MONUMENS DE LA LITTÉRAinRE ROHANE ># i^ II TOULOUSE , I M nu M KRIÎS DK J.-Il. l'AYA, MONUMENS DE LA PUBLIES SOUS LES AUSPICES DE L'ACADÉMIE DES JEUX FLORAUX, AVEC LAPPUr DU COKSEIL MUNICIPAL DE LA VILLE DE TOULOUSE, ET DU CONSEIL GÉNÉRAL DU DÉPARTEMENT DE LA HAUTE-GARONNE |)rtr M. ©aticn^JlntouU, l'cn des quarante MAINTENEL'RS , Président de la commission des manuscrits des Jeux Floraux . Membre de l'académie des' sciences , inscriptions et belles - lettres , Professeur de philosophie à la faculté des lettres de Toulouse. TOME PREMIEIÎ. TOULOUSE, TYPOGRAPHIE DE J.-B. PAYA, ÉDITEUR, HOTEL DE CASTELLANE. 18V1. \>^^ ^ y^ y V RAPPORT FAIT A L'ACADÉMIE DES JEUX FLORAUX, par M, a£>atifn-2lrin)ult, Président de la Commission des Manuscrits. veùueu^j'j. J'ai Ihonnear de déposer sur le bureau de l'Acadéraie le premier volume delà collection des manuscrits en langue romane, que vous m'avez chargé de publier avec la traduction : je désire vivement que cette première partie d'une entreprise vraiment grande mérite, sous tous les rapports , l'approbation de l'Académie. Si elle me l'accorde, je recevrai moi-même une récompense qui me sera aussi douce qu'honorable. Mais en vous apportant ce premier résultat d'un travail qui fera peut-être époque dans notre histoire particulière , je comprends que je vous dois plu- sieurs explications de diverse nature : et quoique plusieurs d'entre elles ne doi- vent rien vous apprendre que vous ne sachiez déjà, j'espère cependant que vous les accueillerez toutes avec votre indulgence et votre bienveillance accou- tumées , parce que vous reconnaîtrez qu'il est nécessaire qu'elles aient une place ici. Comme vous le savez donc, Messieurs, notre Académie des Jeux-Floraux, qui peut se glorifier d'être la doyenne de toutes les académies existant aujour- l...^ d'hui sur les divers points du globe (1) , possède dans ses archives plusieurs manuscrifs en langue romane, dont quelques-uns sont presque aussi vieux qu'elle et datent du quatorzième siècle. Sans doute vous trouverez que je n'exagère pas , si j'ajoute que certains de ces manuscrits sont les plus précieux docuraens que l'on puisse publier aujourd'hui sur la langue et la littérature de notre pays. Nos plus anciens devanciers paraissaient d'ailleurs l'avoir ainsi jugé , dès le commencement. Car leur histoire nous apprend qu'en ces temps reculés , ils firent faire plusieurs copies de ces livres, auxquels ils attachaient la plus grande importance , et qu'ils les envoyèrent dans diverses contrées de la Langue d'Oc , dont quelques-unes les possèdent encore. Plus tard , lorsque les Jeux Floraux eurent reçu une nouvelle existence par la fondation de Cléraence-Isaure , à la fin du quinzième siècle , les nouveaux mainteneurs paraissent aussi en avoir jugé de même. Car nous savons que, dans leurs solennités publiques, ils fesaient tirer ces livres des archives et les exposaient aux yeux du peuple, avec une sorte de vénération religieuse, sur leur bureau même, comme de saintes reliques sur un autel , ou , suivant une idée plus profane , comme des parchemins glorieux, litres authentiques de la noblesse la plus pure : usage qui s'est per- pétué jusqu'à nos jours. Au dix-septième siècle, quand le mouvement général de la civilisation française eut fait des ruines littéraires, chaque jour plus grandes sur notre terre d'Oc , ces ruines mêmes ne cessant pas d'être chères , respectables et précieuses , nos livres continuèrent encore d'être l'objet d'un soin et, pour ainsi dire, d'un culte tout particulier. De nouvelles copies en furent faites, mais dans récriture du temps , et pour l'usage de ceux qui ne pouvaient plus (1) Une lettre en vers, que nous lisons dans un de nos manuscrits, prouve incontes- tablement qu'en 1323, il y avait à Toulouse une Compagnie littéraire, composée de sept poètes, ayant un établissement fixe , des exercices réguliers, un sceau commun , un lieu d'assemblée qu'ils tenaient de leurs devanciers, ainsi que la règle de leurs exercices. Ce Corps littéraire était-il alors très-ancien? Avait-il été fondé par l'autorité publique, ou seulement par les troubadours qui le composèrent d'abord ?... Sans nous livrer à des con- jectures toujours incertaines, dans l'ignorance des faits, nous nous bornons à dire qu'il serait injuste d'assigner une époque trop voisine du quatorzième siècle à un Corps de poètes qui déclaraient tenir leur établissement du Corps des poètes qui étaient passés , et qui, en parlant de leurs droits , dans un article de leurs statuts, disaient que les prix devaient être adjugés par ceux qui, depuis très -long-temps et par un ancien usage, les avaient toujours adjugés. ( J}/emo?re potir servir à l'histoire des Jetix Floraux, par M. Poitevin-Peitavi , secrétaire perpétuel de l'Académie. 2 vol. in-8"; Toulouse, 1813: lome l'-r, page 11. ) ou ne voulaient pas déchiffrer ce quils appelaient déjà les liiérogl) plies de l'ancien style. Vous savez que nous possédons deux de ces copies qui ont été conservées à côté du texte , dont ils sont comme une traduction dans la partie extérieure ou matérielle, et à l'occasion desquelles vous me permettrez un rapprochement, singulier peut-être, parce qu'il est inattendu, mais remar- quable. C'était au dix-septième siècle que nos manuscrits romans , pour être lus et sauvés peut-être d'un entier oubli , étaient écrits en style moderne : cl c'était aussi au dix-septième siècle que notre institution des Jeux Floraux , pour être sauvée peut-être d'une ruine totale , était [reconstituée en académie mo- derne, par lettres patentes de Louis XIV. Le grand roi et les mainleneurs se rencontraient ainsi dans une même pensée qu'ils réalisaient en des actes ana- logues. A la fin du dix-huitième siècle, cela tie suffisait plus; l'intelligence de la langue même sétant en grande partie perdue, usée par le mouvement con- tinuel dune civilisation en sens contraire. Ce fut alors que, fidèles au culto antique et continuateurs des vieilles traditions, d'autres mainleneurs formèrent le projet do traduire ces manuscrits et de les publier par l'impression. Les copies écrites au dix-septième siècle portent les traces d'un premier travail de collation, entrepris dans cette pensée, par M. le marquis d'Escouloubro, nommé membre de l'Académie en 1787. La révolution vint l'interrompre. Mais au commencement du siècle actuel , il fut repris par le même M. d'Escouloubre et par M. le marquis d'Aguilar, nommé mainteneur en 1809 ; année où notre académie fut reconnue définitivement réintégrée dans tous ses droits , grâce aux soins du Préfet d'alors , M. Dcsmousseaux , beau-père de M. Villemain , aujourd'hui ministre de l'inslruclion publique. Malheureusement la mort a surpris ces honorables successeurs des mainleneurs anciens, avant que leur projet , qui était celui de l'Académie, eût été réalisé. Ainsi , Messieurs , vous voyez que, depuis le commencement jusqu'à nos jours ceux de nos manuscrits dont je viens de parler, et qui vous sont bien connus, nont pas cessé d'être l'objet perpétuel des affections de l'Académie, si je puis parler de la sorte. Et à votre tour, vous ne pouviez pas les négliger, sans vous exposer à de graves reproches. Vous l'eussiez pu, que vous ne l'auriez pas voulu. J'en ai pour garant votre zèle littéraire, si vif et si éclairé. C'est aussi dans ce sentiment qu'après en avoir souvent conféré dans vos entretiens particuliers et dans vos séances académiques , vous avez résolu de nommer une commission spéciale, exclusivement chargée de tout ce qui était relatif aux manuscrits déposés dans vos archives. Celte commission a él'; définitivement composée de MM. Tajan, nommé mainteneur en 1818; Dccos, maître ès-Jcux Floraux , nommé mainteneur en 1829; Dumège, maître es- Jeux Floraux , nommé mainteneur en 1836, et de moi. J'ai reçu de plus , à deux reprises différentes , de l'Académie l'autorisation spéciale de faire toutes les démarches nécessaires pour la publication de ces manuscrits ; la commission m'a choisi pour son président; et, enfin, j'ai été nommé seul éditeur chargé de tout ce qui était relatif à cette publication. C'est à tous ces titres que je dois maintenant vous parler d'une manière plus particulière , et vous dire des choses qui vous soient un peu moins connues. Pour arriver au résultat désirable non moins que désiré par l'Académie , deux choses. Messieurs, étaient absolument indispensables. La première était de s'assurer les fonds nécessaires pour fournir aux frais de la publication; la seconde, de travailler à rendre cette publication digne des ouvrages mêmes, digne de l'Académie et de notre ville. Ces deux choses ont aussi attiré toute mon at- tention (Jt reçu tous mes soins. Je vous en dois compte; et je vous prie d'excuser quelques détails peu iraportans sans doute, mais que la position me commande. Précisément parce que j'étais décidé à fournir moi-même, en três-grandc partie, aux frais delà publication, je dus songer d'abord à connaître quels secours je pouvais espérer d'autres côtés. On m'avait dit que déjà, sous l'Em- pire, et par les bons soins de M. Desraousseaux, Préfet, le Ministre de l'in- térieur avait assuré une somme de 12000 fr. pour une partie de l'œuvre que j'entreprenais. Je savais qu'en raison de la direction des études , en ces der- nières années , cette œuvre devait trouver auprès du Gouvernement une plus grande faveur qu'autrefois : et il me semblait qu'en raison des sommes al- louées au budget pour la publication des documens relatifs à l'histoire politique et littéraire du pays, nous pouvions avoir quelque droit à demander. Je demandai donc à M. Salvandy, alors ministre de l'instruction publique : et la justice veut que je déclare que ma demande en fut parfaitement accueillie. Mais les cir- constances voulurent que ce fut tout ce que j'en obtins. Vous savez que M. Duga- bé, notre confrère et député de la ville de Foix , reçut encore du même mi- nistre des promesses plus belles peut-être : mais les circonstances firent encore qu'il dût s'en contenter. Un peu plus tard , quand M. Salvandy eut passé pour faire place à M. Villemain, je m'adressai de nouveau à celui-ci, en qui je croyais avoir quelques motifs d'espérer davantage. En effet, j'en reçus encore un ac- cueil plus favorable, M. Villemain, paraissant en outre jaloux d'hériter de tous les droits de son beau-père à la reconnoissance de l'Académie, m'indiqua lui- même la marche administrative que je devais suivre auprès de lui , me fesant espérer la réussite; et me répétant que personne ne la désirait plus que lui. Maìs,qa8n(l j'eus suivi scrupuleusement toutes ses iodications, d'autres cir- constances firent encore que mon obéissance fut absolument stérile: et le mi- nistre ne put que m'cxprimcr tout son regret de n'avoir pas les moyens de nous aider. Ce qui m'affligea beaucoup je l'avoue, sans toutefois me surprendre trop. Ni les meilleurs ministres no veulent tout le bien qu'ils peuvent; ni les plus forts ne peuvent tout celui qu'ils veulent. En môme temps, Messieurs , que je risquais ces démarches auprès des su- prêmes dépositaires de l'autorité centrale, à Paris, j'en fesais d'autres auprès de nos autorités locales à Toulouse, auprès des membres du Conseil général du département de la Haute-Garonne, et du Conseil municipal de la ville. Et, il m'est doux d'avoir à le déclarer, auprès des uns et des autres, je trouvai une bien- veillance réelle, un désir sincère de favoriser mon entreprise , et la volonté ferme de lui accorder un appui efficace. Contrairement à ce que dit le proverbe , c'est dans le pays môme des Jeux Floraux que le mainteneur a été reconnu prophète. En ce pays , Messieurs , et en cette ville , tout le monde m'a donc compris et approuvé quand j'ai dit que la publication dé nos manuscrits intéressait essentiellement fhonneur littéraire de la ville et du pays ; que c'était une œuvre éminente de patriotisme intellectuel local, et que si elle ne pouvait trouver ailleurs l'appui nécessaire, on devait ici n'en mettre que plus d'amour- propre et d'empressement à le lui donner; que la langue et la littérature d'Oc étaient florissantes, bien long-temps avant les vainqueurs d O'il ; que les Jeux Floraux 'étaient déjà tout chenus de vieillesse , quand l'Académie dite Française n'était pas seulement au berceau ; et que tous devaient concourir à élever les saints monuments de la gloire des pères , destinés à perpétuer la mémoire de tout ce qu'ils furent , et à dire ce que leur durent des enfants trop souvent ingrats. Tous, encore une fois, se montrèrent empressés à faire ce que je leur demandais : et ils le firent. Ici , je vous dois des détails encore plus circonstanciés. Au Conseil général du département , M. RoMiGDifeRES , alors procureur- général , aujourd'hui membre de la cour de cassation, président du conseil en la session de 1839, se chargea de présenter lui-môme ma demande, de l'ap- puyer et d'en montrer l importance et la justice. Le Préfet, M. Floret, ne refusa pas non plus de s'y montrer favorable. Et le conseil me vota, à titre d'en- couragement, une somme de 2000 fr. (Etaient membres du Conseil à cette ses- sion, MM. RoMiGuiÈBES, président; Martin, secrétaire; Malaret , mainte- neur; AmILHAU, ViGOERIE , CaZAUX , FrAISSE , FoCBTANIER , RoLLAND , LaU- UENS, G ASC , LaTOUR, DaBEAUX , BaRT, MaLBOIS, LaPENE , DUBAW, COMPANS', Clauzel , A 150 LIN , BiìLí-ECouR , de Remusat , Cazeing-Lafont , NiEL , Bas- TiDE-d'IzAR , Blanc , Ferradou-Roqueville , Cassaing , de Terson , Ma- NENT. ) Au conseil municipal de la ville, ma demande fut renvoyée, avec une mention Irès favorable de M. Perpessac, maire, à une commission composée de trois membres pris parmi les conseillers , MM. Dpcasse , directeur de l'école secon- daire de médecine, secrétaire-adjoint de l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres, colonel de la garde nationale; Dupuy, membre de la même Académie et de la société Archéologique ; Pages (de l'Ariége), député de Saint - Girons et membre de l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres. Cette commission, après m'avoir appelé pour lui donner quelques explications qu'elle jugeait nécessaires, chargea M. Pages de faire le rapport, qui concluait par la proposition de m'accorder une somme de 4000 fr. , en exprimant le regret que l'étal des finances de la cité ne permît pas de faire davantage en ce moment. Dans ce même rapport, la commission déclarait» devoir déplorer » que la ville de Toulouse, en la personne de M. Gatien-Arnoult, représen- » tant l'Académie des Jeux Floraux , n'eût pas obtenu, pour la publication pro- » jetée , une partie des sommes considérables que le budget met aux mains du » Gouvernement; pour la recherche et la publication des manuscrits qui peuvent » intéresser l'histoire , l'antiquité ou la gloire littéraire du pays : et elle té- » moignait le désir que M. le Maire s'adressât directement au Ministre , pour » le prier , au nom du Conseil municipal , d'accorder quelques fonds pour » une entreprise qui était absolument du genre de celles que le Gouvernement » avait la mission de favoriser (1) ». Toutes les conclusions de ce rapport furent adoptées à l'unanimité. Et je tiens d'autant plus , Messieurs , à constater ce fait , que nous devons peut-être y voir la preuve d'un changement heureux que le temps a opéré dans la disposition des esprits. Car autrefois, vous le savez, il y eut lutte et lutte très vive entre l'autorité municipale et l'Académie des Jeux Floraux. Bien souvent cette lutte amena les débats les plus scandaleux et les plus tristes. Et certainement ce n'est pas alors qu'on eût vu les magistrats (i) M. le Maire s'est , en effet , empressé de faire auprès du Ministre la démarche qui était désirée par la Commission et autorisée par le Conseil. Il lui fut répondu que le Gou- vernement ne pouvait aider cette entreprise que par des souscriptions ^ et qu'il ne sous- crivait que pour des ouvrages terminés et publiés. Cette réponse expliquait jusqu'à un certain point ce qui était arrivé précédemment. La bonne volonté des ministres avait été cnchainée par les réglemens administratifs. Mais elle devient une raison toute- puissante d'espérer que, désormais, les bonnes intentions de M. le Ministre ne resteront plus sans effet. municipaux accueillir quelques vœux exprimés par un inainlcncur , au nom cl dans rinlérèt de T Académie. Loin delà, le moindre do nos désirs aurait clé plutôt pour eux une raison suffisante de réprobation. Mais aujourd'hui , c'est tout le contraire que nous avons vu : et il me semble que nous ne saurions trop nous en féliciter collectivement, de mémo qu'en mon particulier et individuel- lement jo tiendrais à honneur do pouvoir penser quo mon intervention, dans cette circonstance, n'a pas été sans quelque efficacité pour arrivera ce résultat. (Etaient prcsens à cette séance du 30 décembre 1839, MM. Pekpessac, maire; Sans, Martin-Bergnac, Dassieb, Delayk, adjoints; Pages (de l'Ariége), rap- porteur, DucASSE, Dupuv, membres de la commission; Arzac, Albeut, Gasc, Martegoute, lloucouLE , Ollier , Recoules, Billas , Cassaoe, Cibiel , Capelle, Arnoux, Former, d'Hautpoul, Milhës, Brun, Martin, Bories , Laffon, Roaldès, Virebent, Massabiau. ) C'est là. Messieurs, que se sont arrêtées toutes mes démarches relativement à la première chose que je vous ai dite avoir eu à faire. En effet , je ne devais pas en tenter d'autres. Et quoique cette somme de 6000 fr. soit loin et bien loin de celle qui sera nécessaire pour fournir aux frais d'impression, aus sitôt qu'elle m'a été assurée, jo me suis occupé de la seconde chose , beaucou[> plus importante à certains égards : je veux dire, des moyens de rendre la publi- cation digne des ouvrages même qui étaient à publier, digne de l'Académie qui me l'avait confiée , digne, enfin , de la ville et du pays qui s'y associaient par un concours généreux. — A ce sujet, voici ce que j'ai fait. Car je vous en dois encore un compte exact. Entre nos divers manuscrits, j'ai dû choisir d'abord celui par lequel il con- venait mieux de commencer. Ce point m'a long-temps occupé ; et ce n'est qu'a- près un long examen et pour des motifs dont le détail serait superflu , que jo me suis décidé à publier en premier lieu l'ouvrage qui est généralement connu, parmi nous, sous le nom da Las flors del gay saber ou Les fleurs du gai savoir (1), (1) Ce manuscrit , considéré dans son extérieur, forme un volume in-folio, relié jadis avec des couvertures de carton , révolues de velours vert ; ayant sur chaque couverture cinq rosettes en cuivre, une au milieu , les autres à chaque coin ; et de plus , deux fer- moirs, en cuivre aussi sans doute. Aujourd'hui , la reliure en carton tient peu; le velours vert a presque entièrement disparu; des dix rosettes, il n'en existe plus que quatre, com- posées d'une croix grecque , entourée d'une couronne ; et des fermoirs , il n'y a plus que les clous qu'on ohscrve encore à chaque couverture. A l'intérieur, ce même manuscrit se compose de cent cinquante-quatre feuillets eu parchemin , formant 308 pages , dont VI.J et que l'on nommerait aussi bien Las leys d'amors ou Les lois d'amour. En effet, ce nom de Fleurs du gai savoir lui a été donné , parce que ces mots sont ceux qu'on trouve au commencement , en tête de la table des matières : mais l'ouvrage lui-même porte le titre de Lois d'^amour. Vous savez d'ailleurs que ces mots sont synonymes dans la langue de ce temps-là , qui était le milieu du quatorzième siècle. Ces mêmes mots vous diraient aussi, Messieurs, si vous ne le saviez pas, quelles sont les matières traitées dans ce manuscrit. Car Yamour et le gai savoir, en style de cette époque, n'étaient autre chose que la poésie, dont les lois et les fleurs sont le traité. Ou plutôt le volume dont je parle est un traité complet du langage, comprenant, outre la poésie, toutes les parties qui s'y rattachent, telles que la grammaire , la prosodie , etc. Et vous qui le connaissez , vous savez que jamais traité semblable ne mérita une plus sérieuse attention , soit en raison de sa propre valeur intrinsèque, soit en raison du temps où il fut com- posé, soit, enfin, en raison des circonstatices remarquables qui en accompa- gnèrent la composition et des circonstances plus remarquables encore qui en accompagnèrent la publication. Mais la, preuve de ce que j'avance là se trouvera dans le livre lui-même ou aura mieux sa place ailleurs (1) ; et il est tout à fait 4 contiennent la table des matières du volume ; 2S, la première partie; 57, la seconde ; 122, la troisième; 91, la quatrième; et 9, la cinquième. Ces pages sont écrites sur deux colonnes , en lettres un peu grasses et médiocrement peintes. Les majuscules qui com- mencent les alinéa sont alternativement rouges et bleues , et généralement peu ornées ; sur les rouges, on remarque seulement quelques traits déliés de couleur bleue , et sur les bleues , des traits de couleur rouge.Xes petites capitales noires qui commencent certains vers, ainsi que celles qui commencent plusieurs phrases , sont, dans un petit nombre de cas, marquées d'une petite ligne verticale rouge. Les titres, qui sont nombreux, sont écrits en rouge. Tout ce manuscrit présente beaucoup de ratures et de corrections. De plus, il a sur les marges un grand nombre d'additions, d'une écriture plus petite que le texte, plus cursive, plus négligée, et qui ne sont pas toutes de la môme main. En re- vanche, il y a des espaces blancs, souvent considérables, dans les passages où les poésies citées sont le plus nombreuses , comme si on les avait réservés pour y mettre d'autres citations. Enfln , tous ces feuillets sont assez bien conservés , si ce n'est que le relieur'a quelquefois emporté une lettre , ou un mot , ou même une ligne entière des additions en marge. C'est la seule chose à regretter. (1) L'histoire infiniment curieuse de la composition et de la publication de cet ouvrage se trouve racontée en très-grande partie et indiquée pour le reste dans l'un des manus- crits que je me propose de publier plus tard. C'est pourquoi je crois convenable de ren- voyer à cette époque tout ce qu'on doit en dire ; ou tout au plus, j'en parlerai, si je k ^ nulile que je m y arrclo ici^ vu surtout que vous n'en avez , pour vous, aucun besoin. Je dois me borner à vous rendre compte de ce que j'ai fait. Après m'être ainsi fixé pour le choix du manuscrit par lequel je devais inau- gurer notre publication, un premier point très important et non moins difficile était de faire une transcription du texte, parfaitement exacte sous tous les rapports, et telle qu'en la lisant, on dût croire lire le manuscrit môme, moins la forme des lettres, mais avec sa ponctuation , son orthographe et ses divisions. Il est vrai, comme je l'ai déjà dit, que nous avions une première copie du dix- septième siècle. Mais plusieurs corrections et des notes écrites en marge de cette copie par MM. d'EscouIoubre et d'Aguilar m'avertissaient assez qu'elle avait été trouvée quelquefois inexacte ; il était d'ailleurs impossible de s'y fier, avant de l'avoir collationnée avec le texte; et dans tous les cas, elle ne pouvait pas servir pour l'impression : car elle est comme un autre manuscrit que l'Académie doit conserver. Une seconde copie était donc indispensable : et, je le répète, il était d'autant plus important et plus difficile de la bien faire qu'elle devait être juge nécessaire, dans les notes qui formeront le tome quatrième et dernier de cette pre- mière publication. Je me bornerai à citer ici quelques faits et quelques dates. En 1323, le Corps des sept poètes de Toulouse ouvrit un concours poétique, qui eut lieu en 1324. Quelques années après, ils chargèrent leur chancelier, Guillaume Molinier, de rédiger une poétique, avec l'aide des hommes les plus capables, et sous la condition de consulter la Compagnie sur les cas difficiles, et de soumettre l'ouvrage à son approbation. Entre autres séances , à cette fin, il y en eut une au mois de septembre 1348. L'ouvrage entier fut achevé, examiné et définitivement rédigé en 1336. On en fit beaucoup de copies qu'on envoya en divers lieux. Mais le livre primitif, le manuscrit même de Molinier, peut-être? raturé, corrigé, sur- chargé d'additions sur les marges, resta toujours à Toulouse. C'est celui qne je publie aujourd'hui. « Ainsi, comme je l'ai dit ailleurs, cet ouvrage doit être considéré, moins comme l'œuvre individuelle d'un seul homme , que comme l'œuvre commune du Corps des poètes de Toulouse. Et si l'on songe que Toulouse était alors la vraie capitale intellectuelle du pays d'Oc ; que ce pays ou langue d'Oc comprenait physiquement la plus grande partie de la France entre la Loire, les Pyrénées, les Alpes et les deux mers, tandis que moralement il s'étendait même au-delà des Pyrénées et des Alpes, en Espagne et en Italie; et que, pour tous ces pays , le Corps des poètes de Toulouse était une sorte de sénat poétique ou d'aréopage littéraire, à qui l'on reconnaissait le droit souverain de décréter et d'appliquer les lois de la composition , il est impossible qu'on ne soit pas frappé de l'excessive impor- tance d'un tel livre. C'est raille fois plus qu'un dictionnaire de l'académie française de ce temps-là : car c'est un code de littérature dtnné par la seule académie qui existât alors. » — On trouve la division de l'ouvrage aux pages 6 et 7. une véritable copie, reproduisant exactement le texte, de manière à n'en être qu'une sorte de calque ; et que je regardais comme nécessaire qu'on y retrouvât même les bizarreries de la ponctuation , les incertitudes de l'orthographe et jusqu'aux incorrections et aux fautes évidentes (1). Pour une telle oeuvre, je sentais mon insuffisance, et il me fallut chercher un collaborateur que je trou- vai dans M. Moquin-Tandon , mon collègue à l'Université et à l'Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres , directeur du Jardin des plantes de la ville, descendant de l'un des derniers troubadours de Montpellier. L'Académie sait que je n'ai pas attendu ce jour pour l'instruire du zèle et du soin vraiment re- marquable de M. Moquin-Tandon en son travail; mais c'est aujourd'hui que je dois la remercier plus spécialement d'avoir bien voulu payer une partie de ma dette de reconnaissance , qu'elle a faite sienne , en nommant cet honorable savant à la première place de mainteneur, récemment laissée vacante par la mort de mon excellent ami , M. Cabantous... que nul ne pourra cependant rem- placer, pas plus dans son fauteuil de mainteneur aux Jeux-Floraux, que dans sa chaire de professeur à la Faculté des Lettres et que dans les profonds senti- ments d'estime et d'affection qui lui ont été voués par tous ceux qui eurent le bonheur de le connaître et de l'apprécier. Que l'Académie me pardonne cette parole de digression , expression de sa propre pensée et de la pensée de tous , non moins que de la mienne 1 Quand je fus assuré d'avoir une transcription du texte, telle que je la dési- rais, je dus, Messieurs, ra'occuper de la traduction : et sous ce rapport, je vous avoue que je croyais avoir très peu à faire ; car , dans le Mémoire pour servir à l'histoire de notre Académie , rédigé par M. Poitevin , l'un de nos der- niers secrétaires perpétuels , j'avais lu que nos Flors del gmj saher avaient été traduites par MM. d'AcuiLAR et d'EscouLouBRE ; et je savais que deux traduc- tions existaient en manuscrit dans nos archives. Mais en examinant ces manus- crits que je m'étais contenté de voir jusqu'alors, voici ce que je reconnus. L'un d'eux, formant 35 cahiers de papier dit écolier ou de format grand in-octavo , d'une écriture très fine et très serrée , tout entière de la main de (1) Je prie qu'on remarque bien ce que je dis là. Car il en résulte que beaucoup de choses, qu'on pourrait prendre pour des fautes de transcription ou de typographie , sont les fautes du texte môme qu'il fallait reproduire sous peine d'infidélité. Ce texte sera d'ailleurs collationné encore plus d'une fois avec l'imprimé , comme il l'a déjà été avec la copie et les épreuves. S'il y a des erreurs , et sans doute il y en a , elles seront indiquées dans le dernier volume, qui comprendra aussi les notes. 11 en sera de même pour les fautes de toute espèce qui pourront être reconnues dans la traduction. M. (lAguilar, contient en clict la traduction des Fleurs du gai savoir. Mait; celte traduction n'est rien moins que complète ; car tous les morceaux de poésie ont été passés; ou plutôt l'auteur s'est borné à les écrire de nouveau en roman dans sa traduction, tels qu'on les lit dans le texte. Ces morceaux, outre qu'ils sont très nombreux , sont aussi ce qu'il y a de plus difficile. D'un autre côté , cette traduction faite un peu à la hâte et non revue est généralement un mot à mot où se trouvent des incorrections , qui consistent habituellement en des mots et des tours de phrase trop peu français. Des fautes contre le sens parais- sent s'y être aussi quelquefois glissées. A la fin du dernier cahier, on lit: « Laus dco. J ai fini cette traduction le 20 juin. Je l'avais commencée dans la » fin d'octobre 1809. Ainsi elle m'a coûté à peu près huit mois de travail. Je » ne comptais pas encore la terminer de sitôt. 11 faut à présent en faire le » résumé et le rapport, ce qui est un autre ouvrage, mais moins aride que » celui-ci, pour lequel il m'a fallu tout le courage du monde et que j'ai été » vingt fois sur le point d'abandonner. » 11 est trop vrai que ce dégoût, si naï- vement avoué par M. d'Aguilar, se trahit lui-même dans sa traduction, et qu'on sent un peu qu'il vous gagne en lisant. L'autre manuscrit, formant 11 cahiers de papier in-folio, ayant ensemble 837 pages, d'une écriture lâche et absolument différente de la précédente, contient aussi la traduction des Fleurs du gai savoir. Mais cette traduction est incomplète, comme la précédente. D'un autre côté, est elle généralement très libre , sans éviter par là de nombreuses incorrections , et en paraissant com- mettre des fautes de sens plus fréquentes que dans la première. M. d'Escon- loubre, s'il est l'auteur de cette traduction, comme on le croit, semble bien avoir un peu éprouvé le sort de M. d'Aguilar. Ni l'un, ni l'autre n'avaient mis la dernière main à leur travail, qu'ils auraient pu, mieux que personne, ren- dre irréprochable , avec la connaissance profonde de la langue romane et le talent d'habile écrivain dont l'Académie sait qu'ils étaient si bien doués. Telle était donc, Messieurs, ma position dont vous comprendrez certaine- ment toute la difficulté. Je devais à la mémoire de mes devanciers de laisser subsister un travail auquel ils avaient donné leurs soins. Je le devais aussi à l'Académie à qui ils avaient fait hommage de ce travail et qui l'avait accepté. N'en tenir aucun compte aurait été une haute inconvenance, en même temps qu'un acte coupable d'ingratitude et d'injustice. Quand même l'Académie aurait pu me le pardonner, je ne me le serais jamais pardonné à moi-même. Mais ce travail que j'avais cru complet et achevé se trouvait au contraire inachevé et incomplet. J'ai donc dû le terminer sous ces deux rapports. Je vous épargne, Messieurs, le détail du grand nombre de petites peitjcs qae cela m'a données, et que vous comprendrez facilement; car j'avais deux traductions, faites suivant deux systèmes différens, qu'il fallait concilier; et l'une et l'autre étaient pleines de négligences, d'incorrections et de fautes, peut- être, qu'il fallait faire disparaître, tout en respectant l'œuvre primitive. Le moins difficile était de remplir les lacunes que nos devanciers avaient laissées, quelle que fût l'obscurité de certains passages consistant en des citations de poésies. Il suffira de vous dire quelle est la marche générale que j'ai suivie. En général, à chaque passage du texte roman, j'ai comparé le passage cor- respondant des deux traductions françaises. Presque jamais ni l'une, ni l'autre ne m'a complètement satisfait. Ordinairement le travail de M. d'Agiiilar me plaisait mieux, en raison de la préférence que j'accorde, en théorie, aux traduc- tions qui s'éloignent le moins du texte ; mais le travail de M. d'Escouloubre me plaisait mieux aussi par le choix des expressions et l'attitude de la phrase. J'essayais d'ôter au premier ce qu'il avait de trop incorrect, en lui donnant lattitude et certaines expressions du second; j'essayais d'ôter au second ce qu'il avait de trop libre, en lui donnant la litléralité du premier; et par là, je m'ef- forçais d'arriver à une phrase irréprochable, autant que je pouvais, et qui fût à la fois le résultat du triple travail de mes devanciers et de moi. Je souhaite que ce résultat mérite votre approbation ; mais si vous y trouvez plus d'une chose à reprendre , je vous prie de vous rappeler que je pourrais dire, avec plus de raison peut-être que M. d'Aguilar , qu'il m'a fallu , pour ce travail , tout le courage du monde et que j'ai été vingt-fois sur le point de l'abandon- ner. Au milieu de la fatigue que j'éprouvais souvent, il serait bien étonnant que je n'eusse pas commis des fautes nombreuses. Quel qu'en soit le nombre, croyez pourtant. Messieurs, qu'il aurait été bien plus considérable, sans le secours qui m'a encore été donné, sur ce point par M. Moquiiv-Tandon , et sans le zèle intelligent de M. Galaup, ancien chef d'institution à Toulouse, officier de lUniversité, qui s'est fait un plaisir de me communiquer sa propre traduc- tion de la plupart des morceaux de poésie qui avaient été complètement omis par MM. d'Aguilar et d'Escouloubre. Je ne fais qu'un acte de justice rigou- reuse, en le nommant ici, d'autant plus qu'il s'est mis entièrement à ma dis- position pour toute la série de la publication que j'ai projetée des Monuments de la littérature romane et qu'il serait difficile de trouver ailleurs plus de zèle uni à plus d'intelligence de la langue et de la littérature de notre pays d'Oc (1). (1) Je n'ai eu aussi qu'à me louer de rempresscmcnt à m'aider de leurs lumières , de l«urs conseils et de leur concours , que j'ai trouvé dans M. Belhomme, membre de l'Aca- Vous avez maintenant, Messieurs , l'exposé sommaire de ce que j'ai fait pour accomplir do mon mieux l'honorable mission qui m'a été confiée par l'Aca- démie, et l'indication générale de mes efforts, dont vous voyez le premier ré- sultat dans le volume que j'ai eu l'honneur de déposer sur votre bureau. C'est à vous de juger si je suis resté au-dessous de ce que l'œuvre exigeait , et de ce que vous aviez le droit d'attendre de moi. Vous avez l'histoire de mon passé, comme éditeur des manuscrits de l'Académie. Car il est inutile, je pense, de vous par- ler aussi des soins que j'ai pris pour arriver à une belle exécution typographique, qui se démontre elle-même à la simple ouverture du volume , et qui fait un nouvel honneur à la presse de notre ville. Si vous me demandez, ensuite, ce que je me propose de faire à l'avenir, je vous dirai que ce premier volume sera suivi d'un second et d'un troisième , qui contiendront la suite et la fin de nos Fleurs du gai savoir. Un quatrième et dernier volume contiendra , seul, toutes les notes, explications ou additions qui seront reconnues nécessaires pour lintelligence complète de l'ouvrage , soit quant au texte, soit quant à la traduction et pour tout ce qui s'y rattache. J'espère que cette première publication sera terminée l'année prochaine. Aussitôt qu elle le sera , je m'occuperai de la publication de notre autre ma- nuscrit, vulgairement connu sous le nom de Las leys d'amors ou Les lois d'amour, qui présente, avec le manuscrit dont je vous ai entretenu aujourdhui, de gran- des différences à côté de grandes ressemblances , et dont l'histoire, au point de vue où je le considère, aura peut-être un intérêt très vif. Notre confrère, M. Du- MfeGE , que vous connaissez trop bien pour que j'aie besoin de faire autre chose que de le nommer, a promis de m'en donner la traduction qu'il a déclaré avoir commencée depuis long-temps; et peut-être aussi qu'un autre de nos confrères, qui ne veut pas être nommé maintenant , l'enrichira d'une traduction en vers pour tous les morceaux de poésie. Ainsi le public aura une œuvre remarquable à plus d'un titre. Puis encore je publierai ceux de nos manuscrits qui contiennent les pièces en langue romane des premiers troubadours, qui furent couronnés aux Jeux Flo- raux , depuis leur origine historique au mois de mai 1324 : et peut-être aussi qu'il me sera donné de les publier avec la traduction en vers : ce qui serait encore une double bonne fortune.... Et puis.... Et puis.... Mais vous savez. demie des Sciences , Inscriptions et belles-Lettres , et de la société archéologique, archi- vislc du département ; dans notre savant confrère, M. Dcmège; et dans quelques autres dont je dois taire le nom , mais que je prie de recevoir ici mes sincères remercîmens. XIV Messieurs , que nul homme , pour peu qu'il soit sage , ne doit se flatter de trop longues espérances: et peut-être que moi, plus que tout autre, je dois me les interdire. Aussi je m'arrête , demandant votre indulgence pour tout ce que jo viens de vous dire, pour tout ce que j'ai fait, en considération des choses hien meilleures que j'aurais voulu faire et dire; et répétant ce que je déclarais en commençant, que l'approbation de l'Académie, si je l'obtiens, sera pour moi uno récompense aussi douce qu'honorable. ^ LAS FLORS DEL GAY SABER ESTIEK DICHAS LAS LEYS D'AMORS. LES FLEURS DU GAI SAVOIR, AUTREMENT DITES LOIS D'AMOUR, Traduction de MJVI. d'Aguilar et d'Escouloubre , KETCE ET COMPLÉTÉE par ill. (^atieii-:Hrnoult , ■IAI>'TE>'El'R$. PREMIERE ET DEUXIEME PARTIES. Ca$ Ce})0 Datuíïrô- PRIMIERA PARS. "^RPy^ -^^C(CQ)D€^ LES LOIS D^AMOUR. PREMIERE PARTIE. AYSSI COMENSO LAS LEYS DAMORS. Très cauzas son necessarias tostemps en far obra. e si la una daquelas defalh : lobra no pot venir a complimen. ni a perfectio. Volers es la primiera cauza lequals pauza lo fondamen de tota obra. Sabers es lautra cauza : lequals baslish lobra segon son dever. Poders es la tersa cauza : que dona acabamen a lobra. E cant poders hy falh : petit podon las autras cauzas. E quar aquestas très cauzas degus no pot aver ses Dieu, quar tug li be veno de Dieu, e ses luy res far nos pot. perso nos lo pregam humilmen ques el nos do secors. et ajutori. saber. e poder. e forsa. pus que la volun- tatz es en nos : de far leys damors. segon los bos anticz trobadors. Pauzan e prendem lors bonas opinios : et aproadas. e seguen aquesta prezen art : o lonc uzalge acostumat. e supplen so que sera de nécessitât : en esta sciensa de trobar. E entendem pauzar alqus yssemples e alcunas difini- tios per maniera de rims per so quom los puesca plus leu reportar e decorar. LA PRYMIERA CALZA PER QUE FORO TROBADAS AQUESTAS LEYS DAMORS. Et aquestas leys damors fam per so que ayssi hom puesca trobar pleniei- ramen compilât e ajustât tôt so que denan era escampat e dispers. LA SEGON CAUSA. Et cucaras per autra razo. Per so quel sabers de trobar lo quai havian tengut rescost li antic trobador et aquo meteysh quen havian pauzat escuramen. puesca hom ayssi trobar claramen. Quar ayssi poyra hom trobar motz essenhamens. e molas doctrinas. las quais degus dels anticz trobadors non han pauzadas. jaciayso que sian necessarias ad «trobar. toftcmpe mfhrcbu^cfiLi vitu OAcnicM icfaW): lob ta no pot ucntr acompli îlnixitîxi caim lcqiiítu^ wálofcnî>amai CH:tomolnii.(iai bcVe ce Lnitm can?ar Icqimltbitf tifl) lotofcgvnxfonïcucniT^îcK Cl Lltcr Cl citt^iirqtic coivfîiciibii mcii-iuohm-ccanr voxxe hpMv pchtp>oaniUfiitittif0iu;;i6. ^ tf^tlturaqucibif trc0 aiu;a6 amiT nopot aitcricf î)icii.iiiur me- ii beucno CcDiavcfcelitDtrffar itof pot; V^^uoelopîcgautlnnni mim quc6 clnog :oica->:6. et Mil t-oirXibct: cpoto: cforf.LpniqtK Initolitittit: cfcuno6:£cfìrlcûf Damo:6,ícaîni lof bo& aiifictro bAaTze.piimiin cpzcncc lom boiiif opiit}06:aLip2a\Da6- eicgçiictui qiiciti p:c:cu arfroloiictnatgc acoihtiiun c(îi|plcnib qucícra te ncorffitnt : en c(k\ (ciciiû ter bar. cr cittcnicm pauuralquf vlTcniplce cralniilif nifiui tioe pcntunicxm artiinfpcribqn cm lorpiicfcipUif icit rcpoOT* ctccûixr ICI COMMENCENT LES LOIS D'AMOUR. Trois choses sont nécessaires en tout temps pour faire un ouvrage : et si Tune d'elles manque, l'ouvrage ne peut arriver à sa fin, ni à sa per- fection. Vouloir est la première chose : elle pose la fondement de tout l'ouvrage. Savoir est la seconde chose : elle dispose l'ouvrage comme on le doit. Pouvoir est la troisième chose : elle donne à l'ouvrage son exécution; et quand le pouvoir manque, les autres choses servent peu. Mais ces trois choses, nul ne peut les avoir sans Dieu : car tous les biens viennent de Dieu, et sans lui, rien ne peut se faire. C'est pourquoi nous le prions humblement de nous accorder aide et secours , en nous donnant le savoir et le pouvoir ou la force, puisque nous avons la volonté de rédiger les lois d'amour, suivant les bons troubadours des anciens temps. Nous exposerons et enseignerons leurs saines doctrines, qui ont été approuvées : nous suivrons, en ce traité, l'antique et commun usage : nous ajouterons ce qui sera nécessaire dans cette science de trouver : et nous nous proposons de donner quelques exemples et quelques définitions que nous mettrons en rimes, afin qu'on puisse plus facilement les rapporter et les retenir. PREMIER MOTIF QDI A FAIT RÉDIGER CES LOIS d' AMOUR. NoUS aVOHS fait ces lois d'amour , afin que chacun puisse trouver entièrement réuni et rangé avec ordre ce qui auparavant était épars et disséminé. SECOND MOTIF. Nous avons eu encore une autre raison. C'est afin que cette science de trouver, que les anciens troubadours avaient tenue cachée, ou qu'ils n'avaient traitée qu'obscurément, puisse être clairement connue de tous. Aussi l'on pourra voir bien des règles et bien des doctrines qui n'ont été posées par aucun des anciens troubadours, quoiqu'elles soient nécessaires pour trouver. LA TERSA CAUSA. Lautra razos es pcr rcfrenar los avols deziriers cis dczoncstz movemcns dcis cnamoratz. e per essenhar de quai amor devon amar. (txc'ttaùos als juDCititls que voloa txobat. I)onx li trobador noel qucs han bona volunfat dapenre aquesla sciensa : tenguan pozar en aquestas Icys damors. Quar ayssi es la fons desta gaya sciensa de trobar. E prendam de layga de gran dossor desla fon agradiva. e vuelhan seguir la dotz veraya don ve e nays esta fons. Et en ayssi si "volon seguir aquesta dotz daquesta fon : li riu que daqui partiran : faran mantas ribieras fulhar e reverdir, els auzels chantar et esbaudir : am votz plazen e gaya. si que li riu qui deschendran desta fon. nauran fin pretz e veraya lauzor. E la fons aquesta quen sera mays agradan e raays plazens. e de major fama. e mays habondans. a totz, E la dotz desta font quen sera mays plazens e mays gracioza ad aquels que amon e volon aquesta gaya sciensa de trobar. c majormen als enlendcns ques han cor valoros e subtil. Quar aquesla gaya sciensa de trobar lunh temps nos met nis pauza en coratge. dôme dur. rude. avar. cnic. infals. Ans lor es aquesta plazens ayga sobre dura et amara. E per so tostemps aquel deslausa c vitupéra et ha en mespretz sciensa. al coratge del quai, nos met. nis pauza. Quar ignoransa es causa, la quais es grans enemiga de saber. DE LA DECLARAtio DE LA DiCHA METAFimA. Pcraqucsta fout entcndcm diclar. e per layga entendem. verses, chansos. els autres dictalz. Ê per la dotz prendem. art de trobar. segon ques ayssi la pauzam. la quai hora deu segre qui vol far belz dictats. plazens. e netz. Per los rius entendem. los gays trobabors. per los quais rius decorr laygua de doussor. So son li dictât tan plazen. e tan agradan. que fan reverdir las ribieras. sos assaber los gays coratges. dels auzens. quar per lauzir lor bos dictatz : cocebo gaug et alegrier : en lors coratges. Mays per los auzels chantans et alegrans. entendem los jolglars. c totz los autres que ara lor plazen votz : canto TROISIÈME MOTIF. La (lernitTc raison a été pour réprimer les désirs insensés et les mouvcmens déshonnèles des amoureux, et pour enseigner de quel amour ils doivent aimer. Exhortation aux Jouvenceaux qui veulent t.rouv«r. ue le troubadour nouveau, qui a la ferme volonté d'apprendre cette ience, vienne donc puiser à ces lois d'amour; car ici est la fontaine de la gaie science de trouver : qu'il boive l'eau si douce de cette fontaine agréable; et qu'il veuille monter à la véritable source d'où elle jaillit. Ainsi, suivant le cours de cette fontaine, il verra se former des ruisseaux dont les rives s'embelliront de feuillage et de verdure, qui inviteront les oiseaux à se réjouir et à s'ébattre avec des airs doux et joyeux : ces ruis- seaux formés de cette fontaine auront grande gloire et honneur : la fon- taine elle-même deviendra plus agréable, plus riante, plus renommée, plus abondante pour tous : la source de cette fontaine sera aussi plus déli- cieuse et plus charmante [)0ur tous ceux qui aiment la science de trouver et qui veulent l'acquérir ; mais surtout pour ceux qui ont un cœur noble et un esprit fin ; car cette gaie science de trouver ne se place point dans un cœur dur, grossier, avare, inique ou faux; au contraire ces eaux si douces lui sont amères et désagréables. C'est pour cela que toujours il déprécie, blâme et méprise la science à laquelle il ne peut atteindre : cela provient de l'ignorance : car l'ignorance est la grande ennemie du savoir. EXPLICATION DE LA MÉTAPHORE PRÉCÉDENTE. Par CCttC foutainC, nOUS entendons la composition; et par l'eau, les vers, les chansons et autres ouvrages. Par la source, nous désignons l'art de trouver, tel que nous l'enseignons ici et que doit le connaître tout homme qui veut composer des ouvrages beaux, agréables et purs. Parles ruisseaux, nous indiquons les gais troubadours : les eaux douces de ces ruisseaux sont les poèmes pleins de grâce et daménité : les rives que ces ruisseaux font reverdir sont les cœurs de ceux qui écoutent les troubadours, et qui, en écoulant leurs bons poèmes, se sentent inondés de plaisir et d'allégresse. Par les oiseaux chantant et se réjouissant, nous entendons les jongleurs et tous ceux qui, d'une voix agréable, chantent, publient et répandent nos com- publico. et espandissho nostres diclatz. dont mant home si dono gaug et alegrier en jeyssho de cocirier. Uritucttoâ bel ^rtmter fttfavizamttt montrait if (\m ieu i)am twctor fit lo iirtmifra fart ft fn los autrts sfjMfns. En la primiera part tractarem de las manieras de trobar. c quai son li sien mandamen. e perque foc trobada aquesta seiensa. Apres pauzarcm motas difflnitios descriptios e declaratios. traetan de letra diptonge sillaba oratio dictio e daceen de lati e dels enpedimens daquel et aprop del aece» de romans. En la segonda partida tractarem de bordos. pauzas. novas rimadas. de rims. de cobblas. verses, chansos. dansas, sirventes e daulres dictatz prin- cipals. En la tersa part tractarem de las Yiij. partz doratio mostran e declaran cas. nombre, temps, persona. gendre, e las claus dels mozes e dels temps del verb e de las combinatio daquels. En la quarta part mostrarem vicis e figuras pauzan ornât lo quai hom deu segre qui vol far bos dictatz e netz. En la quinta part pauzarem alcunas doctrinas mostran que deu hom far accordar. i. mot amb autre, e tornar lati en romans, e per quai ma- niera pot hom haver entroductio e materia a far verses chansos e autres dictatz. e per quai maniera deu hom sercar los rims per far alqun dictât mostran ques pedas e quays pedas. e ques amor. e de quai amor devon amar li aymador fugen e esquivan tôt avol dezirier et amor dezonesta. E can parlarem per paraulas planas so es fora rima no entendem seguir ornât mas cominal maniera de parlar exceptât los cas. lo quai entendem gardar en cascuna part daquesla obra. Item entendem aproeezir en alcunas difflnitios et en alcunas declaratios per maniera de rimas et en alcunas no. segon que nos sera vist. positions , qui donncnl plaisir et joie à bien des personnes , et qui dissi[)oiit les chagrins. Retour sur l'otiiet principal de ce livre où l'on montre ce qu'on doit traiter dans la première partie et dans les suivanteSs Dans la première partie, nous traiterons des manières de trouver; nous dirons quelles en sont les règles, et pourquoi cette science a été inventée. Ensuite nous donnerons plusieurs déflnitions , descriptions et éclaircissemens , traitant des lettres, des diphtongues, des syllabes, du discours , de la diction , de l'accent latin , de ses empéchemens , et de l'ac- cent roman. Dans la seconde partie , nous traiterons des bordos , des repos , des nou- velles rimées , des rimes , des couplets , des verses , des chansons , des danses y des sirventes, et de plusieurs autres compositions principales. Dans la troisième partie, nous traiterons des huit parties du discours, montrant et expliquant les cas , nombres, temps, personnes, genres, et les clés des modes et des temps du verbe, ainsi que leurs combinaisons. Dans la quatrième partie, nous owntrerons les fautes, les figures et les oruemens que doit employer tout homme qui veut faire de bonnes poésies. Dans la citiquième partie, nous établirons quelques doctrfnes montrant comment il faut faire accorder un mot avec un autre; comment on doit traduire le latin en roman; de quelle manière on peut se préparer et trouver matière à composer des vers, des chansons et autres ouvrages; comment il faut chercher les rimes pour composer ; ce que c'est qu'une cheville, et quelles sont les chevilles; ce qu'est l'amour, et de quel amour doivent aimer les troubadours, fuyant et évitant tout mauvais désir et amour déshonnéte. Quand nous parlerons en termes ordinaires, c'est-à-dire, sans rime, nous n'entendons pas employer d'orneraens, mais seulement la manière commune de s'exprimer : nous n'en exceptons que certains endroits dans chaque partie de cet ouvrage. Nous nous servirons de la rime dans quel- ques définitions , explications, et non dans d'autres, selon qu'il nous pa- raîtra convenable. 3tg8st comtnsa la f rimtfra f arti ttt loqual son ìrfmostraìias òaas manîfras îif trobor ŷtntrals las quais nos son itsta sctcnsa. Alqus trobars ve per aventura, et alqus per bona cura, ïrobars daventura es : cant hom troba alquna causa, laquai non ha perguda. o pauzat que laia perguda. can la troba senes sercar. Trobars de bona cura es : cant hom serca la cauza que non ha perguda. e sercan : la troba. o cant hom serca la cauza ques ha perguda : e sercan latroba. Encaras apela hom irobar. cant hom fay obra noela. coma fe cel que primieiramen trobet Moli. per subtilitat de son cor. E per aquela meteysha maniera son atrobadas las sciensas. per los phylozophes. ab gran engenh. et am gran subtilitat de cor. Encaras per aytal meteysha maniera troban mant clerc subtil, li quai fan motz dictatz en lati. versifian o per autra manieira. En ayssi que degus dels trobars sobreditz. no son desta nostra sciensa. mas solamen romans ques dictatz. e compassatz. Et aquest trobar diOnem. per aquesta maniera. DE LA DiFFiNiTio DE TROBAB. Trobars cs far noel dictât, en romans 0 : be compassat. DELS MANDAMENS DE TROBAB. Vista c pauzada la difíìnitio de trobar. de^etz saber quel mandamen de trobar son aquest. sos assabcr quom deu far noel dictât, compassat per sillabas. am rims. et alcunas vetz ani coblas motas. et alqunas vetz ab una cobla solamen. e deu hom en aytals dictatz seguir ornât, aytal cum mostron aquestas nostras leys damors. Encaras aytals dictatz deu hom far am bels motz. e plazens, clars. acordans. am bona et am certa sentensa. oz am bêlas e_am plazens methaforas. don hom puesca trayre bo sen. E deu hom Iractar en aytals dictatz. de sen. o de lauzors. o damors. o descondig. o de maldig gênerai, per donar castier als malvatz. odesquern. per donar solas e déport, o de planch. per gran desplazer quom ha motas ^ 0 "** Ici commence la première parue dans laquelle sont démontrées deux manières générales de trouver , qui n'appar» tiennent pas à cette science. 11 y a deux manières de trouver; par hasard cl par effort. Trouver par hasard, c'est quand on trouve une chose qu'on n'a pas perdue; ou, supposé qu'on l'ait perdue, quand on la trouve sans la chercher. Trouver par effort, c'est quand on cherche une chose qu'on n'a pas perdue, et qu'on la trouve en cherchant; ou, quand on cherche une cliose qu'on a perdue et qu'on la trouve en cherchant. On appelle aussi trouver, inventer un ouvrage, comme fit le premier qui inventa un moulin par la subtilité de son esprit. C'est de cette même manière qu'ont été trou- vées les sciences, par le fort génie et parla puissante intelligence des philo- sophes. C'est encore ainsi que plus d'un clerc ingénieux est dit trouver, quand il fait des compositions latines, soit en vers, soit autrement. Au- cune de ces manières n'appartient à notre science de trouver : mais nous avons seulement à nous occuper des compositions faites en langue romane et mesurées. Nous définissons trouver de cette manière : DÉFINITION DE TROUVER. Trouver, c'est faire une nouvelle composition , en roman pur et bien mesuré: DES RÈGLES DU TROUVER. La définition du trouver étant ainsi posée, il faut savoir quelles en sont les règles. Les voici : il faut faire une com- position nouvelle, mesurée par syllabes, en rimes, quelquefois en plu- sieurs couplets, et quelquefois en un seul. On doit, dans de telles composi- tions, employer les ornemens qu'indiquent nos présentes lois d'amour: il faut les faire en mots beaux , agréables , purs , qui s'accordent , et qui renferment un sens juste et certain, ou qui offrent des métaphores belles et agréables, dont on puisse tirer un sens juste. Ces compositions doivent être consacrées à des questions de morale, aux louanges, à l'amour, aux contredits, à la satyre des vices pour ch.îtier les médians, à la raillerie pour donner de la joie et du divertissement, à la vetz. E per so quar de diversas cauzas pot hom Iractar en dictatz : per so foron trobat divers dictât, ayssi cum son vers, chansos. sirventes. dansas, descort. tensos. partimen. pastorelas. vaquieras. vergieras. e molas autras lors semblans. retronchas e planch. et alqu fan redondels e mandclas. Encaras pot hom far granre dautres dictatz. los quais pot cascus nomnar segon que voira cel que fara lo dictât, mas quel donc nom be apropriat. comma somis. vezios. cocirs. reversaris. envegz. desplazers. desconortz. plazers. conortz. e motz autres dictatz. Bt ias cavizas ftr que foc atrobaba aqu($ta scttnsa. Esta scicnsa foc atrobada per so que quascus dictatz sia mays agradans. e mays plazens. per los rims sonans. consonans. e leonismes. e cascus miels e plus tost puesca rcportar cascun dictât, per so que rccitan e legen hom sen déporte, e bos motz enlenda. et aprenda. e yssamens per ques hom per bels chans melodiozes. e plazens. se donc en son coralge gaug. et alegrier. quar per gaug e per alcgrier. son mant cocirier apremegut. et ysshamens quar hom porta plus leu tôt trebalh. cant alqunas vetz se dona solas. e déport, quar a trebalh no fug ni falh. qui pren déport per miels suffrir trebalh. e per so que per ociozelat. en pecat. ni en vici hom no caia. Quar segon que ditz Catos. loncz repaus es noyrimens de pecatz. E per so quom puesca et auze declarar et expressar son dezirier e sa vo- luntat. la quai cauza per aventura estiers no poyria. o no auzaria. quar per maniera de dictât son alqunas paraulas grazidas. que fora dictât, serian desgrazidas. Lautra cauza pot esser per plus breu parlar. quar que be sap dictar. en plus breus motz ditz so que dir vol. que per autra maniera. Lautra cauza pot esser quar amb acordansas se transporto miels las paraulas que en autra maniera. Et ysshamens quar miels pot hom co- noysshcr si lobra es defectuosa o enneia. plainte pour exprimer le grand déplaisir qu'on ressent (luelquefois. Comme on peut ainsi traiter divers sujets dans ces compositions, on en a dis- tingué divers genres, comme vers, chansons, sirvenles, danses, descortSy tensons, parliments , pastourelles, vaquieres, vergieres, et plusieurs autres semblables, telles que les retrouanges et les plaintes. Quelques-uns font des rondeaux et des mandelas. On peut aussi faire d'autres ouvrages auxquels chacun peut donner le nom qu'il voudra, pourvu que ce nom leur soit bien approprié, comme sont les noms d'hymnes, visions, cocirs, reversars, envies, déplaisirs, desconforts, plaisirs, conforts, et plusieurs autres. Des causes pour lesquelles cette science a été inventée. Cette science a été inventée aOn que les compositions soient plus agréables et plaisent davantage par les rimes assonnantes, consonnantes et léonines, et que chacun puisse plus facilement et mieux réciter chaque ouvrage : afln qu'on se réjouisse par leur récit et par leur lecture, qu'on entende et apprenne de bons termes, et qu'on donne du plaisir et de la joie à son cœur par des chants d'une mélodie suave ; car les chagrins sont sou- vent dissipés par le plaisir et la joie, et l'on supporte plus facilement le travail, quand on goûte parfois l'allégresse et le divertissement; car celui- là ne recule jamais devant la fatigue, qui ne prend du divertissement que pour mieux supporter cette même fatigue. Celte science a été inventée aussi pour que l'oisiveté n'entraîne pas les hommes dans le péché ni dans le vice : car, le Sage l'a dit , le long repos est l'aliment du péché : et afln qu'on puisse et qu'on ose déclarer et exprimer son désir et sa volonté, ce qu'on ne pourrait ou qu'on n'oserait peut-être pas faire autrement; car, dans cette espèce de composition, bien des choses font plaisir, qui, dites autrement, ne manqueraient pas de déplaire. Une autre cause peut être encore de parler avec plus de concision : car qui sait bien composer en vers exprime sa pensée de la manière la plus concise. Une autre cause, enfin, est que l'accord et la mesure dans les paroles font qu'on les retient mieux , et qu'on peut ainsi mieux connaître si l'ou- vrage est défectueux ou parfait. DE LA DECLARATIO DE LA DICHA DIFFIMTIO. Eli la diffiílilio (le trobar havem paiizat en romans fi : be conpassat. per las quais paraulas dizera. que daqucst saber non es degus romans ni degu dictatz : si non es fco conpassatz e mes per rimas, o de sillabas non havia cert compas. Quar novas escrichas en comlans can que sian noblas e bonas. ayssi col romans del sant Grazal. e dautras gran re. no son daquesla sciensa. per so quar no tcno compas, ni mczura. de sillabas. ni de rims. e quar ayssi parlam de compas, volem vos declarar ques compas. AYSSI MOSTRA QUES COMPAS. Compas cs mczura dostar pauc. e trop : per dever pauzar. o per esta maniera, compas es mezura que pauza. dever : c pauc ni trop : no Ijauza. E per so en rim yeray. cant es be com- passatz. no deu haver ni mays ni mens, so es pauc ni trop : mas dreytu riera mezura. 