Te TE Æ — 1 : Goog qle ANSE LA e Original from Digitized by Google UNIVERSITY OF MICHIGAN Original from Digitized by Google UNIVERSITY OF MICHIGAN EE 2 = 2 mu me = à 7 AP CCM EE US : “mac METRE D | LES ARTS POÉTIQUES DU XI ET DU XII SIÈCLE | RECHERCHES ET DOCUMENTS | SUR LA TECHNIQUE LITTÉRAIRE DU MOYEN AGE EDMOND FARAL HIRECTEUR D'ÉTUDES À L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES PARIS LIBRAIRIE ANCIENNE EDOUARD CHAMPION 9, QUAI MALAQUAIS 1923 Tous droits réservés. = ——_—__— te Cet ouvrage forme le fascicule n° 258 de La Bibliothèque de l'École des Hautes Études _- | Original from Digitized by Got gle UNIVERSITY OF MICHIGAN LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION ÉDOUARD CHAMPION 5, Quai Malaquais, 5 — PARIS Télèpb. Gobelius 28-20 BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES d PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE SECTION DES SCIENCES HISTORIQUES ET PHILOLOGIQUES LISTE DES FASCICULES PARUS De l'origine (1869) à 1923 (Les prix sont majorés de 50 °/, jusqu'au fascicule 212). . La stratification du langage, par Max Müller, traduit par M. Havet. — La chronologie dans la for- mation des langues indo-germaniques, par George Curtius, trad. par M. Bergaigne. (I puisé.i10 fr. Etudes sur les Pagi de la Gaule, par Auguste Longnon. 1r° partie : l'Astenois, le Boulonnais et le Ternois. Avec 2 cartes. (Fpuisé.) | Notes critiques sur Collufhus, pur Edouard Tournier. 6 fr. Nouvel essai sur la formation du pluriel brisé en arabe, par Stanislas Guyard. (Epuisé.) Anciens glossaires romans, corrigés et expliqués. par Frédéric Diez. Trad. par AΣ. Bauer. 4 fr. 75 . Des formes de la conjugaison en égvplien antique, en démotique et en cople, par G. Mas- pero. (Fpuisé.) 20 fr. . La vie de samt Alexis. Poème du xi° siécle, et renouvellements des xn°, xin° et xive siècles, publies avec préface, variantes, notes et glossaire par Gaston Paris et L. Pannier. (Epuisé.) . Etudes critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne, par Gabriel Monod et paries membres de la Conference d'histoire. ir° partie. Introduction. Grégoire de Tours, Marius d'Avenches, par Gabriel Monod. 6 fr. ». Le Bhämini-Viläsa. Recueil de sentences du pandit Djagannätha. Texte sanscrit publié pour 'a premiére fois cn entier avec une traduction et des notes par Abel Bergaigne. 12 fr. 10. Exercices critiques de la conférence de philologie grecque (197 août 1872-1er août 1875). Recueillis et rédigés par E. Tournicr. 10 fr. 11. Etudes sur les lPagi de la Gaule, par Auguste Longnon. 2° parlie : Les Pagi du diocèse de Reims. Avec # carles. 7 ir. 50 12. Du genre épistolaire chez les anciens ÉpYROCRS de l'époque pharaonique, par G.Maspero. (Epuisé.) 13. La procédure de la Lex Salica. — Etude sur Île droit Frank. — La fidejussio dans le droit Frank. — Les Sacebarons. — La Glosse malbergique. — Barbarurs, etc. — Tacit. Gerim.c. 13. Par R. Sobhm, traduit et annoté par Marcel Thévenin. 7 fr. 14. Hinéraire des Dix-mille. Etude topographique, par Félix Robiou. Avec 3 cartes. (Epuisé.) 15. Etude sur Pline le Jeune, par Th. Mommsen, traduit par C. Morel. (Epuisé.) 16. Du C dans leslangues romanes, par Charles Joret. 12 Cr. 17. Cicéron. Epistolæ ad Familiares. Nolice sur un manuscrit du xn° siècle, par Charles Thurot, membre de l'Institut. à fr. 18. Etude sur les Comtes et Vicomtes de Limoges antérieurs à l'an 1000, par Robert de Lasteyrie 5 fr. 19. Traite de la formation des mots composés dans la langue française, par Arsène Darmestetcr. Deuxième édition, revue, corrigée et en partie refondue. 12 fr. 20. Quintilien Institution oratoire, collation d'un manuscrit du x’ siècle, par Emile Chateluin et Jules Le Coultre. &ir. 21. Hyiune à Ammon-Ra des papyrus égyptiens du musée de Boulaq, traduit et commenté par Eugène Grébaut. 221 22. Pleurs de Philippe, poème en vers politiques de Philippe le Solitaire, publié dans le Lexte pour la prennère fois d'après six mss. de la Bibl. nat., pie l'abbé Emmanuel Auvray. 3 fr. 75. 23. Haurvatät et Ameretàt, Essai sur la mythologie de l'Avesta, par James Darmesteter. 4 fr. 24. Précis de la déclinaison latine, par M. François Bücheler, traduit de l'allemand par L. Havet, enrichi d'addilions communiquées par l'auteur, avec une préface du traducteur. (Epuisé.) 25. Anis el-‘Ochchaq, traité des termes figurés relatifs à la description de la beauté, par Cheret Eddin Rämi,traduit du persan et annoté par Clément Huart. 5 fr. 50. 26. Des Tables Euygubines. Texte. traduction el commentaire, avec une grammaire el une introduc- tion historique, par Michel Bréal. Accompagné d'un album in-fol. de 13 pl. 30 fr. 27. Questions homériques. E. Fragmentsde mythologie pélasgique conservés dans l'{liade. — 11. Géo- pos de l'Asie-Mineure au temps de la guerre de Troie. — IIT. Institutions et coutumes de la srèce, aux temps héroïques, comparées à celles des divers peuples aryens, par Félix Robiou. Avec 3 cartes. 6 fr. +, Matériaux pour servir à l'histoire de la philosophie de l'Inde, par P. Regnaud. 1r°partie. 9fr. 29. Ormazd et Ahriman, leurs origines et leur histoire, par James Daimesteter. (Epuisé. Îl reste quelques exemplaires sur papicr (ort.) 25 fr. 30. Les métaux dans les inscriptions “Rypiennes par C. R. Lepsius, trad. par W. Berend,avecdes additions de l'auteur, accompagné de 2 pl. Volume in-4. 12 fr. 31. Histoire de la ville de Saint-Omer et de ses institntions jusqu'au xive siècle, par A. Giry. 20 fr. 32, Essai sur le règne de Trajan, par C dela Berge. 12 tr. « Google LES ARTS POÉTIQUES DU XII" ET DU XIII SIÈCLE RECHERCHES ET DOCUMENTS SUR LA TECHNIQUE LITTÉRAIRE DU MOYEN AGE Google DU MÊME AUTEUR A LA MÊME LIBRAIRIE Les Jonqzeuns EN FRANCE AU MOYEN AGE (1872 fascicule de la Bibliothèque de l'École des Hautes Études), 1910, xu-339 p., in-8°. Miues FRANÇAIS Du x SIECLE, 1910, xv-127 p., in-8°. RECHERCHES SUR LES SOURCES LATINES DES CONTES ET ROMANS COURTOIS DU MOYEN AGE, 1913, xiv-431 p., in-8°. Courtois d'Arras (3 vol. des Classiques français du moyen âge publiés sous la direction de Mario Roques), 2° édit., 1922. Gautier d'Aupais (20° vol. de la même collection), 1919. Google BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES PUBLIÉE SOUS LES AUSPICES DU MINISTÈRE DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE SCIENCES HISTORIQUES ET PIILOLOGIQUES DEUX CENT TRENTE-HUITIÈME FASCICULE LES ARTS POÉTIQUES DU XI. ET DU XII SIECLE RECHERCHES ET DOCUMENTS SUR LA TECHNIQUE LITTÉRAIRE DU MOYEN AGE PAR EDMOND FARAL DIRECTEUR D'ÉTUDES À L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES PARIS LIBRAIRIE ANCIENNE HONORÉ CHAMPION ÉDOUARD CHAMPION 5, QUAI MALAQUAIS 1924 Original from Digitized by Go: gle UNIVERSITY OF MICHIGAN Digitized by Google Original from UNIVERSITY OF MICHIGAN LES ARTS POÉTIQUES DU XI ET DU XII SIÈCLE RECHERCHES ET DOCUMENTS SUR LA TECHNIQUE LiTTÉRAIRE DU MOYEN AGE PAR EDMOND FARAL DIRECTEUR D'ÉTUDES A L'ÉCOLE DES HAUTES ETUDES PARIS LIBRAIRIE ANCIENNE HONORE CHAMPION EDOUARD CHAMPION D, QUAI MALAQUAIS 1924 Téléphone Gobelins 28-20 Cet ouvrage forme le fascicule n° 238 de la Bibliothèque de l'École des Hautes Études Original from Digitized by Go: gle UNIVERSITY OF MICHIGAN Fa P2. E 1 à NC: D. » 2: Original from Diitized by COOQIE UNIVERSITY OF De Q SITY OF MICHIGAN A LUCIEN HERR EN TÉMOIGNAGE DE MA FIDELE AMITIÉ. Original from Digitized by Got qle UNIVERSITY OF MICHIGAN Original from Digitized by Google UNIVERSITY OF MICHIGAN PRÉFACE C'est un avis assez généralement répandu que le style est affaire de goût et que du goût on ne diseute pas. Le style est ondoyant et divers comme l'âme mème des écrivains, et les jugements qu'on en porte sont aussi variés et incertains que l’humeur des critiques. Il ne saurait donc être objet de science. Pourtant, l'opinion contraire a eu aussi ses partisans. La question « La stylistique est-elle possible? », débattue du point de vue philo- sophique et au moyen d'arguments tirés de l’analvse des facultés, si elle a été résolue par les uns dans le sens de la négative (B. Croce, E. Vossler), l'a été par d’autres dans celui de l’affirmative (M. Porena, E. Herzog, J. Vising). D'autre part, prouvant le mouvement par a marche, certains, sans s'attarder aux discussions théoriques, se sont mis directement à l'étude, et il a été publié sur le style de divers auteurs médiévaux un assez grand nombre d’ouvrages!. 4. Voici les principaux, par ordre chronologique : K. Grosse, Der Stil Creslien's von Troies (Fran:üsische Sludien,t. KE, p. 1271, 18S1 ; — M. Hannapel, Poctik Alain Chartiers (Fran:osisrhe Studien, LL, p. 261), 181; — Fr. Ziller, Der epische Stil des allfransôsischen Rotandsliedes, Progr. du Real-Gymn. de Magdebourg, 1883; — Leiffholdt, Ælymologische Figuren im Romanischen, Hildesheiïin, 1883 ; — O. Boer- ner, Raoul de Houdenc; Eine slilistische Untersuchung über seine Werke und seine Identitat mil dem Verfusser des Messire Ganuvain, Diss. de Leipzig, 1883; — Drees, Ceber den Gebrauch der epithela ornantlia im Rolandstied, Münster, 1883 ; — Æ, Heinrich, Ueber den Stil von Guillaume de Lorris und Jean de Meung (Ausg. und Abhandl. p. p. KE. Stengel, n° xxix}, Marbourg, 1885: — A. Kunze, Dus Formelhafle in Girarl de Viane verglichen mil dem Formelhaflen im Rolandsliede, Diss. de Halle, 1885; — F. W. Lorenz, Der Slil in Maistre Wace's Roman de Rou, Diss. de Leipzig. 1883: — W.L. Keller, #arstre Wace ; cine slylistische Untersuchung seiner heiden Romane Rou und Brut, Diss. de Zurich, 1886; — Chr. Stoessel, Die Bilder und Vergleiche der altprorensalischen Lyrik nach Form und Pihall unter- suchl. Djss. de Marbourg, 1886: — J. Vising, Les debuts du style français {Recueil de mémoires philologiques présentes à G. Paris par ses élerves suedois), Slock- holin, 1889: — H. Binet, Le style de La lyrique courloise en France aux XII et Google XII PRÉFACE. Nous sommes persuadé, pour notre part, que l’art d'écrire, en toutes ses manifestations — invention et choix des thèmes de déve- Joppement, ordonnance des idées, travail du style proprement dit — englobe un ensemble de faits qu'on peut définir objectivement et expliquer, au moins en partie, par l’action précisément déterminable d'un milieu, d'une mode, d’une doctrine. C’est une matière qui, dans les textes, se prête à un examen aussi scientifique que les phé- nomènes linguistiques et grammaticaux ét qui, jusqu'ici, a été trop négligée. Mais nous croyons aussi que cette étude est prématurée et vaine si elle n'a pas été précédée de certains travaux préparatoires : ni la détermination des faits, ni leur explication ne sont possibles tant qu'on n’a pas défini les influences auxquelles les auteurs étaient sou- mis tandis qu'ils écrivaient. Cela revient à dire que, pour traiter de l'art d'écrire selon une méthode véritablement historique, il faut partir, non pas de notre système esthétique actuel, mais de celui qui dominait les contemporains de l’œuvre; et qui veut comprendre les caractères véritables de la Chanson de Roland ou du roman de Cligès, et en rendre compte conformément à la réalité, doit emprunter ses principes directeurs non pas, comme on l’a trop fait, à des théori- ciens modernes, un Marmontel ou un Wackernagel, mais, si on le peut, aux théories qui prévalaient pendant le xi° et le xne siècle. On le peut; et pour atteindre à ces théories on dispose de moyens divers. L'examen comparatif des œuvres d'une mème époque révèle le respect de certaines règles qui, pour n’être pas formulées dans ces œuvres, n’en apparaissent pas avec une moindre évidence : c’est un moyen. Les commentaires des œuvres en honneur et qui ont cons- utué l'aliment intellectuel d'un siècle livrent également plus d'un secret : c’est un autre moyen. Îl y en a un autre encore, qui consiste XII1° siècles, Paris, 1891; — M. Bock, Vergleiche und Gleichnisse bei einigen alt- franzôüsischen Dichtern, Progr. de Linz, 1901 ; — A. Hilka, Die direkle Rede als stlilis- tisches Kunstmillel in den Romanen des Krislian von Troyes; Ein Beitrag sur genelischen Entwicklung der Kunslformen des millelallerlichen Epos, Halle, 1503: — À. Rennert, Studien sur allfranzüsischen Slylistik,; Versuch einer hislorischen Stilbelrachlung, Diss. de Gôttingen, 1904 ; — H. Gelzer, Einleilung 3u einer krili- schen Ausgabe des alifranzüsischen Yderromans, Diss. de Halle, 1908 ; — G. Biller, Étude sur le style des premiers romans français en vers (Gôleborgs Hügskolas Arsskrifll, IV), Güteborg, 1916; — M. Wilmotte, Chrétien de Troyes el le conte de Guillaume d'Angleterre (Romania, t. XLVI, 1920, p. 1 et suiv.). Google PRÉFACE. | XIII à se reporter aux traités où les principes de l'art d'écrire ont été codifiés. Ces traités sont eux-mêmes de plusieurs sortes. Il ÿy en a qui con- cernent l'art oratoire, considéré soit dans sa généralité, soit dans son application à l'éloquence de la chaire : ce sont des « rhétoriques » ou des « artes sermocinandi ». Îl y en.a d'autres qui concernent spé- cialement le genre épistolaire : ce sont les nombreux « artes dic- tandi ». Il y en a, enfin, qui concernent la littérature d'imagination : ce sont les arts poétiques. Entre ces espèces 1l existe des rapports étroits, et beaucoup de principes identiques reparaissent dans les uns et dans les autres. Cependant il est légitime, tenant compte des différences de destina- uon, de les étudier séparément. C'est aux arts poétiques qu'est consacré le présent livre. On y a fait état des ouvrages, complets ou fragmentaires, qui ont été com- posés sur ce sujet avant la fin du x siècle, c’est-à-dire : l’Ars versi- ficatoria de Matthieu de Vendôme; la Poetria nova, le Documen- tum de modo et arte dictandi et versificandi, et la Summa de coloribus rhetoricis de Geoffroi de Vinsauf; l’Ars versificaria de Gervais de Melkley; le Laborintus d’Évrard l'Allemand: la Poetria et les Erxempla vitae honestae de Jean de Garlande ; un ensemble de traités divers sur les « couleurs de rhétorique »; le traité anonyme Debemus cunctis proponere.…. À la question qui se pose de savoir quelle est la valeur documen- taire de ces ouvrages, deux témoignages au moins permettent de donner une réponse suffisante. D'abord celui d’'Évrard l'Allemand, qui, énumérant dans son Laborintus les livres qui faisaient autorité de son temps, cite l’Ars de Matthieu de Vendôme et la Poetria nova de Geoffroi de Vinsauf, et, en un autre passage, fait mention d’un écrit de Bernard où il était traité avec ampleur des couleurs de rhé- torique. C’est ensuite le témoignage de Gervais de Melkley qui, écrivant un traité sur l’art des vers, nomme ses prédécesseurs en ces termes-ci : « Scripserunt alu hanc artem : Matthæus Windocinensis plene, Gaufredus Vinesauf plenius, plenissime-vero Bernadus Silves- tris, in prosaico psittacus, in metrico philomena. » Il est loisible, grâce à ces textes, de reconnaître que, parmi les ouvrages auxquels a été empruntée notre information, figurent bien ceux qui, pour les contemporains, représentaient l'essentiel. Seul manque peut-être le Google XIV PRÉFACE. traité de Bernard, à supposer qu "Évrard et Gervais renvoient à un art poétique aujourd'hui perdu et non pas à sa Summa dictaminis. Notre travail comprend essentiellement : une étude externc des arls poéliques, une exposition de [a doctrine qu'ils renferment, et l'édition d’un certain nombre de textes. L'étude externe a été poussée un peu au delà de ce que réclamait l'interprétation proprement dite des textes considérés. Elle à fait, par exemple, une piace assez large à la vie et au détail des œuvres de Matthieu de Vendôme, de Geoffroi de Vinsauf, de Jean de Gar- lande. Cependant ces écarts seront peut-être excusés, eu égard'à la nouveauté d’une partie des faits énoncés. L'étude de la doctrine consiste dans une présentation, qu'on a vou- lue aussi brève et claire que possible, des enseignements épars dans les divers traités. Elle a été conçue comme un instrument d’orienta- uon, destiné à faciliter l'accès des textes, sans prétendre toutefois en rendre la lecture inutile. À mesure que Îles principes de l'art s'ofraient à l'examen, 1l était bien tentant d’en suivre l'application dans la littérature, et les documents qu'on présente ici n'ont d'autre intérêt que de rendre visibles les effets de la théorie sur la pratique. La tâche, toutefois, était infiniment vaste, et ce livre n’y peut servir que d'introduction. De propos délibéré on s'est interdit de l’aborder, quitte à montrer ailleurs le genre de résultats qu'on peut en espérer!. Mais on a jugé à propos, pour éclaircir les formules abstraites, d'apporter un certain nombre d'exemples empruntés aux œuvres latines et françaises de l’époque. D'autre part, on a donné un aperçu des sources auxquelles les auteurs ont puisé pour la constitution de leur doctrine et on a indiqué dans quelles conditions générales, sous quelles formes et par quels moyens, leur influence s’est exercée. [l à paru utile d'imprimer le texte mème d'un certain nombre de traités. De ces traités, les uns, comme la Poetria nova de Gecffroi de Vinsauf et le Laborintus d'Évrard l'Allemand, ont été déjà édités, mais en des éditions rares, anciennes, et qui pouvaient être amé- liorées. Un autre, l’Ars de Matthieu de Vendôme, n’a été publié précédemment que après un manuserit incomplet. D'autres étaient 1. C'est ce que nous avons tenté de faire pour la pastourelle, prenant à dessein le cas le plus défavorable, en apparence, à une démonstration (Romania, t. XLIX, 1993, p. 204-259). Google PRÉFACE. AV inédits : c’est le cas du Documentum de Geoffroi et de sa Summa de coloribus rhetoricis. De la Poetria de Jean de Garlande, qui a été publiée de façon imparfaite, mais dans un recueil accessible, on s’est borné à donner un sommaire, qui en indique le contenu et l'ordonnance, peu sai- sissables à première lecture. On a procédé de même pour l’Ars de Gervais de Melkley, qui est inédit; mais ce livre ne se rapporte qu'a l’ornement du style, et, si le sujet est important, s'il est traité par Gervais d’une façon assez originale, l'ouvrage ne paraît pourtant propre qu'à mettre une fois de plus en lumière, à nos yeux, l’impor- tance attribuée par les contemporains à ce genre de questions : il ne révèle pas, dans la pratique des auteurs, de grand fait nouveau. On aurait voulu fournir des textes une édition critique : on y à _ pourtant renoncé. Les inconvénients qu'il y aurait eu à le faire auraient dépassé les avantages. Le dépouillement complet de la tradition manuscrite de chaque œuvre exigeait un travail immense (il y a de la seule Poetria quelque quatre-vingts manuscrits), qui n'eùt pas été eu proportion avec l'importance des résultats. Il y eût fallu des années : on voulait aboutir et mettre le plus tôt possible à la dispo- sition des lecteurs les ‘éléments d'étude indispensables. Des textes fondés sur un bon manuscrit et rendus lisibles suffisaient au dessein qu'on se proposait !. Les doctrines qui s'expriment dans nos traités offrent un intérèt réel. Non par leur valeur absolue : l'esprit, en général, n'y trouve pas son compte. Si l’on y rencontre parfois des observations assez pénétrantes, la conception systématique y est faible et la plupart des idées manquent de portée. A la base, une définition insuffisante des facultés de l'intelligence ; à l'application, des vues très incertaines sur les foncuons de l’art; un ordre superficiel, dénué de logique pro- fonde ; un classement des principes qui, faute d'une analyse préa- lable assez poussée du genre d'opérations qu'ils concernent, sent le faux; bref, pas de philosophie satisfaisante : voilà les défauts que, sans sévérilé excessive, on est en droit d'accuser. e 1. Le désir de rendre la lecture des textes aussi aisée que possible à tous les lec- teurs nous a fail adopter le système orthographique devenu classique en ces trois derniers siècles. Il n'y a que les mots techniques, les noms propres et les lecons imprimées au bas des pages qui aient été reproduits de facon strictement conforme à la lettre des manuscrits. Google XVI PRÉFACE. Mais, pour faibles qu’elles soient sous le rapport de la théorie, ces doctrines n’en ont pas moins une incontestable importance histo- rique. Êlles n’ont pas été des élucubrations stériles; les écrivains s’en sont nourris; et quand on en aura démêlé les répercussions sur leurs œuvres, l’histoire littéraire aura fait un gain appréciable : on aura saisi un des ressorts importants de la création artistique : Île métier, à côté du génie, — le métier qui, au moyen âge, a eu une importance aussi grande qu'à n'importe quelle époque!. 1. M. Emile Chatelain a bien voulu m'aider à relire les épreuves de ce livre : qu'il me permelte de lui adresser nes très vifsremerciments. Google PREMIÈRE PARTIE LES DIVERS ARTS POÉTIQUES LEURS AUTEURS, LEUR HISTOIRE CHAPITRE I MATTHIEU DE VENDOME B10GRAPHIE Ï. Nous connaissons de la vie de Matthieu de Vendôme un certain nombre de faits certains, tous fournis par ses propres déclarations. [ls se laissent composer assez sûrement dans leur succession chro- nologique; mais leur datation absolue n’est pas établie et, en l'état actuel de nos renseignements, nous devons nous contenter de l'approximation d’une vingtaine d'années. Né à Vendôme?, Matthieu vint probablement de bonne heure à Tours, où un oncle l’éleva avec un dévouement paternel et où il fit ses premières études sous la direction, semble-t-il, de Bernard Sil- vestre$. De Tours, il se rendit à Orléans, au temps qu'y florissait 1. Sur cette question, voir surtout : Ginguené, dans l'AHisloire lilléraire de la France, t. XV, 1820, p. 420 cet suiv., et A. Hauréau, dans le Journal des Savants, 1883, .p. 207 et suiv. 2. Il se nomme fréquemment Le Vendômois, tout court, et c'est avec ce surnom qu'il est toujours désigné par les auteurs des x11° et xin° siècles : Henri de Gand, Evrard l'Allemand, Gervais de Melkley, Hugues de Trimberg, etc. Dans son Recueil épislolaire (prologue de la 2° partie, v. 1), il dit : « Natus Vindocini... » 3. Tobias, épilogue : 2143 Quae tibi dat, Turonis, metra Vindocinensis alumnus, Perlege, Parisius, Aurelianis, habe. Vos mihi nutrices, urbs Martinopolis alma Mater, ubi patrui, sed patris ossa jacent. Recueil épistolaire, 1"° partie, lettre 1, v. 69 : Me docuit dictare decus Turonense magistri Silvestris, studii geimma, scolaris honor. FARAL. | Google 2 MATTHIEU DE VENDÔME. Hugues le Primat!. Là, il enseigna la grammaire?; mais, en butte aux persécutions d'ennemis, notamment d'Arnoul3, dont il accuse la jalousie, contraint ou dépité, il quitta Orléans pour Paris, peu de temps après avoir achevé son Art poétique“. Il paraît avoir demeuré une dizaine d'années dans cette nouvelle résidence’; puis, ayant déjà derrière lui une abondante production littéraire 6 et aspi- rant au repos”, 1l rentra à Tours et se plaça sous la protection de l'évêque Barthélemy (second du nom) et de son frère, doyen et tré- La lettre en question est intitulée : Clericus emeritus studiis ad praesulis aures Dirigit affectus sedulitatis, ave. 1] n'est pas prouvé que ce clerc soit Matthieu en personne, ni que l'auteur s'iden- tifie avec le candidat qu'il fait écrire. On notera pourtant que les vers 83-84 : Cetera non removet ars dictatoria, quamvis ‘Fimbriolas nolo magnificare meas, rappellent le début de l'Art poélique : « Ne videar meas magnificare fimbrias... » 1. Art poëlique, 1V, 51 : 97 Parisius maturo gradus; mihi dulcis alumna, Tempore Primatis, Aurelianis, ave. 2. C'est à cet enseignement que se rattache la composition de l'Art poétique. Voir Prologue, surtout 8 4-5. | 3. Il traite Arnoul trés durement dans le prologue de l'Art poëélique, critiquant sa rousseur, particularité physique qui, comme on sait, passait au moyen âge pour un signe de fausseté et de fourberie. [1 y revient à plusieurs reprises dans le corps de l'ouvrage, et peut-être aussi avait-il composé toute une satire contre son rival (Ars, IV, 48). — Ordinairement, il ne désigne pas Arnoul par son nom, mais seule- ment par le surnom de Rufus ou de Ruffinus, doublant sans doute, en ce dernier cas, la plaisanterie sur Rufus par une allusion au Rufin de Claudien. Cependant, vers la fin de l'Art poélique (IV, 47), il écrit : « Facta exceptione similiter colora- torum, quia ruli coloris iniquilas in eo plenius exuberat el in ejus uxore forsitan emanabit. Quicquid dictum est de Rufo et Rufino, de Arnulfo de Sancto Evurcio spi- ritualiter intelligatur... » Par quoi est avéré qu'il s'agit bien d'Arnoul. Cet Arnoul nous est connu par des gloses sur Lucain et sur Ovide, dont il est l'auteur, et qui nous sont parvenues (voir L. Delisle, les Écoles d'Orléans au XII° et au XIII" siècle, dans l'Annuaire-Bullelin de la Sociélé de l'Histoire de France, 1869, p. 139). Le texte de Matthieu confirme l'opinion de Delisle, qui, contre d'autres, avait soutenu qu'Arnoul n'était pas antérieur au x11° siècle. 11 indique, en outre, qu'Arnoul était de Saint-Évurce. 4. Voir ci-dessus, note |. 5. Recueil épistolaire, lettre 3, v. 85 : Parisius studui duo per quinquennia. Mais voir ci-dessus, p. 1, note 3, les réserves à faire sur la valeur de ce témoignage. 6. 11 avait déjà donné, au moins, {ous les ouvrages énumérés dans son Recueil épislolaire. 1. Tobias, v. 2149 et suiv. (formule quatre fois répétée) : « Requies est ubi... » Google SES ŒUVRES. 3 sorier de Saint-Martin!. Passé ce moment, nous ne savons plus rien de son sort, |” Voilà les faits. Pour permettre de les rattacher, au moins par- tiellement, à une date un peu précise, il n'y a que la mention, faite dans la Tobiade, de l’évèque Barthélemy et de son frère. Les noms de Bernard Silvestre, d'Arnoul et d'Hugues le Primat, que nous avons rencontrés, n'apprennent rien : de l'existence des deux pre- miers personnages, on ignore tout Île détail; du troisième, il n’y a de sùr, malgré des témoignages assez nombreux, que la date de sa naissance, antérieure de peu à l’année 1095?, et c’est ici un rensei- gnement insuffisant. Reste la possibilité de situer approximative- ment la composition de la Tobiade grâce à ce qu’on sait de l’évêque Barthélemy, On verra plus loin qu'on arrive à placer cet ouvrage aux environs de l’année 1185, qui marque, avec un écart probable maximum de quinze ans en deçà et de vingt ans au delà, le moment où Matthieu est rentré à Tours. Le départ de Matthieu pour Paris, sans doute antérieur d’une dizaine d'années, se placerait, ainsi que la composition de l'Art poétique, avant l'année 1175. LES ŒUVRES. [. ATTRIBUTIONS FAUSSES OU DOUTEUSES. 1. Hermaphrodite. — Voir ci-dessous II, n° 9. 2. Miles gloriosus3. — Endlicher“ a supposé que ce poème était de Matthieu, d'abord en raison des analogies de style qu’il pré- sente avec le Milo, ensuite parce que, dans le manuscrit de Vienne 303, il est précédé, comme s'ils en faisaient partie, des 1. Tobias, prologue : 21 Es solus radius, quo festivatur alumno Vindocinum, Turonis praesule, sive polus.… 35 Suscipe Thobiac titulos cum fratre decano, Ut timidum duplex stella serenet iter. Gaudeo luce nova vos prelucescere, quippe Sol nitet in Geininis, cetera signa vacant. 2. Voir W. Meyer, Die Oxforder Gedichte des Primats [Gôültingen Nachrichien, 1907, p. 86). 3. Publié par Du Méril, Les origines latines du théâtre moderne, Appendice, p. 285. 4. Calalogus codicum philologicorum Bibliothecne palalinae -Vindobonensis, n°* CCLIV et CCLXX VII. Google 4 MATTHIEU DE VENDOME. quatre derniers vers du Milo. Cette hypothèse a été adoptée par Du Méril, V. Le Clerc! et généralement depuis. Cloetta? soutient avec raison que l'argument tiré du style est bien fragile et que celui des quatre vers n'a aucune valeur. Je préciserai que la présence des quatre vers en question au début du Miles est plutôt une preuve contre l'authenticité de ce poème. Celui-ci est contenu dans les deux manuscrits de Vienne n° 303 et 312, qui donnent : Ms. 303. Ms. 312. Sous le titre De Milone {fol. 151-4), . quatre vers du Milo, auxquels font suite : le Miles De glorioso milite (fol. 21-27). et, sans titre nouveau, le Milo (fol. 155-8). | Comæœdia Milonis (fol. 27-30). Lydia (fol. 31-40). L'erreur manifeste du manuscrit 303 porte à supposer quil à existé un manuscrit primitif (() qui contenait : 1° Milo, 2° Miles, 3° Lydia, mais dont les feuillets avaient été déplacés, de manière qu'on avait (0) : 1° Miles, 2° Milo, 3. Lydia : en tête de la page où commençait le Miles subsistaient quatre vers de la fin du Milo qui, de ce fait, manquaient (et manquent dans le 303) à la fin de ce dernier poème. — Le scribe d'un second manuscrit (À) n'a pas vu ce défaut. Il a mis le titre de Milo en tète du groupe formé par les quatre vers finaux du Milo, le Miles et le Milo. Quant à la Lydia, qui suivait, ayant à expliquer les deux vers du début : Postquam prima Equitis ludentis tempora risit, Mox acuit mentem musa secunda mentem, il a inscrit en note : « In priore libro De Milone », entendant ren- voyer au iles, dont le héros est en effet dénommé habituellement Eques, mais lui donnant le titre erroné de Milo, sous lequel, dans le texte précédent, étaient englobés le Miles et le Milo. — Le scribe du manuscrit 303 à reproduit, avec l'erreur qui les concerne dans X, le Miles et le Milo; mais il n'a pas copié la Lydia. — De son côté, le scribe du manuscrit 312, travaillant aussi sur le type À, a 1. Dans l'Histoire liüléraire de la France, t. XXII, p. 59 et suiv. 2. Beitrnge zur Lilleralurgeschichte..., 1. X, p. 79 et suiv. Google SES ŒUVRES. 5 conservé l’ordre Miles-Milo-Lydia et reproduit, au début de la Lydia, l’inexactitude « in priore libro De Milône »; mais il a rec- tifié l'erreur grossière qui avait fait mettre les quatre derniers vers du Milo en tête du Miles et les a reportés à leur véritable place. — C’est ce processus qui se résume par le tableau suivant : Type O : { Milo. Miles. . Lydia. Type O’ (par déplacement de feuillets) : ‘ quatre vers de la fin du Milo + Miles. , Milo, moins quatre vers de la fin. Lydia. Type X : comme O0’, avec en plus : ‘le titre de Milo, appliqué à l’ensemble du Miles et du Milo; en note au début de la Lydia : « In priore libro . De Milone. » De là : Ms. 303 | Ms. 312 qui reproduit X, moins la Lydia. qui reproduit X, moins l'erreur relative au déplacement des quatre vers du Milo. Ainsi, il a dù exister un manuscrit primitif où l'ordre était Milo, Miles, Lydia. Et l'on voit par là que ie Milo, certainement de Mat- thieu, n'y était pas mêlé aux deux autres poèmes comme il l’est dans les manuscrits 303 et 312. | C'est ce que confirme l'examen interne des œuvres. Entre le Miles et la Lydia, 11 ÿ a un rapport étroit, établi par les premiers vers de ce dernier poème. On y lit, en effet, les deux vers que nous avons déjà cités et qui sont une allusion évidente au Miles. Le Miles et la Lydia forment donc un groupe composé par un même auteur et, par là même, s'opposent en quelque sorte au Milo. N1 la tradition manuscrite, ni les caractéristiques internes des œuvres n'invitent à attribuer le Miles et la Lydia à Matthieu. En revanche, certaines autres considérations en détournent. Dans le catalogue de ses propres œuvres, où 1l mentionne pourtant son Milo, Matthieu ne nomme pas ces deux poèmes. Bien qu'il n'ait pas visé à être complet, il n'aurait pas omis des pièces.de cette impor- 1. Voir ci-dessous, p. 7, v. 31-397. Google 6 MATTHIEU DE VENDÔME. tance. Serait-ce qu'il les aurait écrites plus tard? Wattenbach! le juge possible. Cloetta, se fondant sur les expressions prima musa, secunda musa du début de la Lydia, qui paraissent exclure une production antérieure du même genre, estime que le Miles et la Lydia ne peuvent être, si elles sont du même auteur que lui, posté- rieures au Milo, et on en revient alors à l'impossibilité d'admettre que Matthieu ne les ait pas citées dans son dénombrement, quoique composées. L’argument est assez fort pour faire écarter le nom de Matthieu. J'ajoute que Hugues de Trimberg® cite la Lydia, mais n’en indique pas l'auteur. 3. Lydia3. — La question de l'attribution de cette pièce est inti- mement liée à celle du Miles gloriosus : il suffit d'y renvoyer. Ce poème, lui non plus, n’est indiqué par rien comme une œuvre de Matthieu. 4. Traité des synonymes et des homonymes. — Hauréau a mon- tré“ qu'il y a lieu de distinguer ici : À) Un traité en vers comprenant deux parties, relatives l’une (a) aux synonymes (incipit : Àd mare ne videar latices deferre..….), l’autre (b) aux homonymes (incipit : Augustus, -ti, “Lo, Caesar vel mensis habeto). B) Un traité sur les homonymes, mi-prose, mi-vers (incipit en prose : Quia scire distinguere sophistarum ampullos...; incipit de la première insertion en vers : À nomen signat, trahitur, profer- tur.…). | Le traité B est probablement de Jean de Garlande. Quant au traité À dans son ensemble, c’est à la suite d’une fausse subsutution du traité B, considéré comme de Jean, au traité b, qu'il a été placé aussi sous le nom de Jean de Garlande. Partout où il se présente sous sa forme véritable a + b et aussi dans quelques autres manu- scrits où il est isolé, il est attribué soit à Geoffroi de Trani (par une erreur manifeste), soit à Matthieu de Vendôme, soit à Geoffroi de | Vinsauf : la question reste pendante de savoir lequel de ces deux derniers noms il faut retenir. 1. Dans l'édition du recueil de lettres. 2. Registrum mullorum auctorum, v. 890. 3. Publiée par Du Méril, Poésies lalines inédiles, p. 350. 4. Nolice sur les œuvres authentiques ou supposées de Jean de Garlande (Notices et extrails des manuscrits, L XXVII, p. 55 et suiv. et 58 et suiv.). Google SES ŒUVRES. 7 5. Alda. — Ce poème, attribué à Matthieu par Endlicher!, Du Méril? et quelques autres, est de Guillaume de Blois. Il. ATTRIBUTIONS CERTAINES. Toutes les œuvres, sauf une ou deux, qu'on peut avec une entière certitude attribuer à Matthieu de Vendôme ont été énumé- rées par lui-même en tête d'un recueil de modèles de lettres dont il est l’auteur“. Voici le texte : 15 20 25 30 Post metricae studium summae respirat alumnus : Vindocinensis opus officiale parat. Offcium commune reor quod epistola prodit : Prodit in alternas reciprocata vices. In studium vitam dispenso, taedia vitae Votivae redimo sedulitatis ope. Venas quippe meas non hausit Milo nec Afra; Nec cum Lenticula Suctrio bella movens : Nec epigramma patris auctorum, cum sibi praeesse Vindocinum stupuit Aurelianis hebes ; Nec metra rhetorici conflictus ; nec tibi cedens Carmine, Bache, meo cervisiana lues: Nec Phaedrae monitus, nec qui jejunus amoris Respuit Yppolitus zelotipare patrem; Non Jovis incesti mugitus; nec sata Cadmi Ferrea; nec hic et haec Hermaphroditus homo: Nec simulata Jovi Phoebus essentia, vendens Parrasidi rigidum pro muliere,marem ; Nec Baucis venerata deos; nec Biblidis ardor: Nec stygio Cereris filia rapta Jovi; Nec Thisbes gemitus; nec summula nuntia metri, Summaticum, livor si patiatur, opus. Cetera mens reticet mea, ne pavone magistro Plumae delicias enucleare ferar. f Il résulte de là que Matthieu a composé les ouvrages suivants, dont quelques-uns seulement ont été conservés : 1. Milo (v. 15). — Poème de 256 vers élégiaques, publié par Le Cwy 7 . Calalogus cod. philol. lat. bibl. Palat. Vindobonensis, p. 146 et 163. . Origines latines du théütre moderne, p. 286, note. . Édit. C. Lohmeyer (Bibl. leubneriana), 1897. . Voir ci-dessous, p. 11, note 1. Google 8 MATTHIEU DE VENDÔME. Haupt! (éncipit : « Hamus amoris edax... »). L'attribution est con- firmée par le distique de la fin : Non levis arbitrium linguae, non livor obumbret Debile Matthaei Vindocinensis opus. 2. Lenticula et Suctrio (v. 16). — Non identifié. Wattenbach remarque qu'il v a un Lucrio dans le Miles gloriosus de Plaute. Si lenticula et suctrio sont des noms propres, il s'agirait peut-être d’une composition dans le genre du Milo. Si ce sont des noms com- muns, il s'agirait d'un débat comme on en a d’autres, le débat entre l’eau et le vin, par exemple : mais qu'est-ce alors que suctrio? 3. Epigramma patris auctorum (v. 17-18). — Non idenufié?. Ce devait être un pamphlet dirigé contre un maître, peut-être Arnoul, de l’école d'Orléans. Le « père des auteurs » voudrait dire « le grand connaisseur des auteurs anciens ». Arnoul pouvait s'être paré orgueilleusement du titre, que Matthieu tourne en dérision. Il n'est pas impossible que les quelques vers insérés dans le prologue de l'Art poétique aient appartenu au pamphlet en question. k. « Metra rhetorici conflictus » (v. 19). — Non identifié. Wat- tenbach pense qu'il s'agirait d'un traité de rhétorique. C'est peu probable : l'expression ne convient pas à un ouvrage de ce genre. S'il était permis d'adopter les corrections metro et rhetorice (-icae), on verrait là l’indication d’un débat de la Rhétorique avec la Poë- lique. 5. Éloge de la bière (v. 19-20). — Non identifié. Sous le titre Altercatio vini et cerevisiae, il nous est parvenu un débat de quinze couples décasyllabiques*, qui n'est pas dans la forme métrique familière à Matthieu et dont la conclusion ne répond pas à ce qu'il dit ici. Par ailleurs, nous avons aussi de Pierre de Blois (+ 1198) deux petits poèmes intitulés De commendatione vint et Responsio ad quemdam contra cervisiami, dont le second pour- rait bien être une réplique à l'éloge de la bière par Matthieu. Mais cet éloge est à retrouver. | 6. Phèdre et Hippolyte (v. 21-22). — Non identifié. {. Exrempla poesis lalinae medii aevi, p. 19 et suiv. 2. Wattenbach trouve la mention obscure et pense que le distique est déplacé. 3. Publié par Bômer (Zeitschrift für deutsches Allertun, t. XLIX, 1909, p. 199). 4. Tous deux dans l'édition Giles et reproduits par Migne, Patrologie latine, t, CCVIL, col. 1155 et 1156. Google Oo SES ŒUVRES. 7. Jupiter et Europe (v. 22). —'Non identifié. 8. Histoire de Cadmus (v. 23-24). — Non identifié. 9. Hermaphrodite (v. 24). — Non idenufié. Il existe deux pièces sur ce sujet, l’une de 22 vers élégiaques!; éncipit : Uxor Tyresiae, dum pleno ventre tumeret, Numina consuluit quid velit esse tumor... . CC 9 l’autre de 10°; éncipit : Dum mea me mater gravida gestaret in alvo, Quid pareret fertur consuluisse deos. Sur l'attribution de ces pièces, les critiques sont fort divisés. Toutes deux sont des productions du moyen âge et l'opinion de plusieurs, qui les font remonter jusqu à l'époque de Pétrone, est assurément fausse. On hésite entre les auteurs du moyen âge aux- quels elles pourraient appartenir. — De la première, Hauréau pen- serait qu'elle est de Matthieu pour la raison que le poète, comme 1] le déclare lui-mème, a écrit sur ce sujet et que la pièce, plus encore que la seconde, est de sa manière. Mais c’est supposer à tort que l’Hermaphrodite dont parle Matthieu est nécessairement l’un de ceux que nous avons conservés. Fiervillef, notant que la pièce en question figure dans le Floridus aspectus, qui passe pour être de Pierre Riga, l'attribue à cet auteur. — Au sujet de la seconde, l'accord se fait généralement pour l'attribuer à Hildebert (Beau- gendre, Dom Lirom, Hauréau, Fierville). — J'incline à penser que ni l’une ni l’autre des deux pièces n'est de Matthieu. On observera que, dans son catalogue, il insère l'Aermaphrodite au milieu d'une série de poèmes dont le-sujet est vraisemblablement pris à Ovide (n°* 6 à 14). Ce devait donc ètre non pas une épigramme, mais un conte d’'Hermaphrodite et Amalcis, traité. à la manière qu'il a employée, par exemple, pour Pyramus et Thisbé. 10. Callisto (v. 25-26). — Non idenufié. 11. Baucis (v. 27). — Non identifié. Ne doit pas ètre confondu avec le conte de Baucis et Traso publié par Hagen”. 1. Texte dans Beaugendre, reproduit par Migne, t. CLXXI, col. 1443. - 2, Nombreuses éditions. Aussi dans Beaugendre et dans Migne, t. CLXXE, col. 1446. 3. Notices el extrails des manuscrits, 1. XXNIHI2, p. 386 et suiv. 4. Méme collection, t. XXXI1, p. 94 et p. 122. 5. Dans les Jahrbücher für classische Philologie, 1. XCVII, 1868, p. 711. Google 10 MATTHIEU DE VENDÔME. 12. Byblis (v. 27). — Non identifié. 13. Enlèvement de Proserpine (v. 28). — Non identifié. 14. Pyrame et Thisbé (v. 29). — Il nous est parvenu plusieurs poèmes latins du moyen âge sur ce sujet. Deux d’entre eux ont été publiés!. Ils commencent respectivement par les vers : Carmina fingo, licet jam nullus carmina curet, Heu! quia carminibus praevalet usus opum.… el : Quaerat nemo decus ibi qui vult pingere coecus, Cujus pictura decoris nihil est habitura. Le premier, mentionné par Hugues de Trimberg au vers 282 de son Registrum multorum auctorum, composé en 1280, est anté- rieur à cette date. — Deux autres, inédits, sont contenus dans le manuscrit 511 du Hunterian Museum. Le premier, composé de 90 distiques, est incomplet et ne va que jusqu’à l’arrivée de Thisbé au rendez-vous. Il commence par les vers : Consulte teneros non claudit tutor amantes : Nam gravis examinat decipiturque levis. Le second, beaucoup plus bref, est complet en 35 distiques et com- mence ainsi : ‘A cunis mens una duos amor unus utrumque Complicat et patribus nutus utrumque notat. Un troisième poème inédit, également en distiques, se trouve dans le manuscrit 895 de Trinity Collese à Cambridge. Il commence par les vers : Est amor amoris species et causa cruoris Dum trahit insanus in sua fata manus. Une note marginale contient l’indication suivante : « Vindocinen- sis cComposuit versus infrascriptos. » 15. Summula metrica (v. 29-30). — Le passage est à rapprocher du premier vers du prologue : « Post metricae studium summae... » Je pense que Matthieu désigne 1c1 son Art poëtique, dont nous trai- terons en détail plus loin. 1. E. Faral, Recherches sur les sources latines des contes el romans courtois, p. 41 et suiv. Google SES ŒUVRES. 11 16. Recueil épistolaire!. — [ci s'arrête le catalogue dressé par Matthieu. Mais 1l est évident qu'il faut ranger parmi ses œuvres authentiques le recueil même d'où sont extraits les renseignements précédents et où il se nomme comme son auteur (v. 2, 33, 50 du prologue de la première partie, v. 1 de la seconde). 17. Tobias?. — Ce poème, qui a obtenu un très grand succès, est ici intéressant en raison des indications chronologiques qu'il con- tient. [l est postérieur à tous les ouvrages précédemment énumé- rés3, et, comme il se laisse situer à une quinzaine d'années près, il constitue pour la datation de ces ouvrages, au moins considérés en bloc, un terminus ante quem. Le fait essentiel est que Matthieu l'adresse à Barthélemy, archevèque de Tours, et à son frère, doyen et trésorier. Il y a eu au xu° siècle deux archevêques de Tours de ce nom, et, comme le précisent les vers du prologue, 23 Es solis radius, cui praesul avunculus agnus In pastore fuit, in dominante minor; Hunc rea mors rapuit, cujus dignissimus heres Tractas emerita sceptra paterna manu, 1l s’agit du second, qui à occupé le siège de 1174 à 1206. A l’intérieur de cette période, il est délicat d'assigner au poème une date précise, malgré plusieurs allusions du texte. Ainsi, s'adressant à ses protecteurs, Matthieu écrit : 37 Gaudeo luce nova vos praeluscescere, quippe Sol nitet in Geminis, cetera signa vacant. Sol nitet in Geminis, quia vert gratia solis Lampade wirtutum vos beat, auget, alit. Ginguené?, généralement suivi, a conclu de ces vers que Barthélemy 1. Publié par Watienbach dans les Silsungsberichle der philos.-philologischen und hislorischen Classe der {kademie der Wissenschaflen zu München, 1. VW, 1852, p. 561. C'est à ce recucil qu'apparlient la lettre d'un étudiant de Paris, publ. par Haupt, ÆExempla, p. 51, el mentionnée par V. Le Clerc comme une œuvre indépendante. 2. Les plus anciennes éditions font parlie du recueil des Auctores oclo, si répandu aux xv° et xvi siecles. Il en a éte donné une, de prétention critique, par Muelde- ner, en 1855 : on n'y trouve qu'une introduction insigniftiante et un texte peu satis- faisant; mais elle fournit assez au complet les éléments de la tradition. 3. C'est ce qui résulte du fait même qu'il ne figure pas dans le dénombrement dont Matthieu est l'auteur. 4. Vers 11 et suiv., 35 el suiv. 5. Dans l'Histoire lilleraire de la France, L. XV, 1820, p. 420 et suiv. Google 12 | MATTHIEU DE VENDÔME. avait été revêtu récemment de sa dignité. Mais l'interprétation n'est pas sûre. L’épithète nova peut s'appliquer à l’élection du frère de l'archevêque. On doit même se demander s’il ne faut pas sim- plement comprendre : « Votre double dignité vous fait briller d’un éclat printanier, car c'est dans les Gémeaux (en mai) que le soleil se met à luire. » Si l'on savait pendant quelles années le frère de Barthélemy fut doyen, on aurait sans doute le moyen de réduire l'écart des deux dates entre lesquelles on peut placer le Tobias, et qui sont celle où Barthélemy accéda à l’épiscopat et celle où 1] mourut : malheureusement, on l'ignore. D'autre part, Matthieu dit dans son épilogue : 2149 Hic requies, ubi Thebeae legionis alumni Jura monarchiae pontificalis habent. Hic requies, ubi Mauritio sub principe vernat Martinopoleos intitulatus apex. Hic requies, ubi sedis honor cathedralis et ordo Jure suburbanos anteriore praeit. 2155 Hic requies, ubi castrensis jactantia cleri Et par esse nequit et minor esse negat. + L'église de Saint-Maurice était cathédrale depuis longtemps déjà en 1174 : il n'ya rien à urer de là. Faut-il voir dans les vers 2153-4 une allusion à la difficulté que fit vers 1175 l’abbé Sulpice de Cor- mery pour reconnaître l'autorité de Barthélemy et qui motiva une intervention du pape ? Ou bien une allusion à une phase, favorable pour l'archevêque, de la lutte qui était engagée depuis 1081 entre Saint-Martin, située hors du territoire de la ville ancienme, et Saint-Maurice ? On ne saurait en décider. Enfin, comment entendre les vers 2155-62? Castrensis n'y a pas, comme le dit une glose trop facilement admise par les éditeurs, le sens de « chartrain » (« gallice de Chartres ») : « chartrain » se dit carnotensis. Il s’agit ici soit de |” « orgueil militaire », plié à Tours devant la puissance ecclésiastique, soit, comme c’est plus probable, de l’orgueil des clercs du Castrum, c'est-à-dire de Saint-Martin, insurgés contre l'autorité archiépiscopale. En ce dernier cas, ce serait encore une allusion à la rivalité déjà signalée entre deux églises; mais on n'en est pas mieux éclairé quant aux dates. Restent les vers 2109-10 : Vobis hexametrum desit Gualtheridos : uti Pentametris elegis Vindocinensis armat. Google ARS VERSIFICATORIA. 13 Il semble qu'au moment où Matthieu les écrivait Gauthier avait déja composé son Alexandreide. Cette œuvre était le principal titre de gloire du poète, ainsi qu'il le déclare lui-même! : 27 Inter quos (scribentes) sunt quatuor rhytmice dictantium Qui super hoc retinent sibi privilegium : 32 Sed nec inter alios apte praetermittitur Ille, quem Castellio latere non patitur, In cujus opusculo Alexander legitur. Or, l’Alexandréide a été vraisemblablement achevée entre Îles années 1178 et 1182?. C’est donc vers 1185 au plus tôt que le Tobias aurait été écrit. III. L'ART POÉTIQUE. L'Art poétique (Ars versificatoria) nous a été conservé dans les manuscrits suivants : 1. Vienne, Bibliothèque palatine, 246. Fol. 45P-50P : première partie ‘du traité; fol. 65%-68? : deuxième partie. — Endlicherÿ a pris chacune des deux parties pour un traité distinct. C’est à sa suite que V. Le Clerc a imputé à Matthieu, visant le premier frag- ment, une Summula de schematibus et coloribus sermonum. 2. Oxford, collège de Bailleul, 263, fol. 138-53. 3. Oxford, collège de Bailleul, 276, fol. 108-27. — L'ouvrage est ici attribué à « Gervasius de Melkley » par une erreur mani- feste. Il est incomplet et s'arrête aux mots « .… dignatus est dele- gare », précédant l'épilogue en vers. &. Glasgow, Hunterian Museum, 511. — C'est d'après ce manu- scrit que le texte a été imprimé dans le présent ouvrage. 5. Troyes, 1612 (xv° siècle). — Manuscrit fragmentaire. Divers autres manuscrits contiennent, en totalité ou en partie, les exemples poétiques insérés dans le traité. Faute d’en avoir reconnu l’attache à l'Art poétique, Th. Wright et O. Halliwell® ont publié ces exemples comme un recueil indépendant que V. Le Clerc6 attri- 1. Die zehn Gedichte des Walther von Lille, genannt von Chälillon, hgg. von Müldener, poème IX. 2. Voir H. Christensen, Das Alexanderlied Wallers von Chätillon. 3. Catalogus cod. philol. lat. bibl. Palat. Vindobonensis, n° 359. 4. Dans l'Histoire lilléraire de la France, t. XXII, p. 64. 5. Reliquiae antiquae, 1. W, p. 257-71. 6. Dans l'Histoire liléraire de la France, t. XXU, p. 66. Google 14 MATTHIEU DE VENDOME. bue aussi en cette qualité a Matthieu, sous le utre Recueil de lieux communs en vers élègiaques. Ginguené!t a signalé un De doctrina versificandi dans un manu- scrit de Saint-Pierre, à Cambridge. C’est une confusion de sa part. Le n° 895 du catalogue de Bernard, auquel il renvoie, correspond au fonds de Sainte-Trinité et, dans ce fonds, à un manuscrit du traité Tria sunt circa quae..., dont 1l sera question à propos de Geoffroi de Vinsauf. Enfin Hauréau?, interprétant une glose du xiv° siècle, a supposé que Matthieu était l’auteur d'une Summa dictandi perdue. Mais cette somme n’est pas autre chose que l'Art poétique. L'Art poétique, nous l'avons déjà dit, est vraisemblablement issu d’un enseignement donné par Matthieu dans les écoles d'Orléans et a été achevé quelques années avant 1175. Il est difficile de le situer dans la série des œuvres de l’auteur : on sait du moins qu'il est postérieur au Hilo, qui s’y trouve cité. Il a été publié, mais seulement d'une facon partielle, par l’abbé Bourgainé, qui n'a connu que Île manuscrit fragmentaire de Troyes’. Nous en donnons ici le texte d'après le manuscrit de Glasgow. 1. Dans l’isloire lilléraire de la France, t. XV, p. 427. 2. Dans le Journal des Sarants, 1883, p. 11. — La glose se rapporte à un vers du Laborintus relatif à Matthieu de Vendôme. Elle dit (Comptes-rendus de l'Aca- démie des inscriptions et belles-lettres, nouvelle série, € VI, 1870, p. 259) : « Hic nominat alium qui dicitur Mattheus Vindoniensis et vocatur Summa diclandi Mat- thei Vindoniensis et incipilt Spiredus inridiae cessal el _habuit quendam Rufum ini- micum... » Hauréau interprétée : « [Ce scolilaste] cite un écrit de Matthieu, qui, dit-il, intitulé Sumema dictandi el commencant par Spirilus invidire cessal, fut vivement censuré par son rival, nommé Rufus. Mais cet écrit de Matthieu..…., nous l'avons aussi vainement cherché que la diatribe dont il fut l'objet. » En réalité, le scoliaste dit seulement que Rufus était l'ennemi de Matthieu, et non qu'il avait censuré l'Art poélique. D'autre part, la Summa diclandi dont il est question com- mence comine l'Art poëlique dans le texte imprime en ce présent volume : c'est le mêine traité. 3. Ifl, 43. 4, Mallhaei Vindocinensis Ars versificaloria, thèse de Paris, 1879. 5. Sur la diffusion du traité au moyen âge, voir ci-dessus, Introduction. Google CHAPITRE ll GEOFFROI DE VINSAUF \ BIOGRAPHIE. Ce qu’on sait de certain sur la personne et la vie de Geoffroi de Vinsauf se réduit à très peu de chose. Ses biographes ont longtemps répété, sur une simple hypothèse de J. Bale, qu'il était né en Angleterre de parents normands; sur une simple hypothèse de Leland, qu'il avait fréquenté les écoles d'Angleterre, de Gaule et d'Italie; sur une simple hypothèse de Pits, qu'il avait reçu le surnom de Vinsauf (de Vino salvo) en raison d'un traité qu'il aurait composé sur la conservation des vins. L’opi- nion de Fattorini et de Tiraboschi qu'il aurait enseigné à Bologne repose sur le fait très douteux qu'il aurait écrit un certain Ars dic- taminis. Ce que le De statu curiae romanae pourrait apprendre de ses relations avec la curie romaine ne vaut qu’autant que ce poème serait de sa main, hypothèse très fragile. La tentative la plus notable de beaucoup pour éclairer la person- nalité de Geoffroi est celle de M. Ch.-V. Langlois!. Il existe dans le manuscrit n° 388 de la bibliothèque municipale de Pérouse un Ars scribendi epistolas dont le prologue contient le renseignement suivant : « Gaufridus Anglicus hoc fecit opus in laudem domini Alfonsi, 1llustris regis Castelle ac etiam Legionis. » Ce Geoffroi l'Anglais, comme il résulte de pièces insérées dans son traité et étu- diées par M. Langlois, s'appelait Gaufridus de Cumeselz. Il avait été employé à la curie romaine et séjourna ensuite en Castille. Son Ars scribendi a été composé certainement après 1255, très proba- blement après le groupe d'années 1257-1262, peut-être même après 1269. M. Langlois incline à l’idenufier avec Geoffroi de Vinsauf. Toutefois, il termine son article par ces lignes : « Il faut réserver aussi, jusqu'à plus ample informé, la question de savoir s’il n'ya pas eu deux Geoffroi, tous deux Anglais, tous deux professeurs d'ars dictaminis, qui auraient tous deux résidé en Italie et en 1. Notices el extraits des manuscrils, t. XXXV*® (1897), p. 427 et suiv. Google 16 GEOFFROI DE VINSAUF. Espagne, et si l’auteur de quelques-uns des ouvrages attribués à Gaufridus de Vinosalvo, qui paraissent contemporains du pontificat d’Innocent III, ne doit pas être distingué de ce Geoffroi de Cume- selz, contemporain d’Alfonse X, sur lequel nous avons désormais quelques notions précises. » Les arguments de M. Langlois en faveur de l’identité des deux Geoffroi reposent sur les faits suivants : le Geoffroi de Vinsauf est l’auteur d’un Ars dictaminis, conservé dans des manuscrits d'Angleterre, et qui commence par les mots « Tria sunt circa quae... » ; 2° Geoffroi de Viusauf, né en Angleterre, a résidé à Rome, où il fut employé à la chancellerie pontificale, et à Bologne, puis est revenu en Angleterre en passant par l'Espagne, où il a été en relations avec Avril, évêque d’Urgel, mort en 1269. — Mais ces faits sont inexacts. En effet : 1o L’Ars dictaminis prétendu de Geoffroi de Vinsauf, et que le manuscrit de Glasgow intitule simplement Summa masgistri Gaufridi Winesauf, n'est qu’un résumé en prose de la Poetria nova et n'a rien de commun avec l’Ars scribendi de Geoffroi de Cumeselz : on le verra plus loin; 2° Tout ce qui a été dit par les rédacteurs de l’Histoire litté- raire de la France au sujet de la vie de Geoffroi de Vinsauf et qu’accepte M. Langlois repose sur l'attribution arbitraire à ce Geof- froi du De statu curiae romanae (voir ci-dessous, p. 20), ainsi que de l’Ars dictaminis, dont le prologue en vers a été publié par Hahn (voir ci-dessous, p. 22) et qu'il y aurait plutôt lieu d'attribuer pré- cisément à Geoffroi de Cumeselz; 3° Enfin, il est certain que la Poetria nova, œuvre authentique de Geoffroi de Vinsauf, a été com- posée sous le pontificat d’'Innocent III, et1l y a un tel écart de dates entre ce poème et l'Ars du manuscrit de Pérouse qu'on ne peut songer à les attribuer à un même auteur. — Il résulte de là que Geoffroi de Vinsauf n’est pas Geoffroi de Cumeselz. Ce que nous pouvons connaître avec certitude de la date et des circonstances de la vie de Geoffroi de Vinsauf se tire de la Poetria nova, et c'est ceci : qu'il était Anglais, qu'il vint à Rome et qu'il composa son poème aux environs de l'année 12107. | Cependant, on lit aussi dans le manuscrit 511 du Hunterian Museum une petite pièce intitulée Causa magistri Gaufredi Vine- sauf : conqueritur de quodam magistro... Si l'attribution est 1. Poetria nora, v. 31-33. 2 Voir ci-dessous, p. 28 et suiv. Google BIOGRAPHIE. 17 exacte, elle apporte quelques lumières nouvelles sur la personne de Geoffroi. Le texte de la requête (car c'est une requête) indique que l'auteur avait enseigné aux écoles de Hampton : Hamtone legi. Fuit augur lectio lucri.. Un certain Robert, dont il avait été le camarade à Paris, lui disputa la place : .…. rabies tota Robertus erat. Parisius socium, sed ibi se praebuit hostem. Ce rival d'abord l’emporta. Mais, chassé ou malmené, il accusa notre poète d'avoir été l'instigateur de ce mauvais traitement et obtint sa condamnation : Judicium praeceps in me tulit aut regionis Aut levitate sua praesulis error Adae. La pièce est un appel contre cette condamnation à un personnage qui est désigné de.la manière suivante : Justitiae limes, animae dux, martyris heres, Virtutum custos, totius orbis apex, Quem sibi substituit martyr, vice martyris usum, Cui se commisit ut geminetur honos, | Qui solus decor es regionis et instruis orbem, Cui tot circumstent vulnera, confer opem. Le destinataire est évidemment un archevèque de Cantorbéry. Lequel? Étienne de Langton, nommé par le pape en 1205 et ins- tallé en 1208? C’est le plus illustre parmi les successeurs de Tho- mas le Martyr, lui aussi persécuté par le roi. Mais l’auteur n’en- tend-il pas plutôt désigner le successeur immédiat de Thomas, l’archevèque Richard, qui occupa le siège de 1174 à 1184? J'in- cline à le penser. Qui était le « praesul Adam »? Un évêque, sans doute, puisque le poète appelle de sa juridiction à celle de l’arche- vêque. Or, entre 1150 et 1300, je n'ai relevé de ce nom que celui qui occupa le siège de Saint-Asaph (suffragant de Cantorbéry) de 1175 à 1181. Il reste à déterminer ce qu'était Hampton. Wolverhamp- ton, celui des Hampton qui était le plus proche de Saint-Asaph, ne se trouvait pas dans ce diocèse et dépendait, semble-t-il, de Lich- FAraL. 2 Google 18 GEOFFROI DE VINSAUF. field ; mais 1l se peut que l’évèque soit intervenu par un de ces abus dont les exemples ne sont pas rares à cette époque et que semble dénoncer le vers « Judicium praeceps..., etc. ». La ville, en tout cas, était assez éloignée de Londres, et Geoffroi se plaint d’avoir dépensé à peu près toutes ses ressources pour en faire le voyage. À supposer que nos identifications soient exactes, Geoffroi aurait eu une cinquantaine d'années au moins quand 4 dédia sa Poetria au pape Innocent IT. LES ŒUVRES. I. PORMES DISTINGUÉS À TORT DE LA « POETRIA NOVA ». Les bibliographes ont parfois attribué à Geoffroi, comme si c’était des œuvres indépendantes, certains poèmes qui ne sont, en réalité; que des extraits de la Poetria inova. Les voici : , 1. Ad imperatorem romanum. — Leland écrit : « Extat ejus ad Imperatorem romanum breve carmen, quo supplex eum hortatur ut Richardum Leoninum, Anglorum regem, interceptum restitueret. » C’est ce que répètent Bale, Pits, Tanner et Fattorini. Leyser, suivi par Fabricius, a fait remarquer qu'il ne s’agit ici que des vers 2075 (ou 2099!) et suiv. de la Poetria nova. L'erreur des premiers a dû venir de ce que ces vers se trouvent parfois isolés dans les manu- scrits : Bibl. nationale, n° 15150, fol. 123; Chartres, n° 410, fol. 379 : Versus ad imperatorem pro deliberatione regis Richardi a quodam magistro, consocio a pueritia dicti imperatoris; Valen- ciennes, n° 242, fol. 16 v° : Magister Gaufridus ad imperatorem pro liberatione regis Anglie Ricardi; Oxford, Bodl. Add. A 44, fol. 226 v°; etc. (de là aussi dans l’Amplissima collectio de Martene et Durand, t. I, col. 1000). 2. Ad Guillelmum cancellarium. — C'est sous ce titre que Bale désigne dans son Catalogue un poème qui commence par Quod papae scripsi munus speciale. I est répété par Pits. Leyser a montré qu'il s'agissait des vers 2075 (ou 2099) et suiv. de la Poetria nova. 3. De arte dicendi. — Il s'agirait d'un poème commençant par les vers Veustria sub clipeo regis defensa Richardi. Cette com- plainte se trouve isolée dans le manuscrit d'Oxford, Bodl. Add. À 44, fol. 7 v°. Elle est transcrite dans les Annales de N. Trivet. 1. Dans mon édition. Google SES ŒUVRES. 19 Bale l’inscrit dans son Catalogue. Pits le répète en ajoutant : « Dici- tur hoc opus excussum typis Viennae Austriae apud Wolfgangum Zazium. » Mais il n’avait pas vu cette édition, et personne ne l’a vue après lui. — En 1652, Selden a noté (n'ayant d'ailleurs qu’à répéter ce qu’il trouvait dans le Chronicon de John Bromton qu'il éditait) qu'il s'agissait d’un passage (vers 368 et suiv.) de la Poe- tria nova. 4. Monodia in obitum regis [Ricardi]. — Bale, en inscrivant cette pièce dans son Catalogue, n'en donne pas l’incipit. Son Index fait penser qu'il a pris son information dans Chaucer. Pits le répète sans préciser. Fattorini ajoute un renvoi pour le texte à Du Boulay!. Du Boulay cependant, qui reproduit ici le Chronicon de Bromton, indique qu’il s’agit d’un extrait de la Poetria nova (vers 368 et su1v.). Ainsi le De arte dicendi et la Monodia in obitum regis ne font qu'un, et le texte qu'ils représentent n'est que la complainte sur la mort du roi Richard insérée dans la Poetria. Est-ce à dire que cette complainte n'ait pas existé à l’état indépendant avant d’être incor- porée dans le traité? [Il serait imprudent de l’affirmer; mais on n’a pas la preuve du contraire. II. ATTRIBUTIONS ERRONÉES. 1. De promotionibus et persecutionibus Galfredi Eboracensis archiepiscopi. — L'attribution de cet ouvrage à Geoffroi de Vin- sauf est de Pits. Leyser semble l’admettre ; Fabricius la mentionne sans la contester; Fattorini l’accepte. L'auteur est en réalité Giraud de Cambrie. 2. Poema super Macchabaeos. — L'attribution est de Pits. Fabricius indique justement que ce poème est de Pierre Riga. 3. Îtinerarium regis Ricardi in Terram sanctam. — C’est Gale le premier qui a attribué cet ouvrage à Geoffroi. Son opinion a été adoptée par Oudin, Fabrigius, Cave, Fattorini, Bongars, Mabillon. D'autres attributions ont été proposées par Barth, Wright, Stubbs. Molinier? a montré que cette narration, en majeure partie traduite du poème d'Ambroise, est due à Richard, prieur de la Trinité de Londres à partir de 1122, dont le nom est déjà donné par Nicolas _Triveth. 1. T. II, p. 548. 2. Manuel de bibliographie historique, sous le n° 2337. Google 20 GEOFFROI DE VINSAUF. III. ATTRIBUTIONS IMPROBABLES. De Ecclesiae calamitatibus. — L'attribution est de Leyser (suivi par Fabricius), qui déduit l'existence de ce livre d’un passage du De statu curiae romanae : « Tu qui nuper cecinistu Ecclesiae lacri- mas... » (vers 5). Pourtant, Leyser remarque qu'il pourrait s'agir là soit des vers 1281 et suiv. de la Poetria nova, soit du Liber de pro- motionibus (voir ci-dessus). D'autre part, on verra que l'attribution du De statu curiae romanae à Geoffroi est au moins très incertaine. IV. ATTRIBUTIONS INCERTAINES!. 1. De vino et vitibus conservandis. — Pits, attribuant l’ouvrage à Geoffroi, suppose qu'il a reçu de là son surnom de Vinsauf (de Vino salvo). Son hypothèse a été généralement admise (Gale, Oudin, Leyser, Fabricius, Cave, Du Boulay, Fattorini, A. Duval, etc.). Il se réfère à un manuscrit de Gonville et Caius College. Il en existe plusieurs autres à Londres, British Museum, Egerton 2622 : Trac- tatus secundum Galfridum super Palladium de plantationibus et insertionibus arborum; Add. mss. 23002 : même titre; 18752 : Traitatus de arboribus fructiferis... etc., auctore Godefrido Bono- niensi (l’auteur, selon le Catalogue, se donnerait lui-même ce nom dans le corps du traité); Cotton Julius D vi; etc. L'ouvrage a été traduit en anglais (Sloanne 148; Cambridge, Trin. Coll. 1037; etc.). Dans la mesure où la tradition manuscrite m'a été accessible, il s'agirait d'un commentaire de Palladius, dont l’auteur serait un Geoffroi. Que ce Geoffroi soit le nôtre, c’est au moins très incer- tain; et Stubbs s’est justement demandé si ce ne serait pas le surnom mème de Vinsauf qui aurait fait attribuer au Gceoffroi de la Poetria ce traité sur les vins. | 2. De statu curiae romanae. — La pièce à été publiée : en 1556, par Matth. Flacius Illyricus®; en 1600, par J. Wolffs; en 1685, par: 1. Je range ici non seulement les ouvrages dont je considère l'attribution comme encore incertaine après examen de tous nos éléments d'information, mais aussi quelques autres {c'est le cas des n°° 1, # et 5) sur lesquels je crois qu'il sera possible de décider fermement à qui aura eu le moyen, que je n'ai pas eu, d'examiner la tra- dition manuscrite actuellement conservée, 2. Varia de corruplo Ecclesiae slalu, p. HS; sous le titre : Gaufredus de statu curiae romanue el de ejus w'onica recontnendalione. 3. Leclionum memorabilium el reconditarum.……,t. X, p. 408, Lavinge, 1600; sous letitre : Gaufredus de slalu curiae romande el ejus reconvnendalione. Google SES ŒUVRES. 21 Mabillon!. En 1721, Leyser a donné un relevé des variantes de l'édition de Flacius par rapport à celle de Mabillon. Selon Bale, Pits, Leyser, Fabricius, Fattorint, A. Duval, elle est de Geoffroi de Vinsauf; mais Tiraboschi, Wright, Groeber le contestent. — Parmi les manuscrits, je n’en connais qu'un seul qui donne le nom de Geotfroi de Vinsauf : c’est le n° 418 des Codices latini de Münich, fol. 87 : Galfridi de Vino salvo anglict yronia de gestis curiae romanae. Les autres? ne portent que la mention des interlocuteurs, Galfridus et Aprilis, dont la conversation fait le sujet du poème. — Ricobald de Ferrareë (fin du xi° siècle), dans son Âistoria impera- torum, attribue formellement la pièce à Geoffroi, mais non dans sa Compilatio chronologica*. Hugues de Trimberg, dans son Regis- trum multorum auctorum”, écrit en 1280, la range parmi les œuvres d'Henri, clerc de Würzbourg, auteur du Johannis apostoli gesta et du De septem elcctoribus. — Ni l'autorité du manuscrit 418 de Münich, ni celle de Ricobald ne paraissent considérables. La noto- riété de Geoffroi était très grande; et la Poetria nova avait trop répandu la connaissance de ses rapports avec Rome pour qu'il n’ait pas pu venir simultanément à l'idée de plusieurs, en trouvant un Galfridus dans le De statu curiae romanae, d'identifier ce person- nage avec Geoffroi de Vinsauf. D'autre part, le témoignage d'Hugues de Trimberg n’est pas à négliger. — [a pièce elle-mème contient deux indications à retenir. Par la mention qu'elle fait du cardinal Gaiétan (vers 365 et suiv.), qui ne saurait être que Jean Gaiétan des Ursins, cardinal le 28 mai 1244, pape en 1277 sous le nom de Nicolas LIT, elle apparaît comme postérieure à 1244. En second lieu, l’allusion du vers 618 au chapeau rouge des cardinaux la situe après l'année 1245, date où, comme le remarque Mabillon, cette distinction fut créée par le concile de Lyon. Il en résulte que, s'il faut, comme on Île verra, placer la composition de la Poetria au début du xur siècle, alors que Geoffroi n’était plus très jeune, il faut aussi admettre qu'il aurait écrit le De statu curiae romanae à un àge avancé, vers soixante-dix ans. Aussi l'attribution est-elle 1. Analecla vetera, 1. 1V, p. 369: sous le titre : Veleris poelae carmen apologe- ticum, interlocutoribus Galfrido el Aprile, adversus obtrectatores curiae romanae. 2. Par exemple, Munïch, Cod. lat. 9659: Vienne 3219. 3. Dans Muratori, L. V, col. 126 u. 4. 1bid.,t. V, col. 246 €. 5. Vers 790 et suiv. Édité dans les Silsungsberichle der Akademie der Wissen- schaften, Phil. hist. Classe, Vienne, t. CXVE (188$. Google 22 GEOFFROI DE VINSAUF. incertaine, et c'est plutôt à Geoffroi de Cumeselz qu'il faudrait ici penser. | | | 3. Enchiridion. — Pits, le premier, a attribué cet ouvrage à Geof- froi. Fabricius lui laisse la responsabilité de ce « nescio quod Enchi- ridion ». Pits se fondait sur un manuscrit de Gonville et Caius Col- lege, qui est probablement celui qui porte aujourd’hui le n° 385. Ce manuscrit Contient en effet un Enchiridion M. Galfridi de Vino salvo commençant par les vers Ad mare ne videar latices deferre, camino.….. C’est un traité des synonymes et homoymes dont nous avons déjà parlé (p. 6). 4. De rebus ethicis. — Leland a vu un traité de ce titre portant, a la dernière page, le nom de Galfridus Vinesave. Son indication est rapportée par Bale, Pits, Fattorini, celui-ci renvoyant au manu- scrit 2538 de la Bodléienne. Leyser et Fabricius ne savent que pen- ser de l'identité de cet ouvrage. Wright suppose qu'il s’agit du « fameux Florilegus ». La pièce se lit aujourd'hui en plusieurs manuscrits d'Oxford (Bodl. Rawlison, G 96), de Cambridge (Gon- ville et Caius Coll. 385), de Bruges (546). Elle est parfois attribuée à Jean de Garlande. 5. Ars dictatoria. — Cet ouvrage est attribué à Geoffroi de Vin- sauf par Fattonini. Le prologue et l'épilogue en vers en ont été publiés par S. F. Hahn!, d’après je ne sais quel manuscrit (incipit : « Saepe mihi dubiam traxit sententia mentem »). L'auteur avait résidé à Bologne et sans doute y avait professé ; il se nommait Gau- fridus. On ne peut rien dire de plus de son identité qui soit auto- risé par le fragment imprimé de son livre. V. ATTRIBUTIONS PROBABLES. 1. Tria sunt circa quae...?. — C'est là l’incipit du livre. « De cet ouvrage, écrit M. Ch.-V. Langlois, il n'existe, semble-t-il, en France aucun exemplaire manuscrit; mais, outre celui de Glasgow, je suis en mesure d'en indiquer deux autres, qui sont conservés en Angleterre : le ms. 263 de Balliol College et le cod. Laud-. misc. 707 de Ja bibliothèque Bodléienne à Oxford. » Le manuscrit de Glasgow est le n° 511 de l'Hunterian Museum. Il faut ajouter à la liste de M. Langlois : pour la France, le manuscrit de la Biblio- - thèque nationale, nouvelles acquisitions latines 699 (fragment), qui / 1. Colleclio monumentorum relerum et rerentium incditorum, 1. 1 (1724). 2. Voir ci-dessus, p. 16. Google SES ŒUVRES. 23 n'est pas identifié dans les catalogues ; pour l'Angleterre, à Cam- bridye, les n°* 895 de Sainte-Trinité; 11 de Sidney-Sussex ; et 372 de Saint-Benoit. | Le manuscrit de Glasgow donne comme nom d’auteur celui de Geoffroi de Vinsauf (incipit documentum magistri Gaufridi de modo et arte dictandi et versificandi). Au catalogue de Bernard, le ms. de Sidney-Sussex Coll. figure avec la mention : Galfridi Anglici tractatus de nova poetria, sive tractatus de arte dictandi qui inti- tulatur « Tria sunt... »; celui de Saint-Benoït, avec la mention : Documenta magistri Galfredi Mnestisauf de modo et arte dictandi et versificandi et transferendi. 11 semble, autant qu’on puisse en juger par une désignation assez peu claire, que Bale, suivi par Pits, a admis cette attribution. L'examen de l'ouvrage montre qu'il s’agit d’un traité étroitement apparenté à la Poetria nova. On relève, sans doute, des diffé- rences : par exemple, le Tria sunt... ne fait que mentionner les couleurs de rhétorique; en revanche, il porte un développement sur les façons de passer du commencement au corps d’un sujet, qui manque dans la Poetria ; il diffère, en une certaine mesure, de ce dernier dans l’énumération des procédés d'amplification et de ceux de |’ « ornata difficultas » ; enfin, les exemples en revêtent souvent la forme métrique du distique, alors que la Poetria est écrite en hexamètres. J'ajoute qu’en aucun des cas où l’auteur annonce un exemple de son cru (eremplum domesticum), cet exemple ne repro- duit littéralement le texte de la Poetria. — Mais, ces différences une fois notées, les ressemblances sont très fortes : le plan du Docu- mentum est exactement celui de la Poetria, le fond de doctrine le mème, les exemples le. plus souvent les mêmes, les autorités allé- guées, notamment celle de Sidoine Apollinaire, les mêmes. D'autre part, quelques-unes des différences, si on les examine de près, perdent de leur importance : c'est ainsi que certains exemples don- nés par l’auteur comme siens ne diffèrent de ceux de la Poetria que par le choix du mètre; et st les couleurs de rhétorique ne sont pas étudiées dans le Tria sunt..., c'est que l’auteur — il le dit — les a réservées pour un travail séparé. En fin d'examen, on ne voit pas qu'il y ait de raisons sérieuses pour contester l'attribution indiquée par le manuscrit de Glasgow et par ceux qui figurent au catalogue de Bernard. Reste à savoir dans quel ordre les deux ouvrages ont été composés : je n’en puis décider. Google 24 GEOFFROI DE VINSAUF. On trouvera le texte du Tria sunt... à la troisième partie du pré- sent livre, publié d'après le manuscrit de Glasgow, sous le titre Documentum de modo et arte dictandi. 2. Summa de coloribus rhetoricis. — Dans le manuscrit de Glas- gow (Hunterian Museum, n° 511) où il est conservé, ce petit traité est précédé de l'incipit : Summa masgistri Gaufridi Vinsauf de coloribus rhetoricis. D'autre part, 1l ÿ a dans le Tria sunt circa quae... un renvoi ($ 102) à une étude spéciale sur les couleurs de rhétorique, qui pourrait bien être celle-ci. Il n'v a pas lieu, semble-t-il, de contester l'attribution fournie par le manuscrit. On trouvera à la troisième partie du présent livre une analyse et un extrait de l'ouvrage. 3. Poèmes sur l'interdit de l'Angleterre. — Le manuscrit de la Bibliothèque nationale latin 15157 (commencement du xui° siècle) contient, aux folios 35 et suiv., sans indication de nom d'auteur, un certain nombre de pièces en vers, parmi lesquelles les sui- vantes : Fol. 46 v° Papa stupor mundi, sed Christi miles et ensis, Totius Ecclesiae reges et regna triumphat. Ad fidei portum revocat quos perfidus error Traxit et ad nihilum Graecorum scisma redegit. 5 Graeca superstitio per tempora multa superstes Tempsit apostolicis subdi vel jussa tueri. Pontificalis apex, clipeo non tectus et armis, Sed gladio Petri, solus tulit inde trophaeum. Adde quod ipse feros Christo duce vicit Yberos 10 Papa, profligavit hostes, profugos superavit. Nobilis, augustus, sed Caesare major, abegit Prorsus Afl]bigenses ; non ultra vipera serpit. Auriclam Malchi secuit Petrus alter, at iste Petrus damnatas hereses praecidit ad unguem. 15 Orbis et imperii caput Oto fuit vice prima, Sed, dum papa jubet, ex alto tendit ad ima. Servit, obedit ei rex noster poplite flexo. Unde stupes? Sic elatos levis alea versat. Si placet et si vis, Jhesu, Jerosolimitis 20 Tolle jugum, Babilonis onus tu contere, natos Comprime Leviatan, semen Chanaan, quia papa Totus in hoc sudat, dum toti praesidet orbi, Dulce tuum lignum redimas, dulcedo benigna; Christe Jhesu, da posse David gladiare Goliam! Google 25 30 40 50 D5 60 65 SES ŒUVRES. 55 Justitiae speculum, flos cleri, cereus orbis, Sol hominum, salve, Petri successor et heres! Pace tua loquar et paucis : offendis in uno Quod jacet in threnis et fletibus Anglica tellus. Papa, quid hoc meruit grex insons ? Culpa redundat In regem, magis hic reus est. Consultius ergo Ultio digna reum feriat, nec plebs laceretur. Hoc decet, ordo jubet, ratio docet, exigit usus. Pontificum gemma, mansuete vicarie Christi, Papa potens, tua majestas sit flexilis, et tu Discute quas patimur tetrae caliginis umbras; Neve sit Anglia plus lugubris et anxia per te. Vox sonet Ecclesiae solito de more Rachelque Clamet in excelsis, sed ovans et nescia planctus. Sint procul in rama ploratus ac ululatus. Rachel, id est sponsa Christi, laetetur in aevum. Parcat apostolice nostrae tua gratia genti, Et solum percellat eum qui solus oberrat. O dolor et plus quam dolor, o pudor, heu quam asello Assimilamur in hoc quod sorte pari sepelimur! Ut gentilis ait, levis est Jactura sepulcri, Nam coeli gyro tegitur qui non habet urnam. Nos penes est abolenda procul sententia vatis, Cura sepulturae sit maxima semper habenda. Turpe quidem dictu quod putruit absque medela Plaga tumens septenis infelicibus annis. Si sit consimile tempus quod cominus instat, Error erit siquidem major pejorque priore. Roma caput mundi sub Caesare floruit olim; Julius, imperii decus, auxit primus et Urbi Imperialis apex orbem servire coegit. Nunc minor est solito, periit pars maxima Romae. Anglia, quid tibi cum Roma? Regina fuisti Quondam nec servis enormem passa ruinam. Cur sic degeneras ? An es infatuata ? Quid ultro Vis ancillari romanis legibus? Heu quam Turpiter egisti cum non resipiscere possis! O coeli dominator et omnis conditor orbis, Posse tuum nemo metitur; regna potentum Mutas pro velle, nullo mutabilis aevo. Ens indefesse, quia nunquam desinis esse. Christe Jhesu, domine clemens, huc clementer adesto, Google LD ©. GEOFFROÏI DE VINSAURF. Dissolvas hanc rem, scelus hoc, opus istud, et illud Exitiale jugum citius tu contere; certe Est insigne mori quam libertate carere. 70 Cum solus sis ipse potens, tua sola potestas Sufficit, absque jugo fiat gens AngJlica per te! Hoc munus dones, Anglos sine fine corones. Nonne vides, si vera notes, in principe nostro Non esse quod fuerat transacti temporis aevo ? 75 Incepit melius quam desinit, ultima primis Non respondent, solita gravitate relicta. Si bene perpendis, mors est in limine, quippe Regia justitiac non curat curia leges. Est hodie locus invidiae, virtutis egestas. 80 Decipitur, arguitur, perit omnis honestas. Hinc nutat status Ecclesiae, fideique tepescit Fervor : languet enim gens ancillaria cleri. Cetera sunt curae, Deus est oblivio solus. Hinc jacet in threnis et fletibus Anglica tellus. 85 Quondam terrarum fuerat matrona, sed ecce Deficit ipsa sibi, servili pressa tributo. Anglia sub rege Ricardo tuta fuisti, Tota potens, misera nunc conditione subacta. Anglicum quoddam redolebas nectar et ex te 90 Mellifluus manabat odor; nunc felle redundas. O quantus dolor! Unde venit dolor iste ? Doloris Causa patet. Quae ? Culpa frequens nosterque reatus. On a imprimé ces pièces ici en raison des rapports qu'elles pré- sentent avec la Poetria nova. Les sujets qu’elles traitent, l’interdit de l'Angleterre, le tribut, le sort du roi Jean, sont de même nature que celui qui a préoccupé Geoffroi de Vinsauf lorsque, dans l’épilogue de la Poetria, 11 fait appel à la clémence d’Innocent III en faveur de son pays. Outre l'identité de l'inspiration, des idées et des arguments, on relève aussi celle de l'expression (v. 1, Papa stupor mundi = Poetria, v. 1, Papa stupor mundi; — v. 17, Servit, vbedit ei rex noster poplite flexo = Poetria, v. 2081, cui servit poplite flexo; — v. 27, Pace tua loquar et paucis = Poetria, v. 2084, Pace tua loquar et pau- cis; — v. 73, Nonne vides, si vera notes, in principe nostro... = Poetria, v. 2089, Nonne vides, si vera notes, in principe nostro… — De mème avec des passages intérieurs de la Poetria : v. 43, O Google POETRIA NOVA. 27 dolor! O plus quam dolor! = Poetria, v. 386, O dolor et plus quam dolor! — et plus loin, fol. 40 v°, v. 4, Cetera si possem lau- dare beatior essem — Poetria, v. 594 [variante] : Cetera si possem laudare beatior essem). D'autre part, ces poèmes sont sensiblement de la mème date que la Poetria. Ce qui est dit du schisme d'Orient {v. 4-6) convient aux années qui ont suivi l'élection de Morosini comme patriarche après la prise de Constantinople ; de la croisade des Albigeoïs (v. 11-14) aux années 1209 et suivantes; de l’empereur Othon (v. 15-17) aux années 1210 (excommunication de l’empereur) et suivantes. Le vers 50 semble signifier que l'interdit durait depuis sept années : c'est une inexactitude, puisqu'il ne dura en tout que six ans et quatre mois; mais l’auteur entend sans doute parler des premières difficultés qui s’élevèrent entre le pape et le roi d'Angleterre à pro- pos de la nomination d'Étienne de Langton à l’archevêché de Can- torbéry (1205) : il aurait donc écrit vers 1212. D'autre part, la réconciliation d'Innocent III et de Jean sans Terre se fit en 1213 et l’interdit fut levé le 29 juin 1214 : 1l faut donc croire que les vers 27 et suivants ont été composés avant cette date. Si nos poèmes se situent, comme on le voit, entre 1212 et 1214, ils sont à peu près contemporains de la Poetria, qui fut composée entre 1208 et 1213 (voir ci-dessous). Ces diverses raisons font penser que les pièces qui viennent d’être citées pourraient bien être de Geoffroi. S'il faut lui attribuer aussi le reste, ou une partie du reste des poèmes contenus dans le manu- scrit 15157, c'est une hypothèse que je forme, mais dont l'examen ne peut trouver sa place ici. VI. ATTRIBUTION CERTAINE. La Poetria nova. — Les manuscrits de la Poetria nova sont extrêmement nombreux. [l y en a en France {à la seule Bibliothèque nationale, fonds latin 505, 8171, 8172, 8173, 8174, 8246, 15135, 15150, 16708; nouvelles acquisitions latines 647 [fragment], 699); en Angleterre (Londres, British Museum : Harley 3582, 3775; Arundel 343; Add. mss. 10095, 15108, 18153, 21214, 22159, 23002, 37495 ; — Oxford, Bodl. cod. Laud. miscel. 515; Digby 64, 104 ; Corpus Christi 132, 144; — Cambridge, S. Trin. 624; — Glasgow, Hunterian Museum 511: — \Worcester Cathedral 979); en Allemagne (Leipzig, cod. lat. 108%; — Münich 237, 594, 1674, Google 28 GLOFFROI DE VINSAUF. 1693; — Wolfenbüttel, Aug. 2444, Gude 4428, 4564, 4591, 4594); en Autriche (Vienne 2490); en Italie (Assise 305, 309); etc. Et cette liste, donnée seulement à titre d'indication, est très loin d’être complète. Des passages de la Poetria ont été publiés isolément : Îles vers 368-430 (Neustria sub clipeo regis defensa Richardi...) en 1652, par J. Selden, avec le Chronicon de John Bromton (dans les Historiae anglicanae scriptores decem, col. 1280); en 1667, par Du Boulay, /istoria Universitatis parisiensis, 1. IT, p. 548; 1687, par Gale, Historiae anglicanae scriptores quinque, t. I, p. 431; en 1845, par Th. Hog, avec les Annales de N. Trivet (English historical Society), p. 161; — les vers 326-66 (Anglia regnorum regina….)par Gale, ouvr. cité, p. 430; — les vers 625-65 (Mensae delicias...) par le mème, tbid.; — les vers 2081-116 (Imperialis aperx....) par Martene et Durand, Amplis. collectio, t. I, col. 1000. | Deux éditions complètes du poème ont été données par P. Ley- ser, en 1721 dans son Historia poetarum et poematum medü aevi, en 1724 en un opuscule séparé, d'après les quatre manuscrits de Wolfenbüttel qui portent nr hui les n° 4428, 4564, 4591 et 4594 (Gude). La date de composition de la Poetria n'a pas été jusqu'ici déter- minée de façon rigoureuse. Leland dit simplement de l’auteur : « Claruit sub Richardo et Johanne regibus »; Bale, Pits, Cave, Leyser précisent : « Claruit anno 1199 ». Fabricius, qui ne donne pas ses raisons, mais qui les tire évidemment de la dédicace du poème à Innocent IIT (+ 1216) et de l'attribution à Geoffroi du De statu curiae romanae (voir ci-dessus, p. 20), dit qu'il brilla au début du x siècle et vécut après 1245. Wright pense que l'ou- vrage a été composé dès 1193, mais qu'il fut publié seulement après la mort du roi Richard. Groeber note simplement qu'il est dédié à Innocenf III. Examinons les éléments de datation que fournit le texte. 1° La dédicace liminaire. L'ouvrage est dédié à un pape Inno- cent, qui fait l’émerveillement du monde par ses talents et son Jeune âge : ce ne peut être qu'Innocent III. La Poetria est donc anté- rieure à 1216, date où mourut ce pontife. : 2° Mention du roi Richard (vers 324-366 et 367-430). Il v à dans le poème deux complaintes sur la mort du roi Richard Cœur- P Google POETRIA NOVA. 29 de-Lion. Outre que ces complaintes n'avaient de raison d’être que dans le temps qui a suivi de près l'événement, l’une d’elles contient des détails qui n'étaient guère à la portée que d’un contemporain. On lit, au vers 375 : « O Veneris lacrimosa dies! O sidus ama- rum! » L'exclamation s'explique par le fait que Richard était né le 13 septembre 1157, qui tombait cette année-là un vendredi. Au vers 377 : « pessimus ille dierum primus ab undecimo.….. » : Richard fut, en effet, blessé devant Chalus, près de Limoges, le 26 mars 1199, et mourut onze jours après, le 6 avril. Au vers 380 « .… clausus exclusum, tectus apertum, etc. » : le trait dont fut frappé Richard aväit été lancé, en effet, du haut des murailles par un arbalétrier. Aux vers 382-5, reproches au meurtrier : Richard considérait, on effet, Chalus comme sa terre, et l'arbalétrier n’était qu'un rebelle. L'information qui se manifeste par tous ces détails est évidemment celle de quelqu'un qui a vu les événements de près. Or, la mort de Richard est de 1199. C’est donc peu après cette date que les complaintes ont dà ètre composées. Quant à la Poetria, où elles sont incorporées, et à moins qu'elles y aient été ajoutées après coup (ce qui n'est pas le cas, puisqu'elles figurent dans tous les bons exemplaires), elle est également postérieure à cette date. Mais l’est-t-elle de peu? C’est ce qui ne va pas de soi. Au moment où elles ont été insérées dans Île traité, à titre d’ exemples, les com- plaintes pouvaient être déjà des productions de quelque ancienneté. — La seule conclusion ici permise est que la Poetria est postérieure a 1199. | 3° Allusion aux croisades (v. 409-507). Par prosopopée, la Croix se plaint de la captivité où les chrétiens la laissent languir. Capuve, elle l'était depuis l'année 1187, où Saladin avait pris Jérusalem. La troisième croisade, décidée et entreprise dès 1189, n'avait pu aboutir à la reprise de la ville : Frédéric Ie" Barberousse se noie en Cilicie le 10 juin 1190 ; Philippe-Auguste fausse compa- gnie à ses alliés en 1191; Richard Cœur-de-Lion, n'ayant pu atteindre la ville sainte, traite avec Saladin le 10 aoùt 1192 et reprend le chemin de ses états; la tentative de l’empereur Henri VI avorte en 1197. — Les choses en étaient là quand Innocent III devint pape (8 janvier 1198). Le nouveau pontife s'attache avec force à la réparation de l'échec : il préside à la quatrième croisade, qui part en 1201 et, ne dépassant pas Zara (prise en octobre 1202), aboutit à la prise de Constantinople (1204). Il ordonne alors la Google 30 GEOFFROI DE VINSAUF. cinquième croisade, dont sa mort (16 juillet 1216) ne lui permettra de voir ni le début ni l'insuccès. Au milieu de ces événements, où la Poetria se situe-t-elle ? Pas après le pontificat d'Innocent IIL, puisque la plainte de la Croix, qui figure dans tous les exemplaires, y est, pour ainsi dire, de fon- dation, et que l'ouvrage est dédié à Innocent. Cette plainte n’a pas non plus de raison d’être avant la fin de l’année 1192 : la troisième croisade était alors en plein cours, et la Croix n'était pas captive depuis assez de temps pour justifier l'expression « rapta pudenter A veteri » (v. 47/0-1). Passé cette date, elle peut se rattacher au mouvement de propagande qui a précédé soit la quatrième croi- sade, entre Les années 1199-1201, soit la cinquième, entre les années 1205-1216, et plus vraisemblablement dans cette dernière période. — Concluons ici que la Poetria se place entre les années 1199-1201 ou 1205-1216. | & Allusion à la France (v. 515-26). C'est une apostrophe à la France. Elle exprime les sentiments d'un Anglais (voir v. 526), et la puissance qu’elle reconnait aux armes françaises (v. 523 et suiv.) doit s'entendre par rapport à l'Angleterre. Elle peut viser soit les luttes de Philippe-Auguste contre Richard, de 1193 à 1199, soit celles du même roi avec Jean sans Terre, de 1200 à 1216 Or, le traité Tria sunt circa quae... introduit ($ 22) la même apostrophe à la France par les mots suivants : « Ut si castrum in monte cons- tructum juxta insulam introduceretur foquens… » Le château en question, qui parle par prosopopée contre la France, est évidemment le Château-Gaillard, lequel fut construit dans les années 1198-1199. C’est dire que la Poetria a été composée après 1199, dans la période -des luttes de Philippe contre Jean, entre les années 1200 et 1216. 