fO Alexandre le Grand comparé à un Rhéteur, 239 La réponfe d'Alexandre aux offres de Darius , 247 Amour. Les fureurs do l'amour exprimées par Saphe, 2 Si 2££ Amphierate. fluel [jugement il faut faire de cet Auteur* 23p. Amplification. À quoi elle ejl utile , & en combien à' efpeces elle fe peut divifer , 15-7. Cf f «ar on elle diffère du Grand à* du Sublime , 2f8. Voyez Preuve. A pollon . La Preflretfe d'Apollon fur le Trepié , iÙo_ Apoftrophe , en forme de ferment , 270 Aratus. Il 'veut enchérir fur Homère , 25^ Archiloque, grand imitateur £ Homère , 261 Arrangement. ^tyrfcCompofition. V Arrangement des paroles eji l'une des parties , qui produis fent le Grand , Jo8^ Se fui v. Art. A quoi il fe faut étudier quand m traite d'un Art y 232 Combien Y Art ejl nece (faire a la nature , 2 3 3 04 fluette ejl la perfection de l'Art , 278 Avarice. La plus baffe des paffions , 3*8 B. Bien, fluele/lleplus grand bien qui puiffe arriver dans la vie 2J£ Du TABLE DES MATIERES Du me fine endroit que vient le bien, a fez fiuvent vient aujjï le mal , 241 Biens. Ce rieft pas un petit avantage que de les méprifer , 242 CAliûhcnc , èlâmé , & pourquoi, 236 Cas. J^ffc Changement. Cccilius. Son traité du Sublime , & la bafjejfede fin fiile , i2i,8cfuitr. Changement. Du changement de cas , de temps, deperfon- nes , afe nombres , 8c fui v. Ciceron, Différence entre Ciceron & Dsmojlhene , à F égard du Sublime, 25- 8 Circonftance. R/Vh riwnrive au monde qui ne foit toujours ac- compagné de certaines Circonstances , ly^. De la Subli?ni- té qui fe tire des Cir confiance s , 1 à m ê m e. Cl itarque. Cet Auteur n'a que du vent & de Vecorce , 236 Compofition. Voyez Arrangement, Difpofirion. Compofîtim des paroles dans toute leur magnificence & leur dignité. 244 Corps. Defcription pompeufe de V édifice du cour p s humain , 2 9 3 , à qui les corps doivent leur principale excellence ,310 CQrruption univerfelle , 319 Cyprès. Monumens de Cyprès , 240 IL D Ecadence. Lescaufes delà décadence des Efprits » 3 1 6 S e fuiv. Demande. Que les demandes ou interrogations donnent beau- c oup de mouvement , d'aïïion & de force au difeours , 274 Demofthene. Différence entre Demofikene CP° Cicercn à l'é- gard du Sublime du Grand , 2jS Artifice de Demojtbene dans l'une de jes harangues , 2 69 . 5c Demofihene fréquent en Hyperbates , 280. Voyez Hy perides. Denys le Tyran chaffè de fin Royaume , 239 Defcription. Les figures de Defcription & de Répétition méfiées enfemble dans m paffage de Demofthene , 276 Diafyrme. Ce que c'efi, 307 Dieux. • DU TRAITE' DU SUBLIME. Dieux. Voiepiur fe rendre fetnblable aux Dieux , 132 Di feours. Jtifteffe qui eft difficile à reméirquer dans le Dis- cours , 1 3 3 . Combien la prudence y eft nece (faire , 1 3 fu Ce que c'eft que bien juger du fort & ' dufoibled'un Difcours , 242 . Ce qui relevé un Discours , 246* 0«rj élevez , 6* $wi /*/ peut faire , 247 Difpofition. QtS il eft difficile de remarquer dans un Ouvra- ge la beauté de Cœconomie de la Difpofition * 135 Doryphore. Voyez Polyclete. . E. ELevation a* efprit naturelle & fes avantages , 246 Eloquence. Il n'y a rien de plus difficile i éviter dans l'Eloquence que F Enflure , 236 Enflure, f^ellt eji difficile à éviter en matière d'Eloquen- ce, là même. Combien elle eft vicieufe dans le Dijcours , là même. Enflure plus digne de mépris que d'admiration , 242 Efchyle. Ses hardiejjes & Jès imaginations tout à fait nobles héroïques* 26 f Efclave. Çu 'un efclave ne peut jamais devenir Orateur , & pourquoi , 317 Efprit. L'Efprit de F homme fouvent n'a pas moins befoin de bride que À éperon. 