3[g3ât moatrrt ftx quiU oriie tiitcn ûfroceîtr. E quar en lor mandamens de trobar havem facba mensio de coblas. lasquals prendo lor forma de rims. el rim dels bordos. el bordo sogon aquesta sciensa nostra duna o de niotas dictios. e diclios duna o motas sillabas. e sillaba duna o de motas letras : per so volem primieiramen tractar ques letra. e don se dcschen. e pueysh direm dels autres atiera. DE LA PRIMIEIRA MANIEIRA DE VOTZ. A DAR ENTENDRE QUES LETRA. Enpero per quora miels entenda ques letra : cove saber ques votz. Quar segon que pot cascus vezer : ses votz no pot hom formar paraula. e en- tendem de votz significativa. ques pusca cscriure. quar aytal votz. vol nostre sabers. e lunh temps no cura de votz escura. ab sen confus, la quai hom no pot escriure. cum fay lefans can plora. e sospira. quar aytals votz significa desplazer. et enpero hom no la pot cscriure. Il *»«• iq K» EXPLICATION DE LA DÉFINITION DE TROUVER. DanS la (léfinilion (Ic trouver, nous avons dit qu'il fiiut écrire en roman pur et bien mesuré. Par ces paroles, nous voulons dire que nul roman, ni aucun ouvrage n'ap- partient à cette science, s'il n'est bien mesuré et mis en rimes, ou s'il n'a pas un nombre Oxe de syllabes; car des nouvelles en prose, quoiqu'elles soient intéressantes et bien écrites, telles que le roman de saint Greal et autres, n'appartiennent en rien à cette science, parce qu'elles n'ont ni mesure, ni quantité fixe de syllabes, ni rimes. Mais puisque nous venons de parler de la mesure, qu'on appelle aussi compas, nous voulons expli- quer ce que c'est. ou l'on MONTRE CE QUE c'est QUE LE COMPAS. Le compas cst la mesure de ce qui doit être, entre le peu et le trop. Ou d'une autre manière : le compas est la mesure de ce qu'il faut mettre, ni plus ni moins, sans oser le dépasser. Ainsi, un ouvrage en rime, lorsqu'il est bien compassé, ne doit avoir ni plus ni moins, c'est-à-dire, ni trop ni trop peu, mais une mesure juste. Où l'on montre dans quel ordre on veut procéder. Comme, en parlant plus haut des règles du trouver, nous avons fait mention des couplets, et que le couplet prend sa forme des rimes, la rime des bordas ou vers, le vers, suivant notre science, d'un ou de plusieurs mots, le mot d'une ou plusieurs syllabes, et la syllabe d'une ou de plu- sieurs lettres, nous expliquerons premièrement ce que c'est que les let- tres, d'où elles viennent, et nous traiterons ensuite du reste. DE LA PREMIÈRE ESPÈCE DE SON, POUR FAIRE ENTENDRE CE QUE C'EST qu'une LETTRE. Pour micux entendre ce que c'est qu'une lettre, il con- vient de savoir ce que c'est que le son ; car , comme chacun peut le voir, on ne peut former de parole sans le secours du son : nous voulons dire sans le son qui est significatif et qui peut s'écrire. Car notre science ne s'occupe que du son ayant ces deux caractères : elle ne s'occupe point du son confus , qui n'a qu'une signification vague et qu'on ne peut écrire, comme les pleurs et les soupirs d'un enfant : ce son, en effet, exprime vaguement la douleur, et on ne peut l'écrire. LA SECONDA MAXiEiRA DE VOTZ. Ajta pauc DO cura nostrc sabfirs da- qucla volz ques pot cscriure. quant alqus bos sens non es près, ni enten- diitz. et aytals votz fay le Corps : can crida croac. Aquesta votz sescriu. enpcro hom no pot saber que vol dire. LA TERSA MANiEiRA i)E VOTZ. Mcns ades prcndem aquela votz que nos pot escriure. ni lunh bo significat hom non pot entendre, si cuni podetz vezcr en lo rugimen del Léo. o en lo mugimen del Buou. ocant mant home ajustât menan gran brug ; e gran murmur. Bons iiiffinhios òt letra. Tractât havem de volz : e cove que ayssi mostrem ques letra. Letra votz es no devisabla. E per escriure convenabla, Letra per miels esser exposta. Es menor part de votz composta. Composta votz es tota dictios. quar se compo de sillabas. coma propheta- 0 de letras : coma sans, o de significat. coma. e. o. v. coma Peyres e Guilhems canto. Aquel. e. es una dictios. si que no y a mas una letra. Aquo meteysh. o. coma Esteves o Bertrans lieg. Aquo meteysh. v. quossi hom dizia v. dos. très. En aquel. v. es un dictios. en o y a mays una letra. et en ayssi aquela vocals. v. tota sola : fay una dictio. laquais es composta solamen : de sen. so es de significat. e no de letras. quar non hy ha : mas una ni de sillabas : quar aytan pauc no y a mas una sillaba. et ayssi enlen- datz de. e. e de o. e de lors semblans. Enpero ges no es acostumat escriure i. per unitat. ab. v. mays ab. i. e per dos : doas. ij. e per très : très. iij. jaciaysso que segon la pronunciatio miels sescriva ab. v. que ab. i. Pero uzatge seguem en esta part so es que tostemps sescriu ab i. majormen quar hom pauza un sol. v. per lo nombre de sine. Mm ^ DE LA SECONDE ESPÈCE DE SON. Nolrc scicncc liC s'occupc pas non plus des sons qui peuvent s'écrire, mais qui n'ont aucun sens précis, ni intel- ligible; tels, par exemple, que ceux du corbeau, quand il crie croac. Un tel son peut s'écrire, mais on ne peut savoir ce qu'il veut dire. DE LA TROISIÈME ESPÈCE DE SON. Nous Dous occupons cncorc moius du son qui ne peut être écrit et dont la signification ne peut être comprise : ce qui a lieu dans le rugissement du lion et le mugissement du bœuf; ou quand, du milieu d'une multitude d'hommes rassemblés, s'élèvent un grand bruit et un murmure immense. Deux définitions de la lettre. Nous avons parlé du son : il convient de montrer maintenant ce que c'est que la lettre. La lettre est un son non divisible. Qui peut s'écrire. La lettre est encore mieux définie : La moindre partie d'un son composé. Un son composé est un mot entier qui a plusieurs syllabes, comme pro- phète ; ou plusieurs lettres , comme sans ; ou seulement un sens , comme e, 0, M. Par exemple, dans cette phrase : Peyres e Guilhems canto, l'e (et) est un mot , quoiqu'il n'ait qu'une lettre ; de même dans celle-ci : Esteve o (ou) Bertrans liég. De même lorsqu'on dit : u, dos, très, u (un) est un mot entier, quoiqu'il n'ait qu'une lettre; et dans ce cas-là, cette voyelle toute seule exprime l'unité; c'est un mot qui renferme un sens, mais qui n'est composé ni de syllabes, ni de lettres, car il n'en contient qu'une. Il faut en dire autant de e, de o, et de leurs semblables. Néanmoins, on n'a pas coutume d'exprimer l'unité par la lettre u, mais par % ; on exprime deux par deux ii , et trois par trois m; quoiqu'à suivre la prononciation, il fût mieux d'écrire l'unité par u que par i. Mais il faut suivre en cela l'usage , le nombre un s'étant écrit de tout temps par un i, et la lettre w (v) représentant le nombre cinq. ^IG îlr las. V. vociúì quotas son ^lfiûssonans. f quoras símíssonans. f quotas uttissonattâ. Vist havem ques letra e mostrat que un vocals fay dictio. aras volem mostrar cantas vocals son. E devctz saber que v. \ocals son. a. e. i. o. v. et alcunas daqucstas scgon nostre romans son mota vets plcnissonans. et adonx retcno lor propri so. coma yezetz en aquestz ysscmples. las. bels. fis. joy. lutz. DE LAS VOCALS SEMissoNAS. A. e. 0. sonan mot as vetz. dautra maniera, am petit so. e mcjancier. coma, pesa, grana. bes. devers, honors. e en ayssi dels autres lors semblans. Enpero segon art de lati layon pauzam. o. semissonan : coma. nom. plom. e pom. et ayssi dels autres : semblaria que dcguesscm pauzar. v. quar ayssil pauza hom en lati. et aysso pot hom vezer per aquestz vocables sum. e cutn. Empero uzatges y contraditz. quar tostempsesacostumat descriure aytals motz ab. o. e no ab. t^.per que uzatge seguem. en esta part, quar miels legcm tôt romans cant es escrigz segon uzatge. que no fariam per autra maniera. Li compost de. cum. c de nun. pot hom escriure quis vol segon art coma, ciimpas. cumpromes. nunciar. denunciar. DE LAS VOCALS UTiussoNANS. Eucaras trobam que. a. e. o. son utris- sonan. quar en un mot. no quai mudar consonan. ni vocal, segon quom pot ayssi vezer. vas. pes. près. tort. col. pas. et en ayssi de trops autres. Enpero de ce que la vocals muda loso: tantost se varia le signiilcatz. coma. pes : am quom va. pes : am quom peza. Le premier es : plenissonans. le segons : semissonans. DELS NOMS GENER ALS DELS MOTZ. E DELS RIMS. E DEL SENHAL. DEL QUAL DEU ESSER SENHADA LA VOCALS UTRISSONANS. CAN PREN NOM DE SEMIS- SONAN. E devclz sabcr quels motz els rims pot hom nomnar segon las vocals am que sescrivo. segon que cnjos es tractât plenieramen. et en ayssi 17 Des cinq voyelles , des plenisonnantes , des semisonnantes , et des utrisonnantêe Nous avons vu ce que c'est qu'une lettre, et montré qu'une seule voyelle peut faire un mot entier; il faut à présent dire combien il y a de voyelles. On doit savoir qu'il y en a cinq, a, e, i, o, u; et que quelques- unes d'elles, dans notre langue romane, sont fréquemment plenison- nantes ; c'est-à-dire , qu'elles retiennent pleinement leur propre son , comme on le voit dans les mots las, bels, fis,joy, lutz. DES VOYELLES SEMISONNANTES. A, 6, 0, U'out SOUvent qu'UU SOH louci, petit et moyen, ou un demi-son, comme dans peza, grana, bes levers, honofs, et dans les autres mots semblables. Cependant, ensuivant l'orthographe du latin, dans les mots où nous mettons un o semisonnant, comme nom, plom, pom, il semblerait que nous devrions mettre un u : car c'est ainsi qu'on les écrit en latin, comme on peut le voir dans les mots sum et cum. Mais l'usage s'y oppose : car on a de tout temps eu la coutume d'écrire ces mots par un o en roman , et non par un u. 11 faut se conformer en cela à l'usage ; car on lit mieux le roman lorsqu'il est écrit suivant l'usage, que d'une autre façon. On peut écrire, si l'on veut, les composés de cum et nun suivant l'orthographe latine, comme cumpasy cumpromes, nunciar, denunciar. DES VOYELLES uTRisoNNANtES. Nous voyons cucore que les voyelles a, e, 0, sont utrisonnantes, c'est- à-dire qu'elles ont le son plein et le demi- son dans le même mot, comme dans vas, pes, près, tort, col, pas, et plusieurs autres semblables. Mais selon que la voyelle a l'un ou l'autre son dans ces mots, la signification du mot change aussi, comme dans pes avec quoi on marche, et pes avec quoi on pèse : le premier est plenison- nant , le second semisonnant. DES NOMS GÉNÉRAUX DES MOTS ET DES RtMES , ET DU SIGNE DONT ON DOIT MARQUER LA VOYELLE UTRISONNANTE LORSQU'ELLE DEVIENT SEMI- SONNANTE. On doit savoir qu'on peut nommer les mots et les rimes selon les voyelles avec lesquelles on les écrit, et conformément à ce que nous 2 s: 18 :s esta dictios. quar: es plenissonans. quaraqucla vocals. a. es plenissonans. et esta dictios. bo : es semissonans. quar aquela vocals. o. amque scscriu. es semissonans. et esta dictios. tort, es ulrissonans. quar aquela vocals. o. pot esscr plenissonans o semissonans. E si aylals motz honi pauza en rima, pot los hom apelar per aquela meteyssha maniera. E quar en aytals motz hom se peca a legir. per so deu hom senharla vocal semissonans amb un ponch dejos. segon que vezetz ayssi. Si de près savis homes \n$. Leumen no seras fois ni vas, Mays que regardes a 1er pas. Ja not falhira vis ni pas. Et adonx per esta maniera liom pot saber quora son li mot plenisso- nan. c quoras semissonan. En aquestz molz semissonans se peccan fort li Catala. quar dels motz semissonans fan plenissonans molas vetz. PEB QtJE SON DiCHAS VOCALS. Mosiradas havem las. v. vocals. e son apeladas voCals : quar cascuna dcmosira certa votz. c ses la una de lor : no pot hom lunh mot ni lunha sillaba formar : ni pronunciar. e per so apeladas so vocals : de votz. Br Ittt cûttionatie rt ftr quf son btrljas consottans. Totas las autras letras son apeladas consonans. quar essems fono am las autras. e quar a nos abasto vocals c consonans : per so de lor havem fâcha mentio tan solamen. c de semi vocals ni de mudas. ni de liquidas, nos. no. uzam. sino en aytan : cum son dichas consonans. per so de lor no trac- tam aysi : ni las declarani. DE. i. E DE. tl. CÂN TEND LOC DE CONSONANS. AqUCSlaS IctraS. i. Q. U. tCHO lec de consonans. can en lo comensamen de mot : son ajustadas am las autras vocals : am lors meteyshas. aquo meteish fan el mieg de diclio. segon quom pot vezer en aquest yssample. venons de dire. Ainsi le mot quar est plcnisonnant, car la voyelle a est plcnisonnanle; le mot bo est semisonnanl, car la voyelle o, avec laquelle il s'écrit, est semisonnanlc; et le mot tort est utrisonnant, parce que la voyelle o peut être plcnisonnanle ou semisonnanlc. Si on met de tels mots en rimes, on peut appeler celles-ci delà même manière; mais parce qu'on se trompe souvent en lisant de tels mots, il faut marquer la voyelle semisonnanlc par un point au-dessous, comme vous le voyez ici. Si de près savis homes vas- Loumen no seras fols ni vas. May s que regardes a lor pas. Ja not faillira vis ni pas. De celle manière, on peut savoir quels sont les mots plenisonnans et quels sont les semisonnans. Les Catalans pèchent fort dans ces mois semi- sonnans , et les font souvent plenisonnans. d'ou vient le nom de voyelle. Nous avons fait connaître les cinq Voyelles, qui sont appelées ainsi , parce que chacune d'elles rend une cer- taine voix, et que sans une d'elles, on ne peut former un mot, ni une syllabe; ainsi elles sont appelées voyelles, de voix. Des consonnes , et pourquoi on les appelle ainsi. Toutes les autres Ìeltres sont appelées consonnes, parce qu'elles sonnent avec les voyelles : et comme il nous suffit des voyelles et des consonnes, nous ne ferons mention que de celles-ci. Nous ne lîoiis servons , en effet, des semi -voyelles, des muettes et des liquides, qu'en leur qualité de con- sonnes. C'est pourquoi nous n'en traiterons pas ici , et nous nous abstien- drons de les expli(|uer. des lettres I ET c, lorsqd'elles tiennent lieu de consonnes. Les Icllres i et M tiennent lieu de consonnes, lorsqu'elles sont assemblées avec d'autres voyelles ou avec elles-mêmes, soit au commencement, soit au milieu d'un mot ; comme on peut le voir dans l'exemple suivant : Valors. veraya. vida. vol. E via jusla quier e col. Engan. barat. frau. et eveia. Encaussa toslemps on quels veia. Als quais del tôt fugir vuUats. Si viilor querelz et amatz. Quar per lor es. ades perguda. DE. u. APROP. g. 0. q. Encaras develz saber que. u. cent es ajuslada aprop. g. o aprop. q. et aqui meteysh se sec vocals : adonx no sona coma vocals : ni consonans. segon quom pot vczer en est ysscmple. Qui lagui vol tostemps e quier. Sos cors languish a lenderricr. Quar lonx trebalhs home dechay. DEL AJUSTAMEN DE LAS VOCALS LE QUALS ES APELATZ DIPTONGES. E fan las vocals autre ajustamen entre lor : le quais es 'apclat diptonges. en lo quai ajustamen retcno lor vertut e lor forsa. e que sapcbatz ques dip- tonges. la sua diffmitios es aytals. LA DIFFINITIO DE DIPTONGE. Diptonges es ajustamens. De doas vocals essems fazens. En una sillaba lor forsa Quar am sa par lautra saraorsa. Diptonges conjonh et acaba. Doas vocals en una sillaba. En la quai segon lor dever. Cascuna rete son poder. DELS DIPTONGES QUES HAVEM SEGON ROMANS. Ueg diptongcs havem Se- gon nostre lengatge. en fi de dictio. am bon accen e liai, sos assaber. ay. ey. oy. uy. au. eu. iu. ou. coma. gay. vey. joy, cuy. vau. leu. viu. nou. ^x £1 «^^f Valors. veraya. vida. vol. Ë via iusta quier e col. Engan. barat. frau. et eveia. Ericaussa tostemps on quels veia. Als quais del toi fugir vullatz. Si valor queretz et araatz. Quar par lor es. ades perguda. DE l'd APRES LE G ET LE Q. Il faut cncorc sQvoir quG l'w, quand il est placé après le gf elle g, ne sonne, ni comme voyelle, ni comme con- sonne ; ainsi qu'on peut le voir dans cet exemple : Qui lagui vol tosteraps e quier. Sos cors languish a lenderrier. Quar lonx trebalhs home dechay. DE LA RÉUNION DE VOYELLES QU'ON APPELLE DIPHTHONGUE. LeS VOyellcS ont une manière d'ôtre assemblées, qu'on appelle diphthongue, dans laquelle chacune conserve sa vertu et sa force. Pour qu'on sache ce qu'est Ta diph- thongue , en voici la définition. DÉFINITION DE LA DIPHTHONGUE. La diphthongue est assembleraent De deux voyelles^, qui, joignant En une syllabe leur force , Font que l'une à l'autre s'amorce. La diphthongue joint et rassemble Deux voyelles sonnant ensemble : En elle, selon son devoir, Chacune retient son pouvoir. DES DIPHTHONGUES QUE NOUS AVONS EN ROMAN. NoUS avOnS huit dipll- thongues dans notre langue, à la fin des mots, et en bon et pur accent ; savoir : ay, ey, oy, uy, au, eu, tu, ou, comme gay, vey, joy, cuy, vau, leu, viu, nou. ^SM an i-«s ^^a ^^ M^ DE LAJUSTAMEN DE LAS VOCALS. QUE NO FAN VERAY DIPTONGE. E de- \e(z saber que. ya. ye. ni ue. coma, gahia. gioria. beslia. lieg. miels, nuey. no son diplonge. ans dizem be que son doas sillabas ajusladas en una. et pot boni dire que son diptongc contrafag. DELS DIPTONGES QUE SON TROBAT EN LO COMENSAMEN EN LO MIEG ET EN LA FI DE DiCTio. E IrobaHíì encara daquels meleyssbesdiptonges pauzatz en la fi : enlo comensamen : et en lo raieg de diclio. en lo comensanien: coma. ayga. veyre. peysh.joya. en lo mieg: coma, salvayre. enperayre. pen~ heyre. toneyre. savoya et en ayssi de trops autres lors semblans. DAQUEST DIPTONGE. yeu. E DE SOS SEMBLANT. En aqucst diplouge. yeu. Yezctz. que son très vocals. Enpero daquel. ye. dizem que aqui son doas sillabas en una. et en ayssi reman encaras veraja la diffinitios de diptonge. can ditz que diplonges es enlassamens de doas Yocals. Et ajssi enlendfitz dels sieus semblans. coma. dieu. mieu. bartholmieu. sieu, iieu. huey. vou. buou. DE VOCAL E DE. m. QUE NON SIAN PAUZADAS DENAN VOCAL. Vocal de- nan vocal, hom no deu pauzar. ni m. denan vocal, en di versas dictios, persoque lobra sia plazens e neta. e mens ades çan las vocals son unas nieteysshas. segon que vezetz ayssi. Vostre nom hay dona a cor. Quar a totz agradiva elz. DE. r. QUE no; SIA PAUZADA DENAN. f. Encaras deu hom gardar que si una dictios fenish en. r. que lautra seguens dictios uo comense per. r. segon que apar en lissheraple pauzat enjos. DE. s. QUE NO SIA PAUZADA DENAN. T. Ýsshamens deu hom gardar que si una dictios fenish en. s. e denan. s. es diptonges o autra consonans ses tôt meia: que lautra dictios no comense per. r. Quar freneio entre Ion çon^a qui ditz. ^M ^o <,t^ DE LA RÉUNION DE VOYELLES QUI NE FORME PAS DE VRAIES DIPUTHON- GiES. 11 faut savoir que ia, ie , ue, comme gahia, gloria, beslia, lieg , miels, nueg, ne sont pas des diplUhonfj^urs. On s'exprime bien en disant que ce sont deux syllabes réunies en une seule. C'est pourquoi on pourrait les appeler une contrefaçon de diphthongue. DES DIPHTHONGUES QU'ON TROUVE AU COMMENCEMENT, AU MILIEU ET A LA FIN DES MOTS. On trouvc cncore les mêmes vraies diplithongues, non seulement à la fin, mais au commencement et au milieu des mots; au commencement, comme ayga, veyrc, peysh,joya; au milieu, connne salvayre, enperayre, penheyre, toneyre, savoya, et ainsi de leurs sem- blables. DELADIPUTHONGUE YEUETDE SES SEMRLA BLES. Dans la diphtbongUCteU, vous voyez qu'il y a trois voyelles; et nous disons de ie, que ce sont deux syllabes en une. Ainsi cela s'accorde avec la définition que nous avons donnée de la diphlbongue, en disant que c'est un assemblement de deux voyelles: cette définition reste toujours vraie. 11 faut entendre la même chose des semblables de ieu; comme dieu, mieu, barlholmieu , sieu, tieu, huey , voîi, buou. d'une voyelle et de m mis devaivt UNE VOYELLE. Il uc faut pas mettre une voyelle devant une voyelle, non plus que la lettre m, dans deux mots qui se suivent, si l'on veut que le style soit agréable et pur. 11 faut encore plus éviter cette rencontre , quand les voyelles sont les mô- mes, comme on le voit ici. Vostre nom liay dona a cor, Quar a totz agradiva elz, DE RMis DEVANT R. 11 faut bien prendre garde, si un mot finit par un r, que le mot suivant ne commence pas par un autre r; comme on le verra dans l'exemple que nous citons plus bas. DE s MIS DEVANT R. Dc même, si un mot finit par un s et que devant s il y ait immédiatement une diphthongue, ou une autre consonne, il faut prendre garde que le mot suivant ne commence pas par un r; car le son en est âpre et dur; comme quand on dit : «5^ ^* k4i^ Qui jaurs rojeia ol buous rauqueia. Philips reys es per far razo. Enpero le vicis es escuzatz deltot cant en lo mieg de lor : es pauza de bordo. segon que apar en aquest ysshemple. Ges be no fe. ordes am desmezura. Quar perd son nom. ayssi quos desmezura. Be deu voler, régla donx e tenir. Quils ordes sans, recep per dieu servir. Pero si la vocals es una meteysha. del tôt le vicis non es escuzatz ja- eiaysso que per mendre sia rcputatz per la pauza ques pauza en lomieg. coma qui dizia per esta guiza. Gaucerans ha. ardimen fol et fat. Quar ses razo. obra de voluntat. DE LA FI. E DEL COMENSAMEN DELS BORDOS QUE NON ES VICIS SI LA US FENISH EN UNA DE LAS DICHAS LETRAS EL SEGUENS COMENSA PER AQUELA METEYSHA LETRA. Dcgus vicis nou cs sil bordos fenish en vocal, si lou- tres comensa per vocal, o si fenish en. m. et lautrcs comensa per vocal, o si termena. en. s. ab autra consonan denan : e laltres bordos comensa per. r. ExcEPTio DE VOCAL DENAN VOCAL. De la dicha régla quom no meta vocal denan vocal, ne son exceptadas estas dictios. quar tôt jorn nos son necessarias. sos assaber. qui. e. si e. ni. can la seguens vocals es diversa. Item ne son exceptadas aquestas dictios. so. quar es plenisonans. ez aques- tas dictios. no. et, quo. semissonans. quar daqucslas nos uzam. e nos son fort nescessarias en nostre lengatge. Ysshample de. so. plenissonan coma qui dizia. so es mal fayt. de. no. com qui dizia. Peyres no es bos clerx. de. quo. pauzam ysshample qui dizia. quo es fayt aysso. Ayssi meteys dizem de las autras dictios costumadas a [dire e que segon nostre lengatge nos son necessarias. e que autramen convenablemen segon uzatgc nospuesca dire. Ez aysso entcndatz mas quel dig mot no sajusto am lor semblan vocal, ayssi com en las autras dictios dessus dichas es estât dig. Oui jaurs rojeia, ol buous rauqucia. Philips reys es pcr far razo. Mais il n'y a pas de faute, quand entre les deux mots, se lrou>e le re- pos du vers, comme on le voit dans cet exemple : G es be no fe. ordes am desmezura. Quar perd son nom. ayssi quos desmezura. Be deu voler, régla donx e tenir. Quils ordes sans, reocp pcr dieu servir. Cependant si la voyelle est la même, la faute existe encore, quoique on la regarde comme moindre, à cause du repos qui est entre les deux mots : comme si l'on disait : Gaucerans ha. ardimen fol e fat. Quar ses razo. obra de voluntat. DE LA FIN ET DD COMMENCEMENT DES VERS; QUE CE n'EST PAS UNE FAUTE, SI LE VERS FINIT PAR UNE DES DITES LETTRES, DE COMMENCER LE SUIVANT PAR quelqu'une des AUTRES. Ce u'cst pas une faute, si un vers finit par une voyelle, de commencer l'autre par une voyelle; ou si l'un finit par un m, de commencer l'autre par une voyelle; ou si l'un finit par un s, avec une autre consonne, de commencer le suivant par un r. EXCEPTION POUR LES VOYELLES DEVANT LES VOYELLES. La règle qul défend de mettre une voyelle devant une voyelle ne s'applique pas aux mots suivans, qui nous sont nécessaires à chaque instant ; savoir : qui, si, et ni, lorsque la voyelle suivante est différente. Elle ne s'applique pas non plus à so, lorsqu'il est plenisonnant ; ni à no et quo, semisonnans; car ces mots sont d'un grand usage et très nécessaires dans notre langue. Exemple de so plenisonnnant : so es mal fayt. Exemple de no : Peyres no es bos clerx. Exemple de quo : quo es fayt aysso. Il faut en dire autant des autres mots d'un usage fréquent, qui nous sont nécessaires et qu'on ne peut dire autrement dans notre langue. Ce- pendant il faut toujours entendre que ces mots ne doivent pas être mis devant des mots commençant par les mêmes voyelles; comme il a été dit plus haut. s: 26 :* Encarasncson exceptât aquest. viij. diplongc, ay. ey oy. uy au. eu. yu. ou. coma. Yeu iray a Paris breumen. Per vczer lo rey eccelen. Et en ayssi dels autres diptonges desus nomnatz. DE LA BOCTRiNA DE, yeu. E DE. hucy, E DE LORS SEMBLANS. Dautra part deu hom saber que yeu et huey podon eslar après vocal : ses que noy re- putam lunh vici et après, m. Cum yeu saybe huey mon ufici. Per quel die certamens ses. vici. Cum huey. podetz virar los motz. Et ayssi de y est e de totz. Lors serablans que trobar. poyretz. DE DIPTONGE QUE NO SIA PAUZATZ DENAN DYPTONGE. DiptOUgeS UO VOl estar denan diptonge ses alqun meia. Quar trop engendrau gran hyat. si que fan trop la gola badar. Si cum yeu huey auzi la messa. Don joy hay gran dins en ma pessa. Et enayssi dels autres lors semblans. et aysso es vers can le seguens dip- tonges comensa per vocal coma, yeu auzi la crida. quar estiers no repiUam a vici coma, yeu soyjoyos. Ayla pauc séria vicis de très coma, yeu soy gays. Pero si maysde très hom ni paiizava. adonx engendrarian coliizio. e séria vicis coma, yeu soy viusgays e fortz. Daquesta coliizio devem tractar enjos, Enpero yeu hay. pot hom dir ses vici. DE LA ExcEPTio DE. wi. Li mot sinalimphat can termeno en. m. podon esscr pauzat denan vocal, ses vici. segon que vezetz ayssi. Be mes la mortz greus et amara. Si que ronsar mi fay la cara. Quar vas totz latz vey que malbira. E massai h per quen ay gran ira, E gi-an pavor. can me sove, Sont encore exceptées de la règle générale, les huildiphllionguesí/í/, eij, oy, uy, au, eu, iu, ou : comme : Yeu iray a Paris breutnen, Per vezer lo rey eccelleu. Jl en est de même des autres diphlhongues nommées plus haul. RÈGLE DE YEC, DE UUEV ET DE LEURS SKMBLABLES. D'un autre CÔlé, il faut savoir que yeu et huey peuvent être placés après une voyelle et après un m, sans que ce soit une faute. Quand on dit : Cuni yeu «aybe huey mon uGci. Ces mots sont sûrement sans faute. En transposant ces mots, on peut dire : cuna huey.. Il en est ainsi de y et de tous Leurs semblables, qu'on peut trouver. DÏNEDIPHTHONGUE MISE DEVANT UNE AUTRE. Une diplltllOngUC ne doit pas être placée immédiatement devant une autre; car cela produit un trop grand hiatus, qui fait trop ouvrir la bouche. Si cum yeu huey auzi la messa. Don joy hay gran dins en ma pessa. 11 en est ainsi des autres diphthongues semblables à celles-ci , quand la diplilhongue suivante commence par une voyelle, comme : yeu auzi la crida. On ne regarde pas comme une faute de dire : yeu soy joyos, ni yeu soy gays; ou du moins cette faute est peu sérieuse. Mais si on mettait plus de trois diphthongues de suite, elles produiraient une collision qui serait une faute grave; comme : yeu soy vius gays e fortz. Nous traiterons plus bas de cette collision. On peut dire sans faute : yeu hay. EXCEPTION POUR M. Les mots élidés, qui se terminent par m, peuvent être placés devant une voyelle, sans qu'il y ait faute; comme on le voit ici: Be mes la mortz greus e amara. Si que ronsar mi fay la cara. Quar vas totz latz vey que m'albira. E m'assalh per quen ay gran ira, E gran pavor. can me sovc. s: 28 :s Aquo mcteys de vocal, coma, la mi arma. DE LA ExcEPTio DE. T, De la Tcgla dcssus dicha de r. denant. r. es exceptada esta propositios. per. quar de son cazual o dalcus inflnilius pau- zatz en loc de son cazual comcnsans per. r. nos pot leumen départir. DECLARATio. Dig havem quom no meta vocal ni. m. denan vocal ni. r. denan. r. ni s. denan. r. si denan. s. es autra consonans en diverses raotz. e dizem scienmen en diverses molz : quar en un non es vicis. Coma Johans gaarda Maria. E Cleofas vay per la via. Parlan a cel : a cuy sermona. E per aquela meteyssha maniera deu hom entendre, de labitut am son cazual en lo nominatiu plural, can la votz es del masculi gendre, si don per sinalimpha no cran agcnsat aytal mot. Cum li honest fan penedensa. E 11 huelh son bel daycelina. Laralc veray lor amor fina. Mostran als ops : am veray cor. Can ditz. li honest. et après, li huelh. vens aqui habitutz am lors cazuals. pueysh sec se lagensamens can ditz. lamic. Enpero can las vocals son unas meteysshas. coma li irat. liisnel : adonx los deu hom abreviar segon quom pot ayssi vezer. Sian aytal mot abreviat. Coma lisnel son apaguat. E lirai no fan mas contendre. Enpero totz aquestz vicis de vocal denan vocal, els autres sobreditz. tenem per escuzatz del tôt. can se fan per quom no laysshe bo mot. Quar may deu hom voler lo frug. que lescorsa. o cant per autra maniera adre- chamen. o miels, o plus bel nos pot dire. ■t s: 29 s 11 en est de môme pour une voyelle, comme la mi arma. EXCEPTION POUR R. 11 faut excepter de la règle ci-dessus, qui défend de mettre un r devant un autre, la préposition per : car on ne peut sou- vent la séparer des noms qu'elle régit ou de quelques infmilifs placés comme régimes , qui commencent par un r. EXPLICATION. Nous avous dit qu'il ne faut pas mettre une voyelle, ni un m devant une voyelle, ni un r devant un r, ni un s devant un r, si s est précédé d'une autre consonne : cela doit s'entendre de mots différens; car, dans le môme mot, ce n'est pas une faute, comme: .. Jobans guarda Maria. E Cleofas vay per la via. Parlan a cel a cuy sermona. Il faut entendre la môme chose de l'article avec son substantif au no- minatif pluriel , quand le nom est du genre masculin; pourvu toutefois que ces mots ne soient pas réunis par une élision. Cura li honest fan penedensa. E II huelh son bel d'Aycelina. L'amie veray lor araor fina. Mostran aïs ops am veray cor. Lorsqu'on dit li honest et ensuite li huelh', voilà les articles avec leurs substantifs : ensuite il y a élision , lorsqu'on dit l'amie. Mais quand les voyelles sont les mômes, comme li irai, li isnel, alors il faut absolument les élider, comme on le dit ici. Sian aytal mot abreviat Coma l'isnel son apagaat E l'irat no fan mas contendre. Néanmoins cette faute de mettre une voyelle devant une voyelle et toutes les autres fautes sont entièrement excusées , quand on les commet pour ne pas perdre une bonne expression ; car il faut préférer le fruit à l'écorce : ou bien , quand toute autre manière de parler ne serait ni aussi exacte, ni aussi bonne, ni aussi belle; comme: *!« <í(\ '» ^»« 0\ý Mil» Coma lu lias cara darloU Rauli Yzarn lie saludat. E Gasto obrier encontraU A . e. î. son vocal e. m. n. son consonan. El en ayssi dels autres dcsus digz. LICENCIA. E no rcpulam a vici. si la una diclios fenish en. /. c laulra comcnsa per. l. o en. n. e laulra comensa per. n. o en s. e laulra comehsa per. s. Quar non es vicis ni pecaliz. Si dizem dieus sia lauzatz. Quar el lo mon ha rezemut. Don nos havem gaug e salut. El aysso dizcm per que trop no estrengam esta scîensa. e per so que per gran estrcyssherat dcl saber. hom non laysshc gran re de bos molz. Ayta pauc no rcpulam a vici. si hom pauza las aulras consonans de las quais no havem parlai, la una denan laulra. o denan vocal, si be alcunas vetz fan aspre so. cum fay. t. denan vocal coma, vertat amatz. Quar mays amam que un pauc sia aspra la volz. que si sen perdia bona sentensa. Enpero qui lot o pot gardan plus nela es lobra. APRES, a. PREPOSiTio. DEC HOM PACZAii. z. 0. d. E per agensar la ma- niera de parlàr e per esquivar hyat. deu cascus pauzar. 5. o. d. apròp. a. prepositio. can la seguens diclios comensa per vocal, segon quom pot ayssi vezer. Anar me play ad Alamanda. Quar az uelh vey la Valor granda» Del sieu gentil cors plazentier. A PROP. e. DEU HOM PAUZAR. t. O. Z. Apres aquesla copulaliva. e. deu hom pauzar. t. o. s. per esquivar hyat. can la seguens diclios comensa per vocal. Et après, o. disjuncliva. deu hom pauzar. z. per aquela me^ tcyssha razo. segon que par en aquetsz yssemples. A) las et yeu que sabray dir. Ox en quai loc pojray gandin ,. Tu lias cara Darîot. Jlauli Ysarn he saludat. E Gasto obrier encontrat. A, e,i sont des voyelles, et m, w, des consonnes, il en est ainsi dcS autres. LICENCE. Nous ne regardons pas comme une faute, si un mot finit par /, nou s, de commencer le suivant par des lettres semblables. Donc ce n'est pas mal , ni péché De dire : Dieus sia lauzats, Quar el lo mon ha rezemut. Don nos havem gaug e salut. Nous disons cela pour que notre science ne soit pas trop exigeante* et de peur qu'une rigueur extrême ne fasse perdre un grand nombre de bonnes expressions. Nous ne regardons pas non plus comme une faute de placer les autres consonnes dont nous n'avons pas parlé, l'une devant l'au- tre, ou devant une voyelle, bien qu'elles fassent quelquefois un son dur; comme le t devant une voyelle : vertat amatz. Car nous aimons mieux un peu de dureté dans le son que la perte d'une bonne pensée. Mais qui peut tout réunir, fait une oeuvre meillcurCi DE Z ou D qu'il FAUT METTRE APRÈS A PRÉPOSITION, PoUr bien lier IcS mots et pour éviter l'hiatus, il faut mettre è ou d après la préposition a, quand le mot suivant commence par une voyelle; comme on le voit dans cet exemple : Anar me play ad Alamanda. Quar az uelh vey la valor granda. Del sieu gentil cors plazentiers. 1)E T OU z qu'il FAUT METTRE APRÈS E CONJONCTION. AprèS la COnjOUC- tion e, il faut mettre < ou z, pour éviter l'hiatus, quand le mot suivant commence par une voyelle; et après la conjonction disjonctive o, il faut mettre z, par la même raison; comme on le voit dans les exemples suivans: Aylas et yeu que sabray dir. Oz en quai loc poyray gandir; **í on *»• ^M O^ e^f Can veyray mal. fer. et enic. Al pas de la mort lenemic. Si vos adonx per cortezia. Nom secorreiz. verges Maria. Quieu ta soen hay reclamada. DE LACORDANSA DE. 6. E DE. y. Socn pauzam. p. per. h. e pcl contrarî. quar han un meteysh so : en fi de dictio. Coma. Johan quar la fe sab. Havem per major e per cap. Temips et essemps fan bon accort quar. p. en temps, petit ans no resona. Coma nos tug essems. Adorem Dieu tost temps. DEL PRiMiER SO DE. ç. Aqucsla Ictra. g. ha doas manieras de so. quar en una maniera sona suavmen. so es assaber can sajusta ab. o. o. v. segon que par en aquest yssemple. Plagua lo drago que degu. Senher no râpe quar sol tu. A tôt cantes. y est sobiras. E per so daquest so de. g. sabon pauc cil qui escrivo. jay. dejus. e joc. ab. g. quar gcs no recep aqui. aytal so. ans deu hom escriure ab j. cascu dcls ditz vocables. DEL SEGON SO DE. g. En lautra maniera sona. g. can sajusta ab. c. oz ab. i. et adonx sona fortmen. a maniera de û Coma sil mieu coratge vuegi. De raos peccatz. a Dieu me puegi. DEL VARIAMEN DE. C. COMA. g. Ayssi meteyssh quo havem dîg de. g. fay. c. que varia lo so diversamen. quar sona suavmen can sajusta ab. a. 0. V. e fortmen can sajusta ab. i. oz ab. e. S:33!2 Can veray mal fer et enic. Al pas de la mort l'eneraic. Si vos adonx , per cortezia , Nom secorelz , verges maria , Quieu ta soen hay reclamada. DE LA CONSONNANCE DU B ET DU P. Souvent oii meip aulicu de b et ré- ciproquement; car ils ont le même son à la fin du mot. Comme, Johan quar la fe sab. Hauem per major e per cap. Temps et essems s'accordent bien pour le son ; car p dans temps ne se fait sentir que peu ou point du tout: comme, Nos tug essems', Adorem dieu tostemps. DU PREMIER SON DU G. La lettre g a deux sons. L'un est doux ; c'est lorsqu'il est joint a un o ou a un w, comme on le voit dans cet exemple : Plagua lo drago que degu. Senher no râpe quar sol tu. A tôt cantes y est sobiras. Ce premier son du g n'est pas connu de ceux qui écrivent jay , dejus , et joc par un g; car il n'a pas ce son dans ce cas là; mais il faut écrire chacun de ces mots par un j. DU SECOND SON DU G. Le g a un autre son , lorsqu'il est joint à un e ou à un a; ce son est fort et semblable à celui duj. Comme, Sil mieu coratge vuegi, De mos pecatz a dieu me puegi. DES DEUX SONS DU G SEMBLABLES A CEUX DU G. Ce qUC UOUS VCUOnS de dire du gf , le c le fait aussi. 11 a deux sons différens : il a un son doux , lorsqu'il est joint avec a,o, u, et un son fort, quand il est joint à un i ou à un e. • 3 tmffa O'l- «^ Contr.i cascuna cascun dia. Cel e ciutat fan guerentia. Daquest so de. c. variable. DE LACORPANSA DE. g. E DE. C. G. c. C. faii luantas vetz un so en fi de dictio. segon quom pot ayssi vezer. Lunhs homs no fay avol destrig. Qui de bon cor an lo prezic. Destrig requier. g. segon art. E prezic. c. en esta part. Destriga. prezica. tôt cert. Mostron aysso clar et apert. Enpero mays vol cascus escriure aytals motz ara. c. seguen uzatge. que am. g. DE LACORDANSA DE. C. E DE. S. Quî vol jutlar drechurieramen. mays sona. c. que. s. Enpero quar aysso gardar tornaria a greu : per so dizem que per alcuna semblanssa del so que han entre lor : hom no deu sofanar la rima que fan entre lor. Coma si per no fe mabissi. Pauc me valdra portar cilici. DE LACORDANSA DE. ç. E DE. k. E DE. C. Item devetz saber que. q. e. k. han motas vetz so de. c. jaciaysso que. q. ni. k. no sian trobadas en fi de dictio. Karles. e quar. e cas. e cara. Daysso fan guerentia clara. DE LA DOCTRINA Quos DEU ESCRIURE. scieîisa. E quar tot jom prouuu- ciam aquesta dictio. sciensa. e vezem que mant home si peco en lescriure : per so donam aytal doctrina ques hom deu escriure. sciensa : ab. s. et ab. c. •—«I qy 1,4» ^X OO ytSi Contra cascuna cascaii dia. Cel et ciutat sont la preuve De ce son variable du c. DE LA CONSONNANCE DU G ET DD C Le g ct le C oiit souvcnt le môme son, à la fin du mot, comme on peut le voir ici. Lunhs homs no fay avol destrig Qui de bon cor an lo prezic. Destric doit être écrit par g , Suivant l'art, et prezic par c. Destriga, prczica, le prouvent Et le démontrent clairement. Cependant il est mieux d'écrire ces mots par un c, suivant l'usage, que par un g. DE LA CONSONNANCE DU C Et DtJ S. Celui qui vcut parler d'une ma^ nière irréprochable doit donner au c un son plus fort qu'au s; mais il y aurait trop de difficulté à faire d'observer cette différence. C'est pourquoi, nous disons qu'à cause de la ressemblance de leur son , les mots où ces lettres se trouvent peuvent rimer ensemble. Comme , Si per no fe mabissi , Pauc me valdra portar cilicii DE LA CONSONNANCE DU Q, DU K ET DU C. On doit savoir que le q et le k ont souvent le son du c, quoiqu'on ne trouve jamais le g , ni le & à la fin d'aucun mot. Karles, et quar, et cas, et cara De ceci font la preuve claire. Î)E LA MANIÈRE DONT IL FAUT ÉCRIRE LE MOT SCIENCE. Comme le mot science est un de ceux qu'on rencontre le plus souvent et que beaucoup de gens l'écrivent d'une manière vicieuse, nous dirons ici qu'il faut l'écrire par un s et un c. ** qfi •« .^■M ou t DE LA NATURA E DEL so DE. h. Aqucsta figura, h. non es letra segon que dizo li actor. mas nota daspiralio. segon quen aquestz motz ^ezetz. homs et honor. honest. havetz. Enpero cant aytal mot son sinalimphat : adonx no fan aspiratio. perque en aquest cas hom nols deu escriure ab. h. Coma be say quavetz paria. Dôme donor e companhia. En autra maniera, so es cant no son sinalimphat : losdcu hom escriure ab. h. Enpero nos la reputam per consonan exceptât en aquest primier cas. DEL SEGON SO DE. h. Eucaras ha autra proprietat. h. que rete lo so de. t. et aysso par per esta dictio. Mathias. Quar. Í. can sajusta ab. t. e pueysh se sec vocals : adonx. t. pren so de. c. e layssha lo sieu so pro- pri. et aysso apar per aquest mot. dictio. lo quai hom escriu am. t. e can. h. es pauzatz entri. t. et. t. adonx. h. rete lo so de. t. que nol laysha mudar. per que aquel que ditz. Macias per Mathias : sembla que pauc sap daquest saber. Et aysso es vertatz segon lati quar ges del tôt no se sec segon romans segon quom pot vezer en aquestas dictios. manentia. guerentia. et en ayssi de trops autres vocables en los quais entre, t. et t. no pauzam. h... DE LAS AUTRAS MANIERAS DEL SO DE. h. Autre SO prcn. h. aprop. c. et autre aprop. /. et autre aprop. n. et autre aprop. p. et autre aprop. s. segon quom pot ayssi vezer. Per aquestz motz. enpach. enpacha. Estrech. estrecha. gach. e gâcha. De. l. batalb. vuelh. filh. e palha. Talh. e metalh. perilh. e falha. De. n. havetz. gazanh. gazanha. Endenh. endenha. banh. e banha. De. f. pren so per Philip par. E per philozophe tôt clar. E pueysh de. s. abaysh. abaysha. Meteysh. meteysha. quaysh et caysha. *?» 07 *»» Se la nature et pu son de h. Le caractère h n'est pas une lettre, disent les auteurs; mais un signe d'aspiration, comme on le voit dans ces mots: homs, honor, honest, havetz. Mais lorsque ces mots font élision, il n'y a point d'aspiration ; c'est pourquoi , dans ce cas , il ne faut pas les écrire par h. Comme, .. Be say qu'avelz paria Dôme d'onor e corapanhia. Autrement, c'est-à-dire lorsqu'il n'y a pas élision, il faut écrire ces mots [par h; c'est dans ce cas seulement que nous regardons cette lettre comme 'consonne. DU SECOND SON DE II. L'h 8 cncorc une autre propriété : c'est de con- server au t son propre son : comme on le voit dans le mot Malhias. Car le t , lorsqu'il est joint à \i et qu'ensuite il y a une voyelle, prend le son du c et perd le sien propre, comme on le voit dans le mot diciio, qu'il faut écrire par un t; mais lorsque \h est placé entre le t et \'i, il conserve le son au t et ne le laisse pas changer. C'est pourquoi celui qui dirait Macias, au lieu de Mafias, se montrerait peu instruit dans notre science. Ceci est entièrement vrai en latin ; mais il l'est moins en roman , comme on peut le voir par les mots manentia, guerentia, et une inflnité d'autres, dans lesquels nous ne mettons pas d'^ entre le t et Yi DES AUTRES ESPÈCES DE SON DE H. L'^ a un autre son après le c, un autre après/, un autre après w, un autre après/), et un autre après s; comme on peut le voir ici , où l'on a des exemples, De ch, dans les mots : enpach, enpacha, Estrech , estrecha , gach et gâcha ; De Ih , àans batalh , vuelh , filh et palha , Talh et mefalh , perilh et falha. De nh, dans gazanh, gazanlia, Endenh, endenha, banh et banha. De ph, ayant le son de f, dans Philip, Ainsi que dans philosophe. De sh , dans abaysh , abaysha , Meleysh, meteysha, quaysh et caysha. ^?» QQ e«> ^M OO »^ E qui be saten ad aysso que havem dig : pot cascus vezer. que gach. en- pach. nalech. desírech. e ganach. se devo escriure am. ch. et aysso se pot proar per los motz ques podon formar daquels. coma, gâcha, enpacha. na- lechos, deslrecha. e ganacha. Enpero aysso nos pot seguir de totz. quar. lag. rag. freg, e veg. volon. g. en la fi. Aysso se pot mostrar per estas dic- tios ques podon formar daquelas. sos assaber. laia. raia. freia. e. veia. li- qual mot pauzat derrier sescrivo ab. i. et en ayssi appar que. lag et rag. e li altre sobredig deian esser escrig ab. g. en la fi. Quar. i. e g. han entre lor alcunas vetz consonansa, e majormen quar segon que dizon li actor. i. era pauzada per. g. enans que fos. g. e per so. magister. sescrivia am dos. i. e egidius. aquo meteysh. E quar aysso gardar séria grans afars quoras se devon escriure aytal mot ab. ch. c quoras ab. g. e quar vezem que. ch. e. g. en fi Jde dictio fan bona acordansa. e que plus leu escriu hom. g, que. ch. perso dizem que aytals mots pot hom escriure. ab. g. coma, plag- deg. escrig. enveg. e tug. e cu^. e rog. e cueg. e celsquom per aquestz enten, DEL £0 DE. l. Aquesta letra. /. sona fortmen coma, caulela. sala. mal. mala. en autra maniera sona suavmen coma, piucela. renoela. caval. cala. perque cautela e bêla no fan plazen rima, ni caulela am piucela. ni caval âm inal. ni mala am cala, et en ayssi de lors semblans. DEL so DE. r. GANT ES ENTRE DOAS vocALS. Esta letra. r. fay petit so e suav cant es pauzada entre doas vocals et aquo meteysh en fi de dictio, com?i. avareza. amators. amar. ver et honor, DE LA SEGONDA DocTRiNA DE. r. Cant. f. cs pauzada entre doas vocals, oz en fi de mot. e sona fort et aspramen : adonx deu esser doblada. coma. terra, guerra. ferr. verr, ton. corr. ot en ayssi de lors semblans. Et aysso que pauzam de. r. que pot esser doblada en fi de dictio. es con^ trari mot: allati. quar segon lati. doas meteyshas consonans no podon estar en fi de dictio. mas nos seguem nostre romans que sona motas Yetz en autra maniera quel latis no fay. coma, falh, falha. batalh. batalha. gazanJu gazanha. trach. tracha. karr. ferr. torr. et ayssi de lors semblans. Et em- pero en lati no pot hom trobar aytal consonansa de dictios. per que cove que nos conformera ad escriure los motz del romans, segon quel sos requier. «»« OQ b.^» ^»e 03 M^. Chacun peut voir, en observant ce que nous venons de dire, que gach y empach, nalech, destrech, et ganach, doivent ótrc écrits par ch; ce qui se prouve par les mots qu'on peut former de ceux-ci , tels que gâcha, enpa- cha , nalechos , destrecha, ci ganacha. Mais cela n'a pas lieu pour tous; car lag, rag , freg , et veg , veulent un gf à la fin : ce qu'on voit par leurs dérivés laja, raja, freja et voja qui prennent un j : par où il paraît que lag, rag et les autres mots ci-dessus doivent être écrits par ungf final; car j et g ont quelquefois le même son. Les auteurs disent même qu'on se servait du y, au lieu du g, avant qu'on eût inventé ce dernier : et qu'on écrivait magister et egidius avec ji. Ce serait un grand travail d'examiner quels sont les mois qu'il faut écrire par ch et ceux qu'il faut écrire par g; car, nous voyons que ch et g s'accordent bien en rime, à la fin d'un mot; et on écrit plus souvent par g que par ch. Nous nous bornerons donc à dire qu'il faut écrire par gi les mots tels queplag, deg, escrig, enveg, tug, cug, rog, cueg et leurs semblables. DU SON DE L. Le son de / est tantôt fort, comme dans cautela , sala, mal, mala; et tantôt doux, comme dans piucela, renoela, caval, cala. C'est pourquoi cautela et bêla ne font pas une rime agréable, non plus que cautela et piucela, caval et mal, mala et cala; et ainsi de leurs semblables. DU SON DE R ENTRE DEUX VOYELLES. La lettre r a uu son faible et doux, lorsqu'elle est placée entre deux voyelles, ou à la fin d'un mot : comme avareza, amatorz, amar, ver et honor. SECONDE RÈGLE POUR R. Lorsque r placé entre deux voyelles ou à la fin d'un mot, a un son âpre et fort, alors il doit être double, comme dans terra, guerra, ferr, verr, torr, corr, et leurs semblables. Cette règle, qui veut que Von mette deux r à la fin de certains mots, est contraire à l'usage du latin. Car, en latin, l'on ne peut mettre deux consonnes semblables à la fin d'un mot; mais nous suivons notre langue romane, où les mots ont souvent un autre son qu'en latin; comme on peut le voir dans falh, falha , batalh, batalha, gazanh, gazanha, irach, tracha, karr, ferr, torr, et leurs semblables; car de telles syllabes n'exis- tent point en latin. Mais il faut, en écrivant les mots du roman, se con- former à ce que le son exige. s:4ors DE LA TERSA DoCTRiNA DE. r. Al comensamen sona aspramen e fort esta lelra. r. coma, rameîs. resplandors. rius. et en ayssi dels autres lors semblans. DEL PRiMiER so DE. S. Cant. S. Bs pauzada entre doas vocals regu- larmen ha so de. z. coma, causa, pausa. presa. rosa. plaser. glosa. Enpcro quar hom se peca soen en legir aytals dictios escrichas ab. s. dizem que miels es. quom las escriva ab. z. pauzan. z. en loc de. s. persoque pus certa- men hom iieia. DEL DOBLAMEN DE. S. E dcvetz sabcr que cant. s. es pauzada entre doas vocals. e rete son propri so : ques adonx en aquel cas. deu esser do- blada. coma, plassa. esser. bassis. blossa. rossa, cfossa. Exceptadas las dictios daquest verb. proseguir. et desus. lasus. desay. desobre. DE. s. APROP. que. Aprop. que. deu hom pauzar. ss percauza dornat so es pcr cauza desquivar hyat. segon que par en aquest yssemple. Las ques hay fag que tal ponchura. Aspra. traucan. mot greu e dura. Ques hac no crey ne fos tan grans. Me fassa lenemix truans. Difern ques ab si tant es fais. Ques el lunh jorn no pessa dais. Sino ques am peccat me prenda. DE ESCRIURE. Z. PER. S. A PROP. gue. Eupero cascus volem que sapia. que acostumat es. e lonx uzalges o requier. quen loc de. s. pauzam. z. perque si aprop. que. vocal seguen pauzam. z. en loc de. s. trop be se pot far. DE. z. PER. s. EN FI DE MOT. Encaras dizem que en fi de mot nos me- tcm. z. en loc de. s. coma, salutz. et amistatz. DELS MOTZ TERMENATZ EN. ans. ens. ET ofis. an. en. ET on. Jaciaysso quels noms termenatz en. am. et en. ens. et en. ons. alqu escrivan am. ts. coma, sants. sirvents. monts, nos dizem que miels es que sian cscrig amb. ns, solanien. quar jaciaysso que en alqus se puesca far. ges en totz no se sec. <»• t-l a^ TROISIÈME RÈGLE POUR R. Le r au Commencement des mots a un son fort et dur, comme dans ramels, resplandors, rius, et leurs semblables. DU PREMIER SON DE S. Lorsquc Ic S est placé entre deux voyelles, il a régulièrement le son du z : comme dans causa, pausa, presa, rosay plaser, glosa. Mais comme on se trompe souvent en prononçant de pareils mots écrits par un s, nous dirons qu'il vaut mieux les écrire par un z, au lieu d'un s, afin qu'on soit plus sûr de la manière de les prononcer. DU s DOUBLE. Il faut SQVoir que , lorsque le s est placé entre deux voyelles, et qu'il conserve son propre son, il doit être double; comme dans plassa, esser, bassis, blossa, rossa, fossa. 