5° L’épilogue. I y a, dans cet épilogue, deux passages à consi- dérer, commençant le premier par /mperialis apex, cui servit poplite flexo... (v. 2081), le second par Quod papae scripsi munus speciale... (v. 2099). À) Imperialis aper, cui servit poplite flexo... Bale a supposé qu'ici l’auteur s'adresse à l’empereur Henri VI et lui demande la libération de Richard Cœur-de-Lion. Son interprétation a été géné- ralement acceptée et il a été suivi par Pits, Leyser, Fabricius, Fat- torini, Wright, etc. Wright, il est vrai, a apercu la difficulté que fait la présence de cette pétition, qui n'avait de sens qu’en 1193, Google POETRIA NOVA. 31 dans un poème composé après 1199. II l'explique en disant que le livre, originairement composé en 1193, n'a été publié qu'après la mort du roi Richard. Mais cette explication, qui serait valable s’il s'agissait d’une pièce insérée à titre d'exemple, ne l'est plus lors- qu'il s’agit d'une requête qui fait l'occasion de tout le livre. D’ail- leurs, cette adresse du même ouvrage à la fois à l’empereur et au pape serait étrange, et 1l faut peu de réflexion pour n’eu pas sentir l’invraisemblance. Aussi en vient-on tout de suite à considérer, avec Stubbs!, qu'il s’agit d'une prière au pape Innocent IIT pour le réconcilier avec le roi Jean sans Terre. L'expression /mperialis apex (v. 2081) apph- : quée au pape est très admissible, notamment à Innocent IIT2?. Les qualifications d’ « épée de l'Église », « serviteur de la Croix », « soldat du Christ » données au rot (v. 2090 et suiv.) sont de nature a le faire valoir auprès d'un pape bien plutôt que d’un empereur. Et d’ailleurs, les témoignages anciens confirment cette façon de voir. Hugues de Trimberg, dans son Registrum multorum auctorum, écrit : 300 Ganifredus rhetorice Novam poetriam Edidit scribentibus, et ut conciliaret Papae regem Angliae per librumque placaret. Nam idem rex, ut dicitur, Cantuarensem Thomam occidit praesulem.… Evidemment, Hugues se trompe en parlant de Thomas, qui fut assassiné à l'instigation d'Henri II. Mais il faut retenir de son témoignage l'indication que Geoffroi s'adresse à un pape en faveur d’un roi qui l'avait offensé en la personne d’un archevèque de Can- torbéry. Riccobald de Ferrare (vers l'année 1297)3 appelle Gcoffroi « cat du roi d'Angleterre auprès du pape ». Hermann Corner écrit : « Gamfridus cancellarius regis Angliae 1. Ilinerarium peregrinorum el gesla regis Ricardi, édit. W. Stubbs (Chronicles and Memorials of the reign of Richard I. dans la Collection du maitre des rôles), t. 1, introd., p. xevrs et suiv. L'opinion est adoptée par Hardy, Descriplive Cata- logue of mss. relaling Lo the early hislory of Great Brilain, t. Il, p. 524. 2. « Imperiale diadema » désigne dans Trivet la tiare pontificale (voir Du Cange). 3. Dans Muratori, Scriplores rerum ilalicarum, t. V, p. 166. 4. Chronica novella (usque ad annuin 1435 deducta), édit. J. G. Eccard, dans le Corpus hisloricum medii aervi. Google 32 ‘ GEOFFROI DE VINSAUF. poeta maximus floruit, secundum Wilhelmum. Hujus cancellaria- tus tempore Richardus rex interfectus fuit; et quia in excommuni- catione majore defunctus est, quam incidit propter interfectionem religiosorum et clericorum, inhumatus per plures annos stetit, cumque nec prece nec pretio cujuscumque papa Innocentius flecti potuisset ad hoc ut rex ille absolveretur et sepeliretur, Gamfredus sciens papam virum doctum... composuit lhibrum... in quo auctori- tatem, clementiam et ingenium ipsius in tantum extulit, ut ob illius hibelli favorem ipse Gamfredus a papa in regis Richardi defuncti causa suam obtineret voluntatem. » Jean Bamburgh! indique que Geoffroi aurait été envoyé en mis- sion à Rome par Richard : « [Causa] privata [Poetriae] fuit nego- tium Ricardi regis Angliae, qui culpa nobis ignota papam offen- derat. » Corner et Bamburgh se trompent en mettant en cause Richard. Mais ils ont raison de ne pas parler de l'empereur. Geoffroi sollicite Innocent III en faveur de Jean sans Terre, qui avait offensé le pape eu la personne d’Étienne de Langton, archevêque de Cantorbéry. C’est de ce fait qu'Innocent avait pris argument pour jeter l'interdit sur le royaume d'Angleterre (1208). Le passage en question reçoit son éclaircissement des pièces, très probablement composées aussi par Geoffroi, qui ont été imprimées ci-dessus (p. 24) et qui sont rela- tives aux mêmes événements. Il résulte de là que la Poetria a été écrite après 1208. D'autre part, Jean sans Terre se réconcilia avec le pape en 1213 et l’interdit fut levé le 29 juin 1214. C’est donc avant cette date que la Poetria a été composée. B) Quod papae scripsi munus speciale. Bale, suivi par d’autres, a cru que ces vers étaient adressés à Guillaume de Longchamp. Leyser les désigne simplement des mots « epilogus ad archiepisco- pum ». Wright a contesté justement qu'il fallût ici songer à Guillaume de Longchamp et, en fait, celui-ci a dù dès 1189 résigner ses hautes fonctions de chancelier et régent d'Angleterre et partir pour l'exil. C'est sans raison, d'autre part, que Stubbs a proposé le nom de Guillaume, comte de Pembroke. En réalité, le personnage que Geoffroi nomme « Wilhelmus. vir aureus » (v. 2102) est Guillaume de Sainte-Mère-Église, évêque de Londres en 1198, mort en 1224. 1. Dans son commentaire de la Poetria ‘Oxford. Corpus Christi 144), compnsé avant 1438. Google POEFRIA NOVA. 33 Attaché à la cour royale déjà sous Henri II, mêlé aux affaires du royaume sous Richard, 1l fut, sous le règne de Jean, le principal négociateur entre le pape et le roi de 1205 à 1216 et joua alors un rôle extrêmement important. Bien que le roi lui eût conservé sa confiance et lui eût, à plusieurs reprises, délivré des sauf-conduits pour venir traiter en Angleterre, malgré l'exil qui l'avait frappé en 1208 en même temps que les évèques d'Ély et de Worcester, il représentait l’autorité ecclésiastique et particulièrement celle du pape, prononçant l'interdit, menaçant le roi d'excommunication, menaçant les membres du clergé restés fidèles à la couronne. Il est tout naturel, dans ces conditions, que Geoffroi, s'adressant au pape, se soit en même temps adressé à Guillaume. Cette identifica- tion confirme ce qui a été dit précédemment de l’occasion et de l’époque où la Poetria a été écrite. Des conclusions partielles auxquelles on vient d'aboutir il résulte, si on les grotpe, que la Poetria nova a été composée entre les années 1208 et 1213. Le texte du poème, dans les éditions de Leyser, est aujourd’hui assez peu accessible et difficile à lire. Il sera publié, dans la troi- sième partie du présent livre, d’après le manuscrit 15150 de la Biblio- thèque nationale. | FanaL. 3 ff Google CHAPITRE I] GERVAIS DE MELKLEY (Gervasius de Saltu lacteo) BIOGRAPHIE. On ne sait à peu près rien de la vie de Gervais de Melkley, qui, jusqu'ici, n’a guère intéressé la critique et auquel seuls Bale, Ley- ser et Fabricius ont consacré une notice à la fois très brève et inexacte. Ces bibliographes ont pris les mots de Saltu lacteo, qui suivaient le nom de Gervais, pour un titre d'ouvrage. Il est clair que c’est la traduction latine d'un surnom, et celui qui le portait a eu l’occasion de s'en expliquer dans son At poétique, où il écrit : -« Dicunt Anglici... Melclege, latine Melcleia... Quandoque causa ornatus transvertimus nomen ipsum per interpretationem... Melclege com- ponitur ex duobus integris anglice et interpretatur fideli expositione Lactis saltus vel Saltus lacteus. » | Sur l'époque où vécut Gervais, on tient un premier renseigne- ment de Matthieu Paris, selon lequel il composa l’épitaphe de Guillaume le Maréchal!. Guillaume mourut en 1219 : Gervais était donc alors en vie, et sans doute était-il déja un personnage de quelque réputation. Son Àrt poëtique fournit quelques indications chronologiques par son contenu même et par la mention qui y est faite de certaines personnes. Gervais y écrit, parlant de Jean de Hanville?, l’auteur fameux de l’Architrenius : « Magister Johannes de Hanvilla, cujus ubera disci- plinae rudem adhuc mihi lactaverunt infantiam, multas quidem 1. Historia Angloruo, édit. F. Madden (Rerum brilannicarum scriplores), t. 11, p. 232 : Guillaume « Londiniis... apud Novum Templuin, in medio ecclesiae hono- rifice tumulatus, tali meruit epitaphio intitulari, dictante magistro Gervasio de Mel- keleia, optimo astrologo (?) : Sum quem Saturnum sibi sensit Hibernia, Solem Auglia, Mercurium Normannia, Gallia Martem. » 2. 11 faut décidément renoncer à dire Æauleville. Le manuscrit donne les formes Hauvilla, Hanrilla el Havilla. I\ s'agit vraisemblablement de Hanville, près Évreux. 4 Google BIOGRAPHIE. 35 elegantias adinvenit, plures auditoribus suis tradidit, in libello vero suo de peregrino philosopho quem Architrenium vocat, plurimas observavit. » L’Architrenius a été adressé à l’archevèque Gautier, très probablement en 1184, au moment où il fut appelé du siège de Lincoln à celui de Rouen. À cette date, Jean paraît avoir été un homme relativement jeune encore, comme le donne à entendre cette déclaration qu’il fait dans son poème : Nodosa meretur Nondum ruga coli, nondum venerando senectus Albet olore comae. On peut supposer qu’il avait une cinquantaine d'années vers 1200. S'il a été son élève à cette époque (calcul plutôt fait pour le rajeu- nir que pour le vieillir), comme il devait avoir alors quelque quinze ans (« mihi lactaverunt infantiam »), Gervais serait né aux environs de 1185, ce qui s'accorde assez bien avec le témoignage de Mat- thieu Paris. Quant au moment où fut écrit l'Art lui-même, il n’y a rien à tirer, naturellement, des citations de Cicéron, de Virgile, d'Ovide, de Stace, de Lucain, de Juvénal, de Martial, de Sénèque le Rhéteur, de Sénèque le Tragique, de Boèce, de Cassiodore, d’'Aulu-Gelle, de Claudien, d’Hégésippe, d'Isidore, du Theodolus, de Donat, de Beda (De re metrica), des dialogues du pape Grégoire, du Geta (de Vita- lis), de la Lettre du roi des Bragmanes à Alexandre. — Les auteurs récents que nomme Gervais sont Bernard Silvestre (+ 1156, Mega cosmus, Microcosmus, De parricida'), Alain de Lille (+ 1202, Anticlaudianus), Matthieu de Vendôme (Art poëtique et Tobias), Joseph d’Exeter (remaniement en vers de Darès le Phrygien)?, Geoffroi de Vinsauf (Poetria nova et deux vers sur le roi Henri). Le dernier en date des ouvrages ici mentionnés est Ja Poetria nova (entre 1208 et 1213). Gervais a donc écrit son Art après 1208 au plus tôt et peut-être après 1213. — Il cite, en outre, un certain « magister Rogerus Dovenensis » (sans doute de Devon) et un cer- 1. On remarquera que Gervais impute formellement à Bernard Silvestre ce traité, sur l'attribution duquel la critique est restée jusqu'ici hésitante. Voir Romania, t. XLVI, 1920, p. 269. 2. Gervais le nomme simplement Josephus et lui attribue un De Darele. Ce poëme en six livres a été imprimé à Londres, en 1675, par Joannes Morus. 3. Les voici : Sufficit huic tumulus, cui non suffecerat orbis: Res brevis est ampla, cui fuit ampla brevis. / Google 30 GERVAIS DE MELKLEY. tain Willelmus Lund{inensis] (de Londres) que je n'ai pu identifier, non plus que le Joannes Albus, « non tam socius quam magister », auquel son livre est dédié. — Il cite enfin deux ouvrages ano- nymes : un poème sur Troie et un autre sur Pyrame et Thisbé que je puis bien identifier (le premier est la pièce Divitiis, regno, spe- cie, virtute, triumphis, Rex Priamus clara clarus in urbe fuit1, le second un poème contenu dans le manuscrit de l’Hunterian Museum n° 5112), mais qu'il n'est pas possible de dater avec précision. Restent quelques autres- personnages qui ne sont pas des écri- vains, mais qui appartiennent plus ou moins à l’histoire. Gervais parle à deux reprises d'un abbé que les moines de Hyde avaient privé de sa virilité : « ... ut in his versibus factis de abbate de Layde quem ementulaverunt monachi proprii, sic Abscidit patri genitalia filius, ut sic Veniret in carne non caro mente pater. » Et : « Ait quidam dominus et dilectus meus de monacho de Hida qui ementulavit abbatem suum sic : Filius abscidit patris genitalia patris; Possit ut esse pater, abstulit esse patrem. » Je n'ai pas réussi à voir les documents où cette mésaventure a pu ètre enregistrée, notamment les Annales du monastère de Hyde, qui vont jusqu’à l'annee 1280, et dont le manuscrit se trouve à la Bodléienne. Je n'ai donc rien pu tirer des vers en question. Mais deux autres passages se rapportent à des événements de la fin du xn° ou du commencement du xuit siècle. Gervais cite une épitaphe, disant : « ... dictum est de Willelmo de Nunchanp epita- fium hoc modo : | Mor$ huic invidit, aut signa senilia vidit, Virtutum numerum male credens esse dierum. » Il faut reconnaître sans doute dans le personnage en question Guil- laume de Longchamp, chancelier et régent du royaume d’Angle- terre, qui mourut daus l'exil en 1197. — D'autre part, Gervais cite encore l’épitaphe d’un abbé Gautier qui mourut une année où le jour de l’Ascension coïncidait avec celui de l'Invention de la Croix. 1. On l'a attribué à Hildebert. Il est imprimé dans Leyser, Historia poematum el poelarum mediti aevi, p. 399 et suiv. Gervais en cite les vers 11 et 1?. 2. On en trouvera le lexte daus la troisième partie du présent voluine. Google SON ŒUVRE. 37 Cette coïncidence s'est produite, pour la période à laquelle on peut songer, dans les années 1190, 1201, 1212 et 1285. Il est hors de doute, grâce à ce qu on sait déjà de ses relations avec Jean de Hanville, que Gervais n’a pu parler de l'année 1285. Supposer qu'il ait visé un événement de l’année 1212, c'est l'hypothèse qui rapproche le plus de nous la date après laquelle il a dù composer son traité. Elle n'impose rien de plus que ce qui a été déjà accordé. Mention de tout un groupe d'œuvres dont la plus récente, la Poetria nova, ne dépasse pas les années 1208-1213; mention d'’évé- nements dont le plus récent (coïncidence de l'Ascension et de l’In- vention de la Croix) n’est pas non plus postérieur à l’année 1212; bref, des allusions assez denses à toute la seconde moitié du xu® siècle et à la première décade du xi1°, puis, passé cette date, le silence : ce n’est pas la preuve certaine que l'Art de Gervais ne soit pas lui-même de beaucoup postérieur à 1212-1213, mais c’est une invitation à le croire. Ün passage ÿ engagerait plus fortement encore. Gervais s'exprime, en effet, ainsi : « Papa noster Innocen- tius tertius in post communione quadam ait... »; et peut-être l'em- ploi du pronom noster indique-t-il qu'Innocent était encore vivant. En ce cas, l'Art de Gervais aurait été composé avant 1216, et il n’est pas téméraire de le situer quelque cinq ou dix ans après la Poetria de Geoffroi de Vinsauf. L'ŒUVRE. 1° Attribution erronée. Dans son Index, J | Bale, d'après un manuscrit de Baillol College, attribue à Gervais une Ars versifi- catoria commencant par les mots Ve meas videar fimbrias magni- ficare. Les éditeurs de l’/nde.r renvoient, comme à sa source, aux manuscrits 273 et 276 de Baillol College. C'est à tort : 1l n'y a que le manuscrit 276 (fol. 108) qui fasse à Gervais l'attribution du traité en question. D'autre part, ce traité n'est pas de Gervais : on y recon- naît, rien qu'à l’éncipit, l'Ars de Matthieu de Vendôme. 2° Attribution certaine. Il existe un traité en prose, dont l’incipit est Armata est majorum petitio et qui est attribué à Gervais par tous les manuscrits qui l'ont conservé, c’est-à-dire (a ma connais- sance) ceux de Cambridge, Bail. Coll. n° 273, fol. 153, er 273, fol. 127, et de Glasgow, Hunt. Mus. 511. C'est ce traité, sorte d’art poétique, qui nous intéresse ici. On en trouvera une analyse dans la troisième partie de ce livre. Google CHAPITRE IV ÉVRARD L’ALLEMAND Pendant longtemps, Evrard l'Allemand a ‘été eonfondu avec Évrard de Béthune, auteur du Graecismus, et cette confusion, à l'ombre de laquelle on a appliqué au premier ce qu'on savait du second, entache de nullité tout ce qui a été écrit sur son compte avant 1870. C’est à cette date que Ch. Thurott a signalé l’erreur. Le seul ouvrage qu'on connaisse d'Évrard l'Allemand est le Laborintus. La glose de cet ouvrage contenue dans le manuscrit de la Bibliothèque nationale 18570 (année 1349) porte ceci « Causa efficiens [Laborinti] dicitur fuisse expertissimus clericus magister Éverardus Alemannus, dictus Everardus, quasi egregius, versificator, excellens, 7ithmista, arduus rhetor, dictator valde solemnis. Titulus est Laborintus, quasi laborem habens intus°?. » L'indication relative à la personne d'Évrard est confirmée et préci- sée par divers autres manuscrits que Traube a relevés3 : Rome, Palat. 381 (Stevenson, I, 108), « Causa efficiens hujus libri dicitur fuisse quidam magister Parisiensis, pro tunc rector scolarium in Bremis »; Giessen LXXX VIT (Otto, Comment. crit., p. 90; cf. Munich 11048), « Laborinthus poeta et orator de ritorum scola- rum {Mun. rectorum scolarium) Bremiensis magister Parisiensis (manquent dans Mun.) laboribus honorisque (corr. oneribusque; Mun. nec non) de oratorum et poetarum instrumentis et stilis pro- pris incipit.. »; Wolfenbüttel, Helmst. 608 (Heinemann, I, 72), « Incipit edicio Eberhardi in coris# in B. de diversis misertis recto- ris scolarium ». Il résulte de ces textes qu'Évrard a probablement enseigné à Brême; toutefois, dans un manuscrit de Gôttingen, {. Comptes-rendus de l'Académie des inscriplions el belles-leltres, nouvelle série, t. VI, 1870, p. 259. 2. M. Lohmeyer (Romanische Forschungen, t. X1, 1901, p. 412) a remarqué que les mots egregius. solemnis de ce passage forment ce qu'il appelle un acrostiche. Ce n'est pas un acrostiche, mais une application de la figure interprelalio, dont notre glossateur parail avoir été friand. 3. Neues Archiv, t. XXVII, 1902, p. 3?6. 4. À corriger en srolis. “ Google LABORINTUS. 39 Theol. 150 (W. Meyer, t. II, p. 382), il est appelé Coloniensis. Les vers 945-950 du Laborintus apprennent qu'il avait étudié d’abord à Paris, puis à Orléans. Le titre de son ouvrage est expliqué comme voulant dire « labor habens intus. » Ce sens figuré du mot laborinfus, signifiant « misère, fléau », se retrouve dans Gautier de Saint-Victor, qui appe- lait Pierre Abélard, Gilbert de la Porrée, Pierre le Lombard et Pierre de Poitiers les « quatre labyrinthes de la France ». Sans aucun doute, c’est le mot labyrinthus des anciens. Mais on a mis ordinairement sa signification dérivée en rapport avec le mot labor, qu'on a considéré comme la forme d'où il provenait : c'est ce qu’a fait l’auteur de la glose du manuscrit 18570, cité plus haut. De la date où le livre fut écrit, on ne sait rien de précis.’ Les faits sont : 1° qu'il est antérieur à l’année 1280, date où Hugues de Trimberg, qui le cite, acheva le Registrum multorum auctorum ; 2° qu'il est postérieur à la Poetria nova (entre 1208 et 1213) de Geoffroi de Vinsauf: au Doctrinal d'Alexandre de Villedieu; au Grécisme (probablement de l’année 1212) d'Évrard de Béthune; à l’Aurora de Pierre Riga; à l’Anticlaudianus d'Alain de Lille; au Traité des homonymes de Jean de Garlande : tous ouvrages qu'il mentionne (v. 665, 667, 669, 653, 661, 677). Le Laborintus a été publié par Leyser, dans son Historia poeta- rum medii aevi, p. 796, d’après trois manuscrits de Helmstadt. On en trouvera le texte ici même, à la troisième partie, d’après le manuscrit n° 18570 de la Bibliothèque nationale, qui fut écrit en 1349 par le prêtre Jean de Herent?. L'ouvrage, par la nature de la doctrine qu'il enseigne et par son plan, est étroitement apparenté à la fois à l’Ars de Matthieu de Ven- dôme et à la Poetria de Geoffroi de Vinsauf. 1. Voir v. 34 : « Sed quaerit laborinteos modo quisque labores. » 2. Sur ce dernier personnage, voir ci-dessous, p. 49, n. 1. Google CHAPITRE V JEAN DE GARLANDE On ne s’engagera pas ici dans une étude approfondie de l’œuvre de Jean de Garlande. Cette œuvre a fait l’objet de deux recense- ments importants : celui de B. Hauréau! et celui de M. E. Habel?. Et M. L. J. Paetow à manifesté son intention d'y consacrer les soins de sa critique. Nous rappellerons seulement les grands traits de la biographie de Jean : que, né en Angleterre vers 1180, il étudia d’abord à Oxford, où il eut pour maître le philosophe Jean de Londres; qu’à l’âge de quinze ans environ il vint en France; qu'il continua ses études à Paris, où 1l suivit les leçons d'Alain de Lille“ et prit le surnom de Garlande du nom de la rue où il habitait; qu'en 1229 il fut ivvité à professer à Toulouse, accepta l'invitation, mais dut quitter précipitamment la ville en 1251 et rentra à Paris; qu'il se trouvait encore dans cette dernière ville en 1246, année où 1l com- posa son Commentarius; qu'il vivait encore en 1252, année où il a achevé son De triumphis Ecclesiae et après laquelle on est sans ren- seignements sur lui. Nous rappellerons aussi qu'une partie de son œuvre se laisse répartir approximativement, selon l’ordre chronologique, de la manière suivante : | Epithalamicum beätae Mariae Virginis’ (composé à Toulouse, vers 1229). Accentarium$ (composé à Paris, vers 1234). 1. Nolice sur les œuvres authentiques ou supposées de Jean de Garlande (Notices el extraits des manuscrits, L. XXVII?, 1879, p. 1). 2. Johannes de Garlandia, ein Schulmann des 13. Jahrhunderts (Milleilungen der Gesellschaft für deutsche Erziehungs-und Schulgeschichte, 1909, p. 1 et 119). Voir aussi J. Haskins, dans les Harvard Sludies, XX, T1. 3. Journal des Savants, 1919, p. 73. À. Mort en 1203. 5. Inédit (ms. Brit. Mus. Cott. Claud. A X). 6. Inédit (mss. Bruges, 546: Erfurt, Q. 156; Oxford, Cod. Rawl. C. 196; Cam- bridge, Gonv. et Caius Coll. 385). Google SES ŒUVRES. 4 Dictionarius! (postérieur à 1218 et antérieur au Commentarius, qui y renvoie). De triumphis Ecclesiae? (1245). De mysteriis Ecclesiaeÿ (achevé en 1245). Commentarius (1246). Exempla honestae vitae (vers les années 1257-1258). Les Miracula beatae Mariae Virginis$ (composés alors que Jean enseignait à Paris), la Poetria (qui renvoie plusieurs fois à l’Epi- thalamicum), les Synonyma et les Aequivocai, le Cornutus (ou Distigium)9, le Compendium grammaticae", la Clavis Compendiü! n’ont pas encore été datés. Hauréau a montré qu'on avait attribué faussement à Jean de Gar- lande le Facetus!?, le De contemptu mundi*3, le Floretus#, le Com- pendium alchimiae® d'un certain Hortulanus, un Comput qui appartient sans doute à Gerland, chanoine de Saint-Paul, à Besançon. | Douteuse, d'autre part, est l'attribution qui lui à aussi été faite d’une Summa poenitentiae Ÿ, d'une Aurea gemma (ou Gemma regi. minis)", d'un De orthographia®*, d'un Libellus metricus de verbis 1. Publié par A. Scheler, Trois (railés de lexicographie du XII° el du XIIT° siècle (Jahrb. für rom. und engl. Lileralur, 1865, p. 144). 2. Publié par Th. Wright, 1856. Analysé dans l'Histoire liülléraire de la France, t. XXII, p. 71 et suiv. 3. Publié par F. W. Otto, Comment. cril. in cod. Bibl. Gissensis, 1842, p. 131 (cf. A. Scheler, recueil cité, 1867, p. 7). 4. Inédit (mss. Bruges, 546; Cambridge, Caius et Gonville Coll. 385). 5. Voir ci-dessous, p. 46. 6. Inédit (ms. de Bruges; voir le Catalogue des mss. de Bruges [Laud.}, p. 484, et Scheler, recueil cité, p. 13). 7. Voir ci-dessous, p. 46. 8. Voir ci-dessus, p. 6. 9. Publié par E. Habel, Der deutsche Cornutus (1"° partie, Berlin, 1908). 10. Inédit (mss. Bruges, 546; Cambridge, Gonv: et Caius Coll. 136, 385, 593). 11. Inédit (mss. Bruges. 546; Cambridge, Gonv. et Caius Coll. 136). 12. Publié dans les 4uctores morales octo (cf. Romania, t. XLVI, 1920, p. 254 et suiv.). 13. Publié par Th. Wright, Salirical Poels, 11, ? (reproduit par Migne, t. CLXXI). 14. Publié à Strasbourg en 1478 (Bibl. nationale, Y 78? Rés.). 15. Voir Hauréau, article cité, sous les n°* XIL et XX. 11 faut ajouter à celle liste plusieurs traités de musique publiés par Coussemaker, plusieurs traités de chimie publiés à Bâle en 1560, un Carmen de Pilalo, et d'autres opuscules encore. 16. Publié avec les œuvres de Pierre de Blois (cf. Romania, t. XL VI, 1920, p. 240). 17. Inédit (ms. Münich, Cod. lat. 43%). 18. Inédit (mss. Bruges, 548: Wolfenbüttel, Gud. lat. 267). Google 42 JEAN DE GARLANDE. deponentialibus\, d’un De verborum compositis?, d'un Dictiona- rius metricus®, d'un De diversitate metrorumi, de Versus prover- biales”. En revanche, il est possible que Jean de Garlande soit l’auteur des Glossulae carminis de mysteriis Ecclesiaef, gloses d'un de ses ouvrages authentiques, et du lexique Unum omnium 7; — et il est probable qu'H est l’auteur du Morale scholarium$, ainsi que des Nomina et verba defectivaÿ. Pour notre part, nous signalerons ici trois faits nouveaux : 1° Le manuscrit latin de la Bibliothèque nationale n° 16133 con- tient au folio 51 un commentaire intitulé Notabilia super tertio de anima et qu'il attribue à Johannes Anglicus. Nous verrons ci-des- sous que ce nom est celui par lequel Jean de Garlande est souvent désigné. 2° Les gloses du Dictionarius, dont Jean est l’auteur, contiennent le passage suivant : « Unde in conductu meo de Tholosa dicitur : Alto gradu gloriae Tollitur Tholosa Titulis victoriae, etc. » Il résulte de là que Jean a dù composer un « conductus » sur la ville de Toulouse. 3° Jean de Garlande doit être considéré comme l’auteur du traité intitulé /ntegumenta ovidiana. À propos de ce traité, qu'il a connu par le manuscrit latin 8008 de la Bibliothèque nationale, Gaston Paris a écrit! : « Ce poème, qui s'est conservé dans divers manu- 1. Trois éditions du xv* siècle; mss. Vienne, 3197; Münich, 7749, 14254, 14958 : etc. ?, Nombreuses éditions du xv° siècle; mss. Münich, 76419, 7762, etc. 3. Publié par A. Scheler (Revue de l'Instruclion publique en Belgique, t. XXI, p. 104). 4. Inédit (ms. Oxford, Digby 100). 9. Inédit (ms. Oxford, Rawl. C. 496). Autres traités d'attribution douteuse dans les mss. d'Oxford, Cod. Rawl. C. 496; de Cambridge, Gonv. et Caius Coll. 186, 385; de Cassel, Théol. 2. 6. Voir ci-dessus, p. 41, note 3. 7. Inédit (ms. Oxford, Corpus Christi 121; Gôttingen, Bibl. Univ. [Luneb. 69)). 8. Voir ci-dessus, p. 22. - 9. Éditions anciennes: mss. Karlsruhe, Cod. Aug. 1529; Münich, Cod. lat. 5686 ; Melk, 185. 10. Le passage est cité par Hauréau, p. 46, qui n’a pas reconnu qu'il s'agissait de vers et ne fait aucun commentaire. C'est M. Antoine Thomas qui en a le premier remarqué l'intérêt et a bien voulu me le signaler. 11. Histoire liüléraire de la France, t. XXIX, p. 504. Google SES ŒUVRES. 43 scrits, est d’un auteur appelé Jean, et 1l a été attribué soit à un Johannes Grammaticus qui aurait vécu en Angleterre peu de temps après la conquête, soit à un franciscain appelé Jean le Gallois, qui aurait fleuri vers 1250; mais il y a des raisons de supposer que l’auteur en pourrait être le célèbre Jean Scott Érigène. » M. Habel (j'ignore s’il connaissait l'opinion de G. Paris) a relevé un passage de l’Accentarium de Jean Garlande où 1l est dit : Integumenta canit alius [liber], ne philosophantem Fabula decipiat.… On en peut induire, et M. Habel l’a fait, que Jean est l’auteur de ces /ntegumenta. Cependant, on pourrait aussi penser que Jean ren- voie ici à un autre livre, qui ne serait pas le sien. Aussi ne crois-je pas inutile de dire comment l'examen des manuscrits m'avait déjà conduit, par une autre voie, à la même conclusion que M. Habel. Le poème commence par les vers : Parvus majori paret, veloxque viator Cur juberat dominus praevius ire solet. Il est contenu dans les manuscrits suivants! : À) Panis, Bibl. nat., lat. 8008, fol. 153. B) Bibl. de Leyde, Voss. 46, fol. 7. C) Oxford, Digby 104, fol. 161 : Incipit : « Par... » (ms. dégradé). Suivent quinze pièces élégiaques, accompagnées chacune d'un commentaire, celui de la première commen- çant par : « Mutationes hujus libri sunt haec : Chaos... » Explicit : « Integumenta secundum MAaGISTRUM JOHANNEM ANGLICUM super Ovidium Metamorphoseos. » D) Oxford, Canon. 9, fol. 152 : Titre : « Liber integumentorum fabularum Ovidii Metamorphoseon a MAGISTRO JOHANNE ANGLIcO compositus. » Incipit : « Parvus majori... » (fol. 152-166). Puis (fol. 166) : « Commentum totius libri »; incipit : « Ad maJjores auctoris evidentiam... » Puis (fol. 167) : « Capitula unius cujusque libri. » À la fin : « Expliciunt integumenta libri Metamorphoseon. » {. On en signalera sans doute d'autres : je ne traite, à dessein, que de ceux dont la critique a antérieurement fait état. Google 44% JEAN DE GARLANDE. E) Oxford, Bodi. Auct. F. 3. 10 (anc. F. 11, art. 86), fol. 161 : Titre : « Liber integumentorum fabularum a Joanne Anczico compo- situs. » Incipit : « Parvus majori paret... » Suivi d'une partie de prose qui commence par : « Mutationes hujus libri sunt haec : Chaos. » Il importe de distinguer des Integumenta (la confusion s’est sou- vent produite) certains commentaires contenus dans les manuscrits que voICI : a) Cambridge (d’après Tanner, p. 750) : Titre : « Interpretatio Metamorph. Ovidii secundum sensum mora- lem. » Incipit : Prol. : « À verilate quidam auditum avertunt... » Lib. I : « Ovidius in primo libro Metam.. » Tanner indique de cet ouvrage deux éditions imprimées à Paris (1509, in-4°; 1515, in-12°). J'ai pu voir, en effet, un exemplaire de 1509! por- tant le titre : METAMORPHOSIS OVIDIANA MORALITER À MAGISTRO THomas W'AL- LEY, ANGLICO DE PROFESSIONE PRAEDICATORUM. J'appellerai ce traité les Erpositiones de Taomas WaLLeys?. b) Cambridge, Peterhouse Library 237 (Catal. de M. R. James, p. 289; — S. Petri 12, dans Bernard, Catalogi librorum Angliae et Hiberniae, 1, ui, p. 147) : D'après Bernard (c'est-à-dire d'après D. Tho. James, qu'il reproduit) : 1. « Liber collectionum, vel sumina fratris Jo. GaLLENsIs onpinis Fra- FRUM MINORUM. D | 2. « Expositiones fabularum Ovidii PER EUMDEM. » D'après M. R. James : | 2. « Incipiunt expositiones Ovidii Metamorph.. editae a fratre Taowas WALEYS DE PROVINCIA ANGLIAE ORDINIS PRAEDICATORUM. » | Incipit : « À veritate quidem auditum avertentes. » On le voit, l’ancien Catalogue contient, au sujet des Expositiones, une erreur importante, puisqu'il les attribue, faute d'avoir remarqué la dif- férence des prénoms, à Jean de Galles, auteur de la pièce n° 1, alors qu'ici le ms. donne expressément le nom de Thomas Waleys. Cette erreur a été reproduite par Tanner (p. 434) et, à sa suite, par Traube 1. MDIX à l'avant-propos de l'éditeur, MDXI à l'explicit. 2. Bien qu'il soit attribué à Nicolas Trivet dans ies mss. de Merton College, n° 85 (Coxe, 46b) et Saint-John, n° 137 (Coxe, 42). Google SES ŒUVRES. 45 (Mon. Germ. hist., Poetae latini, t. WE, p. 526, n. 8), qui ont ainsi cru que le ms. à contenait les Zntegumenta. En réalité, il contient les Expo- sitiones de Taomas Wazzeys, dont il a été question ci-dessus sous la lettre a. c) Cambridge, Univ. Il, un, 20 (Catal., t. TT, p. 395) : Titre : d'après Tanner (p. 631) : « Moralem expos. CCX VIII fabula- rum in Metamorphosi Ovidu. » d'après le Catalogue : « Ovidii Metamorphoseos fabulae CCX VIII moraliter expositae. » Incipit : d'après Tanner : « In hujus expositionis initio... » (Prologue). d’après le Catalogue : « /n nova fert animus. Ponit Ovi- dius... » (corps du traité). . L'ouvrage est précédé dans le manuscrit par le commentaire sur Ful- gence de Jean De Rinevaze, frère mineur. C'est là-dessus sans doute qu'est fondée l'attribution au même auteur par Tanner, puis par le Cata- logue, du commentaire sur Ovide. Il s’agit, en réalité, d’un commentaire de Nicocas TRIVET. d) Oxford, Bodl. 844 (anc. F. 11 et 82) : Incipit : « [{]n nova fert animus... Ponit Ovidius... » C'est le même traité que le précédent. e) Oxford, Canon. 9, fol. 151 (Catal. Bodl., IX, 121) : Titre : « Interpretationes sive allegoriae fabularum Ovidii Nasonis. » Incipit : « Mutationes hujus libri sunt haec : Chaos. » Le Catalogue dit : « Auctore forsan Jomannes ANGLicus », sans doute en considération de la pièce qui vient aussitôt après et qui a été identi- fiée ci-dessus, sous la lettre D. Mais on verra que Jean l'Anglais n'a rien à faire ici. Les ouvrages de Thomas Walleys et de Nicolas Trivet une fois mis à part, une question se pose, qui est de savoir si les Integu- menta se composaient seulement des 249 distiques que contient le manuscrit À (Bibl. nat. 8008), ou s'ils comprenaient des parties de prose, comme sembleraient l'indiquer les manuscrits C, D, E. Or, les éléments de prose contenus dans ces derniers manuscrits pro- viennent d'un commentaire sur Ovide dont le texte est conservé dans le manuscrit latin 8010 de la Bibliothèque nationale et dont l'auteur est un certain Guillelmus de Thiegiis. Ce commentaire comprend une introduction générale aux Métamorphoses d'Ovide Google 46 JEAN DE GARLANDE. (incipit : « Ad majoris auctoris evidentiam... ») et une notice sur chacun des livres de cet ouvrage (incipit de la notice du livre I : « Mutationes hujus libri sunt haec : Chaos... »), ajoutant à chacune de ces notices le passage correspondant des /ntegumenta. Il est aisé de reconnaître que c’est ce commentaire de Guillaume qui se trouve mêlé aux /ntegumenta dans les manuscrits €, D, E,e; et il résulte clairement de là que Îles /ntegumenta n'étaient composés que de vers. Quant à savoir qui est l’auteur des /ntegumenta, la question, maintenant que le traité est dégagé des éléments adventices, est simple : les manuscrits s'accordent pour le nommer « magister Johannes Anglicus » (mss. C, D, E). Or, ce nom est celui par lequel Jean de Garlande est couramment désigné dans les manu- scrits qui contiennent ses œuvres authentiques!. Les deux ouvrages de Jean de Garlande que nous aurons à con- sidérer spécialement dans le présent livre sont les suivants : 1° La Poetria. Ce traité a été publié par G. Mari?. L'édition appelle de nombreuses corrections, dont beaucoup sont indispen- sables à l'intelligence du texte. Cependant, elle a le mérite d'être facilement accessible : nous n'en donnerons donc pas une nouvelle, et nous nous bornerons à fournir une analyse du traité, qui aidera le lecteur à se diriger dans le texte compact et confus de l’édition. 2. Les ÆErempla honestae vitae. Ce recueil d'exemples a été publié par E. Habel$. Il ne contient à peu près aucun renseigne- ment que ne fournissent les recueils similaires dont il sera question plus loin, et nous n'avons pas jugé à propos de le réimprimer, bien que le texte de l’édition appelle aussi un bon nombre de correc- tions. | 1. On remarquera, par surcroit, la facon dont l'auteur se nomme dans son pro- logue : | Metamorphosi Ovidii parva ecce clave Johannis Panditur et praesens cartula, etc. C'est de facon analogue qu'il se nomme dans le prologue des Mysleria Ecclesioe et dans celui des Exempla honeslae vilae. C'est également de la même facon qu'il emploie le terme de « clavis » dans son Compendium grammalicae. 2. Dans les Romanische Forschungen, t. XII, 1902, p. 883. 3. Ibid, 1. XXIX, 1911, p. 131. Google CHAPITRE VI OPUSCULES DIVERS Trois ouvrages doivent être mentionnés, qui ne semblent pas avoir eu un grand retentissement, mais qui, échelonnés du xi° au xu1° siècle, reflètent des préoccupations intéressantes à noter. Ce sont : 1° D'Ekkehard IV (+ vers 1060), l'épiître Ymmoni fratri, post abbati, de lege dictamen ornandi, brève composition qui traite de l’ornement du style et spécialement des figures propres à renouve- ler l'expression. Elle a été publiée par Dümmler!. Le texte en sera reproduit dans la troisième partie du présent livre. Il faut en rap- procher le prologue du Liber benedictionum, où le mème auteur, s'adressant à Jean, moine, diacre, puis abbé de Saint-Maximin, s'excuse de son petit talent et explique qu'il ne faut pas attendre de lui un grand éclat de style : ce qui lui donne l'occasion d’énu- mérer un certain nombre d'exemples des figures de langage, au maniement desquelles 1l s’avoue mal rompu*?. 2° De Marbode, le chapitre I (De apto genere dicendi) du Liber decem capitulorumS, qui n'est pas à proprement parler un traité, mais une sorte de confidence personnelle, où l'auteur expose qu'il veut adopter un genre de style qui soit à la fois Conspicuum, vitioque carens ac schemate vernans, tenant le juste milieu entre la recherche et la platitude. 3° Enfin, un traité anonyme du manuscrit de la Bibiothèque de Saint-Omer, n° 115, fol. 97, qui commence par les mots Debemus cunctis proponere.….. Il a été publié par Fierville#. Il y est question de la façon de représenter les personnes selon les âges et selon les conditions sociales, de la manière de rendre les sentiments selon leur diversité, des lieux de l'invention et de certains principes de style : exposé sommaire, assez gauche, et pauvrement rédigé. 1. Zeitschrift für deutsches Allerlum, 1. XIV, 1869, p. 33. 2. Vers 34-44, dans l'édition Egli (S' Galler Milleilungen zur vaterl. Geschichte, t. XXXI). 3. Migne, Palr. latine, t. CLXXI, col. 1693, 4. Notices el extraits des manuscrits, t. XXXI1, p. 132. Google CHAPITRE VII COMPOSITIONS RELATIVES AUX FIGURES DE RHÉTORIQUE L'étude des tropes et des figures a fourni matière, pendant le moyen âge, à une ample collection de textes. Ceux de ces textes qui sont anciens et antérieurs au x° siècle sont déjà très nombreux. Outre ceux de Cornificius et de Quintilien, qui sont les principaux, 1l y en a beaucoup d'autres, indépendants ou incorporés dans une œuvre plus large, depuis Rutilius Lupus jus- qu'a Bède, qu'on peut trouver réunis dans les Rhetores latini minores publiés par Halm. Ce sont : Rutilius Lupus, Schemata lexeos; Aquila Romanus, De figuris sententiarum et elocutionis ; Julius Rufianus, De figuris sententiarum et elocutionis, De schema- tis lexeos, De schematis dianoeas; un Carmen de figuris vel sche- matibus (anonyme); un traité des Schemata dianoeas quae ad rhe- tores pertinent; Martianus Capella, De rhetorica, cap. 31-32, 39-41; Isidore, De rhetorica, cap. 21; Bède, De schematibus et tropis. D'autre part, la question intéressait les grammairiens, qui en ont écrit de leur côté et à leur point de vue : ainsi Donat, Pris- cien, et, plus tard, Pierre Hélye, Alexandre de Villedieu, etc. La tradition antique livrait au moyen âge : d’une part, la distinc- tion déjà établie chez Quintilien entre Îles figures de grammaire et les figures de rhétorique ; d'autre part, la distinction entre les tropes et les figures de mots et de pensée. La facon dont cette double dis- tinction est reprise dans les Arts poétiques varie selon la source où ceux-ci ont puisé. L'un d'eux, celui de Matthieu de Vendôme, se rattache pour les schèmes et les tropes à Donat, pour les « couleurs » de rhétorique à la Rhétorique à Herennius. Les autres dérivent presque exclusivement de la Rhétorique à Herennius, à laquelle ils empruntent tout ce qu'ils disent et des tropes et des figures de rhé- torique. Cette Rhétorique à Herennius était alors, d’un accord unanime, attribuée à Cicéron. Elle était très célèbre. Les catalogues de biblio- thèques la mentionnent très fréquemment; les auteurs y font d'in- Google COMPOSITIONS RELATIVES AUX FIGURES DE RHÉTORIQUE. 49 nombrables allusions ; et aujourd'hui encore il en reste de très nom- breux exemplaires. Avec le De inventione, à la suite duquel elle est souvent copiée dans les manuscrits, elle constituait le manuel fon- damental de l'art d'écrire. Le De inventione était appelé la Rheto- rica velus, ou prima, ou prior ; la Rhétorique à Herennius, la Rhe- torica nova, ou secunda, ou posterior. Les deux traités réunis ont été traduits en français dans la seconde moitié du xin1° siècle par Jean d’Antioche!. Le De inventione a servi de base à la partie du Livre du Trésor de Brunetto Latini qui traite de la rhétorique. Vers la même époque, la Rhétorique à Herennius a été adaptée en ita- lien par Gui (?) de Bologne?. En particulier, les shnpities xui-Lv du livre IV de la Rhétorique à Herennius, qui traitent des figures de mots, des tropes et des figures de pensée, ont eu une autorité à ce point respectée que plu- sieurs auteurs, à partir du x° siècle, ont composé des séries d'exemples nouveaux et en vers pour illustrer chacune des figures étudiées par le rhéteur ancien. Les recueils ainsi formés sont tantôt insérés dans des traités généraux, tantôt indépendants. Voici la liste de ceux que je connais : 1. Onvuzr pe Spire, Rhetorici colores. Cet ouvrage, composé vers le milieu du xi1° siècle, a été publié par Wattenbach$. Il comprend 1. Voir, à ce sujet, les études de L. Delisle (Histoire liléraire de la France, t. XXXIIT, p. 1 et suiv., et Voices el extraits des manuscrits, t. XXXI, p. 211 et suiv.). Delisle croit pouvoir dater cette traduction de l'année 1282. Je note cepen- dant, à la fin de la copie du Laborintus contenue dans le manuscrit latin 18570 de la Bibl. nationale, cet explicit : « Explicit Laborintus, quem scripsit Jo. ne HERENT presbiter, et eum perfecit anno Domini M CCC XLIX, sabbato post Ascensionem Domini. Ores pro ipso si morluus sit. » Jean d'Antioche s'appelait aussi Jean de Harenc, et était prètre. Il est curieux de voir un Jean de Herent, également prêtre, copier un art d'écrire, comme le Laborintus, dont la glose, dans le ms. 18570, est l'œuvre d'un homme très compétent. Si la traduction de la Rhélorique est bien de 128?, les deux personnages ne sont certainement pas les mêmes; mais il y a, dans le ms. de Chantilly, qui contient la Rhélorique, des variations au sujet de la date de la composition, qui pourraient bien empêcher, si l'on tient compte de la donnée du ms. 18570, qu'on considère les conclusions de Delisle comme définitivement acquises. 2. 11 y en a eu une édition, la première, en 1478, sous le titre Reltorica nuova di M. Tullio Cicerone traslala di latino in volgare per lo exunio maestro Galeotlo da Bologna. Je ne l'ai pas vue. Le texte a été imprimé de nouveau en 1568 à la suite de l'Éthique d'Aristote (Ethica d'Aristolile) [Bibl. nationale, 4° R. 5845]. Au dire de Tiraboschi, t. IV, p. 677, cet ouvrage serait un compendium du De inven- lione. En réalité, c'est une adaptation de la Rhélorique à Herennius. 3. Dans les Silzungsberichile der Berl. Akademie, 1894, p. 361. Cf. Manitius (Neues Archiv, t. XX, 1895, p. 441). FARAL. f Go gle 50 COMPOSITIONS RELATIVES AUX FIGURES DE RHÉTORIQUE. deux parties, dont la première fournit des ee en prose, la seconde des exemples en vers. 2. Manson, De ornamentis verborum. Composé és la première moitié du xu°-siècle, ce recueil a été publié par Migne!. Il ne con- tient que les figures de mots. Il est offert comme un guide élémen- taire à ceux qui veulent faire des vers : c'est ce qu'indiquent un prologue et un épilogue en vers. Il résulte aussi du prologue que les définitions en prose qui précèdent les exemples, et qui sont prises à Cornificius, mais abrégées, ont dù faire partie de la rédac- tion originale. Dans le manuscrit latin 7743 de la Bibliothèque nationale, 1l fait suite à la ARhétorique à Herennius: C'est par erreur que Thurot a écrit, à propos de ce manuscrit, qu'il conte- nait aussi; du même auteur, des figures de pensée. Le recueil à certainement fait un tout complet sous la forme où nous l'avons et où il n’est question que des figures de mots : l'épilogue le prouve. Peut-être Marbode a-t-il composé ensuite des exemples: pour les tropes et les figures de pensée ; mais, à ma connaissance, nous ne les avons pas. | | | 3. GEOFFROI DE VINSAUF : | | À) Poetria, v. 735-1092 : tropes; v. 1094-1229 : figures de mots; v. 1230-1587 : figures de pensée. B) Summa de coloribus?. 4. Évrarn ne BérHune, Graecismus, chap. n1$. La liste des cou- leurs de rhétorique qui figure 1e1 a été empruntée à Marbode (voir ci-dessus, n° 2), exemples compris : L n y a que les termes des déh- nitions qui aient été modifiés. 5. ÉvrarD L'ALLEMAND, Laborintusi, v. 385-430 : tropes (avec explications et exemples); v. 441-522 : figures de mots; v. 523- 598 : figures de pensée (seulement des exemples, sans PRET 6. JEAN DE GARLANDE : À) Ars versificandi, p. 931 et suiv.». B) Exempla honestae vitaes. C) Dans sa Poetria, Jean écrit, p. 916 : « .… in Epithaiamico, in cujus decimo libro in laudem beatae Virginis colores rhetorici ponuntur... » L'auteur renvoie ici à son ÆÉpithalamicum beatae 1. Patrologie latine, t. CLXXI, col. 1687. 2. Texte imprimé ci-dessous, à la troisième partie. 3. Publié par J. Wrobel. 4. Texte imprimé ci-dessous, à la troisième partie. 5. Voir ci-dessous, à la troisième partie. 6. Voir ci-dessus, p. 46. . Google COMPOSITIONS RELATIVES AUX FIGURES DE RHÉTORIQUE. Di Mariae virginis, et semble dire que le livre X contient une liste par exemples des colores. Je n'ai pas pu voir l'unique manuscrit du poème (Brit. Mus., Cott. Claud. A x, fol. 1-65). 7. Anonvme De Sainr-Omer. Contenu dans le manuscrit 115 (milieu du xm° siècle) de la Bibliothèque de la ville de Saint-Omer, cet ouvrage a été publié par Ch. Fierville!. Il comprend, dans l'ordre où les offre la Rhétorique à Herennius, ou à peu près, une liste des figures de mots, tropes et figures de pensée, avec défini- tions et remarques mi en prose, mi en vers, et des exemples en vers. Comme, dans le manuscrit, il vient aussitôt après le Floridus aspectus, et qu'il est précédé d’une préface en prose qui indique qu'il constitue la fin d'un ouvrage plus étendu, Fierville a considéré que le traité faisait partie de Ja rédaction originale du Floridus aspectus et que, selon l'attribution faite de ce dernier florilège par plusieurs critiques après Hauréau, il est, lui aussi, l’œuvre de Pierre Riga. Il ne me paraît pourtant pas du tout sûr qu'il faille le ratta- cher au Floridus aspectus. L'auteur dit : « ... colores aureos in mei extremitate libelli, quasi oculos Ari stellatos, in cauda pavonis col- locare disposui, quatinus, si aliquid minus facundae dulcedinis prae- cedens contineret pagina, totum redimeret colorum: sequentium joconditas gratiosa. » Et il développe cette idée. Si ce qui précédait avait été véritablement le choix de belles pages que constitue le Floridus aspectus, on ne voit pas en quoi le recueil de colores de la fin serait plus agréable : bien aù contraire; et on ne peut voir non plus dans les Fos de l'auteur une manifestation de modestie, puisque les exemples dont il illustre les figures : sont de son cru. ‘On notera, d'autre part, que.le Floridus aspectus est composé en dis- tiques élégiaques, tandis qu'ici c’est l’hexamètre qui est uniformé- ment adopté. On penserait donc volontiers qu'on a affaire au chapitre final, non pas d’un florilège, mais d’un traité de rhétorique; dont l'enseignement, naturellement sévère, finirait, en effet, de façon plus gaie sur ce bouquet : c’est ainsi que finit Cornificius dans la Rhétori ique à Herennius, où l'étude des figures constitue la dernière partie. J'arrète ici cette liste. Il va de soi qu'il faudrait ajouter les tra- ductions ou adaptations de la Rhétorique à Herennius, telles que celles de Jean de Herenc et de Gui de Bologne (voir ci-dessus, P- 49), et aussi les artes dictaminis, qui n'entrent pas ici en ligne d'examen. 1. Nolices el extraits des manuscrils, 1. XXH, p. 100. Google 52 COMPOSITIONS RELATIVES AUX FIGURES DE RHEÉTORIQUE. TRAITÉS DÉRIVÉS DE LA Raérorique A HERENNIUS. 1. Tableau de concordance des figures de mots. Geoffroi Jean de | Ms. de : . , Evrard Jean de Rhét. à Herennius Onulf Marbode Saint- Mathieu Geoffroi Traité joho- GarlandeCs"iende (Omer Poetria Pre rintus Ârs si | Repetitio 1 1 i CE 1 2 Conversio 2 2 2 2 2 2 2 2 : 3 Complexio 3 3 3 3 3 3 3 3 3 - 4 Traductio 4 4 À À À 4 À À 4 5 Contentio 5 5 5 5 5 5 5 5 5 6 Exclamatio 6 6 6 6 14 6 6 6 7 Interrogatio 7 7 7 7 8 Ratiocinatio 6 7 7 7 8 6 8 8 8 9 Sententia 7 8 8 8. 9 9 9 9 10 Contrarium 9 9 9 10 7 10 10 10 11 Membrum 8 10 10 10 11 11 11 11 12 Articulus SC CL 8 12 12 12 13 Continuatio 13 13 14 Compar 14 14 13 13 15 Similiter cadens 10 12 12 12 15 9 15 14 14 16 Similiter desinens 11 19 19 13 16 10 16 15 15 14 Com- 14 14 per- 17 17 | mixtum mixtio | 17 Annominatio 12 OS 15 18 13 18 16 16 18 Subjectio 13 146 16 ‘16 19 21 19 17 18 {9 Gradatio Q& OT 7 17 20 1 20 18 19 20 Definitio 15 18 18 18 2! A 19 2 21 Transitio 16 19 19 19 22 22 920 2! 22 Correctio 47 920 20 20 23 12 3 A 93 23 Occupalio 18 A 21 21 94 24 22 .21 24 Disjuactio 22 2 2 %5 16 25 23 4 25 Conjunctio 23 23 23 926 17 2% A 26 Adjunctio 24 24 24 27 18 27 25 26 27 Conduplicatio 49 95 95 25 28 15 ‘28 926 17 28 Interpretatio : 20 26 29 22 29 27 27 29 Commutatio 21 26 26 30 30 28 28 30 Permissio 22 sous / al 31 29 29 le nom « COnCeS810 » : 81 Dubitatio 927 927 927 32 20 32 30 350 32 Expeditio . | 33 33 31 31 33 Dissolutio 28 98 28 34 19 34 32 32 34 Praecisio 29 29 29 35 35 33 33 35 Conclusio 30 30 30 36 36 34 34 Google COMPOSITIONS RELATIVES AUX FIGURES DE RHÉTORIQUE. 53 2: JL ablaaii de concordance des tropes. Rhét. à Herennius . _ il Docunen- Larrin Garlande Garinte 1 Nominatio (onomatopée) ! À 1 V : t Î 2 Pronominalio (antono- mase) | 2 3 3 Denonimatio (métonymie) 3 5 3 3 3 3 (1) l'abstrait CC) e) pour le concret inventor pro invento a) a) b} a) ) inventum pro inven- tore | b) instrumentum pro do- mino b} C). : a) a) id quod facit pro re facta c) b) b) pb) res facta pro id quod facit quod continet pro eo quod continetur d) f) c} id quod continetur pro eo quod continet | dl) C) la matié- re pour l'objet a} d) C} e r [2 c) d) A Circuitio (périphrase) 5 Transgressio (hyperbate) 6 Superlatio (hyperbole) 7 Intellectio (synecdoque) a) pars pro lolo a) a) a) a) a) totum pro parte b | unus pro pluribus b) b) plures pro uno 8 Abusio (catachrèse) 8 9 Translatio (métaphore) 9 10 Permutalio (permutation) 10 a) per similitudinem (al- ed OO © de C2 ) Où C1 NI A QT An 7 em (0 +2 ©Q0 QC 10 10 légorie) a) b) per argumentum (allu- sion) b) c} per contrarium (anti- phrase) c) Google 54 COMPOSITIONS RELATIVES AUX FIGURES DE RHÉTORIQUE. 3. Tableau de concordance des figures de pensée. : Jean de Jean de MARNE Herennius Saint-Omer nn babes . Or Perle 1 Distributio Î 1 1 1 Î 2? Licentia 2 2 À 2: 3 Diminutio 2 3 3 4 Descriptio 9 4 4 3 3. o Divisio 14 5 5 À 4 6 Frequentatio (accumulation) 10 6 6 5 2 7 Expolitio 3 7 7 6 6 8 Sermocinatio (dialogisme) 8 9 Commoratio 8 7 7 10 Contentio (antithèse) 4 9 9 _ 8 8 11 Similitudo 11 10 10 9 9 12 Exemplum 9 [1 11 10 10 13 Imago 6 12 1? 11 11 14 Effictio (portrait) 7 13 13 1? 12 15 Notatio (éthopée) 8 14 14 13 13 16 Sermocinatio (dialogisme) 15 19 14 14 17 Conformatio (prosopopée) 12 16 16 15 15 18 Signilicatio | 13 17 17 16 16 a) per exuberationem a) | b) per ambiguum b) c} per consequentiarn c) a) d) per abscissionem (réli- d} cence) b) e) per similitudinem e) c} 19 Brevitas 19 18 18 | 20 Demonstratio 19 19 17 17 16 (compar) | Google DEUXIÈME PARTIE LA DOCTRINE CHAPITRE I DE LA DISPOSITION (Matthieu de Vendôme, I, 3; — Geoffroi de Vinsauf, Poetria nova, v. 87; . Documentum, 1, 1; — Jean. de Garlande, p. 905). I. Des façons de commencer. Presque tout ce que les arts poétiques enseignent au sujet de la disposition se réduit à énumé- rer les différentes manières dont une œuvre peut commencer. La rhétorique ancienne note qu'il y a deux façons de procéder dans la construction d’un discours. L'une consiste à suivre l’ordre naturel et à observer la distribution normale des parties, exorde, narration, division, confirmation, réfutation, conclusion. L'autre consiste à suivre l’ordre aruficiel et à modifier la succession habi- tuelle des parties à la demande des circonstances. « Il y a deux sortes de disposition, dit Cornificius, l’une conforme aux règles de l’art, l’autre inspirée des circonstances! »; et ce que commandent les « règles de l’art », c’est l'ordre naturel. Fortunatien?, ayant dis- tingué l’ordre naturel et l'ordre artificiel, explique que le premier peut se présenter sous huit formes différentes, qu'il énumère. La même distinction, toujours avec opposition des termes « ordo natu- 1. HI, 9 : « Genera dispositionum sunt duo : unum ab inslitutione artis profec- tum, alterum ad casuim temporis accommodatum. » 2. Ars rhelorica, 111, dans Halin, Rhel. min., p. 120: « Quot sunt generales modi dispositionis ? — Duo. — Qui? — Naturalis et artificialis, id est utilitatis. — Quando naturalem ordinem sequemur? — Si nihil nobis oberit in causa. — Quid si aliquid occurrerit necessitale utilitatis? — Ordinem immutabimus naturalem. — Et quid sequemur? — Arlificialem. — Quot modi sunt naturalis ordinis? — Octo. — Qui? — Totius orationis [per partes], per tempora, per incrementa, per stalus, per scrip- torum partes atque verba, per confirmalionis ac reprehensionis discrimen, per gene- rales ac speciales quaestiones, per principales et incidentes. » Google 56 LA DOCTRINE. ralis » et « ordo artificialis », se retrouve dans Sulpitius Victor!, Martianus Capella?, etc. Les textes précédents concernent l'art oratoire. Pour les œuvres narratives, la critique avait, dès l'antiquité, formulé des observa- tions analogues. On se RP ces vers de l'Art poétique d'Ho- race : | 42 Ordinis haec virtus erit et venus {aut ego fallor), Ut jam nunc dieat, jam nunc debentia dici Pleraque differat et praesens in tempus omittat, Hoc amet, hoc spernat promissi carminis auctor. Ils contiennent un enseignement que les commentateurs n’ont pas négligé de préciser. On lit dans la scolie du pseudo-Acron à ce passage : « ... ut Virgilius nono libro narrat, in Italia jam posito. Aenea, quomodo fabricatae sint naves, quibus de Ilio navigavit, cum in tertio non dicit5. » À l’époque d’Alcuin, un autre commen- tateur fournit des explications plus détaillées encore : « Nam sen- tentia talis est : quicumque promittit se facturum bonum carmen et lucidum habere ordinem, amet artüficialem ordinem et spernat naturalem. Omnis ordo naturalis aut artificialis est. Naturalis ordo est si quis narret rem ordine quo gesta est; artificialis ordo est si quis non incipit a principio rei gestae, sed a medio, ut Virgilius in Aeneide quaedam in futuro dicenda anticipat et quaedam in praesenti dicenda in posterum differt. Nam, cum prius debuisset dixisse excidium Trojae et deinde quomodo Aeneas venit ad insu- lam Antandrum et per cetera loca, quousque perveniret Carthagi- nem, et hoc totum secundum ordinem naturalem : commutavit hunc ordinem et primum dixit quomodo venit Carthaginem, quod {. Instiluliones oratoriae, 14, dans Halm, Rhet. min., p. 320 : « Ordo est ut secundum textum naturalem singula persequanur, primum in partibus elocutionis, ut scilicet primum exordium, {um narratio, {um partes argumentationis, peroralio demum extrema. Sed bene huic ordini otxovouta proxime adjuncta est, quae hoc dis- lat a superiore, quod ille quidein ordo naturalis, hic ordo artificiosus est. Artifi- ciosus ordo est, ut hunc ipsum ordinem {naturalem), si ila causa poscit, plerumque vertamus. Nam aliquando omniltenda principia, aliquando subdividenda et interrum- penda narralio, ex parte ponenda et imperfecta auginentalione reddenda. » 2. De rhelorica, 30, dans Halm, Rhel. min., p. 472 : « Duplex igitur hujus partis est ratio : aut enim naturalis est ordo, aut oratoris artificio comparatur : naturalis, cum post principium narratio, parlilio, propositio, argumentatio, conclusio epilo- gusque consequitur : artificio oratoris, cum per membra orationis quee dicenda sunl digerimus. » 3. Pseudo-Acronis scholia in Horatium vetusliora, édit. O. Keller (Bibl. leubn.), t. Il. Google LA DISPOSITION. 57 posterius fuit dicendum ; excidium vero patriae reservavit in melius tempus, tunc scilicet quando convivantium mentes majori oblecta- mine Âeneas alliceret et sic incipiens Conticuere omnes... et sicut Terentius, cum dicit Vos istaec intro auferte!.….. » La même doctrine se manifeste aussi dans les commentaires de Virgile, dont l'Enéide fournissait des exemples classiques; et c'est ainsi que Tib. CI. Donat écrit : « Restat ut... hoc debeat nosci, ofdinätionem operis sui sic conlocasse Vergiliam, ut posteriora pri- mitus et prima posterius poneret; nam Siciliensi in parte naufragium descriptum non inter primos labores Aeneae numerabatur... Haec.… quae posterioris temporis fuerunt posuit prima et in aliud tempus superiora distulit, ut in convivio Didonis narrarentur?. » Elle revient fréquemment chez les critiques du moyen âge : chez Bernard d'Utrecht (seconde moitié du x1° siècle), dans son commen- taire de l’Églogue de Théodule : « [ordo] utrum sit scilicet artifi- ciosus vel naturalis vel commixtus sit vel secundum Servium, ut quid prius scriptum vel legenduimn sit innotescat 3 »; chez Conrad de Hirschau (vers 1070-1150) : « Requiritur etiam ordo in librorum principiüis, utrum sit naturalis an artificialis... Naturalem noveris ordinem cum liber juxta gestae rei seriem incipitvr, artificialem ubi hibrôrum principtis ordo debitus non tenetur, sicut Virgilius in Eneide, ubi narrationem rerum gestarum;, id est Trojanae urbis excidium, facit in libro secundo, quod facere noluit in primo »; chez Hugues de Saint-Victor : « ordo... attenditur... in narratione secundum dispositionem, quae duplex est : naturalis, scilicet quando res eo refertur ordine quo gesta est, et artificialis, id est quando in quod postea gestum est prius narratur, et quod prius postmodum dicitur® »; etc. C'est cette même théorie, plus ou moins arrangée, qui reparait dans les arts poétiques. 1. Scholia vindobonensia ad Horalii arlem poelicam, édit. Zechmeister, Vienne, 1877. Le manuscrit est du x° ou du début du xr° siècle. Le commentaire est peut- ètre d’Alcuin ou de quelqu'un de son école. 2. Interprelaliones vergilianae, Prooemiuin, édit. H. Georgius (Bibl. leubn.). 3. J. Frey, Ueber das mittellal. Gedicht Theoduli Ecloga und den Kommentar des Bernhardus Ulrajectensis, Munster, 1904. 4. Conradi Hirsaugiensis dialogus super auctores, édit. Schepss, Wurzbourg, 1889, p. 26. 11 faut noter que Conrad semble utiliser Bernard d'Utrecht comme source ordinaire. 9. Erudilio didascalisca, LI, 9 : De ordine legendi (Migne, t. CLXX VI, col. 771). Dans le même traité, VI, 7 : De narralione exposilionis, Hugues relève l'applica- tion du procédé dans les Écritures. " Go qle 58 | LA DOCTRINE. Traitant de la manière de commencer un poème, Matthieu de Vendôme envisage la question d'un point de vue peu élevé. Il explique qu'il y a ici deux façons élégantes de procéder : l'une est d'employer le zeugma, c'est-à-dire la figure de grammaire qui subsume sous le commandement d’un verbe unique les éléments de plusieurs propositions; l'autre est d'employer l’hypozeuris, qui juxtapose des propositions complètes et pourvues chacune d'un verbe propre. Ïl ajoute qu'en tout état de cause, outre l'emploi de l’une ou l’autre de ces figures, 1l est bon de débuter par.un « pro- verbe », c'est-à-dire par une sentence ou idée générale; et il donne de ces proverbes une longue série d'exemples empruntés pour la plupart aux auteurs anciens. — Évrard reproduit le même ensei- gnement. | | Geoffroi, en reprenant la théorie ancienne de l’ordre naturel et de l’ordre artificiel, recommande le second comme plus élégant. Étant donné, explique-t-il, qu’il y a dans un sujet un commence- ment, un milieu et une fin, l'ordre naturel veut qu'on commence par le commencement. Selon l’ordre aruficiel, au contraire, on peut commencer : soit par le commencement, mais en emplovant pour débuter ou bien un proverbe (sentence, idée générale), ou bien un exemple (citation d’une parole ou d'un fait illustre) : de là deux premières formes du début arüficiel; — soit par le milieu, procédé qu'on peut enrichir par l'emploi ou d’un proverbe ou : d’un exemple : de là trois formes nouvelles du début artificiel; — soit par la fin, procédé qu'on peut également enrichir par l'emploi ou d'un proverbe ou d'un exemple : de la trois formes encore du début artificiel. Au total, l’ordre artificiel comprend huit manières de débuter qui se résument dans le tableau suivant : Début : a nn om — — | - Par le milieu Par la fin Par le commencement avec Par le milieu avec Par la fin avec emploi d'un proverbe emploi d'un proverbe emploi d'un proverbe Par le commencement avec Par le milieu avec Par la fin avec emploi d'un exemple emploi d'un exemple emploi d'un exemple Jean de Garlande (p. 905 et suiv.) reprend la même théorie que Geoffroi. Il y ajoute seulement qu'on observe chez les poètes anciens une neuvième forme de -début artificiel, qui consiste à Google LA DISPOSITION. 59 placer en tête de l'œuvre un prologue et un sommaire, L'observation paraît se rapporter à la comédie. L'usage a subsisté, pendant le moyen âge, dans certaines pièces du genre narratif, dérivé de la comédie ancienne, qu'on a appelé la comédie élégiaque (par exemple, le Querulus et le Geta de Vitalis, ou l’Alda de Guil- laume de Blois). — Jean, en un autre passage (p. 889), donne une longue liste d'exemples de pensées générales ou proverbes. II. Du corps d'œuvre. Pour ce qui est du corps d'œuvre, Geof- froi de Vinsauf et Jean de Garlande sont, parmi les auteurs d’arts poétiques, les seuls à en traiter. Geoffroi (Documentum, [, 2 et suiv.) n'examine que la façon de rattacher la suite au commencement, et il distingue deux cas selon la nature de ce commencement. Si l’on a commencé par le début naturel, il n’y a aucune difficulté à poursuivre : les faits se pré- sentent d'eux-mêmes. Si c’est par le milieu ou par la fin, on enchaîne au moyen d'un pronom relatif placé en tête de phrase. Si c'est par un hp pe on emploie une formule qui signifie « c’est ce que prouve. : Si c'est par un exemple, une lormule qui signifie « c'est ainsi que... » Et c'est tout. | Jean (p. 911) indique que les parties constitutives de l’œuvre sont l’exorde, la narration, la pétition, la confirmation, la réfutation et la conclusion. Évideminent cette théorie, prise à la rhétorique ancienne, ne trouve pas son application dans la poésie narrative, mais seulement dans le genre oratoire, comme le sermon, le genre épistolaire et, en quelque mesure, certaines compositions morales et lyriques. | III. Des façons de terminer. Sur la façon de terminer, Matthieu de Vendôme (IV, 49) donne quelques exemples, entre lesquels on remarque surtout, comme étant de l'application la plus générale, ceux qui recommandent l'emploi d'une idée générale et l'adresse de remerciements à la divinité inspiratrice. Geoffroi (Documentum, T1, 1) note rapidement qu'on termine, comme on commence, de trois façons : ou sur le sujet mème, ou par un proverbe, ou par une idée générale. Les préceptes précédents expliquent un assez bon nombre de traits des œuvres littéraires. À la vérité, la composition n’a pas été le souci dominant des Google 60 LA DOCTRINE. écrivains du moyen âge. Beaucoup de romans, et des plus réputés, manquent totalement d'unité ct de proportions. On se l’explique si l’on considère qu'ils n'ont pas été faits, en général, pour soutenir l'examen d'un public qui lisait et pouvait commodément juger de l’ensemble, mais pour être entendus par des auditeurs auxquels on les lisait épisode par épisode. Cependant, si, à ce point de vue, les auteurs semblent souvent manquer d'art, ils s'astreignaient en fait à des convenances qui, pour n'être pas les nôtres, n'en sont pas moins des convenances. [ls savaient, par exemple, quels effets on peut tirer de la symétrie de scènes formant diptyque ou triptyque, d’un récit habilement sus- pendu, de l’entrelacement de narrations conduites simultanément. Ce genre d'habileté relève du génie individuel: mais il y avait aussi des formules toutes faites qui s’offraient à tous . artisans, et 1l est curieux de voir s'établir, par exemple, le type du roman qu'on: pourrait appeler généalogique, où l'histoire amoureuse de deux héros est précédée de celle de leurs parents : Tristan, Cligès, l'Es- coufle, etc. L’ enseignement des arts poétiques, qui ne brille pas par l’enver- gure des conceptions, paraît avoir agi précisément par ce qu'il con- tenait de plus superficiel et de plus mécanique; mais ç’a été une action très réelle, dont la littérature porte les marques. Ce n’est pas ici le lieu de traiter une question qui pourrait fournir la matière d’une longue étude : pour donner un seul exemple, on rappellera cependant le très grand nombre d'œuvres qui débutent par un de ces proverbes ou exemples recommandés par les théoriciens : les romans de Troie, d'Érec, de la Rose, la Vie de saint Thomas Bec- ket, la Vie de sainte Paule, etc.; et, sans doute, est-ce par une extension de ce procédé que s’est établi l'usage des généralités morales sans rapport avec le sujet qui servent couramment de préambule à toute espèce de contes et de romans à partir d'une certaine époque. Google CHAPITRE Il DE L'AMPLIFICATION ET DE L'ABRÉVIATION L’amplification et l’abréviation tiennent dans les arts poétiques une place importante. Le terme d'amplification (amplificatio, dilatatio) vient de loin : il était déjà employé par les rhéteurs de l’antiquité; mais c’est dans une acception toute nouvelle que le prend le moyen âge. Par « amplifier », les anciens entendaient « rehausser (une idée), la faire valoir! » : ainsi font encore, à une époque tardive, certains de leurs imitateurs directs, comme Alcuin. Mais les théoriciens du xu° et du xu° siècle entendent par là « développer, allonger (un sujet) », Dans tout le reste de la présente étude, c’est dans ce der- nier sens que le mot, sans autre avis, devra être compris. Parallèlement, c'était aux idées que les anciens appliquaient la diminution et l’atténuation? : les théoriciens du moyen âge les ont appliquées à la rédaction, et ces nn consistent seulement pour eux à raccourcir. La théorie de cette double tâche, sioliéér et abréger, dont Matthieu de Vendôme ne parle pas, est exposée par Geoffroi de Vinsauf, Évrard l’Allemand et Jean de Garlande. I. L'AMPLIFICATION. (Geoffroi de Vinsauf, Poetria, v. 219; Documentum, I], 1; Évrard, v. 299; Jean de Garlande, p. 914.) L’'amplification est la grande chose; elle est la principale fonc- tion de l'écrivain. Pour yÿ réussir, les théoriciens indiquent les procédés suivants : 1. Quintilien, VIII, 4. 2. Quintilien, VIIT, 4 (deprimere, minucre). Google 02 LA DOCTRINE. Geoffroi Evrard Jean Sete CT A NS Poetria Documentum 1. L'interprelalio et l'expolilio ? 2. La périphrase 2 Î 3 3. La comparaison | 3 4. L'apostrophe o et ses ornements : 4 el ses variétés : a) exclamatio conduplicatio b} conduplicatio exclamatio c) subjèectio subjeclio d) dubitatio dubitatio | à interprelalio 5. La prosopopée À 5 4 6. La digression 3 6 1 7. La description ‘; 1 7 2 8. L' « oppositum » 8 Ainsi, ces procédés sont au nombre de huit selon la Poetria nova et le Laborintus,; de neuf d'après Jean de Garlande. Le nombre de huit est le plus généralement admis. Le manuscrit d’Admont n° 637 porte, au folio 58}, l'indication abrégée Zn. cir- cum. con. a. pr'o. di. de. con., qui doit être résolue, comme l’a remarqué M. G. Mari!, en : /nterpretatio, circumlocutio, compa- ratio, apostrophatio, prosopopeia, digressio, descriptio, contrarie- tas. Le manuscrit de la Bodléienne Laud. misc. 707 contient un traité que le catalogue mentionne en ces termes : Quot modis fieri potest dilatatio in themate. Inc. : Octo modis potest fieri dilatatio. Dans la Rhétorique de Jean de Sicile (Bibl. nat., ms. lat. 14174, fin du xm° siècle, fol. 9 v° b; cf. mème dépôt, ms. 16617, fol. 216 v° a), on lit : « Sunt octo quae nos adjuvant ad materiam ampliandam, scilicet interpretatio, cireuitio, superlatio, apostropha vel exclama- tio, prosopopeia sive conformatio, disgressio, notatio vel secundum quosdam descriptio?. » On remarque, par surcroît, que le dénom- brement des procédés concorde dans la plupart de ces textes avec celui qu'indique la Poetria nova. Toutefois, 1l y a d’autres écrits où il est différent : ainsi dans le De dilatatione sermonum du manuscrit de la Bibliothèque nationale, lat. 16530, fol. 1 et suiv., où l’on trouve bien annoncés huit procédés d'amplification, mais où l’énumération en indique en fait neuf, et sensiblement autres qu ceux de nos arts. | M ME 1. Dans sa description du manuscrit, en tête de l'édition de la Poetria de Jean de Garlande, p. 884. 2. On remarquera que, dans l'énumération, il n'y a que sept termes {et cela dans les deux manuscrits) : il manque l' « oppositum ». D'autre part, au lieu de super- latio (hyperbole), il faut sans doute lire co/latio. Google L'AMPLIFICATION. 63 Voici, en prenant la Poetria pour base, le détail des moyens d'amplifier [° EL « INTERPRETATIO » ET L' & EXPOLITIO ». Le procédé qni consiste à accumuler les mots et les expressions autour d’une même pensée en vue de l’amplifier est désigné chez les rhéteurs anciens par des noms divers, notamment ceux de per et, en latin, de congeries?. Ce qu’en disent les théoriciens du moyen âge se rattache à l’in- terpretatio et à l'expolitio telles que les définit Cornificius aux figures de mots (Rhet. ad Her., IV, 28) et aux figures de pénsée (tbid., 42-43). Cornificrus s'exprime en ces termes : Interpretatio est quae non iterans idem redintegrat verbum, sed id commutat quod positum est alio verbo, quod idem valeat, hoc modo : « Rempublicam radicitus evertisti, civitatem funditus dejecisti », etc. Expolitio est quum in eodem loco manemus, et aliud atque aliud dicere videmur. e Cette dernière figure se présente sous des formes diverses. Elle consiste : 1° A dire la même chose, mais en variant l’expression, soit par les mots, soit par le ton de la voix, soit par le tour de la pensée, qui revêt la forme du dialogisme ou celle de l'interrogation ; elle se résume alors en ces formules : eamdem rem dicere, sed commutate : 1° verbis 2° pronuntiando 3° tractando ( a) sermocinatione b) exsuscitatione 2 À parler de la même chose, en utilisant sept procédés : l’énoncé du fait, la preuve, la sentence, les contraires (voir aux figures de mots), la similitude, l’ exemple (voir, pour ces deux pro- cédés, les figures de pensée), la conclusion; elle se résume alors en ces formules : de eadem rem dicere : 1° rem simpliciter pronuntiare 1. Ratilius Lupus, 1, 2, dans Halm, Rhel. min., p. 4; Carmen de figuris, Ibid., p. 68; Schemala dianoeas, 37, I1bid., p. 75. 2, Quintilien, VII, 4, 26. Google 64 LA DOCTRINE. 2° rationem subjicere 3° pronuntiare sententiam | vel sine rationibus vel cum rationibus 4° afferre contrarium 5° similitudo 6° exemplum 7° conclusio C’est l’interpretatio qui est ordinairement indiquée dans nos trai- tés comme procédé d'amplification (Poetria nova, v. 219; Docu- mentum, 1, 29; Évrard, v. 309; Jean, p. 916). On remarquera qu'elle se confond avec la première forme de La put Fou dem rem dicere, sed commutate). Les écrivains, en latin et en français, en ont fait un large emploi. Parfois, on peut considérer les nés qui s'en présentent comme de simples ad libitum. C'est le cas pour le suivant : L Postmodo conspectüi hiems praesentatur, Corpus fumo foetido totum denigratur, Congelantur labia, facies rugatur, Pondere caesaries glaciei tota gravatur. Donec miror talia, mihi praesentatur Hiems; supercilia squalent, denigratur Corpus, livent labia, facies rugatur Crispaturae nescia, glacie coma tota gravatur. Ou encore dans le poème sur Troie Fervet amore Paris : Aufert Tindaridem, remeat; furor urit Atridem, Insequitur Paridem conjugiique fidem. Temptat Tintaridem; favet illa, relinquit Atridem Prompta sequi Paridem, passa perire fidem". Dans un grand nombre d’autres exemples, on voit des textes de poésies antiques, notamment des épigrammes, servir de point de départ à des amplifications qui utilisent le procédé en question : M. C. Pascal en a recueilli plusieurs?. On peut voir là de simples exercices d'école. 1. Textes publiés par W. Meyer, dans les Gült. Nachrichten, 1907, t. I, p. 237. 2. Poesia lalina medievale. Le miscellanee did di Ildeberto. Voir surtout p. {5 et suiv. Google L'AMPLIFICATION. 65 Mais le procédé s'étale aussi dans des pièces qui se donnent pour des compositions d'art. Dans l'Alda de Guillaume de Blois, on pourrait citer presque intégralement les deux discours d'Ulfus et d’Alda : je renvoie en particulier aux vers 55-60 et 83-90. Même usage de la recette dans le Miles gloriosus, notamment aux vers 79-88, 91-95, 245-250, etc. En français, la formule donne des résultats de ce genre-ci : Eneas 1339 Ja mais n'avreiz nul bien del mort : Faites del vif vostre deport. El mort n’a mais recovrement : | : : : 1° reprise Faites del vif vostre talent. | Fols est ki por mort se consire; Sai que est veirs et si l'oi dire : Tenir estuet le mort al mort, Le vif al vif : co est confort. 2° reprise _… Une forme particulière de l'interpretatio consiste à exploiter l'étymologie (en latin nota ou notatio). Les anciens rangent l’étymo- logie parmi les lieux de l'invention! : leur théorie est reprise par les écrivains postérieurs?. Dans les arts poétiques, ce point est traité par Matthieu de Vendôme (I, 78) et par Jean de Garlande (p. 892). Une glose du mauuscrit latin 18570 de la Bibliothèque nationale, aux vers 41-44 du Laborintus, fournit ces précisions curieuses : « [Inter- pretatio] aliquando fit per litteras, aliquando per syllabas, aliquando per dictiones. In litteris exemplum : « Mors rapuit Heinricum »; prolongamus : « Meta ommium Ferwn sensibilium rapuit Heinri- cum ; … Deus... : dans mernam uitam suis; dare : Deus altissimus rex eternus;... cor... : Camera omnipotentis regis. » — Exemplum in syllabis, ut « ecce cadawgr » : « ecce carnem datam vermibus ». Fredericus... fre fremuit in mundo, de destruit alta profunde, ri mala rimarum, cus æuspide ‘acta. Philippus..…. phy nota fœtoris, lippus nocet oculis; 'phi nocet et lippus nocet; omnibus ergo Philippus nocet. — Tertio fit per dictiones, ut materia, quae mater altera:l?); fortuna, quae forte una; etc. » Les œuvres littéraires exploitent volontiers ce procédé. Ernold le 1. Cicéron, Topiques, 8; De invenlione, 1, 24; Quintilien, V, 10, 30. 2. Martianus Capella, De rhetorica, 23. FARAL. 5 Google 66 LA DOCTRINE. Noir “explique le nom de Louis à la fois par le latin et par le ger- manique : 45 Nam Lhudowicus, enim ludi de nomine dictus, Ludere subjectos pacificando monet. Seu quis franciscam mavult reserare loquelam, ,: Nominis et possit noscere notitiam : Nempe sonat Hluto « praeclarum » , Wicgch quoque « Mars » Unde suum nomen composuisse patet. | [est, De même, au vers 344, 1l explique que Francus vient « a feritate ». À une époque plus tardive, voici un jeu sur Fortuna : En ego Fortuna, si starem sorte sub una Et non mutarer, nunquam Fortuna vocarer !. Les comédies élégiaques en fournissent toute une série : à propos de Querulus : Aulularia 43 Natus ego, ut quererer semper, Querulusque vocatus, Ut vivam querulus et mea fata querar; à propos de Davus : Baucis 188 ... Davus dicor, nil dans nisi vana : Efficiar Davus nec nisi vana dabo: a propos de Birria : Ibid. 221 Birrhia non dicor quia vir derisor amantum. a Pipe de Spurius : Alda 169 Pyrrho servus erat et nomen | Spurius li Nec deerat talis nominis omen ei; à propos de Lusca, dont le nom fournit la matière des vers 155- 174 2 la Lydia; à propos de Polla : panlinui et Polla 411 Nomine Polla vocor, quia polleo moribus aliis. En français, Hélinand, dans ses Vers de la Mort, Joue sur les éty- _ mologies mort < morsus mali; Rome < rongier (str. XIIT); cardi- nal < cher don (str. XIV); etc. Dans Cligès, les vers 962-87 ne 1. J. Werner, Laleinische Sprichuôrter, p. 26. Google L'AMPLIFICATION. 67 sont que variations ininterrompues sur le nom de Soredamors. Voici, dans la Vengeance Raguidel, la remarque d’un des personnages : 4387 Et por çou ai nom Druidain Que je dois estre drus Ydain. On sait enfin quel thème inépuisable pour ce genre d’exercice ont été les noms de Marie!, d'Adam, d’Eve, etc. Le procédé est simple : son succès s'explique. Plus compliquée est l’e.cpolitio, telle que Cornificius en décrit le mécanisme : elle n’en a pas moins été étudiée de près, et un exemple très net de son application est fourni par le prologue de Wace à son Roman de Rou. Avec l’interpretatio et l'expolitio, la frequentatio a des rapports étroits : c'est aussi un bon moyen d'amplification. Cornificius (IV, 40) en donne la définition suivante : « Frequentatio est quum res in tota causa dispersae coguntur in unum... hoc pacto : Suae pudi- ciliae proditor est, insidiator alienae; cupidus, intemperans, petu- lans, superbus; impius in parentes, ingratus in amicos, infestus in cognalos, in superiores contumax, in aequos et pares fastidio- sus, in inferiores crudelis, denique in omnes intolerabilis. » C'est à cette figure que se rapportent des énumérations du genre de celles-ci : Méraugis 208, 7 C'est mes deduitz, c'est mes depors, C'est ma joie, c'est mes confors, C'est quanque j'aime, c'est ma poissance, C'est ma baniere, c’est ma lance, C'est mes desirs, c'est ma richesce, C'ést mes escutz, c’est ma proësce. C'est ma cheance, c'est mes pris, C'est tous li monds, c’est mes avis, C'est mes chastiaus, c'est mes tresors, C'est ma force, c'est mes biaus cors, C'est ma main destre, c'est ma dame, C'est moi meïsmes, que c'est m'ame, C'est mes solaz, c'est quanque j'ai, C'est la santé dont je garrai, C'est ma loiauté, c'est ma foi. 1. Même chez les poètes mondains. Voir, de Tibaut de Champagne, la chanson : « Dou tres dous nom... » (édit. Tarbé, p. 121). Google 68 LA DOCTRINE. [19 LA PÉRIPHRASE. { Perifrasis, circumlocutio, circuitio, circuitus eloquendi.) Elle est définie par Çorpificius (IV, 32) parmi les tropes : « Cir- cuitio est oratio rem simplicem assumpta circumscribens elocutione. » Matthieu de Vendôme (IV, 20) n'en parle que comme d’un moyen soit de donner de l’éclat aux choses, soit d’en atténuer la laideur : c'est l’emploi qu’en indiquaient les anciens. Mais Geoffroi (Poetria nova, v. 226; Documentum, I, 11), Évrard (v. 305-8) et Jean (p. 915) s'accordent pour la classer parmi les procédés d'amplifica- tion. La figure est trop courante et trop connue pour quil soit néces- saire d'y insister. Pour le français, on trouvera des exemples grou- pés dans les ouvrages de Rennert, p. 33 et 104, de Keller, p. 32, et de Boerner, p. 8. ITI9 La comMPARAISON. # (Matthieu, IV, 3 : comparatio; Geoffroi, Poetria, v. 246 : collatio; Documentum, 11, 21 : comparatio et similitudo; Evrard, v. 313 : collatio.) Cicéron écrit dans le De inventione, I, 30 : « Comparabile.. est quod in rebus diversis similem aliquam rationem continet. Ejus ‘partes sont tres : imago, collatio, exemplum. » Cornificius, traitant de la similitudo (IV, 45-48), la définit ainsi : « Similitudo est oratio traducens ad rem quampiam aliquid ex re dispari simile. » C'est-à-dire : « La similitude est un développement qui applique à une idée certains éléments empruntés à une idée différente. » Il en distingue quatre formes. Les deux premières, la similitude fc per contrarium » et la similitude « per negationem », ne nous intéressent pas 1c1. Les deux autres sont la similitude « per brevitatem » et la similitude « per collationem ». La similitude « per brevitatem » consiste dans un raccourci où l'idée à laquelle on emprunte la comparaison se mêle, dans une même construction grammaticale, à l'idée qu'on éclaircit par cette comparaison « Non... res ab re separata est, sed utraque res conjuncte et confuse comparata. » La similitude « per collationem », au contraire, éta- 1. Quintilien, VILLE, 6, 59 et suiv. Plus tard, Bède, De (ropis, dans Halm, Rhet. mnin., p. 614. Google L'AMPLIFICATION. 69 blit un parallèle en règle, où les deux termes, l’idée qu'on compare et l’idée à laquelle on compare, constituent des membres de phrase distincts, qui se font pendant et qui sont reliés entre eux au moyen des expressions grammaticales qui en sont l'instrument consacré!. Cornificius traite d'autre part (LV, 49) de l imago, qui, elle, rap- proche non plus deux idées, mais deux êtres : « [RE est formae cum forma cum quadam similitudine collatio. » La figure a un rap- port étroit avec la similitudo. Les rhéteurs anciens, qui traitent de la comparaison non seule- ment parmi les arguments oratoires, mais aussi parmi les ornements de style, ne marquent pas d'observer qu’elle trouve un large emploi dans la poésie. Matthieu de Vendôme enseigne qu'elle ne doit pas ètre tout à fait condamnée, mais qu'il faut s’en servir peu. Il était permis aux anciens, explique-t-il, de donner de l'ampleur à leur matière en y ajoutant des gentillesses et de compenser la pauvreté d’un sujet par la richesse dé certains ornements; mais les modernes doivent se l'interdire. Évrard reprend à son compte u même condamnation. Geoffroi, moins sévère, admet à la rigueur la comparaison; mais, reprenant la distinction de Cornificius entre la similitudo « per col- lationem » et la similitudo « per brevitatem », c'est à cette dernière que vont ses préférences. Toutefois, ce n’est pas sur l’idée de briè- veté qu'il insiste : c’est sur celle que les deux termes de la compa- raison doivent être fondus ensemble, sans qu'il y ait d’articulation grammaticale. | Dans la pratique, et pour ce qui est de la comparaison abré- gée, la littérature en fournit, à toutes les époques, en latin et en langue vulgaire, des exemples extrèmement nombreux : « plus bele que fée, noir comme diable, rouge comme charbon, fier comme lion, plus isnel que chevreus, etc. ». On en trouvera de longues listes dressées, pour les chansons de geste, par Rennert, p. 44; pour Wace, par Keller, p. 40; pour Chrétien de Troyes, par Grosse, p. 157; pour Raoul de Houdenc, par Bærner, p. 9. Mais la comparaison par parallèle tombe en défaveur marquée à partir du’ xr° siècle. Précédemment, Îles écrivains du 1x° et du t. Même distinction dans Quintilien, VII, 3, 77 : « Similitudo... interdum libera et separata est; interim, quod longe optimum est, cum re, cujus est imago, con- nectitur, collatione invicem respondente, quod facit reddilio contraria, quae &vra- roboatc dicitur. » Cf., dans les méines termes, C. Julius Victor, 22. Google 70 LA DOCTRINE. x° siècle en usent volontiers et même la recherchent. Il y en à beaucoup, et quelques-unes de très réussies, dans le Xarolus magnus et Leo papa, dans le poème d’Ermold le Noir sur le roi Louis, dans le Berengarius. On ne saisit pas bien les raisons pour lesquelles le goût s’est ensuite transformé. Toujours est-il que la comparaison n apparait plus qu'exceptionnellement dans les chan- sons de geste, de même que dans tous les autres genres littéraires. Dans les remaniements de sujets antiques, l’Eneas, le Roman de Troie, le Philomena er les œuvres analogues, les adaptateurs la suppriment partout où leur modèle s’en est servi!. Des exceptions se présentent. On en trouve plusieurs, par exemple, dans le Roman des eles, où l'auteur fait des parallèles entre le inarchand qui éprouve l'or à la.pierre de touche et le ménestrel qui distingue dans les cours les ‘belles coutumes et les mauvaises (v. 55 et suiv.), entre celui qui engloutit un morceau sans le savourer et celui qui ne reçoit de présent qu'à la fin de ses services (v. 212 et suiv.), entre le chien qui empêche la vache de paitre et l’envieux qui empèche autrui de jouir de son bien (v. 401 et suiv.), etc. Mais ce ne sont que des exceptions. Il ÿ aurait un sujet d'étude dans les différences que présentent, à ce point de vue, les genres, les époques et les auteurs. [V° L’'APOSTROPHE. {(Apostropha, exclamatio. | Sous ce nom, les rhéteurs anciens? désignent le procédé qui con- siste à se détourner du juge pour s'adresser directement à l'adver- 1. L'auteur de l'Ovide moralisé (Romania, L. XXII, 1892, p. 271) fait la curicuse remarque que voici : | Car trop est Omer de grant pris; Mes il parla par melaphore. Pour ce li clers de Sainte More, Qui n'entendoit que voloit dire. Li redargüa sa matire. Si c'est une allusion aux vers 45 et suiv. du Homan de Troie, elle trahit la pensée de Benoît de Sainte-Maure, qui ne dit rien de pareil. Mais il n'en reste pas moins un jugeinent intéressant en soi sur l’art de l'{lias lalina et qui porte peat-être sur l'emploi des comparaisons. | | 2. Quintilien, IV, 1, 63 et suiv., et IV, 2, 106 (en ce dernier passage, sous la dési- gnalion sermo aversus judice); Aquila Romanus, 9, dans Halm, Ahel. min., p. ?5 (qui ne donne que le terme et sa traduction aversio); Fortunatien, Ars rhel., 11, 19, dans Halm, p. 112; C. Julius Victor, 15 et 16, tbid., p. 493; Marlianus Capella, Google L AMPLIFICATION. | saire. Mais ce qu'entendent par là les auteurs d’arts poétiques, c'est la figure que les anciens nommaïent exclamatio et qui con- siste simplement à interpeller une personne ou un objet quel- conque!. Cornificius (IV, 15) définit l’erclamatio en ces termes : « Exclamatio est quae conficit significationem doloris aut indigna- uionis alicujus per hominis; aut urbis, aut loci, aut rei cujuspiam compellationem. » C'est-à-dire : « L’exclamation sert à renforcer l'expressron de la douleur ou de l’indignation en interpellant un homme; une ville, un lieu, un objet queloonqué. » [l ajoute qu'on l'emploie « cum rei magnitudo postulare videbitur », « quand la grandeur du sujet l'exige ». Les théoriciens du moyen âge se sont-ils mépris sur le sens de l'expression rei magnitudo? Ont-ils entendu par là « ampleur de développement »? Il se peut, et on s'expliquerait ainsi qu’ils fassent figurer l’ apostrophe parmi les procédés d’ amplification. Matthieu de Vendôme ne la mentionne pas; mais Geoffroi, dans la Poetria (v. 264), lui fait une large place et en donne des exemples nombreux, complaisamment développés, afin de bien montrer toutes les ressources qu'elle offre. Dans le Documentum (I, 24), on lit que | apostrophe peut s'or- ner de quatre couleurs de rhétorique, qui sont l’erclamatio, la conduplicatio, la subjectio et la dubitatio. Jean de Garlande (p.914) reproduit la même idée, et probablement d'après le Documentum. C'est ce que semblent indiquer certaines particularités de son texte, qu'on peut tenir pour des erreurs d’in- terprétation. En effet, il cite les couleurs de rhétorique non comme des ornements (exornationes), mais comme des variétés de l’apo- strophe (sub hac ultima [apostrophatione] intelliguntur quinque colores rhetorici.. ce qui est à peu près absurde ; de plus, 1l nomme parmi ces couleurs, et toujours comme variété de l’apo- strophe, l’énterpretatio, qui vient, dans le Documentum, à la suite de l’ ‘apostrophe et de ses ornements, non point comme s ‘y rappor- tant, mais, ainsi qu'il est logique, comme un autre et nouveau pro- cédé d’ amplification. Parmi les exemples que donne Geoffroi, trois sont des apo- De rhelorica, 38, ibid.. p. 478 (avec la traduction conversio). J. Rufianus, De sche- mais lexeos, 25, ibid., p. 54, donne aussi la traduction conversio, mais entend le procédé assez différeminent. 