235*. Voyez Méthode. Elevât ion d' Efprit qui fait penfer heureufement les chofes , 242 . 243 . Quel eft le propre d'un grand Efprit y 251 De l'excellence de l' efprit humain , 3 o r .8c fuiv. Les caufes de la décadence des efprit s. Voyez Décadence. Euripide. Heureux à exprimer l'amour & la fureur , 264 " 266 Euripide plus heureux dans F arrangement de fes paroles > que dans le fens de fes penfèes , 311. Expreflion*. Noble fe de l'Expreffion à* fis deux parties, 289 éefuiv. E. F Au tes des grands Auteurs , & comment il en faut ju- ger, j o 7 . que les fautes dans le Sublime fe peuvent ex- eufer. 303,8cfuiV. Fem- TABLE DES MATIERES.- femme. Les belles femmes appe liées le mal dis yeux , 240 Fiftion. Voyez Image. Fierté noble & genereufe dans laquelle il foui entretenir Te- /prit , *4 306 J upiter nourri comme un pigeon > 25*1 LEâreur. Le profit des LeBeurs ejl le but où doit tendre tout Homme qui veut écrire , 231 Liaifon Que le retranchement des liai fins dans un difeours lui donne beaucoup plus de mouvement > 276, 277 Lyfias. Poyez Platon. Les douceurs & Us grâces de Lyfias , g oo. 301 R M. Ma- TABLE DES MATIERES M. MAtris, Voyez, Amphicrate. Médiocre. Le Médiocre parfait comparé avec le Su- blime qui a quelques défauts y & fi l'un doit eftre préféré À Vautre, 296.8c fui v. Meflcne. Ville affiegêe pendant trente ans , 238 Métaphore. Si ton peut emploier plufmirs Métaphores à J* fois y 29i.&iuiv. Méthode. Que Vefprit a befoind 'une Méthode pour luy enfei- gver à ne dire que ce qu'il faut ,&àle dire en fin lieu, 1 3 4, Monarchie. Voyez Gouvernement. Mot. De quelle confluence eft le choix des Mots dans les Ou- vrages , 189, & iuiv. de la baffife des Mots , 3 1 3. .Sdinir. Moïfe. Comment il a exprimé la grandeur de Dieu^W+fo NAih. VoyezVygméeç t ' ^ ygr/nï 'm£ib Nature. Scelle ne fe montre jamais plus libre que dans les difeottrs Subîmes & Pathétiques. 1 34. Sans l' A* elle efi x une aveugle qui ne fj ait où elle va, x$f. 278. Voyez Art. Combien la nature a confier é l 'Homme , - >:M$°t La Nature doit eflre imitée dans le difeours , 3 1 f NeceflTaire. Voyez Admirer. Nombre. Voyez Changement. • Nouveauté. Elle ejl la manie des Efcrivains iaujourdïhuy , ODyffée. Elle tfefl à proprement parler que V Epilogue de V Iliade, „ , ± S Î Occonomie, r^Difpofition. . Orateur. Ce qu'il jaut confiderer dans les Orateurs a le- ' garddu Sublime 242. 245-. La première qualité d'un Ora- teur, làmefme. Orateurs en gui le Sublime & le Merveilleux fer encontre joint avec rutile & le neceffaire , 3 ° ? Oï dr& merveilleux dans un defordre » *7.7 P. Fa- DU TRAITE' DU SUBLIME. r I* P. PAneg y r iq ue. // n'entre point pour r ordinaire de pafftorft dans le Panégyrique , 2 4 f Parler. Sans la faculté de tien Parler le refien'efi rien dans te Sublime , 244 Parole. ^ty^Compofïtion. Partions. Voyez Servitude. Pajions qui n'ont rien de grand \ & qui ont me fine quelque ebofe de bas à l y égard du dij cours , 2 4 f Pathétique . Ce que Von doit entendre far le Pathétique dans le difeeurs , 244. Si le Pathétique & le Sublime ne 'Vont ja- mais Pun fans l'autre , 2 45*. Voyez Poète. Le Pathétique ne fait jamais plus d'effet dans le difeours , que fors qu 'il femble que V Orateur ne le recherche pas , 27 f Le Pathétique participe du Sublime , autant que le Sublime participe du Beau S* de l'Agréable , 2 89 Peinture. Voyez Image. Ce qui fepre fente d'abord à la veué dans la Peinture , 275 Ponelopc & fis Amans, 25*3 Penfée. La Penfée & la Phrafe s'expliquent ordinairement l'une par f autre , 2 89 Période. /^^Arrangement. De la mejure des Périodes , jn.