11 faut en excepter les dé- rivés du verbe proseguir et desus, lasus, desay, desobre. DE s APRÈS QUE. Il faut mettre un s après que pour plus d'élégance, et pour éviter l'hiatus, comme on le voit dans l'exemple suivant : Las ques hay fag que tal ponchura. Aspra. traucan. mot greu e dura. Ques hac no crey ne fos tan grans. Me fassa l'eneniix truans. Difern ques ab si tant es fais. Ques el lunh jorn no pessa dais. Si no ques ara peccal me prenda. DU Z AU LIEU DU S APRÈS QUE. Nous voulous quc chacun sache que la coutume et l'ancien usage demandent un z au lieu d'un s. Donc , si, après que, il y a une voyelle qui suit, on peut très-bien mettre un z au lieu de s. DU z AU LIEU DU S A LA FIN DU MOT. Nous disous cucorc qu'à la fin des mots, on peut mettre le z au lieu du s, comme salutz et amistatz. DES MOTS TERMINÉS EN ANS, ENS ET ONS, AN, EN ET ON. QuoiqUC qucl- ques-uns écrivent les mots terminés en ans, en ens et en ans, par nts, comme sants, sirvents et monts, nous discons qu'il vaut mieux les écrire par ns, seulement; car, quoiqu'on puisse en écrire quelques-uns par ts, quar vos vezets que de. sans, havem. santa. de sirvens. sirventes. de morts, monta, et en ayssi segon art nos peca en re qui aytals motz escriu am. ts. Enpero en totz nos pot seguir. coma, grans. redons, rizens. e quar si hom la un escrivia ab. ts. e lautre ab. ns. hom poyria contredir al rim quentre lor podon far. perso es miels que tug sian escrig ab. ns. e que sia tota una la scriptura pus que bona es lacordansa. Aquo meteysh dizem daquels ques termeno en. an. en en. et en. on. que ses. t. los deu hom escriure per quom no contradisca a la rima. coma. dan. tan. gen. sen. fon. don. et aysso es vers de totz can fan rima, quar en cas que no fesson rima en aytals motz pot hom mètre, t. car lor natura o requier coma. cant. gent. font, et en ayssi de lors semblans. DE. t. o. g. DENAN. ges. o. ge. Denan aquesta sillaba. ges. o. ge. deu hom pauzar. t. o. g coma, paratges. o. paratge. salvagges. o. salvagge. reîotge. jugges. metges. pero en rima nols deu hom variar. ExCEPTio DE LA DiCHA BEGLA. Enpcro cau dcuan. ges. o. ge. es dip- tonges o. n. o. r. ses tôt meia : adonx falh la régla, segon ques hom pot vezer en aquetz motz. abreuge. diptonge. marge, verges, canonges. e parge. et en ayssi de lors semblans. DELS MOTZ QUES PODON TERMENAR EN. t. O EN. C. E dcvctz saber qUOm pot dire, parlet am. t. o. parlée, am. c. Enpero li nom volon. c. coma pec. duc. foc. e grec. DE LA coNSONANSA DE. t. C DE. d. Aqucsta Ictra. t. e. d. han una meteysha consonansa en fi de dictio. per que hom pot pauzar luna per lautra. Si cam lavars en aver ard. Le francz ha joy. can lo sieu part. Qui per sa colpa lo sieu perd. Nol tengatz per savi ni cert. 0 per esta maniera il ne peut en être de même pour tous. En effet , nous voyons que de sanls dérive santa, de sirvents sirventa, de monts monta; de sorte que l'on ne pèche réellement pas contre les règles de l'art en écrivant ces mots par nts. Mais il ne peut en être ainsi de tous, comme grans, redons, risens; et si l'on écrivait les uns par nts et les autres par «s, cela pourrait être contraire à la rime qu'ils peuvent faire entre eux. C'est pourquoi il vaut mieux les écrire tous par ns, afin que la manière d'écrire soit pareille , puisque la consonnance l'est aussi. Nous disons de même que les mots terminés en an, en et on, doivent être écrits sans t pour ne pas choquer la rime, comme dan, tan, gen, sen , fon, don. Cela doit toujours être ainsi , lorsque ces mots font rime ; car lorsqu'ils ne font pas rime , on peut les écrire par nt, si leur nature le demande : comme cant,gent, font, et leurs semblables. DU T ou G DEVANT GES OU GE. Devant la syllabe ges ou ge, on doit mettre t ou g, comme paratges ou paragge, salvatges ou salvagge, re~ lotgé, jugges, metges; mais en rime, on ne doit pas écrire ces mots des deux manières différentes. EXCEPTION A CETTE RÈGLE. Cependant, lorsque devant ges ou ge, il y a immédiatement une dipthhongue, un n ou un r, la règle précédente n'a plus lieu , comme on peut le voir dans les mots abreuge , diptonge , marge, verges, canonges, parge, et leurs semblables. DES MOTS QUI PEUVENT ÊTRE TERMINÉS EN T OU EN C. On doit SavOir qu'on peut dire parlet avec un í , ou parlée avec un c; mais les noms veu- lent toujours un c, comme pec, duc, foc et grec. DE LA CONSONNANCE DU T ET DU D. Lcs deux lettres t et d ont le même son à la fin d'un mot. C'est pourquoi l'on peut mettre l'une pour l'autre. Si cam lavars en aver ard. Le francz ha joy, can lo sieu pari. Qui per sa colpa lo sieu perd, Nol tengatz per savi ni cert. Ou de cette manière : "^^ Ul *■** fS^ ** e«» Très peyras fortz lansec Davids. Ara que fo Golyas ferits. E trop daytals quom ditz tot jorn. DE LA NATDRA DE. X. X. es de tal natura que alcunas vetz se muda en. g. et alqunas vetz en. c. En. g. coma. vax. e. lonx. e. destrix. e lor sem- blan cum. pex. mendix. per vaga par. longa. destriga. e per aquestz. pega. mendiga. DEL MUDAMEN DE. X. EN. C. En. C. sc Hiuda. X. segon que par en aquestz ysshemples Sos assaber per. grex. e. blanx. Adonx. e tox. e rix, e franx. Et appar be per. greca. blanca. Adoncas. toca. rica. franca. Et en aysshi appar que aytal mot sescrivo ab. x. segon art. jaciaysso que segon romans hom los deia escriure ab. c. s. Si cum vezetz pacs. decs. e loncs. Ries, e mendies, blancs, et adoncs. Et cels quom per lor pot entendre. Si dictios termenans en. x. secompo am dictio comensan per. s. adonx. s. noy deu esser escricha coma, exequias. executio. Si per. c. adonx. c. rema coma, exceptio. excitar. Quar. x. enporta en se. es. e no pel contrari. DE LA NATURA DE. y. GREC. De. y. apelada Gntz deu hom saber que la major part de nostres diptonges nescrivem. coma. gay. vey. joy. cuy. et ayssi appar ques vocals. on que sia pauzada. PEROUE ES DiCHA LETRA. Pusque tractat havem singularmen de cas- cuna letra. cove que digam don se dishen letra. perque devetz saber que letra pren so nom de legir. quar letra es via e sentiers e dressiera de legir. et aysso es clar a cascu. ^^ 4-5 e^ Très peyras fortz lansec Davids, Am que fo Golyas feritz. Et beaucoup d'autres qu'on dit tous les jours. DE LA NATURE DD X. Le X cst dc telle nature qu'il se change quelque- fois en g et quelquefois en c. 11 se change en q, dans les mots ma?, lonx, desina?, et leurs semblables, tels que "gex , mendix; qui donnent vaga, longa, destriga, pega, mendiga. DU CHANGEMENT DU X EN C Le X sc change en c, comme on le voit dans les exemples suivans : Savoir, dans les mots grex et blanx, Adonx, et tox, et rix et franx; Que l'on sait donner greca, blanca, Adoncas, toca, rica, franca. Ainsi, l'on pourrait dire que, selon les règles, ces mots devraient être écrits par un x, quoique selon le roman, on doive les écrire par es : Comme on le voit dans pacs , decs , loncs , Ries et mendies , blancs et adoncs , Et dans les mots qui leur ressemblent. Si un mot terminé par x entre en composition avec un mot commen- çant par s, il ne faut pas écrire xle s; comme exequias, executio. Si le mot commence par un c, alors le c reste; comme exceptio, excitar ; car le x emporte le s et non pas le c. DE LA NATURE DE l'v. On doit savolr que la plupart de nos diphton- gues s'écrivent par y; comme gay, vey, joy, cuy. Ainsi, l'on voit que cette lettre est voyelle, en quelque lieu qu'elle soit placée. DE l'f.tymologie DU MOT LETTRE. Ayant parlé de chaque lettre en par- ticulier, il convient que nous disions d'où vient le mot lettre. Il prend son nom de lire ; car la lettre est le chemin et le moyen de lire : ce qui est clair pour tout le monde. Bt la iiffinttto it stUaba. Tractât havem de letra. perque volem tractar de sillaba. E per so que sapiatz ques sillaba : la sua defflnitios es aytals. Sillaba votz es literals. Segon los ditz gramaticals. En un accen pronunciada. Et en un trag : dun alenada. DELS MOTZ DUNA SILLABA. Duua siUaba SOU tug li mot seguen. Dieus ve cels que be fan e mal. E ses luy res no pot ni val. DELS MOTZ DE DOAS siLLABAS. De doas sillabas son li mot seguen. Verges humils dedins los cels. Dona recep los tieus fizels. DECIZTOS DALQUS MOTZ DE QUANTAS SILLABAS DEVON ESSER. E devetz saber que estas dictios. doas. coas. moa. son de doas sillabas can son pauzadas en fi de yerset. per far rima. En autra maniera on que sian pauzadas en lo verset, son duna sillaba. Ysshamens. vanoa. en fi de verset per far rima deu hom pauzar. per très sillabas. Estiers. es de doas sillabas. Encaras devetz saber quom pot dir. saviza. de très sillabas per far rima am. camiza. o. saviesa. de quatre sillabas per far rima am. maleza. Item pot hom dire, paorucz. en très sillabas. o. paurucz. en doas sillabas. et enayssi cant es de doas sillabas. la primiera sillaba es diptongada. Sia. sias. siam. e sian. son de doas sillabas. e podon esser duna sillaba. exceptai en fi de verset. Et aysso sostenem per figura quar es acostumat. pero mays vol can degus daquestz re no perd. E deu hom dire. via. per. carriera, de doas sillabas. Pietat de très, maria : autras très, e pot hom dir. sapchatz. de doas sillabas. o. sapiatz de très, e cambiar de doas sillabas. e cambiar de 47 Définition de la syllabe. Nous avons iraité des lettres ; maintenant nous voulons traiter des syl- labes. Pour qu'on sache ce qu'est une syllabe, en voici la définition : La syllabe est le son de plusieurs lettres. Selon le dire des grammairiens, Prononcées sous un seul accent, En un seul trait, d'une seule émission de voix. DES MOTS d'dne SEULE SYLLABE. Tous Ics mots suivans sont d'une seule syllabe. Dieus ve cels que be fan e mal , Et ses luy res no pot ni val. PES MOTS DE DEUX SYLLABES. Les mots suivans sont de deux syllabes. Verges humils, dedins los cels, Dona, recep los tiens fizels. h DÉCISIONS SUR LE NOMBRE DE SYLLABES QUE DOIVENT AVOIR QUELQUES MOTS, 11 faut savoir que les mots doas, coas, moa, doivent être de deux syllabes, quand ils sont placés à la fin d'un vers, pour faire la rime : sinon , en quelque autre lieu du vers qu'ils se trouvent , ils sont d'une seule syl- labe. De même, on doit compter vanoa pour trois syllabes, à la fin du vers, pour faire la rime. Estiers est de deux syllabes. Il faut encore savoir que l'on peut dire saviza, de trois syllabes, pour rimer avec camiza; ou savieza, de quatre syllabes, pour rimer avec ma- leza. On peut dire aussi paorucz, de trois syllabes, ou paurucz, de deux syllabes. Ainsi, quand il est de deux syllabes, la première est une diph- thongue. Sia^ sias, siam et sian, sont de deux syllabes; et ils peuvent être d'une seule , excepté à la fin du vers. Nous disons ceci pour nous confor- mer à l'usage ; mais il vaut mieux ne rien perdre d'aucun de ces mots. Via, pour carriera, est de deux syllabes; pietat, de trois; maria, aussi de trois. On peut dire sapchatz, de deux syllabes, ou sapiatz, de trois ; *** /«.s *«* V «M '•■O e«. > 1res. e deu hom dir. helyas. en très sillabas. e papias en autras très, et en ayssi de lorssemblans. Encaras deu hom dire. via. duna sillaba. per. anatx. e sia. en una autra sillaba. per. amda. deu hom dire ysshamens. dyables. dy antres, eu très sillabas on que sian en lo verset. E liant, dias. o dia. en doas. ayssi meteys. Crestias. e gardias. priscias. e surgias. en tôt loc son de très sillabas. e per aquestz pot hom saber de quantas sillabas seran las dic- tios semblans ad aquestas. gramayrias. logicias. theulogias. muzicias. phi- sicias. astronomias. nigromancias. Encaras devetz saber quom deu dir. gracias, e gracia, per doas sillabas on que sian et adonx fan bona rima am. fallacias. oz am fallacia. Yssha- mens devetz pauzar. bestia. savia. et avia. per doas sillabas on que sian. Aquo meteys entendatz de lors semblans. o quaysh. coma, propria, copia, gloria. Victoria, grepia. cepia. concordia. misericordia. letanias. reliquias. Aquestz vocables seguens coma, fazia. ténia, venia. vezia. son de très sillabas. et en ayssi de lors semblans. aquo meteysh en las autras personas. et en los autres temps, en singular et en plural. E si voletz belamen pronunciar devetz escriure. Abraham, e dire Âbram. et aquo meteysh daquesta dictio. Ysaac. et en ayssi de lors semblans. coma. Aaron. E devetz saber quom pot dire, mayestre. en très sillabas. e maystre. per doas sillabas, si que la una sillaba sia. may. e laltra. stre. Alqu dizo. mastre. ses diptonge. et alqu dizon. mestre. ab. e. plenissonan. No quai donar plus ysshamples de quantas sillabas son li mot quom pronuncia. quar assatz se pot conoyssher per los motz losquals havem pauzatz lassus. DON SE DESSHEN SILLABA. Sillaba 86 dcssbcu de grec, que vol dire aytan coma comprendemens, quar sillaba compren motas letras lasquals hom pronuncia totas sotz un accen. coma. floc. clar. blanc, fort. bel. e fi. E devetz saber que una vocals pot far una sillaba. et una dictio. segon que apar per estas letras. e. o. u. If cambù 49 cambiar, de deux syllabes, et cambiar, de trois. Ilelyas et papias sont de trois syllabes, ainsi que leurs semblables. Via, pour anaiz , est d'une seule syllabe, de môme que sia, pour amda. Dyables, dyanires, sont de trois syllabes , en quelque lieu du vers qu'ils soient placés : liam , dia ou dias , sont de deux syllabes : crestias, gardias, priscias et surgias, sont toujours de trois syllabes : et par ceux-ci on peut savoir de combien de syllabes sont tous les mots qui leur ressemblent, comme gramayrias, logicias, thcologias, muzicias, physicias, astronomias , nigromancias. Il faut encore savoir que gratias et graiia sont de deux syllabes, en quelque endroit qu'ils soient : ils riment bien, par conséquent, avec fal- lacias ou fallacia. Bestia, savia et arta, sont de deux syllabes partout où ils se trouvent. Il faut entendre la même chose de leurs semblables, comme propria, copia, gloria, Victoria, grepia, cepia, concordia, letanias , reliquias. Les mots suivans, comme fazia, ténia, venia, vezia, sont de trois syl- labes, ainsi que leurs semblables. Il en est de môme dans les autres per- sonnes et dans les autres temps, au singulier et au pluriel. Si l'on veut bien prononcer , il faut écrire Abraam et prononcer Aftram, de môme que Isaac, et leurs semblables, comme Aaron. On peut dire mayestre, de trois syllabes, ou maystre, de deux; en sorte que l'une soit may et l'autre stre. Quelques-uns disent mastre sans diph- thongue, et d'autres mestre avec un e plenisonnant. II n'est point nécessaire de donner d'autres exemples sur le nombre des syllabes que doivent avoir les mots que l'on prononce ; car ceux que nous avons cités suffisent pour faire connaître tous les autres. DE l'étymologie DU MOT SYLLABE. Syllabe dérive d'un mot grec qui veut dire comprendre ; car une syllabe comprend plusieurs lettres qu'on prononce toutes sous un seul et même accent, comme fïoc, clar, blanc, fort, bel, fi. On sait qu'une seule voyelle peut faire une syllabe et un mot, comme e,o, u. 50 r^ Ue (^ratia. Vist havem de siUaba. perque aras devem tractar de dictio. E quar no poyriam donar ad entendre ques diclios. si primieramen no mostravam ques oratios. quar dictíos se déclara per oratio : perso cove que mostrem primieramen e declarem ques oratios. E vol dir oratios aytant cum razos de parlar. Dizon lactor quoratios. £s de motz ordinatios. Qae certa sentensa nos dona. Perfiecha. competen. e bona. Cum Peyres lieg. e Guilhems canta. E Johans cuelh. e Frances planta. Doratio havem ayssi parlai per dar conoysher dictio. quar per oratio es dictios declarada. segon que yezetz ayssi. lHc la iitrmttto òt huúo. Dictios es segoD las artz. Doratio la menors partz, Signiíìcativa cum. blanca. Bels. e Johans. mayzos. e franca. Per miels donar entendre una dictios. es us motz. don hom pren clar. e cert signifîcat. de ce quom ha pronunciat aytal mot. o aytal dictio. DELS MOTZ PLENISSONANS. SEMISSONANS. UTRISSONANS. ENPOSTZ. DISSO- NANS. TRENCATZ. SILLABICATZ. EQUIVOCZ. SINCOPATS ET ACCENTUALS. Pax. e. dex. podonesser dig motplenissonan. quar la vocalsde. pax. esplenis- bi Du Discours. Nous avons vu ce que c'est qu'une syllabe; nous allons à présent traiter du mot. Et comme nous ne pourrions faire entendre ce que c'est avant d'avoir montré d'abord ce que c'est que le discours, car le mot ne s'explique que par le discours, il faut que nous fassions voir d'abord et que nous expliquions ce que c'est que le discours. Ce mot discours ou oraison a la môme signiflcation que raison du langage. Les autears disent que le discours Est un assemblage de mots, Qui nous donne un sens certain, Parfait, compétent et juste; Comme Pierre lit et Guillaume chante. Et Jean recueille et François plante. Nous avons ainsi parlé du discours , pour faire connaître le mot ; car le mot est expliqué par le discours , selon que vous le voyez ici. Définition du Mût. Le mot est, selon les règles, La moindre partie du discours, Ayant une signification , comme blanche , Beaa et Jean , maison et franche. Pour mieux l'expliquer encore, le mot est une diction dont on tire une signification claire et certaine, dès qu'on l'a prononcée. DES MOTS PLENISONNANS , SEMISONNANS , UTRISONNANS , ENPOSTZ , mSSONNANS, COUPÉS, ÉQUIVOQUES, SYLLABES, SYNCOPÉS ET ACCENTUELS. Pax et dex peuvent être dits plenisonnans ; car la voyelle de pax est <^« o^ k<^ sonans e layocals de. dex'. aquo meteys. E perdos. senhers. cfes : podon csset dig semissonan. quar las vocals am las quais son cscrig e pronunciat : son semissonan. Vers. ton. e près, son utrissonan. quar las vocals amque ses- crivo podon esser semissonans o plenissonans. Li mot enpost han gran avantatge. quar podon haver so plenier o me- jancier, coma remas plenissonan o renias semissonan etaqui mclcysh fems. esperi forma semissonan o fems esperi forma plenissonan perque en rima qui gardar sen pot no deu hom pauzar aytals motz enpostz quar apcnas los pot hom legir certamen per lo doble so. ques han. Aquestas dictios. cost. coste. e costa. son plenissonan jaciaysso que per alqus sian pronunciat coma semissonan et aquo meteys. costi. costas. costan. e costo en los autres temps son leumen semissonan. Item aquestas dictios seguens. Peyres. Thomas, regart. arma, conort. son dissonan. quar la una Tocal de cascumot es. plenissonans. elautra semissonans. et en ayssiaylal mot son dissonan. quar en diversas manieras sono, so es. quar tôt jornnos fa mestiers en far declaratios prendem per un mot et en ayssi es dissonans. DAUTRA MANIERA DE MOTZ I)ELS QUALS CZAM' TOT JCÎRN. Enquara de- ■vetz sabcr que nos havem motz trenquatz. sillabicaf z. equivocz. sincopatz. sinalimphatz. et accentuais. DELS MOTZ TRENCATZ. Motz trencatz apelam can la una partz del mot roman en fi de verset per rima, e per lautra part comensa le comensa- mens del seguen verset, segon que podetz ayssi vezer. jaciaysso que a paucz plassia lentricamens daylal dictât. Filha de Dieu verges e may Re. gardatz me del Sathan lay Ro. desleyal si que de ce Bre marma. no puesca de re. DELS MOTZ siLLABiCATZ. Motz sillabicatz es cant las partz duna dictio trencada son entremescladas am rima o ses rima en qualque loc hom se vuelha del verset segon quom pot trobar enjos en cobbla sillabicada. Et en ayssi motz trencatz ha cert loc. et aquest non ha mays un loc que autre. <^a KO t^ ^M OO •«.. pleiiisonnante , de même que celle de dex. Perdos, senhers et fes peuvent être dits scmisonnans; car les voyelles avec lesquelles ils sont écrits et prononcés sont semi-sonnantes. Fers, torr cl près sont utrisonnans; car les voyelles avec lesquelles ils s'écrivent peuvent être semisonnantes ou plenisonnantes. Les mots enpost ont un grand avantage; car ils peuvent avoir un son plein ou moyen, comme remas, plenisonnant , ou remas, semisonnant. De môme, fems esperi forme une semisonnance ou une plenisonnance. C'est pourquoi lorsqu'on peut éviter de placer ces mots en rimes, il faut le faire; car il est difflcile de les prononcer d'une manière fixe, à cause du double son qu'ils ont. Les mots cost, coste et costa sont plenisonnans, quoique quelques-uns les prononcent comme scmisonnans. Costi , costas, costanet costo, dans les autres temps, sont plus souvent scmisonnans. Les mots suivans, Peyres, Thomas, regart, arma, conort, sont dissonans, parce que chacun de ces mots a une voyelle plenisonnante et l'autre semisonnante. Ainsi , de tels mots sont dissonnans, parce qu'ils sonnent de diverses manières. DES AUTRES ESPÈCES DE MOTS DONT ON SE SERT TOUS LES JOURS. On sait qu'il y a encore des mots coupés, syllabes, équivoques, syncopés, élidés et accentuels. DES MOTS COUPÉS. Nous appelons les mots coupés, lorsqu'une partie du mot reste à la fin du vers pour la rime, et que l'autre partie commence le vers suivant, comme on peut le voir dans l'exemple ci-après; mais l'enchevêtrement de ces vers plaît à peu de personnes. Fille de Dieu, vierge et mè Re , gardez-moi de Satan lar Ron déloyal , pour que la déce Plion de mon ame lui soit impossible. DES MOTS SYLLABES. Lcs mots sout syllabés , lorsque les parties d'un mot coupé sont entremêlées avec rime ou sans rime, dans quelque lieu que ce soit du vers, comme on peut le voir dans une strophe syllabée. Ainsi, un mot coupé a une place fixe, et un mot syllabe n'appartient pas plus à un lieu qu'à un autre. UELS MOTZ EOUiVocz. Motz equivocz es cant us motz ha diverses signi- ficatz segon quom pot ayssi vezer. Verges Maria de cor fi. Vos prec quem gardetz en la fi. Quel Sathans qui pecar me fe. Virar nom puesca de ma fe. E pregua to fil h quel me do. Del règne del cel lo rie do. On gaug entier han tag li sal. DELS MOTZ siNCOPATS. Motz sincopatz es cant hom osta del mieg de mot. coma qui ditz. cabroî : per cabirol. e vertat : per veritat. plentat : per plenitat. aul per avol. DELS MOTZ siNALiMPHATZ. Cant uua dictios fenish en vocal, e lautra comensa per vocal, e per esquivar hyat hom osta la vocal de la fi de dictio : adonx aytals motz apelam sinalimphatz. sos assaber aquel don hom osta la derriera vocal si que hom no la pronuncia. segon que apar ayssi. Donen cuy Dieus vole habitar. Per que pogues home salvar. Car lïiel cors daquest pecador. Guarduey e tosteraps de langor. Quar Dieus ta dat plenier poder. DELS MOTZ SYNALIMPHATZ QUOS DEVON ESCRICRE. E dcvctz SabCF qUC segon romans aytal mot devon haver pleniera scriptura. sos assaber las letras quom pronuncia. et aquelas quom no pronuncia. Enpero daysso nos no curam. quar uzatges es encontra. loqual en aquesta part volem seguir. so es quom no escriva mas las letras solamen quom pronuncia. per quom puesca legir plus certamen. e mays claramen. quar per ignoransa. o per nocalensa. alqu pronunciarian totas las vocals. en ayssi co las trobarian escriçhas. perque val mays quom no escriva la letra : quom no pronuncia. iSM KK •<=> ^»« OO Mi^ DES MOTS ÉQUIVOQUES. Le inol équivoque est celui qui a diverses signi- fications, comme on peut le voir ici. Verges Maria , de cor fi , Vos prec , que'in gardetz en la fi ; Quel Salhans qui pecar me fe , Virar nom puesca de ma fe; £ pregua to filh , quel me do Del règne dol cel lo rie do. On gaug entier han tug li sal. DES MOTS SYNCOPÉS. Les mots syncopés sont ceux dont on retranche quelque chose dans le milieu du mot, comme eabrol pour cabirol, vertat pour veritat, plenitat pour plentat, aul pour auol. DES MOTS ÉLiDÉs. Lorsqu'uu mot finit par une voyelle, et que le mot suivant commence aussi par une voyelle, pour éviter l'hiatus, on ôte la voyelle de la fin du mot ; alors ces mots s'appellent élidés. Ce sont donc des mots dont on ôte la dernière voyelle, qu'on ne prononce pas, comme vous le voyez ici. Donen cuy Dîeus vole habitar, Per que pogues home salvar ; Car mel cors daquest pecador , Guarduey e lostemps de langer; Quar Dieus ta dat plenier poder. DE LA MANIÈRE DONT IL FAUT ÉCRIRE LES MOTS ÉLIDÉS. Selon IcS règles de la langue romane, les mots élidés doivent être écrits tout entiers, avec les lettres qu'on ne prononce pas , aussi bien qu'avec celles qu'on prononce. Mais nous ne nous arrêtons pas à cela ; car l'usage y est contraire, et nous voulons le suivre dans cette partie. 11 faut donc n'écrire que les lettres qu'on prononce, afin qu'on puisse lire d'une manière plus certaine et plus claire; car par ignorance ou par négligence, bien des gens prononce- raient toutes les voyelles comme ils les trouveraient écrites ; c'est pour- quoi il vaut mieux ne pas écrire la lettre qu'on ne prononce pas. DELS MOTZ ACCENTDALS. Aquels molz appellaiïi accentuais qui per mudamen del accen : mudo lor significat. remanens aquelas meteysshas letras. segon que par en aqueslas diclios. sos assaber. vezL cozi. mento. auzi. cridan. canto. et en ayssi de lors semblans. et aysso pot hom haver per aquestz verssetz. Ta fort mi punho li fisso. De la mort dins lo cor em fisso. Ques a maniera de risso. Tug li pel del cap men irisso. DELS NOMS siNONiMATZ. E dcvctz sabcF que lantic philozophe fan diffe- renssa entre, amistat. benevolensa. et amor. e nos aquestz vocables prendem coma sinonimatz. perque pauzani la un per lautre. ses que noy fam dife- rensa. et aysso per esquivar gran re de doptes que trobam. E devetz saber que en ayssi quo us motz equivocz signiGca motas causas : en ayssi me- teysh pel contrari fay motz sinonimatz. so es can motas dictios signiOco una cauza. coma, corals. casses, garricz. royres. o cornai, pestres. preveyres. capelas et en ayssi de lors semblans. E quar tôt jorn en nostres dictatz nos uzam daytals motz equivocz. sincopatz. sinalimphatz. e dels autres sobredigz. per so los havem ayssi declaratz. jaciaysso que cnjos can traclarem de las figuras, deiam tracta r enquaras dalqus de lor. si nostre procès Dieus ampara. loqual luy ajudan* volem proseguir. îîel tractût baccfit. Traclat havem de letras. de diptonges, sillabas. oratios. e dictios. perque covequc tractem daccen. Quar en ayssi cum letras e sillabas se fanraate- rialmen duna o de motas letras. e las dictios duna o de motas sillabas. et oratios de dictios : en ayssi laccens principals es forma de dictio, segon : ques votz. quar tota diclios ha doas formas, la una es essencials. e lautra es accidentais, la essencials es le rcspiegz e la maniera de significar. quel donec aquel quel enpauzec que signifiques aquela cauza : que significa : 57 DES MOTS ACCENTUELS. Nous appelons accenluels, les mots dont la sígnìíìcatíon change par le changement de l'accent , quoique les lettres restent toujours les mômes. Tels sont les mots vezi, cozi, mento, auziy cridan, canto, et leurs semblables. On en a aussi un exemple dans les Ycrs suivans : Ta fort mi punho li fisso De la mort dins lo cor, e'm fisse, Ques a maniera de risso , Tug li pel del cap m'en irisso. DES MOTS SYNONIMES. On salt que les anciens philosophes établissent une différence entre l'amitié, la bienveillance et l'amour. Pour nous, nous prenons ces mots comme synonymes, et nous les mettons l'un pour l'autre, sans y faire de différence, évitant ainsi une question où nous trouvons beaucoup à douter. Ainsi l'on voit que, tandis qu'un mot équi- voque signifle plusieurs choses, les mots synonymes font le contraire, c'est-à-dire que plusieurs mots signifient une même chose : comme eorals , casses, garricz, royres , ou coííime pestres, preveyres, capelas , ou de môme pour leurs semblables. Parce que nous employons à chaque instant, dans nos ouvrages, les mots équivoques, syncopés, élidés et tous les autres, nous les avons ex- pliqués ici , quoique cependant nous devions traiter encore de quelques-uns d'eux plus bas, lorsque nous parlerons des figures, si Dieu protège notre entreprise, que nous allons poursuivre avec son secours. Traité de l'accent. Nous avons traité des lettres, des diphthongues, des syllabes, du discours et du mot ; il convient maintenant de traiter de l'accent. Car comme les syllabes ont pour leur matière une ou plusieurs lettres , les mots une ou plusieurs syllabes, et le discours des mots, de même l'ac- cent principal est la forme du mot envisagé comme son. Tout mot , en effet, a deux formes, l'une essentielle, et l'autre acccidentelle. La forme essentielle est relative à la signification spéciale, qui a été donnée miels ques autra. la forma accidentais es la maniera de pronunciar aytal dictio. ab elevalio. oz am dcpressio. Et aquesta forma es deguda e donada a dictio : en cant que diclios es votz. Et aytals maniera de pronunciar ab elevacio. oz am depressio : es forma essencials a votz. et accidentais, a dictio per que can parlarem c direm que accens es forma de dictio : entendem dictio. segon ques votz. ayssi quo es dig dessus, quar offîcis de forma es far diferensa e destinctio entre doas cauzas semblans materialmen. quar assatz pot hom vezer que de ce que laccens principals se varia, en las dictios semblans materialmen : en contenen aytals dictios mudo e vario lor forma, lor temps : e lor signifîcat. segon quom pot vezer en aqucstas dic- tios. vezi. cozi. espero. vilo. canto. cridan. et en ayssi de lors semblans. E que sapiatz ques accens : la sua diffinitios es aytals. DE LA DiFFiNiTio DACCEN. Acccns cs rcgulars melodia. o tempramens de votz. lequals estay principalmens en una sillaba. Melodia. so es cans melodios. o plazens sonoritatz. per loqual melodios can. 0 plazen sonoritat : tota dictios en quanque es votz : es segon dever pronunciada amb elevatio. oz am depressio. so es a dire naut. o bas. Et entendatz can melodios. quom fay legen o pronuncian. non ges del can de musica. quar aquel regularmen no te. ni garda accen. segon que podetz vezer en lo respos. benenicta et venerabilis. quar mays trobaretz deponhs en lo. ta. que es breus naluralmen. que en lo. be. ni en lo. die. quanque laccens principals sia en aquela sillaba. Aquo meîeysh podetz vezer en lo vers daquel meteysh respos. que co- mensa. virgo. quar en lo. go. trobaretz gran re de ponhs : et en lo. vir. on es laccens principals. non trobaretz mas un. Et aquest cans quom fay en accen. quan lieg o pronuncia. es apelatz cans. per alcuna semblansa. quar en ayssi co hom éleva la votz fortmen quan canta. ayssi meteysh en la sillaba on cay le principals accens. éleva hom la votz mays e plus fortmen. fazen major demora de temps : que no fay en deguna de las autras sillabas. . Enquaras pot esser ditz cans. per alcuna autra semblansa. quar enaysi coma us cans melodios acordans. e ben pauzatz: es plazens e gracios per auzir. en ayssi meteyhs es cauza agradabla. e plazens. auzir los molz. e p « fjíx a^ so ques fay per doprcssio. no principals. et enayssi sembla que sia princî- pals. e no principals. Empero verladieramcn jaciaysso que sia ditz circum- flecz per elevatio. e per depressio. el pren so nom. del plus digne, so es del elevaf. Quar segon ques dig. mays ha de temps, major demora de votz. e major sonoritat en elevar. que en baysshar : per lo quai elevar de votz es laccens ditz principals. e per so per lo principal coma per mays digne, deu esser laccens de la diclio nommatz. EN QDALS SILLABAS DEVON ESSER PAUZAT LACCEN PRINCIPAL. Mostrat havem per que laccens agutz el circumflecz son dig principal, aras vos volem mostrar daquestz accens principals. en quais sillabas regularmen devon esser pauzat et assetiat, quar dels no principals no quai tractar de lor assetiamen. quar en primiera en segonda et en totas las autras podon estar. exceptât en lo loe on cay laccens principals. E devetz saber quel clevamens ni labaysshamens de laccen nos fay segon longueza ni breueza de sillabas segon versiiîar. Volem dir que ges laccens principals nos asse- liatz tostemps en sillaba longa. nil no principals sobre breu. an trobaretz motas sillabas alcunas vetz en una dictio longas e breus en versiíìadura. que laccens principals sera en la breu. e non ges. en la longa, el no prin- cipals. en la longa. e no. en la breu. coma, amans, legens. reparant, fa- ciunt. Vers es be que aquest accens pren loc et assetiamen segon la lon- gueza o la breueza de las sillabas. parlan de longueza o de breueza segon art de versifiar. per aquesta maniera. Quar tug li mot duna sillaba. coma. TUS. jus. thus. fons. pons. sian lonc o breu segon versitiadura. tostemps han lor accen principal agut regularmen. e dizem regularmen. per alcu- nas exceptios que pauzarem enjos. E tug li mot de doas sillabas regular- men han laccen principal en la primiera. quant que las fassa breus o lon- gas. artz de versifiar. coma. Deus. fortis. amat. dixit. legit. virtus. Tug li altre mot regularmen de quantas que sillabas sian. han lor accen princi- pal, en la penultima. si longa es naturalmens. coma, natura. si breus es. laccens principals es en la denan penultima. Sia longa o breus la denan pe- nultima en versifladura coma, scribere. dominus. fortius. Et aquest alon- gamen et abreviamen regardo e sabo li versifiayre. per que cel que no sab versifiar. no pot saber daccentar. si doncas no fay per uzatge. Donx segon so qucs estât dig. vezetz que rcgularmens segon lo lati laccens principals deu esser pauzatz en la penultima. oz en la denan penultima. qu'il exige rélévalion de la voix , il est principal ; et on tant qu'il en exige l'abaissement, il est non principal; par où il semble qu'il soit à la fois principal et non principal. (Cependant, et quoiqu'il soit appelé circon- flexe de l'élévation et de l'abaissement de la voix, il prend son nom de ce qu'il y a de plus digne, c'est-à-dire, de l'élévation. Car, ainsi que nous l'avons dit, l'élévation de la voix se fait en plus de temps, en appuyant plus, avec plus de sonorité que son abaissement : et c'est à cause de cette éléva- tion de la voix que l'accent est appelé principal. Ainsi, c'est du principal, coamie étant le plus digne, que l'accent du mot doit prendre son nom. SUR QUELLES SYLLABES DOIT ÊTRE PLACK l'ACCENT PRINCIPAL. Nous avons fait voir pourquoi les accens aigu et circonflexe sont appelés prin- cipaux; nous voulons montrer maintenant sur quelles syllabes on doit ré- gulièrement poser et placer ces accens principaux; car il n'est nullement nécessaire que nous traitions de la place des accens non principaux , qui peuvent être mis sur la première syllabe, sur la seconde et sur toutes les autres, excepté celle où tombe l'accent principaK Sachez d'abord que l'élévation et l'abaissement de la voix n'ont point de rapport à la longueur ou à la brièveté des syllabes, suivant les règles de la versiflcation. Nous voulons dire que l'accent principal n'est pas toujours placé sur une syl- labe longue, ni le non principal sur une syllabe brève. Vous trouverez quelquefois dans un mot plusieurs syllabes longues et brèves , suivant les règles de la versification ; cependant l'accent principal sera sur la syllabe brève et non pas sur la longue; et laccent nonprincipal sera sur la longue et non pas sur la brève, comme amans, legens, reparant, faciunt. Il est bien vrai que la longueur ou la brièveté des syllabes ( nous employons ces mots dans le sens des versificateurs ) détermine le lieu et la place de l'accent, d'une certaine manière. Ainsi, tous les monosyllabes, comme ras, vis, thus, pons , fous, qu'ils soient longs ou brefs, ont ordinairement un ac- cent principal aigu; nous disons ordinairement, à cause de quelques ex- ceptions dont nous parlerons plus bas. Les mots de deux syllabes ont ordinairement l'accent principal sur la première, qu'elle soit brève ou longue, en versification: comme Deus, fortis, amat, dixil , legii, virtus. Tous les autres mots, de quelque nombre de syllabes qu'ils soient, ont or- dinairement l'accent principal sur la pénultième, si elle est longue de sa nature, comme natura: si la pénultième est brève, l'accent principal est sur l'anté-pénultième , que cette dernière soit longue ou brève, en versi- fiant : comme scnôere , dominus, fortius. Ceux qui font des vers obser- ^se pytj s^ e no en la derriera sillaba. qaar la dcrricra sillaba es mays apta a dcva- lar. que a pujar. quar cn la fi de diclio. hoin leumcn clau las lavias. liran vas si laie, per lenpenhemen del alenar ques ha fayt. en pronunciar las autras sillabas. donx en aquel cas ques hom clau los estruraens e las lavias, cay la votz. e deu esser movemens de naut. en bas. et en ayssi es depressios. so es. devalamens. e laccens principals se fay per clevalio. c no per depressio. donx en la derriera sillaba no pot cazer regularmen de- gus accens principals. jaciaysso que li grec e nos segon romans baiam accen principal regularmen en la derriera. laquai cauza se pot far per esta razo. quar miels entem hom lo significat de la dictio al pronunciar la fi. que al pronunciar lo comensamen. nil mieg loc. quar assatz poyrias pronunciar lo comensamen el mieg. quom non entendria re. si la fi hom no pronunciava. Daquesta régla so es que segon lati laccens principals deu esscr en la penultima si longaes naturalmen. oz en la denan penultima si la penultima es breus naturalmen. eno en la derriera. e que las dictios de doas sillabas han laccen principal en la primiera. son. vi. enpedimens. sos assaber. Concisios: Differensa. Consortia. Uzatges. Ericlesis.e Distinclios. DELS EMPEDIMENS «ACCEN. E PRIMIERAMEN DEL l'RIMIER APELAT CON- cizios. Concizios vol dire rompemens o trencamens de dictio. coma. amal. per amavit. quar en aquel. mat. es laccens principals. et en ayssi en la derriera sillaba. quar regularmens en aquel loc deu esser laccens prin- cipals. et en aquela sillaba de la dictio cant es concisa rompuda e trencada: en loqual loc et en la quai sillaba era : cant era entiera. e per so quar en. amavit. dictio entiera. en aquel. ma. es laccens principals: per so en. amat. per amavit : roman aqui meteysh. so es en lo. mat. et ayssi meteysh dels noms gentils, et dels autres, coma, nostratis. nostras. vestratis. vestras. cu- jatis. cujas. arpinalis. arpinas. ravennatis. ravennas. quar anticamen hom dizia en lo nominatiu. nostratis. vestratis. cujatis. et ayssi dels autres. Aquo meteysh aqucst mot. illic. istic. quiris. han laccen principal en la derriera. quar lor nominatiu fero antiquamen. illicte. isticte. quiritis. Ayssi »-> 71 *«» vent et connaissent cet allongement et cette abréviation ; c'est pourquoi celui qui ne connaît pas la versification ne peut savoir accentuer , si ce n'est par l'usage. D'après ce qui a été dit, on voit donc qu'en latin, l'ac- cent principal se place régulièrement sur la pénultième ou l'anté-pénul- tième syllabe, et non sur la dernière. En effet, il est plus naturel de bais- ser la voix à la dernière syllabe, que d'y appuyer; car, à la fin du mot , on est généralement disposé à rapprocher les lèvres, en retirant son ha- leine à soi, à cause de l'effort qu'on a fait pour élever la voix, en pro- nonçant les autres syllabes; de sorte que, dans ce cas, où tous les organes de la voix se ferment comme les lèvres, le mouvement se fait naturelle- ment du haut au bas, c'est-à-dire, qu'il y a abaissement de la voix, ou qu'elle descend: or, l'accent principal se fait par élévation de la voix et non par abaissement; donc aucun accent principal ne peut tomber réguliè- rement sur la dernière syllabe. Cependant, les Grecs et nous, en roman, nous plaçons ordinairement l'accent principal sur la dernière syllabe ; ce qui vient peut être de ce qu'on entend mieux le sens d'un mot par la pro- nonciation delà fin, que par celle du commencement, ou du milieu; car on aurait beau prononcer le commencement et le milieu d'un mot, on n'entendrait rien , si on n'en prononçait pas la fin. La règle qui place , en latin, l'accent principal sur la pénultième syllabe, si elle est longue de sa nature, ou sur l'anté-pénultième, si la pénultième est brève, et non sur la dernière , et qui , dans les mots de deux syllabes , place ce même accent sur la première, souffre six empéchemens,dont les noms sont les sui vans: syncope , différence , consortie , usage , encUsis et distinction. DES SIX EMPÊCHEMENS DE L'ACCENT. DU PREMIER APPELÉ SYNCOPE. Syncope veut dire coupure ou rupture d'un mot, comme amat, pour amavit; dans ce mot , l'accent principal tombe sur la syllabe mat; qui est la dernière. La raison en est que cet accent doit rester dans le mot syncopé, c'est-à-dire, coupé, ou rompu sur la même syllabe où il était, quand le mot était entier. Ainsi, parce que dans amavit, qui est le mot entier, l'accent principal était sur ma, dans amat, qui est pour amavit , il reste au même endroit, c'est-à-dire sur mat. Il en est de même du mot gentils et des autres, tels (\\{& nostratis , nostras, vestratis , vestras, cuja- tis , cujas , arpinatis, arpinas , ravennatis, ravennas; car anciennement on disait au nominatif nostratis, vestratis, cujatis et ainsi des autres. De même illic, istic , quiris ont l'accent principal sur la dernière syllabe; car leur nominatif était anciennement ilHcte, isticte, quiritis. 11 faut en- <^^ TA. "* meteysh entendatz dels noms apocopatz coma, virgilins. virgili. juncurius. juncuri. donx havetz que en aqucl meteysh loc roman laccens principal es en Ja.dictio concisa e trencada : en loqual era can la diclios era enliera. Et entendatz can laccens principals de la dictio entiera es en aquella sil- laba on naturalmen deu esser. quar esliers poyra se far que la régla no fos veraya. coma. exin. subin, perin : que son dictios trencadas e rompudas de. exinde. subinde. perinde. las quais dictios entieras han laccen principal en la primiera sillaba. segon que direm enjos pus plenieramcn. e nalural- mens dévia esser en la penultima. quar es longa per positio. segon ques dig dessus, e per so can la dictios es rorapuda. laccens sen torna de ce en aquela syllaba on naturalmcns dévia esser en la dictio entiera. sos assabcr en aquel. in. Encaras devetz entendre la dicha régla can le temps loncs de la sillaba on era laccens principals de la dictio enliera : nos mudatz en breu : en la dictio rumpuda. coma, petivit. en lo. ii. es laccens principals. el temps loncz. En petiit. ques dictios rumpuda es mudatz le temps loncz. en breu. per vocal denan vocal, perque en aquest cas pot falhir la régla, quar laccens principals es en la primiera de petiit. so es en aquel. pe. Encaras devetz entendre can aquela meteysha vocals on es laccens principals de la dictio entiera. roman en la dictio rompuda. quar si no remania, falh la régla, coma. deum. per deorum. quar laccens prin- cipals es en la primiera de. deum. so es en aquel. de. DEL SEGON ENPEDIMEN. APELAT UIFFERENSA. LautrCS enpcdimenS CS differensa quar. porte : pot esser adverbis. o verbs. e per far differensa cant es adverbis : es laccens principals en la derriera. e cant es verbs. en la primiera. Aquo meteysh. alias, ha laccen principal en la fl : a diferensa de alias : cant es noms, aquo meteysh. ergo. circum. et una. E devetz saber que nos havem alcunas dictios en. o. que son nom. coma. modo. sero. cita, crebro. et alcunas vefz son adverbi. donx aytal meteysha differensa hy deuria hom assignar. quo havem dig dessus, que cant son adverbi mu- desso laccen. a differensa can son nom. Enpero cant a laccen no y a diffe- rensa. quar segon que dizo li actor. abasta quentre lor sia differensa de temps quar cant son adverbi la derriera de. modo. sero. cito. crebro. es co- muna. so es indiferens que pot esser longa o breus. segon art de versifiar. e cant so nom. han la derriera sillaba longua. Encaras mays devetz saber «*M WK 3^ «?^« i J M^> tendre la môme chose des mots apocopes, comme Virgilius, Firgili f Juncurius, Juncuri. On voit donc que l'accent principal reste, dans le mot coupe, au même lieu où il était quand le mot se trouvait entier. Mais il faut observer que cela n'a lieu qu'autant que l'accent principal est dans le mot entier , à sa place naturelle ; car autrement il pourrait se faire que cette règle ne fiit pas exacte : comme dans exin, suhin, perin, qui sont des mots coupés de exinde, subinde, perinde. Ces derniers mots, en effet , lorsqu'ils sont entiers, ont , comme nous l'expliquerons plus bas, l'accent principal sur la première syllabe, au lieu qu'ils devraient l'avoir régulièrement et naturellement sur la pénultième, qui est longue, par position, ainsi qu'il a été dit ci-dessus. C'est pourquoi, dans les mots cou- pés qui résultent de ceux-ci , l'accent retourne de lui-même sur la syllabe où il aurait dû être naturellement dans le mot entier, c'est-à-dire sur in. Et il faut encore observer ici que cette règle n'a lieu qu'autant que la quantité longue de la syllabe, où était l'accent principal dans le mot entier, n'est pas changée en brève dans le mot coupé. Par exemple , dans peli- vit , l'accent principal est sur ti qui est une longue ; dans petiit , qui est le mot coupé, la quantité longue est changée en brève par la rencontre d'une voyelle devant une autre ; dans ce cas , la règle n'a plus lieu : car l'accent principal est sur la première syllabe de petiit. 11 faut encore, pour que cette môme règle ait lieu, que la voyelle, sur laquelle était l'accent dans le mot entier, soit conservée dans le mot coupé; autrement la règle ne s'applique plus, comme dans Deum pour Deorum. Car dans le mot coupé Deum, l'accent principal est sur la première syllabe de. DU SECOND EMPÊCHEMENT APPELÉ DIFFÉRENCE. Le sccond empêchement est la différence. Par exemple, pone peut être verbe ou adverbe; pour en faire la différence, l'accent principal est sur la dernière syllabe, lors- qu'il est adverbe; et lorsqu'il est verbe, il est sur la première. De même l'accent principal est sur la dernière syllabe de alias, adverbe , pour en faire la différence d'avec le nom. Il en est de môme de ergo, circum, una. On sait qu'il y a quelques mots terminés en o, comme modo, sero, cito, crebro, qui sont adverbes et noms; il faudrait donc mettre entre eux la même différence que nous venonsd'indiquer,c'est-à-direqu'ils devraient avoir un accentuation différente, selon qu'ils sont adverbes, ou noms. Cependant ils ne sont point différenciés quant à l'accent ; mais les auteurs disent qu'ils sont assez distingués par la quantité : car quand ils sont ad- verbes, la dernière syllabe de modo, sera , cito, crebro, est indifférente , qac nos havem alqunas votz del datiu e de lablatiu termenadas en. o. et alqus adverbis que son scmblan en letras. e daquestz havem dig que no mudo laccen. quar abasta que la derriera si indiferens naturalmen cant al temps, e jaclaysso que sian semblans cant a la votz entre lor no son unas meteysshas dictios. ni son duna part doratio coma, liquida, secreto. tuto. e lor semblan. per que aquel aytal no mudo laccen ni mudo lor temps, ans rema la darriera sillaba longa. ayssi meteysh. cum li datiu e lablatiu ter- menat en. o. coma magisiro. domino, viro. DEL TER s ENPEDiMEN. APELAT CONSORCIA. Lautrcs enpcdimens es con- sorcia. que vol dire companhia. et aquest enpedimens veda quenosia lac- cens, lay on naturalmens deu esser. quar vos havetz. cujus. cuja. cujum. e aquel. cujus. ha laccen en la derriera sillaba. a diferensa daquest genitiu. cujus. de. quis vel qui. e per companhia e que sian dun compas e duna sort. Aquo meteysh fay. cuia. e cujum. ques han laccen en la derriera. Encaras havetz. uterque. plerusque. et ulrumque. plerumque. E vezetz que la penultima es longa. perpositio. et en ayssi laccens principals rema aqui segon ques dig dessus, ayssi meteysh per far companhia a lor. que sian tug dun accen volon far. utraque. pleraque. quar han laccen principal en la penultima. o poyria hom dir que aquel. que sia cauza. quar es conjunc- tios encletica. ques ha a tirar laccen de la sillaba preceden a si. segon que direm enjos pus plenieramen. Aquo meteysh fan li compost de. /ado. /acis. ut benefacio. tepefacio. calefacio. quar per companhia de la primiera per- sona so es. benefacio. ques ha laccen en aquel. fa. quar en lo. ci. no pot re- maner. quar breus es. per vocal denan vocal, benefacis. rete aqui meteysh laccen principal, en aquel. fa. e segon la régla dessus dicha degra esser. al. ne. de. benefacis. quar le. fa. es breus naturalmens. Aquo meteysh fay. fide- jubeo. fidejubes. quar en la penultima so es en aquel. ju. de. fidejubes. es laccens principals. jaciaysso que sia naturalmens breus. et aysso per far companhia a la primiera persona. fidejubeo. Aquo meteysh de. usucapio. usucapis. segon alqus so que nos no lauzam. E devetz saber que. satisdare. sil prendetz per doas partz laccens principals es en lo. da. si per una part, laccens principals es en la denan penultima en aquel. Us. ^w. rjM a«» <»« * ' »lim* c'cst-à-dirc qu'elle peut ôtrc longue ou brève, suivant l'art de la vcrsifica- lion ; et lorsqu'ils sont noms, la dernière syllabe est longue. On sait encore qu'il y a des adverbes composés des mêmes lettres que certains noms ter- minés en 0 au datif et à l'ablatif. C'est de ces adverbes que nous venons de dire qu'ils ne sont pas différenciés des noms quant à l'accent, parce qu'il suffit qu'ils aient leur dernière syllabe indifférente, quanta la quan- tité : et quoiqu'ils aient les mêmes lettres , ils ne sont pourtant pas les mêmes mots, ni les mêmes parties du discours, comme liquido, secreto, tuto, et leurs semblables. Pour ces mois , il n'y a ni changement d'ac- cent, ni changement de quantité; mais la dernière syllabe reste toujours longue, comme dans les datifs et les ablatifs terminés eu o, tels que magistro , domino , viro. DU TROISIÈME EMPÊCHEMEPiT APPELÉ CONSORTIE. L'autre empêche- ment a lieu par consortie , qui veut dire compagnie : et cet empêchement fait que l'accent n'est pas où il devrait être naturellement. Par exemple , dans cujus, cnja, cujum, cujus a l'accent sur la dernière syllabe , pour le distinguer de cujus génitif de quis ou qui; par compagnie et afin qu'ils aient la même mesure et qu'ils soient d'une même sorte, cuja, cujum ont aussi l'accent sur la dernière syllabe. De même, dans uterque, plerusque, et utrumque, plerumqu^, on voit que la pénultième étant longue par posi- tion, l'accent y reste selon ce qui a été dit plus haut: puis par compagnie, et pour avoir tous la même accentuation , utraque et pleraque ont aussi l'accent sur l'avant-dernière syllabe. On pourrait dire aussi que le que en est la cause ; car c'est une conjonction enclitique , qui tend à tirer l'accent de sa place pour l'appeler à elle, comme nous l'expliquerons plus au long ci-après. Celte règle a lieu aussi pour les composés de /"ado, facis, comme benefacio, tcpefacio, c aie f acio ; car , à la première personne, benefacio, l'accent est sur fa, ne pouvant être sur ci qui est bref à cause de la voyelle placée devant une autre: et par compagnie benefacis conserve aussi l'accent principal sur fa , quoique suivant la règle il dût être sur ne; la syllabe fa étant brève de sa nature. Il en est de même de fidejubco, fidejubes; car c'est sur la pénultième judc fidejubes qu'est placé l'accent principal, quoiqu'elle soit brève de sa nature : et cela, pour faire compagnie à la première per- sonne fidejubeo. H en est encore de même de usucapio , usucapis , suivant quelques-uns, que nous n'approuvons pas. Il faut savoir que, dans saiis dare , si on l'écrit en deux mots , l'accent principal est sur da : il est sur l'anté-pénultième D ODATRIKMK EMPECHEMENT APPELÉ USAGE. Lc qualrièmc CmpÔ- chcmciil csl l'usage, comme dans les mots lombardia, papia : car ces mots sont latins, et l'usage veut qu'ils aient l'accent principal sur la pé- nultième: tandis que selon les règles, ils devraient l'avoir sur l'anlè-pé- nultièmc; car cette avant-dernière syllabe est une voyelle devant une voyelle qui doit être brève. Il en est de même des composés de duo, et de tria, comme vigintiduo , viginlilria, qui par l'usage ont l'accent sur la pénultième, quoique selon les règles il dût être sur l'anté-pénultième. Les Grecs ressemblent, en cela , aux Latins : caries mots grecs, terminés en a, ont l'accent sur la pénultième, comme trogedia, comedia , elegia, abhacia, theologia, maria et leurs semblables. 11 en est de même de ces deux mots vicecomes , archicoquus : car ils ont, par l'usage, l'accent prin- cipal sur la pénultième ; quoique suivant les règles, ils dussent l'avoir sur l'anté-pénultième. Cependant l'intégrité du nominatif peut en être la cause ; car il n'est pas coupé , ni rompu , et par conséquent l'accent ne change pas. Encore par l'usage, quelques personnes prononcent satisdare, en plaçant l'accent sur la pénultième; mais nous ne les approuvons pas, si^celte locution est prise pour un seul mot, suivant ce que nous avons dit : car la pénultième est brève de sa nature, comme dans circumdare. De même quelques-uns placent l'accent principal sur la pénultième de quisputas, comme s'il formait deux mots; mais ce n'est qu'un seul mot; car putas est simplement explétif. C'est pourquoi l'on doit prononcer quisputas en plaçant l'accent principal sur la première syllabe : comme dans l'évangile : quisputas major est in regno cœlorum. Cependant si l'u- sage est dans quelque église d'accentuer quis putas, comme deux mots , de même que satis dare , usu capis et les autres mots de ce genre , il faut suivre l'usage vicieux , à moins qu'on ne soit un personnage ayant assez d'autorité pour corriger les mauvais usages des autres. Car autrement , vouloir paraître sage au milieu des fous et savant entre les ignorans, ce n'est qu'orgueil et folie. DU CINQUIÈME EMPÊCHEMENT APPELÉ ENCLisis. Le cinquième empê- chement est Yenclisis (sY/Xiatç), c'est-à-dire l'inclinaison ; qui fait pencher l'accent et l'éloigné de la place où il devrait être naturellement : cet empê- chement a lieu quelquefois au commencement , et d'autres fois à la fin des mots. Au commencement, il a lieu par les enclitiques si, num, ne ; comme siquis, numquis, nequis. ( Cette manière est très usitée chez les Grecs : car ils font l'enclisis au commencement). De sorte que les mots enclitiques ^ 80 ^ pal. en ayssi quan la primieyra cay laccens principals. coma, siquis. nequis. numquis. E per esta, enclesi. dizcm. nequando. siquando. fazcn laccen en la primiera. jaciaysso que degues esser en la penullima segon art. cum sia longa. per posilio. Enpcro alqu dizo ques aquestas dictios. nequando. siquando. non han solamen laccen principal en la primiera per enclesi. ans o han be per cauza de consorcia. per so quar la primiera daquest ad- verbi. quando. haia accen greu can se compo am. si. et am. ne : ayssi cum ha. can se cumpo ab autras dictios : coma, aliquando. Catholicous ditz que. siquando. nequando. han laccen principal en la primiera. nopero per cauza de diferensa. ni per cauza de distinctio. mas solamen per enclesi o per consorcia. Priscias dits que. nequando. siquando. han laccen principal en la primiera. per que hom nos cuje que sian doas parlz. et enayssi per dis- tinctio haurian laccen principal en la primiera. o per diferensa. et ayssi meteysh pot hom entendre de. aliquando. et en esta part tenem la opinio de Pricia per plus veraya. E dizon alqu que. aliquando. no ha laccen principal sobre la denan penullima. per que apparesca esser compostz. ans o ha be per cauza de differensa daquesta dictio. aliquanto. am. t. quar han quaysh un meteysh so. Dizon encaras mays que. alioquin no ha laccen principal en la denan penullima. quar, alioquin se compo de. alio. e de. quin. et adonx aquel. alio. oz es nolms. oz es adverbis. si noms, adonx ha laccen principal en la primiera. quar adonx. alio. si noms es. no pot esser mas de lablaliu, liqual ablatiu el datiu en. o. termenat. naturalmen son long, segon ques dig. si aquel. alio. es adverbis. adonx la penullima de. alioquin. es comuna. so es indiferens. que pot esser aguda. o greus. et adonx laccens principals es en la denan penullima. Pero segon alqus. miels es segon art que sia en la penullima. pusque la derriera de. alio. cant es adverbis. es indiferens. quar miels es gazanhar. que perdre, socs creyssher etalongar. que mermar. ni abracar. jaciaysso que segon uzalge hom fay laccen prin- cipal en la denan penullima de. alioquin. e de. aliquando. Item devetz saber que nos havetz enclesi en la fl. e son aquestas. que. ve. ne. Et es diferensa entre enclesi del comensamen. et aquestas de la 0. quar aquela del comensamen tira et enclina. a se e sobre se laccen prin- cipal, el aquela de la fl. tira et inclina laccen principal que naturalmen dévia esser en la primiera sillaba de la dictio. a se. mas non ges sobre se. mas sobre la derriera sillaba daqucla meleyssha dictio cum. dixilque. s: 81 :s allircnt à eux , c'csl-à-dire font tomber sur eux l'accent principal. Aii^i, quand l'accent principal tombe sur la première syllabe , comme dans si- quis, nequis, numquis, nous disons, parenclisis, nequando , siquando, en plaçant l'accent sur la première syllabe, quoiqu'il dût être, selon les rè- gles, sur la pénultième, qui est longue par position. Cependant, quelques- uns disent que ces mots, siquando, nequando, ont l'accent princip.il sur la première syllabe, non pas seulement par enclisis, mais encore par con- sortie; afin que la première de l'adverbe quando ait un accent grave lorsqu'elle se compose avec si ou avec ne , comme elle l'a quand elle se compose avec d'autres mots , tels que aliquando. Le Catholicon dit que siquando, nequando ont l'accent principal sur la première syllabe, non pas pour cause de différence, ni de distinction , mais seulement par encli- sis ou par consoriie. Priscien dit que nequando, siquando ont l'ac- cent principal sur la première syllabe, afin qu'on ne croie pas que ce sont deux mots séparés; c'est-à-dire qu'ils ont l'accent principal sur la première par distinction ou différence: ce qu'on peut entendre aussi de aliquando : sur ce point nous suivons l'opinion de Priscien, comme la plus vraie. Quelques-uns disent que aliquando a l'accent pirincipal sur l'anté- pénultième, non pas afin qu'on reconnaisse qu'il est composé, mais pour qu'on le distingue du mot aliquanto, avec un t, qui a presque le môme son. Quelques-uns disent encore que alioquin n'a pas l'accent principal sur l'anté-pénultième ; car il se compose de alio cidcquin; or, alio est nom ou adverbe: s'il est nom, il a l'accent principal sur la première syl- labe; car alio, s'il est nom, ne peut être qu'un ablatif, et les ablatifs et datifs terminés en o sont longs, ainsi qu'il a été dit : si alio est adverbe , la pénultième de alioquin est commune, c'est-à-dire indifférente, pouvant être aiguë ou grave ; et l'accent principal est sur l'anté-pénultième. Mais d'autres pensent que, selon les règles, il vaut mieux le mettre sur la pénultième, parce que la dernière syllabe de alio adverbe étant indiffé- rente, il vaut mieux gagner que perdre, c'est-à-dire croître et allonger, que diminuer et racco urcir.L'usage veut qu'on place l'accent principal sur l'anté-pénultième de alioquin et de aliquando. Nous avons encore des enclitiques qui se placent à la fin des mots : ce sont que, ve, ne. 11 y a cette différence entre l'enclitique du commence- ment d'un mot et celle de la fin , que la première attire vers elle et fait tomber sur elle l'accent principal , tandis que la seconde l'attire seulement vers elle, en l'ôtant de la première syllabe où il devait être, pour le faire tomber, non pas sur elle, mais sur la dernière syllabe du mot même, G puíasne. domimisve. Quar cn la primiera sillaba de. dixit. putas. e do dominus. dcu esser segon art lacccns principals. et aquesla enclesis tira lo. a se. so es. vas se. quel fa mudar en la derriera sillaba. et ayssi fay mudar laccen principal, en la derriera de dixit. de. putas. c de dominus. et en ayssi dels autres. E segon aysso podetz vezer ques aquesta enclesis finals, ha accen grcu. c la del comensamen. accen agut. o circumflec. Et en ayssi duy accen son romput. per aquesta final enclesi. quar muda laccen duna sillaba en autra. segon ques dig. e las encleticas conjuntios so es. que. ve. ne son greuas. e perdo lor accen principal que devian baver naturalmen. et en ayssi la dictios e lencletica tôt essems es pronunciat ab un accen princi- pal cum si tôt era una dictios. Aquesta régla desta final enclesi falh per rompemen o per trencamen de vocal : coma, undique. denique. quar laccens principals es en la pri- miera sillaba. quar la vocals de. unde. es rompuda e mudada en una. quar. undique. se compo de. unde. e de que. e deniqu£. de denuo. e de que. Encaras falh esta régla per causa de differensa. coma, itaque. utique. quar en aqueslz es laccens principals en la primiera. cant son dictios compostas, a diferensa can no son compostas, quar adonx can no son compostas, son doas dictios. e laccens principals es en la derriera sillaba per natura de la conjunctio encletica. que fay aqui enclinar laccen segon ques estât dig dessus, laquais natura de la enclesi es leumen miels gardada fora compositio. que en compositio. Encaras falh aquesta régla de la final enclesi. can se conjonh e sajusta ab dictios duna sillaba coma, mulier virque. E segon la oppinio dalqus esta finals enclesis perd encaras sa natura propria ques ha denclinar a se laccen principals. per razo denterogatio. coma, currit ne sortes, laquai cauza nos no aproam. Aquesta finals enclesis es causa que. ubique. haia. laccen principal en la penultima en aquel. bi. jaciaysso que segon art la derriera de. ubi. sia comuna. so es indiferens. que pot esser longa o breus. e pot hom dir que per so quar la derriera de. ubi. pot esser longa o breus segon art. que s: 83 s comme dans dixitque, putasne, dominusve. Car c'est sur la première syllabe des mots dixit, putas et dominus, que devrait ótre, suivant la règle, l'accent principal. Mais l'enclitique le tire à elle, c'est-à-dire, vers elle, et le transporte sur la dernière syllabe du mot lui-même. Ainsi , dans ce cas, c'est sur la dernière syllabe de dixit, de putas et de dominus, que l'accent principal est transporté. 