1. Cicéron, De Oratore, 1II, 54, 207; Quintilien, IX, 2, 27, et IX, 3, 97; Carmen de figuris, dans Halm, p. 66, la nominent sans s'étendre. Google 72 LA DOCTRINE. strophes à des individus, repris celui-ci pour sa joie excessive, celui-là pour sa présomption, le troisième pour sa pusillanimité, Un autre exemple est une apostrophe à l'Angleterre, sur le thème de son imprévoyance. Un autre est une complainte sur la mort du roi Richard Cœur-de-Lion. D’autres enfin, d’un ton moins grave, montrent comment l’apostrophe s'allie à l'ironie et à la raillerie. Tous sont à étudier de près. Le plus important de beaucoup est la complainte sur la mort du roi Richard, en raison du vaste champ offert par la littérature à l'application du procédé qu'il illustre. La complainte sous toutes ses formes, complainte funèbre, complainte sur des infortunes diverses, ruines de villes, défaites, séparations, a été abondamment cultivée, soit isolément et pour elle-même, soit dans des ouvrages où elle n’entrait que comme élément. Or, l’apostrophe y est d’un emploi courant et, à partir du xr° siècle, en constitue une pièce de style : apostrophes aux personnes défuntes ou aisparues, apostrophes à des abstractions personni- fées, la Mort, l'Amour, la Fortune, apostrophes à des objets inani- més, la terre, un pays, une ville, une chambre, une épée, etc. C'est un fait dont les exemples se relèvent par centaines : il est intéres- sant d'en voir le principe formulé dans les traités d'école. Vo LA PROSOPOPÉE. Elle est nommée de façons diverses : fictio personarum1, confor- matio*?, deformatio ou effiguratios. C’est une figure d'application étendue. | | | Prise en son sens le plus large, celui de paroles prêtées à des per- sonnes mortes ou absentes. ou à des objets inanimés, elle n'est pas seulement l'ornement accidentel d’un discours : elle peut consti- tuer, à elle seule, un discours entier. Quintilien{ considère comme de véritables prosopopées les suasoriae où l’on s’exerçait, dans les écoles, à faire parler César, ou Cicéron, ou Caton, ou tel autre : exercice excellent pour les poètes et les historiens qui out à peindre des personnages et qui leur prêtent des discours supposés. On sait quelle place tiennent les compositions de cette sorte dans 1. Quintilien, IX, ?, 29. 2. Aquila Romanus, If, 3, dans Halm, Rhet. min., p. 23; Cornificius, IV, 53. 3. Julius Rufianus, De Schemalibus dianoeas, |, dans Halm, p. 62. 4. HI, 8, 49 et suiv. Cf. IX, 2, 30 et suiv. Google L'AMPLIFICATION. 73 l’œuvre des Salluste, des Tite-Live, des Virgile, des Ovide et des autres. | En un sens plus restreint, elle consiste spécialement à faire par- ler soit des morts comme s'ils étaient encore vivants, soit des objets inanimés. Cornificius (IV, 53) la définit ainsi : « Conformatio est cum aliqua quae non adest persona confingitur quasi adsit aut cum res muta aut informis fit eloquens et formata et ei oratio attri- buitur ad dignitatem accommodata aut açtio quaedam. » « La pro- sopopée évoque comme si elle était présente une personne absente; elle prête aux êtres muets ou abstraits un langage et une forme physique et les fait parler ou agir selon leur natureï. » Ce qui paraît avoir frappé le plus les théoriciens postérieurs, c’est l’attribution de la parole à des êtres inanimés. Bien que son analyse de la figure soit plus comprénensive, déjà Cornificius n’en donnait d'exemples que dans ce dernier emploi. C’est le mème qui prévaut dans Priscien? et dans [sidoreÿ. C'est le même que retiennent les auteurs d'arts poétiques. Geoffroi, dans la Poetr:ia (v. 461), rappelle, parmi les exemples classiques, celui de la Terre gémissant sur l'incendie allumé par Phaéton (Métamorphoses) et celui de Rome pleurant la mort de César (la Pharsale)*. Il en ajoute de nouveaux : une plainte de la Sainte-Croix; le défi d’un château fort, peut-être le Château-Gail- lard, à la France ; et, dans le genre familier, l’adieu d’une vieille nappe à la table. Évrard (v. 321) ni Jean (p. 914) n’ajoutent rien d’intéressant. La prosopopée est étroitement apparentée à la personnification, dont le moyen âge à poussé l'emploi jusqu'à l'abus. Il est inutile d’en citer des exemples : ils abondent. Le De consolatione Philoso- phiae de Boëce et le De planctu Naturae d'Alain de Lille sont parmi les plus illustres. On en trouvera ici même, dans le Laborin- Lus, aux vers 15 et suiv. (plaintes de la Nature), 83 et suiv. (pré- dictions de la Fortune), 129 et suiv. (commandements de la Philo- sophie), 253 et suiv. (commandements de la Poésie). 1. De même Rutilius Lupus, 11, 6, dans Halm, /thet. min., p. 15. 2. Praeexercitamina, 9. 3. De rhelorica, 13 et 45, dans Halim, Rhel. min., p. 514 et 522. 4. Mèmes exemples dans le Documentum (11, 2?) et, en plus, celui de la prosopo- pée de l'Afrique dans Claudien. Google 7% LA DOCTRINE. VI° La DiIGRESSION. [n'y a rien chez les rhéteurs anciens qui corresnonde exactement à ce que les auteurs d'arts disent de cette figure!. Geoffroi de Vin- sauf (Poetria nova, v. 527; Documentum, 11, 17) en distingue deux espèces. La première consiste à sortir du sujet; elle a lieu quand on emploie des comparaisons ou similitudes. La seconde consiste à anticiper sur la suite des événements pour reprendre ensuite, en revenant sur ses pas, le fil du récit : c'est ce qui arrive quand, vou- lant raconter qu'Actéon fatigué vint s'asseoir auprès d’une fontaine, on commence par décrire la fontaine; ou quand, voulant raconter la séparation de deux amants au printemps, on commence par décrire le printemps. | | Évrard (v. 325), sans faire la distinction, cite seulement comme exemple chez Lucain la description d'Antée aux prises avec Her- cule. Jean de Garlande (p. 193), différant de Geoffroi, considère qu'on reste dans le sujet quand on fait une description ou une comparaison : on en sort quand on y insère une fable ou un apo- logue. | | La digression se confond en partie avec la comparaison, dont il a été question précédemment, en partie avec la description, dont il sera question plus loin. Les exemples qu'en offre la littérature sont nombreux, et les auteurs qui l’emploient ont bien conscience de ce qu'ils font. Dans l'Alda, l'esclave Spurius, dont Pyrrhus sollicite le concours pour approcher son amante, commence sa réponse par une longue dissertation sur la toute-puissance des présents : il sait, l'ha- bile homme, que c'est une digression : 235 Miraris quorsum tendat digressio nostri Sermonis : videor currere praeter iter. Accipe quo tendat.… Très souvent aussi les auteurs de langue vulgaire soulignent les écarts qu'ils font de leur sujet en des termes où transparaîil leur information théorique. Ainsi Raoul de Houdenc, dans Méraugis : 57, 17 Mais plus avroit en mon sermon Et maintes foiz vous sermonasse 1. Cicéron, De inventione, 1, 19 et 51 (cf. C. Julius Victorinus, 1, 19 et 51, dans Halin, Ahel. min., p. 201 et 255); Cornilticius, 1, 8; Quintilien, IV, 3, t et suiv. Google 1, AMPLIFICATION. 75 De lui, si d’itant ne doutasse Que li sermons vous anuiast. Por ce, et por ce que me hast De la matire raconter, Vous fais ci le sermon ester. Ou, dans la Voie de Paradis : 506 Or revenrai a ma matere. VII° LA DESCRIPTION. La description peut porter sur des objets divers : « Descriptio est oratio colligens et praesentans oculis quod demonstrai. Fiunt autem descriptiones tam personarum quam rerum el temporum el status et locérum et multorum aliorum. Personarum quidem, ut apud Vergilium : En. 1,315 Virginie os habitumque gerens et virginis arma Spartanae; rerum vero, ut pedestris proelii vel navalis pugnae descriptio ; tem- porum autem, ut veris vel aestatis; status, ut pacis vel belli; loco- rum, ut litoris, campi, montium, urbium'. » xaminons successi- vement : les descriptions de personnes; les descriptions d'objets; les descriptions de scènes. | 1° LES DESCRIPTIONS DE PERSONNES. — Parmi les textes anciens qui s’y rapportent, les principaux sont : Cicéron, De inventione, 1, 24-25 (cf. le commentaire de Victorinus et le traité anonyme De attribu- lis personae et negotio, p. p. Halm, het. min., p. 305); Cornifi- cius, Rhétorique à Herennius, IV, 49-50 (effictio et notatio); Quin- tilien, VIII, 64-73 (cf. le commentaire de C. Julius Victor, 22, dans Halm, Rhet. min., p.436); Priscien, Praeerercitaminu, 7 (De laude) et 10 (De descriptione) [cf. De Ethopoeia et Emporius, Praecep- tum demonstrativae materiae, dans Halm, Rhet. min., p. 562 et 567]: Horace, Art poétique, v. 114-127 et 158-178. _ Les arts poétiques du moyen âge font à ce genre de descriptions ‘une place importante : c'est à elles qu'est consacré, en majeure partie, le traité de Matthieu de Vendôme. A l'ampleur de l'étude qu'il leur consacre, au soin qu'il met à en détailler les principes, au nombre et à l'étendue des exemples qu'il en propose, 1l est 1. Priscien, Praeerercilamina, 10. Google 76 LA DOCTRINE. visible que Matthieu considère la description comme l’objet suprême de la poésie. C'est chez lui que cette conception se trouve formulée pour la première fois, au moins à notre connaissance. Elle doit être mise en regard des innombrables descriptions dont four mille la littérature de la seconde moitié du xn° siècle et qui en sont un des traits originaux. L'Art de Matthieu est la théorie de cette mode nouvelle : texte d'autant plus digne d'attention qu'il ne repré- sente pas seulement le point de vue d’un auteur isolé, mais qu'il se rattache à l’enseignement des écoles illustres d'Orléans, où Matthieu étudia et probablement professa. Geoffroi de Vinsauf ne traite pas, à proprement parler, de la description de personnes : il considère le sujet comme rebattu; mais il en donne complaisamment des modèles (Poetria, v. 554; Documentum, 1, 3). Évrard lui consacre une mention de quatre vers (Laborintus, v. 329) : les dimensions de son poème ne permettaient pas davantage. Jean de Garlande en donne un exemple en prose (p. 915). Enfin le petit traité Debemus cunctis proponere... lui est réservé pour plus de la moitié. À) Destination de la description. L'objet principal du genre ora- toire que les anciens ont appelé démonstratif est l'éloge et le blâme!, et le moyen par lequel on y atteint est la description. Cetie vertu de la description est expressément énoncée par les théoriciens du moyen âge (Matthieu, I, 59), et c'est la fonction essentielle qu'ils lui assignent. En apparence, l'idée est accessoire ; elle est, en fait, d'importance considérable : elle explique que, dans toute la littérature du moyen âge, la description ne vise que très rarement à peindre objectivement les personnes et les choses et qu’elle soit toujours dominée par une intention affective qui oscille entre la louange et la critique. Matthieu note que, dans l’enseignement, 1l v a lieu de moins insister sur la critique que sur l'éloge : l'humanité, naturellement malveillante, est bien assez encline à la première. Toutefois, parmi les sept exemples qu'il a traités, 1l y en a deux qui se rapportent à des modèles laids : ce sont les portraits de Davus et de Beroe. Dans la littérature, les éloges de la beauté sont infiniments plus fréquents que les tableaux de la laideur. Ceux-ci pourtant ne manquent pas : par exemple, les portraits de Geta dans l’Amphitryon de Vitalis (v. 245 et suiv.), de Spurius dans l’Alda de Guillaume de Blois 1. Voir les textes de Quintilien, Priscien, Emporius, cités plus haut. Google L’AMPLIFICATION. 77 (v. 171 et suiv.), d’un débauché (dans une pièce publiée par Wer- ner, Beiträge, n° 9), de vieilles femmes dans Baucis et dans la Vetula, et, dans les œuvres en français, ceux de vilains malfaisants ou même de femmes laides, comme la Demoiselle hideuse dans Perceval. Parfois aussi, de même que Matthieu de Vendôme traite en manière de pendants antithétiques les portraits d'Hélène et de Beroe, d’autres se sont plu à des contrastes analogues : ainsi, dans le Jeu de la Feuillée, Adam le Bossu oppose en deux descriptions la beauté de Maroie en sa jeunesse et le dépérissement de ses attraits à l'approche de l'âge : double tableau que Mahieu refait pour Pierrette dans ses Lamentationes (v. 647 et suiv.),.et que l’on reverra, plus tard, dans les Regrets de la belle heaumière. La beauté constituant le principal objet des descriptions, ce sont surtout les femmes qu'il conviendra de décrire : c’est la règle que pose Matthieu de Vendôme (I, 67); c'est la règle que les auteurs ont observée. Matthieu ([, 38) prend soin d’indiquer”que la description doit venir avec à propos et se justifier par son utilité dans le récit : c’est ainsi que Lucain décrit la vertu de Caton pour animer la sévérité du lecteur contre l'attitude de César; que, pour expliquer l'amour de Jupiter, 1l convient de décrire d'abord la beauté de Callisto. Ce précepte judicieux n'est donné par aucun des autres théoriciens, qui se bornent à indiquer la description comme un procédé d'am- plification. Il est significauif, d’ailleurs, qu'ils la mentionnent aussi, comme on l'a vu, parmi les variétés de la digression. En fait, dans les exemples qu’en offre la littérature, elle est souvent oiseuse ; chez beaucoup d'auteurs, et chez Matthieu lui-même, elle fait plus d'une fois hors-d'œuvre et n'a d'autre raison d’être que l’observance d’une tradition routinière. B) Les caractéristiques des personnes et les lieux de l'invention. Le but de la description est de mettre en lumière les caractéristiques (propr'ietates, attributa, epitheta) de la personne dont on parle, Matthieu traite longuement de cette fonction (1, 41-92). Geoffroi y consacre un chapitre du Documentum (11, 138). Et c’est l’objet principal du traité Debemus cunctis proponere… Les points à considérer dans le modèle quand on se met à cette tâche, c'est-a-dire les lieux de l'invention, ont été définis par Cicéron dans le De inventione, 1, 24-25. Il y en a onze, qui sont : le nom, la nature (c'est-à-dire le sexe, la patrie, la nation, les Google 78 LA DOCTRINE. défauts ou les qualités de l’âme et du corps), le genre de vie (c’est- à-dire l'éducation, les amitiés, la profession, etc.), la condition, les habitudes, les affections (c’est-à-dire les sentiments de l'âme, joie, désir, crainte, etc., ou les épreuves du corps), les goûts, les des- seins, les actes, les événements, les paroles. D'autre part, dans son Art poétique (v. 114-127 et 153-178), Horace recommande au poète de tenir soigneusement compte, quand'il drèsse un personnage, des différences qui résultent des con- ditions,.de l’âge, de la profession, de la nationalité. Ce sont cés deux textes, de Cicéron et d'Horace, qui forment la base de la doctrine médiévale. Le commentaire qu’en fait Matthieu de Vendôme est particulièrement intéressant. Sur celui d’'Horace (I, 41), il greffe sept longs exemples, où il montre comment on doit caractériser un prélat, un prince, un habile orateur, un person- nage cynique, une femme vertueuse, une belle femme, une vieille femme. De façon analogue on apprend dans le Debemus cunctis proponere de quels traits il faut marquer un jeune homme, un vieil- lard, un chevalier, un prince, un vaurien, un vilain, un sage. À propos du texte de Cicéron, Matthieu de Vendôme (1, 77), qui l’étudie minutieusement et en tous ses détails, a relevé de nom- breux exemples dans les poètes anciens, Virgile, Horace, Ovide, Stace, Lucain, Juvénal, Claudien, et, ce qui montre le passage de la règle à l'application, des exemples pris à ses propres compositions?. Deux de ses remarques doivent retenir l'attention. Il indique que le « nom » donne lieu au développement appelé énterpretatio (dont _il a été question ci-dessus, p. 62). Et, d'autre part, relativement à la « nature », il remarque qu'il faut la considérer à un double point de vue, celui du physique et celui du moral : cette distinc- tion, qu'il avait déjà faite précédemment (1, 74), et qui répond à celle qu'avait faite Cornificius (IV, 49-50) entre l’effictio et la notatio, a fourni au cadre habituel des descriptions de personnes un de ses principaux éléments. Les préceptes d'Horace sont fort sensés et la classification de Cicéron est légitime. Mais il convenait de les interpréter judicieuse- ment et de ne pas les convertir en règles étroites. C’est: pourtant dans cette erreur qu'ont donné les théoriciens et, à leur suite, la plupart des écrivains du moyen âge. Déjà au 1x° siècle, on voit 1. Cf. Documentum, II, 138. 2. Cf. Jean de Garlande. p. 933. Google L'AMPLIFICATION. 79 Radbert (+ 865) faire d’Adalhard, dans la vie qu’il en à composée, un portrait, un « xaparxtnptou2c », dit-il, conforme à l’enseignement des rhéteurs, « juxta oratores! ». C’est là appliquer lés formules avec servilité; mais il y a plus grave : la tyrannie de la règle devient si rigoureuse, qu'elle substitue au libéralisme des convenances poé- tiques et oratoires l’obligation de respecter le dessin arrêté une fois pour toutes de types uniformes. Au nom de la vérité, Horace recommandait de traiter les personnages connus, Achille, Médée, Ixion, lo, Oreste, conformément à leurs caractères traditionnels; au nom du même principe, 1l recommandait de tenir compte des différences créées entre les personnes par l’âge, la condition, l’ori- gine. Les hommes du moyen âge, partant de ces indications, y ont tout ramené : ils ont perdu de vue les individus pour ne plus con- sidérer que les catégories dans lesquelles ils entraient. Les carac-. tères qu'il faut attribuer à un prélat, explique Matthieu de Ven- dôme (I, 64), sont la force de la foi, Pamour de la vertu, la pureté de la religion, la grâce de la piété; à un prince, c’est la rigueur de sa justice; à une femme, c'est la beauté, c’est-à-dire l'élégance des formes unie à l’agrément du teint; ou, si l’on veut louer son hon- nêteté, c’est son sérieux, son éloignement de la frivolité, sa crainte de la légèreté et de la faiblesse des sens; à un homme, c'est l'éner- gie, qui se manifeste par un dédain égal de la prospérité et de l’ad- versité. Et Matthieu (I, 60) prescrit qu’on apprenne par cœur ses modèles afin de n’être pas tenté de s’égarer en des fantaisies per- sonnelles. Ainsi se constituent des figures conventionnelles d’où sont exclus les traits variés et imprévus de la réalité. La formule empèche la vie de se manifester, et, en fin de compte, c’est contre la vérité même que se tournent les préceptes des anciens qui avaient été la proclamation de ses droits. C) L'ordre et le plar dans les descriptions de personnes. Ainsi 1. Via Adalhardi (Migne, 1. CXX, col. 1536) : « Ceterum, si figuram nobilitatis ejus a puero describere voluero, quae graece yapaxtnpiouès dicitur, ero inefficax, quia, etsi secundum rhetoricae arlis facundiam ipsius persona consideretur, possitve laudis idonea comprobari, multo excellentius in eo illud antefertur, quod totus de carne in spiritum convolavit. Personae quippe juxta praefatam artis peritiam plu- rima sunt attribula, ex quibus optime dignoscatur. Consideratur enim perfecti viri qualitas, juxta oratores, nomine, palria. genere, dignitate, fortuna, corpore, insti- tutione, moribus, victu, si rem bene administret, qua consuetudine domestica tenea- tur, affectione mentis, arte, conditione, habitu, vultu incessuque, oratione, affectu. Talibus igitur hujusmodi circa cum consideratis, videre juvat... » Et en fait, dans la suite, Radbert examine son héros successivement à ces divers points de vue. Google 80 LA DOCTRINE. arrêtée dans ses éléments constitutifs, la description l’est aussi dans l’ordre de ses parties. Sur le plan qu'il convient d'y observer, nos auteurs ne formulent pas de préceptes. Mais l’étude des exemples qu'ils proposent supplée à ce manque. Un portrait complet com- prend deux parties et traite successivement du physique et du moral. Pour la description du moral, la règle est assez lâche et d’ailleurs c’est un point qui est souvent négligé. La description du physique obéit à des lois strictes. Souvent précédée d'un éloge du soin donné par Dieu ou par Nature à la confection de sa créature, elle porte d’abord sur la physionomie, puis sur le corps, puis sur le vêtement; et dans chacune de ces parties, chaque trait a sa place prévue. C’est ainsi que, pour la physionomie, on examine dans l’ordre la chevelure, le front, les sourcils et l'intervalle qui les sépare, les yeux, les joues et leur teint, le nez, la bouche et Îles dents, le menton; pour le corps, le cou et la nuque, les épaules, les bras, les mains, la poitrine, la taille, le ventre (à propos de quoi la rhétorique prête le voile de ses figures à des pointes licen- cieuses), les jambes et les pieds. Cette théorie de l’ordre à suivre dans les descriptions ne se trouve pas chez les anciens, sauf qu'ils indiquent que l'éloge d’une personne peut se faire quant au physique et quant au moral. Telle que la laissent atteindre les textes du moyen âge, elle paraît avoir été dégagée des textes tenus alors pour classiques et qui fournis- saient des modèles. Le plus ancien exemple en vers qui l'illustre (au moins à ma connaissance) se trouve dans l’élégie I, v. 93 et suiv., de Maximien, poète dont l’époque est mal déterminée, mais qui du moins est mentionné en 1080 dans l’Ars lectoria d'Aimeric : Aurea caesaries demissaque lactea cervix Vultibus ingenuis visa sedere magis. Nigra supercilia, frons libera, lumina clara Urebant animum saepe notata meum. Flammea dilexi modicumque tumentia labra, Quae gustata mihi basia plena darent. Mais l’amorce s’en découvre dans un texte en prose bien plus ancien, auquel Geoffroi de Vinsauf (Documentum, II, 10) renvoie comme au meilleur modèle de description : c'est la page où Sidoine Apollinaire a fait le portrait de Théodoric (Épitres, 1, 2, 2) et que voici : Si forma quaeratur : corpore exacto, longissimis brevior, procerior Google L'AMPLIFICATION. 81 eminentiorque mediotribus; capitis apex rotundus, in quo paululum a planitie frontis in verticem caesaries refuga crispatur ; cervix non sedet nodis, sed nervis; geminos orbes hispidus superciliorum coronat arcus; si vero cilia flectantur, ad malas medias palpebrarum margo prope per- venit; aurium legulae, sicut mos gentis est, crinium superjacentium flagellis operiuntur ; nasus venustissime incurvus; labra subtilia nec dila- tatis oris angulis ampliata; pilis infra narium antra fruticantibus coti- diana succisio ; barba concavis hirta temporibus, quam in subdita vultus parte surgentem stirpitus tonsor assiduus genis ut adhuc vesticipibus evellit. Menti, gutturis, colli, non obesi, sed suculenti, lactea cutis, quae propius inspecta jJuvenali rubore suffunditur; namque hunc illi crebro colorem non ira sed verecundia facit ; teretes humeri, validi lacerti, dura brachia, patulae manus, recedente alvo pectus excedens; aream dorsi humilior inter excrementa costarum spina discriminat; tuberosum est utrunique musculis prominentibus latus ; in succintis regnat vigor ilibus; corneum femur, internodia poplitum bene mascula, maximus in minime rugosis genibus honor ; crura suris fulta turgentibus et, qui magna sus- tentat membra, pes modicus. » On conçoit que de là les commentateurs et les maitres de l’école aient pu tirer une théorie. Il faut ajouter que, selon Ber- nard, l’auteur du De universitate mundi (Megacosmus et Microcos- mus), la Nature, agissant sous l'autorité de Dieu, a commencé la fabrication de l’homme par la tête et l’a terminée par les pieds : « Phy- sis... hominem format et a capite incipiens membratim operando opus suum in pedibus consummat!. » D) Les formes d'expression dans les descriptions de personnes. Sans apporter, ici non plus, de préceptes théoriques, les traités arrêtent cependant certains types d'expressions qu'il convient d’em- ployer dans la description, et qui, en effet, sont devenues courantes. L'étude en est à rattacher à celle des ornements du style. 2° Les pEscRiPTioNs D'o8JeTs. — En fait de descriptions de choses, on ne trouve dans les arts poétiques que celle des saisons de l'an- née et d'un jardin par Matthieu de Vendôme (IT, 107, 108 et 111). On y note l'ordonnance des parties, qui, pour le jardin, présentent successivement les fleurs, les arbres et les oiseaux, selon un ordre que respectent généralement les écrivains, et aussi des types d'ex- pression qui ont pris valeur de formules presque obligatoires. 1. Édition Barach et Wrobel, p. 6, 1. 50. Cf. p. 64, 1. 91 et suiv. On remarquera le rapport qui peut s'établir entre un pareil texte et le fait déjà signalé ci-dessus que les descriptions commencent souvent par un éloue de l'œuvre de Dieu ou de la Nature. FAnAL. 6 Google 82 LA DOCTRINE. La littérature offre des exemples infiniment plus variés : descrip- tions d'animaux de soute espèce, d'armes, de constructions, de mobiliers, de vêtements, etc., dont nos théoriciens ne parlent pas et qui portent cependant l'empreinte de la théorie. Il est certain que ces descriptions ont fait, au moins à l’origine, l’objet d’un ensei- gnement, et on en a comme indice, entre d’autres, le rapport qu'elles présentent avec ce passage-ci des Praeexercitamina de Priscien ! : . Consimiliter... muta quoque animalia, quo modo convenit, et a loco in quo nascuntur laudentur, et a deis in quorum sunt tutela, ut columba Veneri, equus Neptuno dicitur esse consecratus. Praeterea dices quo modo pascitur, qualem habeat animum, quale corpus, quid opus aut quid utilitatis, quale spatium temporis vitae; nec non etiam comparatione et omnibus accidentibus locis uteris. — Res autem ab inventoribus, ut «a venationem Diana invenit et Apollo », et ab his qui ea usi sunt : « Heroes venationibus utebantur. » Maxima autem facultas in hujusmodi laudationibus rerum datur ex contemplatione eorum qui eas res affec- tant, quales sunt tam animis quam corporibus, ut venantes fortes, audaces, acuti, integri corporibus. Hinc non ignores quo modo etiam deos debeas laudare. — Similiter arbores a loco in quo gignuntur et a deo in cujus sunt tutela, ut oliva Minervae, laurus Apollinis, et a pastu quo modo pascuntur; et si multa cura egent, id mireris, sin parva, id quoque laudabis. Dices autem quo modo de corpore, staturam, pulchri- tudinem, pullulationem, quo modo de mali arbore, et quid utile habeat, in quo maxime morandum. Comparationes autem ubique assumendae. — Quin etiam urbium laudes ex hujuscemodi locis non diffculter adquires : dices enim et de genere, quod indigenae, et de victu, quod a deis nutriti, et de eruditione, quod a deis eruditi sunt. Tractes vero quo modo de homine, quali sit structura, quibus professionibus sit usa, quid gesserit. 3o Les pescriPrioNs DE scèNes. — Les descriptions de scènes touchent de près à la narration. La théorie la plus complète s'en trouve dans Matthieu de Vendôme (I, 94), qui reproduit, en le complétant d'exemples, l’enseignement de Cicéron relatif aux « attributs du fait » (De inventione, X, 26-27). Toutefois, 1l ne s'en est pas tenu à ce seul texte et il a aussi utilisé le commentaire de Victorinus ou un commentaire apparenté. 1. Dans Halm, Rhet. min., p. 556, 1. 42 et suiv. Cf., dans le même recueil, Empo- rius, p. 569, et les Excerpla rhelorica, p. 587. Ce dernier texte précise les rêgles à suivre pour les descriptions de villes. Google L'AMPLIFICATION. 83 4° OBSERVATIONS D'ENSEMBLE AU SUJET DE LA DESCRIPTION. — On s’est tenu, dans ce qui précède, aux éléments que contiennent les arts poétiques. Mais il existait certainement, au sujet de la des- cription, une doctrine plus complète que celle qu'ils exposent; et, si l’on ne faisait état que d'eux seuls, beaucoup de faits qui inté- ressent la matière passeraient inaperçus. Par exemple, la description de femmes voyageant a cheval cons- titue un véritable thème, qui relève de l’art (Phillis et Flora, v. 173 et suiv.; Thèbes, v. 3801 et suiv.; E£neas, v. 3987 et soiv.; Troie, v. 13329 et suiv.; Erec, v. 5319 et suiv.; Athis et Prophi- lias, v. 6829 et suiv.; etc.). | De même, parmi des lieux communs divers, comme les scènes de conseil ou les batailles (tous soumis assurément à des règles tradi- tionnelles, bien que celles-ci ne soient pas consignées dans les arts), c'est un emploi notable, chez les romanciers, que celui du dénombrement épique (Gesta Berengarii, 1, 1-101; Chanson de Roland, v. 167 et suiv., 792 et suiv., et de nombreux textes dans les autres chansons de geste; Thèbes, v. 1993, 6597, 8719; Eneas, v. 3909; Troie, v. 5583, 6658, 7641, 8165; Erec, v. 1691, 1929; Cligès, v. 1281; Partenopeu, v. 7190; Ipomédon, v. 3326 ; etc.). Il y a là une imitation raisonnée de la poésie antique. Les auteurs de Thèbes, d’Eneas et de Troie trouvaient la donnée dans leurs modèles mêmes; mais, tout en les suivant, ces traducteurs de Stace, de Virgile, de Darès, savaient voir au delà de leurs textes et reconnaître pour tels les thèmes qu'ils rencontraient.‘ Ainsi l’auteur de Thèbes, au moment où il entreprend, à la suite de Stace, le dénombrement de l’armée d’Adraste, dit qu'on n’en vit jamais une pareille 1990 Fors la Cesar et la Pompec et qu’il n’y eut point tant de princes 1191 En l'ost de Troie, dont l’on conte, prouvant par là qu'il connaissait les dénombrements fameux de la Pharsale et de l'Iliade (l'Iliade latine, s'entend). La encore perce le procédé littéraire. De même encore, à l’imitation des romans de Thèbes et d’'Eneas qui les avaient mises à la mode, Chrétien de Troyes multiplie dans ses premiers romans les longues descriptions d'objets; mais il Google 84 LA DOCTRINE. éprouva qu'une partie de son public se fatiguait de les écouter et c’est sans doute ce qu'il veut dire dans son Cligès, quand, indiquant qu'il néglige un thème habituel de description, il écrit : 2358 Por tant qu as plusors despleüst, Ne vuel parole user ne perdre. En fait, à partir de ce moment, il continue bien à faire des portraits de personnes (en essayant d'ailleurs d'en renouveler la manière), mais il devient très réservé dans l’emploi de la description d'objets. C'est là, de sa part, une idée intéressante à recueillir. — Et ce juge- ment-ci ne l’est pas moins, que l’auteur d’/der porte sur ses con- frères au moment où il aborde la description de la tente de Guen- loie : 4483 Plusor troveor se penerent Es estoires que 1l conterent De feire unes descripcions De vergiez et de paveillons Et d’el, si que tuit s’aperceivent Qu'il en dient plus qu'il ne deivent : Par ço quident lor traitez peindre; Mes nel font, car on n'i doit feindre O bien estoire, o bien mençonge; els diz n'a fors savors de songe, Tant en acreissent les paroles; Mes jo n'ai cure d'iperboles. Iperbole est chose non voire Qui ne fu et qui nest a croire : C'en est la definicion.… Propos d’un homme initié aux secrets savants de l’art et qui, dans un auteur mondain, révèle un connaisseur érudit. Les faits de cette sorte sont à joindre à ceux que présentent les arts poétiques. Ils devront être mis en ligne de compte, ainsi que beaucoup d'analogues, par qui voudra retracer une histoire complète de la description. + VIIIS L'AFFIRMATION APRÈS LA NÉGATION- Le huitième et dernier procédé d'amplification est celui qui con- siste à nicr d’une part le contraire de l’idée et à aflirmer d'autre Google L'ABRÉVIATION. 89 part l'idée elle-même (Geoffroi, Poetria, v. 668; Evrard, v. 333; Jean, p. 915). Ainsi (Poetria, v. 680) : 680 Ista senectutis non est gena, sed juvenilis. C’est ce qui aboutit, en français, à des exemples comime Îles sui- A vants : Songe 131 N'est pas chetis ne recreüs d'En/fer Ainz est et granz et parcreüs; Voie 484 Qui n'est de pechiés nes ne mondes de Paradis Ains est mout et souillés et ors. I. L'ABREVIATION. Les moyens d'abréger indiqués par Geoffroi de Vinsauf (Poetria, v. 690) sont au nombre de sept : l'emphasis, l'articulus, le parti- cipe absolu, la proscription de toute répétition, le sous-entendu (ëntellectio), l'asyndète (dissolutum ou disjunctum), la fusion de plu- sicurs propositions en une seule. C’est la même énumération que contient l’Ars dictandi de Jean de Sicile!. Le Documentum (II, 32) reproduit la mème doctrine en des termes un peu différents. Évrard (v. 339) et Jean (p. 913) réduisent les procédés, le pre- mier au nombre de quatre (participans, non conjunctum, sine remige casus, emphasis), le second au nombre de cinq (emphasis, disjunctum, verbum conversum in participium, ablativus absolute positus, dictionum materiam exprimentium electio). Cette théorie ne paraît pas intéresser beaucoup la littérature en langue vulgaire, non seulement parce que tous les procédés qu’elle recommande n'y sont pas applicables, mais aussi parce que la brièveté n’y est pas souvent recherchée. Au contraire, dans beau- coup d’écrits latins, certaines parties des thèmes, parfois même les thèmes entiers sont traités au plus bref, par exemple dans le conte du Miles gloriosus ou dans le poème fameux Pergama flere volo. 1. « Ampbhasis, articulus, casus absolutus, epilogationis privatio, intelleclio, clau- sularum soluta positio, et mulloruim in unum collectorum » (Bibl. nat., ms. lat. 14174, fol. 9 v° b, et 16617, fol. 217 v° a). Google CHAPITRE II] L'ORNEMENT DU STYLE Parmi les préoccupations des auteurs d'arts poétiques, la question de l'ornement du style tient une place très importante. Elle absorbe une grosse partie de leurs leçons : Matthieu de Vendôme lui con- sacre deux parties de son traité sur quatre; Geoffroi de Vinsauf la moitié environ du Documentum, et plus de 1,200 vers de la Poe- tria; Évrard les vers 343 à 523 du Laborintus: Jean de Garlande les chapitres net vi de sa Poetria. [. LES TROIS STYLES. L'enseignement qui s'y rapporte a pour point de départ la dis- tinction de trois sortes de style, le simple, le tempéré et le sublime. Cette distinction venait de l'antiquité. On sait qu’elle constitue un. des principes fondamentaux de la doctrine cicéronienne, et elle est aussi formulée dans la Rhétorique à Herennius (IV, 8) : « Sunt.…. tria genera, quae genera nos figuras appellamus, in quibus omnis ratio non vitiosa consumitur : unam gravem, alteram mediocrem, tertiam extenuatam vocamus. Gravis est, quae constat ex verborum gravium magna et ornata constructione ; mediocris est, quae constat ex humiliore, neque tamen ex infima et pervulgatissima verborum dignitate, attenuata est, quae demissa est usque ad usitatissimam puri sermonis consuetudinem. » Il est visible, d'après ce seul passage, que la distinction repose sur les qualités de l’élocution et d'elle seule. C’est bien ainsi que l'entend encore Isidore!. Mais, de bonne heure déjà, elle a été interprétée de façon différente. Dans les Scholia vindobonensia ad Horatit Artem poeticam, qui émanent peut-être d'un critique de l’école d’Alcuin et qui sont, en tout cas, antérieures au x1° siècle, on lit, à propos du vers 8 : « Humile genus est, si quando res viles sibi convenientibus vocibus designantur, ut cum qui diceret ardentem testam : ecce vilem rem, id est testam, proprio nomine nominawvit. 1. De rhelorica, 17. Google L'ORNEMENT DU STYLE. 87 Mediocre est, ut si dicas /ucernam, quia lucerna non tantum mino- rum sicut testa est, sed etiam majorum. Grave est si dixeris aureos lychnos, quia pertinent tantum ad potentes. » On remarque qu'ici la distinction entre styles implique une distinction entre les qualités des personnes dont il s’agit. C’est un acheminement vers la doc- trine enseignée par nos arts et que Geoffroi exprime en ces termes (Documentum, NI, 145) : « Et tales recipiunt appellationes [styli] ratione personarum vel rerum de quibus fit tractatus. Quando enim de generalibus { personis vel rebus tractatur, tunc est stylus grandi- loquus ; quando de humilibus, humilis; quando de mediocribus, mediocris. » Et Jean de Garlande, plus précisément encore (p. 920) : « Îtem sunt tres styli seeundum tres status hominum : pastorali vitae convenit stylus humilis, agricolis mediocris, gravis gravibus personis quae praesunt pastoribus et agricolis »; théorie dont les éléments sont figurés par la « roue de Virgile », que voici: : Dastor ol1osuË Rumihs stylus L'idée qui consiste à donner comme modèle des trois cenres les trois œuvres maîtresses de Viroile, les Bucoliques pour le simple, les Géorgiques pour le tempéré, l’Eneide pour le sublime, se trouve déjà chez les commentateurs anciens de ce poète. Elle est adoptée 1. Generalibus est probablement à corriger en grandibus. 2. En chacun des anneaux concentriques du cercle. du plus grand au plus petit, on trouve successivement, pour chacun des trois styles, l'indication de la condition, des noms propres, des animaux, des instruments, de la résidence, des plantes, qu'il convient d'attribuer aux personnes. . “ ° Google | cn her DE + ue DR 0 6 0e RE US En = ——_., —— er LE 7 88 | LA DOCTRINE. communément au moyen âge. Mais ce qui, pour les premiers cri- tiques, était affaire de style est devenu, pour l’école du xt et du x siècle, affaire de dignité sociale : c’est la qualité des personnes, et non plus celle de l’élocution, qui fournit le principe de la classi- fication. | Cette interprétation nouvelle et maladroite n'empêche pas nos auteurs de reproduire consciencieusement la théorie des défauts inhérents à chacun des_trois styles, telle que l’expose Cornificius (IV, 10-11) et, cette fois, en ne considérant que la qualité du style proprement dit. Évitez, prescrit Matthieu de Vendôme (I, 31), de verser du style tempéré dans le « fluctuans et dissolutum y» (style lâche), du sublime dans le « turgidum et inflatum » (enflure), du simple dans le « aridum et exsangue » (sécheresse); et 1l confirme cette doctrine de préceptes ,empruntés, en partie d'ailleurs par contresens, à l’Art poétique d'Horace. Geoffroi de Vinsauf (Docu- mentum, FI, 145) et Jean de Garlande (p. 920) reproduisent les mêmes principes, et voici de quels exemples Jean les illustre. Style grave. Exemple correct : Karolus, Ecclesiae clipenus pacisque columna, Armis arma domat et feritate feros ; exemple viCIeUX : Excelsus collis bellorum, belligeratrix Rollandina manus c/avaque pacis erat. Style tempéré. Exemple correct : Karolus, Ecclesiae custos, protectio plebis, Justitiae cultor, pacis amator erat; exemple VICIEUX : Militiae baculus rex est et blandus amator Uroris; fortes praecipit esse suos. Style simple. Exemple correct : In tergo clavam pastor portat, ferit inde Presbyterum, cum quo ludere sponsa solet; exemple VICIeUX : Rusticus a tergo clavam trahit et ter tonse* Testiculos aufert, prandia laeta facit. 1. À corriger, sans doule, en berlonso. Google L'ORNEMENT DU STYLE. 89 J'ai mis en italiques les mots caractéristiques et qui font le ton du style. L'étude de la littérature latine du mème temps montre, en accord avec la doctrine précédente, qu'il y avait dans le vocabulaire une hiérarchie des termes en laquelle les connaisseurs s’entendaient aussi bien que, pour le français, nos auteurs du xvu* siècle. La même étude appliquée aux œuvres en langue vulgaire révèle les mèmes dispositions : elle n'a pas sa place ici; mais il faut rappeler du moins le témoignage de Jean Renart, dans l’Escoufle, où il s’ex- cuse du titre qu'il a donné à son roman, titre qui pouvait choquer un amateur aussi averti que l'était le comte de Hainaut ; car le nom d’escoufle était, dit le poëte, « tenu à laid » (v. 9073) : jugement curieux et qui s'explique probablement par la raison que l'oiseau noble c'était l’épervier, l'oiseau chasseur, tandis que l’escoufle, le « hua », était l'oiseau vilain, l'oiseau voleur. II. LES DEUX FORMES DE L'ORNEMENT. À côté de la distinction traditionnelle des trois styles, les traités présentent une classification des procédés d'ornement qui ÿ peuvent être employés et qui sont de deux sortes : l'ornement « difficile » et l’ornement.« facile ». L 1° L’ORNEMENT DIFFICILE. — L’ornement difficile (Geoffroi, Poetria, v. 830 : « egregia verba locare », v. 832 : « modus gravis » ; Docu- mentum, IX, 1, 2, 3, etc. : « difficultas ornata » ; Évrard, v. 343 : « egregie loquor », v. 385 : « semita diflicilis »; Jean, p. 898, 1. 15-16 : « ornatus difficilis, modus gravis et authenticus ») suppose d'abord que la pensée a par elle-mème de la distinction (Docu- mentum, IX, 2). L’ornement difficile lui-même est caractérisé par l'emploi des tropes. Il a pour principe l'emploi des mots dans un sens différent de leur sens propre : d’où résulte de la part de l'écri- vain un effort d'ingéniosité et d'originalité qui justifie l’épithète de « gra vis ». Les tropes (voir ci-dessus, p. 53) sont définis par Matthieu de Vendôme selon la tradition de Donat; ceux qu’il mentionne (III, 12) sont : la metaphote, l’antithèse, la méthonymie, la synecdoque, la périphrase, la métaphore, l’allégorie et ses variétés, l’énigme. Les autres traités les définissent d'après Cornificius, IV, 31-54. Ce sont, au nombre de dix : la nominatio, la pronominatio, la deno- minatio, la circuitio, la transgressio, la superlatio, l'intellectio, ce gle 90 LA DOCTRINE. l'abusio, la translatio, la permutatio. La correspondance entre les deux séries s'établit comme il suit : métaphore / translatio; métho- nymie / denominatio; synecdoque / éntellectio; périphrase / circui- Lio ; allégorie / permutatio. La métaphore (transsumptio, translatio) ne vient, dans la Rhéto- rique à Herennius, qu'au neuvième rang. Cependant, sous l'in- fluence de Donat, certains auteurs, qui prennent le texte de Corni- ficius pour base, commencent par un développement sur cette figure : ainsi Évrard, aux vers 343-384, et surtout Geoffroi, qui, dans la Poetria (v. 767-948) en décrit en détail le mécanisme, y revient dans le Documentum (III, 8) et, dans son traité spécial des figures, donne une longue liste de verbes employés métaphorique- ment. Sauf la transgressio (hyperbate), toutes les autres figures peuvent être considérées comme des variétés du sens figuré. Toutes ont pour effet d'éliminer le terme propre et de lui substituer un équi- valent. Toutes, d'autre part, contribuent à la distinction du style. On aurait tort de croire que la doctrine relative aux tropes et à leur emploi soit un simple exercice de théoriciens. Ce n’est pas un jeu d’abstractions : c'est un enseignement qui vise à l'utilité pra- tique et fournit des préceptes aux écrivains. On verra même, dans le Documentum, le précepte descendre jusqu'au procédé. La littérature des xn° et xin° siècles a été fortement influencée par les règles de cette sorte. C’est la un sujet d'étude qu'il serait bien souhaitable de voir traité avec toute l'ampleur et tout le soin qu'il mérite; car ce n’est rien moins qu'un chapitre important, ou mieux le chapitre le plus important de l’histoire du vocabulaire poétique au moyen âge. Il conviendrait de soumettre à un examen minutieux le lexique de toutes les œuvres maïtresses de la littéra- ture latine médiévale, par époques, par genres et par individuali- tés; d'y relever les efforts pour le renouvellement du vocabulaire ; d'y distinguer la part des tempéraments, des modes, des temps et des écoles; de mettre en rapport les faits relevés pour le latin avec ceux que présente la littérature en langue vulgaire ; de marquer en celle-ci, toujours du même point de vue, Îes manifestations du génie individuel et les influences sociales et historiques de toutes variétés. Et rien qu'à la prendre de ce biais, on découvrirait dans notre lit- térature des jeux multiples de causes et d'effets jusqu'ici mal reconnus, Google 9 L'ORNEMENT DU STYLE. Of 2° L'oRNEMENT FAcize. — L’ornement facile (Geoffroi, Poetria, v. 1094 : « sermo levis »; Documentum, II, 34 : « ornata facili- tas »; Évrard, v. 431 : « via plana »; Jean, p. 901 : « materia levis » et « ornatus facilis ») consiste : d’une part, dans l’emploi des « couleurs de rhétorique » (figures de mots et figures de pen- sée); d'autre part, dans un certain usage de la « détermination ». À) Les couleurs de rhétorique (voir ci-dessus, p. 48 et suiv.). Tous les auteurs énumèrent et définissent les couleurs de rhétorique d'après Cornificius. Matthieu de Vendôme, prenant argument de ce que d'autres en ont traité avant lui (c’est vraisemblablement une allu- sion au traité de Marbode), se contente d'en donner la liste. Geof- froi, dans la Poetria, donne des exemples pour toutes et, s’il ne fait la théorie que de quelques-unes, 1l a, en revanche, composé un traité spécial, où les exemples sont précédés de définitions. Évrard, dans le Laborintus, procède seulement par exemples. Jean en traite a la fois dans sa Poetria et dans un traité à part. Plusieurs autres traités, enfin, sont spécialement consacrés à ce sujet. Rien que cette énumération suffit à faire comprendre l'importance qu'on attachait à la question. Il y en a d’autres signes : ce sont les témoignages divers des écri- vains. | Il est bien naturel qu'un auteur de sermon s'excuse de ne pas manier habilement ces fameuses « couleurs »!; naturel qu'on trace en ces termes-c1 l'éloge d'un orateur : « Sed frater Benzo, factus alter Aristeus, ligans eos verborum compedibus stringebat vincula valde et multum, donec cogebantur reverti ad priorem vultum. Nunc pollicendo auri montes, nunc paradisi mellifluos rivos, ali- quando consultans de republica cum majoribus, quandoque confor- tans populum, utebatur rhetoricis coloribus*; » naturel que, dans l’Anticlaudianus d'Alain de Lille, la Rhétorique mette ses gemmes et ses fleurs à l’essieu du char de Prudence. Mais il n’y a pas que les orateurs pour rechercher les couleurs de rhétorique. C’est un poète, Ekkehard IV, qui en remarque le goût chez un autre poëte : &9 Scemata lexeos te, cerno, libent...*. . Texte cité par Lecoy de la Marche, La chaire française au moyen âge, p. 269. . Pertz, Scriplores, t. XI, p. 615. 11 s’agit de Benzo, évéque d'Alba de 1037 à 1060. . Migne, t. CCX, col. 350. . Liber benedictionum, prologue. De C9 19 — Google +. 92 LA DOCTRINE. Alain de Lille, dans l’Anticlaudianus!, loue Sidoine Apollinaire, que les poètes du moyen âge ont considéré comme un de leurs maitres, pour les raisons que voici : Ilic Sidonii trabeatus sermo refulgens Sidére multiplici splendet gemmisque colorum Lucet et in dictis depictus pavo resultat. Jean de Haute-Seille, dans la préface du Dolopathos?, déclare qu’il veut conter sans « fleurs » : « ... non tam materiam phaleratis ver- borum pompis cupiens colorare (vel ut verius « decolorare » dicam), quam materiae veritatem... simplici pedestrique calamo satagens declarare.. Ceterum rogo te, o lector, si quid incultum vel minus äpte positum reperis, dones veniam sciasque me non mul- tum in Prisciani regulis desudasse, necdum me in florigeros Quinti- liani Tulliique ortulos recubasse. » Les auteurs des recueils d'exemples destinés à illustrer les défi- nitions de la Rhétorique à Herennius indiquent nettement qu'ils s'adressent aux poètes et que c’est à leur profit qu'ils écrivent. La chose va de soi pour ceux qui les ont insérés dans un traité d'en- semble sur l'art poétique; mais ceux-là n'ont pas d'autre dessein qui en ont constitué des opuscules séparés. Onulf de Spire compose son livre de deux parties, l'une d'exemples en prose, l'autre d'exemples en vers. Marbode commence par ces mots : | Versificaturo quaedam tibi tradere curo Scemata verborum... Et dans le traité anonyme de Saint-Omer on lit : « eos (colores) cuilibet dictatori sive potius versificatori offerre curavi pro spe- culo. » | - Les témoignages Îles plus divers sur le rôle de ces couleurs se trouvent épars dans toute la littérature en latin : par exemple, dans le Miles gloriosus (xn° siècle), où, à propos de la puissance persua- sive de l'argent, l'un des personnages dit : 81 Munera rhetoricos penitus novere colores : Nummus ubi loquitur, Tullius ipse tacet. 1. Migne, t. COX, col. 513. 2. Édit. A. Hilka, p. 3, 1. 24. Google 9 L'ORNEMENT DU STYLE. 93 Ou encore dans la Lydia, où l'héroïne presse Lusca de se montrer éloquente auprès de Pyrrhus : 225 Sit color in verbis, blando sit risus in ore….. Des témoignages analogues ne manquent pas dans la littérature en langue française. L'auteur du roman d’/der, critiquant les poètes ses rivaux, écrit : 4483 Plusor troveor se penerent, Es estoires que il conterent, De faire une descripcions De vergiez et de paveillons Et d’el, si que tuit s'aperceivent Qu'il en dient plus qu'il ne seivent; Por ço quident lor traitez peindre... Et c’est en renouvelant le sens du mot couleur que Jean Renart, dans Guillaume de Dole, explique qu'il a « teint » son roman au moyen de chansons : 8 Car aussi com l'en met la graine Es dras por avoir los et pris, Einsi a il chans et sons mis En cestui romans de la Rose !… Parmi les couleurs de rhétorique, les plus importantes sont les figures de mots, les seules que contienne le traité de Marbode, les seules aussi que mentionne Matthieu de Vendôme. Pour leur énu- mération et l'indication des textes où il est question de chacune d’elles, on se reportera au tableau imprimé ci-dessus, p. 52. Il n’est pas possible 1ci de les examiner une à une : la matière est trop vaste. On s’est borné à donner en note, au texte du Laborintus, l'essentiel des définitions de Cornificius et aussi des exemples empruntés à la littérature en français. |, Cependant, afin de donner une petite idée de l'usage qui a été fait de ces figures par les écrivains du xr° et du ximf siècle, on s'arrêtera un instant à l’annominatio, justement parce qu'elle n’est pas parmi les plus importantes. Aux yeux de (Cornificius, c’est même un ornement d'emploi très limité. Il dit qu'il ne s'en faut servir, comme du sémiliter cadens et du similiter desinens, que 1. Cf. Gautier de Lille, poèmes publiés par Mueldener, n° IX, v. 47 : « Depinxit coloribus et verborum murice... » Google 94 LA DOCTRINE. rarement ([V, 22) : « Haec tria genera... exornationum... perraro sumenda sunt, quum in veritate dicemus, propterea quod non haec videntur reperiri posse sine elaboratione et consumptione operae. » Néanmoins, l'annominatio se présente à de fréquentes reprises dans tous les textes du moyen âge. Il y en a, selon Cornificius, plusieurs formes : | a) Elle consiste à reproduire à peu près le même moten nv changeant qu’une ou deux lettres. Ce changement lui-même peut consister à faire varier la quantité d’une voyelle. Il va de soi qu’il ne peut concerner que le latin. Entre beaucoup d'exemples, le plus caractéristique est fourni par un poème de Serlon de Wilton, dont voici quelques vers : Exue, Musa, metum, Petri visura rosetum : Huic mea vota nota, quem notat ampla nota. Fer, rogo, versifico versus et foedus amico : Versus non comes, non legat ille comes; Non comes, immo nitens ad laudis culmina nitens Doctor, ut illa regat, quae sibi lego, legat. Hic suus ignotus sibi scriptitat ut sibi notus, Fiat eo voto quae potiora voto..., etc.". Il est superflu de rapporter tous les textes où la pomme (m&lum) est accusée d’avoir été la cause première du malheur (mälum) humain. Le changement peut aussi consister, dit Cornificius, soit à sup- primer, soit à ajouter, soit à remplacer, soit à transposer une lettre. Il y en a des exemples dans le poème de Serlon cité ci-dessus. Il y en a bien d’aatres ailleurs : Milo, v. 57 : « Rex prece, rex pretio movet Afram »; Ada, v. 1 : « Dum parit, Alda perit »; Miles glo- riosus, v. O1 : Vix sopor irrepsit oculis, regnumque soporis Est breve : cura redit, nec leve.reddit onus; v. 133 : « Fit dolus iste dolor »; Lydia, v. 510, 544, 548, 555; et tous les jeux connus sur morsus et mors, amans et amens, mundus et munus, etc. Cette forme de la figure trouve son application en français, où elle aboutit à des résultats de ce genre : Méraugis 81, 23 Qui lui fait sa reson tortue, Si torte que de son tort tue Le droit... 1. Romania, t. XLVI, 1920, p. 263. Google L'ORNEMENT DU STYLE. 95 Roman des eles 545 Kien mer entre et plus s'i paine, Plus trueve en mer amer et paine. Voie de Paradis 109 De religion ont l'abit, Mais ja por chou n'aront habit En paradis. C’est dans cette catégorie qu'entre toute la série des expressions où un verbe est uni à un substantuif verbal de même racine : amer d’amor:, ceindre ceinture, chauces chaucier, cor corner, conte con- ter, don doner, etc. | | Une autre forme de la figure consiste encore, dit Cornificius, à présenter d’aflilée différents cas d’un seul ou de plusieurs noms (« versatur in casuum commutatione aut unius, aut plurium nomi- num »). [l y en a un exemple notable dans l'Art de Matthieu de Vendôme, I, 53, v. 31 et suiv., où le pronom relatif se trouve décliné de bout en bout. En voici d'autres : Versus de nummo per omnes casus! : Imus fit summus, hunc quando juvat bene nummus; Vix fiunt summi nunc absque juvamine nummi. Ut similis summo cito fiam, supplico rnummo.…. Et ainsi à tous les cas du singulier et du pluriel. Miles ploriosus : 7 Hunc sibi Roma vocat; Romam subit; omnia Romae Visu digna videt.… 29 Illius gremium Pactoli certat arenis Seu rerum nervo sive nitore velis. In loculos Hermum jures flexisse superbum ; Aureus in loculis se putat esse J'agus… 63 Ecce dies; notat illa diem; fortuna diei ié Huic equitem confert.… En français, Eracle : 410 Qui amis a, mout en vaut plus. Pur amis vient on al dessus. En bon ami a bon tresor. Bons amis vaut son pesant d'or. 1. Werner, Laleinisrhe Sprichwôrter, p. A0. Google 96 LA DOCTRINE. La mème recherche porte aussi sur les verbes que l’on conjugue ; par exemple, dans Philomena : 486 N'est pas amors de forsener. Trop est forsenez Tereus ; Et si forsane plus et plus. b) L'annominatio peut encore consister, dit Cornificius, à rap- procher des mots de même forme, mais de signification différente. En ce cas, elle ressemble beaucoup à la traductio, pour laquelle on trouve, dans la Rhétorique à Herennius, cet exemple : « Amari jucundum est, si curetur ne quid insit amari », que Marbode à reproduit dans son recueil, en le versifiant : Semper. amare velim, si quid nihil insit amari. Beaucoup de mots latins prètaient à ce Jeu (mundus nom et mun- dus adjectif, etc.). En français, la rime était une invitation à Île rechercher. Aussi trouve-t-on une infinité d'exemples du type Méraugis 7, 9 Non, par mon chief, se il cheïst D'autresi haut com un clochier, Ja ne l'en convenist clochier.… 81, 17 Voire, touz jours mout par est tort. Et si est droitz, dont n'est ce tortz. Oïl, ce n'est reson ne droitz Qu'uns homs puisse estre et tortz et droitz. À ce propos, on notera que souvent chez les poètes le même mot rime avec lui-même; mais 1l est extrêmement rare qu'il soit pris les deux fois dans le mème sens : aussi est-ce seulement en appa- rence que la répétition constitue une négligence; c’est plutôt une recherche et une finesse. — Pour l'alternance amar'i (verbe) / amarti (adjectif), elle a fait fortune en français. Simund de Freine, dans son Roman de Philosophie, écrit : | 1015 N'estes pas de sen parfit Quant tant amez tel delit. En itel delit, me semble, Duz et amer sont ensemble... 1021 Et quant amur dune a tuz Plus del amer que del duz, Bien est dit amur d'amer. Google L'ORNEMENT DU STYLE. 97 On connait, surtout, le passage du Tristan où se trouve le triple jeu sur l’amer (amare), l'amer (amarum) et la mer, et qui a été repris par Chrétien de Troie dans son Cligès (v. 545 et suiv.). Les figures de pensée sont loin d'avoir la mème importance que les figures de mots. La distributio, la licentia, la diminutio, la divisio, la commoratio ne trouvent qu'un emploi relativement res- treint. D'autres, comme la brevitas ou la demonstratio, ne sont pas très fortement caractérisées. Celles qui restent, le groupe de l’er- politio et de la frequentatio, celui de la similitudo et de l’imago, celui de la notatio, de l’efhctio, de la sermocinatio et de la descrip- tio, enfin la conformatio, ont été étudiées précédemment à propos des procédés d'amplification. L'ezemplum l'a été à propos des manières de débuter. | B) La théorie des déterminations. Indépendamment des couleurs de rhétorique, il existe pour le style simple une seconde source d’or- nement, qui est la « détermination ». Geoffroi de Vinsauf (Poetria, v. 1761; Documentum, 11, 48) et Jean de Garlande (p. 901) exa- minent longuement ce nouveau procédé. Le sens où ils prennent le mot de determinalio n est pas celui de la grammaire moderne : ils appellent ainsi l'opération par laquelle on adjoint au nom soit un verbe, soit un adjectif, soit un autre nom qui lui sert de complé- ment; ou par laquelle on adjoint soit à l'adjectif, soit au verbe l’un des compléments qu'ils ont l'habitude d'admettre. En soi la détermination n’est pas un ornement; mais elle en devient un lorsqu'on accumule un certain nombre de groupes pareillement constitués. Par exemple, ce n’est pas un ornement de dire : « explicat ut Plato; » mais c'en est un de dire, comme Sidoine Apollinaire : « explicat ut Plato, implicat ut Aristoteles, simulat ut Crassus, dissimulat ut Caesar. » De fait, ce genre d'effet est volontiers recherché dans la poésie médiévale à partir d’une certaine époque. Parmi les poètes anciens, Sidoine Apollinaire s'en était servi avec une fréquence qui est une des caractéristiques de sa manière. Geoffroi de Vinsauf en fait la remarque et oppose ce procédé à celui de Sénèque, qui, au con- traire, va toujours au plus court et évite l'accumulation. Il ne paraît pas douteux que la mode suivie, sur ce point, par les poètes du moyen âge provienne d'une imitation du styliste ancien. FARAL. 7 Go gle 98 LA DOCTRINE. Ill. THÉORIES DIVERSES. On n’a relevé, dans les pages précédentes, que les enseignements principaux contenus dans les traités. Il s'y en trouve beaucoup d’autres, qui ont aussi leur importance, mais qui n'ont pas semblé de nature à être retenus dans un exposé sommaire de la doctrine. Le lecteur se reportera, pour en prendre connaissance, aux textes eux-mêmes : ainsi en ce qui concerne la longue théorie de Geof- froi de Vinsauf relative au mécanisme des conversions (Poetria, v. 1588; Documentum, Il, 103); l'adaptation du style à la qualité des personnes et l’observation des convenances propres aux diffé- rents genres (Geoffroi, Poetria, v. 1842; Documentum, I, 164; Jean, p. 894 et 916); les défauts à éviter (Geoffroi, Poetria, v. 1920; Évrard, v. 817; Jean, p. 919); la part à faire, pour l'élection de la forme convenable, au jugement, à l'oreille et à l'usage (Geoffroi, Poetria, v. 1943); la ligne à tenir pour traiter avec originalité une matière ancienne (Matthieu, IV, 1; Geoffroi, Documentum, II, 132) : les effets qui se tirent, en poésie, d’un certain arrangement des mots (Évrard, v. 687); etc. Google CHAPITRE IV LES SOURCES DE LA DOCTRINE Les deux livres du De inventione de Cicéron, les quatre livres de la Rhétorique à Herennius de Cornificius, l Épitre aux Pisons d'Ho- race : tels sont les traités anciens qui constituent les principales sources de la doctrine enseignée par les arts poétiques. Mais ce n’est pas uniquement sur des traités théoriques que ces arts sont fondés : c’est aussi sur l’étude des modèles. Alcuin avait écrit déjà : « Il faut lire les auteurs et apprendre par cœur ce qu'ils ont fait de bien : quand on se sera plié à leur facon de s'exprimer, on ne pourra faire autrement que de parler avec élégancet. » Et Geoffroi de Vinsauf à son tour : « Il y a trois moyens de se former : l’art dont on suit les règles, l'usage auquel on se plie et limitation des modèles?. » Cette pratique des modèles était un des objets importants de l’enseignement donné à l’école. La grammaire et la rhétorique, les deux premières branches du érivium, reposaient, pour une large part, sur l'explication des textes; ct une page précieuse de Jean de Salisbury fait connaître de quelle façon l'illustre Bernard de Chartres conduisait ses leçons. « Dans la lecture, dit-1l3, que Ber- 1. « Legendi sunt auctorum libri eorumque bene dicta memoriae mandanda : quo- rum sermoni adsueti facti qui erunt, ne cupientes quidem poterunt loqui nisi ornate. » (De rhelorica, dans Halm, Rhel. miüin., p. 544.) 2. Poetria, v. 1705. 3. Metalogicus, 1, 24 : « .… in auctorum lectione quid simplex esset et ad imagi- nem regulae posilum ostendebat; figuras grammaticae, colores rhetoricos, cavilla- tiones sophismatum, et qua parte suae propositae lectionis articulus respiciebat ad alias disciplinas proponebat in medio : ita tamen, ut non in singulis universa doce- ret.… Et quia splendor orationis aut a proprietate est, id est cum adjectivum aut verbum substantivo eleganter adjungitur, aut a translatione, id est ubi sermo ex causa probabili ad alienam traducitur signilicationem, haec, sumpta occasione, inculcabat mentibus auditorum. Et quoniam memoria exercitio firmatur ingeniumque acuitur, ad imitandum ea quae audiebant, alios admonitionibus, alios flagellis et poenis urgebat. Cogebantur exsolvere singuli die sequenti aliquid eorum quae prae- cedenti audierant, alii plus, alii minus : erat enim apud eos praecedentis discipulus sequens dies. Vespertinum exercilium, quod declinatio dicebatur, tanta copiositate Google 100 LA DOCTRINE. nard faisait des auteurs, 1l indiquait ce qui était simple et conforme à la règle; 1l faisait ressortir les figures de grammaire, les couleurs le rhétorique, les finesses de raisonnement et les points par où son texte intéressait les disciplines voisines, sans toutefois dire tout à propos de tout... Comme le mérite de l'élocution tient soit a la pureté du style (c'est-à-dire l'ajustement de l'adjectif ou du verbe au substantif), soit à l'emploi de l’image (c’est-à-dire le passage d'un sens à un autre sens en vertu d’affinités acceptables), il profi- tait des occasions qui se présentaient de l'inculquer à ses auditeurs. ‘t comme l’exercice donne de la force à la mémoire et de la viva- cité à l'esprit, 1l forçait à reproduire ce qu'on avait entendu, en employant pour les uns le conseil, pour les autres le fouet et les punitions. Chacun devait rapporter le lendemain quelque chose de ce qu'il avait entendu la veille, celui-ci plus, celui-là moins : ainsi un jour préparait l’autre. L'exercice du soir, qu’on appelait la decli- natio, comportait une telle dose de grammaire que, si l’on avait été assidu pendant une année pleine et à condition de n'être pas trop sot, on avait en mains l’art de parler et d'écrire et on pouvait ne plus rien ignorer du langage courant... À ceux de ses élèves qu'il mettait, comme exercice préliminaire de composition, à l’imitation d'ouvrages en prose ou en vers, 1l donnait pour modèles des poètes ou des orateurs et leur prescrivait de suivre leurs traces, après leur avoir montré les constructions de mots et les chutes de phrases élé- wantes. Si tel, pour orner son œuvre, prenait de l’étoffe à autrui, il relevait le larcin, mais souvent il ne punissait pas. Celui qui était ainsi repris, Comme le méritait un emploi déplacé, 1l l’invitait avec rammaticae refertum erat, ut si quis in eo per annum integrum versarelur, rationem loquendi et scribendi, si non esset hebetior, haberet ad manum et significationem sermonum, qui in communi usu versanlur, ignorare non possel.. Quibus autem indicebantur praeexercilamina puerorum in prosis aut poematibus imitandis, poelas aul oratores proponebat et eorum jubebat vestigia imitari, ostendens juncluras dic- lionuin et elegantes sermonum clausulas. Si quis autem ad splendorem sui operis alienum pannum assuerat, deprehensum redarguebat fartum; sed poenam saepis- sime non infligebat. Sic vero redargutum, si hoc tamen meruerat inepla positio, ad exprimendam auctorum imaginem modesta indulgentia conscendere jubebat facie- batque, ut qui majores imitabatur, fieret posteris imilandus. Id quoque inter prima rudimenta docebat et infigebat animis, quae in oeconomia virtus; quae in decore rerum, quae in verbis laudanda sint; ubi tenuitas et quasi macies sermonis, ubi copia probabilis, ubi excedens, ubi omnium modus. Historias, poemata percurrenda nonebat diligenter quidem... et ex singulis aliquid reconditum in memoria, diur- num debitum, diligenti instantia exigebat. » Google LES SOURCES DE LA DOCTRINE. 101 bienveillance à se perfectionner dans l’art d'exprimer la physiono- mie des auteurs, et il obtenait qu'imitant les anciens il devint lui- même un modèle pour la postérité. [l comptait aussi parmi les pre- miers éléments et gravait dans les esprits les vertus de l'oeconomia, les qualités de la pensée et celles de l'expression, montrant ce qui était maigreur du discours, abondance acceptable, excès ou juste proportion. Îl invitait à lire attentivement récits et poèmes, sans se presser ; et de chacun il exigeait régulièrement qu'on se mit quelque chose dans la mémoire en guise de devoir quotidien... » Ainsi la base de l’enseignement était la lecture des auteurs. Cette lecture était faite par le maître, qui fournissait les explications utiles. Le commentaire, dépassant les besoins du sens, s’étendait aussi à la technique de l'œuvre, aux principes de composition et de style dont elle fournissait des exemples. On vient de le voir pour Bernard de Chartres : c'est de facon analogue que procédaient les autres maitres. Deux villes ont été, pour ce genre d’études, extrèmement répu- tées : Orléans dès le x1r° siècle et, bientôt après, Paris!. Il est notable que la plupart des auteurs d'arts poétiques les aient fré- quentées. Matthieu de Vendôme a étudié et enseigné à Orléans, puis à Paris; Geoffroi de Vinsauf à Paris; Évrard l’Allemand à Paris, puis à Orléans; Jean de Garlande à Paris. Les auteurs n'étaient pas expliqués seulement pour l'intérêt qu'en offrait la lecture : ils l’étaient aussi en vue des profits qu’en pou- vaient tirer des imitateurs. Cette imitation a joué un grand rôle dans la formation des écrivains du moyen âge. Le témoignage de Jean de Salisbury le laisse deviner : la littérature en offre d'abondants exemples. La direction imprimée aux novices dans cet exercice {. À la fin du xr° siècle, on comptait en Europe cinq grands foyers intellectuels : c'était, outre Orléans et Paris, Bologne pour l'étude du droit, Salerne pour celle de la médecine, et Tolède pour celle de la philosophie et des mathématiques. Voir Poe- lria, v. 1008; Documentum, 11, 63 et 68; Hélinand, sermon II, in Ascensionem Domini : « Multi multa tolerantur propter lucrum. Urbes et orbem circuire solent scholastici, ut ex multis lilteris efficiantur insani... Ecce quaerunt clerici Parisii artes liberales, Aureliani auclores, Bononiae codices, Salerni pyxides, Toleti dae- mones, et nusquam mores.. » Orléans avait la spécialité, de l'explication des auteurs. Voir les textes rassemblés par L. Delisle, Les ecoles d'Orléans au XII° et au XIII siccle (Annuaire-Bullelin de la Sociélé de l'histoire de France, 1869, p. 139 el suiv.}, qu'on pourrait aisément multiplier. Mais, dès le début du xri° siècle, Paris, qui jusque-là avait élé surtout un centre d'éludes pour la philosophie, était devenue, pour l'étude des lettres, la rivale d'Orléans. Google 102 LA DOCTRINE. comportait qu'on dégageñt des textes certaines règles. C’est ainsi que tout un corps de dactrine a pu prendre naissance et venir com- pléter les traités des théoriciens antiques. Le travail d'élaboration qui l’a préparé échappe à nos regards parce qu'il s'est fait surtout an cours de lecons orales; et, par exemple, l’Heptateuchon de Thierry de Chartres nous offre un pro- gramme d’études complet; mais les commentaires auxquels don- naient lieu les textes qui y sont inscrits, c’est-à-dire un élément essentiel, ne nous ont pas été transmis. Cependant, il suffit de jeter un coup d’æil sur le grand nombre d'exemples empruntés par les arts poétiques aux poèmes de l’anti- quité pour voir à quelle critique minutieuse ceux-ci avaient été sou- mis. Ce n'est pas ici le lieu de montrer comment les Virgile, les Lucain, les Ovide, les Juvénal et les autres ont, de cette facon, imprimé leur marque à la littérature latine et française des xu° et xui° siècles. Mais, pour ne prendre qu’un exemple, il est permis de relever dans Geoffroi de Vinsauf l’utilisation des modèles offerts par Sidoine Apollinaire et de rappeler quelques-uns des importants principes qui paraissent avoir été extraits de cet écrivain aujourd'hui si oublié. Évrard l'Allemand cite Sidoine comme un maître de style : 645 Sydonei regis qui pingit proelia, morem Egregium calamus Sydonianus habet. Et de mème Alain de Lille, dans l'Anticlaudianus : Ilic Sidonii trabeatus sermo refulgens Sidere multiplici splendet, gemmisque colorum Lucet et in dictis depictus pavo resultat !. Plus précisément, Geoffroi de Vinsauf, qui y renvoie à plusieurs reprises?, le cile comme un modèle pour la description; et, en fait, on l’a vu précédemment, c'est à lui que remonte la manière géné- ralement employée au moyen âge pour traiter le portrait; à lui (ép. ITT, 13), l'exemple de parasite sordide donné par Matthieu de Vendôme (I, 53); à lui, la théorie de la détermination telle que l’expose Geoffroi. C'est chez lui aussi que se trouve la plus ancienne 1. Migne, t. CCX, col. 513. 2 Poetria, v. 1825, 1831, etc.: Documentum., I, 53, 62. 80, 101, etc. Google LES SOURCES DE LA DOCTRINE. 103 mention des versus recurrentes (ép. VIII, 15); chez lui que se trouvent les plus anciens exemples de ces vers « rapportés » dont on a tant abusé aux xu° et xurr° siècles 1. Par là, par cette utilisation qu'ils dénotent des œuvres poétiques, les arts prennent un renfort d'intérêt : ils mettent sur la voie d’un enseignement littéraire qui dépasse la formule de leur propre ensei- gnement ; ils font toucher du doigt certains modes importants de l’action des modèles anciens sur la production littéraire du moyen âge, latine et française. 1. Voir Romania, t. XLVI, 1920, p. 257. — J'ajoute, comme je l'ai montré ail- leurs, que l'auteur du poème de Phillis el Flora a imité d'assez près certains pas- sages de son épithalame de Ruricius : voir Recherches sur les sources latines des contes el romans courtois, p. 202 et suiv. Google TROISIÈME PARTIE LES TEXTES EKKEHARD IV À YMMONI FRATRI, POST ABBATI, DE LEGE DICTAMEN ORNANDI\. Dictamen verbis assuescere polire superbis Quae sibi cognata pare fonteque sint generata. Pro binis geminos, pro pulchris pone serenos, - Pro pulchris laetos, pro laetis corde quietos. Pro justo gemma, pro nobile sit bi stemma ; Da viti gemmas, botros sibi dicito mammas ; Fluctus da segeti, portum simulato quiet; Remigio alarum volet Iccarus aera sudum. Qui pulcher visus locus, effice sit paradysus, Deliciis plenus locus appelletur amoenus. Sic etiam prata, silvae, pomoeria, strala, Hortus et hic rivo propior fonti quoque vino, Verbaque cognata sociabis et ante locata. Teutonicos mores caveas, nova nullaque ponas. Donati puras semper memorare figuras. Rem pulchram visam non semper dic speciosam ; Sit sale conditum quicquid dicendo cupitum : Florida vernabunt, fabri arte polita micabunt. Pulchra quidem mulier formosa sit et speciosa, Aurum sil purum, sit mundum, sit rubicundum. His quoque germana tamen haud poterunt fore vana Quaerenti verba florum splendore superba, Si teneant puram non degeneremque figuram. 1. Voir ci-dessus, p. 47. Google EKKEHARD IV. 105 Si cibus et potus noster saturatio totus : Simplex est prorsus, sed currit commode versus. Sit fomes vilae cibus hic nectarque cupitae : Iste figuratus facundior et mage gratus. Simplicitas pura, generosior ergo figura, Neutra spernenda propriisque locis retinenda. Arte loqui imbutos imitare sapore locutos, Ore disertorum rape tu quodcumque decorum. Google (B MATTHIEU DE VENDOME JRS VERSIFICA TORIA. SOMMAIRE. PRoLOGUE.. LL. Des 1b6Es. Définition du vers {$ 1) et de l'épithète !$ 2). Li LD Des facons de commencer : emploi du zeugma {$ 4), a superiori {$ 6), ab inferiori ($ 11), a medio ($ 12); — de l'hypozeuxis ($ 13); — de la métonymie ($ 15); — de l'idée générale [ proverbium] ($ 16). . Défauts à éviter : au commencement et dans le corps du sujet : « fluc- tuans et dissolutum » ($ 31), « turgidum et inflatum » {$ 32), « aridum et exsangue » ($ 33); — dans le corps du sujet : la discordance des temps ($ 36), les constructions vicieuses [cacosynteton] ($ 37). . De la description ($ 38). De l'à-propos des descriptions de personnes ($ 38). Caractéristiques (« proprietates, epitheta, attributi ») des personnes : « conditio, aetas, proprietas oflicialis, sexus naturalis, locus natu- ralis » ($ 41). Exemples de descriptions : un pape, César, Ulysse, Davus, Martia, Hélène, Beroe ($ 50). Remarques diverses : la description comme éloge ou comme critique ($ 59); — Noms propres à valeur d’épithète [$ 60); — De l'accumu- lation des épithètes (K 63); — Des épithètes particulières et des épi- thètes générales ($ 64); — De la vraisemblance ($ 73); — De la description physique et de la description morale ($ 74). Théorie des attributs : 1°) des personnes. Les attributs des personnes sont au nombre de onze {$ 77) : « a nomine » ($ 78}, « a natura » [subdivisions : « ah anima », — « a corpore : natione, patria, aetate, cognatione, sexu »] (8 79), « a convictu » {[$ 83), « a fortuna » [$ 84), « ab habitu » {$ 85), « a studio » {$ 86), « ab affectione » {[S 87), « a Google ARS VERSIFICATORIA. 107 consilio » ($ 88), « a casu » (S 89), « a factis » (S 91), « ab ora- tione » ({$ 92). 2°) des faits (negotia). Les attributs des faits sont au nombre de neu ($ 94) : « summa facti » ($ 95), « causa facti » [« impulsiva » et « rationativa »] ($ 96), « ante rem, cum re, post rem » ([$ 100), « facultas faciendi » ($ 104), « qualitas facti » ($ 105), « tempus » ($ 106) [avec exemple : description des quatre saisons et, en par- ticulier, du printemps], « locus » ($ 109) [de l'opportunité de sa description; exemple : description d’un jardin]. Remarques diverses ($ 114). If. DE LA FORME DES MOTS. Fransition à la deuxième partie du traité. L'auteur feint qu'il a vu en rêve, par un Jour de printemps, au milieu de la verdure et des fleurs, la Philosophie, accompagnée de la Tragédie, de la Satire, de la Comédie et de l'Élégie ($ 1). L'Élégie lui enseigne que le charme de la poésie tient à trois choses : le contenu de la pensée {« venustas interioris sententiae, interior favus »), — la forme des mots {« ornatus verborum, verba polita, superficialis verborum festivitas »), — la qualité de l'expression {« qualitas dicendi, modus dicendi, dicendi color, color rhetoricus ») [$ 9]. Cest le con- tenu de la pensée qui a fait le sujet du livre 1; c'est la forme des mots qui va faire celui du livre Il. Définition du charme qui tient à la forme des mots ($ 11). Examen de ces formes ($ 12) : 1°) Adjectifs en -alis, -osus, -atus, -ivus, -aris ($ 13); comparatifs ($ 27); adjectifs divers ($ 33); exemple à propos de praeam- bulus ($ 34); 2°) Verbes ($ 36). Remarques diverses : Pourquoi les exemples précédents sont faits de pentamètres plutôt que d'hexamètres ($ 40). De l'alliance des mots dont les sens ne vont pas ensemble, notam- ment les noms et les verbes ($ 42). Des vers léonins et de leur futilité ($ 43). Des mots à exclure de la poésie {[K 46). IT. DE LA QUALITÉ DE L'EXPRESSION. Elle tient aux schèmes, aux tropes et aux couleurs : 1°) Schèmes ($ 3). Ils sont au nombre de dix-sept, dont les plus utiles en poésie sont : le zeuma [Gesyu2], l'ypozcusis [bréGevEtç] (cf. précédem- ment $ 4 et suiv.), l'anaphora [&vagopd] ($ 5), l'epynalensis [éravaknbts] (S 6), l'anadiplosis livraiirawcts] (NS 7), l'epyseusis Tériésu e . e . * et de sua conqueri fmiseria, et pauperibus convenit et afflictis, et ad fortunam pertinet. Sifiliter superius de Davo [$ 53, v. 81] : Nequitia rabiem servilem praedicat. Servitus enim et libertas sub fortuna continentur. 85. ?Sequitur de habitu. Unde sic elicitur argumentum. Ovi- dius : [Ars 11, 123] Non formosus erat, sed erat facundus Ulixes. Idem : [Ars I, 6] Typhis in Heinonia puppe magister erat. Quia informari aliqua proprietate ex diutina mentis applicatione ad habitum pertinet, ut esse facundum, vel magistrum, vel honestum, vel arüficiosum. Et similiter superius de Ulixe [f 52, v. 5] : Est Ytacus prior ingenio, servator honesti, Mente virens, verbo providus, arte potens. Ubi dicitur prior ingenio, argumentum est à natura; ubi sequitur servator honesli, argumentum est ab habitu; ubi dicitur rente vtrens, argumentum est a natura; ubi sequitur verbo providus, argu- mentum est ab oratione; ubi dicitur arte potens, argumentum est item ab habitu. Et similiter in ceteris versibus personae attributa possunt assignari. 86. 3Sequitur de 1llo attributo quod dicitur“ studium. Studium est vehemens animi applicatio ad aliquid agendum cum summa voluntate. Unde sic elicitur argumentum. Stacius® : Vitam cupiunt pro laude pacisci. Oratius : [Poët. 166] Conversis studiis aetas animusque virilis Quaerit opes et amicitias inservit® honori. 1. Corr. esse (Troyes). — 2. Rubrique : Exemplum ab habilu. — 3. Rubrique : Exemplum de studio. — 4. #s. dicicitur. — 5. l'el deservit. a. Inexact. Le passage est de Virgile, Hnéide, V, 230. Stace l'a imité, Théh. 1, 319 : « hac aevuin cupiat pro luce pacisci ». Google 140 MATTHIEU DE VENDÔME. Idem de Vulteio Mena : [Ep. T1, vu, 85] Immoritur studiis et amore senescit habendi: Similiter superius de Caesare [$ 51, v. 7] : suspirat ad usum Militis. (7. ab affection. 8". 'Sequitur de affectione. Affectio est repentina et transitoria animi vel corporis permutatio. Unde sic elicitur argumentum. Ovi- * dius : [Mét. II, 447] O quam difficile est crimen non prodere vultu! [dem albi : [VIIE, 677] super omnia vultus Accessere honi; Stacius Achilleidos : [1, 167] O quantum gaudia formae Adjiciunt! Lucanus : [V, 364) Tremuit saeva sub voce minantis Vulgus iners; Similiter poterat dici de virgine timente et puero : Deflorat gravis ora metus pallorque ruboris Exsulis heredem se sine jure facit ; Vel sic : Est color interpres mentis vultusque propheta; Conjectura patet expositiva mali. Laetitia enim et imor et pallor et habitus superfcialis pertinent ad affectionem. 88. *Sequitur de illo attributo quod dicitur consilium. Consi- lium est compensatio juris libramine, excogitata discretio, ad fugam 8. n consilin. 1. Rubrique : Exemplum de affectione. — 2. Rubrique : Exemplum de consilio. Google Y. a cast. ARS VERSIFICATORIA. 141 vel electionem. Unde sic elicitur argumentum. Lucanus : Brutus ad Catonem : [IE, 244) Tu mente labantem Erige me, dubiurmn tu certo robore firma, quasi « tu qui potes mihi nutanti adhibere consilium ». Statius de Adraste loquente : | [Théb. 1, 393] nobis dolor haud rationis egebit. Claudianus : [VHT, 268] Mentemque domet respectus honesti. Similiter superius de Ülixe [$ 52, v. 37] : Non nisi consulto libramine juris in actus Prodit consultae mentis amica manus. 89. ‘Sequitur de casu. Casus est? hic consuetudinarius eventus calamitatis per quem aliquid de persona convincitur. Ut apud Luca- num : [Phars. II, 211] Yliacae quoque signa manus perituraque castra Ominibus petiere suis, quasi in codem omine quo prius contra Graecos vencrant ad conflic- tum, scilicet in Trojano excidio, ubi etenim simile passi sunt infor- tunium. Idem alibi : [HIT, 448] servat multos Fortuna nocentes Et tantum miseris irasci numina possunt. Stacius, ubi Argia loquitur ad Adrastum : [Théb. NI, 696] Da bella, pater, generique jacentis Aspice res humiles atque hanc, pater, aspice prolem Exulis. Ovidius : [Am. 1, 10, 48] Non habet eventus sordida praeda bonos. 1. Rubrique : Quid sit casus. — 2. Vel dicitur. Google 10. a facto. 11. ab crationv. 142 MATTHIEU DE VENDÔME. Et tale poterit esse exemplum familiare : Vix miser emergit, vix laetos migrat in usus Quem premit iratae prosperitatis hiems. 90. ‘Siquidem distinguendum est inter casum et fortunam. Casus etenim est eventus alicujus infortunii, qui alicui personae solet fre- quenter* irrogari. Fortuna vero est status vitae, quam aliquis adi- piscitur vel ex proprio arbitrio vel ex casu temporis vel ex humana dispensatione.: ex proprio arbitrio, velutié si quis spontaneus simu- let se pati paupertatis articulum, ut aliquod temporale adquirat emolumentum; ex casu temporis, veluti® si quis oppressus bello devictus in casualem. incidat paupertatem, vel victor ad aliquam provehatur praerogativam; ex humana dispensatione, ut si quis heres alicujus personae regalis sive regis nascatur, non ad naturam pertinet, sed ad humanam institutionem. Velô in hoc distat inter casum et fortunam, quod casus transitorius est, fortuna velo paulo permanentior et majoris eflicaciae. 91. ’Sequitur de facto. Factum est alicujus personae consuetum exercitium, per quod aliquid de persona intimatur. Ut apud Luca- num de Caesare loquente : [Phars. V 660] Sat magna peregi : Arctoas domui gentes, inimica subegi Arma metu. | Item Lucanus : [Phars. 11, 439] Caesar in arma furens nullas nisi sanguine fuso Gaudet habere vias. Similiter superius de Caesare [$ 51, v. 1] : Fulgurat in bello constantia Caesaris, obstat Oppositis, frangit fortia, saeva domat. 92. SSequitur de oratione. Oratio est assidua loquendi consue- tudo, per quam aliquid de persona persuadetur. Ut apud Luca- num de Caesare : |Phars. V, 539] Quamvis * plebeio tectus amictu Indocilis privata loqui ; 1. Rubrique : De differentia in casum et forltunam. — 2. Vel frequentius. — 3. Vel quem. — 4. Vel ut. — 5. Vel velut. — 6. Vel etiam. — 7. Rubrique : De facto. — 8. Rubrique : Quid sit oratio. — 9. Corr. quarmnquam. Google ARS VERSIFICATORIA 143 Et Horauus : [Poët. 337] Omne supervacuum pleno de pectore manat; Et Ovidius de Uhixe : [Mé:. XIL, 127] Nec abest facundis gratia dictis; Similiter superius de sammo Ponufice [$ 50, v. 13] : Papa docenda docet, prohibet prohibenda, reatus Castigat, sceptrum spirituale tenet. Le la description 98. ? Seauitur de attributis negotio. Negotium est factum vel dic- DE tum, propter quod aliquis vel aliqua tsmquam reus vel rea 10 causa m protrahitur ; sicut persona dicitur ille vel illa, qui vel quae tamquam Épithétes reus vel rea in causam deducitur?. 94. “ Sunt autem attributa nego- oo je novem, scilicet haec : summa facti, causa facti, ante rem, cum re, post rem, facultas faciendi, qualitas facu, tempus, locus. 1. summa fact. 965. ÉSumma facti est id, quod Tullius appellat « brevem totius negotii complexionem® », scilicet ipsius facti nomen vel diffinitio- nem. Unde sic elicitur argumentum. Juvenalis : [H, 25] Quis caelum terris non misceat et mare caelo, Si fur displiceat Verri, (aut) homicida Miloni ? Lucanus de Caesare loquente : {[Phars. VII, 250] O mundi domitor, rerum fortuna mearum; Similiter superius de Davo [$ 53, v. 1] : Scurra vagus, parasitus edax, abjectio plebis Est Davus, rerum dedecus, aegra lues. » eausa fact, 96. Sequitur de causa, quae bipartito dividitur. Causarum$8 enim alha est impulsiva, alia rationativa. 9'7. Impulsiva est, quando”° repentina animi commotione in { aliquod factum praecipitamur. Ut apud Ovidium : [ Mét. IV, 96) Audacem faciebat amor; 1. Vel rebus. — 2. Rubrique : Quid sit negolium. — 3. Vel ducitur. — 4. Rubrique : Quae et quot sint attributa negotii. — 5. Vel de negotio. — G. Rubrique : Quid sit sumima facti. — 7. Rubrique : De bipartita divisione causae, quae dividitur in cau- sam impulsivam et rationativamm. — 8. Vel causa. — 9. lei cum. — 10. Vel ad. a. De inventione, 1, 6. Google 144 MATTHIEU DE VENDÔME. Juvenalis : [II1, 78] Graeculus esuriens in caelum, jusseris, ibit. Utrumque etenim istorum, amor scilicet et paupertas, causa cst impulsiva. Et similiter de Jove et Ynachide, qui coactus est dare vaccam Junoni causa removendae suspicionis : Dat vitulam. Non dat, quia cogitur; immo rapinam, Quod non sponte datur, aequiparare potest. 