&fuiv. Periphrafè. Que la Periphrafe efld 'un grand ufage dans le • Sublime , 287. Exemples de la Periphrafe > 2.87. §c fuiv. Il n'y a rien dont Pujage s'eflmde plus loin que la Periphra- fe* 288. gefuiv. Perfonnes. Du changement de Perfonnes , 2S4. Voyez Chan- gement. Perfu afion . En quoi elle ejf oppofée au Sublime , 233 Phaëton. Difeours du Soleil à Phaéton en lui mettant entre les mains les r -fnes de fis chevaux , 60 Phrafe. Voyez Penfée. Platon. Dijciple de Socrate , 2 2 9. 240 Son fiile & fis infiruBions pour parvenir au Sublime ,261. Grand imitateur d'hhmere , 261. Platon comparé avec Lyfias , 1 j 3 o 1 . 8c fa i v . R z Plu- À TA BLE DES MATIERES Pluriels réduits en ftnguliers,i8l- Voyez Changement. Poète. Ce qa il faut conftderer dans les Poètes à l'égard du Sublime , 2 4- 2 Que les Poètes les Efcrivains célèbres s*amufent ordinaire- ment à peindre les mœurs quand leur efprit manque de vi- gueur pour le Pathétique , 2. 5"? Polyclete & fa flatuè , 3 °4 Poftcrité. Combien l'on doit conftderer h jugement de la pojie- rité dans fis Ouvrages , , Prcfent. L'homme enclin à blafmer les chofes prefentes , V? Preuve. En quoy la Preuve diffère de l'amplification* ij"8. 25-9. . #*a*«m\V Puérilité. Ce que ce fl que Puérilité , 237 Pvgmées enfermez dans des boetes , 317 >b R. REpetition. Les figures de Répétition & de De fer ipt ion méfiées enfemble dans un paffage de Demofihene ,276 Réponfe. Voyez Demande. Rhétorique. Quel eftiufage des Images dans la Rhétorique , Richeffes. De combien de maux elles font la four ce & l'on- gine , i_9^ S. SApho , & fon adreffe à exprimer les fureurs de F amour > Serment appellé Apofirophe , 170 Servitude , efpecedeprifbn , . 3 1 7 La fervitude des paffions , - J 1 8 Son. V effet des fins de la flujle à* des autres inflrumens de mufique 9 3°$ Songes de Jupiter mefme , Sophocle. Excellent à peindre les chofes , 166 Statue. Différence eutre la Statué crie Difcoursy 304. Stefichore » grand imitateur à' Hàmere , 1 6 1 Stile. Glneleft le défaut du Stik enfle > 238. 24.1 Origine du Stikf\oid. 2 ffi SubfcL- DO TRAITE 7 DU SUBLIME." Sufilime. Les grands avantages & les effets relevez du Su- blime 1 13 J. en quoi ilejl oppofé à la perfuafion , là même. S'il y a un Art particulier du Sublime , 134, des trois vices qui luy font oppofez, là mefme & C\ïiv.£e Sublime com- paré à un Vaiffeau en danger dépérir , 1 à m efm e. Z,/ moien d'éviter les vices qui Jegliffent quelquefois dans h Sublime , 142 Le moien en gênerai pour connoiftre le Sublime , 142. Propre du Sublime $ là mefme. La marque infaillible du Subli- me , 24.3 . Cinq fources principales du Sublime , 244. Si le Sublime & le Pathétique ne vont jamais l'un fans l'autre , styf. Du Sublime dans les penfée s > 246. VoyezÇ\xcovi- . fiances, Amplification. En quoi cwfïfle le Sublime , 25*8. Vtyez Figure. Grandeur & effet du Sublime , 274. Voyez Periphrale, Médiocre, Efprit. Que le Sublime élevé prefque auffi haut que Dieu , 3 03. Le Sublime dans les Pé- riodes comparé à unjeflin parécof , £\o- T. TAbleau. Voyez Peinture. Tempcdc.-Defcription dune Tempefie par V Auteur du Poème des Arimafpiens , & par Homère , 1 Temps. Du changement des Temps,i$$ /^Vy^Changement:. Terme. Voyez Mot. Theopompus. Paffage de Theopompus , blâmé par Ceci- lius , 200 La peinture qu'il a faite de la defeente du Roi de Per/e dans l'Egypte , & ce'qu teflày remarquer , 315; Thucydide. Les Hyper bâtes de Thucydide , 18b Ti m ée quoi qu habile homme d ailleurs , fujet au froid & au puei-ile , g Ton. Voyez Son. Traged : e , Défaut infupportable dans la Tragédie ,23^236 Tranfitions. imprévues , 28^ Tranfpolition remarquable dans Hérodote, 279 