11 en est de même des autres. On voit par là que ces enclitiques de la fin des mots ont un accent grave, et celles du commencement un accent aigu ou circonflexe. Ainsi, il y adeuxaccens rompus par les enclitiques finales; car elles transportent l'accent d'une syllabe à une autre, comme il a été dit; et les enclitiques, telles que que , ve , ne , étant graves, elles perdent l'accent principal qu'elles devraient avoir naturellement. De cette façon, le mot et l'enclitique sont prononcés ensemble , sous un seul et même accent principal , comme s'ils ne fesaient qu'un seul mot. Cette règle, pour les enclitiques finales, cesse pourtant d'avoir lieu dans les mots dont on a retranché ou changé une voyelle, comme dans undiqucy denique; car l'accent principal est sur la première syllabe de ces mots. La raison en est que la voyelle de unde a été retranchée et changée en i; car undique est composé de unde et de que. Denique est composé de denuo et de que. Cette même règle reçoit encore une exception pour cause de différence, comme dans itaque, utique. Car l'accent principal est sur la première syl- labe de ces locutions, quand elles sont des mots composés, pour les diffé- rencier des mêmes locutions n'étant pas des mots composés; car quand elles ne sont pas des mots composés, elles forment deux mots différons, et elles ont l'accent principal sur la dernière syllabe , comme le veut la nature de la conjonction enclitique, qui y fait incliner l'accent, ainsi que nous l'avons dit. Cette nature de l'enclitique est plus respectée dans la non composition que dans la composition des mots. Cette règle reçoit une nouvelle exception, quand l'enclitique finale est jointe à un monosyllabe , comme dans mulier virque^ Selon l'opinion de quelques-uns, l'enclitique finale perd encore sa nature propre d'incliner à elle l'accent principal, quand il y a une interrogation, comme dans curritne sortes ? ce que nous n'approuvons pas. L'enclisis finale est cause que uhique a l'accent principal sur la pénul- tième hi, quoique, selon la règle, la dernière syllabe de moi soit commune, c'est-à-dire, indifférente, ou pouvant être longue ou brève. Mais on peut dire que du moment où, selon la règle, la dernière syllabe de uhi peut 84 miels es que en laccen romanga. e sia longa que breus. quar mays val ffazanhar. que perdre, quar can salonga : gazanha un temps breu. e can sabrcvia : perd aquel. segon ques estât dig dessus. DEL SEYZE ENPEDIMEN. APELAT DISTINCTIOS. DÌSlÌnctÌOS es lautrCS in- pcdimens quar fay mudar laccen principal del loc on naluralmen dcu esscr. e per aquesta distinctio tug li compost de. inde. han laccen prin- cipal en la primiera. coma, deinde. proinde. perinde. exinde. subinde. ahinde. e degran lo baver en la penultima. quar longa es naturalmen. E fa se aquesta distinctios en aquestz compostz. per que aquel. de. primicr daquesta dictio. deinde. no semble ajustatz am lo. inde. per apositio. so es ques hom nos cuje quel. de. sia prepositios. el. inde. que sia en loc da- blatin. et en ayssi quel. de. sajusca al. inde. la quai cauza hom poyra cujar. si en aquel. de : era accens greus. c per aysso en aquel. de. es laccens agutz per raostrar que. de. et inde. sajusto per compositio: e no per appo- sitio. Et ayssi meteysh entendatz de perinde. exinde. e dels autres. E per so ditz Pricias per esta maniera, li compost de. inde. han laccen principal en la primiera per doas razos. la una : quar per adjectio so es per ajusta- men. han. de. quar hum atroba. cx^in. dcin. et on ayssi que laccens re- mangua aqui on era naturalmen: en la primiera sillaba. o per autra razo. laquais es milbors. quar las propositios can son separadas. han accen grcu. e per so ques hom conogua que en aquestas dictios son ajustadas. e no se- paradas. han laccen principal en las primieras. ayssi meteysh cum fan aquestas conjunctios. si. et. ne. can son prepauzadas ad aquesta dictio. quando. coma, siquando. nequando. segon ques estât dig en lenpedimen de enclesi. E semblaria per aquesta meteysha razo hom deia dire ab accen princi- pal en la primiera deintus. abintus. delonge. alonge. deorsum. desursum. eque. deque. deinceps. majormen : quar Pricias ditz que canli adverbi secompono am propositios : sotz un accen principal, los deu hom pronunciar. coma. deinde. exinde. doux pusque. deinde et exinde. han laccen principal en la denan penultima per aquela meteyssha razo : deorsum. abintus. eque e 11 altre: sobre dig. Enpero jaciaysso que Pricias diga ques ay tais dictios deian ha ver un accenprincipal. no ditz ni determena sobre quai sillaba sia aquest accens principals. per que no se sec que si. deinde. et exinde. han laccen principal en la primiera : que per aquo haian laccen principal en aquela I —-.K O" être longue ou brève, il vaut mieux qu'elle reste avec l'accent, et qu'elle soit longue; car il vaut mieux perdre que gagner : et comme nous l'avons déjà dit, une syllabe qui s'allonge gagne un temps bref, mais celle qui devient brève le perd. DU SIXIÈME EMPÊCHEMENT APPELÉ DISTINCTION. La distinclion CSt le sixième empêchement qui fait changer l'accent principal du lieu où il doit être naturellement. Par cette distinction, tous les composés de inde ont l'accent principal sur la première syllabe, comme deinde,perinde, proinde, exinde, subinde, abinde, tandis qu'ils devraient l'avoir sur la pénultième, qui est longue de sa nature. Cette distinction se fait dans le premier de ces composés, afin que le de, première syllabe du mol deinde, ne paraisse pas joint à inde par apposition, c'est-à-dire, afin qu'on ne croie point que de soit une préposition, inde un nom à l'ablatif, et que c'est à ce litre que de est uni avec inde ; ce qu'on pourrait croire, si sur ce de il y avait un accent grave. C'est pour cela que l'accent aigu est sur de, pour mon- trer que de et inde sont joints par composition et non par apposition. Il faut l'entendre de même de perinde, exinde, et des autres. A ce sujet, Priscien s'exprime ainsi : Les composés de inde ont l'accent principal sur la première syllabe, par deux raisons. L'une est que ces mots ont le de par adjonction, c'est-à-dire, à titre de particule explétive, comme on le voit par exin, dein, et afin que l'accent reste sur la première syllabe où il était naturellement. L'autre raison, qui paraît la meilleure, est que les prépositions, lorsqu'elles sont séparées, ont un accent grave, et que pour connaître que dans ces mots elles sont jointes et non séparées, il faut que l'accent principal soit sur la première syllabe. C'est ainsi qu'on fait pour les conjonctions si et ne, quand elles sont mises devant le mot quando, comme siquando, nequando, suivant ce qui a été dit à l'article de l'enclisis. 11 semble que, pour cette même raison, il faudrait prononcer, avec l'accent principal sur la première syllabe , les mots deintus, abintus, de- longe, alonge, deorsum, desursum, eque, deque, deinceps; vu surtout que, suivant Priscien , lorsque les adverbes se composent avec les prépositions , sous un même accent principal, on doit les prononcer comme deinde, exinde : car, puisque deinde et exinde ont l'accent principal sur l'anté- pénultième, il s'ensuit que deorsum, abintus, eque, et les autres doivent l'avoir aussi. Cependant, quoique Priscien dise que ces mots doivent avoir un même accent principal , il ne détermine pas sur quelle syllabe celui-ci doit être posé. Par conséquent, il ne s'ensuit pas que, si deinde et exinde raeteyssha síllaba. Aquest. sos assaber. deorsum. abintus. eque e li altre dessus dig. quar de. exinde. e de. deinde. e dels autres es determenat espe- cialmen per Pricia : en quai sillaba deia esser laccens principals : e non ges de seorsum deintus. ni dels autres, be se sec la semblansa gênerais, que cascuna destas diclios haian solamen un accen principal, jaciaysso que puesca esser endiversas sillabas. quar alcunasvetz han laccen principal en la denan penullima. e aysso can la penultima es breus naturalmens. segon ques estât dig. coma, deprope. E can la penultima es naturalmens longua. aqui meteysh es laccens principals coma, delonge. deorsum. abintus. econtra. et en ayssi dels autres dessus ditz. Et si hom vol dir que. deintus. abintus. delonge. alonge. e li altre desus nomnat deian baver laccen principal en la primiera : per aquela meteyssha razo que. deinde. et exinde. e li altre des- sus, dig : so es per que hom nos cuje que sian doas partz. ad aysso dizem que esta razos es frcvols quar per aquela meteyssha razo poyria hom dir que. induco. inducis. indico. indicis. aguesso laccen en la denan penultima per so que no semblesso doas partz. laquai cauza no es veraya. quar en la penultima han laccen principal. La razos especials perque. deinde. e li altre compost de. inde. han laccen principal en la primiera : miels que. abintus. delonge. deorsum. deinceps. contra, e li altre dessus nomnat : es aquesta. Quar en los compostz de. inde. vezetz que cascuna sillaba mostra una propositio. e si tant fos que laccens principals estes en la penultima : sembleran compostz de très propositios. Doux per far distinctio e per mos- Irar que las doas sillabas derrieras no son aqui ajustadas coma proposi- tios : mas coma un adverbis. per so laccens principals es assetiatz en la primiera. la quais causa vezetz be que no es en. deintus. deorsum. dein- ceps. ni en los autres desobre nomnatz. E devetz saber ques en aytals vocables dels quais son opinios quos devo accentuar. es bo quom siega uzatge. per la razo sobredicha. sino : en lo cas sobredig. las quais dictios entre las autras son aquestas. benefacis. usuca- pis. satisdare. lombardia. papia. theologia. abbacia. elegia. comedia, tra- gedia. vicecomes. archicoqus. quisputas. siquando. nequando. aliquando. alioquin. deinde. perinde. proinde. subinde. abinde. deintus. abintus. su- hintus. delonge. alonge. deorsum. seorsum. desursum. econtra. decontra. deinceps. et ab aquestz hom pot ajustar. assum. adest. absum. abest. desum. ont l'accent principal sur la première syllabe, deorsum, abintus, eque, et les autres, doivent l'avoir aussi sur cette même syllabe. Car Priscien dé- termine spécialement sur quelle syllabe doit être placé l'accent principal dans exinde, deinde, et leurs semblables; mais il ne détermine rien pour seorsum, deintus, etc. 11 suit seulement de ce qu'il dit, que tous les mots cités doivent avoir également un seul et même accent principal , quoiqu'il puisse être placé, dans chacun, sur différentes syllabes. Ainsi, quelquefois cet accent principal est sur l'anté-pénultiéme , lorsque la pénultième est brève de sa nature, selon la règle, comme dans deprope : et d'autrefois il est sur la pénultième, quand elle est longue de sa nature, eomme dans delonge, deorsum, abintus, econlra, et dans les autres. Si l'on objecte que deintus, abintus, delonge, alonge, etc., doivent avoir l'accent principal sur la première syllabe, par la même raison qu'il s'y trouve dans deinde, exinde, etc., c est-à-dire, pour qu'on ne croie pas que ce sont deux mots différens, nous répondrons à cela, que cette ob- jection est frivole; car on pourrait dire, parla même raison, que induco, inducis, indico, indicis, doivent avoir l'accent sur l'anté-pénultiéme, afin qu'on ne les prenne pas pour des mots séparés ; et cependant cette raison n'est pas bonne , car ces mots ont l'accent sur la pénultième. La raison particulière pour laquelle deinde et les autres composés de inde ont l'ac- cent principal sur la première syllabe, plutôt que abintus , delonge, deor- sum, deinceps, eque, et les autres, est celle-ci : Dans les composés de inde, chaque syllabe prise séparément est une préposition : or , si l'accent principal était sur la pénultième , ils semble- raient composés de trois prépositions: donc, c'est pour faire distinction et pour montrer que les deux dernières syllabes ne sont pas jointes ici comme prépositions, mais à un autre titre, que l'accent principal est placé sur la première syllabe. On voit bien que la même raison n'existe pas pour deintus, deorsum, deinceps, ni pour aucun des autres mots qui ont été cités. Pour tous les mots dont l'accentuation est controversée, il est bon de suivre l'usage, par la raison que nous avons déjà dite, excepté dans le cas indiqué. Ces mots sont entre autres, benefacis , usucapis, satisdare, lombardia, papia, theologia, abbatia, elegia, comedia, tragedia, vicecomes, archicoquus, quisputas, siquando, nequando, aliquando, alioquin, deinde, perinde, subinde, delonge, alonge, deorsum, seorsum, desursum, econtra, decontra, deinceps : on peut y joindre assum, adest, absum, abest, desum, deest , prcsum , preest, possum, potest; car quelques-uns placent l'accent deest. presum. preest. possum. potest. quar alqu fan laccen en la derriera sillaba cspecialmen en aquest vocable, assum. et en. adest. jaciaysso que deia esser en la primiera segon art. Item devetz saber que li nom grec et ebrieu han laccen principal en la derriera sillaba. coma, Abraam. Ysaac. Jacob. Esau. Jherusalem. Osanna. amen, si donx nos declino per la maniera de las dictios latinas. coma. Thohias. Jheremias. DE LACCEN SEGON ROMANS. Mostrat havcm laccen segon lati per miels nos enformar et entendre laccen ques havem en romans. E devetz saber que nos nos havem mas un accen principal, en una dictio. e daysso nos accordam am lo lati. ïres accens hayem en romans en autra maniera, que en lo lati. sos assaber. lonc, e greu. et agut. K degun temps no trobaretz segon romans accen principal en lo comensamen de dictio. Si donx la dictios no es de doas sillabas. duna sillaba no quai far mensio. quar aqui no ha primiera ni derriera. E per aysso en ayssi cum laccens principals apelatz agutz. es pauzatz en lo comensamen de dictio segon lati. en ayssi segon romans es pauzaiz en la fi. so es en la derriera sillaba. coma, senhor. Salvador, tener. retener. conoysh. reconoysh. adimans. reparans. alegrans. Laccens loncz es aquel segon romans ques tostemps assetiatz en la pc- nultima. o en la primiera sillaba cant la dictios es de doas sillabas. coma. regina. fma. Iholosa. bona. estela. planeta. payre. enperayre. salvayre. bruna. cascuna. Et aquest accen lonc nos prendem en loc daquel ques apelatz circumflex en lati. exceptât cant es la dictios de doas sillabas. quar aqui no ha loc circumflecz. Item devetz saber quel accens loncz e lagutz son apelat principal, ayssi cum en lo lati son dig principal le circumflex e lagutz. En esta dictio. governayre : son quatre sillabas. en la penullima. sos assaber. en aquel. nay : es laccens principals. apelatz loncz. en cascuna de las autras sillabas. es laccens apelatz greus. Aquo meteysh en esta dictio. governador. en la derriera sillaba. es laccens principals. apelatz agutz. en cascuna de las autras. es accens greus. e son apelat principal, quar per lor son las dictios regidas e principalmen governadas segon ques estât dig dessus pus plenieramien. Item devetz saber quel accens principals estay tostemps en la penul- tima. et entendatz en la penullima oz en la primiera sillaba. si la dictios I sur ]a dernière syllabe, particulièrement dans assum et adest, quoique selon les règles il doive être sur la première, 11 faut encore observer que les noms grecs et hébreux ont l'accent prin- cipal sur la dernière syllabe, comme Abraam, Isaac , Jacob y EsaUy Jé- rusalem, Hosanna, amen ; à moins qu'ils ne se déclinent à la manière des mots latins, comme Tohias, Jeremias. DE l'accent en roman. Nous avons traité de l'accent latin, pour mieux connaître et faire comprendre l'accent que nous avons en roman. On sait que nous aussi , nous n'avons pas plus d'un accent principal pour chaque mot : sur ce point , nous sommes d'accord avec le latin. Nous avons en roman trois accens ; mais ils ne sont pas les mêmes qu'en latin; savoir : le long, le grave et l'aigu. Vous ne trouverez jamais en roman l'accent principal au commencement d'un mot , si ce n'est dans les mois de deux syllabes; car il n'est pas nécessaire de faire mention des monosyllabes, où il n'y a ni première, ni dernière. C'est pourquoi, dans le cas oii l'accent principal, appelé aigu, est placé en latin, au commencement du mot, il est placé en roman, à la fln, c'est- à-dire sur la dernière syllabe ; comme dans senhor , Salvador, tener , re- tener, conoysh, reconoysh , adimans, reparans, alegrans. L'accent long, suivant le roman, est celui que l'on place toujours sur la première, quand le mot est de deux syllabes; comme dans reginat fina, tholoza, bona, emperayre, salvayre, bruna, cascuna. Cet accent long, remplace pour nous celui qu'on nomme, en latin, circonflexe, excepté dans les mots de deux syllabes : car ces mots n'ont point l'accent circonflexe. L'accent long et l'accent aigu sont appelés principaux, comme en latin l'ai gu et le circonflexe. Dans le mot goDernùyre , il y a (lualre syllabes: la pénultième nay est celle qui reçoit l'accent principal, appelé long : les autres syllabes ont cha- cune un accent grave. De même , [dans le mot governador , la dernière syllabe reçoit l'accent principal, appelé aigu : chacune des a utres a un accent grave. Ces accens sont appelés principaux , parce que les mots sont régis et gouvernés principalement par eux, comme nous l'avons expliqué plus haut. 11 faut observer que l'accent principal est toujours placé sur la pénul- tième; ou sur la première, si le mot est de deux syllabes; ou sur la es (le doas sillabas. oz en la derriera. Si en la penultima : adonx es loncz, scgon que s estât dig. coma, regina. fina. e li autre lor semblan. Si en la fi. adonx es agutz : coma, [senhor. Salvador, et ayssi dels autres lor semblans. Enpero alqudizon que. percegua. padena. saheza. hanlaccen principal en la primiera sillaba. e la cauza per que lor sembla laccens principals en la primiera : es aquesta. quar pronunciam la vocal de la primiera sillaba : coma plcnissonan. per que lor cove mays ubrir la boca. e far major demora. mas nos aysso no aproam. quar tug li mot termenat en. egua. et en. ena. et en. eza. han regularmen accen lonc. so es en la penultima. coma, bregua. pegua. offegua. remena, semena. avena. turqueza. beleza. franqueza. E develz saber que nos havem alcunas dictios grecas o quays grecas termenans en. a. et alcunas en. e. coma son alqu nom de figuras, lasquals dictios. han laccen principal en la derriera. coma, acirologia. peryzologia. macrologia. taulhologia. amphibolia. synalimfa. scena. anaphora. paro- nomazia. anthitela. metaphora. methonomia. anthonomazia. onomothopeya. de. vij. sillabas. ysterologia. allegoria. enigma. paroemia. parabola. para digma. brachologia. eufonia. prozopopeya. de vj. sillabas. ypophora. pyzan- cia. et enayssi de lors semblans. De las dictios termenans en. e. havem paragoge. systole, ypallage. synodoche. anastrophe. yperbole. apostrophe, epymone. exallage. liplote. prothezeos, paralauge. de. viij. sillabas. et enayssi de lors semblans. Eucaras havem alcunas autras dictios en. a. latinas o quays latinas las quais can las pauzam en romans, las devem atrayre al mays que podem al accen del romans per que haian conformitat entre lor coma, gramatica. logica. rethorica. E quar las dictios que termeno segon romans en. ica. coma, multiplica. replica. han laccen principal en la pe- nultima per so en la penultima de. gramatica. deu hom pauzer laccen principal. Las dictios termenans en. us. quant que aian la penultima longa segon lati. segon romans la fam termenar en accen agut. coma. Deus. m£taplamus. et enayssi de lors semblans. Finalmen laccen del romans tira a si aquel del lati segon que direm enjos en. exthasi. Laccens greus segon ques estât dig dessus, no ha mays un loc ques autre, quar en cascuna sillaba pot estar : exceptât aqucla on cay laccens principals. si donx no son dictios duna sillaba que tost temps han accen agut. segon ques estât dig dessus, coma. be. me. se. bo. de. fons. pons^ grans. bels. fortz. ferms. blanx. et enayssi dels autres, quais dictios han s: 91^ dernière. S'il est placé sur la pénultième, il est long comme nous l'a- vons déjà dit, et comme on le voit dans regina, fina , et les autres mots semblables, etc. S'il est sur la dernière, il est aigu, comme dans senhor, Salvador, et les autres semblables. Quelques-uns disent néanmoins que percegutty padena, sabeza, ont l'accent principal sur la première syllabe. La raison qui leur fait croire qu'il en est ainsi est celle-ci : c'est qu'en prononçant la voyelle de la première syllabe , comme une plenisonnantc, il leur convient d'ouvrir davantage la bouche et d'appuyer plus long-temps dessus. Mais nous ne les approuvons pas; car tous les mots terminés en egua, ena, eza, ont régulièrement l'accent long; c'est- à-dire qu'ils l'ont sur la pénultième, comme bregua, pegua, offegua, ra- mena, semena, avena, turque za, beleza, franqueza. Nous avons quelques mots grecs ou quasi grecs, terminés en o et en e , comme sont quelques noms de flgures, qui ont l'accent principal sur la dernière syllabe. Tels sont, en a: acirologia, peryzologia, macrologia, tautologia , amphibolia, synalimpha, scena , anaphora , paronomasia , anti- theta, metaphora, methonomia , anthonomasia , onomatopeya ; deseptsyl- bes; ysterologia , allegoria, enigma , paroemia , parabola, paradigma, bra- chologia , euphonia , prosopopeia , de six syllabes ; ypophora , pyzancia et leurs semblables. Tels sont en e : paragoge , systole , hypallage , synecdo- che , anastrophe , hyperbole, apostrophe, epymone, exallage, litote, pro- thezeos, paraloge, de huit syllabes, et leurs semblables. Nous avons en- core quelques autres mots latins ou quasi latins , terminés en a. Lors- qu'on s'en sert en roman, il faut leur donner le plus qu'on peut la même accentuation qu'aux mots du Roman , afin d'établir entre eux la plus grande conformité : comme grammatica, logica, rhetorica. Or, les mots terminés en ica en roman : tels que multiplica , replica , ont l'ac- cent principal sur la pénultième; c'est pourquoi il faut poser l'accent principal sur la pénultième de grammatica, etc. Les mots terminés en us, quoiqu'ayant la pénultième longue en latin, ont l'accent aigu en roman, sur la dernière syllabe , comme deus, metaplamus , etc., et leurs sembla- bles. En résumé , l'accent du roman attire a lui celui du latin , comme nous le dirons plus bas à l'article de Yexlhasis. L'accent grave, ainsi que nous l'avons dit, n"a pas de place détermi- née ; mais il peut être placé sur toutes les syllabes , excepté sur celle qui reçoit l'accent principal, et à moins que le mot n'ait qu'une seule syl- labe. Car ces monosyllabes ont toujours un accent aigu, comme nous l'avons dit plus haut; tels sont be, me, se, bo , de , fons, pons, grans. •»» QC) t^S» ^s^ aJi » accen lonc. c quais agut. aysso pot haver cascus per uzatge. E devetz saber que tolz accens agutz es loncz. mas laccens loncz non es agutz. quar be vezetz que deguna cauza no pot esser aguda : que no sia longa. mas ges tota cauza longa. non es aguda. En quais locz deu hom gardar accen. aysso poyrctz vezer enjos can tractem dels bordos so es dels versetz. <^>-> no b <^>i okJ «^ hetz , /"or/^ , ferms , 6/anx. Chacun peut connaître par l'usage quels mois ont un accent long, et quels autres ont un accent aigu. 11 faut observer que tout accent aigu est long , mais que l'accent long n'est pas toujours aigu; car il est évident que rien ne peut ôtre aigu, sans être long, mais que tout ce qui est long n'est pas aigu. Quant aux endroits où il faut ob- server l'accent, nous le dirons plus bas à l'article où nous traiterons des bordos, c'est-à-dire des vers. Caô €tf^ 5lam0t$. SEGOJSDA PARS. -o^d^^€-=>- LES LOIS D'AMOUR. SECONDE PARTIE. SEGONDA PARS. Dels bordos. e ooiïiensa la segonda partidaíi Tractât havem de laccen. perque segon lorde prcssupauzat devem trac- tar de rims e de coblas. e quar las coblas prendo lor forma dels rims. el ri m dels bordos en autra maniera apellatz bordonetz o versetz o bastos o bastonetz alqu dizo vers, laquai cauza no aproan per far diferensa ab un dilcat apelat vers. Per so cove que primieramen tractem dels bordos. et aprop de rims. et en après de coblas. Donx cove que moslrem ques bordos o verssetz. DE LA BiFFiNiTio DE BORDO. Bordos cs una partz de rima, que al may conte, xij. sillabas. et a tôt lo mens quatre, si donx no son enpcutat o biocat. quar adonx podon esser no solamen de quatre, mays de très o de mens tro ad una sillaba. E pauzam ayssi aytal régla gênerai que cant nos en pauzam cert nom- bre de sillabas ad alqus verssetz coma vezetz ayssi que dizem que bordos al may deu baver, xij. sillabas. et al mens quatre deu hom entendre quel bordos finista en accen agut : quar si finia en greu : adonx deu creysher le bordos duna sillaba. e fîniss adonx en accen greu. can la dictios der- riera del bordo ha longa penultima. coma, natura. cura, maria, cortezia. conorta. coforta. et ayssi de lors semblans quar naiura en la penultima. SOS assaber en aquel. tu. ha accen lonc et en la derriera sillaba. sos assaber en aquel. m. ha greu accen que bayssha ad enjos. coma cauza pezans e greus. SECONDE PARTIE- Des bordos ( ou vers ) , et commencement, de la seconde partie. Nous avons traité de l'accent. Maintenant, suivant l'ordre que nous avons annoncé , nous devons traiter des rîmes et des couplets. Et comme les couplets prennent leurs formes des rimes, et les rimes des bordos, appelés d'une autre manière bordonetz, ou versetz, on bastos, ou bastonetz et vers, selon quelques-uns; ce que nous n'approuvons pas, de peur qu'on ne confonde les bordos avec les pièces appelées vers ; il convient que nous traitions d'abord des bordos, ensuite des rimes, puis des couplets. Nous commençons donc par montrer ce que c'est que les bordos ou versets ( que nous appellerons vers dans la traduction ). DÉFINITION DES BORDOS (ou VERS). Le bordos (ou vcrs) est une partie de rime, qui doit compter douze syllabes, au plus, et au moins quatre, à moins qu'il ne soit enté\ ou brisé; car alors il peut être non seulement de quatre, mais de trois et de moins, jusqu'à une syllabe. Nous établissons ici , pour règle générale , que , toutes les fois que nous parlons du nombre de syllabes que doit avoir un vers, comme nous venons de faire en disant que nul vers ne doit compter plus de douze syllabes, ni moins de quatre, cela doit s'entendre des vers qui finissent en accent aigu. Car s'ils unissent en accent grave, ils doivent être augmentés d'une syl- labe ; or le vers finit en accent grave, lorsque la pénultième syllabe du dernier mot est longue, comme natura, cura, maria, cortezia, conortay coforta, et leurs semblables; car natura a un accent long sur la pénul- tième syllabe, c'est-à-dire sur tu, et un accent grave sur la dernière, c'est-à-dire sur m : accent qui baisse et incline comme une chose grave et pesante. 7 E devetz saber que lunhs bordos no deu esser de. ix. sillabas quar non ha bêla cazensa. si donx en la quinta oz en la. YJ. sillaba no era pauza am consonansa segon que veyretz enjos. et am tôt aco no han apenas bêla cazensa si donx li rim no son multiplicatiu. ysshemple vos donan dels bor- dos de quatre sillabas. de. vj. e de. v. et en ayssi entro dotze. e primiera- men de bordo amb accen agut. et aprop amb accen grcu. E quar alqu bordo dels principals son appelât menor coma, de quatre, sinq. vj. o. vij. sillabas. E alqun autre major coma. de. viij. ix. x. xj. o. xij. sillabas. per so tractam primieramen dels menors et [après dels autres. DELS BORDOS DE QUATRE SILLABAS. Totz homs se dol. Et ha gran dol. Can ve que mor. Cel que de cor. Ama fortmen. E si tant es ques ab aytals bordos de quatre sillabas termenans en accen agut vols ajustar bordos termenans en accen greu. adonx cascus daquels bordos termenans en accen greu. deu haver mays una sillaba. et ayssi meteysh entendatz de quantas que sillabas sian li bordo termenans eo accen agut. quar li termenan en greu. han mays una sillaba. segon ques dig. e segon ques hom pot ayssi vezer per ysshemple. Le cor me part. Quar me soy tart. RecoDOgutz. Dels Les pergutz. Per ma folia. Quar yeu solia. Per mas rictatz. Esser prezatz. E terapsutz fort :^: 103 :s Il faut remarquer qu'on ne doit point faire de vers de neuf syllabes ; car ils n'ont point une cadence agréable, à moins qu'ils n'aient un repos avec consonnance à la cinquième ou sixième syllabe , comme nous le ver- rons plus bas. Et encore, même avec cela, c'est à peine si leur cadence ne déplaît pas , excepté quand les rimes sont multipliées. Nous allons donner des exemples de vers de quatre syllabes, de cinq, de six, ainsi de suite jusqu'à douze; d'abord en accent aigu, puis en accent grave. Les vers principaux de quatre, cinq, six ou sept syllabes, sont appelés mi- neurs, et ceux de huit , neuf, dix, onze ou douze syllabes, majeurs. Nous traiterons d'abord des mineurs, et ensuite des autres. DES VERS DE QUATRE SYLLABES. Chacan se plaint, Et a grand deuil , Quand voit que meurt Cil que de cœur Il aime fort. Mais si à ces vers de quatre syllabes, terminés en accent aigu, on veut en joindre de terminés en accent grave, chacun de ces vers terminés en accent grave doit avoir une syllabe de plus. Cette règle est générale ; de sorte que , de quelque nombre de syllabes que soient composés les vers terminés en accent aigu, ceux qu'on y joint, terminés en accent grave, doivent toujours avoir une syllabe de plus : comme il a été dit et comme on peut le voir par l'exemple suivant. Mon cœur se brise; Car je me suis Tard aperçu Des biens perdus Par ma folie. J'avais coutume, Pour mes richesses , D'être prisé. Très estimé. " E quar al port Freol soy ara Cascus la cara. Tantost me vira. Pueysh una vira. Otal raatras. <, - Quem fier detras. Cascus me lansa. Que ferrs de lansa. Mays no macora. Que mi transfora. Lo cor el cors. Lenveios mors. E verenos. Coma poyzos. Dels viias motz. Quem fan jos votz. Per maestria. Ayssi pot hom vezer que mays han una sillaba 11 bordo que termeno en accen greu. que li altre que termenan en aceen agut. et enpero aquest compas apelam de quatre sillabas quar segon ques dig. havem respieg al accen lonc o agut. e no al greu. en aquest cas. DELS BORDOS DE. V. SILLABAS. De. V. siUabas havctz ysshemple coma vezetz ayssi. Las e mon ioven. Era per la gen. Tempsutz e prezatz. E pueysh appelatz. Per los grans senhors. En mantas honors. . Am gran reverensa. s: 105 ts Mais à présent Que je suis frêle , Chaque visage De moi se tourne. Puis on s'éloigne ; Ou bien des traits Par derrière Me sont lancés. Des coups de lance Me sont donnés ; Je suis percé Au cœur , au corps ; Mordu d'envie, Envenimée Comme poison. De vilains mots Sont dits tout bas Avec adresse. Ainsi l'on voit, par cet exemple, que les vers terminés en accent grave ont une syllabe de plus que ceux qui se terminent en accent aigu. Cependant nous appelons cette mesure de quatre syllabes, parce que, suivant ce qui a été dit, nous n'avons point égard , dans ce cas, à l'accent grave, mais seulement à l'accent long ou aigu. DES VERS DE CINQ SYLLABES. Voici uu exemple dc vers de cinq syl- labes : Las! en ma jeunesse, J'étais par chacun Estimé , prisé ; Et puis appelé Par les grands seigneurs, A beaucoup d'honneurs , Avec grand respect ; s:i06:s E ma benevolensa. Volia cascus. Mas ara degus. De mi non ha cura. Ni vezer nom cura. Quar endevengutz. Soy vielhs e canulz. Et en frevoleza. Ans ma vida peza. Als mieus et atrops. Que prendon lor ops. Tôt jorn de mos bes. DELS BORDos DE. VI. siLLABAS. De. vj. slUabas coma Senhor Dieus Ihesu Crist. Qui cel e terra fist. Et el mon dessendiest. Per amor e nasquiest. Per nos de pecat trayre. De la vergena mayre. Trauca mon cor e fen. Ab tal regardamen. Quo te gardiest sant Peyre. Can se tirée arreyre. Lo tieu nom renegan. Per paor ques bac gran. Per so ques am dolor. Am lagremas o plor. De gran contricio. Et am coffessio. Me puesca déneiar, Dels pecatz e lavar. Pueysh fier me del estoc. Çaquel benezeyl foc. s: 107:2 Et ma bienveillance, Chacun la voulait. Mais à présent, nul De moi n'a souci ; Nul ne me vient voir, Étant devenu Et vieux cl chenu , Tout-à-fait infirme. Ma vie est à charge Aux miens et à ceux Qui, le long du jour, Vivent de mes biens. DES VERS DE SIX SYLLABES. Voici UD exemple de vers de six syllabes Seigneur Dieu Jésus-Christ, Toi qui fis ciel et terre. Descendis dans le monde Par amour, et naquis. Pour nous sauver du mal, De la Vierge mère , Fends et perce mon cœur De ce même r.egard Que tu jetas sur Pierre, Quand il se retira En reniant ton nom Par peur, qu'il avait grande; Afin qu'avec douleur. Avec larmes et pleurs De contrition grande. Et la confession. Étant purifié. Mes péchés soient lavés. Puis, frappe-moi du glaive l>o la flamme bénie s: 108 :g Del ver sant Esperit. Del quai foron ferit. Lapostol e tocat. E fortmen abrazat. Per so ques yeu ma caze. Enta raor e mabraze. Et en la vera fe. Que santa gleysa cre. Vers Dieus que totz bes obras, Toslemps en bonas obras. Perseverar me dona. Am cosciensa bona. £ pueysh aprop ma vida. Donam joya complida. En lo règne dels cels. Am los autres Fizels. Amen. DELS BORDOS DE vij. siLLABAS. De. vij. sillabas havetz yssample coma Yczetz ayssi. Aylas nom puesc dar conort. Quar tôt jorn vau a la mort. Avenhal mes del mûrir. E per re noy puesc fugir. Pueysh no say vas on me tenga. Empero que que mavenga. Cert es quieu adonx prendray. Segon quayssi fag hauray. Per queus prec Verges Maria. Quem siatz capdels e via. Et adonx per mi pregar. Vulhatz lo vostre filh car. 109 I De ce vrai Saint-Esprit Qui frappa les Apôtres, Dont ils furent touchés Et bien fort embrasés ; Afin que je me loge Et brûle en ton amour , Ainsi qu'en la vraie foi, Que sainte Eglise croit. Vrai Dieu, auteur des biens, Toujours en bonnes œuvres Fais que je persévère. Avec conscience bonne. Et puis , après ma vie , Donne-moi le bonheur, Dans le règne des cieux. Avec tous les fidèles. Amen. DES VERS DE SEPT SYLLABES. Voici uii exemple de vers de sept syl- labes : Hélas 1 rien ne>me console. Car je vais, tout jour à la mort, Et suis plus près de mourir, Sans aucun moyen de fuir. Puis, je ne sais où je vais. Cependant, quoi qu'il m'arrive. Il est sûr que je prendrai Selon ce que j'aurai fait. C'est pourquoi , Vierge Marie , Soyez mon chef et ma voie , Et veuillez aussi pour moi Prier votre fils chéri, Quel per sa gran passio. Dels mais quel hay faytz me do. Perdo. DELS BORDOS DE viij. siLLABAS. De. viij. sillabas VOS donam ysshamplc per esta maniera. Tant veg lo mon près e liât. Per erguelh. e per vanetat. Per frau. e per gran cobezessa. Que lunhs hom coven ni promessa. No vol tener haey a son par. E per so cove playdejar. E trops de bes en va despendre. Et en las cortz tôt jorn contendre. E dir et auzir mans otratges. Perque le mons es tant salvatges. Quel payres del filh ha regart. El filhs del payre dautra part. E soen mays que dun eslranh. Si lunha cauza vos sofranh. Ápenas comte no fassatz. Damic ni paren ques haiatz. Per cant que sia poderos. Quar mantenen pus sofrachos. Se fenhera que vos non etz . Mas aprestar per. xi. detz. Ad autre no dura deno. Solamen que bon gatge do 0 deretatz lo veia rie : Appar donx asso ques yeu die Que tôt lo mon erguelhs abrassa. Humilitatz no sab ques fassa. s: 111:2 Que par sa grande passion , De mes péchés il me donne Pardon. DES VERS DE HUIT SYLLABES. Nous doonoDS un exemple des vers de huit syllabes, de cette manière : Tant le monde est pris et lié Par l'orgueil et la vanité, Par la fraude et la convoitise, Que les contrats, ni les promesses, Ne sont respectés de personne. On est donc forcé de plaider, De dépenser beaucoup d'argent, De disputer devant les cours , De dire et d'ouïr maints outrages. Par quoi le monde est tant sauvage. Que le père, à l'égard du fils. Et le fils , à l'égard du père , Sont devenus plus qu'étrangers. Si vous avez quelque besoin. Gardez-vous de faire aucun compte Ni sur ami , ni sur parent , Pour si puissant richard qu'il soit; Car aussitôt il se feindra Beaucoup plus souffreteux que vous. Mais pour prêter des onze doigts, A d'autres il ne dira non , Pourvu qu'ils lui donnent des gages , Ou qu'ils aient de bons héritages. Il appert donc , comme je dis , Que l'orgueil embrase le monde : L'humilité ne sait que faire ; Huey renha per tôt cobezessa. Merses dejos terra ses messa. Fraus et engans per tôt se pauzo. E caritatz e fes senclauzo. Eveia corr per totas partz. E say e lay fier de sos darlz. Que res nol pot haver defensa. Amistat. amors. conoysshensa. Albas estan coma sirventas. Dolentas. DELS BORDOS DE. ix. siLLABAS. Bordo de nou sillabas no podcm trobar am bêla cazensa. per que no trobaretz que degus dois anticz haian pauzat aytal bordo. e que haia aytals bordos laia cazensa. appar per aquest ysshemple. Mayres de Dieu los mieus precz enten. Et am to filh tu donam defen. Del fais enemic que no mengane. Ni per son barat marma no pane. Encaras tos dizem que apenas ha bcla cazensa pauzat que daquestas. ix. sillabas fassa hom dos bordos. lo primier de. v. et lautre de quatre, o per lo contrari. lo primier de quatre, el segon de. v. segon quom pot Yezer per aquestz ysshemples los quais pauzam per aquela meteyssha sen- tcnsa. per so ques hom aprenda de virar e transmudar los motz et alongar et abreviar los bordos. can mestiers sera, c veus le primier ysshemple. Tu mayres de Dieu. Mos pecz enten. Et am lo fìlh tieu. Aram defen. Al sathan malvat. Que no mengane. Ni per son barat. Marma no pane. S:ii3::* Partout règne la convoitise ; La bienfaisance a disparu ; Partout est fraude et tromperie ; La charité, la foi se cachent; De tous côtés vole l'envie, Frappant en tous sens de ses dards. Contre lesquels rien ne défend : Amour, amitié, gratitude, Sont en bas comme des servantes Dolentes. DES VERS DE NEUF SYLLABES. Nous ne trouvons point de vers de neuf syllabes qui aient une cadence agréable ; c'est pourquoi vous ne verrez pas qu'aucun des anciens ait employé celte espèce de vers. Leur peu d'harmonie est rendue sensible par l'exemple suivant : Mère de Dieu , entends mes prières , Et avec ton fils , toi , défends-moi ; Que l'ennemi ne me trompe pas. Et qu'il ne dérobe pas mon ame. Ce genre de vers a peu d'harmonie, lors même que, des neuf syllabes dont il est composé, on fait deux vers, le premier de cinq et l'autre de quatre; ou, dans le sens inverse, le premier de quatre et le second de cinq; comme on peut le voir par les exemples suivans, où nous avons gardé la môme pensée, aGn qu'on apprenne à retourner et changer les mots, à allonger et abréger les vers, suivant que les circonstances l'exi- gent. Voici le premier exemple : Toi, mère de Dieu, Entends mes vœux. Et, avec ton fils. Viens me défendre. Que Satan méchant Ne puisse pas Par ses tromperies Voler mon ame. Veus lo segon ysshemple on pauza lo primier bordo de quatre sillabas cl segon de. v. per contrari del autre. Mayres de Dieu. Los mieus precz enlen. Ara lo fil tieu. Tu donam defen. AI fais malvat. Que no mengane. Ni per barat. Marma no pane. E gayre no vezem uzar en novas rimadas dajtal entricamcn de bordos quar non an bêla cazensa. Empero ab rimas mulliplicadas poyria be estar. et adonx haurian bêla cazensa segon quom pot vezer ayssi en aqucstz ver- setz. los quais hom pot tornar a. vj. sillabas et enayssi de dos bordos de novena sillaba pot hom tornar en trcs bordos de seyzena. Lo mon veg. mal adreg. e destreg. Quar apleg. franh hom dreg. per naleg. A. vj. sillabas los pot hom covertir per esta maniera e far très bordo- netz. Lo mon veg mal adreg. E destreg quar apleg. Franh hom dreg per naleg. DELs BORDOS DE. X. SILLABAS. Dcls bordos de. X. sillabas havetz yshemple. Senher vers Dieus. quen la crotz perdonetz. Al bon Layro. e moren lautregetz. Lo joy del cel. la rai arma salvatz. Els mieus forfaytz. Senher me perdonatz. E nom layshetz : al enemic decebre. E vulhatz me lassus el cel recebre. E devetz saber que en aytals bordos de. x. sillebas es la pauza en la ^>« i lO »«« Voici le second exemple, où, par opposition au précédent, le premier vers est de quatre syllabes et le second de cinq. Mère de Dieu, Entends mes prières; Avec ton fils. Viens me protéger. Que le méchant Ne me trompe pas, Ne vole pas Mon ame par ruse. Nous ne voyons guère qu'on se serve, dans les nouvelles rimécs, de cet arrangement de vers; car la cadence n'en est pas agréable. Cependant ils pourraient passer au moyen de rimes multipliées : et alors ils auraient de l'harmonie, comme on peut le voir dans les vers suivans, qu'on peut changer en vers de six syllabes. Ainsi de deux vers de neuf syllabes, on en peut faire trois de six. Lo mon veg. maladreg. e destreg. Quar a pleg. franh hom dreg. per naleg. On peut les changer et en faire trois vers de six syllabes chacun, de cette manière : Lo mon veg maladreg. E destreg quar apleg. Franh hom dreg per naleg. DES VERS DE DIX SYLLABES. Voici un exemple de vers de dix syllabes : Seigneur, vrai Dieu, qui pardonnas en croix Au bon Larron, et, mourant, lui donnas Les biens du ciel , daigne sauver mon ame. Pardonne-moi, Seigneur, tous mes forfaits. Ne permets pas que l'ennemi me trompe, Et reçois-moi là-haut dedans le ciel. 11 faut observer que, dans les vers de dix syllabes, le repos est à la quarta sillaba. e ges no dcu hom transmudar lo compas del bordo. so os que la pauza sia de. vj. sillabas el remanen de quatre quar non ha bêla cazcnsa. segou quom pot vezer en aquest ysshemple. loqual pauzam per aquela meteysha sentencia. Verays Dieus Ihesu Crisl. que perdonetz. En la crotz al iayro. e li donetz. La joy de paradis, vos me salvatz. Ëls mieus falhimens grans. me pardonatz. Nom puesca lenemix. en re decebre. E vulhatz sus lo cel. marma recebre. Assatz pot hom vezer que aytals compas de bordos non ha bcla cazensa ni daytal compas no vezem uzar per que nol aproam. Enpero am rimas multiplicativas oz am. bordos enpeutatz. poyra be estar en aquel loc pauza. o en autre : et aysso meteys entendatz en bordos de. xj. sillabas o de. xij. desquais enjos devem tractar. DELS BORDOS Dli. XJ. SILLABAS. Sia diligens savîs e coratjos. E pros et arditz e fortz e vigoros. E de bon aubère guarnitz de fina malha. Qui vol guazanhar daquest mon la batalha. Leirae ni lescut lespaza ni la lanssa. Las sagetas lare que de luenh fier elanssa. No vuelha layshar e mené bon destrier. Gran re de pezos e mant pros cavalier. E may trompadors per mesclar las companhas. Tant que retendir fassan vais e montanhas. E per satisfar de las despessas grandas. Haia bon thezaur e sobras de viandas. Per quen sia larx e per mar e per terra. Quar hom ques escas. no fa son pro de guerra. Naus. linhs. e gales, e naators avizatz. Tenga si lox es nueg e jorn ayzinatz. §:in:z: quatrième syllabe , et qu'on ne doit jamais changer cette mesure ; c'est- à-dire qu'il ne faut jamais placer le repos à la sixième syllabe, au lieu de la quatrième ; car cela n'est pas harmonieux , comme on peut le voir par l'exemple suivant, qui exprime les mômes pensées : O vrai Dieu, Jésus-Christ, qui pardonnas Sur la croix au Larron , et lui donnas La joie du paradis, oh! sauve-raoil Que mes péchés si grands soient pardonnes; Que l'ennemi en rien ne me déçoive; Et daigne recevoir mon ame au ciel. On voit, en effet , que les vers de cette mesure n'ont pas une cadence agréable; et nous n'avons jamais vu qu'on s'en soit servi : c'est pourquoi nous ne l'approuvons pas. Cependant , avec des rimes multipliées ou des vers entés, on pourrait placer le repos indifféremment dans un endroit ou dans l'autre. Cela doit s'entendre aussi des vers de onze ou de douze syllabes , dont nous allons traiter. DES VERS DE ONZE SYLLABES. Qu'il soit diligent, et sage et courageux, Et preux et hardi , robuste et vigoureux ; Qu'il ait bon haubert garni de fine maille, Qui de ce monde veut gagner la bataille. Le heaume , l'écu , l'espadon ni la lance , Les flèches, ni l'arc qui de loin frappe et lance, Quil ne les laisse. Qu'il mène bon destrier, Nombreux fantassins, maint brave cavalier. Trompettes sonnant pour presser la mêlée, Pesant retentir montagnes et vallées. Et pour fournir à ses dépenses grandes, Qu'il ait bon trésor et grand amas de vivres; Qu'il soit libéral, et sur mer et sur terre. Car l'avare a pou de profits à la guerre; Qu'il ait barques, nefs, vaisseaux, marins dressés; Qu'il les ait , s'il faut , nuit et jour disposés ; s: 118:2 E sía euros on pojra mielhs pauzar. Las tendas els traps e sas gens cologar. Gaytas deu haver mot sabens e guizcozas. E deben gardar aprezas e curozas. Si que nueg e jorn. aian avizamen. De guardar la ost. els passes maiormen. Perilhos e greus. e mays las en contradas. De las regios. E las forsas gardadas. Sian dels castels. e de la terra tota. Darnes de sirvens. e de yitalha mota. E de tôt lor ops. sian las establidas. Ses defalhimen per un gran temps garnidas. En aytals bordos de. xj. sillabas pot hom mudar lo compas ques aras havem mostrat. quar vezer podetz que la pauza es en la quinta sillaba. e pueys sego se. \j. sillabas et enayssi son. xj. virem donx lo compas so denan detras. enayssi que la pauza fassam en la seyzena sillaba. e pueys segnan se. v. sillabas. e digan enayssi : * Totz homs destru son cors, ans dora soen. Can trop vol trebalhar. e repaus no preu. O suefre dins mayso. tôt jorn iras grandas. O vi beven torbat. pren malas viandas. Avol carn. pa trop dur. e poyritz peyshos, O tôt jorn enduran. estay cociros. O continua mot. de manjar frichuras. Herbas cruzas e porrs. e fortz saladuras. Et enayssi dels autres. DELS BORDOS DE xij. siUabas. Laubercz es fermetalz. e fervors de la fe. De Dieu Nostre Senhor. que santa glieza cre. El elraes es temors. de Dieu quom deu haver. Nueg e jorn en son cor. per mielhs far son plazer. La lansa te cascus. am la ma per traucar. Qu'il cherche avec soin où l'on peut mieux placer Lee tentes, les camps, et les gens colloquer. Il lui faut encor sentinelles habiles, Sachant bien garder, vigilantes, soigneuses; Et que nuit et jour elles ne cessent pas De garder l'armée, aux passages surtout Qui sont périlleux, plus encore aux frontières De la région. Que dans les forteresses De tous ses châteaux et de toute sa terre , Il ait des servans , des vivres et des armes , Et tout ce qu'il faut. Qu'il les tienne toujours Sans faute et de tout, pour un long-temps, pourvues. Dans ces vers de onze syllabes , on peut changer la mesure que l'on vient de voir. Car on a dû remarquer que, dans ces vers, le repos est à la cinquième syllabe; et qu'après ce repos, il y a six autres syllabes, ce qui en donne onze. On peut renverser cet ordre, de sorte que le repos soit à la sixième syllabe, et qu'ensuite il y ait cinq syllabes. En voici un exemple : L'homme détruit son corps souvent avant Iheure, Lorsqu'il travaille trop, et point ne repose; Ou qu'au logis toujours il prend grands chagrins; Ou qu'il boit du vin trouble, a de mauvais vivres. Pain trop dur, chair gâtée et poisson pourri; Ou qu'il est soucieux pendant tout le jour; Ou qu'il ne cesse pas de manger fritures, Herbages crus, poireaux, fortes salaisons. 11 en est ainsi des autres. DES VERS DE DOUZE SYLLABES. Le haubert est ferveur et fermeté de foi En Dieu Notre-Seigneur , que sainte Eglise croit. Le heaume est la frayeur de Dieu, qu'on doit avoir Nuit et jour en son cœur, pour mieux faire à son gré. La lance est à la main de chacun pour percer. ^ 120 !S Per quom deu per bos faytz. bos ysshemples mostrar. Mas lespaza brandeus. ques fortz e ben talhans. Essenha que trenquem. los vicis paucz e grans E lescutz es la mortz. e la passios cara Del veray filh de Dieu, am que tolz nos ampara E larcz ques ha dos caps, mostra dos testamens Sos assaber lo vielh. el novel ishamens E las sagetas so. las paraulas de Dieu Las quais trauco de luenh. en lo sancte nom sieu Per la corda prendem. lo sen esperital Que las armas enpenh. al gaug celestial Mas le cavals es Diens. quom deu menar ab si Et eu luy confisar. e fermar atressi Pels valons cavaliers, los angels entendem Els sans de Paradis, per los pezos prendem E cel que trompo fort, son li bo sermonayre Que sabon ara bels ditz. home de peccat trayre Et enardir los flacz. e gitar de mialha Per vencer prozamens. daquest mon la batalha Per las trompas hora pot. los ishemples entendre Dels sans payres dels quais, podem tôt jorn aprendre Don jeys vins bufamens. amb acort glorios De sos esperitals. plasens e gracies Las despessas assatz. si cum auzir podetz Mostro renegamen. oblit e menespretz Quom deu haver del mon. e de sols e de marcz Per so ques als mesquis. ne sia francz e larcz E las viandas son. pastenc doracio E de bos pessamens. e de devocio. Nos em la naus questam. dins en la mar preonda. Daquest mon perilhos. que de grans mais sobronda Li nautor son aycel. que son de ferm coratge. Que governo la nau. tro la fi del ribatge. Am rems de bonas mas. e de veraya lenga. Per far e dir bos faytz. tro ques a bon port venga. E lasseliamens. dels traps e de las tendas. Es locz paubres e francz. de mondanals fazendas. E mayzos excellons, tota celestials s: 121 1^ Parce qu'on doit montrer bons exemples et faits. L'espadon brandissant, bien fort et bien taillant, Montre qu'il faut trancher les petits et grands vices. L'écu montre la mort et la passion chérie Du vrai fils du vrai Dieu, dont, tous, il nous prolège. L'arc, avec ses deux bouts, est les deux testamcns , C'est-à-dire, le vieux ainsi que le nouveau. Les flèches sont ici les paroles do Dieu , Lesquelles vont percer au loin en son saint nom. Et la corde de l'arc est le sens spirituel Qui fait monter notre ame au céleste bonheur. Le destrier est Dieu, qu'on ne doit pas quitter, En lui se confiant, et s'appuyant sur lui. Par vaillans cavaliers, nous entendons les anges; Et par les fantassins, les saints du paradis. Les trompettes sonnant sont bons prédicateurs, Sachant par beaux discours détourner du péché, Les faibles enhardir, et chasser la torpeur. Pour gagner bravement la bataille du monde. Par la trompette, on peut entendre les exemples Des saints Pères, desquels toujours on peut apprendre, Et qui soufflent la vie avec un doux accord De sons spirituels , suaves et gracieux. Les dépenses aussi, pour parler de la sorte, Sont le renoncement, le mépris et l'oubli Qu'on doit avoir du monde. Et les sous et les marcs , Que Ion doit dépenser, montrent la bienfaisance. Et tous les vivres sont les saintes oraisons , Et les pensers pieux , et les dévotions. Nous sommes dans la nef, et sur la mer profonde Du monde périlleux, qui de grands maux abonde. Les nautoniers sont ceux dont le courage est ferme, Qui gouvernent la nef à partir du rivage, Avec rames, bons bras, sachant également Faire et dire le bien, pour arriver au port. Quant à l'emplacement des pavillons et tentes, C'est un lieu libre et pur des vanités mondaines, Un séjour excellent, et tout-à-fait célesie Í s: 122 1^ Per mot nautas vertutz. dels bes esperitals Am continuamen. doracio devota. Quar en aytal mayso. nos tanh persona Iota. Las guaytas de la ost. certas ez avizadas. Mostro discretio. la quai tolas vegadas. Hom deu voler ab si. e mays li gran senhor. Per quel mon governar. puescan miels azonor. Per las forsas podem. bonas vertutz entendre. Ques han mestiers a cel. que vol a mal défendre. Dieus nos arme sil platz daquestas armaduras. Que las armas a Dieus. puescam redre segaras. E devetz saber que hom pot de quascu daquestz bordos de. xij. sillabas far dos bordos jaciaysso ques am duy represento. i. et aysso can la una pauza de la. i. bordo sacorda am lautra pauza del seguen bordo. oz am la fi del verset preceden promda per acordansa. Et adonx le bordos on es la pauza pot esser ditz bordos enpeutatz. Et aysso meteysh dels bordos de. xi. e de. X. e de. viij. e de. vj. e de. iiij. sillabas segon que dieem enjos plus plenieramen. :3g03î tracta bt tre& mantrras bt horbos t fïtmuxamtn btle frinctfab. Vist havem dels bordos de quatre sillabas. de. v. de. vj. e de. vij. et en ayssi entro. xij. E devetz saber que nos havem très manieras de bordos. SOS assaber bordos principals en autra maniera digz verays principals. Et havem bordos enpeutatz. e bordos biocatz. DELS BORDOS PRINCIPALS. Bordo principal son aquel per los quais hom proseguish lo compas principal de son dictât si que no son enpcutat ni biocat segon quomipot ayssi vezer en aquestz bordos de quatre sillabas. Mon cor se mor. Quar per lunh for. Mudar nistar. No puesc de far. 123 Par les graudes vertus des biens spirituels, Sans interruption de prières dévoles. Car en cette maison chacun est retenu. La sentinelle alerte et gardant bien le camp Est la discrétion qu'il faut, en chaque instant, Qu'un homme ait avec soi, et plus les grands seigneurs, Pour gouverner le monde avec un grand honneur. Par les forts, nous pouvons entendre les vertus Dont a besoin celui qui veut vaincre le mal. Plaise à Dieu nous armer de cette sainte armure ! Puissions- nous lui rendre en sûreté nos âmes ! 