98. ‘Causa rationativa perpenditur in adeptione commodorum et in fuga commodorum : in adeptione commodorum, ut apud Lucanum : [Phars. H, 526] Nescius interea capti ducis arma parabat Magaus, ut immixto firmaret robore partes ; Oratius : [Poét., 240] Ex noto fictum carmen sequar, ut sibi quivis Speret idem ; In fuga incommodorum, ut apud Lucanun : (Phars. VI, 521] Tunc? Caesar metuens, ne frons sibi prima labaret, In cursu tenet obliquas post signa cohortes; Oratius : [ Poét. 176] Ne forte seniles Mandentur juveni partes pueroque viriles, Semper in adjunctis aevoque morabimur aptis. Similiter poterit assignari locus a causa rationativa in adeptione com- modorum et in fuga incommodorum : Ne languescat amor, ut amans potiatur amato, Vota replere studet seu prece sive dato. In fuga incommodorum, ubi dicitur ne languescat amore, in adep- tione commodorum ubi dicitur ut amans potiatur amato. 99. Sed videtur quod cum causa rationativa sit consilium, et ita* attributum negotio sit attributum personae. Ad quod dicimus quod diversa attributa sunt causa rationativa et consilium. Consilium enim dici- tur consilium personae, non consilium negotii; causa vero dicitur 1. Rubrique : De causa rationaliva. — 7. Vel at. — 3. Vis rel ita. Google ARS VERSIFICATORIA. 145 3, 4, 5. ante rem, CAUSA negotii, non causa personae. — 100. ! Sequitur de illis attri- oon re, post rem. 6. facultas faciendi. butis que ante rem dicuntur et cum re et post rem. Ante rem et cum re et post rem dicuntur esse quaedam principalis facti circum- stantiae, quae adjacent facto principali praecedendo vel comitando vel subsequendo negotium. 101. Sumitur autem argumentum ab illo attributo, quod dicitur ante rem, ut apud Lucanunm : [Phars. Il, 536) Jam tetigit sanguis pollutos Caesaris enses ; 102. Ab illo attributo, quod dicitur cum re, apud eumdenm : [Phars. 11, 535] Gallica per gelidas rabies diffunditur? Alpes ; Ab illo attributo, quod dicitur post rem, apud eumdem : [Phars. 1, 344] Quae rura dabuntur, Quae noster veteranus aret ? quae moenia fessis ? Juvenalis : (1, 169) Galeatum sero duelli Paenitet. Et tale poterit esse familiare exemplum de illis tribus : Risus amor, coitus, ventris conceptio, triplex Indicium laesae virginitatis habent. 103. Argumentum est ab illo attributo, quod dicitur ante rem, ubi dicitur risus amor : mentis enim consensus praecursor est libi- dinis. Argumentum est ab illo attributo, quod dicitur cum re, ubi* dicitur coitus. Est argumentum ab illo attributo, quod dicitur post rem, ubi sequitur# ventris conceptio. — 104. ‘Sequitur de facul- tate faciendi, quae in amminiculis consideratur. Ovidius : [Hér. U, 63] Fallere credentem non est operosa puellam Gloria : Vel sic : Est facilis falli mens fallere nescia; falli Simplicitas facili credulitate potest. 1. Rubrique : De attribulis que ante rem dicuntur et cum re et post rem. — 2. Texte tradilionnel : eflunditur. — 3. Vel cum. — 4. Vel dicitur. — 5. Rubrique : Exemplum de facultate faciendi. FARAL. 10 Google 146 MATTHIEU DE VENDÔME. r. yualitas facti. 105. ‘Sequitur de modo vel de qualitate facti. A quo sic elici- tur argumentum. Oratius de Homero : | [Poét. 151] Atque ita mentitur?, sic veris falsa remiscet, Ne primum medio, medium ne discrepet imo ; Virgilius in Bucolicis : (HT, 21] An mihi cantando victus non redderet ille, Quem mea carminibus meruisset fistula caprum; Lucanus : [Phars. VIH, 81] Quid mundi gladios a sanguine Caesaris arces ? Similiter potest dici : Credulitas festina nocet, consuevit habere Effectus fragiles impetuosa manus. Unde Ovidius : [Rem. 120] Difhciles aditus impetus omnis habet. — 106. “Sequitur de tempore. Est autem argumentum a tempore, quando ex opportunitate temporis aliquid conjecturaliter de negotio improbatur vel probatur. Ut apud Virgilium in Bucolicis : 3. tempus. [HT, 57] Omnia nunc florent, nunc formosissimus annus. 1077. Similiter poterit poni familiare exemplum, ut quatuor tem- pora anni sub castigato breviloquio describantur hoc modo : Descriptio quatuor temporum anni. Ver roseum tenero lascivit flore, laborat Picturare Ream floridiore coma. Solis amica calet aestas aestuque redundans Nititur in tempus nominis esse sui. 5 Vinitor autumnus, Bachi pincerna, propinat Uvae delicias, horrea messe replet. Horret hiems triplici panno pallita 7, noverca Florum, lascivi pectoris aegra comes. 1. Rubrique : Exemplum de modo vel qualitate facti. — 2. Vel consuitur. — 3. Terle traditionnel : Primo ne medium, media ne discrepet imum. — 4. Rubrique : De tempore. — 5. Vel solum nobiliore toga. — 6. Corr. interpres (Troyes). — 7. Vel pannita vel pellita. Google 9. locus. ARS VERSIFICATORIA. 147 108. Fpitheta quatuor temporum anni, causa compendii, sic describantur. Sunt partes anni bis binae : ver tepet, aestas Aestuat, autumnus vina dat, alget hiems. Vel sic : Ver florum genitor, aestas nutricula fructus, Vinitor autumnus, prodiga venit! hiems. Lucifer astra fugit?, solis praecursor ad ortum, Respirat melior exule nocte dies. > Legat in exilium tenebras Aurora, cubile Tythanis viduans purpurat ora Jovis. Hirsuto comitata gelu lux serpit et ortus Tempora canities anticipare studet$. Uberius radios Phebus dispensat, anhelant 10 Quadrupedes cursu dimidiare* diem. Migrat ad antipodes Phebi* declivior axis, Vergit ad occasum languidiore rota. — 109. ‘Sequitur de loco. Argumentum est a loco quando per opportunitatem loci aliquid factum fuisse vel non fuisse conjectura- tur. Oratius : [Ep. Il, u, 43) Adjecere bonae paulo plus artis Athenae. Lucanus : [Phars. IV, 661] Curio laetatur? tanquam fortuna locorum Bella gerat. 110. Et notandum quod, sicut dictum est de descriptionibus prae- hibatis, descriptio loci vel temporis plerumque potest esse super- flua, plerumque opportuna. Nisi enim temporis aut loci amminiculo aliquid auditori velimus intimare, supersedendum erit loci descrip- tioni, hoc exemplo sumpto à Cicerone : Cicero in Verrem, scilicet cum Verrem redargueret de adulterio in Sicilia perpetrato, descri- bit multifarias illius regionis delicias, dicens ibi esse arbores veris dotibus insignitas et prata flore multifario picturata, fontes prodi- gos puritatis, ut, audita loci venustate, conjecturale esset argumen- tum Verrem in loco tantae pulchritudinis deputato sibi a Cicerone 1. Corr. vestis (Troyes). — 2. Vel fugat (à adopler). — 3. Vel stupet. — 4. Vel dimidiante. — 5. Vel Phebus. — G. Rubrique : De loco. — 7. Fel letatus. Google 148 MATTHIEU DE VENDÔME. licentius commisisse adulterium. 111. Et, ut familiare inducamus exemplum, talis poterit esse topographia : Descriptio loci. Naturae studium locus est, quo veris abundant Deliciae, veris gratia, veris opes. Blanditur Natura loco, donando favoris Prodiga, donatis rebus egere potest. 5 Donandi transgressa modum, sibi nulla reservans, Purpurat ornatu floridiore locum. Tellus luxuriat crinito gramine, gramen...!. Comprimit et brevitas auris amica placet. Non infestat aquas solis calor, immo teporem 10 Ramorum series orbiculata fovet. Humor, amicitiae solis sua jura maritans, Destinat in florum fructificare comas. Altera gratuitas superest, cumulantque decorem Organicae studio garrulitatis aves. 15 Vociferans « occide® », dolens philomena querelat Et sua jocundo damna dolore canit. Vox merulae resonat, quae facta domestica nostrae Vocis adulterio nobilis esse solet. Psittacus exclamat praesentatura triumphis 20 Caesareis, lingua degenerante, « vale ». In scelus, in lites Tereus® armatur. Alauda Laeta prophetanti? praecinit ore diem. Argi luminibus stellatus pavo superbit Et picturatae vestis honore nitet. 25 Nidificat ramis Veneri sacrata columba, Incestum redimens simpliciore coma. Turtur amica gemit primo viduata* marito, Continuativi pignus amoris amans. Hic canit, hic habitat maculis distincta coturnix, 30 Et rigido{ perdix excrucianda veru. 1. I y a ici ruplure de sens. Le ms. de Troyes montre qu'il faut admettre une lacune, due vraisemblablement à l'omission d'un feuillet entier (103 vers dans l'édition Bourgain), où élaient décrils successivement les plantes el les arbres. — 2. Vel prophetandi. — 3. Vel jurata. — 4. Vel regio. a. Ovide, Mét. 669 : « neque enim de pectore caedis Excessere notae ». Philo- mena 1466 : « [Philomena] Chante au plus doucement qu'elle set Par le boschage « Oci! Oci! » C'est le cri qu'attribuent couramment au rossignol les textes du moyen âge. — bd. La huppe. Ovide, Met. VI, 673 : « Prominet immodicum pro longa cuspide rostruin : Nomen epops volucri, facies armata videtur. » Google ARS VERSIFICATORIA. 149 Qui proprias canit exsequias, mortisque propinquae Despicit articulum, fonte resultat olor. Materiam logici conflictus pica propinans Nescio quo medio membra colore tegit. 35 Direx' nanus adest, qui staturae brevitatem Nominis intitulat nobilitate sui. Non picus fabricator adest, cui fabrica rostrum, Dum sibi, dum sociis hospita tecta fodit. Garrula nigrescit et avara monedula, sueta 40 Exsilio nostros concelebrare lares. Vel patitur vel agit passer, cui nomina ponit In lumbis fluitans irrequieta Venus. Non cornix, non corvus adest, non noctua sacrum Blasphemat gemitus asperitate locum. 45 Non aquilae primatus adest, ne carmina plebis Rumpat regalis conditionis honor. Ergo relativos volucrum querimonia cantus Dum movet, organicum carmen adesse putes. Flos sapit, herba viret, parit arbor, fructus abundat, 50 Garrit avis, rivus murmurat, aura tepet. Voce placent volucres, umbra nemus, aura tepore, Fons potu, rivus murmure, flore solum. Gratum murmur aquae, volucrum vox consona, florum Suavis odor, rivus? frigidus, umbra ? tepens. 55 Sensus quinque loci praedicti gratia pascit, Si collative quaeque notata notes. Unda juvat tactum, gustum sapor, auris amica Est volucris, visus gratia, naris odor. Non elementa vacant, quia tellus concipit, aer 60 Blanditur, fervor suscitat, humor alit. Praedicti sibi fontis aquam, sibi floris amicat Blanditias, genii virgo, studentis opus. 112. Horum attributorum negotio quaedam sunt in gestione negoti. Continentia cum negotio sunt summa negotii et causa et triplex administratio, scilicet ante rem et cum re et post rem. In gestione negotni sunt alia quatuor attributa, quae sequuntur, scili- cet : qualitas facti, facultas faciendi, tempus, locus. Sunt et alia duo genera attributorum negotio, scilicet adjuncta negotio, consequentia negotium, quibus ad praesens supersedendum est, ne prolixitas orationis et lectiont odium et lectori imponat fastidium. 1. Corr. proposée Hic rex. — 2. Vel annis. — 3. Vel aura. — v. 53-4 interrertis dans le ms. Google 150 MATTHIEU DE VENDÔME. 113. Siquidem in attributis negotio tempus et locus, quia sunt inseparabilia, sunt attributa negotio : quicquid enim sit, fit in loco et tempore. Debuerunt prolixius explicari : unde de prolixitate topographiae praecedentis non est mih1 insultandum, quae, cum sit nimio tactu inveterata, tamen novo interserui opusculo, ut moveat cornicula risum furtivis nudata coloribus : quidam etenim, quibus gloriosum est aliena vivere quadra, illius topographiae versus sibi in proprium praesumpserunt usurpare. femarques 114. Amplius, attributis tam negotii quam personae non super- a uit exemplorum pluralitas, ut, si duo vel plura inducantur exem- Rs. pla, primum evidens, secundum evidentius, tertium evidentissimum esse perpendatur. Majoris etenim firmitatis est aedificium cui columnarum diversilas accommodat fulcimentum. Prodest etiam exemplificanti exemplorum opulentia. Etenim mus intercipitur facile muscipulae detrimentis, cui propinat refugium crepido sin- gularis. 115. Amplius, si in eodem exemplo incidat attributorum diver- sitas, referendum est non ad effectum sermonis, sed ad effectum sermocinantis. Verba etenim notanda sunt ex sensu quo fiunt, non ex sensu quem faciunt. Sicut superius in hoc exemplo [82] : À juvene et cupido credatur reddita 'virgo. Ubi dicitur a juvene argumentum est a natura. Übi dicitur à cupido argumentum est ab affectione. Et similiter in multis exem- plis. Unde exempla ad mentem exemplificantis debent retorqueri. 116. Attributa vero, tam negotii quam personae, in hoc versiculo continentur : Quis, quid, ubi, quibus auxiliis, cur, quomodo, quando. Quis continet x1! personae attributa; quid continet summam facti et triplicem negotii administrationem, scilicet ante rem et cum re et post rem; ubi, locum; quibus au.riliis, facultatem faciendi; cur, causam facti; quomodo, modum sive qualitatem ; quando, tempus. 1177. ?Amplius, ne traditio doctrinalis a docente dissonare videa- tur, in praefatis descriptionibus fere ubique aut zeuma aut ypozeu- sis potest assignari, et etiam alu colores sive scemata, de quibus in sequentibus evidentius dicetur. In versibus siquidem praelibatis modum dicendi potius quam circumstantiam# dicti auditoris debet 1. Ms. 1x. — ?. Rubrique : Ammonitio. — 3. Vel substantiam. Google ARS VERSIFICATORIA. 151 contemplari diligentia, utin praesenti opusculo gratia propositi non gravitate proponendi locum habere intelligatur. 118. Amplius, ne prolixitas, fastidii puerpera, deliciosas aures praesumat infestare, quia « nemo cogetur munus habere meuim », Nec minor est unquam quam tacuisse labor, praesentis opusculi rivulus ad horam praecludatur. Plerumque ete- nim elegantis suavitas cantilenae in fasüdium redundat audientiae. Ne lyra deliret, requiesco; noverca favoris Est mora. Pars superest; pars est exhausta laboris. Hic utitur transitu : Sycilides Musae, paulo majora canamus. [Virg. ÆEgl. IV, 1] Vobis freta freto vela secunda damus. Non omnes arbusta Juvant humilesque myricae, [/bid. 2] Immo juvat lauri participare vice!. IT. DE LA FORME DES MOTS. 1. Quoniam in superiore ? particula praesentis$ opusculialiquantu- lum circa modum describendi nostrum immoratum est curriculum, ad triplicem versificandi elegantiam transituri, ad blandimentum audientiae primitus imaginariam praecedentis noctis visionem di- gnum duximus propalare, ut jocosae narrationis amminiculo doci- litas exuberet, respiret attentio, redundet benivolentia, resonetur audientia, .taedii redimatur incommodum, uberior disciplinae sup- pullulet appetitus. 2. Videbar etenim videre, in praecedentis noc- tis conticinio, quod, fracto nequitiae brumalis repagulo, dum Flora, veris ostiaria, amictu florum multifario terrae gremium purpu- raret, arlopago prae ceteris locis sui favoris delicias instillavit, ut ariopagitis studentibus odoris intima suavitas et laboris remedium et studii propinaret nutrimentum, videlicet ut, expicturata telluris superficie, dulcedo saporis, exuberans plenius, odoratus vehiculo ad rationis recepta domicilium, quicquid favilla oblivionis sopitum dor- mitaret#, memoriae fidelis amminiculo lingua pedissequa posset 1. Rubrique : Explicit liber primus, incipit secundus. — 2. Vel prima. — 3. l'el precedentis. — 4. {1 semble manquer quelque chose comme excitaret et. Google 152 MATTHIEU DE VENDÔME. licentius profiteri. In ceteris igitur locis magister Florae studentis artificium quasi spiritu avaritiae elaborans, dum loci praefati invi- gilat elegantiae, obliquo mediocritatis vestigio ad largitatis collate- rale vitium fere prodiga declinavit. In praefato siquidem loco tenera florum infantia ad plenum exuberans ad nativitatis exordium votivo suspirat desiderio, et suis amplius dedignata teneri cunabulis in risus semiplenos nititur lascivire. 3. Descriptio naturae. Hic Genius studet in melius, ver gramine pictum Eximio terrae gremio praesentat amictum. Pullulat herbula, nuntiat aurula veris honorem :; Flosculus emicat et rosa praedicat orta teporem. 5 Fons vitreus, fons nectareus nova gramina florum Vivificat, fovet, amplificat spiramen odorum. Non spoliat, non depretiat rigor hostis iniquus Temperiem, retinet speciem flos veris amicus. Descriptio Philosophiae ministrarumque suarum. 4. In predictae venustatis loco Philosophia, ministrarum suarum stipata collegio, studio fallente, laborem ut odore florum multifa- rio pascatur, plerumque floribus incumbere, plerumque gaudet evagari. | 5. Haec igitur, nullius artificii picturata deliciis, quadam speciali praerogativa quasi divinam videtur expirare reverentiam et mulu- modis conjecturis humanae naturae fragilitatem fastidire : frontis severitas matronalis modestiae rigorem pollicetur; virile superci- lium nullo nutu petulantiae praenuntio luxuriat; ardor oculorum directo et penetrabili procedens intuitu ad partes collaterales renuit obliquari; genarum vivida superficies, hypocritae coloris a se rele- gans adulterium, praedicat exercitium; labia succineta sibi invicem modeste vicinantur, ne ex frequentia mululoquii praesumant eva- gari, ettanta vultum ejus venustat generositas, quod ex legitimo mentis proposito praedicat exercitium; facies informata vigore inexhausto naturam fragilem destinat diffiteri. Ejus statura descrip- tionis ambiguae certo termino nequaquam potest describi. Vestes ejus, ut asserit Boetius®, tenuissimis perfectae filis, subuili artificio, indissolubili materia, ad cujus habitum et proprietates explicandas a. De consolatione Philosophiae, dans le portrait de la Philosophie qui ouvre le traité. Google Trois sources de l'ornement. ARS VERSIFICATORIA. 153 humanum languescit ingenium, mendicat facundia, humana discre- uo offendiculum se pati profitetur. Haec siquidem dum disciplina- hibus invigilat documentis et facundi pectoris delicias inter artes alumnas et pedissequas non cessat dispensare, ‘inter ceteras boatu multifario clamitans Tragoedia [Hor. Poét. 97] Projicit ampullas et sexquipedalia verba, et pedibus innitens coturnatis, rigida superficie, minaci supercilio, assuetae ferocitatis multifariam intonat conjecturam. 6. ?Huic Satira sede proxima vicinatur, jejuna silent, fronte prodiga verecundiae, oculis indirectis mentis obliquitatem testanti- bus, labiis ex assidua garrulitate diffusis; quae adeo suum pudorem praesumit dispensare, quod de corporis nuditate nequaquam eru- bescit. 7. Tertia surrepit comoedia, cotidiano hiatui, humiliato capite, nullius festivitatis praetendens delicias. 8. * Quarta (Ov. Rem. 379] pharetratos Elegia cantat amores, favorali supercilio, oculo quasi vocativo, fronte expositiva petulan- tiae, cujus labella prodiga saporis ad oscula videntur suspirare ; quae ultima procedens non ex indignitate, sed potius ex inaequali- tate pedum :. tamen in effectu jocunditatis staturae claudicantis vendicat detrimentum, juxta illud Ovidii : [Am. III, 1, 10] In pedibus vitium causa decoris erit. Istae quidem quatuor, quae in metricis modulationibus dominantur, dum alternatim de officiali contendunt epitheto, quia Nulla fides metri sociis omnisque potestas Impatiens consortis erit, Elegia audita est mihi propalare tripartitam versificatoriae facultatis elegantiam. 9. Etenim sunt tria quae redolent in carmine : verba polita, dicendique color, interiorque favus. 6 Versus enim aut contrahit elegantiam ex venustate interioris sen- tentiae, aut ex superficiali ornatu verborum, aut ex modo dicendi. 1. Rubrique : De tragedia. — 2. Rubrique : De satyra. — 3. Rubrique : De come- dia. — 4. Corr. habitu (Troyes). — 5. Rubrique : De elegia. — 6. Rubrique : De tripartita versificandi elegantia. Google Le contenu de la pensée. La forme des mots 154 MATTHIEU DE VENDÔME. 10. Ex venustate interioris sententiae, ut apud Oratium : (Ep. 1, 1, 32] Est quodam prodire tenus, si non datur ultra... Item apud Lucanum : [Phars. V, 260] Quicquid multis peccatur, inultum est. His etenim exemplis nulla est in versibus elegantia in superficiali ornatu, cum verba sint ibi quasi quotidiana nec ex qualitate dicendi, cum nec scemata nec tropi possunt ibi assignari, sed ex generali sententia, quae in utroque exemplo datur intelligi, ut venustas significatorum in ipsa significantia redundare perpendatur. 11. Ex superficiali ornatu verborum elegantia est in versibus, quando ex verborum festivitate versus contrahit venustatem et sibi gratiorem amicat audientiam, ut apud Lucanum : [V, 260] latuit plebeio tectus amictu Omnis honor. Item apud Stacium Achilleidos : [U, 19] Exuit implicitum tenebris humentibus orbem Oceano prolata dies. Siquidem in hoc articulo versificatorem oportet esse expeditum, ne ex penuria ornatus hirsuta verborum aggregatio in metro videatur mendicare; sed, quadam similitudine sumpta a rebus materials, sicut de lana caprina et de panniculis inveteratis nemo festivum potest contexere indumentum, quia modicum fermenti totam mas- sam corrumpit, similiter in versibus, si festiva fuerit verborum materia, materiae festivitas in ipsum materiatum redundabit, et metra ornatu Carentia aut ignorantiam aut versificatoris nuntiabunt negligentiam. Siquidem, sicut in constitutione rei matertalis ex appositione alicujus margaritae vel emblematis totum materiatum elegantius elucescit, similiter sunt quaedam dictiones, quae sunt quasi gemmarum vicariae, ex quarum artificiosa positione totum metrum videbit festivari. Earum enim muluformis ornatus alnis dic- tionibus collateraliter suae venustatis impertit beneficium et quasi socialiter cujusdam festivitatis accommodat blandimentum. 12. Igitur, quia omne bonum in commune deductum clarius elucescit, et quia lucerna nihil potest abscondita, ad informatio- nem puerilis disciplinae quasdam dictiones quae cooperativae sunt Google Adjectifs en -alis ARS VERSIFICATORIA. 155 ornatus presenti opusculo interserui ad exemplarem consimilium positionem. Harum autem dictionum quaedam sunt nomina adjec- tiva, quaedam sunt verba adjectiva ; nec tamen ab ornatu metri dic- Uiones sustantivae penitus excludantur : sed, quia numerus adjecti- vorum praeponderat, de subtantivis parciorem, de adjectivis vero ampliorem facio mentionem. Nec vacat quod dictum est verba adjectiva : verborum enim quaedam sunt sustantiva, quaedam voca- tiva, quaedam adjectiva ; in adjectivis vero nominibus et verbis inve- nitur ornatus verborum frequentior : sunt enim determinativa pro- prietatum, in quarum observatione praecipua versificandi perpenditur elegantia. 13. ‘Adjectiva vero nomina, de quibus primitus agendum est, quale exigant matrimonium in metrica modulatione, tum per ver- suum inductionem tum per clausulas exemplares est praenotandum. Horum autem nominum variae sunt terminationes. 14. Quaedam enim sunt in -alis, quaedam in -osus, quaedam in -atus, quaedam in -uus, quaedam in -aris terminantes. Sunt et aliae terminationes adjectivorum ; sed in praelibatis ornatior verborum festivitas et ele- gantior junctura potest assignari. 15. Eorum autem quorum minus frequentata est positio, in -alis desinentia inveniuntur, ut officialis, materialis, effigialis, venalis, superficialis, triumphalis, favoralis, exsequialis, mysterialis, impe- rialis, pontificalis, solstitialis, judicialis, initialis, conjecturalis, extlialis, prodigialis, legalis, connubialis, collateralis. Horum talis poterit esse exemplaris junctura : Vel sic ad electionem vel fugam : Pastoris signum est officiale pecus. Amplius : Clerum magnificat officialis honor. Amplificat cultum materiale bonun. Vel sic : Est praedo decoris efigialis honor. Materiam ditat efjigiale jubar. 16. “Sequitur exemplum de hoc nomine triumphalis, quod vide- lur consonare imperito, cujus scientiam anticipat praesumptio, cujus disciplinam praevenit magistratus; qui indignus est mercenarius, vicem usurpat archimandritae ; qui indignus clientela contendit obtinere monarchiam; qui, quamvis hominem secum attulerit ad nos, quasi$ tertius Cato de caelo cecidit; qui fortasse cupressum scit 1. Rubrique : Que et quot adjectiva in versibus ponantur. — 2. Rubrique Exemplum de hoc nomnine triumphalis. — 3. qui vel quasi. Google en -NSUS 156 MATTHIEU DE VENDÔME. simulare®; qui sine fundamento aedificare, sine materia nititur ope- rare; de quo et consilium morbo laborantibus si velim exemplifi- care, Inopem me copia reddit ; qui, sub titulo superficialis scientiae, interioris ignorantiae palliant caecitatem. 1‘7. In quos invehitur Oratius dicens : [Ep. I, 19, 19) O imitatores, servum pecus… et postea comparat eos Yarbitae imperito, qui, imitando Tymagi- nem in oratoria facultate boatu declamatorio, rupit sibi praecordia. Unde Orauus : [£p. 1, 19, 15] Rupit Yarbitam Tymaginis aemula lingua Dum studet urbanus tenditque disertus haberi. 18. Quibus exempli gratia sic erit insultandum : Syllaba venalis et gemma superficialis, Ampla triumphalis est medicina malis. 19. Amplius : Fama favorali vulgus honore juvat. _ Vel sic : Grande favoralis gratia nomen habet. Amplius : Signum bubo canit exsequiale necis. Amplius : Carmina dant vati perpetuale decus. Vel sic : 5 Dat tegimen buxus mysteriale cruci. Vel sic : Presbyter vbsequium mysteriale canit. Amplius : Judicium civis imperiale timet. Vel sic : _ Jus habet in superos imperialis Amor. Amplius : Caelica sceptra manus pontificalis habet. Vel sic: 10 Pontifices sceptrum pontificale gerunt. Amplius : Omne facit tempus sofsticiale dolor. Amplius : Horret ad examen judiciale reus. Amplius : Eva fuit semen initiale mali. Vel sic : Divinus timor est initiale bonum. (Etenim initium sapientiae timor Domini.) Amplius : Mens vultu loquitur habituque; propheta doloris 16 Conjecturales exhibet ore notas. Tales etiam poterunt esse juncturae exemplares : Erttiale malum prodisiale nelas. Contio legalis, connubiale sacruin. Est farmae vitium collaterale Venus. 20. ‘Sequitur de adjectivis in -osus. Et, quia exemplis authenticis 1. Rubrique : De adjectivis in -osus. a. Cf. Horace, Art poétique, v. 19. Google en -alus ARS VERSIFICATORIA. 157 crederet Judaeus Apella, plerumque per authentica exempla, ple- rumque per domestica exempla erit procedendum. [Ov.Am.1,8,62] Crede mihi, res est ingenuosa dare. Vel sic : Est animi virtus ingenuosa comes. Ovidius [ Pont. 1, 120] : Musaque ad invitos ofjiciosa venit. Vel sic : Est reliquis membris officiosa manus. Claudianus [IIT, 30] : 5 Imperiosa fames, nutrix discordia belli. Vel sic: Vernat majestas émperiosa ducum. Amplius : Materiam mutat deliciosus amor. Vel sic : - Pauperat oris opes deliciosus amor. Vel sic : Dedignatur olus deliciosa fames. Amplius : 10 Excruciat cupidos ambitiosa sitis. Amplius : Plenius anxietas ingeniosa sapit. Amplius : Est amor in pueris émpetuosa lues. Amplius : Est mihi virtutis énvidiosa fames. Amplius : In rufo res est prodipiosa fides. Amplius : 15 Metra superfluitas panniculosa premit. Amplius : Conjectura parit suspiciosa metum. Amplius : Sors variare studet insidiosa fidem. Amplius : Garrulitas domino litigiosa nocet. Amplius : Est senis emeriti ridiculosus amor. 21. ‘Sequitur de adjectivis in -atus desinentibus, ut materiatus, orbiculatus, particulaius, articulatus, inveteratus, intemeratus, immediatus, immoderatus, insaliatus, inviolatus, irrevocatus et participia consimilis formae, ut intitulatus, primitiatus, intumula- tus, illaqueatus, inviolatus, infitiatus, phaleratus, enucleatus. Horum autem tales poterunt esse juncturae exemplares : Materiae pretium materiata beat. Amplius : Concolor est oculis orbiculata domus. Amplius : Augmentum ratio particulata capit. (Scientia enim distributa suscipit incrementum.) Amplius : 5 Vox auditoris? articulata juvat. Amplius : Sanari gravis est inveterata lues. Amplius : Nobis subveniat intemerata parens. Amplius : Unanimes sedes immediata juvat. Vel sic per clausulas : /mmoderatus amor, insatiata fames. 10 Immolata fides, irrevocata cohors. 1. Rubrique : De adjectivis in -atus. — 2. Corr. auditores (Troyes). Google en -iUUS 158 MATTHIEU DE VENDÔME. 22. Participia etiam ejusdem terminationis possunt hujusmodi adjectivis connumerari."Omne etenim participium adjectivum est et derivatum, adjectivum significatione, derivatum origine. De qui- bus sic : Rex est nobilibus éntitulatus avis. Amplius : Est maris ex spuma primitiata Venus. Amplius : Lex titubat, pietas intumulata jacet. Amplius : Fasque nefasque parat il/aqueatus amans. Vel sic : 5 Nulla timenda timet illaqueatus amans. Amplius : Excruciat cupidos inviolatus amor. Amplius : À morsu mors est infitiata malo. Amplius : Sub titulo fidei fraus phalerata latet. Amplius : Vernat in obsequiis enucleata fides. 23. In hunc siquidem modum possunt assignari consimilia exem- pla, ut amplificatus, notificatus, vociferatus, continuatus, certifi- catus; et multa hujusmodi possunt assignari, quorum metrica posi- tio quia ventilata est a lippis et tonsoribus, eorum exemplis super- sedendum est. Non enim agendum est de illis dictionibus in quibus rudis versificator et, quasi Neoptolemus, « qui nova nunc primum miles in arma venit », minus est expeditus. Ubi enim incumbit parcior notitia diligentis auditoris, efficacior est disciplina. Et ite- rum, a se relegat auditoris appetitum, quod successive migrat in auriculas plurimorum. Etenim | Dogma perit quod quisque terit; solet omne labare In vitium, quod in obsequium migrat populare. 24. !‘Sequitur de adjectivis in -ëpus desinentibus, ut relativus, vocalipus, adoptivus, expositivus, responsivus, continuativus, abu- sipus, incentivus, conjunctivus, collativus, effectivus, impulsivus, negativus, rediwivus, petitivus, de quibus exempla sic erunt : Justa relativo gaudet honore fides. (Etenim, ut asserit Ovidius { Pont. II, 3, 8], Vulgus amicitias utilitate probat) Vel sic de alterno amantium colloquio qui sunt in passione desiderii : Luce malum redimunt alterna voce, sepulto Sole relativum clamat uterque « vale ». Amplius : Verba vocativa pagina frontis habet. Amplius : 5 Christus adoptiva nos pietate fovet. 1. Rubrique : De adjectivis in -ivus. Google en -aris ARS VERSIFICATORIA. 159 Amplius : Est nocuae mentis expositiva manus. Vel sic : Lingua fit effectus! expositiva sui. (Etenim ex abundantia cordis os loquitur.) Amplius : In responsivas suscito metra? voces. Amplius :+: 10 Continuativo foedere gaudet amor. Amplius : Crimen abusivum contio sacra fugit. Amplius : ‘ Zncentiva mali palliat oris honor. (Et tamen incentivum substantivum est, non adjectivum.) Amplius : Ad conjunctivas spirat amica vices. Amplius : 15 Consultus confert contraria, colligit aptos Ex collativa seditione gradus. Amplius : Effectiva sacrum causa colorat opus. (Etenim effectum suae causae necesse est respondere.) Amplius : Impulsiva malum causa tuetur opus. (Quia necessitas non habet legem.) Armplius : Voce negativa fit redivivus amor. (Etenim, teste Ovidio [ Am. III, 4, 17], Nitimur in vetitum semper cupimusque negatum ; Unde idem postea subjungit [4m. III, 4, 9] : Cui peccare licet peccat minus; ipsa potestas Semina nequitiae languidiora facit.) Amplius : 20 Stupra petitiva sedulitate patent. (Quia, teste Ovidio [ Am. I, 8, 43], casta est quam nemo rogavit.) Vel sic : Voce petitiva Thaïda lenu premit. 25. Sunt autem multa nomina hujus terminationis secundae impo- sitionis, unde quia non possunt conjungi substantivis primae impo- sitionis, a propria significatione ad aliam transumantur. Paucitas exemplorum hic licentius poterit excusari. Et item multa nomina hujus terminationis a metro excluduntur propter repugnantiam temporum etimpatientiam syllabarum, ut indicativus, deprecativus, et similia. 26. 3Sequitur de paucis adjectivis desinentibus in -aris, ut arti- cularis, particularis, exemplaris, popularis, famularis, de qui- bus sic : Saevit in articulos articulare malum (ut ciragra, Vel sic : Juncturae morbus articularis obest. podagra). Amplius : Succurrit miseris particulare bonum. | Vel sic : Lingua nocet domino vaga; laesio corporis esse 5 Totius hoc membrum particulare solet. 1. Fel affectus. — 2. Vel verba. — 3. Rubrique : De adjectivis in -aris. Google Des comparatifs. 160 MATTHIEU DE VENDOME. Amplius : "Est ecemplaris altera vita mihi. (Unde Cato : Vita est nobis aliena magistra.) Amplius : Ypocritae gratus est popularis honor. Amplius : Obsequium nescit vir famulare pati. 2'7. 'Sequitur de comparativis nominibus, in quibus multiformis verborum ornatus potest assignari, ut candidior, floridior, paupe- rior, uberior, humidior, lucidior, proximior, labilior, prosperior, languidior, callidior, fertilior, commodior, liberior, splendidior, utilior, debilior, mobilior, interior, flebilior, inferior, exterior, anterior, ulterior, asperior, simplicior, cognitior, horridior, sor- didior, nobilior. De quibus sic : 28. Disputat in vultu candidiore rubor. Amplius : Ver picturat humum floridiore toga. Amplius : Serpit avena levis pauperiore coma. Amplius : Fur fugit instantes uberiore gradu. Amplius : 5 Terram luna rigat humidiore rota. Amplius : Lampade respirat lucidiore dies. Amplius : Assisto regi prorimiore loco. Amplius : Sol petit occasum labiliore rotai. Amplius : Sors renovat risu prosperiore reos. Amplius : 10 Florent successu languidiore boni. Amplius : Vulpes ingenio callidiore praeit. Amplius : Pullulat ex gleba fertiliore seges. Amplius : Victu luxuriat commodiore potens. Amplius : Nititur arbitrio liberiore Venus. - Amplius : 15 Vernant ornatu splendidiore duces. Amplius : Consilio sapiens utiliore praeit. Amplius : Bumbizat pauper debiliore sono. Amplius : Perfida sors gaudet mobiliore fuga. Amplius : Mens sapientis agit interiore domo. Amplius : 20 Hostes bella eanunt flebiliore tuba. Armplius-: Pluto premit nocuos in/feriore lacu. Amplius : _Jra patet vultus exteriore nota. Amplius : Successu finis anteriore caret. _Amplius : Pollicitum languet w/teriore mora. Amplius : 25 Cuspide munitur asperiore rubus. Amplius : Intuitu meretrix simpliciore favet. Amplius : Dogmata doctrina cognitiore nitent. Amplius : Sordet canities horridiore situ. Amplius : Rufa cutis sordet? sordidiore dolo. 1. Rubrique : De abusione comparativorum. — 2. Vel via. — 3. Vel gaudet. Google ARS VERSIFICATORIA. 161 Amplius : 30 Ira praecedit nobiliore leo. (Unde Lucanus [Phars. VI, 487] : Est nobilis ira leonum. Parcit enim hostibus expugnatis.) 29. ‘Amplius, ne alicui famelico et jejuno grammaticae facultatis videatur quod impropria et abusiva sit comparativorum construc- uo? in exemplis praenotatis, quia non construuntur cum ablativo sine praepositione vel cum nominativo interposito quam adverbio comparandi, ei respondendum est quod bipartito modo compara- Uiva veniunt in constructione, collative et absolute. 80. Collative, quando sequitur ablativus significans alterum comparativorum vel nominativus interposito quam adverbio. Nec vacat quod dictum est «alterum comparativorum », quia, quotiens aliqua duoin aliquo acci- dente comparantur#, oportet illud accidens attribui utrique compa- rativorum, alteri intensive, alteri remissive. 81. Absolute, quando comparativum resolvitur in suum positivum cum palde adverbio augmentato. Ut apud Stacium de Polinice : [Theb. I, 414] Celsior ille gradu procera in membra,.… id est « valde celsus ». Virgilius : (Ep. 1, 228] Tristior atque oculos lacrimis suffusa nitentes, id est « valde tristis ». Absolute, inquam, ponitur hoc comparati- vum constructione, non significatione : constructione, quia non sequitur casuale significans rem ad quam fit comparatio; sed non significatione, quia in valde adverbio augmentum subintelligatur. 32. Quamvis secundum quosdam trifaria sit comparativorum abusio : in significatione, in constructione, et in officio. Sed de his alias differendum est. Similiter, in praecedentibus pentametris, comparativa ponuntur non collative, sed absolute, id est resolu- torie. Ut in hoc exemplo : « pauperiore coma », id est « valde paupere ». Et similiter de similibus erit intelligendum. 83. Amplius, multa alia sunt adjectiva quorum venustum et ele- gans potest esse matrimonium in metrica modulatione, ut succinc- tus, sophisticus, propheticus, prodigus, vicarius. De quibus sic : Verbis et modulis brevitas succincta perorat, Et lyra delirat quae brevitatis eget. 1. Rubrique : Solutio constructionis abusive comparativorum. — 2. Vel consti- tutio. — 3. Vel prenominalis, — 4. Fel comparatione ponuntur. FARAL. 11 Google 162 MATTHIEU DE VENDÔME. Amplius, de hypocrita cucullato : Dissona sunt animus faciesque sophistica, certant Sancta superficies interiorque lupus. Armplius : 5 Fraudes ore patent faciesque prophetica culpae Criminis objecti significata gerit. Amplius : Immixtus socio rubor est candore, saporis | Prodiga respondent grata labella rosis. Amplius : Musa vacet gladio, gladiique vicaria Pallas, 10 Quod minus est armis, suppleat oris ope. 34. ! Amplius, sequitur exemplum de hoc nomine praeambulus, quod consonat Epicuro. Habet*? enim ventrem nuptialem et praeam-. bulum, guttur superficiale et diffusum, « qui natus est consumere fruges », cujus deus venter est et gloria ejus in confusione, et cujus finis interitus, in cujus ventrem testiculis Saturni projectis Venere nascente singulis diebus voluptatis uberior® exuberat appetitus, qui a nativo sapore in adulterium dulcedinem cibaria multifario cogit luxuriare condimento, cujus ventri sequentium membrorum prae- cursori si cetera membra proportionaliter respondeant, excessus sta- turae procedet in infinitum. De quo sic : Guttur luxuriat, ventrisque praeambula moles Praedicat adventum bombificantis heri. 36. Amplius, si causa recreandi aurest deliciosas in exemplorum inductione plerumque ad alia° collateralia fiat diverticulum, incom- petenti tamen non deputetur digressioni, si5 videar illud vitium incurrere, de quo Oratius : [Poët. 14] Inceptis gravibus plerumque et magna professis Purpureus, late qui splendeat, unus et alter Assuitur pannus. Etenim?, teste Tullio, similitudo mater est satietatis et varietas tol- lit fastidium. Ad fastidn remediale blandimentum diversis partibus arma damus, et gravibus dulcia et sertis jocunda possunt interponi, ita quod ejus principali proposito nequaquam contradicant. Unde Oratius : | [Poét. 991 Non satis est pulchra esse poemata, dulcia sunto. 1. Rubrique : Exemplum de hoc nomine « preambulus ». — 2. Vel habenti. — 3. Vel frequentior. — 4. Vel auditores. — 5. Vel aliqua. — 6. Vel ne. — 7. Vel quia. Google Verbes. ARS VERSIFICATORIA. 163 Et idem in eodem : [Poét. 344] Omne tulit punctum qui miscuit utile dulci Lectorem delectando pariterque monendo. 36. Amplius, infinita sunt sustantiva et etiam adjectiva in quibus est multifarius verborum ornatus et venustum matrimonium potest denotari. Sed, quia infinitas noverca est disciplinae et amica confu- siouis (infinita enim non cadunt sub aliquo computationis articulo), illis praemissis, ad exempla verbalium positionum est proceden- dum'. Et primitus de verbis primae conjugationis agendum est, quae quamwvis sint infinita, tanto artificiosius erit finitam de infinitis tradere doctrinam vel disciplinam. Amplius, nemo hic expectat exemplificari nisi de verbis illis, quae sunt minus a plebeio contactu ventilata. 8'7. Et iterum, quia in superioribus exemplis multorum exhausta est exemplaris positio, ad praesens sufficiat castigata bre- vitas exemplorum. Sunt autem haec : pilleo, prospero, paupero, perpetuo, purpuro, festivo, intitulo, syncopo, confisco, integro, zelotypo, apocopo, inebrio, inesco, exorbito, mendico, phalero, intumulo, intimo, amico, adoro, insimulo, altero, adopto, illaqueo, intrico, importo, sordido, mancipo, morbito, emanripo, dilapido. Sunt etiam alla multa; sed quod minus est in enumeratione in exemplis suppleatur. 3 Pilleat insignes aurea mitra comas. Vel sic : Pilleat emeritum mystica mitra caput. Armplius : Prosperat adversas sors variata vices. Amplius : Pauperat elatas prodiga mensa domos. Amplius : 5 Prospera sors nescit perpetuare fidem. Amplius : Copula grata rosae purpurat oris ebur. Vel sic : Purpurat assiduus grata labella rubor. Amplius : Festivant humiles aurea vasa cibos. Amplius : Intitulat nocuum nobilis auctor opus. Amplius : 10 Syncopat in coitu mentula crebra sonos. Amplius : Confiscare solet rex populare bonum. Amplius : Integrat affectus damna favoris honor. Amplius : Pro stipe Rufinum zelotypare potes. 88. Sequitur exemplum de hoc verbo apocopat, de duobus rivali- bus, quorum alter ab altero in coitu est deprehensus, sic : Pro rivale timens rivalis apocopat ictus Et merita fodiens mentula messe caret. 1. Vel accedamus. — ?. Rubrique : De verbis versus colorantibus. Google 164 : MATTHIEU DE VENDÔME. Amplius, de Rufo, cujus oculos lippitudo corrodit, sic : Rufinum coitus meretricis énebriat, immo Lumina lippa lupae turpis inescat amor. Armplius : 5 Dum dominatur amor, virtus exorbitat, aegra Mendicat ratio, lex sine lege jacet. Amplius : Hypocritae phalerant sub pietate malum. (Unde Juvenalis [II, 21] : et de virtute locuti, Clunem agitant.) Amplius : Intumulat pallor divitis oris opes. Amplius : Intimat ira nocens exitiale nefas. Amplius : 10 Auxiliare sibi doctus amicat opus. Stacius [ 74. IL, 470] : At prior Oenides solita prece numen adorat. Amplius : Insimulat falso crimine scurra virurm. (Ovidius [Hér. VI, 21] : O utinam temeraria dicar Criminibus falsis insimulasse virum !| Amplius : Alterat humanos sors malefida status. Amplius : 15 Virginis optatae foedus adoptat amans. Amplius : Illaqueat victrix libera colla Venus. Amplius : Arte placet species ornata : placere laborans Crines intricat crinibus aeger amans. Amplius : Importat damni significata dolor. Amplius : 20 Sordidat egregium rufa loquela decus. Amplius : Pollicitum sacro mancipat alma fides. Amplius : Morbitat incautos aeris aegra lues. Amplius : Arbitrium proles emancipat impia, patre Functo gaudet opes dilapidare patris. Amplius : 25 Malleat innocuum victima sacra bovem. Amplius : Anticipant justos Caesaris arma dies. (Ovidius [Ars, 1, 184] : Caesaribus virtus contigit ante diem.) Amplius : Versificatoris scema venustat opus. Amplius : Militat in pateris Windocinense genus. Amplius : 30 Usurpat doctas mens inhonesta vices. Amplius : Quod complere nequis primitiare cave. Vel sic : Primitiat cupidus regna pudoris amans (id est, delibat primitias pudoris). Amplius : Auribus instillat dogmata lingua docens. Amplius : Heredem nocuum patris honestat honor. Armplius : 35 Palpitat in rufo rufa colore fides. Amplius : Vendicat insidians regna decoris amor. Amplius : Patrissare sitit degenerare negans. Amplius : Rufinus mecum sy/labicare timet. Google p” ARS VERSIFICATORIA. 1635 Amplius : Thaida Rufinus Jactitat esse suam. Amplius : 40 Dimicat opposita cum ratione Venus. Amplius : Clunicat et reprimens confoederat histrio clunes Clunibus, oppressa Thaide claustra gemunt. Amplius : Quamvis virgineo decor ore perendinat!, aetas Florida deflorat depretiatque rosam. Amplius : 45 Lingua loquax reticenda refert, eliminat, edit Quod cupit archana sedulitate tegi. (Oratius [Æp. 1, 5, 26] : Ne quis dicta foras eliminet. Boetius in Cathegoricis sillogismis : « Multotiens res teneris auribus accomodatas senior philosophiae tractatus eliminat ») Amplius : 50 Ænervat studium pernitiosa Venus. Fascinat invidiae spiritus omne bonum. (Unde in Bucolicis [IN, 104] : Nescio quis teneros oculus mihi fascinat agnos. Est etenim invidia odium alienae felicitatis.) Amplius : Appropriare sitit fur aliena sibi. Amplius : 55 Furta loquax vultus enucleare solet. (Unde Ovidius [Mét. II, 447] : O quam difficile est crimen non prodere vultu!) Amplius : Fimbriat egregium lingua maligna decus. Amplius, exemplum hujus verbi exuberat superius in descriptione Davi praetaxatum est, ibi scilicet [53, 85] : Exuberat aegri Pectoris in multos particulata lues. Amplius : Lenonis nocuum virgo cachinnat opus. 39. Praeterea multa verba sunt in hac et in ceteris conjugationi- bus, quorum quia cotidiana positio est et facile potest assignarni et etiam in superioribus cxemplis est assignata, auditor ad similitudi- nem praecedentium de reliquis exemplis mutatorio? prosequatur vestigio, ne semper alienis innitatur versibus : etenim sine difficul- tatis enatat articulo, cujus caput alieno sustentatur amminiculo. 40. Amplius, in praefatis exemplis, per pentametros versus potius quam per hexametros fuit procedendum, ut Elegiae denotaretur epithetum, quod in elegis et pentametris obtinet monarchiam, et etiam quod in praefata visione praesentia documenta et exempla meae visa est instillare audientiae. Et iterum, quia levius estinferre vulnera quam sanare, initiari# quam versus terminare, item° penta- 1. Vel perendinet. — ?. Vel mutativo. — 3. Ve prosequitur. — À, Vel incipere, — 5. Vel quia. Google les vers léonins. 166 MATTHIEU DE VENDÔME. meter terminalis debet esse sententiae quae in hexametro contine- tur, auditori levior pars debuit familiariter praesentari, ut suis hexa- metris praecedentibus pentametros quasi modo insitionis adaptaret. 41. Amplius, exemplificandum fuit potius versus sapponendo quam clausulas, ut in versibus integrum beneficium exhiberem audi- tori, non in clausulis semiplenis. 42. Amplius, sunt quidam trasonitae® et nugigeruli qui, ex impetu praesumptionis inconcinnae praesumentes cornicari, verborum signi- ficationibus abutuntur hoc modo : « Redolet injuriam, sapit nequi- am, malo ascribitur, » Unde ad hujusmodi praevaricationis cau- telam et remedium necesse est versificatorem esse exercitatum in verborum significatione, ne dictiones audeat conjugare, quae prop- ter mutuam significationum repugnantiam ad discidium quasi anhe- lantes nullo patuiuntur copulari matrimonio. Est etenim 1bi oppositio in adjecto. Verbi gratia, cum dicitur « Redolet injuriam », mutua est 1b1 significationum repugnantia, et nullus sequitur intellectus. Etenim « redolet » in bona significatione, « injuriam » in mala acci- pitur. Et similiter de simihibus erit judicandum:: ut cum dicitur « rufa fides », oppositio est in adjecto : una etenim dictio peremp- toria est significationis alterius, quia hoc nomen « rufus » exclusi- vum est fidei. Quippe fortuna coloris bella gerit; unde illud vulgare- proverbium : « Cum videris rufum fidelem, da gloriam Deo. » Est autem oppositio in adjecto. quando dictiones conjunguntur, ex qui- bus singulariter positis sequitur contradictio. 43. Amplius, a praesentis doctrinae traditione excludantur versus inopes rerum nugaeque canorae, scihcet frivolae nugarum aggrega- tiones, quae quasi joculatrices vel gesticulatrices auribus alludunt solo consonantiae blandimento, quae possunt cadaver exanimatum imitari, promptuarium sine [vino!], manipulum sine grano, cibarium sine condimento, quae vesicae distentae possunt comparari, quae ventoso distenta sibilo sine venustate sonum distillans èx sola ven- tositate sui tumoris contrahit venustatem* : scilicet versus leonini, quorum venuslas sicut ratio nominis ignoratur; in quibus quidam ubicines et imperiti in exercitio leonis morum# maxime gloriantur. 44. Sed si a praedictis nugis canoris consonantia excludatur, versus quasi mendicans et venali privatus redimiculo erit quasi truncus ficulneus?, inutile lignum. 45. Et tamen non omnes versus hujus l. Rélabli d'apres le ms. de Troyes. — ?. Vel incrementum. — 3. Vel elegorum. a, Cf. Sidoine Apollinaire : Trasonianus (Ep, 1, 9). — b. Cf. Hor., Sat. 1, vin, 1. Google Mots interdits ell poésie. ARS VERSIFICATORIA. 167 modi redarguendi sunt, sed tantum illi in quibus sine sapore sen- tentiarum mendicantibus vitium, quod dicitur aridum et exsangue, incurritur, Unde Oratius : [ Poét. 28] Serpit humi tutus nimium timidusque procellae. Igitur parcius nugis canoris, frequentius elegis erit insistendum. Etenim in canoris minor sive nulla est elegantia et quasi {Juv. VI, 165] Rara avis in terris nigroque simillima cygno. Et iterum, quicumque in elegis est expeditus, et in canoris; sed non convertitur. Æ6. Suntautem quaedam dictiones panniculosae quae quasi ana- thematizatae et indignae ceterarum consortio a metrica modula- tione debent penitus absentari; ut istae : « porro, autem, quoque », et hujusmodi sincategoreumata, id est consignificantia, quae, quia totius metri derogant venustati, a metro penitus debent eliminari. Paucae etenim sunt conjunctiones et adverbia quae in metro debent collocari, nisi necessitatis incubuerit articulus. IT. DE LA QUALITÉ DE L' EXPRESSION. 1. Restat de tertio membro praefatae distinctionis, scilicet de qua- litate, sive de modo dicendi. Versus enim plerumque ex modo dicendi majorem quam ex substantia dicti contrahit venustatem, ut in hoc apparet! exemplo : Tu dominus, tu vir, tu mihi frater eras. Huic versiculo nec ornatus sententiae, nec superfcialis verborum festivitas accommodat elegantiam, sed modus dicendi. Sunt itaque tria quae redolent in carmine : verba polita, dicendique color, interiorque favus. Sunt enim :1b1 tria scemata, scilicet zeuma ab inferiori, quia tres clausulae sub hoc verbo « eras » in ultima clausula posito includuntur. Est iterum ibidem color rhetoricus, scilicet repetitio : etenim hoc pronomen « tu » tertio iteratur. Potest etiam® ibidem assignari dialiton, sive asindeton, quia plures clausulae sine copulativa conjunctione distinctae et sigillatim pro- feruntur. 2. Siquidem, sicut in rebus materialibus materia statuae 1. Fel patet. — 2. Fel etenim. Google Des schèmes. ; D A 168 MATTHIEU DE VENDÔME. rudis est et nullo pretio insignita, donec sedulitate arüficis melius placeat expolita, similiter in metro verborum materia rudis est et inconcinna donec artificiali appositione alicujus scematis vel tropi sive coloris rhetorici depingatur. Et quia sub hoc tertio membro praefatae distinctionis scemata vel tropi vel colores rhetorici conti- nentur, ea quae ad versificatoriam pertinent facultatem vel discipli- nam sunt explicanda, et primitus de scematibus prosequendum est. 8. !« Scemata », ut testatur Ysidorus Etymologiarum, « figurae » interpretantur. Quae licet septemdecim frequentius inveniantur, ea tamen prosequenda sunt, quae versificandi exercitio possunt ele- gantius accommodari*, haec scilicet : zeuma, ypozeusis, anaphora, epynalensis, anadiplosis, epyzeusis, paranomasia, paranomeon, scesisonomaton, omoetholeuton, polipteton, polissinteton, diali- ton sive assintelon. 4. Et quia de scemate ypozeusi dictum est a principio et de zeumate, post videndum est quid sit anaphora. 56. Anaphora est per principia duorum versuum immediate posi- torum iterata positio, ut apud Juvenalem de Pontia : [VI, 641] Tune duos una saevissima vipera coena ? Tune duos? Sequitur familiarius exemplum de Rufo et Rufa ejus concubina : Rufe, tibi Rufa lucri praeponit odorem; Rufe, tuas carpit publica cauda vices. 6. Épanalensis est vocabuli in principio versus positi in ejusdem terminatione replicatio. Unde Juvenalis : [XIV, 139] Crescit amor nummi quantum ipsa pecunia crescit. 7. Anadiplosis est repelita prolatio dictionis quae terminalis prio- ris versus est in principio subsequentis, ut in Bucolicis : [VIHI, 55] sit Titirus Orpheus, Orpheus in silvis, inter delphinas Horion. Horum autem trium tale poterit esse familiare exemplum Nescit amor pretium discernere, parcere nescit ; Nescit amor dispar dispariare genus. Ecce in hoc exemplo est anaphora, quia in principio utriusque ver- 1. Rubrique : Que et quot sint figurae scemalum. — ?. Vel assigaari. — 3. Scil. scematutn. Google ARS VERSIFICATORIA. 169 sus hoc verbum « nescit » iteratur; item est ibi epanalensis : idem enim verbum, scilicet « nescit », in principio versus positum in ejus- dem fine replicatur; item ibidem est anadiplosis : dictio enim in fine versus posita 1n principlo sequentis iteratur. 8. Epyzeusis est ejusdem dictionis in eodem versu ad majorem expressionem affectus immediata geminatio, ut apud Virgilium : [£n. IV, 660] Sic, sic Juvat ire sub umbras. Vel sic de fuga amicae simulatoria, ut amans uberius torqueatur : Flora fugit : fugit ut redeat; sententia mentis Fronte latet; fugiens corpore, mente redit. 9. Paronomasia est dictionum in principio vel in fine convenien- tium cognata denominatio. Fit enim hoc scema bipertito. Plerumque per convenientiam initialium litterarum vel syllabarum hoc modo : Fama famem pretil parit amentis nec amantis ; Est pretium vitii depretiare‘ decus. Vel sic de monachis sumptuosis, quorum fuscata malignitas falsae religionis sepelitur indumento, qui in ventris ergastulo multifariis dapibus incarceratis pigmentatas gratias eructant Altissimo. De qui- bus quidam À sic : Non alleluia ructare, sed allia norunt; Plus in salmone quam Salomone legunt. Fit iterum paranomasia per convenientiam terminalium syllabarum, sicut in sequenti patet exemplo, facta collatione regis ad summum pontificem, vel latronis ad coenobitam, ita scilicet ut approbatio summo pontifici vel coenobitae ascribatur, regi vero vel latroni vituperium deputetur, sic : | Hic sapit, ille rapit; hic edocet, hic nocet; acer Est hic, ille sacer ; hic malus, ille salus. 10. Sequitur quid sit paranomeon. Paranomeon est per principia trium dictionum immediate positarum ejusdem litterae vel syllabae repetita prolatio. Hoc autem scema tripertito* variatur. Fit enim plerumque in principio versus, plerumque in medio, plerumque in fine. In principio, ut apud Virgilium in libro Eneydos : [ÆEn. Y, 294] Furor impius intus Saeva sedens super arma.. 1. Vel depreciasse. — ?. Quidem vel quidam. — 3. Vel in. — 4. Vel tripertite. Google 170 MATTHIEU DE VENDÔME. [stae tres dictiones, scilicet « saeva, sedens, super », in principio versus immediate positae ab hac semivocali s inchoantur. — Fitite- rumin medio ut apud eumdem : [En. IV, 526] Quique lacus liquidae latus quisque aspera dumisae. In hoc quod istae tres dictiones « lacus, liquidae, latus » in medio versus inmediate positae ab eadem littera, scilicet ?, incipiunt, scema praefatum potest assignari. Medium enim est quicquid con- tinetur inter utrumque extremorum. — Fit iterum in fine, ut apud eumdem : | | [En. II, 183] Sola mihi tales casus Cassandra canebat. Sequitur familiare exemplum de duobus rivalibus concubinae com- munis impatientibus SIC : Stuprandi studio stultos amor angit, amantis Mens renuit socia saucia sorte parem. Unde Ovidius : [Ars II, 564] Non bene cum sociis regna Venusque manent. Vel sic de muliere mendica poscente elemosinam! a rege pro marito valetudinario : Rex, rege res miseras mitis, meus est berus aeger : Da, dare dos éerit et est honor, affer opem. 11. Scesisonomaton est quadam similitudine copulandi nomina distincta multitudo, ut apud Stacium : [Theb. VI, 448] Yphis eques, pedes Argus, Abas auriga\jacebant. Vel sic de inconstantia Fortunae : Est odiosus amor sortis, lex perfida, risus Flebilis, inconstans mansio, falsa fides. 12. Omoetholeuton est plurium dictionum consimilis terminatio, ut apud Oratium : [Æ£p. 1, 13, 19] Vade, vale, cave, ne titubes mandataque frangas. Vel sic : Eligo, flecto, peto, confirmo, mulceo, servo Vota, datis, stuprum, foedus, amore, fidem. 1. Vel conquestio uxoris ad regem. a. Texle exact : quaeque lacus late liquidos, quaeque.…. Google ARS VERSIFICATORIA. 171 In versu hexametro est exemplum propter verba similiter cadentia, in secundo versu pentametro potest assignari polipteton. 13. Polipteton est quando multitudo casuum varietate terminali disunguitur, ut in exemplo patet praelibato. 14. Polissiniteton est cum multis conjunctionibus clausularum copulativa connexio, ut apud Virgilium : [En. 11, 263] Acamasque, Thoasque, Pelidesque Neoptolemus, etc. Vel sic : Ruffe, piloque doloque noces; pronostica fraudis Ruffa superficies exhibitiva notat. 15. Dialiton (sive asinteton) est scema praecedenti contrarium, scilicet multarum clausularum nulla conjunctionum copula conca- tenata distinctio, ut apud Virgilium : [En. IV, 594] Ferte citi flammas, date vela, impellite remos; Vel sic : Est Veneris praegrata lues, praedulce venenum, Poena placens, redolens passio, suave malun; î er Vel sic : Est judex injustus amor, discernere nescit Primatum, simili compede quaeque ligat. Est autem distinguendum inter dialiton et scesisonomaton, quamvis in utroque scemate clausularum fiat distinctio. Distat enim in hoc quod scesisonomaton constat ex nominibus, et verbo numquam vel raro interposilo, nec penitus a se relegat conjunctiones; dialiton vero verba recipit, sed ita, ut a clausulis suis conjunctiones exclu- dantur. 16. Amplius, notandum est quod non est praetermittendum quod testatur Ysidorus de hoc scemate paranomeon, dicens : « Quod si ternarius numerus excedatur, non erit scema, sed scemati contra- rium. » Unde ipse inducit exemplum, in quo utitur Ennius hoc scemate dicens : | | [Ann. 113] O Tite, tute, Tati, tibi tanta, tyranne, tulisti! 17. In praefatis siquidem exemplis nihil amplius quaerat deliciosus auditor, nisi ut exemplum et exemplare respondeat et satisfaciat Google Des tropes. 172 MATTHIEU DE VENDÔME. exemplificanti. Jam pridem enim petii detractoris inducias, ut nul- lus versus assertive teneatur, sed exemplariter hic poni perpen- datur: 18. ‘Sequitur de tropis. Tropus enim graece « modus locutio- nis » interpretatur latine. Fiunt autem tropi ad eloquii suavitatem et sine sententiarum pulchritudine. Quae, licet numero sint trede- cim, tainen ca commemoranda sunt quae versificatoris notitiae debent impensius intimari. Et primo agendum est de metaphora. 19. Metaphora est alicujus verbi usurpata translatio. Hic autem tropus quadripertito dividitur. Fit enim plerumque ab animato ad animatum, ab inanimato ad inanimatum, ab animato ad inanima- tum, ab inanimato ad animatum, — 20. Ab anuimato ad animatum fit metaphora, ut apud Virgiliume® : | Aligeros conscendit equos Etenim epithetum est volucrum, scilicet gerere alas, equo vero metaphorice attribuitur, quorum utrumque est animatum. Vel sic : Cornicatur inops rationis Rufus; in usum Fraudis dispensat mentis et oris opus. Hic similiter, quod est proprium cornicis, scilicet cornicari, attri- buitur Rufo. — 21. Secundo fit metaphora ab inanimato ad inani- matum, quando quod est unius rei inanimatae, ali inanimatae qua- dam significationis transumptione assignatur, Unde apud Virgilium : [G. 1V, 169] Fervet opus redolentque thymo fragrantia mella. Hoc enim epythetum floris, scilicet redolere, attribuitur melli, quo- rum utrumque est inanimatum. Similiter, tale poterit esse exemplum de aliquo superbiente de flosculo pulchritudinis : Disputat oris honor cum fastus obice, vultu.… Vel sic : Quamvis Flora nitet vultu praedivite morum, Vernat hiems mentis, crimen in ore sapit. In hoc exemplo idem quod superius potest assignari. Etenim quod proprium est floris, scilicet vernare, hiemi attribuitur, quorum 1. Rubrique : Qui et quot sint tropi. a. Attribution erronée. L'exemple est cité d'après Isidore, 1, xxxvi, 3. Google ARS VERSIFICATORIA. 173 utrumque est inanimatum. — 22. Tertio modo fit metaphora ab inanimato ad animatum, ut apud Stacium de Adrasto : [Théb. 1, 393] Hic sexus melioris inops, sed prole virebat Feminea. Et iterum apud Ovidium de Galathea : [Mét. XIU, 790] Floridior prato niveo, etc.a. His etenim exemplis, quod convenit rebus inanimatis, scilicet florere, virere, rebus animatis, scilicet Adrasto et Galatheae, translatione accommodatur. Vel sic : Vernat virgo decens intacto cardine, prodit In commune datas flosculus oris opes. In hoc est metaphora, quia quod proprium est rei inanimatae, sci- licet vernare, virgini adaptatur. — 28. Quarto modo fit metaphora ab animato ad inanimatum, ut apud Stacium : [Théb. V, 528] moriturque ad sibila campus. Et iterum apud Ovidium : [Tr. 1, u, 26] Nescit cui domino pareat unda maris. # In hoc enim est metaphora, quod mori et nescire, quae conveniunt rebus animatis, campo et undae attribuuntur. Vel sic de naufragio : Tela gemunt, pelagi furor intonat, unda superbit, Et nox in medio nascitur ausa die. — 24. Hic quadripertita metaphora potest denotari. Est autem quaedam metaphora antistropha, id est reciproca, quaedam non. Reciproca, ut apud Virgilium : « remigium alarum. » Potest enim reciprocari, ut dicatur « alae remigiorum ». Quaedam non potest reciprocari, ut superius « moriturque ad sibila campus » : hic nulla est reciprocatio. Iste siquidem tropus quadam speciali praerogativa inter ceteros tropos singularem obtinet praeminentiam et maxime a versificatoribus debet frequentari : praecipuam enim metricae modu- lationi venustatem accommodat. 25. ‘Amplius, sequitur quid sit antithetum. Antithetum est con- 1. Rubrique : Quid sit antithetum. a. Citation inexacte. Le texte est : «a Candidior nivei folio, Galatea, ligustri, Flo- ridior pratis... » Google 174 MATTHIEU DE VENDÔME. trapositio, quando contraria contrariis opponuntur, ut apud Ovi- dium : | [Mét. 1, 19] Frigida pugnabant calidis, humentia siccis, Mollia cum duris, sine pondere habentia pondus. Vel sic de prodigo redarguente avarum : Prandeo, jejunas; do, quaeris; gaudeo, maeres; Poto, sitis; retines, erogo; spero, times. Fit autem hic tropus quadripertito : per constructiones, per nomina adjectiva, per nomina sustantiva, per verba. — 26. Per construc- tiones, ut apud Ovidium : [Hér. VI, 135] Perdidit illa patrem, rapui de caede Thoanta; Deseruit patriam, me mea Lempnos habet. — 2'7. Per nomina adjectiva, ut apud eumdem : [Mét. I, 19] Frigida pugnabant calidis, etc. — 28. Per nomina sustantiva, ut in libro Cosmographiue Bernardi : [1, 41] In stellis Codri paupertas, copia Cresi, Incestus Paridis, Ypolitique pudor. — 29. Per verba, ut in verbis istis « prandeo, jejunas », et similia. Vel sic de milite redarguente clericum : Audeo, formidas; fugo, cedis; milito, cessas; Surgo, jaces; valeo, deficis ; insto, lates. Ecce praedictorum versuum nulla pars vacat antitheto; singulae enim dictiones combinare antithetum efhciunt. 30. ‘Amplius, methonomia est transmutatio quae fit tribus modis, quando inventum pro inventore, vel e converso, accipitur; vel continens pro contento accipitur, vel e converso; vel possessio pro possessore accipitur, vel e converso. Sed, quia in duobus pri- mis modis minus ab auctoribus frequentatur, de tertio modo prose- quendum est, quando scilicet continens pro contento vel e converso ponitur. 81. IÎste etenim tropus reciprocus est sive convertibilis. 1. Rubrique : Quid sit methonomia. Google ARS VERSIFICATORIA. 175 Continens pro contento ponitur, ut apud Stacium de Tideo loquente : [Théb. 11, 702] Fumantem hunc aspice late Ense meo campum, id est « cadavera in campo contenta ». Et similiter de Superis, qui in terris privati sunt hospitii beneficio, sic : Hospitii superi privantur honore, repulsam Terrarum potuit erubuisse polus. 32. Contentum ponitur pro contnente, ut apud Stacium : [Théb. VU, 406] Sed postquam rabies et vitae prodiga virtus Emisere animos; « virtus » pro « virtuoso » accipitur, in quo continetur, Similiter apud Lucanum : [Phars. VIN, 535] Nulla fides unquam miseros elegit amicos; id est « nullus fidelis ». Similiter in topographia supra posita : Quercus, alumna suis, caelum cervice salutat Votivoque suum respicit ore Jovem. id est « caelum in quo continetur Jupiter, cui quercus consecrata est ». 33. ‘Amplius, sidonoche est quando gratia partis aliquid toti attribuitur, vel e converso, ut apud Oratium loquentem ad librum suum per prosopopeilam : [Æp. 1, xx, 26] Si quis forte meum te percunctabitur aevum, Me quater undenos sciat implevisse decembres; id est « annos ». Similiter : Femina suspirat ad crimina nata nocere, Fraude potens, semen initiale mali. 34. Ponitur pars pro toto. Quod enim dicitur generaliter, speciali- ter hic datur intelligi. Unde Ovidius : [Ars HE, 9] Parcite paucarum diffundere crimen in omnes. 1. Rubrique : Quid sit synodoche. Google 170 MATTHIEU DE VENDÔME. — 865. Secundo modo fit sinodoche, ut apud Virgilium in Buco- hois : [Buc. I, 57] nunc formosissimus annus ; id est « pars anni », id est « ver ». Sequitur exemplum de concu- binaria Rufini : Rufini proles rufizat, quippe prophetat Vas figulum, peccat prolis in ore pater. Hic gratia vultus totum dicitur rufizare. 386. Quid sit peryfrasis in sequentibus dicendum est, ubi de mufatione materiae disseretur. 3'7. ‘Dictum est superius qui sid epithetum. Fit autem triper- tito : per constructiones, per nomina adjectiva, per verba. — 88. Per constructiones, ut apud Staciuim : [Théb. VI, 106] Alnus amica vadum nec inhospita vitibus ulmus. — 39. Per verba, ut in domestico exemplo et familiari topogra- phia : [111, 49) Flos sapit, herba viret, parit arbor, fructus abundat, Garrit avis, rivus murmurat, aura tepet. — A0. Item per constructiones, sic, in eadem topographia : [111, 53] Gratum murmur aquae, volucrum vox consona, etc. — 41. Per nomina adjectiva, ut in libro Cosmographiae Bernardi : [1, 437] Turcra? rubens, salmo sapidus, praepinguis alosa, Gardo brevis, longus barbulus, ampla plais. 42. : Methalemsis, sive clemazx, est gradatim procedens clausu- larum progressio ita, ut dictio prioris clausulae terminalis ostiaria sit subsequentis, ut apud Virgilium in Bucolicis : [Buc. W, 63] Torva leaena lupum sequitur, lupus ipse capellam. Florentem cithisum sequitur lasciva capella. In hoc exemplo dictio terminalis prioris clausulae initialis est sub- sequentis quantum ad constructionem, non quantum ad metrum. 1. Rubrique : De tripertito modo epitheti. — 2. Corr. lurlur. — 3. Rubrique : Quid sit methalempsis sive clemax. Google ARS VERSIFICATORIA. 177 Sed quod minus est in metro, in constructione suppleatur. Sequi- tur evidentius exemplum : ! Ira movet litem, lis proelia, proelia mortem, Mors lacrimas, lacrimae numina, numen opem. 48. ! Amplius, allegoria est alienum eloquium quando à verbo- rum significatione dissidet intellectus, ut in Bucolicis : [Buc. IT, 70] Aurea mala decem misi, cras altera mittam. Hic enim, teste Ysidoro, per « decem aurea mala » decem eglogae Bucolici carminis intelliguntur. Vel sic de formoso et arrogante : De nucleo nux conqueritur, quod praedicat oris Verna superficies intima nescit hiems. Per « nucem » oris verna superficies, per « nucleum » hiems intima, id est superbia, datur intelligi. Item familiare exemplum in versibus de Afra et Milone, ut opus auctori exemplare praetendat testimonium : [177] Vinea prolis eget, crinitaque brachia caelo Debens, serpit humi pauperiore coma. Per « vineam prolis egentem » ex contemptu Milonis Afra infecunda datur intelligi. — Hujus tropi quamvis septem sint species, de minus ventilata, scilicet de aenigmate, prosequendum est. 44. *Aenigma est sententiarum obscuritas quodam verborum involucro occultata, ut apud Virgilium : [ Buc. WI, 105] Dic quibus in terris (et eris mihi magnus Apollo) Tres pateat caeli spatium non amplius ulnas ; Vel sic : : Mater me genuit, eadem mox gignitur ex me : de glacie intelligendum est. Similiter de Narciso : Quaerit amans quod habet, quod amat, quod quaerit; amantis Est proprium : propriis rebus abundat, eget. Et hoc videtur impossibile nisi de amore Narcisi intelligatur. Des couleurs 45. Executis scematibus et tropis, quae magis praesenti opusculo de rhétrte videbantur necessaria, de coloribus rhetoricis consequenter esset 1. Rubrique : Quid sit allegoria. — ?. Rubrique : Quid sit enigina. FAnaL. 1? Google 178: MATTHIEU DE VENDÔME. agendum, nisi ab alio fuissent expediti. Unde, ne videar opus prae- sens alienis panniculis resarcire, cum mihi meum sufficiat aerarium, de illis omittendum est. Praeterea ubi dictum de scematibus et tro- pis, colores rhetorici non excluduntur. Videntur enim quaedam scemata et quidam tropi quibusdam colonbus rhetoricis respon- dere, quorum facienda est collatio. Sunt autem haec, quae combi- nata socialem habere videntur convenientiam : antithetum et con- tentio, anaphora et duplicatio, paranomasia et annominatio, epanalempsis et repetitio, scesisonomaton et membrum orationis, sive articulus, dialiton et dissolutum, polissyntheton et conjunctum, methalempsis sive clemax et gradatio, cujus iterandum est exem- plum : | Fama citat laudem, laus praemia, praemia mentem, Mens studium, studium carmina, carmen opus. 46. Siquidem hujusmodi versuum decies repetita placebit mentio. Etenim quicumque in hujusmodi versibus, uno solo verborum sce- mate in prioni clausula posito, dictionibus sequentibus simili habi- tudine copulatis, diurno labore ad denarium numerum procedet, mihi videbitur versificator expeditus potius causa difficultatis quam elegantiae. Igitur, quia non cuivis hominum contingit adire Corin- thum, vires suas hic experiatur sibilator Rufinus, qui in elegis Thyresias, in canoris nugis etiam Poliphemus esse consuevit. Gus- tus enim est judex saporis et experientia arbitraria est difficultatis vel veritatis. 47. Amplius, ut cognoscat auditor quod ei restat inquirendum, colorum rhetoricorum nomina ad praesens sufliciant assignata, haec scilicet : repetitio, conversio, complexio, traductio, contentio, exclamatio, ratiocinatio, sententia, contrarium, membrum orationis sive articulus, similiter cadens, similiter desinens, commixtio, annominatio, subjectio, gradatio, diffinitio, transitio, correptio, occupatio, disjunctio, conjunctum, adjunctum, conduplicatio, com- mutatio, dubitatio, dissolutio, praecisio, conclusio. | 48. Amplius, in praefata visione visa est mihi Elegia tria mem- bra praefatae distinctionis meo pectori sigillare memorialiter. Sed, quamvis Non minor est virtus quam quaerere parta tueri, Haec cecini, cecinisse juvat. Etenim : Est sapientia grata pecunia, multiplicatur Et data crescit, crescere nescit si taceatur. Google ARS VERSIFICATORIA. 179 49. Et notandum quod praefata distinctio non fit per opposita. Etenim, sicut virtus virtutem non excludit, nec rosa lilium, nec hyacinthus margaritam, sed, quae non prosunt singula, multa juvant, similiter in metro nec scema scematis nec color est exclusi- vus coloris, immo colores melius placent aggregati et relativo se invicem venustant beneficio et sororio consalutant blandimento, et etiam tria membra praenotatae distinctionis in eodem versu possunt assignari, ut apud Stacium : [Théb. 11, 446] Non parcit populis regnum breve. Hic, quantum ad primum membrum, est ornatus interioris senten- tiae : est enim generalis sententia; quantum ad secundum mem- brum, verba sunt satis festiva; quantum ad tertium membrum, est 1b1 ornatus in qualitate dicendi : est enim ibi quaedam species metaphorae, quia, quod est rei animatae, scilicet parcere, rei inani- matae, scilicet regno, metaphorice attribuitur, vel potest esse 1bi methonomia, quia possessio pro possessore accipitur, scilicet regnum pro rege. 60. Et, si liceat res materiatas voeibus comparare, sicut in rebus animatis, ut in homine, tria possumus contemplan, scilicet vitalem spiritum, corporeae venustatem materiae et legitimam vivendi qualitatem, nec tamen alterum alterius est exclusivum, immo conjuncta melius comparantur et gratiorem habent effica- tiam, similiter in metro venustas interioris sententiae et superficialis verborum ornatus et qualitas dicendi sese invicem hospitaliter reci- piunt, et alterum sine consortio alterius aut vix aut r'aro solitariam in metro sortitur positionein. 51. Amplius, ne praesentis introductionis corriculum ad vitium superfluitatis alicui videatur vacillare, quia virtus est medium vitio- rum ad utrumque redactum, teste Oratio, et quia medio tutissimus ibis, ut tribus membris praefatae distinctionis exhibeatur plene exposilionis satisfactio, de primo membro, scilicet judicio senten- tiarum in attributis negotio et personae, superius disseritur ; in exemplis adjectivorum, secundum diversas terminationes verborum, secundum membrum, ornatus verborum, evidenter explanatur; de tertio membro, scilicet qualitate dicendhi, 1 in scematibus et tropis discernatur!. 52. Sed forsitan si aliquis i imperitus cornicari prae- sumpserit, dicens quod in praefata distinctione idem sibi connume- ralur, quia in primo et secundo et tertio membro agitur de ornatu metricae modulationis, cui respondendum est, quod in primo et in 1. Corr. disceplatur. Google Des sujets déjà trulés par les anciens. 180 MATTHIEU DE VENDÔME. secundo et in tertio membro de ornatu metri quidem agitur, sed tripertito : quamvis enim in causa tractandi sit identitas, in modo tractatus varietas perpenditur; quia primo, de ornatu interioris sententiae agitur, secundo, de ornatu verborum, tertio, de qualitate dicendi. Unde non ulla ratio ordinis in illis tribus membris potest assignari. Etenim, sicut in praefata distinctione praecedunt senten- uae, verba sequuntur, tertio qualitas dicendi subjungitur, similiter in poeticae facultatis exercitio praecedit imaginatio sensus, sequitur sermo interpres intellectus, deinde ordinatio in qualitate tractatus; prior est sententiae conceptio, sequitur verborum excogitatio, sub- jungitur qualitas scilicet materiae, sive tractatus dispositio. LV. DE L'EXÉCUTION DU SUJET DANS LES FABLES POÉTIQUES. 1. ‘Sequitur de exsecutione materiae, in qua quidam male dis- ciplinati solent plerumque delirare et a semita doctrinali turpiter exorbitare, qui in scolastico exercitio fabulas circinantes poeticas verbum verbo sigillatim exprimunt, tanquam super auctores metrice proposuerunt commentare. Sed, quia veniam debet impetrare indis- ciplinata transgressio et forsitan cum perversis doctoribus perver- tuntur, eis consulendum est, ut in exsequenda materia consuetudi- narios eventus studeant aemulari, ut scilicet vera dicantur vel verni similia. Nec etiam aliquis verbo verbum proponat reddere fidus interpres. 2. Sunt enim quaedam verba quae, quasi damnata, debent in serie trâctatus praetermitti, quibus pertractatis totum membrum potius denigratur, quam aliquam contrahat inde venus- tatis scintillam, et hoc auctoritate Homeri. Unde Oratius de Homer : [Poët. 150] Et quae Desperat tractata nitescere posse, relinquit… Debent enim minus dicta suppleri, et inconcinna in melius permu- tani, superflua penitus aboleri. | 3. Amplius, materia de qua aliquis agere proponet, aut erit illi- bata, aut ab aliquo poeta primitus exsecuta. Si exsecuta fuerit, juxta tenorem poeticae narrationis erit procedendum, tali quidem consideratione, ut quaedam collateralia quae non sunt de principali 1. Rubrique : De executione materie. Google ARS VERSIFICATORIA. 181 proposito, scilicet comparationes et poeticae abusiones et figurativae constructiones, modus temporum et syllabarum, non inducantur. — 4. Non quia comparationum inductio penitus sit omittenda, sed parcius a modernis debet frequentari; poterit duci, quia scema deviat sine istis et nunc non erit hic de ïis opus. 5. Antiquis siqui- dem incumbebat materiam protelare quibusdam diversiculis et col- lateralibus sententiis, ut materiae penuria poetico figmento plenius exuberans in artificiosum luxuriaret incrementum. Hoc autem modernis non licet. Vetera enim cessavere novis supervenientibus. — 6. Amplius, poeticas abusiones in syllabarum temporibus non debemus imitari. Non enim veritas sive analogia ab his expresse exigenda est, quibus erat pro ratione voluntas : nobis siquidem cederet ad culpam quod eis aspirabat ad indulgentiam. Nulla siqui- dem modernis permittitur in temporibus syllabarum transgressio, nisi duae, scilicet pentymemeris et synolimpha ; pentymemeris, id est semiquinaria divisio minoribus, sinolympha provectioribus omnoibus. — "7. Figurativae etiam constructiones a moôdernorum exercitio debent relegari, licet ab auctoribus inducantur, ut apud Virgilium in Eneydis : [Æ£n. VII, 625] Pars arduus altis Pulverulentus equis furit. Item Suacius : [Théb. IV, 63] Haec manus Adrastum numero ter mille secuti. Hic duplex est figura in consequentia generum et numerorum. — 8. Debent etiam evitari impropriae verborum positiones, ut apud Virgilium in Bucolicis [Buc. If, 1] : « Ardebat Alexim. » Item Sta- cius [Théb. XI, 7] : « Ceu Flegrae fessus anhelat proelia. » Sunt etiam hujusmodi infinitae abusiones, quae tantum attendendae sunt, sed non extendendae. In hoc autem articulo modernis incumbi potius antiquorum apologia quam imitatio. Quippe Sentit adhuc proles quod commisere parentes. 9. Igitur cum in humana locutione tria incidant vel incumbant : ars, vitium, figura, artem debemus imitari, vitium penitus debet relegari, figura vero exigit sustentari. 10. ‘Amplius, cavenda est et dictionum sententiarumque otiosa 1. Aubrique : De cavenda dictionum sententiarumque oliosa positione. Google 182 MATTHIKU DE VENDÔME. positio : dictionum, ut « ibant qua poterant, et qua non poterant non ibant ». Est enim hic parysologia, scilicet plurium dictionum superflua adjectio; pleonasmus, unius dictionis, utapud Virgilium : « Sic ore locuta est »; Lucanus : « Sic Jupiterille monebat. » Vide- tur quod superfluat «ille ». Tautologia est superflua dictionis repe- litio, quamvis repetitio dictionis plerumque et ‘sententiae sit tempestiva, non superflua. Sententiae vero superfluitas dicitur macrologya, id est longiloquium res non necessarias comprehen- dens. 11. Et notandum quod répetitio tempestiva fit tripertito : causa additamenti, causa expositionis, causa majoris expressionis. Causa additamenti, ut in dictionibus expositionis el sententiis expressio- nis; in utroque vero repetitur dictio ut aliquid addatur, ut apud Stacium © : Pulcherrimus Astur, Astur equo fidens. ° Repetitur sententia ut exponatur, ut apud Lucanum de Pompeio et Caesare : [Phars. 1, 534] Ardent Hesperii saevis populatibus agri. Et postea repetit sententiam, ut saevos populatores determinaret dicens : [Phars. WU, 535] Gallica per gelidas rabies diffunditur Alpes. — Repetitur iterum dictio causa expressionis, ut apud Stacium : [Th. II, 348] Tydeus arma, arma viri. — Repetitur iterum sententia expressive, ut in Bucolicis, in 1llo versu intercalari : [£gl. VI, 84] Ducite ab urbe domum, mea carmina, ducite Dafpnim. 142. Sunc etiam multa alta vitia quae ab exsecutione materiae debent aboleri, ut astrologva!, scilicet impropria dictionis positio, ut apud Stacium de Tydeo [T'héb. W, 607] Nec mortem sperare valet, id est « timere » : spes enim de bono, timor de malo. 1. Corr. acirologia. a. Erreur. Le passage est de Virgile, En. X, 180. Google ARS VERSIFICATORIA. 183 — Et amphibologia, id est ambiguitas constructionis, ut : Cresus perdet Alim transgressus plurima regna. — Sunt etiam alia vitia, scilicet cacephaton, 1d est obscura pronun- tialio, ut : [Tér., And. V,1v, 30] Arrige(s) aures, (o) Pamphyle. — Sunt etiam alia, scilicet eclypsis, tapynosis, kacosynteton, et multa alia, quorum descriptiones quisquis sibi voluerit intimari, consulat Barbarismum. Praedictorum siquidem vitiorum incidentia licentiae poetarum imputanda est, non ignorantiae. Poetae etenim non ignari, sed spontanei, et causa varietatis, quae tollit fastidium, figuras inducebant. 13. ‘Hucusque dictum est quomodo superflua debent resecari. Sequitur quomodo minus diçta debeant suppleri. Verbi gratia, in humanis actionibus quaedam est ordinaria successio. Quaedam enim actiones aliarum sunt praeambulae, quaedam aliarum sunt conse- cutivac. Verbi gratia, in actuali amoris exercilio praecedit intuitus, sequitur concupiscentia, accessus, colloquium, blandimentum, ad ultimum votiva duorum congressio. Teste enim Ovidio, [Am. 1, ur, 16] Vix caret effectu quod voluere duo. [stos autem gradus actionis testatur Ovidius dicens : [Ars I, 482] Per numeros veniunt ista gradusque suos. Similiter in exsecutione materiae actionum gradus expresso debe- mus imitari vestigio, ut narrationis nulla sit intercisio sicut nec actionum praedictarum. Siquidem actionum ordinem intercidere vel syncopare videtur Ovidius, ubi loquitur de Ynachide dicens : [Mét. 1, 588] Viderat a patrio redeuntem Jupiter lo Flumine, et « Q virgo Jove digna tuoque beatum Nescio quem factura thoro, etc. » Etenim hujus narrationis contextus interciditur. Praetermittuntur enim duo gradus, scilicet concupiscentia et accessus. [ntuitus autem et colloquium continuantur tanquam ordinariam habeant successio- nem. Sed Ovidius, ut in fine sui operis testatur, [7r. 1, vi, 40] Emendaturus, si licuisset, eram. 1. Rubrique : Qualiter minus dicta suppleri debeant. Google Les sujets nouvealix. 184 MATTHIEU DE VENDÔME. 14. !Sequitur quomodo inconcinna valeant in melius permutari in materia prius pertractata. Exempli gratia, si in exsecutione mate- riae pertractatae aliquis scrupulus inciderit, in quo materia aliquan- tulum fit confusa et inevidens nec satis artificiose expedita, ut apud Ovidium de interfectione Argi, ubi dicitur : [Mét. 1, 700] Restabat verha referre, el celera quae interponuntur usque ad istum versum : [713] Talia dicturus, … ne similis incurratur confusio, varianda est materia, retenta senten- tiarum aequipollentia, sed modo dicendi in melius permutato, ut, quod dictum est a poeta quodam confusionis involucro, aequipollen- tis narrationis dilucidetur propatulo. 16. Igitur materiae pertracta- tae sententiis erit a modernis collateraliter insistendum, verbis per- mutatis et variato dictionum matrimonio, ne, si verba authentica et easdem juncturas aliquis sibi in proprium velit vendicare, penuriae sensus possit deputari. 16. *Hucusque de materia pertractata, scilicet de fabulis poeti- cis, quas nudi Garamantes arant in scolastico versificandi exercitio. Sequitur de materia illibata, in cujus exsecutione versus praecipue debet investigari, ut sicut se habent quotidiano actiones, verborum amminiculo similiter exprimantur, ut emphatica materiae exsecutio videatur rem materialiter informare, scilicet ut usui aequipolleat audientia verborum. 17. Siquidem aut agetur de attributis perso- nae, aut de attributis negotio. 18. Si de attributis personae, in des- criptione talis exprimatur persona, qualis imaginariae descriptionis vel opinionis praeconcipitur argumento, ut quod prius stabat in ingenio postea vocis proferatur amminiculo. Verbi gratia, puellam [Ars 1, 41] Elige, cui dicas : « Tu mihi sola places »; et qualis tibi placuerit, talis tractatu tuo depingatur, et hoc quan- tum ad approbationem. Similiter ad vituperium ita deformis expri- matur, qualis tuo et communi solet abhorreri spectaculo. 19. Si de attributis negotio agetur, juxta communem omnium sententiam et usus auctoritatem erit conjecturaliter procedendum. In gttributis autem negotio magis quam in attributis personae castigato utendum 1. Rubrique : Qualiter inconcinna valeant in melius permutari. — 2. Rubrique : De inateria illibata. — 3. C'orr. usus (Troyes). Google ARS VERSIFICATORIA. 185 est breviloquio, ut materia clausulatim explanetur, nisi sententiae venustas inciderit, ut in authenticis et metaphoricis et epithetis et in similibus. Quippe, quia, teste Boecio, contraria contrariis conve- niunt, sicut, quae tractata displicent, debent praetermitti, similiter venustas sententiae debet prolixius explicari. Des changements 20. !Adhuc multa dicenda restant de exsecutione materiae ; sed de quia ad metam nostrum suspirat curriculum, ne taedium suppullu- let, sequatur de permutatione materiae, quae quidem pertinet ad exsecutionem. Est autem permutatio materiae bipertita : una est verborum et sententiarum, sed retenta sensus aequipollentia; alia verborum et non sententiarum. 21. Sententiarum et verborum permutatio fit plerumque secun- dum peryfrasim. Peryfrasis est cireumloquium. Fit autem hic tro- pus bipertito, vel quando veritas splendide producitur, vel quando sententiae foeditas cireuitu evitatur. Veritas splendide producitur, ut apud Virgilium : æ (En. 1V, 584] Et jam prima novo spargebat lumine terras Tythanis croceum linquens Aurora cubile ; ut sit sensus « jam diescebat ». Sequitur familiare exemplum : Est usus doctrina comes; doctrina scolaris Intermissa perit, continuata viget; ut is sit sensus « usus facit magistrum ». Fit iterum peryfrasis, quando foeditas circuitu evitatur, ut apud Virgilium : (En. VUE, 406] Placidumque petivit . Conjugis infusus gremio… Vel sic : Moecho moecha datis favet; intra claustra pudoris Impetrat hospitium munere freta Venus. In utroque exemplo concubitus verbis decentibus insinuatur. — 22. ? Amplius, aliter fit permutatio verborum et sententiarum, sed retento sensus aequipollentia, quando activae constructiones in pas- sivas vel e converso solvuntur, hoc modo : | Torquet amor superos, superi torquentur amore ; Ars puerum flectit, flectitur arte puer. 1. Rubrique : De permutatione materie. — 2. Rubrique : De permutatione acti- voruin in passivuin. | A Google 186 MATTHIEU DE VENDÔOME. Omncs autem transitivae constructiones fere sic possunt reciprocari. — 28. Amplius, alio modo sententiae et verba permutantur, quando simplex vel partialis intellectus per clausulas vel orationes suppletur, vel e converso, ut si, pro partiali intellectu hujus verbi « rubet », dicitur « Purpurat ora rubor », vel pro « luget » «« Fle- tibus ora rigat », vel pro « irascitur » « Pullulat ira minax ». Et multa hujusmodi exempla possunt assignari. Similiter dictiones oralionum possunt esse vicariae quantum ad sententiae supple- mentum. 24. !Sequitur de permutatione verborum et non sententiarum, in qua plurimum sunt necessaria synonyma. Synonymorum enim eadem est significatio ex diversis ralionibus, unde alterum alterius plerumque poterit esse vicarium. Nec vacat quod dictum est « ple- rumque ». Multa enim synonyma sunt, quae, quia diversa sigmifi- cant, mutuam non sortiuntur positionem, immo significatum unius significato alterius potest attribui; ut in hoc exemplo : Fit coma caesaries, freta fiunt aequora, ventus Aura, seges messis, hospitiumque domus. Istorum siquidem nominum diversa est consignificatio. Unde alte- rum alterius non facit supplementum, nisi apud auctores abusive. 25. Igitur in hoc articulo oportet versificatorem esse exercitatum in verborum significatione cognita et consignificatione, ex quibus duobus perpenditur vocis officium. ?Ignota enim verborum signi- ficatio ad nocendum est eflicacior ceteris doctrinae offendiculis, quae sunt decem, scilicet haec : obscurae brevitatis involucrum (unde Oratius : [ Poët. 25] Brevis esse laboro, Obscurus fio); superfluae loquacitatis excursus; decisae orationis anxietas; mentis fluitantis evagatio; scrupulosa sententiae diflicultas; orationis infi- nita confusio ; inexercitata ingenii sterilitas ; linguae praecipitis inde- cens celeritas; verborum intercisa trepidatio; ignota dictionum significatio. 