V. VErtu. Combien faufe de maux V abœndonnement -de la VertHî 3 1 9^ TABLE DES MATIERES 8cc. Uly fle , &fa dtfette fendant dix jours , 2 f 2 Volupté. Elle eft le plus infâme de tous les unes , 318 Utile. Voyez Admirer, XEnophon» Hem de I 'antiquité, difcipledeStcr/tte , Sapomptufe defeription de î édifice du corps humain , / J tf. AYER AVERTISSEMENT. LE LeEleur fera averti que les Satires fuivantes n'étant pas dans Cimprefion de Paris > on a créa quelles pourroient nefire pas du même Auteur > mai* comme quelques curieux font d'un autre /en- timentyon a trouvé à propos de ne pas l'en priver* C de les y ajouter. SATIRE. QUel eft donc ce Cahos & quelle extravagance* Agite maintenant l'Efprit de noftrc France : Quel démon infernal a mis des changemens, Et tant de nouveautez dans tous nos rcglemens. On fait & l'on défait, on reftablit, on cafle; Rien ne demeure entier, quelque chofe qu'on fafïc : On retranche les laints, on les refait après : On plaide au Chatelet quand on fefte au Palai$t On trouve à reformer mefme fur la reforme : L'ancien droit à prefent eft un droit tout difforme. • On ne le connoît plus tant on le void changé. Si de mefme on vouloit reformer le Clergé, Si l'on vouloit ofler la moitié de leurs difmes, La reforme pourroit bien reformer des crimes. Ces trop grands revenus perdent beaucoup de gens : Et ces riches Pafleurs font toujours indigens. Pourquoy ceux qui devroient imiter les Apoftrcs, Ont-ilsfeuls plus de bien qu'il n'en faut pour dix autres? On devroit bien régler un tel dérèglement, Et montrer aux Pafteurs à vivre fobrement. On ne voit que des gens de my très & de crofTes ; Faire aujourd'hui rouler de fuperbes CarofTcs, Sans fe refTouvenir qu'autrefois l'Eternel : Ne monta qu'une ânclTe en un jour folcmnel. On parle des impofts dont la France eft remplie, Tout le monde en murmure & tout le monde en cric R 4 Qu'efl> S A T 1 K E. • Qu'efl: ce en comparaifbn de tant d'injuftes droite, Qu'aujourd'hui les Paftcurs levent^n tous endroits. Tout le monde en naiflànt doit à la Sacrifiiez Il faut payer Pcntrc'e, & payer la (ortie, Enfin tous les Pafïeurs par un fatal accord : Trouvent dequoy gagner en la vie, en la mort. Bonne condition qui donne de quoy vivre; En lifant feulement quatre feuillets d'un livre. Recitans tous les jours trois ou quatre Oraifons, Trouvent dequoy fournir aux frais de leurs maifons ! Que le Bréviaire eft bon dans le fiecfc où nous fommes : Un Pafteur eft toujours le plus heureux des hommes* Veut-on fe marier fout acheter un banc, Oncnachettcdeux, le Pafteur vous les vend : Vous ne les auriez pas s'il manquoit une Obole : Comment nommer cela fi ce n'eft Monopole, Qu'un facré partifan amis injuftemenc Aux yeux de tout Paris fur ce grand facrement. Voulez vous, vous dit on, la grofTefonnerie^ C'eft ainfi que vous dit une de ces harpies. Monopole jamais monta-t-clle à tel point ? x He' Meilleurs lès fonneurs, n'en rougifTez vous point ?•' Ah que tous ces impofts vous coûtent de reproche ; En nous faifànt payer pour lè fon d'une cloche. On fonue donc en fiais , & pour vos cinq efeus, L'on vous donne du fon & du fon tant & plus. Un infâme Cricur de qui famé inhumaine . Ne voie aucun vivant qu'avec beaucoup de peine, Ce funefte Corbeau qui ne vit que de morts, ^Marchande infolem ment pour enterrer les morts. Choifïllèz , vous-dit-il, l'endroit de vôtre folfe. Plusclleeft près du Chœury& plus la fom me eft grofTe.- Il faut tant pour lè fond, & pour le maître autel : Entre tous lés impofts en voyons nous un tel? Et qui peut plus choquer les droits de la Nature, Que de vendre à des morts lè droit de fèpuhure# • Je pa