11 faut observer que chacun de ces vers de douze syllabes peut être di- visé en deux, quoiqu'il n'en représente qu'un seul. Cela a lieu lorsque le repos d'un vers rime avec le repos du vers suivant ou avec la fin du vers précédent. Et alors le vers où est le repos peut être appelé vers enté. Jl en est de même des vers de onze, de dix, de huit, de six et de quatre syllabes, comme nous l'expliquerons plus bas avec plus de détails. Ici l'on traite de trois espèces de vers, et premièrement des principaux. Nous avons traité des vers de quatre syllabes, de cinq, de six, de sept, et ainsi de suite jusqu'à douze. Il faut observer que nous avons trois es- pèces de vers ; savoir : les vers principaux , autrement dits vrais princi- paux ; les vers entés , et les vers brisés. DES VERS PRINCIPAUX. Lcs vcrs principaux sont ceux dans lesquels on suit la mesure principale de l'ouvrage; de sorte qu'ils ne sont ni entés, ni brisés, comme on peut le voir dans les vers suivans de quatre syllabes. Mon cœur a peur; Car, par nul labeur, M'empêcher ni cesser Ne puis de faire ^ 124 :2 Forfaylz. e fa)'tz. Contra Dieu laytz. Auzen vezen. E cossenten. Trops mais corals. Ayssi cum fais. Perque dece. Prec Dieu quem fe. Quem do. perdo. Comal Layro. El do. Can ditz. mon cor se mor. aysso es us bordos principals de quatre sil- Jabas e que sia bordos principals de iiij. sillabas. appar a lautre bordonet seguen. que lis donatz per companho. can dits, quar per lunh for. et en ayssi entendatz dels autres bordos seguens. Vist havem ques bordos principals perque cove que veiam ques bordos enpeutatz. PELS BORDOS ENPEUTATZ. Bordos cupcutatz cs quar segon ques estai dig can la pauza dalqun bordo ha acordansa am lautra pauza del bordo seguen. oz am la fi daquel meteysh bordo. oz am la fi del promda verset preceden. adoncz cascuna daquestas pauzas es appelada bordos enpeutatz. quar enaysso que la una pauza sacorda per acordansa ab lautra. oz ab la fi daquel meteysh bordo. o del preceden. cascuna pauza pot far bordo per si meteysha. Mays en aysso ques aytals pauza ajuda acumplir lo principal bordo. adonx aytals pauza am so que se sec del bordo tôt essems. respon e représenta un bordo. e per so es digz bordos enpeutatz. quar en so que fay acordansa amb autra pauza. et am la fi del sieu meteysh bordo. o del preceden prompda. pot esser digz bordos et enaysso que fa e dona cum- plimen al sieu prencipal bordo. essems am lo romanen es us bordos prin- cipals. segon quom pot vezer en lo dig ysshemple dessus pauzat. Mon cor se mor. Quar per lunh for. Quar can ditz. mon cor. aquesta pauza sacorda am la fi del sieu meteysh bordo. SOS assaber. se mor. Et enayssi dels autres bordos sobredigz. Aquo Forfaits cl faits Contre la loi de Dieu , Osant, voyant. Et consentant Plusieurs fautes de cœur, Aussi bien que mensonges. C'est pourquoi il convient De prier Dieu , qui me fit , Qu'il me donne pardon, Comme il en fit au Larron Le don. Quand on dit : mon cœur a peur, c'est un vers principal de quatre syllabes ; et l'on voit que c'est un vers principal de quatre syllabes par le vers suivant qui lui est donné pour l'accompagner , et où l'on dit : car par nul labeur. Il faut l'entendre de même de tous les autres. Nous venons de voir ce que sont les vers principaux , il faut voir ce que sont les vers entés. DES VERS ENTÉS. Il y a vcrs enté, comme nous l'avons dit, toutes les fois que le premier hémistiche d'un vers rime avec le premier hémistiche du vers suivant, ou avec la fin du même vers, ou avec la fin du vers précédent. Dans tous ces cas, l'hémistiche forme ce qu'on appelle un vers enté. Car en ce que cet hémistiche rime avec celui du vers suivant, ou avec la fin du même vers, ou «vec celle du précédent, il peut faire un vers par lui-même; mais en ce qu'il aide à compléter le vers principal, il ne fait qu'un seul vers avec le second hémistiche qui le suit. C'est pour- quoi il est appelé vers enté. Car en ce qu'il rime avec l'hémistiche du vers suivant, ou avec la fin du même vers, ou avec celle du vers précédent, il peut être appelé vers ; et en ce qu'il est partie constituante de son vers principal, il ne fait avec ce qui reste qu'un seul vers principal : comme on peut le voir dans l'exemple cité plus haut : Mon cœur a peur. Car par nul labeur. Car quand on dit : mon cœur, ce premier hémistiche rime avec la fin (lu même vers , a peur. 11 en est ainsi des autres vers. Cette même chose meteysh can la pauza sacorda am lautra pauza del verset seguen. oz am la fl del promda verset preceden. scgon que vezetz en aquest ysshainple. Mant home veg. ques als autres defen. So ques apleg. fay tôt jorn e cossen. Quaysh prezumen. ques acabatz homssia. Celan sos crims. amb aytal maestria. Lag potestar donx. a cel que blasmar. Vel so don hom. lo pot ocayzonar. Quar fînhs appar. qui repren am so vol. Los autrus faytz. el contrari far vol. E col. Ayssi pot hom vezer can ditz. mant home veg. que aquesta pauza sacorda am lautra pauza. de lautre bordo seguen. can ditz. so ques apleg. Yssha- mens vezer pot hom ques aquela pauza. can ditz. quays prezumen. sacorda am la fi del promda bordo preceden can ditz. fay tôt jorn e cossen. e pueysh se sec quaysh prezumen. Encaras per aquest meteysh ysshemple pot hom haver can la pauza sacorda am la fi del sieu meteysh verset principal, can ditz. Lag pot estar. donx a cel que blasmar. Et en ayssi aytal bordonet son apelat enpeutat. e pauzar aytals bordos enpeutatz en novas rimadas. non es vicis. mays en coblas pot esser vicis de rim fays hue si donx scienmen nos fazia e per dreyt compas. Ayta be pot esser enpeutatz. pauzat que no venga en pauza de bordo principal, segon la opinio dalcus laquai no aproham coma. Totz homs es duptatz. e prezatz Et hondratz fort per sa riqueza E sil falh es fatz apelatz. Per can ques haia gran aobbleza. Preza de pretz o de linhatge. E jaci aysso que aquesta maniera de dictar sia dins los termes de rim fayshuc. pero trop no la trovam pezan ni fayshuga. perque soen la pauzam ses vici que noy fam. ^127 s a lieu lorsque l'hémistiche rime avec celui du vers suivant, ou avec la fin du vers précédent ; comme on le voit dans l'exemple suivant : Maint homme tu vois qui défend aux autres Ce que mainte fois il fait et consent, Comme présumant qu'on est justifié En cachant sa faute avec telle adresse. Doit-on laisser quelqu'un blâmer Même ce dont on le peut accuser ? Car enGn, il parait que quiconque reprend Les actions d'autrui , veut faire le contraire , Et le fait. Dans cet exemple, on peut voir que, quand on dit : maint homme tu vois , ce premier hémistiche rime avec le premier hémistiche du vers sui- vant, ce que mainte fois. De même on peut voir que le premier hémistiche du troisième vers, comme présumant, rime avec la fin du vers précédent, il fait et consent. On peut voir encore, dans ce même exemple, comment le premier hémistiche rime avec la fin du même vers principal , quand on dit : doit-on laisser quelqu'un blâmer. Ce sont ces petits vers qu'on appelle entés. On peut employer de tels vers dans les Nouvelles rimécs ; il n'y a pas de faute à cela. Mais il y en aurait peut-être à les employer dans des couplets, à moins qu'on ne le fasse avec intention et suivant une mesure expressément adoptée. Cependant quelques-uns sont d'opinion qu'on peut mettre des vers entés même dans des couplets, pourvu qu'ils ne soient pas placés aux hémistiches des vers principaux. Mais nous n'approuvons pas cette opi- nion. En voici un exemple : Tout homme est craint et honoré Et prisé fort pour sa richesse ; Ou il est nommé nuUité, Pour tant qu'il ait grande noblesse Par le mérite, ou la naissance. Quoique ces vers soient dans le genre des rimes fayshuc , nous ne leur trouvons pourtant pas trop de pesanteur, ni de désagrément. Aussi l'on peut quelquefois les employer sans faute. DELS BORDOS BIOCATZ. Bordos biocatz apcla hora aquel quom pauza cn la fl dalqun autre bordo. sos assaber aprop lo complimen del principal bordo. coma vezetz lassus enalqus locz e majormen cn lisshample quaveni pauzat de quatre siUabas aqui can ditz. Comal Layro. El do. Aquel bordenetz. el do. es bordos biocatz. Yssamcns en laulre ysshemplc can ditz. El contrari far vol. E col. E son dig biocat. quar per lors meteysshes estan coma biocz. c pcr lor fan bordo. ses que no son mesclat am los autres, per nom que ajude jar bordo principal, coma fan li enpeutat. Differensa ha entre bordo enpeutat e biocat. quar bordos enpeutatz ajuda acomplir son verset principal, e bordos biocatz no lajuda en re. nil fay lunh complimen. si nos alcunas vetz en sentensa. encaras may quar lenpeutatz bordos hapario amb autre, am loqual sacorda en acordansa. et aquest bordos biocatz pot baver pario amb accordansa. o pot esser sols e ses pario. e ses acordansa. Enpero enaysso se acordo qnentre lor podon baver paritat o disparitat de sillabas sos que no sen varie le compas que havia près le dictayre. Et aytals bordos biocatz pot esser duna sillaba. o de doas. o de très, o de quatre, si doux le principals compas no era de quatre sillabas. quar adonx le biocz deu esser menors de quatre, et cant hom pauza bioc de quatre sillabas. mestiers fay quel compas principals de cascun bordo sia majors de. vj. sillabas. Li bordo biocat no de von passar la meytat dels bordos principals. Bordos biocatz en respieg de son par biocat et en respieg de lacordansa ques ha alcunas amb alcus bordos verays principals pot esser digz pria cipals et en so que no es intiers de sillabas. es no principals. p z: 129 DES VERS BRISÉS. On appcllc vers brisé, celui qu'on place à la fin d'un autre vers , c'est-à-dire , à la suite d'un vers principal complet : comme on a pu le voir dans ce qui précède , et surtout dans l'exemple que nous avons donné pour les vers de quatre syllabes. Ainsi quand on dit : Comme il en fit au Larron Le don. ce petit vers le don est un vers brise. De même dans un autre exemple , quand on dit : .... Veut faire le contraire, Et le fait. Ces vers sont dits brisés, parce que d'eux-mêmes ils sont comme une bri- sure , et qu'ils sont vers par eux-mêmes , sans être mêlés avec les autres ; car ils n'aident pas à faire les vers principaux, comme le font les vers entés. Il y a donc cette différence entre les vers entés et les vers brisés, que tout vers enté sert à compléter un vers principal ; mais que le vers brisé ne lui sert en rien, et ne le complète en rien, si ce n'est quelquefois pour le sens. De plus , tout vers enté correspond nécessairement à un autre avec lequel il rime : au contraire , le vers brisé peut avoir un correspon- dant avec lequel il rime , ou peut être seul sans correspondant et sans rime. Mais ces vers se ressemblent en ce qu'ils peuvent avoir entre eux parité ou disparité de syllabes, pourvu qu'ils n'apportent aucun change- ment à la mesure adoptée par l'auteur. Ces vers brisés peuvent être d'une syllabe , de deux , de trois , ou de quatre , à moins que la mesure des vers principaux ne soit elle-même de quatre syllabes; car alors le vers brisé doit en avoir moins de quatre. Mais lorsqu'on place un vers brisé de quatre syllabes, il faut que les vers principaux en aient plus de six. Le nombre des vers brisés ne doit pas dépasser la moitié des vers prin- cipaux. Le vers brisé peut être appelé principal par rapport à son pareil de la même espèce, et môme par rapport à d'autres vers vraiment prin- cipaux, avec lesquels il rime quelquefois ; mais comme il n'est pas com- posé d'autant de syllabes que ceux-ci, il n'est pas principal. i30 Bf Ins |Ja«îas. Tractat havem de las très manieras dels bordos perque aras cove que tractem de las pauzas. quar de pauzas havem fayta mensio lassus en alqus locz. mostran quai bordo podon haver pauza ni quai no. e quantas ma- nieras son de pauzas. Pauza non es als si no ponhs suspensius. o plas. o Gnals. e segon aysso havem très manieras de pauzas. sosassaber pauza suspensiva. pauza plena. pauza final. En autre loc es tractat enjos de las pauzas suspensivas. on es tractat de rim faysshuc. et aqui pot hom trobar diverses ysshemples per diverses bordos. E devetz saber que nos cossuram pauza. en doas manieras. la una cant a le sentensa. e segon aquesta maniera, en tôt loc del bordo pot estar pauza suspensiva plana o Gnals. jaciaysso que no sia bel qui pauza. quar. perque. can. ni autras dictios lors seniblans. en G de verset, si necessitatz de mot trencat sillabicat equivoc o accentuai o utrissonan o retrogradatios no fazia far o autra manifesta nécessitât. Pero be sostenem quel nomina- tius o lacusatius sera en la G de verset, el verbs en lo comensamen de lautre basto sequen. o pel contrari. Enpero en la G de cobla deu esser tosteraps pauza plana o Gnals. En autra maniera cossuram pauza en cant que la prendem per una alenada e daquesta entendem ayssi tractar prin- cipalmen. Pauza suspensiva es aquela quom fay en lo mieg dun bordo. per far alquna alenada. Pauza plana es aquela quom fay en la G dun bordo. per far plus pleniera alenada. Pauza Gnals es aquela quom fay a îa G de cobla. E devetz saber quen alqus bordos pot hom far pauza quis vol. en alcus no. et en alqus es de nécessitât, quom fassa pauza. En bordo de. iiij. sillabas pot hom pauza suspensiva. quis vol. e quis vol. no. vens bordos de quatre sillabas am pauza. 131 Des Repos. Nous avons traité des trois espèces de vers. C'est pourquoi nous devons à présent traiter des repos. Car nous en avons fait mention plus haut, en quelques endroits. Nous montrerons dans quel vers il faut un repos, dans quel autre il n'en faut pas , et combien il y a d'espèces de repos. Le repos n'est autre chose qu'un point suspensif, ou plein , ou final. 11 s'ensuit que nous avons trois espèces de repos : le repos suspensif, le repos plein et le repos final. Nous traiterons plus bas des repos sus- pensifs , à l'article des rimes faysshuc, où l'on pourra trouver divers exem- ples pour différens vers. Il faut savoir que nous considérons le repos sous deux rapports. Le premier regarde le sens. Sous ce rapport , il peut y avoir un repos sus- pensif, simple, ou final, dans quelque endroit du vers que ce soit. Ce- pendant il n'est pas bien de placer les mots car, c'est pourquoi, quand, ni d'autres mots semblables à la fin du vers, à moins qu'on n'y soit forcé par l'exigence des mots coupés, syllabes, équivoques, ou accentuels, ou utrisonnans, ou par une rétrogradation, ou par toute autre nécessité ma- nifeste. Mais on soutient avec raison que le nominatif ou l'accusatif peut être à la fin d'un vers, et le verbe au commencement du vers suivant, et réciproquement. Toutefois, à la fin du couplet, il doit y avoir toujours un repos simple ou final. Sous le second rapport, nous considérons le repos quant à la reprise d'haleine : et c'est de celui-ci que nous allons principalement traiter ici. Le repos suspensif est celui qu'on fait au milieu d'un vers, pour repren- dre un peu haleine. Le repos plein est celui qu'on fait à la fin du vers , pour reprendre davantage haleine. Le repos final est celui qu'on fait à la fin d'un couplet. Il faut savoir que, dans quelques vers, on peut faire des repos ou n'en pas faire à volonté ; et que , dans d'autres, il faut en faire nécessairement. Dans les vers de quatre syllabes, on peut faire ou ne pas faire de repos suspensif, à volonté. Voici un exemple de vers de quatre syllabes , avec repos : Totz homs. se dol. Et ha. gran dol. Can ve, que mor. Et cnayssi dels autres bordonetz desobre pauzatz. et alcunas vetz aquesta pauza suspensiva en aytals bordos pot haver acordansa. am la fi daquel meteysh bordo. coma podetz yezer en lo dig ysshample. mon cor se mor. o poyria hom far ques agues acordansa am la fi del verset pre- ceden. o am lautra pauza del verset subseguen. segon ques assatz es mos- trat per diverses ysshemples. Ysshamens pot hom far quis vol aytals bordonetz de quatre sillabas. ses pauza. segon que par en alqus bordos pauzatz en aquel ysshample que comensa. Le cor me part. Quar me soy tart. Reconogutz. En aquest bordonet reconogutz. no pot haver pauza. ni en lautre loc can ditz en aquel meteysh ysshemple. soy albas ara. e can ditz. pueysh una vira, e can ditz. len veios mors, everenos. En aquest bordonetz non ha pauza suspensiva. e ges per so non es vicios us dictatz daytals bordos. jaciaysso ques en alqus sia pauza suspensiva. et en alqus no. quar indife- rens so. et ayssi meteysh son indiferen. li bordo de. vj. sillabas. e de viij. Bordos de. ix. sillabas segon ques dig. non ha bêla cazensa. et en cas quom lo volria pauzar. covenria quom fes pauza en la quarta sillaba. o en la quinta. segon ques estât dig e mostrat dessus, e que las pauzas sian amb acordansa. quar am tôt aquo apenas han bêla cazensa. Bordos de. v. sillabas ni de. vij. non ha pauza suspensiva. Bordo de. x. sillabas. de. xi. et de. xij. volon tostemps pauza suspensiva. le bordos de. x. sillabas en la quarta sillaba. el bordos de. xi. en la. v. el bordos de. xij. en la vj. sillaba. E devetz saber quen totz los bordos principals de cantas que sillabas sian. can procezisho per rims multiplicatius. pot hom far pauza. aqui on cay aytals rims multiphcatius, Daqueslz rims multiplicatius havem tractât lassus. e devem tractar enjos. perque ayssi no curam de pauzar ysshample. Chacun — so plaint Et a — grand deuil Quand voit — que meurt. Et ainsi de suite pour les autres vers cités plus haut. Quelquefois ce repos suspensif, dans de tels vers, peut rimer avec la fin du même vers, comme on le voit dans l'autre exemple cité : mon cœur — a peur. On pourrait aussi le faire rimer avec la fin du vers précédent, ou avec le repos du vers suivant , comme il l'est assez montré par divers exemples. On peut aussi faire , si l'on veut , de ces petits vers de quatre syllabes sans repos, comme on le voit dans quelques-uns de ceux de l'exemple cité , qui commence ainsi : Mon cœur se brise, Car je me suis Tard aperçu. Dans ce vers , tard aperçu , il ne peut y avoir de repos , ni dans les autres endroits du même exemple où l'on dit : Soy albas ara, Pueysh una vira, Lenveios mors, Everenos. Dans ces vers, il n'y a point de repos sus- pensif : et cependant un ouvrage composé de cette manière n'est pas dé- fectueux, quoique dans quelques vers il y ait un repos suspensif, et que dans d'autres il n'y en ait pas; car cela est indifférent. 11 en est de même pour les vers de six et de huit syllabes. Les vers de neuf syllabes, ainsi que nous l'avons dit, n'ont pas une cadence agréable : si pourtant on voulait en composer, il faudrait faire un repos à la quatrième ou à la cinquième syllabe, comme nous l'avons dit et montré ci-dessus. Il faudrait aussi que les repos rimassent ensemble. Et malgré tout cela, jamais ces vers n'auront une cadence agréable. Les vers de cinq syllabes et de sept n'ont pas de repos suspensif. Les vers de dix , de onze et de douze syllabes ont toujours un repos suspensif: le vers de dix doit l'avoir à la quatrième syllabe ; celui de onze, à la cinquième; et celui de douze, à la sixième. Il faut observer que, dans tous les vers principaux, de quelque nombre de syllabes qu'ils soient , lorsqu'ils procèdent par rimes multiples, on peut faire un repos à l'endroit où tombent ces rimes multiples. Nous avons traité plus haut de cette espèce de rimes; nous en traiterons plus bas : c'est pourquoi nous ne nous arrêtons pas à en donner ici des exemples. 9 ■^' 134 -^ Vîst havem de pauza suspensive, ara cove que declarem pauza plaiia. E segon nos pauza plana pot esser en la fi de cascun bordo o de cobla en una maniera, so es en cant ques preza per plana alcnada. e daysso no quai donar ysshemple. quar cascus sap. ques fis de bordo o de cobla. En autra maniera pot hom entendre pauza plana cant a la sentensa. so es can hom ha pauzada alqun razo que assatz ha bon entendemen. e complit. jaciaysso quom hy pognes mays ajustar. segon quom pot ayssi vezcr. Haias mal. haias be. Am los tieus. te capte. Aquesta sentensa es assatz complida. jaciaysso quom hy pucsca mays ajustas. SOS assaber aquestas paraulas. E ja Doy failliras. Pauza finals es aquela quom fay en la fi de cascuna cobla. segon ques preza per alenada quar segon la sentensa pot esser aytals pauza de cobla plana o finals, quar cobla deu haver perfiecha sentensa e tenem la per complida e per perfiecha can la pauza de cobla es plana o finals. Et en novas rimadas es pauza finals on que la sentensa sia perfiecha. ayssi quo en lo dig bordonet can ditz. eja noy falhiras. ysshamens pauza suspensiva se pot far en sentensa. E segon aysso havetz ayssi totas las très pauzas haven respieg a la sentensa coma en lo dig ysshemple. Haias mal. haias be. vcus cant a la sentensa pauza suspensiva. Am los tieus. te capte. veus pauza plana. E ja noy falhiras. vcus pauza finals. Nous avons vu ce que c'est que le repos suspensif; il faut expliquer maintenant ce que c'est que le repos plein. Selon nous, le repos plein, considéré sous le premier rapport, c'est-à-dire, sous celui d'une reprise entière d'haleine, peut avoir lieu à la Cn de chaque vers, ou du couplet. Il n'est pas nécessaire d'en donner des exemples; car chacun sait assez ce que c'est que la fin d'un vers et d'un couplet. On peut se servir encore de ce repos sous le rapport du sens, c'est-à-dire, qu'il peut aussi avoir lieu quand les mots présentent un sens assez intelligible et complet , quoique l'on puisse y ajouter quelque chose : comme on peut le voir par l'exemple suivant : Soit dans les maux, soit dans les biens, Reste toujours avec les tiens. Ce sens est asse? complet, quoiqu'il puisse recevoir encore une ad ou par consonnance, ou par léonisme. Nous avons dit aussi : ayant un même nombre de syllabes , parce que les vers qui font rime peuvent être égaux en nombre de syllabes. Et quand nous avons ajouté : ou un différent , cela s'appliquait à l'accord et à l'égalité des syllabes dont nous avons parlé. Car, quoiqu'un des deux vers ait un son et l'autre un autre, de sorte qu'ils ne s'accordent ni par assonnance , ni par consonnance , ni par léonisme, et qu'ils n'aient pas un égal nombre de syllabes , cela n'empêche pas qu'ils ne soient une rime. Nous avons dit : avec une cadence agréable, parce que quelquefois elle ne l'est pas, comme nous l'avons fait voir dans les vers de neuf syllabes; et parce qu'il faut s'efforcer pour que le vers principal et le vers brisé , avec accord ou sans accord, aient une cadence agréable. Quand nous avons dit encore : d'après une mesure déterminée suivant les règles de la science, nous avons voulu par ces mots pouvoir répondre à totas las paraulas qui en die parlan amte oz ab un autre, sian rimadas. pus que rims es nombres de sillabas. cant autres bordos lis ajustât/ engals de sillabas. o no engals. amb acordansa. o ses acordansa. empero ad aysso pot hom respondre. que vers es. en cas ques aguesson bêla cazensa e cert compas fayt amb escien de far rim. DE LAS DiVERSAS MANIERAS DE RIMS. Pauzada e vista la diffmitio de rim e declarada. cove que ayssi tractem de las manieras de rims. quentre nos so mays acostumadas. E devetz saber quon pot dire rims. o rimas, quar lunha differensa no fam entre rim. e rima. Et pauzam aytal distinclio de rims segon que vezetz ayssi. Tug li rim o son estramp. oz acordan. oz ordinal, o diclional. Si estramp. oz il unis so en sillabas comunas. oz en sillabas caras. si en comunas. adonx son dig rim estramp comu. si caras. adonx son dig rim estramp car. de carestia. o rimas estrampas caras. Si accordan. oz il sacordo per sonansa. o per consonansa. o per leones mitât, si per sonansa. oz aytal sonansa es borda, o leyals. si borda, oz es simple, o dobla. si simpla. adonx son dig rim doble sonan bord, et aytals rims no prendem. si donz non eran pauzat per estramps. si leyals. adonx son dig. rim sonan leyal. si per consonansa o aytals consonansa es borda, o leyals. si borda, adonx son dig rim consonan bord, et aytals rims no prendem. si doux no eran pauzat. per estramps. si leyals es. adonx son dig rim consonan leyal. si pleonesmitat. oz aytals leonesmitatz es simpla, o perfiecha. si simpla adonx. son dig rim simple leonisme. si perflecha. adonx son dig rim perfîeg leenisme. Si ordinal, oz il prendon orde per diversas coblas. o per una solamen. si per diversas. adonx o cascuna cobla es ses acordansa de si meteyssha. h s: 145 S ceux qui diraient que toutes les paroles qu'on prononce dans la conversa- tion, avec l'un ou avec l'autre, forment des rimes; puisque la rime est une suite de syllabes auxquelles on joint un autre vers ayant un nombre de syllabes égal ou différent, avec ou sans accord. Avec notre déGnition, on peut répondre que ces paroles forment, en effet, des vers, quand elles ont une cadence agréable et une mesure fixe, selon des règles établies, dans l'intention de composer des rimes. DES DIVERSES ESPÈCES DE RIMES. Après avoir donué , exposé et ex- pliqué la définition de la rime, il convient de traiter des espèces de rimes qui sont le plus en usage parmi nous. Il faut observer qu'on peut dire , en roman , rims (au masculin) ou rimas ( au féminin ). Car nous ne fesons aucune différence entre ces deux mots. Quant aux diverses espèces de rimes que nous distinguons , les voici : Toutes les rimes sont ou estrampas ( c'est-à-dire , estropiées , 'boiteuses ) , ou accordantes, ou ordinales, ou dictionnelles. Si elles sont estropiées, 'elles finissent par des syllabes qui sont com- munes, ou par des syllabes qui ne le sont pas. Si les syllabes sont com- munes, les rimes s'appellent estropiées communes; si les syllabes ne sont pas communes , les rimes s'appellent estrampas caras ( c'est-à-dire , estro- piées rares ) , du mot carestia ( rareté ). Si les rimes sont accordantes, elles s'accordent par assonnance, par consonnance, ou par léonisme. Si c'est par assonnance, cette assonnance est bâtarde ou légitime : si elle est bâtarde, elle est simple ou double. Si elle est simple, alors les rimes sont appelées simples assonnantes bâtardes; si elle est double, alors les rimes sont appelées doubles assonnantes bâ- tardes : et nous n'acceptons cette espèce de rimes qu'autant qu'elles sont données comme estropiées. Si l'assonnance est légitime , les rimes sont ap- pelées assonnantes légitimes. Si l'accord a lieu par consonnance , cette consonnance est bâtarde ou légitime. Si elle est bâtarde, alors les rimes sont appelées consonnantes bâtardes : et nous n'acceptons cette espèce de rimes qu'autant qu'elles sont données comme estropiées. Si la consonnance est légitime , alors les rimes sont appelées consonnantes légitimes. Si l'ac- cord a lieu par léonisme, ce léonisme est simple ou parfait. S'il est simple, les rimes sont appelées léonines simples ; s'il est parfait, les rimes sont appelées léonines parfaites. Si les rimes sont ordinales, elles prennent leur ordre dans différens couplets, ou dans un seul. Si c'est dans différens couplets, ou chaque pero be ha acordansa en respieg dautra. o per le contrari. En lo pretììicí Cas. son dichas rimas dissolutas. en lo segon. rimas singulars. E si tant es quel premiers bordos de la seguen cobla haia aytal acordansa. quo ha le derriers bordos de la preceden cobla. adonx son dichas rimas cap caudadas. si per una solaraen. adonx oz hom ha respieg en aytal cobla al orde dels bordos* o no. si hom ha respieg al orde. dels bordos. adonx. O lors ordcs es gardatz solamen en la fi dels versetz principals. o no solamen en la fi; ans es gardatz ysshamens en lo mieg de lor. si en la fi solamen. adonx o duy Terset principal al mens o très al raay sacordo en la fi ses tôt meia dautre bordo principal o biocat de di versa acordansa. e adonx son dig rim caudat. o si otra très sacordavo per una meteysha rima, adonx son dig continuât. E daquestz no uza hom gayre huey. O le premier bordos sacorda ses bioc am lo ters en la fi. el segons am lo quart, et adonx son dig encadenat. 01 premiers sacorda en la fi am lo quart ses bioc. el segons am lo ters. et adonx son dig crozat. O lors ordes non es solamens gardatz en la fi dels versetz principals. ans o es be en lo mieg. et adonx o es fayta en lo mieg acordansa per versetz enpeutatz de doas en doas. o de très en très sillabas. en. j. meteysh bordo. o en diverses versetz. si que las acor- dansas pauzadas en la. j. verset principal respondo a las autras pauzadas en aytai meteys loc del verset principal se seguen. o en paritat de sillabas* en. i. meteysh verset, et adonx son dig aytal rim. multiplicatiu propriamen. et en autra maniera son dig impropriamen tombarel. et en autra maniera podon esser dig enpeutat. et aytals rims multiplicatiu se fan debordonetz enpeutatz. O en lo mieg daytal versetz principals es fayta acordansa de totas las sillabas del premier autre bordo principal am tolas las autras sillabas del autre bordo principal seguen. et adonx son dig serpenti. si aytal verset principal son mesclat am bordonetz biocatz adonx en res- pieg dels biocatz podon esser dig rim biocat. si per autre orde o per autra maniera son pauzat oz adordenat li rim. si no per las manieras sobredichas. la quai causa se pot far, segon la voluntat del dictador. adonx son dig rim desguizat. Si hom no ha respieg a lorde dels bordos mas sola- men quar aytal bordo son pauzat en cobla solitaria et esparsa. o per aventura car en aytal cobla seran alcu verset ses acordansa. adonx ayfal rim son dig espars o brut segon alqus. mt^ m couplet est sans accord par lui-môme, et s'accorde avec un autre ; ou cVst le contraire qui a lieu. Dans le premier cas, les rimes sont appelées dis- jointes ; dans le second , singulières. S'il arrive que le premier vers d'un couplet soit en accord avec le dernier du couplet précédent, ces rimes sont appelées capcaudadas. Si les rimes prennent leur ordre dans un seul couplet, alors on a égard dans le couplet à l'ordre des vers, ou l'on n'y a pas égard. Si l'on a égard à l'ordre des vers, alors ou cet ordre est observé seulement à la fin des vers principaux ; ou il est observé non seu- lement à la fin, mais encore au milieu de ces vers. Si c'est à la fin seule- ment, alors ou deux vers principaux au moins et trois au plus s'accordent entre eux, sans être séparés par aucun autre vers, principal ou brisé, qui ne s'accorde pas : dans ce cas, les rimes sont appelées rimes caudadas '• s'il y a trois autres vers qui aient la même rime , elles sont appelées continuées : on n'en fait guère usage aujourd'hui : ou le premier vers s'accorde, sans intercalation de vers brisé, avec le troisième, et le second avec le quatrième ; alors les rimes sont appelées enchaînées : ou le pre- mier vers s'accorde avec le quatrième, sans intercalation de vers brisé, et le second avec le troisième ; alors les rimes sont appelées croisées. Si l'or- dre des rimes est observé, non seulement à la fin des vers principaux, mais encore dans le milieu , ou l'accord s'y fait par des vers entés , soit de deux en deux syllabes, soit de trois en trois, dans le même vers, ou dans des vers différens; de telle manière que les rimes placées dans un premier vers répondent aux rimes placées dans le même endroit du vers principal qui suit, ou qu'une première partie du vers s'accorde avec la suivante, ayant un nombre égal de syllabes : dans ce cas, les rimes sont appelées, proprement, multiplicatives, et improprement tombarel : on peut les appeler aussi rimes entées ; car ces rimes multiplicatives se font par des vers entés : ou l'accord existe , dans le milieu de ces vers, en fesant rimer toutes les syllabes du premier vers principal qui suit : alors ces rimes sont appelées serpentines. Mais si les vers principaux sont mêlés de petits vers brisés, alors, en raison de ces derniers vers, on peut les appeler rimes brisées. Si les rimes sont placées et arrangées dans un autre ordre, ou d'une autre manière qui ne soit pas l'une de celles que nous venons de dire, ce qui peut se faire à la volonté de l'auteur; alors ces rimes sont dites variées. Si l'on n'a pas égard à l'ordre des vers, mais que l'on jette ceux-ci comme en les éparpillant dans un couplet, marchant solitairement et à l'aventure, et où il se rencontre nécessairement plusieurs vers sans rime, quelques-uns donnent aux rimes de cette espèce le nom d'éparses et brutes. ^ 148 tg Sil dig rim dessus pauzat et expressat ajssi quo son pauzat en la pre- miera cobla son retornat en lautra cobla seguen. si que la segonda cobla comcnse per aylal acordansa quo fcnish la precedens. et enayssi retornan per retrogradacio totas las acordansas pauzadas en la preceden cobla. adonx son rim rétrogradât per acordansa. E sil bordo de cascuna cobla per si se pot retornar entieramens. remancns aquela meteysha senlensa et aquelas meteyshas dictios finals queran en lo premier orde. adonx son dig rim rétrogradai per bordos. E si aytal bordo se podon retornar singu- larmen per dictios. remanen aquela meteyssha acordansa o sentensa. oz ab autra acordansa o ses acordansa. oz ab contraria sentensa oz ab autra sol que bona sia. adonx son dig rim rétrogradât per dictios. E si aytals retornamens se fay per sillabas o per letras. adonx o las dictios en lo retornamen son unas meteyshas. o divisas, si unas meteyshas. adonx son appelât rim rétrogradât per sillabas o per letras mudadas las dictios. E en aquestz no garda hom si es una meteyssha la sentensa en lo retornamen. o diversa oz una meteyssha acordansa. oz autra. o ses acordansa segon ques dig dessus en los rims retrogradatz per dictios. jaciaysso que majors maestria sia quan son retornat amb acordansa. Sil rim son pauzat en divers locz afi que li bordo de. ix. ode x. sillabas puescan retornar a bordos de. vj. sillabas o de. vij. et enayssi segon mays o segon mens, adonx aytal rim son dig et apelat rim reforssat. Si aytal rim son dictional. o son dig dictional per diversas dictios. o per una. si per diversas. adonx o la us rim se desshen del autre, o no. si la us rims se disshen del autre, oz en sen desshen per mermamen o per ajus- tamen duna letra o duna o de motas sillabas et adonx son dig rim deriva- tiu enemig o maridat. si per una. adonx oz aquela dictios es equivoca. et adonx son dig rim equivoc. oz es accentuais, et adonx son dig rim accen- tuai, oz es utrissonans. et adonx son dig rim utrissonan. oz es trencada. et adonx son dig rim trencat. Pauzada la distinctio de rim. cove que procecizam a declaratio daquela. dig es que tug li rim o son estramp. oz acordan. oz ordinal, o dictional. veiam doux, premieramen dels riras estramps. 149^2 Si les rimes dont nous venons de parler et de traiter, après avoir été posées en un certain ordre , dans un premier couplet , sont retournées dans le couplet suivant, de sorte que le second couplet commence par la même rime qui finit le précédent, et que toutes les rimes de ce premier couplet soient ainsi répétées en rétrogradant dans le second, ces rimes sont appe- lées rétrogrades par accord. Si les vers de chaque couplet peuvent être entièrement retournés, en conservant le même sens et les mêmes expres- sions finales qu'ils avaient dans le premier ordre, ces rimes sont appelées rimes rétrogrades par vers. Si les vers peuvent être retournés mot par mot, en conservant la même rime et le même sens, ou avec une autre rime, ou sans rime, ou en présentant un sens contraire ou différent, pourvu qu'il soit juste , ces rimes sont appelées rétrogrades par mots. Si ce renversement se fait par syllabes ou par lettres, alors, ou les mots ren- versés restent les mômes, ou ils sont différens. Si les mots restent les mêmes, les rimes sont appelées rétrogrades par syllabes ou par lettres, avec conservation des mots. Si les mots sont différens, les rimes sont ap- pelées rétrogrades par syllabes ou par lettres, avec changement des mots. Dans ce renversement, on ne regarde pas si le sens reste le même, ou s'il devient différent; si la rime reste la même; si elle change; ou même s'il n'y a point de rime, comme nous l'avons dit plus haut pour les rimes ré- trogrades par mots. Cependant il y a plus d'habileté à renverser les mots en rimant. Si les rimes sont placées en divers endroits, de sorte que les vers de neuf ou de dix syllabes puissent se changer en vers de six , de sept ou de plus ou moins de syllabes, les rimes de cette espèce sont appelées renforcées. Si les rimes sont dictionnelles, elles le sont par des mots différens, ou par le même mot. Si c'est par des mots différens, alors ou une rime dérive de l'autre, ou elle n'en dérive pas. Si une rime dérive de l'autre, elle en dérive par le retranchement ou par l'addition d'une ou de plusieurs lettres , d'une ou de plusieurs syllabes : alors les rimes de cette espèce sont appe- lées dèrivatives ennemies, ou mariées. Si les rimes sont dictionnelles par le même mot, alors, ou ce mot est équivoque, et les rimes sont appelées équivoques ; ou il est accentuel , et les rimes sont appelées accentuelles ; ou il est utrisonnant, et les rimes sont appelées utrisonnantes ; ou il est coupé , et les rimes sont appelées coupées. Après avoir ainsi distingué les différentes espèces de rimes , il convient d'en donner l'explication. Nous venons de dire que toutes les rimes sont ou estropiées, ou accordantes, ou ordinales, ou dictionnelles. Nous allons d'abord traiter des rimes estropiées. 10 s: 150 :2 DELS RiMS ESTRAMPS. Rims cstramps es digz quar nosacorda am dcgu dels autres, ni degus dels autres, am luy. en ieyal acordansa. E dizem que doas manieras de rims estramps havem. sos assaber rim estramp cornu, e rim estramp car. Rim estramp comu son dig. per so car las finals sillabas de cascun bordo. son comunas. en tan. que si hom volia far acor- dansa. natrobaria pro dautras aytals. segon quom pot Yczcr pcr aquest ysshample. DELS RIMS ESTRAMPS COMUS. Tan cociros. me fay estar la mortz Can me sove que tôt cant es arrapa Que lunh solas nom da joy nim déporta Ans de paor me fay trerablar e frire E majorraen can veg quem vay entorn Volen rauban mos amix que no dupta Jove. ni vielh. noble, ni rie. ni paubre. Ad orbas tray e fier, que re no y garda. Ayssi pot hom vezer que comunas son las dictios o las sillabas finals daquestz versetz per so quar tropas antras ne pot hom trobar per far acordansa. Quar en. mortz. en. arrapa. et en. déporta, et en ayssi dels autres, pot hom trobar tropas dautras dictios et sillabas. per far acordar ab aques- tas. quis volia. e per so son dichas comunas. E jaciaysso que alcurim sian ayssi pauzat liqualdegreu poyrian trobar acordansa. coma, dupta c paubre. per so no es que no sian apelat comu. quar de la major part, prendo lor nom. aquo meteysh pot hom entendre en los cars. Et en cas que proce- zirian per engals partz. pot los hom apclar cornus, o cars, o solamens estramps. Rim estramp car. son dig per locontrari dels comus. quar paucas dic- tios ni sillabas poyria hom trobar semblans ad aquelas per far leyal acor- dansa. segon quom pot ayssi vezer. DELS RIMS ESTRAMPS CARS. Près et enclaus. estau dedins. j. celcle. On me destrenh. osses. nervis, e cambas. s: 151:2 DES RIMES ESTROPIÉES. La rimc est appelée estropiée , quand le vers ne s'accorde avec aucun autre, ni aucun autre avec lui, en accord légitime. Nous avons dit qu'il y a deux sortes de rimes estropiées; la commune, et la rare. Les rimes estropiées communes sont ainsi appelées , parce que les sj^Uabes finales de chaque vers sont communes ; c'est-a-dire , que, si l'on voulait , il serait facile de les faire accorder avec d'autres syllabes : ainsi qu'on peut le voir dans l'exemple suivant. I EXEMPLE DE RIMES ESTROPIÉES COMMUNES : Tant inquiet me fait être la mort , Quand je pense que tout ce qui est , elle l'emporte , Qu'aucune consolation , ni joie ne peut m'être apportée. Mais de peur elle me fait trembler et frémir, Et surtout quand je vois qu'elle va à lenteur. Volant , dérobant mes amis : qu'elle ne craint Ni jeune, ni vieux, ni noble, ni riche, ni pauvre; Qu'elle entraîne en aveugle et frappe sans regarder. On peut voir, dans cet exemple , que les mots ou les syllabes finales de ces vers sont communes , parce qu'il serait aisé d'en trouver beaucoup d'autres pour s'accorder avec elles. Car les mots mort , emporte, apportée, al les autres, sont tels, qu'on peut trouver autant d'autres mots que l'on veut, ayant des syllabes finales pour s'accorder avec eux. C'est pourquoi ces rimes sont appelées communes. Et quoiqu'il y ait quelques mots dont il serait difficile de trouver la rime, tels que craint et pauvre, elles n'en sont pas moins appelées communes, parce qu'elles tirent leur nom de l'es- pèce du plus grand nombre des mots. On doit l'entendre de môme des rimes rares. Dans le cas oii il y aurait un nombre égal des unes et des autres, on peut les appeler communes ou rares, ou simplement estro- piées. Les rimes estropiées rares sont ainsi appelées , par opposition aux com- munes; car il est difficile de trouver d'autres mots ayant des syllabes semblables, pour les faire accorder : ainsi qu'on peut le voir par l'exemple suivant. EXEMPLE DE RIMES ESTROPIEES RARES : Je suis pris et enclos dans un cercle, Où mes os, nerfs et jambes sont étreintes Araors. e pueysh fara ayssi batr els polces Cum li martel, can fero sus lenclutge Si quen languisc que sira ténia fcbres Esbaytz soy. veiajres mes que sonn Quar degun loc. no puesc trobar don yesca. DEA RIMS ACORDANS E PREMIERAMEN DELS RIMS SONANS. Vist havcm dels rims estraraps. e cove que vcjam dels acordans. e premieramen. de sonansa. et après de consonansa. e derrieramen de leonesmitat. Doas manieras trobam de sonansa. la una es borda, e laulra leyals. so- nansa borda reproam del tôt. Jaciaysso que tôt jorn uza hom daqucsta sonansa borda, en mandelas. de las quais no curam. quar daquelas non vim ni trobar non podem. cert actor. so es adiré que no sabem don pro- cezissho ni qui las fa. ni podem trobar cert compas en aquclas. Enpero aytal sonansa e consonansa bordas, pot hom be pauzar per maniera de rimas estrampas. Doas manieras havem de sonansa borda, la una es simpla. et aquesta se fay. ab accen agut. e lautra es dobla. e aquesia se fay ab accen greu. e de cascuna vos donam ysshemple non pas que per so las entendam aleyalar. mas per que hom sen sapia gardar. Veus ysshemple de simple sonansa borda, ques fay. ab accen agut. DE RIM SONAN RORI) AH ACCEN AGUT. Encarcerat tenetz mon cor amors. E delivrar nol pot autra mas vos. Quar fis aymans secors no vol lunh temps. Si no deliey on sos volers es ferms. Veus ysshemple de dobla sonansa borda laquai se fay tostcmps ab accen greu. DE RIM SONAN BORD AB ACCEN LONG. La mors quieu porta mi dons es tan granda. Quieu lo thezaur del reaime de Fransa. No vuelh per mieu. ni maior escazuta. Per que lamor de liey nagues perguda. • Par l'amour : et puis il me fait battre le pouls , Coinme les marteaux, quand ils frappent sur l'enclume; Si Lien que je languis, comme si j'étais tenu par la fièvre : Je suis ébahi; je ne vois rien que songe; Car je ne puis trouver aucun endroit pour sortir. DES RIMES ACCORDANTES ET PREMIÈREMENT DES ASSONNANTES. NouS avons traité des rimes estropiées : il convient de passer aux accordantes, en commençant par les assonnantes. Nous traiterons ensuite des conson- nantes , et en dernier lieu des léonines. Nous trouvons deux espèces d'assonnance ; l'une bâtarde, et l'autre légi- time. Nous réprouvons entièrement l'assonnance bâtarde, quoiqu'on l'em- ploie journellement dans les mandelas. Mais nous ne nous occupons point de ce genre d'ouvrages, parce que nous ne leur voyons, ni ne trouvons aucun auteur connu, c'est-à-dire, que nous ne savons pas d'où ils vien- nent, ni qui les fait, et que nous ne pouvons pas leur trouver de mesure fixe. Cependant on peut employer cette espèce d'assonnance et de conson nance bâtardes, en manière de rimes estropiées. Nous avons deux espèces d'assonnance bâtarde : l'une est simple , et se fait en accent aigu ; l'autre est double , et se fait en accent grave. Nous allons donner un exemple de chacune, non pas que nous entendions les légitimer, mais pour qu'on sache les éviter. EXEMPLE DE RIMES ASSONNANTES BATARDES EN ACCENT AIGU. Emprisonné vous tenez mon cœur, amour (amors). Et nul ne peut le délivrer que vous (vos) : Car fin amant ne veut secours en aucun temps (temps). Sinon de celle où son vouloir est lié (ferms). Voici un exemple d'assonnance bâtarde double , qui se fait toujours en accent grave. EXEMPLE DE RUVIES ASSONNANTES BATARDES EN ACCENT LONG *. L'amour que j'ai pour ma dame est si grande ( granda ) , Que du trésor du royaume de France (fransa) Point ne voudrais, ni de plus grande chance (escazuta), Pour que l'amour d'elle me fût ôté ( perguda ). Lautra maniera de sonansa es leyals et aquesta fay se tostemps. ab accen agut. segon quom pot vezer en aquest ysshample. DE RIM SONAN LEYAL LEQUALS SE FAY TOSTEMPS AB ACCEN AGUT. No crezas leu a tota gen. Ni simbles a senhal de ven. Que tantost ques feritz dun toc. Se descologa de son loc. Ayssi pot hom vezer differensa gran entre simpla sonansa borda, e sonansa leyal. quar la simpla sonansa borda peca en aysso ques aprop la derriera vocal, no son unas meteysshas letras. segon quom pot vezer en los ysshemples dessus pauzalz. can dilz. amors. e. vos. quar en amors es mays una letra sos assaber. r. que en, vos. Aquo metcysh can ditz. temps. e. ferms. quar en. ferms. ha. r. et en temps no es. r. aquo meteysh pot hom vezer en la dobla sonansa borda, laquai se fay ab accen greu, can ditz. granda. e. fransa. quar en granda ha. d. et en. fransa. s. et en. escazula. t. et en. perguda. d. et enayssi cascuna peca sol per una letra. Et es dicha dobla. quar se fay per doas vocals. quar en granda. ha doas vocals. et en fransa. aulras doas. e si la dictios era majors de doas sillabas. hom no pren can ad aysso. mays las doas derrieras sillabas. coma, escazuta. e. perduda. de escazuta prendem. uta. e de. perduda. uda. E vezetzs que sol una letra es cauza. perque granda. e fransa no fan bona rima. Quar en la una es. d. e en la autra. s. quar si lay on cay. s. fos. d. o pel.contrari. adonx aytals rima fora simpla leonisma. Aquo meteysh pot hom vezer en. escazuta. et en perduda. Ayssi meteysh quo apelam aytals sonansas so es aytals rims bords. Ayssi meteysh apelam rims bords, can hom no garda cas. en sos dictatz. ni degun ornât, segon quom pot vezer en alcus romans. Sonansa leyals requier tostemps accen agut. e diversas letras o unas metcyshas de divers so. o quaysh dcnan la vocal de la sillaba final de cas- cuna diclio. si donx la una no comensa per aquela. e lautra per consonan. 155 L'autre espèce d'assonnancc est Tassonnancc légitime : elle se fait tou- accent aigu, ainsi qu'on peut le voir dans l'exemple suivant. jours en EXEMPLE DE RIMES ASSONNANTES LÉGITIMES, QUI SE FONT TOUJOURS EN ACCENT AIGU : Ne croyez pas trop vîte à toute gent : Ne ressemblez pas au signal du vent. Qui, sitôt qu'il est frappé d'un coup (toc). Se dérange de sa place (loc). On peut voir ici la grande différence qu'il y a entre l'assonnance simple l)i\tardc et l'assonnance légitime : car l'assonnance simple bâtarde pèche en ce qu'après la dernière voyelle , les lettres ne sont pas les mêmes , comme on peut le voir dans les exemples cités. Ainsi l'on y fait rimer amors et vos : mais dans aniors, il y a une lettre de plus que dans vos, savoir, un r. De même , on y fait rimer tems et ferms : mais dans ferms, il y a un r, et dans tems, il n'y en a pas. On peut observer une chose semblable dans l'assonnance double bâtarde, qui se fait en accent grave. Car, quand on fait rimer granda et fransa, dans granda, il y a un d, et dans fransa, uns. De même, dans escazuta, il y a un t, et dans perguda, un d. Ainsi chacune de ces assonnanccs pèche seulement par une lettre : mais la dernière est appelée double , parce qu'elle se fait par deux syllabes. Car dans granda, il y a doux syllabes, et dans fransa, il y en aussi deux. Si le mot a plus de deux syllabes , on n'a égard , malgré cela , qu'aux deux dernières, comme dans escazuta et perguda. Dans escazuta, on n'a égard qu'à uta, et dans perguda, qu'auda. Par où l'on voit qu'une seule lettre est cause que granda et fransa ne font pas une bonne rime ; car dans l'un des mots, il y a un d, et un s dans l'autre : et s'il y avait un d à la place du s dans le second mot , ou un s à la place du d dans le premier , cette rime serait léonine simple. On peut faire la môme observation'pour esca- zuta et perguda. Ces assonnanccs ou ces rimes sont appelées bâtardes. Mais nous appelons encore rimes bâtardes, celles où les cas ne sont pas ob- servés , et où l'on n'emploie aucun ornement , comme on peut le voir dans quelques romans. L'assonnance légitime veut toujours un accent aigu, et que la voyelle de la syllabe finale des deux mots qui riment soit précédée de lettres dif- férentes, ou des mêmes lettres ayant un son différent, ou à peu près le s: 156 :s quar le falhimens de la una red diversitat de letra a lautra. Veus yshem- ples de diversas letras coma, agradan. remiran. unas metheysas de divers so coma, acasatz. pensatz. baratz. ratz. o quays coma. glas. las. franc, ranc. si donx la una fenic coma. als. mais, e lor semblan. E vol après si donx no rema en si metcysha coma. do. ho. paritat dunas meteyshas letras coma. rems. sems. o diversas du meleysh so coma. Job. trop. bord. cort. cap. mescap. Et en ayssi deu hom ayssi notar que en sonansa leyal après la derriera vocal, deu esser engaltatz. dunas meteysshas letras coma. essems. et. exems. si donx no era tais la letra. que pel sieu ajustamen no varies ni mudes la dicha leyal sonansa. coma, essems. e. temps, en esta dictio essems. aprop la derriera vocal son doas letras. m. et. s. et en esta dictio. temps, ne son très. m. p. et. s. e quar le. p. en re no muda la dicha Ical sonansa. per so noy notz. en re. e per conseguenla rima roman leyals. Et en ayssi pot hom vezer claramen ques aquilh que fan lacordansa de. ferms. ab essems. peco. yssamens. de. morr. ab amor. o de. porrs. am. cors. Enpero. torrs. nés exceptatz. quar gran re de trobadors han pauzat. torrs. et. amors. per bona rima, perque nos noy volem contradir. et aysso e vers, en cascun cas exceptatz los oblicz singulars. quar en aquels coma torr. e flor. la rima no roman leyals. Encaras roman leyals la dicha sonansa pauzat ques après la derriera vocal, sian diversas letras segon ques estât dig. et aysso canl las letras re- presentan. j. meteysh. so. pauzat que sian diversas. coma. Job. e. trop, bord. e. cort. cap. e. mescab. jaciaysso que vici no reputam si aytals dic- tios hom escriu ab unas meteysshas letras. per lacordansa ques han entre lor. E daquesta sonansa leyal uzam tôt jorn. en noslres dicta tz. laquais fenish e termena motas vetz en vocal segon ques estât dig. et adonx no quai gardar engaltat. dunas meteysshas letras. aprop la derriera vocal, pusque ela es derriera, coma. pa. e. va. be. e. fe. vi. e. fi. bo. e do. bru. e. eru. et en ayssi de lors semblans. même, à moins que l'un des deux mots ne commence par cette voyelle môme , et l'autre par une consonne ; car l'absence de cette consonne dans l'un des deux mots fait qu'il existe une différence de lettres entre lui et l'autre. En voici des exemples : de mots rimant avec des lettres diffé- rentes, agradan, remiran; de mots rimant avec les mêmes lettres ayant un son différent, acusatz , pensatz , baratz, ratz; de mots rimant avec les mômes lettres ayant à peu près le môme son, glas, las, franc, ranc ; de mots rimant avec absence de lettres, als, mais , et leurs semblables. Si la voyelle n'est pas seule , comme dans do, ho, l'assonnance légitime veut qu'elle soit suivie rigoureusement des mêmes lettres, comme rems, seras, ou de lettres différentes ayant le même son , comme job , trop , bord , cort , cap, mescab. Il faut donc observer que, dans l'assonnance légitime, la voyelle de la syllabe finale des deux mots qui riment doit être suivie des mêmes lettres, comme dans essems et exems, à moins que la lettre qui est de plus dans l'un des mots ne change point le son , comme essems et temps. Car, dans le mot essems, il y a deux lettres après la voyelle de la syllabe finale, savoir, m et s; et dans le mot temps, il y en a trois, m, p et s. Mais comme le p ne change rien à l'assonnance légitime , cela ne nuit en rien; et conséquemment la rime reste légitime. On peut voir par là- que ceux qui font rimer ferms avec essems commettent une faute. Il en est de même de morr avec amor, de porrs avec cors. Cependant, il faut faire une exception pour torrs ; car beaucoup de troubadours l'ont bien fait rimer avec amors , et nous ne voulons pas les contredire. Cette rime est d'ailleurs bonne à tous les cas , excepté aux obliques singuliers ; car dans ceux-ci , comme torr et flor, la rime n'est pas bonne. L'assonnance est encore légitime, si les lettres qui suivent la dernière voyelle , quoique étant différentes, sont dans le cas dont nous avons parlé, c'est-à-dire, si elles ont le même son, quoique différentes : comme jo6 et trop, bord et cort, cap et mescab. Cependant nous ne regardons pas comme une faute d'écrire ces mots par les mêmes lettres, à cause de la rime qu'ils font entre eux. Nous employons journellement, dans nos ou- vrages, cette assonnance légitime qui se trouve en plusieurs mots ter- minés par une seule voyelle , ainsi qu'il a été dit. Dans de tels mots , il ne s'agit pas des mêmes lettres après la voyelle, puisqu'elle est elle-même la dernière lettre , comme dans pa et va, be et fe, vi et fi,bo et do , bru et cru, et leurs semblables. s: 158 ^M DELS RiMS coNSONANS. Vist haveiD dels rims estramps. e sonans. aras cove que veiam dels consonans. E devetz saber qucs ayssi meteysh quo havem doas sonansas havem doas consonansas. una borda, e lautra leyal. Tota consonansa tcnem per borda, que fenisca en acecn greu. perque la reproam. si doux no era pauzada per rimas estrampas. E per que hom conosca aylals consonansas bordas, pauzam yos aytal ysshemple. DE RIM CONSONAN BORD. Tant mas calfat. amors lo cor el fetge. Que lunhs cosselhs. guérir nom pot de metge. Sino deliey. que del sieu foc mabranda. Quar ela sab. la maniera quos tuda. E ques ayssi haia consonansa si be no sembla al pronunciar. apar assatz quar tolas las derrieras sillabas sacordo per consonan. e per vocal, quar. fetge. e. metge. termeno en una meteyssha sillaba. sos assaber. en. ge. abranda. e. tuda. aquo meteysh. E daytals rimas pauzar. se deu hom gar- dar. si doux no son pauzadas per estrampas. segon ques estât dig. Lautra consonansa es dicha leyals. et aquesta vol tostemps accen agut. e denan la derriera vocal, una meteysha letra. e dun meteysh so ses meia coma, don redon. o diversa dun meteysh so. coma, quais, senescaîs. quans. cans. et aprop. unas meteyshas letras en la maniera dicha lasus en sonansa leyal. DE RIM CONSONAN LEYAL. Veus le reys dels reys que damon. Es desshendutz en aquest mon. Per nos rezemer del forfag. Quel priraiers homs havia fag. Entre sonansa leyal. e consonansa leyal. es aquesta differensa. quar sonansa leyals vol tostemps di versas letras. denan la derriera vocal, et en- DES RIMES CONSONNANTES. Nous avoDS traité des rimes estropiées et des assonnantes : il faut traiter à présent des consonnantes. On sait que, de même qu'il y a deux espèces d'assonnance , il y a aussi deux espèces de consonnance; l'une bâtarde, et l'autre légitime. Nous regardons comme bâtarde , toute consonnance qui finit en accent grave : c'est pourquoi nous la réprouvons , à moins qu'on ne s'en serve en qualité de rimes estropiées. Pour qu'on puisse connaître ces consonnances bâtardes, nous en donnerons l'exemple suivant. EXEMPLE DE RIMES CONSONNANTES BATARDES. Tu m'as tant échauffé, amour, le cœur et le foie (felge), Qu'aucun conseil ne peut me guérir, d'aucun médecin (metge), Sinon de celle qui de son feu m'embrase (mabranda), Car elle sait la manière dont on l'éteint (tuda). Quoique ces mots ne riment pas à l'oreille , cependant ils ont l'air de rimer aux yeux ; car toutes les dernières syllabes ont mêmes consonnes et mêmes voyelles. En effet, felge et meige finissent par la môme syllabe, c'est-à-dire, par ge: abranda et tuda sont dans le même cas. Il faut éviter ces espèces de rimes, à moins qu'elles ne soient employées, comme nous l'avons dit, en qualité d'estropiées. L'autre espèce de consonnance est appelée légitime ; elle veut toujours l'accent aigu ; et , avant la dernière voyelle, une lettre qui soit la même et qui ait le même son , saris intermédiaire , comme don , redun ; ou une lettre différente, qui ait le même son, comme quais, senescals ; quarts, cans; et, après la voyelle, les mêmes lettres, de la manière que nous avons exposée plus haut pour l'assonnance légitime. EXEMPLE DE RIMES CONSONNANTES LÉGITIMES : Voici le roi des rois, qui d'en haut (d'amon), Est descendu dans ce monde ( mon ) , Pour nous racheter du forfait. Que le premier homme avait fait. 11 y a cette différence entre l'assonnance et la consonnance légitimes, que l'assonnance légitime veut toujours des lettres différentes devant la s: 160 :s tendem daquelas letras ques toquo de la part denan. am la dicha derriera vocal, mas consonansa leyals. vol tostemps denan la dicha vocal derriera. unas meteyshas letras. ses meia quar meia non es consonansa veraya. mas contrafacha coma, cantes. cartes. Et aysso pot hom vezer per los ysshemples dessus pauzatz. et en ayssi jaciaysso ques am doas sian accordans segon las letras pauzadas aprop la derriera vocal, en aysso se vario. que la una vol denan la dicha vocal derriera. diversas letras. e lautra unas meteys- shas. segon ques estât dig. Abastar pot doux so ques havem dig ayssi de consonansa. amb aquo ques havem dig de sonansa. quar aquo meteysh ques estât dig de las letras pauzadas aprop la derriera vocal en sonansa leyal. pot hom ayssi dire e notar en leyal consonansa. Quaysh consonansa fan. hier. mier. entier, fier, pïac. {lac. gru. bru. e lor semblans. DELS KiMS LEONISMES. Tractat es de consonansa. e cove que ara trac- tem de leonismetat. E devetz saber que nos havem doas manieras de leonis- metat. sos assaber simpla e perûecha. veus ysshemple de leonismetat sim- pla. ab accen greu. PELS RIMS SIMPLES LEONISMES. Si be pot mays soen natura. Segon rigor que noyridura. Per equitat mantas vetz obra. Entant que noyrimens la sobra. Ayssi meteysh quo simpla leonismetatz se fay ab accen greu. en ayssi meteysh se fa ab accen agut. segon quom pot vezer en aquest ysshample. Tant prozamens ferle Gastos De lansas massas e bastos Que passée los autres guerriers Els fë remaner totz derriers. s: 161:2 dernière voyelle ; nous voulons dire que les lettres qui touchent immé- diatement cette dernière voyelle doivent être différentes : tandis que la consonnance légitime veut toujours que les lettres qui précèdent la der- nière voyelle soient les mêmes, sans intervalle. Car lorsqu'il y a un inter- valle, ce n'est pas une véritable consonnance, c'est plutôt une conson- nance contrefaite , comme dans cant es, cartes. On peut le voir par les exemples précédens. Ainsi , quoique l'assonnance et la consonnance s'ac- cordent en ce qu'elles exigent que les lettres placées après la dernière voyelle soient les mêmes, elles diffèrent en ce que la première veut que les lettres soient différentes avant cette voyelle, tandis que la seconde veut que ces lettres soient les mêmes, ainsi que nous l'avons dit. On peut donc se contenter de ce que nous venons de dire pour la con- sonnance, en le réunissant à ce que nous avons dit pour l'assonnance. Car ce qui a été dit des lettres placées après la dernière syllabe dans l'as- sonnance légitime, peut encore être observé dans la consonnance légitime. Les mots hier, mier, entier, fier, plac, flac, gru, bru, et leurs semblables, font presque une consonnance. DES RIMES LÉONINES. Nous avous traité des rimes consonnantes : il convient de traiter maintenant des rimes léonines. On sait que nous avons deux espèces de rimes léonines, la simple et la parfaite. Voici un exemple de rime léonine simple en accent grave. EXEMPLE DE RIMES LÉONINES SIMPLES : Si bien souvent peut plus la nature, A la rigueur, que la nourriture. Par égalité , maintes fois elle agit ( obra ) Tellement, que la nourriture la surpasse (sobraj. De même que les rimes léonines simples se font en accent grave , elles se font aussi en accent aigu, comme on peut le voir par l'exemple suivant : Si bravement frappa Gaston De lance, massue et baston. Qu'il passa les autres guerriers. Et les fit rester tous derrière ( derniers ). Simple leonisme contra fag havem per esta maniera. Yeu noy bey als. Mas ques leyals. DELS RiMS PERFIEYTZ LEONiSMES. Assatz havem parlât de simpla leonis- metat. perque cove que tractem de leonismetat perfiecha. e pauzam aytal ysshemple ab accen greu. Veus la corona de vida Quen la crolz totz nos covida. Veus cel que sa patz nos dona Els pecatz del mon perdona. Ysshamens se pot far ab accen agut. aytals perfiecha leonismetatz. scgon quom pot vezer en aquest ysshemple. Al arma dona sanetat Qui fug a tota vanetat. Entre leonismetat. e sonansa. e consonansa es aytals diferensa. quar sonansa e consonansa. se fan per una vocal, e leonismetatz. se fay tos- temps per doas vocals. Encaras es differensa entre simpla leonismetat. e perfiecha. quar