26. Unde ad hujusmodi offendiculi remedium in venusto dictionum matrimonio usum praecipue debemus aemulari, [Hor. Poët. 72] Quem penes arbitrium est et jus et norma loquendi. 1. Rubrique : De permulatione verborum sinonimorum. — 2. ARubrique : De decem offendiculis. Google La part du maitre. ARS VERSIFICATORIA. 187 Usus enim dictiones sunt quasi pedissecae et tributariae, et ei tan- quam patrifamilias obsequuntur. Unde, quia ejus auctoritas analo- glae praeponderat, nemo ultra ejus licentiam et permissionem praesumat evagari, immo voces ia proprie ponantur, ut ex propria earum positione metrum videatur decentius lascivire. — 2'7. Amplius, dictio poterit esse alterius vicaria,'cujus significatio ad significationem alterius antecedit, ut apud Stacium : [Théb. VH, 588] Praeterit aut dubium fati et spoliare superbit Oenides ; « superbit », id est « fastidit ». Superbia enim ad fastidium ante- cedit. 28. Et similiter quando dictionum significationes mutuam habent comitantiam, ut apud Oratium « nil admirari », id est « nil concupiscere ». 29. Similiter quod est subjecti quando attribuitur proprietali, ut apud Lucanum : (24. 1, 93] Omnisque potestas Impatiens consortis erit ; « potestas », id est « potens ». 80. Vel quando quod est causati attribuitur causae, ut apud Virgilium : [Buc. IX, 52] Cantando longos memini me ducere soles, id est « dies ». Sol enim est efliciens causa diei. 31. Fit iterum multis aliïs modis verborum permutatio, quando dictiones adjunc- lam vel affinem habent significationem, vel quan: synodoche utimur vel methonomia. 82. ! Sequitur de correctione. Correctio est, prout hic accipitur, maculas relegans et venustatis propinans remedium metricae modu- lationis examinatio, in qua tria pertinent ad discipulum, duo ad correclorem, scilicet haec : nota vitii, et assignatio remedn. In his siquidem duobus non nulla ratio ordinis debet observari. 88. Praecedit enim nota vitiorum ad fugam, sequitur assignalio venus- tatis ad electionem. Quippe, nisi praecederet vitiorum remotio, frus- tra sequercetur venustatis aedificatio, juxta 1llud Oratn : [£p. 1, u, 54] Sincerum nisi vas, quodcumque infundis acescit. Et quamvis de judicio versuum in multis locis superius explanatum est, quaedam tamen residua prosequenda sunt. 34. In correctionc 1. AHubrique : De correclione sive grammalice. Google 188 MATTHIEU DE VENDÔME. siquidem versuum clausulatim et distincte secundum zeuma vel secundum ypozeusim erit procedendum. Versuum siquidem senten- üam nunquam volo vel raro terminari, nisi 1bi sit generalis senten- Ua ; immo sententia hexametri usque ad pentametrum protendatur vel clausulae pentametri ab hexametro incipiant. Quippe hexameter et pentameter sociale et indivisum habent, officium. Pentameter enim hexametro vel ejus exponendo sententiam vel concludendo debet pedissecari vel ancillari. Digaum enim est, ut, qui oflicium communicant, clausulis comitentur. 86. Et tamen non omnes maculae in metro positae à magistro pou semper emendari, juxta illud Ovidi : [Pont. 1, 11, 17] Non est in medico semper, relevetur ut aeger. Interdum docta plus valet arte malum. Unde quia, qui non est hodie, cras minus aptus erit, sine temporis intervallo quotidiano insistendum est exercitio, ne insolentia igno- rantiae detrimentum generet, ne scintillula morbi convalescat in incendium. Quippe [Ov. Rem. 92] sero medicina paratur Cum mala per longas convaluere moras. 36. Usus autem eflicatiam testatur Ovidius dicens : \ [ Pont. IV, x, 5] Gutta cavat lapidem {non nisi saepe cadendo). Unde alibi Ovidius : Nihil assuetudine majus; Et iterum : [Rem. 503] Aegre dediscitur usus. Quamvis enim natura fundat ingenium, provehit tamen usus, sive exercitium confirmat, perseverantia coronat. — 83"7. Amplius, ad tertium versum non est facienda sententiue transyressro, ne longum yperbatum incurratur. 38. Amplius, dictio monosyllaba nunquam debet esse versus terminalis, ne, sicut habemus apud Oratium, ex monte excrescente in infinita magnitudine ad ultimum [ Poët. 139] nascatur ridiculus mus; Google La part de l'élève. ARS VERSIFICATORIA. 189 ne amphora procedat in urceolum. Unde Oratius : [ Poét. 21] Amphora coepit Institui, currente rota cur urceus exit ? 39. Pentameter semper in dissyllabis, nisi causa obstiterit impul- siva, debet terminari. 40. Praetcrea venustas recitandi et distinctio clausularum plurimum debet observari. Plerumque enim plus valet modus recitandi, quam substantia recitati, Et male quod recitas desinit esse tuum. 41. Adhuc multa restant de correctione documenta. Sed, quia ubique superius ventilata sunt versuum judicia, ad sequentia cur- rendum est, ne videar easdem auras circinare; malo etiam, ut prae- sentem audientiam diligens auditor experiatur, quam scripturam. Teste enim Oratio : [ Poét. 180] Segnius irritant animos demissa per aurem Quam quae sunt oculis commissa fidelibus.… 42. Sunt autem indisciplinati quidam, qui correctionis usurpant officium, qui, caeci caecos ducentes, cum eis in foveam cadunt, ut Rufinus. Sed, quia in regione caecorum rex est monoculus, et popu- lum, qui sibi credat, habet, et cum perverso pervertuntur, cum Rufo rufizant et cum caeco excaecantur. 43. ! Sequitur de illis tribus, quae pertinent ad discipulum, quae sunt haec : transgressionis confessio, remotio velaminis, concessio reprehensionis. Confessio transgressionis facit ad veniam, remotio velaminis devitat arrogantiam, concessio reprehensionis pollicetur emendationem. Velamen autem debet removeri, ne culpa alicujus in innocentem reflectatur. Culpa etenim delinquentis plerumque redundat in caput innocentis; et tamen plerumque venialis erit transgressio, si frequentia excludatur. Etenim [Ov. Tr. l, 33] Si, quotiens peccant homines, sua fulmina mittat Jupiter, exiguo tempore solus erit. 44. Ill vero, quorum quotidiana est transgressio et qui potius indigent freno quam calcaribus, debent plerumque increpari, ne doctoris taciturnitas videatur esse vicaria concessionis. Transgres- 1. Rubrique : De iis que pertinent ad discipuluin. Google 190 MATTHIEU DE VENDÔOME. f . œ e . æ ° [2 e e soris en1im impunitas magisira est transgressionis. In hoc enim arti- culo a correctore invigilandum est. Teste enim Ovidio, [Pont. I, v, 17] ... labor hic quam scribere major. 45. Amplius, non est praetermittendum quod dicit Oratius de versuum examinalione, ut scilicet verba a lege metri dissolvantur; el, si prosaice considerata placuerint et venustum matrimonium habuerint, in metro longe gratiorem impetrabunt positionem. Unde Oratius, in libro Sermonum! : [Sat. I, 1v, 54] Non satis est puris versum describere verbis, Quem si dissolvas, quivis stomachetur eodem Quo personatus pacto pater. 46. ? Amplius, sequitur aliud documentum Oratii de correctione in secundo libro Epistolarum dicentis in hunc moduin : [Æp. WE, 11, 109] At qui legitimum cupiet fecisse poema, Cum tabulis animum censoris sumet* honesti; Audebit, quaecumque parum splendoris habebunt, Et sine pondere erunt, et honore indigna feruntur, Verba movere loco, quamvis invita recedant. . Et paulo post : [£p. H, u, 121] Fundet opes Latiumque beabit divite lingua ; Luxuriantia compescet, nimis aspera sano Levabit cultu, virtute carentia tollet. 47. Amplius, facta exceptione similiter coloratorum, quia Rufi coloris iniquitas in eo plenius exuberat ct in ejus successore forsi- tan emanabit, quicquid dictum est de Rufo et Rufino, de Arnulfo (et) de sancto Evurcio spiritualiter intelligatur, qui me quoudia- mis exasperat absentem opprobrüs, cujus linguam veneno invidiae toxicatam existimo. Sed quicquid de me, Rufine, praesumas corni- cari, « dignum te Caesaris ira nullus honor faciet ». Et tamen durum est contra stimulum calcitrare; quippe, qui plurimum con- tra stimulum recalcitrat, se duplici cuspidis laesione exacerbat. 48. Quia, quamwis in hoc opusculo parcius, tamen in reciprocis episto- his plenius tibi condignam reportabo talionem, Et nihil esse meo perpendas tutius aevo Quam duce me versum. 1. Erreur. Lire : Salirarum. — 2. Rubrique : De correctione. — 3. Afs. surmnit. — 4. Ms. recedunt. Google Des façons de terminer. ARS VERSIFICATORIA. 191 Siquidem mihi lingua non deputetur detractoria, si detraho detrac- tori. Salomoni adquiesco dicenti : « Responde stulto juxta stulti- am suam, ne similis ei efliciaris. » Igitur in isto lacessitus Mordeo mordentem, depressus deprimo, laesus Laedo :. vices vicibus aequiparare decet, ut ejus iniquitas, me mediante memorialis, favillis oblivionis nequa- quam possit sepeliri : Turpe quidem Rufo, quod rufas praedico fraudes, Sed tamen invitus pernitiosus ero. Rumpere, Rufe, loquar, rumpantur ut ilia Rufo; Quicquid conabor dicere versus erit. Extasis occursu quateris dum Thaida solus, Solus amas; nec habes, solus habere putans. Concolor utrimque rufizat copula, Rufum Rufa subit, simium simia, capra caprum. Invide Rufe, bonis digitis, ad fenora pronis, 10 Leges Othonis recolis putealque bibonis. | | 49. ‘Amplius, quia dictum est de bipertito modo inchoandi materiam, scilicet zeumatice et secundum ypozeusim, et de proces- sione generalis sententiae sive proverbu, de similitudine tempo- rum observanda, de modo scribendi, de attributis negotio et per- sonae, de tripertita versificandi elegantia, de scematibus et tropis, de exsecutione materiae, de permutatione, de correctione, — sequi- tur de conclusione, ut opus praesens in conclusione feliciter conclu- datur. Conclusio est, prout hic accipitur, tenorem propositi com- plectens legitima metri terminatio. 60. Conclusio autem multifarie apud auctores variatur. Fit enim per epilogum, id est per recapi- tulationem sententiae, ut in primo apologo Aviani, ut cum dicitur : [Fab. 1, 16] Haec sibi dicta putet seque hac sciat arte notari Femineam quisquis credidit esse fidem. Fit aliter conclusio per operis emendationem, ut apud Stacium Thebaidos : [ Th. XII, 819] Occidet et meriti post me referentur honores. Fit iterum plerumque per veniae petitionem ; unde Ovidius : [7r. 1, vu, 40] Emendaturus, si licuisset, eram. 1. Rubrique : De conclusione. Google 192 MATTHIEU DE VENDÔME. Fit iterum pèr ostensionem gloriae, ut in libro de Remeduis : [Rem. 814] Post me reddetis sacro pia vota poetae Carmine sanati femina virque meo. Fit etiam praeoccupata conclusio plerumque ab auctoribus, quo- rum mors praeanticipat conclusionem, quae potius dicenda est ter- minatio quam conclusio, ut apud Lucanum : [Ph. X, 546] Obsedit muris calcantem moenia Magnum. 4 Fit etiam per exhibitionem gratiarum, ut in Bucolicis : ee [Egl. X, 70] Hic sat erit vestrum, Musae, cecinisse poetam. Videtur Virgilius gratias Musis exhibere dicens « vestrum ». 51. Et similiter inducenda erit conclusio, ut praesens in Dei laudibus terminetur, a cujus fonte praesentis operis rivulus emanavit, cujus ad praesens sum legatus et desidero esse legatarius, qui minus provectis, meo ministerio mediante, quicquid venustum hic obrepse- rit, dignatus est delegare : Christe, tibi sit honor, sit laus, qui cum patre regnas, Rex cum rege, Deus cum sine fine Deo. Ens alius, sed non aliud quam sit pater, immo Cum patre non idem unus, idemque patri. 5 Et pater et natus et spiritus est Deus, unum Non unus, tres sunt non tria, tres et idem. Non secat alteritas natura quod unit, et una In tribus integritas, unio terna stupet. Do grates figulo vas, fabro fabrica, regi 10 Servus, plasmanti plasma, propago patri. Quo dictante loquor, quo praeside navigo, ducor Quo duce, quo portu praeradiante fruor. Quem nescit sapere sapientia, fama profari, Mens memorare, loqui lingua, locare locus. 15 Qui bonus est nec qualis et immensus sine quanto, Vocum mentiri significata facit. Qui sine nube dies, et in omnibus omnia, totum Est sine parte, sine conditione potens. Quem non discernit discretio, nescia nescit 20 Noscere, quem voces significare timent. 1. Rubrique : Hymnus ad honorem Dei. Google 30 ARS VERSIFICATORIA. 193 Quem stupet esse lacus majorem, quem stupet aevus Primaevum, finem finis. origo patrem. Immotus qui cuncta movet, qui trinus et unus, Est tres, est unus, sit tribus unus honor. Quem nec cognoscit oculus, quem non capit auris, Quem nescit ratio, suppleat alma fides. Parisius maturo gradus; mihi dulcis alumna Tempore Primatis, Aurelianis, ave. instruit ad versus pueros haec summula, nomen Ex re sortitur : summa docere potest. Vive, precor, nec formida livoris hiatum, Summula, per menses emodulata duos. Haec memini, meminisse juvat ; sat prata biberunt. Explicit emeritum Vindocinensis opus. Et si quid residuum fuerit, igne comburatur, id est Spiritui sancto committatur. Amen. FARAL. Google II] GEOFFROI DE VINSAUF POETRIA NOVA. SOMMAIRE. 1. DE L'ART EN GENERAL. DÉFINITIONS FT DIVISIONS. Conception des sujets {v. 43-59); — Soin de la forme : le début, le milieu, la fin (v. 60-76); — Les cinq points essentiels de l’art : l’inven- tion et la disposition, l'amplification et l’abréviation, le travail du style, l’action, le débit (v. 76-86). 1l. DE LA DISPOSITION. Des différentes manières de débuter : ordre naturel (commencement, milieu, fin) et ordre artificiel (v. 87-99). — Des huit manières de débu- ter selon l’ordre artificiel : 4°) par la fin (v. 112-117); 2°) par le milieu (v. 118-125); 3°) par des idées générales ou proverbia [v. 125-133), qui, . selon qu'on commence par le commencement, le milieu ou la fin, cons- tituent trois formes (v. 134-141); 4°) par des erempla, qui, selon qu'on commence par le commencement, le inilieu ou la fin, constituent trois formes (v. 142-154) : au total, huit formes. — Exemples de début natu- rel (v. 158-166) et de début artificiel selon les huit manières possibles, d'après la fable de Minos et Scilla (v. 167-202). 111. DE L'AMPLIFICATION ET DE L'ABRÉVIATION. A. — DE L'AMPLIFICATION (v. 219-689). Ses huit procédés : 1° Le redou- blement d'expression (interpretatio, expolitio) [v. 219-225]; — 2° La périphrase (circuitio, circumlocutio) [v. 226-240]; — 3° La comparai- son (collatio) et ses deux variétés {aperta et occulta) [v. 241-263]; — 4° L'apostrophe (apostrophatio, exclamatio) |v. 264]; exemples : Contre la joie excessive (v. 276-291); Contre la présomption (v. 292-303); Contre la pusillanimité (v. 304-323); Contre l'insouciance (v. 324-366); Plainte funèbre (v. 367-430); Contre le ridicule (v. 431-454); résumé (v. 455-460); — 5° La prosopopée (v. 461); exemples : Plaintes de la Google POETRIA NOVA. 195 Sainte-Croix (v. 469-507); Plainte d'un plat usé (v. 508-514); Un chä- teau morigène la France (v. 515-526); — 6° La digression; exemple (v. 527-553) ; — 7° La description (v. 554) ; exemples : Portrait de femme (v. 562-621); Festin de rois {v. 622-665); — 8° L'opposition (opposi- tio, opposttum) ; exemples (v. 668-686). B. — Dr L'ABRÉVIATION (v. 690-736). Ses sept procédés : « emphasis », « articulus », ablatif absolu, exclusion des répétitions, sous-entendu, asyndète, fusion de propositions (v. 693-717). Façon d'opérer (v. 718-736). IV. DEs ORNEMENTS DU STYLE. De la nouveauté de l'expression (v. 737-764). 1° L’ « onnarus nirriauis » : Les dix tropes (v. 765-1093). Le sens figuré (transsumptio, translatio) : passage des choses à l’homme, et réciproquement (v. 767-778). 1° Sens figuré des verbes (v. 779). Exemples : Le printemps (v. 781- 799); L'hiver (v. 800-806); Le beau temps (v. 806-812); Le travail des forgerons (v. 813-829). — L' « ornatus difficilis » doit laisser le sens facilement intelligible (v. 830-843). 2° Sens figuré de l'adjectif précisant celui du verbe (v. 844). Sonble (v. 850-861); autre exemple (v. 862-871). 3° Opposition de sens entre le nom et le verbe ; exemples (v. 872-885). &° Alliance du sens propre et du sens figuré dans le même mot (v. 886-892). 5° Particularités concernant lé sens figuré (v. 893) : a) du verbe (v. 894) par rapport à son sujet {v. 896-901), à son complément {v. 902- 904), aux deux {v. 905-907); — 6) de l'adjectif (v. 908) par rapport au nom qu'il qualifie (v. 909-912), à son complément (v. 913-915), aux deux (v. 916-918); — c) du nom commun {v. 919-922) et du nom propre (v. 923-935). 6° Accumulation des sens figurés (v. 936-948). 7° Quatre variétés du sens figuré : la translatio (métaphore), la nomi- natio (onomatopée), la pronominatio (antonomase), la permutatio (allégo- rie) [v. 949-956]. | 8 Six autres variétés {(v. 956) : 1° La denominatio ([métonymie] [v. 966] : l'abstrait pour le concret (v. 966-972); la cause pour l'effet (v. 973-977); l'instrument pour celui qui s’en sert (v. 978-983); la matière pour l'objet (v. 984-1000); le contenant pour le contenu , (v. 1001-12); — 2° La superlatio (hyperbole) |[v. 1013-21]; — 3° L'intel- lectio (synecdoque) [v. 1022] : la partie pour le tout {v. 1024-29); le tout pour la partie {v. 1030-37); — 4° L'abusio (catachrèse) [v. 1038.45]. Google 196 GEOFFROI DE VINSAUF. Caractère commun des quatre figures précédentes {v. 1046-50); — 5° La transgressio (hyperbate) [v. 1051-60]. | Éviter l'obscurité (v. 1061-93). T° L’ « onNATUS rAcILis » : Les couleurs de rhétorique (v. 1094-1587). 1° Les figures de mots {v. 1098) : repetitio, conversio, complextio, tra- ductio, contentio, exclamatio, interrogatio, ratiocinatio, sententia, contra- rium, membrum, articulus, continuatio (in sententia, in contrario et in occlusione), compar, similiter cadens, similiter desinens, subjectio, gra- datio, diffinitio, transitio, correctio, occupatio, disjunctio, conjunctio, adjunctio, conduplicatio, interpretatio, commutatio, permissio, dubitatio, expeditio, dissolutio, praecisio, conclusio. L 2° Les figures de pensée (v. 1230) : distributio, licentia, diminutio, descriptio, disjunctio, frequentatio, expolitio, commoratio, contentio, simt- lütudo, eremplum, imago, effictio, notatio, sermocinatio, conformatio, significatio, brevitas, demonstratio, distributio, licentia, diminutio, des- criptio, disjunciio, frequentatio, erpolitio (avec ses variétés : per sermo- cinationem; per exsuscitationem : de re simplici cum ratione, de re duplici cum ratione, de re duplice sine rationibus; per contrarium, per similitu- dinem; per eremplum: per conclusionem), eremplum, imago, cfjictio, notatio, sermocinatio, conformatio, significatio, brevitas, demonstratio (in rem, — post rem, — circumstantia rei, — quae in ipsa re facta, — a rebus sequentibus). Variétés de la significatio : per diminutionem, per ersu- perationem, per ambiguitatem, per consequentiam, per abscissionem, per similitudinem. IT TuéoniE DES CONVERSIONS (v. 1588). 1° Le verbe. Sa conversion en un ou plusieurs noms (v. 1602). 2° Les mots déclinables (v. 1647) : a) L'adjectif : sa conversion en un ou plusieurs noms {v. 1651); b) Le nom : conversion des cas et inven- tion de noms nouveaux. 3° Les indéclinables : leur conversion en noms et en verbes (v. 1709). IV° THÉORIE DES DÉTERMINATIONS [V. 1761) : a) Du nom par un verbe (v. 1764); par un adjectif unique (v. 1767) ou par plusieurs (v. 1761); par un nom {v. 1775); b) De l'adjectif par un nom au génitif, au datif, à l'accucatif ou à l'ablatif (v. 1781); c}) Du verbe par des nominatifs (v. 1803), par des cas obliques (v. 1810), par des adverbes (v. 1817), par des déterminations diverses (v. 1819). V9 PRESCRIPTIONS DIVERSES. Du choix des mots : selon la qualité des personnes (v. 1842), selon les exigences de la poésie (y. 1853). 1. Un remarquera qu'il manque une des six figures annoncées : c'est la périphrase. Google POETRIA NOVA. 197 Du style comique (v. 1883). Défauts à éviter : 1° hiatus (v. 1923); 2° répétition d'une même lettre (v. 1928); 3° répétition d'un même mot {v. 1931); 4° répétition d’une même finale (v. 1937); 5° phrases trop longues {v. 1939); 6° métaphores forcées (v. 1941). Du jugement, de l'oreille, de l'usage (v. 1943). V. La mémoire (v. 1969) er L'action ([v. 2031). TEXTE. Dépnicace. * Papa stupor mundi, si dixero Papa Nocenti, Acephatum nomen tribuam ; sed”, si caput addam, Hostis erit metri. Nomen* tibi vult similari* : Nec nomen metro, nec vult tua maxima virtus 5 Claudi mensura. Nihil est quo metiar 1llam : Transit mensuras hominum. Sed divide nomen, Divide sic nomen : « In » praefer, et adde « nocenti », Efficiturque comes metni*. Sic et tua virtus Pluribus aequatur divisa, sed integra” nulli. 10 Egregius sanguis te confert Bartholomaco, Mite cor Andreae, pretiosa juventa Johanni, *_ Firma fides Petro, perfecta scientia Paulo, Ista simul nulli. Superest de dotibus una, Quam nulli fas est attingere* : gratia linguae. 15 Augustine, tace! Leo papa, quiesce! Johannes, Desine! Gregori, subsiste ! Quid eloquar” omnes: Esto quod in verbis aut hic aut ille* sit ore Aureus et totus resplendeat : os tamen ejus Impar est“, orisque tui praejudicat aurum. 20 Trans homines* totus : ubi corporis ista Juventus P — Bibl. nat., lat. 15150; G — Glasgow, Hunt. Mus. 511; ABCD — Wolfenbüttel, Gude 4428, 45604, 1591, 159% (ces quatre derniers mss. d'après la collation de Leyser). 1. Incipit Poetria novella magistri Gaufredi Anglici de artificio loquendi P. — 2, tibi ABCDG. — 3. nomen netri B: sociari A. — $. imetro D. — 9. divisa G. — 14. pertingere &. — 16. eloquor D. — 17. iste D). — 19. Est 1. B. — 20. hominem ABCDG. Google 198 GEOFFNOI DE VINSAUF. Tam grandis senti, vel cordis lanta senectus Insita tam juveni? Quam mira rebellio rerum : Ecce senex juvenis! Fidei sub tempore primae” Cum Dominus Petro praeferret amore Johannem, Papatu Petrum voluit praeferre Johanni. In te, Papa, modo nova res his accidit annis, Papa senex Petrus, et papa juventa Johannis. Suntque tui quales talem” decuere : relucent Et circumlucent papam quasi sidera solem. 30 Tu solus mundo quasi sol, 1lli quasi stellae, Roma quasi caelum, Me transtulit Anglia Romam Tanquam de terris ad caelum, transtulit ad vos De“ tenebris velut ad lucem. Lux publica mundi, Digneris lucere mih1; dulcissime” rerum, 35 Dulce tuum partire tuo. Dare grandia solus Et potes, et debes, et vis, et scis : quia prudens, Scis; quia clemens, vis; quia magnus origine, debes ; Et quia Papa, potes. Quia talis es et quia tantus, Hic mens subsedit", cum* fecerit undique gyrum, 40 Inque suis dandis te praetulit omnibus unum : Totum posse suum tibi destinat. Accipe, magne, Hoc opus exiguum, breve corpore, viribus amplum. LD UT J. DE L'ART EN GÉNÉRAL. DÉFINITIONS ET DIVISIONS. La conception du sujet (De invrntione materiae intellectivae), Si quis habet fundare domum, non currit* ad actum Impetuosa manus : intrinseca linea cordis 45 Praemetitur opus, seriemque sub ordine certo Interior praescribit homo, totamque figurat Ante manus cordis quam corporis; et status ejus Est prius archetypus quam sensilis. Ipsa poesis Spectet" in hoc speculo quae lex sit” danda poetis. 50 Non manus ad calamum praeceps, non lingua sit ardens Ad verbum : neutram” manibus committe regendam Fortunae ; sed mens discreta praeambula facti, Ut melius fortunet opus, suspendat earum 23. preme P. — 78. tales quales 4 BCD. — 33. A G. — 34. dignissima 4D. — 39. subcedit D; quasi B. — 43. currat 4BCDG. — 49. Spectat 48B; sit lex BG. — 91. neutrum P. — 52. sit CB. Google POETRIA NOVA. 199 Officium, tractetque diu de themate secum. Circinus interior mentis praecircinet omne _Materiae spatium. Certus praelimitet” ordo Unde praearripiat cursum stylus, aut ubi Gades Figat. Opus totum* prudens in pectoris arcem * Contrahe*, sitque prius in pectore quam sit in ore. 60 Mentis in arcano cum rem digesserit ordo, O1 O1 lé nue sn orne Materiam verbis veniat vestire poesis. De inventinne materiar sensilivaer. Pivisions du présent traité. Quando tamen servire venit, se praeparel* aptam Obsequio dominae : caveat sibi, ne caput hirtis” Crinibus, aut corpus pannosa veste, vel ulla” 65 Ultima displiceant", alicuade”* nec” inquinet illud”, Hanc poliens partem : pars si qua sedebit inepte, Tota trahet” series ex illa parte pudorem : Fel modicum totum mel amaricat; unica menda Totalem faciem difformat. Cautius erga 70 Consule materiae, ne possit probra vereri*. Carmiuis ingressus, quasi verna facetus, honeste Introducat eam. Medium, quasi strenuus hospes, Hospitium sollemne paret*. Finis, quasi praeco Cursus expleti“, sub honore licentiet 1llam. Omni parte sui modus omnis carmen honoret, Ne qua parte labet*, ne quam patiatur eclipsim. Ne” stylus ignoret quid” spectet ad ordinis usum, Ecce sequens series praesumit ab ordine cursum. Cumque sequens series praesumat ab ordine cursum, 80 * Est operae primae, quo limite debeat ordo Currere; — cura* sequens, qua* compensare statera Pondera, si juste pendet sententia ; — sudor Tertius, ut corpus verborum non sit agreste, Sed civile; — labor finalis, ut intret in aures 85 Et cibet auditum vox castigata modeste, Vultus et gestus gemino condita sapore. ] Si _ 56. preliminet C. — 58. totam P; arce 4. — 59. Comprime C. — 62. prepa- rat D. — 63. hyrcis BCD. — 64. illa 4G. — 65. displiceat C, despiciant D; aliunde BCD; vel C; illam 14B8CDG. — 67. trahit D. — 350. limere ANG. — 73. parat D. — 74. Expl. c. C. — 76. labem D. — 71. Neu 4ABDG: quod C. — 80-86. Manquent dans BCDG. — 81. tum 4; manque dans P. Google Ordre naturel el ordre arlilicie) Une seule forme de l'ordre naturel huit formes de l'ordre artificiel. Début artriciel : io par la fin: 90 100 . ? 105 110 115 GEOFFROÏI DE VINSALIF. Il. De LA nisrosiriox. Ordo bifurcat iter : tum* limite nititur” arts, Tum* sequitur stratam naturae. Linea stratae Est ibi dux, ubi res et verba sequuntur eumdem Cursum nec sermo declinat* ab ordine rerum. Limite currit opus, si praelocet aptior ordo Posteriora prius, vel detrahat* ipsa priora Posterius ; sed in hoc, nec” posteriora priori”, Ordine transposito”, nec posteriore priora Dedecus incurrunt*, immo sine lite licenter Alternas sedes capiunt” et more faceto Sponte sibi cedunt* : arscallida res ita vertit, Ut non pervertat ; transponit ut hoc tamen”* 1pso Rem melius ponat. Civilior ordine recto” Et longe prior est, quamvis praeposterus” ordo. Ordinis est primus sterilis, ramusque secundus Fertilis et mira succrescit origine ramus In ramos, solus in plures, unus in octo”. Circiter hanc artem fortasse videtur* et aer Nubilus, et limes salebrosus, et ostia clausa, Et res nodosa. Quocirca* sequentia verba Sunt hujus” morbi medici* : speculeris* in illis ; Invenietur 1b1 qua purges luce tenebras, Quo pede transcurras salebras, qua clave recludas Ostia, quo digito solvas nodosa. Patentem Ecce viam! Ratione viae rege mentis habenas”. Ante fores operis thematis” pars ordine prima” Expectet : finis, praecursor idoneus, intret Primus et anticipet sedem, quasi dignior hospes Et tanquam dominus. Finem natura locavit Ordine postremum, sed ei veneratio defert Arts et assumens humilem supportat in altum. 87. nunc 4D, tum BG; curritur 4. — 88. Nunc 4D, cum P. — 9%. declinet D. — 92. retrahat ABC DG.— 93. ne C; priore 4. — 9. presumunt 4DG. — 95. Incur- rant C. — 96. capiant C. — 97. cedant C. — 98. ut hic cum P. — 99. primo D. — 100. posterius G. — 3. celo P. — À. videbitur a. 4, vitetur el D. — G. Que cura D, sunt ergo BC. — 7. istius ZC; medicet P; specularis 4. — {1. habenam G. — 12. tb. p. ABCDG; primo P. | Google 2° par le milieu; a°-5° par une sentence :prorer- bium\, soit, selon qu'on commence par le commence- ment, le milieu ou ja fin, trois pro- cedes ; fo-8" par des exemples, soit, se- lon qu'on com- mence par le com- mencement, le mi- lieu ou la fin, trois procedès ; 120 130 135 140 145 150 POËTRIA NOVA. Primus apex operis non solum fulget ab 1ipso Fine, sed ipsius duplex est gloria : finis Thematis et medium. Trahit ars ab utroque facetum Principium, ludit* quasi quaedam praestigiatrix, Et” facit ut fiat res postera prima, futura Praesens, transversa directa*, remota propinqua ; Rustica sic fiunt urbana, vetusta novella*, Publica privata, nigra candida, vilia cara. Si pars” prima velit majus diffundere lumen, Thematis intacta serie, sententia sumpta Ad speciale nihil declinet, sed” caput edat Altius ad quoddam” generale ; novoque lepore Materixe formam* nolit meminisse, sed ejus Abneget in gremio, quasi dedignata, sedere : Supra thema datum sistat, sed spectet ad illud Recta fronte ; nthil dicat, sed cogitet* inde. Hoc genus est triplex*, surgens de triplice planta. Plantae sunt partes in themate prima, secunda, Ultima. De quarum trunco quasi” surculus exit Sicque solet gigni tanquam de matre triformi; Sed manet in latebris* et, quando vocatur, obaudit ; Non° solet ad nutus animi prodire : superbue Est quasi naturac ; nec sponte nec omnibus offert Se; venit invite”, nisi” forte venire coactus”. Sic* opus illustrant proverbia. Nec minus apte Prima fronte sedent exempla, sed exit utrimque” Idem splendor et est distinctio par in utrisque : Comparat exemplis proverbia sola venustas. Extulit ars species alias”, sed praetulit istas : Plus gravitatis habent. Sunt illa priora minoris Et tenerae mapgis aetatis; maturior aetas Semper in hac specie. Via sic jacet artior, usus Aptior, ars major : quod et arte videmus et usu. Sunt ita principii, studio rimante, reperti Tres rami : finis, medium, proverbia; quartus 21. ludum 46G. — 22. Hunc 46G, Haec D. — 93. dir. tr. ABDG. — 24. nov. vet. D. — 26. Manque dans P. — 78. si P. — 29. quiddam G. — 30. Maleriam formae ?’. — 33. cogitat P. — 31. duplex ?, ex BG. — 36. quarum 4. — 38. tenebris AB. — 39. Nec AB. — 41. inulte 4B; ubi AG, nec P; coacla v. 4ADG, coactum P. — 42. Hic P. — 43. par utriusque BD, utrumque P. — 46. al. sp. D. Google 202 GEOFFROI DE VINSAUF. Exemplum. Sed et hic*, sicut penultimus, in tres Crescit”. Et his octo ramis stylus ipse superbit. 155 Ut videant testes oculi quae* diximus auri, Accipe fabellam, cujus pars primula Minos”, Âltera mors pueri, finis confusio” Scillae. PR Exorditur eam tali natura tenore : Dotibus exceptis Fortunae, copia quarum 160 À ffluit exundans velut ex* torrente, serenat Minois* titulos; alio* natura nitore* : Exemples : Armat enim corpus speciali robore; pingit Membra nova quadam specie"; simul ercoquit aurum Mentis et argentum linguae; polit* omnia plene, 165 Moribus infuso miro dulcore; venustas Quanta decet regem respondet* in omnibus aeque. de début artificiel : Ârs a fine rei sic carminis elicit ortum" : PS Seditio Scillae Scillam seduxrit* ; eodem Vulnere laesa fuit quo lacsit; quaeque parentem* 170 Prodidit, optatam rem perdidit; et, quia damnum Intulit, in simili damno” stetit. Ultio digna | Fraudis in auctorem" simili pede fraude reversa”. DRPIARER Possumus a medio talem praesumere formam : Androgei livor animum speculatus et annos 175 Hinc puerum videt, inde senem, quia mente senili* Nil redolet puerile puer. Successibus ejus Incipit esse miser. Quia laus” sua tendit in altum, Ex hoc deprimitur. Quia sic nitet, in sua fata Nütitur, et proprios* animum molitur in annos. par le 180 [psi principio sedet hoc generale propinquum : commencement : : : : avec sentence. Quod magis optatur, magis effluit. Omnia lapsum Spondent el cilius sunt prospera prompla ruinac. Insidias semper* ponit sors aspera blande Anticipatque fugam melior fortuna repente. par le milieu 185 Ad mediuim poterit istud commune referri : avec sentence, Pessima res livor, totus* mortale* venenum, 53. hoc 4ABD. — 54. Exit P. — 55. quod BCD. — 56. minor 4B. — 57. conclu- sio G. — 60. a 4. — 61. Minoris AB, Minonis D; alios 4: decore 4. — 63. sp. q. €. — 64. facit DG. — 66. resplendit 4 ND. — 67. usum Z. — 68. reduxil D. — 69. quia patrem 4ABCDG. — 71. d. s. ABCDG. — 77. actorem D; r. est BC. — 73. cursum ADG. — 75. senilis BCD. — 77. laus P. — 79. propter G. — 83. p. s. ABD. — 86. totum D; letate 4ABCDG. Google par la fin avec sentence, par Île commencement aïec exemple, par le milieu avec exemple, par la fin avec exemple, POETRIA NOVA. 203 Ad mala sola* bonus, contra bona sola malignus”. Consilium” tacite praeconcipit omne malignum, Effunditque palam quicquid concepit amarum. 190 Finis in hac verbi forma proverbia format : Lex est” aequa, dolum referire dolore, dolorem” In caput unde fuit egressus habere regressum. Principio servit haec exemplaris* imago : Tristis ab incauto furit aura sub aere laeto. 195 Nubilus' exsudat* aer sub sole sereno. Exemplum medu sub tali sume figura : In semen jactum, terrae nutricis alumnum”, Triste malisnatur lolium ; nascique volenti Obviat; et foribus praeclusis invidet” ortum. 200 Sic sumpto simili poteris praeludere” fini” : Saepe sagitlantem didicit referire” sagilta Inque reum plagae conversa recurrere plaga. IIT. DE L’AMPLIFICATION ET DE L’ARBRÉVIATION. Principio varium dedit ars” praescripta tenorcm” : Te vocat ulterior* progressus. Dirige gressum" 205 Ulterius cursumque viae, premente* figura. Curritur in bivio : via namque vel ampla vel arta, Vel fluvius vel rivus erit; vel tractius ibis, Vel cursim * salies: vel rem brevitate notabis, Vel longo sermone trahes. Non absque labore 210 Sunt passus utriusque viae : si vis bene duci, Te certo committe duci; subscripta revolve : Ipsa stylum ducent et utrimque docenda® docebunt*. Formula materiae, quasi quaedam formula cerae, Primitus est tactus duri” : si* sedula cura 215 Igniat” ingenium, subito mollescit ad ignem Ingenni" sequiturque manum quocumque* vocarit, Duculis ad quicquid. Hominis manus interioris Ducit ut amplificet vel curtet*. 87. Manque dans G; malignaus B, malignat G. — 88. Concilium P. — 91. Manque dans P; dolosum 46. — 93. ex contraris P. — 95. Nubilus 4; exundat CD. — 97. alumpna G. — 99. impedit 4. — 200. precludere AB: finem AG. — 1. referre P. — 3. d. a. v. C; colorem AG. — ä. ullerius À; gressus 4. — 5. preeunte 4, pre- mitte G. — 8. cursum 4BCGP. — 12. decentia; dicent 4. — 14. d.t. 4BD; sed CD. — 15. igneat P. — 16. Ingenium D; quecuinque D. — 18. curret }?’. Google Amplifcation : 1° par redouble- ment d'expression (interpretalio,ex- politio}); 2° par périphrase tcircuilio, circumlocutio) ; 3° par comparaison (rollatio a) aperla ou by ucculta); 04 LD LD (ee, 240 250 GEOFFROI DE VINSAUF A. De l'um plfication. Si facis amplum, Hoc” primo procede gradu : sententia cum sit Unica, non uno veniat* contenta paratu, Sed variet vestes et mutatoria sumat ; Sub verbis altis praesumpta resume; repone Pluribus in clausis* unum ; multiplice forma Dissimuletur idem; varius sis* et Llamen idem. Est gradus ulterior quando, quia transilit* aures Dictio, vox curta, fit* sermo vicarius ejus* In serie vocum longa serieque morosa. Longius ut sit opus, ne ponas nomina rerun : Pone notas alias; nec plane” detege, sed rem Innue per notulas; nec sermo perambulet* in re, Sed rem circuiens* longis ambagibus" ambi Quod* breviter dicturus eras, et tempora tardes, Dans” ita crementum verbis; formasque loquendi Elonyat cautela breves*, quando breve verbum Cedit, ut ipsius oratio longa sit heres. Cum triplici claustro sit res inclusa : vel ipso Nomine, vel verbo, vel utroque : nec explicet illam Nomen, vel” verbum, vel” utrumque; sed edita” forma Aut verbi vice sit, aut” nominis, aut utriusque. Tertius est graduum collatio, facta biformi Lege : vel occulte, vel aperte. — Respice quaedam Juncta satis lepide ; sed quaedam signa revelant* Nodum juncturae : collatio quae fit aperte Se gerit in specie simili*, quam signa revelant Expresse. Tria sunt haec signa — Quae fit in occulto, nullo venit indice signo ; Non venit in vultu proprio, sed dissimulato, Et quasi non sit 1bi collatio, sed nova quaedam : magis, minus, aeque. Insita mirifice transsumptio, res ubi” caute 20. Hic AB. — 21. veniet G. — 24. inclusis P. — 25. sed 4. — ?6. transtulit D. — 27. sit CDP; illi A. — 30. plene 4. — à. preamb. C. — 32. circulas 4BD, circumeas CG; sermonibus 8. — 33. que 4. — 34. Das CG, Des 4B. — 35. bre- vis D). — 39. nec G; nec G. — 40. Sit vice vel verbi vel ABDG. — 43. revelent P. — 45. in s. sp. 4ABCDG. — 49. Scd D. — 50. ibi C. Google 260 4° par apostrophe tapostrophatio, exrclamatioi : {<" exemple. 270 275 280 285 POETRIA NOVYA. 205 Sic sedet in serie quasi sit de themate nala : Sumpta tamen res est* aliunde, sed esse videtur Inde; foris res est, nec 1bi comparet; et intus Apparet, sed ibi non est; sic fluctuat intus Et foris, hic et ibi, procul et prope : distat et astat. Hoc genus est plantae, quod” si plantetur in horto Materiae, tractatus erit jocundior; hic est Rivus fontis, ubi currit fons purior”; hic” est Formula subulis juncturae, res ubi junctae Sic coeunt et sic se contingunt”, quasi non sint Contiguae*, sic” continuae quasi non manus artis Junxerit, immo manus naturae. Plus habet arts Hic modus, est in eo longe sollemnior usus. Latuus ut curras, sit apostropha quarta morarum, Qua rem detineas et ubi‘ spatieris ad horam. Delecteris ea“, sine qua satis esset abundans Coena, sed egregiae sic crescunt” fercula mensae. Pompa dapum veniens numerosior et mora mensae Tardior” est signum sollemne. Diutius aures Pascimus ex varis et ditius*, hic cibus auri Quando venit sapidus et odorifer et pretiosus. Serviat*“ exemplum doctrinae : certior aure Arbiter est oculus; nec casus suffcit unus : Plenus erit numerus; de pleno collige plene .Quam rem, qua forma, quis casus apostrophet apte. Cui” nimis in laetis mens surgit, apostropha, surge, Et sic castiges ipsum” : Quid” gaudia tanta Concutiunt animum ? Plausum sub fine modesto Stringas et fines ejus non amplius aequo Extendas, sed, mens casus incauta futuri, Aemula sis” Jani* : retro speculeris et ante, Si bene successit. Ne° prima, sed ultima spectes. À casu describe” diem, non solis ab ortu. Ut sis ad plenum secura, verere futura : Cum totum vicisse" putes”, latet anguis in herbu ; 92. Manque dans P. — 56. que AB. — 58. pulcrior 4; hec 4ABDG. — 60. c. s. ABDG. — 61. contingue P; sed ABCDG. — 65. ibi A DG. — 66. ibi D. — 67. cr. ita D. — 69. Largior BC, Longior ADG. — 70. dulcior AD. — 72. Serviet G. — 16. Cum C. — 77. illum A4BCDG; cur ABCDG. — 81. sit C; Jani P. — 82. non ABD. — 83. discrete P. — 85. fecisse ABC DG; putas CD. Google 206 GEOFFROI DE VINSAUF. Exemplar Syrenes* habe : docearis in illis, Sub meliore statu semper pejora cavere*. Nulla fides rerum : sequitur post mella venenum Et claudit nox atra diem, nebulaeque serenum. “Cum soleant hominum feliciter omnia verti, Majori levitate solent adversa reverti. ol, "Si quem jactatrix praesumptio durius inflet, Hanc inflaturam” verbis tam mollibus unge : Praecurrant gressus* oculi; circumspice* mentem ; 295 Et vires metire tuas. Si fortis es, aude Grandia”; si fragilis, humeris impone minora; Si mediocris, ama mediocria. Sumere noli Quod”, quando sumis, praesumis. In omnibus una _ Est virtus : servare.modum. Memor imprime menti : 300 Cum fueris major cunctis”, te crede* minorem Et de te” mentire* tibi; nec” sic in abyssum Dejicias” alios, nec te super aethera ponas*. Vincat opus verbum : minuit jactantia famam. de cxcuinle, Rebus in adversis si” laxe1* frena timori, 305 Hac opere verborum trmido succurre potenti : Ne timeas; si° forte times, assume timentis, Non animum timidi. Quando subit” ostia mentis, St timor hospes tbi, non incola. Disce timere” : Si timeas”, sine Leste time”, mentisque timorem” 310 /gnoret facies; quia, si timor” intimus ora Carpit et emacerat, animus jocundior hostem Nutrit et impinguat, et gaudia suggerit ülli Exsugens tua membra dolor. Consultius ergo, St timor incurvet animum”, simulatio vultum 315 Erisat, et clypeo vultus succurre timori; Ut, si mens timeat, facies velit ipsa timeri. Immo magis sperare velis pudeatque timentem” LD CO © 86. Sir. ex. ABDG. — 87. cavelto D. — 90-91. Apres 303 dans ABG. — 92-303. Après 323 dans BC. Également après 323 dans P, mais avec l'indication margi- nale : « Secundum exemplum », le € lerlium » élant celui des v. 304 el suiv. — 93. Hoc inflature G. — 94. Gr. pr. ABDG (prec. C\; preconsule A DG (perc. G). — 96. Fortia BD. — 98. Quae ABDG. — 300. aliis ABCDG; finge 4ABCDG. — l. tot P; metire G; ne B. — ?. Detineas G; ut 4; tollas 4. — 4. cum D; laxal AB. — 6. Seu P. — 7. subis P. — 8. dolere G, timere vel dolere P. — 9. doleas G, time vel doleas P; dole G; dolorem G. — 10. dolor AG. — 14. mentem 48CD. — 16. vereri 4B, timere D. — 17. potentem BCDG. Google 4* exemple, POËTRIA NOVA. 207 Vulgari pallere metu. Si posse sit“, artum Dilates animum. Si corpus debile, mens sit 320 Fortis et exiguas vires supplere memento Spe grandi. Facti levitas* cuieumque" rebelli* Fil gravis”; et gravitas” animo” cuicumque volenti Fit levis” : ergo velis, et erit leve nulla vereri. Tempore successus, jocundi tempore fati, 325 Haec* potes ore loqui, luctus praesaga futuri : Anglia”, regnorum regina, superstite rege "Ricardo, cujus laus* est diffusio tanti Nominis et mundi cui monarchia relicta Est soli, secura fides* sub regmine" tanto. 330 Rex tuus est speculum, quo te* speculata superbis; Sidus, de cujus rutilas splendore*; columna, Per quam fulia viges; fulmen, quod mittis in hostes; Laus, qua” paene deum pertingis culmina. Sed quid” Singula ? Non illo potuit fecisse priorem 335 Nec voluit Natura parem. — Sed viribus absit Prorsus habere fidem : mors est quae fortia frangil”. Ominibus ne crede tuis; si tempore parvo [lluxere tibi, mox sunt clausura* serenum Nubila fata” diem, ducentque crepuscula noctem. 340 “Jam cito rampetur speculum, speculatio cujus Gloria tanta tibi” ; sidus patietur eclipsim, À quo fulges"; nutabit rupta columna, Unde trahis vires; cessabit" fulminis ictus, Unde tremunt hostes; et eris de principe serva”. 345 Omina laeta vale tibi sunt dictura : quiescis, Sudabis; rides, flebis; ditescis, egebis; Flores, marcebis; es, vix eris. — Atiamen istud* Unde scies” ? Quid ages ? Volucrum rimaberis aure Murmura ? Vel motus oculo? Vel Apolline fata ? 18. p. sic ABD. — 21. gravitas ADG; circuimque P; volenti ADG. — 22. Est levis ADG; levitas 4 BDG: rebelli ADG. — 23. Est gravis AD. — ?5. Hoc CD. — 26. Francia À. — 27-29. cujus... soli manque dans G. — ?17. laus vel pars P, pars A BCD. — 9. sedes; remige ABCDG. — 30. tu AB. — 31. fulgore À G. — 33. quia AB; claudam 4BDG. — 36. vincit AG. — 38. clasura P. — 39. Turbida A DG. — 40-44. Manque dans G. — 41. fuit B. — 42. splendes À. — 43. pansabunt AD. — Après 344, C ajoute : De domina famula; sic ergo delitiosa Sordebis, prestans suberis, secura timebis. — 47. illud C. — 48. scias D. Google o° exemple : aposirophe au jour, apostrophe au meurtrier, 25 QG A. 300 365 370 370 380 GEOFFROÏI DE VINSAUEF. Tolle mathematicos! Est augur surdus, aruspex" Caecus et ariolus amens. Praesentia scire Fas homini, solique Deo praescire futura. Non habet hic patriam ; vetus ille repatriet error Et pater erroris gentilis nutriat illum Quem genuit, quia sana fides a lumine tollit Écclesiae tripodes Phoebi soliumque Sibillae. Hoc unum praescire potes quia* nulla potestas Esse morosa potest, * quia res fortuna secundas Imperat esse breves. Si vis erempla, priores* Respice fortunas. Emarcuit* illa priorum Florida prosperitas : Minos subvertit Athenas, Ylion Atrides, magnae Cartaginis arces Scipio, sed Romam multi. Fuit alea fati Tempore versa brevi. Brevis est distantia laeti Ominis et maesti; nox est vicina diei. Haec* aliena docent, sed* te tua fata docebunt. Temporibus luctus his verbis exprime luctum : Neustria”, sub clypeo regis defensa Ricardi, Indefensa modo”, planctu* testare dolorem ; Lrudent* oculi lacrimas; exterminet ora Pallor ; connodet digitos tortura; cruentet Înteriora dolor ; et verberet aethera clamor. Tota peris" in* morte sua : mors non fuit ejus, Sed tua. Non una, sed publica mortis origo. O Veneris lacrimosa dies ! O sidus amarum ! Îlla dies tua nox fuit et Venus illa venenum. [Ua dedit" vulnus; sed pessimus ille dierum, Primus ab undecimo”, qui, vitae vitricus, ipsam Clausit. Uterque dies homicida tyrannide mira. Trajecit* clausus exrclusum, tectus apertum, Providus incautum, miles munitus inermem Et proprium regem. Quid miles, perfide miles, Perfidiae miles, pudor orbis et unicu sordes Militiae, miles manuum factura suarum, î 50. et auspex CG. — 57. quod AD6G. — 58-60. quia.. breves apres si vis. fortu- nas dans G. — 59. priorum D. — 60-61. Emarcuit... prosperilas manque dans G. — 66. Hoc G, Hic P; et 4ADG. — 68. Anglia C. — 69. meo D; gestu ABCDG. — 70. Exundent 4, exsudent BC, exudant D. — 73. pateris G; ex ADG. — 77. dies BC, dies vel dedit P. — 78. undeno ACD. — 80. Transjecit D. Google POETRIA NOVA. 209 385 Ausus es hoc in eum.” Scelus hoc, scelus istud” es ausus ? a O dolor ! O plus quam dolor! O mors! 0° truculenta Mors! Esses utinam, mors, mortua! Quid meministi Ausa nefas tantum ? Placuit tibi tollere solem Et tenebris damnare diem” : scis quem rapuisti” 390 /pse fuit jubar in oculis et dulcor in aure Et stupor in mente. Scis, impia, quem rapuisti? Ipse fuit dominus armorum, gloria regum, Deliciae mundi. Nihil addere noverat ultra, Ipse* fuit quicquid potuit Natura. Sed istud 395 Causa fuit quare rapuisti : res preliosas Eripis et viles quasi dedisnata relinquis. Sneliople Et de te, Natura, queror; quia nonne fuisti, Done Dum mundus puer esset adhuc, dum nata” jaceres* In cunis, in eo studiosa ? Nec* ante senectam 400 Destitit hoc studium. Cur sudor.tantus* in orbem Attulit hoc mirum, si tam brevis abstulit hora Sudorem tantum. Placuit tibi tendere* mundo Et revocare manum, dare sic et tollere donum. Cur irritasti mundum ? Vel redde sepultum 405 Vel forma similem. Sed non tibi suppetit une : Quicquid erat tecum vel mirum vel pretiosum, Huic erat impensum; thesauri deliciarum Hic* sunt exhausti. Ditissima facta fuisti Ex hac factura : fieri pauperrima sentis 410 Er hac jactura; si felix ante fuisti, Tanto plus misera quanto felicior ante. apostrophe à Dieu: Si fas est, accuso* Deum. Deus; optima* rerum, Cur hic degeneras ? Cur obruis hostis amicum ? Sé recolis, pro rege facit” Jope tua, quam tot 415 Milibus oppositus" solus defendit, et Achon”, Quam virtute sua tibi reddidit", et crucis hostes, Quos omnes* vivus” sic terruil, ut timeatur Mortuus. Ipse fuit sub quo tuta tua* fuerunt : Si, Deus, es, sicut decet esse, fidelis et expers 85. crudelis (au lieu de sc. ji.) C. — 86. Manque dans P. — 89. tenebrare solum 4, d. solum G. — 94. Ipsa D. — 98. natusque B, d. nuda 4; jaceret C. — 99. sed CD. — 400. Manque dans P;t.s. C. — 1. sed P. — 2. tradere AD. — 8. Hinc 4BD. — 12. iacuso D; optime ABC. — 13. sic D. — 14. fatis P. — 15. oppositis AC); Anchon P. — 16. tradidit 4. — 17. O. q. ABG: unus C. — 18. tua tuta G. Fanal. li Google U° exetnple : 210 420 430 440 GEOFFROÏI DE VINSAUF. Nequitiae, justus et recius, cur minuisti Ergo dies ejus ? Potuisses parcere mundo* : Mundus egebat* eo. Sed eum magis eligis esse Tecum quam secum; mavis succurrere caelo Quam mundo. Domine, st fas est dicere, dicam Pace tua : posses” fecisse decentius istud Et properasse minus, dum saliem”* frena dedisset Hostibus (et facta* dilatio nulla* fuisset : Res erat in foribus) : tunc posset honestius ire Et remanere tibi. Sed in hac re* scire dedisti Quam brevis est risus, quam longa est lacrima mundi. Contra ridiculos si vis insurgere plene”, Surge sub” hac specie* : lauda, sed ridiculose ; Argue, sed lepide gere te, sed in omnibus apte; Sermo tuus dentes habeat, mordaciter 1llos Tange, sed irrisos* gestus plus mordeat ore. Ecce, quod in tenebris latuit, sub* luce patebit. Strenua res agitur : pueri tolluntur in altum Et fiunt domini. Moveat dominatio risum : Jam sedet egregie® donatus* honore magistri Aptus adhuc ferulae. Laicis* authenticat* illum Pileus in capite, species in vestibus, aurum In divilis, sedes in summo, plebs numerosa In studio. Ridere potes de ridiculoso : Quoddam ridiculum est" : Tam se quam judice vulso Doctus homo est*. Sed idem sentis” quod sentio : quaedam Simia doctorum est”. Clam dixi, ne quis aperte* Audiat. Jpse tamen se jactitat” osque revolvens® Mira quidem spondet. Omnes accurrite : jam* mons Parturiet, sed erit tandem mus* filius ejus. Praeveniens 1llum salvere jubeto magistrum. Nec* minus* interdum* transverso * lumine ride; 21. el passim mondo P. — ?2. egebit G. — 25. poteras D. — 26. 8. d. ABDG. — 21. facti BCDG, fali À; mora tunc quoque 4, mora tanquam G. — 29. te C. — 30. Manque dans C, longaque D. — 31. plane P. — 32. et ab B; forma D. — 35. irrisor 4BG.— 36. plus C. — 39. Hic lum et elate C; dominatur 4.— 40. lagi- cis P; atlenticat 3. — 44. Manque dans D. — 45. Manque dans D; sentit D. — 46. Manque dans D; manifeste À G. — 47. latitat P; resolvens BCD. — 48. nam A. — 49. mus t. 4 BD. — 51. Cum 4, et B, Non C'; venis À, Cernimus G; in tergum AB, a lergo CD; transversum 4. transfunso P, Google résume : 3° par prosopopee : {er exemple; 455 460 465 470 480 PORTRIA NOVA. 211 Vel quodam rostro manuum quasi punge”; vel oris Rictum distorque; vel nares contrahe : tales Ad formas non ore decet, sed naribus uti. Sic igitur variat vultum” : vel more magistri Corripit errorem pravum*; vel ad omnia dura” In lacrimis planctuque jacet*; vel surgit in iram Propter* grande scelus"; vel fertur ridiculose Contra ridiculos. Ex talibus edita causis Et decus et numerum lucratur apostropha verbis. Quinta,coadjutrix, ultra protendere cursum”, Prosopopeia“, veni.-Cui nulla potentia fandi, Da licite fan donetque licentia linguam”. Sic Phetonteos tellus experta vapores Est conquesta Jovi; sparsis sic* Roma capillis -Caesaris* instrepuit lacrimosa voce sapori. Si placet exempli novitas, hanc accipe formam ; Vocis in hac forma sanctae Crucis ecce querela : Crux ego rapta queror”, vi rapta manuque canina” Et tactu polluta canum. Sum rapta pudenter À veteri”, nec adhuc extorta, nec ense redempta. Dic, homo, nonne tibi crevi” tibi fructificavi? Nonne tuli dulcem tibi fructum”, nonne salutem ? Dic, homo, dic mihi; dic, homo perdite, quem reparavt, Sicne rapi merui, sine vindice” ? sicne pertre ? Me tibi posse rapi non vis effecerat" hostis, Immo tuum vitium. Quia tot tua crimina vidi, Rapta rapi volut : puduit minus in peregrinis Quam castris sordere meis. An sordidus esses, Si mundum latuit, Le, qui videt omnia, vid”. Esse tuum plene Deus intus et in cute novit* Meque tibi rapuit. Juris poscente rigore 52. pinge À, pinse G. — 55. v. vult. ABDG. — 56. pravus B; dira C. — 57. sedet AC. — 58. Contra 4; nefas D. — 61. carmen AC. — 62. Prosopeia P. — 63. lin- gain P. — 65. sic sp. ABCDG ; spersis P. — 66. Cesareis ABC D. — 69. Après que- ror ABCDG ajoutent : ego crux, ego crux (Christi À) crucitixi, Crux ego sancta, salus populi, reparatio (redemptio C) mundi, Crux ego rapla queror. — 69. canica G. — 71. veteris C. — 73. fr. d. CDG. — 75. Apres vindice ABCDG ajoutent : cujus honori (honore C) Illud onus gessi (vexi À), quem sic a morte redemi. Sicne tibi potui vilescere. — 76. etlerat ABC D. — 80. Qui G; videt 4. — 81. novit et extra C; intute P. Goagle 2e exemple ; 3* exemple ; 485 490 495 500 QG SD (| 510 215 GEOFFROI DE VINSAUF. Infligenda foret* grasis ultio, mors sine fine. Sed veni*, miserator* ail, miseris misererti, Non de judicio contendere. Parcere veni ” Non punire. Cave! Respice! Revertere tandem, Ne pereas, Sunamitis! Evo, si serteris, ad te Vertar et instanter ad corda resersa revertar. " Surge cilo, propera, te cilat et excitat hora. Quid dormis ? Vigila ! Site crux sancta redemü, Ense crucem redimas; et fias inde redemptor Unde redemptus eras. Quis sanus ad utile torpet ? In cruce sudavit Dominus : servusne* quiescit ? Tolle tuam! Tulit ipse suam. Gustavit acetum : Fac et idem! Num” major erit* reverentia servi Quam Domini” Si vis suus esse secutor, oportel Tormentis tormenta sequi. Non itur ad astra Deliciis ; ideo mortem, quam solvere debes Naturaëe, persolve Deo : moriaris in illo; Quandoquidem mortem non est vitare necesse, Transeat in formam virtutis : sim tibi causa Martis, adhuc etiam mortis. Si sinceris, ex hoc Vincis. Sed vinci plus est quam vincere : victor Sola spe, sictus fruitur mercede coronae. Rumpe moras ivitur; impone silentia carni; Delicias suspende tuas; et currat* ad arma Prompta manus, planvataue moras alata* soluntas”. Î y PAnSaLq | “Ancillatur item decor alter prosopopeiae*, Ut si jam tritum dicat mensale : « Solebam Esse decus mensae dum primula floruit aetas, Dum faciem gessi sine crimine. Sed, quia longi Temporis et fracti sum vultus, nolo venire. Mensa, recedo”, vale. » Gemino sic fungitur ore, Cum” loquitur rigide, tum* prosopopeia* jocose. “Si vetus exemplum non suffcit, ecce novellum. 83. fuit ABCDG. — 814. veniet AB; miseratur ABCD. — 85. venit BG. — Au lieu de 489-90, C porte : Quid dormis? Vigila! Te citans excitat hora. Surge cito! Propera. Si le crux... — 93. servusque ABCD. — 95. Non 4; er. m. 506. decurrat D. — 7. dilata AC, animosa D; voluplas B. — 8. prosopeia P. — 8-14. Aprés 526 dans À (qui donne peut-élre l'ordre le meilleur). — 8. altus 4; prosopeie P. — 13. recede C. — 14. Tum C'; cum AD; prosopeia P. — 15-96. Manquent dans G: reportlés apres 205? dans BCD. Google | G. 6° par digression ; POETRIA NOVA. 213 In specula” montis innata* Superbia castris* Est gravis” ita visa loqui* : « Quid, Gallia, garris* ? Unde minae tantae? Quae tanta superbia linguae ? Pone supercilium ! Gestus* dedisce* minaces ! 920 Unde tuo lateri clypei ? vel tela ? vel enses* ? Femineum sulyus, gestus depone viriles, Gestis” ul gestus respondeat. Erue* parmam Et galeae conum. Decuit* te volvere pensa Et vacuare colum : cur ergo, vel unde superbis ? 520 Pone seram linguae* ; timeas turgescere* verbis : Marillis dabo frena tuis et sincuda collo Injiciam, reddamque brevi te tempore* servam. Occupor in nihilo, dum te quasi Marte potentem Convenio; surgant* ali quantumlibet* hostes : 925 Non mihi sunt aequi, sed eis sum causa doloris*, Cordis ad eremplar” regis formata Ricardi*. » Si velit ulterius tractatus linea tendi, Materiae fines exi paulumque recede Et diverte stylum; sed nec” divertere longe 530 Unde gravet* revocare gradum* : modus iste modesto Indiget ingenio, ne sit via longior aequo. Est etiam quaedam digressio quando propinqua : Transeo, quod procul est praemittens ordine verso. Progressurus enim medium quandoque relinquo 535 Et saltu quodam* quasi transvolo ; deinde revertor* Unde prius digressus erim. Res ne sit operta Nube minus pura”, rem tali pingo* figura : Unius astriagit duo pectora nodus amoris; Corpora disjungit nova causa. Sed ante recessum 540 Oscula praefisit" os ori; cingil” utrumque Mutuus et stringit amplerus; fons oculorum In faciem* lacrimas derivat; et ultima verba Singultus medius intersecat. Estque doloris 16. speculo C; mihi nacta B, vim uacla CD; castri BCD. — 17. Est ïita v. 1. Gallis 8; Gallis ita visa loqui ACD; guerris P. — 19. vullus B; dedisse P. — 20. clipeus; ensis D. — ?2. Gestibus 4BD; exuete ADG. — 73. Docui 4. — 20. supercilium D; increscere BC. — 272. principe C. — 24. surgunt 4 BCD; quan- Lilibus 48, quantilibel (. — 25. timoris ABCDG. — 26. exemplum BC; Karoli À. — 29. ne BCDG. — 30. gravatl D; pedem BCD. — 37. propinquum D. — 35. que- dan C; regressus AG, reversus D. — 31. clara BC; pinge AC. — 40. prefingit (’; tangit BC. — 42. facies D. Google 4 par descriplion : lt exemple : aile Visage el corps. 214 DA5 560. 909 270 GEOFFROI DE VINSAUF. Calcar amor viresque dolor testatur amoris. Veri cedit hiems. Nebulas* difhbulat* aer Et caelum blanditur humo. Lascivit in illam‘ Humidus et calidus: et quod sit masculus aer Femina sentit humus. Flos, filius ejus, in auras E.ril et arridet matri; coma primula* comit* Arboreos apices; praemortua semina surgunt In vitam ; ventura seges praevivit" in herba. Hoc* tempus titillat* aves. Haec temporis hora, Quos nondum disisit amor, divisit” amantes. Septima succedit praegnans descriptio verbis”, Ut dilatet opus. Sed, cum sit* lata, sit* ipsn Laeta : pari forma speciosa sit” et spatiosa. In celebri forma faciat res nubere verbis. Si cibus esse velit et plena refectio mentis, Ne sit curta nimis brevitas vel trila vetustas. Sint variata novis exempla secuta figuris, Rebus ut in variis oculus” spatietur et auris. Femineum plene si vis formure decorem2, Praeformet capiti Naturae circinus orbem ; Crinibus irrutilet color“ auri; lilia vernent În specu la * frontis; vaccinia” nigra coaequet Forma supercilii; geminos intersecet* arcus Lactea forma viae; castiget regula nasi* Ductum, ne citra” sistat vel transeat aequum; E.ccubiae frontis, radient utrimque gemelli | Luce smaragdina” vel sideris instar ocelli; Aemula sit facies Aurorae, nec rubicundae Nec nitidae, sed utroque simul neutroque colore. Splendeat os forma spatii brevis et quasi cycli Dimidii; tanquam praegnantia” labra tumore* Surgant, sed” modico' rutilent, ignita, sed igne Mansueto; dentes niveos" compaginet ordo, 45. nebulan 43; disfulminat 8. — 46. illa G. — 49. pluriima BC; condit 4. — 51. preludit D. — 52. Et AD: veneralur B, venerantur C. — 53. disjungit BCDG. — 54. verbi 4. — 55. sic 4D,; fit B. — 30 fit 4. — 61. animus 8. — 64. nitor AC. — 65. speculo C; vaccinea G. — 66. inlerserat C. — 67. nasum C. — 68. eura P. — 70. sinaragdinea DG. — 74. pregnanti P; tumendo BC, — 75. et BC; modicum BC. — 76. niveus B. a. Ce portrait se trouve également dans le ms. de la Bibl. nat. lat. 15156, fol. ?. Google b) le vélement. 580 - DO 590 600 ND prés QY POETRIA NOVA. Omnes unius staturae; thuris et oris Su pariler conditus odor; mentumque polito* Marmore plus poliat* Natura potentior arte. Succuba sit capitis” pretiosa colore* columna Lactea, quae speculum vultus supportet in altum. Ex cristallino procedat gutture quidam Splendor, qui possit* oculos referire videntis* El cor furari. Quadam se lese coaptent Ne” jaceant quasi descendant, ne° stent quasi surgant, Sed recli" sedeant humeri; placeantque lacerti, Tam forma” gracili quam longa deliciosi. Confluat in tenues digitos substantia mollis Et macra, forma teres et lactea, linea longa Et directa : decor manuum se jactet in illis. Pectus, imago nisis", quasi quasdam collaterales Gemmas virgineas producat utrimque papillas. St locus astrictus* zonae, brevitate pugilli Circumscriptibilis. Taceo de partibus infra* : P / Aptius hic loquitur animus quam lingua. Sed ipsa* * Tibia se gracilem protendat; pes brevitatis Eximiae brevitate sua lascivtiat. Et sic À summo” capitis descendat splendor* ad* ipsam Radicem, totumque simul poliatur ad unguem. Formae tam” pictae si vis appingere” cultum, : Nexilis” a tergo coma compta recomplicet aurum ; Irradiet frontis" candori* circulus* auri; Se nudet facies* proprium vestila colorem* ; Lactea stelliferum praecingat® cola monile; Instita candescat* bysso, chlamis ardeat auro; Zona tegat* medium, radiantibus" undique gemmis ; Brachia luxurient armillis : circinet aurum Subtiles disitos et emma superbior auro 78. politum BCD. — 79. ipsa G. — 80. capiti D; colu. colore D. — 83. poscit B: videntum D. — 85. Non AC; uon B, nec ACDG. — 86. recle BCD. — 87. Forma tam 4BCD. — JA. nimis G. — 93. asscriptus BCP. — À prés 94 À ajoule : Cetera si possein laudare beatior essem. — 95. ipsum AZCN. — Au lieu de 96, ABCD : Molle femur tactus irritet (invilel C); tibia recto Limili se gracilemn protendal; pes brevilatis. — 98. cono 4, cima BCG; spl. d. 4B; in D. — 600. jam 4; a pingere P. — 1, Flexilis 4; longa BC. — ?. fronti BD; candorem C', candoris BD; circinus P. — 3. f. n. C; proprio v. colore C. — 4. prestringalt D. — 5. Manque dans G: cla- rescat 4. — 6. regal C; mediantibus D. Google 2° exemple; 610 619 620 625 630 639 640 GEOFFROI DE VINSAUF. Diffundat radios; certent in veste serena Ars cum materia. Nihil addere cultibus illis Aut manus aut animus possit. Sed divite cultu Pluris erit facies. Quis in hac face nesciat ignes* ? Quis non inveniat* flammam” ? Si Jupiter illis Temporibus vidisset eam, nec in" Amphitrione* Luderet Alcmenam; nec sumeret ora Dianae, Ut te fraudaret", Calixto”, flore; nec Ya Nube, nec Antiopam” satyro, nec Agenore natam Tauro, Messione* nec te pastore, vel igne Ansepho” genitam, vel* te Deionis* in angue”, Vel” Ledam cygno, vel* Danem* falleret auro. Hanc unam” coleret omnesque videret in una. Sed, cum sit formae descriptio res quasi trita” Et vetus, exemplum sit in his, ubi rarior usus : Excipiente thoro reges regnique potentes*, Mensae delicias orditur lactis imago, Culta Ceres; Bachusque® senex juvenescit” in auro : Solus ibt vel nectaren perfusus odore Degenerare sinit et lascivire saporem. Regia pompa dapum veniens immilitat auro Inque vicem” seseque dapes mirantur et aurum. Praecipuum” mensae speculum speculare clientes : Certat” cum Paride vultus”, cum Parthonopeo Aetas, cum Creso census, cum Caesare sanguis } Cetera si spectes in corpore, cum nie byssus, Cum flammis ostrum, cum sidere gemma. Videres Singula plus sapere, condita sapore clientum. Delicias alias, oculus quas gestit et auris, Gesticulator habet. Gestus non omnibus unus, Cuique suus : plus mellis habet variata voluptas. Tinnula sistra volant oculos pascentia regum, 12. ignem D. — 13. inveniat D; flammas BCG. — 14. non B, nec D; Amphitrio- nem A4BD. — 16. defraudaret B: Calipso 4. — 17. Antropa D. — 18. Mensonine 8. Memphione CN. — 19. Asopo ABCDG: nec AD; Didonis BCD; anguem 48. — 20. Nec BCD: nec ABCD; Daphnem 4. — 21. solam BCD. — 22. quas terra P. — 24. tirannos C. — 26. juvenatur G. — 30. vices P. — 31. Precipue B. — 32. Cer- {ant G, certet P; facies 4 BCDG. a. Cf. Miles gloriosus (édit, Du Méril, p. 287) : « Bachi senium juvenescit in auro. ? Google 4° par oppasilion (opposilio, oppositum) : POETRIA NOVA. 217 Alternantque manus, sistroque” volatile sistrum” a Surgil in occursum. Vadunt redeuntque; resurgunt Et recidunt"; simulantque minas, pugnaeque jocosae Instar agunt”; sese fugiunt seseque sequuntur. 645 Hinc* in utraque manu gemina ludente* tabella Ludit in ore sonus; pes non vacat, immo frequenter lt, redit et lepide passu* misratur* eodem; Vox comes et passus" : pariter ferit aera” cantus, Et sese tabulae strepitusque" saporat” in aure”. 650 Tertius ad* motus* agilis se gyrat in orbem Aut volat in longum, vel membra supina resumil” In saltum fragilem”, molles aut arcuat artus In talos refuga cervice, vel ensis acumen Érigit et certus dubios intervolat enses. 6955 Singula mireris; sed, adhuc jocundius* istis, Nunc sonus exultat manuum, nunc arte jocosa Colludunt digiti, nunc brachia curval” in arcum Infurcata manus lateri celerique meatu Furantur" motus humeri. Gestumque videres. 660 /nstrumenta sequi, quorum sua cuique voluptas : Tibia feminea, tuba mascula, tympana rauca, Cymbala praeclara, concors symphonia, dulcis Fistula, somniferae citharae vidulaeque* jocosae. Omnia certatim plaudunt, et tempora tardant” 665 Deliciae* qualesque" decent convivia regum. Sic celebres reum mensas et” gaudia mensae, Sic* breve propositum longo producimus" ore. Restat adhuc aliud” quod linguam* redit opiman : Quaelibet induitur* duplicem sententia formam : \ 41. sistrum: sistro D. — 43. resident À. — 44. habent 4 BCG. — 45. Huic 41); luctante ABC. — 47. passuque AC; nugatur BD, vagaltur À. — 48. est p. 4 BCD, V. passusque comes G. — 49. tabelle strepitus D; sonorat BCD; aurem 48B. — 50. ac B; molum C. — 51. resolvit AD. — 5%. facilem ABCD, vel... fragilem mangue dans G. — 55. jocunditis P. — 57. curvant P. — 59. curtantur D. — 63. niluleque 4, fidul. CD. — 64. tractant BC DG. — 65. Delicias 4; quales D. — 66. sic 4. — 67. Et BC; produximus 4 D. — 68. aliquid B, aliquod D: 1. quod 4D. — 69. inducit D. a. Ce passage a élé imité dans les ZLamentla (v. 3561 et suiv.) de Mahieu, qui lui a emprunté plusieurs vers ou hémistiches. La note de Van flamel sur les sources de Mahieu en cel endroit est donc à réformer. La Poelria nova, qu'il n'a pas con- nue, est à inscrire parmi les modèles ordinaires du poële picard (cf. ci-dessous, v. 1366 et suiv.). » Google 218 GEOFFROI DE VINSAUF. 670 Altera propositam rem ponit et altera toilit* Oppositam. Duplex modus in rem‘ consonat* unam* Sieque fluunt vocum rivi* duo : rivus uterque Confluit; exundant voces ex duplice rivo”. a . Hoc sit in exemplum : Sapiens est illa juventa ; 675 “/sta juventutis est et non forma* senilis : Plone juventutem vultus vel" tolle senectam. Pone senectutem mentis vel* tolle Juventamn : {sta senectutis est mens et non juvenilis. Ur pote si tali decurrat limite lingua : 680 /sta senectutis non est gena, sed Juvenilis ; Ista” juventutis” non est mens, immo senilis. en Vel sumens” adjuncta* rei, sic longius ibis : | Non facies illa rugosa, nec arida pellis ; Nec cor concussum senio, nec pulmo fatiscens, 685 Nec lumbi rigidi, nec spina recurpa : juventa Corportis est aetas, animi longaeva senecta”. Sic surgit permulta* seges de semine pauco* : Flumina magna trahunt ortus* de fonte pusillo, De” tenui virga grandis protenditur arbor. B. De l'abreviation. 690 Si brevis esse velis, prius ista priora recide”, Quae pompam faciunt; modicumque prematur in orbem Summula” materiae, quam tali comprime lege* : Sept procédés : Plurima perstringat” paucis expressa locutrix u em basis n,« ar- « , e e toute répétition d'une mème lettre: 3° répélition d'un mème mot: 4° répétition d'une même finale; 9° périodes trop longues : 6° métaphores lorcees. 1915 1920 1930 1935 1940 GEOFFROI DE VINSAUF. Ex animi levitate Jocus procedit. Et est res Immatura jocus* et amica virentibus* annis; Et leve quid jocus est, cui se jocundior aetas Applicat ex facil. Res tertia sit” levis. Ergo Omnia sint” levia. Sibi” consonat undique totum Si levis est animus, et res levis, et leve verbum. Seria si tractes, sermo sit” serius” et mens Seria, maturus animus maturaque verba, Praescriptisque modis et res et verba colora* In primis iaitur” mundes à sordibus ipsum Carmen et explantes” vitium. Quae, qualia, quot sint Quae vitient* seriem sermonis”, collige paucis. Ecce deae aethereae advenere" : perhorret hiatus Vocis in hac serie. Lesem vocalibus istam Ars dedit, ut non sit creber* concursus earum. Concursum tolerat, crebrum vetat, et, quia” creber, Ille sonus vocum” deformat” et auget hiatum. Tu, Tite, tuta te” virtute tuente* tueris : Littera sic eadem pudor est repetita pudenter”; Et minus” assidue decor est repetita decenter. Cum non sit ratio rationis de r'alione, Hinc* non est ratio praebere fidem” rationi. Sic verbum” vilescit idem tam saepe resumptum Tamque supervacue*. Moderata resumptio vocum Est color : omne quod est nimium res absque colorce. Exitus est vocum similis” quandoque decori”; Dedecet 1llarum sic juncta frequentia vocun : Infantes, stantes, lacrimantes, vociferantes. Quatuor haec generant vitium”. Contagio quinta Quando venit suspensa nimis constructio longa. Adjiciunt" sextam”, quando trajectio* verbi 12. jocos P; nitentibus B. — 14. si A. — 15. sunt BCD; sic BCDG; lotus P. — 17. sit sermo BCD; serilis ?”. — 19. B «ajoute : vitare colorem. — 20. Sed tamen i. p. 21. explanat D. — 22. viliant D: sermonibus G. — 73. venere 4. — 24. istis BCD. — 95. €. n. s. C. — 26. quasi AG. — 25. vocem 4; deformel G. — 28. te tule A DG, lu tu te B; tanta virtute 4. — 29. sequenter BCD. — 30. nimis 4ACDGP; decus BCD. — 32. Hic BC, Huic D; locum BCD. — 33. Hic verbis 8. — 34. super- vacuum 4. — 36. simul P; decorus 4C'D, decoris #. — 39. v. g. BCD. — 41. Pre- tereo G; sextum CD: transjectio C, tranjeclio P. Google Sed tamen est quandoque color ACG, Ergo lu porro D), carmen P. — Du jugement, de l'oreille, de l'usage. POETRIA NOVA. 257 Inconcinna venit, ut : Luci lusimus* Elyn”. Ecce dedi* pecten, quo si sint pexa relucent Carmina tam prosae quam metra*. Sed an bene pectas” 1945 Hoc speculo poteris plene* discernere formam. Cum faciem verbi speculeris”, an inquinet illam Forte latens aliquis vermis”, non” sola sit auris Nec* solus judex amimus : diffiniat* istud* Judicium triplex et mentis et auris et usus. 1950 Est modus iste mihi sudanti* verba polire : Castigo mentem, ne stando moretur in uno : Sordet enim mora” stantis aquae ; sed transferor ardens Huc, illuc*, et rem nunc isto pingo colore, Nunc alio*; nec* volvo semel, sed saepe revolvo. 1955 Mens agilis demum, cum fecerit undique girum, Eligit e mulus unum. Respiret* in illo Utque putat* sine labe loco; sed fallitur augur Casibus in multis. Dum sunt” in mente sepulta, Multa sedent” animo, quae non tamen approbat auris. 1960 Esto quod, ut mulcet animum, sic mulceat aurem Et duo complaudant in idem”. Non sufficit istud, Non* dum credo, nisi replicem. Speculatio prima Nec” bene, nec plene discernit* : quando revolvo”* Rem, magis evolvo. Si sit foetentis odoris", 1965 Mota magis, res pejus olet; si plena saporis, Plus repetita sapit”. Sit judex ergo triformis Propositi verbi" : mens prima, secunda sit auris, Tertius et summus qui” terminet usus. V. La uEmoire. Omnia quae repetit ratio vel” digerit* ordo 1970 Vel” polit ornatus si vis meminisse, memento 42. misimus 4 BCD; Eli BCD, Elio P. — 43. tibi D. — 44. metri D; pexa 4, pectes CD. — 45. clare ND. — 46. specularis 4D. — 47. nevus 4G; nec BCD. — 48. Non AG; deliniat 4 BCD: illud D. — 50. suadenti 4 D. — 52. more 4. — 53. omis BCD. — 54. illo BCD; nunc À D. — 56. respirat 4 BCDG. — 57. putet C. — 58. cum sit D. — 59. placent D. — 61. complaudent animum D. — 62: Nec 4DG. — 63. Non BC; diflidit P; revolvit G. — 64. oloris G. — 66. placet BC. — 67. V. p. BC. — 68. 5. t. qui ter. A. — 69. que 20; digerit 4, dirigit BCD. — 70. Que AC. FARAL. 17 Google LD QT Q0 GEOFFROI DE VINSAUF. Hujus* consilii, quamvis brevis, officiosi : Cellula quae meminit est cellula deliciarum*, Deliciasque sitit", non taedia. Visne* placere Ili*? Non oneres 1llam : vult illa” benigne 1975 Tractari, non male premi. Quia* lubrica res est, Ad” rerum turbas* non suflicit. Hane ita nutrni”, Quando famem reficis*, dapibus non sis ita plenus Ut nihil apponi queas* amplius; esto refectus Plus semipleno, pleno minus; ingere ventri 1980 Non quantum possit*, sed quantum prosit; alenda, Non oneranda quidem” natura, sed inter utrumque Et citra plenum subsistere sanior usus. Sic etiam potas*, potum ratione refrenas : Potisses et” non potes, sumatur honori 1985 Non oneri potus, bibe parcus, non temulentus: Pulcrius accusat” sitiens quam vina recusat* Ebrius. Est simili gustanda scientia lege, Quae” cibus et potus animae : sic nutriat”* illam, Ut se praestet ei jocundam, non onerosam. 1990 Scire sitis* hanc rem totam : sit secta minutis Particulis, pluresque simul ne sume, sed unam Fer semel* et partem minimam”* multoque minorem Quam valeant humerique velint; erit ergo voluptas Et nullum pondus in pondere*. Sit comes usus : 1995 Dum res 1psa recens est et nova, verte frequenter, Et replica; post hoc* subsiste, morare parumper, Respira. Morula quadam mediante vocetur Altera, quae, cum sit simili ratione retenta, Praescriptae cellae demum compaginet ambas, 2000 Et bene consolidet, et eas conglutinet usus. Tertia sit nodo simili conjuncta” duabus, Quarta tribus. Sed in his peccas, nisi semper agendis Talter insistas, ut citra taedia sistas. 71. Istud G. — 72. divitiarum 4. — 73. D. questit P; visque C. — 74. Isli 4: namque C. — 75. quasi 4. — 76. Et; turbe ABCDG; nutrit G. — 71. reficit P; d. r. D. — 78. querat G. — 80. possis G, poscit A BD. — 81. cibis B. — 83. Si et. p. G, potans 4 BCD. — 84. sed BC. — 86. excusat B, accuset D; recuset BC. — 88. Cum D; nutriet C. — 90. velis C. — 92. simul G; m. p. C. — 94. pectore 4. -— 96. P. h. et r. P, ABCD aj. paulum, omel parumper. — 1. s. n. C; con- stricta BC. nu X Google 1 Rs 9 QC 2005 2010 2015 2130 POETRIA NOVA. 259 Haec ratio vires sensus extendit ad omnes, Obtusos acuit, duros emollit, acutos Et molles ad plus extollit. Quod magis* illis*, Hoc minus” est illis” : ideo lex aequa* coaptet Pondus utrisque suum speculumque sit omnibus unum. Adde modos alios, quibus utor et expedit ut. Visa, vel audita, vel praememorata, vel ante Acta, mihi meminisse volens, ita* confero mecum : Sic vidi, sic audivi, sic mente revolvi, Sic egi, vel tunc, vel ibi : loca, tempora, formac Aut aliquae similes notulae mihi sunt via certa Quae me ducit* ad haec*. Et in his intelligo signis. Ilud” et illud erat*, et imaginor illud* et illud. Fradit imaginibus peregrinis Tullius artem, Qua” memimsse decet*; sed se docet et sibi sol Subulis subtile suum * quasi” solus adoret ; Sed” subtile meum placeat mihi, non” placet illi. Cui placet, et” prodest, quia” delectatio sola Vim meimnorativam validam facit : unde necillis”, Sed neque* crede”* notis* als si sint tibi durae, Si minus acceptae. Sed, si vis tutius ire, Finge tibi notulas, quascumque dat optio mentis”, Dum” te delectent*, dum”’ tu docearis in illis. Sunt aliqui, qui scire volunt, sed non operari, Nec” studium poenamque pati : modus” iste catinus” : Vult piscem”, sed non° piscari. Non* loquor illis, Sed si quos tam scire juvat, quam poena sciendi. L'ACTION. In recitante sonent tres linguie : prima sit oris, Altera rhetorici vultus, et tertia gestus. Sunt in voce suae leges, et eas ita serves : Clausula dicta suas pausas, et dictio servet 6. nimis BD, ininus AC: istis ACD. — 7. nimis C: istis A; data D, dicta ABC. 11. sic BCD. — 15. conducit B; hoc B. — 16. Istud #/2CD: erit 4; istud CD. 18. Quam .18D); docet CD. — 19. suus P; sibi D. — 2. Si BCD; nec BD. — . huic BCD; quasi 4D. — 72. istis ABCD. — 73. nec B; credo 4; nobis 4 BCD. 25. quas optio mentis adoptet BC. — 26. Cum D; delectant D; cum D. — . Hoc 4; mos D; captivis P. — 29. pisces C; nec vult B; nec D. Google 260 GEOFFROI DE VINSAUF. 2035 Accentus*. Voces quas sensus dividit, illas Divide ; quas jungit, conjunge”. Domes ita vocem, Ut non discordet* a re, nec limite tendat Vox alio, quam res intendat; eant* simul ambae; Vox quaedam* sit imago rei; res” sicut habet se, 2040 Sic vocem recitator habe. Videamus in uno, Ira, genus flammae materque furoris, ab ipso Folle trahens ortum, cor° et interiora venenat : Pungit” folle, cremat flamma”, turbatque furore”, Exit in hac ipsa forma vox fellea, vultus 2045 Accensus”, gestus turbatus; et interiorem Exterior sequitur* motus, pariterque moventur” Unus” et alter homo. Personam si geris ejus”, Quid recitator ages? Veros imitare furores. Non* tamen esto furens : partim movearis* ut ille, 2050 Non penitus; motusque tuus sit in omnibus idem, Non tantus*:; sed rem, sicut decet, innue. Gestum Praesentare* potes" agrestis et esse” facetus. Vox vocem, vultus vultum gestusque figuret Gestum“ per notulas. Haec est moderata* venustas, 2055 Hic modus in lingua recitante venustus et* auri Hic cibus est sapidus : sic ergo feratur ad aures, Ut cibet auditum, vox castigata modeste, Vultus et gestus gemino condita sapore. Vis venit a lingua, quia* mors et vita cohaerent 2060 In manibus linguae, dum forte juvetur* utroque‘ Vultus et gestus moderamine. Sic simul ergo* Omnia concurrant, inventio* commoda, sermo Contuinuus*, series urbana, retentio firma. Non plus laudis habent*, si res‘ recitentur* inepte, 2065 Quam sine praemissis recitatio facta venuste”. * 35. Accentum B. — 36. conjunges AC D. — 37. sit discors BC. — 38. sint P; ambo C. — 39. Voxque quidem 4BD; rei P. — 49. omis D. — 43. Pugnat B, omis 4; AD aj. cerebrum; 4BCD ay. Exteriora cremat flamma turbatque furore. — 45. Succensus D. — 46. sequiturque P; movetur D. — 47. Alter P; hujus 4 BCD. — 49. Nec D; moveris D. — 50. gestusque D. — 51. factum D; lacitus D; idem D. — 52. Gestus Z, Gestu D: presentando D; polest B: esto B. — 54. Gestus B; immoderala B. — 55. venustius D. — 59. quasi 4. — 60. vivetur B; regit utrinque D. — 61. quod in unum BCD. — 62. juvantia 4. — 63. Concinnus 4BD. — 64. habet 4 D ; rer D; recitatur D, recitetur AA. — 65. venustet 48. Google 2070 2075 2085 2090 PUETRIA NOVA. 261 EPILOGUE. Jam mare transcurn”*, Gades in littore fixi. Et mihi te portum statuo, qui”, maxima* rerum, Non” Deus es nec homo : quasi” neuter es inter utrumque, Quem Deus elegit socium. Socialiter egit Tecum, partitus tibi mundum; noluit unus Omnia, sed voluit tibi terras et sibi caelum. Quid potuit melius? Quid majus? Cui meliori Vel cui majori? Dico minus, immo vel arque Magno, vel simili? Pater ergo, vicarie Christi, Me totum committo tibi, sapientia* cujus Ut fons scaturiens, rationis acumen ut ignis Scintillas jaciens, velox facundia tanquam Torrens praerapide currens, et gratra mira est”. Omne quod humanum transcendes* dicere vellem Plene, sed res est longe facundior* ore*. * Imperialis apex, cui servit poplite flexo Roma caput mundi*, qui plenus nectare dulci Musarum redoles” conditus aromate morum*, Pace tua loquar, et paucis”. Cum plurima possis, Posse modum servare velis. Memor”* imprime menti : Quando nocere potes, noli : satis est nocuisse Posse nocere. Nihil facias" quod”* postmodo” velles Non fieri, sed” mens sit” cauta praeambula facti. Nonne vides, si vera notes in principe nostro, Et* Crucis est” factus" et Christi miles et ensis Touus Ecclesiae ? Devotio talis* amorem, Non odium, laudem, non culpam, proemia poscit”, Non poenam. Toleres igitur, qui cetera vincis, Te vinci, vertique* velis regemque reverti. 66. transivi C. — 67. quia P; maxime 2. — 68. Nec ARCDG: sed BCD. — 70.T. partibus m. n. sibi 4ABCD. — 35. prudentia BCD. — 78. omis ABCDG. — 79. tran- scendens 4 BCDG. — 80. fecundior 4G; P aj. Qui scripsit scripla inanus ejus sit benedicta (le copistle, ayant arrélé là ‘sa läche, n'a ajoute qu'apres coup le reste de l'épilogue). — 81. G. omel les vers 81-98. — 82. ABCDG aj. cujus prudentia remus Tolius imperii. — 83. redolet 41); 4BCD aj. De dulcore tui mellis mihi porrige parles. — 84. tuaque |. p. P. — 85. hec 4. — 87. facies 4; vel P; postea AD. — 88. verum P; omis P. — 90. Nonne ABCD; vumis ABC; servus À, famu- lus /). — 91. poscit 4. — 97. poscunt P. — 94. vincique 4). Google 2095 2100 2105 2110 95. celi P; slillat P. — 96. 4BCDG aj. Mibi porrige partem de mellis dulcore GEOFFROI DE VINSAUF. Flos et apex cleri”, solita dulcedine stillant * Praedulces ex corde favi”. Pro principe nostro Supplico. Sum minimus : es maximus; attamen esto Flexilis, et sit ei melius” ratione petentis*. Quod” papae scripsi* munus speciale libelli Accipe, flos regni. Primo potiaris honore Hujus secreti; nec 1d” unum sume, sed una Do tuibi me totum, Wilhelme*, vir auree : totus Sum tuus ad votum, cujus cor in omnibus amplum Non capitur minimis”, sed semper anhelat in altum. Nobilitas dandi, quam” non novere” moderni, Est innata tibi, qui solus, gemma datoruim”, Das ita, ne qua manus sit dando latior, aut mens Laetior* aut morula brevior. Tu solus es 1lle Cui Deus infudit” quicquid decet, utpote” pectus Magni consilu, quo pectore pectora regum Se fulcire solent tractando” negotia reguni. Solus* es in dando, prudens* in jure, fidelis In cuncus, semperque tuos Deus auxiliator Auget successus, et semper in ardua crescis”. Sed”, licet omnis apex tibi crescat honoris honore, Crescere non poteris, quantum de jure mereris. lui. — 98. sis ei medius P, melius stel ei 4: potentis 4. — 99, Ad P; s. p. C. 1. idem D. — 2. Guillerme 48, Willelme G. — 4. nummis C. — 5. quia A: nocere P. — 6. vers omis dans P; decoris À. — 8. lotior 4. — 9. effudit 4BCD; ut puta 4. — 1{. ad magna 46G. — 12. Magnus ACDG; ACDG continuent par in agendo, modestus In gestu., rigidus in jure, fidelis in omni Re, semperque luos divina praembula virtus Urget (Auget BCD) successus. — 14. in ardua crescis ABCDG. — 15. Et D. Google IV GEOFFROIÏI DE VINSAUF DOCUMENTUM DE MODO ET ARTE DICTANDI ET VERSIFICA NDI SOMMAIRE. Ï. DES FACONS DFE DÉBUTER. Du début naturel et des huit formes du début aruüficiel. Il. LE corps DU SUsET. 1. DES FACONS DE PASSER AU CORPS DU SUJET : une seule si le début est natu- rel, trois s'il est artificiel et selon qu'il est fourni : 1° Par le milieu ou par la fin ($ 2). 2° Par un proverbe [$ 5). 3° Par un exemple {($ 9). 2. DE L'AMPLIFICATION ET DE L ABRÉVIATION : A) De l'amplification : Procédés à employer [$ 2: : 1° La description ($ 3}. 2° La périphrase ($ 11). 3° La digression [$ 17). h° La prosopopée ($ 22). 5° L'apostrophe (et ses ornements : exclamatio, conduplicatio, subjectio, dubitatio) [$ 24]. 6° L'interpretatio ($ 29). B) De l'abréviation. Procédés à employer : 1° Emphasis ($ 32). 2° Dissolutum ($ 35). 3° Fusion des propositions par : a) ablatff absolu {$ 38). b) participe à tous les cas ($ 39). c) sous-entendus ($ 41). ho Autre procédé ($ 42). C) Fonctionnement de l'amplification. Exemple sur le thème legol$ 45). 3. Des FACONS DE BIEN S'EXPRIMER : « Ornata facilitas » et « ornata diff - cultas » !$ 1). Google 264 GEOFFROI DE VINSAUF. A) De l'« ornata difficultas » et de ses sept procédés [$ 4) : 1° Le signe au lieu de la chose {($ 6). 2° La matière au lieu de l’objet (23). 3° La cause au lieu de l'effet ($ 26). 4° La propriété au lieu de l’objet ($ 28). 5° La partie au lieu du tout, et réciproquement ($ 32). 6° Le contenant au lieu du contenu ($ 36). 7° Le conséquent au lieu de l'antécédent ($ 47). B) De l'« ornata facilitas » et de ses procédés ($ 48) : 1° La détermination ($ 49) : a) du nom propre ($ 50) x) par un cas oblique ($ 50). G) par un adjectif ($ 52). y) par un verbe ($ 53). b) du nom commun ($ 55) a) par un verbe {K 56). 8) par un adjectif ($ 61). y) par un génitif, un datif, un ablatif ($ 69). j) une préposition suivie d'un cas oblique {($ 70). c) de l'adjectif ($ 71). d) du verbe 6 79) a) par un adverbe {($ 80). 8) par un mot déclinable au génitif, au datif, à l'accusatif, à l'ablatif ($S 81). e) détermination complexe ($ 91). 2° Les couleurs de rhétorique {$ 102). C) Préceptes communs pour l' « ornata difjicultas » et l' « ornata facilitas » ($ 103) : théorie des conversions. 1° Conversion de la prépasition en nom ou en verbe (K 104). 2° Conversion : a) du cas oblique en nominatif {8 107). b) du verbe en nom ($ 110). c) de l'adjectif en nom {$ 118). 3° Observations sur la conversion du type 2° {$ 120). D) Conseils divers |$ 132). 1° Comment traiter avec originalité une matière banale ( 132). 2° Observer les propriétés des personnes et des choses ($ 138). 3° De l'emploi des mots en un sens nouveau !$ 140). h° Théorie des trois styles (simple, tempéré, nn [S 145], et des défauts à éviter : a) défauts propres à chacun des trois styles ($ 146). b} l'obscurité ($ 152). 5° Autres préceptes ($ 153) : «) observer l'ordre des parties :$ 154). Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, 1. 26 b) que la digression soit utile au sujet ($ 156). c) que le style soit uniforme {($ 157). d) que la fin soit bien rapportée au sujet {$ 162). 6° De la comédie et des sujets badins ($ 163). 7° De la « prononciation » ($ 170). E) Résumé de l'enseignement précédent ($ 176:. III. DES FACONS DE TERMINER. TEXTE. lTria sunt circa quae cujuslibet operis versatur artificium : prin- cipium, progressus, consummatio. [. —— Des DIVERSES FAÇONS DE DÉBUTER DU DÉBUT NATUREL ET DES HUIT FORMES DU DÉBUT ARTIFICIEL. 1. Circum principium ita distinguitur : principium aliud natu- rale, aliud artificiale. Du début vaturel. ©, 2Principium naturale est quando sermo inde incipit unde res geri incipit; et hoc genus principii dici potest agreste vel vuluare, quod cuilibet datum est sic incipere. Sumanus in exemplum materiam de Minoe, ut 1b1 liquescat prin- cipium naturale. Res ficta talis est. Rex Cretensis Minos filium suum Androgeum, quem habebat unicum, Atheniensi studio transmissum livore doluit interfectum. În cujus ultionem pater ira pariter et armis excanduit, Nisumque, regem Atheniensium, tanquam illius facinoris auctorem, in manu valida pertinaciter aggressus est. Cete- rum autem, cum tota vis Nisi de crine purpureo penderet, potiore potitus consilio, potius artem quam arma consuluit et dolus, non gladius bellum consummavit. Silla namque patri (solo nomine filia) crinem occulte, regnum aperte surripuit. Sic imperaverat qui dominabatur in ea motus libidinis. Regis enim Cretehsis, ad cujus promissum anhelabat conjugium, pulchrnitudo singularis ipsam medullitus elisit; sed fraudatam.conjugio rerum exitus elusit. Minos enim, voti compos et triumphator, Scillam venientem tamquam vene- 1. Rubrique : Documentum de modo et arte dictandi et versificandi. — 2. Rubrique : De principio naturali. Google bu debut urtficiel : 266 GEOFFROI DE VINSAUF. num effugit. Quam super infortunio suo lacrimis inundantem, etiam cum patre suo, clementia respexit Superum et, utriusque transfigu- ratis corporibus, in alaudam conversus est vultus virgineus et prae- ter nomen sua perdidit omnia Nisus. 8. In hac materia principium naturale sumitur, quando praedicto modo sumitur, scilicet a Minoc, qui filium suum misit Athenas, ubi ex invidia interfectus est. 4. Sumitur etiam naturale principium, quando materiam initiamur a laude Minois, immorando circa lau- dem ejus; sed iste modus tractantis est, non narrantis. 5. Narratio namque juxta doctrinam Tullii in /thetoricis® debet esse brevis et dilucida, quia talem decet esse brevitatem narrationis, quae non sit obscura, sed manifesta. 6. A laude Minois cum initium sumitur, metricum exemplum sit istud : Ad titulum faciunt Minois gloria formae, Virtus mentis, apex sanguinis, agger opum. Prosaicum exemplum sit istud : « Minoem Cretensibus imperantem Natura suis insignivit donarts : faciem signavit privilegio pulchritu- dinis, infudit linguae torrentem eloquentiae, corpus armavit viribus, et animum praefecit maturum omnibus, cujus consilio nihil fieret temere. » | 7. ‘Haec dicta sint de principio naturali. Principium artificiale est quando sermo aliunde incipit, Sumitur autem arüficiale princi- pium octo modis. Sumitur enim tum a medio, tum a fine, tum a proverbio, tum ab exemplo; a proverbio tripliciter, quia sumitur proverbium tum juxta principium, tum juxta medium, tum juxta finem; ab exemplo tripliciter, quia sumitur exemplum tum juxta principium, tum juxta medium, tum juxta finem.— 8. À medio sumi- tur arüficiale principium in praemissa materia quando sumitur ab Androgeo, quem interfecit invidia. Prosaicum exemplum sit istud : « Androgeum, liberalibus innutritum artibus, illiberale consortium veneno respersum invidiae stylorum invasit aculeis et, cum in ipso scientiae praeminentiam obstupuit, vitae spiraculum obstruxit. Sicque quod”’in scientia defuit in malitia supplevit. » Metricum cxemplum : Androgei titulus et amicus et hostis eidem. In praeceps corpus, nomen in astra tulit. 1. Rubrique : De principio artificiali, quod suinitur octo modis. au. Ad Herennuumn, À, 9. Google 4° DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, 1. 267 — 9. À fine sumitur principium in eadem materia cum inde sumi- tur, ubi Minos Sillam repulit, quia patrem seduxit. Exemplum pro- saicum : « Scilla Minois sauciata pulchritudine, regnum patris frau- dulenter in ipsius convertit dominium et hac fraude conjugium impetrare credidit. Sed proprio repercussa jaculo, cum illum per- didit, istum perdidit, et ex eo quod fecit à proposito defecit. » Metricum exemplum sit istud : Scillae seditio Scillam seduxit : eodem Quo laesit patrem vulnere laesa fuit. Vel sic : In Scillam rediit fraus propria; lex dedit aequa Auctorem fraudis fraude perire sua. — 10. À proverbio sumitur initium in eadem materia. Sed refert utrum sumatur proverbium juxta principium, vel juxta medium, vel juxta finem. — 11. Si juxta principium, sic sumitur. Prosaicum exemplum sit istud : « Haec est Fortunae conditio, quod prosperi- tatis moram non patitur, sed quae sunt animo dulciora celeriorem fugam pollicentur. » Metricum exemplum sit istud : Quod magis optatur magis effluit, omnia lapsum Spondent et citius fata serena ruunt. — 19. Si juxta medium, sic sumitur prosaicum exemplum : « Ad laetos aliorum successus suspirat invidia, cujus malitia in illum machinatur potius quam miratur potiorem. » Metricum exem- plum : Hi sunt invidiae mores : ad gaudia luget Et contra fata dulcia virus habet. — 13. Si juxta finem, sic sumitur prosaicum exemplum : « Mali- gnantis perfidia, cum alterius molitur perniciem, aculeis perfidine refureatur in proprium auctorem. » Metricum cexemplum sil istud : Fraudis in auctorem fraus saepe retorquet habenas, Et repetit per quas venerat ante vias. — 14. Ab exemplo sumitur initium in eadem materia, sed refert utrum sumatur juxta principium, vel juxta medium, vel juxta finem. — 15. Si juxta initium, sic sumitur prosaicum exemplum : « Post Google So Débul naturel et début artificiel. Debut artificiel : i°' cas : par le milieu ou par la fin ; 268 GEOFFROI DE VINSAUF. tranquillum festinat aer in turbinem et est volubilior in tenebras quam in lucem. » Metricum exemplum : Si Phebus blanditur bumo, caligo repente Irruit et claudit noctis imago diem. — 16. Si juxta medium, sic sumitur. Prosaicum exemplum sit istud : « Invidia zizamae cranum subruit et herbae sterilis malitia fructiferum occidit. » Metricum exemplum : Falce sua semen jactum zizania falcat Et magis acceptam nequior herba necat. _— 17. Si juxta finem, prosaicum exemplam sit istud : « Accidit saepe sagitta ferientem eadem repercussum et venenum propinan- tem simile bibiturum. » Metricum exemplum : Saepe venenator ali quod porrigit haurit, Inque sagittantern missa sagitta redit. ÎIT. —- LE corps DU SUsET. 1. DES FAÇONS DF PASSER AU CORPS DU SUJET : UNE, SI LE DÉBUT EST NATUREL; TROIS, S'IL EST ARTIFICIEL. 1. ‘Sequitur de prosecutione. In ipsa prosecutione, primum est continuare. . Sed facilis est continuatio ubi naturalis observatur ordo, quia res ipsa se ipsam continuat, et juxta naturalem seriem progrediendum. Artificialis eget deliberatione, quia juxta diversitatem principiorum artificialium diversimode continuandum. Si recessum namque fuerit a naturali principio per artificiale principium sumptum a medio vel a fine, suo modo continuandum; si materiam incohemus a prover- bio, secundo; si ab exemplo, tertio. 2. ?Si principium artificiale sumptum fuerit a medio vel a fine et ia recessum fuerit a naturali principio, continuandum est per nomina relativa, scilicet talia qui, quae, quod. Talibus enim ele- ganter retorquetur stylus ad priora, etiam quantumlibet distantia, 8. Principium sumptum a medio prosaicum tale est : « Andro- 1. Rubrique : De materie prosecutione, in qua primum occurit continuatio. — 2. Rubrique : Qualiter et quot modis adhibenda est continuatio principio artificiali. Google 2° cas : proverbe ;: DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, II, 1. 269 geum liberalibus innutritum, etc. » Juxta praemissam doctrinam sic continuandum : « Quem jam pullulantibus et studium poscen- tibus annis pater ejus Minos, rex Cretensium, ethicae transmisit dis- ciplinae, ubi puerilis animus, tamquam in cunis positus, verba prae- lactens artium, postmodum validioribus nutritus alimentis, per breve temporis compendium virilis roboris invasit incrementum. » Principium symptum a medio metricum tale est : « Androgei titu- lus, etc. » Sic continuandum : Quem, missum studiis, invasit livor Athenis, Cujus in exitium poena retorsit eas. 4. Principium sumptum a fine prosaicum tale est : « Scilla Minois sauciatur, etc. » Sic ergo continua : « Quem Cretensibus imperantem in regem Nisum dolor armavit filii, cujus mortem licet machinatus fuerit lhivor Atheniensium, delictum tamen mem- brorum in capite voluit ulcisci. » Principium sumptum a fine metri- cum tale est : « Scillae seditio, etc. », vel sic : « In Scillam redliit, etc. » Sic continuandum : | Cujus amor vehemens Minoi hoc fomite flammae Arsit et haec hami machina cepit eam. paru D. Si principium artificiale sumptum fuerit a proverbio, conti- nuandum est per haec verba fatetur, docet, probat, attestatur, vel per aequipollentes sententias et hac ratione. Proverbium enim est generalis sententia, et illud quod datur per generalem sententiam « docetur », « probatur », « perhibetur » peraliud speciale, quod sub- jungitur. Quod liquido apparebit in omni genere proverbii, in illo quod sumitur juxta medium et in illo quod sumitur juxta finem. De singulis supponemus exempla. 6. Proverbium sumptum principium juxta prosaicum tale est : « Haec est Fortunae conditio, etc. » Juxta praemissam doctrinam sic continuandum est : « ÂHujus sententiae habemus argumentum Minoem, regem Cretensium, cujus fortunae tranquillitas declinavit in turbinem, in caliginem serenitas, jocunditas in moerorem. » Pro- verbium metricum sumptum juxta principium tale est : « Quod magis optatur, magis effluit. » Sic ergo continuandum est : Regna petens Cretae sors maesta, subambula laetae, Principis extincta prole, fatetur idem. Google 3° cas : exemple. 971) GEOFFROI DE VINSAUF. 7. Proverbium sumptum juxta medium prosuicum tale est : « Ad lactos aliorum successus, etc. » Sic ergo continua : « Attestatur huic veritati lacrimabilis exitus Androgei, cujus scientia praeminens et invidiosa sociorum, sed non sociales manus invitavit ad malef- cium, et propriae ruinae maturavit adventum. » Proverbium metri- cum : € Hi sunt invidiae, etc. » Sic ergo continuandunm : Quod puer Androgeus sensit, quem gloria famae Extulit, unde necis ejus origo fuit. 8. Proverbium sumptum juxta finem prosaicum tale est : « Mali- enantis perfidia, ete. » Sic continuandum : « Quod evidentissimum est in Scilla, regis Athenarum filia, cujus in caput patris machina- batur pertidia. Sed hoc ipso suspendii sui laqueum contexuit et incidit in foveam quam fecit. » Proverbium metricum : « Fraudis, ete. » Sic ergo continua : Quod liquet in Scilla, quae fraude nociva parent Fraudis idem jaculum sensit obesse sib1. par un 9. Si principium sumatur ab exemplo, aliter continuandum est quam in praemissis. Cum enim exemplum inducatur quasi quod- dam simile, continuandum est per hujusmodi pariter, similiter, a simili, vel per aequipollentes.sententias. Sed, ut elegantior sit con- tinualio, considerandum est in exemplo proposito cujusmodi res in ea notetur, utrum levitas vel vitium, vel consuetudo, vel aliud tale. Et in continuatione dicatur sémili, vel pari, vel eodem vitio, — sémili, vel pari, vel eadem levitate et sic in similibus. Ad majorem evidentiam supponemus exempla. 10. Exemplum sumptum juxta principium prosaicum tale est : « Post tranquillum festinat, etc. » Ecce in hoc exemplo notatur levitas sive inconstantia. Ideo juxta praemissam doctrinam sic con- tinua : « Ejusdem inconstantiae sunt dona Fortunae, cujus vultus celeriter offuscatur, serenitas et blanditiae cito vertunturin minas. » Exemplum metrieum juxta principium : « Si Phebus blanditur, etc. » Sic ergo continua : Rerunm prosperitas levitate vagatur eadern Et meliora solent deteriora sequi. 11. Exemplum juxta medium prosaicum : « Invidia zizaniae, etc. » Ecce hic notatur vitium : per vitium enim Zizaniae granum Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, I, 2. 271 _ subruitur. Ideo sic continua : « Æjusdem vitit sunt mores invidiae, quae rerum unica pernicies tolis viribus prosequitur meliores. » Exemplum metricum sumptum a medio tale est : « Falce sua semen jactum, etc. » Sic ergo continuandunm : Labe pari livor, solis melioribus hostis Nequior, invehitur in meliora prior. 12. Exemplum sumptum a fine prosaicum tale cest : « Accidit saepe, etc. » Sic notatur consuetudo per hoc adverbium saepe. Ideo sic continua : « /dem mos est in operibus invidiae, quae proprium retorquetur in dominum, cum alterius machinatur detrimentum. » Exemplum metricum a fine tale est : « Saepe venenator alii, etc. » Sic ergo juxta praemissam doctrinam continuandum est : More suo pariter fraus ipsa revertitur unde Venit et in domini damna retorquet iter. a dictum sit de prima parte prosecutionis, scilicet de continua- tione. 2. DE L’'AMPLIFICATION ET DE L'ABRÉVIATION. 1. ‘Priusquam procedamus in prosecutione, notandum quod hic docemus artificium tractandi diffuse. Sunt enim artificia duo, quo- rum alterum est dilatandi et reliquum abreviandi materiam. Unde, Deo cooperante, sufficienter et evidenter expediemus. Sed quod praemissum est, in primis ostendemus, scilicet tractare diffuse. À. De l'amplification. Procédés à em ©- *Ad augmentum igitur et decorem materiñe ponendac sunt DER descriptiones et circumlocutiones; interserendae sunt digressiones, prosopopeiae, apostrophationes. Singula declarabunt exempla. je La dre. 0: Descriptiones dilatant materiam. non Cum enim haec brevis sententia dicenda sit : « sta mulier est pulchra », ponatur descriptio pulchritudinis suae et fiet brevitas illa diffusa. Sic scilicet : Circinus est auctor capitis, flavescit in aurum Caerula forma comae, parit ex se lilia frontis 1. Aubrique : De materia amplianda. — ?. Rubrique : Qualiter amplianda est materia et que sunt que ejus ampliationem operantur. Google 2792 GEOFFROI DE VINSAUF. Lactea strata, suum vaccinia nigra colorem Appingunt ciliis, radiant in margine frontis Cristalli gemine, nasum moderata venustas Protrahit, in facie color est argenteus auro Mixtus in electrui, scintillant labra benigne Igne, color dentes investit eburneus, impar Nil habet inferius mulier formosa superne. 4. Ecce aliam descriptionem pulchritudinis : Culta puella venit cultu placitura videnti, Nexilis a tergo, etc. 5. Sed, cum commune est describere pulchritudinem, ponamus difficiliores et minus usitatas, ut diversitas exemplorum tollat fasti- dium et nova difficultas, tamquam cibus aurium, invitet auditorem. Cum erso dicendum sit « Luditur sistris, vel cultellis », pro hoc PR NE ponatur talis descriptio : Tinaula sistra volant, oculos pascentia regum, Alternantque manus, etc. 6. Descriptio ludentium tabulis : Huic in utraque manu gemina ludente tabella, etc. 7. Descriptio gesticulantium : Singula mireris, etc. 8. Ecce aliam descriptionem diffiéilem. Cum dicendum sit : « Isti intrant navem et praeparant se itineri suo », sic describatur gestus eorum : Poscit iter naves et nautas, rebus agendis Instat pes agilis, celeri redit anchora raptu In gremium navis, tractant divorcia litus Et classis, totum declinat in anteriora Pectus et assumens vires in terga reclinat Velorum tractus, prorumpit in aethera clamor. Nauticus, adjutor operis, surguntque coacta Et laxata sinus dant alas vela carinis. 9. Descriptio sereni temporis Tempora si spectes, votis obtemperat aura, Non objurgat aquas aquilo, etc. Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, I, d. 273 10. Facile est omnem articulum bene describere, si quis sciverit modum et artem dicendi tam mature quam ornate. Si tamen affec- talis prosaica, recurrite ad secundam epistulam Sidoni, ubi descri- bit regem Theodoricum quantum ad habitum corporis, quantum ad mensam, quantum ad ludum, quantum ad alia. 3e La périphrase; À 1. Circumlocutio similiter auget materiam. Est enim circumlo- cutio quando sententiam aliquam dicturi eam non directe dicimus, sed quasi in circuitu ambulamus et per quasdam circumstantias sub ampliori serie verborum ipsam insinuamus. Sicut Virgilius ponit circumlocutionem Eneae sic : [Æn. 1, 1] Arma virumque cano Trojae qui prinus ab oris Italiam fato profugus Lavinaque venit Litora. Quod nihil aliud est dicere quam : « Describo Eneam. » 12. Et notandum est quod tria circumloquimur, scilicet senten- tam verbi, sententiam nominis, et sententiam totius oratlonis. 13. (Nominis}, ut Virgilius in praemisso exemplo, et Boetius, De consolatione : [H, 9] O qui perpetua mundum ratione gubernas, Terrarumque caelique sator, qui tempus ab aevo Ire jubes stabilisque manes, das cuncta moveri.…. Quod nihil aliud est quam « O Deus ». 14. Hoc autem sciendum est quod tunc eleganter circumloquimur sententiam nominis, quando aliquam personam diffamare volumus vel extollere. Ut si quis loqueretur de Willelmo de Guines, pincerna regis vilissimo, elegantius posuisset pro nomine ejus hanc circumlocutionem « Regis ille pincerna, pudor et opprobrium, pincernarum faex, et inquinamentum domus regiae. » 15. Sententiam verbi circumloquimur ut quando ponimus, pro hoc verbo « mortuus est », hujus circumlocutiones : « Naturali sorte assumptus est », « Fati munus implevit », « Diem clausit extremum », « Consummavit cursum vitae », « Debitum naturale persolvit », « Viam universae carnis ingressus est », « Sublatus est e medio », « Concessit in fata ». 16. Circumloquimur sententiam orationis quando et sententiam nominis et sententiam verbi circumloquimur, ut hic, cum dicen- dum sit : « Inimici regis suspensi sunt », hac utendum est circum- FARAL. 18 Google 3e La digression : 274 GEOFFROI DE VINSAUF. locutione : « Damnati sunt suspendio, quorum praesumptio rebel- lem se opposuit regiae majestati. » 17. Digressio similiter ampliat et decorat materiam. Fit autem digressio duobus modis, sed pluribus ex causis. Unus modus digres- sionis est quando digredimur in materia ad aliam partem materiae; alius modus quando digtedimur a materia ad aliud extra mate- rlam. 18. A materia ad aliam partem materiae, quando omittimus illam partem materiae quae proxima est et aliam quae sequitur pri- mam assumimus. Verbi gratia, cum dicendum sit : « Acteon fessus erat venatu et venit respirare Juxta fontem delectabilem », postquam dictum est eum esse fessum, antequam dicam eum venire ad fon- tem, digrediendum est ad fontem, ut describatur ejus amoenitas, et postmodum dicendum quod venit huc respirare. 19. Supponatur exemplum : Sarcina venanti duplex, venatus et aestus : Languida persuadent membra quiete frui. Est locus in cujus sudans Natura decoruim, Cum fecisset opus, noluit artis opem : 5 Libera planities signatur imagine spherae, Murmurat in medio vox salientis aquae. Circulus arboreus faciem cortinat aquarum. Frondea suppositas umbra sigillat aquas. Ludit in arboreis avium lascivia ramis. 10 Vernus aromatico fragrat odore locus. Fertilitas impregnat humum; duo serta coronant, Publica commoditas, picta figura, locum. Gustus et olfactus, oculi pascuntur et aures; Omnis 1bi seasus est satiata fames. 15 Invitat fessum tam mira decentia rerum. Deliciosa loci physica curat eum. 20. Similiter, cum dicendum sit : « Amantes recesserunt ab invi- cem in tempore veris », prius describendum est tempus veris et postea dicendum « Tunc recesserunt ». Verbi grata : Veri cedit hiems, etc. Et haec sufficiant de digressione quae fit in materia ad aliam par- tem materiae. 21. Digredimur etiam a materia ad aliud extra materiam, quando Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, I, 2. 275 scilicet inducimus comparationes sive similitudines, ut eas aptemus materiae. [llud enim quando inducitur, tanquam simile materiae facit ad materiam, sed extra corpus est materiae. Exemplum (Ovi- dius) : [Rem. 141] Quam platanus vino gaudet, quam populus unda, Et quam limosa canna palustris humo, Tam Venus otia amat. Finem qui quaeris amoris, Cedit amor rebus, res age : tutus eris. Ecce exemplum Horati : [£p. 1,1, 20] Ut nox longa quibus mentitur amica diesque Longa videtur opus debentibus, ut piger annus Pupillis, quos premit dura custodia matrum, Sic mihi tarda fluunt ingrataque tempora, etc. Infinita inveniuntur exempla comparationum in auctoribus et prae- cipue in Statio et ideo sub brevitate pertranseo. Ita dictum sit de digressione. Rte proso- ©. Prosopopeia est conlormatio novae personae, quando scili- cet res non loquens introducitur tanquam loquens. Ut si castrum in monte constructum juxta insulam introduceretur sic loquens : In speculo montis vim nacta superbia castri Hostibus his verbis est quasi visa loqui : « Gallia jactatrix, ne te super aethera jactes : Jam nihil ulterius unde loquaris habes; . 5 ‘lolle supercilium, gestus dedisce minaces. Sum tibi nata brevi tempore, longa lues. Objice quicquid habet mens aut manus : objice nullo Perficis, immo quasi rideo quicquid agis. Vis mea re nulla terretur et omnia terret : 10 Unde nihil timeat, quo timeatur habet. Gens effrena, genis effrenis accipe frenum. Accipe quod domitet colla superba jugum. » 23. Similiter per prosopopeiam terra introducitur tanquam loquens in Ovidio Metamorphoseos, Roma in Lucano, Affrica in Claudiano; et alias prosopopeias alibi multas invenietis. 5e L'apostrophe © Apostrophatio similiter extendit materiam. Est autem apos- et ses variétés : trophatio quando apostrophamus nos vel aliquam aliam personam, id est quando convertimus sermonem ad nos vel ad aliquam aliam Google 276 GEOFFROI DE VINSAUF. rem animatam vel inanimatam. In apostrophatione quatuor incidunt exornationes, scilicet exclamatio, conduplicatio, subjectio, dubi- tatio. a) exclematio, ©. Est autem exclamatio color quando ex dolare vel ex alia causa exclamamus, ut hic : O Asiae flos, Troja potens, o gloria quae nunc In cinerem collapsa jaces, ubi regia proles Ex Ecuba Priami veniens a sanguine divum.…. byconduplieatio, 26. Conduplicatio est color quando idem verbum conduplica- mus, quod contingit variis ex causis, quando ex dolore, quando ex amore, quando ex indignatione. Ex dolore, ut in Virgilio : Anna soror, quae me suspensam in somnia terrent, Anna soror“? Ex amore, ut in Ovidio : [Mét. 1, 504] Nympha, precor, Peneia, mane : non insequor hostis. Nympha, mane. Ex indignatione, ut in Juvenali : [Sar. VI, 641] Tune duos una saevissima vipera coena ? Tune duos ? Similiter et hic : Tune patrem gladio crudelis nata necasti, Tune patrem ? Est quae causa tuae dignissima poenae ? Nonne fugis lucem, faex et contagio vitae, Nonne fugis ? 2'7. Subjectio est color quando de aliquo quaerimus utrum sic sit vel sic esse possit et postea rationem inducimus quod vel sic non sit vel sic non esse possit, ut hic de Adam peccante : c) subjectio, O pater, o quid agis? Deus est quem spernis; et illum Qualiter evades, terra, cinis, dominum ? An fugies ? Sed ubique manet. Fallesne ? Sed idem Quod fuit, est et erit cognitione tenet. An vinces? Sed cuncta potest. Ipsumne latebis ? a. Cf. Énéide, 1V, 9, où l'on trouve bien le premier vers, mais non la condupli- catio du second. Google DOCUMENTUM D£ ARTE VERSIFICANDI, Hi, 2. 277 Sed quodcumque latet vel patet ipse videt. Mors igitur vetiti te poena miserrima ligni Deprimet, in natis jus habitura tuis. Isti versus sunt in Yponasticon. | 28. Dubitatio est color quando dubitamus de duobus vel de plu- ribus quod eorum velimus dicere. Ut hic : d) dubitatio: Tu mihi qui confers, homo... quo te nomine dicam Nescio : si dicam spurcissime, non erit aequum; Si scelus appellem, minus est; deformior, an sis Nequior, ignoro. Non hoc mihi, nec scelus illud. ie L'interpretatio, © 9. Praeter haec quinque praememorata sextum adhuc est quod diffusiorem reddit materiam et verborum ducit opulentiam, scilicet color qui appellatur interpretatio. Est autem interpretatio color quando eamdem sententiam per diversas clausulas interpretamur. Verbi gratia : | Allicit haec facies animos, hoc rete puellas Implicat, hic Veneris hamus inescat eas. B. De l'abréviation. 30. ‘Ad abreviationem materiae quaedam sunt vitanda, quae- dam observanda. Vitanda sunt omnia illa quae prolixitatem indu- cant, scilicet descriptiones, circumlocutiones, et cetera quae prae- missa sunt. Circumscriptis igitur omnibus istis circa residuum, id est circa purum corpus materiae, ita negotiandum est. Dicenda sunt enim sola illa in quibus consistit vis materiae et sine quibus intelli- gentia materiae haberi non potest. 31. Sunt autem dicenda sic : scilicet per emphaticas locutiones, — per clausulas non internexas vinculo copulativae conjunctionis, — conglutinanda est sententia duarum clausularum in unam. 32. Emphaticis locutionibus est utendum, ut diximus. Emphasis enim est quaedam figura quae longam seriem verborum curtat ele- ganter, quae fit duobus modis : uno modo quando rem ipsam appel- lamus nomine suae proprietatis, uno modo quando locuturi de re l’rocédes à em- ployer : 1° Emphasis ; loquimur de ejus proprietate. 1. AHubrique : Qualiter est abrevianda inateria et que sunt que ejus abreviatio- nem operantur. Google 278 GEOFFROI DE VINSAUF. 33. Exemplum secundi, ut, dicturi de Scipione quod ipse dele- : vit Cartaginem per prudentiam suam, dicimus de prudentia sua quod ipsa hoc fecerit, sic scilicet : « Scipionis prudentia Cartaginem delevit »4: similiter : « Clementia vestra meae subveniat necessi- tati », « per clementiam vestram subvenite mihi habenti necessita- tem ». Ecce per hunc modum emphaseos brevius dicitur et expres- sius quam si aliter sine emphasi dicatur. 34. Alius modus emphaseos quando, sicut diximus, rem appel- lamus nomine suae proprietatis, ut hic : « Medea est ipsum sce- lus », quod sic est exponendum : « Medea est ita scelerosa, quod in ea nihil invenitur nisi scelus. » Ecce per hunc modum emphaseos qualiter haec tota series per illud breviloquium comprehenditur. Et notandum quod emphasis graece idem est quod expressio laune. Per locutiones enim hujus loquimur expresse à bissolutum: S6- Utendum est clausulis sine copulativa conjunctione media. Conjunctionis enim subtractio materiam pariter abreviat et exornat. Verbi gratia : « [lle multis comitatur armatis, hunc solum, inermem in solitudine quadam invasit, e medio sustulit, in abdito sepelivit », vel sic : « Llle multis comitatus armatis hunc solum, inermem inve- nit, invasit, interfecit. » 36 Iste modus clausularum necessarius est in omni narratione fact, quando scilicet narratur aliquid factum. Narratio enim omnis _brevis debet esse. Et notandum quod, quando sic proferuntur plures clausulae sine conjunctione media, color est qui appellatur dissolu- tum. Dissolutum est enim color quando dissolutae sunt clausulae, id est quando non ligantur vinculo conjunctionis copulativae, ut in praedicto exemplo. + Fusion d 2. Conglutinandae sunt et duae clausulae in unam quando ee volumus quid brevius dicere. Quod quidem contingit dicere tribus modis : uno modo per ablativos absolutos, — alio modo per alios casus participiorum, — tertio modo quando nec sic, nec sic dicitur, sed sub alia forma in dictis non dicta intellisuntur. a) labutir a. 38: Per ablativos absolutos quasi conglutinamus diversas clau- solu, sulas in unam, quando, dicturi alhiud per cum, vel dum, vel post- quam, utimur ablativis absolutis. Verbi gratia : « Cum vel dum 1pse hoc fecerit, veni. » Dicimus : « Hoc ipso faciente, veni. » Simili- ter : « Postquam hoc factum est, veni » : « Hoc facto, veni. » Suf- ficit cura haec, hoc compendium exemplorum. a. Exemple donné par Cornificius à propos de la circuilio. Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, I, 2. 219 b) le partiipp 39. Per alios casus participiorum conglutinamus diversas clau- 1 tous les cas, sulas in unam. Quando conneximus diversas clausulas per copulati- vam conjunctionem, subtrahimus conjunctionem et verbum unius clausulae convertimus in participium, sive sub nominativo casu, sive sub alio. Verbi gratia, ubi dicturi sumus « Iste sedet et loquitur », dicimus : « Iste sedens loquitur », vel « Iste sedet loquens ». Ecce sub nominativo casu ponimus participium. 40. Et notandum quod hac brevitate semper uti possumus quando diversi actus assignantur eidem personae. Similiter dic- turi : « Amicus venit et osculatus sum eum », dicimus : « Oscula- tus sum vel osculo suscepi venientem. » Ecce sub accusativo casu. Similiter sub aliis casibus omnibus poni potest participium. Est notandum quod hac brevitate uli possumus etiam ubi diversi actus non assignantur eidem personue, sed pluribus, quasi per quamdam conglutinationem plurium clausularum in unam. c) le sous-en- 44. Ponimus unam pro pluribus ita caute, scilicet quod indictis lendu; non dictam damus intelligi; ut dicturt « [ste ivit illuc et nunc rever- sus est », dicimus : « Inde reversus est ». Similiter, dicturi « Ipse commodavit mjhi et ego reddidi », dicimus : « Ego reddidi illi ». In hoc enim intelligitur ipsum commodasse. is Autre pr 42. Videbitur alicui quod istae cautelae modicae sunt. Re vera redé. non sunt suflicientes, sed quodam modo faciunt ad rem!. Sed ecce reservavimus ad extremam sufficientissimum articulum brevitatis observandae, citra quod si subsistat brevitas, non erit sufficiens et perfecta, et ultra quod si progreditur, erit reprehensibilis et obs- cura. Ideo autem eam reservavimus ad extremum cum extremo dictum melius infigitur memoriae. Est autem arüficium tale. 48. ?Proposita materia quam volumus abreviare, circumscribendae sunt omnes sententiae et colligenda sunt nomina rerum in quibus consi- . Stit vis materiae, et postmodum facile est per studium adaptare verba nominibus. Exemplum sumamus in materia illa quae est de puero concepto de nive : « In partibus remotissimis negotiatore moram faciente mulier juvencula consilio juventutis suae lusit, con- cepit, peperit. Revertenti marito mentita est puerum de nive fuisse conceptum. Maritus dissimulans post longi temporis intervallum invita matre filium abduxit venditurus alienis. Reversus sine puero matri subtiliter respondit ipsum, sicut ex nive genitum, sic ad calo- rem solis fuisse liquefactum. » Hanc materiam si velimus abreviare, 1. Ms. eam. — 2. Rubrique : Oplimus modus abreviandi materiam. Google 280 GEOFFROI DE VINSAUF. non est cogitandum de sententiis, sed circumscribendae sunt sen- tentiae et colligenda sunt nomina rerum de quibus solis consistit vis materiae, quae sunt haec quinque : femina, vir, puer, sol, nix. Verbi gratia : | Vir, quia quem peperit natum nive femina fingit, Vendit, et a simili liquefactum sole refingit. 44. Ita satis evidenter et sufficienter dictum sit qualiter de mate- ria brevi debeat fieri prolixa, qualiter de prolixa brevis. Et nota quod tam hoc quam illud scin potest, quamvis nesciatur bene dicendi modus,. C. Fonctionnement de l'amplification. 465. Restat considerare, sive materia reddatur brevis, sive pro- lixa, quid operetur ad bene dicendum, tam hinc quam inde. Modi bene dicendi sunt duo. Igitur, quando materia tractatur diffuse, aut in se diffusa est, aut brevis. Si diffusa est in se, modis praeassigna- Us initiari poterit et continuari. Quid autem si brevis fuerit? Non dico tantum si brevis, immo si brevissima fuerit ? Totidem modis et eisdem sumere possumus initium et continuationem. Exemple sur le 46. Verbi gratia, sumatur materia qua nulla potest inveniri théme « lego ». minor, scilicet 1lla quae clauditur unica dlictione, ut est sententia verbi, sicut hic lego. !Proposita tam brevi materia, statim ex ipsa elicienda tria sunt, scilicet principium, medium et finis, ut sumatur artificiale principium tum a medio, tum a fine, tum a proverbio, tum ab exemplo tripliciter, et ita octo modis artificialiter. 47. Qua- liter autem sumenda sunt haec tria? Sic. Duo, scilicet principium et medium, in ipso verbo sunt sumenda. Tertium vero, scilicet finis, extrinsecus est sumendum. Sed, licet sit extrinsecus sumptum, sem- per tamen comitatur ipsum verbum. Qualiter sumenda sunt haec duo, principium et medium, in ipso verbo? Sic. In verbo personali semper duo intelliguntur : persona verbi et res verbi, ut in hoc verbo lego intelligitur persona verbi, scilicet ego, et res verbi, scili- cet lectio. Sit ergo persona verbi quasi principium et res verbi quasi medium. Similiter et in aliis verbis. Tertium vero, scilicet finis, qualiter sumendum est extrinsecus ? Sic. Qualecumque sit ver- 1. Rubrique : Qualiter ampliari potest brevissima materia, illa scilicet que con- stat ex unica dictione, ut est sententia verbi. Google Î DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, Il, 2. 281 bum, sive transitivum, sive absolutum, adjiciendum est tertium, scilicet tempus vel locus. Haec enim duo omnia sequuntur. Verbi gratia : « Lego in tali tempore vel loco », « Ludo tali tempore, vel tali loco ». Cum ergo tria elicuerimus ex unico verbo, negotian- dum juxta praemissam doctrinam, ut octo modis artificialium prin- cipiorum eliciamus. 48. Quod quidem alicui videbitur monstruo- sum et difficile, cum in materia proposita non sit nisi unicum verbum. Quod ita possint esse octo genera principiorum arttficia- lium, re vera aliquid habet subulitatis et difficultatis Alioquin, si esset facilhimum, non esset arte dignum; sed hoc melius viva voce docentis et exercitio discentis intelligentiam et sententiam compara- bunt. Dicamus circa hoc aliquid et rudia proponamus exempla, quae, licet non sint ornata, faciunt tamen ad exemplum doctrinae. 49. Verbi gratia, hacc est materia nobis proposita : Lego. In pri- mis ex hoc unico verbo eliciamus tria : scilicet personam, rem verbi et locum, sic : « Ego lego in tali loco ». : 50. Possumus igitur hic artificiale principium sumere tum a medio, tum à fine. 51. À medio quidem, scilicet a lectione, sic : « [starum rerum lectio perutilis est et necessaria, quarum arüfcio non tantum exprimitur elegantia dicui, sed industria discendi. » Continuanda est autem materia juxta praemissam doctrinam sic per nomina relativa : « Quarum exquisita commoditas meum invitat tam oculum quam animum, quorum, uterque sic in ea pascitur, ut nec oculus in spectione, nec animus delectatione satietur. » — 52. A fine, scilicet a loco, sumitur artificiale principium sic « Locus iste in se duplicem opportunitatem studii continet, tum sua Jocundus pulchritudine, tum à strepitu semotus populari. » Conti- nuandum est juxta praemissam doctrinam sic : « Cujus opportuni- tatis occasio, cum studentium concordat otio, me totum invitat ad studium et lectionibus fructuosis invenit studiosum. » — 53. Similiter, potest hic a proverbio sumi artificiale principium tripliciter. Potest enim proverbium sumi tum juxta principium, tum juxta medium, tum juxta finem. 54. Juxta principium sumitur proverbium sic : « Cujus animus ad summae promotionis anhelat fastigium, totus inhiat fructui et frequentiae lectionum. » Sicque descendendum: est ad materiam juxta praemissam doctrinam « Cujus rei testis sit et argumentum diligentissimus circa lectionem, ferventissimus ad promotionem. » — 56. Juxta medium sic sumi- tur : « Librorum inspectio cum frequenti revolutione recta metho- Google Autre 282 GEOFFROI DE VINSAUF. dus est ad lucrum scientiae. » Quod sauts innuit Ethica Catonis, illa scilicet paterna ammonitio : « Lege libros. » Sic continuandum est : « .…. ad lucrum scientiae. Quod satis innuit Ethica Catonis. Haec enim familiariori doceor testimonio. Flores enim in me produntscien- tiae commoditas et frequentia lectionis, — cum aura flaverit gra- tior, flores fructibus secuturis. » — 56. Juxta finem sumitur prover- bium sic : « Legentibus et secretis studentium otiis est accomodata solitudo locorum, et accessibus hominum et strepitu linguarum abso- luta. » Sic continuandum : « Argumentum hujus ex hoc loco satis ducitur. Cujus opportunitas studentes eo magis occupat, quo minus occupatur. » 5'7. Similiter et ab exemplo potest hic sumi principium artificiale tripliciter : tum juxta principium, tum juxta medium, tum juxta finem. 58. Juxta principium sic sumitur exemplum : « De militari pendet officio in armorum exercitio dies expendere et in eis quae militiam respiciunt vires corporis exercere. » Sic continuandum Juxta praemissam doctrinam : « Ejusdem rationis sunt operae stu- dentium. Quorum sollicitudo librorum,inspectionibus astringit ani- mum et suae militiae totis animae viribus nititur indulgere. » — 59. Juxta medium sic sumitur exemplum : « Armorum frequens exercitium collativum probitatis agilitatem corporis inducit et auda- ciam cordis. » Sic continuandum : « Eumdem in modum assidua libro- rum revolutio, lucrativa scientiae, pariter inserit peritiam et promp- titudinem in mente. » — Juxta finem sic sumitur exemplum : « Pro qualitate temporum variatur qualitas negotiorum. » Continuandum juxta praemissam doctrinam sic : « Ejusdem conditionis est locus : cujus opportunitas requiritur juxta qualitatem operis, ut 1psius con- gruitas animum invitet operantis. », 60. Sic habemus qualiter negotiandum sit circa brevissimam materlam, scilicet circa sententiam unius verbi, ut 1llud unum ver- bum extendatur in tria, scilicet principium, medium et finem, et sic eliciantur octo principia arüificialia, et sic adaptentur suis continuà- uonibus. exemple 61. !Adjungendum est etiam quoddam generale documentum sur le thème « do- co », dictantibus, quod ostendit eis, cum ignorent materiam invenire.vel tractare, qualiter sententia unius verbi debeat eis ad materiam suf- ficere, ut ex modica santillula possint ignem magnum suscitare. Sic {. Rubrique : Generale docuinentum quo ostenditur qualiter sententia unius verbi sufliciat ad materiam in imimensum protelandam. Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, Il, 2. 283 ergo ex unico verbo series dictaminis est elicianda. Inveniendum est quoddam proverbium in cujus altera parte ponatur sententia illius unici verbi, et in reliqua parte ponatur sententia alterius verbi; postmodum ex altera parte proverbii fiat narralio; et ex reliqua parte formetur conclusio. Et sic elici poterunt tres clausulae dicta- minis : prima continens proverbium, secunda narrationem, tertia conclusionem. Sed cum haec quantitas est exigua, possumus pro- trahere mediam clausulam, scilicet clausulam narrationis et corro- borare eam tum orationibus, tum rationum confirmationibus et sic extendere dictamen in infinitum. 62. Documentum istud exemplo rudi declarabitur ut melius intelligatur. Ecce hoc verbum « doceo » proponitur pro materia. Sic elicia- tur series dictaminis ex isto verbo : « Qui scit, docere debet. Ego scio. Hac causa doceo. » In hac serie praemittitur hoc proverbium « Qui scit, docere debet », in cujus altera parte ponitur verbum « sciendi », in reliqua verbum « docendi ». Sequitur narratio, quae sumitur ex 1lla parte proverbii in qua ponitur verbum « sciendi », cum dicitur « Ego scio ». Tertia et ultima conclusio est quae sumi- tur ex reliqua parte proverbii, in qua ponitur verbum « docendi », cum sic submittitur : « Hac causa doceo. » 63. Si autem velimus hanc seriem extendere, sumamus clausu- lam narrationis, scilicet hanc « Ego scio », et eam confirmemus rationibus et rationis confirmationibus. Ecce rationes quibus confir- matur quod ego scio : quia multo temporis multam adhibui scien- tae diligentiam et etiam inter peritos. Ecce confirmationem narra- Lionis : re vera &« multo temporis », quia per vicennium; re vera « multam adhibui diligentiam scientiae », quia in ipsa tam noctes quam dies expendi; re vera «inter peritos », cum inter Parisienses, ubi floret scientia trivni, inter Tholetanos, ubi scientia quadrivi, inter Salernitanos, ubi scientia medicorum, inter Bononienses, ubi scientia legis et decretorum. Et sic ex modica maxima crescit aqua. 64. Sic habemus exemplum rude formandi dictaminis : modo redigamus 1illam ruditatem in formam. 66. Hoc igitnr proverbium « Qui scit, docere debet » verbis elegantioribus explicetur sic : « In cujus animum fontes defluxerunt scientiae, potum non neget sitien- ubus, sed fontes illius derivantur foras, et aquas illas in plateis dividat. » — 66. Haec narratio « Ego scio » sic ornatius exprima- tur : « Hausi quasi fluenta scientiae, quibus humectavi siccitatem Google 284 GEOFFROI DE VINSAUF. animi, quem ardenter sitientem in illis refrigidavi. » 6'7. Ecce ratio- nem hujus confirmationis « ego scio » : « Nec mirum si scientia mihi sua communicet archana, cujus familiaritatem tum longi tem- poris obsequio promerui; tum crebris insultibus quadam violentia mentis extorsi. » 68. Ecce rationis confirmationem : « In laribus enim suorum conversatus familiarium continuavi vicennium, ubi me totum exussit studium lucubratione noctium diurnis continuata laboribus et invenit me labor iste semper ferventem tanquam desi- diam respuentem. Potiorum artium inhiabam disciplinae, locis et convenientibus et deputatis! unicuique scientiae. Militabam enim Parisius in scientia triviali, Toleti contemplator quadrivii, et Salerni rimabar rationes physicalium, Bononiae tandem instructus legis et decretorum. Ad hos fontes meus venit animus sitim suam extin- guere, quia, licet dulcescant aliunde bibitae, dulcius tamen ex ipso fonte bibuntur aquae. » — 69. Ecce conclusionem, scilicet hanc « Hac causa doceo » : « Hoc igitur quod habeo, distribuo et aquas quas undique collegi propino pincerna diligens animo sitienti. » 70. Ecce habemus exemplo praedicto qualiter ex brevitate pro- lixitas generetur. Ibidem etiam videre possumus quod clausula rudis quibusdam ornatibus informetur et quod sententia facilis ver- borum difficultatibus aggravatur. Artem autem vel informandi rudia vel aggravandi facilia sequentia declarabunt. Si quis igitur habuerit prae manibus materiam brevem, non desperet eam extendere. Pote- rit enim ex modis praedictis et postdicendis quantum placuerit eam dilatare. Si verbum fuerit rude, non desperet in formam redigere ; si vero fuerit facile, non in difficultatem immutare. Tam hoc enim . quam illud ex subsequentibus videbimus manifeste. 3. DES FAÇONS DE BIEN S'EXPRIMER : @ ORNATA FACILITAS D ET «& ORNATA DIFFICULTAS ». 4. Unus modus est utendi ornata facilitate, alius modus est utendi ornata difficultate. 2. ?Sed hoc adjiciendum quod nec facilitas ornata nec difficultas ornata est alicujus ponderis, si ornatus ille sit tantum exterior. Superficies enim verborum ornata, nisi sana et commendabili nobilitetur sententia, similis est picturae vili quae placet longius stanti, sed displicet propius intuenti. Sic et ornatus 1. Corr. probable reputatis. — 2. Rubrique : Quod nullius est inoimnenti superfi- cialis verborum exornatio sine pondere sententiarum. Go gle DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, H, à. 285 verborum sine ornatu sententiarum audienti placet, diligenti intuenti displicet. Superficies autem verborum ornata cum ornatu sententiae similis est egregiae picturae, quae quidem, quando propius inspi- citur, tanto commendabilior invenitur. Unde dicit Horatius : [Poét. 362] Ut pictura, poesis : erit quae, si propius stes, Te capiet magis; et quaedam, si longius abstes.… [366] Hac placuit semel; hoc decies repetita placebit. Cogitandum igitur prius est de sententia quam cogitemus de verbo- rum junctura. Mortua sunt enim verba si non incolumi nitantur sententia, quae quodam modo anima est verbi. Cum constiterit de sententia, procedendum est ad verba, diligentiam adhibendo, ut series verborum sit ornata. 38. Sed, cum duplex sit ornatus, prius dicamus de ornata diffi- cultate. A. De l’ « ornata difficultas » el de ses sept procedes. 4. !Septem sunt quae difficultatem operantur ornatam. Primum est ponere significans pro significato ; secundum, ponere materiam pro materiato; tertium, ponere causam pro causato; quartum, pro- prietatem pro subjecto; quintum, ponere continens pro contento; sextum, ponere partem pro toto, vel totum pro parte; septimum, ponere consequens pro antecedenti. to Le signe au 5. Significans ponitur pro significato quando per unum significa- lien de la chose. mus aliud. Quod dupliciter contingit, scilicet : uno modo, quando per unam rem designamus similem, alio modo, quando per unam proprietatem designamus similem. 6. Per unam rem designamus similem dupliciter : uno modo, in substantivo et proprio, per unam rem designamus similem, ut, in hoc nomine « Tullius », per « Tul- lium » designamus similem, id est eloquentem; in hoc nomine « Paris », per « Paridem » designamus similem, id est pulchrum : et iste color appellatur pronominatio; [alio modo], in substantivo et appellativo, per unam rem designamus similem, ut, in hoc nomine « fragor », per « fragorem » designamus similem, id est per sonum qui provenit ex fractura ramorum damus intelligi sonum qui prove- nit ex clamore vel ex tumultu hominum, sicut dicitur « Popult fra- gor impulit urbem », id est clamor vel tumultus : et iste color 1. Rubrique : De ornata difficultate, quam operantur septem, que subscripta sunt. Google 286 GEOFFROI DE VINSAUF. appellatur nominatio. "7. Per unam proprietatem designamus simi- lem dupliciter : uno modo in nomine adjectivo, alio modo in verbo, et utrobique incidit idem color, scilicet translatio. In nomine adjectivo, per unam proprietatem designamus similem, ut, in hoc adjectivo « perpexa », per « pexionem » designamus ornatum, sicut cum dicitur « Verba habes perpexa », id est « ornata »; in verbo, per unam proprietatem designamus similem, ut, in hoc verbo « rident », per « risum » damus intelligi floriditatem, sicut cum dicitur « Prata rident », id est « florent », et tam hinc quam inde est translatio. 8. ‘Si quis voluerit esse copiosus in inventione translationum, scribat infinita verba et discat unumquodque illorum transferre. Similiter et adjectiva, cum in talibus eadem est ratio verbi et adjec- uvi. Sunt enim quidam qui non habent nisi duo verba, vel tria, vel paucissima, quae sola sciunt transferre et quae ubicumque ponunt in translationibus suis et ideo taediosi sunt et cito satiantur audi- tores. Idemptitas enim mater est satietatis. Qui vült igitur transla- tionibus suis auditores reficere et quadam praerogativa gaudere, non magis habeat domesticam hanc translationem quam tllam, sed omnia verba sciat transferre quae transferri possunt. ÎIdeo dico « quae transferri possunt », quia non omnia verba possunt transferri. Illa enim verba, quae omnibus conveniunt, transferri non possunt, quia de quibuscumque dicuntur proprie, ut sunt haec verba « est », « differt », « convenit ». 9. ‘Aruficium transferendi tale est. Considerandum est verbum, quod debet transferni, de quibus dicatur proprie; et, si ad aliam rem debeat transfern, cavendum est ut in ea proprietate sit similitudo. 10. Sic autem debet invenin similitudo : perscrutandum est in illo verbo quiddam commune, quod pluribus conveniat quam illud ver- bum ; et quibuscumque alus illud commune conveniat proprie, con- veniet 1llud verbum translative. 11. Verbi gratia, hoc verbum « nasci » convenit solis animalibus proprie ; etin hoc verbo « nasci » intelligitur quiddam commune, scilicet « incipere », quod pluribus convenit quam « nasei », scilicet omnibus rebus quae incipiunt esse : ergo hoc verbum « nasci » conveniet omnibus illis translative, sicut cum dicitur « Nascuntur flores in agris, in vite racemi », id est «incipiunt esse ». Similiter « nascitur istud opus », id est « incipit 1. Rubrique : Qualiter quis copiosus esse possit in translationum inventione. — 2. Rubrique : Artificium faciende translationis. | Google DOCUMENTUM DFE ARTE VERSIFICANDI, I, d. 287 esse ». Similiter « Nata est malitia in diebus nostris », id est « inoi- pit esse ». Hoc autem artificium est planissima via ad inveniendum translationes. Facit autem translationem facilem ac evidentem. Reprobatur enim translatio quae dura est et obscura. 12. Est etiam alia cautela per quam, cum praedicto artificio, poterit castigari translatio, ne sit dura vel obscura. Quando dicturi sumus aliquid de alia re quam de homine, transferamus nos statim ad hominem et videamus quod verbum dicatur proprie de homine secundum similem statum, et 1llud dicetur translative de proposita re. 18. Verbi gratia, dicturi sumus de floribus quae incipiunt esse ; transferamus nos statim ad hominem, et videamus quod verbum dicatur proprie de homine secundum similem statum, id est statum secundum quem incipit esse. Dicitur autem hoc verbum « nasci ». Ergo illud verbunm dicitur translative de floribus sic : « Nascuntur flores ». Similiter, quando desinunt esse, « moriuntur ». Similiter, dicturi de terra quod germinat, de arboribus quod pullulant, dica- myus « Pubescit » vel « juvenescit humus », « Pubescunt » vel « juve- nescunt arbores ». Haec enim verba secundum statum similem pro- prie dicuntur de homine, id est secundum statum crescentiae. Similiter, dicturi de avibus quae jocunde cantant, dicamus « Voce sua citharizat avis ». Hoc enim verbum proprie dicitur de homine secundum similem statum, id est secundum statum jocunditatis. Similiter, dicturi de loco quod pulcher est, dicamus : « Locus per- pexus est. » Haec enim verba proprie dicuntur de homine secundum similem statum, id est statum pulchritudinis. Similiter, dicturi de tempore quod serenum est et sine nebulo, dicamus : « Nebulas dif- fibulat aer. » Hoc enim verbum « diffibulat » proprie de homine secundum similem statum : quia, quando removet a se pallium, dicamus quod diffibulat pallium. Similiter et de aere dicimus quod diffibulat nebulas. Copiam posuimus exemplorum propter eviden- tiam. 14. Ideo autem verba proprie dicta de homine, quando transferuntur, faciunt evidentias translationum, quia verba, quando dicuntur de homine maxime nota sunt homini et citius prestant intelligentiam suae translationi, id est ut ipsamet intelligantur, quando in translatione ponuntur. 15. Similiter, aliquid dicturi de homine, transferamus ños ad alias res, et considerandum quod verbum dicatur de illis proprie secundum similem statum, et 1llud dicatur de homine translative. 16. Verbi gratia, dicturi sumus de homine quod habet albam Google 288 GEOFFROI DE VINSAUF. faciem. Dicamus ergo quod habet « lacteam » vel « niveam » faciem, transsumptione facta a nive vel a lacte. Similiter, dicturi quod habet nigram faciem, dicamus quod habet « piceam » faciem, transsump- tione facta a pice. Similiter, dicturi quod habet rubeam faciem, dicamus quod habet « roseam » faciem, transsumptione facta à rosa. Similiter, dicturi quod habet verba sententiosa, dicamus quod habet verba « ponderosa », transsumptione facla a pondere : est enim sententia quasi pondus verborum, quia verba sine sententia inania sunt. Similiter, verba « sapida », verba « condita », verba « melli- flua » dicamus, ubi dicere debemus verba placentia, transsumptione facta a cibis et potibus qui « sapidi » sunt et « conditi » et ita pla- centes, et a « melle » quod dulce est et ideo placens. Haec exempla sufficiant. 17. Et notandum quod citius peccaret quis et incideret duram translationem in talhibus, ubi transfertur verbum vel adjectivum ab alia re ad hominem quam transfertur ab homine ad aliam rem, nisi sumatur translatio ab talibus quae sunt expressissime et apparen- tissime similia, ut ipsa expressio et manifesta apparentia similitudi- nis faciat evidentiam translationis. 18. Verbi gratia, lac et nix expressissime et apparentissime sunt.alba, et ideo, si quis dicturus est de facie hominis quod sit alba, dicat ad commendationem ejus quod sit lactea vel nivea, similiter ad vituperium ejus quod sit picea, si est nigra. Similiter expressissime et apparentissime est mel dulce; et ideo si quis dicturus est de homine quod habet verba dulcia, dicat quod habet verba mellita vel melliflua. 19. Item notandum quod verbum duplici ratione transfertur : vel ratione nominativi praecedentis, vel ratione obliqui sequentis. 20. Ratione nominativi, ut hic « Homo floret », vel « marcet ». Ecce ratione hujus nominativi &« homo » transfertur hoc verbum « floret » vel « marcet »; quia « florere » vel « marcere » non proprie dicitur de homine, sed de floribus, vel foliis, vel hujus modi. 21. Ratione obliqui transfertur verbum, ut hic « Homo polit, vel pectit, vel comit verba »; quia proprium est homini polire, vel pec- tere, vel comere, sed ratione hujus obliqui « verba » : non enim est proprium verborum poliri, vel pecti, vel comi; dicuntur tamen poliri, vel pecti, vel comi, quadam similitudine : sicut homo, quando vult pulchrum reddere marmor, polit marmor, similiter dicitur polire verba, quando vult ea reddere pulchra; sicut etiam, quando vult pulchriores reddere capillos, comit vel pectit eos, similiter Google 20 La matiere au lieu de l'objet; 3° La cause au heu de l'etfet : DOCUMENTUM DË ARTE VERSIFICANDI, I, 3. 289 dicitur comere vel pectere verba, quando reddit pulchra. 22. Unde sciendum est, quod verba, quae dicuntur de homine proprie, eadem dicta de homine ponuntur translative et hoc ratione obliqui sequen- tis. Possumus verbum quod dicitur de homine proprie in uno genere rei, ut polire in marmore, pectere vel comere in capillis, dicere de homine in alio genere rei, et ita ponere illud trauslative, non ratione hominis, sed ratione illius generis rei, ut polire, pectere, comere in verbo. Et haec de translatione ad praesens sufficiant. 23. Secundus modus constituendae difficultatis est ponere mate- riam pro materiato. Materiatum appellamus rem factam et forma- tam; materiam appellamus rem ex qua facta est et formata. Verbi gratia, annulus res est facta et formata et ideo res est materiata ; aurum autem est materia annuli, ut ex qua factus est et formatus annulus. Constituitur ergo difficultas, quando « aurum » ponitur pro « annulo », ut hic « Circinat aurum subtiles digitos », 1d est « annulus ex auro ». Similiter in Juvenali : [Sat. 1, 28] Ventilat aestivum digitis sudantibus aurum, id est &« annulum ex auro ». Similiter « Rex induit aurum », 1d est « vestes ex auro ». Similiter & Panis erat triticum », id est « ex tri- lico »; « Potus fuit uva », id est &« ex uva ». Similiter « Potavimus messem », id est « cervisiam ex messe ». — 24. OQuidam hac dif- ficultate usus jocosum protulit verbum. Quaerenti enim cuidam quare noluit intrare in domum quae erat lita editu boum, respon- dit : &« Non sum crabo, ut intrarem in editum boum. » Ecce posuit « boum editum » pro « domo quae facta est ex editu boum ». Infinita invenietis exempla hujus difficultatis in auctoribus, 25. Et notandum quod genus hoc difficultatis est exornatio rhetorica quae appellatur denominatio. Est enim denominatio color qui hoc modo fit et etiam multis als modis, sicut ostendemus quando de coloribus dicemus. 26. Tertius modus constituendae difficultatis est ponere causam pro causato. Causatum appellamus effectum causae, scilicet illud quod fit per aliquam causam. Causa vero est illa res per quam illud fit. Verbi gratia, homines sunt tristes, et hoc fit per aliquam cau- sam : tristantur homines non sine causa; causa vero propter quam tristantur est tempus vel bellum. Constituitur ergo diflicultas in talibus quando « tempus » vel « bellum » ponitur pro « homini- bus », ut cum dicitur « Tempus istud vel bellum est triste », id est « homines sunt tristes propter tempus vel bellum ». Vel, ut melius FARAL. 19 Google 4° La propriété au lieu de l'objet; % 5° La partie au lieu du tout et ré- ciproquement ; 290 GÉOFFROI DE VINSAUF. dicamus, causa ponitur pro causato, quando causae assignatur tale adjectivum in quo notatur effectus causae. Verbi gratia, &« Dies est laetus », 1d est « causa quae facit laetum » ; « Tempus est flebile », id est « causa quae facit flentem, ve/ flebilem »; « Iste cibus est aeger », id est « causa quae facit aegrum ». 27. Et hoc genus dif- ficultatis est eadem exornatio quae prius, scilicet denominatio, quia, ut diximus, ille color multis formis fit. Haec difficultas celebris est apud auctores. 28. Quartus modus constituendae difficultatis est ponere propric- tatem pro subjecto, ut quando ponimus « prudentiam » pro « pru- dente », « munificentiam » pro « munifico », « benignitatem » pro « benigno », « flagitium » pro « flagitioso ». Ponamus exempla : « Scipionis prudentia Cartaginem delevit », id est « Scipio pru- dens® ». « Munificentia tua subsidaria fuit meae necessitati », id est « tu munificus subsidium praestitisti meae necessitati ». « Remi- sit mihi rancorem omnem et indignationem animi vestra benigni- las », id est « vos qui estis benigni remisistis mihi rancorem omnem et indignationem animi ». « Flagitium tuum meruit suspendium », id est « tu flagitiosus meruisti suspendium ». 29. Hoc genus dif- ficultatis frequens est in auctoribus tam prosaice quam metrice scrip- tis, et in exemplis quotidianis ubi dicimus : « Supplicamus munifi- centiae, vel clementiae, vel liberalitati, vel benignitati vestrae », id est « vobis qui estis munifici, clementes, liberales, benigni ». 30. Et est haec diflicultas exornatio rhetorica quac appellatur cér- cuitio, figura vero emphasts. 31. Quintus modus constituendae difficultatis est ponere partem pro toto, vel totum pro parte. 82. Partem ponimus pro toto quanda ponimus « hiemem » pro « anno », ut, si dicturi sumus « Hic feci moram per quatuor annos », dicamus « per quatuor hiemes », id est « per quatuor annos ». Unde Ovidius De Ponto : [Pont. 1. 1, 27] Hic me pugnantem cum frigore cumque sagittis Cumque meo fato quarta fatigat hiems, id est & quartus annus ». Ponimus etiam pro toto partem quando ponimus « gurgitem » pro « mari », ut, si dicturt sumus « trans- curso mari », dicamus « transcurso gurgite »; et tunc incidit quae- dam figura quae appellatur fapinosts, id est humiliatio magnae rei. — 83. Totum ponimus pro parte, quando « annum » ponimus pro a. Cf. ci-dessus, p. 278. Google 6e Le contenant au lieu du contenu et reciproquement: DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, l, 3. 291 « hieme », ut, si dicturi sumus « Hiems ista est frigida », dicamus « annus iste est frigidus »; et tune incidit figura quae appellatur synodoche. 84. Est enim sinodoche figura quando quod est partis toti attribuitur. Est autem haec figura sinodoche quandoque cum proprietate constructionis, quandoque cum improprietate. Cum proprietate, ut in praedicto exemplo « Annus iste est frigidus », id est « hiems ista est frigida »; cum improprietate, ut hic : « Ego sum albus dentes », id est « dentes mei sunt albi ». 85. Et notandum quod sive partem ponamus pro toto, sive pro parte totum, utrobique incidit idem color, scilicet intellectio. 36. Sextus modus construendae diflicultatis est ponere conti- nens pro contento, vel contentum pro continente. 877. Continens pro contento, quando locus ponitur pro eo quod est in loco, et tempus pro eo quod est in tempore : locus enim et tempus omnia continent. 88. Locus ponitur pro eo quod est in loco, quando ali- quid assignatur loco quod assignandum est ei quod est in loco. Verbi gratia, « Jocunda volucrum voce jocatur ager », id est « volucres quae sunt in agro jocantur ». Similiter « Murmurat iste locus », id est « isti qui sunt in isto loco murmurant ». Simili ratione possumus appellare domum « htigiosam » propter familiam domus litigiosam. Similiter dici potest « subtilis Anglia », « hebes Teutonia », « textrix Flandria », « muliebris Gallia », « jactatrix Normannia », propter Anglicos subtiles, Theutonicos hebetes, Flan- drenses textores, Gallos muliebres, Normannicos jactatores. 89. Tempus ponitur pro eo quod est in tempore, ut cum dicitur « Nox quieta », « dies laboriosa », propter eos qui quiescunt in nocte et laborant in die. Ad hace etiam possunt induciam® praemisimus exempla : « Iste dies est laetus, tempus istud est triste. » In his enim exemplis duo possunt notari. Potest enim notari ut causa ponatur pro causato, sicut praediximus. Et tunc sic debent exponi « Dies iste est laetus », scilicet quando serenus! est, id est causa quae facit laetum. « Tempus istud est triste », id est causa quac facit tristem, quando scilicet turpe vel carum est. -Alio modo intel- ligi potest ut continens ponatur pro contento et secundum hoc debet exponi sic : « Dies 1iste est laetus », id est « illi qui sunt in hac die sunt laeti », quod contingit inter commessantes et combibentes, etiam si dies sit turpissimus. « Tempus iste est triste », id est « illi qui sunt in hoc tempore sunt tristes » : quod contingit quando quis a. Corr. probable : induci ea quae. Google 292 GEOFFROI DE VINSAUF. tristatur super aegritudinem! vel mortem soci vel amici, etiam si tempus sit serenissimum vel pulcherrimum. Apud auctores multa invenietis similia exempla ubi continens ponitur pro contento. — 40. Intelligitur etiam continens positum pro contento, quando totum ponitur pro parte, ut eum dicitur « Annus iste est frigidus », propter unam partem anni quae est frigida, scilicet hiemem instan- tem. 41. Et haec est figura sinodoche, quando quod est partis toti attribuitur et color appellatur intellectio, quando scilicet per totum partem intelligimus. 42. Contentum ponitur pro continente, quando pars ponitur pro toto, ut cum dicitur : « Hic moram feci per quatuor hiemes », id est « per quatuor annos ». Unde Ovidius De Ponto : [Pont. X, 1, 27] Hic me pugnantem cum frigore cumque sagittis Cumque meo fato quarta fatigat hiems. « Quartus annus ». 48. Similiter ponimus partem pro toto quando « gurgitem », quiest pars maris, ponimus pro « mari », et est figura quae appellatur {hapinosis, id est humiliatio magnae rei. Color vero appellatur értellectio. Idem enim color est quando per partem intel- ligimus totum et e converso. 44. Ponitur etiam contentum pro continente quando minus commune ponitur pro magis communi, quia magis commune quodam modo continet sub se minus commu- ia. Verbi gratia, divitiae sunt quoddam cominune et continent sub se minus communia, scilicet aurum et argentum. Quando volumus ergo dicere de aliquo quod abundat diviuis, etiam si nil habeat auri vel argenti, possumus dicere quod « abundat auro », quia abundat cis quae valent aurum. 46. Et quando sic minus commune ponitur pro magis communi, color est qui appellatur denominatio. — 46. Post praedieta hic volumus notare quod inter fisuras appellatur quae- dam figura methonomia, quando continens ponitur pro contento. wis commune dicatur ibi con- D tinens et minus commune contentum. Quae non est figura methono- Sed 1b1 non est intelligenda, quod ma miae, quando minus commune ponitur pro magis communi, immo dicitur 1b1 continens omne capax, ut sunt vasa : verbi gratia, cyphus, scutella, et ea quae capacia sunt. Est autem figura methonomiae, quando hoc modo ponitur continens pro contento, ut cum dicimus « Ebibe eyphum », id est « vinum quod est in cypho », et est color denominatio. | re Leconséquent Æ'7. Septimus modus constituendae dillicultatis est ponere con- au heu de l'ante- cedeut. | | 1, As. egritudi. Google je La determi- natt0 : a) du nom propre ; DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, 1, cd. 293 sequens pro antecedente, quod quidem fit quando « pallere » poni- tur pro « timere », « erubescere » pro « verecundari ». Timor enim est antecedens ad pallorem, est verecundia ad ruborem, quia quis, quando timet, ex timore pallet, et quando quis verecundatur ex verecundia erubescit. B. De l « ornata facilitas » et de ses procédés. 48. !Sequitur de ornata facilitate. Ad facilitatem igitur ornatam maxime valet determinatio. Deter- minantur autem duo, scilicet nomen et verbum. 49. Praeloquamur de determinatione? nominis. Nomen igitur aut est proprium aut appellativum. *“Nomen proprium tripliciter determinatur : aut per obliquum, aut per adjectivum, aut per verbum. 50. Quando per obliquum determinatur, aut determinatur per genitivum, aut per ablativum. — Per genitivum, ut hic : « Marcia Catonis », id est « uxor Catonis ». Et tunc ponitur proprium in vi appellativi. Unde Lucanus : [ Phars. W, 343] Liceat tumulo scripsisse « Catonis Marcia » ‘ Similiter et Ovidius : Ars, 1, 8] Tiphis et Authomedon dicar Amoris ego, id est « magister ». 61. Et notandum quod in ali positione sufficit unica determinatio ad ornatum. Sapit enim haec sola determinatio « Marcia Catonis » vel haec sola « Tiphis Amoris », quamvis non sit ibi inculcatio similium, quod alias in determinationibus raro con- ingit : fere enim ubique alias inculcatio determinationum facit ornatum, non unica determinatio, nisi forte dictio determinans ponatur translative, ut hic « Ridet ager ». Tune enim sufficit unica determinatio ad ornatum. — Per ablativum determinatur proprium ut hic : Tullius ore, Paris facie, Cato moribus, Ilector Viribus, aetate Parthonopaeus erat. 1. Rubrique : De ornata facilitate, ad quam maxime valet determinatio. — 7. fs. de terminatione. — 3. Rubrique : Quot modis et qualiter nomen proprium deter- minatur. Google b) du nom commun ; 294 GEOFFROI DE VINSAUF. 52. Quando proprium determinatur per adjectivum, sic deter- minatur : | [Hor. Poét. 123] flebilis Yno, Perfidus Ixion, lo vaga, tristis Orestes. Hoc exemplum Oratii. Simile invenietis in Ovidio magno, scilicet illo loco ubi enumerat aquas quae convenerant ad consolandum Peneum dolentem de amissione filiae suae Dafpnes, quae conversa erat in laurum; et in illo loco ubi enumerat canes Acteonis, quae lacerabant dominum suum. [bi propria nomina aquarum et propria nomina canum determinantur per sua adjectiva. Et ne tantum alio- rum exemplum sumamus, ecce domesticum : Te praesente tremit muliebris Gallia, textrix Flandria, pannosa Scotia, teste fuga. 53. Quando per verbum determinatur, dupliciter determinatur ; uno modo sic, quod nthil interponitur inter nominativum et ver- bum, ut hic : … Juncta, nupta fuit recipitque monetam. Misit Guido, tulit Hugo, recepit Adam; alio modo sic, scilicet quod aliquid interponitur inter nominativum et verbum, sicut hoc adverbium similitudinis « ut », vel aliud tale. Tales enim determinationes habemus in Sydonio in epistula 1lla in qua commendat parvam Claudiam his verbis [Æp., IV, 3, Ad Clau- dianum] : « Explicat ut Plate, implicat ut Aristoteles, .… simulat ut Crassus, dissimulat ut Caesar, etc. » — 54. Ecce quod praedixi- mus etiam in praedictis exemplis : inculeatio determinationum facit ornatum, non unica determinatio. Non enim ad ornatum faciendum sufficit tantum dicere « Misit Guido », sed haec inculeatio : « Misit Guido, tulit Hugo, recepit Adam. » Similiter, non suffcit tantum dicere & Explicat ut Plato », sed haec inculcatio facit ornatum « Explicat ut Plato, implicat ut Aristoteles, simulat ut Crassus, dissimulat ut Caesar ». Tales autem clausulas debemus inculcare, quando volumus aliquam personam extollere, vel infamare. Talis inculcatio miro modo movetl auditorem. — [ta dictum sit de pro- prio. 55. 'Nomen appellativum aut substantivum est aut adjectivum. 1. Rubrique : Quot modis et qualiter nomen substantivum determinatur. Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, 11, 9. 295 Substantivum tripliciter determinatur : aut per verbum, — aut per adjectivum, — aut per casum quem regit. 66. Quando determinatur per verbum, vel plura appellativa determinantur per plura verba, vel unum per plura, vel plura per unum : non adjicio quartum membrum, scilicet ubi unum determi- natur per unum, quia, ut diximus, unica determinatio non facit ornalum, sed inculcatio determinationum. — 65'7. Plura appellativa determinantur per plura verba, ut hic : « Non 1lli cutis contrahitur, non anhelat pulmo, non cor concutitur, non riget lumbus, non spina curvalur, sed sanitate praeditus juvenili solam sibi vendicat de senectule reverentiam. » Ecce aliud exemplum : Fastus dispersit, oblivio perdidit, ira Jecit, pes trivit, sors mala rupit opus. — 58. Unum determinatur per plura, ut hic : « Anima mundi est quidam vigor naturalis quo corpora vegetantur et crescunt, alia moventur et sentiunt, rationalia judicant et discernunt, spiriti sciunt et intelligunt. » Ecce aliud exemplum : Unde superbit homo? Sitit, esurit, aestuat, alget, Flet, ridet, metuit, sperat, abundat, eget". — 59. Plura determinantur per unum, ut hic : « O terque qua- Lerque beatus de cujus culmine datur amicis laetitia, lividis poena, posteris gloria, desidibus et pigris incitamentum, vegetis et alacri- bus exemplum. » Ecce aliud exemplum : « Stabat 1b1 judex arma- tus sceptro justitiae, accusator pugione malitiae, defensor clypeo pietatis, testis tuba veritatis. » Ecce aliud exemplum Stacni : [Th., VWI, 398] Umbone repellitur umbo, Et clypco clypeus, pede pes, et cuspide cuspis. Ecce exemplum Ovidi : [4er., W, 147] Phillida Demophon leto dedit hospes amantem; Ille necis causam praebuit, illa manum. Ecce exemplum domesticum : Vexatur gladius sanguine, strage solum, _— 8 Et notandum quod, quando unum verbum respondet pluri- a. C'est le début de l” « épitaphe d'Adam ». Google 296 GEOFFROL DE VINSAUF. bus nominativis divisim, si verbum interponitur, est color qui appellatur conjunctum, et figura appellatur zeuma a medio, ut in praedictis duobus versibus Ovidn; si vero praeponitur vel postpo- nitur, est color qui appellatur adjunctum et figura appellatur zeuma a superiori quando praeponitur zeuma, ab inferiori quando post- ponitur. Zeuma a superior est in hoc versu : Vexatur gladius sanguine, strage solum, et in praedicto exemplo Stacn. Zeuma ab inferiori est in hoc versu : Caede quidem gladius, strage laborat humus. [ta dictum sit qualiter sustantivum determinetur per verbum. 61. Quando sustantivum determinatur per adjectivum, similiter triplex est variatio : aut enim plura sustantiva determinantur per plura adjectiva, aut unum per plura, aut plura per unum. — 62. Plura determinantur per plura ut in secunda epistula Sidonii, in qua describit mensam Theodoriei regis his verbis : « Videas ibi elegan- am graecam, abundantiam gallicanam, celeritatem italicam, publi- cam pompam, privatam diligentiam, regiam disciplinam. » Simili- er in Vegetuio Renato circa principium libri ubi describit qualis debet esse miles his verbis : «.Sit autem adolescens martio operi deputatus, vigilantibus oculis, erecta cervice, lato pectore, humeris musculosis, valentibus digitis, longioribus brachiis, ventro modicus, exilior cruribus, suris, pedibus non multa carne distentis, sed ner- vorum duritia collectis. » Exemplum domesticum : « Tibia feminea, etc. » — 638. Unum determinatur per plura ut hic : « Mensa nos- tra pauper erat et immunda, mensale sordidum et antiquum, fer- cula grossa et insipida, servientes inculu et illepidi, omnia incompta el indecentia. » Aliter etiam determinatur unum per plura quando non interponitur adjectivis hace conjunctio « et », sed haec con- junctio « sed », ut hic : Parva domus, sed prava fuit; res apta, sed arta; Facta, sed infesta pluribus illa modis. 64. Et notandum quod per hanc conjunctionem « sed » inciditille color qui appellatur correctio : est autem correctio color rhetgricus, quando aliquid dicimus et postea illud corrigimus, ut in praedicto exemple; et multum juvat color ille quando miscetur 1lli colori qui Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, 11, 0). 297 appellatur annominatio, ut in eodem exemplo : est autem annomi- natio quando diversae dictiones sibi assimilantur in litteris vel in syllabis ; et quanto major est similitudo, tanto jocundior est color, ut in praedicto exemplo « parva / prava », « apta / arta », et hic : « Laeta, sed lenta procedit oratio. » Et hic suflicit unica determi- natio ad ornatum. — 65. Tertio modo determinatur unum per plura quando nulla conjunctio interponitur adjectivis, sed puncta- tim proferuntur adjectiva, ut hic : « Mulier animum habet vagum, errantem, varium, inconstantem, subdolum, malignantem. » 66. Et tunc incidit color qui appellatur articulus : est enim articulus color quando plura verba similia proferuntur sine intervallo. Verba similia voco plures similes casus, vel plura similia tempora : plures similes casus, ut sunt plures nomitativi, plures genitivi, et sic de singulis. In praedicto autem exemplo proferuntur plures accusativi sine intervallo, scilicet isti « vagum, errantem, varium, inconstan- tem, subdolum, malignantem ». — 6'7. Plura sustantiva determi- nantur per unum adjectivum, ut hic : « Aeque sit diligens discens et docens. » Ecce ista duo participia « discens » et « docens », quamyvis sint adjectiva, tenentur 1b1 sustantiva. 68. Sed hoc notan- dum, quod tunc egregie ponitur adjectivum, quando ita respondet duobus sustantivis, quod ad unum pertinet proprie, ad aliud impro— prie, ut hic : « Exiguum habes et corpus et animum. » Similiter et hic : « Pusillam habes manum et fidem. » « Pusillam » enim pro- prie pertinet ad manum, improprie pertinet ad fidem. — Tia dic- tum sit qualiter sustantivum determinetur per adjectivum. 69. Quando determinatur sustantivum per casum quem regit, aut determinatur per genitivum, aut per dativum, aut per ablativum. Quando determinatur per genitivum, fiat talis inculeatio determina- tionum : Ad titulum faciunt Minois gloria formae Virtus mentis, apex sanguinis, agger opum. : Quando per dativum, fiat talis inculcatio determinationum : Victricus ille mihi, tibi filius, et pater 1lli. Quando per ablativum, fiat talis inculcatio determinationun : Femina, fraude quidem vulpes, ausu leo, facto Vipera, se velat simplicitate sua. 70. Est adhuc quartus modus per quem determinatur sustanti- Google «) de l'adjectif; 298 GEOFFROI DE VINSAUF. vum, quando scilicet non determinatur per verbum, nec per adjec- uvum, nec per obliquum, immo per orationem quae constat ex praepositione et obliquo. Verbi gratia, « Lepus est in bello, leo in hospitio, homo in otio, nemo in negouo ». Ita dictum sit de sustantivo. | | 71 ‘Adjectivum determinatur dupliciter, tum per obliquum quem regit, tum per orationem constantem ex praepositione et obliquo. — "42. Quando determinatur per obliquum quem regit, per omnes casus contingit ipsum determinari, exceplo vocativo, quia vocativum non regit. 78. Determinatur per genitivum, et tunc fiat talis inculcatio : « Cupidus est pecuniae, parcus tuae, prodigus alienae. » Determinatur per dativum et tunc fiat talis inculeauio : « Soli deditus es malignitati, malitiosus als, pejor tuis, pessimus bi. » Determinatur etiam unum adjectivum per diversos dativos respectu diversorum, ut in his versibus Cenomanensis episcopi® : Est igitur proba juncta probo, formosa decoro, Callida sensato, religiosa pio. Ecce hoc adjectivum « juncta » determinatur per diversos dativos respectu diversorum ; determinatur enim per hunc dativum « probo » Tespectu hujus adjeeuvi « proba », et per hunc dativum « decoro » hujus adjectivi respectu « formosa », et sic de ceteris. 74. Deter- minatur per accusativum, et tunc fiat talis inculcatio : « Varus efflorens virtutibus, velox intelligentiam, efficax rationem, tenax memoriam, disertus sermonem, speciosus vultum, urbanus gestum, robustus membra, coadjutus agilitate corporis el cunctis generibus gratiarum. » "75. Et notandum quod nunquam construitur adjecti- vum proprie cum accusalivo, sed per figuram synodoches, ubi fuit participium verbi regentis accusativum casum. Ornatiorem vero facit orationem figura ista quam ipsa proprietas. "76. Determinatur eliam aliter, non per accusativum, immo per orationem constantem ex praepositione et accusalivo, ut hic : « Animus tuus totus effluit in malitiam, in superiores timidus, in infcriores inhumanus, intole- {. Rubrique : Quot modis et qualiter determinatur adjectivum. a. 1 s'agit d'Hildebert, qu'on tenait pour un maitre de style. Cf. Picrre de Blois, lettre 101 (Migne, t. CCVH, col. 314) : « Scio mihi plurimum profuisse quod, cum in arte versilicatoria parvulus erudirer, praccipiente magistro mihi materiam non de fabulis, sed de historiarum veritate sumebain. Profuit mihi, quod epislolas Hil- deberti Cenomanensis episcopi styli elegantia et suavi urbanilale praccipuas firmare el cordetenus reddire adolescentulus compellebar. » Google dj du verbe; DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, 11, à. 299 rabilis in pares, malitiosus in omnes. » 77. Determinatur per ablati- vum, et tunc fiat talis inculcatio : « Beata Katerina, lilio candens pudicitiae, juvencula tempore, regia ratione, perastuta scientiis artium et corroborata armis virtutum, contra philosophos pro fide dimicans viris luctata est victoriam et pro exemplo morientibus mortem commutavit in vitam. » Similiter et haec : Femina dulce suum vitio respergit amaro, Plena malo, verbo dulcis, amara dolo. 78. Determinatur et aliter, non per ablativum, sed per orationem constantem ex praepositione et ablativo, et tunc fiat talis inculca- uo : « Nobilis es in expensis, strictissimus in proprüs, largissimus in alienis; res quidem notaria, clam nullis, palam universis. » — [ta dictum sit de adjectivo. | 79. ‘Verbum dupliciter determinatur : uno modo per adver- bium, alio modo per dictionem casualem. 80. Quando determinatur per adverbium, talis fiat inculcatio « Tesseras colligit rapide, inspicit sollicite?, volvit argute, mittit instanter, joculanter compellit, patienter expectat. » Hoc dicit Sydo- nius de Theodorico rege [Ep., I, 2]. Et addit : « In bonis actibus tacet, in malis ridet, in neutris irascitur. in utrisque philosopha- Lur. » | 81. Quando determinatur per dictionem casualem, aut determi- natur per nominativum, aul per genitivum, aut per dativum, aut per accusativum, aut per ablativum. — 82. Per nominativum determinatur quando nominativus ille ponitur adverbialiter, ut hic : « Incedo supinus » id est « supine ». Et tunc fiat talis inculcatio : « Ad lectionem assistimus intenti, speculamur solliciti, recurrimus assidui, laboramus studiosi. » Tic determinantur plura verba per plures nominativos. Quandoque verbum positum divisim pertinet ad diversos nominativos, et tunc fiat talis inculcatio : Isti sunt speculum quo se speculata superbit, Gemmae de quarum rutilat fulgore, columnac Per quas fulta viget, fulmen quod mittat in hostes, Laus qua paene deos attingit Gallia. — 83. Determinatur verbum per genitivum, et tune fiat talis incul- calio : € O ridiculosam magnitudinem, quam nec suae pudet igno- 1. AHubrique : Quot modis et qualiter determinatur verbuim. — 2. W/s. sollicitate. Google 300 GEOFFROI DE VINSAUF. rantiae, nec paenitet negligentiae, nec temporis Jacturae. » — 84. Determinatur per dativum, et tune fiat talis inculcatio : « Iste in corde (et corde) loquens concordat fraudi, discordat sibi, detrahit absenti. » — 85. Determinatur per accusativum et tunc fiat talis inculcatio : « Deus poenitentem admittit, debita remittit, peccata dimittit, punienda praetermittit. » Haec sunt verba Cenomanensis episcopi in epistulis suis. Ecce domesticum exemplum : Perdita restituo, dispersa recolligo, fracta Consolido, lapsa surrigo, rupta suo. In isuis exemplis determinantur plura verba per plures accusativos. — 86. Contingit etiam determinari unum verbum per plures casus respectu diversorum, ut hic : Respuit in primis lacrimosas arida, blandas Aspera, clamosas surda puella preces. # Ecce hoc verbum « respuit » determinatur per diversos accusativos respectu diversorum. Determinatur enim per hunc accusativum « lacrimosas » respectu nominativi « arida », et sic de ceteris. — 8'7. Determinatur verbum et aliter quam per accusativum, scilicet per orationem constantem ex praepositione et accusativo, el Lunc fiat talis inculeatio : « Filius iste Nequitiae proeliatur in socios, murmurat in praelatos, desaevit in subditos, malignatur in univer- sos. » — 88. Determinatur per ablativum dupliciter : uno modo quando unum verbum determinatur per plures ablativos; alio modo quando plura per plures. Unum determinatur per plures, ut hic : « Acrimonia, voce, vultu adversarios perterruisti » et tunc. incidit color quem praediximus, scilicet articulus. Plura determinantur per plures, ut hic : Non animo solo, sed et ore malignus et actu Fervet mente, frermit ore nocetque manu. — 89. Determinatur et aliter quam per ablativum, scilicet per ora- lionem constantem ex ablativo et praepositione, ut hic : « Iste in convivio praedicat, in ecclesia jocatur, in cubiculo damnat, in quaes- tone dormitat. » 90. Ita constat ex praemissis qualiter determinatio facienda sit, genttivos lantum, tum per dativos, tum per accusativos, tum per ablativos scilicet inculeatio : tum per adverbia tantum, tum per Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, IL, +). 301 tantum, tum non per casus, sed per orationem constantem ex prae- positione et casu, scilicet accusativo et ablauvo. e) « Determin 94. tCommixta etiam fit determinatio vel in eadem clausula, ' » complexe; cd vel in diversis clausulis. | 92. In eadem, quando verbum clausulae dupliciter determina- tur vel per diversos casus, vel per unum casum et orationem con- stantem ex praepositione et casu, scilicet accusativo et ablativo, et utrobique facienda est inculcatio talium clausularum, quia ex incul- catione talium clausularum procedit vis elegantiae. — 93. Verbum clausulae recepit duas determinationes, sed diversos casus, et tune fiat talis inculcatio : Lyriopes triplicem producit formula florem, Crine crocum, facie lilia, fronte rosain. Ecce in hac clausula « formula Lyriopes producit crocum crine », hoc verbum « producit » determinatur dupliciter*, et per hunc accusativum « crocum » et per hunc ablativum « crine ». Similiter idem verbum dupliciter determinatur per accusativos et ablativos sequentes. — 94. Verbum clausulae dupliciter determinatur per unum casum et per orationem constantem ex praepositione el casu, et tunc fiat talis inculcatio : « Agis sine jactantia litteratum, sine scurrilitate facetum, sine superbia nobilem, sine malitia potentem, sine popularitate communem. » Ecce in hac clausula « agis sine jactantia litteratum » hoc verbum « agis » dupliciter determinatur per hunc accusativum « litteratum » et per hanc orationem « sine Jactantia », et sic de ceteris determinationibus sequentibus. 95. In diversis clausulis commiscentur diversae determinationes sic, scilicet quod in una clausula ponitur unus medus determi- nandi, in alia alius, in tertia tertius, et sic deinceps. Verbi gratia : Hinc ferus, hinc rigidus, utrimque severus, utrique Congruus, utrumque nactus, utroque potens. Eece in hac clausula « utrimque severus » determinatur adjectivum per adverbium, in sequenti per dativum, in tertia per accusativum, in quarta per ablativum. Haec autem diversitas casuum sumitur ab eadem dictione et sic incidit color qui appellatur traductio. — 96. Aliter etiam commiscentur diversae determinationes in diversis clausulis, scilicet quando sic inculcamus clausulas, quod in aliqua 1. Rubrique : De commixta determinatione. — 2. #s. tripliciter. Google 302 GEOFFROI DE VINSAUF. clausula est alius modus determinandi verbum quam in ceteris, quamwvis non in omni clausula Varietur modus determinandi ut hic : « Invitavit nos ad mensam apparatus ferculorum, exspectationem fames ipsa non sustinuit, sed cum cibis et potibus velox inivimus consilium et ventre satisfacto properavimus ad recessum. » Simili- ter et hic : « Cum omnes essemus in lumbis Adae, maculgam con- traximus ex macula materiae ; in ramos diffusum est vitium radicis : in membra declinavit dolor capiüs; in filios recessit iniquitas paren- tis ; jure hereditario descendit poena in posteros; et tenebris obvol- vit ergastulum inferni ramos cum radice, membra cum capite, filios cum parente. » Ecce in propositis exemplis, non in omni clausula variatur modus determinandi verbum, nec in omnibus idem est modus. — 9"7. Sic 1gitur habemus qualiter inculcandae sunt mul- tae clausulae, ita quod in omnibus observatur modus determinandi verbum, et qualiter, ita quod nec in omnibus modus variatur, nec in omnibus idem modus observatur. 98. Plures varietates determinationum accidere non possunt et ita suflicienter de 1ilhis dictum sit. Ideo autem diximus determina- tiones pertinere ad ornatam facilitatem, quia sola inculcatio clau- sularum, sicut praediximus, facit ornatum, sons alha nulla diffi- cultas inciderit in 1psis clausulis. ; 99. Item hoc notandum praecipue, quod, qui vult gaudere clau- sularum inculcatione, expedit e1 memoriter tenere artificium illud dilatandi materiam quod praemissum est, et semper prae manibus habeat descriptiones et circumlocutiones, cum tam in descriptioni- bus quam in circumlocutionibus poterit invenire multarum clausu- larum inculcationem. 100. Similiter et interpretationem, colorem rhetoricum ; quandoque enim per brevem colorem eamdem senten- tiam per diversas clausulas poterit interpretari. 101. Similiter et hac utatur cautela, ut observet duos generales modos dicendi fere quamlibet sententiam : uno modo scilicet assisnando propositum in proposito; alio modo removendo propositum a proposito; hoc est dicere, uno modo per aflirmationem, uno modo per negationem. Verbi gratia, dicturus sum hanc sententiam : « Ego loquor dicta »; sic fit affirmando : « Ego loquor dicta » ; item sic negando : « Ego non taceo ». Conjungam duas insimul praeponendo negativam, subjungendo affirmativam, sic scilicet : « Ego non taceo, sed loquor ». Non est curandum si verba exempli sint rudia. Possunt enim venustari per artem praeassignatam. Hoc exemplum habemus Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, 1, «3. 303 in praemisso exemplo Sydonii, ubi, dicturus est de quodam sene quod sanitatem habet juvenilem, et dicit quod non habet defectum senilem, sed sanitatem juvenilem, et hoc dicit his verbis : « Non ill cutis contrahitur, non anhelat pulmo, non cor concutitur, non riget lumbus, non spina curvatur, sed sanitate praeditus juvenili solam sibi vendicat de senectute reverenuiam ». | Et haec de determinatione sufliciant. 102. Item ad ornatam facilitatem valent colores rhetorici, sed non oinnes. Omnes quidem valent ad ornatum, sed ad ornatam dif- ficultatem valent translatio, nominatio, pronominatio, denomina- lio, ciércuitio, intellectio. Ceteri colores valent ad ornatam facilita- 2e Les couleurs de rhétorique. tem, de quibus seorsum loquendum est. Ita dictum sit de ornata facilitate et ornata difficultate. C, Préceptes communs pour l « ornata diffivultas » et L'« ornata facilitas D. 103. Sunt quaedam alia documenta quae valent ad ornatum, sive ornatus ille pertineat ad facilitatem, sive ad diflicultatem. Ex his documentis unum est particulare, alia sunt eneralia. ee 104. ‘Particulare documentum non extenditur ad omnia, sed de ] a siti ë . . ° en nom qu en Lahlum circa praepositiones. Istud tale est. Considerandum est quid HSE notat praepositio, et id quod notat designemus per nomen vel per verbum. Et cum facilis est doctrina cxemplorum, ponamus plures praepositiones in exemplum. Ecce hacc pracpositio « propter » notat causam : ponamus ergo hoc nomen « causa » pro praeposi- tione 1lla. Similiter haec praepositio « juxta » notat propinquita- em : ponamus ergo hoc nomen « propinquitas » pro 1lla pracposi- one. Similiter haec praepositio « contra » notat oppositionem ponamus ergo hoc verbum « opponitur » pro illa praepositione. Similiter haec praepositio « cirea » notat circuitionem : ponamus ergo verbum hoc « cireuit », vel « circinat » pro 1lla praepositione. 106. Verbi gratia, dicturi sumus : « Vado propter socium »; dica- mus sic : « Est socius mihi causa viae ». Dicturi sumus : « Sum juxta socium »; dicamus : « Sum propinquus socio », vel sie : « Sum socio Junctus proximitate loct ». Dicturi sumus : « Sum inter vos »; dica- 1. Hubrique : Particulare documentum valens ad ornatum, quo docetur qualiter praeposilio convertilur in verbuim vel nomen. a. Allusion probable au traité publié ci-dessous, p. 371. Google 2e Conversion : ‘1) du cas oblique en noiminalif ; 304 GEOFFROI DE VINSAUF. mus sic : « Sum medius vestrum ». Dictur sumus : « Sum contra socium » ; dicamus sic : « Opponor socio ». Dicturi sumus : « Iste cur- rit circa domum »; dicamus sic : « Cursu circuit vel cirecinat iste domum ». Et ita possumus ceteras pracpositiones omnes eleganter immutare vel in nomen vel in verbum juxta praedictum modum. 106. Hoc autem memoriter tenendum est quod rudibus et intro- ducendis prohibendum est usus praepositionis; non quia non bene stent praepositiones in locutione, sed ut eis subtrahatur occasio ponendi eas male; melius etiam accuuntur ingenia rudium per exercitia talium : delectantur enim in modica hac subtilitate et ipsa delectatio reddit eos agiliores et subtiliores ad majora. 10'7.!Ex praedictis generalibus unum tale est : convertere obli- quum in nominativum. Istud ita generale est, quod non invenit instantiam ; si enim locutione proposita verbum sequatur obliquus et ila junctura non fuerit elegans, converte abliquum in nominativum et sic reddes elegantem juncturam. Non dico ut obliquus converta- turin nominativum et activum in passivum, quia hoc nihil est, immo, sive sit verbum activum, sive neutrum, sive alterius modi verbum et sequatur obliquus, convertie obliquum in nominativum cum adjec- tione convenientis verbi et erit conveniens junctura. 