jaciaysso que cascuna se fassa en respieg de doas vocals. pero la simpla vol tostemps denan la prcmiera vocal de las dichas doas. diversas letras. que la dicha vocals sia franca. e lautra vocals del autre mot son paria haia consonan denan ses meia coma. obra. e. sobra.Toi cant se sec a prop las dichals vocals de las sillaba finals, 'deu esser acordan en simpla et en perfiecha ses re variar. si no en la maniera dicha en sonansa leyal. mas la perfiecha vol unas meteyshas letras denan la dicha primiera vocal, et entendem daquelas letras que sajusto ses tôt meia. am la dicha premiera vocal, segon ques aysso pot cascus vezer per los ysshemplcs dessus pauzatz. Quar am meia no séria perfiecha si aya mas contrafacha. quar am sen rima, mant asta, ave tasta. pren la sarga. nos arga. Et aytals equivocz contrafagz. pendem per leonisme perfieg contrafag. e aco per veray. Nous avons des rimes léonines simples contrefaites, de cette manière : Je ne veux autres (bey als) Que les loyaux (leyals). DES RIMES LÉONINES PARFAITES. Nous avons asscz parlé des rimes léo- nines simples ; il convient de traiter des léonines parfaites. En voici un exemple en accent grave : Voici la couronne de vie, Qui tous en la croix nous convie; Voici celui qui sa paix nous donne, Et les péchés du monde pardonne. La rime léonine parfaite peut aussi se faire en accent aigu, comme on peut le voir dans l'exemple suivant : Celui qui fuit toute vanité (vanetal), A son ame donne santé (sanetat). Entre les rimes léonines, et les assonnantes et consonnantes, il y a cette différence, que les assonnantes et les consonnantes se font par une seule voyelle, et les léonines toujours par deux. 11 y a aussi cette différence entre la rime léonine simple et la parfaite, que, quoique chacune d'elles se fasse par deux voyelles, la simple exige toujours que les lettres qui précèdent immédiatement la première de ces deux voyelles soient diffé- rentes : ou que, dans l'un des vers, cette voyelle soit seule, et que, dans le mot correspondant de l'autre vers, elle soit précédée d'une consonne, sans intervalle, comme obra et sobra. Tout ce qui suit ces voyelles des syllabes finales doit être en accord, dans la rime léonine simple comme dans la parfaite, sans rien changer, si ce n'est de la manière dont on a parlé aux rimes assonnantes légitimes. Mais la rime léonine parfaite veut que les lettres placées devant les deux dernières voyelles soient les mêmes. Et nous entendons que ces lettres s'assemblent immédiatement et sans in- tervalle avec la première voyelle : comme on peut le voir dans les exem- ples cités. Car, s'il y avait un intervalle, ce ne serait pas une rime par- faite, mais plutôt contrefaite. Comme quand on fait rimer mant asta et ave tast a, pren la sarga et nos arga. Nous prenons tous ces mots pour des contrefaçons de rimes léonines contrefaites, et non pour de véritables. s: 164 :s E pauzat que doas dictios haian motas acordansas entre lor. deguna da- quelas no fa nombre cant a leonismetat. si no las doas derrieras. ni de pus hom no cura, quar alcunas vctz troba hom doas dictios que no sola- men sacordan en doas sillabas. ans o fan be. en très, et en mays. segon quom pot aysshi vezer jaciaysso quom los puesca apelar quis vol rim mays perfieg leonisme. So don le cors pren noyridura. Lo fay tornar en poyridura. E ges no reputam a vici si hom dona ad un rim consonan per pario. un autre rim que no es consonans. mas solamens sonans. o pel contrari. o ad un rim simple leonisme un rim perfieg leonisme. si donx no era lentende- mens del dictayre que tôt son dictât fes de rims sonans solamen. o de con- sonans solaraen. o dun sonan amb un consonan. et enayssi dels autres. DELS RIMS ORDINALS E PRIMIERAMEN DELS RIMS DISSOLUTZ EN AUTRA MANIERA RIMAS DissoLUTAS. Tractat havcm dels rims estramps et acor- dans. et ara devem tractar dels rims ordinals. et aytals ordes can se fay per doas coblas so es que la una cobla respon a lautra per acordansa. e denan deguna de lor no ha via acordansa. adonx aytal rim son dig dissolut, segon quom pot ayssi vezer. DE RIMAS DISSOLUTAS HAVEN RESPIEG A LA COBLA ^EGUEN. On mas en amor cossiri Soy del sieu joy desiros El dezirs plazer maporta E desplazer mantas velz Plazer. per bon esperansa. Desplazer. per lonc esper. A mors en ayssi tôt dia. En aquest trantol me te, Ayssi pot hom vezer que aquesta cobla de se meteyssha non ha lunha acordansa. ans es tota de si estrampa. et per so ajustem lui autra que li Et quoique les deux mots aient plusieurs accords entre eux , il n'y a que les deux derniers dont on tienne compte dans la rime léonine ; si bien qu'on ne doit pas s'occuper des autres ; car on irouve quelquefois des mots qui s'accordent, non seulement en deux syllabes, mais en trois €t plus : comme on peut le voir dans l'exemple suivant. On peut, si l'on veut, appeler ces rimes léonines plus-que-parfaites. Ce dont le corps prend nourriture. Le fait tourner en pourriture. Nous ne regardons pas comme une faute de faire correspondre à une rime consonnante une autre qui ne le soit pas, mais qui soit simplement assonnante, ou réciproquement; ni de joindre à une léonine simple une léonine parfaite , à moins que l'intention de l'auteur ne fût de composer entièrement son ouvrage en rimes assonnantes , ou bien seulement en rimes consonnanles , ou encore en rimes dont l'une fût assonnante et l'autre consonnante ; et ainsi des autres. DES RIMES ORDINALES , ET PREMIÈREMENT DES RIMES DISJOINTES. NoUS avons traité des rimes estropiées et des accordantes ; nous devons à pré- sent traiter des rimes ordinales. Lorsque cet ordre a lieu par deux cou- plets, c'est-à-dire, que les rimes d'un couplet répondent à celles de l'autre, mais sans qu'il y ait accord entre les rimes de chaque couplet pris séparé- ment , ces rimes s'appellent disjointes, ainsi qu'on peut le voir dans l'exem pie suivant : EXEMPLE DE RIMES DISJOINTES AYANT RAPPORT AU COUPLET QUI SUIT. Plus sur l'amour je réfléchis ( cossiri ) , Plus de ses joies je suis désireux (desiros). Le désir, du plaisir m'apporte (m'aporta), Et du déplaisir maintes fois(vetz); Du plaisir , par bonne espérance (esperansa), Du déplaisir, par trop long espoir (esper). Amour ainsi tous les jours (dia) Dans celte balance me met (me te). On peut voir que ce couplet, par lui-même, n'a point de rime, mais qu'il est entièrement estropié. Il faut donc lui en ajouter un autre qui lui cor- 11 s: 166 ^ responda per acordansa. et adonx am doas la una haven respieg a laulra. engcndro rimas dissolutas. c veus laltra cobla ques aytals. Mi dons can veg et albiri. Am son regart amoros. Tôt lo mieu cor sen conorta. Tant es vas liey purs e netz. Si que dautra remerabransa. Ni lunh joy no pot baver. Quar amors enayssh un lia, Qaab liey estar me cove. DELS BiMS siNGULÂRS. Bims singulars es. o rimas singulars can son motas coblas. e dcguna daquelas non ha aytals rimas coma lautra. an son dcl tôt diversas. pero si la segonda cobla comensava per aytal acordansa quo Gniria la premiera. mas que noy bagues mas dos bordos solamen acordans. ysshamens podon esser aytals rimais singulars. si'be en autra maniera son dichas capcaudadas segon que direm enjos. veus donx rimas singulars. Una spinam fier. Que nueg e jorn macora. Am grau cocirier. Dedins mon cor demora. Per lunh alegrier. No la puesc agitar fora. Don soy fort languitz. Et espaoritz. La sua razitz. Tant me punh em transfora. Quen soy esbaytz. Lespinam trassinh. De la mort que menbaussa. Fugir per enginb. Nol puesc las tant mencaussa. Per ley nin trelinh. Rictat ni lunha baussa. s: 107 :s respondc en accord : et alors tous les deux, l'un par rapport à l'autre, produiront des rimes disjointes. Voici l'autre couplet qui est dans ce cas : Quand je vois ma dame et que je la considère ( albiri ) , Avec son regard amoureux (amoros), Aussitôt mon cœur se conforte (conorta), Tant il est près d'elle pur et serein (netz); Si bien qu'aucune autre souvenance ( reraembranza ) , Ni aucune joie, il ne peut avoir (baver). Car amour ainsi nous lie (lia). Qu'être avec elle il me faut(cove). DES RIMES SINGULIÈRES. Lcs rimcs sont singulières, lorsqu'il y a plu- sieurs couplets, et qu'aucun d'eux n'a les mêmes rimes que l'autre, mais qu'elles sont entièrement différentes. Cependant, si le second couplet com- mence par la même rime qui termine le premier, et que cet accord n'aille pas au-delà de deux vers, les rimes peuvent toujours être appelées singu- lières, quoiqu'on leur donne aussi le nom de capcaudadas, comme nous le dirons plus bas. Voici un exemple de rimes singulières : Une épine me blesse (fier). Qui nuit et jour me tient le cœur (m'acora); Avec grande inquiétude ( cocirier ) , Dans mon cœur elle demeure (demora). Par aucun plaisir (alegrier) Je ne puis la chasser dehors ( fora ) : Dont je suis fort languissant (languilz) Et épouvanté (espaoritz). La sienne racine ( razitz ) Tant me poigne et me perfore ( transfora ) , Que j'en suis ébahi (esbaytz). L'épine me transperce (trassinh). A la mort qui me poursuit (m'cnbaussa) Échapper, par aucun moyen (enginh), Je ne puis, hélas! tant elle me suit (m'encaussa). Pour elle, rien ne sert (trelinh). Richesse, ni aucune fortune (haussa). «M 168 „^^ Trob mes desplazens. Quar mot falsamens. Rauba mos parens. Elev al punh et aussa. Contra totas gens. DELS RIMS CAPCAUDATZ EN AUTRA MANIERA DITZ CAPCOATZ. Rims Cap- caudatz es. can ayssi fenish le premiers bordos de la seguen cobla. quo fenish le derriers bordos. de la preceden. segon quom pot ayssi vezer. Mayre de Dieu, verges pura. Grans fo le gaug. ques haguetz. Can dins la vostra clauzura. Lo filh de Dieu coceubetz. Per la vert ut sobirana. Obran lo sant Esperit. Dieus près de vos carn huraana. Per so que fosso grandit. Li fizel de mortal pena. Verges eratz e vergena. Efantetz senes dolor. Col qui rieg et ellimena. ïot lo mon per fin araor. Pura neta mayr e santa. Remazetz vostre filh nat. Don cascus dels angels canta. Am mot gran alegretat. Al mon patz et a Dieu gloria. DELS RIMS CAUDATZ. Cant aytals ordenamens se fay en una cobla sola- men. et aquela garda hom solamen en la fl. adonx o duy verset al mens G trey al may sacordo en la fi ses toi meia dautre bordo principal, obiocat de diversa acordansa. Et adonx son caudal, e vcus ysshemplc principalmen de dos versetz ab accen greu. e si tant es que fossan duna cordansa otra très. coma. iiij. v. vj. vij. viij. o mays. adonx son apclat continuât. s: 169 ^ Je la (roave plus déplaisante ( desplazens ) ; Car, fort traîtreusement (falsamens), Elle dérobe mes parens (parens). Elle lève le poing et frappe (aussa) Contre toutes gens (gens). DES RIMES CAPCAUDADAS , AUTREMENT DITES CAPCOADAS. LcS rÌmCS sont capcaudadas, lorsque le premier vers d'un couplet finit de la même manière que le dernier vers de celui qui précède, comme on peut le voir dans l'exemple suivant. ( Capcaudadas signifie par tête et queue )• Grande fut la joie que vous aviez , Quand, 'dans votre sein, Vous conceviez le fils de Dieu, Par une vertu souveraine. Le Saint-Esprit opérant. Dieu prit de vous chair humaine. Afin de garantir Les fidèles de la mortelle peine ( pena ). Vous étiez vierge, et vierge (vergena) Vous enfantâtes, sans douleur. Celui qui régit et illumine Tout le monde par pur amour. Mère pure, sans tache et sainte Vous êtes restée , après la naissance de votre fils. D'où chacun des anges chante, Avec très grande allégresse : Paix au monde et gloire à Dieu I DES RIMES CAUDADAS. Quand on observe cet ordre dans un couplet seulement , et qu'on ne l'observe qu'à la fin , alors , si deux vers au moins , ou trois au plus, riment ensemble, sans intermédiaire d'aucun autre vers principal ou brisé de rimes différentes, ces rimes sont appelées caudadas. En voici d'abord un exemple de deux vers en accent grave. S'il y avait plus de trois vers sur la même rime, c'est-à-dire, quatre, cinq , six , sept, huit, ou plus, alors ces rimes seraient appelées continuées. ^ 170 :s Pecz es qui vol trebalh ses pauza. E fols qui no garda sa cauza. Veus ysshample dautres dos versetz ab acceu agut. Mal pot los autres capdelar. Qui si meteysh no sap gardar. Veus ysshemple de très bordos. quar si quatre eran. adonx es presu midor que de dos en dos van. Bels senhers Dieus marma defen. En la mort, de mal espanen. Quar per te paradis aten. DELS RiMS coNTiNDATz. Rim coutinuat son. can tug H rim termeno per una meteyssha maniera segon quom pot aysshi vezer. Mayres de Dieu sus en la mort. Maseguratz em datz cofort. Eraenatz me lassus al port. Del cel on ha joy e déport. Loqual tostemps deziri fort. DELS RIMS ENCADENATz. E can le premiers bordos sacorda ses bioc am lo ters en la fi. el segons am lo quart, adonx son dig encadenat. segon quom pot ayssi vezer. Mant home sabon dir mandatz. Si de nos vos play lunha res. E pueys diran siis adempratz. Volontiers si far o pogues. DELS RIMS CROZATz. Cau le premiers bordos sacorda en la fi am lo quart ses bioc. el segons am lo ters. adonx son dig crozat segon quom pot vezer en aquest ysshample. Qui vol ganhar. dels autrus faytz e rire. Sos falhimcns. enans pessar deuria. Sot est celui qui veut travailler sans repos ( pauza ) : Fou est celui qui ne sait pas garder sa chose ( cauza ). Voici un exemple de deux autres vers en accent aigu : Celui-là mal peut les autres conduire (capdelar) Qui ne sait pas lui-même se garder (gardar). Voici un exemple de trois vers : s'il y en avait quatre , il est à présumer qu'ils iraient de deux en deux. Beau Seigneur Dieu , mon ame défendez ( defen ) , A la mort, de mauvaise épouvante (espoven); Car c'est par vous que le paradis, elle attend (atten). DES RIMES CONTINUÉES. On appelle rimes continuées, celles qui se ter- minent toutes de la même manière, comme on peut le voir dans les vers suivans : Mère de Dieu, à l'heure de la mort, Rassurez-moi, donnez-moi confort; Emmenez-moi là-haut, au port Du ciel, où l'on a ce joyeux transport Qu'en tout temps je désire si fort. DES RIMES enchaînées. Lorsque le premier vers rime , sans intermé- diaire , avec le troisième, et le second avec le quatrième, ces rimes sont appelées enchaînées; ce qu'on peut voir dans l'exemple suivant : Maintes gens savent dire : ordonnez, Si nous pouvons en quelque chose vous plaire. Et puis ils vous diront, quand vous les en prierez : Volontiers, si je pouvais le faire. DES RIMES CROISÉES. Lorsquc le premier vers rime avec le quatrième, sans intermédiaire, et le second avec le troisième, ces rimes sont appe- lées croisées ; comme on peut le voir dans l'exemple suivant : Qui veut se moquer des actions des autres et en rire , Devrait peser ses propres fautes auparavant. Quar tan grans es de cascun la folia. Que sim dizetz. aytant o mays puesc dire. DELS RIMS MULTIPLICATIUS EN AUTRA MANIERA DIG TOMBAREL. O EN- PEUTAT. Cant aytals ordes non es solamens gardatz en la fi. ans o es bc en lo mieg. adonx si es fayta acordansa en lo mieg du verset o de motz versetz principals. per versetz enpeutatz de doas en doas o de très en très sillabas. adonx son dig propriamen multiplicatiu et inpropriamen son dig per alcus tombarel. e podon esser dig enpeutat. quar se fan de versetz en- peutatz segon que par en aquestz ysshamples seguens. e premieramens de doas en doas sillabas. e pueys de très en très, enpero daquestz gayre non curam quar mays y trobam de diffacultat, que de utilitat. A tort han mort a cruzel mort. Mon port, conort. e mon cofort. Lo mon veg maladres e destreg. Quar apleg franh hora dreg per naleg. Qui vezer. e tener. vol lover de saber, Per dever deu haver. am plazer. bon esper. Deziros cociros e ploros yeu séria Si donx vos dona pros cors joyos novezia. DELS RIMS SERPENTis. Cant es fayta acordansa. de sillaba en sillaba. si que cascuna sillaba del premier bordo haia acordansa ab cascuna sillaba del bordo seguen. adonx aytal rim son dig serpenti. segon quom pot ayssi vezer. pero vas es qui met son estudi en far aytals riras, quar mays han de difficultat. que dutilitat. Bos dieus clarratz cara. Los mieus gardatz ara. DELS «IMS BiocATZ. Rims biocatz es ditz de bioc. e per so on que sia biocz o bordos biocatz. aqui es aquest rims biocatz segon quom pot ayssi vezer. Car si grand est de chacun l'égarcraent, Que si vous me dites quelque chose, je puis autant et plus vous en dire. DES RIMES MULTIPLICATIVES, AUTREMENT DITES TOMBARELS OU ENTÉES. Lorsque cet ordre est observé, non seulement à la fin des vers, mais en- core dans le milieu, alors, si la rime a lieu dans le milieu d'un ou de plu- sieurs vers principaux , par vers entés de deux en deux , ou de trois en trois syllabes, ces rimes sont appelées proprement multiplicatives, et im- proprement par quelques-uns tombarels. On peut aussi les appeler entées, parce qu'elles se font au moyen de vers entés , comme on peut le voir dans les exemples suivans, premièrement de deux en deux syllabes, et puis de trois en trois : mais on ne se sert guère de ces derniers où il y a plus de difficulté que d'utilité. A tort han mort, a cruzel mort, Mon port conort e mon cofort Lo mon veg mal adreg e destreg, Quar apleg franh hom dreg per naleg. Qui vezer e tener vol lover de saber, Per dever deu haver, am plazer bon esper. Desiros, cociros e ploros yeu séria, Si donx vos, dona, pros corsjoyos no vezia. DES RtMES SERPENTINES. Quaud la rime a lieu de syllabe à syllabe, de sorte que chaque syllabe du premier vers rime avec chaque syllabe du second, alors ces rimes sont appelées serpentines : comme on peut le voir dans l'exemple suivant. Mais c'est folie de mettre son travail à faire des rimes pareilles , car elles présentent plus de difficulté que d'utilité. Bos Dieus clarratz cara. Los mieus gardatz ara. DES RIMES BRISÉES. Lcs rimcs brisécs sont ainsi appelées du vers brisé ; c'est pourquoi partout où il y a des vers brisés, il y a des rimes brisées; comme on peut le voir dans l'exemple suivant : Huey fin amors no renha pauc ni pro Si be cascus ditK quaraa leyalmen E men. Quar hom can vol per amar gazardo O plazer va. fin amors soptaraen Fug sen. Si que lunh temps ab aytal nos restanca. E quar no pot trobar voluntat franca. Es ranca. DELS RiMS DEGUizATZ. Si per autra maniera so pauzat et adordenat li rim sobredig. si no per la maniera sobrcdicha. adonx son apelat rim des- gaizat. e pauzam vos un ysshemple ses plus quar greu cauza séria e dif- flcils donar ysshemple de cascun rim desguizat et ha nom desguizat quar dels autres se desguiza es varia per moslrar noela siza soes noela maniera de rima. Can bem soy cossiratz Veg que la voluntatz Sobral sen es aterra Quar tant es naut pinatz Engans fraus e baratz Que totz bes nés a terra Bem par ques aquel erra Quel mal conoysh el be El sor deg se rete. E qui dreg e dever Sos met asson voler Dezampara de ce. La drecha per lesquerra. DELS RiMS ESPARSES. Rims espars pot haver rcspieg a la unitat de la cobla. e per so aytals cobla es dicha esparsa. segon que direm enjos. et hom pot vezer ayssi. Mesura vuelhas en tôt cas E de leu no vendras al bas Aujourd'hui, pur amour ne régno peu ni prou; Et si quelqu'un dit qu'il aime loyalement, Il ment. Car quand on veut pour son amour une récompense, Ou un plaisir vain, le pur amour tout d'un trait Disparaît. De sorte qu'en aucun temps il ne reste tel; Car il ne peut trouver une volonté constante, Mais chancelante. DES RIMES VARIÉES. SI les rimes dont nous venons de parler ne sont placées ni ordonnées en aucune des manières qui ont été exposées , alors on leur donne le nom de variées. Nous n'en citerons qu'un seul exem- ple ; car ce serait une chose trop embarrassée et trop difficile que de donner des exemples pour chaque espèce dé ces rimes qu'on appelle variées, parce qu'elles se distinguent des autres, en prenant une nouvelle attitude , c'est-à-dire , une nouvelle manière de rime. Lorsque je pense avec maturité, Je vois que la volonté Combat la raison et l'atterre. Car tant haut on a placé La tromperie, la fraude et la perversité. Que tous les biens sont à terre. 11 paraît bien que celui-là erre Qui distingue le mal et le droit. Et se tient hors de ce qu'il doit; Celui qui le droit et le devoir Soumet à son vouloir. Et délaisse, à cause de cela, La droite pour la gauche. DES RIMES ÉPARSES. Lcs rimes peuvent être éparses par rapport à l'unité du couplet : c'est pourquoi un semblable couplet est appelé épars, comme nous le dirons plus bas, et qu'on peut le voir ici. Gardez la mesure en tout cas , Et de long-temps vous ne tomberez à bas. Quar hom que niezura no col De trop despendre lea se dol Quar dona vol esser frachura En tôt loc on sofranh mezura. E pot esser digz rims espars, jaciaysso que sian motas coblas. sos assaber. cant en una o en diversas coblas son alcunas rimas que son acordans. et alcunas que no se acordo per deguna acordansa. et adonx aytals rimas no acordans. podon esser dichas esparsas lasquals alqu apelo brutas segon quom pot ayssi vezer. Aycela mon cor dezira Que tant pat e sab valer Quel dezirier el voler De totz naturalmen tira Paubre ni rie no sofana Tant es libérais e franca Et am degu nos restanca Si de liey non ha gran cura. Ayssi pot hom vezer doas rimas brutas o esparsas aqui can ditz. paubre ni rie no sofana. et en lo derrier bordo can ditz. si de liey no ha gran cura. et en ayssi daquest rim pot hom far dos. o tôt pot esser un quis vol. DELS RIMS RETROGRADATZ PER ACORDANSA. Sil rim pauzat en la pri- miera cobla son retornat per retrogradatio en la seconda cobla. segon que apar en los ysshemples seguens. adonx son dig rim rétrogradât per acor- dansa. DE RIM RETROGRADAT PER ACORDANSA HAVEN RESPIEG A LA SEGUEN COBLA. Si col solelhs. si meteyhs abandona Et am temps clar. expan son benefici Tôt atersi dona vostre pretz dona Valor a cels. questan ses mortal vici Quar de totz bes. etz escrinhs et armaris Mu-als e lums. per quieu dona macori En vos servir, quar laus havetz notori E de bos ayps, etz verays ysshemplaris. Car l'homme qui la mesure craint, Bientôt de trop dépenser se plaint. Car la ruine veut être établie En tous lieux d'où la mesure est bannie. Les rimes peuvent aussi être appelées éparscs, quoiqu'il y ait plusieurs couplets ; savoir : lorsqu'on un ou en diffcrens couplets, il y a des rimes qui s'accordent et d'autres qui ne s'accordent en aucune manière. Alors ces rimes qui n'ont point d'accord peuvent ôtre appelées éparscs : quel- ques-uns les appellent brutes. En voici un exemple : Celle-là mon cœur désire. Qui peut et sait tant valoir, Que le désir et le vouloir De tous naturellement elle attire. Pauvre, ni riche, elle ne rebute, Tant elle est libérale et bonne ! Et elle ne se fâche contre personne. Si l'on ne fait pas grande attention à elle. On voit ici deux rimes brutes ou éparses, quand on dit : pauvre, ni riche, elle ne rebute ; et dans le dernier vers : si l'on ne fait pas grande attention à elle. On peut faire deux de ces rimes, ou même toutes peu- vent être ainsi , si l'on veut. DES RIMES RÉTROGRADES PAR ACCORD. Si Ics rlmcs du premier cou- plet sont répétées en ordre inverse dans le second, ainsi qu'on le voit dans les exemples suivans, ces rimes sont appelées rétrogrades par accord. EXEMPLE DE RIMES RÉTROGRADES PAR ACCORD , RELATIVEMENT AU COUPLET QUI SUIT : De même que le soleil lui-même s'abandonne, Et par un temps clair épanche ses bienfaits. Tout ainsi, dame, votre mérite donne Valeur à ceux qui sont sans mortels forfaits. Car de tous les biens vous êtes l'écrin et l'armoire (armaris), Le miroir et la lumière. C'est pourquoi , Vierge , j'ai l'intention De vous servir. Car vous avez droit à toute bénédiction : Et de bonnes œuvres vous êtes le véritable exemplaire (yssemplaris). Ara comcnsara la seguens cobla. ayssi co finish aquesta. c per conse- guens retrogradan totas las acordansas pauzadas cn aqucsla cobla ques es estada dicha. DE RIM RETROGRADAT PER ACORDANSA HAVEN RESPIEG A LA PRECEDEN COBLA. ^ Vergiers damors. e vertuos sacraris ' AIs fîs ajmans. donatz tal ajutori. Que no lor notz. terapesta ni contraris. Per quieu de vos amar nom dezacori Quar de vertutz conquistetz la corona Don pueysh bastitz un real artiflci. Can venc en vos. cel que fel sacrifici Si quels peccatz dels penedens perdona. E ges per so no es que no sian li rim rétrogradât per acordansa. si be totas las acordansas pauzadas en la primiera cobla. nos podon retornar en la segonda a tiera de dreg en dreg. quar aysso fa far le compas de las dichas coblas. quar en la primiera cobla son pausat primieramen quatre verset encadenat. e pueysh autre quatre crozat. et aquel meteysh compas vole tener aquel que fe lo dig dictât en la segonda cobla. pero veus autre ysshample en loqual tug li bordo e las consonansas ayssi quo son pauzadas en la primiera cobla. se retorno a tiera ses degun saut que noy es faytz. en la segonda. Mentre per una ribiera Sols anava deportan Vi de luenh una porquiera Un tropel de porcz garda n Et ades per una rega Aniey vas liey dun garag Et hac son cors fer e lac Escur e nègre cum pega. Grossa fo coma tonela. Et hac cascuna mamela Tan gran que semblée engleza Yeu que la vi mal sabeza Cazec mi tota la brassa ^ 179 IS A présent , le couplet qui suit commencera par la même rime qui ter- mine celui-ci , et par conséquent toutes les rimes du couplet que nous venons de rapporter seront répétées en rétrogradant. EXEMPLE DE RIMES RÉTROGRADES PAR ACCORD , RELATIVEMENT AD COUPLET QUI PRÉCÈDE : Verger d'amour, et vertueux sanctuaire, A vos fidèles amans, donnez telle protection Que nul ennemi, ni tempête ne leur soit contraire, Afin que de vous aimer leur cœur n'ait pas d'interruption. Car des vertus vous conquîtes la couronne, Dont ensuite vous bâlites un royal palais. Quand vint en vous celui qui se sacrifia pour nos méfaits , Et qui les péchés des repentans pardonne. Ces rimes ne laissent pas d'être rétrogrades par accord , quoique tous les accords du premier couplet ne soient pas reproduits absolument dans le second , en suivant le même ordre. Cela est occasioné par la mesure des couplets. Car dans le premier, il y a d'abord quatre vers enchaînés, et puis quatre autres croisés; et l'auteur de l'ouvrage a voulu suivre la môme mesure dans le second couplet. Mais voici un autre exemple dans lequel tous les vers et toutes les consonnances du premier couplet se re- trouvent entièrement dans le second, en ordre inverse, sans aucun chan- gement, ni aucune altération. Pendant que, le long d'une rivière. Seul, je m'en allais gaîment, Je vis de loin une porchère Un troupeau de porcs gardant. Et alors, par une raie. J'allai vers elle, dans un guéret. Et elle avait son corps rude et laid, Obscur et noir comme poix. Elle était grosse comme une tonne ( tonela ) ; El elle avait chaque mamelle ( raamela ) Si grande , qu'elle semblait anglaise ( engleza ). Moi qui la vis se sachant mal ( mal sabeza ) , Tout mon feu me tomba. s: 180 !S E lastec coma fadassa Et yeu dishil nacorteza Bêla res e gent apreza Digatz me si netz piucela En est mieg jos sa gonela. Se grata fortmen. e bregua. Lo sieu corcegas mal fag Sil paus no fos del ganag Paregral tota la plegua E respondec enterran Ara boaral votz grossiera Hora per quem vas envian Sec de part Dieu ta carrière. DELS RiMS RETROGRADATZ PER BORDOS. E sil bordos de cascuna cobla pcr si se pot retornar enlieramen ab aquclas meteyshas acordansas et ab aquela meteysha senlensa que havia primieramen en lo primier orde. adonx son dig rim rétrogradât per bordos. segon quom pot ayssi vezer en aquest ysshemple. Mayres de Dieus. flors e fons gracioza. Lassas els cels. datz nos joy gracios. De vos far vole sa mayre glorioza. Per nostramor. Dieus le reys glorios. Am cruzel mort quen sufric verges cara. Hem restaurât per lo vostre filh car. De servitut sobre greu et amara. Vencen lo fais enemic et amar. DELS RIMS RETROGRADATZ PER DiCTios. Si tant es qiie cascus bordos singularmens se puesca retornar per dictios. remanens aquela meteysha acordansa e sentensa. oz ab autra acordansa. o ses acordansa. oz ab con- traria sentensa. oz ab autra sol que bona sia. adonx son dig rim rétro- gradât per dictios. amb una meteysha acordansa e senlensa. enpero las prepozitios ni alqunas conjunctios ni alqus pronoms ni degu sobre nom. no pot hom retrogardar. ni ayta pauc las interjcctios quar lor natura hy contrasta e la maniera de parlar acostumat. que adrechamen estiers nos pot dire, quar si tu volias retrogradar aquestas paraulas. sos assaber Comme une niaise, elle s'arrêta. Et je lui dis courtoisement (nacorteza) : Bel objet et bien apprise ( apreza ) , Dites-moi si vous êtes pucelle. Elle répondit, en attendant, < Avec une voix de bœuf, grossière : Homme qui t'en vas voyageant , Suis, par Dieu, ta carrière (c.-à-d. ton chemin). DES RIMES RÉTROGRADES PAR VERS. Si les Ycrs de chaque couplet peuvent être renversés, entièrement, avecles mêmes rimes et le même sens qu'ils avaient dans le premier ordre, ces rimes sont appelées rétrogrades par vers. En voici un exemple : Mère de Dieu , fleur et fontaine gracieuse , Là-haut, dans le ciel, donnez-nous plaisir gracieux. De vous , voulut faire sa mère glorieuse , Pour notre amour, Dieu le roi glorieux. Par la cruelle mort qu'il souffrit, "Vierge chère, Nous fûmes délivrés, par votre fils cher, De la servitude bien lourde et amère, Vainqueur d'un ennemi faux et amer. DES RIMES RÉTROGRADES PAR MOTS. Si chaque vcrs en particulier peut être renversé par mots , avec la même rime et le même sens , ou avec une autre rime, ou sans rime, ou avec un sens opposé, ou différent, pourvu qu'il soit juste, ces rimes sont appelées rétrogrades par mots, avec même rime et même sens. Cependant on ne peut renverser les prépositions, ni certaines conjonctions, ni certains pronoms, ni aucun surnom , non plus que les interjections ; car leur nature s'y oppose , de même que la manière accoutumée de parler à laquelle on ne peut rien changer. Par exemple , si on voulait renverser cette phrase : cet homme 12 s: 182^5 aquest homs es de Tholoxa. convenria que dishesses Tholoza de es homs aquest.. et en ayssi re no valria. Perque en aytals rctrogradacios no dcu hom separar la prepozitio de son cazual. e mens adcslabilut. quarlabitutz am son cazual lot essems. représenta un mot. et una dictio. E qui vol far retrogradacio. deu sercar motz après en rétrograda lio. e veus ayssi un ysshemple de rims retrogradatz per dictios. Vengutz es le senhor damon. Salutz grans portar en io mon. Los sieus de mal vol restaiirar. Dieus verays et homs es ses par , Adorem lui nos tug essems. Lauzem de Dieu Io nom tostemps, E qui (an se vol laguiar e son temps despendre en aytals retrogradatios. se podon far encaras per letras. o per sillabas. quar estas dictios Vau. tôt. aya. ama. ara. ala. se podon relrogradar per letras. et aquestas. per sil- labas. coma, cilici. tafata. papa, regire. remire, retrayre. repayre. amia. • répare, regare, et enayssi de tropas autras et aquestas reteno en lor retro- gradacio. lor nom e lor signiflcat. Encaras son autras dictios ques en lor retrogradacio. o per letras o per sillabas mudo lor nom. et han autre signifficat per letras. coma amar. s'il rétrogradas per letras. hauras rama, e de. cep. pec. e de. amor. roma. e de. lum. mul. e de. loc. col. e de. toi. lot. e de. ira. ari. e de. lop. pol. de. nap. pan. de. rim. mir. de. ram. mar. de. ros. sor. de. nom. mon. per sillabas coma, anguila. cava. braca. quar de anguila havcts laguian. de. cava.vaca. de braca. cabra, et en ayssi de tropas autras dictios. E can en Io retornamen son aquelas meveysshas dictios. cant es fâcha retrogradatios per sillabas o per letras. adonx son dig rim rétrogradât per sillabas o per letras. salvas las dictios. E can en loVetornamcn se mudo las dictios. adonx son dig rim rétrogradât per sillabas o per letras. muda- das las dictios. Encaras son alcunas dictios ques podon rctrogradar en partida per le- tras. et en partida per sillabas. segon quom pol vezer en aquesta dictio. gaya. quar si rétrogradas la dcrriera sillaba per letras. e la primiera que remanga. hauras. ayga. Aquo meteys. ramier, trava. cava. quar de ramier. havetz remira. de. trava. autra de. cava. auca. «>« 183 »4^ • est de Toulouse, il faudrait dire : Toulouse de est homme cet : ce qui ne signifierait rien. C'est pourquoi, dans cet ordre rétrograde, il ne faut pas séparer la préposition de son régime, moins encore l'article du nom; car l'article et le nom ne représentent ensemble qu'un seul et même mot. Celui qui veut faire cette espèce de rétrogradation, doit chercher des mots qui y soient propres. En voici un exemple : Est venu le Seigneur d'en haut , Salut grand apporter dans le monde : Les siens du mal il veut délivrer. Dieu vrai et homme, il est sans pareil. Adorons-le , nous tous ensemble : Louons le nom de Dieu en tout temps. Ceux qui peuvent s'exercer et perdre leur temps à de semblables rétro- gradations, peuvent les faire encore par lettres ou par syllabes; car on peut retourner par lettres les mots suivans : vav, tôt, aya, ama, ara, ala; et par syllabes, ceux-ci : cilici, tafata, papa, regire, remire, re- trayre, repayre, amia, repare, regare, et plusieurs autres qui conservent, dans cette rétrogradation, leur nom et leur signification. Il y a encore d'autres mots qui, dans le renversement par lettres ou par syllabes, changent de nom et de signification ; comme pour amar, si vous renversez les lettres, vous aurez rama; de cep, vous aurez pec; de amor roma; de lum, mul; de loc, colj de toi, lot; de ira, ari; de lop, pol; de nap, pan; de rim, mir; de ram, mar; de ros, sor ; de nom, mon. Vous pouvez en renverser d'autres par syllabes, comme anguila, cana, braca. Car de anguila , vous avez laguian ; de cava , vaca ; de braca , cabra ; et ainsi de beaucoup d'autres. Lorsque, dans ce renversement, les mots restent les mêmes, on appelle ces rimes rétrogrades par syllabes ou par lettres, avec conservation des mots. Et lorsque les mots sont changés par le renversement , ces rimes sont appelées rétrogrades par syllabes ou par lettres, avec changement des mois. 11 y a encore quelques mots qui peuvent être renversés en partie par lettres et en partie par syllabes; comme on peut le voir dans le mot gaya. Car si vous renversez la dernière syllabe par lettres, et que la première reste intacte, vous aurez ayga. 11 en est de même de ramier, irava, cava. Car E SO QUES ESTAT DIG. Adonx per loS digz vezclz havetz que cobla es ajustamens de. v. bordos al mens, o de. XYJ. al may. H quai bordo enayssi ajustât fan e representon una clauza. laquais en si clau e conte perGecha scntensa. Et enayssi havetz de quans bordos deu esser cobla a mens, e de cans al may. e deu hom ayssi entendre de bordos verays principals. Encaras pot hom haver per las dichas paraulas que cobla es coma clauza que pauza perflecha sentensa et enayssi tota cobla es vicioza. si no clau e no conte sentensa pcrfiecha soes am pauza plana o final. Encaras pot hom haver per los digz versetz que jaciaysso que cobla al mal haia. xvj. bordos. et al mens. v. ab aquels ne podon esser ajustât dau- tres bordos. li quai son apelat biocat. Et aytal bordo biocat no devon haver mays solamen quatre sillabas. o mens, enpero sil bordo principal cran de quatre sillabas. adonx si hom lor ajusta bordos biocatz. aytal biocat bordo devon esser de mens sillabas. per que no sian engal am los principals bordos. quar si eran engal. adonx serian principal, e no biocat. Encaras pot hom haver per los digz versetz ques aytal bordo biocat no devon passar la meytat dels principals bordos. Quar abasta ques al may hom puesca pauzar. de dos en dos. bordos un bioc. o de très en très, o en autra maniera solamen que no passe la dicha meytat. E quar dessus havem pauzada una régla gênerai en los digz versetz. s: 201 :s Et le retour qu'il entraîne; Et souvent avec quelques vers brisés Dans le reste de la danse. Le couplet se borne à cinq vers , Et ne s'élève jamais au-delà ; Et aucun de ces vers ne s'avance Au-delà de huit syllabes, dans la danse. Un seul vers brisé, ou deux parfois. Sans plus, tombent mieux à la fin du couplet. Nous trouvons souvent des mesures plus courtes Dans les rondeaux et les mandelas; Mais nous ne nous en occupons pas, Car nous ne leur trouvons pas de mesure fixe. EXPLICATION DE CE QUI VIENT d'ètre DIT. Oii volt, par la déGnition précédente , que le couplet est un assembleraent de cinq vers au moins et de seize au plus ; que les vers ainsi assemblés font et représentent une période; et que celle-ci renferme et contient un sens parfait. On voit donc par là de combien de vers au moins et de combien de vers au plus le couplet doit être composé ; ce qu'il faut entendre toutefois des vers vrais principaux. On peut voir encore, par cette définition, que le couplet est une pé- riode qui contient un sens parfait ; de sorte que tout couplet est vicieux , lorsqu'il ne renferme pas et ne contient pas un sens parfait, c'est-à-dire, lorsqu'il n'a pas un repos simple ou final. On peut encore voir par là que, quoique le couplet doive être composé de seize vers au plus et de cinq au moins, on peut y joindre d'autres vers de ceux qu'on appelle brisés. Ces vers brisés doivent avoir quatre syllabes au plus, et moins, si l'on veut ; mais si les vers principaux ne sont que de quatre syllabes, alors les vers brisés qu'on ajoute doivent être d'une mesure plus courte, afin de ne pas être égaux à leurs vers principaux ; car s'ils étaient égaux à ceux-ci , ils seraient principaux , et non pas brisés. On peut voir encore, par la même définition, que le nombre des vers brisés ne doit pas excéder la moitié des vers principaux . Car il suffit qu'on puisse placer un de ces vers de deux en deux, au plus, ou de trois en trois , ou de toute autre manière ; mais il ne faut pas que le nombre en excède la moitié fixée. Ce que nous avons dit dans la définition est la règle générale; savoir : SOS assaber que tota cobla deu haver al mens. v. versetz. et al may. xvj. per so se seguo après alqunas exceptios de la dicha régla, aqui can ditz. cohla no vol mens dueg versetz. so es a dire jaciaysso que haiam dig que cobla deu baver al mens. v. bordos. et al may. xvj. Enpero no se sec en tofas. quar sil bordo son de. vij. sillabas o de mens, coma de. vj. o de. v. o de quatre, adonx la cobla que bom fara daytals bordonetz. deu baver, viij. bordos. e no mens, et amb aquestz alqus biocz quis vol. segon ques estât dig dessus. E si aytal bordo son de. viij. sillabas o de may. coma de. ix. x. xij. adonx deu haver. la cobla quom fay daytals bordos. v. versetz al mens, e. xij. al may. et cntendatz amb alqus biocz quis vol. segon ques dig. Et enayssi la dicha régla gênerai dessus dicha so es que cobla deu baver al mens. v. versetz enlen ducg sillabas o mays. E can ditz et al plus naut. xvj. nabrassa. enten de. vij. sillabas o mens. Enpero pauzem que tu vols far una cobla de tqtas manieras de bordos. so es de bordos. de. iiij. de. v. de. vj. de. vij. de. viij. sillabas. et enayssi entro. xij. poyria bom dire e demandar quans bordos deu haver aytals coblas. Ad aysso dizcm que nos havem lo compas de bordos pauzat en très manieras, quar laus es menors. le segons mejanciers. le ters es majors, le menors. coma de. vij. sillabas o de mens, le mejanciers. coma de. viij. sil- labas 0 de. ix. le majors, coma de. x. sillabas. o de mays. per que dizem en ayssi que si la majors partz dels bordos pauzatz en aytal cobla. es del compas menor. adonx deu hom segre aquel meteysh compas, si del mejan- cier. lo mejancier. si del major, lo major. E si tant es ques haian paritat. so es engaltat. que aytans bordos haia del compas menor. coma del me- jancier. o coma del major, adonx en aquest cas deu hom segre lo compas mejancier. Et aysso entendem dels bordos principals. quar otra aquestz pot hom en aytal cobla pauzar bordos biocatz. per la maniera e per la forma, desus dicha. Encaras vezetz autra exceptio per los ditz versetz. sos assaber que dansa en lo respost deu haver. iij. bordos. e. v. al may al quai respost es la tor-^ nada scmblans. et entendem de très bordos al mens, o de. v. al may. amb 203 m que tout couplet doit avoir cinq vers au moins et seize au plus. Mais il y a quelques exceptions à cette règle, comme quand nous avons dit que le couplet ne veut pas moins de huit vers. Car cela signifie que , quoique nous ayons dit que le couplet veut avoir cinq vers au moins et seize au plus, cela n'est pas vrai dans tous les cas. En effet, si les vers sont de sept syllabes ou de moins, comme de six, ou de cinq, ou de quatre, alors le couplet composé de vers de cette mesure doit avoir huit vers, et non moins, avec quelques vers brisés, si l'on veut, comme il a été dit plus haut. Si les vers .sont de huit syllabes, ou de plus, comme de neuf, de dix et de douze , alors le couplet composé de cette espèce de vers doit avoir cinq vers au moins et douze au plus ; mais toujours avec la permis- sion d'ajouter quelques vers brisés, si l'on veut. Ainsi la règle générale, qui dit que le couplet doit avoir cinq vers au moins , s'entend des couplets composés de vers de huit syllabes , ou de plus. Et lorsqu'on dit que le couplet doit avoir seize vers au plus, cela s'entend de ceux qui sont composés de vers de sept syllabes ou de moins. Cependant , supposons qu'on veuille faire un couplet de toute espèce de vers, c'est-à-dire, de vers de quatre, de cinq, de six, de sept, de huit syllabes, et ainsi de suite jusqu'à douze, on pourra demander de combien de vers un pareil couplet doit être composé. Nous répondrons à cela que nous avons établi la mesure des vers de trois manières. Car la première est mineure, la seconde est moyenne, la troisième est majeure. La mi- neure est celle de sept syllabes et de moins; la moyenne e^t celle de huit syllabes ou de neuf; la majeure est celle de dix syllabes et de plus. C'est pourquoi nous disons donc que, si la plus grande partie des vers du cou- plet est de la mesure mineure, il faut suivre les règles établies pour les vej-s de cette mesure ; que s'ils sont de la mesure moyenne ou de la ma- jeure, il faut suivre les règles établies pour l'une et pour l'autre. Et s'il y a un égal nombre de vers des trois mesures , c'est-à-dire, s'il y a au- tant de vers de la mesure mineure que de la moyenne et de la majeure , alors il faut suivre les règles établies pour les vers de la mesure moyenne. Mais il faut entendre tout cela des vers principaux ; car on peut à côté de ceux-ci placer, dans le couplet , des vers brisés , en la manière et dans la forme déjà exposées. 11 y a encore une autre exception indiquée dans la définition ; savoir : que la danse, dans le refrain, ainsi que dans le retour, doit avoir trois vers au moins et cinq au plus, avec quelques vers brisés, si l'on veut. s: 204^ alcus biocz. quis vol, cascuna de las aulras coblas dcu haver. v. bordos al lieu al may. E degus menso daquels nodeu passar. viij. sillabas en dansa. Apres se sec que menor compas trobam en redondels et en mandelas. E quar cert compas ni cert aclor en aquels ni en aquelas apenas trobar no podem. per so de redondels ni de mandelas no curam. E qui paor ha desser repres de compas trop lonc. o trop breu. prenda lo mejancier e sera segurs. DE LA DIVERSITAT DE LAS COBLAS EN GENERAL. Mostrat havem qUCS cobla. e de cans versetz deu esser al mens. E quar diversas manieras hom fay de coblas. e per lor diversitat hom lor enpauza diverses noms, per so de las diversas manieras daquelas volem tractar. aytan quan nostre poders sestendra. E jaciaysso que totas las divcrsitatz de cobla no puscam dire, al mens direm aquelas que poyrem e que dieus nos aministrara. Devetz saber que alqunas coblas son que prendo lor nom dels rims. quar sil rim son crozat. pot esser dicha crozada. si encadenat. encadonada. et en ayssi dels autres. Encaras mays devetz saber que una meteyssa cobla. pot haver diverses noms, segon diverses respieytz. Quar bes pot far ques una cobla sera cio- zada. retrogradada. esparsa. metaforada. et enayssi pot hom entendre de las autras segon quom poyra vczer enjos. Encaras devetz saber que per far bona concluzio. permclcm motas vetz. quelderierbordo. et alqunas vetz li duy derrier bordo duna cobla. no seguo la maniera ni la forma daquel mcteysha cobla quant als autres bordos precedens. E ges per so no pert so nom a quel que deu haver la cobla. quar si una cobla era retrogradada per dictios. oz era accentuais, utrissonans o trencada. o serpentina. o replicativa. o crozada. continuada. oz encade- nada. et en la fi eran un o duy verset ques variesso. que no seguisso la forma de la cobla comensada, ges per so la dicha cobla no perd so nom. ni per so no son viciosas. et en ayssi de tropas autras. Et aysso sostenem per quom puesca far en la fi de cascuna cobla bona concluzio, Enpero garde se cascus quel dictât que comensara. vuelha segre per compas. Quar qui pren cert compas e nol continua vicis es, Chacun des autres couplets doit avoir cinq vers au moins, et ne peut en avoir davantage : et chacun de ces vers ne doit pas avoir plus de huit syllabes. Nous disons ensuite qu'on trouve des mesures plus courtes dans les ron- deaux et les mandelas ; mais que nous ne nous en occupons point , parce qu'il n'y a ni règles établies, ni auteurs connus de ces sortes d'ouvrages. Celui qui craint de se tromper en adoptant une mesure trop longue ou trop courte, peut adopter la moyenne : il est assuré alors de ne pas com- mettre de faute. DE LA DIVERSITÉ DES COUPLETS EN GÉNÉRAL. NoUS avOUS fait VOir ce que c'est qu'un couplet, et de combien de vers il doit être composé au plus et au moins. Comme il y a diverses espèces de couplets , et qu'on leur a donné divers noms , à cause de cette diversité, nous voulons traiter de ces différentes espèces , autant qu'il sera en notre pouvoir. Et quoiqu'on ne puisse détailler toutes ces espèces de couplets, nous détaillerons au moins celles que nous pourrons, selon que Dieu nous en donnera la faculté. 11 faut savoir qu'il y a des couplets qui prennent leurs noms des rimes. Car si les rimes sont croisées, le couplet peut être appelé croisé ; enchaîné, si les rimes sont enchaînées ; et ainsi du reste. 11 faut encore savoir que le même couplet peut avoir divers noms sous divers rapports. Car il peut se faire qu'un même couplet soit à la fois croisé, rétrograde, épars, métaphorique; et ainsi des autres, comme on pourra le voir plus bas. Il faut encore savoir que, pour bien terminer un couplet, nous per- mettons souvent que le dernier vers et quelquefois les deux derniers ne soient pas de la même espèce, ni de la même forme que les vers précé- dens. Malgré cela , le couplet ne perd pas le nom qui lui est propre ; car si un couplet est rétrograde par mots, ou accentuel, ou utrisonnant, ou coupé, ou serpentin, ou réplicatif, ou croisé, ou continué, ou enchaîné, et qu'il y ait à la fin un ou deux vers qui soient différens et qui n'aient pas la forme des vers du commencement , ce couplet ne laisse pas pour cela de conserver son nom , et il n'est pas vicieux. 11 en est ainsi de beau- coup d'autres. Nous accordons cette permission pour qu'on puisse bien terminer chaque couplet. Cependant, chacun doit prendre garde à bien suivre la mesure adoptée au commencement de son ouvrage. Car c'est une faute que d'adopter une mesure et de ne pas la suivre. S^ 206 :s Knpero en tôt dictât pot hom la derriera cobla o la meytat daquela o quays variar rctcngut lo principal compas et en dictatz no principals pot hom variar la primiera e la derriera o la una daquelas. DE LA DiSTiNCTio DE coBLAS EN GENERAL. Aras dcvctz saber quc totas las coblas que son. al mens aquelas de las quais nos uzam. et havem co- noysshensa. ques o son estrampas. acordans. ordinals. diclionals. parso- nieras. o sentencials. e per so segon diverses respieytz una cobla pot baver dicerses noms segon ques estât dig. Estrampas prendo nom de rim estramp. Et enayssi cum son alqun rim cstramp car. et alqu estramp cornu. Enayssi havem doas manieras de coblas. so es assaber estrampas caras. et estrampas comunas. Acordans son las autras et aquestas vario se. en motas manieras, quar alcunas so. sonans. alqunas. consonans. alqunas. simplas Iconismas. alqu- nas. perfiechas leonismas. e totas aquestas prendo ysshamens lor nom dels rims. sogon ques estât dig lassus. Ordinals prendo lor nom dels rims ordinals. aquestas ordinals o so. dis- solutas. singulars. cap-caudadas. caudadas. continuadas. encadenadas. cro- zadas. crotz-cadenadas. crolz-caudadas. cadcna-caudadas. muUiplicativas. biocadas. replicativas. refranchas. serpentinas. deguizadas. esparsas. re- trogradadas per acordansa. retrogradadas per bordos. retrogradadas per diclios. doblas. ternas. quazernas. quintas. unissonans o reforsadas. Dictionals prendo lor nom dels rims diclionals. et aquestas o son deri- vativas. equivocas. accentuais, utrissonans. trencadas. o sillabicadas. Parsonieras son dichas de part o de parso. quar part o parso prendo de las ordinals. e de las sentencials. E per so son pauzadas en lo mieg daque- las. SOS assaber entre las ordinals. e las sentencials. a signiticar e mostrar- que aytant han que far ad aquelas. coma ad aquestas. parsonieras. o son capfmidas. capdenals. recorda livas. retronchadas. duplicativas. deffrenadas. oz affecluozas. Sentencials prendo lor nom de sentencia. et aquestas sentencials han ysshample de diverses noms, segon que la sentencia se diversifica. et enayssi estas sentencials. o son dubilativa^ o dublozas, contrariozas. comu- s: 207:2 Néanmoins, dans tout ouvrage , on peut changer le dernier couplet, ou la moitié, ou presque la moitié de ce dernier couplet, en conservant la mesure principale. Dans les ouvrages peu importans, on peut changer le premier et le dernier couplet, ou l'un des deux. DE LA DISTINCTION DES COUPLETS EN GÉNÉRAL. On doit savoir main- tenant que tous les couplets qui existent, au moins 'ceux dont nous nous servons et dont nous avons connaissance, sont estropiés, accordans, ordinaux, dictionnels, participans, ou sentencieux. C'est pourquoi ils prennent divers noms, suivant ce qui a été dit. Les couplets estropiés prennent leur nom des rimes estropiées. Aussi , comme il y a des rimes estropiées rares et des rimes estropiées communes, il y a aussi deux espèces de couplets estropiés , savoir : les estropiés rares et les estropiés communs. Les autres couplets sont les accordans , et il y en a de plusieurs es- pèces. Car les uns sont assonnans, les autres consonnans, d'autres léonins simples, et d'autres léonins parfaits. Toutes ces différentes espèces de cou- plets prennent aussi leurs noms des diverses espèces de rimes, comme nous l'avons dit plus haut. Les couplets ordinaux prennent leur nom des rimes ordinales. Ces rimes ordinales sont disjointes, singulières, capcaudadas , caudadas, con- tinuées, enchaînées, croisées, crotzcadenadas , crotzcaudadas , cadena- caudadas, multiplicatives, brisées, réplicatives, refranchas, serpentines, ■variées, éparses, rétrogrades par accord, rétrogrades par vers, rétro- grades par mots, doubles, triples, quadruples, quintuples, unisonnantes ou renforcées. Les couplets dictionnels prennent leur nom des rimes dictionnelles, qui sont dérivatives, équivoques, accentuclles , utrisonnantes, coupées ou syllabées. Les couplets participans tirent leur nom de part ou de partie, parce qu'ils tiennent en partie des couplets ordinaux, et en partie des couplets sentencieux. C'est pourquoi ils sont au milieu , c'est-à-dire, placés entre les deux, pour signifler et démontrer qu'ils participent autant des uns que des autres. Ces couplets sont cap/init, capdenals, recordatifs, retroanchat, duplicatifs, effrénés ou affectueux. Les couplets sentencieux prennent leur nom de sentence ou de sens. Ils ont divers noms suivant que le sens varie : ainsi ils sont dubitatifs, dou- teux, invers, contraires, commulalifs, divers, métaphoriques, gradatifs. s 208 :s tativas. diversas. reversas, methaforadas. gradatiras. ornativas. permuta- tivas. exclamativas. divinalivas. rescostas. proverbials. derrizorias. assem- blativas. exemplificativas. responsivasorespondens. tensonadas o tensonans. en autra maniera dichas interrogans o enterrogativas o razonans. conclu- sivas o concluzens. conpendiozas. contrafachas. occupativas. distributivas. designativas o designans. partidas. oxytadadas. costructivas. DE LA DIVERSITAT DE COBLAS EN ESPECIAL E PRIMTERAMEN DE COBLAS ESTRAMPAS. Vist havem de las coblas en gênerai, aras cove que tractem en especial. E primieramen de las estrampas. et en après de las acordans. enayssi de las autras per orde. e veus de las estrampas. DE COBLA ESTRAMPA CARA. Près et enclaus. estau dedins un celcle. On me destrenh osses nervis e canibas Araors. e pueysh fam ayssi batr els polses. Cum li martel, can fero sus lenclutge. Si quen languisc. quo sim ténia febres. Esbaytz soy. veîayres mes que somi. Quar degun loc no puesc trobar don yesca. DE COBLA ESTRAMPA COMUNA. Tan cociros me fay estar la mortz. Can me sove. que tôt quant es arrapa. Que lunh solas. nom da joy nim déporta. Ans de paor me fay tremblar e frire. £ majormen, quar veg quem vay entorn. Tolen rauban. mos amix que no dupta. Jove ni vielb. noble ni rie ni paubre. Ad orbas trax. e fier que re no y garda. DE LAS COBLAS ACORDANS E PRIMIERAMEN DE COBLA SONAN No crezas leu a tota gen. Ni semblés a scnhal de vcn. s: 209:2 ornalifs, pcrniulalifs, cxclamalifs, divinalifs, cachés, proverbiaux, déri- soires, assemblalifs, exemplificatifs, rcsponsifs ou répondans, tcnsonnés ou tensonnans, autrement dits interrogeans ou interrogatifs ou raison- nans, conclusifs ou concluans, compendicux , contrefaits, occupatifs, distribuiifs, désig natifs ou désignans , partagés ou meitadat et constructifs. DES DIVERS COUPLETS EN PARTICULIER , ET PREMIÈREMENT DES COU- PLETS ESTROPIÉS. Nous avons traité des couplets en général ; il convient maintenant d'en traiter en particulier, en commençant par les estropiés, puis paroles accordans, et ainsi des autres, suivant leur ordre. Voici d'abord des exemples de couplets estropiés. EXEMPLE DE COUPLETS ESTROPIÉS RARES : Je sais pris et enclos dans nn cercle, Où mes os, nerfs et jambes sont étreintes Par l'amour : et puis il me fait battre le pouls. Comme les marteaux, quand ils frappent sur l'enclume; Si bien que je languis , comme si j'étais tenu par la fièvre : Je suis ébahi : je ne vois rien que songe ; Car je ne puis trouver aucun endroit pour sortir. EXEMPLE DE COUPLETS ESTROPIÉS COMMUNS : Tant inquiet me fait être la mort. Quand je pense que tout ce qui est , elle l'emporte , Qu'aucune consolation , ni joie ne peut mètre apportée. Mais de peur elle me fait trembler et frémir. Et surtout quand je vois qu'elle va à lentour. Volant, dérobant mes amis : qu'elle ne craint Ni jeune, ni vieux, ni noble, ni riche, ni pauvre. Qu'elle entraîne en aveugle et frappe sans regarder. EXEMPLE DE COUPLETS ACCORDANS, ET PREMIÈREMENT DE COUPLETS ASSONNANS : Ne croyez pas trop vite à toute gent , Ne ressemblez pas au signal du vent , s: 210 r^ Que tantost ques feritz dun toc. Se descologa de son loc. Quar hom que leu cre leuraen falh. E tost sen mal. dol e trebalh. 