108. Verbi gratia, « video rem illam » : ponitur obliquus post verbum; mute- tur obliquus in nominativum et adjungatur conveniens verbum, non dico ut activum convertatur in passivum, sed sic : « Se res 1lla mihi praetendit », vel « offert se aspectui meo », vel sic : « Res oculis imminet illa meis. » Similiter, in hac locutione : « sedeo in hoc loco », ponitur obliquus post verbum neutrum, mutetur obliquus in nominativum et adinveniatur conveniens verbum, sic : « Iste locus sedem pracstat mihi », vel sic : « Me locat et sede recreatiste locus ». Similiter in hac locutione : « loquor de illa re », ponitur obliquus post verbum deponens : mutetur obliquus in nominativum et adin- veniatur verbum conveniens, sic : « Expellit in verbum linguam meam res 1]la ». Similiter in hac locutione : « taedet animam meam vitae meae », ponitur obliquus post verbum defectivum : mutetur obliquus in nominativum cum adjectione convenientis verbi, sic : « Est oneri mihi vita ». 109. Idem accidit ubique. Hoc enim prac- ceptum ita generale est, quod nusquam invenit instantiam. In hoc praecepto potest unusquisque proficere, sive sit magnae scientiae, 1. Rubrique : Generale documentum quo docetur qualiter obliquus convertatur in nominalivuim. Google b) du verbe en nom; DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, I, 3. 305 sive mediocris, sive modicae; quia, si magnae scientiae est, cum converterit obliquum, adinveniet verbum convenientissimum, sive translative ponatur, sive alio modo; si modicae, adinveniet verbum puerile; si mediocris, adinveniet verbum mediocre, scilicet tale quod nec usquequaque est convenientissimum, nec usquequaque puerile. 110. ‘Secundum generale documentum est hoc : proposito verbo in quacumque perfecta locutione, sive aliud sequatur ver- bum, sive nihil, considera ad quam rem pertineat verbum et de illa re fiat sermo et ei quod suum est attribue. 111. Verbi gratia, in hac locutione : « ego lego », in qua nihil sequitur verbum, ponitur per verbum « lego » quod pertinet ad lectionem. Fiat ergo sermo de lectione et ei quod suum est attribue, sic : « Lectio me pascit commoditate sua ». Sed notandum quod lectio tum docentis est, tum discentis, ut in scholis, ubi unus docet et alius discit, tum reci- tantis, ut in ecclesia vel in mensa, tum inspicientis, ut in claustro. Si ergo dicendum est de docente quod legat, secundum hoc lec- tioni quod suum est attribue sic : « Lectio mea rem aliis clausam aperit et involutam evolvit ». Si de discente, sic : « Lectio mea luce sua me purgat tenebris ignorantiae », vel aliter, quia discendo pro- ficimus, sic : « Lectio me pascit commoditate sua ». Si de recitante, sic : « Lectio mea recitatorie verbis subservit aliorum ». Si de inspi- ciente, sic : « Lectionis speculum oculos meos moratur et animum ». Item, quocumque modo dicatur hoc verbum « lego » de me, sive quia doceo, sive quia disco, sive quia recito, sive quia inspicio, communiter potest dicti sic : « Lectio est opus meum, » 112. Et sicut ostendimus in hac locutione perfecta : « ego lego », in qua nihil sequitur verbum, idem artificium invenietis, etiam si aliquid sequatur verbum, ut hic : « Ego lego librum istum ve/ rem istam in illo loco vel in 1llo tempore, vel propter tllam causam, vel coram illis ». Et ita, ubi in locutione perfecta aliquis obliquus sequitur verbum, duobus possumus uti documentis, praecedente scilicet documento quod docet convertere obliquum in nominativum, et hoc documento quod docet convertere verbum in sustantivum perti- nens ad rem verbi. 1413. Sed cum minus sufliciens est unicum exemplum, ponamus ct aliud. In hac locutione perfecta « Evo sedeo », in qua nihil sequitur verbum, ponitur hoc verbum 1. Rubrique : Aliud generale docuimentum, quo docetur qualiter verbum conver- tatur in nomen verbale. FARAL. 20 Google «) de l'adjectif eh nom: 306 GEOFFROI DE VINSAUF. « sedeo », quod pertinet ad sedem. Fiat ergo sermo de « sedere » et ei quod suum est attribue, sic : « Est sedes membris officiosa meis », vel sic : « Est sedes ancilla mihi », vel sic : « Corporis est sedes hospita facta met ». 1 14. Similiter, in hac locutione perfecta : « ego video 1llam », ponitur verbum « video », quod pertinet ad visum. Fiat ergo sermo de visu et ei quod suum est attribue sic : « Visus se flecuit in illam », vel sic : « In 1llam se meus defigit intui- tus », vel sic : &« Faciem ipsius oculorum meorum comprehendit intuitus ». 4 15. Similiter, in hac locutione perfecta : « ego scribo », ponitur hoc verbum « scribo », quod pertinet ad scripturam : fiat ergo sermo de scriptura et ei quod suum est attribuo sic : « Sollici- tat scriptura manum ». 1416. Vel aliter, cum verbum ponitur in perfecta locutione, convertie 1llud in sustantivum quod pertinet ad rem verbi et pone illud idem sustantivum in quocumque casu et invenias sententiam accedentem! sententiae 1llius perfectae locutio- nis quae proposita est. Verbi gratia, in hac locutione perfecta : « ego scribo », quae proximo praemissa est, ponitur hoc verbum « scribo » : convertatur ervo illud verbum in sustantivum quod pertinet ad rem verbi, scilicet in hoc verbum « scriptura », et idem sustantivum ponatur in quocumque casu el inveniatur sententia quae accedat huic sententiae « ego seribo ». Potest pont in nominativo et dici sic « Sollicitat scriptura manum ». Potest pont in genitivo et dici sic : « Stylus vel calamus meus fungitur officio scripturae ». Vel in dauvo, sic: « Manus mea invigilat scripturae ». Vel in accusativo, sic : « Consilium manuum mearum res producit in scriptum ». Vel in ablativo, sic : « Manus mea non desistit a scripto ». 1 1'7. Et sicut accidit in locutione perfecta, in qua nihil sequitur verbum, similiter contingit si aliquid sequitur verbum. Et aliter, quia, ut diximus, possumus tune uti duobus documentis, scilicet hoc documento quod docet convertere verbum in sustantivum et 1llo praecedente documento quod docet convertere obliquum qui sequitur verbum in nominativum. 118. ‘Item notandum quod idem arüficium quod assignavimus in verbo similiter assisnatur in adjectivo. Sicut enim convertimus verbum in sustantivum quod significat rem illam ad quam pertinet verbum, ita debemus convertere adjectivum in sustantivum quod pertinet ad rem illius adjectuivi. 119. Verbi gratia, debemus con- 1. 4/5. accidentem. — 2. Rubrique : Hem generale documentum quo docetur qua- liter adjectivum convertatur in sustantivuim. Google 3e Observalions sur SIGDS. les conver- DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, 1, 3. 307 vertere hoc adjectivum « albus » in hoc sustantivum « albedo », hoc adjectivum « pulcher » in hoc sustantivum « pulchritudo », hoc adjectivum « facundus » in hoc sustantivum « facundia », et sic de similibus. Verbi gratia, dicturi sumus : « Facies est alba » ; dicamus : « Informat faciem candor ». Dicturi sumus : « [ste est pulcher »; dicamus : « Signavit faciem istius sigillum pulchritudinis ». Dicturi sumus : « Iste est facundus » ; dicamus : « Potavit torrente suo facun- dia linguam », vel sic : « Dos est facundia linguae ». 120. !‘Notandum quod in istis duobus documentis ultimo pro- positis, quorum proprium est convertere primum obliquum in nomi- nativum, secundum convertere verbum vel adjectivum in sustanti- vum, cum quadam cautela negotiandum est, scilicet cum ista. 121. In primo documento, quod docet convertere obliquum in nominativum, sic negotiare. Cum converteris obliquum in nomina- tivum, invenies iterum inilla conversione obliquum, et tu similiter illum convertas in nominativum, et sic deinceps, donec incideris in aliquam juncturam quae bene respondeat et animo et auri. 122. Verbi gratia, hac sententia vel hac clausula proposita : « Ego video rem illam », sic poteris convertere obliquum in nominativum, sic : « Res illa se praesentat vel offert aspectui meo », et cum sic con- vertis, iterum invenies 1n 1Îla conversione obliquum, scilicet « aspec- tui », et tu similiter convertas illum nominativum, sic : « Rem 1llam oculorum meorum comprehendit aspectus », vel sie : « In rem illam oculorum meorum declinat intuitus ». 128. Sic enim gradatim descendendum est, donec inventat animus in quo resideat et in quo complaceat. Hac etiam ratione gradatim faciendus est descensus ut diximus. Non est standum in prima conversione quia, sive ibi con- veniens fuerit junctura verborum, sive non, semper est proceden- dum : si non conveniens sit junctura, procul dubio non est ibi standum, sed procedendum ad competentem inveniendam ; si fuerit conveniens, nec adhuc est 1bi standum, sed procedendum ad aliam competentem, ut ex duabus competentibus competentiorem assu- mamus. 124. In secundo documento, quod docet convertere verbum vel adjectivum in sustantivum, similiter negotiare. Cum enim conver- teris verbum vel adjectivum, invenies iterum in 1lla conversione ver- bum et tu similiter 1llud convertas in sustantivum, et sic deinceps, donec incideris 1n aliquam elegantem clausulam. 126. Verbi gra- 1. Rubrique : Qua cautela in premissis documentis generalibus sit negotianduin. Google 308 GEOFFROÏI DE VINSAUF. tia, hac sententia proposita « studeo », sic poteris convertere ver- bum in sustantivum, sic : « Studium sollicitat animum ». Cum autem (post) converteris, invenies iterum in illa conversione aliud verbum, scilicet « sollicitat », et tu similiter 1llud convertas in sustantivum, sic : « Est studium mentis sollicitudo meae », vel sic : « In mentem studii sollicitudo venit », vel sic « Me scholarem studni sollicitudo trahit ». — 126. Ecce iterum aliud exemplum . Hac sententia pro- posita : « ego ludo », sic poteris convertere verbum in sustantivum, sic : « Ludus delectat animum ». Ecce iterum in hac conversione invenies aliud verbum, scilicet « delectat », et tu similiter conver- tas in sustantivum, sic : « Sua dulcedine solatur animum delectatio ludorum ». Et ecce tertio, in hac secunda conversione invenies aliud verbum, scilicet « solatur », et tu similiter convertas in sustanti- vum, sic : « Animi tui respiratio quaedam et solatium est jocunditas ludorum ». — 127. Ecce tertium exemplum de eodem docu- mento. Hac sententia proposita : « ego doleo », sic poteris conver- tere verbum in sustantivum, sic : « Pungit animum aculeus doloris ». Et in hac conversione ecce aliud verbum, scilicet « pungit », et illud convertas similiter, sic : « Penetrant ad medullas cordis punc- turae doloris ». 128. Sicut exemplificavimus de verbo, sic exemplificemus de adjectivo. In hac sententia proposita : « tu es morigeratus », sic poteris convertere adjectivum in sustantivum, sic : « Animus tuus conditus est moribus ». Ecce iterum in hac conversione aliud adjec- tivum, scilicet hoc adjectivum « conditus » : tu similiter illud con- vertas in sustantivum, sic : € Tuum inbasalmavit animum moralitatis condimentum », vel sic :. « Animo tuo suam infudit dulcedinem ethi- cae documentum ». 129. Ecce iterum aliud exemplum. Hac sen- Lentia proposita : « tu es sapiens et eloquens », sic poteris conver- tere ista duo adjectiva in sustantiva : « Sapientia tibi contulit animum aureum et eloquentia linguam argenteam ». Ecce iterum in hac conversione alia duo adjectiva, scilicet « aureum » et « argenteum », et tu similiter illa convertas in sustantiva, sic : « Os tuum argento lucet eloquentiae et animus auro rutilat sapientiae ». 180. Ecce tertium exemplum de eodem documento, scilicet de adjectivo. Si talis proponatur sententia : « tu es pulcher », sic poteris convertere adjectivum in sustantivum : « Facies tua sigillata est pulchritudine ». Ecce iterum in hac conversione ponitur adjectivum : tu similiter illud convertas in sustantivum, sic : « Faciem tuam signavit sigillum Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, I, 3. 309 pulchritudinis ». 181. Similiter, si proponas contrariam senten- tiam, scilicet istam : « tu es turpis », sic poteris convertere adjecti- vum in sustantivum : « Deformatus es turpitudine ». Ecce iterum in hac conversione ponitur adjectivum : tu similiter illud convertas in sustantivum, SIC : « Materiam habes tuae deformitatis in elegantiam corporis et coloris ». Sic igitur tradita est sufficiens doctrina et tot praedicta sunt exempla, ut praedicta duo documenta, quae ubique sunt generalia, plenius sint manifesta. D. Conseils divers. Le Comment trais 182. ! Post praedicta est notandum quod difficile est materiam ter avec origina- he une metière COMMUNEM et usitalam convenienter et bene tractare. Et quanto Pron difficilius, tanto laudabilius est bene tractare materiam talem, sci- lhicet communem et usitatam, quam materiam aliam, scilicet novam et inusitatam. Hoc autem testatur Horatius in Poetria is tribus ver- sibus : [128] Difficile est proprie communia dicere, tuque Rectius Yliacum carmen deducis in actus Quamn si proferres ignota indictaque primus. Sed, quamvis difficile, tamen est possibile. ?Possumus enim mate- riam communem proprie dicere si quatuor modos observemus. — 133. Primus modus est ne moremur ubi moram faciunt ali: sed, ubi moram faciunt, transeamus, ubi transeunt, moram faciamus. Et intelligere debemus hanc moram (non) quantum ad digressionem vel ad descriptionem; cum, in materia communi, si digrediuntur ad aliud vel describunt quid, ut 1b1 moram faciant in materia, non debemus ibidem immorari circa digressiones vel descriptiones, sed breviter locum 1llum materiae transilire. — 134. Secundus modus est ne sequamur vestigia verborum, et hoc est intelligendum quan- tum ad corpus materiae; quia, si ceteri qui tractant materiam com- munem prius hanc partem materiae verbis exprimunt, postmodum illam, tertio tertiam, et sic deinceps, nos non debemus haec vesti- gia verborum sequi, ut illam partem materiae quam praemittunt praemittamus, et sic deinceps, sed universitatem materiae specu- lantes ibi dicamus aliquid ubi dixerunt nihil, et ubi dixerunt aliquid, 1. Rubrique : Quod difficile est materiam communem et usitatam proprie et bene tractare. — ?. Rubrique : Qualiter materia comimunis et proprie et bene possit tractari. Google 30 Observer les praprieles des per- sSonnes el des cho- ses ; 310 GEOFFROI DE VINSAUF. nos nihil; quod etiam prius, nos posterius, et e converso; et sic com- munia proprie dicemus. — 136. Tertius modus est ut de materia non transeamus ad talem articulum unde reverti nesciamus ad materiam. — 136. Quartus modus est ne praemitiamus tale prin- Cipium quod sit nimis arrogans et superciliosum, ut est illud : [Hor., Poét. 137] Fortunam Priami cantabo et nobile bellum. 13'7. His igitur quatuor modis observatis, communem materiam egregie diligens inspector poterit pertractare : quos modo Horatius commemorat in Poetria, ubi aït : [131] Publica materies privati Juris erit, si Non circa vilem patulumque moraberis orbem, Nec verbo verbum curabis reddere, fidus Interpres, nec desilies imitator in arctuin, [135] Unde pedem proferre pudor vetet, aut operis lex. Nec sic incipies, ut scriptor cyclicus olim : « Fortunam Priami cantabo, et nobile bellum. » Vilis est locus qui omnibus patet. Et vile est in illo loco morari in quo omnes moram faciunt. 138. :Notandum quod, quando materiam prosequimur, obser- vandae sunt proprietates personarum et rerum quae describuntur, et immorandum est in assignatione illarum proprietatum quae conve- nienter attribuuntur personis et rebus de quibus incidit sermo. 139. Quae vero sint et quot attributa personae, longum esset enumerare, sed hoc solum sufbeit hic scire quod, cum loquimur de aliqua per- sona proba vel mala, vel hujus vel illius aetatis, debemus de per- sona proposila talia proponere quae convenienter attribuantur eidem personae. Quod ita ostendit Horatius : Poët., 120] Scriptor honoratum si forte reponis Achillem, Impiger, ivacundus, inexorabilis?, acer, Jura neget sibi nata, mhil non arroget arimis. Haec proprictates assiwnandae sunt probo mihti. Et alibi : [123] Sit Medea ferox invictaque, flebilis Yno, Perfidus Ixion, lo vaga, tristis Orestes. Similiter, si loquendum de persona pueri vel senis, proprictates 1. Rubrique : Quod in materie prosecutione observande sunl proprielates per- sonaruin el reruimn que describuntur. — 2, Hs, memorabilis. Google 3e De l'emploi des mots en un seNS LOUVEAU ; DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, II, à. 311 singularium aetatum ostendit Horatius, et Ipsius proprietates pueri his versibus : . [158] Reddere qui voces jam scit puer et pede certo Signat humum, gestit paribus colludere, et iram Colligit ac ponit temere et mutatur in horas. Proprietates Juvenis assigoat his versibus : [161] Imberbus juvenis tandem custode remolo Gaudet equis canibusque, et aprici gramine Campi, Cereus in vitium flecti, monitoribus asper, Utilium tardus provisor, prodigus aeris, Sublimis, cupidusque, et amata relinquere pernix. Proprietates viri idem sic assignat : [166] Conversis studiis, aetas animusque virilis Quaerit opes et amicitias, inservit honori, Commisisse cavet quod mox mutare laboret. Proprietates senis idem sic assignat : [169] Multa senem circumveniunt incommoda, vel quod Quaerit, et inventis miser abstinet, ac timet uti, | Vel quod res omnes timide gelideque ministrat, [173] Difhcilis, querulus, laudator temporis acti Se puero, censor castigatorque! minorum. 140. ? [tem notandum est quod docet Horatius egregie dicere sie, scilicet ponendo verbum notum in nova significatione, quod nos supra plene docuimus loquendo de nominatione, pronominatione, translatione. 141. *Praedictis itaque adjiciendum est quod dicit Horatius : licet invenire nova vocabula. Quod quidam sic intelli- gunt, quod in una lingua licet ex una dictione aliam formare, ut ex hac dicuione « saxum » formare hanc dictionem « saxior », ut dica- tur : « saxior est saxo, ferrior ferro, vulpior vulpe, ugrior tigride » ; sed talia nullius momenti sunt, nec 1h qui hoc dicunt Horatium intelligunt. 142. Dicit enim Horatius quod illis qui noverunt utramque linguam, scilicet graecam et latinam, licet invenire nova vocabula, scilicet transferendo de una lingua in aliam, de graeca in {. Ms. casligalor censorque. — ?. Rubrique : De verbo noto ponendo in nova signiticatione. — 3. Aubrique : Qualiter intelligenda sunt verha Horatit quibus dicit quod licet invenire nova vocabula. Google 4° Théorie des trois stvles; Des defauts propres à chaque style: 312 GEOFFROI DE VINSAUF. latinam. 148. Translatio vero sic est facienda ad hoc, ut sit idonea et authentica, scilicet ut ipsa translatione medesta sit mutatio. Quod quidem fit, si convenientia sit in principio et differentia in fine, ut ab hoc graeco « patyr » hoc latinum « pater ». In hac trans- latione convenientia est in principio et differentia in fine. Similiter a graeco « theos » hoc latinum « deus ». Ibi enim convenientia est in principio et differentia in fine. Convenientiam dixi esse in prin- cipio, quia conveniunt inter se, ut dicit Priscianus, orthographia « th » et « d ». Et hoc modo licet invenire nova vocabula modeste transferenda de una lingua in aliam, sicut dixi, non ut ali fingunt 144. Ecce versus Horatui testes eorum quae proposui : [Poët., 50] Fingere cinctutis non exaudita Cethegis Continget dabiturque licentia sumpta pudenter Et nova fictaque nuper habebunt verba fidem, si Graeco fonte cadant, parce detorta… [58] | Licuit semperque licebit Signatum praesente nota producere nomen. 146. !De stylis nihil dicit Horatius, nisi quod vitia stylorum. [Ideo nos dicamus de stylis, et postmodum de vitiis quod dicit Hora- us. Sunt igitur tres styli, humilis, mediocris, grandiloquus. Et tales recipiunt appellationes styli ratione personarum vel rerum de quibus fit tractatus. Quando enim de generalibus personis vel rebus tractatur, tunc est stylus grandiloquus : quando de humilibus, humi- lis; quando de medivcribus, medivcris. Quolibet stylo utitur Virgi- lus : in Bucolicis humili, in Georgicis mediocri, in Ereyde grandi- loquo. 146. Sunt autem tria vitia adjuncta 1is tribus stylis. Grandilo- quo stylo adjunctum est viium quod appellatur turgidum et infla- (um; mediocri adjunetum est vitium quod appellatur dissolutum et fluitans; humili adjunctum est vitium quod appellatur aridum et exsanguem. 147. Turgidus et inflatus est ille qui nimis duris et ampullosis utitur translationibus, ut si dicerem : « ego transivi per montes belli », ubi deberem dicere « per difficultates belli ». Dura est translatio, et sic transferendo turgidus videor et inflatus. 148. Aridus et exsanguis est 1lle qui nimis contempuübili et vili utitur levitate, ut si dicerem : « ego vidi illum cantantem » : levitas enim 1. Rubrique : De triplier stilo, huinili, mediocri, grandiloquo et de tribus vitiis eisdein advinclis. Google bre l'obscurité resultant de ja brièveté ; ar 5* Autres pré- cepies : DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, Il, à. 313 tam vilis arida est et exsanguis. 149. Dissolutus et fluitans est ille qui nescit tenorem mediocris styli observare, id est qui nescit observare proprietates mediocrium personarum vel rerum, sed 1ta loquitur quandoque de mediocribus sicut loquendum esset de humi- libus, quandoque vero sicut loquendum esset de grandibus perso- nis, vel de grandibus rebus, et ita, quia se nescit tenere in medio et stylum suum moderari, dissolvitur et fluit, tum inferius ad humilem stylum, tum superius ad grandiloquum stylum. 150. Sed notandum quod, quamvis vitium quod appellatur turt- aidum et inflatum dicatur esse adjunctum grandiloquio, tamen est in quolibet stylo, cum in quolibet stylo utimur translationibus : si ergo translaliones quas facimus sint nimis durae et ampullosae, ex eo turgidi sumus et inflati. Similiter, vitium quod appellatur ari- dum et exsangue, quamwvis dicatur adjunctum humili stylo, tamen est in quolibet stylo; nam in quolibet stylo possumus uti vili et contempübili levitate et sic erit ipsum dictum aridum et exsangue. Similiter, viium quod appellatur dissolutum et fluitans, quamvis dicatur adjunctum mediocri stylo, tamen in quolibet possumus pec- care non observando proprietates debiui styli, sed declinando ad proprietates aliorum stylorum, et sic erit opus fluitans et dissolu- tum. 151. Dicuntur tamen haec vitia adjuncta illis, cum in illis maxime contingant. Contingunt enim in grandiloquo stylo maxime durae translationes et ampullosae, in humili maxime levitates ver- borum contemptibiles et inhonestae, et sic de tertio. Haec tria vitia tangit Horatius his verbis : | [ Poët., 26] Sectantem levia (id est plana, mediocria) nervi Deficiunt animique (id est destituunt), professus grandia turget. Serpit humi tertius nimium timidusque procellae. Ubi dicit « professus grandia », tangit vitium grandiloqui styli, quod appellatur turgidum et inflatum. Ubi dicit « serpit humi, etc. », tangit vitium humilis styli quod'appellatur aridum et exsangue. 152. ! Praeter haec vitia tangit Horatius vitium 1llud quod dici- tur obscura brevitas, sub hac forma : « Brevis esse laboro : obscurus fio ». Quod vitium detrivimus superius evidenter ostendentes arti- ficium per quod evitari potest, si brevitas idonea sit sufficiens et moderata. 153. Praeterea, alia vitia tangit, de quibus nihil dicit aliud mis 1. Rubrique : De obscura brevitate. Google a) Observer l'or- dre des parties; b) Que la di- gression ail sa rai- son d'être ; 314 GEOFFROI DE VINSAUF. quod sunt vitanda; non autem ostendit modum qualiter sint vitanda. 154. ‘Suppleamus ergo defectui auctoris. Cum materia trac- tanda proponitur, in primis consideremus qualiter velimus eam tractare, scilicet an breviter an diffuse. Si breviter, recurramus ad ilud aruficium quod praemisimus de materia brevianda et observa- tione artis 1llius et ita vitabimus vitium obscurae brevitatis. Si vero diffuse tractare velimus et amplum tractatam consiruere, in primis consideremus universum corpus materiae, et omnia linamenta cor- poris 1llius prosequamur, vel directe secundum naturalem ordinem, vel indirecte secundum artificialem, ut in tractatu materiae diffusae omnes partes materiae sibi cohacreant, scilicet principium, medium et finis. Et ita vitabimus vitium illud quod appellatur incongrua paruüum positio. 156. Quod vitium tanpit Horatius in Poetria sub his verbis : [ Poët., 1} Ilumano capiti cervicem pictor equinam Jungere si velit, et varias inducere plumas Undique collatis membris, ut turpiter atrum Deficiat in piscem mulier formosa superne, Spectatum admissi risum teneatis, amici? Credite, Pisones, isti tabulae fore librum Persimilem cujus velut aegri somnia variae Finguntur species, ut nec pes nec caput uni Reddatur formae. 156. ?*Secundo, videamus, si velimus uti digressione, ut 1psa digressio sit competens et ad rem pertinens, el ita vitabimus vitium illud quod dicitur incompetens digressio. Quod vitium secundo tan- it Horatius sub his verbis : [Poët., 14] Inceptis gravibus plerumque et magna professis Purpureus late qui splendeat unus et alter Assuitur pannus, cum lucus et ara Dianae Et properantis aquae per amoenos ambitus agros Aut flumen Rheni aut pluvius describitur arcus. Viuum istud plerique frequenter incurrunt cum digrediuntur ad hane vel ad illam rem describendam, in qua describenda sunt 1. Rubrique : Qualiter tractanda est materia brevis vel prolixa et quae in ejus tractatu vitanda sunt vel tenenda. — ?. Rubrique : UL digressio sil competens. Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, I, 3. 315 prompta et usitata, cum tamen ipsa descriptio parum vel nihil hic operetur ad materiam. Unde dicit Oratius : [ Poët., 19] Sed nunc non erat his locus, et subjungnt : Et fortasse cupressum Scis simulare. ci Que le style 1577. !Tertio, considerandum est ut stylum materiae non varie- nit uniforme ; mus, id est ut de grandiloquo stylo non descendamus ad humilem. Quod notat his verbis : [ Poët., 21] amphora coepit Institui currente rota : cur urceus exitur ? Contrariam sententiam potestis ex hoc intelligere, scilicet hanc : « Urnula coepit institui currente rota : cur amphora proditur? » Sed et de humili stylo non ascendamus ad grandiloquum stylum ; similiter nec de mediocri declinandum est ad alterutrum illorum, immo quocumque stylo velimus utatur, dummodo in materia serve- mus uniformitatem styli et sic declinemus à vitio styli, quod dicit Horatius hoc versu : [Poët., 23] Denique sit quod vis, simplex dumtaxat et unum. 158. Qui versus sic intelligendus est : « Denique (id est finaliter) dico : Sit quod vis (id est sit stylus quem vis, id est quo vis uti) dumtaxat (id est tantummodo) simplex (id est sine plica vitii, 1d est ne stylus contorqueatur in vitium) et unum (id est unus et unifor- mis sit stylus). » Haec autem duo stylus in se continere debet, sci- licet ut sit simplex et unus, id est ipsi vitium non implicetur, nec stylus ipse varietur. 159. Bene dico ut ipsi stylo vitium non impli- cetur, Est enim cuilibet stylo vitium implicitum et adjunctum, ut praediximus : grandiloquo turgidum et inflatum, humili aridum et exsangue, mediocri dissolutum et fluctuans, Quod innuitur in illis versibus : [Poët., 26] sectantem levia nervi Deficiunt animique..…., etc. 160. Tu ergo, sic utaris grandiloquo stylo, ne sis turgidus et infla- 1. Rubrique : UL stilus sit simplex et uniforinis. Google d) Que la fin sait bien rapportée au sujet; 316 : GEOFFROI DE VINSAUF. us, ne nimis duris utaris translationibus. Sic utaris humili, ne sermo Luus sit aridus et exsanguis, id est ut non sit ex nimia levitate et humilitate verborum contemptibilis. Sic utaris mediocri, ne sty- lus tuus sit dissolutus et fluitans, id est ne declinet ad grandiloquum vel ad humilem, sed semper suo modo mediocriter se teneat pro- prietatem mediocrium personarum vel rerum observando. 161. Et si ita feceris, sic erit stylus tuus simplex, quia non erit ipsi vitium implicitum; sit etiam stylus tuus unus, id est non varietur, quia, si quis variet stylum suum et permisceat diversos stylos in materia, idem est ac si permisceat impertinentia. Quod vetat Horatius his verbis : [Poët., 29] Qui variare cupit rem prodigaliter unam, Delphinum silvis appingit, fluctibus aprum. 162. ‘Ad ultimum considerandum, ut bene incepta fine debito concludamus. Et sic vitabimus vitium quod dicitur « magnus finis ». Quod vitium vetat Horatius his verbis : [Poët., 32] Emilium circa ludum faber unus et ungues Exprimet et molles imitabitur aere capillus : Infelix operis summa est, quia ponere totum Nescit. Hunc ego me, si quid componere curem, Non magis esse velim quam pravo vivere naso, Spectandum nigris oculis nigroque capillo. Qui versus sic sunt intelligendi : « Faber unus ut sit, proprium nomen exprimet (id est expresse formabit) aere (id est in aere) Emilium circa ludum (id est gestum Emilii circa ludum) et ungues exprimet et molles imitabitur capillos (id est ita expresse ibi forma- buntur, quod videbuntur molles et veri capilli). Sed quid ad rem? Quidlibet sic incipiat, infelix operis summa est (id est finis operis est infelix), quia ponere totum nesciat (id est nescit adaptare finem principio). Ego, dicit Horatius, non curem (id est non velim) magis me esse hunc (id est similem huic) quam pravo vivere naso (id est quam habere pravam habitudinem nasi), me dico spectandum nigris oculis nigroque capillo (id est me habentem bonam habitudinem oculorum et capillorum, cum optimi sunt nigri oculi et nigri capilli); id est : non magis vellem, dicit Horatius, assimilari illi vili fabro, qui bene et expresse incipit formare in aere personam Emilii et 1. Rubrique : Ut competlenti fine materia terminetur. Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, IH, d. 317 nescit inceptum suum bene finire, quam habere bonam habitudi- nem in omni parte capitis et maculam in naso. » Sic ergo habemus quicquid boni Horatius docet in Poetria sua, tam de vitandis quam de faciendis, nisi quod quaedam docet de pronuntiatione et comoedia. &* Des sujetsbe. 163. Sed illa quae condidit de comoedia hodie penitus recesse- Pa runt ab aula et occiderunt in desuetudinem. Ad praesens igitur omittamus de comoedia. Sed 1lla quae ipse dicit, et nos de jocosa materia -dicamus qualiter sit tractanda. 164. !S1 materiam ergo jocosam habemus prae manibus, per totum corpus materiae verbis utamur levibus et communibus et ad ipsas res et personas pertinen- tibus de quibus loquimur. Talia namque poscit talis materia, qualia sunt inter colloquentes et non alia nec magis difficilia. 165. Et cum perveniemus ad 1llum principium materiae, ubi jocus reponi- tur et reservatur, scilicet ad finem materiae, quant expressius pote- rimus sequamur unum idioma per aliud, scilicet ut ita sedeat jocus in uno idiomate sicut in alio. 166. Verbi gratia, ponamus in exem- plum hanc materiam jocosam : « Lex fuerat sociis..., etc. » Ecce aliud exemplum jocosae materiae : Consocii, quid iter rapiamus ? — Quia placet ire Ad sacra. — Quando? — Moda. — Quo? — Prope. — [Fiat ita,.…. etc. 1677. Utendum est in locis suis ad jocum excitandum duobus colo- ribus rhetoricis, scilicet occupatione et praecisione. Occupatio est quando dicimus nos nolle dicere quod dicimus. Quod fit duobus modis : uno modo sic : Quid referam quae forma tibi, quam sis speciosus, Quam par sis nano corpore, ventre bovi?.….. alio modo sic : « Ille archidiabolus (archidiaconus deberem dicere); isti juris perditi (juris periti deberem dicere); isti qui legunt in dis- cretis (in decretis deberem dicere; sed lingua in udo est et de facile labitur). » — 168. Praecisio est color quando praecidimus de dictione vel de oratione. De oratione sic : « Nonne tu es ille quem vidi..….? sed parcam pudori tuo ». De dictione sic : « Fles? — Fleo »; « Nonne taces? — Non »; « Vado vocare magistrum. — Vade » ; « Magistrum visne vocem? — Quae mihi cura? Voca ». 169. Et {. Rubrique : Qualiter tractanda est inateria jocosa. Google 318 GEOFFROI DE VINSAUF. sicut colores isti necessarii sunt ad jocum excitandum, similiter necessarii sunt in materla quae est de ira vel de indignatione, sicut in principio Éneidos, ubi Neptunus iratus et indignans increpat ven- tos, quia sine licentia sua turbaverunt mare et disjecerunt rates Eneae. Utitur enim praecisione sic increpando eos : « Quos ego... », scilicet « puniam » subintellige; sed praestat motos componere fluctus. 1 s e e e e # e 1770. ‘Sequitur de pronuntatione. Est pronuntatio quasi totius DORCAUN orationis condimentum, ut sine qua totum est insipiduin et incon- ditum. Pronuntiatio sic describitur a Tullio in Rhetoricis® : « Pro- nuntialio est vocis, vultus, gestus moderatio cum venustate. » Haec autem tria secum debet habere pronuntiator : vocem venustam et moderatam, vultum venustum et moderatum, gestum venustum et moderatum, ne gestus noster sit gestus histrionis vel operaru, simi- liter et vox et vultus. 171. Debet autem haec tria variare pronun- tiator secundum varietatem materiae. Si materia fuerit de dolore, vox et vultus et gestus debent conformari materiae et testes esse doloris. Si fuerit de gaudio, similiter vox et vultus et gestus debent attestari laetitiae. Si de ira vel indignatione, vocem, vultum et ges- tum debemus habere tanquam indignantis et irati. Si de joco, in voce, vultu et gestu, jocosi simus et lascivi. Si de serüs, rigidi et severi. Quod totum ostendit Horatius his verbis : [ Poét., 106] Tristia maestum Vultum vérba docent; iratum, plena minarum: Ludentem, lasciva; severum, seria dictu. 172. “Praeter haec, aliud notandum est in pronuntiatione, non dico circa vultum et gestum, sed circa vocem. Debemus enim habere respectum ad syllabae accentum, non ad tempus. 173. Contingit namque saepe quod syllaba brevis in metro sit longa quantum ad accentum in pronuntiatione, sicut in omni dictione dis- syllaba debet elevari prima syllaba in accentuando, nisi causa dif- ferentiae transferatur accentus ad finem, ut in hac praepositione « poné » ad differentiam hujus verbi « pône ». 174. Similiter in omni dictione trissyllaba vel plurium syllabarum, ubi encletica con- Junctio est in fine, syllaba quace praecedit, quamwvis sit brevis in 1. Rubrique : De pronuntiatione. — 2. Rubrique : Aliud documentum de pronun- tiatione. a. Ad Herennium, 1, 2. Google DOCUMENTUM DE ARTE VERSIFICANDI, Hi, 9. 319 metro, debet elevari accentuando, ut « utrique », « pleräque », nisi in istis quatuor « itaque, ütique, ündique, dénique »; sed quid irem per singula’ 1775. Generaliter sciendum est quod, qualis- cumque fuerit syllaba in metro, non est aliter accentuanda in metro quam extra metrum, sed semper est accentuanda secundum hoc quod regulae docent accentuum. f. lecapitu lation des enseignements précédents. 1776. ‘Ita dictum sit de principio et prosecutione. De principio, quid? Qualiter uno modo sumendum principium naturale et octo modis principium artificiale. De prosecutione vero, in primis quali- ter continuanda est in principio. Facilis enim est continuatio si principium fuerit naturale. Sed, si fuerit artificiale, tripliciter conti- nuandum est : uno modo, si principium sumptum fuerit a medio, vel a fine; alio modo, si sumptum fuerit a proverbio; tertio modo, si ab exemplo. Postmodum qualiter contingit materiam brevem ampliari et amplam abreviari : tradidimus competentem et sufficien- tem doctrinam de brevitate amplianda et amplitudine brevianda. Tertio, qualiter in prosecutione materiae duo sunt modi bene dicendi : unus modus utendi ornata facilitate, alius modus utendi ornata difficultate. Evidenter docuimus 1illa quibus comparetur ornata facilitas sive ornata difficultas, ad ultimum subjicientes regu- las generales, quibus ornate dici potest omnis sententia quam quis _habet vel in mente vel in ore. IIT. Des FAÇONS DE TERMINER. 1. Cum isitur plane et plene dictum sit de principio et prosecu- tone materiae, dicendum est de consummatione, sive de fine materiae. 2. “Finis igitur materiac tripliciter sumenda est vel a corpore materiae, vel a proverbio, vel ab exemplo. Ut Ovidius Æpistulu- rum, ubi singulac epistulae suam habent materiam. — 3. In prima enim epistula quam mittit Penelope Ulixt propter longam moram v 1. Rubrique : Summatim perstringit ea de quibus superius diffuse tractavit. — 2. Rubrique : De fine materie tripliciter sumenda. Google 320 GHOFFROI DE VINSAUF. quam ipse fecerat, qui per viginti annos absens fuerat, finis epistu- lae sumitur a corpore materiae sub hac forma : [Hér., 1, 115] Ipsa ego, quae fueram te discedente puella, Protinus ut venias, facta videbor anus. 4. Similiter, in 1lla epistula, quam seribit Phillis Demofonti, con- ‘querens de fide laesa, qua ipsam occepit, propter quam causam se ipsa interfecit, finis epistulae sumitur a corpore materiae sub hac forma : [ Hér., I, 145] Inscribere meo causa invidiosa sepulcro : Aut hoc, aut alio carmine notus eris : « Phillida Demofon leto dedit hospes amantem. Ille necis causam praebuit, 1lla manum. » — 6. Sumitur autem finis a proverbio, quando tota materia decursa elicimus quamdam sententiam communem, quae pendet ex materia, ut in praedicta materia, post praedictos versus quibus sumitur mate- ria, possumus elicere hanc sententiam communem : Tolle bonas leges, licet ornet purpura reges; Ex hac peste leges, quanta sit inde seges. Quod idem est ac si diceretur : « Regni felicitas a statu suo de facili subruitur, nisi freno bonarum consuetudinum excessus hominum reprimatur, » Quod satis manifestum est in praedicta materia, quia, si excessus Paridis repressus esset et ipse coactus ad restitutionem uxoris alienae, Graecia nequaquam machinata fuisset in destruc- tione Trojae. — 6G. Sumitur autem finis ab exemplo, quando aliquid in fine materiae dicturi, non iïllud dicimus, sed quoddam simile inducimus ex quo intelligimus, ut in Poetria Horaui : [475] Quem semel arripuit, tenet, occiditque legendo, Non missura cutem, nisi plena cruoris hirudo. Similiter in Epistulis Horataii : [H, 2,214] Lusisti satis, edisti satis atque bibisti : Tempus abire tibi est; ne potum largius aequo Rideat et pulset lasciva decentius aetas. Google V GEOFFROI DE VINSAUF SUMMA DE COLORIBUS RHETORICIS". [Le traité débute par un résumé de l'enseignement donné dans le Documentum au sujet de la disposition.] Restat igitur inspicere qualiter progrediendum est in materia. Considerandum est ita qualiter tractetur materia si de seriis vel de jocis. Si de seriis tractetur materia, aut utendum est facili oratione et ornata, aut oratione gravi; aut amplianda est brevis materia, aut brevianda prolixa. Si debeamus uti facili oratione et ornata, uten- dum est exornationibus rhetoricis : repetitione, conversione, com- plexione, contentione, traductione, ratiocinatione, contrario, arti- culo, simihitudine cadente, similitudine desinente, gradatione, correctione, annominatione, exclamatione, conduplicatione, dis- juncto, adjuncto, dubitatione, subjectione, interpretatione. a Repetitio est continuatio in principio diversarum clausularum _quando idem repetitur, ut hic : Idem crinis, idem caput, idem vultus in illis. Conversio est quando in fine diversarum clausularum idem repe- Uitur, ut hic : Corpus idem, cor idem, quicquid inhaeret idem. Complerio est quando et in principio et in fine idem repetitur, hoc modo : Hic formosus et haec, hic justus et haec, hic honesti Cultor et haec, hic amans religionis et hacc. 1. Incipit summa magistri Gaufredi Vinesauf de coloribus rhetoricis. — {ucipil : Ars semper eadein. Quod aulem ex arte est non semper idem. a. J'ai marqué d'un astérisque les exemples empruntés aux Colores rhelorici de Marbode. FARAL. el Google 322 GEOFFROI DE VINSAUF. Traductio est quando casus a casu traducitur, ut hic : Hic ferus, huic rigidus, utrique severus, utrique Congruus, utrumque nactus, utroque potens. Vel aliter, quando scilicet eadem dictio in diversis retinetur signi- ficationibus : | Terrenis haeres, Plutonis alumne, sed heres , Quae tibi tanta sitis? quam vitiosa sitis! Contentio est quando ex contrariis rebus confcitur oratio, hoc modo : Res homo vana : placet, sordebit; abundat, egebit ; Floret, marcebit; stat, cadet ; est, nec erit. Ratiocinatio est quando de aliquo quaerimus quare ipsum sic sit, et pastea rationem assignamus quare ipsum sic sit, ut hic : * Semper avarus eget. Quare? quia competit usus. Tangere parta timet. Cur? ne minuatur acervus. Cur metuit minui? quia mavult crescere. Quare ? Non esset vitium, si non ratione caréret. Contrarium est quando duobus contrartis proposilis unum proba- tur per reliquum. Verbi gratia . " Qui sibi non parcit, mihi vel tibi quomodo parcet ? _ Qui sua divulgat probra, credes quod mea celet ? An metues aegrum quem sanum despiciebas ? An soli cedes, quem cum socio superabas ? Articulus est quando singula verba, singulis intervallis, distin- guntur caesa oratione, ut hic : * Armis, classe, cibo dives mala castra petisti : Solus, inermis, inops, inglorius ecce redisti. Ferro, peste, fame consumptus es et periisti. Similitudo cadens est quod fit in simili concidentia dictionum casualium, ut hic : Post raptus Helenae currunt Larissa, Micenae, Mille rates plenae fortibus absque sene. Google DE COLORIBUS RHETORICIS. | 323 Similitudo desinens est quod fit in simili concidentia dictionum non casualium, hoc modo : Nemo mei meminit, gladius qui cetera finit Mecum foedus init, me superesse sénit. Gradatio est quando gradatim fit decensus. Gradatio quoque fit dupliciter. Fit enim per resumptionem dictionis praecedentis, quan- doque per inflexionem ipsius. Per resumptionem dictionis praece- dentis, ut hic : Venit et invenit, invenit et addidit arma, Addidit et rabies tota Robertus erats. Per inflexionem ipsius, ut hic : Ira movet litem, lis proelia, proelia mortem, Mors lacrimas, lacrimae numina, numen opem. Correctio est quando aliquid ostendimus et ipsum postea corri- gimus, ut in hoc patet exemplo : Structa domus, sed stricta fuit; satis apta, sed arta; Facta, sed infesta pluribus illa modis. Et notandum quod competentior est correctio quando adjuncta est annominationi. Annominatio est quando plures dictiones sibi assimilantur in lit- teris, vel in syllabis. In litteris ut hic : Currere currenti vetuit violentia venti. In syllabis, ut « forma deformis ». E.rclamatio est quando ex dolore vel indignatione exclamamus, ut in hoc patet exemplo : “O Asiae flos, Troja potens, o gloria, quae nunc In cineres collapsa jaces, ubi regia proles Ex Ecuba Priami veniens a sanguine divum? a. On notera, — et j'ai omis de le faire remarquer à propos de la biographie de Geoffroi, — que ce distique est extrait de la requête adressée à l'archevêque de Cantorbéry, dont il a été question ci-dessus, p. 16-18. C'est une indication que cette requête est bien de Geoffroi de Vinsauf. Google 324 GEOFFROI DE VINSAUF. Conduplicatio est quando motu irae vel indignationis idem con- duplicamus verbum. “Tune patrem gladio crudelis nata necasti? Tune patrem, pro quo tibi mors fuerat subeunda! Disjunctum est quando orationes disjunguntur, ita quod quaeli- bet illarum suum respiciat verbum. Verbi gratia : Exhilarant frondes silvam, vacat imbribus aer, Murmure ludit aqua, flore superbit ager. Conjunctum est quando diversae orationes junguntur per unum verbum interpositum, ut : « Huc eat ille vel illa »; « primo reversus est ad se et postea ad Ecclesiam ». Adjunctum est quando diversae orationes junguntur per unum verbum praepositum vel suppositum. Praepositum, ut hic : « Extin- guit speciem seu morbus sive senectus. » Suppositum, ut hic « Morbo vel senio formae decor evacuatur. » Dissolutum est quaudo diversae orationes ponunturnulla mediante conjunctione, ut : « Exhilarant frondes, etc. » Dubitatio est quando de duobus utrum vel de pluribus dubita- mus quid eorum velimus dicere, ut hic : “Tu mihi te confers homo... quo te nomine dicam ? Nescio : si dicam spurcissime, non erit aequum ; Si scelus appellem, minus est : deformior, an sis Nequior ignoro : non hoc mihi nec scelus illud. Subjectio est quando de aliquo quaerimus utrum sic sit vel sic esse possit, et postea rationem subjicimus quare ipsum sic non sit vel sic esse non possil. Verbi gratia Planctus super Adam : O pater, o quid agis? Deus est quem spernis, et ipsum Qualiter effugies terra cinisque Deum ? An fugies? sed ubique latet. Fallesne ? Sed idem Quod fuit, est et erit cognitione tenet. Ad vinces? Sed cuncta potest. Ipsumne latebis ? Sed quodcumque latet vel patet ipse videt. Mors igitur vetiti te poena miserrima ligni Deprimit, in natos jus habitura tuos. Google DE COLORIBUS RHETORICIS. 325 Interpretatio est quando eadem oratio diversis verbis explicatur, ut hic : Supplicium delicta vocant, vindicta scelestos 4 Exspectat, scelerum crimina poena manet. Notandum est quod ex praedictis exornationibus quaedam quibus- dam materiis suht necessariae ; materiae vero quae tractatur ex ira vel indignatione vel dolore vel amore vel odio vel insania, haec sunt necessariae : repetitio, articulus, exclamatio, conduplicatio, dubitatio, subjectio ; in gravi vero materia, his utendum est diffi- cultatibus : circuitione, translatione, significatione. Circuitio est quando circuimus ad designandum proprietatem alicujus rei et attribuimus proprietati rei quod attribuendum sub- jecto, vel quando appellamus aliquam rem nomine suae proprieta- us, ut « Medea est ipsum scelus », vel « omnis potestas impatiens consortis erit ÿ, 1d est « omnis potens ». Sciendum autem est, quad circuitio in coloribus idem est quod emphasis in figuris. Translatio est quando aliqua dictio transfertur à propria signifi- catione ad impropriam quadam similitudine, ut in his patet exem- plis : [Suit une série de verbes, dont il est donné des exemples d'emplot au sens figuré. Ce sont : artare, aptare, anhelare, accusare, applicare, acer°- bare, arare, anticipare, armare, albere, algere, arere, assidere, audere, augere, acuere, accedere, adjicere, afficere, affligere, alere, abire, adire, allicere, abscondere, annuere, ambire, audire, hebetare, aequare, exhi- lare, explicare, aegrotare, aedificare, exspectare, excaecare, egere, e]i- cere, eligere, emere, exigere, emergere, excutere, effutire, esurire, generare, hiare, haerere, ignorare, inquinare, inclinare, implicare, insti- mulare, irradiare, illaqueare, invitare, inebriare, infestare, imperare, informare, jurare, imminere, implere, jactre, imbuere, inficere, inserere, invenire, indueere, jacére, orare, obumbrare, obviare, obsidere, olere, offere, offendere, opprimere, odire, horrescere, vulnerare, vacare, vexare, vucare, volare, vendicare, verberare, virere, vovere, vehere, urere, vomere, vivere, ungere, vincere, venustare, vigilare, currere, dormire, domare, ducere, desperare, detegere, ditescere, fulminare, favere, fervere, gaudere, loqui, legere, languere, mori, merere, murmu- rare, nasci, necare, parère, possidere, propinare, quiescere, ridere, stare, sedere, surgere, succedere, secare, sudare, sedere, stupere, spon- dere, superbire.] Google 320 GEOFFROI DE VINSAUF. Notandum autem quod translatio fit in adjectivis, significatio in subjectis, Significatio autem est quando per unum significatur aliud, ut per « Jovem » « aer superior », per « Junonem » « aer inferior », per « Phoebum » « sol », per « Eolum » « ventus », per « Pluto- nem » « Tartarus », per « Neptunum » « mare », per « Cererem » « seges », per « Tetidem » « aqua », per « Bachum » « vinum », unde illud : In cratere meo Thetis conjuncta Lieo Est dea juncta deo, sed dea major eo. Fit etiam significatio, quando per « Paridem » « formosus », per « Helenam » « formosa », per « Ulixem » « dolosus », per « Achil- lem » « fortis », per « Tullium » « eloquens », per « Platonem » « philosophus », per « Catonem » « sapiens » intelligitur. Unde illud : Tullius ore, Plato pectare, mente Cato. Fit etiam, quando per « Rachel » « vita contemplativa », per « Liam » « vita activa » significatur. Unde illud : Quem Lia, quem Rachel sibi sancta fonte sacravit Occidit ablatus cum Salomone Dudo. Quandoque etiam quadam similitudine et improprie aliqua dictio ponitur in oratione, ut hic : « Suo limite currat opus ». In hac etiam oratione incidit translatio, ut hic : « Properet limite sermo brevi ». Significatio quoque quando per « Cloto » significatur « res quae incipit esse », per « Lachesim » « res existens », per « Atropos » « res quae desinit esse ». Cloto vero dicitur evocatio, quia evocat rem de non esse ad esse. Lachesis idem est quod sors vel fortuna, quia omnis res existens subjacet fortunae. Atropos dicitur ab a, quod est sum, et tropos, quod est conversio, quia orta caro mori- tur, mortua non oritur, quia post mortem non est regressus ad vitam. Unde hoc : Atropos et Cloto contendunt impare voto : e e e © Atropos occare nititur, 1lla dare. Haec de translatione et significatione et eorum exemplis dicta sufficiant. | Google DE COLORIBUS RHETORICIS. 327 Sciendum est quod alia sunt genera difficultatum in locutione, scilicet ponere materiam pro materiato, ut « auro dextra superbit », id est « aureo anulo »; causam pro causato, ut « feritas illius irro- gavit mihi flagitium »; partem pro toto, ut « domus » pro « fami- lia »; continens pro contento, ut « lascivo murmure garrit ager »; antecedens pro consequente; consequens pro antecedente, ut « iste habet pedes pulverulentos ». Haec de gravi materia dicta sufficiant. [Suit un bref résumé des divers enseignements contenus dans le Docu- mentum et concernant l’amplification, l'abréviation, etc.] Google VI GERVAIS DE MELKLEY (Gervasius de Saltu lacteo) ARS VERSIFICARIA. ANALYSE. Gervais intitule son livre un art poétique (ars versificaria). C'est essen- tiellement un traité des figures de grammaire et de rhétorique. La doc- trine n'en est pas nouvelle. Elle reproduit les enseignements de Cicéron, de Coraificius, de Donat, de Bernard Silvestre, de Matthieu de Vendôme et de Geoffroi de Vinsauf. Tout au plus, sur quelques points de détail, l'auteur revendique-t-il le droit à une opinion personnelle. L'originalité de l'ouvrage, — car il en a une, — consiste dans un effort intéressant pour présenter les faits selon un ordre systématique. L'introduction est consacrée aux conditions générales de l'enseigne- ment. Gervais remarque que l'art consiste en interdictions {contre l'in- correction), en licences {en faveur des figures), en préceptes qui relèvent de la grammaire et en conseils qui relèvent de la rhétorique. Mais l'étude théorique à elle seule n'est pas suffisante. La lecture des auteurs anciens, et aussi celle des modernes, qui ont apporté beaucoup de nouveautés dans l’art du style (par exemple Jean de Hanville, « cujus... libelli [Architrenti] sola sufficit inspectio studiosa rudem animum informare », ou Bernard Silvestre), est la plus féconde des disciplines. D'autre part, il existe aussi un sens naturel, d'où vient que, même sans penser à la théorie, le génie des écrivains applique les règles d'instinct et fait spon- tanément des trouvailles heureuses : aussi, sans interdire, évidemment, les règles de l'art, Gervais déclare-t-il plus importants encore la lecture approfondie des auteurs et les exercices personnels de composition : « Cautum est igitur ut studiosis animis brevis sit hujus artis theorica : in practica plenius elaborent tam aliorum opera legendo medullitus quam propria componendo. » “= Google GERVAIS DE MELKLEY. 320 Ces réserves faites, l’auteur passe au corps du traité. Il constate que les sources de l’ornement du style sont au nombre de trois et dérivent de l'expression ou de l'identité, ou de la similitude ou du contraire : « Com- positionis clausularum triplex est locus : alius ab eodem, alius a simili, alius a contrario. Idemptitas enim, similitudo et contrarietas, si usui cognitionique tradantur, eloquentiae generant venustatem. » De là la division du traité en trois parties, dont voici, en gros, le contenu. La première partie a pour objet l'expression de l’ « identité ». Cette expression comporte certains ornements, les uns per consonantiam, les autres per mutationem. L'ornement per consonantiam consiste soit dans |’ « exposé simple » lsimplex narratio), soit dans la « véhémence » (loquendi vehementia), soit dans l'emploi de la question et de la réponse. Dans l’« exposé simple », qui se subdivise en diverses catégories, entrent notamment l’annomina- tio, la paronomasia, la leonitas, l'homoioptoton, l'homoiotelenton, la repeti- tio, la conversio, la complerio, la traductio et la gradatio; — dans la « véhémence » : la correctio, l'erclamatio et la dubitatio; — dans le pro- cédé par questions et par réponses : la sermocinatio, la subjectio et la raliocinatio. | | L'ornement per mutationem consiste soit en suppressions (subtractio), soit en additions (additio), soit en changements (diversio). La suppression comprend l'interruption (praecisio) et la prolepse (prolempsis, anticipa- tio); — l'addition comprend la prétérition {occupatio), la coadunatio (qui subsume notamment : pour les phrases, l'aggresatio, à savoir le disjunc- tum et le conjunctum, et la reiteratio, à savoir la repetitio, la conduplica- tio et l’interpretatio), la determinatio avec ses variétés ; -- le changement comprend : l'aequalitas (« quotiens, sumendo equipollens pro equipol- lenti, clausulam decoramus »), la digressio (per comparationem et per descriptionem), la transversio (qui comprend elle-même l'inversio et la transmutatio}), le transcensus (c'est-à-dire l’hyperbate, la litote et l'hy- perbole). | La deuxième partie du traité est relative à la « similitude ». Elle étudie successivement l’assumptio, la transsumptio et l'omyosis. La troisième cest relative à l'expression du « contraire ». Elle étudie l'allégorie (à ce propos l'ironia, l'antifrasis, le carientismos, le sarcas- mos), l'entimema (à ce propos le contrarium, la conversio, l'adversitas, la metathesis, la contentio, l'antitetum) et la paroemia. A la fin de son ouvrage, Gervais traite rapidement des lieux de l'in- vention et des arguments {s’interdisant, dit-il, de parler de la disposition, ordre naturel et ordre artificiel, ainsi que des trois formes du style, — sublime, simple, tempéré, — qui sont des objets étrangers à son pro- Google 330 GERVAIS DE MELKLEY. pos), de quelques règles concernant la métrique et de quelques autres concernant l’épistolographie (dictamen). Tout au long du livre, Gervais cite avec prédilection un certain poème de Pirame et Thisbé (voir ci-dessus, p. 36), que j'ai réussi à identifier. Ce poème est inédit : j'en donne ici le texte, parce que c’est un très bon exemple pour l'illustration des théories exposées par les auteurs d'arts au sujet de la façon d'adapter les fables antiques. Le manuscrit (Glas- gow, Hunterian Museum, 511), d'ailleurs, ne le donne pas complet et s'arrête au moment où Thisbé se rend au tombeau de Ninus. Google VII PIRAME ET THISBÉ. Consulte teneros non claudit tutor amantes : Nam gravis examinat decipiturque levis. Orbis honor Babilon, orbis laus imminet, orbis EMgies, orbis balsamus, orbis apex. D Sunt ibi concives convictu, moribus, aevo, Consiliis, opibus conjugtisque pares. Nascitur hinc virgo, puer hinc, redduntque parentes, Quamvis in sexu dispare, prole pares. Piramus affectus patris unicus, unica vita, 10 Unica progenies, unica cura fuit. Matris honor Tisbe, matris virguncula, matris Deliciae, matris gloria, matris amor. Flos Asiae nituit, rerum rosa, balsamus orbis, Naturae speculum, virginitatis apex. 15 Huic operi laetas jurasses apposuisse Naturam tota sedulitate manus. Non brevis aut nimius, sed eam velut exigit aetas Semper habet medius inter utrumque status. Verticis a summo discriminis artior exit 20 Linea, candornis sole serena sui. Inde petunt patulas aures utrimque comarum Aurea nativo vellera tincta croco. Crispa capillorum, zephiro quasi tincta“ benigno Unda, sub immota mobilitate fluit. 25 Non recipit maculam caliginis ardua frontis Planities, nec eam ruga senilis arat. Frontis ab aurora geminae distantia lucis Astra supercilii primula luna tepit. Qua patet arridens oculorum discolor iris 30 Separat a violis lilia claucus* honor. Temperat excursus aquilae simique recursus 19. Glose : « Discrimen proprie, gallice greve. » — 23. A corriger en lacla. 30. = glaucus. Google 332 PIRAME ET THISBÉ, Nasi producta sub brevitate modus. Depinxere genas oculo sub utroque tumentes Collis forma rosa, lilia vallis honor. 35 Plana, tenella, teres sub ocellis pagina vultus Candentis minio splendidiore rubet. Hic velut in solio regnat rosa, quippe pudorem Regem virgineae simplicitatis habet. Consona sunt als oris rosa, balsama naris, 40 Nix auris, menti lilia, dentis ebur. Virginis ad vultum marcet rosa, lilia pallent, Languet luna, latent sidera, Phocbus hebet. Lactea colla latent, fusis perfusa capillis, Guttura dant radios liberiora suos. 45 Est manus ad partes triplici moderata statura : Amplea vola, digito longa, sed ungue brevis. Ungue, vola, digitis rubeo, candente, serenis Flammea, clara, nitens fulget utrimque manus. Qualis ad ingenium mens callida floreat intus 50 Edocet eloquio lingua faceta foris. Pectora, mamma, latus, venter, femur, ilia, lumbi, Brachia, spina, genu, crura pedesque latent, Secretusque locus uteri, sua mollis Amoris Regia metropolis imperiique thronus. 99 Larga tamen vel in his Naturae dextra notari Argumentosa calliditate potest. Piramus artis opes, virtutum dona, decoris Munera non tetigit inferiora gradu. Eloquio similis, par forma, moribus aequus 60 Enituit, major corpore, crine minor. Hic est, hic cujus Paris, Hector, Ulixes Nascentes faciem, pectora, membra tenent. Militat in membnis Hector, callescit Ulixes In sensu, puro ridet in ore Paris. >» Virgo puerque pares fuerant quacumque decebat Et quantae decuit disparitatis habent. À primis aevi gradibus conjunctio matrum Disjungi pueros dedocuisse potest. Quosque dedit primis compar infantia cunis, 70 Matres conjunctae sedulitatis alunt. Alternant matres, alternant ubera, coeptos Google 75 80 90 100 110 PIRAME ET THISBÉ. 333 Mutua vagitus basia saepe premunt. Saepe docet matrum pietas heu! caeca futuri Basia complexu continuare pio. Ecce rudis teneros infantia vagit amores, Cum non possit adhuc lingua tenella loqui. Temporis ad duplum multiplicatur amor. Vivendi modus est una gaudere, dolere Conjunctim, pariter ire, sedere simul. Ut ver undenum pubertas proxima sensit, Pectora maturus acrius ussit amor. Nodus amoris eos constrinxit et altera T'ysbe Piramus, et Tysbe Piramus alter erat. Incinerata diu tandem prorumpit amoris Flamma, nec ulterius delituisse potest. Proh! dolor, exterius quid mentis ad infima verset, Basia, complexus, blandaque verba docent. Invidia famae patrum pervenit ad aures, Tempore consilium sed puerile brevi. O quam Fortunae gravis inconstantia! Tandem Occidit in densa nube serena dies. Ecce patres, ut amor inceptaque gaudia cessent, Sejunctos rigida calliditate tenent. Imminet immeritis gravior quam carere utroque Semper in insidiis imperiosa parens. Dum pietas pueros castigat, sedula mulcet Nunc amor illecebris, nunc tonat ira minis: Crescentisque frequens incendia foederis auget Mentio, mortifero cura nociva malo est. Sed poenae novitas, sed castigatio matrum Edocuit tacitas dissimulare faces. Occulteque gemunt quos occupat, anxiat, urit Mulcens, blanda, placens passio, poena, dolor. Dissimulatus amor ferventius urit amantes ; Pectora fax gravius incinerata coquit. Mutua dum quaerunt damni solatia, cernunt Mutuo quod paries separat unus eos. Jungentur thalami, pariter jungentur amantes Mutuo, si paries cesserit unus eis. Hic latet in muro fatalis rimula, visus Google 33 112. A corriger en vocis. — 139. Glose : 115 130 140 PIRAME ET THISBÉ. Ingressus, nutus janua, noctis* iter. Proh! dolor, occulto nihil occultatur amori Velatoque videt lumine cuncta Venus. Ecce patet pueris : quid enim fraudaret amantes Parva nec artifici cognita rima suo? Hic intrant cauto secreti verba susurro, À modo compressas expositura faces. Hic dolor oppositos gemitus dum spirat, amantes M yrrheus alterni dulcor odoris alit. Hic flammas cauteque tacent cauteque loquuntur; Hic matres sensu callidiore cavent. Hic loquitur tacito digiti facundia motu Et linguae tractat eloquiique vices. Garrulitas capitis, verbosae simia linguae, Motu mentis erat expositiva suo. Angulus hic clausi loquitur contractus ocelli Et tacitas audet scribere ruga preces. Inspectis oculis, quad ab ore noceret aperto, Non nocet a clausis edidicisse genis. Saepe tamen, matres cum sentit uterque remotas, Sic abit in querulos anxia lingua sonos. « Cede, precor, paries, ad amantum blanda recede Verba, det amotus murus amoris opem. Invide, dum teneris non cedis amantibus, ambos Caedis, et illicito caedis amore funis. Junge relativa quos nodat gratia, foedus Copulat alternum, mutuus unit amor. Parce relativae miseriae : nocuisse superbum” Non erit innocuis, quos gravis urit amor. Exhaurit miseros pax bellica, gloria tristis, Dulcor amarus, egens copia, dirus amor, Scilla placens, blandae Syrenes, laeta Caribdis, Fel sapidum, virus mulcebre, suavis amor, Falsa fides, odium mansuetum, dira voluptas, Ira benigna, nocens gratia, poena placens. Sic solatur amor, urunt solatia, lenit Ustio, lenitum angit et angor alit. » Talibus impluitur lacrimis resonatque querelas « Id est imagnuin ». Google 150 160 170 180 185 PIRAME ET THISBÉ. 335 Rimula, dum tenebras, dum fugat astra dies. Sed, cum nocturnas praenuntiat hesperus horas, Cum Thetis Eliacos” hospita claudit equos, Multa recessuri confundunt oscula muro, Sed dolor extremum frangit utrimque « vale ». Dum tremebunda male resonant suspiria, balbus Vix singultatim prodit ab ore sonus. Hora gravis miseris, sed amantibus apta beatis ; Non caruit planctu nox inimica suo. Cum nova Phoebeos Titonia* praevenit arcus, Ad rimam redeunt signa precesque suam. Sed ne perpetui traherent dispendia morbi, Fallere sollicitos constituere patres. Imminet egregiae muro conterminus urbis Insignis sancta religione locus. Sunt 1b1 busta Nini manibus celeberrima fabri, Sed tanti regis funere nota magis. Lascivit radio, dulcedine, murmure, fructu : Flos 1bi, gramen ibi, fons 1bi, morus ibi. Singula sunt proprio distincta colore, virescunt Gramina, mora vigent, flos rubet, albet aqua. Quae tum admissis mendaces narrat habenis Fabula rumores, candida mora facit. Candida cerussant nigrum, mendacia verum, Nasonemque sapit mixtio falsa virum. Deceptis patribus locus hic adeundus utroque ; Proxima nox pariter furta diemque teget. O quam venturae gravis expectatio noctis! [sta dies aliis plus onerosa fuit. Ergo die tandem tardanti nocte repulsa, Clauduntur somno lumina, Phoebus aquis. Dum claudit mundo Phoebum mare, somnus ocellos, In pueris vigilat imperiosus amor. ‘Virgo dolosa magis : quid enim muliebribus obstat Insidiis ? Pactum primitiavit iter. Stellarum contenta die lunaeque sereno Ivit, et ad dictas fessa quievit aquas.…. 152. Glose : « Klyos graece, s0l latine, inde eliacus ». — 159. Glose : « Titonia, aurora, 8. uxor Titonii ». Google VIH ÉVRARD L'ALLEMAND LA BORINTUS. SOMMAIRE. Prologue (v. 1-10). [. — La DESTINÉE DU MAÎTRE D'ÉCOLE. Il est créé à regret par la Nature, qui prévoit ses misères (v. 11). — Son horoscope (25). — Songe pro- phétique de sa mère Ve — Sa naissance (73). — Prophétie de la déesse Fortune (83). Il. — Les COMMANDEMENTS DE LA GRAMMAIRE. Le futur maitre grandit (119). — La Philosophie, convoquant les Sept Arts libéraux, le confie à la Grammaire (129). — 11 en étudie l'art (175). — La Grammaire lui enseigne ce qu’il devra apprendre à ses élèves et comment il devra les régir selon leur tempérament (194), comment il devra se comporter avec les parents (235). III. — Les commanpemeNTs DE LA Poxsie. La Poésie, compagne de la Grammaire, joint ses commandements aux siens (253). 4. Des facons de commencer un poème. Emploi du zeugma (269), de l’hypozeuxis (287), de l'idée générale (293). 2. Amplification et abréviation (299) : 4) L'amplification et ses huit procédés : la périphrase (305), l'interpretatio (309), la comparaison (313), l'apostrophe (317), la prosopopée (321), la digression (325), la descrip- tion (329), l'opposttio (333); — B) L'abréviation (327). 3. De l'ornement du style (343) : 4) L'élocution distinguée et ses moyens : le néologisme (345), l'alliance des contraires (349), l'emploi des indéclinables comme noms (353), la réminiscence (357), les change- ments de la quantité prosodique (361), l'emploi figuré des noms et des adjectifs (365), l'emploi figuré des noms propres (369), l'emploi figuré des verbes (373), l'emploi du verbe simultanément au propre et au figuré (377), l'accumulation des sens figurés (381); — 2) L'ornatus difficilis et ses moyens (385) : les tropes : la métonymie (denominatio : l'inventeur pour l'invention et réciproquement; l'instrument pour le possesseur ; l'effet pour la cause; le contenu pour le contenant et réciproquement ; la matière pour l'objet; l'abstrait pour le concret) [387]; l'hyperbate (trans- Google LABORINTUS. 337 gressio) [411]; l'hyberbole (superlatio) [415]; la synecdoque {intellectio : la partie pour le tout et réciproquement; le singulier pour le pluriel et réciproquement) [419]; la catachrèse {[abusio) [427]; — C) L'ornatus facilis (431) : 1° Emploi des mots familiers et du temps présent (433); 2° Emploi des couleurs de rhétorique : a) figures de mots (441); b) figures de pensée (523). h. L'étude des auteurs : leur énumération (599). 5. La versification métrique (687) : A) Versus applicati; — B) Des rimes : versus leonini (705); caudati (711;j; ventrini (717); caudati leonini (722); serpentini (728); — C) De l'arrangement des mots : versus clausu- lati nominales (735); clausulati verbales (741); clausulati mirti (747); versus praemissorum resumptivus (759); versus reciproci (765); versus retrogradi (771); — C) Quelques formes de l'hexamètre (776); — D) Défauts à éviter (817). G. Misères du maitre (835) : l'achat d'une licence (843); les parents mauvais payeurs (857); les mauvais élèves : les enfants vicieux (871), la dissimulation (891), la prétention (901), la bêtise (915), les esprits fugi- tifs (921), l'instabilité (925), le goût du changement (929), le manque de zèle (933); dureté de l'existence (941). 7. La versification rythmique (992) : exemples de strophes « spon- daïques » (n°* 1-6); de strophes iambiques (n°* 7-13); de strophes à vers spondaïques et ‘ambiques combinés (n° 14-27). Quatrains à citation finale. TEXTE. Pyerius me traxit amor jussitque, Camena, Scribere materiam : me dedit illa tibi. Vinibus ingenii discussis, utpote parvis, Mens opus injunctum depositura fuit : 5 Desidiam mentis Elegia* vidit et inquit : « Incipe : perficies auxiliante Deo. Quid sit onus cathedrae, qua teque tuosque scholares Arte regas, perares imparitate* pedum. » Divinae me movit opis promissio : scribo, 10 Mendis lectore compatiente meis. 8. Ms. in paritate. 5. Glose : « Elegia est descriptio carminum tractantium de miseris et versu pentaine- tro et exametro scribitur. Comedia est secundus modus scribendi et est descriptio carminum de conviviis. Tragedia est lertius modus et est descriptio carminum de gestibus regum ut in Alexandro. » FARAL. 22 Google 338 15 20 30 39 ÉVRARD L ALLEMAND. J. LA DESTINÉE DU MAÎTRE D'ÉCOLE. Exhorret Natura parens dum matris in alvo Elimat miseri parvula membra viri. Si sub membrana praesentit membra magistri, Interrumpit opus officiosa* suum ; Inspirat”, dicit : « Operis lex pauset in isto! Exopto mea sit desidiosa manus. Si me non alia regeret lex quam mea, vellem Inceptum limae deseruisse meae. Sed Natura jubet naturans ne manus illic Cesset ubi fuerit materiale bonum ; Et quia lege regor regis, quia legor ab Alto, Consummabit opus linea nostra suum. Me tua Parca vocat : bi non vult parcere ; filum Jam nevit; nostras arguit illa moras. Nasceris ergo, miser; misero tibi signa figurant Sidereusque vigor officiale malum. Scribitur in stellis paupertas, copia rerum, Vitae commoditas, acre laboris onus; Scribitur in stellis famae discrimen, honoris Culmen, livoris flamma, favoris amor; Sceribitur in stellis virtutis laus, vitiorum Dedecus, aetatis longa brevisque mora. Omnem perlegi seriem caeli, nec in illa Inveni sidus quod tibi mite meat : Ecce Dyonaeum tibi flammas non vomit astrum, Nec ub1 scintillat Mercuriale decus ; 14. Ms. vel ingeniosa. — 15. Ws. vel suspirat. 11. Natura parens. Cf. v. 19 : nalura nalurans. C'est la distinction classique au moyen âge, depuis Jean Scot Erigène. En cette partie de son ouvrage, Évrard s'est plusieurs fois souvenu du traité fameux de Bernard Silvestre, Megacosmus et Microcosmus. — 20. Maleriale bonum, la matière. Selon la théorie philosophique alors courante, la Nature ne peut rester inactive tant qu'elle a de la matière à trans- former. — 27-32. Cf. Bernard Silvestre, Megacosmus, I, 3, 33 et suiv. : « Scribit enim caelum stellis totumque figurat Quod de fatali lege venire potest. Praesignat qualique modo qualique tenore Omnia sidereus saecula motus agat. Praejacet in stellis series, quam longior aetas Explicet et spatiis temporis ordo suis; etc. » (0 gle LABORINTUS. 339 Saturni sed curva tuos falx fascinat annos, Et uibi fax Martis insidiosa rubet : Est caeli virtus tibi tota propheta laboris, 40 In quo ditari non tua cura potest. » Dicit et impingit matri simulacra laborum, Quos cella capitis anteriore legit. Nocte libros tractat : non quinque volumina Lepis, Pneumate nec quae sunt emodulanda sacro; 45 Nulla videtur ei Tholomei pagina, caelum Qua petitur, qua quis mente per astra volet; Euclidis libri, numero ter quinque, figuris Pleni, non assunt, quos geometer habet; Non apparet ei codex Guidonis, in omni 20 Qui vocum genere dirigit artis opus; Non praesentatur 1lli revolutio hbri Qui numeri vires dinumerando docet ; Non Ciceronis adest pingens sermonis honorem, Cui rhetor servit, florida carta duplex ; Nullus Aristotelis codex apparet in illis, Quem cudit gremio Philosophia suo; Physica, naturae speculum, duce sub Galieno Quae flores, illi non tua scripia patent; Non occurrit ei Gratiant pagina, lucri 60 Nutrix; membrana Justiniana latet: Exponit quae non tenuis macraque Minerva Somnia, quae somno Cipio vidit, .abest ; Quae numerat geminos latet astrologia coluros, CA CAN 42. Cf. v. 121 et suiv. et note. — 43. Les cinq livres de Moïse. — 44. Les livres sacrés. — 45-46. L'Almagesl de Ptolémée, dont il y avait à cette date une traduc- tion par l'Anonyme de Salerne (vers 1165) et une autre, d'après l'arabe, par Gérard de Crémone (vers 1175). — 47-48. Il y avait, outre celle de Boèce, une traduction d'Euclide par Adelard de Bath, une autre par Gérard de Créimone (+ 1187). — 49. Gui d'Arezzo (+ 1050). — 51-52. Boëce, De ariühmetica. — 53-54. Cicéron, Rhelorica vetus (— De Inventione) et Rhelorica nova (= Cornificius, Hhelorica ad Herennium). Les termes pingens et florida visent les colores rhelorici. — 98. Physica, «a médecine ». Galien a été souvent traduit et commenté. Voir Mani- tius, Geschichte der lal. Lileralur, p. 45. — 59. Gratiani pagina, les Decretales. Lucri : Allusion aux profits des avocats, dont il est souvent fait mention dans les écrits contemporains. — 60. Le Code. — 62. Macrobe, Commentarius in somnium Scipionis. Ce texte était fort connu. Cf. un sermon d'’Absalon de Saint-Victor, cité par Bourgain, L'éloquence de la chaire au XII° siècle, p. 291; Roman de la Rose, v. 7; etc. — 63. La Voie lactée et le Zodiaque. Google 340 ÉVRARD L'ALLEMAND. Quinque parallelos” signiferique gradus ; 65 Non matri praesens est cosmographia Platonis Nomine discipuli praetitulata sui; — Primi versicul} sed cernit grammata, primam Quae sibi turba viam discipularis habet ; Donatos vertit, lacrimarum fonte fluentes, 70 Qui dantur pueris post clementa novis; [lle tenet parvos lacerata fronte* Cathones : Illos discipuli per metra bina legunt. Nascitur hic plorans. Licet hoc generale sit omen, Ploratus tamen hic particulare tenet : 75 Iste genas lacrimis oneratas saepe videbit, Nec fiet lacrima prosiliente pius. Masculus « a » profert omnis dum prodit ad auras : Ex radice trahit primi parentis Adae : Hic cum vagitu speciali ructuat « alpha! », 80 Quod rudibus pueris syllabicando legit. Dum de matre rubet in cunis, mobilis inquit Huic dea quam sedes orbicularis habet : « Area te mundi cepit. Mea regia casus Humanos ponit sub ditione mea, 85 Omnis sors hominum mihi cedit : portio sortis Addictae tib1 nil prosperitatis habet. Quod regnat, floret, gaudet rex, miles, agrestis Imperio, fama, commoditate, meum est. Per me qui rexit servit, qui floruit aret, 90 Et qui gaudebat anxietate dolet. Nobilibus, cupidis, praelatis surgit, adhaeret, Accedit per me gloria, nummus, honor : Me retrahente manum, vilescit gloria, nummus Decrescit, summus attenuatur honor. 95 Per me rhetoricus flos, grammaticus labor, artis Garrulitas tumulat, evacuatur, aret. Nutus adulantis, reverentia plebis, amictus 71. Ms. forte vel fronte. 64. Les cinq parallèles et les signes du Zodiaque. — 65-66. Le Timée. — 67. L'a b c d. — 69. Les exemplaires du Donat. — 70-71. Les Disliques de Caton. — 78. L'exclamation a! vient de la « racine », c'est-à-dire de la première syllabe du nom « Adatin ». — 82. dea, la Fortune. Google LABORINTUS. 341 Sortis cui faveo paret, obedit, adest. Gaudia post fletum, post gaudia semino luctum, 100 Post lucem tenebras, post tenebrosa jubar. Summa mihi requies est inconstagtia ; spherae Est in continua mobilitate fides. Vaticinor tibi perduros instare labores, Quos vilis cathedrae progenerabit honor. 105 Hic quondam viguit : nunc languet ; floruit : aret ; Praecepit : servit; fructificavit : eget. Florent qui jaculis linguae pervertere causas Justas, injustas justificare sciunt. Florent quos ditat infirmae pulsio venae, 110 Urinae sedimen sterculeusque* color. Florent hypocritae, sapientum simia, trunco Qui faciunt umbram, quos ligat aeris amor. Florent faex hominum scurrae, quos curia lactat, Qui dominis linguae garrulitate placent. 115 Florent palpones, quorum sub melle venenum Lingua parit, miseros proditione prernit. Ecce” caeca probor, quia caecos tollo, videntes Deprimo, degeneres nutrio, sperno bonos. » Il. LES COMMANDEMENTS DE LA GRAMMAIRE. Interea vegetans surgit vis; pullulat aetas; 120 Pubescit ratio; cellaque terna sapit. Prima capit; media discernit ; tertia rerum Formas in thalamo posteriore tenet. Fantasia sedet in prima; vis rationis In media; terna vim memorantis habet. 125 Praegnantes facit has sensus impressio, radix À quo totius cognitionis erit. 110. À corriger en stercoreusque. — 117. Ms. vel ergo. 107-108. Les avocats. — 109-110. Les médecins. — 111-112. Cf. Matthieu de Ven- dôme, Ars versif., Introd., 2 7. Il s'agit des faux docteurs. — 113-114. Les ménes- trels. — 120-126. Cf. v. 42; — Matthieu de Vendôme, Ars versif., 1, 52, v. 19 et suiv., où l'idée est exprimée en formules variées: — Jean de Garlande, Diclion- naire, éd. Scheler, p. 146; etc. C'était la théorie psycho-phrénologique courante. Voir Bernard Silvestre, Wicrocosimus, XIII, 1. 121 : « Totam igitur capitis continen- tiam tres secernens in thalamos, eos ternis animae efficientiis consecravit : in sin- cipite provisum est, phantasia rerum formas anticipet et rationi renuntiet quae Google 342 130 135 140 145 150 ÉVRARD L'ALLEMAND. Ad se septenas, quae regnat in arte, puellas De se progenitas Philosophia vocat. « Estis progenies, inquit, mea fida, parentis Obsequiis fguctus exhibitura boni. Absque mea luce non lucet vestra lucerna : Est etiam vestrae lux mea lucis egens. Quod seritis meto; quod plantatis colligo; quidquid Thesaurizatis arcula nostra tenet. Inter vos gradus est soror in limine prima Primo, quae lactis ubera plena gerit. Compositae vocis haec ponit semina, per se Quae vocem, quae non dent, elementa docet. Dividit in quinque per se facientia vocem; Est major numero cetera turba suo. Mutas et liquidas numerat, quae sunt coeuntes Vocales monstrat vi remanente sua. Simplicium modum generat, conglutinat apte Sermonis partes, scema tropumque facil. Ex hac scintilla lumen facis enitet alte, Ex hoc seminio pullulat alta seges, Ex hac radice ramosa supervenit arbor, Ex hoc fonticulo rivus abundat aquae*. Prima ministerio vernat soror, absque ministro” Ferre ministerium non valet illa suum : Huic*, quem fata vocant, concedite militet ejus 148. Ms. aqua vel aque. — 149. vel magistro. — 151. hic vel huic. viderit, in occipitis reductiore thalamo mnemoria conquiescat ne, si primo visionuin jacuisset in limine, figurarum frequentissimis perturbetur incursibus; primam inter- jacet et ultimam ratio media de rebus allerutrius certo judicio provisura; sic igilur ibidem, erga regiam capitis, machinamenta collocal. internuntia sentiendi, ut de pro- ximo sensibus interpellantibus de proximo prodeat qui judicet intellectus. » La même idée est reprise et développée en vers, XIV : 3 Delegisse caput propriam sapientia sedem Creditur et thalamis exsecuisse tribus. in tribus est animae ternus vigor : expedil actum Incommutato quisque tenore suum. Quae meminti postrema loco, virtus speculatrir Est prior, ex medio vixr ralionis agit. Assistunt omnes operi, cum quinque mministri Sensus, quae cernunt exleriora, docent. — 138. Les voyelles et les consonnes. — 141-142. Les diphtangues. — 143. La mor- phologie. — 144. La syntaxe, les schèmes et les tropes. Google 155 160 165 170 175 180 185 LABORINTUS 343 Militiae, quae dant sidera signa ferat, Excolat in vitem labruscam, transferat herbam In messem, faciat fructificare rubum, Forma doctrinae vestros informe alumnos, Ut sic procedant ulteriore gradu. Hic alphabeti versum dum ruminat, omnis Vestra latet virtus, vestra sepulta latet*. Ignorans atomos sermonis, quid sit elenchus Nesciet, aut quae sit maxima, quidve locus: Quo sit civilis ratio depicta colore Nesciet, aut quae sit quaestio quidve genus; Quis numerus numerans latet hunc, quis sit numeratus, Quae radix, quae vis multiplicantis erit ; Quae sit, vel qualis, latet hunc symphonia vocum, Quae sit ter ternis vox modulanda modis; Nescit quid punctus, planum, quid linea, spissum, Quam quadraturam circulus ipse capit ; Nescit quae stellae, quae sit natura planetae Et quo sit stabilis retrogradusque modo. Vester sic praeco, qui fati lege vocatur, Ubera grammaticae sobrietate bibat. Si de lacte satur fuerit, contemnet alumnos Nec stomacho pascet esuriente rudes. Accedat favor his! » Gremium subit iste prioris Germanae, lactis primitiasque trahit. Imprimit a menti sugens ex ubere primo : Consequitur numero turba vocata” suo; Sugit quot constet elementis sillaba, partes Quot sint sermonis, quae genus omne creant; Sugit quid proprium sit cuique, quid accidat ill, Et quid simpliciter significando notet ; Sugit quae partes sint prima sede locatue, Quae sint quae sede posteriore sedent ; Ubere de reliquo bibit uberiore, maritet 158. vel jacet. — 178. vel notata. 159-160. 11 s'agit de la logique, de ses preuves (elenchus), propositions (marima) et lieux (locus). — 161-162. La rhétorique. — 163-164. L'arithmétique. — 165-166. La musique et les neuf modes. — 167-168. La géométrie. — 169-170. L'astronomie. — 175-176. La Grammaire. Google 344 ÉVRARD L'ALLEMAND. Dictio se sociae qua ratione suae : Quae sit festiva, quae non constructio vocum, Et quot sint species 1llius inde bibit; Quae sit congruitas sensus et vocis, utramque 190 Quae teneat, quae non, synthesis, inde bibit; Quis modus excuset vitium, quot quaeque figura Distinctas species continet, inde bibit. Sic famulo loquitur mater radixque loquelae : « Sit tibi mandati formula grata mei. 195 Disce prius quam dogma seras; si ducere caecum Vis, videas; primo te rege, deinde tuos. Omnis doctrinae quia ponere semina debes, Aetas omnis erit discutienda tibi. Aetatis cera doctrinae prima sigillum 200 Leniter accipiat, pollice ducta levi. Dum sentis quae sit magis indurata, prematur Acrius assidue sollicitanda tibi. Asperius debet tractari firmior aetas Uteturque meo consolidante cibo. 205 Donatus pueris puerilia donat uterque, In quo Remigius remigis usus erit. Donatus recitat quid discipulis prohibebis Et quid permittes : hic decor, error ibi. Doctoris Prisci gemino de corpore micas 210 Extrahe discipulis, contere, sparge tuis. Quos usus veterum celebravit, lectio praesens Quos colit accentus quoslibet 1ille docet. Exemplo doceas simul et verbo : studiosos Efficies pueros si studiosus eris : 215 Verba monent, movet exemplum; verbum ferit aures, Exemplum cordis interiora subit. Occultos animi motus Natura ministrat, Signa tibi mentis exteriora dabunt. Cui frigescit amor studii, te flante calescit : 220 Flagrantis fax est exagitanda tibi. Est aliter fortis, aliter fragilis recreandus. 193. La Grammaire. — 205. Le Donat major et le Donat minor. — 206. Remi d'Auxerre. — 207. Dans le Barbarismus. — 209. Priscien. Google LD LÙ UT LD Æ OX 250 255 LABORINTUS. 345 Diversis durus, ingeniosus egent : Hic gaudet gravibus, hic planis; quid sit utrique Utile nostra comes fida, Poesis, habet. Conserva stabiles precibus, revoca fugientes Pollicitis, timidis supprime lora nimis. Temperie vultus hilaris timidos refovebis, Intrepidos vultus fulminet ira tui ; Indomitos reprime, mansuetos dilige, stultos Argue, devotos dirige, carpe vagos; Corrige delicta verbis et verbere, verbis Asperius, virgis conveniente modo. [ratus, teneris discas mitescere; mitis, Discas irasci : sis feritate pius. Languescit manuum labor immunis, labiorum Deficiens labor est fertilitatis egens. Mercedis firma spes suscitat ergo laborem, Et fructum pariat sollicitudo tibi. Dum messem pretii, quae fit medicina laboris, Exigis, in trutina triplice pende patres. Sors favet et saevit : eget unus et alter abundat Rebus; sed medius inter utrumque sedet. Si pretium fuerit in paupertate negatum, Pro pretio Christi constituatur amor. Mercedis parca, promissi prodiga cura Divitis esse solet : sic capit, ergo cave; Cum verbum floret, mens aret; cor gerit intus Quod linguae flores dissimulare student. Certior es” pacti de sorte patris mediocris; Ejus de puero sit tibi cura prior. Si tali teneas ratione regentis habenam, Non erit immunis cura laborque tuus. » IIT. LES COMMANDEMENTS DE LA Poëste. Grammaticae famulans subit ingeniosa Poesis : Officii confert ulterioris onus. Explicat haec legem metri, quid pes docet, addens Quid tempus, quot sint tempora cuique pedi, 249. Ms. est vel es. Google 340 ÉVRARD L ALLEMAND. Ex quot syllabicis constet pes partibus, et quae Festinans, quae sit syllaba tarda docet. Quis et quot pedibus constet lex quaeque metrorum 260 Et per quot genera sit variata docet. Quod diversa metro non describuntur eodem, Sed res quaeque suo sit propriata docet. Historias habet hexametrum, servitque querelae Pentametrum, laudes cetera metra canunt. 265 Excipit haec : « Una tibi pars ero magna laboris ; Expedit ut vires experiare meas. Est mihi materia quidquid capit ambitus orbis ; Ludit in obsequio Philosophia meo. » 1. Des façons de commencer. Thematis initio quamvis varn famulentur, 270 Procedunt bin nobilitate modi. Principium magis egregium per zeuma decorus Et per hypozeusim thematis ordo capit. Zeuma vel a capite, medio, vel fine reducit Verbum. Sic lucet hoc sine nube tibi : 275 Est Joseph flos naturae, fratrum medicina, Patris amor, matris gloria, stella domus. Est Judas puteus sceleris, despectio plebis, Faezx rerum, pestis saeva, ruina boni. — Spem firmam, fidei petram, deitatis amorem, 280 . Qua pateat* clavem regia Petrus habet. Nequitiae laqueo, fidei damno, magicali Arte, magus sceleris impietate valet. — Byssus munditiae, rosa martyrii Caterinam Commendut, Sinay cella, liquoris odor. 285 Traditio patriae, mors fratris saeva Medeam Vituperat, nati plaga, ruina sentis. Jungit hypozeusis clausis sua singula verba. 275-276. Zeuma a principio ad laudem. — 277-278. Zeuma a capite ad vituperium. — 279-280. Zeuma a fine ad laudem. — 7280. As. lateal vel pateat. — 281-282. Zeuma a fine ad vituperium. — 283-284. Zeuma a medio ad laudem. — 285-286. Zeuma a medio ad vituperium. 258. Festinans, « brève », larda, « longue ». Google A) L'amplification. Ses huit procédés : {° ja périphrasce; 2° l'enterpreta- fo ; 3° la comparai- SON ; 4° l'anpostrophe; nv Ja prosopn- pée ; 295 300 305 310 315 320 LABORINTUS. 347 Lux exemplaris luceat ista tibi : Virgo Dei genitrir portum dedit, avia vitae Ezxpulit, excussit noxia, grata tulit. Eva parens prima luctum peperit, maledictum Intulit, attrivit gaudia, damna dedit. Iste duplex quicumque modus nubit generali Eloquio, quod vim thematis intus habet. Crimine vilescit naturae gratia, sortis Gloria, fama viri, nobilitatis honor. Non poterit vera virtus sentire ruinam, Deficiendo perit effigiale* bonum. 2. Amplification et abréviation. Rem dilato brevem, brevio longam, Decet ambos Me servare modos : aptus uterque mihi. Egregie plerumque loquor : nunc limite curro Difficihi; plana nunc licet ire via. Si mora longa placet nec sum brevitatis amicus*, Octo materiam sic ego tendo modis : Pulchro circuitu rem vilem vito, decoram Dedico : periphrasis ista perita petit‘. Sic qui mentitur non verum dicere dicis; Veracem dictis dicis amare Deum. Vestio rem verbis variis : non est tenor idem Verborum, sed quod significatur idem : Dilige corde Deum ; tota vi mentis inhaere Illi; pro toto posse sequaris eur. Solemnis fuerat quondam collatio multis; Sed nunc, quando venit, rara, modesta venit : Non sine spineto crescit rosa : nec sine mundi Tormento Domino vita placere potest. Themats in tractu mihi servit apostropha, sermo Cujus ad absentem se rapit arte sua. Sic dic canonico : Phaleris non te mihi praefer, Sed vita casta, relisgione sacra. Sermonem quandoque rei ratione carenti 289-290. Ypozeusis ad laudem. — 291-292. Ypozeusis ad vituperium. — 295-298. Zeuma cum sententia (proverbiuim). — 298. vel ofliciale. — 303. fs. amica. — 306. vel parit. Google 5e la digression : 325 7° Ja .descrip- tion ; 330 Se l'oppusitio. / 335 B) L'abréviatian. 340 A) L'elocution distinguée tegregie loquai. Ses moyens : {o Je néologisme: 345 2e l'alliance des contraires ; 3° l'emploi des indeclinables com- me noms; 399 339. Ms ÉVRARD L'ALLEMAND. Asscribo : servit prosopopeia mihi : Obstrepit altare : Dic, o pollute sacerdos, Qua tu praesumis sumere mente Deum ? Desero materiam, quandoque relabor in illam Sic, ut non:videar deseruisse tamen : Herculeis digitis Anteus in aere pressus Languet, Lucant disgrediente stylo. Verborum pompa descriptio gaudet, et illa Utor, dum cursum tendere curo meum : Est fidei doctor descriptus carne pudica Johannes, verbo Paulus, amore Petrus. Rem certam pono, cujus contraria primo Tollitur : haec dempta cedit, et illa manet : Non placeat, sed displiceat tibi gloria mundi : Decipit, et vitam non parit, immo necem. Thematis a serie, quae sunt praedicta, rescindo, Si non propositum linea tendit opus. Participans, non conjunctum, sine remige casus”, Emphasis, abbreviant quatuor ista moram : Stat Christus judex; sedet impietas; cruce damnans Saevit; homo patitur, nil patiente Deo. 3. De l'ornement du style. Egregie loquor, communis transeo metas Sermonis, trita dum pudet ire via. Est verbi novitas mihi dulcis, sic ego dico : Hic solet affines « canonicare » suos. Est in nominibus idem modus : « Ursior » urso, Tisride « tigridior », femina laesa furit. Voces jungo, sibi quae discordare videntur Extra, quas intus pax sine lite ligat. « Dives avarus » eget, lucrique « labore quiescit »; Congregat; est vita « sordida munda » sibr. Dicuo, cui non dat casus inflexio casum, In casus sede saepe sedere solet : Absque « sed » esto bonus, sine « pix » Domino famuleris ; Ne toleres poenam, sis sine « paene » pius. . sexlus. Google 4° la cerice ; ruminis- s° les change- ments de quantite prosodiqu ; 6° l'emploi figu- re des noms et ad}-cufs ; - + l'emploi figu- re des noms pro- pres : Ro l'emploi figu- re des verbes; 9° l'emploi du verbe simullane- ment au propre el au figure ; {üe l'accumula- on des sens figu- res. l?: L'ornatus di/- fieilis. Les tropes : le la métoñvmie denuwminalio) : a) l'inventeur pour l'invention et ruciproquemeut : b) l'instrument pour le posses- #UT ; 360 370 380 389 390 382. LABORINTUS. 349 Alterius dictum sumo mihi; sumit amictum Taliter egregium saepe poema meun : Consedere duces et vulyti stante corona Pro populo Christus plurima probra tulit. Est modus egregius, sed rarus : tempora muto Syllabicamque moram, cum ratione tamen : Producas alii quem corripuere « laborem » : Qui « labor » est aliis, hic tibt « labor » erit. Pono commune fixum, vel mobile nomen, Ut sedem propri vitet utrumque loci : Armati fidei « lorica », « fulmina » sancti « Saeva » tyrannorum non timuere virt. Transumo proprium; probo vel reprobo; probo : « Plato » Hic est corde, « Cato » moribus, ore « Paris »; Reprobo, si dicam : « Rufinus » crimine, forma « Tersites », « Simon » fraude, vir ecce venit. In propria sede si torpet, transfero verbum, Extremaque magis in regione placet. Mundi divitiis « florent », qui moribus « arent »; Cui sors « arridet » prospera, corde « tumet ». Est positum semel improprie, proprieque tenetur Verbum; sub speculo res patet ista tibi : « Exacuunt » linguas ad jurgia, tela maligni Ad bellum : quos non lancea, lingua « ferit ». Vocem non unam, sed plures, transfero verbis. Sic aliis alia significata gero* : Qui docet invitum, « sua semina mandat arenae* », « Abluit et laterem », « litus arare » studet. Semita difhcilis plerisque modis variatur, Quos ego percurro sub brevitate tibi : Inventor signat inventum : Copia « Bacchi » Et « Cereris » causa criminis esse solet; Inventumque notat inventorem : Miserere, « Psalmus » ait, postquam mazxima culpa fuit. Designatur herus instrumento : Dormninatur « Telum » pauperibus excruciatque pios. vel fero, vel porto. Google 350 c) l'effet pour lu cause ; d) le contenu pour le contenant et reciproquement: e} la matière pour l'objet ; f) l'abstrait pour le concret : 2 l'hyperbate (transyressio); 3° l'hyperbole (superlatio) ; 40 ja synecdoque (intellectio) : a} la partie pour le tout ut récipro- quement ; b) le singulier pour Île pluriel et réciproquement ; 5° la catachrèsce (abusio). 395 400 415 420 430 ÉVRARD L'ALLEMAND. « Pila » subegerunt partes sibi quaslibet orbis : Cedunt Romanis « pelta », « sarissa » suis. Hoc quod inesse solet ex causa, saepius ipsi Assigno causae. Sic tibi dicta vide : Felix qui victum quaerit « sudante » labore; Multis depascit corpora « macra fames ». Multotiens sumo pro re, quae continet, ipsam Contentam, talem vel retro flecto modum : « Mens » se convertit peccatrixz. « Curia caeli » Tota Deo laudes exhilarata canit. Exprimo materiam ; redolet rem, non sine forma. Istud in exemplo lucidiore patet : Praesulis in digito pretiosum fulsurat « aurum »; Illius in dextra nobile candet « ebur ». Carminis in textu delector ponere formam Pro re; sic, quod habet res, sua forma capit : Regnat « stullitia »; servit « sapientia »; « virtus » Subyjicitur; « vitium » praedominatur ei. Estque mei moris aliter conjungere voces Quam suus ordo petat. Forma sit ista tibi : Luzxuriam vitent pastores, plurima propter Scandala; pro cleri crimine turba labat. Cursum sermonis mihi tendere convenit ultra Quam poscit veri regula recta pati : Quem nummus, persona, preces, de tramite recti Non ducunt, judex sidera laude ferit. Partem pro toto pono. Placet et vice versa Totum pro parte ponere saepe mihi : In terris « anima » prudpns et justa laboret : Post « carnis » mortem nulla meretur homo. Unum per multa nunc innuo, multa per unum. Sit tibi jam dictae talis imago rei : Vicit Pompeium « romano milite » Caesar. Huic intenta tamen « corda » fuere polis. Affines sibi sunt quaedam voces, et abutor His. Gaudent sedes alterutrare suas. Parva « breves » vires retinet statura virilis”; Longo consilio magna carere solent. 429. Ms. viriles. Google (! L'ornatus fa- ctlis (plane lo- ynti). 1° Emploi des mots familiers et du temps présent. LABORINTUS. 391 Est via plana duplex : non floret prima; secunda Rhetoricis opibus deliciosa viget. Prima curro via plana, gravitate relicta Omni : verba mihi quotidiana placent ; 435 Succincte verbis praesentis temporis utor, Ut res gesta diu jam videatur agi : Er servus, habet urnam manibus; lapis obstat, Vutal pes; urna frangitur; ille gemit. ss Ernpioi :ds Planities picta tibi sit subscripta notanda. ügures : a/ Figures mots : repetilio, conversio, complerio. traductio, contentic. 440 Talis planities dulcis in aure sonat. Ponam, nominibus tacitis, exempla colorum; Carmen depingo sic Ciceronis ope. St laus, sit virtus, sit honor”, sit gloria Christo ! Sit decus! Estque decus; est sine fine decus. 445 Quis pius est? Christus. Quis habet de pirgine carnem Christus. Quis mundus crimine? Christus homo. Pârentes minime quia peccavere pârentes Primi, caesus ob id in cruce Christus obit. In ligno vita moritur, de morte redempta”. 450 Christi viventis in nece vita datur. 343. Ms. homini. — 349. #s. redeinpto. Exemples de figures de mots tirés de textes en langue vulgaire : Repelilio. — Enens 8203 (Amor), Adam le Bossu, Chansons 6, str. 2 (A mours) ; Guillaume d'Angleterre 143 (Donez); Méraugis 44, 4 (Beauté); 7, 16 (Largesse). Conversio. — Songe de Paradis 1187 : De bien esperanche n'i a; De mal desesperanche à «a. Complerio. — Venyeance Raguidel 4889 : Ne croi pas ce que te dira; Par maintes fois te mentira, Si lu le crois : ne le croi pas. Traductio. — Vengeance Raguidel 4259 : … On m'en a aconté et dit Que ne faites nul contredit À home qui don vos demant Sans vos nonmer le don avant : Vos requiert qu'un don me doigniés : Cis dons ne puet estre esloigniés. Contentio. — Méraugis 94, 24 : Ou li hardi sont plus coart Que lievre, et li court hardi Plus que lions. Google erclamatio, interroyalio, ratiocinatio. sententia, contrarium. membrum, articulus, ÉVRARD L'ALLEMAND. OU miranda patris pietas, qua venit ab alto Filius, humanum vivificare genus ! Quem posset miseris genitor nato meliorem Aut quem majorem mitltere, quemve parem ? Cur misit ? quia tempus erat. Quare? quia laesit Hostis. Cur ? homini perniciosus erat. Est sapientis opus, hostis telum quod in omni Tempore provideat insidiantis ei. Hostis, qui cecidit, hominem vult stare ? Vel illi Damnatus cupiet ferre salutis opem ? Vulnerat incautos subito, sed non sibi prodest : Justum prosequitur, consequiturque nihil. Fraudibus, insidiis, laqueis jugulat; vigilantem Cliges 3075 : Mes enuiz est ma volantez, Et ma dolors est ma santez. Erclamalio. — Cligès 6238 : « Ha! Morz, fet il, com ies vilaine! » Interrogalio. — Cligès 757 : Ou troverai je mes ami, Quant cist troi me sont anemi Qui de moi sont et si m'ocient ? Ratiocinatio. — Philomena 478 : Esmervoil moi comant c'avint Que Iteisons fist a cele foiz, Car trop iert duremant destroiz. — Destroiz? De quoi? — De plus qu'amer : Qu'amors ne doit nus ce clamer. — Amors? — Non voir. — Et quoi? — Outrage. Sententia. — Vengeance Raguidel 2322 : Mais li hom qui s'amor otroie Par force n'aime pas de cuer. Contrarium. — Yvain 1430 : Son seignor a mort li navrai Et je cuit a li pes avoir? Membrum. — Songe d'enfer 253 : Je li vois et il me revient, Et je le sache et il me tient, Et je sus hauce et il me tient. Articulus. — Vengeance Raguidel 1962 : Ces demoiseles font fresials, Braiels, coroies, dras de soie. Google continnualie in sententia. continuatin in Contrarin. continualio in acclusione, Compar. ‘uniliter cadens, imiliter desinens. permirtum, annominntio. subect 10. LABORINTUS. _ 353 Norte, die, psalmis, fletibus ille fugit. 465 Qui sibi praesidium parat in virtute Supremi, Hostis non poterit impietate premi. Non Inimicus obest illi, qui se dat amicum Mandatis Domini, paret, obedit eis. Et quia callidus est hostis, celer ad nocumenta, 470 Ne noceat caveas calliditate tibi. Sit tibi pura fides : pollent pietate fideles ; Sit tibi spes melior; sit tibi firrmus amor. Haec tria virtutis sunt semina, causa salutis. Ut salvus plene sis, operare bene. 475 Carnem vi mentis supera; propera documentis Sanctis munditiam cordis habere piam ; Si cariem carnis sequeris, virtute carebis : Est fomes viti, foeda, canina caro. | Quare transgrederis ? Num cogit mundus ? At iste Roman des eles 563 : [li vins] Remest si nes, si purs, si fins, Si biaus, si clers.… Compar. — Vengeance Raguidel 4729 : Li fiert el pis sous la mamele, Le fer li mist en la forcele. Méraugis 192, 5 : Tu m'as feru, je te ferré. Similiter cadens. — Songe de Paradis 1065 : Tout adiès est il jours sans nuit, Sans fausseté i est vretés, Et riquoise sans povretés, Et joie fine sans tristece.… Similiter desinens. — Vengeance Raguidel 3286 : Lors veissiés ces chevals corre, Et escu fendre et estroer, Helmes brisier et embarer, Cervals espendre et bras trencer. Annominatio. — Voir ci-dessus, p. 93 et suiv. Subjectio. — Vengeance Raguidel 4584 : U irai je? Par foi ne sai! Taurai li je? Taurai? Nonal : On me tenroit por deloial.. FARAL. 23 Google yradatin. definitio, transitio. correctio. occupalin, disjunelum. conjunrtum, 354 ÉVRARD L'ALLEMAND. 480 Contemptus languet, nilque visoris habet. Num caro? Sed picta subjecta jacet rationi. Num daemon? Leviter sed superabis eum. Est ergo culpae non ex te causa, sed in te : Sponte voluptatem concomitaris homo. 485 Te capit, et captum sternit, stratumque catenat, Teque catenatum ducit ad ima lacti. Est Sathanae laqueus peccatum, quo trahit omnes Ad mortis laqueum, quos laqueare potest. Quomodo te fallit, audisti : quomodo punit, 490 Audi. Damnatum sulphuris igne premit; Non premit, immo malum totum consumit in igne; Sed non consumi spirilus igne potest. Praetereo quae sit poenarum mazxima : non est Concessum misero posse videre Deurn. 495 Peccatum mortem fecit, poenamque creavit, Causam corporeae debilitatis habet. Poenas terrore fuge, vel virtutis amore : Gradatio. — Erec 6407 : Si se deshuesent et atornent. De lor beles robes s'atornent. Quant bien et bel atorné furent, Por aler a la cort s'’esmurent. A cort vinrent... Definiko. — Guernes, Vie de saint Thomas 3508 : Dous poestez suz sei fist [Dieus] en terre ordener : Des proveires est l'une; a Dieu doit minestrer ; Cil sunt esperital, uns les deit honurer. Des princes en est l'altre; del lut sunt terrien. . Transilio. — Cligès 710 : Or vos reparlerai del dart.… Correctio. — Philomena 397 : Sa folie son savoir vaint. Folie? mais amors, ce cuit. Disjunclio. — Philomena 76 : Atant se sont en mer anpaint, Tandent les cordes et les voiles, Et san vont au cors des estoiles. Conjunclio. — Charelle 1722 : Ne an mon cors, ne an mes armes N'avrai je puis nule fiance, Ne an m'espee, n'en ma lance. Google adjunctum. conduplicatin, interpretatin, commautatio. permissio, dubitatin. expedilio, dissolutin, LA BORINTUS. _.. 355 Poenae terrore sis, [sis] vel.amore pius. Est tibi proposita via vitae, vel via mortis; sut Quam vis introeas : ista vel illa patet. Dic, homo perdite, perdite dic, cur negligis illum, Illum, qui pro te mortis amara bibit ? Vulnere detersit tua crimina, sanguine lavit : Hostem devicit supposuitque tibi. 505 Sed vitanda petis, miserande, petendaque vitas, Et fugienda facis, et facienda fugis. Dic potius : « Tibi me committo, tuae pietati Totum submitto; parce, benigne Jesu! » Nescio si « simpler » vel « stultus » sit tibi nomen; 510 Vel magis « insanus » hoc puto nomen erit. Simplezx, vel stultus, vel sis insanus oportet. Non es simplez, nam sunt mala nota tibi; Non etiam stultus, quia nosti quo sit eundum : Quod sis insanus hac ratione patet. 515 Fraudibus intendis : auges bona temporis, illis Adjuncliv. — Perceval 7668 : Fisent lor mal et nos grans biens. Conduplicatio. — Erec 2895 : Vassaus, vassaus, car retornez t Inlerpretatio. — Voir ci-dessus, p. 63. Commutatio. — Wace, Brut 10323 : Muit me desdaigne en mervillant Et me mervel en desdegnant. Permissio. — Erec 2891 : Et Deus! comant li dirai gié? Il m'ocirra. Assez m'ocie! Ne leirai que je ne li die. Dubilatio. — Cliges 1397 : Que dirai je, fet ele, primes”? Apelerai le par son nom Ou par ami? Erpedilio. — Erec 3162 : Je voi bien que mes sire panse Tant que lui meïsmes oblie; Donc est bien droiz que je li die. Dissolutio. — Guernes, Vie de saint Thomas 22 : Lessiez la vanité, entendez al sermun. Google prarcisio, conclusio ; h) ee de pensée : distributio. licentia, diminutio, descriplio, divisie. frequentalio, exæpolitio, sermocinatio, contentio, similitudo. eremplum. tag, 356 , (A. I © D30 540 ÉVRARD L'ALLEMAND. Invigilas. Finis non tibi cura manet. Summa dies veniet; positis in parte sinistra Dicetur.. sed plus dicere nolo tibi. Non est certa dies mortis : re certior omni Mors est. Erroris ergo relinque viam. Verborum sunt terdeni bis tresque colores, Quos sinus insertos carminis hujus habet. Thematis interior vultus cum vult redolere Floribus, hoc rerum scemata pono modo : Pastoris qui nomen habes, sis forma beatae Vitae, quam debet subdita turba sequi. Pace tua dico : non Chr'isti, sed tua quaeris; . Lucri te ducit exitialis amor. Non minimum quod habes, nimium sed dicere volo, Divide, non cumula : pauper et inde ferat. Instrue subjectos, vel plebs, ut ovis vel ut haedus, Errabit; vigilans sis velut Argus ei. Ezxemplum, dogma duo sunt : hoc instruit, illud Allicit. Errantem sic revocare potes. IUli non parcas : est fur, latro, leno, superbus, Invidus, exactor, ambitiosus, iners. Sordes evellas; exstirpe crimina, quantum | Est in te, quantum sit tibi posse datum. Saepe tibi dicas : « Ego non vivo mihi sol, Sed multis honor hic est aliunde datus. » Insipiens audes de multis sumere curam, Prudens de paucis quam vir habere timet. Daemon commissis tibi non minus insidiatur, Quam lupus esuriens insidiatur ovi. Suntque malt plures justis, Nasone fatente : Implentur numeris deteriora suis. Quotidie, tamquam rapidus draco, circuit hostis, Praecisio. — Cligès 1398 : Se je l'osoie ami clamer.… Osoie? Qui me le chalonge ? Conclusio. — Cligeès 1033 : Mes d'une chose me despoir, Que cil n'ama onques, espoir : Et s'il n'aime ne n'a aimé, Donc ai je an la mer semé. Google effectio, æ” 350 notation, . sermocinatio, Fr 99 confirmatin. 560 significatio per ambiquum. per convenien- 565 liam, per praecisionen. per similitu- dinem), 970 breritas, demonstralio, p” 975 550. .Ws. 571. Ms. i. LABORINTUS. 397 Quaerens quem raptat unguibus, ore terat. Est hosti fidei caput intonsum, gena fulta Barba, cui macies” extenuata riget. : Îste sub hypocrisi permulcet nectare linguae Indoctos, virus inde” propinat eis. Acclamans aliis, pastori dicit aperte : « Cum tu nos doceas plurima, pauca facis. Quod tua lingua sonat, manus hoc operetur »; at ille : « Non pensare manum, sed mea verba velis. » Subjicit hic : « Ea, quae dicis, si vera putares, Expleres opere, quod tua lingua tonat. » Sic tua vita refert : « Licitum tibi, subdite, credas Esse, tuus pastor quod facit absque metu. » Deminuit vita vires verbi mala, stultus Ut vix peccatum luxuriare putet. Est hic egregius pastor prudensque patronus Curam commissi dignus habere gregis ? Et dixi, pastor, si corripitur, rubet*; instes Plus, pallet; metus hinc patet, inde pudor. Pallor et iste rubor, pastoris nuper in ore….. Sed taceo : nolo dicere plura modo. St non pro merilis, sed pro virlute gravaris Sola, non debes immemor esse Joseph. Fraternus livor gravat hunc, Aegyptus honorat; Esuries fratres attrahit, ille fovet. Gratia cum puero naturae plena faveret, Firmus ei patris invipilavit amor. Insuper apta puer quia vidit somnia, fratrum Spiritus invidit : combibit ira dolum. Praevidit dolus* insidias. Puero veniente Dixerunt : « Somnus cut favet ecce venit. Occidat et videamus ei quid somnia prosint. » Sed Deus innocuo vera medela fuit. | Venditus Aegypti praefectus claruit. Omnem À fflixit terram non moderata fames : Suffecit panis Aegypto; namque salutis Sola Joseph cura dispositura” fuit. vel facies. — 552. dictum vel inde. — 565. Le ms. ajoute et si. — d. — 584. Ms. depositura vel d. Google 990 995 600 605 610 615 ÉVRARD L'ALLEMAND. Defecitque Jacob alimonia, cumque timeret Pro pueris, venit nuntia fama ferens : Fruges Aegyptus vendit. Fratres abierunt Deni, patre suo praecipiente Jacob. Deficiente cibo rursus rediere, parenti Dixerunt : vivit filius ecce tuus. Spiritus illius et vita revixit, el inquit : « Ne mors praeveniat, vado videre Joseph » ; Venit in Aegyptum nato mediante receptus Israel, et Dominus multiplicavit eum. Bis denis redolet hoc carmen floribus. Unum Excipe : non unum possidet ille Ilocum. Hos via dictandi recipit flores; dabit illam Bernardi major Summa minorque tibi. — L. L'étude des auteurs. Viribus apta suis pueris ut lectio detur, Auctores tenero fac ut ab ore legas; Elige quod placet et lege; perlegis ecce sub uno Ordine, quos traxit gloria fama mei. Semita virtutum catus est Cato, regula morum, Quem metri brevitas verba polire vetat. Veri cum falso item Theodolus arcet : In metro ludit theologia sibi. Instruit apologis, trahit a vitiis Avianus, Sed carmen venit pauperiore colo. Aesopus metrum non sopit; fabula flores Producit, fructum flos parit, ille sapit. Quae senium pulsant incommoda maxima scribit, A se materiam Maximianus habet. Vulnus amoris habet in pectore Pamphilus; illud Pandit et antidotum subvenientis anus. Ludit Geta gemens quod captus Mercuriali Arte Jovem lectus Amphitryonis habet. 609. sopil : glose : « id est dormit ». 603. Les Disliques de Calon. On remarquera que, dans son énumération, Evrard caractérise chaque auteur par un adjectif, un nom ou un verbe dont la racine fait allitération avec le nom propre. — 605. Le Theodolus. — 611. Maximianus, Elegiae. — 613-614. Le Pamphilus. — 615-616. Le Geta (ou Amphitryo) de Vitalis Blesensis. Google LABORINTUS. 359 Persephones raptum qui compto carmine claudit, Arte nec ingenio claudicat ille suo. Statius Eyacidem stantem cultu muliebrni, 620 Virtutem prodit calliditate viri. Quam sollemnizat usus, tibi turba colenda Ovidiana magis; quid ferat ille, patet. Sunt libri satyrae Venusinae bis duo; vultus Sit licet his durus, utilitate placent. 625 Non juvenis satyra sed maturus Juvenalis Nudat nec vitium panniculare potest. Verrucis animi non parcit Persius, alti Ingenüi, quamvis sit brevitatis amans. Circuit et totum fricat Architrenius orbem, 630 Qualis sit vitii regio quaeque docet. Vergilio servit triplex stylus, et tria thema Praebent : bos et ager, historialis apex. Statius eloquii jucundus melle duorum Arma canit fratrum, sub duce quaeque suo. 635 Lucanus clarae civilia bella lucernae [mponit, metro lucidiore canit. Lucet Alexander Lucant luce; meretur Laudes descriptus historialis honor. Rufini sordes et virtutes Stiliconis 640 Cui dant thema sapit hic Eliconis opes. Dat Frigius Dares veraci limite causam Excidii Trojae, seditionis onus. Instruit in Trojam Graecos et pandit Homerus Quae vehat unda rates Argolicumque dolum. 645 Sidonei regis qui pingit proelia, morem Egregium calamus Sidonianus habet. 617-618. Claudien, De raplu Proserpinae. — 619-620. Stace, Achilléide. — 621- 622. « La foule célébre des écrits d'Ovide qui doivent être tes modèles préférés. » — 623-624. Les Salires d'Horace. — 629-630. Jean de Hanville, Archilrentius. — 631- 632. Les Bucoliques, les Géorgiques et l'Énéide de Virgile, considérées respective- ment comme types des styles simple, tempéré et sublime. — 633-634. La Thebaide de Stace. — 637-638. 11 s'agit de l'Alerandreide de Gautier de Lille. Entendre : « L'Alerandréide a un éclat digne de Lucain. » — 639-640. Le Contre Rufin el l'Éloge de Stilicon de Claudien. — 641-642. Le De ercidio Trojne du pseudo-Darés, résumé aride qui justifie l'expression Limes, « raccourci ». — 643-644. L'Jlias lalina. — 655-646. Sidoine Apollinaire, réputé comme maitre de style. Google 360 ÉVRARD' L'ALLEMAND. Christicolas acies Solimarius armat in hostes Christi, solius plenus amore crucis. ‘ Herbarum vires declarant carmina Macni, 650 Servat mellinnis (?) hunc Medicina suis. Naturas lapidum varias variosque colores Qui ponit, lapidem non sapit ille metro. Petrus Riga, petra cujus rigat intima Christus, Legem mellifluo texit utramque stylo. 655 Contemnit paleas Sedulius; eligit aptas Res evangelii, sedulitate metri. Non aret serie metnri, sed floret Arator Doctus; apostolica facta decenter arat. Virtutem prudens Prudentius armat in hostem; 660 Quo vitio victo gaudeat, ille docet. Septenas quid alat artes deseribit Alanus, Virtutis species proprietate notat. Tobias in agro veteri lascivit, et aeque Re juvat et metri nobilitate placet. 665 Ars nova scribendi speciali fulget honore, Rebus cum verbis deliciosa suis. Quod pueri potent tibi Doctrinale propinat, Pnisci doctoris utiliora legit. Graecismus recitat peperit quas Graecia, voces, 670 Quas Latium dat quae significata ferant. Bis tres conjungunt prosae modulamina metri, 647-648. Le Solimarius de Gunther de Pairis (lin du xni° siècle), dont nous n'avons conservé qu'un fragment de 240 vers. — 649-650. Le De viribus herbarum placé sous le nom de Macer Floridus. — 651-652. La rédaction en vers, attribuée à Marbode, de la Lettre d'Evar. — 654-655. L'Aurora de Pierre Riga. qui expose l'ancienne et la nouvelle Loi. — 655-656. Sedulius, qui, dans la dédicace de son Carmen paschale, déclare renoncer aux frivolilés de la poésie profane en faveur de la poésie religieuse. — 657-658. Le De Aclibus apostolorum d'Arator. — 659-660. La Psychomachia de Prudence. — 661-662. L'Andiclaudianus et le De planctu Naturae d'Alain de Lille. — 663-664. Le Tobias de Matthieu de Vendôme. — 665- 666. La Poetria nova de Geoffroi de Vinsauf. — 667-668. Le Doctrinal d'Alexandre de Villedieu. — 669-670. Le Grécisme d'Évrard de Béthune. — 671-684. La glose dit : « Hic nominal auctorem qui vocatur bis res. Procedit rigmatice et metrice ita quod sex metra correspondent prosae. Non noiminat ipsum perfecte, sed credo quod potest esse ille auctor qui incipit Parysiana jubar. » C'est évidemment pure sottise. Évrard annonce en bloc les six ouvrages qu'il va énumérer et où les vers se mêlent à la prose, à savoir : {° le Sentenliarum ex operibus Augustini delibatarum liber de Prosper (en prose), auquel fait suite l'Epigrammalum liber (en vers); 2° l'Ars versificaloria de Matthieu de Vendôme; 3° un traité des homonymes, soit Google rersus anpplicati | 675 680 685 690 695 700 LABORINTUS. 301 Tali lectores alliciente modo. Fontibus e sacris haurit quae dogmata fundit Prosper, doctrinae prosperitate placet. Scribentis regit arte stylum Rufoque negante Laudem Matheus Vindocinensis habet. Enumerat, probat exemplis Liber aequivocorum, Dictio quot sub se significata gerat. Felici scribente stylo Felice Capella Nubit Mercurio Philologia deo. Eximia ratione boat Boetius, ut det Solamen misero Philosophia viro. Tractatum tuitulos laudis Bernardus habentem De gemina mundi partitione facit. Quam plures ali metri dulcedine quadam Ducti se legi supposuere meae! 9. De la versification métrique. Hos taceo quos fama tacet, sed nolo tacere Quae teneat pueros metrica cura tuos. [los sollicitat dum metrica cura, cor urit ; Debent notitiam legis habere meae. Ad aumerum versus quod reddat quisque secundum Ingenti vires exige, coge suas. Plana Neoptolemis metri via convenit; 1lla Tempore procedant conveniente sibi. Cum fuerit vigor illorum major, magis illos Sollicites : currant ium graviore via. Ergo vias metri graviores scire teneris, Quas ego distinxi pluribus ecce modis. A. Des vers rapportes. Sunt quae praemissis reddunt sua singula verba Carmina, quac tali sunt modulanda modo : celui qui commence par Auguslus, -li, -Lo... (en vers, et peut-être entremélé d'une glose en prose), soit plutôt celui qui commence par Quia scire dislinguere sophis- tam... (en prose, entremélée de vers dont le premier est À nomen signal, trahülur, etc., et probablement dù à Jean de Garlande); 4° les Noces de Philologie el de Mercure par Martianus Capella; 5° la Consolalion de Philosophie de Boece; 6° le Megacosmus et le Micracosmus de Bernard Silvestre. 1. On appelait aussi ces vers singula singulis. Google 302 ÉVRARD L'ALLEMAND. Parcus, avens, cupidus extendit, fabricat, auget, Prata, domos, agros fraudibus, arte, dolo. Cor, manus, ingenium fingil, parat, invenit artem, Divitias, fraudem mente, labore, dolo. PB. Des rimes. rersus leonini, 05 Sunt inventoris de nomine dicta Leonis Carmina, quae tali sunt modulanda modo : Pestis avaritiae : durumque nefas simoniac Regnat in Ecclesia liberiore via. Permutant mores homines, cum dantur honores : 710 Corde stat inflato pauper honore dato. rersus caudati, _Sunt et caudata simili quae fine tenentur Carmina, quae tali sunt modulanda modo : Non lignis. flamma, nec rebus cor saliari Praecupidum poterit in ratione pari. 715 Quod prosit, non quod deceat cupidus sibi quaerit ; Sic in eo vitae regula justa perit. caudati ventrini, Sunt medio quae conveniunt et fine vicissim Carmina, quae tali sunt modulanda modo : St tibi nota seges est morum, gratus haberis ; SE pirtutis eges, despiciendus eris. 720 Criminibus mersos toto conamine vites : À viliis tersos cordis amore cites. candati lonnini | Sunt et caudatis pariter conjuncta Leonis Carmina, quae tali sunt modulanda modo : Virtutem sequere, virtutis praemia quaere; 725 Omnia vana tere lucis amore merae. Virtus laudis emit pretium, bona res mala demit : Hanc dum lingua fremit, pessima saepe premit. serpentini. Sunt ad principia quorum fines referuntur Carmina, quae tali sunt modulanda modo : 7130 Hoc moneo ne fas fore credas, optima rerum Ut carpas, verum prodisiale nefas. Est Domini donum puri devatio cordis : Contemptus sordis initiale bonum. 1. Ou leonini commirli, ou leonini duplices. Google iarsulati nomi- nales 1, clanusulati ver- hales :. clausulati mixrti. wo normine el uno rerbo, clatusrdlati unr rerba el ducbus nnuintbux., PeTsUSs JIrAEntS- sornm resump- finies. repsus reriprorti), 736 740 760 765 . Ou clausulali duobus nominibus. — 2. 3. Appelés aussi recurrentes par Sidoine Apollinaire, Ep. VIN, 15. LABORINTUS. C. De l'arrangement des mots. Nomina nominibus se concubina maritant. Ad Christi matrem sic modulare piam Aaron virga, rubus Moyst, lampas paradisi, Caeli porta, decus virginitatis, ave! Funda David, radix Jesse, vellus Gedeonis, Pacifici solium, foederis archa, vale! Sunt metra verborum quae combinatio jungit. Ad Christi matrem sic modulare piam : Consolare, queror; retine, trahor; erige, labor ; Respice, seducor; auxiliare, premor. Deficio, refice; languesco, medere; putresco, Ablue; delinquo, corrige; tardo”, trahe. Solum cum solo se jungit nomine verbum. Ad matrem Christi sic modulare piam : Captivo succurre; malo miserere; gravata Compatiare; pigro consule; surge reo. Aspires fragili; faveas humili; domineris Subjecto; remove flebile; tolle malum. In metris clausas distinguit dictio triplex. Ad Christi matrem sic modulare piam : Excute naufragü fluctum; concede salutis Portum ; depressis propitiare viris. Femineum serum conforta; bella malorum Pacifica; precibus imperiosa juva. Praesumo voces, quas ordine deinde resumo. Ad Christi matrem sic modulare piam : Clerum cum populo pia parifica, rege munda Mundi per maria, stella Maria maris. Pacifica pacis mater, rege, filia regis, Munda mundana” flamine plena sacro. Haec quae subscripsi* sunt metra reciproca dicta, Dimidium primi fine sequentis habent : Filia flecte patrem natum materque precare 746. Ms. cado. — 764. Ms. preservata vel m. — 765. Ms. perscripsi. Ou clausulatli duobus verbis. — Google 770 Tutos; succurre, praevia stella maris. versus retrgradi Retro recurro, metra scando dum talia : Justis de Supplico virgo tibi sacra, repelle probra. Probra repelle; sacra tibi virgo* supplico justis. Talia dum scando metra, recurro metrum. D. De quelques formes de l'hexamètre. 775 Legem pentametri quaedam quae non patiuntur Carmina sunt vartis sic modulanda mods : élit catenals Virgo beata salusque parata, benigna precanu, CORNE Dona rogata dabis cumulata tibi famulanu. dact rer 780 Solvere vincula, pellere singula noxtia cures; Sunt mala saecula, sunt modo regula” pessima plures. RL” rel Qui regis omnia, tolle prementia matris amore, Da tua gaudia fine” carentia sive dolore. ceraus. sai Cum sentis, mentis sit par; mala fare reatus 785 Ad matrem, patrem matris fuge, flere paratus. np Fac, pia, flagto, regia, clamito, stirpe puella, les roi Hostica spernere, caelica cernere, splendida stella. PT PT Fac pia regia, flagito, clamito, stirpe puella, eee ee Hostica caelica spernere cernere, splendida stella. os 190 Spes miserorum duxque piorum, /florida vius, Fons bonitatis, lex pietatis, sis mihi mitis. adonici biformes, Cellula mellis, fundis odorem, virgo serena, | Nescia fellis, cui dat honorem nostra Camena. ndonicitriformes. Optima rerum, lux mulierum, dirige clerum; 195 Hanc, homo, cura flectere pura non prece dura. aoniei Tradideris miseris sceleris purgamina servis; Tutus erit, poterit, reperit quite, pia, quaerit. ritrogradi. Felices illae sunt linguae, dicere mille Quae poterunt tibi laudes, caeli culmine gaudes. bicipites. 800 Grata parata veni, quaerenti certa reperta, ÉVRARD L'ALLEMAND. Pro natis Évue, filia flecte patrem. Praevia stella maris de mundi redde procella Dia Maria, Dei genetrir pia, digna, benigna. 773. Ms. s. virg. t. — 781. faecula ? — 783. Ms. magis. 184. « Sallicum saliens melrum, vel Paulinuin ab inventore » (Leyser). Google erSus in se redeuntes, 805 verst decisi, 810 reticulati. 815 820 825 830 LABORINTUS. 309 Carmina fingo modo, sed quae modo carmina finso Qualiacumque fero, sed quae fero qualiarumque Scribere jussit honor, sed honor quae scribere jussi, Est regina poli meliori carmine digna. Sordibus immundos mundos fac esse regentes Gentes, o Domina, mina”; prece da, benedicta Dicta, remordentes dentes vitar'e rebellis Bellis, tormentis mentis qui gaudet : adesto, Esto, non rosa rosa, solamen miserorum. Lumen sanctorum, spes mitis, regia mater, Sanctorum requies, trepidi dux, vitis honorum, Spes trepidi, miseri reparatrix, semila pacis, Mitis dux, reparatrix mundi, juris origo, Regia” vitis', semita Juris, gloria dulcis, Mater honorum”, pacis origo dulcis, aveto. E. Défauts à éviter. Plunbus in metris ea, quae debes imitari, Vidisti; quae sunt effugienda, vide. Pentameter debet vinc(u)lum vitare sequentis Hexametri. Foedus anterioris habet. Hexametro nunquam, vel raro, quam parit una Syllaba vel quina, dictio finis enit. Pentameter praeter dissyllaba cuncta relegat Sedis postremae de regione suae. Crebrae concurrunt vocales : surgit hiatus : Hunc hostem series carminis omnis habet. Litera non veniat eadem repetita frequenter Et nimis assidue : displicet illa metro. Ejusdem verbi repetitio tollit honorem Versiculo, si sit immoderata nimis. Adducunt labem voces, quas terminat idem Finis, si veniat saepius absque modo. Lucida si verbi trajectio vel manifesta Non fuerit, metro dedecus illa sedet. 807. Ms. nimia. Vers d'ailleurs faux. — 815. Ms. Regula; lucis. — 816. Ms. honoris. Google 306 ÉVRARD L'ALLEMAND. l. Miseres du maitre. 835 Talibus instructus sedet in laqueo laborinti, Carcere clamoso luctisonaque domo. Tarda venit gravitate pedum Genitrix elegorum ; Maesta refert, maesti compatiendo malis : « Affligunt miserum cathedrae pestes, labor, ira”, 840 Paupertas : te plus torquet avara manus, Quae non dat gratis, quod gratia postulat, immo Se facit ingratam conditione Deo. L'achat d'une Gratia quem genuit, Simoniae filius esse oi Audet : pro pretio spirituale locat, 845 Formandi pueros venditque* licere, nec illud Dissuadet Simonis perditione timor. Quae Veterum statuit celebris devotio, tollit, Vel minuit, plene percipienda negat. Vel dat avaritiae velamen legis iniquae, 850 ‘Jus fingit, quod te cogit habere ratum. Mercedis socius, sed non vult esse laboris ; Absque metu, quod non seminat, ipse metit. Hic jubet, estque tibi parere necesse jubenti Prompta servitii sedulitate tui. 855 Si non mancipii ritu mandantis obedis *Praeceptis, pacis integritate cares. A Hoc etiam deflet querimonia nostra laboris Quod sic decrescunt emolumenta* tui. Sudoris pretium mendax astutia, primum 860 Quod tibi promisit, apocopare solet. Hic pretium tibi dimidiat, totum negat alter, Vociferans natum nil didicisse suum. Iste dedisse tibi jurat quod non dedit. Ille Dat mellis verbo plurima, pauca manu. 865 Ne merces pereat tua, mercenarius actor Tristis ad antidotum judiciale fugis. Judicis examen si quid dat, dividit illud 839. Ms. p. que laboris. — 845. fs. licuitque. — 856. Suppléé d'après Leyser. — 858. Ms. emolimenta. 843 et suiv. Cf., au sujet de l'exigence des chanceliers, le poème de Serlon de Wil- ton publié dans la Romania, t. XLVI, 1920, p. 265-6. Google LABORINTUS. AS ep =] Lingua patronantis, nec tua bursa tumet. “Est tibi causa tuae paupertatis triplicata, 870 Major prima, secundaque maxima, magna sequensque. Les snfauts Corruptae quidam sunt indolis, ut meliora dus Displiceant, placeant deteriora sibi. Factis illicitis, inhonestis, turpiter audent Aetatis florem depretiare suum. 875 Non placet his cera, sed nummus; non stylus, immo Talorum jactus; non trocus, immo globus. Pro studio cauponam, pro doctore tabernae Provisorem, pro codice scorta colunt. Cum non sunt puri, nec sunt pueri; puerile 880 Nil factiunt, nec se purificare solent”. | Depuerant pueros alios vitiis quia puros* Inficiunt : scabie sic ovis urget oves. Effrenes quosdam vexat vesania mentis; Frenum non dat eis excoriata cutis. 885 Non hos mel verbi, monitus urtica, cicuta Virgarum paci conciliare potest. Jurgia dictamen, convicia lectio, pugna Metrum, lis norma talibus esse solet. Jurgia dulcescunt, sapiunt convicia, pugna 890 Convenit, et redolent litigiosa feris. a hi. Decipiunt multi natura vulpis iniquae, In ficta fabricant simplicitate dolos. Angelicum vultum praetendunt, daemonis artem Occultant, fraudis ebrietate fluunt. 895 Limum sub gemma, sub melle tegunt aconita, Spinam sub flore, sub speculoque lutum. Gaudent si socios occulte laedere possint, Insontes culpis ins[t}imulare student. Simplicitas simulata, mali simulatio simplex 900 Incautos telo praegraviore ferit. La prétention. Non paucos inflat ventosa superbia, pestis Luciferi, caeli perniciosa lues. 869-870. Ces deux vers sont d'une main plus recente. — 880. vel volunt. — 881. vel plures. 868. Contre les avocats. Cf. v. 108. — 876. érocus. Glose : « Species ludi olim nobilioris, liciti. » Globus : « Ludus vilior pilae, illicitus. » Cf. A. Thomas, Annuaire de l'École des Hautes Études, 1919-1920. Google La sotlise. Les esprits fogitifs. L'instabilité. Le goût du changement. Le manque de zèle. Dureté de Ja vie, 368 905 910 920 930 940 ÉVRARD L ALLEMAND. Forma, scientia, res parat haec, parit illa ruinam ; Impia mater adest, impia nata ruit; Elatosque parens haec perniciosa, ruinae, Invidiae proles duplicitate necat. Hi spernunt humiles nullosque pares patiuntur; Cunctis se paribus dispariare student ; In reliquis dominari, prae reliquis venerari Arbitrioque volunt liberiore frui. Argueris verbis : vesicae more tumescunt; Ranizare parant turgidiore sono. Castiges vergis : furit indignatio; vultus Defluit, ut cera liquitur igne nova. Sunt hebetes : formam prius inscribes adamanti Quam capiant, quod eis traditione seris. Intus contemnit ictus, et ager lapidosus, Quamvis grana seris, fructificare negat. Malleat assidue, nec ferrea corda monetat Lingua, caput cruciat labilitate tuum. Sunt qui doctrinae cedunt velut unda sigillo : Quod subito capiunt, inveterare nequit. Est cerebrum fluidum, vas futile, vas sine fundo, Vas in quo fusi nil remanere potest. Quos facit instabiles levitas mentis, locus unus Non placet his studn, sed duo, sive decem. Est certus super his ut qui cauda tenet anguem : Servitii poscis emolumenta : fugit. Prothea praesentant ali; variata voluntas Exterius vultum divariare solet. Displicet his quod jam placuit, studioque petita Spernunt, jam spreta concelebrare student. Mane, petendo scolas, qui cum testudine serpunt, Saltatu leporis vespere tecta petunt. Quaelibet hora brevis discendi longa videtur, Cessandique dies emutilata sibi. Doctrinae verbum placet invitis ita, sicut Taxus api, catto balnea, virga cani. Non poterunt Algorismi bis quinque figurae Causas offensae dinumerare tuae. Pestis majoris querimonia nostra laboris Original from | Digitized”"8y Got gle UNIVERSITY OF MICHIGAN es punilions. 950 955 965 970 LABORINTUS. 309 Non poterit breviter non meminisse tui. Cor tibi decoxit curae studiique caminus, Afflixit corpus Parisiana fames. Sicut Parisius est divitibus paradisus, Sic est pauperibus insatiata palus. Deinde tibi fornax fuit Aurilianis, alumna Auctorum, Muse fons, Heliconis apex. Unde reversus eras nudatus veste, lacerna, Pallidus, exilis corpore, rebus inops. Sed nunc cura gregis te mancipat, urit et artat Offici jure, sedulitate, metu. Pervigilata tibi face nocturna, recitata Saepius excerebrat lectio mane caput. Taedia multa tibi surgunt, sibi condita quisque Dum reddit, solo te residente loco. Nec minus affligit te declamatio manc Et sero pueris continuata tuis. Dicere materias puerorum viribus aptas Crux gravis est curae quotidiana tuae. Versus audire, naevos ostendere, limam Addere, non levis est versiculasa lues. Quamwvis quotidie repetas dictando salutem. Eventu tamen est haec aliena tibi. Dogmatis in cathedra de lana saepe caprina Officium sedis judicialis habes. Surgunt hinc inde puerili mente querelae, Aures convellit vox lacrimosa tuas;, Partibus auditis quidquid disponis in illis, Virgae censura praecipis esse ratum. Res onerosa ubi culpis infligere poenam, Multotieus multas” dissimulare graves. Si tua dissimulat industria pro puerili Culpa, lingua patris asperitate furit. Respondet culpae sua debita poena*, parentum Te pulsant irae, jurgia, probra, minae. Computus omnis erit insufficiens numerare In cathedra lites quot patiare graves. Quod sit onus, nec honor, probat experientia veri, 977. rel poenas. — 975. Ms. culpa r'el poena. FARAL. | 94 Google Les rivaux. / 370 980 985 990 1000 1005 ÉVRARD L'ALLEMAND. Diversas rudium tot cohibere manus. Ascendunt cathedram qui non didicere, docere Praesumunt, spondent plurima, pauca ferunt. Plus nomen sine re, quam rem sine nomine quaerit Simia doctoris : hoc patet, illa latet. Indocto doctus cédit, quia plus placet alter, Quo placata manus substituentis erit : Psittacus anseribus, cornici cignus, alauda Ascalapho, corvo dat Philomena locum. Fessa labore viae metam figo, metra claudo: Claudico, pes nutat integritate carens. » 7. La versification rythmique. Sarcina doctoris qualis sit, qualis habena, Percurri calamo fragili. Calamus subit ecce Alter, cujus erit non magna diaeta docenti. Sollicito non sit ignota peritia, cujus Clauditur in numero vis tota : quod indicat ejus Nominis indicium : numerum nos dicimus illud, Quod Graeci rigmon. Trahit hinc ars rigmica nomen. Et sunt qui numerant tria : membrum, syllaba, finis Consimilis melica vox, cujus mel pluit auri. Est rigmus varius : simplex est unus, et alter Compositus. Simplex, cujus non sunt variatae Partes, sed similes. E contra non habet aequas Compositus, sed dissimiles. Modulatio rigni Simplicis est varia, quae tali luce resplendet Exempli. Videant oculi quod dicitur auri. I. RYTHMES SIMPLES. 1. Vers spondaïques 1, 1. Fac, Maria, [quadrisyllabes spondaïques rimant par Coecis via, deux) Maris stella, 1. Dans la versification rythmique, le spondée, selon la terminologie des théori- ciens du moyen âge, est formé par la succession d'une tonique et d'une atone, l'iambe par la succession d'une atone et d'une tonique. Google LABORINTUS. 371 Dei cella, Me vitare Et calcare Mundi caenum Malo plenum. Sordibus immundus Non est mundus mundus. Ejus in sentina Gravis est ruina. Quamvis sit in hora Florens, sine mora Mundi res arescit Et cito decrescit. Hic mundus est sophista : Quod promittit in ista Via vitae non solvit, Ad alios devolvit Quaesituin in labore, Possessum in timore. In vestitu deaurato Quae assistis regi nato, Virgo mater speciosa, Mundi placa procellosa. Florens rosa sine spina, Dulcis aegro medicina, Culpae veniam propina. Medicinam aeger quacro. Si me sanas, sanus ero : De te, rosa, non despero. Mundi salus et regina Aurem tuam huc inclina A tabe me serpentina Purga; mundum fac, festina. Caeli decus et lucerna, Thronus regis, lux superna, Angelorum laus aeterna, In hoc salo me guberna. Google [hexasyllabes spondaïques, rimant par deux] [beptasyllabes spondaïques, rimant par deux | [octosyllabes spondaïques, rimant par deux] [octosyllabes spondaïques, rimant par trois] [octosÿilabes spondaïques, rimant par quatre] 372 10. 11. 12. ÉVRARD L' ALLEMAND. 9. Vers iam biques. Ave, vena veniae, Fons misericordiae, Castitatis lilium, Trinitatis solium. Ave, mater regia, Regis nati filia, Virgo paris nescia ; Salus in exilio, Mitis consolatio, Me commenda Filio. Ex te, virgo virginum, Lucet lumen luminum ; In salutem hominum Caeli paris dominum. In tenebris oritur Lux, quae non extinguitur Nec eclipsim patitur, Sine qua nec vivitur. Christus, redemptor saeculi, Pro culpa sui populi Teneri morte voluit, Suos perire noluit. Quae bibit mortis pocula Christus in cruce singula Sunt miseris piacula: Quod factum est divinitus, Hominis cessat servitus, Qua tenebatur subditus. Pati Christum oportuit. Hostem vicit ut debuit, Sub carnis veste latuit ‘In luctu qui praevaluit. Arcem regens aetheream Assumptae carnis trabeam Cruore vexit rubeam Ad regiam sideream. Google [heptasyllabes ïambiques, rimant par deux] [hbeptasyilabes ïjambiques, rimant par trois] [heptasyllabes ïambiques, rimant par quatre] [octosyllabes ïambiques, rimant par deux| [octosyilabes ïjambiques, rimant par trois | [octosyllabes . jambiques, rimant par quatre] 13. 14. 15. 16. 1'7. LABORINTUS. 373 In coena Christo sedente [octosyllabes spondaïques, rimant par Voluptatis de torrente | trois, avec « retrocursus »] Potavit Johannes mente. Mente Johannes potavit Et ei, dum exulavit, Caelum Deus revelavit. Revelavit Deus caelum : {li vovit carnis velum Quod non sentit hostis telum. IT. RyTHMEs coMPosss. {Combinaisons de vers spondaïiques et iambiques.) Simplicium species concordi lege marites : Compositas generant. Quali modulamine currant Hujus in exempli speculo speculeris aperte. Crucis triumphale lignum I octos. spond. : . À cunctis fdelibus Le Fe farnb FM css Praedicetur laude dignum In terrarum finibus. Lignum admirabile { heptas. ïamb. ee 8 : : el 1 hexas. spond. { en FRINENCTRIREES Et mirae virtutis, Cui non est simile, Arbor est salutis. Haec est clavis maxima per quam rex caelorum [quatrains mono- Fregit vectes ferreos, portas inferorum : rimes de vers de 13 syllabes Per quam plene corruit vis daemonioruim, (t heptas. iamb. .Victus hostis perdidit praedam spoliorum. + 1 hexas. spond.)] Haec est clavis regia per quam reseratur Paradisi janua, ultra ne claudatur, Qua nullus ingreditur nisi qui probatur Esse Crucis servulus : hic ultro vocatur. Arbor nota [ 2? quadris. spond: à rimes plates et ? heptas. ïamb. einbrassant Sancta tota | ? quadris. spond.] Nostra tergens scelera, Gradus caeli, [S]pes fideli, Quaeque pellis aspera. Google 374 18. 19. 20. 21. 22. ÉVRARD L' ALLEMAND. Vexillum victoris, [ 2 hexas. spond. à rimes plates Scala peccatoris et ? heptas. iamb. embrassant È ? hexas. spond.) Crux est et redemptio, Munimen et scutum Contra hostes tutum Suo beneficio. Crux, columna perelecta, [ 2 oclos spond. à rimes plates In deserto quae erecta et 2 heptas ïamb. emmbrassant Le À _ 2 octos. spond.] Divino fulcimine Morsus sanat serpentinos, Cultos praebet et divinos Suo medicamine. Crux est salus populoruin, [ oct. spond. rimant entre eux Reparatrix saeculoruim, et ; ie iamb. embrassant : oct. spond.] Finis mortis et dolorum, Reprimit daemonia. Talentum mundi portavit, Viam vitae demonstravit, Caput hostis conculcavit, Cessavit injuria. Ligni crucis consecrator, [ 4 octos. spond. rimant entre eux el ? heptas. famb. embrassant Terrae, maris, caeli sator, 4 octos. spand.] Verae legis verus lator, Miserorum miserator, Pater almi lutminis, Tibi laudes damus vitae : Utinam demus peritae! Da post cursum* hujus vitae Ut simus Israelitae, Servi tui numinis. Mundi hujus debilia [ 2? actos. famb. à rimes plates Qui eligit ut fortia et ? heptas. spond. embrassant cie 2 oclos. ïiamb.] Omnia sic confundat. : Petrum intentum retibus Vocat de maris fluctibus, - Hic suas res pessumdat. 18-19. Dans le manuscrit, 18 et 19 se trouvent intervertis. — 21. Ms. vilam. Google LABORINTUS. 23. Caelesti tracti gratia Petrus, Andreas retia Derelinquit et Maria Ac Dominum sequuntur. Redemptoris discipuli Et piscatores populi Judices hujus saeculi Statim efficiuntur. 24. Multis fulget miraculis Petrus, suis umbraculis Per plateas in lectulis Positis, et his singulis Largit sanitatem. Mesgae invocatio, Tabitae suscitalio, Haec fidei probatio Nobis in Dei filio Praestet securitatem. 25. Persecutor christiani” Nominis Saulus, insani Lupi more, Vocis terretur clamore : « Persequi me manu, ore Bonum reris. Durum est nec potens eris Contra stimulum si quaeris Calcitrare. » Confortatus praedicare Paulus coepit affirmare : « Hic est Christus. » 26. Laurentius laureatus Bonum opus operatus Est. In fide claruit, Tyranno praevaluit. Assus clamavit de prunis : « Versa manduca quae punis; Nam opes Ecclesiae Datae sunt inopiae. » 25. Ms. veritatis. Google 379 [ 3 octos. iamb. rimant entre eux et ? heptas. spond. embrassant 3 octos. iamb.] [ 4 octos ïamb. rimant entre eux et 2? hexas. spond. embrassant & octos. iamb.] [série de ? octos. spond. + | quadris. spond., la rime du quadrisyllabe amorcant celle des octosyllabes] [série de 2? octos. spond. + 2 heptas. iamb.] 376 ÉVRARD L ALLEMAND. 27. Nycholae, flos pastorum, [? heplas iamb. embrassant Tuis precibus salventur ? octos. spond. | Et a peste liberemur. Cum sisgemma confessorum. TT. QUATRAINS A CITATION FINALE !. In valle miseriae patimur concives [heptas. iamb. + hexas. Primae matris vitio cum calore nives.. spond.] Hostis verho credidit : « Comedas et vives ». « Intolerabilius nil est quam femina dives. » (Juvénal) Adae culpae sarcina crevit in immensum, A quietc cecidit laborem in densum, Uxoris consilio dum dedit assersum, « Prodiga non sentit pereuntem femina censum. » {Juvénal) In mundo degentium multi sunt errores, Multiplex afflictio et corrupti mores, Matrum parientium varii dolores. « Nutrices tolerant fortuna urgente labores. » (Juvénal) Proniores hominum sunt ad mala mentes, Quas divellunt undique peccatorum sentes, Carnis petulantia quos fecit amentes. « Sentit adhuc proles quod commisere parentes » (Theodolus) Indulgentes plurimi cibo delicato Toto nisu serviunt ventri dilatato, Vivunt sine regula, pecus ut in prato : «‘Sunt quibus in solo vivendi cura palato. » (Juvénal) Terrarum possessio, sacci magnitudo Quibus visa fuerit magna celsitudo, Rerum sugunt copiam de Fortunae ludo. « Non missura cutem nisi plena cruoris hirudo. » (Horace) Sunt qui de miseriis et fortunis imis Aliorum gaudeant; sed tristantur nimis Si vicinis faveat Fortuna sublimis. « Invidus alterius rebus marcessit opimis. » (Horace) {. Exemples de versification du même genre dans Gaulier de Lille (édit. Muelde- ner, Die Zchn Gedichle…, elc.). | Google LABORINTUS. 317 Saeviunt in subditos, audi, dicam mira, Qui praesunt, tyrannide opprimunt et dira; Non exemplo praeeunt, sed via delira. « Seditione, dolo, scelere, atque libidine et ira. » (Horace) A caelesti lumine vitam homo nactus, In Dei servitio dirigat ut actus; Famulari domino differt piger factus. « Languida segnities hodiernos crastinat actus. » (Proverbe) Aspirante Deo tenet optatum mea portum Anchora. Sit virtus patri, sit gloria nato Spirituique decus, qui non idem sed idem sunt : Triplex alteritas, simplex essentia trino Est unique Deo, cui mundi machina paret. Lector, condoleas, Everardi carminis ullam Si cariem videas. Vigilet correctio limae, Dormiat invidiae detractio : nemo beatus Ex omni parte. Mala sunt vicina petendis*. “Explicit laborintus quem scripsit Jo. de Herent presbiler el eum perfecit anno Domini M° CCC° XLIX° sabbato post Ascensionem Doinini. Oretur pro ipso si mortuus sit. | Google IX JEAN DE GARLANDE. POETRIA\. ANALYSE. L'auteur annonce, en commençant, les divisions de son traité (p. 885) : « 1. Primo tradetur doctrina inveniendi; II. Deinde docebitur de modo eligendi materiam; WI]. Postea, de dispositione et de modo inchoandi? materiam ; IV. Deinde, de partibus dictaminis; V. Postea de vitiis vitan- dis in quolibet genere dictandi; VI. Consequenter constituitur tractatus de rhetorico ornatu, necessario tam in metro quam in prosa, utpote de coloribus materiam abbreviantibus et ampliantibus ad scribentis electio- nem; VII. Septimo et ultimo subjiciuntur exempla litterarum curialium et dictaminum scolasticorum, et versuum et rythmorum ornate composi- torum et diversorum metrorum. » Après quelques définitions préliminaires (différentes espèces de prose : prosa tegnigrapha, historialis, dictamen, rythmus; différentes formes métriques), il entre dans son sujet : I. P. 887. DE INvENTIONE. À propos de l'invention, on peut se poser les cinq questions sui- vantes : ubi? quid? quale? ad quid? qualiter? 1° ubi? (p. 887). Où chercher? Dans les personnes, dans les exemples et proverbes, dans les étymologies. 2° quid? (p. 888). Que peut-on trouver? Dans les personnes, des qua- lités ou des défauts; dans les exemples et les proverbes, une abondante moisson de traits, dont il est donné une longue liste, à titre d'exemples ; dans les étymologies, un moyen de louer ou de dénigrer. 3° quale? [p. 892). Quelles sortes d'idées? Les unes qui expriment directernent la réalité, les autres qui la font entendre par le moyen de l'insinuation. 1. Sur l'édition du texte, voir Première parlie, p. 46. Nos numéros renvoient aux pages de cette édition. | 2. Le texte imprimé porte ornandi, qui est manifestement une erreur. 3. Cette partie du traité a été publiée séparément par G. Mari, dans ses Trallali medievali di rilmica lalina, 1899. Klle a été reproduite par Habel, dans les Roma- nische Forschungen, 1. XXIX, p. 134 et suiv. æ Google POETRIA. 319 4° ad quid? (p. 893). En vue de quelle fin? Pour faire prévaloir l’hon- nête et l’utile. | 5° qualiter? (p. 893). De quelle façon ? Par l'emploi de sept « cou- leurs », dont l'effet est d'orner et d'amplifier l'idée, à savoir : l’'annomi- natio, la traductio, 14 repetitio, la gradasio, l'interpretatio, la diffinitio et la sermocinatio. Vient ensuite l'étude des formes de l'invention verbale (p. 894) : 1° De l'invention des noms (p. 894) : les noms doivent être appropriés au genre littéraire qu'on a adopté. 2° De l'invention des adjectifs (p. 896) : les adjectifs se tirent « ab affectu, ab eventu, ab habitu, a loco, a genere, a qualitate, a quantitate et, dupliciter, a qualitate exteriori et interiori ». 3° De l'invention des verbes (p. 896) : à leur propos (et, secondaire- ment, à propos du nom), étude du néologisme, de la métaphore (par passage du physique au moral, et réciproquement), de la circonlocution. La variation des cas comme moyen d'invention (p. 897). Compte à tenir des quatre sortes de causes (causa efficiens, causa mate- rialis, causa formalis, causa finalis) [p. 897]. IL. P. 897. De ARTF ELIGENDI MATERIANM, Les raisons qui déterminent le choix sont l'agrément de l'esprit, le plaisir de l'œil et l'utilité. 11 faut adopter un genre de style « breve in curialibus negotiis, prolixum in poetarum tractatibus, leve ad scriben- dum, planum ad intelligendum ». P. 898 : Quand l'idée est simple (materia levis), on peut en relever l'expression (eam reddere gravem et authenticam) au moyen de neuf pro- cédés, qui sont : « proprietates pro subjecto, materia pro materiato, consequens pro antecedente, parte pro toto, totum pro parte, causa pro causato, continens pro contento, genus pro specie, species pro genere, et e converso. » Et, à ce propos, moyens mnémotechniques pour retrou- ver les expressions dont on peut avoir besoin. P. 901 : Quand, au contraire, l’idée a trop de gravité (dificilis), on peut la rendre simple (/cvis et plana). Il convient d'abord d'écarter Îles procédés recommandés pour l'opération inverse. Ensuite, on emploie une « détermination » Judicieuse, grâce aux compléments, des différentes sortes de mots : noms, propres ou communs, verbes, adjectifs ou adverbes. I. P. 905. DE DisPOSITIONF ET MODO INCHOANDI MATERIAM. Des façons de débuter : 1° selon l'ordre naturel; 2° selon les huit modes de l'ordre artificiel {auquel s'en ajoute un neuvième, selon la manière de certains poètes antiques, qui emploient l'invocation et l'argu- mentum). P. 907 : Préceptes particuliers concernant l’art épistolaire. Google 380 JEAN DE GARLANDE. IV. P. 911. Des PARTIES DU DISCOURS. Ce sont : l'exordium, la narratio, la persuasio, la partitio, la confirma- tio, la confutatio et la conclusio. P. 913 : Des manières d’abréger la rédaction : « emphasis », « dis- junctum », « verbum conversum in participium », « ablativum absolute positum », « dictionum materiam exprimentium electio ». P. 914 : Des manières de l'amplifier : « digressio », « descriptio », « circumlocutio », « prosopopeia », « apostropheia » (cette dernière figure en subsumant cinq autres : « duplicatio, exclamatio, subjectio, dubita- tio, interpretatio »). CS P. 916 : De l'amplification par le choix des idées qui conviennent à chacun des trois styles : sublime, tempéré, simple. Exemple de style simple (conte du Vilain et de Guignehochet); et, à ce propos, du style comique. V. P. 919. Des DÉFAUTS À ÉVITER. 4° « incongrua partium ordinatio »; 2° « incongrua materiae digres- sio »; 3° « obscura brevitas »; 4° « stylorum incongrua variatio »; 5° « incongrua materiae variatio » ; 6° « finis infelix (inconveniens operis conclusio) ». L Autres défauts : solécisme, barbarisme, synalèphe, répétition de voyelles, de consonnes, de syllabes, de mots; — fautes contre les règles relatives au nombre des syllabes que doivent avoir les mots en finale dans les vers hexamètres et pentamètres; — fautes à la césure; — mélange des temps, etc. P. 925 : Observations sur le genre épistolaire. Classifications et défi- nitions relatives au genre narratif et aux divers genres poétiques. P. 927 : Préceptes divers. P. 928 : Caractéristiques du style « gregorianus » {où l’on évite plu- sieurs dactyles consécutifs ou une trop longue succession de spondées), du style « tullianus » (fondé sur l'emploi des couleurs de rhétorique), du style « hilarianus » {caractérisé par la succession de deux spondées et demie suivis d'un dactyle) et du style « isidorianus » (fondé sur l'iden- tité des sons finaux). VI. P. 930. DE RHETORICO ORNATU. Place des mots dans la proposition. P. 931 : Figures de mots et de pensée. P. 939 : Des dix attributs des personnes {« nomen, natura, convictus, fortuna, habitus, consiliun, affectus, studium, casus, facta, oratio »). VII. P. 939 : Exemple de tragoedia (récit tragique). P. 943 : Exemples de litterae curialium et de dictamina scolartum. P. 950 : Ars rythmica. Google TABLE DES MATIÈRES PRÉFACE PREMIERE PARTIE LES DIVERS ARTS POÉTIQUES. LEURS AUTEURS, LEUR HISTOIRE. CHaPiTRE |. — MaATTHIEU DE VARNDÔME. SA BIOGRAPHIE _. SES ORUVRES : 1. Attributions fausses ou douteuses : Hermaphrodite ; — Miles gloriosus; — Lydia; — Traité des synonymes et des homonymes . 2. Attributions certaines : Milo; — Lenticula et Suctrio; — Epigramma patris auctorum ; — Metra rhetorici conflictus ; — Eloge de la bière; — Phèdre et Hippolyte; — Jupiter et Europe; — His- toire de Cadmus; — Hermaphrodite; — Callisto; — Baucis; — Byblis; -— Fnlèvement de Proserpine; — Pyrame et Thishbé; — Summula metrica; — Recueil épistolaire; — Tobias . 3. L'Art poétique. ChabtTRE Ïl. — GErorFROt DE ViNsapr. SA BIOGRAPHIE 4 . SES ŒUVRES : 1. Poèmes distingués à tort de la Poetria nova : Ad imperato- rem romanum; — Ad Guillelmum cancellarium ; — De arte dicendi; — Monodia in obitum regis | Ricardi] . a 2. Attributions erronées : De promotionibus et persecutionibus Galfredi Eboracensis archiepiscopi; — Poema super Macchabaeos ; — ltinerarium regis Ricardi in Terram sanctam . . . . . 3. Attributions improbables : De Ecclesiae calamitatibus . 4. Attributions incertaines : De vino et vitibus conservandis: — De statu curiae romanae; — Enchiridion: — De rebus ethicis: — Ars dictatoria . . . . .… . Google Pages XI s] 13 18 19 20 20 382 TABLE DES MATIÈRES. Pages 5. Attributions probables : T'ria sunt circa quae...; — Summa de coloribus rhetoricis; — Poèmes sur l'interdit de l'Angleterre. . 22 6. Attribution certaine : la Poetria nova. Date du poème . . 27 CHaPiTRE ÏII. — GEnvais DE MeLxLey. SA BIOGRAPHIE : 34 SON ŒUVRE : Ars versificaria. . . . . . . . . . . . 37 CuapitRe IV. — ÉvRaRD L'ALLEMAND. SA BIOGRAPHIE. Le Laborintus . . . . . . . . . . . 38 CHAPITRE V. —— JEAN DE GARLANDE. SA BIOGRAPHIE ET DÉNOMBREMENT DE SES OUVRAGES CONNUS. Quelques faits nouveaux. La Poetria et les Erempla honestae vitae . . . 40 CHAPITRE VI. — OPUSCULES DIVERS. Ekkehard IV, De lege dictamen ornandi; — Marbode, De apto genere dicendi; — Traité anonyme Debemus cunctis proponere. . 47 CuaPiTRE VIT. — ComPosiITIONS RELATIVES AUX FIGURES DE RHÉTORIQUE. La tradition antique. — Onulf de Spire, Rhetorici colores; — Marbode, De ornamentis verborum; — Geoffroi de Vinsauf, Poetria nova, v. 735-1587, et Summa de coloribus; — Evrard l'Allemand, Laborintus, v. 385-598; — Jean de Garlande, Poetria, p. 931, Exempla honestae vitae, et Epithalamicum beatae Mariae virginis, lib. X ; — Traité anonyme de Saint-Omer (ms. 115); — Tableau de concordance entre les divers traités précédents . . . . . . 48 DEUXIÈME PARTIE La DOCTRINF. CHAPITRE Ï. — DFE LA DISPOSITION. 1. Des façons de commencer un ouvrage. — 2. Du corps d'œuvre. — 3. Des façons de terminer . . . . . . . . . 55 Google TABLE DES MATIÈRES. 383 Pages CHAPITRE Il]. — DE L'AMPLIFICATION ET DE L'ABRÉVIATION. I. L'amPLIFICATION et ses procédés . _. . . . . . . . . 61 1. L' « interpretatio » et l « expolitio » . . . . . . . 63 2. La périphrase. . . . . . . . . . . . . . . 68 3. La comparaison . . . . . . . . . . . . . . (69 &. L'apostrophe . . . . . . . . . . . . . . . 70 5. La prosopapée . . . . . . . . . . . . . ,. 73 6. La digression. . . RL 7. La description. 1° Les dencéipiioné de personnes : A) Des- tination de la description; B) Les caractéristiques des personnes et les lieux de l'invention; C} L'ordre et le plan dans les descrip- tions de personnes; D) Les formes d'expression. — 2° Les descrip- tions d'objets. — 3° Les descriptions de scènes. — 4° Observations d'ensemble au sujet de la description. . . . . . . . . . 75 8. L'affirmation après la négation . . . . . . . . . 84 LL. L'ABRÉVIATION . . . . . . . . . . . . . . . 85 CHaPiTRE II. — L'ORNEMENT DU STYLE. J. LES TROIS STYLES . . . … . . . . . . . . . . 806 IT. LES DEUX FORMES DE L'ORNEMENT : 1. L’ « ornement difficile » . . . . 89 2. L’ « ornement facile » : 4) Les a de rhétorique; B) La théorie des he ns AE 3. Théories diverses. . . . . . . . . . . . . . 98 CuaPiTRF IV. LES SOURCES DE LA DOCTRINE. . . . . . . . . . . . Y9 TROISIÈME PARTIE LES TEXTES. I. Exkenaro IV, De lege dictamen ornandi . . . . . . . 104 IT. Marrmieu De VENDÔME, Ars versificatoria. Sommaire. . . . . . . . . . . . . . . . . 106 Texte . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109 IT. Grorrnot DE Vinsaur, Poetria nova. Sommaire. . . . . . . . . . . . . . . . . 194 Teste 1097 Google 384 ERRATA. Pages IV. Grorrnot pe ViNsaur, Documentum de modo et arte dictandi et " versificandi. Sommaire . . . . . . . . . . . . . . . . . 963 HOXTR LS Se Se RS RS OGR V. Georrroi ne Vinsaur, De coloribus rhetoricis . . . . . . 321 VL. Gervais De MeLkiey, Ars versificaria (analyse) . . . . . 328 VIT. Pyrame et Thisbé . . . .. .. . . . . .. . . . . 331 VIII. ÉvranD L'ALLEMAND, Laborintus. | Sommaire . .. . . . , . . . . . . . . . . . 336 Texte | 337 IX. Jean Dr Gauranne, Poetria (analyse) . . . . . ,. . . 378 TABLE DES MATIÈRES . . . . . . . . . . . . . … 381 ÉRRATA. . .. . . …. … 384 ERRATA P. 29, 1. 13 on] en — P. 197, v. 2 acephatum] acephalum — P. 217, v. 668 redit] reddit — P. 238, v. 1348 pendeat] pendet — P. 239, v. 1388 ungue] angue. Anguis hostilis — le Diable; cf. cependant, p. 357, v. 548 — P. 292, |. 5 cum] eum — P. 295, I. 14 spiriti] spiritus — P. 297, 1. 13 nomitativi] nominativi — P. 313, v. 3 tertius] tutus — P. 314, v. 4 Deficiat] Desinat — v. 7 variae] vanae — P. 315, exitur] exit — P. 316, v. 1 prodigaliter] prodigialiter — v. 4 capillus] capillos — v. 6 nescit] nesciet — P. 317, rapiamus ? — Quia placet ire] rapiamus ? quid placet? — Ire — P. 332, v. 62 cujus Paris] cujus [1 syll. longue] Paris — P. 333, v. 95 carere] carcere — v. 97 ,sedula] sedula, —- P. 334, v. 139 relativae miseriae] relative miseris — P. 335, v. 171 tum] tunc — NOGENT-LE-ROTROU, IMPRIMERIE DAUPELEY-GOUVERNEUR. Google BIBLIOTHEQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES Section des sciences historiques el philologiques D EE nee 3. 34. 35. 36. 37. 38. 39. 4u. #1. 42. 43. ë4. 45. 16. 47. 48. 53. 94. J5. Etudes sur l'industrie et la classe industrielle à Paris au xu° et au xiv° siècle, par Gustave Fagniez. 12 fr. Matériaux pour servir à l'histoire de la philosophie de l'Inde; par P. Regnaud, 2° partie. 10 fr. Mélanges publiés par la section historique et philologique dd l'Ecole des Hautes Etudes pour le dixicme anniversaire de sa fondation. Avec 10 planches gravées. 15 fr. La religion védique d'aprèsles hymnes du Rig-Veda, par Âbel Bergaigne.' Tome I. (Epuisé) Histoire critique des régnes de Childérich et Chlodevech, par W. Junghans, traduite par Gabriel Monod, et augmentée d'une introduction et de notes nouvelles. | Gfr. Les monuments éwvpliens de la Bibliothèque nationale (cabinet des médailles et antiques), par E. Ledrain, in-4°. ire liv. (Epuisé. ; | L'inscription de Bavian, texte, traduction et commentaire philologique, avec lrois appendices et un glossaire, pur If. Pognon, Âre puriie. : 6 fr. Patois de la commune de Vionnas {Bas- Valais), par J. Gilliéron. Avec une carte. 7 fr. 50 Le Querolus, comédie latine anonyme. Texte en vers reslitué d'aprés un principe nouveau et traduit pour la première Lois en français. Précédé d'uns examen littéraire de la pièce par L. Havet. 12 fr. L'inscriplion de Bavian, par IL. Pognon. 2° partie. 6ér. De Katurnio Latinorum versu. Scripsit L. Hives ‘ 15 fr. Etudes d'archsologie orientale, par Ch. Clermont-(Ganneau, Lome 1° en 3 parties in-$° avec planches. | | 25 fr. Histoire des institutions municipales de Senlis, par Jules Flammermont. 8 fr. ssai sur les origines du fonds grre de l'Éscurial. Episode de l'histoire de la renaissance des lettres en Espagne, pur C. Graux. 15 fr. Les Se égyptiens de la Bibliothèque nationa e, par E. Ledrain, 2* et 3° liv. in-4, (Epuisé. | Etude critique sur le texte de la vie latine de sainte Geneviève de Paris, avec deux textes de cette vie, par Charles Kobhler. d 6 fr. Deux versions hebraiques du Livre de Kaliläh et Dimuäh.La premicre accompagnée d'une traduc- Lion française publiée d'après les manuseritsde Paris et d'Oxford, par Joseph Derenbourir. 20 fr. Recherches critiques sur les relations politiques de la France avec l'Allemagne, de 1292 à 1378, par Alfred Leroux. | 8 fr. 50 Principaux monuments du Musée égyptien de Florence, pur William-B. Berend, 1'e partie. Stèles, bax-reliefs et fresques. In-4° avec 19 planches photogravées. | 30 fr, Les lapidaires français du moyen-age des xne, Kine et xive siècles, réunis, classés et publiés accompagnés de prélaces, de tables et d'un glossaire, par Léopold Pannier. Avec une notice préliminaire par Gaston Paris. 10 fr. La religion védique d'aprés les bvimnes du Rig-Véda, par Abel Bergaigne. Tome IT. (Epuisé.) L2 religiru sédique d'apres les hymnes du Rig-Véda, par Abel Bergaigne. Tome HT. {Epuisé.}S5 fr. Les Etabiissements dé Rouen. Etude sur l'histoire des institutions municipales de Rouen, Falaise, Pont-Audemer, Vernet, La Rochelle, Saintes, Oléron, Bayonne, Tours, Niort, Cognac, Saint- Jean-d'Angéls, Angouléme, Poitiers. ete, par A. Giry. Tome Fr. 15 {r. La mélrique naturelle du langage, par Paul Pierson, avec une notice préliminaire de Gaston Paris. 10 fr. Vocabulaire vicux-breton avec commentaire, contenant toutes les gloses en vicux-breton, gal- lois, cornique, armoriCain connues, ES d'une introduction sur la phonétique du vieux- breton et sur l'âge et la provenance des a. pur J. Loth. 10 fr. . Hincmar De évdine palati epistola. Fexte Jatin traduit et annoté par Maurice Prou. 4 fr. Les Etablissements de Rouen, ete., par A. Giry. Tome IL 4 fr. Essai sur les lormes el les effets de l'atfranchissement dans le droit gallo-franc, par Marcel Fournier. 5 fr. Gt et 62. Li Romans de Carité et Miserere du Renclus de Moiïliens./}'oème de la fin du xue siècle. Editiov critique accompagnée d'une introduction, de notes, d'un glossaire et d'une liste de rimes, par À.-G. van Hamel, 2 vol. 20 fr. Etudes critiques sur les sources de l'histoire imérovingienue, ?° partie. Compilation dite de « Fré- dégaire », par Gabriel Monod. | 6 fr. Etudes sur le rêgne de Hobertle Pieux (996-1031, pur Ch. Pfister. 15 fr. Nonius Marcellus. Coblation de plusieurs manuscrits de Paris, de Genéve ct de Berne, par H. Mevlan, suivi d'une notice sur les principaux manuscrits de Nonius pour les hvres I, IE, et I, par Louis Havet. S fr. Le livre des parterres fleuris. Grammaire hébraïque en arabe d'About-Walid Merwan Ibn Dja- nah de Cordoue, publiée par Joseph Derenbourg. 2 fr: Du parfait en grec et en latin, par Emile Ernault. 6 fr. Stèles de la xne dynastie au Musée égypluen du Louvre, publiées par E. Gavet. Avec 60 planches. Vol. in-4°. 17 fr. Gujastak Abalish. Relation d'une conférence théologique présidée par le Calife Mämoun. Texte chili publié pour la premiére fois avec traduction, commentaire et lexique, par A. Barthé- En. 3 tr. 30 Etudes sur le papyrus Prisse, — Le livre de Kaqimna ct les leçons de Ptah-Hotep, par HORS Virey. | 8 fr. Les inscriptions babvloniennes du Wadi Brissa, par Il. Posnon, avec {+ pl. 10 fr. Johannis ja Capua Directorinum vit human, alias parabola antiquorum sapientun. Version latine du livre de Khaliläh et Diunah, publiée et annotée par Joseph Dercnbourg, membre de l'institut, 2 fascicules. | | | 16 (r. Mélanges Renier, Recucil de travaux publiés par l'Ecole (Section des sciences historiques et philologiques) en mémoire de son résident Leon Renier. Avec portrait. 2e 15 fr. La Bibliothèque de Fulvio Orsini. Contribution à l'histoire des collections d'Italie et à l'étude de la Henaissance, par Pierre de Nolhac, avec 1 pl. en photogr. _ 15 fr. Histoire de la ville de Noyon et de ses institutions jusqu à la fin du xur siccle, par Abël Lefranc. G fr. Etude sur les relations politiques du aps Urbain V avec les rois de France Jean Pet Charles V (1362-1370, d'apres les à de la chancellerie d'Urbain V, conserves aux archives du Vabcan, par Maurice Prof. | | _ 6fr. Lettres de Servat Loup, abbé de Ferricres. Texte, notes et introduction par G. Decsdevises du Dezert. Te 5 fr. Simon Portius. — Grammatica linguir grieciw vulgaris. Reproduction de l'édition de 1638 suivie d'un commentaire grammatical et historique par Wilhelm Meyer, avec une introduction de Jean Psichari. : (2fr 50 La légende syriaque de saint Alexis, l'homme de Dieu, par Arthur Amiaud, 7 fr. Librairie HÉOLÛRTE CHAMPION, 5, quai Malaquais, Paris BIBLIOTHEQUE DE L'ÉCOLE DÉS HAUTES ÉTUDES Section des sciences historiques el philologiques 80. Les inscriptions antiques de la Côte-d'Or, par Paul Lejay. 9 fr. $1. Le livre des parterres fleuris d'Aboul-Walid Merwan Ibn Djanah. Traduit en français sur les. manuscrits arabes, par Moise Metzger. 15 fr. *2. Le roman en prose de Tristan, le roman de Palamède et la compilation de Rusticien de Pise. Analyse critique d'après les manuscrits de Paris, par E. Lôseth. 18 fr. 83. Le théâtre indien, par Svlvain Lévi. (Epuisé.) S4, Documents des archives de la Chambre des comptes de Navarre (1195-1384), publiés par Jean- Auguste Brultails. : 6 fr. 85. Commentaire sur le Séfer Ycsira ou Livre de la création par le Gaon Saadya de Fayyoum, publié et traduit par Meyer Lambert. 10 fr. 86. Etude sur Geollfroi de Vendôme, par L. Compain. 7fr. 50 87. Annales de l'histoire de France à l'époque carolingienne. Les derniers Carolingiens, Lothaire. Louis V, Charles de Lorraine (954-994), par Ferdinand Lot. 13 fr. &8, La politique extéricure de Louise de Savoie. Relations diplomatiques de la France et de l’Angle- terre pendant la captivité de ‘François 1e (1525-1526), par G. Jacqueton. : 13 fr. 50 89. Aristote, Constitution d'Athènes. Traduite par B. Haussoullicer avec la collaboration de E. Bour- " . guet, Jean Bruhnes et L. Eisenmann. 5 fr. 90. Le poème de Gudrun, ses origines,/sa formation et son histoire, par Albert Fécamp. {Epuisé.) 8 fr. - 91. Pétrarque et l'humanisme, d'après un essai de restitution de sa bibliothèque, par Pierre de -- Nolhac. Deuxième édition, revue, corrigée et augmentée. 2 volumes avec uu portrait inédit de Pétrarque et des fac-similés de ses manuscrits. 92. Etudes de philologie néo-grecque. Recherches sur le développement historique du grec, publiées par Jean Psichari. 2 fr. 50 Les chroniques de Zar'a Yäâ ‘eqôb et de Ba'eda Màryäm, rois d'Ethiopie de 1#34 à 1478 (Texte , éthiopien ct traduction), précedées d'une introduction par Jules Perruchon.. 13 fr. fm 4. La prose métrique de Symmaque et les origines métriques du Cursus, par Louis Havet. 4fr. a v3. Les lamentations de Mathcolus'et le livre de Leësce de Jehan le Fèvre, de ltessons. (poèmes français du xiv° siècle. Edition critique accompagnée de l'original latin des Larmentalions d'après l'unique manuscrit d'Utrecht, d'une introduction, de notes et de deux glossaires, par A.-G. van Hamel. F. Fer. Textes fr.etlat. des Lamentations. 06. Le mème ouvrage.T.ll. Texte du livre de Leësce ; introduction et notes. r. 97. Le livre de ce qu'il y a dans l'Hadès, Version abrégée publiée d'après les papyrus de Berlin et de Leyde avec variantes et traduction, et suivie d'un index des mots contenus au papyrus de Berlin n° 3001, par Gustave Jéquier. | : | 10 fr. 98. Les fabliaux. Etudes de littérature populaire et d'histoire littéraire du moyen äge, par Joseph Bédier. Seconde édilion. 12 fr. 50 99. Les annales de l'histoire de France à l'époque carolingienne. Endes, comte de Paris el roi de France (352-898), par Edouard Favre. | 8 fr. 100. L'Ecole pratique des Hautes Etudes (1968-1893). Documents pour servir à l'histoire de la section des sciences historiques et philologiques. (Sous presse.) 101. Etude sur la vie et le régne de Louis VIII (1187-1226), par Ch. Petit-Dutaillis. 16 fr. 102. Plavti Amphitrvo. Edidit L. Havet cum discipulis Belleville, Biais, Fourel, Gohin, Phillipot, Ramain, Rey, Roersch. Segrestaa, Tailliart, Vitry. > fr. 103. Saint Césaire, évèque d'Arles (503-543, par A. Malnory. (Epuisé.) 104. Chronique de Galäwdèwos (Claudiusi, roi d'Ethiopie. Fexte éthiopien, traduit, annoté et pré- cédé d'une introduction historique, par William-El. Conzelman. 16 fr. 5. Al Fakhri. [listoire du Khalifat et du Vizirat depuis lears origines jusqu'à la chute du khalifat- abbaside dè Bagdädh (11-656 de l'hégire — 632-1258 de notroère). Avec des prolégomènes sur les po Lee du gouvernement, par Ibn-At-Tiktakâ. Nouvelle édition du texte arabe, par Hartwig Derenbourg. (Epuisé.) . Jean Balue, Cardinal d'Angers (1#217-1491), par Henri Forgeot. 7 fr. . Matériaux pour servir à l'histoire de ta déesse buddhique Tarà, par Godefroy de Blonay. 2 fr. 50 . Essai sur l'histoire de l'Augustalité dans l'empire romain, par Félix Mourlot. Avec 2 cartes. 3 fr. . Tite-Live. Etude et collation du ms. 5726 de la Bibliothèque Nationale, par Jean Dianu. 2 fr. 75 . Philippe de Méziéres (1327-1406) et la croisade du xiv° siccle, par N. Jorga. | i8 tr. . Les fapidaires indiens, par Louis Finot. 10 fr. . Chronique de Denys de Tell-Mahré($e partie). Texte syriaque, avec une traduction française, une introduction ét des notes, par J.-B. Chabot. 25 fr. . Etudes d'archéologie orientale, par Ch. Clermont-Ganneau, tome Il, in-4. 25 fr. . Etude surle grec du Nouveau Testament comparé avec celui des Septlante. Sujet, complément et attribut, par l'abbé Joseph Viteau. 12 fr. . Recherches sur l'emploi du génitif-accusatif en vieux-slave, par A. Meillet. 6 fr. . L'Alsace au xvn* siècle, par Rodolphe Reuss. Tome Ier, 18 fr. . La religion védique, d'après les hymnes du Rig-Véda, par E. Bergaigne. Tome IV : Index par M. Bloomfield, 5 fr. . Etude sur l'alliance de la Franceetde la Castille au xiv® etau xvtsiécle, par Georges Daumet. 6 fr. . Etudes critiques sur les sources de l'histoire carolingienne. 1° partie. Introduction. Les Annales carolingiennes. Premier livre : Des origines à “29. par Gabriel Monod. 6 fr. : L'Alsace au xvire Siècle, par Rodolphe Reuss. F. EE 20 fr. . Le livre de l'ascension de l'esprit sur la forme du ciel et de la terre. Cours d'astronomie, rédigé en 1279, par Grégoire Aboulfarag, dit Bar-Hebræus, publié pour la première fois d'après les ma- nuscrits de Paris. d'Oxford et de Cambridge, par F. Nau, fre partie ‘texte svriaque) ; 2° partie (traduction française). | | | | 21 fr. . Introduction à la chronolorie du latin vulgaire, par George Mohl. 10 fr. . Essai de dialectologie normande, la palatalisation des soupe initiaux, gl. kl, 4, pl, bl. étudiée dans les parlers de 395 communes du département du Calvados, par Ch. Guerlin de Guer, avec tableaux et$ cartes. | 10 fr. Annales de l'histoire de France à l'époque carolingienue. Charles le Simple, par Auguste Eckel. à fr. . Etude sur le traité de Paris de 1259 entre Louis IX, roi de France, et Henri f11, roi d'Angleterre, par M. Gavrilovitch. 5 fr. . Etudes linguistiques sur la Basse-Auvergne. Morpho'ogie du ,patois de Vinzelles, par Albert Dauzat. Avec 1! carte. 10 fr. . Annales de l'histoire de France à l'époque carolingienne. Le règne de Louis IV d'Outre-Mer, par Philippe Lauer. 12 fr. .Diwän de Tarata Ibn-a-Abd-al-Bakri, accompagné du Commentaire de Yoûùsoul-al-A'lam de Santa-Maria, d'apresles manuscrits de Paris et de Londres. Suivi d'un appendice reufer- mant de nombreuses poésies médites tirées des manuscrits d'Alyer, de Berlin, de Londres ct de Vienne, publié, traduit et annote par M. Selissohn, 16 fr. rairi Jœ @@ne Édouard CHAMPION, 5, quai Malaquais, Paris BIBLIOTHÈQUE DE L'ÉCOLE DES HAUTES ÉTUDES Seclion des sciences historiques et philologiques 129. Histoire des religions des Nosairis, par René Dussaud. 7 fr. 130. Textes religieux assyriens et babyloniens. Transcription, traduction ot commentaire par Fr. Martin. 6 fr. (31. Aunales de l'histoire de France à l'époque carolingienne. Le royaume de Provence sous les Carolingiens 1855-933?), par R. Poupardin. | 15 fr. t32. Notices bibliographiques sur les archives des églises et des monastères de l'époque carolin- gienne, par Arthur Girr. 3 fr. 50 133. Hermiæ Alexandriui in llatonis Phæedrum scholia ad. lidem codicis parisini 1810 denuo collati, edidit et apparatu crilico ornavil P. Couvreur. | 12 fr. 138. Les marchands de l'eau. hanse parisienne et compagnie française, par Emile Picarda. 3 fr. 135. La diplomatie carolingicnne, du traité de Verdun à la mort de Charles le Cuauve (843-477), par ” Joseph Calinette. 7 fr. 136. Le parier populaire dans la commune de Thaon (Calvados) (Phonétique, morphologie, syntaxe, folklore) suivi d'un lexique alphabitique de tous le< mots étudiés, par Ch.Guerlin de Guer. 16 fr. 137. Téezaza Suinbat (commandements du Sabbat:. Accompagné de six autres écrits pseudo-épigra- pus ues udinis par les falachas où Juifs d'Abyssinie. Texte éthiopien publié et traduit par J. Halévy. | 13 fr. 50 433. Etudes sur l'hrstbire de Milet et du Dsdymeion, par B. Iaussoullier. 13 Cr 139. Etudes sur l'étymologie et le vocabulätire du vieux slave. par A. Meillet, {r° partie. a — 2° partie. | | 12 fr. 50 180. Etude sur les sources principales des Mémorables de Xénophou, par A. Chavanon. 5 tr. (#1. Histoire de saint Azazail. l'exte syriaque inédit avec introduction et trad. française, précédée des actes zrecs de saint Pancrace, publiés pour la première fois par FF. Macler, avec 2 pl. 5 fr. 162. Histoire de la conquête roinaine de la Dacie gt des corps d'armée qui y ont pris part, par Mes Victoria Vaschide, avecune carte. à fr. 143. Le cautionnement dans l'ancien droit grec, par T.-W. Beasley. 8 fr. 50 144. Le Nil à l'époque pharaonique, son rôle et son culte en Égypte, par Charles Palanqgue. 6 fr. 50 145. Les officiers royaux des Bailliages et Sénéchaussées et les institutions monarchiques locales en France, à la fin du moven âze, par Gustave Dupont-Ferrier, Avec 2 cartes: 30 fr. 146. Le parler de Buividze. Essai de description d un dialecte lituanien oriental, par R. Gauthiot. 5 fr. 147. Etudes sur le règne de Hugues Capet et la fin du x° siècle, par F. Loth. Avec une pl. 20 fr. 148. L'introduction topographique à l'histoire de Bagdadh d'Abou Bakr Ahinad ibn Thäbit-al-Khtatib al-Bagdädhi (392-563 H. — 1002-1071 J.-C.). Texte arabe et trad. franç. pur G. Salmon. 12fr. 149. La vida de Santo Daomiawode Silos, par CG. de Bers2o, pub. par J. D. Fite-Gérald, avec 2 pl. 8 fr. 150. La province romaine proconsulaire d'Asie, depuis ses origines jusqu'à la fin du haut-empire par Victor Chapot. 7 15 fr. 151. Vie d'Al-Hadjdjädj ibn Yousof, 41-95 de l'Hégire = %61-714 de J.-C. d'aprèsles sources arabes, ar Jean Périer. 13 fr. 152. L'origine des Ossalois, par Jean Passy, ouvrage revu et complété par Paul Passy. Avec 6 cartes. 10 fr. 153. La bihliothèque du marquis de Santillane, par Mario SchilT. 15 fr. 154. Les assemblées du clergé de France. Origines, organisation, (1581-1615), par Louis Serbat. 12 fr. 155. Les origines chrétiennes dans la province romaine de Dalmalie, par Jacques Zeiller. 6 fr. 156. Les Lombards dans les Deux-Bourgoynes, par Léon Gautier, (2 tr. 157. Habitations gauloises et villas latines dans la cité des Medioimatrices. Etude sur le développe- ment de la Civilisation gallo-romaine dans une province wauloise, par Albert Gremer. 6 fr. 158. Place du pions personne] sujet en latin, par J. Marouzeau. 2 fr. 30 159. Asanga. Mahavana-Sutralamnara. Exposé de la doctrine du grand véhicule selon le système Yozacara. Edité et traduit d'aprés un manuscrit rapporté du Népal, par Sylvain Lévi. 15 fr. 160. La translation des saints Marcellin et Pierre (Etude sur Einhard et sa vie politique de 827 à 83%), par Mtte Marguerite Bondois. 4 fr. 461. Catalogue des actes de Henri {*r, roi de France (1031-18511;, par Frédéric Sœhnée. 6 fr. 162. Etudes sur l'humauisme français. Guillaume Budé (1462-1540). — Les origines. les débuts, les idées maitresses, par Louis Delaruelle, avec 2 fac-similés. 7 fr. 50 183. Annales de l'histoire de France à HOte carolingienne, Le royaume de Bourgogne (8x8-133). Etude sur les origines du royaume d'Arles, par René Poupardin. 1 fac-similé. 18 fr. 164. Essai sur Les rapports de Pascas [avec Philippe Er (1049-1108), par Bernard Monod. 6 fr. 165. Ktudes tironiennes. Commentaire sur la 6* églogne de Virgile tiré d'un manuscrit de Chartres avec divers appendices, par Paul Legendre, Avec un fac-srmilé. 5 fr. (66. Etude sur l'administration de Rome au moyen àge (651-1252), par Louis Halphen. 7 tr. 167. La commune de Soissons, par G. Bourgin. 48 fr. 188. Morphologie des aspects du vasbe russe, par André Mazon. | 6 fr. 169. Priscillien et le Priscillianisme, pur E.-Ch. Babat. 8 fr. 170, Les inonuments romains d'Orange. par Louis Chatelain, avec planches et figures. 12 fr. 471. La presqu'ile du Sinaï. Etude de Manmxox (Ph.). Les strophes. Étude historique et critique sur les forme: — de la poésie lyrique en France depuis la Renaissance avec une biblio- raphie chronologique et un répertoire général. 1912, in-8°., 42 fr. 50 * Mélanges offerts à M. Émile Picot par ses amis et élèves, avec une bibli- graphie de ses travaux. 2 vol, in-89 br. sur papier vergé, avec un re | | Fr. Musroxini (T. M:). Histoire de l'esthétique française (1700-1900), suix ie - d'une bibliographie générale de l'esthétique française des origines : 1914. Préface de M. André Lalande, professeur à la Sorbonne. -- PRE eine à faut LAN ut 28 de des CM RR DS NOR E LAE ALTER tr, Nacaac (Pierre de). Ronsard et l'humanisme. 1921, in-89 de 366 p., avec 2:planches et, fab-simtlé: : MR nes ete lens no ex 25 !r — Un poète rhénan ami de la Pléiade. Jean Melissus. 1923, in-8°. 42!: Nostnenaue (Jehan de). Les vies des plus célèbres et anciens poètes pro- vençaux. Nouvelle édition accompagnée d'extraits d'œuvres inédites «1 | même auteur, préparée par C. Chabaneau, ancien professeur à l'Univer- « sité de Montpellier, publiée avec une introduetion et commentaire, pa: J. Anglade, professeur à l'Université de Toulouse. In-8°.,,.. 30 fr. ren ces Mélanges linguistiques. 1906-1909, 730 p.. .,. 37 fr. 50 — Me anges de littérature française du Mo ur 710p. 37 fe. 50 Paupuier (A.). Etude sur la queste de Saint- raal. 1922, in-fe, 300 p ; 202 r, Sueans (F.). Recherches sur les Prépositions dans la prose du moyen fran- çais {xrve et xv° siècles), 4922, in-89, 232 pages 16 fr. Taxoverey (F.-1.,. L'évolution du verbe en anglo-français (xr1°-xiv° siècles . LOS in der xxiv-800 p.50 2 LT ON De des ste 39 fr. | Tuieme (Hugo P,), professeur à l'Université de Michigan. Essai sur l'his- | — toire du vers français. Préf. de G: Lanson, 1916, in-8° de 433 pages \ Dur. Revue des études latines publiée par la Société des études latines, Rédac teur en chef : J, Manouzeau, 1'* année 1923. Fascicule [, contenant notamment un article de E. Faraz sur l'orientation actuelle des études relatives au latin médiéval. Ce fascieule, ...:,::.......2...0 40 !:. L'abonnement est de 30 fr, — U. P,.:,..:.,.,,..4..: 32 1x. Revue de littérature comparée, dirigée par F. BaroexsrenGer, chargé rie cours à la Sorbonne, Professeur à l'Université de Strasbourg, et P. Hazann, professeur à l'Université de Lyon, chargé de cours à la Sorbonne ; Secrv- taire : Edouard Champion. Tome IV, abonnement... .,.... h 40 1x. Les tomes I, Il et IT sont en vente au prix de 50 fr. 4 Revue de philologie française, dirigée par L, Crépar et J Girrrémox. T, XXXVIL. 1924. Abonnement annuel : 25 fr. — U. P....,... 27 À, CH MA: AT MRÈRES, IMPRIMEURS, mn A \, [YNE L /| MOSS L) AH 1 5] LYYCJE SMS 4 ÿ L LM D V CI le aUcC ”Les tome Kovue de I eB Et pv T'XXXVLIVXZE Original from Digitized by Google UNIVERSITY OF MICHIGAN Original from Digitized by Google UNIVERSITY OF MICHIGAN Original from Digitized by Google UNIVERSITY OF MICHIGAN THE UNIVERSITY OF MICHIGAN Fr 2 S / HATESDUE P # PAZ Tr vsse > APR 2 8 1998 CA & NS pres 19aMAY| 0 5 1998 ne < 06 CT 3 0 19 = | Original from Digitized by @rer qle UNIVERSITY OF MICHIGAN Original from Digitized by Google UNIVERSITY OF MICHIGAN THE UNIVERSITY OF MICHIGAN / / L ATESDUE AL k 10 Je vs _ APR 2 8 1998 406 ls = pps 1992" 1AN) 5 1998 "LS 0CT 30 10 CRETE = 7 APRO1 1993 _- | Original from Digitized by Go: qle UNIVERSITY OF MICHIGAN Original from Digitized by Google UNIVERSITY OF MICHIGAN PRET ILE _ 1.4 E - | . » Û LL ! png | dpt LE, LT RUALALLE .. A : e L 4 0 —. 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