1)E COBLA CONSONAN. Veus le reys dels reys que damon Es desshendutz en aquest mon. Per nos rezemer del forfag. Quel primiers homs havia fag. Veus cel que vol esser menatz. Amor. per salvar los dampnalz. DE COBLA SIMPLA LEONISMA AMB ACCEN LONG. Si be pot mays soen natura. Segon rigor que noyridura. Per equitat mantas vetz obra. En tant que noyrimens la sobra. Bos noyrimens donx not escape. Que naturals vicis not râpe, DE COBLA SIMPLA LEONISMA AMB ACCEN AOUT. Tant prozamens feric Gastos. De lansas. massas e bastos. Que passée los autres guerriers. Els fe remaner totz derriers. Valens homs fo certz e pauzatz. Per ques tanh que sia lauzatz. DE COBLA PERFIECHA LEONISMA AMB ACCEN LONC. Veus la corona de vida. Quen la crotz totz nos covida. Veus cel que sa patz nos dona. Els pecatz del mon perdona. Qui, sitôt quil est l'rappó d'un coup )toc), Se dérange de sa place (loc). Car l'homme qui croit légèrement, facilement se trompe (falh) , Et prompteraent il s'en trouve mal, en souffre et travaille • trebalh ). EXEMPLE DE COUPLETS CONSOPiNANS : Voici le roi des rois, qui d'en haut (d'araon) Est descendu dans ce monde (mon), Pour nous racheter du forfait Que le premier homme avait fait. Voici celui qui voulut être mené A la mort , pour sauver le damné. EXEMPLE DE COUPLETS LÉONINS SIMPLES EN ACCENT LONG : Si bien souvent peut plus la nature ( natura ) , A la rigueur, que la nourriture (la noyridura ), Par égalité, maintes fois elle agit (la sobra), Tellement, que la nourriture la surpasse (sobra). Qu'une bonne nourriture, donc, ne t'échappe pas (no t'escape). Afin qu'une nature vicieuse ne t'entraîne pas (not râpe). EXEMPLE DE COUPLETS LÉONINS SIMPLES EN ACCENT AIGU : Si bravement frappa Gaston De lance, massue et baston, Qu'il passa les autres guerriers. Et les fit rester tous derniers. Ce fut certes un homme vaillant et ferme ( pauzats ) : C'est pourquoi il mérite d'être loué (lauzats). EXEMPLE DE COUPLETS LÉONINS PARFAITS EN ACCENT LONG : Voici la couronne de vie, Qui sur la croix tous nous convie; Voici celui qui sa paix nous donne. Et qui les péchés du monde pardonne; Veus cel que greu mort suferla. E fa de son cors uferta. Per nos menar en laltisme. Qu avem près lo sant baptisme. DE COBLA PERFIECHA LEONISMA AMB ACCEN AGUT. Donam plor e contricio, Senher Dieus am devocio. Quar pies soy de gran vanetat. E no puesc trobar sanetat. Si vos nom donatz guerimen. Don tota res pren noyrimen. DE LAS COBLAS ORDINALS E PRIMIERAMEN DE COBLAS DISSOLDTAS. On mays en araor cociri. Soy del sieu joy deziros. £1 dezirs plazer niaporta. E desplazer mantas velz. Plazer per bon esperansa. Desplazer per lonc esper. Amors enayssl tôt dia. E aqaest trantol me te. Mi dons can veg et albiri. Am son regart amoros. Tôt le mieu cor sen conorta. Tant es vas liey purs e netz. Si que dautra remembransa. Ni lunh joy no pot baver. Quar amors en ayssim lia. Quab liey estar mi cove. DE LAS COBLAS SINGULARS LAS QUALS HOM POT HAVER PER AQUEST D ICTAT APPELAT COCIR DE LA MORT. Una spinam Cer Que nueg e jorn raacora Voici celui qui souiîrit un grave supplice, Et de son corps fit le sacrifice , Pour nous mener au bien suprême Que nous avons par le baptême. EXEMPLE DE COUPLETS LEONINS PARFAITS EN ACCENT AIGU : Donne-moi pleurs et contrition, Seigneur Dieu, avec dévotion. Car je suis plein de grande vanité (vanetat). Et je ne puis trouver santé (sanetat), Si vous ne me donnez soulagement (guerimen), Vous, dont tout prend son accroissement (no)'rimen). EXEMPLE DE COUPLETS ORDINAUX, ET PREMIÈREMENT DES COUPLETS DISJOINTS : Plus sur l'amour je réfléchis { cociri ) , Plus de ses joies je suis désireux ( deziros ). Le désir, du plaisir m'apporte (m'aporta), Et du déplaisir maintes fois ( vetz ) ; Du plaisir, par bonne espérance (esperansa), Du déplaisir, par trop long espoir (esper). Amour ainsi tous les jours (dia) Dans cette balance me tient (me te). Quand je vois ma dame et que je la considère (albiri) , Avec son regard amoureux (araoros), Aussitôt mon cœur se conforte (conorta). Tant il est près d'elle pur et serein (netz); Si bien qu'aucune autre souvenance (reraembranza), Ni aucune joie, il ne peut avoir (baver). Car amour tellement me lie (lia). Qu'être avec elle il me faut(cove). EXEMPLE DE COUPLETS SINGULIERS, DONT ON PEUT VOIR UN MODÈLE DANS LA PIÈCE SUIVANTE, APPELÉE ÉLÉGIE DE LA MORT : Une épine me blesse ( fier ) , Qui nuit et jour me tient le coeur (m'acora); U njifrf -. -^..-.^-^/^y-Jat^^».^"^^^- >.-.|».^^>^ A m gran cocirier Dedins mon cors demora Per lunh alegrier No la puesc gitar fora Don soy for languitz Et espaoritz La sua razitz Tant me punh em trasfora Qaen soy esbaytz. Lespinam Irasfinh De la mort que menbaussa Fugir per enginh Nol puesc las tant mencaussa Per ley nin trelinh Rictat ni lunha haussa Trop mes despîazens Quar mot falsamens Rauba mos parens E leva al punh et aussa Contra totas gens. Trop ma greu relaysh Quar fort veg que malhira Porta son carcaysh E larc tes am la vira Tant me fay gran faysh Paor e dol et ira Quel mieu cor despert El gaug del mon pert Quar tost et apert Vas totas partz se vira Tant sap ferir cert. De paor cofus Estau las que mengarre Larc mete sul mus Trop mes cozent et arre Tôt sera conclus JtauKi h Avec grande inquiétude (cocirier^, Dans mon cœur elle demeure (demora). Par aucun plaisir (alegrier) Je ne puis la chasser dehors ( fora ) : Dont je suis fort languissant (ianguitz) Et épouvanté (espaoritz). La sienne racine ( razitz ) Tant me poigne et me perfore ( Iransfora ) , Que j'en suis ébahi (esbaytz). L'épine me transperce (trasfinh). A la mort qui me poursuit ( m'enbaussa ) Echapper, par aucun moyen (enginh), Je ne puis, hélas 1 tant elle me suit (m'encaussa). Pour elle, rien, ni luxe (trelinh). Richesse, ni aucune fortune (haussa). Elle m'est trop déplaisante (desplazens); Car, fort traîtreusement (falsamens), Elle dérobe mes parens (parens). Elle lève le poing et frappe (aussa) Contre toutes gens (gens). Je trouve très difficilement du relâche (relaysh) ; Car je vois bien qu'elle me vise (m'albira) ; Elle porte son carquois (carcaysh) , Et elle tient l'arc avec les flèches (vira). Elle me fait si grand fardeau (faysh), Et peur, et deuil, et courroux (ira), Que mon cœur désespère (despert) , Et les joies du monde perd (pert) : Car vite et ouvertement (apert) De tous côtés elle se tourne (vira) ; Tant elle sait frapper certainement (cerl) ! De peur confus (cofus) Je suis, hélas 1 qu'elle ne me frappe (niengarre). Elle tend l'arc sur ma figure (mus). Trop m'est cuisant et brûlant (arre). Tout sera fini (conclus). A y la leu cum dessarrc Non hay carn ni flanc Os nervi ni sanc Que non sian ranc No say las on merabarre. Tant duptil greu tanc. E quar al sieu trag Lunha res no samagua. Terni que tal ag Lo œortal cop me tragua Em do tal enpag Que nom lega far pagua Dels pecalz plus fortz Ni pagar mos tortz Per quieu fos estortz E que nols me retragua. Dieus can seray mortz. La mortz can me toc. No say per que materra. Si venra per foc. O per mar o per terra. Quar no gara loc. Temps, jorn. comba. ni cerra. Si eu las vis lo cep. Co pren e recep. Fugiral sieu trep. Pero la sua guerra. Totas gens decep. No trobi repaus Quar la mortz per tôt rcnha. Qui près et enclaus. Ma del tôt on quem tenha De tôt pren las claus Que re laysshar noy denha Contra mi tant corr Que ja mes sul morr Qu'aussitôt elle détende (dcssarre), Et je n'ai ni chair, ni flanc (flanc) , Os, nerfs, ni sang (sanc), Qui ne soient malades (ranc). Je ne sais, hélas! où m'cnfermer (m'embarre). Tant je redoute ce grand coup (tanc). Comme à son trait (trag) Aucune chose ne se dérobe (s'amagua), Je crains qu'une telle atteinte (ag) Le coup mortel ne me porte (tragua). Et ne me donne tel embarras (enpag) , Qu'il ne me laisse pas faire paye (pagua) Des péchés les plus forts (fortz), Ni payer mes torts (tortz) , Afin que je sois sauvé (estortz) , Et que Dieu point ne me les rappelle (retragua) Quand je serai mort (mortz). Quand la mort me touche, Je ne sais par où elle me frappe; Si elle viendra par le feu , Ou par mer, ou par terre. Car elle n'observe pas le lieu , Ni temps, ni jour, ni vallée, ni colline. Si je voyais la chaîne Avec laquelle elle prend et retient , Je fuirais son piège. Mais sa guerre Tout le monde trompe. Je ne trouve point de repos; Car la mort partout règne. Pris et enfermé , Elle m'arrête, partout où je me tiens. De tout elle prend les clefs , Et elle ne daigne rien laisser. Contre moi, tant elle court. Que déjà elle est sur ma figure. Aur argen ni torr. No pretz un tronc de lenha. Si Dieus nom secorr. Dieus am cor suau. Hac de la mort engoysha. Seguen son esclau Lo raieu cor sen engoyssha E quar mûrir \au. No prec una simoyssha. Vestirs amb aur fres. Nils mondanals bes. Quar per lo fais bres. De la mort ginte raoyssha. Es ades tôt près. Aylas quai conort. Prendray sus la balansa. jfîfi«0 Del pas de la mort. Quar noy truep amparansa. Ni per escut fort Ni bran macis de lansa. Quar liât me te. La mortz ab tal fre. Que per mal ni' be. Noy puesc trobar pitansa. Ni punch de merce. DEL COCIR DEL DESLASSAMEN DE LARMA, Mays es al mieu cor. Le pas dezagradables. Quamarors de tor. E plus espauenlables. Quar mentrel cors raor. Ades ve le diables. Cochos de gran trot. Larraa vol al clôt. Or, argent, ni fortune. Je n'estime pas plus qu'un morceau de Itois, Si Dieu ne me secourt. Dieu , avec un cœur doux , De la mort eut l'angoisse; Suivant son exemple , Mon cœur s'endolorit. Car je vais mourir. . Je n'estime pas une rognure Les vêtemens d'or brillant, !Ni les biens mondains; Car, par leur faux éclat. De la mort la terrible mâchoire Est maintenant tout près. Hélas ! quel soutien Prendrai-je sur le penchant Du pas de la mort? Car je n'y trouve protection , Ni par écu fort. Ni par épée, ni par lance. Car lié , je suis tenu Par la mort, avec un tel frein, Que par mal , ni bien , Je ne puis trouver de ménagement. Ni aucune merci. ÉLKGIE DU DÉLAISSEMENT DE L'AME. Plus à mou cœur Le passage est désagréable Qu'amertume de glace, Et plus épouvantable. Car, quand le corps meurt. Voilà que vient le diable En hâte et au grand trot. Il veut, dans le tombeau. Cabussar trol pot Et als focz perdurables. Enpenher si pot. E retrayram totz. Mos pecatz ses falhensa. Si de faytz erotz. Nols ha donx penedensa. Falhir ma la votz. Le sens la conoysshensa. Haylas al raaivat. Garnit et armât. E pie de barat. Yeu quo laure defensa En tan gran débat. Totz se rons al cors. . , » i? Can larmal desempara. Pedins e defors. Quar la mortz es amara. Tan greu es le mors. Quels huelhs tortz e la cara. La lengua parlar. No pot ni mot far. , . ^, Ni dir ni cridar. Bêla companha cara. Venetz majudar. Cors dejos los herms. Sera duey may ta plassa. <" ■;'■ Ara cucas e verras. Quar larroa sen deslassa. Roraputz ha tos germs, La raortz ara la greu raassa. En breu li grapaut. Rompran raalazaut. Ta carn e largaut. Pejos la terra bassa. On has fag lo saut. S'. 221 Se Précipiter l'amo au plus tôt , ^t aux feux éternels. La livrer, s'il peut. Et il me rappellera tous Mes péchés, sans omission, Si défaits et effacés Ils n'ont été déjà par la pénitence, La voix me manquera, Ainsi que le sens et la connaissance. Hélas ! contre le Malin , Préparé et armé, Et plein de fausseté , Moi 1 quelle défense aurai-je En un si grand combat! Tout se rompt dans le corps, Quand l'ame labandonne, Au dedans et au dehors. Car la mort est amère. Son mors est si dur, Que, les yeux tournés, ainsi que le visage. La langue ne peut parler, Ni prononcer un mot, Ni dire, ni crier : Belle compagne, chérie. Venez ra'aider. O corps , sous la terre , Sera désormais ta place Avec les taupes et les vers. Car l'ame te délaisse. Tous les liens sont brisés. Par la mort , avec sa lourde massue. Bientôt les crapauds Déchireront cruellement Ta chair et le suaire, J)ans la fosse profonde Où tu as fait le saut. Le cors es apart. Larma sen vaj dolenta. Volontiers sen part. Cascus e sen absenta. A totz fay regart. La mortz non veyretz trenta. Rey marques et duc. Ne son paoruc. A totz pren lo bue. La mortz. els espauenta. En tray tôt lo suc. Cors aras pergut. Daquest segle la tresca. La carns tua put. Laquais fo bel e fresca. Tôt es corruraput, Breumen tornaras esca. La boque li huelh. /. Han pergut lerguelh. k{ isJ Pus quel socz del truelb. £to8 Hal mel trayt de la bresca. Tug son dorre scuelh. DEL COCIR UELS EFANS. No puesc mudar las. No sospir e nom planha. Can maian al vas. Sebelit ma companha. Nom volrian pas. Trobar en camp nin planha. Ans crey ques ades. Cascus desperdes. Can me vis de près. Quar la mortz los estranha. Quel mon te los pes. Plustost er enduytz. Le corps est séparé : Lame s'en va dolente. Volontiers on se retire, Et chacun s'en éloigne. La mort fait peur A tous : vous n'en verrez pas trente, Rois, marquis et ducs, Qui n'en soient peureux. La mort enlève l'audace A tous; elle les épouvante. Et leur ôte tout leur esprit. Corps, tu as maintenant perdu L'ornement de ce siècle. Ta chair pue; Elle qui fut belle et fraîche, Elle est toute corrompue. Bientôt tu retourneras en poussière. La bouche, les yeux Ont perdu leur orgueil. Plus que la souche du pressoir Ne tire le miel de la cire. Tout leur éclat est effacé. ÉLÉGIE DES ENFANS. Je ne puis m'empécher , hélas ! De soupirer et de me plaindre De ce qu'on m'a en-bas Enseveli ma compagne. On ne me voudrait pas Trouver en champ ni plaine. Au contraire , je crois qu'à présent Chacun se disperse. Quand il me voit de près. Car la mort éloigne Ceux dont le monde porte les pieds. Ils étaient bien plus enclins, Tôt lo cor e lor pessa. En cercar estuytz. Cofres e benevessa. Que donar dels fraytz. Ni dir per mi la raessa. De be far caytiu. Seran et esquiu. Plorar man un briu. La terra dessus messa. Secaran li riu. Qui SOS efans vol. Enrequir am barata. Vergas cuelh de dol. Am las quais Dieus lo bâta. Quar maleza col. E drechura barata. Perquer mes al banh. Difern mot estranh. Si del mal gazanh. De say no red la plata. En ayssi quos tanh. LO COCIR DE LA MOLUER. Ma molhers aprop. Sera tota destencha. Semblara de prop. De la mort sia tencha. Mas nol tendra trop. Leu mudara de tencha. Al sieu gran trebalh. Del mieu cors quel falh. Haura tost mes calh. Sol que tengua ma sencha. Menara lo dalh. E segram ploran. E planhen tro la fossa. A-iy:;ri k^iui áì S^ 225 t^ J)c tout leur cœur et do leur pensée , A chercher des étais, Des coffres et des bienvenues , Qu'à donner des fruits , Et à dire la messe pour moi. Ils seront à bien faire Mal disposés et revêches. Ils me pleureront un peu. Quand la terre sera mise dessus, Ils sécheront leurs larmes. Qui veut ses enfans Enrichir par la fraude , Cueille des verges de deuil Avec lesquelles Dieu le battra. Car il protège la malice, Et il agit contre la droiture. C'est pourquoi il est mis au bain D'enfer, le plus rigoureux, Si du mauvais gain, Ici-bas, il ne rend l'argent, Comme il convient. ÉLÉGIE DE LA FEMME. Ma femme après Sera toute défaillante ; Elle semblera de près Par la mort comme atteinte ; Mais cela ne durera pas trop. Bientôt elle changera de couleur : A son grand soin Pour mon corps défaillant. Elle aura bientôt mis fin. Seulement qu'elle tienne ma ceinture Et elle aura mené le deuil. Elle me suivra pleurant Et se plaignant jusqu'à la fosse; g: 226 !S Ëtians de mieg an. Tornara grasse grossa. Son cors sojornan. Sengalhardira lossa. Trop conosc ques grans. De femna lengans. Quar layssh aïs efans, Neish per un home bossa. Ques avia cent ans. Can jove molher. Hom fa done bayliva. Trop mes dur e fer, Quar pueysh tant es plegiva Quen breu de temps ner. La maynada caytiva. Quil da poder lare. Layssha gran enbarc. Als sieus e greu carc. Par me quel lop abriva. Als anhels del parc. •DEL COCIR DELS PARENS E DELS TUTORS. Li paren saber. Volran a mo vejayre. Sieu hay gran aver. Ni si lor layssa gayre. Per pagat tener. Non veyretz sor ni frayre. Ni cozi ni bot. Trastug coma glot. O volrian tôt. Can non poyran als fayre. Me blasmaran mot. De mos efans paucz. Voira cascus la cura. — - 227 ^ Avant la mi-année. Elle retournera grasse et grosse; Son corps se réjouissant, Redeviendra gaillard. Je sais trop combien est grande De la femme la fraude : Car elle laissera ses enfans , Même pour un homme bossu, Qui aura cent ans. Quand jeune femme On fait dame et maîtresse. On trouve dureté et cruauté. Car ensuite elle est plus capricieuse , En peu de temps , qu'elle n'était. La jeune fille tourmente Celui qui lui donne large pouvoir , Laissant grand embarras Aux siens et lourde charge. 11 me semble que le loup garde Les agneaux du parc. ÉLÉGIE DES PARENS ET DES TUTEURS. Ij Les pareqs voudront [l Savoir, à ma vieillesse, Si j'ai grand avoir, Et si je ne leur laisse pas beaucoup. Pour venir payer, Vous ne verrez sœur, ni frère, Ni cousin, ni neveu. Insatiables comme le glouton , Ils voudraient tout : Quand ils ne pourront faire autrement , Ils me blâmeront fort. Chacun , de mes enfans Voudra pe'j prendre soin , z:228 «M Per garnir lors baucz. De la sobre mezura. Tant quels efans craucz. Veyretz et am frachura. Baratz sen requish. Engans se garnish. £ fraus sen antisb. Ses decbay e drechura. Tôt jorn deperish. Cobezessa test. Ha falsada tutela. Ses guerre ses ost. Lagitada de cela. So nom te rescot. Qui per tal nom lapela. Quar yeu ad huelh veg. Quengans fe queus deg. Va pertot apleg. Degus no si capdela. Segon Dieu ni dreg. DEL COCIR DE LARMA QUES FORA DEL CORS. Larraa dol se da. Ques fora de lescorsa. Am paor ques ha. Pregua Dieu que lescorsa. Le fais près lista. Quar daver liey sesforsa. El vay tôt entorn. E ditz en est jorn. Seras el mieu forn. Don per enginh ni forsa. Res non ha retorn. Larma de dolor. E dengoyssha languida. s: 229:2 Afin d'augmenter leur lot D'un surcroît de mesure. Mais vous verrez l'enfant Maigre et malade. La tromperie s'enrichit , L'intrigue se garnit, Et la fraude domine Sans cesse; et la droiture Tous les jours dépérit. La cupidité promptement A faussé la tutelle. Sans guerre, sans ennemi, Elle l'a renversée par terre. Celui-là cache son vrai nom, Qui de ce nom (de tutelle) l'appelle. Car je vois clairement Qu'elle fausse la foi qu'elle donne. C'est partout l'usage : Personne ne se conduit Suivant Dieu et le droit. ÉLÉGIE DE LAME QUI EST HORS DU COUPS. Lame est en deuil. Quand elle est hors de l'écorce : Avec la peur qu'elle a , Elle prie Dieu qu'il la secoure. Le Malin se tient près d'elle ; Car il s'efforce de la prendre. Il va tout autour. Et dit : En ce jour. Tu seras dans mon four, Dont par adresse, ni force. Rien ne peut sortir. L'arae, languissante De douleur et d'angoisse, 15 Can ve lo Irachor. Plora sospire crida Va sen de paor. Coma cauza faydida. Cuja li fagir. Et el al seguir. No sab on se vir. Tant es triste marrida. Que res no pot dir. Am critz et am plors. Sen fug per una lissa. El fais de gran cors. La persec e la fissa. Ta mal ha delors. Que tota sen hjrissa. Si la tenh sul test. Sentira larrest. Del mala forest. Dir poyra si labissa. Ite missa est. De gran espauen. Tôt lo cor me tremola. Quar sil ta furs pren. Marma in la rodola. En yfern arden On es la grans payrola. Sentiray larsura. El foc difern trum. Ufrir pa ni lum. Nom trayra de lescola. Plena de mal fum. Arma sit atenh. Lenemix en sas ylhas. On focz nos destenh. Hauras malas jacilhas. Paors sit deslrenb. s:23i:r Quand elle voit le traître, Pleure, soupire et crie. Elle défaille de peur, Comme une chose perdue. Elle pense à le fuir, Et lui à la suivre. Elle ne sait où se tourner. Elle est si triste et marrie, Qu'elle ne peut rien dire. Avec cris et avec pleurs, Elle s'enfuit par dessus le mur; Et le Malin , d'une course rapide , La poursuit et la presse. Elle a tant de mal, dès lors. Qu'elle se hérisse toute. S'il la tient par la tète. Elle sentira l'arrêt Du terrible fouelteur : Elle pourra dire, s'il l'abîme : Jte missa est. De grande épouvante Tout le cœur me tremble; Car si le voleur prend Mon ame, et la roule Dans l'enfer brûlant. Où est la grande chaudière, Je sentirai la brûlure. Et le feu de l'infernal tonnerre. L'offrande de pains et de cierges Ne me tirera pas de la prison Pleine d'affreuse fumée. Ame, si l'ennemi T'entraîne , dans ses griffes , Là où le feu ne s'éteint pas, Tu auras mauvaise couche, Si la peur t'étreint, No men fau meravilhas Sit met al sieu treu Sentiras en breu. Foc e glas e neu. E ronsaras las silhas. Per la dolor greu. Arma dels forfaytz. A Dieu no potz défendre. |j,,t,i) Si nols bas deffaytz. Am penedensa prendre. Pels tieus pecatz laytz. El vole en la crotz pendre. E suffrir la mort. Per quet des bon port. Donx bas tu lo tort. Si bas deves dessbendre. ai iïft En gran desconort. ■ PREGÂRIAS A DIEU. Vers Dieus glorios Lumiera del altisme. Marma que per vos. Ha près lo sant baptisrae. Gandelz que la jos. No cai al potz dabisme. Freg e pie divern. E de gran esquern. E del foc difern. Met la dins ton regisme. El lieu sant govern. La pura bontatz. Quet dec voluntat bona. Ques hom fos creatz. Prec senher quet somona. Que sia salvatz. Et haia la corona. «5>« a'i'i •«» Je ne m'en émerveille pas. Sil te soumet à son tribut, Tu sentiras bientôt Feu, et glace, et neige, Et tu fronceras les sourcils, Par la douleur grande. Ame, de tes forfaits, Auprès de Dieu , tu ne peux te défendre, Si tu ne les as effacés. En fesant pénitence. Pour les péchés, hélas! 11 voulut être pendu à la croix , Et souffrir la mort. Afin de te donner bon port. Donc tu as tort , Et tu dois profondément t'humilier En grande douleur. PRIERE A DIEU. Vrai Dieu , glorieux , Lumière du Très-Haut ! (Gardez) mon ame, qui, par vous, A pris le sait\t baptême ; Gardez (la) pour que , là-bas. Elle ne tombe pas dans le puits de l'abîme, Froid et plein d'hiver. Et du grand blasphème. Et du feu d'enfer. Prends-la sous ta direction Et ton saint gouvernement. Que la pure bonté Qui vous donna la bonne volonté Pour créer l'homme. Je vous en prie , Seigneur, qu'elle vous engage A le sauver , Et à lui donner la couronne s 234 ^ Del tieu gaug veray. Se de te no tray. Bon govern desay. La jos bas veg que dona. Quar en si dechay. PREGARIÂS A LA MAIRE DE DIEU. Joy de paradis. Fons de gracia plena Del mon gaug e ris Cel qu efantetz ses pena Dissipée abis Las clans e la cadena. El huysh el verrolb. Marma del gorgolh Difern mal e grolb. Gandish e de la pena. Del payrol que bolh. síiììuiM !; Tors e nautz castels La benigna tustada. Que dec le martels. De ta porta sarrada. Can le dons auzels. Hac la salut portada. Umplic ton hostal. Del ros divinal, Per larraa tertal. Fier una raartelada. Et er ses tôt mal. . I.-IÍU A ub néiffliKi TOBNADA. ;io5 ì3l Flors humil del mal. Gandetz ifernal. Per que sian sal Cel qu eus han reclamada El gaug eternal. Amen. De votre véritable joie. S'il ne reçoit pas de vous Bonne direction en ce monde, Je vois, là-bas dessous, ce qu'on lui donnera. Car, par lui-raéme, il tombe. PRIERE A LA MERE DE DIEU. Joie du paradis. Fontaine pleine de grâce. Plaisir et ris du monde, Celui que vous enfantâtes sans peine Brisa l'abîme, Les clefs et la chaîne. Et l'huis et le verrou. (Préservez) mon ame du chemin De l'enfer mauvais et tumultueux ; Préservez (la) du supplice Do la chaudière qui bout. Tour et haut castel, Le favorable coup Que donna le marteau A ta porte fermée. Quand le doux oiseau Apporta la salutation. Remplit toute la maison D'une rosée divine. Pour l'ame souffrante , Frappe un coup de marteau. Et elle sera sans mal. TORNADE. Humble fleur, du mal Infernal, gardez-nous; Afin que soient sauvés Ceux qui vous ont demandé La joie éternelle. Amen. s: 236 ^ Encaras podon esser singulars pauzat que sian capcaudadas solamen que no y haia mas dos bordos acordans. sos assabcr le dernier de la primiora cobla cl pnmier de la scguen cobla. Quar eslicrs no séria Icgut en coblas singulars rclornar las acordansas de la una cobla en lautra si donx no fazia per drcg compas du o de dos bordos o de trcs al may. E si de mays relornava las acordansas coma de quatre o de mays. adonx no poyria esser dichas adrechamen singulars. Et aysso que ayssi dizem de coblas sin- gulars. pot haver loc en coblas doblas. lernas. quaternas. quintas. et enayssi de lors semblans. E daquesla materia devera traclar enjos can Iractem de mot e de rim tornat. DE LAS COBLAS CAPCAUDADAS EN AUTRA MANIERA DICEAS CAPCOADAS. Aqucstas coblas scgucns son capcaudadas quar en aquela acordansa que la una finish, comensa lautra. Et ayssi meteysh poyria hom scguir aquest compas cant a las acordansas de doas en doas o de très en très o de quatre en quatre o de may o las pot hom far totas quis vol dun acordansa. Mayres de Dieu glorioza Ton payre senhor e filh Prega que garde Tholoza De tôt mal e de pcrilh. Slatz de lieys arnparansa E de totz SOS valedors Ostatz lor gran malenansa Que suefre pcr trahidors Enemicz falses raubayres. Per nos pecadors etz mayres De Dieu nostre creator, Perque faytz tant quel salvayres Nos traga desta iangor. Si per nos etz avocada Patz del cel nos traraetretz Quar nous sera denegada La demanda que faretz A Dieu vostre filh bénigne. Flors humils quar ens non digne s: 237 :2 Les couplets peuvent ôire singuliers, quoiqu'ils soient capcaudaiz , pourvu seulement qu'il n'y ait pas plus de deux vers sur la môme rime, savoir : le dernier du premier couplet et le premier du second. Car au- trement il n'est pas permis, dans les couplets singuliers, de répéter les rimes d'un des couplets dans l'autre, si ce n'est dans un, deux ou trois Ters , au plus. Si on répétait les rimes dans un plus grand nombre de vers, comme quatre ou plus, les couplets ne pourraient proprement être appelés singuliers. Ce que nous disons ici des couplets singuliers, peut avoir lieu dans les couplets doubles, triples, quadruples, quintuples, et leurs semblables. Nous traiterons plus bas ce sujet, en traitant des mots et des rimes répétées. DES COUPLETS CAPCAUDATZ , AUTREMENT DITS CAPCOATZ. LeS COUplclS suivans sont capcaudatz : car l'un finit par la même rime que l'autre commence. On peut suivre cette correspondance dans deux couplets, ou dans trois, ou dans quatre, ou dans plus encore ; on peut même, si l'on veut, la suivre partout. Mère de Dieu glorieuse, A votre père , Seigneur et fils , Faites prière , pour qu'il garde Toulouse De tout mal et de péril : D'elle soyez la protectrice, Et de tous ses défenseurs : Délivrez-les du grand malaise Que leur font souffrir les traîtres. Ennemis, perfides, ravisseurs (raubayres). Pour nous, pécheurs, vous êtes mère (mayres) De Dieu , notre créateur : C'est pourquoi faites en sorte que le Sauveur Nous tire de cette langueur. Si vous êtes notre avocate , Vous nous transmettrez la paix du ciel. Car elle ne vous sera pas refusée, La demande que vous ferez A Dieu, votre fils bénin (bénigne). Humble fleur, si nous ne sommes pas dignes (digne) Daver patz que deziram Merces al raens nos assigne Ens de so que demandam Misericorda nons falha Quar estiers lagui am nos Tant es lo mons pies de falha Que totz nos met al dejos Si doux merces nons ampara. COBLA CAUDADA. Vers Dieus aquela bontatz pura. Quel endush quieu fos creatura. E faytz a la tua semblansa. Prenda mon cors en amparansa. E garde marma de tôt mal. Em do joy e gaug eternal. COBLA CONTINUADA. E DAQUESTA NO UZA HOM HUE Y GAYRE. Mayres de Diea sus en la mort. Vulhatz me dar vostre cofort. E tendray me tôt per estort. Del sathanas que punh e mort. Las armas am gran desconort. Pusque las ha dins son ressort. Emenatz me sins platz al port. Del cel loqual deziri fort. On ha joy e gaug e déport. COBLA ENCADENADA. Mant hom sebon dir mandatz. Si de nos vos play lunha res. E pueys diran sils adempratz. Volontiers si far o pogues. Am gent parlar am bel respondrc. So que non es cujam mostrar. s: 239:^ D'avoir la paix que nous désirons , 4 Comme une grâce , du moins, accordez-nous Ce que nous vous demandons. Que votre miséricorde ne nous manque pas ; Car autrement nous languissons. Le monde est si plein d'artifices, Qu'il triomphera de nous tous, Si votre pitié ne nous protège. COUPLET CADDAT ( C'EST-A-DIRE A RIMES PLATES ). Vrai Dieu , que cette bonté pure , Qui vous engagea à me faire votre créature Formée à votre ressemblance (semblansa) , Prenne mon corps sous sa protection (amparansa) , £t qu'elle garde mon ame de tout mal (mal) , Et qu'elle me donne la joie et le bonheur éternel (eternal). COUPLET CONTINUÉ, DONT ON NE FAIT GUÈRE USAGE AUJOURD'HUI. Mère de Dieu, au moment de la mort, Veuillez me donner votre confort ; Et je me tiendrai pour très fort Contre Satan, qui frappe et mord Les âmes , avec grand déconfort , Quand il les a dans son ressort. Et menez-moi, s'il vous plaît, au port Du ciel, que je désire fort. Où il y a joie, et plaisir, et transport. COUPLET ENCHAINE. Maintes gens savent dire : ordonnez. Si nous pouvons en quelque chose vous plaire. Et puis ils vous diront, quand vous les en prierez : Volontiers, si je pouvais le faire. Avec de belles raisons, avec un doux parler, Ce qui n'est pas, ils osent le faire paraître; Mas finalmens nos pot rescondre Quar fis amix a cocha part. Mandatz — ^r— lunha res Aderapratz __x_ pogues, COBLA CROZADA, Qui vol ganhar dels autres faytz e rire Sos falhimens. enans pessar deuria. Quar tan grans es. de cascun la folia Que sim dizetz. aytant o mays puesc dire. Mas cascus vol. son par ades reprendre, Quar enayssi cujan. haver lauzor Fols e pecz es qui de lautra folor Vol haver pretz ses a bos faytz atendre. Rire v^^^ deuria Folia -"^^^ dire. COBLA CROTZ ENCADENADA. Fraus vol barat engans lacaba. Eveia corr. e ha dol gran. Dels autrus faytz e gaug del dan Cobeytatz pren toi e niescaba Fraus engans cobeytatz eveia. Tant sespan huey per tôt lo mon Ques hom no fa re que far deia. Quar lors errors tôt o cofon. LAUTRA MANIERA DE CROTZ ENCADENADA. Fraus engans cobeytatz eveia. Tant sespan huey per tôt lo mon. Ques hom no fa re que far deia. Quar lors errors tôt o cofon. Fraus vol barat engans lacaba. Eveia corr e ha dol gran. Dels autrus bes e gaug del dan. Cobeytatz pren toi e mescaba. s: 241 s Mais, íìnaletnent, ils ne peuvent se tacher: Car le fidèle ami ne tarde pas à disparaître. Ordonnez "v — ■ plaire Prierez -__x_ faire. COUPLET CROISÉ. Qui veut se moquer des actions des autres et en rire , Devrait peser ses propres fautes auparavant. Car si grand est de chacun l'égarement. Que si vous me dites quelque chose, je puis autant et plus vous en dire. Mais chacun veut toujours son semblable blâmer (reprendre) ; Car il pense par là s'attirer des louanges (lauzor). Fol et sot est celui qui des folies d'autrui (folor) Veut tirer avantage , sans s'attacher à faire le bien (atendre). Rire 'V^ auparavant Égarement '''"'^s dire. COUPLET CROISÉ-ENCHAINÉ. La fraude veut le mal, et la ruse l'achève. L'envie au loin s'agite, et voit avec douleur Le bonheur du prochain, jouit de son malheur. L'avide convoitise emporte, prend, enlève. L'avarice, la fraude, et la ruse, et l'envie. Dans le monde, aujourd'hui, se répandent partout. Nul homme, de nos jours, au devoir ne se plie. Tant la funeste erreur confond et trouble tout. MÊME COUPLET CROISÉ-ENCHAINÉ D'UNE AUTRE MANIÈRE : L'avarice , la fraude , et la ruse , et l'envie , Dans le monde, aujourd'hui, se répandent partout. Nul homme, de nos jours, au devoir ne se plie. Tant la funeste erreur confond et trouble tout. La fraude veut le mal, et la ruse l'achève. L'envie au loin s'agite, et voit avec douleur Le bonheur du prochain, jouit de son malheur. L'avide convoitise emporte, prend, enlève. Et enayssi deu hom ayssi notar que li primicr verset sian encadcnat. c li derrier crozat o per lo contrari. sos assaber li primier crozat e li derrier encadenat. tostemps apelam aytal cobla crolz encadenada. E quar alqunas \etz li primier quatre verset son crozat. e li derrier caudat. o per lo contrari. o li duy primier caudat. e li quatre del mieg loc crozat. Et aytal cobla hom apele crotz caudada. per so volem ayssi mostrar cobla crotz caudada per ysshemples. COBLA CROTZ CAUDADA. Tant sespan huey per toi lo mon Fraus. engans. cobeytatz eveia. Ques hom no fa re que far deia. Quar lors errors lot o cofon Fraus vol barat. engans lacaba. Cobeytatz pren loi e mescaba. Eveia corr e ha dol gran. Dels autrus bes e gaug del dan. LAUTRA MANIERA DE CROTZ CAUDADA. Cobeytatz pren toi e mescaba, Fraus vol barat engans lacaba. Eveia corr et ha hol gran. Dels autrus bes e gaug del dan. Tant sespan huey per tôt lo mon Fraus engans cobeytatz eveia. Ques hom no fa re que far deia. Quar lors errors tôt o cofon. LA TERSA MANIERA DE CROTZ CAUDADA. Eveia corr et ha dol gran Dels autrus bes e gaug del dan. Tant sespan huey per tôt lo mon. Fraus engans cobeytatz eveia. Il faut observer ici que, soit que les premiers vers soient enchaînés et les derniers croisés , soit, au contraire, que les premiers soient croisés et les derniers enchaînés , le couplet s'appelle toujours croisé-enchaîné. Quelquefois les quatre premiers vers sont croisés, et les derniers cau- dal, ou réciproquement : d'autres fois les deux premiers vers et les deux derniers sont caudat, et les quatre du milieu croisés. Nous appelons tous les couplets de ces espèces crotz-caudat. Nous voulons montrer ici un de ces couplets , sous toutes ces formes. COUPLET CROTZ-CACDAT ( C'EST- A-DIRE A RIMES CROISÉES ET PLATES ). Dans le monde, aujourd'hui, se répandent partout L'avarice, la fraude, et la ruse, et l'envie. Nul homme, de nos jours, au devoir ne se plie. Tant la funeste erreur confond et trouble tout. La fraude veut le mal, et la ruse l'achève. L'avide convoitise emporte, prend, enlève. L'envie au loin s'agite, et voit avec douleur Le bonheur du prochain, jouit de son malheur. MÊME COUPLET CROTZ-CAUDAT SOUS UNE AUTRE FORME. L'avide convoitise emporte, prend, enlève. La fraude veut le mal, et la ruse l'achève. L'envie au loin s'agite, et voit avec douleur Le bonheur du prochain, jouit de son malheur. Dans le monde, aujourd'hui, se répandent partout L'avarice, la fraude, et la ruse, et l'envie. Nul homme, de nos jours, au devoir ne se plie. Tant la funeste erreur confond et trouble tout. TROISIÈME FORME DU MÊME COUPLET CROTZ-CAUDAT. L'envie au loin s'agite, et voit avec douleur Le bonheur du prochain , jouit de son malheur. Dans le monde, aujourd'hui, se répandent partout L'avarice, la fraude, et la ruse, et lenvio. Ques hom no fa re que far deia, Quar lor errors tôt o cofon. Cobeytatz pren toi e mescaba. Fraus vol barat engans lacaba. COBLA CADENA CAUDADA. Fraus engans cobeytatz eveia. Tant sespan huey per tôt lo mon. Ques hom no fa re que far deia. Quar los errors tôt o cofon. Fraus vol barrât engan lacaba. Cobeytatz pren toi e mescaba. Eveia corr et ha dol gran. Dels autrus bes e gaug del dan. LAUTRA MANIERA DE CADENA CAUDADA- Fraus vol barat engans lacaba. Cobeytatz pren toi e mescaba. Eveia corr et ha dol gran. Dels autrus bes e gaug del dan. Fraus engans cobeytatz eveia. Tant sespan huey per tôt lo mon. Ques hom no fa re que far deia. Quar los errors tôt o cofon. LA TERSA MANIERA DE CADENA CAUDADA. Eveia corr et ha dol gran Dels autrus bes e gaug del dan. Fraus engans cobeytatz eveia. Tant sespan huey per tôt lo mon. Quei. hom no fa re que far deia. Quar los errors tôt o cofon. Fraus vol barat engans lacaba. Cobeytatz pren toi e mescaba. Nul homme , de nos jours , au devoir ne se plie. Tant la funeste erreur confond et trouble tout. L'avide convoitise emporte , prend , enlève. La fraude veut le mal , et la ruse l'achève. COUPLET CADENA-CAUDAT. L'avarice, la fraude, et la ruse, et l'envie. Dans le monde , aujourd'hui , se répandent partout. Nul homme, de nos jours, au devoir ne se plie. Tant la funeste erreur confond et trouble tout. La fraude veut le mal, et la ruse l'achève. L'avide convoitise emporte , prend , enlève. L'envie au loin s'agite, et voit avec douleur Le bonheur du prochain, jouit de son malheur. SECONDE FORME DD COUPLET CADENA-CAUDAT. La fraude veut le mal, et la ruse l'achève. L'avide convoitise emporte, prend, enlève. L'envie au loin s'agite, et voit avec douleur Le bonheur du prochain , jouit de son malheur. L'avarice, la fraude, et la ruse, et l'envie, Dans le monde, aujourdhui, se répandent partout: Nul homme, de nos jours, au devoir ne se plie. Tant la funeste erreur confond et trouble tout. TROISIÈME FORME DU COUPLET CADENA-CAUDAT. L'envie au loin s'agite, et voit avec douleur Le bonheur du prochain, jouit de son malheur. L'avarice, la fraude, et la ruse, et l'envie. Dans le monde, aujourdhui, se répandent partout. Nul homme, de nos jours, au devoir ne se plie. Tant la funeste erreur confond et trouble tout. La fraude veut le mal, et la ruse l'achève. L'avide convoitise emporte, prend, enlève. 16 Et en ayssi pot hom ayssi vezcr que en aylantas manieras se fa cadcna caudada coma crotz caudada. Encaras pot hom ayssi aprendre qui dictar vol quom pot una mcteyssha cobla virar en motas manieras quar ayssi nos em servitz duna meteyssha cobla cant a la sentensa en. viij. manieras segon que appar per los ysshamples dessus pauzatz. COBLA MULTIPLICATIVA EN AUTRA MANIERA DICHA PER ALQUS TOMBA- RELA G ENPEUTADA. Mon cor se mor quar per lunh for. Mudar ni slar no puesc de far. Forfaytz e faytz contra Dieu laytz Auzen vezen e cossenten. Trops mais corals ayssi cum fais, Perque de ce prec Dieu quem fe. Quem do perdo com al layro. El do. COBLA MULTIPLICATIVA H AVEN RESPIEG AL RIMS QUE SON MULTIPLICAT QUAR EN AUTRA MANIERA CANT A LA SENTENSA ES DICHA TENSONADA O ENTEROGATIVA SEGON QUE DIREM ENJOS. Halas. ques has? greu mal. E quai? Fervor. daraor? o yeu. coral? O be. de me? de te. perque? Quar pros. joyos. tos cors e bos. Es bels. yuels. et amoros, Pecat malvat has contra Dieu Pessat. que dat ta lo nom sieu. Vers es. mas ges als nom puesc far Quar près ses bes me fas ester. AUTRA MANIERA DE COBLA MULTIPLICATIVA HAVEN RESPIEG ALS RIMS QUE SON MULTIPLICAT QUAR EN AUTRA MANIERA POT ESSER DICHA DU- PLICATIVA. Bos sabers me part amb un dart Dun regart quem fe lautrier On peut voir par là qu'il y a autant d'espèces de couplets cadena-cau- dats que de crotz-caudats. Celui qui veut composer apprend encore ici qu'on peut tourner le môme couplet de plusieurs manières. Car nous nous sommes servis ici d'un même couplet, que nous avons présenté sous huit formes différentes, en laissant toujours le même fond : comme on l'a vu dans les exemples cités. COUPLET MULTIPLICATIF, AUTREMENT DIT PAR QUELQUES-UNS TOM- BAREL OU ENTÉ. Mon cœur se meurt (nior) ; car par nul soin (for) , Je ne puis changer, ni ni'empécher (star) de faire (far) Forfaits et actions (fajts) contre la divine loi (layts) , En entendant, voyant (vezen) et consentant (cossenten) Trop de mauvaises choses (corals) , ainsi que des faussetés (fais). C'est pourquoi de cela (de ce) je prie Dieu qui m'a fait (fe) Qu'il me donne pardon (perdo) , comme au Larron (layro) Il le donna (el do). COUPLET MULTIPLICATIF, PAR RAPPORT AUX RIMES QUI SONT MULTI- PLES. Car quand ce couplet est fait par rapport au sens, on l'appelle tensoné ou interrogatif, comme nous le dirons plus bas. Hélas I — Qu'est-ce que tu as ? — Mal cruel. — Et lequel ? — Une fièvre. — D'amour 1 — Oh, oui. — Pour un cœur ? — Oui bien. — Le mien ? — Le tien, — Pourquoi ? — Parce que ton cœur, honnête et gai, est bon, Et qoe tes yeux sont beaux et amoureux. — Tu as commis un vilain péché contre Dieu, Qui t'a donné son nom. -^ C'est vrai : mais je ne puis me faire autrement ; Car tu m'as pris et fait être sans bien. AUTRE ESPÈCE DE COUPLET MULTIPLICATIF , PAR RAPPORT AUX RIMES QUI SONT MULTIPLES, ET QUI POURRAIT ENCORE ÊTRE APPELÉ RÉDUPLI- CATIF. Bon savoir m'a percé (part) avec un dard (dart) Dun regard (regart) qu'elle me lança l'autre jour, Tant que nos départ de la part. Vas on art amors e fier. Ay cors gracios lunh autra ses vos. No mes agradiva. DE COBLA BiocADA. Ayssi devem mostrar de cobla biocada. Et es bio- cada canl en alqus locz son alqun bordo biocat. c pauzal que no y agucs mas un bordonet biocat. pot esser dicha biocada. Et aytals biocz deu hom pauzar de dos en dos bordos principals. o de très en très, o mays. o en autra maniera sol que no passe la meytat dels digz bordos principals. quar pauzar continuamen en cascus bordo principal un bioc. aysso no suffer- tam. quar non ha bêla cazensa. veus doux ysshemple de cobbla biocada. Huey fin amors no renha pauc ni pro Si be cascus ditz qu ama lialmen E men, Quar hom can vol per amar gazardo 0 plazer va. fin amors soptamen. Fug sen. Si que lunh temps, amb aytal nos restanca. E quar no pot trobar volontat franca. Es ranca. DE COBLA REPLICATIVA ESTIERS DICHA ENTRETINCUA. AraS COVC que traciem de cobla replicativa laquais pren so nom de replicatio c daquesta replicatio devem traclar enjos can Iractem de cachosyntheton et aytal cobla pauzec Nath de Mons can dish. Reys riez romieus mas man milhors Faytz far de dous cor Dieu aman. So sen savi salva viran. Per pus perprendre pretz a Ihors Don Dieus deu dar do de dous dezirier. Tant quar conoysh quel ère canque conquier Gardan de dan per pjanhas e per poriz Que ferm coferm lo bon cor hos cofortz. ^ 249 t;^ Si bien « OXO e^ Tant de tromperies, tant de grandes trahisons, Et tant de malédictions Que tu as faites par ta négligence? Je n'y vois ni conseil ni remède. AUTRE EXEMPLE. Ah! beau Seigneur, mon frère! Réjouissons-nous tous en Dieu, Louons Dieu, louons-le, car il nous a sauvés Nous tous, et il nous a restaurés. Ah 1 Seigneur Dieu ! roi glorieux 1 Honneur et gloire à vous; Car, par vos infinis mérites. Vous avez racheté tout le monde. AUTRE EXEMPLE. Je ne connais pas de vice que tu n'aies; Car tu dis de vilaines paroles. Tu es un homme vil et de faux langage, Trompeur et faux, par-dessus tout. Cupide, avare et envieux, Colère, querelleur, orgueilleux. Tu es un ivrogne et un pilier de cabaret, Et an maquerau, et un grand vaurien, Joueur, et grand pipeur. Blasphémateur de Dieu et des saints, Ribaud, truand et dissipateur De ton bien , et voleur du bien d'autrui , Damnable d'actions et de paroles. Et désagréable à tout le monde. COUPLET DIYINATIF ( C.-A.-D. A DEVINER). Elle parait brave et de belle taille , Quand, avec sa tête, elle coupe les cheveux. Et, avec son ventre, elle soutient Tout ce qui vit, homme et femme. E dona mantas vetz o fier. Per guerra. patz. o castier. 0 per servir ara los sieus pes. Pero can perd lo cap ades. Neta la trcbaretz e pura. O tal que najuda natara. E cant es sol espezotad. En home la veyretz tornada. o EN AYSSI. vij. mostro cel quen esta vida. Mania son cap. el cors na vida. E pel mieg es. resplandens cauza. Et am los pes. tôt cant es pauza. Mas si de. vij. i. sen amerma. En laborar los camps se ferma. Ë si la. i. de vj. defalh. Los pels se toi. ades atalh. E pueys cant es vengutz a quatre. Aqui veyretz las alas batre. DE COBLA RESCOSTA EN AUTRA MANIERA DICUA CLUZA. Cobla FeSCOSta en autra maniera dicha cluza es cant per las primieras letras o sillabas o dictios o per las derrieras (iels bordos o de las coblas o per aquelas que son en lo mieg dels bordos o de las coblas hom pot trayre legir e baver lo nom dalquna persona o dautra cauza. o alquna sentensa. o can per autra maniera hom pot baver per aytal cobla o coblas. alquna doctrina. e que per la cobla meteyssha sia clara aylals sentensa. que noy haia mes- tiers enterpretatio o declaratio. quar en cas quom no la pogues entendre ses declaratio. o ses enterpretatio. adonx no séria rescosta. ans séria divi- nativa. et en ayssi divinativa ha mestiers denterpretatio o declaratio. mas rescosta no. quar cla mcteysha ho déclara, mas rescostamen quom no sen cela, segon que par en aquesta cobla. RESCOSTA QUE PER LAS PRIMIERAS LETRAS DONA LO NOM DALCUNA s: 315 s Et maintes fois elle doune ou frappe Par guerre, paix, ou chutiment. Ou par service, avec ses pieds. Mais quand elle perd la tête , alors Vous la trouvez nette et pure. Ou telle que la simple nature, Et quand elle est seulement avec ses pieds , £d homme vous la voyez changée. AUTRE EXEMPLE. Avec sept, il montre celui qui, dans cette vie, Mange sa tête, dont le corps n'a pas de vie, Qui, par le milieu, est une chose resplendissante, Et avec ses pieds pose tout ce qu'il est. Mais si, de sept, un se retranche, II se borne à labourer les champs. Et si de six un est ôté. Il s'arrache les cheveux en cet état. Et puis , quand on est venu à quatre , Alors vous le verrez battre des aîles. DU COUPLET CACHÉ , AUTREMENT DIT CLOS. Le COUpIct s'appclIc Cachê OU clos , lorsque, par les premières ou dernières lettres, syllabes , ou ex- pressions des vers ou des couplets , ou par celles qui sont dans le milieu des mêmes vers ou couplets , on peut tirer , lire et avoir le nom de quel- que personne, ou de quelque chose, ou quelque sentence; ou bien , lors- qu'un tel couplet ou de tels couplets contiennent quelque doctrine, et que la sentence exprimée est tellement claire par le couplet môme, qu'on n'ait pas besoin d'en donner aucune interprétation ni explication. Car, si le sens du couplet ne pouvait être entendu sans explication ou inter- prétation , alors ce couplet ne serait pas caché , mais divinatif. Ainsi , le couplet divinatif a besoin d'interprétation ou d'explication, mais non pas le couplet caché; car celui-ci s'explique par lui-môme, d'une manière cachée, il est vrai, et tellement qu'on ne s'en aperçoit pas, comme on le voit dans l'exemple suivant. COUPLET CACHÉ, DONT LES PREMIÈRES LETTRES DONNENT LE NOM DUNE PERSONA dig. . Et en ayssi entendatz ques pot far per sillabas segon ques estât Gran lauzor senher haiatz vos. Verays Dieus e reys glorios. lesu creayre de totz bes. Lums e clartatz de tôt cant es. Honors e laus dangels e gloria. E del mon sostenhs e Victoria. Meravilhoza. quar de mort. Moren senher lavetz estort. ^ On estec longamens perdatz. Lumiera de totas verlutz. Joy vida patz bonazuransa. Nostre gaug e nostra speransa. Jutges verays Senher sius platz. Enans quel jutiamen fassatz. Remetetz los nostres peccatz. 0 EN AYSSI. Et aquesta cobla fe en. P. Arquier- Cela que fo livrada per uzatge. Apendezo ses tort que non havia. Dire nos fay roantas vetz ses folatge. Ajudatz nos Dieus e santa Maria. E SOS noms es qui la vol certamen. Per dreg nomnar ses tôt encombramen So nom hay dig tôt clar e qui lenten. Per savil tenc de sen e dazautia. E daquesta cobla foc fâcha esta declaratios ques seguens. jaciaysso que la meteyssha se déclare ayssi can ditz. e sos noms es qui la vol certamen. e la declaratios es aquesta. Aram sab bo. quar lo subtil lengatge. E la razo. cug saber. quais séria. Cela quens fay soen de bon coratge. Dieu benezir e sa mayre tôt dia. m 317 PERSONNE ( OU ACROSTICHE ). On pourrait aussi le composer de manière que le nom fût donné par les premières syllabes. Grandes louanges, Seigneur, vous soient données, Vrai Dieu et roi glorieux, Jésus, créateur de tous biens, Lumière et clarté de tout ce qui est. Honneur et louange et gloire des anges. Et soutien du monde et victoire Merveilleuse. Car de la mort, Mourant, Seigneur, vous l'avez racheté, Où il était perdu depuis long-temps. Lumière de toutes les vertus. Joie, vie, paix, bonheur. Notre joie et notre espérance. Juge, vrai Seigneur, s'il vous plaît. Entendez-nous , et avant de prononcer votre jugement , Remettez-nous nos péchés. AUTRE EXEMPLE. Ce couplet a été composé par Arquier. Celle qui fut livrée, suivant l'usage, Pour être pendue, sans avoir aucun tort. Nous fait dire souvent sans folie : Aidez-nous Dieu et sainte Marie. Et son nom est qui la veut certainement Nommer, comme on doit, sans mystère. J'ai dit clairement son nom, et celui qui l'entendra. Je le tiens pour homme sage , de sens et d'entendement. On a fait pour ce couplet l'explication suivante, quoiqu'il s'explique lui-même en disant : Et son nom est qui la veut certainement. Voici cette explication : Je suis satisfait maintenant ; car le subtil langage Et son sens je crois savoir , (comprenant) quelle est Celle qui nous fait souvent de bon cœur Bénir Dieu et sa mère chaque jour; Quar. laquies. ha nom segon me sen. E qui so nom vol saber claramen. Vuelha tornar sillabas subtilmen. Quar far se pot e ses gran maestria. DE COBLA PROVERBIAL. Segurs es qui va simplamen. E qui naut pueia bas desshen: En trop parlar no falh pecatz. Quil sap temprar es assenatz. Fols hom déclara tôt son cors. Aycel es savis quey met for. De ton amie val mays la plaga. Que del fais quam bayzar tapaga. Ses gazardo penre servezis grans. Voler profieg don trops porto dampnatge. Far de lautru ufanas e bobans. Malvestatz es plena de gran otralge. Tôt son poder es pauzar en un lans. A tota gent revelar son coratge. 0 sa rictat sos pecz e sos enans. Es vanetatz que mon de gran folatge. Veniar del tôt sas autas e sos dans Dir mal dautru am ver o fais lengatge Fan creysher mais discordios e afans E damistat rompo lo pariatge. DE COBLA DERIZORIA. Mais armatz es pons et arditz. Si que tôt cels ques ha feritz. De glazi son mort e vencut. Que non près colp en son escut. Veiatz si pot hom pro servir. Cel que sab en ayssi ferir. O EN AYSSL Veiatz daqaest als autres val. Car, à mon sens; elle a nom laquies: Et qui veut savoir clairement son nom N'a qu'à renverser adroitement ces syllabes, Ce qui peut se faire sans grande habileté. DU COUPLET PROVERBIAL. Qui va simplement ne craint rien, Et qui monte haut tombe bas. Trop parler est sujet à pécher, Qui sait tenir sa langue est sensé. Le fou dévoile tout ce qu'il a dans le cœur, Celui qui se tient sur la réserve est sage. Mieux vaut le coup d'un ami, Que le baiser dont un traître vous appaise. Rendre de grands services sans récompense. Et vouloir en tirer trop de profit, portent dommage. Se moquer et se rire d'autrui Est une méchanceté très blâmable ; C'est mettre tout son avoir sur un dé. Parler à toutes gens de son courage , Ou de sa richesse, de ses défauts, ou de ses qualités, C'est vanité ou grande foHe. Se venger de tous les affronts et de tous les dommages , Dire du mal d'autrui à tort ou à droit, Augmente les discordes et les querelles. Et rompt les liens d'amitié. COUPLET DÉRISOIRE (OU ÉPIGRAMMATIQUE). Pons est terriblement armé et hardi. Si bien que tous ceux qu'il a frappés Sont tombés et morts de frayeur, Et qu'il n'a pas reçu un coup sur son écu. Voyez si l'on peut assez servir Celui qui sait frapper ainsi. AUTRE EXEMPLE. Voyez celui-ci qui protège les autres % s: 320 ^ E se gandir no pot de mal. Los autres fay sais abando Et a se no pot tener pro. Si reys yest e lunha re vais Fay te meteys e pueysh nos sais. O EN AYSSI. Qui sab de santa crotz lufici. Leu pot enpetrar benefîci. Quis fenh a donar mut ni sort. Atrobara corta la cort. Qui servir sab aïs cardenals. Empêtra rendas avesquals. DE COBLA ASSEMBLATIVA. Si cum sans Peyres am sas claus. Teuc paradis ubert e claus. Per lo poder que Dieus li dec. Crezi quaytals vertutz passée. Als papas que venon après. A m que la claus sol non erres. DE COBLA EXEMPLIFICATIVA. Apenre pot quis vol del ca. Que venc am grand pessa de pa. AI riu dun ayga quera clara. E mentre lains se regara. Autre ca vie am semblan pessa. Adonx sautée dedius la vessa. So que non es crezec que fos. De rapar lautra fo cochos. E laysshec cela que ténia. Per haver so que no vezia. No deu hom voler va per cert. E qui lot 0 vol tôt 0 pert. £t ne peat se préserver lui-mémo do mal; Il saave complètement les antres, Et il ne peut étro utile à lui-même. Si tu es roi et que tu puisses quelque chose, Sauve-toi d'abord, et sauve-nous après. AUTRE EXEMPLE. Qui sait l'office de Sainte-Croix, Peut bientôt obtenir un bénéfice ; Qui fait le muet ou le sourd pour donner. Trouvera la cour courte pour lui; Qui sait servir des cardinaux, Obtient des revenus épiscopaux. COUPLET ASSEMBLATIF. Comme saint Pierre, avec ses clés, Tient le paradis ouvert ou fermé. Par le pouvoir que Dieu lui donna; Je crois que ce pouvoir a passé Aux papes qui lui ont succédé, Pourvu seulement qu'ils ne se trompent pas de clés. COUPLET EXEMPLIFICATIF. Chacun peut apprendre du chien Qui vint, avec un gros morceau de pain, Près d'un ruisseau d'une eau qui était claire. Et pendant qu'il s'y regardait dedans. Il y vit un autre chien , avec un pareil morceau de pain. Alors il sauta dans le ruisseau, Il crut ce qui n'était pas. Il fut désireux d'attraper cet autre. Et il laissa celui qu'il tenait Pour avoir ce qui n'était pas. On ne doit pas vouloir l'incertain pour le certain. Qui veut tout, perd tout. «I 322:2 DE COBLA RESPONSiVA. E perquGs apelada Fcsponsiva aysso pot hom trobar enjos en lo tractât de las figuras la on es tractât de antipofcra. Nostras leys vuelha sludiar. Qui saber vol art de trobar. E si del tôt ades entendre. Hom no las pot a nos atendre. Vuelha per saber la vertat. Quar nos la mostrarem de grat. E si lays del tôt apparia. E pong de letras no sabia Als bos dictatz antig alenda. Per so quel saber miels aprenda. E pueys haura lo bon lengatge. Dels trobadors per lonc uzatge. Si que poyra far en romans. Mans dictatz bels et agradans. DE COBLA TENSONADA EN AUTRA MANIERA DICHA ENTERROGATIVA. Am si meteysh que no save. Amb autre quo savenra be. Quils secretz sieus vol revelar. Los autros quo poyra celar. Qui tostemps men a sos amix. Quo dira ver als enemix. • Qui no pot a si pro tener. Als autres quo poyra valer. Qui ses poder es ergulhos. Humils cum sera poderos. 0 EN AYSSI. Bertrans ma pregat que lajude E perque yeu al vila rude. Que tôt lo mal ques ha pogut. Ma fag aytant quant ha viscut. COUPLET RESPONSIF , AUTREMENT DIT RÉPONDANT. On pOUrra VOIF plus bas au traité des fìgurcs, à l'article de 1 antipophorc , pourquoi ce couplet est appelé responsif. Qu'il ait soin d'éludier nos lois Celui qui veut savoir l'art de trouver; Et s'il ne peut les comprendre enlicrcnicnt , Alors qu'il veuille recourir à nous Pour savoir la vérité, Car nous la lui enseignerons avec plaisir. Et s'il ne pouvait en saisir l'ensemble , Et qu'il ne sût absolument point les lettres. Qu'il s'applique aux bons ouvrages anciens, Pour mieux se fortifier dans le savoir; Et puis, il se formera au bon langage Des troubadours, par un long usage. Si bien, qu'il pourra composer en roman Maints ouvrages beaux et agréables. COUPLET TENSONNÉ , AUTREMENT DIT INTERROGATIF. Qui ne s'accorde pas avec lui-même. Comment s'accordera-t-il avec un autre ? Qui veut révéler ses secrets. Comment gardera-t-il ceux des autres? Qui ment toujours à 'ses amis , Comment dira-t-il vrai aux ennemis ? Qui ne peut se suffire à lui-même. Comment pourra-t-il aider les autres? Qui est orgueilleux sans puissance. Comment sera-t-il humble au pouvoir? AUTRE EXEMPLE. Bertrand me prie de le secourir , Et pourquoi secourrais-je ce vilain rustre. Qui m'a fait dans toute sa vie Tout le mal qu'il a pu ? S^ 324 ^ Pero no men qoal del truan. Quar finalmen na fag son dan. O EN AYSSI. Si mos adversaris dizia. Quieu li deg. xx. sois que faria. Quar ges no lo puesc denegar. E sim dilz yeu me vuelh pagar. E plus un jorn nom vol atendre Quom poyre yeu a luy défendre. O EN AYSSI. En quai loc poyrem guerreiar. Et nostras lotìas cologar. Qual secors haurem per défendre. E de quai terra poyrem prendre. Homes amb armas e sirvens. Quar trop son destrechas las gens. O EN ATSSI. Yen no soy del tôt pecz ni fatz. Ni tu fort savis ni merabratz. E quar yest trop leris e gays. Sapchas quom no ten preza mays. E quar yeu estau simplamens. Degus homs no men prezaraens. O EN AYSSI. Halas. ques bas? greu mal. e quai? Fervor. damor? o yeu. corai? O be. de me? de te. perque? Quar pros joyos tos cors e bos. Es bels ysuels e gracies. Pecat malvat bas contra Dieu. Pessat que dat ta lo nom sieu. :^325 Peu m'importe , ce truand , Qui, finalement, a trouvé sa perte. AUTRE EXEMPLE. Si mon adversaire disait Que je lui dois vingt sous , que ferais-jc ? Car je ne puis nullement le nier. Et s'il me dit : je veux que tu me payes, Et je ne veux plus atlendre un seul jour , Comment pourrais-je me défendre contre lui? AUTRE EXEMPLE. En quel lieu pourrons-nous faire la guerre, Et placer nos quartiers ? Quels secours aurons-nous pour nous défendre , Et de quels pays pourrons-nous prendre Des hommes avec armes et servants ? Car les gens sont trop mal à l'aise. AUTRE EXEMPLE. Moi, je ne suis pas entièrement fou ni sot. Et toi , tu n'es pas fort sage ni fort intelligent ; Et si tu es trop étourdi et joyeux. Sache qu'on ne t'en estime pas davantage; Et moi, en me tenant simplement. Personne ne m'en estime moins. AUTRE EXEMPLE. Hélas 1 — Qu'est-ce que tu as? — Mal cruel. —Et lequel ? — Une fièvre. — D'amour? — Oh, oui. — Pour un cœur? — Oui bien. — Le mien? — Le tien. — Pourquoi? — Parce que ton cœur, honnête et gai, est bon, Et que tes yeux sont beaux et amoureux. — Tu as commis un vilain péché contre Dieu , Qui t'a donné son nom. 21 s: 326 :s Vers es mas ges als non puesc far. Quar près ses bas me fas estar. DE COBLA CONCLCZIVA. Sil papa contra laversari. De santa gleyza dig bavari. Es negligens e nualhos. Vendra nostra fes al dejos. Don tug aquel que fizel so. Hauran gran tribulatio. Quar le bavaris persegra. Los fizels que trobar poyra. O EN AYSSI. Tôt cant es fe nostre Senhor. Per caritat e per amor. Per amor es en terra patz. Per amor es le mon salvatz. Ses amor hom no pot valer. Ni be far a Dieu son plazer. Pusque tôt cant es ha fag Dieus Per amor e salvatz los sieus. E ses amor hom no val gajre. Ni pot be servir lo salvayre. Doux amors es plus excellens. Quautra vertutz e mays plazens. o EN AYSSI. En canque dieus verays homs fo. Sufertec mort e passio. DoDx el vole sufertar la mort. Per lo sieu. e pcl nostre tort. No per lo sieu. quar no pequec. Per nostre donc, la sufertec. â: — C'est vrai : mais je ne puis faire autrement ; Car tu m'as pris et fait être sans bien. COUPLET CONCLUSIF. Si le pape, contre 1 ennemi De la sainte église, appelé bavarois, Est négligent et indolent, Notre foi aura du dessous; Ce dont tous ceux qui sont fidèles Eprouveront de grandes tribulations : Car le bavarois poursuivra Tous les fidèles qu'il pourra trouver. AUTRE EXEMPLE. Notre Seigneur a fait tout ce qui existe, par charité et par amour. Par l'amour, la paix est sur la terre; Par l'amour, le monde a été sauvé; Sans l'amour, l'homme ne peut avoir de mérite. Ni bien faire ce qui est agréable à Dieu. Puisque Dieu a fait tout ce qui existe. Et qu il a sauvé les siens par l'amour. Et que sans l'amour, l'homme ne vaut guère. Ni ne peut bien servir le sauveur; L'amour est donc chose plus excellente Et plus belle que toutes les autres vertus. AUTRE EXEMPLE. Lorsque Dieu se fit véritablement homme, Il souffrit la mort et la passion. Il voulut donc souffrir la mort , Pour ses fautes ou pour les nôtres. Ce ne fut pas pour les siennes ; Car il n'avait pas péché. Ce fut donc pour les nôtres qu'il la souffrit. s: 328 í^ O EN AYSSI. Per far gran rie home to fil h. Tarma no metas en perilh. Quar el er assenatz o no. Sil es assenatz haura pro. Si no. lot no lo bastara. Ans lo tieu e mays gastara. o EN AYSSI. Et aquest ysshemples es de doas coblas. Don es Albertz tan abondos. ïan rix ni tan pecunios. Es li de SOS payros vengut. Mas no. que trastot fo vendut. Hac laysshat le lunh heretatge. Dôme que fos de son linhatge. O dautre quel portes amor. Non ges. quar li sieu crezedor. Han fayt sos bes ucar e vendre. E playdejan trastot despendre. Hauria tal amie quel des. O qualque dona que lames. No crezatz. quar vilas es fais. Reganx e cobes e rorals. Ha pogut aysso gazanhar. Depensios per avocar. O per estamen duficier. O per uzar dalqu mestier. No pas. quar letras non après, Ni daysso far no sen trames. Pusquel non ha pogut haver. Segon que par tan gran aver. Per lunha daquestas manieras. Cove doux quel haia menieras. Daur o dargen dins sa mayzo. O que per sa gran tratio. s: 329 !2 AUTIIE EXEMPLE. Pour faire ton fils un homme riche, Ne mets pas ton ame en péril; Car il sera raisonnable ou non. S'il est raisonnable , il aura assez ; S'il ne l'est pas , rien ne lui suffira. Au contraire, il mangera ton bien et au-delà. AUTRE EXEMPLE. Cet exemple est de deux couplets. D'où vient qu'Albert est si opulent, Si riche et si pécunieux? Cela lui est-il venu de ses pères? Mais non, car tout fut vendu. Lui a-t-il été laissé quelque héritage Par quelqu'un qui fut de son lignage , Ou par quelqu'autre de ses amis ? Nullement, car ses créanciers Ont fait mettre et vendre ses biens à l'encan, Et tout dépenser en procès. Aurait-il quelque ami qui lui donnât, Ou quelque dame qui l'aimât? N'en croyez rien; car il est vilain et faux, Bourru et intéressé et grossier. A-t-il pu gagner cela Dans la profession d'avocat. Ou par le service d'officier. Ou par l'exercice de quelque métier? Non pas, car il n'a pas appris les lettres. Et il ne s'est jamais occupé à rien faire. Puisqu'il n'a pu avoir. Comme il paraît, sa grande fortune, D'aucune de ces manières ; Il faut donc qu'il ait des mines D'or ou d'argent dans sa maison, Ou que par grande trahison En qualque loc haia panât. O qualque rie home raubat. DE CQBLA COMPENDIOZA. Jésus del cel es desshendutz, Del Sant Esperit conceubutz. E natz de la Verge Maria. E per un de sa corapanhia. Trazitz als juzieus e livratz. Et en aprop a mort jutiatz. Pueysh lo ters jorn ressucitec. Vins apparec es demostrec. Pueysh montée sen lassus al ceiz. On recebra los sieus fizels. DE COBLA CONTRAFACHA. La terra ditz tôt io mon y eu. Sostenc mays que res aprop Dieu. Yeu soy governs e noyrimens. Derbas de plantas e de gens. Per que mot deg esser amada. E terra mayres apelada. 0 EN ATSSI. Le solelh ditz la nueg el jorn. Fau engendrar yeu al mieu lorn. E tota gen multiplicar. Els aybres florir e granar. A tôt lo mon dom clartat. Perque deg baver prineipat. De terra de mar e del ayre E tng de mi devon far payre. 0 EN AYSSI. Lazes complanh e ditz haylas. Lunh temps no poyray esser gras. ^»« OOl M^ Il ait volé en quelque endroit. Ou dépouillé quelque homme riche. rX)DPLET COMPENDIEDX (C.-A.-D. SOMMAIRE). Jésus est descendu du ciel, Conçu du Saint-Esprit, Et né de la Vierge Marie, Et par un de ses compagnons. Trahi et livré aux juifs, ^ Et ensuite condamné à mort. Puis, il ressuscita le troisième jour, Il apparut et se montra vivant. Puis, il monta là haut aux cieux. Où il recevra ses fidèles. COUPLET CONTREFAIT. La terre dit : moi, je soutiens tout le monde, Plus qu'aucune autre chose , après Dieu ; Moi, je suis la vie et la nourriture Des herbes, des plantes et des hommes : C'est pourquoi je dois être aimée. Et être appelée la terre mère. AUTRE EXEMPLE. Le soleil dit : moi , dans mon cours , Je fais naître la nuit le jour , Multiplier tous les hommes. Fleurir et fructifier les arbres; Je donne la clarté à tout le monde. C'est pourquoi je dois avoir la principauté De la terre, de la mer et de l'air. Et tous doivent faire de moi leur père. AUTRE EXEMPLE. L'âne se plaint et dit : hélas I En aucun temps, je ne pourrai être gras; s: 332:2 Quar déport solas ni sojorn. Nom sove quieu agues un jorn. Mas colps. maldigz. e bastonadas. Don senti mas costas macadas. Tôt jorn veg quem rompo la pel. Amb un gran tros de taparel. De ce quieu entri per lostal Me blasma cascus em ditz mal. Vezer nom volon en lor plassa. Ni re no mes grazit quieu fassa. Ajlas que poj'ray far ni dir. Miels es trop quem laysshe morir. DE COBLA OCCUPATIVA. Vay avan que pauc no to die. Be veg don bas lo cor essic. E conosc per que parlas tan. Am cela quel vezes denan. Enpero ja non diray plus. Quentendrem pot leumen cascus. O EN AYSSI. Lo furt ques bas fayt del psauteri. Diray mas non ges lazulleri. Las plagas ysshamens dir vuelh. Faytas ad Hue per ton erguelh. Enpero ges nom play retrayre. Lo murtre que fist non ba gayre. DE COBLA DISTRIBUTIVA. Cil que son paubre desperit. Seran lauzat e benezit. Lumil tostemps bonazurat. El ignoscen al cel montât. Cel quen est mon hauran Victoria. Veyran Dieu am complida gloria. Car de plaisir, do soulagcmcnl ni do repos, Jo no me souviens pas d'avoir eu un seul jour ; Mais bien des coups, des injures et des bastonnades, Dont je sens mes côtes meurtries. Tous jours , je vois qu'on m'écorche la peau , Avec un grand morceau de bâton. Dès que j'entre dans la maison , Chacun me blâme et me maudit ; On ne veut me voir auprès de soi. Quoi que je fasse, on ne m'en sait aucun gré. Hélas 1 que pourrai-je faire et dire ; Il vaut bien mieux que je me laisse mourir. COUPLET OCCDPATIF. Vas en avant, je te le dis assez; Je vois bien de quoi ton cœur est aveuglé. Et je sais pourquoi tu parles tant Avec celle que tu vois devant toi ; Mais je n'en dirai pas davantage. Car chacun peut assez m'entendre. AUTRE EXEMPLE. Le vol que tu as fait du Psautier , Je (le) dirai; mais non pas l'adultère. Je veux dire aussi les blessures Que tu as faites à Hue par ton orgueil. Mais je ne veux pas rappeler Le meurtre que tu commis naguères. COUPLET DISTRIBUTIF. Ceux qui sont pauvres d'esprit Seront loués et bénis. L'humble, en tout temps, sera bienheureux; Et l'innocent montera aux cieux. Ceux qui dans ce monde remporteront la victoire. Verront Dieu dans toute sa gloire, s: 334 s E li misericordios. Hauran lo règne glorios. DE COBLA DESIGNATIVA. Aquest tôt jorn porta sos gans. Quom diga que senhors es grans. Un anel daur li veg portar. Per vanamen aquel mostrar. E porta sabatos picatz. Per so que semble delicatz. Qaestios fay et argumens. Per mostrar quel es entendens. DE COBLA PARTiDA. Cobla partida es can conte dos o motz diverses lengatges segon quom pot vezer en esta cobla que fe en Riambaut. Bels cavayers tant es grans. Le vostre grans senhoratge. "^ Qum jorno men es roocho. Oy me lasso que faro. Si cela que lay pas chiera. Me tua no say por quo. Ma dauna he que deyt abos Ni pen cap sauta quitera. Lo corasso mavestz toulo. E moût dossament furtado. DE COBLA MEYTADADA. Arhor vitœ fructifera. Per cuy le mons es restauratz. A ruina morttfera. Mayres de Dieu vos me gardatz. Natum ora lo rey de gloria. Sme mora quem do Victoria. Et pérora per ma defensa. Mortis hora quel fais nom vensa. Et les miséricordieux Obtiendront le règne glorieux. *COUPLET DÉSIGNATIF. Celui-ci porte toujours des gants Pour qu'on dise que c'est un grand seigneur. Je lui vois porter un anneau d'or Pour le montrer par vanité; Il porte des souliers piqués Pour paraître délicat ; 11 fait des questions et des argumens Pour montrer qu'il est habile. COUPLET PARTAGÉ. Le couplet s'appellc partagé, lorsqu'il contient deux ou plusieurs langages différens, comme on peut le \oir dans le cou- plet suivant, qui est de Rambaut. Bels cavayers tant es grans. Le vostre grans senhoratges. Qam jorno men es mocho. Oy me lasso que faro. Si cela que lay pus chiera. Me tua no say por quo. Ma dauna he que deyt abos Ni pen cap sauta quitera. Lo corasso mavestz touto. E moût dossament furtado. COUPLET MEYTADAT, AUTREMENT DIT TOMBAREL OU ENTÉ. Arbor vitœ fructifera , Par qui le monde fut racheté; A ruina mortifera, Mère de Dieu , préservez-moi ; Natum ora , le roi de gloire ; Sine mora, qu'il me donne la victoire; Et per ora , pour ma défense ; Mortis hora, que le démon ne triomphe pas de moi. s: 336 ^ DE COBLA CONSTRUCTIYA. Deus Dieus largitur dona. Per te per te matrem mayre. Creatorts del creayre. Diadema la corona. Paratum aparelhada. In exelsis en los cels. Quod loquals datur es dada. Fidelibm aïs fizels. E quar daquestas diverses manieras de parlar devem tractar lajos en las Gguras amb aquestz meteysshes ysshamples oz amb autres lors semblans. on entendem aquestas loqutios mays declarar. et alqunas diferensas. pau- zar. per so abaste so que havem dig ayssi de coblas. Enpero devetz saber quen lati no garda hom accen ayssi quo en lo romans, quar en lo lati garda hom solamen accen en aquelas dictios finals on cay le rims e per so. penitus. e divinitus han bon acordansa en accen. mas penitus e munitus. no. mas. munitus et intus sacordo be en accen. et aysso dizem per quom no meravilhe quar no havem gardât accen en lo lati que havem pauzat. coma en lo romans. Encaras devetz saber que nos havem alcus vicis los quais havem digz li quai son escuzat cant hom los pauza scienmen continuan son dictât et adonx daytals vicis podon penre nom alcunas coblas coma de replicatio pot hom far cobla replicativa. et en ayssi de lor semblans. Motas de las coblas dessus ditas pot hom nomnar en motas manieras coma continuada continuans multiplicative estiers dicha tombarela o en- peutada multiplicans replicativa replicans estiers dicha ferida retrogradada retrogradans derivativa derivans estiers dicha entretracha recordativa recordans duplicativa duplicans assemblativa assemblans exemplifîcativa exemplificans responsiva respondens tcnsonada tensonans estiers dicha enterrogativa o enterrogans o razonans concluziva concluzens occupa- tiva occupans. distributiva dislribuens. designativa designans. construc- î5:337r2 COUPLET CONSTRUCTIF. Deus , Dieu ; largitur , donne ; Per te , par toi ; matrem , mère ; Creatoris, an Créateur; Diadema , la couronne ; Paratum , préparée ; In exelsis, dans les cieux ; Quod, laquelle; datur, est donnée; Fideiibus , aux fidèles. Comme nous devons traiter plus bas de ces diverses manières de parler, à l'article des figures, où nous en rapporterons ces mômes exemples, ou d'autres semblables, en entrant dans des explications plus détaillées, et en établissant quelques distinctions, il suffit pour le moment, de ce que nous avons dit ici des couplets. Cependant il faut noter que, dans le latin, on n'observe pas l'accent comme dans le roman; car, dans le latin, on l'observe seulement pour les mots de la fin , sur lesquels tombe la rime. C'est pourquoi penitus et divinitus s'accordent bien en accent ; mais il en est autrement de penitus et munitus : au contraire , munitus et virius s'accordent bien en accent. Nous disons ceci pour qu'on ne s'étonne pas de ce que l'accent n'est pas observé dans le latin que nous avons cité plus haut, comme il l'est dans le roman. 11 faut encore noter que quelques-uns des défauts dont nous avons parlé plus haut s'excusent lorsqu'on les commet expressément, en con- tinuant l'ouvrage dans le môme genre. Quelques couplets peuvent môme tirer leur nom de ces défauts, comme le couplet réduplicatif de rédupli- cation. 11 en est ainsi des autres semblables. Plusieurs des couplets dont nous avons parlé peuvent être nommés de plusieurs manières différentes. Ainsi l'on peut dire des couplets continués ou continuant, multiplicatifs ou multipliant , réplicatifs ou répliquant, autrement dits frappés, rétrogrades ou rétrogradant, dérivatifs ou déri- vant, autrement dit entre-traités, récordatifs ou récordant, duplicatifs ou duplicant, assemblatifs ou assemblant, exemplifîcntifs ou exemplifiant, responsifs ou répondant, tensonnés ou tensonnant, autrement dits intcr- rogatifs ou interrogeant, ou raisonnant, conclusifs ou concluant, occu- tiva construens. havem ysshamples cobla rescosta estiers dicha cluza. e cobbla capcaudada estiers dicha capcoada Sa itfTtnhtíis î>f vtxs. Vers es us dictatz en romans que cômprcn de. v. coblas a. x. amb una oz am doas tornadas et ayssi meteysh. li allre dictât podon baver una o doas tornadas. e^eu tractar de sen. e per so es digz vers, que vol dir verays. quar veraya cauza es parlar de sen.? enpero segon lali vers se pot deshendre de verto. vertis. que vol dir girgr o virar et en ayssi que vers sia digz de virar e segon aysso vers pot tractar no solamen de sen. ans o fay ysshamen. damors. de lauzors o de reprehensio. per donar castier. Et en ayssi vers, de virar. quar ares se vira, que tracta damors. o de lauzors. o de reprehensio. E daquesta maniera trobam mans trobadors qucs han uzal. Vers deu baver lonc so. e pauzat. e noel. amb bêlas e melodiozas mon- ladas. e deshendudas. et amb bêlas plassadas. e plazens pauzas. E quar ayssi havem parlât de tornada. devetz saber quen tôt dictât pot hom far una o doas segon ques estât dig. tornadas. quar la una tornada pot pauzar et aplicar a so senhal. loqual senhal cascus deu elegir per si. ses far tort ad autre, so es que no vuelha en sos dictatz mètre et apro- priar aquel senhal que saubra que us autres fa. e laulra tornada pot apli- car a la persona a laquai vol presentar son dictât, encaras devetz saber que cascuna tornada deu esser del compas de la meytat de la cobla der- riera vas la fi. can la cobla es de bordos parios so es en nombre par e can son en nombre non par la dicha meytatz creysh dun bordo. et en ayssi quo pot creyssher otra la meytat. en ayssi pot mermar quis vol. E pauzat quom pauze doas tornadas. ges per so non es de nécessitât que am doas sian dun compas quar alqunas vetz pot hom pauzar quis vol la una tornada. plus longa de bordos. que lautra. segon que sera vist ad aquel que fara lo dictât. Item en aysso que dizem que cascuna tornada deu esser del compas de patifs ou occupant, distribuUrs ou distribuant, désignatifs ou désignant, constructifs ou construisant. Le couplet caché peut être aussi appelé clos, et le couplet capcaudaty capcoat. Définition du verse. Le verse est un ouvrage en roman qui comprend de cinq à dix cou- plets, avec une ou deux tornades. Les autres ouvrages peuvent de mémo avoir une ou deux tornades. Le verse doit traiter de morale, c'est pour- quoi on lui donne le nom de verse, qui équivaut à vérité ; car, parler de morale, c'est plaider la cause de la vérité. Cependant ce nom peut dériver aussi de verto, vertis , qui veut dire en latin tourner ou virer. Dans ce sens, comme le mot verse se dit de virer, on peut, dans cet ouvrage , non seulement traiter de morale, mais encore d'amour, de louange, ou de blâme, pour châtier. Car il se vire ou tourne d'un côté, quand il traite de morale ; et d'un autre , quand il parle d'amour , de louange ou de blâme. Nous trouvons plusieurs troubadours qui l'ont employé ainsi. Le verse doit avoir un son long et lent et nouveau, avec de belles et mélodieuses paroles, en montant et en descendant, avec de beaux pas- sages et des repos bien ménagés. Comme nous venons de parler ici de la tornade, il faut observer qu'en tout ouvrage on peut faire uqe ou deux tornades. Car on peut placer et appliquer une des tornades à son signe, que chacun doit choisir pour soi, sans faire tort à un autre, c'est-à-dire qu'il ne doit pas mettre dans ses ouvrages , ni s'approprier le signe dont il saura qu'un autre se sert On peut appliquer l'autre tornade à la personne que l'on a choisie pour lui présenter son ouvrage. 11 faut encore observer que la mesure de cha- que tornade doit être celle de la moitié du dernier couplet vers la fin, lorsque ce couplet est de vers pareils, c'est-à-dire, de nombre pair; lorsqu'ils sont en nombre impair , cette moitié doit être augmentée d'un vers. Mais de même qu'on peut augmenter au-delà de la moitié, on peut aussi diminuer, si l'on veut. Quoiqu'on mette deux tornades, il n'est pas nécessaire cependant que toutes les deux soient du même nombre de vers; car on peut quelquefois, si l'on veut, faire l'une plus longue que lautre, selon que cela est jugé convenable par l'auteur. De plus, lorsque s: 340 :* la mejtat de la derriera cobla vas la fi dcu hom entendre del compas c de lacordansa. encaras quel dictatz haia acordansa. quar si acordansa no havia. coma chansos estrampa adonx la lornada no vol haver acordansa am la meytat de la dicha cobla quar degus dictatz estramps no deu haver regularmen acordansas ni en tornada ni en deguna de las coblas. ni de- guna cobla daytal dictât estramp no deu haver aytals dictios finals de bordos que haian o haver puescan acordansa am las autras dictios finals dels versetz de las autras coblas. Encaras develz saber que en los dictatz retrogradatz per bordos o per acordansas hom pot penre la tornada vas lo mieg de la cobla final e procezir tro la fi ola pot hom penre en la fi c procezir tro vas lo mieg et aysso meteys segon la opinio dalqus en los dictatz capcaudatz. LA DiFiNiTios DE CHANSO. Chausos cs US dictatz quc conte de. y. a. vij. coblas. e deu tractar principalmen damors. ode lauzors. ambels motz plazens et am graciozas razos.^quar en chanso no deu hom pauzar deguna laia paraula. ni degu vilanal mot. ni mal pauzat. quar chansos segon ques estât dig. deu tractar damors principalmen. o de lauzors. et hom ques red enamoratz no solamen en sos faylz se deu mostrar cortes. ans o deu far ysshamcns en sos digz. et en son parlar. chansos deu haver so pauzat. ayssi quo vers. LA DiFiNiTios DE SIRVENTES. Sirvcutcs cs dictatz ques servish al may de vers o de chanso en doas cauzas. la una. cant al compas de las coblas. lautra cant al so. e deu hom entendre cant al compas, sos assaber que tenga lo compas solamen. ses las acordansas. oz am las acordansas. da- quelas meleyshas dictios. o daulras semblans ad aquclas per acordansa. e deu tractar de reprehensio. o de maldig gênerai, per castiar los fols e los malvatz. o pot tractar quis vol. dd fag dalquna guerra. LA DiFiNiTios DE DANSA. Dansa CS US dictatz gracios que conte un refranh so es un respos solamen, e très coblas semblans en la fi al respos. en compas et en acordansa. e la tornada deu esser semblans. al respos. el nous disons que la mesure de chaque tornade doit être celle de la moitié du dernier couplet, vers la fin, nous entendons parler de la mesure et de la rime, pourvu que l'ouvrage soit rimé : car s'il ne l'est pas, comme par exemple une chanson estropiée, alors la tornade ne doit pas rimer avec la moitié du dernier couplet ; car aucun ouvrage estropié ne doit être rimé, suivant la règle, ni dans la tornade, ni dans aucun des cou- plets; et il ne doit y avoir, dans aucun des couplets d'un ouvrage de ce genre, aucuns mots terminant les vers qui riment ou puissent rimer avec les mots qui terminent les vers dans les autres couplets. Il faut encore savoir que, dans les ouvrages rétrogrades par vers ou par rimes, on peut prendre la tornade vers le milieu du couplet final, et continuer ainsi jusqu'à la fin ; ou bien, on peut la prendre à la fin et continuer jusqu'au milieu. Quelques-uns sont d'opinion qu'on peut en faire de même pour les ouvrages capcaudaiz. DÉFINITION DE LA CHANSON. La chansoQ est un ouvrage qui com- prend de cinq à sept couplets ; il doit traiter principalement d'amour ou de louange , en termes beaux , agréables et avec des idées gracieuses. Car on ne doit employer, dans la chanson, aucune parole grossière, ni aucun mot vilain ou déplacé, puisque la chanson doit traiter principale- ment d'amour et de complimens , suivant ce qui vient d'être dit ; et qu'uu homme amoureux doit se montrer courtois, non seulement dans ses actions , mais encore dans ses paroles et dans son langage. La chanson doit avoir un son lent, ainsi que le verse. DÉFINITION DU SIR VENTE. Le sirvcntc est un ouvrage qui se rapproche du verse ou de la chanson en deux choses tout au plus ; l'une par rapport à la mesure des couplets et l'autre par rapport au son : par rapport à la mesure, il faut entendre qu'il peut avoir la mesure seule, sans les rimes ou avec les rimes des mêmes mots, ou d'autres mots ayant des rimes sem- blables. Il doit traiter de blâme ou de satyre générale pour châtier les sots et les méchans. Si l'on veut , on peut y traiter aussi de quelque fait de guerre. DÉFINITION DE LA DANSE. La danse est un ouvrage gracieux qui con- tient un refrain ou repos seulement , et trois couplets ayant sur la fin la même mesure et la même rime que le refrain. La tornade doit être 22 comcnsamcns de cascuna cobla deu csser dun compas, c quis vol duna acordansa. o de diversa. li quai comensamen devon esser dcl lot divers dacordansa del respos. Quar no séria bêla cauza quel comensamen de la cobla fos de la consonansa del respos ysshamens li dig comensamen podon esser du meteysh compas o de divers am lo dig respos. El respos deu esser del compas de meia cobla. o quaysh so es mays o mens de dos bordonetz. E li bordo que son en dansa no devo passar. viij. sillabas. Et en cas que aytal bordo passesso. viij. sillabas. séria irrcgulars aytals dansa anormals, e fora son propri compas, c si doux li rim no scran multiplicatiu. E quis vol pot retronchar très bordos ses plus o mens del respost pero sil respos es de 1res bordos solamen. nol deu hom retronchar mas dos es plus, o mens. E deu tractar damors. e deu baver so joyos et alegre per dansar. no pero ta lonc coma vers ni chansos mas un petit plus viacier per dansar. segon que estât dig. Enpero huey ne uza hom mal en nostre temps daquest so. quar li chantre que huey son. no sabon apenas endevenir en un propri so de dansa. E quar noy podon endevenir. han mudat lo so de dansa en so de redondel am lors minimas et am lors semibreus de lors motetz. Le remanen de dansa trobarelz lassus en cobla. et en autre loc can tracta de coblas retronchadas. Alqu fan dansa de coblas tensonadas laquai adonx appelan dans pero entre dans e dansa, no fam lunha differensa et alqu fam desdansa e desdans per pauzar c destantar lo contrari e degus nos varia del compas de dansa. LA DiFFiNiTios DE UESCORT. Dcscortz cs dictatz mot divers, e pot haver aytantas coblas coma vers sos assaber de. v. a. x. lasquals coblas devon esser singulars. dezacordablas. e variablas. en acort. en so. et en lengatges. E devon esser totas dun compas o de divers. E deu tractar damors o de lauzors o per maniera de rancura quar mi dons no mi ama ayssi cum sol o de tôt aysso essems. Quis vol e qui voira far tornada. segua la maniera lassus dicha. can tractem de vers en laquai tornada deu hom tractar quis vol de totz los lengatges losquals dessus ha pauzatz ayssi atiera cum los ha pauzatz. E si aysso far li tornava greu. fassa la dicha tornada del lengatge de la derriera cobla. E si la tornada la paria breus s: 343 :s pareille au refrain. Les conimenccmens de chaque couplet doivent Ctre de la môme mesure , et si l'on veut , sur les mCmos rimes ou sur des rimes différentes; mais ils doivent entièrement différer du refrain par la rime. Car il ne serait pas bien que le commencement du couplet fût sur les mêmes rimes que le refrain; mais il peut être delà même mesure que le refrain , ou d'une mesure différente. La mesure du refrain doit être celle de la moitié d'un couplet, à deux vers près, en plus ou en moins. Les vers de la danse ne doivent pas passer huit syllabes; et dans le cas où ils excéderaient ce nombre, l'ouvrage serait irrégulier, anormal, et n'au- rait pas la mesure qui lui est propre, à moins pourtant que les rimes ne fussent multiples. On peut répéter, si l'on veut, trois vers, sans plus ni moins, du refrain; mais si le refrain est de trois vers seulement, on ne peut en répéter plus de deux , sans plus ni moins. La danse doit traiter d'amour ; elle doit avoir un son joyeux et gai pour danser. Le chant, par conséquent , doit en être moins lent que celui du \erse et de la chanson ; il doit être un peu plus vif pour danser, comme nous l'avons dit. Mais on n'exécute pas bien de nos jours ce chant; car les chanteurs d'aujourd'hui ne peuvent pas parvenir à donner à la danse le chant qui lui est propre; et ne pouvant y arriver, ils ont changé ce chant en celui du rondeau, avec les minimes et les semi-brèves de leurs motets. On trouvera le reste de ce qui regarde la danse à l'article du couplet, et dans un autre endroit où il est traité des couplets retronchats. Quelques- uns font des danses en couplets tensonnés , et ils appellent ce genre d'ou- vrage dans; mais nous ne faisons aucune différence entre dans et danse. D'autres font aussi des ouvrages qu'ils appellent desdanses et desdans , pour poser et établir le contraire ; mais aucun ne change le mesure de la danse. DÉFINITION DU DESCORT. Le dcscort est un ouvrage fort varié ; il peut avoir autant de couplets que le verse, savoir de cinq à dix. Ces couplets doivent être singuliers, discordans et différens de rimes, de chant et de langage ; ils peuvent être tous de la même mesure ou d'une mesure dif- férente. Le descort doit traiter d'amour, ou de louange, ou de ces plaintes qu'un amant a coutume de faire lorsqu'il n'est pas aimé de sa dame, ou de tout cela ensemble, à son gré. Si l'on veut faire une tornade, il faut suivre la manière exposée plus haut à l'article du verse. On peut em- ployer, si l'on veut, dans cette tornade, tous les langages qu'on a employés auparavant, dans le même ordre où on les a placés. Et si on trouvait cela per tractar de totz los lengatges pot hom far recorsa del compas de la una de las coblas denan pauzadas. o dautra sol que no passe lo compas so es lo nombre dels bordos que cobla deu haver. E deu tractar de totz los len- gatges ayssi cum son estât pauzat dessus atiera e deu haver las acordansas que son en la fl de cascuna cobla. LA DiFFiNiTios DE TENSO. ïcnsos cs coutrastz o debalz. en lo quai cascus mante e razona alcun dig o alcun fag. Et aquest dictatz alqunas velz procezih per novas rimadas et adonx pot haver. xx. o trenta cobblas 0 may. et alcunas vetz per coblas. et aquest conte de. vi. coblas a. x. am doas tornadas en lasquals devo jutge eligir. lequals difínisca lor plag. e lor tenso. El jutges per aquel meteysh compas de coblas. o per novas rima- das pot donar son juliamen. Enpero per novas rimadas es huey mays acos- tumat. En loqual jutiamen alqu volon seguir forma de dreg. fazen mensio davangelis. e dautras paraulas acostumadas de dire en sentencia. laquai cauza nos no reproam pero be dizem. que aysso no es de nécessitât, quar abasta solamen quom done son jutiamen. et aquel déclare, per aquela maniera que mays plazera a cel ques elegitz per jutge. Encaras dizem que non es de nécessitât ques haia so. enpero en aquel cas. ques faria al compas de vers, o de chanso. o dautre dictât quaver deia so. se pot cantar. en aquel vielh so. DiFFiNiTios DE PARTiMEN. Partimcns cs qucstios ques ha dos mem- bres contraris. le quais es donatz ad autre per chauzir. e per sostener cel que voira elegir. e pueysh cascus razona e soste lo membre de la questio. lo quai haura elegit. En totas las autras cauzas cant al compas, e cant al jutiamen. e cant al so. es semblans a tenso. Diferensa pot hom pero vezer. entre tenso. e partimen. quar en tenso. cascus razona son propri fag. coma en plag. mas en partimen. razona hom lautre fag e lautru questio. jaciaysso que soen pauza hom partimen. per tenso. e tenso. per partimen. et aysso. per abuzio. Encaras devetz saber que en aytals dictatz ques fan per diversas per- sonas. oz en los quais hom fenh que sian diversas personas. pot hom uzar trop difficile et que la tornade parut trop courte , pour employer tous les langages, on peut avoir recours à la mesure d'un des couplets préctnlens, ou d'un autre, pourvu qu'elle n'excède pas la mesure, c'est-à-dire, le nombre des vers fixé pour le couplet. Elle doit employer tous les lan- gages dans le même ordre où ils ont été placés précédemment, et avoir les mêmes rimes qui sont à la fin de chaque couplet. DÉFINITION DD TENDON. Le tcuson est UDC discussion ou un débat dans lequel chacun maintient et discute quelque parole ou quelque action. Cet ouvrage procède quelquefois par nouvelles rimées; alors il peut avoir vingt ou trente couplets et plus : d'autres fois il procède par couplets, et dans ce cas il a de six à dix couplets, avec deux tornades, dans lesquelles les deux parties doivent élire un juge qui termine leur plaidoyer et leurs tenson (ou contention). Le juge peut donner son jugement en des cou- plets de même mesure, ou en nouvelles rimées; mais il est plus d'usage aujourd'hui de le faire en nouvelles rimées. Quelques-uns veulent qu'on suive dans ce jugement les formes du droit , en citant les évangiles ou d'autres textes qu'on a coutume de citer dans les sentences. Nous ne réprouvons pas cette manière ; mais nous disons qu'elle n'est pas de néces- sité : car il suffit que le jugement soit donné ; et il peut être prononcé de la manière qui convient le mieux à celui qui a été choisi pour juge. Nous dirons encore qu'il n'est pas nécessaire que cet ouvrage soit mis en chant; mais dans le cas où on le ferait sur la mesure du verse, de la chan- son ou de tout autre ouvrage qui se chante , on peut le chanter sur cet air ancien. DÉFINITION DU PARTiMENT. Lc parlimeut est une question qui a deux parties contraires, dont on donne le choix à un autre, pour soutenir celle qui lui plaira. Ensuite chacun discute et soutient la partie de la question qu'il a choisie. Pour tout ce qui tient à la mesure, au jugement, et au chant ; il est semblable au tenson. On peut trouver cependant une différence entre le tenson et le parli- ment. Car, dans le tenson, chacun discute sa propre cause, comme dans un procès; mais, dans le parliment, on discute la cause et la question d'autrui. Malgré cela, on met souvent partiment pour tenson, et tenson pour partiment , par abus de mot. Il faut encore observer que, dans des ouvrages semblables, qui se fon par diverses personnes, ou dans lesquels on introduit divers interlocu- de diverses lengatges. coma en descort. E daytal diclatz son tcnsos. parti- mens. paslorelas. vergieras. ortolanas. monjas. vaquieras. et en ayssi de trops autres dictatz. E degun dictât dautru lengatge nos no prendem en nostre jutiamen. quar prezoratuos es. qui vol jutiar lautru lengatge. si doux no es mesclatz am la nostre per dreg compas. LA DiFFiNiTios DE PASTOBELA. Pftstorela cs US dictatz que pot haver. yj. o. viij. 0. X. coblas o mays. so es aytantas cum sera vist al dictayre. mas que no passe lo nombre de trenta. e deu tractar desquern. per donar solas. e deu se hom gardar en aquest dictât majormen quar en aquest se peca hom mays que en los autres que hom no diga vils paraulas ni laias ni procezisca en son dictât, a degu vil fag. quar trufar se pot hom am femna. e far esquern la un a lautre. ses dire e ses far viltat o dezonestat, Pastorela rcquier. tostemps nocl so. e plazen. e gay. no pero ta lonc. cum ven o chansos. ans deu haver so un petit cursori. e viacier. E daquesta pagela son vaquieras. vergieras. porquieras. auquieras. crabieres. orto- lanas. monjas. et en ayssi de las autras lors semblans. LA DiFFiMTios DE RETRONCHA. Rctroncha CS US dictatz ayssi gênerais coma vers, que pot tractar de sen. de essenhamen. damors. de lauzors. o de reprendemen. per castiar los maivatz et aquest dictatz sec lo compas de vers cant al so e cant a las coblas. quar pot haver de. v. a. x. coblas. Et es dicha retroncha. quar es de coblas retronchadas. no per autra cauza. E quar lassus havem mostrat ques cobla retronchada. perso no quai ques ayssi ne tractem. Enpero cant hom fa vers chanso o dansa per coblas re- tronchadas. ges per so no se sec que deia haver nom retroncha. ans lo pot hom apelar vers retronchat o chanso o dansa retronchada. LA DiFFiNiTios DE PLANG. Plangs CS US dictatz quom fay per gran desplazer. e per gran dol. quom ha del perdemen. o de la adversitat de la cauza. quom planh. E dizem generalmen de la cauza quom planh. quar en ayssi quo hom fa plang dôme o de femna. ayssi meteysh pot hom far leurs, on peut se servir de différentes langues, comme dans le descorl. De ce genre sont les tensons, les partiraens, les pastourelles, les ber- gères, les jardinières, les religieuses, les vachères et beaucoup d'autres ouvrages semblables. Nous ne prétendons juger aucun ouvrage écrit en langue étrangère, car ce serait être trop présomptueux que de juger les langues étrangères. 11 n'y a d'exeption que pour le cas où elles sont mô- lées à la nôtre dans une forme régulière. DÉFINITION DE LA PASTOURELLE. La pastourcUc cst uu ouvragc qui peut avoir six, ou huit, ou dix couplets, ou plus, c'est-à-dire, autant qu'il plaît à l'auteur, pourvu qu'il ne passe pas le nombre de trente. On doit y traiter de raillerie pour se réjouir. Il faut se garder, surtout dans cet ouvrage (car ce défaut y est plus commun que dans tout autre) , de ne pas se servir de mots grossiers, ni d'expressions deshonnôtes et de ne pas y faire la peinture de quelque action indécente. Car un homme et une femme peuvent jouer et se railler l'un l'autre , sans rien dire ni rien faire de grossier ni de deshonnête. La pastourelle exige toujours un chant nouveau, agréable et gai. Il ne doit pas être aussi lent que celui du verse ou de la chanson; au contraire, il doit être un peu sautant et vif. De ce genre sont les vachères, les bergères, les porchères, les chevrières, les jardinières, les religieuses, et autres semblables. DÉFINITION DE LA RETRONCHA. La Tetroncha cst un ouvrage aussi varié que le verse; il peut traiter de morale, de préceptes, d'amour, de louange ou de satyre , pour châtier les méchans. Cet ouvrage suit la mesure du verse , quant au chant et quant aux couplets qu'il peut avoir , de cinq à dix ; on l'appelle retroncha, parce qu'il est composé de cou- plets retronchats et pas pour d'autres raisons. Comme nous avons fait voir plus haut ce que c'est qu'un couplet retronchat, il n'est pas néces- saire d'en parler davantage; cependant il faut observer que lorsiju'on fait un verse, une chanson, ou une danse en couplets retronchats, l'ou- vrage ne doit pas pour cela prendre le nom de retroncha , mais on peut lui donner le nom de verse retroncha, chanson ou danse retronchada. DÉFINITION DE LA PLAINTE. La plainte cst un ouvrage qu'on fait pour exprimer le grand déplaisir et le grand chagrin qu'on ressent de la perte ou du malheur d'une chose. Nous disons d'une chose en général , parce que de même qu'on peut se plaindre au sujet d'une femme, on peut se plang. dautra cauza. coma si una vila oz una ciutatz era destruida e drs- sipada. per guerra. o per autra maniera. Et es del compas de vers, cant a las coblas. quar pot haver de. v. a. x. coblas. E dcu haver noel so. plazen. e quays planhen. e pauzat. pero per abuzio. vezem tôt jorn quom se servish en aquest dictât, de vers, o de chanso. et adonx quar es acos- tumat. se pot cantar quis toI. en lo so del vers, o de la chanso. don se servish. laquai cauza permetem. majormen. per la greueza del so. quar apenas pot hom trobar huey cantre ni autre home que sapia be endevenir et far propriamen un so. segon que requier aquest dictatz. Plangz deu tractar de lauzors de la cauza per la quai hom fay aytal plang. Encaras deu tractar del desplazer. quom ha. e de la perda ques fay per lo mescabamen de la cauza. quom planh. LA DiFFiNiTios DE ESCONDiG. Escoudigz es US dictatz del compas de chanso. cant a las coblas. et al so. e deu tractar de dezencuzatio. es contre- dizen se. en son dictât, de so deques estatz acuzatz o lauzenialz. am sa dona. de oz am son capdel. ^ractut rs eatat hua ò'utati frinci^aU ftr qut a^sst es tractât bels no frtnctfaU. Autres dictatz pot hom far. et ad aquels. nom enpauzar segon la voluntat de cel que dicta, e segon que requier le dictatz. quar hom se poyria be pecar en la enpozitio del nom. quar si hom apelava cossir. somi. o per le contrari. ja le noms no séria be enpauzatz. per que cove quom pauze tal noms que sia consonans. et acordam. a la cauza. Et en aytals dictatz. no trobam cert nombre de coblas. perque en aytals dictatz pot hom far ay- tantas coblas quos vol. ayssi cum son somis. vezios. cossirs. reversaris. enuegz. desplazers. desconortz. plazers. conortz. rebecz. relays. gilozescas. o en ayssi de trops autres, jaciaysso que alqu fassan gilozescas al compas de dansa e relays al compas de vers o de chanso. Item alqu fan bals a la maniera de dansa amb un respos et am motas coblas. Pero bals es divers de dansa, quar dansa no ha mays très coblas s:349:ì plaindre aussi pour d'autres choses , comme pour une ville ou cité détruite et renversée par la guerre ou par une autre cause. CM ouvrage est de la mesure du verse par rapport aux couplets; car il peut en avoir de cinq à dix. Il doit avoir un chant nouveau, agréable, et pour ainsi dire plaintif et lent. Cependant, comme nous voyons tous les jours que, par abus, on chante cette sorte d'ouvrage sur les airs de verses ou de chansons, on peut , puisque c'est l'usage, le chanter si l'on veut sur l'air du verse ou de la chanson qu'on a pris pour modèle. Nous donnons cette permission , prin- cipalement à cause de la difficulté du chant ; car on a de la peine aujour- d'hui à trouver un chanteur, ou quelqu'autrc personne que ce soit qui sache faire un chant tel qu'il convient à cet ouvrage. La plainte doit contenir les louanges de l'objet pour lequel on se plaint. Elle doit traiter encore du chagrin qu'on ressent et de la perte qu'on a faite par la privation de l'objet qu'on regrette. DÉFINITION DE l'escondig. L'cscoudig est un ouvrage de la mesure de la chanson pour les couplets et pour le chant. II doit contenir des excuses ; l'auteur se justifie dans cet ouvrage de ce dont il a été accusé ou blâmé à l'égard de sa dame ou de son seigneur. Nous avons traité des ouvrages principaux . nous allons traiter à. présent de ceux qui ne le sont pas. On peut faire des ouvrages d'un autre genre, et leur donner des noms à son gré , mais selon ce qu'exige la nature de l'ouvrage ; car on peut bien se tromper dans l'imposition de ces noms. Car, si l'on donne au cossir le nom de songe et réciproquement , ce nom n'est pas bien imposé ; c'est pourquoi il est important de donner un nom qui convienne et se rapporte à la nature de l'ouvrage. Pour de semblables ouvrages, il n'y a point de nombre fixe de couplets : c'est pourquoi on peut les composer d'autant de couplets que l'on veut : tels sont les songes, visions, cossirs, reversaris, ennuis, déplaisirs, déconforts, plaisirs, conforts, rebecs, relays, gilozes- ques, et beaucoup d'autres semblables; quoique plusieurs fassent les gilo- zesques de la même mesure que les danses , et le relays de celle du verse ou de la chanson. cstiers lo respos e la tornada. E bals ha. x. coblas o mays. Encaras pot Iiavcr autra diversitat. quar bals ha so mays minimat e Yiacier e mays apte per cantar amb esturmens que dausa. Encaras ha autra diversitat. quar hom comunalmen fa et ordena lo dictât de dansa, e pueysh li en- pauza so. El contrari fay hom leumen en bal. quar hom primieramen trobal so amb esturmens. e pueys aquel trobat. hom fa lo dictât de bal. iractan damors o de lauzors. o dautra materia honesta. segon la volontat del dictayre. De garips no nos entremeten. quar solamcn ban respieg a cert e espe- cial so. desturmens ses verba. Encaras havem estampida et aquesta ha respieg alcunas vetz quant al so desturmens. et adonx daquesta no curam. Et alqunas vetz ha respieg no tant solamen al so. ans o ha al dictât, quom fa damors o de lauzors a la maniera de vers o de chanso. Et adonx segon nostra sciensa pot baver loc. aytals dictatz no principals podon baver tornada o no. e pot hom en loc de tornada repetir la una cobla del comensamen o de la fi. MOSTRA QUE DE REDONDELS ET DE VIANDELAS NO CURAM. De rcdou- dels ni de viandelas no curam quar cert actor ni cert compas noy trobam. jaciaysso que alqu comenso far redondels en nostra lengua. los quais solia hom far en frances. Et aysso ques havem dig e pauzat de verses e de chansos e dels autres dictatz. pot hom baver per aquestz versetz que se scguo. los quais pauzam. per quom o puesca plus leu reportar e decorar. Vers es us dictatz en romans. De sen quar es verays tractans E quar dir se pot de virar. s: 351 s De plus, quelques-uns font des bals dans le genre de la danse, avec un refrain et plusieurs couplets; mais le bal est différent de la danse : car la danse n'a pas plus de trois couplets , outre le repos et la tornade ; et le bal a dix couplets et plus. Il y a encore une autre différence : car le bal a un chant plus précis et plus vif que la danse , et plus propre pour chanter avec des instruments. L'un et l'autre diffèrent encore : car com- munément on compose les paroles de la danse et puis on les met en chant; mais pour le bal on fait le contraire; car on compose premièrement le chant sur les instruments, et puis on y met les paroles qui doivent traiter d'amour, ou de louange, ou de tout autre sujet honnête, au choix de l'auteur. Nous ne parlerons pas du garip : car ce n'est qu'un certain genre par- ticulier de musique instrumentale sans paroles. Il y a encore l'estampide ; quelquefois elle n'est qu'un genre de mu- sique instrumentale, dont nous ne nous occupons pas sous ce rapport; d'autres fois , outre la musique , elle a des paroles où l'on traite d'amour ou de louange , dans le genre du verse ou de la chanson ; sous ce rapport elle entre dans le domaine de notre science. Ces ouvrages , non princi- paux, peuvent avoir une tornade ou s'en passer : on peut au lieu de la tornade répéter un couplet du commencement ou de la fln. ON MONTRE QC'ON NE FAIT PAS CAS DES RONDEAUX OU VIANDELAS. Nous ne nous occuperons pas des rondeaux ni des viandelas ; car nous ne leur trouvons pas d'auteurs connus, et nous ne leur connaissons pas de règles fixes, quoique quelques-uns commencent à faire, dans notre langue , des rondeaux qu'on ne faisait auparavant qu'en français. Tout ce que nous venons de dire sur les verses , les chansons et les au- tres ouvrages, va se trouver maintenant répété dans les vers suivans, que nous plaçons ici, pour qu'on puisse plus aisément apprendre les règles par cœur et les retenir. Verse. Le verse est un ouvrage en roman. Traitant de morale; car elle est vérité; Et il se peut dériver de verlere. Damors ysshamens pot tractar. De lauzors o desenhamen. E quis vol de reprendemen. E conte de. v. a. x. coblas. E la tornada. si la doblas. Far se pot. neysh. en tôt dictât. E deu haver lonc so pauzat. E noel ara belas montadas. E desshendudas e passadas. Doussas plazens e graciozas. Acordans e melodiozas. Qui vol far tornada complida. La meytat de ves la fìnida. Penga de la cobla derriera. E segon aquela maniera. En nombre par tornada fassa. Laquai meytat dun bordo passa. Can troba nompars los versetz E merma dautre mantas vetz. Soen per engaltat se dobla En tôt dictât qui la vol dobla E motas vetz pauzam major. La denan. e lautra mener. La una lo senhal mensona Lautra lo nom de la persona. A cuy le dictayres donar Vol son dictât o prezentar. Li rim pero que son estramp Gardo se del dissolut camp E sil dictatz se rétrograda Dejos en sus vay la tornada So es vas lo mieg. o daqui Procezir pot entro la fi. Pero qui vas la fi coraensa Del accen haya sovenensa Li capicat avan atras Hauran. quis vol. semblan compas 11 peut traiter également d'amour , De louanges ou de préceptes, £t si l'on veut, de réprimande. Et il contient de cinq à dix couplets : Et la tornade, si vous la doublez. Peut se faire de même dans tout ouvrage. Et il doit avoir un chant long, et grave. Et nouveau, avec de belles montées Et descentes, et des passages Doux , plaisans , et gracieux , En accord, et mélodieux. Qui veut faire une tornade accomplie , Que vers la fin , il prenne La moitié du dernier couplet; Et que, suivant cette manière, En nombre pair il fasse la tornade; Qu'il dépasse d'un vers cette moitié , Quand il trouve les vers impairs, Et qu'il la diminue d'un vers maintes fois. Souvent en égales parties elle se double, En toute composition, quand on la veut double. Maintes fois nous plaçons la plus longue Devant, et ensuite l'autre plus courte. L'une , mentionne' le signe ; L'autre, le nom de la personne A qui le poète veut donner Son ouvrage ou le présenter. Mais les rimes qui sont estropiées Se gardent le champ libre; Et si la composition est rétrograde , La tornade va de bas en haut, C'est-à-dire qu'elle peut prendre vers le milieu, et de là. S'avancer jusqu'à la fin. Mais si l'on commence vers la fin, Il faut se souvenir de l'accent. Les couplets capcoat , rimant par dernier et premier , Auront, si Ion veut, la même mesure. CHANSOS. Chansos es dictatz que damors. Principalmen o de lauzors. Deu tractar am bels motz plazens. V. 0. vij. coblas retenons. O. vj, e vol so per dever. Aytal coma vers deu haver. SIRVENTES. Sirventes es dictatz que play E servish se leumen que may De vers, o dalquna chanso Cant a las coblas et al so. Am la cort dels meteyshes motz O dautres daytal semblan votz Oz am diversa mas que tenga. Lautie compas, el so retenga. Tractans de raaidig gênerai. Per castiar cels que fan mal. O de fag mantas vetz de guerra. Ques deu far en alquna terra. DANSA. Dansa dictatz es gracios A m un tan solamen respos Et autres coblas atressi. Ad aquel semblans en la 6. E la tornada vol per fort. Esser tostemps daquel ressort. Los comensamens de lasquals. Deu hom per compas far engals. Enpero cant a lacordansa. Son divers o duna semblansa. Del respos han diversitat. r:355 CHANSON. La chanson est an ouvrage qui, d'amour, Principalement, et de louange", Doit traiter, en beaux termes plaisans; Cinq, ou sept couplets renfermant, Ou six. Elle veut un chant, par devoir. De même que le verse doit l'avoir. SIRVENTE. Le sirvente est un ouvrage qui pliiît Et se conforme le plus souvent A quelque verse ou à quelque chanson. Quant aux couplets et au chant; Avec l'accord des mêmes mots. Ou d'autres de semblable son. Ou de son différent, mais ayant La même mesure et conservant le chant; Traitant de satyre générale Pour châtier ceux qui font mal. Ou souvent de faits de guerre Qui se sont accomplis en quelque terre. DANSE. La danse est uu ouvrage gracieux Avec un seul refrain Et avec plusieurs couplets aussi, Qui lui ressemblent à la fin. La tornade veut surtout Etre toujours du même genre. Les commencemens des couplets Doivent être égaux en mesure; Mais quant à la rime. Ils sont divers ou semblables. Dans le refrain, il y a diversité Dacorl. e quis vol dengaltat. De roiea cobla ses bìays. Pren son compas respos o quaysh. Quar dos versetz mays o mens. AI plus es sos variamens. Et alqu fan de dansa dans Quar es de coblas razonans Desdansa desdan volo far Per lo contrari descantar E ges per aytal maestria Degus de dansa nos varia. Degus versetz que dansa col Passar. viij. sillabas no vol Pero soen trobam que passa Caa rims multiplicatz labrassa. De bels motz deu esser garnida £ que del tôt sia complida. Damors deu tractar per dever £ gay 60 per dansar haver. E ses aquel appar déserta. Quar le sieus nom be nol reverta. Très bordos ol mens qui voldra Del respos retronchar poyria. E can sol es de très versetz. Los dos o mens tornar poyretz. £ de so quayssi vos sofranh Cobla vonda lassus refranh El ysshamen layon mostradas Vos havem coblas retronchadas. Gardât pero so que dig es El pins on hom vos ha renies De tota cobla don ques port Dansa poyria far son report. De rimes, ou, si l'on veut, parité. Du dernier couplet, sans détour, Le refrain prend la mesure ou à peu près; Car deux vers, plus ou moins, Sont, au plus, sa différence. Quelques-uns nomment la danse dans, Quand elle est de couplets raisounans. Ils la veulent nommer desdanse et desdans Quand ils chantent lo contraire; Mais, pour cette distinction. Aucun ne change les règles de la danse. Aucun des vers que la danse contient Ne veut passer huit syllabes; Cependant nous en trouvons qui les dépassent , Quand ils ont des rimes multiples. Elle doit être ornée de belles expressions , Et en tout elle doit être accomplie. Par devoir elle doit traiter d'amour , Et avoir un chant gay pour danser : Sans lui, elle semble incomplète; Car son nom ne lui convient plus. Trois vers ou moins , quand on le veut , Peuvent être répétés du refrain : Et quand il n'est que de trois vers, Vous pouvez en répéter deux ou moins. Et ce qui vous manque ici , Le couplet refranh vous le donne plus haut , Aussi bien que l'endroit où nous vous avons Montré les couplets retronchats. En observant donc ce qui est dit ici. Et de plus en l'endroit où on vous a renvoyé , De tout couplet dont il y est parlé La danse pourra tirer son profit. 23 <— ,« OKU '«S» t;^a OOO í^ Si donx nol dava tal pressura Que la gites de sa natura. 0 non havia tal procès Que son compas li varies. DESCORTZ. Descortz es dictatz mot divers. Daytantas coblas coma vers. Dacort. de so. dezacordablas. E de legatges variablas. E singulars e dnn amas. O totas de divers compas. £ deu ma}'s segon qaens appar Damors o de lauzors Iractar. O cant hom de si dons se clama Quar en ayssi cum so) nol ama O de tôt essems quis volia. Si far tornada mays plazia. Retenga cascus la maniera. Laqaal lassus pauzem priraiera. Tan dels lengatges que dig so. Deu hom far compila tio. E si de totz les esquerrier Prenda cel ques ha mes derrier. Pero si trop li torna greu Quar troba la tornada breu Recorsa pot far cada us De totz los lengatges dessus. Ayssi cols ha pauzatz arenga. Masque las acordansas tenga Las quais vezetz ques ha per si Cascuna cobla sus la fi Quar daquel loc pren acordansa. Recorsa qui dreg la balansa. E segon dever la compassa. Lo compas de cobla no passa. A moins qu'on uo lui fasse uno violence telle Qu'elle la jello hors de sa nature ; Oa qu'on no suive une marche telle Qu'elle en change la mesure. DBSCOBTS. Le descorts est un ouvrage très varié , D'autant de couplets que le verse, Différent de rimes et de son , Et de langages variés, Et singuliers, et d'un seul aspect, Ou tous do différente mesure. II doit le plus souvent, comme il paraît. Traiter d'amour et de louange , Ou des plaintes d'un amant contre sa dame, Ainsi que de coutume, lorsqu'elle ne l'aime pas. Ou de tout ensemble , si l'on veut. S'il plait de faire une tornade^ Que chacun retienne la manière Que nous avons plus haut exposée la première. De tous les langages qui sont employés, On doit y faire la réunion; Et si cela est trop' difficile pour tous, Qu'on prenne ceux qui ont été mis les derniers ; Mais si cela est trop à charge Et qu'on trouve la tornade courte, Chacun peut avoir recours A tous les langages déjà employés, Dans le même ordre où il les a mis, Pourvu qu'il observe les rimes Que vous voyez être dans Chaque couplet , sur la fìn. Car c'est de là que la rime est prise, Dans ce retour qui bien la balance : Et vous devez le mesurer De manière qu'il ne dépasse pas la mesure du couplet. 22:360 TENSOS. Tensos es debatz on tensona Cascus per sa part e razona Per raanlener o dig o fag. E deu hom fenir aytal plag De. vj. a. X. coblas al may. E pueysh tornada cascus faj En laquai devon elegir Jutge per lor plag définir. El jutges lor compas seguen Poyra dictar son jutiamen. O sis vol per novas rimadas Quar en est cas son costumadas. Loqual deu hom dar ben adreg No pas recitar segon dreg. Pero ges mens non es prezatz Can segon dreg es recitatz. Si novas rimadas présenta Vint coblas pren e mays de trenta E no vol so. de sa natura. Quar sol de bonas razos cura. Si doux no fay en aycel cas Can dautre loc pren son compas Coma de vers o de chanso O dautre quaver deia so, Quar adonx per miels alegrar Se pot en autru so chantar. 1>ARTIMENS. Partimens es. segon romans. Questios dos membres portans Contraris donatz ad alqu. Per so que defenda la u Cant al remanen sec lavia De tenso que no sen desvia. E quis vol partimens encara s: 361 !r TENSON. Le tcnson est un débat oa chacan discute Pour sa part et raisonne, Pour soutenir ou un dit ou un fait. On doit renfermer une telle dispute En six ou dix couplets au plus. Chacun (des discutans) peut faire une tornade Dans laquelle il doit choisir Un juge, pour terminer leur dispute. Ce juge, suivant leur mesure. Pourra prononcer son jugement , Ou, s'il veut, (il pourra le rendre) en nouvelles rimées; Car en ce cas, elles sont usitées. On doit donner ce jugement bien équitablement. Non pas le formuler suivant le droit; Mais il n'est pas moins estimé Lorsqu'il est formulé suivant le droit. S'il présente des nouvelles rimées, 11 prend vingt couplets ou trente et au-dessus. Il ne veut point de chant, par sa nature; Car il ne recherche que de bonnes raisons. Mais s'il ne le fait pas , en ce cas , Il prend la mesure d'autres ouvrages Comme de verses, ou de chansons, Ou de tout autre qui doive avoir un chant. Alors, pour mieux réjouir. On peut le chanter sur quelque air. PABTIMENT. Le partiment est, en roman, Une question, ayant deux membres Contraires, proposée à quelqu'un Pour qu'il défende l'un ( de ces membres ) ; Quant au reste, il suit la voie Du tenson et ne s'en écarte pas. Et si l'on veut, le partiment encore Diverses lengatges ampara. E tensos e las pastorelas. E celas ques han lors pagelas Coma son monjas e vaquieras E ortolanas e vergieras. Dictatz ques dautra lenga totz Si be plazens appar a motz En nostre jutiamen nos met Can quel trobem subtil e net. Quar derguelh mon e fay otratge Qui vol jutiar lautru lengatge Si nos mesclatz am nostra lengua E ques adonx cert compas tengua. PASTORELAS, Us bels dictatz es pastorela Que. vj. 0. viij. coblas capdela E. X. alqunas vetz o may Am noel so plazen e gay No ta lonc cum chansos requier Ans lo vol un pauc viacier Pero can trenta coblas passa Cascus pot dir ques longa massa Desquern deu pauzar son dictât Ses far e ses dire viltat. RETRONC HA. Retroncha dictatz es dacort Am vers quar es del sieu resort. Exceptât que totas vegadas. Se fay de coblas relronchadas. PLANHZ. Planhz es dictatz quom fay per dol Que de. v. a. x. coblas col Emploie différens langages, Ainsi qae les tensons, les pastorales, Et les ouvrages qui sont pareils, Comme sont les religieuses, et les vachères, Et les jardinières , et les bergères. L'ouvrage, qui est tout de langue étrangère, Quoique plusieurs il paraisse plaisant, N'est pas soumis à notre jugement ; Car il pèche d'orgueil et fait outrage Celui qui veut juger une langue étrangère , . Si elle n'est mêlée avec la nôtre, Et qu'alors elle observe une mesure fixe. PÀSTODBELLES. La pastourelle est un bel ouvrage Qui contient six ou huit couplets, Et dix quelquefois ou plus, Avec un chant nouveau, agréable et gai, Non pas aussi lent que la chanson le demande; Au contraire, elle le veut un peu vif. Mais lorsqu'elle dépasse trente couplets, Chacun peut dire qu'elle est trop longue; Elle doit prendre son sujet de railleries, Sans dire ni faire d'obscénité. BETRONCHA. La retronclia est un ouvrage s'accordant Avec le verse ; car il est do son genre , Excepté que toutes les fois Il se fait de couplets retronchatz. PLAINTE. La plainte est un ouvrage qu'on fait pour deuil, Qui contient de cinq à dix couplets, ^ 364 :S Am so noel e quaysh planhen £ lonc. e pauzat. e piazen. E soen per abuzio. Se pren de vers o de chanso. E deu hom dire lauzors grans A m plazeas motz e may los dans Quom pren e son aparegut De so quom planh et ha pergut. ESCONDIGZ. Escondigz es trop bos dictatz Per lo quai cel ques acuzatz. Se desencuza tota via Estiers de chanso nos dévia. ^»« duo »^ t Avec un chant nouveau, quasi plaintif, Et lent, et grave, et agréable : Et souvent , par abus , On emprunte celui d'un verse ou d'une chanson. Et on doit y dire de grandes louanges Avec des mots pleins de douceur, sur les perte» Qu'on fait, et lo regret De ce qu'on pleure et qu'on a perdu. ESCONDIG. L'ESCondig est un très bon ouvrage , Par lequel celui qui est accusé S'excuse tout à fait. Autrement il ne s'écarte point de la chanson. ni J'- r I ^% i '%. '♦: t 10- L% ,^^w. \m lu ■ifi^"'' -'i' ^1!»'í? 42Ì& -#^. ^k^â ^ ^^Líí«^ !t»^. JÊk- Í